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 "révolution informationnelle" - automatisatisation

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Xuan
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   Posté le 17-05-2013 à 21:41:15   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La révolution informationnelle ou l’illusion du bénévolat



On trouve résumée la thèse de la révolution informationnelle dans plusieurs textes de Boccara, Lojkine, Verroust.

Par exemple dans le cours 1994/1997 à Paris VIII de Gérard Verroust : Histoire, épistémologie de l'informatique et Révolution technologique, qui retrace un historique très détaillé et instructif du calcul automatisé et de ses applications.

Ou bien dans Economie et Politique 626-627 septembre-octobre 2006 :
Dans le cadre des journées d'étude des 19 et 20 mai 2006 sur "Alternatives, émancipation, communisme" , un atelier a traité le thème, introduit par Paul Boccara : « révolution informationnelle, dépassement du capitalisme et enjeux de civilisation » .

Ou plus récemment dans Une autre façon de faire de la politique , de Jean Lojkine, dont communistes-unitaires fait en février de cette année un résumé sur Mediapart : La révolution informationnelle antichambre autogestionnaire du communisme 2.0 ?



Le sparadrap de Boccara

Avant d’aller au fond, cet extrait de l’introduction au thème « révolution informationnelle, dépassement du capitalisme et enjeux de civilisation » en dit long sur le « communisme » de Boccara.
Au milieu du jargon embarrassé sur les enjeux de civilisation nouvelle et les transformations démocratiques radicales se promène comme un petit papillon le sparadrap du capitaine Haddock, un sparadrap dont Boccara aimerait bien se débarrasser : le communisme.

« L'atelier sur la révolution informationnelle se situe dans le cadre du colloque « alternatives, émancipation et communisme ». Cependant, selon moi il n'y a pas un « a priori » de société communiste, de façon sectaire, mais des enjeux de civilisation nouvelle de nos jours pour toute la société. Et peut-être, alors, y a-t-il un « a posteriori » de l'analyse des potentiels de partage, de mise en commun jusqu'à chacun, et donc des caractéristiques d'un communisme de liberté pour chacun de cette civilisation qui deviendrait possible, face aux conditions nouvelles de l'humanité, vers laquelle on pourrait avancer avec des transformations démocratiques radicales » .

Pour résumer

Ces théoriciens développent la théorie d’une "révolution informationnelle" selon laquelle
« Le Capitalisme a changé de base, il n’est plus le capitalisme de la révolution industrielle mais un capitalisme informationnel aux prises avec les contradictions engendrées par les usages marchands, élitistes, du travail de l’information » (J.Lojkine).

Dans la même veine, l’information n’est pas une marchandise, c’est un bien collectif non-rival qui peut être partagé à l’infini. Mais elle est désormais devenue une « marchandise » de plus en plus déterminante alors que l’efficacité informationnelle s’oppose justement à cette logique marchande, d’où l’apparition de nouvelles contradictions au sein du capitalisme.
C’est le besoin de partage qui s’opposerait désormais au capitalisme et appellerait cette nouvelle révolution. « Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu’à l’échelle de toute l’humanité. Ce serait une des bases d’une société future possible de partage, que l’on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun » (P.Boccara)

Dans la révolution informationnelle, il y a remplacement par des moyens matériels de certaines opérations du cerveau, d’opérations informationnelles, comme avec les ordinateurs. L’aliénation du savoir-faire des informaticiens crée une nouvelle classe révolutionnaire.

L’enseignement devient permanent, permis par les gains de productivité et/ou par les périodes d’inactivité (variante en temps de crise), ce qui justifie « des parcours professionnels, à l’opposé de la précarisation. » selon M . G. Buffet.
La disparition quasi-totale du travail aliéné deviendrait alors possible.

[à suivre]


Edité le 20-01-2018 à 20:23:40 par Xuan




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   Posté le 17-05-2013 à 22:50:47   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

1 - Approximations et escroqueries conceptuelles


L’expression révolution informationnelle , partant de l’idée initialement généreuse du partage et d’une société libérée des rapports marchands, repose sur deux escroqueries conceptuelles, ou au minimum sur des approximations inacceptables venant d’un « agrégé d'histoire et maître de conférences honoraire en science économique », d’un « sociologue et directeur de recherche émérite au CNRS », et d’un « directeur de recherche honoraire au CNRS ».

La notion de révolution élude par son absence de définition sa nature technique ou sociale et passe allègrement de l’une à l’autre comme si elles pouvaient être indifférenciées.
La notion d’informationnel ne caractérise pas l’ensemble des propriétés de la révolution informatique, mais privilégie l’information au détriment du reste sans aucune justification.

Disparaissent dans les perspectives de nos théoriciens tout les aspects matériels de la révolution informatique, et avec eux sa fabrication industrielle, ses coûts, les rapports sociaux de sa production et de sa mise en œuvre. On ne parlera pas des suicides des ouvriers de Foxconn ou de France Télécom.
Concernant l’information elle-même, ces théories ne considèrent que son échange gratuit, c’est-à-dire sa valeur d’usage. La contradiction entre cette généreuse valeur d’usage et son opposé marchand deviendrait ainsi la principale contradiction du système capitaliste.
Il n’en est rien.


Edité le 17-05-2013 à 22:51:24 par Xuan




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   Posté le 17-05-2013 à 22:58:14   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

2 - L’information invendable


Sous le titre « L'information, produit stratégique et son statut », Verroust écrit :
« Afin de faire comprendre le type de problèmes auquel est confronté le système économique, nous allons examiner le statut de l'information comme marchandise .
Nous avons vu qu'aujourd'hui l'homme, au lieu de créer directement des objets avec des outils ou des machines qu'il conduit directement, incorpore des parties de son savoir de production/création dans des machines automatiques de type nouveau sous forme d' information »
.
A moins de prendre les ouvriers pour des bêtes de somme, le travail productif a toujours incorporé dans la marchandise du travail manuel et du savoir de production /création. La particularité du travail dit manuel est qu’il incorpore les deux et pas seulement du savoir isolé de toute transformation matérielle.

« Si cette information qui constitue une partie de lui-même devient propriété de son employeur, celui-ci ne possède pas simplement un produit fabriqué par son salarié mais la force productive de ce salarié, une partie du travailleur lui-même . Il se constitue ainsi un rapport esclavagiste... Rappelons qu'en économie capitaliste sont inaliénables tant les œuvres de l'esprit que tout ou partie de la personne. Et l'introduction récente dans le droit de dispositions dépossédant les salariés de leur production informationnelle au profit de leur employeur, si elle a été motivée par le souci de défendre les intérêts des classes possédantes, pose des problèmes d'éthique graves et crée des contradictions inextricables. Remarquons que cette relation entre travail vivant et travail mort avait déjà été étudiée au XIXe siècle, mais elle ne concernait alors que quelques aspects marginaux de l'incorporation de tours de mains ouvriers dans quelques machines-outils. »

Remarquons plutôt que la relation entre le travail mort et le travail vivant est celle entre la matière première et les moyens de production achetés par le capitaliste d’un côté, et la plus-value créée par les ouvriers de l’autre, c’est la contradiction entre le Capital et le travail et non l’incorporation de tours de main (cf Denis Collin : le concept de travail mort).

Par contre il est notoire que les tours de main ouvriers n’ont rien de marginal au XIXe siècle. C’est aujourd’hui et dans la grande industrie qu’ils deviennent marginaux non seulement chez les ouvriers mais aussi chez les techniciens, par suite de la standardisation, de l’automatisation, de la généralisation des modes opératoires et des contrôles qualité. A présent les tours de main sont de plus en plus réservés à l’artisanat.
Notre distingué « agrégé d'histoire et maître de conférences honoraire en science économique » ne peut pas dissimuler son mépris d’intellectuel pour la classe ouvrière : s’il s’agit d’incorporer quelque réflexion dans une marchandise, c’est le cerveau du programmeur qui est dépouillé.
Pour les prolétaires c’est moins grave : juste un tour-de-main.
Mais à supposer qu’ils bougent leurs membres comme une grenouille décervelée, l’exploitation ne leur arrache les bras que lors d’un accident du travail et non dans le cours normal de la création de plus-value.
Et l’information n’est pas davantage une partie du salarié programmeur que l’effort physique n’est une partie du terrassier. En fait la question traduit surtout l’effroi de certains salariés jusque là privilégiés de tomber dans le prolétariat, au lieu de s’en détacher.

La thèse de l’accaparement de la force productive du programmeur suppose que l’information introduite dans une machine ou une marchandise devient une force productive, du travail vivant.
A ce titre n’importe quelle machine intégrant une invention, un brevet ou n’importe quelle création de l’esprit pourrait par elle-même créer de la plus-value.
En réalité sa valeur initiale est restituée sous forme de marchandise, jusqu’à ce qu’une « information » nouvelle plus pertinente ou plus efficace vienne la remplacer.

« Il faut en outre rappeler, qu'en droit et en économie politique l'information n'est pas une marchandise . En effet, une marchandise est une chose possédée qu'on n'a plus lorsque, lors d'une transaction, on l'échange contre de l'argent. Or dans le cas de vente d'information le vendeur reste propriétaire de cet objet qu'il peut continuer à vendre indéfiniment. On comprend les règles souvent étranges de fixation des prix par exemple de logiciels, et l'absurdité de certains chiffres donnés sur le coût du piratage, en fait rigoureusement impossible à chiffrer » . [id.]

Verroust joue sur la définition ambigüe de la notion d’information, qui recouvre à la fois les données, leur codage et leur traitement, soit :

- Le BIOS, système d’opérations élémentaires d’une machine
- Le système d’exploitation permettant l’utilisation d’une machine, comme Windows ou Linux
- Les progiciels comme Microsoft Office
- Les applications de ces progiciels, comme une base de données Access dédiée à un usage particulier (budget familial, gestion d’une collection de timbres, suivi de maintenance, gestion d’entreprise type SAP, ou gestion de chambre de compensation internationale).
- Les données.
- La transmission des données par liaison directe, réseau industriel, intranet, courrier électronique, internet, etc.

Au sens strict ce sont les données qui contiennent l’information, tandis que le logiciel constitue un moyen de stockage, de traitement ou de transmission des données.
Verroust maîtrise parfaitement la distinction entre tous ces éléments, qu’il confond volontairement dans le concept d’ information .

A ce degré de confusion celle-ci peut être étendue à son support matériel :
Par exemple un logiciel est un ensemble d’instructions écrit dans un langage évolué de programmation. A l’aide d’un langage encore plus évolué, plus convivial et destiné à l’utilisateur, il permet de traiter les données, par exemple rédiger et mettre en forme un texte.
En sens inverse le logiciel n’est utilisable par l’ordinateur qu’à travers sa compilation en langage machine, c’est-à-dire une combinaison d’états électriques. A ce stade le logiciel est évidemment matérialisé. Mais du reste il l’est aussi tout au long de sa création sur une machine, à travers les divers codages et leur enregistrement. Où devient-il immatériel ? Dans le cerveau du programmeur ? Non plus.

Poursuivons le raisonnement de Verroust sur la vente fictive de l’information.
Chacune de ces créations de l’esprit peut être effectivement vendue tout en restant la propriété de son vendeur. Quel est le mystère de cette escroquerie ?
En fait ce n’est pas le logiciel qui est vendu mais le droit à son utilisation.
La preuve en est qu’à l’exception des logiciels libres le code-source n’est généralement pas rendu ouvertement disponible et modifiable par tous.
D’autre part la vente du même logiciel n’est pas infinie, à cause de la concurrence, de l’obsolescence de tous ces produits, et de la nécessité de vendre de nouvelles versions pour éviter de saturer le parc.

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   Posté le 17-05-2013 à 23:05:19   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

3 - Prédominance de l’information ou de l’industrie


Selon Boccara, « A la prédominance des activités industrielles succèderait celle des activités informationnelles, comme la recherche, la formation, l'accès aux données, etc. »
On appréciera à la fois l’absence de données chiffrées et le prudent conditionnel qui en résulte. Mais rien ne permet d’affirmer que les activités informationnelles vont prédominer sur les activités industrielles, à supposer qu’elles se développent séparément de ces dernières.

De quelle prédominance s’agit-il dans ces activités ?
Au fond il ne peut être question que de leur prédominance économique, c’est-à-dire de leur valeur ajoutée. Boccara ne le dit pas.

Passons sans insister sur la bulle internet dans la fin des années 90.

Matthieu Glachant, (Cours Intelligence Economique CERNA-Ecole des Mines de Paris 2001), dans le document « Economie de l’Information », englobe dans cette économie les biens informationnels numérisables et les technologies de l’information et de la communication (TIC).
Cela représentait alors 8 % du PNB américain et 5 % du PIB en France.
L’observatoire du numérique relevait que la part des TIC dans les principaux pays européens s’établissait entre 3,51 % et 6,31 % en 2009 :



Plus récemment en 2011, une étude du Medef sur L’impact de l’économie numérique indiquait : « Le secteur des TIC comprend les entreprises de l’industrie, des services et du commerce de gros exerçant leur activité dans les domaines de l’informatique, des télécommunications et de l’électronique. C’est un secteur totalisant en France près de 800 000 emplois, dégageant un chiffre d’affaires de 190 milliards d’euros en 2005 et réalisant 6,2 % de la valeur ajoutée marchande » .
La même étude regrettait le manque de données statistiques et relevait l’interpénétration entre les TIC et l’industrie classique.

Dans ces études, l’économie des TIC ne se limite pas à l’information au sens strict mais englobe leur support, leur traitement et leur transmission, qui sont bien des activités industrielles.
Quant à l’interpénétration avec l’industrie, que la quasi-totalité des entreprises utilisent les TIC ne change pas la nature de leur production.
Dans tous les cas la prédominance des activités informationnelles sur les activités industrielles ne correspond pas aux faits.

Sans développer l’ensemble du sujet, il faut noter que les pays impérialistes et leurs monopoles comme Microsoft sous-traitent pour des miettes des cartes électroniques en Asie et les réimportent pour les vendre cent fois plus cher.
Même en comptant que la valeur ajoutée de la R&D, l’ingénierie de la conception et de la mise en œuvre de ces cartes, soit très élevée, la prédominance de l’activité informationnelle sur l’activité industrielle relève ici des rapports de domination impérialistes, et s’apparente au transfert des profits de la sous-traitance au donneur d’ordre, ou bien aux marges arrières réalisées par la grande distribution et l’industrie agricole sur les producteurs.

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   Posté le 17-05-2013 à 23:09:39   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

4 - Passage au numérique dans un process industriel


Avant le numérique la forme binaire des commandes simples et des retours d’état existait déjà dans les automatismes industriels : commandes de marche/arrêt, avance/recul, montée/descente, ouverture/fermeture et les retours correspondants des fins de course et capteurs de présence ou de position appropriés aux matériaux ou aux mouvements à détecter.
Ces signaux logiques étaient depuis longtemps utilisés au fil des techniques. L’électronique sous forme de composants discrets puis de microprocesseurs a permis d’unifier et de standardiser leur format, et de traduire leur combinaison avec l’algèbre binaire de Boole, inventée en 1854, et dont l’application aux machines fut mise en lumière par Paul Shannon en 1936.
Les bases théoriques existaient donc bien avant l’introduction du numérique dans l’industrie.

De même l’exploitation des signaux analogiques existait déjà auparavant et utilisait la conversion des mesures physiques en signaux équivalents : mécaniques, pneumatiques, électriques, hydrauliques, destinés à agir en retour sur le procédé par un actionneur (accélération/décélération d’un moteur, ouverture/ fermeture d’un positionneur de vanne, commande d’un thyristor de chauffage, etc.).
Ces techniques de régulation mettaient en jeu une grande quantité et une grande variété de pièces en mouvement, sujettes à des contraintes physiques pouvant les user ou les détruire. Leur fabrication, leur exploitation et leur entretien faisaient appel à des métiers très divers, à de longues expériences et à des qualifications parfois pointues.

La conversion de tous les signaux analogiques en signaux électriques puis en en signaux numérisés a permis la traduction binaire de toutes les mesures physiques (vitesse ou fréquence, tension, intensité, déphasage, déplacement, température, humidité, pression, débit, viscosité, couple, niveau, distance, luminosité, couleur, etc.).
La précision est améliorée et certains calculs automatiques peuvent être réalisés qui ne l’étaient pas auparavant :

La régulation de la vitesse et du courant existaient déjà sous forme analogique dans les technologies antérieures, mais la numérisation permet des innovations fonctionnelles dans les variateurs de vitesse. Par exemple la commande vectorielle, c’est-à-dire les calculs matriciels sur les courants actif et réactif, permet de modéliser le moteur et de commander avec précision la tension et la fréquence qui lui seront délivrées, y compris à basse vitesse.
(NB : le calcul matriciel remonte à 1850)
Autre exemple, un régulateur auto-adaptatif injecte un échelon dans la boucle de régulation, mesure le retard et la pente de la réponse, et peut ainsi calculer les actions proportionnelle, intégrale et dérivée de la régulation. Ceci supprime une part de l’activité du régleur.

La miniaturisation des cartes électroniques et leur fabrication industrielle en Asie abaisse les coûts. Le dépannage, que les procédés multicouches rendent impossible dans la plupart des cas, coûte plus cher que le remplacement. L’électronicien peut se recycler.

La standardisation numérique des signaux logiques et analogiques permet de les traiter simultanément dans un automate, qui concentre dans un volume réduit une grande quantité d’opérations tout ou rien, de boucles de régulation et de motorisation, et peut également communiquer avec un poste de conduite, voire avec l’ensemble du réseau de production de l’entreprise. Ceci supprime une très grande partie du relayage dans les armoires électriques.

Prenons le cas de la numérisation et de la refonte d’un ensemble motorisé dans une entreprise industrielle, les modifications apportées comprendront notamment :

> Le remplacement des dynamos tachymétriques par des codeurs optiques
> Le remplacement des composants électroniques discrets des variateurs de vitesse (composants passifs, diodes, transistors et ampli op) par des microcontrôleurs permettant la modélisation du moteur et sa commande par des calculs complexes.
> Le remplacement des thyristors par des transistors de puissance.
> Le remplacement des moteurs continus par des moteurs asynchrones
> Le remplacement de la plupart des transmissions mécaniques (renvois d’angle, réducteurs, trains d’engrenages, etc.) par des moteurs séparés et synchronisées par fibre optique.
> Le remplacement du relayage de commande par un automate et ses interfaces.
> Le remplacement pour l’utilisateur des cadrans à aiguille, du pupitre à voyants et boutons par un clavier et un écran, et un réseau industriel de données process.

Comme dans la téléphonie, la bureautique et dans l’informatique grand public, la numérisation dans l’industrie n’existe pas sans support matériel. Elle implique et génère la création de nouveaux matériels et technologies, leur simplification et leur standardisation. L’informatisation fait donc partie intégrante de la production industrielle et ne se substitue pas à elle.

Un autre aspect qu’on devine aisément est le prix considérable de cet investissement en matériel, démontage, montage, câblage, programmation, mise au point et en formation des utilisateurs.


Edité le 18-05-2013 à 08:56:59 par Xuan




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   Posté le 17-05-2013 à 23:17:10   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

5 - Conséquences de l’automatisation


L’automatisation et l’informatisation vont du simple vers le complexe dans toutes leurs applications.
Il ne s’agit pas d’ intelligence artificielle mais de l’application de scénarios prédéterminés à des variables de commande ou à des conditions environnantes, afin d’obtenir la réponse souhaitée. Ce sont fondamentalement des recettes paramétrables.
La somme et la combinaison de dizaines d’automatismes dans un process industriel, somme qui peut être multipliée par la mise en parallèle de plusieurs chaînes de production, confère à tout l’ensemble une grande complexité.
Cela aboutit à un changement qualitatif, au miracle apparent d’une immense machine obéissant au doigt et à l’œil, dans un laps de temps très réduit, avec précision et reproductibilité.
Mais en même temps la conduite du procédé suit le chemin inverse pour remplacer la grande variété de techniques et de matériels par une interface simple et standardisée, dont l’apprentissage est plus rapide.


Standardisation et simplification des matériel, gain d’espace, de mise en œuvre, diminution des pannes et du stock de pièces détachées.
La suppression de pièces en mouvement entraine la réduction drastique des effectifs mécanos. La maintenance est simplifiée moyennant une formation sommaire des électriciens aux automates programmables, la programmation étant réservée aux informaticiens industriels. Les qualifications des électroniciens ne sont plus utiles et dans une moindre mesures celles des régleurs.
Certaines compétences d’ingénierie restent indispensables notamment au moment de la conception et de la mise en œuvre, mais lorsque l’installation est rôdée elles ne sont plus nécessaires.

Les tâches des ouvriers sont allégées, c’est-à-dire qu’une même dépense d’énergie physique et intellectuelle produit davantage de valeur ajoutée, mais de surcroît leur nombre est réduit. Ce sont d’ailleurs leurs postes de travail – là où est créée la plus value – qui sont les plus réduits.
L’automatisation ne se traduit donc pas par un travail moins pénible mais par des licenciements, et la redistribution des tâches entre ceux qui restent, soit une augmentation de la productivité et une charge de travail individuelle plus élevée qu’avant :
conduite simultanée de plusieurs machines et ajout de tâches annexes (contrôle, prélèvement, compte-rendu, suivi d’incidents, Assurance Qualité, approvisionnement, entretien et nettoyage, dépannage de première intervention, etc.).

Une partie des savoir-faire spécifiques à l’entreprise et liés à l’utilisation d’une grande variété de matériels et de technologies devenus caducs disparaissent avec eux.
Les opérations les plus courantes peuvent être exprimées en modes opératoires, ce qui permet la sous-traitance d’une grande partie de la maintenance par du personnel au forfait (en fait en régie), et l’introduction d’un volant d’intérimaires en fabrication.
L’aliénation des connaissances de l’homme à la machine s’effectuant souvent dans le contexte de licenciements, ceux qui partent ne vont pas révolutionner l’entreprise. Pour ceux qui restent le principal problème est la charge de travail accrue à salaire constant.
L’introduction du numérique n’entre pas en conflit avec le capitalisme mais accentue la contradiction Capital Travail.

Incidence sur la composition organique du capital


Les « informations » transmises au sein du réseau de production et « l’intelligence artificielle » intégrée dans les « capteurs intelligents » , les automates et les calculateurs ne sont pas plus gratuites qu’autrefois les mesures de signaux physiques, les relevés et les calculs réalisés manuellement (mis à part le fait qu’une partie d’entre elles étaient déjà automatisées et intégrées dans les matériels).
Auparavant elles nécessitaient du travail vivant, désormais ce travail vivant a été cristallisé dans les matériels et les logiciels et il s’oppose non pas au désir d’échange gratuit mais au travail vivant lui-même comme le Capital s’oppose au travail.
Ce qui les caractérise également est qu’elles ne produisent pas de plus-value mais que leur valeur est restituée dans la marchandise sous la forme d’amortissement.
Les nouvelles technologies permettent d’augmenter la productivité, cela passe par la diminution des postes de travail.
Les gains de productivité réalisés s’accompagnent de la diminution relative du travail vivant et de la plus-value qu’il produit, par rapport à l’investissement du capitaliste dans la refonte de son installation, et on a vu que cet investissement était considérable. Cet accroissement du capital constant relativement au capital variable, et que Marx définissait comme l’origine de la baisse tendancielle du taux de profit, réduit ces gains de productivité.

Certains économistes considèrent que l’accaparement des profits industriels par le capital financier est la cause principale de cette dégradation. Quoi qu’il en soit l’accaparement des profits industriels par le capital financier passe notamment par les investissements, et dans tous les cas les gains de productivité sont dilapidés.

Selon Patrick Castex dans Baisse des taux de profit et d’intérêt en France, les gains de productivité sont anéantis et il y a une baisse réelle des taux de profit industriels :





Edité le 17-05-2013 à 23:19:29 par Xuan




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6 - L’emploi et la formation


Le parcours de la suppression de poste passe généralement par la case Word-Excel, c’est une bonne occasion pour les entreprises formatrice de tondre la laine sur le dos des licenciés et pour ces derniers de perdre du temps.
Selon M. G. Buffet dans ses propositions pour l’emploi, mises en ligne le 22 janvier 2007, « Il est possible, en utilisant autrement les nouvelles technologies, d’aller vers la disparition du chômage et de la précarité en conciliant sécurité et mobilité. »
C’est-à-dire dans les «parcours professionnels, à l’opposé de la précarisation. » de combler les périodes de chômage par des périodes de formation à de nouveaux emplois.

Lors des transformations technologiques liées à l’automatisation et à la conduite informatisée des installations, les capitalistes ont exigé un niveau d’instruction très supérieur pour l’embauche des ouvriers. Tandis qu’un ouvrier bachelier en 1970 était considéré comme un martien, il lui fallait un bac technique voire un BTS en 2000.
Mais suite à la dégradation des grilles de classification dans les années 90 et au blocage des salaires, l’ouvrier doté d’un bac ou d’un BTS n’a pas été payé plus cher que son aîné 20 ans plus tôt.
Aujourd’hui il s’avère que les opérations réalisées par ces ouvriers diplômés ne sont pas plus compliquées qu’autrefois. Au contraire, l’aide à la conduite sur écran et la multiplication des modes opératoires aboutit à simplifier son apprentissage, rendant caduc tout le savoir pratique emmagasiné par les anciens.
Le surplus de formation n’aboutit donc qu’à garantir au capitaliste une polyvalence sur tous les postes de travail. Tandis que dans le passé les ouvriers pouvaient monnayer chaque changement de poste.
Il en résulte que si la formation scolaire ou extrascolaire peut sembler à chaque ouvrier pris isolément une porte de sortie vers une qualification ou une garantie d’emploi, en réalité le système capitaliste fait de cette formation un moyen de pression supplémentaire sur l’ensemble des salaires et des qualifications et lui assure une polyvalence quasi gratuite.

Concernant la formation des ouvriers dans le système capitaliste, Marx notait ceci :
« …faire apprendre à chaque ouvrier le plus de branches de travail possibles de façon que s'il est évincé d'une branche par l'emploi d'une nouvelle machine ou par une modification dans la division du travail, il puisse se caser ailleurs le plus facilement possible.
Supposons que ce soit possible:
La conséquence en serait que, lorsqu'il y aurait excédent de bras dans une branche de travail, cet excédent se produirait aussitôt dans toutes les autres branches de la production, et que la diminution du salaire dans une branche entraînerait encore plus fortement qu'auparavant une diminution générale immédiate. »
[travail salarié et capital]


La formation des salariés ne constitue donc absolument pas un viatique pour « un meilleur emploi, avec une garantie de droits et de revenus relevés » comme le prétendait M.G.B.

[ la question de l’emploi dans arracher la classe ouvrière au révisionnisme moderne]

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7 - Partage des informations bien ordonné …


Boccara écrit : « Au plan économique, ce qui est bouleversé avec le passage de la révolution industrielle fondée sur la machine-outil à la révolution informationnelle, c'est que la première est liée à l'échange, au marché, alors que l'autre implique des partages jusqu'à l'échelle de toute l'humanité.
Une machine-outil est ici ou elle est ailleurs, dans un unique endroit. Ce qui est l'une des bases de la propriété privée capitaliste. Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu'à l'échelle de toute l'humanité. Ce serait une des bases d'une société future possible de partage, que l'on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun »
.

Dans le cadre de l’entreprise, l’information ne sort pas de l’intranet et elle est maîtrisée par la direction de l’entreprise. En ce qui concerne le réseau spécifique au procès de production, il relève du secret de fabrication et ne risque pas d’être partagé gratuitement aux confins de la planète.
L’esprit de corporation chez certaines catégories intermédiaires de salariés fait aussi que les logiciels ne sont pas plus accessibles aux ouvriers que le magasin d’outillage.

Boccara ajoute :
« Déjà, on ne vend pas, on n'achète pas à l'intérieur d'une multinationale, mais on y partage, par exemple les coûts de recherche. »
Il est fréquent qu’une grande entreprise se subdivise en entités, leur vend une matière première et leur rachète le produit fini ou semi-fini, afin d’optimiser ses plus-values ou d’échapper à une fiscalité plus contraignante. S’il faut partager les coûts de recherche, la solution consiste à supprimer les services R&D pour n’en conserver qu’un seul.

« Avec la révolution informationnelle … C'est aussi la possibilité de traitement nouveau de tout ce qui est information, pas seulement des écrits, et notamment le fait que chacun peut, en principe, intervenir sur ces informations. Cela pourrait s'opposer à la scission entre lecteurs et auteurs, avec l'imprimerie qui a accompagné la révolution industrielle. » [id.]
Là encore, et à l’image du règlement intérieur, l’intranet des entreprises n’est pas destiné à remettre en cause le pouvoir dictatorial de la classe capitaliste.
Plus encore, la liberté d’expression sur les réseaux sociaux s’arrête aux rapports de domination de classe, les exemples de licenciement qui l’illustrent ne manquent pas.

A l’inverse les possibilités de communication et de réécriture ont largement été mises à profit par le secteur financier dans le cadre des chambres de compensation.
Les nouvelles technologies dans ce cas n’augmentent pas la productivité mais accélèrent le cycle de rotation du capital.

Denis Robert raconte avec force détails à propos de l’affaire Clearstream comment la révolution informationnelle a permis de transférer virtuellement les capitaux à grande vitesse (la compensation financière réelle étant réalisée a posteriori), comment la manipulation des bases de données permet d’occulter des opérations, des noms ou des destinations dans l’ensemble du trafic, d’en effacer les traces pour les enquêteurs, voire d’ajouter des opérations fictives, comme dans le cas des faux listings.
Sur les chambres de compensation, voir la série de vidéos l’affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo . Elles sont d’inspiration réformiste mais très instructives.


Edité le 17-05-2013 à 23:56:25 par Xuan




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   Posté le 17-05-2013 à 23:58:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

8 - La valeur du travail gratuit


« il y a conflit entre l'usage capitaliste et l'usage "communiste" des nouvelles technologies de l’information, comme l'a bien vu Bill Gates, adversaire implacable des "logiciels libres" ! Il y a conflit antagonique entre le "traitement" capitaliste de l'information selon la logique de la rentabilité, de l'évaluation marchande, et l'essor des services collectifs de formation de l'humain (éducation, recherche, culture, communication, urbanisme, santé, protection sociale), de développement des individus, de création, de coopération. »
[ interview de Jean Lojkine sur Mediapart]

La gratuité des logiciels libres s’arrête malgré tout à l’estomac. Comme toute activité bénévole elle ne peut se développer que dans la mesure où les besoins indispensables sont déjà satisfaits.
Mais outre le fait qu’elle ne peut concerner qu’une fraction de la population, parmi les couches déjà nanties, son poids dans les rapports sociaux de production est nul.
D’autre part il est faux d’affirmer qu’à l’opposé de la gratuité les capitalistes veulent vendre l’information le plus cher possible, ceci dépend de leur position monopoliste ou concurrentielle à l’échelle mondiale, et de la saturation du marché.

Chacun des aspects vus précédemment, qu’il s’agisse du code-source, du progiciel, de son application, de la création d’un blog ou du renseignement des données dans un formulaire peut résulter d’un travail gratuit, réduit par conséquent à sa valeur d’usage.
Le travail réalisé possède alors la même valeur d’échange qu’une création tombée dans le domaine public, c’est-à-dire rien.
Que ce travail gratuit soit partagé ou non, qu’il soit répandu aux quatre coins de la terre ou qu’il dorme sur une cassette ou un CD ne change rien au fait qu’il ne participe pas davantage de la production et des rapports sociaux de production que la culture d’un potager ou la passion du philatéliste.
Il s’agit ici du travail individuel et improductif de l’amateur, et non de l’achat du PC, des semences ou des timbres, qui à l’inverse réalise la plus-value de ces différentes marchandises et la transforme en argent.

Mais l’achat et la vente, c’est-à-dire les rapports marchands ont précédé le capitalisme et ne prendront pas fin avec lui.
N’importe forme numérique peut être vendue et comporter une valeur d’échange.
Dans ce cas le partage ne concerne que l’aspect gratuit considéré, même s’il est « étendu à toute l’humanité ».
A supposer que la part commercialisée soit infinitésimale, dans le but de toucher la clientèle la plus large, considérer que ce mouvement tend vers la gratuité ignore que le gain dérisoire multiplié par des milliards de clients devient à terme une somme colossale.

Supposons qu’un logiciel libre soit utilisé gratuitement par un programmeur, rien ne l’empêche d’en commercialiser des applications spécifiques destinées à des particuliers ou à des industriels.
Dans ce cas il vendra à la manière d’un artisan le produit de son travail, additionné à l’usure de sa machine et à la péremption des systèmes d’exploitation qu’il a dû acheter par ailleurs.
Et par la même occasion prend fin l’aventure gratuite et la liberté du logiciel partagé, lesquels ne s’opposent pas davantage au capitalisme que le vol à l’étalage.

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   Posté le 18-05-2013 à 00:00:53   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Conclusion


Les thèses de la révolution informationnelle privilégient artificiellement l’information dans l’ensemble des transformations récentes de la production. Il s’avère que la production « non matérielle » et la production matérielle se fondent l’une en l’autre, et que l’économie spécifique des TIC ne prédomine pas.
Dans l’industrie, comme dans les autres domaines, les transformations sont essentiellement d’ordre technologique, même si le virtuel et l’immatériel envahissent l’univers de la représentation.

Les principales transformations sociales dans le cadre du capitalisme sont l’accroissement de la productivité et les licenciements, la simplification des tâches et la prolétarisation des catégories intermédiaires, dont le statut privilégié est remis en cause.
Ce déclassement est à l’origine de nombreuses thèses sur l’émergence de nouvelles classes révolutionnaires qui prendraient la place d’avant-garde de la classe ouvrière. La théorie de la « révolution informationnelle » en fait partie.
En fait ces transformations dans les catégories intermédiaires peuvent les rapprocher et en faire des alliés de la classe ouvrière, mais elles ne modifient pas fondamentalement la contradiction principale entre le Capital et le Travail ni celle entre la bourgeoisie et la classe ouvrière.

Les gains de productivité, comme l’accélération du cycle de reproduction du Capital, n’opposent pas les nouvelles technologies au Capitalisme mais elles accentuent ses contradictions internes.
L’accroissement des profits par rapport aux salaires s’accompagne de l’augmentation de la composition organique du capital et de la baisse tendancielle du taux de profit industriel.
Si on tient compte d’autres aspects inséparables comme la surexploitation, la concurrence sur les salaires, l’accaparement des profits industriels par le capital financier, la propagation rapide des bulles financières et la guerre des monnaies, plusieurs causes sont réunies pour une crise mondiale prolongée.

La théorie de la « révolution informationnelle » déduit les changements de comportement sociaux, voire une révolution sociale des progrès techniques. Mais les progrès techniques servent aussi à faire la guerre tout comme l’enfer est pavé de bonnes intentions.

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   Posté le 19-05-2013 à 13:33:25   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Note sur l'augmentation de la composition organique du capital et la baisse tendancielle du taux de profit

Pour ne pas alourdir, et parce que ce n’est pas le fond du sujet, tous les graphiques ne figurent pas, ni les explications qu’on peut retrouver avec les définitions des variables à partir du lien Baisse des taux de profit et d’intérêt en France. Le texte contient une grande quantité d’abréviations et ça n’aide guère.
De plus les barres de fraction apparaissent mal sur les graphiques, de sorte qu’il faut lire :
VAB/E, Kc vol /E et VAB / Kr
Je précise aussi qu’il existe d’autres thèses que celle de Patrick Castex et qu’on n’est pas obligé d’avaler tout ce qu’il écrit.

Pour faciliter la compréhension quelques définitions :

VAB est la Valeur Ajoutée Brute
« La VAB est la valeur de la production moins celle des consommations intermédiaires nécessaires à cette dernière : c’est, au niveau macroéconomique, la « véritable production » brute du système productif qui permet de calculer le Produit intérieur brut, le PIB (aux impôts sur les produits, essentiellement la TVA, près). » [Patrick Castex]
Sur le graphique VAB/E est la valeur ajoutée brute divisée par le nombre d’emploi soit la valeur ajoutée par salarié.

Kc est la « composition technique du capital »
C’est la proportion entre la masse des moyens de production employés et la quantité de travail nécessaire pour les mettre en œuvre.
Kc/E est cette proportion ramenée à chaque salarié
La composition organique du capital exprimée en valeur est le rapport entre la partie constante (la valeur des moyens de production) et la partie variable (la valeur de la force ouvrière, la somme des salaires).

D’autres coefficients dont je n’ai pas affiché les courbes sont le prix relatif du capital qui dépend des taux d’intérêt, et la réévaluation du capital comptable qui intègre la spéculation boursière.
Ils corrigent Kc pour obtenir Kr.

Kr est la « productivité apparente du capital »
Selon l’INSEE : La productivité « apparente du capital » ne tient compte que du seul facteur capital comme ressource mise en œuvre. Le terme « apparente » rappelle que la productivité dépend de l'ensemble des facteurs de production (travail et capital) et de la façon dont ils sont combinés.
Elle est usuellement mesurée en rapportant la richesse créée au facteur capital
- la richesse créée est mesurée par la valeur ajoutée (évaluée en volume)
- seul est retenu le volume de capital mis en œuvre dans le processus de production, c'est-à-dire le capital fixe productif. »


Il vient que la dernière courbe est le rapport VAB/Kr, c’est-à-dire la plus-value divisée par la composition technique du capital (corrigée par plusieurs taux).

Lorsque Marx explique la baisse tendancielle du taux de profit, il prend :
c le capital constant (moyens de production)
v le capital variable (salaire)
s le surtravail
p’ le taux de profit résulte du calcul p’=s/(c+v)
On voit que si le capital constant augmente le taux de profit diminue, à productivité égale.

Le calcul de Patrick Castex est différent, puisque pour l’INSEE les salaires résultent du « partage de la valeur ajoutée » et n’apparaissent pas dans le calcul, mais il fait quand même apparaître le rapport de la valeur ajoutée divisée par le capital constant.

Ci-dessous la définition de Marx qu’on peut retrouver intégralement ici :
« Le salaire et la journée de travail étant donnés, un capital variable déterminé, un capital de 100 par exemple, correspond à l'emploi d'un nombre déterminé d'ouvriers et est la caractéristique de ce nombre. Supposons que le salaire de 100 ouvriers soit de 100 £ pendant une semaine; si ces ouvriers fournissent autant de surtravail que de travail (c'est-à-dire s'ils travaillent une moitié du temps pour reproduire leur salaire et l'autre moitié pour créer de la plus-value pour le capitaliste), ils produiront une valeur de 200 £, comprenant 100 £ de plus-value. Le taux de la plus-value sera donc de 100 % et il donnera lieu, ainsi que nous l'avons vu, à des taux de profit p' très différents, suivant l'importance du capital constant c et du capital total C, car le taux du profit est exprimé par pl / C.
Si c = 50 v = 100; p’ = 100/150 = 66 %
Si c = 100 et v = 100; p’ = 100/200 = 50 %
Si c = 200 et v = 100; p’ = 100/300 = 33 %
Si c = 300 et v = 100; p’ = 100/400 = 25 %
Si c = 400 et v = 100; p’ = 100/500 = 20 %
Un même taux de plus-value, avec un même degré d'exploitation du travail, donne lieu à un taux de profit allant en décroissant, lorsque la valeur du capital constant et par conséquent la valeur du capital total vont en augmentant. »
[K. Marx : Le Capital - Livre III - Le procès d'ensemble de la production capitaliste -§ 3 : Loi tendancielle de la baisse du taux de profit - Chapître XIII : La loi en elle-même]


Edité le 06-02-2016 à 11:08:53 par Xuan




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   Posté le 20-01-2018 à 20:45:38   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Un article paru récemment sur reporterre.
Il ne relie pas explicitement la robotisation à la course au profit maximum dans la société capitaliste, mais oppose "les nouvelles technologies" à ceux qui "voudraient défendre leur métier" .
Cependant il en dénonce les effets nocifs et nullement bienfaisants pour le travail humain, comme l'indique le chapitre 5 précédent.


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Les robots ne libèrent pas les humains du travail, au contraire


10 janvier 2018 / David Gaborieau
David Gaborieau est sociologue du travail à l’université de Marne-la-Vallée.



Contrairement à une idée reçue, l’automatisation ne libère pas les humains du travail, mais les asservit davantage. C’est ce qu’explique l’auteur de cette tribune, qui invite à une « critique sans concession des nouvelles technologies ».
David Gaborieau est sociologue du travail à l’université de Marne-la-Vallée
.

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Avec les robots, les drones-livreurs, les exosquelettes et l’intelligence artificielle, on nous promet la fin du travail pénible, voire la fin du travail tout court. Non seulement cette promesse est illusoire, mais elle cache ce que produisent déjà les automates dans le présent : une intensification du travail. La communication du groupe Amazon est un parfait exemple : elle met en avant des machines souriantes alors que des milliers d’intérimaires s’épuisent pour livrer les courses de Noël.

Rappelons une évidence trop souvent mise de côté : la robotisation s’inscrit dans le parfait prolongement d’un modèle industriel dont nous connaissons déjà les principes et les conséquences. Il se caractérise par un usage à outrance des ressources naturelles et humaines, ressources qu’il épuise à son profit. Et lorsque des machines sont perfectionnées, c’est bien pour augmenter la productivité des humains qui inévitablement travaillent autour. Malgré tout, l’automatisation est depuis longtemps présentée comme une forme de libération du travail humain. Andrew Ure, un des premiers penseurs de l’industrie, affirmait dès 1836 que « la plus parfaite manufacture est celle qui peut se passer du travail des mains » . En pleine époque des sweatshop [litt. « usine à sueur »] anglais, ces ateliers de misère de l’industrie textile qui brisaient les corps, la formulation était déjà osée.

Intensification du travail et perte des savoir-faire

Cette idée a fait un grand retour dans les années 1990, portée par un ouvrage célèbre dont le titre ne prévoyait ni plus ni moins que « la fin du travail ». Jeremy Rifkin y voyait les ouvriers disparaître sous ses yeux, remplacés par des machines. L’époque était à l’optimisme, les rapports de l’Union européenne annonçaient fièrement que « le taylorisme, c’est fini » [1]. Près de trente ans plus tard, un homme sur trois ayant un emploi est toujours ouvrier en France [2] et les emplois industriels que l’on dit « disparus » ont juste été déplacés dans des pays à bas coûts. La taylorisation peut même gagner du terrain, comme dans les centres d’appel, où les dialogues sont devenus répétitifs sous l’effet d’un logiciel qui guide les conversations. Et les caissières vous le diront toutes, rien de pire que la tâche consistant à surveiller en même temps six à dix caisses « automatiques ».


Une usine japonaise de fabrication de chocolats.

Malgré des échecs répétés, la prophétie de l’automatisation libératrice se renouvelle sans cesse. Une étude d’Oxford a récemment prédit que près d’un emploi états-unien sur deux était voué à disparaître d’ici vingt ans [3]. Moins alarmiste, l’OCDE estime tout de même que 9 % des emplois français présentent un « risque élevé d’automatisation » [4]. Si ces données ont de quoi faire peur, elles suscitent aussi certains espoirs. Une partie des défenseurs du revenu universel s’appuie ainsi sur l’argument d’un surplus de temps et d’argent, libéré par les machines, que nous pourrions redistribuer pour le bonheur de tous.

Mais il existe un décalage considérable entre la façon dont on s’imagine l’automatisation et sa réalité concrète. Les ouvriers de l’automobile le savent bien, eux qui entendent depuis longtemps les promesses de qualification et d’autonomie tout en étant confrontés quotidiennement à l’intensification du travail et à la perte des savoir-faire. Les médias participent pleinement à cette confusion : les journaux télévisés montrent des bras automatisés sur des chaînes de montage mais en arrière-plan les maladies du geste répétitif explosent. Elles sont de plus en plus précoces, comme dans les entrepôts de la grande distribution ou ceux de la vente en ligne. Et pourtant, les ouvriers de la logistique travaillent désormais avec de l’informatique : ils ont des écrans tactiles accrochés au bras ou des casques audios pour recevoir les ordres d’une voix numérique, une sorte de taylorisme assisté par ordinateur.

La menace de l’obsolescence devient courante et ruine toute possibilité d’expression

Même lorsque la machine brise la santé, l’automate reste la solution miracle. Pour maintenir les cadences sans revoir l’organisation du travail, les industriels testent actuellement des exosquelettes et autres cobots, ces robots collaboratifs censés accompagner l’humain. Plutôt que de revoir l’organisation du travail, ils préfèrent pousser à son comble la logique techniciste en équipant le corps humain jugé trop faible d’un artefact mécanique. Face aux impasses sanitaires, ils brandissent également le rêve d’une usine sans ouvriers, mirage qui s’éloigne dès qu’on s’en approche. Soyons patients, la souffrance au travail pour partie engendrée par la technologie va disparaître d’elle-même… grâce à la technologie. De cette façon, les discours sur la robotisation détournent les regards d’un présent inquiétant vers un futur toujours réenchanté.

Ce futur n’est pas tracé d’avance mais les discours sur le progrès technique ont déjà un lourd impact. Ils rendent invisibles des pans entiers de nos sociétés, ceux qu’on voudrait ne pas voir, en nous faisant croire qu’ils ont déjà disparu. Cet horizon robotisé permet aussi de signifier à tous ceux qui voudraient défendre leur métier qu’ils feraient mieux de rester silencieux s’ils ne veulent pas être remplacés par une machine. Dans les entretiens annuels, dans les négociations syndicales, la menace de l’obsolescence devient courante et ruine toute possibilité d’expression. Comment revendiquer des façons de bien faire le travail si l’on est voué à disparaitre ?

Combattre ces prophéties malveillantes implique de ne pas se focaliser sur un avenir trop lointain mais de regarder ce qui, dans le présent, rend indispensable une critique sans concession des nouvelles technologies. Avant de craindre ou d’espérer la disparition du travail, essayons d’empêcher qu’il ne soit systématiquement dégradé au nom de la modernité productiviste.

________________________________________
[1] Dans le Livre vert de la Commission européenne, « Partenariat pour une nouvelle organisation du travail », 1997.
[2] Selon l’Insee, Enquête emploi 2012. Parmi ces ouvriers, la moitié appartiennent désormais au secteur tertiaire (logistique, transport, restauration, nettoyage…).
[3] Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, The future of employment, Université d’Oxford, 2013.
[4] OCDE, Synthèses sur l’avenir du travail, « Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique », 2016.


Edité le 20-01-2018 à 22:15:56 par Xuan




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   Posté le 20-01-2018 à 21:10:11   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Egalement sur reporterre. Les solutions préconisées sont purement réformistes mais elle observe à juste titre les conséquences sur la surpopulation ouvrière relative, due à l'explosion de l'intelligence artificielle . Il est clair que cette surpopulation relative conduit à une concurrence salariale accrue et à une baisse des salaires :

L’intelligence artificielle est le défi majeur posé à l’emploi humain


2 octobre 2017 / Tiffany Blandin
Tiffany Blandin est journaliste indépendante. Elle collabore à Reporterre et vient de publier " Un monde sans travail ? " (Seuil-Reporterre) août 2017, 128 p, 12 €.

L'intelligence artificielle est le défi majeur posé à l'emploi humain
Le projet de modification du Code du travail affaiblit encore les droits des travailleurs. Or, explique l’auteure de cette tribune, les progrès phénoménaux de l’intelligence artificielle menacent les emplois de multiples secteurs d’activité. Cette situation devrait être au coeur du débat.




Le monde du travail ne tourne pas rond. Ce constat s’est imposé à moi au fil de mes reportages, interviews et rencontres de ces dernières années. Je n’oublierai jamais cette journée à la Maison souffrance et travail 78 de Poissy (Yvelines). Postée dans le bureau d’une psychologue, j’ai écouté, des heures durant, des salariés victimes de harcèlement moral ou de burn-out se confier. Dévastés, ces hommes et ces femmes racontaient tous la même histoire : un management agressif, une volonté de bien faire, mais des objectifs de production inatteignables.

En France, 480.000 professionnels souffrent à cause de leur travail. Et combien encore subissent sans rien dire une gestion de plus en plus tournée vers la performance, et acceptent de faire toujours plus, plus longtemps et plus vite… Quant aux jeunes, derniers arrivés sur le marché de l’emploi, ils se voient surtout proposer des contrats de stagiaire, d’autoentrepreneur, de pigiste et autres statuts précaires. En 2017, les employeurs peuvent tout se permettre, et les travailleurs n’osent plus rien refuser. Plus de 6 millions de chômeurs [1] sont prêts à prendre leur place.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la nouvelle réforme du Code du travail. Mise en place du CDI de projet, plafonnement des indemnités prud’homales ou encore généralisation des accords d’entreprises… Le plan du gouvernement, selon Édouard Philippe, est d’ « attaquer le chômage sous tous les angles : les réticences à l’embauche des patrons des petites et des très petites entreprises (…) mais aussi le coût du travail » . Comme si, pour réparer ce marché de l’emploi, il fallait rendre les travailleurs plus flexibles, et moins chers.

L’humain ne sera jamais assez flexible, jamais assez bon marché, jamais assez performant

Après une enquête d’un an sur les évolutions futures du travail, je m’interroge sur ces choix politiques. Pas seulement parce que la libéralisation du marché du travail, débutée dans les années 1970, n’a jamais permis d’endiguer la montée du chômage. Mais aussi parce que le gouvernement éclipse une partie du problème : la révolution technologique. Je ne parle pas du récent développement des plateformes en ligne qui créent des jobs de chauffeurs ou de livreurs. Le gouvernement a prévu d’améliorer le quotidien de ces travailleurs précaires avec son « plan indépendants » présenté le 5 septembre.

Ce que les politiques semblent ignorer, c’est la prochaine vague d’innovations autour de l’intelligence artificielle. Des programmes intelligents sont actuellement testés dans les entreprises du monde entier. D’autres, plus évolués, sont en gestation dans les laboratoires des géants de la Silicon Valley. Depuis des décennies, l’informatique, la téléphonie mobile ou internet ont permis d’« augmenter » le travailleur. Aujourd’hui, les technologies numériques sont capables de le remplacer en partie. Or, face à des programmes qui fonctionnent 24 heures sur 24, jours fériés compris, sans jamais se fatiguer, l’humain ne sera jamais assez flexible, jamais assez bon marché, jamais assez performant.

La perspective de la fin du travail peut faire sourire. Depuis les débuts de l’industrialisation, les hommes craignent de se faire voler leur gagne-pain par les machines. Dès 1675, des tisserands londoniens se rebellaient contre l’introduction d’appareils à produire des rubans. De nombreux penseurs ont théorisé cette question, comme Hannah Arendt, André Gorz ou Jeremy Rifkin. Or, la machine à vapeur et l’électricité n’ont jamais dévasté notre société, pas plus que l’informatique ou internet. C’est pour cette raison que beaucoup pensent que l’intelligence artificielle et ses applications ne sont pas une menace pour l’emploi et la société.

Le travailleur a plus que jamais besoin d’être protégé

Pourtant, des expertises comme celles de l’Organisation internationale du travail (OIT) ou du cabinet de conseil McKinsey & Company ont démontré que l’automatisation des métiers sera rapide, et touchera tous les secteurs en même temps. Les conséquences pourraient en être dramatiques : chômage de masse, mais aussi explosion des jobs précaires et des inégalités sociales. L’étude de McKinsey parle ainsi de… 1,16 milliard d’emplois automatisables dans le monde. Ces derniers mois, des dirigeants de la Silicon Valley, dont Marc Zuckerberg ou Elon Musk, se sont déclarés en faveur de l’instauration d’un revenu universel, possible réponse à la crise de l’emploi future.

Dernier exemple : l’administration de Barack Obama a publié en octobre 2016 un rapport sur l’intelligence artificielle, alertant sur la question de la disparition des emplois. Alors, pourquoi les dirigeants français font-ils comme si tout cela n’existait pas, alors qu’ils disent vouloir adapter le droit du travail aux réalités économiques ? Faut-il vraiment vider le Code du travail de sa substance, alors que le travailleur a plus que jamais besoin d’être protégé ? Ne devrait-on pas, au contraire, réfléchir à des mesures pour prévenir la flambée des inégalités ?


[1] Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi, toutes catégories confondues, en France métropolitaine.

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   Posté le 20-01-2018 à 23:09:20   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Complément sur la robotisation et le taux de profit


On rappelle qu’au même titre qu'une machine, le robot ne produit ni surtravail ni plus-value. Sa valeur est simplement transférée dans la marchandise qu’il produit.

La réduction du capital variable (pour simplifier la masse salariale) due à la robotisation ou à l’intelligence artificielle, aboutit (à production constante) à augmenter le rapport du surtravail sur cette masse salariale, c’est-à-dire le taux de plus-value.

La production constante signifie que la productivité a augmenté. Chaque salarié produit davantage alors que son salaire n’a pas changé. On note que le taux de plus-value augmente mais pas sa quantité.
C'est la composition organique du capital qui est modifiée puisque le capital fixe croît à l'inverse du capital variable. La valeur de la marchandise n'a pas changé mais la part de capital variable a diminué.

Mais à l’inverse le taux de profit, rapport de la plus-value sur le capital total (capital fixe + capital variable) diminue, puisque le capital fixe aura augmenté.

Marx en montre quelques conséquences :

"A part quelques exceptions (comme lorsque la production du travail diminue dans une même mesure tous les éléments du capital constant et du capital variable), le taux du profit baisse malgré l'élévation du taux de la plus-value :
1. lorsque le travail vivant nécessaire étant devenu moindre, la fraction non payée de ce travail, bien que représentant une partie plus considérable de ce dernier, est plus petite qu'auparavant;
2. lorsque le capital ayant atteint une composition plus élevée, ce progrès a pour conséquence de faire diminuer, dans chaque marchandise, la fraction de la valeur représentant le travail vivant par rapport à l'autre fraction représentant les matières premières, les matières auxiliaires et l'usure du capital fixe."
...
Les faits suivants assignent une limite à la production capitaliste :
1. En entraînant la baisse continue du taux du profit, le progrès de la productivité du travail donne le jour à une force antagoniste, qui à un moment donné agit à l'encontre du développement de la productivité et ne peut être vaincue que par des crises sans nombre;
2. L'importance de la production, qu'elle doive être accrue ou restreinte, est déterminée, non par les besoins sociaux, mais par l'appropriation par le capitaliste du travail qu'il ne paye pas et le rapport de ce travail au travail matérialisé, en d’autres termes, par le profit et le rapport du profit au capital engagé; d'où il résulte que la production s'arrête, non lorsque les besoins sont satisfaits, mais lorsque l'impossibilité de réaliser un profit suffisant commande cet arrêt.
Le Capital - Livre III – Section III - Loi tendancielle de la baisse du taux de profit


Edité le 20-01-2018 à 23:10:07 par Xuan




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