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 la sous-traitance et la création de la plus-value

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Xuan
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   Posté le 14-02-2012 à 00:27:19   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Dans le fil La classe ouvrière et ses alliés
j’avais reproduit un article publié précédemment sur le FUC :
« A propos de la classe ouvrière et de l'aristocratie ouvrière » ainsi que le débat qui l’avait accompagné.
Pour la petite histoire, ce débat avait mis en exergue la ligne révisionniste défendue par certains militants du PRCF, nostalgiques de la ligne Marchais et du passage pacifique au socialisme.

Mon article revenait sur la thèse erronée de la disparition du prolétariat.
J’en rappelle quelques éléments :
• On observe une salarisation croissante de la population active (il ne s’agit pas du prolétariat mais des salariés).
La productivité par ouvrier a augmenté en raison inverse de la baisse des effectifs . Ce qui signifie que le poids social de la classe ouvrière n’a pas nécessairement diminué dans le processus de production de la plus-value.
nombre d’ouvriers qualifiés sont classés dans la catégorie techniciens… cette catégorie tend à être prolétarisée sinon davantage exploitée.

« Observons ce qui se produit actuellement dans ces « catégories intermédiaires » :
A cause des investissements nouveaux, de l’automatisation des installations, la composition organique du capital augmente ; pour éviter la baisse tendancielle de la plus-value qui en résulte (diminution du pourcentage de la plus value par rapport à l’ensemble du capital ) , les capitalistes essaient de diminuer les « frais fixes » c’est-à-dire notamment tous les salaires qui ne génèrent pas directement du profit.

Tous les services annexes à la production sont donc menacés d’externalisation, ce qui permet de diminuer la masse salariale et d’adapter plus facilement les frais correspondants aux fluctuations du marché.
Ainsi, les services de logistique (transport, manutention, voire magasin) sont confiés à des sociétés extérieures qui interviennent jusqu’à l’intérieur de l’entreprise. Il en est de même pour le nettoyage.
Des services administratifs, commerciaux, sont regroupés dans des « plateformes » gérant plusieurs sites, afin d’en diminuer les effectifs.
Concernant la maintenance, la tendance également depuis plusieurs années c’est de réduire voire de supprimer ce type de service dans l’entreprise.
Le patronat essaie d’intégrer les électromécaniciens de maintenance à la fabrication, c’est-à-dire d’en extorquer de la plus-value au même titre que les ouvriers de fabrication, en plus de leur travail d’entretien et de dépannage.
Autrement, ce sont les ouvriers de fabrication qui sont désormais embauchés selon des critères de formation (bac technique, brevet professionnel, BTS, etc.) plus élevés et à des tarifs plus bas que ceux des anciens ouvriers.
Non seulement la conduite informatisée permet de leur confier plusieurs machines au lieu d’une, mais ils doivent en outre effectuer les dépannages de premier niveau, les manutentions, etc.
Enfin les services de maintenance sont externalisés, c’est-à-dire confiés à des sociétés prestataires de service ; cela permet de diminuer la masse salariale et de disposer d’un effectif élastique, adapté aux besoins.
Les trois méthodes sont parfois associées ; le personnel restant dans le service de maintenance prend pour une petite partie un rôle d’encadrement, mais pour l’essentiel il est rentabilisé au maximum avec des effectifs de plus en plus réduits.
Pour ces catégories, les salaires n’ont pratiquement pas évolué, notamment au prétexte de la loi sur les 35 heures ; c’est-à-dire qu’ils ont baissé en euros constants.

Ce faisant, le capitalisme réduit la base sociale de ce qui constitue l’aristocratie ouvrière. Celle-ci n’a pas disparu, mais nombre de salariés qui bénéficiaient jusqu’alors d’un « îlot de tranquillité » ou d’un statut privilégié dans l’entreprise, perdent leurs avantages ou voient leurs emplois menacés ou doivent se faire réembaucher dans une société sous-traitante.
On voit à quel point l’exploitation est accrue.
On constate également que la fable sur la « disparition de la classe ouvrière », à l’origine notamment des thèses révisionnistes et réformistes, ne résiste pas à l’analyse. »


Je résume la discussion qui suivit à l’extraction de plus-value :

gloub « Je souhaite revenir sur les catégories socioprofessionelles telles qu'elles sont définies par l'INSEE. La totalité des prolétaires n'est pas classée dans la catégories "ouvriers". La tertiarisation de l'économie des pays impérialistes ( telle que Lenine l'avait pressentie ) , ajoutée à l'augmentation de la productivité "par tête" dans le secteur industriel, fait que de nombreux travailleurs aux faibles niveaux de qualification et de rémunération sont employés dans les services plutôt que dans l'industrie. Ils (et elles, les femmes étant proportionellement plus nombreuses dans les services) se retrouvent alors dans la catégorie "employés", à l'intitulé plus "valorisant" ( d'un point de vue petit-bourgeois, d'où les guillemets ) .
Par rapport au terme d' ouvrier , celui d' employé évoque souvent un travail moins pénible, voire un meilleur salaire. La réalité est différente. Il suffit par exemple de voir que les catégories de travailleurs les plus fragiles socialement ( jeunes, femmes, immigrés, temps partiels, CDD... ) sont de plus en plus représentées dans le secteur tertiaire.»


finimore « Nous assistons depuis pas mal de temps, à une prolétarisation de certaines catégories autrefois classées dans le tertiaire ou employés. Par exemple aujourd'hui, les opérateurs de saisies ne sont la plupart du temps que des OS de l'informatique. »

Xuan « je définis le prolétariat à partir de la production de plus value, tandis que d'autres salariés -exploités également- se trouvent dans la sphère de réalisation de cette plus value.
Lorsque certains travaux sont externalisés, est-ce qu'un salarié d'une entreprise de nettoyage industriel produit de la plus value, par exemple ?
Ensuite, peut-il être rangé dans la classe ouvrière ? »


gorki avait alors rappelé un sujet de controverse : « celui de prolétarisation pour des couches salariés n'étant pas directement attaché à la production ».
« Simplement une petite indication sous forme de citation d’Engels :
Comme le travail, dans certaines condition sociales, engendre non seulement des produits, mais aussi de la valeur, et qu’on mesure cette valeur par le travail, le travail ne peut pas plus avoir une valeur particulière que la pesanteur comme telle ne peut pas plus avoir un poids particulier. »


Xuan « une société de nettoyage, de "service" comme on dit, vend une marchandise et extrait de la plus-value sur le dos de ses employés , qui n'ont pas une minute de répit, quand les heures effectuées ne sont carrément "oubliées".
Auparavant, dans l'entreprise de grand papa, un salarié effectuait ce travail considéré alors comme "annexe" dans le processus de production.
Il ne gagnait pas lourd, mais il jouissait d'une relative "autonomie".
Bien entendu ses collègues le considéraient déjà comme un ouvrier mais pour l'employeur il ne produisait pas directement de la plus-value.
Il en est de même pour nombre d'activités, en prenant garde de ne pas considérer indifféremment tous les salariés évidemment »
.

gorki « l’externalisation (sous-traitance) d’une tâche d’une fonction (je ne parle pas de production) ne transforme pas forcément cette tâche ou cette fonction en marchandise (ça c’est la conception petite bourgeoise alter mondialiste trotskiste ou autres partisans du parti du peuple tout entier) de la marchandisation générale de la société
Il y a simplement redistribution de plus value
Imagine qu’a la place des travailleurs du ménage, soit externalisé les fonctions d’encadrements (ce travail devient donc une « marchandise) cela fait-il appartenir le petit chef et le du contremaître le garde chiourme à la classe ouvrière ??? »

En fait derrière cette volonté de standardisé classe ouvrière, tout se que la société capitaliste enferme comme catégorie intermédiaire, se cache des buts beaucoup moins avouable que celui de l’unification de couches sociale exploités (entre autre retirer a la classe ouvrière son autonomie de décision et d’action. (Comme, par exemple quand dans une entreprise les catégories salariées « supérieures » s’emparent de la direction du syndicat ou de la section et y imprime leur vues, ou plus exactement la défense de leurs intérêts catégoriels )
Quand au développement du tertiaire, il n’a « que » pour conséquence que de nous faire comprendre que nous vivons dans une métropole impérialiste, en nous obligeant a repensé l’analyse des classes non pas du point de vue étroit de « sa nation » mais d’une façon plus générale ».


Xuan « Sur la question de l’entreprise de nettoyage, l’industriel qui utilise ces services redistribue effectivement son profit ; il le fait comme s’il achetait du consommable par exemple. Mais du point de vue de l’ensemble de la classe capitaliste, il me semble que ce type d’externalisation devient une nouvelle source de profit.
Je ne fais aucun sentimentalisme en décrivant la situation de ces salariés, tu sais bien que les exemples cités sont tirés de la réalité et que je pas en scène mes propres désirs.
Quoi qu’il en soit, cela ne change pas fondamentalement la nature des alliances du prolétariat.
Toute autre est la question d’une hypothétique externalisation de la fonction d’encadrement. A mon sens c’est peu probable et pas très judicieux du point de vue des exploiteurs. »



_________________


A l’examen, il apparaît que la conclusion « l’industriel qui utilise ces services redistribue effectivement son profit » est complètement erronée .

L’industriel utilise bien d’une certaine façon son profit pour acheter des marchandises, mais uniquement dans la mesure où la plus-value génère à son tour du capital qui sert à acheter machines, matières premières, et force de travail, c’est-à-dire capital fixe et capital variable. Mais du point de vue de la composition du capital il n’en est rien.

Lorsque le capital industriel reverse une partie de sa plus-value au capital commercial ainsi qu’au capital financier, c’est pour faire face à la nécessité de réaliser son profit et d’accélérer le cycle de rotation du capital.

En revanche il n’achète ni les machines ni les matières premières avec sa plus-value mais avec le capital fixe.
Ainsi le développement de la sous-traitance aboutit – du point de vue du capitaliste industriel – à transférer une partie du capital variable en capital fixe.
C’est ce que les patrons ont appelé à l’époque le « recentrage sur le cœur de métier » .
Au lieu de payer ces services avec des salaires qui ne rapportaient pas de plus-value, il les paie désormais avec du capital fixe.
On remarquera que cette modification dans la composition du capital diminue la part relative de capital variable, phénomène que Marx observait déjà au chapitre XXV du Capital http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-2.htm , cause de la baisse tendancielle du taux de profit et générateur des crises du capitalisme.
Ici, c’est la partie « improductive » du capital variable qui est remplacée par du capital fixe.

Mais cette partie auparavant « improductive » devient désormais à son tour productive de plus-value chez le sous-traitant, car celui-ci vend une marchandise au même titre que celui qui vend du consommable, et il extrait effectivement une plus-value sur le dos de ses salariés , au même titre que le fabricant de machines, le fabricant de matières premières, le fabricant d'usine, etc.
Son intervention dans les échanges de capitaux entre dans le secteur de la production des moyens de production.

La conclusion de ces observations est que le domaine de la sous-traitance ne doit absolument pas être assimilé à celui des « employés de service » en général.
En fait il faut distinguer les travailleurs du secteur commercial, dont l’activité sert à réaliser le profit industriel (et dont le salaire provient de redistribution de la plus-value industrielle), des travailleurs de la sous-traitance qui produisent effectivement une plus-value dans leur entreprise. Cette plus-value est réalisée lorsque l’entreprise utilisatrice paie cette marchandise à l’entreprise sous-traitante.
Bien évidemment il est nécessaire de distinguer dans ces entreprises les travailleurs productifs et improductifs stricto-sensu, ainsi que le personnel d’encadrement, si on veut examiner avec soin la question des alliances de classe sous l’angle de leur position dans les rapports de production.

Il en ressort que le développement de la sous-traitance a généré une nouvelle source de profit pour la classe bourgeoise, en prolétarisant des salariés auparavant improductifs du point de vue de la création de plus-value.

Du point de vue de l'unité de la classe ouvrière, cet aspect confirme un sentiment éprouvé naturellement sur le tas : les ouvriers de la sous-traitance et ceux de l'entreprise utilisatrice font partie de la même classe. Il faut développer l'unité idéologique et les formes d'organisation doivent s'adapter à cette situation nouvelle.


Edité le 10-06-2016 à 23:47:01 par Xuan




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   Posté le 14-02-2012 à 20:11:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

TRAVAIL SIMPLE ET TRAVAIL COMPLEXE


« Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société.
C'est pourquoi l'humanité ne se pose jamais que des problèmes quelle peut résoudre; car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir. A grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d'époques progressives de la formation sociale économique.
Les rapports de production bourgeois sont la dernière forme contradictoire du processus de production sociale, contradictoire non pas dans le sens d'une contradiction individuelle, mais d'une contradiction qui naît des conditions d'existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions maté¬rielles pour résoudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s'achève donc la préhistoire de la société humaine »
. [Karl Marx - Contribution à la Critique de l’économie politique – Préface]



Travail simple et travail complexe

« Pour mesurer les valeurs d'échange des marchandises au temps de travail qu'elles contiennent, il faut que les différents travaux eux-mêmes soient réduits à un travail non différencié, uniforme, simple, bref à un travail qui soit qualitativement le même et ne se différencie donc que quantitativement.
Cette réduction apparaît comme une abstraction, mais c'est une abstraction qui s'accomplit journellement dans le procès de production social. La résolution de toutes les marchandises en temps de travail n'est pas une abstraction plus grande ni en même temps moins réelle que la résolution en air de tous les corps organiques.
En fait, le travail, qui est ainsi mesuré par le temps, n'apparaît pas comme le travail d'individus différents, mais les différents individus qui travaillent apparaissent bien plutôt comme de simples organes du travail.
Autrement dit, le travail, tel qu'il se présente dans les valeurs d'échange, pourrait être qualifié de travail humain général. Cette abstraction du travail humain général existe dans le travail moyen que peut accomplir tout individu moyen d'une société donnée, c'est une dépense productive déterminée de muscle, de nerf, de cerveau, etc., humains. C'est du travail simple , auquel peut être dressé tout individu moyen, et qu'il lui faut accomplir sous une forme ou sous une autre. Le caractère de ce travail moyen diffère lui-même selon les pays et les époques de la civilisation, mais dans toute société existante il apparaît comme donné. Ce travail simple constitue la partie de beaucoup la plus importante de tout le travail de la société bourgeoise, comme on peut s'en convaincre en consultant n'importe quelle statistique. Que A produise du fer pendant six heures et pendant six heures de la toile, et que B produise également du fer pendant six heures et pendant six heures de la toile, ou que A produise du fer pendant douze heures et H de la toile pendant douze heures, cela ne représente de toute évidence qu'une utilisation seulement différente du même temps de travail. Mais qu'en sera-t-il du travail complexe, qui s'élève au-dessus du niveau moyen, en tant que travail de plus grande intensité, de poids spécifique supérieur ? Ce genre de travail se résout en une somme de travail simple, en travail simple à une puissance supérieure, un jour de travail complexe équivalant par exemple à trois journées de travail simple. Le moment n'est pas encore venu d'étudier les lois qui règlent cette réduction du travail complexe au travail simple. Mais il est évident qu'elle a lieu : car, en tant que valeur d'échange, le produit du travail le plus complexe est, dans des proportions déterminées, l'équivalent du produit du travail moyen simple ; il est donc mis en équation avec un quantum déterminé de ce travail simple ».
[Karl Marx - Contribution à la Critique de l’économie politique – Première section / Le capital en Général / chapitre premier / la marchandise]
[1 - « Unskilled labour » [travail non qualifié], disent les économistes anglais.]



Automatisation des machines, travail complexe, travail simple et déqualification



La fin du taylorisme et du fordisme est datée à la fin des années 70, avec la disparition des OS.
L’automatisation des machines a fait disparaître le travail non qualifié. L’image de Charlot vissant son boulon sur un tapis roulant ne correspond plus à la réalité industrielle.

En l’espace quelques dizaines d’années à peine, les machines ont connu une évolution technique extraordinaire.
Dans les années soixante on réglait les vitesses avec des volants et des réducteurs mécaniques.
La vitesse s’estimait au bruit, à la texture du produit réalisé et sur des indicateurs à aiguille approximatifs.
Des moteurs électriques on remplacé le volant et l’ouvrier a réglé les vitesses depuis un pupitre, avec des boutons, puis un potentiomètre.
Vingt ans plus tard un petit clavier à affichage numérique et un régulateur électronique avaient remplacé toute la quincaillerie électrique, et le réglage de la vitesse ne nécessitait plus aucun savoir faire, ni coup d’œil, ni oreille, ni toucher. Elle pouvait être reproduite à l’infini au m/s près en affichant à un digit près la vitesse souhaitée selon le standard défini.

Il en fut de même pour toutes les mesures physiques et tous les actionneurs, qu’il s’agisse de température, de pression, de niveau, etc.

Dix ans après toutes les vitesses d’une chaîne de production ont pu être réglées séparément et individuellement à l’aide de variateurs électroniques, libérant l’entretien mécanique des engrenages, renvois d’angles, avec leur lot de graissages, de casses et d’arrêts prolongés.

Diminution des effectifs, simplification et accroissement des tâches

Simultanément les mécanos qui effectuaient ces entretiens ont vu fondre leurs effectifs.
Quelques années plus tard, ces variateurs ont été reliés entre eux et pilotés par des automates, puis surveillés par des systèmes englobant toutes les mesures et actions sur la transformation du produit.
Les armoires électriques étaient habillées de centaines de relais électromécaniques ou pneumatiques et de milliers de fils électriques, que les réparations amenaient à démonter et reconstituer. Elles ont disparu, remplacées par les automates équipés de cartes non réparables sur place en cas de dysfonctionnement.
Les effectifs de la maintenance électrique ont ainsi été laminés dans un ratio de quatre à cinq voire davantage.

Les standards de fabrication définis sur un PC de bureau ont été introduits dans cet ensemble à l’aide de disquettes, puis directement par liaison Ethernet.

L’essentiel du dépannage mécanique a été remplacé par le dépannage électrique, puis électronique, puis informatique.
Les tâches les plus simples et les plus lourdes étant confiées à des entreprises sous-traitantes surveillées par les techniciens.
Ces techniciens eux-mêmes ont vu leurs fonctions évoluer, perdant peu à peu le contact avec la machine pour effectuer davantage de contrôles systématiques, rédiger les devis, effectuer des achats, suivre et réceptionner les chantiers, et la part administrative de leur travail s’est accrue. Leur nombre a été réduit et leur travail a été également mis en fiches et en modes opératoires.
La réduction du temps de travail lors du passage aux trente cinq heures – rarement effectives – a donc été largement compensée :
Les techniciens de jour restants ont dû effectuer davantage, voire plus de travail dans un temps réduit.

Des ouvriers instruits

A l’ occasion de la mise en place des machines automatisées, le patronat a embauché des ouvriers diplômés, détenteurs d’un Bac technique ou d’un BTS.
Trente ans plus tôt un ouvrier bachelier était un martien. Ce bouleversement a été rendu possible par la dépréciation générale des grilles de salaires vers 1990.
Ces ouvriers instruits embauchés dans les années 2000 ont été payés au même tarif voire moins que ceux qu’ils remplaçaient, titulaires dans le meilleur des cas d’un CAP.
Le développement des stages en alternance a permis au patronat de confier des études abouties à de jeunes étudiants pour un pourboire, puis de les embaucher au bas de l’échelle.
Ce qui a constitué une extraordinaire déqualification puisque le travail d’un ouvrier-technicien a été payé au prix d’un ouvrier spécialisé.

Simplification du travail

Mais très vite il est apparu que la conduite de ces nouvelles machines permettait des gains de productivité supplémentaires.
Le travail complexe initial exigeant plusieurs années d’expérience et de savoir-faire a disparu et la conduite des nouvelles installations a dû se conformer à des modes opératoires et à des check listes précises et ne souffrant aucune interprétation. Le seul travail manuel restant n’exigeant pas de compétence spéciale.
Le rôle de l’ouvrier s’est alors limité à la surveillance, au contrôle et à quelques actions correctives.

Multiplication des tâches

Mais dès que l’automatisation le libérait d’une tâche, d’autres tâches venaient s’ajouter.
Les actions correctives ont englobé les réparations simples et l’entretien courant, alors que dans le passé les ouvriers attendaient l’intervention du mécanicien ou de l’électricien.
On a exigé de lui qu’il effectue des travaux complémentaires assurés jusque-là par d’autres, comme l’approvisionnement de la machine ou son entretien.
Cet accroissement de la charge de travail a été baptisé Maintenance Productive Totale (TPM), selon une méthode importée du Japon.
La méthode n’a pas donné systématiquement les fruits escomptés, mais l’automatisation a permis par exemple de mettre en poste un ouvrier par machine au lieu de deux, puis de confier deux machines à un seul ouvrier.
La productivité a ainsi été multipliée par quatre.

Dans un premier temps, l’arrivée des ouvriers instruits convaincus de pouvoir progresser rapidement et encouragés dans cette illusion, entraîne la désyndicalisation et la perte des acquis idéologiques de la classe ouvrière.
Cependant la réalité de leur situation n’est pas un avenir radieux, mais au contraire la prolétarisation des catégories intermédiaires.

Le capital élargit l’armée de ses fossoyeurs.

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   Posté le 17-02-2012 à 01:09:59   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Relations donneurs d’ordre et sous-traitants et les conséquences sur les salariés


Les rapports donneurs d’ordre / sous-traitant sont inégaux
La sous-traitance s’est développée à partir des années 70.
Il existe trois situations différentes dans le rapport sous-traitant / donneur d’ordre :
L’entreprise exclusivement sous-traitante
L’entreprise à la fois sous-traitante et donneuse d’ordre
L’entreprise exclusivement donneuse d’ordre

Dans certains cas l’entreprise sous-traitante intervient dans un créneau très spécialisé ou dans des techniques de pointe, un savoir faire particulier, et jouit d’une situation privilégiée.
Par exemple dans le domaine informatique, les SSII (société de services en ingénierie informatique). Seules ces entreprises sont en mesure de négocier.
Mais cette situation est liée à la concurrence capitaliste et n’est pas éternelle. Elle cesse lorsque l’entreprise est absorbée par une autre ou devient elle-même dominante et monopoliste sur le marché.

Mais dans la plupart des cas l’entreprise sous-traitante, notamment celle exclusivement sous-traitante, est soumise au donneur d’ordre.
Les sous-traitants « de dernier rang » (c’est-à-dire les entreprises qui n’ont pas elles-mêmes recours à la sous-traitance) sont concentrés dans certains secteurs : ils représentent ainsi 25 % des entreprises de la métallurgie et la transformation des métaux, 19 % des entreprises de l’habillement et cuir et 18 % des entreprises des industries des composants électriques et électroniques, contre 7 % de l’ensemble des entreprises. Ces entreprises sont de plus petite taille que les donneurs d’ordres : 57 % d’entre elles comptent entre 20 et 49 salariés contre 42 % des donneurs d’ordres exclusifs (et 62 % pour l’ensemble des entreprises).
[ rapport du Dares février 2011]

Certains secteurs sont particulièrement utilisateurs de la sous-traitance, comme l'industrie automobile ou le transport. Dans ce domaine, il est même de règle que les sous-traitants externalisent à leur tour et certaines entreprises ont pour objet d'être des fournisseurs de deuxième ou troisième rang.

Ce rapport inégal se traduit de manière triviale au mois de janvier, lorsque les sous-traitants apportent stylos et calendriers aux techniciens, les vins fins à la maîtrise et les dessous de table à la direction.
Les relations des donneurs d’ordres au sous-traitants sont des relations de dominants à dominés.
Cette situation ressort régulièrement dans la presse économique :
Par exemple dans RELATIONS DONNEURS D’ORDRE / SOUS TRAITANTS, la CGPME parle de la « sujétion économique » des PMI et préconise une batterie de propositions parfaitement inopérantes.
« donneurs d’ordre et sous-traitants » par le Cegid relève la durée des délais de paiements à 90 jours, la multiplication des retards de paiement, les critères de qualité exigés, et invite les PME sous-traitantes à « jouer la carte de la création de valeur pour leurs clients » .
Nous allons revenir sur tout cela justement.

Effet de taille
Ces rapports inégaux s’établissent en priorité avec les PME de moins de 20 salariés ou les TPE. Le poids financier du donneur d’ordre renforce le rapport inégal, par exemple lors d’un contentieux juridique.
Mais les conflits s’expriment rarement sur ce terrain car la simple mise en concurrence suffit à étouffer toute récrimination.
Poussée à son extrême, la sous-traitance aboutit à « l’auto entreprenariat » où lancé en grandes pompes le 1er janvier 2009 par Hervé Novelli : ce statut de salariat déguisé permet à l’employeur de ne payer ni charges, ni primes de précarité ni congés.
Evidemment il est encouragé par l’entreprise et parfois forcé : « L'essaimage révèle cette nouvelle stratégie: l'entreprise se sépare d'un salarié et lui permet de s'installer à son compte en l'aidant au démarrage de son activité et en lui fournissant au départ une charge de travail. L'ancien salarié est devenu juridiquement autonome tout en continuant à travailler pour son ancien employeur, sous couvert d'un contrat de sous-traitance. »
http://www.glose.org/mem003-html.htm


Le sous-traitant reverse une part de ses profits au donneur d’ordre
Non seulement, comme il est indiqué dans l’article « la sous-traitance et la production de la plus-value » , le donneur d’ordre paie le sous-traitant avec le capital fixe et non avec une part de sa plus-value, mais c’est l’entreprise sous-traitante qui reverse une partie de sa plus-value au donneur d’ordre et non l’inverse .

Cette situation est connue dans les relations entre la production agricole et l’industrie agroalimentaire, ou bien avec la grande distribution.
Elle reflète le process général du capital selon lequel le capital commercial récupère une part de la plus-value en permettant au capital industriel de la réaliser.
Dans les relations entre le sous-traitant et le donneur d’ordre, c’est ce dernier qui permet au sous-traitant de réaliser la plus-value.

Cette captation de la plus-value du sous-traitant s’effectue de diverses façons :

Allongement des délais de paiements
Le rapport de l’observatoire des délais de paiements est éloquent sur ce sujet, en indiquant que les PME de moins de 20 salariés sont fragilisées par cette pratique courante.
En allongeant les délais de paiements les grands entreprises accélèrent le cycle de rotation de leur capital et ralentissent celui de la PME sous-traitante.
Ceci correspond de facto à un transfert de plus-value.

Réduction des coûts de stockage
Le donneur d’ordre transfère au sous-traitant l'immobilisation de matériaux spéciaux et le coût de stockage.
Cette économie dans le capital fixe augmente les profits en accélérant la rotation du capital.

Mise en concurrence
En mettant en concurrence les entreprises sous-traitantes, notamment dans le bâtiment, le donneur d’ordre les oblige à baisser leurs prix et réalise un sur-profit par ce moyen.
L’entreprise sous-traitante, pour conserver le contrat, diminue sa marge ou exploite davantage ses salariés. C’est une situation que Florence Aubenas a précisément décrite dans « le quai de Ouistreham ».
Le 14 février à Saint Nazaire, plus d’un millier de manifestants des chantiers naval manifestaient contre les licenciements et la mise en concurrence des sous-traitants pratiquée par le chantier naval STX France :
SMCO (82 salariés menacés de licenciement)
SMCN (9 licenciements déjà effectués, 42 salariés menacés)
Baudet (en redressement judiciaire, 92 salariés menacés de licenciement).

Ces exemples montrent comment l’exploitation accrue des salariés de la sous-traitance permet de reverser une part de la plus-value qu’ils ont créée au donneur d’ordre.

Surexploitation des salariés de la sous-traitance
Ces relations inégales se répercutent sur les salariés des entreprises sous-traitantes dans tous les domaines.
Sur les salaires, les horaires et les rythmes de travail et sur les conditions de travail en général
Cf bulletin de février 2011 du Dares http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/IMG/pdf/2011-011.pdf

Réduction des effectifs, flexibilité et précarisation
La sous-traitance permet on l’a vu de diminuer la part du capital variable en salaire et en charge sociale, mais aussi d’absorber les variations de la charge de travail et les frais d’encadrement.
Mais il arrive aussi que le salarié sous-traitant travaille directement sous les ordres de l’utilisateur, en passant à travers les mailles du délit de marchandage par le biais de pseudos « ordre d’intervention » pour l’assimiler à un forfait.
Un ouvrier fait des nuits comme dépanneur posté dans une usine. Il reçoit un avertissement de sa boite qui l’a loué pour ne pas « s’être présenté à l’embauche le matin» !
Mais lorsque le salarié sous-traitant subit l’encadrement de sa propre entreprise, cela n’exclut nullement la surveillance de l’encadrement du donneur d’ordre.
Par exemple un électricien passe ses journées à remplacer les tubes fluos et les starters d’une usine. Quand la semaine est terminée il recommence du début. Un jour le chef d’atelier le surprend à prolonger le repos de midi : il est viré de l’usine et viré de sa boite.
Une grève des ouvriers d’équipe conduit à écarter de la fabrication un contremaître particulièrement détesté : il dirige alors les entreprises extérieures. Un jour un chaudronnier est tellement excédé qu’il le menace avec son cutter : le chaudronnier est lourdé sur-le-champ de l’usine et de la boite sous-traitante.
Les salariés sous-traitants subissent ainsi la double oppression de leur entreprise et du donneur d’ordres.

En cas de surcharge, il revient au sous-traitant de faire l’avance de la main d’œuvre supplémentaire, généralement en interrompant d’autres chantiers, ou en ayant souvent recours aux contrats précaires sans tenir compte des restrictions légales.
En cas de sous-charge, le sous-traitant doit occuper son personnel comme il peut ou le mettre au chômage technique ou le licencier.
Enfin le contrat à durée déterminée est utilisé beaucoup plus largement.
Le transfert de la variation de la charge de travail se traduit par une précarisation des salariés sous-traitants.
Mais le sous-traitant subit aussi et répercute sur ses salariés le risque de défaillance du donneur d’ordre.
En cas de dépôt de bilan, ou si le donneur d’ordre laisse des ardoises impayées, la responsabilité des licenciements est reportée sur le sous-traitant. Les salariés licenciés n’ont aucun recours contre le donneur d’ordre.

Baisse des salaires
Les salariés de la sous-traitance ne « bénéficient » pas des accords salariaux conclus par les donneurs d'ordres dans leur entreprise. Faute de syndicat la tendance générale c’est le salaire à la tête du client. Les sous-traitants se contentent d'appliquer les minima prévus par les accords collectifs de branche.
En dehors du salaire net, les salariés de la sous-traitance ne bénéficient pas de nombreux avantages :
Leur patron peut être dispensé de payer le salaire différé (« charges patronales »), ils ne bénéficient pas des avantages du CE ou des repas à prix réduit. Ils ne touchent aucune des primes de résultat, de fin d’année, etc.
Ils sont parfois obligés de faire l’avance de leur outillage ou même de leurs bleus, ou bien ils doivent utiliser leur véhicule personnel pour transporter du matériel de chantier, ou leur propre portable.
Les salaires diminués dans la sous-traitance reflètent le transfert de la plus-value vers le donneur d’ordre au moyen de leur sur-exploitation.


Sous-qualification
Sauf dans le cas de produits spécifiques de qualité, compte tenu de la faible masse salariale, le budget de formation est réduit au minimum vital chez le sous-traitant : permis de conduire poids lourd, initiation aux risques dans le nucléaire…
Il en résulte que la plupart des activités externalisées nécessitent davantage de main d’œuvre et moins de qualification.
Pour cette raison également, la répartition de la plus-value se fait au détriment du sous-traitant par rapport au donneur d’ordre, et la moyenne des salaires est plus faible.

Conditions de travail dégradées
Le livre de Florence Aubenas raconte sur le vif les conditions de travail dans les entreprises de nettoyage. Mais cette dégradation est générale.
Par exemple un accident électrique survenu un week end à la veille de la remise en route d’une entreprise, après ses travaux d’arrêt annuels, conduit à mobiliser sur-le-champ un dimanche une armée de câbleurs, des camions-grues et des loueurs de groupes électrogènes. Les uns et les autres sont tirés du lit sans égard pour leurs repos hebdomadaire.

Les techniciens sous-traitants, amenés à remplacer ponctuellement ou « à vie » ceux du donneur d’ordre, sont en astreinte pendant les fêtes ou bien doublent leur astreinte en cas de sous effectif et doivent renoncer à leurs congés.
« 36 % des salariés des sous-traitants de dernier rang ont au moins une contrainte horaire parmi les cinq suivantes : travailler habituellement la nuit, travailler habituellement le soir, avoir des astreintes, faire des heures supplémentaires non compensées, ne pas connaître ses horaires de travail au-delà du lendemain. » rapport du Dares cité plus haut : « SOUS-TRAITANCE : des conditions de travail plus difficiles chez les preneurs d’ordres » .

Exposition accrue aux risques professionnels
Sur les chantiers des centrales nucléaires EDF, la sous traitance a été utilisée systématiquement à plusieurs niveaux imbriqués comme les poupées russes, par exemple EDF qui emploie Saunier Duval, qui emploie l’Entreprise Industrielle, qui emploie des intérimaires…
Le vendredi les tableautistes d’EDF visitaient le chantier en bleus immaculés, tandis que ceux des câbleurs sous-traitants étaient raides de crasse. Quant aux intérimaires ils pataugeaient dans les tranchées avec leurs effets personnels.
Les techniciens du donneur d’ordre étant orientés vers « l’expertise » et l’encadrement, ceux de la sous-traitance sont eux directement confrontés aux risques industriels.

Lorsque les centrales ont été mises en service, l’entretien à risque a été réservé aux sous-traitants, avec les conséquences que l’on connaît lors d’accidents graves :
« Accident de Marcoule : les salariés de la sous-traitance nucléaire s'expriment ».

Voir également dans le forum dans la rubrique « sur le nucléaire » le post du 23/6 2011 « les précaires du nucléaire » et celui du 2/7 2011 « qui sont les voyous ? »

La CGT Mines-Energie (FNME-CGT] accuse en 2007 EDF de « s'ingénier à contourner la législation » , par des achat de prestation, parallèles à des suppressions régulières de postes, et par sa politique vis-à-vis des sous-traitants... pour « ne pas maintenir dans leur emploi » une partie des 22 000 salariés sous-traitants qui subissent plus de 70 % des doses irradiantes dans 19 centrales nucléaires où ils interviennent, notamment pour les réparations et entretiens matériels, étant moins protégé que les 20 000 agents d'EDF. [Wikipedia]

Mais c’est la partie émergée de l’iceberg. Les rayonnements ionisants n’existent pas seulement dans les centrales mais en radiographie, en tirs radios sur les soudures, en mesure de niveau par rayonnement gamma, etc.

Bien évidemment les accidents de travail et les maladies professionnelles sont nettement plus importants chez les sous-traitants.
Voir le rapport détaillé de l’INRS :« Sous-traitance et accidents ».

Ce qui n’apparaît dans les rapports chiffrés et qui est volontairement escamoté dans les arbres des causes des accidents, c’est que la responsabilité de l’accident reproduit les relations inégales.

L’entreprise donneuse d’ordre exige que le sous-traitant fasse les pieds au mur, n’entrave pas la continuité de la production durant son intervention et exerce une pression directe ou indirecte sur l’ouvrier. La description d’interventions funambulesques remplirait des encyclopédies, avec des situations surréalistes du genre :
Dépose d’un calorifuge amianté sans les précautions d’usage sur une tuyauterie de fluide caloporteur fissurée, contenant un liquide à 300 ° pouvant s’enflammer à température ambiante, opération réalisée en pleine réunion du CHSCT et à l’insu du médecin du travail présent à cette réunion.
Lorsque l’accident arrive, la responsabilité du donneur d’ordre est maquillée et l’ouvrier est montré du doigt, accusé de n’avoir pas respecté les règles de sécurité, voire écarté du site.

Le rôle des communistes
Dernier volet de l’exploitation éhontée des salariés de la sous-traitance :
Contrairement à ceux des grandes entreprises, ils sont moins organisés syndicalement et travaillent plus souvent seuls.
Cet isolement et cette inorganisation facilite évidemment leur exploitation et les rend plus vulnérables à la démagogie fasciste.
La domination des donneurs d’ordre se traduit sur le plan idéologique par le mépris envers les salariés de la sous-traitance et l’esprit de boutique.

Les communistes doivent s’adresser prioritairement à eux, afin de les organiser et de transformer cette fragilité en force révolutionnaire. Dans les grandes entreprises, il est essentiel de tisser des liens de classe, de combattre l’esprit maison et l’arrogance envers les ouvriers des entreprises extérieures.

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Xuan
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   Posté le 22-02-2012 à 23:42:45   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ci-dessous un article déjà publié en 1986 et repris par le site de la coordination des intermittents et des précaires de France, ainsi que sur le blog de Jacques Tourtaux.
Cet article qui reste d'actualité rejoint le sujet en montrant comment l’organisation syndicale d’entreprise a été « prise à revers » par le développement de la sous-traitance.

J'émets des réserves sur la thèse selon laquelle l’organisation syndicale sur la base de l’entreprise devrait être abandonnée. La grève est une arme essentielle de la classe ouvrière.
De même il est exclu de renoncer « au contrôle du mode de production par ses structures les plus avancées, les grandes entreprise » . Comme nous l’avons vu ce sont elles qui dominent le marché et imposent leur loi aux sous-traitants.
La collectivisation des moyens de production concerne d’abord la grande entreprise et non l’artisan, mais la collectivisation ne peut pas reposer sur la surexploitation des extérieurs évidemment.
Mais il est évident que les difficultés soulevées par cet article sont - ajoutées à la ligne révisionniste et réformiste dans les syndicats - une des causes essentielles de l'émiettement de la classe ouvrière et de la désyndicalisation.


LES FORTERESSES OUVRIERES PRISES A REVERS.


THIERRY BAUDOIN, MICHELE COLLIN
Publié, le mardi 21 février 2012
Dernière modification : mercredi 22 février 2012

Le texte qui suit date de 1986.
Depuis, pour la classe ouvrière, l’histoire a continué à avancer du mauvais côté.
TOUJOURS PLUS DE PRÉCAIRES, INTÉRIMAIRES, TRAVAILLEURS A DOMICILE OU AU NOIR


La concomitance de deux crises - celle de l’appareil productif et celle du syndicalisme - n’est pas pour surprendre. Parce qu’elle est précisément l’enjeu constant des luttes capital-travail, l’organisation productive subit périodiquement des mutations brutales au moment où la structure ouvrière s’y adaptait le mieux pour s’en assurer le contrôle. Née au lendemain de la première guerre mondiale, pour répondre à cet autre bouleversement qu’avait représenté l’instauration du taylorisme s’affranchissant lui-même de l’anarcho-syndicalisme, l’organisation ouvrière actuelle, basée sur la section d’entreprise et la fédération de branche, se révèle incapable de prendre en compte la crise-restructuration. Et ce, précisément, parce que celle-ci remet en cause le modèle de l’usine fordienne, cristallisée en "forteresse ouvrière".



Le véritable traumatisme subi par le syndicalisme, c’est, avant tout, la découverte de cette inter-dépendance entre le mode d’action (et plus généralement la vision du monde) de l’organisation ouvrière, et une structure productive qui, pour être maîtrisée, doit subir une mutation remettant totalement en cause l’ancienne stratégie. Ainsi, l’image ouvrière dominante d’une gigantesque agression capitaliste contre le syndicalisme est bien en deçà de la réalité ce n’est pas contre la logique syndicale, mais à côté d’elle, que s’élaborent aujourd’hui un temps et un espace productif différents [1].

C’est donc dans un véritable angle mort de la vision syndicale que se sont très progressivement mises en place de multiples modalités de gestion de la force de travail, rompant avec l’idéal type du collectif ouvrier d’entreprise [2]. Le départ de secteurs entiers d’activité vers des sous-traitants, le développement des sociétés de services, des petites et moyennes entreprises (PME) qui emploient actuellement 47 % des salariés français, le recours à des travailleurs extérieurs à l’entreprise, tels les intérimaires, ont pu, dans un premier temps, s’effectuer sans grande réaction syndicale, tant ils concernaient peu le "noyau dur" des ouvriers professionnels. L’augmentation du nombre de ces faux salariés, de ces "hors statut", le fractionnement de l’entreprise par les filialisations, les délocalisations, la sous-traitance... ou par sa recomposition en "sites" industriels ou tertiaires (comme Fos-sur-Mer pour la sidérurgie et la pétrochimie, la Hague pour le nucléaire ou la Défense pour le tertiaire) n’ont été analysés, en dernière instance, que comme de simples artifices juridiques brisant formellement le rapport salarial classique et le collectif ouvrier. L’horizon de l’entreprise fordienne semblant indépassable, de longues années se sont passées à attendre l’arrivée au pouvoir de la gauche, qui, par simples décrets, saurait interdire ces pratiques.

C’est toute la stratégie ouvrière des cinquante dernières années, visant au contrôle du mode de production par ses structures les plus avancées, les grandes entreprises, ces "forteresses ouvrières", qui a interdit de prendre la mesure de ces mutations, tout simplement parce qu’elles se situaient en dehors du modèle hier dominant. D’où cet isolement croissant des organisations de travailleurs [3].

Plus grave encore, le mouvement syndical, retranché dans ses entreprises et dans une stratégie purement défensive, se retrouve coupé d’une autre classe ouvrière, celle des millions de précaires chômeurs utilisés dans la nouvelle structure productive en gestation. Le problème réside moins dans cette division - dont le caractère aujourd’hui manifeste ne doit pas cacher la constance, contrairement au mythe structuraliste d’une classe ouvrière uniforme - que dans l’abandon du cadre de l’entreprise, en tant que lieu de recomposition de la diversité ouvrière, lors des négociations salariales.

Les ouvriers spécialisés (OS), les femmes, les immigrés des années 60, constituaient déjà une force de travail dont l’utilisation et les pratiques sociales différaient très largement de celles des ouvriers professionnels syndiqués. C’était justement la rencontre, dans l’entreprise et dans son cadre unique de négociation, de deux logiques conflictuelles, de deux visions du monde très éloignées, qui avait produit le mélange particulièrement détonant de cette époque.
Aujourd’hui, le rapport salarial d’entreprise se rétrécit en un lieu de négociation cohérent, parce que débarrassé du travailleur mobile et polyvalent, qui devient un "hors statut" négociant directement, de façon atomisée et diffuse, sa mobilité sur le marché du travail, face à l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), aux collectivités locales et aux agences d’intérim. C’est là que se situe la véritable spécificité sociale des mutations actuelles, qui exigent impérativement un redéploiement de l’institution syndicale : on estime, en effet à plus de trois millions le nombre de salariés "précarisés" hors statut [4]]. Plus de la moitié des chômeurs inscrits à l’ANPE sont des travailleurs arrivés au terme d’un contrat à durée déterminée. [5]

Quelques expériences tentent aujourd’hui de prendre en compte ces mutations de l’ordre productif par un élargissement de l’action syndicale au-delà de l’entreprise. L’avancée la plus notable concerne certaines des gigantesques concentrations verticales que connaissent notamment les industries de flux intégrant, dans des sites industriels, des types d’entreprises et de gestion de main-d’oeuvre complexes et variables. Le syndicalisme de site y a créé des institutions nouvelles en vue d’une régulation transversale de ces multiples catégories de salariés intervenant sur un même procès de production.

L’objectif recherché est d’instaurer un collectif de travail débordant largement les cadres classiques de l’entreprise et de la branche, en intégrant notamment les PME et les nombreux travailleurs occasionnels gravitant autour de l’entreprise dominante. Les métallurgistes CFDT de Basse-Normandie ont ainsi expérimenté plusieurs formules : délégués de site, interventions dans les comités locaux de l’emploi les comités spéciaux d’hygiène et de sécurité.

Les succès de cette stratégie, élargie aux sites tertiaires que sont les tours de bureaux ou les centres commerciaux, s’expliquent par la relative cohérence entre ces nouvelles configurations, unifiées spatialement autour d’une activité dominante, et la vision syndicale d’un collectif de travail artificiellement divisé.
Mais, au-delà de la forme dilatée de l’usine que représentent ces sites, d’autres configurations - beaucoup plus nombreuses - se développent dans un temps et un espace productifs radicalement nouveaux.

La polyvalence et la mobilité d’une fraction grandissante de la force de travail, rendues technologiquement possibles (uniformisation et automatisation de la production, introduction de la télématique...), permettent au capital de s’émanciper des contraintes d’une mobilisation rigide des travailleurs dans des procès et des postes de travail spécifiques. La force de travail disponible se réduit de moins en moins à celle enfermée et spécialisée dans l’entreprise, pour s’élargir à l’ensemble d’une main-d’oeuvre polyvalente présente sur le marché du travail. L’espace productif de ce collectif est alors moins constitué par l’usine que par le bassin d’emploi, territoire où ces travailleurs mobiles se trouvent confrontés à un potentiel local d’emploi. Le temps productif rompt, lui aussi, avec la classique dichotomie travail-loisir, cristallisée dans le statut d’entreprise, pour s’élargir à l’ensemble du temps social [6].

Des modalités d’organisation inédites s’efforcent ainsi de faire face à cette socialisation élargie de la production, caractérisée par les figures du précaire, du temps partiel, de l’intérimaire, du travailleur à domicile ou au noir, tous ces chômeurs dont les formes nouvelles de soumission temporelle [7] et spatiale à un ensemble multiforme et discontinu d’activités n’ont rien de conjoncturel.

Syndicats regroupant des salariés de plusieurs PME, syndicats locaux de travailleurs précaires en Normandie, syndicats d’intérimaires à Paris, unions interprofessionnelles regroupant l’ensemble des salariés d’un bassin d’emploi en Rhône-Alpes, syndicats de "pays" en Bretagne : autant d’initiatives dont le trait commun est de déborder les anciennes structures professionnelles, pour viser à une recomposition de la force de travail aux niveaux local et interprofessionnel. C’est d’ailleurs sur cette base qu’essaient de se constituer des « syndicats de chômeurs » [8].

L’institution syndicale est évidemment plus que réticente devant ces "nouvelles formes d’emploi", vécues comme une dégradation du statut salarial classique. C’est que l’histoire avance par ses mauvais côtés et qu’il est décidément difficile de voir dans le jeune précaire d’aujourd’hui la préfiguration du travailleur de l’avenir, tout comme, lors de la première guerre mondiale, les femmes mises au travail sur les premières chaînes d’armement constituaient le prototype de l’ouvrier fordien des soixante dernières années.

Si elle est évidente chez les syndicats, acteurs en première ligne, cette extrême difficulté à se dégager du modèle traditionnel de l’entreprise d’hier n’épargne aucune des institutions socio-économiques, incapables, d’ailleurs, de distinguer ne serait-ce que les stocks de chômeurs des flux de précaires. Pour le mouvement ouvrier, ces innovations syndicales, encore balbutiantes, constituent une occasion d’entreprendre la reconquête de tout l’espace social, en rompant avec l’enfermement dans l’usine qui marginalise aujourd’hui les syndicats.
Thierry Baudoin et Michèle Collin, auteurs du Contournement des forteresses ouvrières - le Syndicalisme face à la crise, Librairie des Méridiens, Paris, 1983.
Article paru en février 1986, dans Le Monde Diplomatique

Notes :
[1] Voir à ce propos : Nous sommes tous des inter-mutants du spectacle !
[2] Voir Le gouvernement des individus - Université ouverte 2008-2009.
[3] Voir : CFDT, syndicat jaune ?
[4] Ces chiffres datent de 1986. Or 70% des embauches s’effectuent en CDD. Il est d’autant plus difficile de dénombrer les précaires, car il faudrait intégrer au calcul des salariés qui en sont pas en CDD, des salariés formellement non précaires, tels ceux, jeunes et femmes essentiellement qui sont employés avec des CDI de type Mac do, CDI qui freinent le turn over car la démission entraîne actuellement un délai de 4 mois de carence dans le versements des allocations chômage, et CDI qui permettent de aux entreprises d’exploiter une flexibilité interne, grâce à des salariés enclins à demander et accepter des heures non pas supplémentaires, c’est à dire mieux payées, mais bien complémentaires, payées aux abords du SMIC horaire...
[5] Aujourd’hui, moins de la moitié des chômeurs sont indemnisés ; parmi les indemnisés, près de 40% de « faux chômeurs », du moins si l’on en croit la définition syndicale du « privé d’emploi », dit « chômeurs en activité à temps réduit " » par l’administration, ils dépendent à la fois d’une allocation et de salaires versés par l’entreprise. Pour ce qui est de l’institution chargée du placement et de contingenter les allocations, voir : Outragé, Pôle emploi mord la poussière .
[6] Beaucoup d’argent parce que je suis nombreux.
[7] La précarisation et le morcellement du temps.
[8] On s’en souvient peu mais un mouvement de chômeurs et précaires a existé durant les années 80. L’instauration du RMI en 1988 n’est en effet qu’une reprise gouvernementale destinée à traduire dans les misérables termes institutionnels que l’on sait (dont un accès interdit aux moins de 25 ans qui a permis de dresser des générations d’entrants dans le salariat à la précarité ) la revendication d’un revenu garanti porté par des mouvements attachés à la constitution collective de ceux que tout est supposé atomiser, voir par exemple cet article de l’époque : Les Bourses du travail, berceau de l’identité ouvrière.


Edité le 22-02-2012 à 23:45:24 par Xuan




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   Posté le 27-02-2012 à 00:38:06   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le Front de Gauche et la sous-traitance


Sur le financement des PME

La littérature économique est très bavarde sur le sujet et il fait la une de tous les programmes bourgeois pour les présidentielles.
L’économiste Y. Dimicoli, membre du CN du parti révisionniste, qui appelait en avril 2011 à ne pas accepter le chantage de Mélenchon, déclarait aussi : « il faut des financements émancipés de la domination des marchés financiers et incitant, au contraire, à réduire sans cesse le besoin de faire appel à ce dernier » .
Et le 7 août 2009 dans l’Humanité :
Yves Dimicoli. L'urgence d'un pôle public bancaire :« Il faut favoriser les entreprises qui s'engageraient à sauvegarder l'emploi avec des formations. Le taux d'intérêt des crédits aux entreprises doit être modulé : il devrait être abaissé d'autant plus que les investissements à financer programment plus d'emplois, de formation et de bons salaires. […]L'argent mobilisé pour sauver les banques devrait être alloué à un fonds public national et régionalisé, alimenté aussi par les 28 milliards d'euros accordés par l'État aux entreprises en exonérations de cotisations sociales patronales. Ce fonds, qui pourrait être saisi par les comités d'entreprise, les délégués du personnel, les élus, etc., prendrait en charge tout ou partie des intérêts payés aux banques par les entreprises sur leurs crédits pour l'investissement dans la mesure où celui-ci programme de façon contrôlable plus d'emplois et de formations. Tout de suite, exigeons des moratoires sur les suppressions d'emplois et, selon les mêmes principes, la création, dans chaque région, d'un fonds public alimenté par des aides publiques régionales aux entreprises à l'appui des luttes et propositions de terrain pour l'emploi et les salaires, afin de débloquer et réorienter, sans attendre, le crédit.
Il faut aller vers la constitution d'un grand pôle public bancaire et financier autour de la Caisse des dépôts incluant des banques nationalisées pour développer ce nouveau crédit. »


J’avais déjà épinglé en novembre 2010 cette idée lumineuse dans Des Fonds Régionaux pour qui et pour quoi ?
En observant que les grands groupes qui empruntent, eux, sur le marché financier et qui font du cash , sont ici écartés du sujet. De telle sorte que la question de la sous-traitance, liée aux relations entre les grands groupes et les PME ou TPE, est écartée par la même occasion .
Les oppositionnels de La Riposte écrivaient le 28 avril 2008 sous le titre : Yves Dimicoli : pour combattre le capitalisme, il faut subventionner les capitalistes !
« Le programme du PCF contient plusieurs « bonus » de ce type au profit des capitalistes. Mais ces « bonus », tout comme la proposition de Dimicoli, ne créeraient en fait pas un seul emploi supplémentaire. »
« La mesure que propose Dimicoli ne favoriserait en aucune manière l’embauche. Elle ne ferait qu’augmenter les profits encaissés par le capitaliste à partir de l’exploitation des salariés dont il a besoin.»
« Le fond du problème, c’est que la direction du PCF a abandonné l’objectif de l’expropriation des capitalistes. »


Convergence des programmes bourgeois

Et de fait, le programme révisionniste se distingue si peu des autres programmes bourgeois que ceux-ci reprennent sans exception aucune le financement des PME à l’aide du pôle public de financement ou de ses diverses variantes :
Dès le 12 décembre on assistait à la fusion de la Banque Postale et d’Oséo pour monter un dispositif de financement des PME et TPE : la banque octroiera les prêts aux entreprises, Oséo les garantira.
Oséo pourra octroyer des prêts à la création d'entreprise (PCE) pour un montant compris entre 2.000 et 7.000 euros.
La Banque Postale prendra le relais pour les besoins de financement supérieurs pour la création et la reprise d'entreprise.
Oséo garantira 50 % à 70 % du montant total débloqué par la banque.

Le programme du front de Gauche en a fait sa tarte à la crème : « Nous créerons un pôle financier public par la mise en réseau des institutions financières publiques existantes (Caisse des dépôts, Crédit foncier, OSEO, CNP, Banque postale), des banques et des assurances mutualistes dans le respect de leurs statuts et la nationalisation des banques et des compagnies d'assurances. »

Le Parti Socialiste n’est pas en reste avec une Banque publique d’investissements adossée aux fonds régionaux d’investissements "Elle assurera l’effet de levier par le regroupement de la filiale entreprises de la Caisse des dépôts et consignations, d’Oséo, du Fonds stratégique d’investissement, de l’Emprunt national, des structures régionales de capital investissement, des dispositifs d’accompagnement des entreprises de La Banque Postale et de la Banque de France. L’effet réseau sera stimulé grâce à une mobilisation de la banque au plus près du terrain sous forme de fonds régionaux". Dans le chapitre « Les PME, artisans et commerçants au cœur du projet socialiste pour 2012 » […] « favoriser la prolongation des délais d’échéances de contributions fiscales et sociales en cas de baisse d’activité, à renforcer le lien avec les universités pour l’embauche de doctorants.
Les relations des PME avec les grandes entreprises sont inégales, nous proposons de les rendre plus équitables, et d’abord pour les entreprises « sous-traitantes » – qu’il vaudrait mieux appeler entreprises partenaires : recours juridiques simplifiés et accélérés, réduction des délais de paiement jusqu’à 45 jours, renforcement des pénalités de retard, transformation du trimestre créditeur pour la TVA en mois créditeur. Le rôle du Médiateur du crédit sera pérennisé et ses pouvoirs renforcés ».


Sarkozy qui ne sait plus maintenant où donner de la tête y est allé aussi de son petit couplet "Nous allons créer une banque de l'industrie, filiale d'Oséo [Oséo Industrie], qui est la banque des PME, parce que - des chefs d'entreprise me le disent tous les jours - les banques ne prêtent pas assez. Quand les banques prêtent, elles prêtent trop cher" .

Evidemment le PS s’est offusqué de s’être fait piquer les droits d’auteur et dénaturer son projet.
Et le parti révisionniste en a fait tout autant avec le PS :
« Le PS propose la création d’une « Banque nationale d’investissement »…
À la différence du PS, nous ne proposons pas la constitution d’un organisme étatique unique, mais la mise en réseau de multiples établissements publics, mutualistes ou actuellement privés qu’il faudrait nationaliser, dans une optique radicalement décentralisée, pour donner le maximum de pouvoirs aux salariés et aux usagers de ces organismes, et pour que l’action du pôle public pèse sur le comportement du système financier dans son ensemble. »


La nuance est de taille… mais elle dissimule mal le point commun de tous ces projets : réorienter l’épargne vers le financement des entreprises privées, pomper le modèle allemand qui a quelques longueurs d’avance dans ce domaine, et inciter les PME jusqu’ici trop frileuses à s’endetter .
Voir sur ce sujet l’analyse détaillée « le financement des PME » du Conseil d’Analyse Economique.

Loin de les émanciper de la domination des marchés financiers tous ces projets les lient davantage au capital financier .
Financer les intérêts des dettes que les PME vont continuer de contracter auprès des marchés financiers et des banques ne les dégage absolument pas de leur domination mais les intègre davantage.
Et cela y compris avec un financement public (ou plus exactement mixte), car le système capitaliste actuel est la fusion du pouvoir d’Etat et du capital monopoliste financier, industriel et commercial.
Par conséquent «désintoxiquer les entreprises de la finance » par ce moyen est une pure illusion.
Prétendre comme Dimicoli qu’en échange ces entreprises s’engagent à embaucher et payer des salaires décents : fadaises !
Ce ne sont pas elles qui maîtrisent leur marché et ce sont les grosses entreprises qui leur imposent les variations de la charge de travail, les délais de paiements à rallonge et éventuellement les ardoises impayées.

Et les salariés de la sous-traitance dans tout ça ?

Comme on peut l’observer, de tous ces projets les relations PME / CAC 40 ne sont plus au programme, à l’exception du trait de génie socialo d’appeler « les entreprises « sous-traitantes » … entreprises partenaires » !
Le Front de Gauche prétend « abolir la précarité » et rétablir des relations d’égalité dans les rapports entre les sous-traitants et les donneurs d’ordre :
« Les droits des salariés des entreprises sous-traitantes seront alignés vers le haut sur ceux des donneurs d’ordre. » [l’Humain d’abord – abolir la précarité], mais sans indiquer comment.

L’expérience du PS au gouvernement – y compris dans le cadre des entreprises nationalisées – a déjà démontré que cette réforme n’est pas réalisable dans le cadre du capitalisme.

L’exemple de la régie

Prenons le cas du travail en régie, qui reste un exemple flagrant de l’exploitation des salariés de la sous-traitance, utilisés comme des intérimaires à vie, cantonnés dans les emplois les moins gratifiants et sans aucune possibilité d’évolution. Bien entendu ils ne bénéficient d’aucun des avantages du donneur d’ordre.
En 1982, suite à la loi du 13 février, la régie est mise à la porte des entreprises nouvellement nationalisées, et les sous-traitants casent leurs ouvriers en surnombre comme bouche-trou. Mais dès 1983 la régie revient par la fenêtre, baptisée « travail au forfait ».
Cet intermède s’est effectué dans les entreprises encore nationalisées comme Rhône Poulenc (privatisation en 1993), alors que l’article L 125 du 12 février 1983 visait explicitement le délit de marchandage :
§ prêt illicite de main d’œuvre et § délit de marchandage
Les ouvriers « extérieurs » sont ainsi revenus en toute illégalité pour effectuer des travaux d’entretien suivant les instructions, le suivi et la surveillance de l’encadrement du donneur d’ordre, plusieurs années durant, exclusivement dans ses locaux, avec son matériel et ses pièces de rechange, etc.

Là-encore on constate que les réformes effectuées dans le cadre du capitalisme sont sans aucun effet et que les promesses des socialos et des révisionnistes ne sont que des attrape-couillon. La raison en a déjà été expliquée précédemment : ce sont les rapports inégaux entre les entreprises sous-traitantes et les donneurs d’ordre. Or le programme du Front de Gauche ne modifie en rien ces rapports .

Le double caractère de l’entreprise sous-traitante

Le lien contradictoire qui unit l’entreprise sous-traitante et le donneur d’ordre ne se limite pas aux besoins réciproques de l’une et de l’autre.

Le sous-traitant produit un taux de valeur ajoutée élevé. Par exemple dans l’automobile et l’aéronautique le taux de valeur ajoutée est en moyenne de 33,3 %, pouvant atteindre 43.9 % (secteur des moules et modèles – INSEE 2009) tandis qu’il dépassait à peine 25 % dans la grande industrie.
Cette valeur ajoutée élevée, liée à la surexploitation de ses ouvriers, à un taux d’encadrement peu élevé et au recours à l’intérim, est à l’origine du développement de la sous-traitance et de la progression régulière de son utilisation, comme on l’a vu précédemment : c’est la recherche du taux de profit maximum qui conduit inévitablement les grandes entreprises à sous-traiter.

Depuis des années les entreprises sous-traitantes se lamentent de la domination du CAC 40, comme le patron de Cogemoule dans son interview à Metis « Sous-traitance : en France les PME trinquent ».
Les travaux universitaires, les statistiques, les rapports des commissions et observatoires divers et variés se succèdent tout comme les vœux pieux de la CGPME réclamant « un médiateur de la sous-traitance » , etc.
Mais rien ne peut briser la loi d’airain du capitalisme et ils sont parfaitement impuissant à « se regrouper et agir pour peser sur les donneurs d'ordres et les amener à avoir des positions moins irresponsables » :
D’une part le réseau des sous-traitants et donneurs d’ordre est imbriqué et ses relations sont complexes.
Ainsi j’ai rappelé précédemment qu’il existe non pas deux mais trois situations différentes dans le rapport sous-traitant / donneur d’ordre :
L’entreprise exclusivement sous-traitante
L’entreprise à la fois sous-traitante et donneuse d’ordre
L’entreprise exclusivement donneuse d’ordre
D’autre part, la loi de la reproduction élargie du capital pousse le sous-traitant à augmenter sa taille et à devenir lui-même donneur d’ordre. L’utilisation systématique de l’intérim en cas de surcroît de travail en est l’expression la plus courante.

Il apparaît clairement que la nature de classe du patronat de la sous-traitance lui interdit d’entrer en conflit avec les donneurs d’ordre. Les règlements, les interdictions et les lois ne modifient en rien les relations entre sous-traitants et donneurs d’ordre .

Seule l’unité de la classe ouvrière défendant les intérêts des plus exploités peut s’opposer à l’inégalité de traitement et seule la dictature du prolétariat peut définitivement la briser.


Edité le 27-02-2012 à 00:40:38 par Xuan




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Xuan
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   Posté le 28-02-2012 à 23:57:55   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

UNITE DES TRAVAILLEURS DE LA SOUS-TRAITANCE ET DES DONNEURS D’ORDRE


La sous-traitance a introduit une division profonde dans la classe ouvrière.
Le corporatisme est un poison entretenu par les capitalistes et certains syndicalistes jaunes (cf. l’article Nettoyage : quand la Fédé du Commerce fait le jeu des Ports et Docks... sur le blog où va la cgt.)

On pourrait dresser un tableau identique avec les auxiliaires et tous les statuts divers et variés destinés à séparer la classe ouvrière et les salariés dans les frontières administratives sacrées des différentes entreprises.
Les communistes doivent transgresser ces frontières, combattre l’esprit maison et convaincre les masses de la nécessité de briser les murs.

Nous devons dans le cadre syndical et au-delà dresser des revendications qui unissent la classe ouvrière et permettent la lutte et l’organisation commune.

L’embauche en CDI des intérimaires et des travailleurs en régie, la titularisation des auxiliaires.
L’interdiction du recours au travail partiel et de l’auto entreprenariat.
Conditions et statuts identiques à ceux de l’entreprise utilisatrice pour les extérieurs, les sous-traitants, les auxiliaires etc. :
Bénéfice des avantages du CE, des réductions dans les cantines d’entreprises, des voyages, et des diverses œuvres sociales, éligibilité et droit de vote au CE et dans le syndicat de site.
Bénéfice des primes.
Augmentation collective des salaires pour tous les travailleurs des sites.


CLASSE CONTRE CLASSE !


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   Posté le 26-05-2012 à 13:07:35   Voir le profil de Alain Poitras (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Alain Poitras   

Xuan a écrit :

TRAVAIL SIMPLE ET TRAVAIL COMPLEXE

Je sais trop bien ce que c'est que le travail complexe et souvent très mal payé car comme je le mentionnais dans ma présentation, j'ai étudié l'électronique et l'informatique toute ma vie. Dernièrement, à l'âge de 54 ans, j'ai reçu un diplôme d'étude professionnel en électromécanique, un métier extrêmement complexe qui demande des connaissances approfondies dans plusieurs domaines.

On disait alors que c'était le métier le plus en demande au Québec, il y a des dizaines de milliers d'électromécaniciens dans des centaines d'usines presqu'entièrement automatisées de la province. Mais depuis, une grande partie d'entre elles ont fermé leur portes à cause des ravages de la mondialisation des marchés et la compétition entre ces travailleurs est féroce.

Plusieurs employeurs paient à peine plus que le salaire minimum aux électromécaniciens, 12$ ou 13$ par heure. Ils les considèrent comme des gens payés pour rien car lorsqu'ils ont bien fait leur boulot, les machines fonctionnent bien et ils s'occupent de l'entretien préventif et l'amélioration de celles-ci. Ils ne sont pas considérés comme productifs mais comme un mal nécessaire.

Mais lorsqu'une machine s'arrête et que la chaines d'assemblage et la production s'arrête, tous les autres employés en attente, c'est la panique générale, les électromécaniciens ont intérêt à trouver très rapidement la source de la panne et ce n'est pas toujours évident ... Il faut toujours que ce soit réparé avant hier et c'est vraiment très stressant ...

Pourtant, il y a des professions très bien payé qui sont simples. Un médecin généraliste de ma famille dont le salaire est supérieur à 200000$ par année m'a dit un jour :

"Tu sais, c'est simple ce que je fais, les patients viennent me voir, il me disent où ils ont mal, je les examine et essaie de découvrir de quoi ils souffrent, c'est souvent évident mais d'autres fois non et l'erreur est facile. Je regarde alors dans mes livres qui disent que pour telle maladie, il faut prescrire tel ou tel médicament. Ce sont les compagnies pharmaceutiques qui décident quoi leur prescrire, souvent, je ne sais pas vraiment ce que je leur donne."

Les médecins sont des espèces d'électromécaniciens mais les "machines" sur lesquels ils travaillent ont supposément pour eux une bien plus grande valeur que celles de l'industrie, mais lorsqu'on constate le très grand nombre d'erreurs médicales, c'est assez discutable.


Edité le 26-05-2012 à 13:11:51 par Alain Poitras




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Xuan
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   Posté le 26-05-2012 à 13:47:25   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

12 $ c'est l'équivalent du SMIC qui est à 9,22 € brut en France.
Dans la société capitaliste, un travail ne vaut pas en fonction de sa complexité mais des profits qu'il peut générer.
A l'inverse des ouvriers de production, les électro-mécaniciens ne rapportent pas de plus-value dans l'entreprise.
Les capitalistes expriment cette différence en appelant le travail productif le "coeur de métier".
C'est pour cette raison que cette profession - et d'une façon générale la maintenance - a été externalisée autant que possible.
Dans ce cas l'électromécanicien rapporte un profit à son nouvel employeur, la société de maintenance.
Une partie de la plus-value revient au donneur d'ordre sous la forme des délais de paiement, qui sont une forme de crédit gratuit, ou des ristournes consenties au titre de la concurrence entre les sociétés de maintenance.
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La médecine est encore considérée comme une profession "libérale", artisanale dirons-nous.
Mais cela ne devrait pas durer parce que ces professions ne rapportent aucune plus-value aux monopoles.
Il est fort possible que ce métier soit rapidement salarisé, justement pour satisfaire les appétits des cliniques et des des labos.

Par exemple on a déjà vu des médecins en provenance de pays du Tiers Monde travailler pour un salaire au rabais.

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   Posté le 01-01-2013 à 21:54:07   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le Parti Socialiste représente les intérêts des banques et des monopoles capitalistes


Contrairement aux promesses des socialos et pas davantage qu’avec l’UMP, la moralisation du capitalisme financier n’a eu lieu, ni la séparation de la banque de détail et de la banque d’affaire, ni la suppression de la spéculation automatisée, comme le détaille cet article de l’Expansion
« Réforme bancaire: Non, Moscovici n'a pas supprimé le trading haute fréquence » .

Autre volet de la politique économique socialo, le soutien aux PME face à la crise s’avère être de la même eau que celui du gouvernement précédent : pomper les profits des PME et des TPE pour remplir les caisses des banques et des monopoles capitalistes.

Je publie ci-dessous l’article geignard paru dans la version papier du canard économiste bourgeois Les Echos du 31 décembre 2012, dont j’ai souligné un passage particulièrement lumineux sur les relations proprement carnassières entre le grand capital et les PME :

_________________



PME : encore un effort M.Ayrault


Par Robert Branche et Stéphane Cossé

Depuis plus de trente ans, chaque gouvernement se fait le chantre de l'aide aux petites et moyennes entreprises. Cette fois encore, il dit avoir mis en place un dispositif nouveau et performant, à travers notamment la création d'une Banque publique d'investissement et le recours à un crédit d'impôts. Les 42 milliards d'euros de prêts, garanties et interventions en capital de la BPI, couplés aux 20 milliards de crédits d'impôts seront-ils la potion magique tant attendue ?
A en croire la réaction du Medef et de bon nombre de commentateurs, on pourrait en avoir l'impression, et pourtant malheureusement les doutes subsistent
La création de la BPI revient à fusionner des organismes existants, justement créés lors des plans PME précédents. On ne peut alors que s'interroger : la nouvelle superstructure ne risque-t-elle pas d'apporter plus de rigidité administrative que de souplesse ? Comment une structure, composée de personnes issues de l'administration, des grandes entreprises et du monde bancaire pourrait savoir efficacement évaluer la pertinence d'un plan de développement d'une PME, alors que le passé témoigne de l'inverse ?
Quant au crédit d'impôts, malgré les volontés d'accélérer le processus, sa mise en œuvre ne sera effective qu'en 2014. Le gouvernement promet qu'il ne demandera aux PME, en contrepartie du crédit d'impôts, aucun engagement formel. Mais comment en être sûr avec un ministre du Redressement productif qui allie dirigisme, discours velléitaire, et marinière en guise de réalisme ? Aussi comment imaginer que les dirigeants de PME vont se lancer dans des dépenses immédiates et certaines, au nom d'un plan tissé de crédits d'impôts futurs et aléatoires, et d'annonces tantôt interventionnistes tantôt rassurantes ? La confiance est la première condition de l'investissement.

La BPI n'est pas une solution suffisante aux problèmes structurels de nos PME.
Mieux vaudrait inciter leurs clients à payer leurs produits à la livraison


Il existe pourtant une mesure simple qui modifierait structurellement la donne : nos PME ont essentiellement besoin, comme cela est le cas en Allemagne, d'être payées quand elles livrent leurs produits, et non pas trois mois plus tard. Ce retard de paiement, qui peut aller parfois jusqu'à six mois, les empêche trop souvent de se développer. Les sommes enjeu sont considérables : le crédit interentreprises ne représente globalement pas moins de 500 milliards d'euros par an.

Pour une PME en plein développement, attendre d'être payé par son client, le plus souvent une grande entreprise, c'est autant de besoin de financement supplémentaire à dégager pour financer sa croissance. Face à ce besoin, le dirigeant doit se retourner vers son banquier pour obtenir un crédit de trésorerie qui va lui coûter l'essentiel de sa marge bénéficiaire, freinant d'autant la croissance de ses fonds propres et le financement de ses investissements.

Voilà bien un handicap structurel qui empêche l'émergence d'entreprises moyennes, celles qui font tant défaut à notre développement industriel, à nos exportations et nos innovations. Naturellement, les entreprises de distribution et les grandes entreprises recourant à la sous-traitance sont farouchement opposées à l'arrêt de ce décalage de paiement qui leur profite. De même, les banques veulent conserver ces crédits de trésorerie rentables.

Que faire en pratique ? La réponse est simple : il faut changer le droit commercial pour que, à l'instar de l'Allemagne (qui a, en la matière, un avantage compétitif), le transfert de propriété soit effectif au paiement, et non plus à la livraison. Tant que ce ne sera pas le cas, les PME resteront réticentes à se retourner contre un client, car elles savent qu'elles risquent de perdre des marchés à venir.

Robert Branche est consultant en management d'entreprise, ancien commissaire à l'Industrialisation, et Stéphane Cosse est membre du comité d'orientation d'Europa Nova, maître de conférences à Sciences po.

_________________


Précisons tout de suite que l’arsenal de ce racket organisé ne se limite pas évidemment au délai de paiement et que la « réponse simple » des Echos ne résoudrait rien bien évidemment.

Comme on peut le constater, le projet de loi « contre les pratiques abusives » du 5/9/2011 était déjà passé à la trappe du temps de Sarkozy.

Au titre des engagements qui n’engagent que ceux qui les croient, le 3 mai Hollande promettait lui-aussi qu’il diminuerait les délais de paiements à 30 jours mais il n’en a rien été là non plus.

Si on essaie de défaire l’écheveau de la circulation du capital entre les différents types d’entreprises, et sans entrer dans tous les détails, le retard de paiement du donneur d’ordre au sous-traitant constitue un transfert de plus-value [voir « la sous-traitance et la création de la plus-value » , post du 17/2/2012 : Relations donneurs d’ordre et sous-traitants et les conséquences sur les salariés ], ce que confirme l’article des Echos.

Cet article appuie aussi - en pointant la rentabilité des crédits de trésorerie pour les banques - ce que j’avais indiqué dans le post du 27 février « Le Front de Gauche et la sous-traitance » concernant le pôle public de financement :
« Loin de les émanciper de la domination des marchés financiers tous ces projets les lient davantage au capital financier ».

Je profite donc de l’occasion pour tenter d’approfondir ce mécanisme de pillage appuyé et entretenu par l’Etat, représentant les intérêts des monopoles capitalistes et des banques, et par son personnel politique quel qu’il soit.
Bien entendu j'invite à corriger mes insuffisances et mes lacunes dans ce domaine où je suis loin d'être expert.



Transfert de plus-value du sous-traitant vers le banquier et vers le donneur d’ordre


NB : les citations de Marx sont pour l’essentiel extraites du Livre 2 - chap. 5 et 6 – la période de circulation – les frais de circulation.

Retard de paiement et emprunt bancaire forcé


Appelons l’entreprise sous-traitante ST et le donneur d’ordre DO.
ST vend son produit ou son service à DO mais le paiement ne s’effectue qu’au terme de 30 ou 60 jours.
Pour ST, tout se passe comme si sa marchandise - et avec elle sa plus-value - restaient stockées dans un hangar :

« Le produit, pendant son existence comme capital-marchandise et pendant son séjour sur le marché, donc pendant l'intervalle entre le procès de production d'où il sort et le procès de consommation où il va entrer, constitue de la marchandise à l'état de provision
… le capital sous forme de marchandise et, par conséquent, de provision, occasionne des frais qui, n'appartenant pas à la sphère de la production, comptent parmi les frais de la circulation. »


Or pour ST le cycle A-M-A’ (capital, marchandise, capital et plus-value) de son capital n’est pas achevé et il n’a réalisé ni celui-ci ni la plus-value contenus dans la marchandise fabriquée. S’il s’agit –comme souvent – d’une petite entreprise, son capital de réserve sera probablement insuffisant pour combler ce trou.
Pour compenser le paiement différé, afin de racheter des matières premières, payer ses salariés et reprendre normalement sa production, ST emprunte donc l’argent équivalent à la banque, moyennant un intérêt représentant ces frais de circulation .
Ceci peut être comparé à une escompte : l 'escompte bancaire est une opération de crédit à court terme, par laquelle des effets de commerce sont transférés au banquier qui procède en contrepartie à leur paiement immédiat, déduction faite des intérêts et des commissions.

Peu importe ici que les effets de commerce soient réels ou virtuels, sauf dans le cas où le donneur d’ordre ne paie jamais, ce qui s’est produit plus d’une fois au prétexte de la crise économique. Or plus l’entreprise est grosse plus elle s’autorise ce genre d’arnaque, et plus celle-ci est tolérée. Comme bien d’autres, je l’ai moi-même constaté.
Ce cas illustre typiquement la soumission du sous-traitant au donneur d’ordre.

Retard de paiement et transfert de profit vers le donneur d’ordre


Marx observe également sur l’état de provision et les frais de circulation :

« L'acheteur, lorsqu'il s'en trouve un, rirait bien si le fabricant se prenait à lui dire : Ma marchandise a été invendable pendant six mois, et sa conservation pendant ce temps n'a pas seulement immobilisé mon capital, mais a encore occasionné des frais. - Tant pis pour vous, dirait l'acheteur.»

Mais pour le coup le cynisme de DO n’a pas de bornes car c’est lui-même qui a occasionné ces frais et il en est directement bénéficiaire.
En effet le délai de paiement qu’il s’octroie lui permet de commencer sa propre production, voire de la mettre sur le marché, avant d’en avoir payé les ingrédients, pour ainsi dire au cul du camion .

Marx explique de manière détaillée la contradiction entre le temps de circulation et le temps de production :

«Les périodes de circulation et de production s'excluent l'une l'autre. Pendant la circulation, le capital ne fonctionne pas productivement; il ne produit ni marchandises, ni plus-value. Si nous observons le cycle sous sa forme la plus simple, où la valeur-capital toute entière passe en une fois d'une de ses phases à l'autre, nous constatons que le procès de production et, avec lui, la création de plus-value sont interrompus aussi longtemps que dure la circulation; selon la durée de celle-ci, le renouvellement de la production s'effectue plus vite ou plus lentement. Si, au contraire, les diverses fractions du capital parcourent le cycle l'une après l'autre, de sorte que le cycle du capital total s'accomplit successivement par le mouvement de ses diverses fractions, il est clair que la partie qui fonctionne constamment dans la sphère de la production, doit être d'autant plus petite que le séjour constant des fractions dans la sphère de la circulation est plus long. L'expansion et la contraction de la durée de la circulation agissent ainsi à l'encontre de la contraction et de l'expansion de la durée de la production, ou de l'étendue dans laquelle agit un capital de grandeur donnée, comme capital- productif. Plus la circulation devient éphémère, c'est-à-dire plus sa durée se rapproche de zéro, et plus intense devient le fonctionnement du capital, plus grande sa productivité et plus importante sa création de plus-value. La durée de la circulation se rapproche, par ex., de zéro, lorsque, un capitaliste travaillant sur commande, son produit se paie au moment de la livraison en moyens de production utilisables par lui. » [Livre 2 - chap. 5 - la période de circulation]

Il vient ainsi que le délai de paiement que s’accorde DO augmente sa plus-value en raccourcissant pour lui le temps de circulation.
A l’inverse ce délai augmente le temps de circulation de ST et diminue sa plus-value.
Du point de vue du rapport entre DO et ST, tout se passe comme si ST transférait une partie de sa plus-value à DO.

La relation triangulaire dissymétrique entre sous-traitant, donneur d’ordre et banquier


En réalité un intermédiaire s’est glissé entre eux deux.

Si DO avait souscrit un crédit auprès d’un organisme tiers, afin d’effectuer les paiements à sa place, ST aurait été payé sur-le-champ et DO aurait remboursé ultérieurement le banquier du capital et de l’intérêt, le capital correspondant au prix de la marchandise achetée par DO et l’intérêt à une partie de la plus-value de DO créée notamment grâce au gain de temps.
En dernier ressort, DO rembourse finalement l’avance faite par le banquier en payant la marchandise à terme échu, mais c’est ST qui paie les intérêts avec une partie de la plus-value créée par ses propres ouvriers, et non DO.

Du point de vue du banquier, il a prêté à ST l’argent correspondant à la vente de sa marchandise pour lui permettre de poursuivre sa production. Mais lorsque DO le rembourse, ST doit déduire du prix de ses marchandises l’intérêt et les commissions du banquier.

Le partage de cette part du profit de ST, entre DO et la banque, dépend évidemment de l’augmentation de la plus-value réalisée par DO.
Il dépend aussi de l’intérêt prélevé par la banque, or le taux de celui-ci dépend de l’emprunteur.

Selon cette étude de la Banque de France Le coût du crédit aux entreprises selon leur catégorie (3e trimestre 2011) les PME paient le prix fort par rapport à une grande entreprise.
« La taille de l’entreprise constitue à l’évidence un élément clé de l’appréciation du risque de crédit par les banques. En règle générale, il en résulte qu’un concours octroyé à une PME sera normalement plus coûteux qu’un crédit accordé à une grande entreprise » .

L’étude indique que les PME indépendantes obtiennent les taux les plus élevés, les PME filiales d’un groupe des taux intermédiaires et les grandes entreprises et holdings les taux les plus faibles.

K. Marx observait également que les taux d’intérêt des banques évoluent en fonction des périodes de crise ou d’opulence :
« Lorsque l'on considère les cycles, dans lesquels se meut l'industrie moderne, - accalmie, reprise des affaires, prospérité, surproduction, krach, dépression, accalmie, etc., événements dont l'analyse sort du cadre de notre étude, - on voit que l'intérêt est généralement bas dans les périodes de grande prospérité et de profits extraordinaires, qu'il monte lorsque la prospérité arrive à son point culminant, et qu'il atteint son maximum et s'élève à un taux usuraire lorsque la crise bat son plein » [Livre 3 section 5]

L’étude de la Banque de France précise que la crise ou la reprise renchérit ou diminue ces taux de manière différenciée selon l’emprunteur :
« Durant la crise, la différence de taux selon la taille des entreprises emprunteuses s’est accentuée : la baisse des taux enclenchée à partir de janvier 2009 a été plus prononcée pour les grandes entreprises que pour les PME indépendantes.»

Enfin le taux d’intérêt n’est pas la seule variable :
« La segmentation des niveaux de frais de dossiers en fonction de la taille de l’entreprise met en évidence le coût relativement élevé des frais facturés aux PME indépendantes … Pour celles-ci, les taux de ces frais de dossiers s’élèvent à environ 50 points de base sur la période étudiée, alors qu’ils sont de l’ordre de 15 points de base pour les PME filiales d’un groupe et de 6 points de base pour les grandes entreprises. Parmi les PME indépendantes, les taux des frais de dossiers s’élèvent en moyenne à près de 70 points de base pour les entrepreneurs individuels » .

Cerise sur le gâteau, il arrive que les banques ne prêtent aux PME qu’avec parcimonie ou beaucoup de suspicion, comme c’est le cas depuis le déclenchement de la crise économique, contraignant ces entreprises à se tourner vers les prêts à taux variable ou révisable comme l’Euribor.
Au passage, le Figaro relève à ce propos le 10 décembre dernier que le scandale du Libor en Grande Bretagne pourrait avoir son pendant en Europe avec le « Scandale de l’euribor ? »

En résumé non seulement ST paie les intérêts bancaires à la place de DO mais le taux est plus élevé à plusieurs titres. Tout se passe comme si – et pour des motifs divers qui ne font que refléter l’inégalité de DO et ST - cet intérêt surévalué contenait à la fois le profit financier de la banque et l’augmentation de la plus-value de DO qui est permise par cette avance de capital dans son cycle de production.
Autrement dit ST verse à la banque une partie de son profit sous la forme d’intérêt, pour permettre à DO d’accroître sa propre plus-value.



Conclusion


La domination des PME et TPE par le grand capital relève des contradictions entre les diverses catégories de capitalistes, et ne sera résolue que par le système socialiste et la disparition des rapports de production capitalistes.
Avec les spécificités propres à notre pays, les causes de ces contradictions sont inhérentes au capitalisme : le développement inégal, la concentration et la constitution de monopoles, ainsi que la domination du capital financier sur le capital industriel, sont des observations faites dès le début du 20e siècle par Lénine.
Les faits nous montrent que les solutions « libérales » ou réformistes n’apportent aucun remède et accompagnent naturellement la domination sans partage des monopoles et des banques.
Le programme du Front de Gauche « l’humain d’abord » ne comprend d’ailleurs aucune mesure sur ce sujet qui déroge au renforcement du capital financier (fut-il « public » ) sur les PME et TPE, puisqu’il s’intéresse exclusivement au financement de leurs investissements.

Il ne s’agit pas pour les communistes de prendre la défense des petits patrons contre les gros.
Tout au plus pourrions-nous exploiter ces contradictions afin d’isoler le grand capital.

Par contre il apparaît à travers l’accaparement du profit que les salariés du sous-traitant subissent la triple exploitation de leur patron, du donneur d’ordre et du banquier.
Il va sans dire que ces ouvriers auraient tout particulièrement leur place dans les rangs d’un parti communiste authentique et que leur organisation syndicale est une nécessité, malgré toutes les difficultés qu’on connaît.
Et nous devons lutter avec la plus grande énergie pour que ces contradictions entre capitalistes ne servent pas à diviser la classe ouvrière, mais au contraire à l’unir contre ses ennemis communs.



Edité le 01-01-2013 à 23:02:30 par Xuan




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   Posté le 14-03-2013 à 20:53:50   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Un sujet plus immédiat sur le blog oùvalacgt, qui illustre bien les rapports entre donneurs d'ordre et sous-traitants au niveau des salariés et au niveau syndical :


Mercredi 13 mars 2013

La sous-traitance au coeur du conflit à la FNME CGT


Nous publions ci-après un dossier que nous avons reçu (de plusieurs origines) concernant les conflits au sein de la FNME (Fédération Nationale des Mines et de l’Energie).
Nous n’avons malheureusement eu ni le temps ni les moyens de rédiger un article plus détaillé pour notre blog sur le sujet, et nous avons malgré tout décidé de publier les documents en notre possession pour la connaissance de tous.
Il n’est en effet pas banal de voir un CEF animé par l’invasion d’un groupe de « perturbateurs opposants »… Et cela a pourtant été le cas lors de la CEF de la FNME du 12 décembre…
A noter qu'il y a eu comme consigne, dans toute la fédération, de faire le silence sur cet événement. Nous sommes donc particulièrement satisfaits de pouvoir pourrir la direction fédérale à ce propos !

Depuis le mouvement de grève de 2009, les contradictions se développent au sein de la FNME (on aura la cruauté de rappeler les relations privilégiées de F.Imbrecht avec N.Sarkozy…), en particulier avec la sous-traitance en ligne de mire : la direction fédérale n’en a en gros strictement rien à faire, polarisée par la défense du statut, du CCAS EdF et des privilèges des bureaucrates, alors que dans le nucléaire ou à EdF l’enjeu des sous-traitants prend mois après mois de l’importance.
Il y donc un véritable enjeu politique au sein de la fédération de l’énergie, et si on n’amuse à le mettre en relation avec les débats du Congrès Confédéral, on s’aperçoit que celles et ceux qui sont « dans la ligne » ne sont pas celles et ceux que l’on croit !!!

On trouvera donc dans l’ordre :
> Un courrier de 6 pages du syndicat Energie 93 protestant contre l’éviction d’un camarade
> La déclaration faite par ce syndicat lors de la CEF du 12 décembre, 11 pages, mais faciles à lire et vraiment instructives...
> Et enfin, la réponse commentée du syndicat à la réaction de la secrétaire fédérale à cette perturbation (6 pages encore)
Un dossier copieux donc, mais qui mérite lecture parce qu'il est concret, détaillé et parfaitement instructif... Bonne lecture !

Le document ici.



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   Posté le 15-11-2013 à 19:57:08   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Voir l'excellent article Sous-traitance nucléaire : que veut la CGT ? mis en ligne par le blog oùvalacgt.

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   Posté le 24-05-2015 à 14:19:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le blog oùvalacgt met en ligne une plaquette de 28 pages du syndicat CGT HPE (Hôtels Prestige et Economiques) de Paris, qui s'inscrit dans le droit fil de ce sujet

Dimanche 24 mai 2015

Sous-traitance : reconstituer la communauté de travail !


Le syndicat CGT HPE (Hôtels Prestige et Economiques) de Paris vient de publier une plaquette de 28 pages (voir ci-dessous à télécharger en cliquant sur l’image), qui est un très bon outil syndical sur le sujet hyper sensible de la sous-traitance.

Le titre même de la plaquette pose le débat : face à l’éclatement de la communauté de travail développée par le capitalisme avec toutes les variantes de la sous-traitance et de la précarité, comment « reconstituer » la communauté de travail, et donc l’unité de classe des travailleurs contre le capital. Sujet brûlant, auquel tous les syndicalistes sont confrontés dans les entreprises un peu importantes, simplement déjà par la restauration, le nettoyage et le gardiennage.

La plaquette montre le travail effectué par ce syndicat depuis plusieurs années, illustré par les grèves, luttes et travail syndical quotidien. Nous avions rapporté la grève au Palace Hyatt Vendôme (voir « Nettoyage CGT : le côté lumineux et le côté obscur de la Force »), et cette plaquette tombe fort bien pour généraliser le combat général contre la sous-traitance (voir la section de ce blog « Sous-traitance, précarité et dumping social »).

C'est un travail syndical de fond

> Qui met au premier plan la lutte contre la sous-traitance, pour la ré-internalisation de l’activité, mais n’abandonne pas pour autant la lutte pour « l’égalité des droits » pour le personnel sous-traitant.

> Qui met au premier plan le combat de classe, la grève, mais n’abandonne pas pour autant le combat juridique pour appuyer la lutte.

> Qui met au premier plan la défense des personnels, mais n’abandonne pas la dénonciation des syndicats réformistes pourris, comme les pratiques mafieuses de la CGT Ports et Docks (même si ce n’est pas dit explicitement dans la plaquette, c’est quand même le syndicat qui était en cause dans toutes les procédures juridiques évoquées jusqu’à la Cour de Cassation).

> Qui permet la formation et l’éducation d’une toute une nouvelle génération de militantes et de militants sur le terrain, et dans un secteur très difficile du prolétariat.

Bref vraiment un bon boulot.

Nous invitons tous les camarades à reprendre et diffuser cette plaquette, à l’adapter à leur secteur d’activité. Le combat contre la sous-traitance est totalement absent des repères revendicatifs remis en débat pour le futur congrès confédéral, espérons qu'on verra apparaître cette lutte pour l'unité de classe ! Mais quand on voit que le travail interfédéral dans le nucléaire a été liquidé par la confédération (« Sous-traitance nucléaire : la CGT fait retraite en rase campagne ») alors qu’il n’en restait déjà qu’à l’égalité des droits, et n’a été repris en charge que par l’Energie, on se fait un peu de souci... Le corporatisme a encore quelques beaux jours devat lui !

Après le film « On a grevé », cette plaquette est au contraire un pas en avant positif, et il faut la faire largement connaître !



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   Posté le 11-06-2015 à 23:42:23   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je reviens au chapitre Retard de paiement et emprunt bancaire forcé plus haut en reprenant quelques chiffres récents. On remarquera que depuis le 16 mars 2013 le paiement était limité à 30 jours.
A lire également "Les PME, premières victimes des retards de paiement" :


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selon Le Moniteur

Les retards de paiement des 120 plus grands donneurs d’ordre pèsent près de 4 milliards d’euros


En France, deux entreprises sur trois payent leur fournisseurs et sous-traitants en retard.
Côté grandes entreprises et entreprises de taille intermédiaire (ETI), c’est neuf sur dix (contre huit sur dix en Europe et quatre sur dix en Allemagne).
Et si l’on regarde le poids des retards de paiement des 120 grands donneurs d’ordre qui achètent le plus en France (bâtiment, transport, télécommunication, grande distribution, industrie et quelques entreprises publiques), c’est pire : 4 milliards d’euros en avril 2015 !
C’est 635 millions d’euros de plus qu’il y a un an.

La société experte en bases de données Altares et la Médiation inter-entreprises ont présenté ces données le 11 juin à Paris. A partir de 211 millions de factures analysées, Altares a décortiqué celles des 120 géants pour créer un indicateur de leurs pratiques de paiement. Objectif : faire prendre conscience à ces derniers de l’impact financier de leurs seuls retards de paiement.

33 % des entreprises françaises accusent un retard de paiement de 13 jours (contre 28% en Europe) et font de la France le champion des petits retards (inférieurs à 15 jours). Ce délai est plus important dans les grandes entreprises qui avec les ETI sont moins respectueuses des dates de factures que les petites structure (10,5 jours pour les artisans et commerçants). D’une part, selon le directeur des études chez Altares, Thierry Millon, elles privilégient le paiement des fournisseurs stratégiques et sont moins assidues envers les fournisseurs de deuxième rang. D’autre part, « il leur est impossible d’honorer leurs factures dans un délai de 30 jours du fait des processus internes rigides et complexes »


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   Posté le 19-07-2015 à 22:37:45   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur le blog oùvalacgt, tous les articles concernant la sous-traitance sont regroupés dans ce fil : Sous traitance, précarité et dumping social

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   Posté le 19-01-2016 à 16:44:33   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ici il s'agit d'un aspect particulier de la sous-traitance, dans le cas du nettoyage.
Mais la question de l'unité des salariés et de leur lutte de classe d'une part, de la corruption syndicale et de la division statutaire d'autre part est particulièrement bien illustrée par nos camarades du blog oùvalacgt.
Les liens figurant dans l'article sont précieux. On ne manquera pas de lire les deux commentaires de syndicalistes.


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Mardi 19 janvier 2016
Nettoyage CGT : le syndicat HPE sur la sellette à l'UD de Paris à propos de sous-traitance


Nous publions ci-dessous un compte rendu de la dernière CE de l’UD de Paris, relative à la situation du syndicat Hôtels Prestige et Economiques.
Il faut situer le contexte de ce conflit interne à la CGT, récurrent depuis des années :

La sous-traitance est une question fondamentale, avec pour les syndicalistes de classe l’enjeu de reconstituer le collectif de travail fixes, précaires et sous-traitants réunis dans le même combat. En ce sens, le mot d’ordre de « ré-intégration de la sous-traitance » doit être au cœur de nos revendications dans tous les secteurs, nettoyage comme nucléaire, BTP, services ou autres. Le combat de la Fédération des Ports et Docks pour conserver l’affiliation exclusive du personnel de nettoyage est donc un combat réactionnaire et diviseur .
Voir la section « Sous-traitance, précarité, intérim et dumping social » de ce blog

La corruption existe bel et bien dans nos rangs , malheureusement. « Corruption : le ver est aussi dans le fruit syndical » comme le disaient nos camarades des Mines de Lorraine il y a déjà un certain temps. L’enjeu n’est pas de chercher des compromissions, mais de nettoyer les écuries, et par nous-mêmes, sans devoir quoique ce soit de nos ennemis…
Concernant la corruption du syndicat de la propreté de Paris, nous insérons au fil de cet article deux documents : un extrait de l’émission de Canal+ "Special Investigation" du 1er juin 2015 autour de la couleur de l’argent à la CGT, spécialement sur cette affaire du nettoyage (et preuves à l’appui, c’est grave et édifiant…), et la reproduction d’un témoignage juridique d’une déléguée CGT (voir ci-dessous) qui vient mettre à mal la défense d’une salariée qui attaque son employeur aux prud’hommes… C'est une vieille histoire et on voit dans la vidéo (à lire sur le site) que Martinez est particulièrement mal à l'aise !

Enfin, le rôle de l’UD de Paris dans l’affaire est plus qu’ambigu, puisqu’elle se transforme en meilleure défenseure des Ports et Docks, alors qu’en interne à la CGT chacun connaît le conflit de plus en plus tranché et ouvert autour de la question du nettoyage et de la sous-traitance. L’UD de Paris se présente facilement comme opposante à la ligne confédérale, plus radicale et combattive, et tous les opposants de gauche s’en gargarisent. Et c’est vrai que sur les sans-papiers par exemple, ou dans l’affaire Lepaon, elle a pris des positions intéressantes. D'autres fois, c'est plutôt décevant, comme lors des attentats de novembre ("Attentats de Paris : la déclaration de l'UD75"). Mais là, elle récidive, nous l’avions déjà dénoncé en 2012, elle s’était rangée aux côtés des Ports et Docks (« la CGT Paris soutient les pratiques mafieuses des Ports et Docks »).
Alors camarades parisiens, il va falloir choisir son camp : le combat de classe pour l’unité du collectif de travail et la réinternalisation de la sous-traitance, ou la défense des Ports et Docks, de ses pratiques de division, de corruption et de mafia…


L’UD CGT de PARIS se compromet à nouveau dans le scandale de la Propreté à la CGT des Ports et docks


Ce jeudi 14 janvier 2016 s’est réunie, sur convocation du Bureau de l’UD CGT de PARIS, la Commission exécutive de l’UD.
Parmi l’ordre du jour était inscrit le problème des statuts du syndicat CGT-HPE.
Depuis leur congrès du 7 mars 2015, prenant acte de l’incapacité de la CGT à régler la problématique du syndicat CGT IDF de la propreté, affilié à la fédération CGT des Ports et docks, totalement corrompu par le patronat de la branche, le congrès du syndicat CGT-HPE a décidé d’étendre son périmètre en y intégrant les salariés de la sous-traitance qui travaillent dans l’hôtellerie.

Ces dernières années ce syndicat s’est renforcé de façon significative (de 586 syndiqués en 2011 à 929 en 2015-année non terminée-) de sections syndicales issues de femmes, valets de chambre, gouvernantes, équipiers, de la sous-traitance qui ne veulent plus entendre parler de la CGT IDF de la propreté (voir l’article de ce blog « Nettoyage CGT : le côté lumineux et le côté obscur de la force »).

La matinée a été surréaliste. Tout en louant l’activité syndicale du syndicat CGT-HPE la Commission exécutive a menacé le syndicat CGT-HPE de suspension, qui serait prononcée lors du Comité général de l’UD qui aura lieu le 18 février 2016, si le syndicat ne modifiait pas ses statuts.

Le Bureau a refusé la proposition du représentant du syndicat CGT-HPE de rencontrer les adhérents des sections concernées.

De son côté la fédération CGT du commerce, plus modérée, a décidé lors de sa CEF du 7 janvier 2016, de nommer une commission pour rencontrer les camarades du syndicat CGT-HPE.

Ainsi, la direction de l’UD CGT de PARIS, plutôt que d’œuvrer au règlement définitif des problèmes de corruption avérés au sein du syndicat CGT IDF de la propreté, reconnus par tous , préfère s’attaquer à un syndicat qui lutte, en plein conflit chez OMS sur la sous-traitance chez Paris Habitat, -voir le site de l'UL CGT PARIS 11 en lien sur l'image ci-contre-, sur des problématiques censées être celles défendues par toute la CGT, à savoir la fin de la sous-traitance, du marchandage et du travail dissimulé, avec la reconstitution de la communauté de travail dont le syndicat CGT-HPE, qui combat depuis plusieurs années sur ce terrain, a réalisé un guide salué par tous les militants, qui bizarrement n’a été repris dans aucune publication de la CGT, que ce soit dans la presse confédérale, fédérale ou interprofessionnelle à PARIS, mis à part le présent site bien sûr.

L’avenir nous dira ce que deviendront ces nouvelles menaces regrettables de désaffiliation d’un syndicat CGT offensif, de près de 1000 syndiqués, qui doivent réjouir le patronat de l’hôtellerie.

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Deux commentaires à cet article :

FOFANA Hamadou19/01/2016

Georges,

Tu ne connais pas bien le fonctionnement de notre syndicat CGT-HPE. Ni moi en tant que SG ni mon prédécesseur Laurent GIRAUDEAU n'ont jamais eu de double carte CGT/CNT. Il s'agit de claude LEVY, mebre du bureau, qui l'a rendue en 2013 après la médiation dont tu parles.

Nous n'avons jamais eu de problèmes de fond avec l'US CGT commerce PARIS mais cette structure n'a jamais voulu s’occuper sérieusement des salariés de la sous traitance dans l'hôtellerie pour ne pas risquer de conflits avec le autres structures CGT et la conf. C'est pourquoi nous avons franchi le pas. Après, avec un taux de syndicalisation de 1 ou 2% dans les HCR il y a de la place pour tous

ceux qui veulent gagner à la syndicalisation CGT et lutter.

Par contre lors du dernier congrès fédéral l'US Commerce de PARIS, en négociation avec la fédé et la conf pour des aides financières, a eu un rôle trouble en ne nous soutenant pas dans notre intervention visant à s'opposer à l'élection à la CE fédérale du DS CGT d'Eurodisney poursuivi au pénal pou détournement de 300000 € des caisses de son CE.

SI tu crois la rupture inévitable, c’est ton point de vue, pour ce qui me concerne je me battrai jusqu'au bout pour redorer le blason de la CGT dans cette situation pourrieoù nous avons un devoir de désobéissance.


LOUIS Georges19/01/2016

Je trouve l'article juste et je reconnais le role efficace de la CGT HPE dans l'hotellerie /restauration mais le probleme du perimetre n'est pas que lié au nettoyage, c'est aussi la possiblité pour HPE (apres son congres tenu à huis clos sans invité ni l'UD ni l'US ) d'etre un syndicat à part entiere à l'echelle nationale. Ce qui comme meme contraire au statut de la CGT ? Ports et docks est un syndicat pourri mais cela ne doit pas justifié la creation d'une strucure non statutaire.

Il ne faut pas oublié non plus le role de l'US commerce qui a "sauvé" HPE de desafilliation (voulu par la moderée fédé du commerce) en raison d'une double appartenance du SG de HPE à la CGT et à la CNT. Or l'attitude de la CGT HPE envers l'US dans des conflits à Paris est plus que limite dans sa volonté "hegemonique" d'etre LE syndicat de l'hotellerie /restauration.

A present je suis conscient du role nefaste de ports et docks dans le nettoyage mais je pense que le conflit actuel enre HPE et l'UD depasse ce probleme pour englober non seulement la sous traitance mais assui le desir d'HPE d'apparaitre comme une CGT bis specialisée dans son domaine (et je le repete son boulot est efficace). Franchement je crois le rupture inévitable et c'est désastruex pour les travailleurs de ce secteur.


Edité le 19-01-2016 à 16:45:06 par Xuan




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Lundi 25 janvier 2016 sur oùvalacgt
Sous-traitance propreté : conflit ouvert avec les Ports et Docks


Tous les articles à propos de la sous-traitance sur ce blog, ICI

Nous l’avons souvent rappelé, il y a un conflit récurrent avec la Fédération des Ports et Docks sur la syndicalisation du personnel de nettoyage.
Pour des raisons historiques (à une époque où la sous-traitance était très faible), le nettoyage a été rattaché à cette fédération, il y a des décennies. Au fil des ans, avec la décomposition du collectif de travail des grandes entreprises, le développement massif de la sous-traitance, toute la syndicalisation dans les sociétés de propreté s’est retrouvée rattachée à cette fédération, jusqu’au nettoyage nucléaire… Cela n’a évidemment aucun sens, mais c’est ainsi, et la FD des Ports et Docks défend becs et ongles son pré carré, à se demander ce qui se cache derrière cette hargne…

Petit rappel historique

La sous-traitance s’est développée massivement dans les années 90 - en particulier dans le nettoyage, sans que les syndicats y trouvent trop à dire (pareil que pour l’intérim dans les années 80). Tant qu’on ne touchait pas au noyau dur des travailleurs qualifiés organisés et dirigeants des structures syndicales… C’était un peu ça, un corporatisme aristocratique qui se désintéressait des secteurs les moins qualifiés et les moins protégés.

Depuis, la crise est passée par là : tous les secteurs sont désormais touchés par les vagues de restructuration successives et plus personne n’est à l’abri. Et on voit les ravages de la division et de la parcellisation du collectif de travail : sous-traitance de la restauration, du nettoyage, du gardiennage, de l’informatique, de certains secteurs de maintenance, de pans entiers de la production (emballage, logistique) et on voit même apparaître ces sites intégrés où les entreprises de sous-traitance sont sur place pour alimenter l’usine principale (c’était le cas à PSA). Sans parler des grands chantiers où sous-traitance se conjugue avec travail précaire ou détaché. L’objectif est clair : tirer vers le bas en termes d’avantages sociaux, de salaires, de précarité, de flexibilité…
De plus en plus revient donc l’idée que la division est l’arme de l’ennemi et qu’il faut au contraire lutter pour reconstituer le collectif de travail face à l’exploiteur commun, le donneur d’ordre.
D’où le retour en force du combat contre la sous-traitance. Dans le nucléaire (« Sous-traitance nucléaire, que veut la CGT ? »), dans l’hôtellerie (« Sous-traitance : reconstituer la communauté de travail ») l’idée revient qu’il faut remettre au premier plan les mot d’ordre de

Ré-internalisation de la sous-traitance
Egalité face à l’exploiteur commun
Unité des statuts et des droits


Voilà le contexte. Voilà ce qui doit être au cœur de la réflexion du syndicaliste de classe.
C’est ce qui se débat dans le nucléaire avec des hauts et des bas, c’est la position mise en avant par la CGT-HPE à Paris (Hôtels Prestige et Economique). C’est un petit pas dans ce sens qu’a fait la loi de 2008 qui reconnaît la communauté de travail sur un site donné. Et on voit même de petits pas dans les repères revendicatifs de la CGT (voir plus loin)

Un ennemi farouche, les Ports et Docks

La Fédération des Ports et Docks sait toujours se faire remarquer. On avait déjà noté sa présence musclée contre les écologistes à Saint-Nazaire en mars dernier (voir ICI) , on l’a vu ce week-end manifester aux côtés des commerçants, des petits patrons et des syndicats de police contre les migrants de Calais … (voir ICI)

Autres contextes, même histoire ?
Mais depuis des années, se dresse un ennemi interne farouche, la Fédération des Ports et Docks CGT, dont une partie est d’ailleurs totalement gangrenée par la corruption (« Nettoyage CGT : le syndicat HPE sur la sellette à l'UD de Paris à propos de sous-traitance »).
Cette fédération était allée jusqu’à signer le 12/12/2008 « l’avenant de la honte » à la CCN de la propreté qui édictait qu’un salarié d’entreprise de propreté n’est pas mis à la disposition de l’entreprise utilisatrice et n’est donc ni électeur ni éligible aux élections professionnelles des entreprises donneuses d’ordres (voir ICI).
Par jugement en date du 9 février 2010, aujourd’hui définitif, le Tribunal de grande instance de PARIS a fort heureusement annulé cet avenant.

Une brochure à Paris sur les droits des salariés de la propreté



Nouvel épisode. Sur Paris, l’Union Départementale, la CGT Culture et la CGT des Finances Publiques viennent de faire paraître un « Guide des droits des salariés de la propreté » (voir ci-contre). Un document un peu copieux de 124 pages qui n’est en fait que l’explication commentée du Code du Travail et de la Convention Collective pour ce qui concerne le secteur. Travail intéressant, mais pas de quoi fouetter un chat, d’autant que 124 pages, ça ne s’adresse pas au pékin moyen… Pas de prise de position franche pour la ré-internalisation, pas de dénonciation de la sous-traitance, la défense des droits tels qu’ils sont. Bref, pas une position syndicale révolutionnaire, tant s’en faut – du basique.
Mais dans trois pages au milieu (58 à 60) la brochure a le malheur de rappeler l’objectif de reconstituer la communauté de travail affirmé par la loi de 2008, les articles du Code du travail à ce propos, et les deux arrêts de la Cour de Cassation en ce sens qui permettent au personnel sous-traitant de participer aux élections DP (ou DUP) dans la société donneuse d’ordre.
Mon dieu, que n’a-t-on écrit là, crime de lèse Ports et Docks…

Les Ports et Docks et la Convention collective



La Fédération des Ports et Docks s’est du coup fendue d’un courrier (que nous nous faisons un plaisir de diffuser en intégral également ci-dessus) exigeant le retrait immédiat de la diffusion de cette plaquette, dénonçant la remise en cause des règles internes de la CGT et tutti quanti.
Il faut absolument lire ce courrier, voir les arguments ainsi diffusés largement. La notion de communauté du collectif de travail est abandonnée, au profit de la défense de la convention collective.
Et là cela mérite qu’on s’y arrête, car c’est une sorte de tarte à la crème dans la Confédération : « Pas touche aux conventions collectives »… renforcée par tout un courant dont le POI se fait le porte parole.
Si la défense des Conventions a un sens dans les grands secteurs historiques (la Chimie par exemple), si le combat pour la généralisation des Conventions à un sens (Métallurgie), si le combat pour le regroupement des conventions est juste (Verre), il est d’autres secteurs où ce n’est pas pareil du tout.

Une nouvelle convention collective de la propreté a été rédigée en 1994 (la précédente, poussiéreuse, datait de 1981), précisément au moment de l’explosion de la sous-traitance (il n’y a pas de hasard) et a été progressivement développée et remplacée par une nouvelle en 2011.

Qu’on ne s’y trompe pas : le rôle de cette convention collective n’est pas au premier chef d’enregistrer des acquis gagnés pour les travailleurs sous-traitants, mais au contraire de faciliter le processus de sous-traitance en évitant les abus trop flagrants sources de conflits et en cadrant un minimum le cadre social pour faire passer la pilule. On retrouve un rôle similaire aux divers accords signés dans l’intérim à partir de 1983, dont un fameux accord sur le droit syndical en 1984 qui crée les conditions d’une bureaucratie syndicale en charge de la paix sociale…

Dans le cas précis de la propreté, la convention collective a pour rôle de faire avaler la pilule de la division de la classe et de l’éclatement, et d’empêcher la reconstitution du collectif de travail. Ce qui n’empêche évidemment pas de s’appuyer dessus comme garde-fou, mais il ne faut pas s’y tromper.

Et c’est ce jeu de la division que joue la FD des Ports et Docks, en plus pas gênée de défendre des syndicats ouvertement corrompus et briseurs de grève, comme le syndicat de la propreté parisien. Faut-il sur un site donné défendre la multiplication des conventions différentes, ou au contraire l'unité des statuts et la réinternalisation ?
La position des Ports et Docks a le mérite d’être claire. Elle choisit le camp de la division.

Le combat interne dans la CGT, Congrès et repères revendicatifs

Cette FD s’est donc opposée systématiquement aux grèves du nettoyage hôtelier, la voilà qui monte maintenant au front contre trois grosses structures parisiennes qui n’ont pourtant pas développé de positions très radicales.
L’heure est venue de porter le fer dans la CGT, partout où nous sommes confrontés à la sous-traitance. L’heure de revendiquer la ré-internalisation. L’heure de faire participer les sous-traitants aux élections professionnelles. L’heure de revendiquer les mêmes droits dans une entreprise donnée.
Et pour ce qui est de la négociation des conventions collectives, il sera bien possible de trouver le moyen de mandater des négociateurs ad-hoc, sous contrôle confédéral, qui agiront dans le sens de l’unité.

Les nouveaux repères revendicatifs ont un peu avancé sur la question (voir la fiche 10, ci-contre). La question de la ré-internalisation est ainsi abordée, « lorsque le lien de dépendance est important », ce qui est déjà ça. La notion de reconstitution de la communauté de travail est présente via le rappel de la loi de 2008. C’est un petit pas en avant, et il faut porter le fer contre les positions les plus réactionnaires (celles des Ports et Docks) pour faire avancer la reconstitution de l’unité de la classe dans un statut unique et avec le même patron.
On ne peut du coup que regretter l’absence de vrai débat sur ces repères revendicatifs au sein de la CGT, le CCN de novembre étant resté largement confidentiel et les textes seulement discutés par quelques structures fédérales ou départementales un peu motivées. Mais au-delà, qui en a entendu parler ? C’est bien dommage, cela aurait pu faire apparaître cette contradiction d’orientation dans nos rangs !

Voilà un enjeu bien vivant et bien concret pour le 51ème Congrès. Le projet de document d’orientation (voir ICI) aborde certes l’éclatement du salariat, ou la nécessité de redonner du sens à la communauté de travail, mais n’aborde même pas le combat pour l’égalité de traitement et l’égalité des droits avec le personnel des sociétés donneuses d’ordre… Il y a de la place pour des amendements !

Pour l’unité de la communauté de travail contre l’exploiteur commun !
Pour la ré-internalisation de la sous-traitance !
Syndicalisation des sous-traitants dans les entreprises donneuses d’ordre !
Contre les positions de division des Ports et Docks !
Vive l’unité de la classe ouvrière !



Edité le 26-01-2016 à 23:37:33 par Xuan




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Les retards de paiement des grands groupes s'allongent


Source : Reuters 04/02/16 à 16:59
Mis à jour le 04/02/16 à 16:59

Capital

Les retards de paiement des grandes entreprises se sont allongés au second semestre 2015 en France malgré les efforts du gouvernement pour enrayer ces pratiques qui mettent en danger la santé financière des PME et des TPE.

L'indicateur trimestriel du Médiateur des entreprises et de la société Altares publié jeudi fait apparaître que les retards de paiement des 120 plus grands donneurs d'ordres en France, qui étaient revenus à 13,5 jours en moyenne à fin juillet, sont repartis à la hausse pour atteindre 13,7 jours fin décembre.

Et pour 51 d'entre eux, contre 47 à fin juillet, ils dépassent 15 jours.

Fin 2015, le montant des retards des grands groupes atteignait 3,89 milliards d'euros, soit à peine moins que sa moyenne sur douze mois (3,93 milliards).

Cité dans un communiqué, Thierry Millon, responsable des études chez Altares, a déclaré que "quelques groupes ont engagé une vraie démarche de relations fournisseur responsables".

"Mais les mauvaises pratiques de règlement d’autres acteurs fragilisent les PME et, par effet domino, les TPE qui, faute de trésorerie, faute de règlement, ne peuvent honorer un carnet de commandes pourtant en passe de se regarnir", at-il ajouté.

Un classement publié le mois dernier a montré que l'opérateur téléphonique Numericable-SFR restait de loin l'entreprise la plus mal notée par ses fournisseurs en termes de délais de paiement.

En tête de liste des mauvais payeurs figuraient aussi Accor, Casino (CO-40,14 € 0,30 %) et Bouygues (EN-32,01 € 2,28 %) Telecom.

Les retards de paiement sont à leur niveau le plus élevé depuis dix ans en France par rapport à un régime légal de 60 jours à compter de la date d'émission d'une facture ou de 45 jours "fin de mois".

Leur impact sur la trésorerie des PME et TPE fragilise nombre d'entre elles, un quart des faillites d’entreprises étant liées à des retards de paiement.

(Yann Le Guernigou, édité par Sophie Louet)

© 2016 Reuters - Tous droits de reproduction réservés par Reuters.

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   Posté le 11-06-2016 à 00:05:25   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je reproduis ici l'article du Figaro relatant la fronde des TPE au sujet de la loi travail, article déjà cité ici
cette loi ne défend pas les intérêts de l’ensemble du patronat, artisans, auto entrepreneurs et professions libérales contre les salariés.
Elle défend les intérêts des grands monopoles capitalistes d’abord contre l’ensemble des salariés, mais aussi contre nombre de catégories intermédiaires, y compris les TPE.

Naturellement la tendance au monopole du capitalisme vampirise le domaine juridique et le code du travail. Les rapports de domination capitaliste entre les grandes entreprises et les TPE sont ici gravés dans le marbre de la loi travail.
Les petits patrons réclament la liberté d'entreprendre, mais cette liberté se retourne contre eux en laissant aux plus gros la part du lion, et ce mouvement est irréversible.


____________


Ci-dessous un article du Figaro du 24 /04/ 2016 :

Les petits patrons se rebiffent contre la loi El Khomri


VIDÉO - Trois organisations patronales - l'UNAPL, l'UPA et l'UDES - lancent une campagne pour demander le retrait de la loi El Khomri. Ils lui reprochent de modifier les règles de la représentativité patronale, en privilégiant les grands groupes au détriment des TPE-PME.

Les petites entreprises ne veulent pas se laisser bâillonner!Artisans, commerçants, professions libérales lancent une grande campagne de protestation contre la loi El Khomri, qu'ils accusent de vouloir les faire taire en donnant la parole aux seuls grands groupes. Avec une affiche choc mettant en scène des indépendants bâillonnés, l'Union Nationale des Professions Libérales (UNAPL), l'Union professionnelle Artisanale (UPA) et l'Union des employeurs de l'économie sociale et solidaire (UDES) ont voulu appeler à la mobilisation.

L'action des trois organisations se poursuit sur le web et les réseaux sociaux à partir du site www.tpepmeendanger.fr. Les internautes et les utilisateurs de smartphone sont invités à déposer soit un selfie ou la photo de la vitrine d'une petite ou moyenne entreprise à laquelle ils tiennent. Cette photo rejoindra le mur des TPE-PME de France.

«On donne le pouvoir aux gros en tuant les petits. C'est un casus belli inacceptable»
Michel Chassang, président de l'UNAPL

Certes, l'article 19 de la loi du projet de loi El Khomri, modifiant les critères de représentativité patronale, qui a déclenché cette fronde, a été supprimé mercredi en commission des affaires sociales. Mais l'UNAPL, l'UPA et l'UDES craignent qu'il ne ressurgisse lors du débat du texte en séance publique le 3 mai. D'ici là, ils proposent au Medef et à la CGPME de se rencontrer pour trouver un accord, tout en tentant de rallier le maximum de députés à leur cause.

Ce fameux article 19 prévoit que le nombre d'entreprises adhérentes prises en compte pour la mesure de l'audience des organisations patronales - audience cruciale pour le partage du pouvoir et des fonds - soit pondérée par leur nombre d'adhérents (à hauteur de 20%) et par leur nombre de salariés (à hauteur de 80%). Soit l'option défendue par le Medef et la CGPME, qui se sont entendus sur ce sujet. Pour le Medef, une pondération par le nombre de salariés est indispensable afin d'éviter une balkanisation du dialogue social. Et surtout pour tenir compte du poids économique différent entre une multinationale et le garagiste du coin!

L'UPA, l'Udes et l'UNAPL voient les choses différemment. Ils veulent revenir au système, retenu dans la loi Rebsamen de 2015, où seuls comptent les adhérents. «Il y a une tentative pour donner le pouvoir aux gros en tuant les petits! On veut enfoncer les TPE et essayer de les faire disparaître du paysage social!» , résume lapidaire, Michel Chassang, président de l'UNAPL. «Dans la branche construction, ce sera M. Bouygues qui fera la pluie et le beau temps. Pour toutes les épiceries, ce seront les grands de la distribution. Les 20 000 pharmaciens de France n'auront plus que leurs yeux pour pleurer car tout sera dirigé par une vingtaine de gros labos pharmaceutiques. C'est un casus belli inacceptable» , poursuit-il.

Alors que les TPE-PME représentent 98% des entreprises en France, «le gouvernement s'apprête à réduire leur place dans les instances de représentation des entreprises, au profit du grand patronat qui ne rassemble que 2% des entreprises» , protestent les trois organisations dans un communiqué commun.
Craignant d'être écartées des instances du dialogue social, elles redoutent de ne plus pouvoir défendre leurs modes d'entrepreneuriat et leurs besoins spécifiques, différents de ceux des grandes entreprises.

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   Posté le 25-06-2016 à 14:03:47   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   



Une illustration involontaire des TPE PME broyés par le système, entre "MEDEF" et "mon engagement", tout en assurant dur comme fer que les deux vont dans le même sens.


Edité le 25-06-2016 à 14:04:43 par Xuan




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