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 L'Utopie déchue. Une contre-histoire d'Internet

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Finimore
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   Posté le 05-11-2019 à 07:01:52   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

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L'Humanité Dimanche du 31 octobre 2019 — n°681 (22798)

IDÉES

LA TOILE, DU RÊVE
AU CAUCHEMAR

Comment ce qui apparaissait comme une promesse d'émancipation
s'est mué en un mastodonte de la surveillance et de la collecte de
données à des fins mercantiles? En remettant l'État au centre de l'analyse
politique d'Internet, Félix Tréguer livre dans son ouvrage «l'Utopie
déchue»
, une véritable «contre-histoire». Extraits de l'introduction.

« Retour vers le futur, en janvier 1984. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'industrie informatique reste associée à la technocratie. Pour beaucoup, l'ordinateur évoque encore les dystopies de George Orwell ou Philip K. Dick - celles d'un monde froid, gouverné par des machines. Pourtant, un grand renversement est en train de s'opérer dans les pays industrialisés. Exit l'image froide et "corporate" d'IBM, la grande multinationale qui vend ses immenses systèmes informatiques aux bureaucraties publiques et privées. Place aux couleurs et à l'exubérance. Depuis les années 1960, des informaticiens humanistes imbus de contre-culture s'évertuent à mettre enfin ces machines high-tech au service des individus, de la communication, du partage de savoirs. Et, grâce aux transfuges qui se lancent alors dans ces marchés en plein essor, l'informatique personnelle est en passe de se démocratiser. Une grave récession vient d'ébranler l'économie mondiale, mais ces nouvelles machines augurent d'un futur postindustriel où la richesse résidera désormais dans la créativité humaine et la libre circulation des connaissances. L'ordinateur était un instrument d'oppression. Il se mue en outil de libération.

1984, L'ANNÉE D'UNE NOUVELLE ÈRE
En ce début d'année, aux États-Unis, l'entreprise Apple et ses patrons hippies ont décidé de sortir le grand jeu en s'offrant un spot publicitaire à près d'un million de dollars, diffusé lors de la mi-temps du Super Bowl. La réalisation en a été confiée à Ridley Scott, qui vient de sortir le blockbuster "Blade Runner". Ce spot d'Apple va marquer l'histoire de la publicité. On y voit une lanceuse de marteau poursuivie par des policiers s'élancer au milieu d'hommes-zombies tournés vers le gigantesque écran sur lequel apparaît Big Brother, le dictateur de "1984", le fameux livre d'Orwell. Parvenue au bout de sa course, l'athlète lâche sa masse, qui virevolte dans les airs avant de venir se fracasser contre le "télécran". Un rayon de lumière illumine alors la masse d'hommes assis, qui semblent enfin sortir de leur torpeur. À la fin du film, Apple nous fait cette promesse : grâce à leur nouveau micro-ordinateur – le Macintosh, dont le lancement est imminent - , « 1984 ne sera pas comme "1984" » ; l'année qui s'ouvre sera celle d'une révolution démocratique, et la dystopie orwellienne renvoyée aux poubelles de l'histoire.
Alors que les grands acteurs du monde des télécoms lancent les premiers réseaux informatiques "grand public" et que des groupes de hackers se livrent déjà à des appropriations subversives, une autre révolution se prépare : Internet. Le protocole TCP/IP, sa principale brique technique, vient tout juste d'être publié. Il dessine le projet d'un réseau mondial, acentré, échappant à toute autorité de contrôle. En cette année 1984, l'écrivain de science-fiction William Gibson, inventeur du terme de "cyberespace", accorde une interview au " Financial Times ". Il se dit fasciné par Internet, un "objet étrange" : "Il ne rapporte pas d'argent. Il est transnational, au-delà de tout contrôle.'" Pour lui, Internet constitue "le grand événement anarchiste".

UN MONDE MEILLEUR ?
L" "utopie Internet" était en marche, scellant le projet politique d'un réseau de communication vécu à distance des États et d'un capitalisme prédateur ; une technologie proprement révolutionnaire, allant dans le sens de l'émancipation. Pour une génération entière, Internet s'est ainsi donné à penser comme une force historique capable de démocratiser la liberté d'expression, de promouvoir la transparence des institutions, de s'édifier en bibliothèque universelle, de devenir un lieu d'échange de connaissances et de créativité à une échelle sans précédent. Il devait permettre l'émergence d'une multiplicité de médias alternatifs et battre en brèche l'hégémonie des grands médias alliés au pouvoir politique. Il transformerait durablement les rapports de forces au sein de ce que le philosophe Jürgen Habermas a appelé l’"espace public" (l) - cet espace conceptuel disséminé à travers le monde social, ce "lieu du débat politique, de la confrontation des opinions" (2), de défense ou de critique du pouvoir, de circulation des connaissances ; ce par quoi nous tâchons de donner un sens au monde dans lequel nous vivons, d'articuler une vision de ce qu'il pourrait ou devrait devenir, et dont l'histoire est indissociablement liée à celle de la démocratie. Pourtant, ce projet émancipateur a été tenu en échec. Voilà vingt ans que ce gigantesque réseau de communication transforme nos sociétés, et l'horizon démocratique est mis en cause de toutes parts. Les libertés traditionnellement attachées à l'espace public – au premier rang desquelles la liberté d'expression – ont essuyé ces dernières années des reculs historiques. L'état d'exception s'impose à travers une "guerre contre le terrorisme" dont on ne voit pas la fin et qui sévit aussi sur Internet. L'existence de ce réseau n'a, de toute évidence, pas remis en cause la domination des oligopoles du capitalisme informationnel sur l'espace public. Quant à l'image du hacker et au discours sur les libertés qui lui est associé, ils sont à leur tour cooptés pour justifier la "startupisation" de l'économie, la précarisation du travail, la privatisation du savoir. Enfin, au lieu de la "verdisation" promise dans les années 1990, le numérique en vient à constituer un coût écologique colossal. Au point où il est raisonnable de penser qu'il aurait été préférable que jamais l'ordinateur ne fût inventé. Comment en est-on arrivé là ? Que s'est-il passé ?

LA FASCINATION TECHNOLOGIQUE
L'explication n'est évidemment pas univoque, mais il me semble qu'une partie de la réponse tienne aux dangers qui guettent tout projet utopique. Certes, l'utopie peut être une véritable force en ce qu'elle engage à un agir politique. Elle met en mouvement au même titre que la colère ou l'indignation, mais de manière positive, "pour" quelque chose plutôt que "contre". Au lieu de ressasser un présent ou un futur qu'il faudrait conjurer coûte que coûte, elle offre un horizon désirable, réunit les gens autour d'un espoir partagé. Pourtant, l'utopie politique peut aussi être source de vulnérabilité dès lors qu'elle donne une confiance excessive en ses chances de victoire, ou qu'elle contribue à créer des angles morts dans l'analyse d'une situation.
En l'occurrence, Internet - un système sociotechnique éminemment complexe et pluriel - a été bien trop souvent essentialisé, réduit à une force téléologique allant dans le sens du "progrès", en particulier chez de nombreux intellectuels ayant influencé les représentations à son endroit. Peu avant sa mort en 2006, le grand historien de la communication James Carey observait ainsi que nombre des analyses au sujet d'Internet étaient enferrées dans une "rhétorique du sublime technologique", une foi aveugle dans la technique dont "nous payons désormais le prix" (3).
Si ces discours ont été aussi influents, c'est que cette "rhétorique du sublime technologique" renvoie en réalité à un trait majeur de notre civilisation, à savoir le rapport de fascination qu'elle entretient avec la technologie. Nous baignons en effet dans une idéologie sans cesse rebattue depuis le XIXe siècle qui postule que "le progrès des machines est un progrès vers la liberté, vers l'égalité, vers la concorde" (4). Un biais qui explique sans doute pourquoi les discours technophiles ont pu à ce point imprégner les mouvements militants associés à Internet, et pourquoi en dépit d'inquiétudes croissantes ils demeurent aujourd'hui encore dominants dans la manière de penser le numérique et ses vagues d'innovations successives.

QUAND LA RÉALITÉ DÉPASSE LA FICTION
Pour sortir de ces impasses et affronter ces contradictions, des travaux issus de l'histoire culturelle, de la théorie critique ou de l'économie politique ont offert d'utiles correctifs. En proposant une contre-histoire d'Internet centrée sur la figure de l'État et ses stratégies multiséculaires de contrôle de l'espace public, ce livre aimerait y contribuer à son tour. Replacer l'État au centre de l'analyse politique d'Internet est une manière de prendre au sérieux cette entité presque indéfinissable et pourtant omniprésente de la politique moderne, celle que Nietzsche surnommait le "monstre froid". L'État a été une figure à la fois honnie et moquée par les pionniers de l'Internet. Honnie parce que, d'emblée, Internet a fait peur aux garants de l'ordre des lois, suscitant des réactions brutales et autoritaires. Moquée, car pendant longtemps, les remèdes envisagés pour restaurer l'empire étatique sur les flux numériques semblaient frappés du sceau de l'ignorance technique et de l'irrespect du droit. Or, si l'utopie Internet a aujourd'hui du plomb dans l'aile, si les dystopies qui semblaient l'apanage de la littérature de science-fiction paraissent prendre corps sous nos yeux, ce n'est pas seulement parce qu'Internet est aux avant-postes des mutations du capitalisme contemporain. C'est aussi parce que, face à la crise induite par cette technologie, l'État aura finalement réussi à "passer l'épreuve", en rétablissant des formes efficaces de contrôle des communications (5). Ce faisant, il parfait aussi l'usage d'une machine informatique toujours plus puissante dans les dispositifs de contrôle social. (...)
À travers ce livre, j'ai voulu réaliser une sorte de droit d'inventaire, avec l'espoir que cela puisse informer les débats urgents et nécessaires quant aux stratégies politiques à tenir face à la prolifération de l'informatique. (...). Ce livre tente d'historiser le combat des libertés sur Internet, en partant de 1'"invention" de l'imprimerie au XVe siècle. L'histoire de longue durée a cet intérêt de tenir à distance la passion de notre époque pour la nouveauté, la disruption, la table rase. (...) Au gré de ce cheminement, on peut (...) se défaire d'un peu de cette fausse conscience que nous lègue l'histoire dominante (car, après tout, l'histoire des rois ou des républiques, qu'importe, c'est toujours l'histoire selon le point de vue de l'État). Une fausse conscience elle-même soutenue par deux utopies tenaces : d'abord, cette croyance déjà évoquée, qui voudrait qu'une technologie puisse à elle seule renverser les rapports de pouvoir sédimentés durant des siècles ; ensuite, l'idée selon laquelle les droits de l'homme, une fois hissés au sommet de la hiérarchie des normes, pourraient constituer un garde-fou durablement efficace contre les tendances autoritaires qui travaillent nos régimes politiques. »

(1) « L'Espace public. Archéologie de la publicité comme dimension
constitutive de la société bourgeoise », de Jürgen Habermas, Payot, 1993.
(2) « L'Espace public », de Thierry Paquot, La Découverte, 2009, p. 3.
(3) « Historical Pragmatism and the Internet», de James W. Carey, in
«New Media and Society », 7-4, 2005, p. 443-455.
(4) « Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des
technosciences », de François Jarrige, La Découverte, 2016, p. 129.
(5) « L'État et ses épreuves. Éléments d'une sociologie des
agencements étatiques », de Dominique Linhardt, in « Clio@Thémis.
Revue électronique d'histoire du droit », 1, 2009, p. 36.


« L'UTOPIE DÉCHUE.
UNE CONTRE-HISTOIRE
D'INTERNET (XV e -XXIe SIÈCLE)
»,
de Félix Tréguer,
Éditions Fayard.
350 pages, 22 euros.

Ghercheur associé au centre Internet et société du CNRS, Félix Tréguer
est postdoetorant au Ceri-Sciences Po.
Il est membre fondateur de la Quadrature du Net, une association dédiée à la défense des libertés à l'ère numérique.
Il vient de publier «L'Utopie déchue. Une contre-histoire d'Internet,
XV e -XXIe siècle»
(Fayard. 2019).

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
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   Posté le 05-11-2019 à 07:19:20   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Depuis plusieurs années des groupes militent sur le thème de la lutte contre l’informatique et l’internet, c’est le cas par exemple de PMO (Pièce et Main d’œuvre) http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=plan ou d’Ecran Total. Cette mouvance politique se retrouve aussi dans des journaux comme La Décroissance ou CQFD http://cqfd-journal.org/L-informatique-et-la-gestion
Le n°181 de CQFD de février 2017 titre : A.C.A.B. –All Computers Are Bastards- en page 6 et 7 un article de Matthieu Amiech aborde le sujet de « L’ordinateur dans la lutte des classes ». Ce courant « anti-tech » ou technocritique est à la fois proche de certains libertaires, écologistes, décroissants et aussi d’une frange idéologique de la nouvelle droite d’Alain de Benoist.
Globalement les « anti-tech » critiquent voir rejettent l’idée de progrès et par voie de conséquence le progressisme. Nous sommes passés en quelques années de la simplification idéaliste du progrès au rejet, à la déformation/confusion de l’idée elle-même. Aujourd’hui le comble de cette confusion idéologique, se manifeste par exemple dans l’utilisation par le clan Macroniste des « progressistes contre les populistes ».
N’oublions pas que la notion de progrès était mise en avant et défendue par le marxisme, que l’URSS publiait ses livres aux Editions du Progrès qu’il y avait un camp progressiste contre un camp réactionnaire…
Le progressisme est devenu l’idée à abattre pour un ensemble de groupes, d’éditorialistes allant de ‘l’extrême-gauche’ à l’extrême-droite.

Dans l’ensemble des critiques contre internet (dont certaines sont d’ailleurs très justes), un courant, qui lui n’est pas anti-tech, essaie de résister à la fois à la critique de ceux qui condamnent l’outil informatique-internet en soi et ceux qui essaie d’en comprendre l’évolution sans rejeter celui-ci. C’est le cas de « La Quadrature du Net » https://www.laquadrature.net/ : ‘qui est une association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet fondée en 2008. Elle intervient dans les débats concernant la liberté d'expression, le droit d'auteur, la régulation du secteur des télécommunications, ou encore le respect de la vie privée sur Internet.’ comme l’indique Wikipédia.

L'Humanité Dimanche du 31 octobre 2019 — n°681 (22798) dans un article pages 62-63-64, de la rubrique Idées publie sous le titre « La toile, du rêve au cauchemar » un extrait de l’introduction du livre de Félix Tréguer (membre de La Quadrature du Net) : L’utopie déchue. Une contre-histoire d’internet –XV°-XXI°- siécle (Editions Fayard - 2019). Cet article reproduit sur le forum ml : https://humaniterouge.alloforum.com/utopie-dechue-contre-histoire-internet-t7391-1.html aborde ouvertement la question de l’évolution d’internet : « Pourtant, ce projet émancipateur a été tenu en échec. Voilà vingt ans que ce gigantesque réseau de communication transforme nos sociétés, et l'horizon démocratique est mis en cause de toutes parts. Les libertés traditionnellement attachées à l'espace public – au premier rang desquelles la liberté d'expression – ont essuyé ces dernières années des reculs historiques. L'état d'exception s'impose à travers une "guerre contre le terrorisme" dont on ne voit pas la fin et qui sévit aussi sur Internet. L'existence de ce réseau n'a, de toute évidence, pas remis en cause la domination des oligopoles du capitalisme informationnel sur l'espace public. Quant à l'image du hacker et au discours sur les libertés qui lui est associé, ils sont à leur tour cooptés pour justifier la "startupisation" de l'économie, la précarisation du travail, la privatisation du savoir. Enfin, au lieu de la "verdisation" promise dans les années 1990, le numérique en vient à constituer un coût écologique colossal. Au point où il est raisonnable de penser qu'il aurait été préférable que jamais l'ordinateur ne fût inventé. Comment en est-on arrivé là ? Que s'est-il passé ? »


Edité le 05-11-2019 à 07:20:47 par Finimore




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   Posté le 23-12-2019 à 06:58:21   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Pour mieux comprendre les origines de la « mouvance anti-tech », il faut indiquer quelques éléments intéressants contenus dans le livre de Christphe Bourseiller : « L'extrémisme - Une grande peur contemporaine » CNRS Éditions, Paris, 2012.
Au chapitre 5 consacré à « L'ultra-gauche » pages 143-186, le sous-chapitre sur ‘L'internationale situationniste’ pages 151-165 ou l’auteur revient rapidement sur l’histoire et l’évolution de l’IS - Internationale Situationniste et d’un de ses principaux théoricien : Guy Debord.
Le sous-chapitre intitulé : Le temps des nuisances (pages 180-186) montre que depuis la fin de l'IS, en 1972 « Le souci écologique se trouve ainsi au cœur de la réflexion situationniste. » -page 181- (…) « En novembre 1984 sort justement le premier fascicule d'une insolite Encyclopédie des nuisances, qui se décrit elle-même comme un « dictionnaire de la déraison dans les arts, les sciences et les métiers » -page 181- qu’elle « donnent chair à un écologisme radical qui se transmue bientôt en une critique de la technique. » -page 182-
« A partir d’avril 1992 paraît le fascicule 15 de L'Encyclopédie des nuisances, rédigé par Guy Bernelas, Jacques Fredet, Pascal Moatti, Jacques Philipponeau et Jaime Semprun. Dans un texte intitulé « la suite nécessaire », les « encyclopédistes » annoncent leur désir de « passer à un stade supérieur d'efficacité » -page 184-
« La revue cesse définitivement de paraître, tandis que l'Encyclopédie des nuisances se transforme en une maison d'édition atypique. Le Dialogue sur l'achèvement des temps modernes de Jaime Semprun inaugure en 1993 une politique éditoriale parfaitement unique.» -page 184-
« Poursuivant le propos de la revue, les Éditions de l'Encyclopédie des nuisances renouent avec un certain classicisme « debordien ». Encore ce classicisme est-il mis au service d'un discours de plus en plus radical, qui s'en prend avec une netteté accrue à la technologie et au monde moderne. » -page 184-
« Au nombre des auteurs publiés aux Nuisances, on remarque Sophie Herszkowicz, Jacques Philipponneau, Jean-Marc Mandosio, Baudoin de Bodinat, René Riesel... L'EDN divulgue également les œuvres de George Orwell (1903-1950), ainsi que celles de William Morris (1834-1896). Elle édite enfin en 1998 un texte de Theodore Kaczynski : La Société industrielle et son avenir. » -page 184-
Christophe Bourseiller précise que Theodore Kaczynski « est un cas à part. Il s'agit d'un « terroriste » américain, responsable de plusieurs assassinats perpétrés sous le pseudonyme de Unabomber. Il peut sembler curieux de voir les encyclopédistes défendre la cause d'un meurtrier. Mais Unabomber se considère comme un « Robin des bois » de la lutte anti-technologique. Il a notamment tué ou mutilé plusieurs scientifiques, en leur expédiant des colis piégés. » il explique que « l'Encyclopédie des nuisances semble avoir évolué. Hier, à la suite de Guy Debord, elle critiquait un monde livré à la « science sans conscience » et se faisait le comptable des nuisances. Aujourd'hui, elle incrimine le progrès technique et plaide explicitement pour une société débarrassée des machines. » -page 185- pour l’auteur « Tout ceci n'a rien de nouveau. Il a toujours existé dans les marges de l'anarchisme un courant primitiviste, nostalgique d'un Éden dépourvu de machines, et qui prônait notamment le retour aux valeurs « amérindiennes » car « Aux États-Unis, ce courant n'a cessé de perdurer et a trouvé l'un de ses apôtres en la personne de l'écrivain John Zerzan. Animateur des Antiautoritaires anonymes, celui-ci collabore à diverses revues libertaires, tel Anarchy Magazine. La démarche de John Zerzan a ceci d'original qu'elle s'inscrit dans la tradition d'un certain « utopisme » américain dont Josiah Warren (1798-1874), Lysander Spooner (1808-1887), ou Benjamin R. Tucker (1854-1939) furent les plus célèbres représentants. La plupart des résistants à la technologie se réclament d'un illustre ancêtre, l'Anglais Ned Ludd qui, nous l'avons dit, détruisit une des premières machines industrielles en 1779 pour protester contre un « progrès » par trop inhumain. Celui que l'on surnommait « le général Ludd » fut à l'origine d'un mouvement social de grande ampleur, qui fut violemment réprimé en 1812. Depuis lors, le « luddisme » fait l'objet d'un culte tenace. » -pages 185-186- Bourseiller conclu par « En cautionnant Kaczynski et en endossant l'héritage de Ned Ludd, l'Encyclopédie des nuisances s'aligne sur des positions technophobes et primitivistes. D'autres petits groupes défendent de semblables thèses : Les Amis de Ludd (Espagne), In Extremis (France), ou Notes et morceaux choisis (France). Ainsi, le dépassement post-situationniste de la politique débouche sur un individualisme qui s'appuie sur un rejet farouche de la technologie. » -page 186-

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Xuan
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   Posté le 27-12-2019 à 10:10:22   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Il a existé une utopie dans laquelle internet aurait échappé à l’échange marchand.
Boccara a lui-même défendu cette thèse en prétendant que ce serait un vecteur du communisme.
Nous l’avions dénoncée dans le fil : La révolution informationnelle ou l’illusion du bénévolat
« une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu’à l’échelle de toute l’humanité. Ce serait une des bases d’une société future possible de partage, que l’on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun » (P.Boccara)

Il existe une autre utopie selon laquelle une société pourrait exister sans collecter les informations personnelles des individus. Cette conception petite-bourgeoise relève de l’illusion de pouvoir échapper à la lutte des classes et à la société elle-même.
Toutes les sociétés ont rassemblé ces informations parce qu’elles ne pourraient pas exister sans elles.

Ce qui fait débat n’est pas l’existence de données sur les individus, c’est leur utilisation.
Dans la société capitaliste elles servent d’instrument d’oppression et en même temps de marchandise.
Il faut dénoncer l’utilisation capitaliste des données informatiques et non leur existence.
L’Etat socialiste devra nécessairement utiliser ces données mais à d’autres fins.

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 27-12-2019 à 11:56:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le sujet a été repris dans la brochure Contrairement à une opinion répandue,
le soleil brille aussi la nuit
sur le site des Editions Prolétariennes, au chapitre III - page 70 à 75 - La révolution informationnelle et la matière.

La "révolution informationnelle" sert d'argument pour relancer l'idéalisme bourgeois, le primat des idées sur la matière.
Egalement elle promeut la thèse d'une révolution sans le prolétariat. D'autres avancées technologiques ou scientifiques avait déjà servi de prétexte dans ce sens

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
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