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 sur le nucléaire

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Xuan
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   Posté le 22-04-2011 à 20:04:47   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Bien longtemps après la catastrophe qui a frappé le peuple japonais et l’accident majeur de la centrale de Fukushima, toujours pas confinée à ce jour, j’ouvre un sujet sur le nucléaire.

Cet accident montre une nouvelle fois que la recherche du profit maximum entre inévitablement en conflit avec la sécurité civile et la sécurité des travailleurs.
Tous ceux qui sont intervenus dans un CHSCT ont pu l’observer à l’échelle de n’importe quelle entreprise.

En particulier l’externalisation et la sous-traitance aggravent considérablement les risques, et le nucléaire n’échappe pas à la règle.
On a malheureusement pu constater encore une fois que si la sécurité civile est menacée, si l’économie locale est détruite, et si les ressources naturelles sont anéanties pour de longues années, la vie des travailleurs du nucléaire est gravement mise en péril et leur santé est compromise, puisqu’ils sont soumis à la fois aux radiations et à la pollution radioactive.

Il me paraît particulièrement important de mettre l’accent sur les risques encourus par ces salariés et notamment ceux qui interviennent dans les entreprises sous-traitantes, effectuent les travaux les plus dangereux et sont les moins protégés.

Ce n’est pas une situation nouvelle. Dès la construction des centrales, la hiérarchie entre le maître d’œuvre et la kyrielle de poupées russes qui s’interpénètrent jusqu’aux boites d’intérim relève de la dictature, et la sécurité n’a pour but ultime que de protéger les entreprises contre un recours juridique.

D’autre part le nucléaire ne se limite pas aux centrales mais commence à l’extraction des matières premières. Il englobe aussi toute la chaîne de fabrication du combustible, le traitement des déchets et pour finir le démantèlement des usines polluées.

Les émissions radioactives sont aussi présentes dans de nombreuses applications industrielles comme la vérification des soudures ou la mesure de niveau avec des sources gamma.
Là encore on constate que les règles de sécurité sont négligées et que les intervenants extérieurs échappent régulièrement à tout suivi médical.

Il est significatif que l’audit annoncé par le président de la bourgeoisie française ne concerne que des essais matériels à l’exclusion de la protection des travailleurs.

Le parti communiste marxiste-léniniste doit s’exprimer sur cette question majeure qui ne se limite pas à l’écologie, et il doit en particulier refléter les intérêts de la classe ouvrière sur ce sujet.

Je publierai plusieurs articles sur le sujet ainsi que des prises de position de différentes organisations. D'autres avis (argumentés) seront les bienvenus.

Ce sujet avait par ailleurs déjà été abordé ici


Edité le 22-04-2011 à 20:36:23 par Xuan




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Xuan
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   Posté le 22-04-2011 à 20:24:02   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ci-dessous la position du Parti Marxiste-Léniniste d'Allemagne (MLPD - Rote Fahne), qui m'a été communiquée le mois dernier :
[attention, il s'agit d'une traduction automatique]


____________________


mar. 29/03/2011
Bonjour,
L’exigence « d’un arrêt immédiate de toutes les centrales nucléaires » repose sur l’expérience allemande où tous les partis politiques sont pour l’arrêt mais sur 20 ou 30 ans (ce qui risque de se développer en France), sans faire de grands pas dans cette direction. Et le nouveau texte que je t’envoie répond à tes interrogations.




Parti marxiste-léniniste d'Allemagne (MLPD)

25 Mars 2011

scénario de Super-pire devient un grave danger pour des millions! La résistance active doit se battre pour des mesures immédiates pour protéger la population japonaise!

"Nous sommes maintenant confrontés à un scénario super-pire des cas. La comparaison avec Tchernobyl est devenu sérieux. D'autres mesures pour l'évacuation d'urgence nécessaires." Cette évaluation a été faite spectaculaire le 22 Mars par le Dr Sebastian Pflugbeil, président de la Société pour Protection contre les radiations. Lectures de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) a montré le rayonnement d'un montant de 200.000 à 900.000 Bequerel autour du complexe nucléaire de Fukushima Japanese I. C'est à ce montant a été mesurée dans les environs de Tchernobyl après la catastrophe de 1986. Ce qui a des événements dans le souligne depuis quelques jours la peur a déjà indiqué le MLPD le 13 Mars:

La crise ne peut plus être arrêté.

Selon les informations de l'AIEA, il ya un niveau extrêmement élevé de radiation dans les enceintes de confinement du réacteur blocs. Des quantités allant jusqu'à 60,5 Sievert par heure 220 000 000 fois plus élevé que le fond naturel de rayonnement.Selon les faits donnée par la société d'exploitation TEPCO, l'eau qui coulait sur le cœur du réacteur 3 a un niveau de radiation 10 000 fois plus élevé. C'est un signe que les barres de combustible MOX utilisé, il est endommagé. Ils ont un pourcentage plus élevé de plutonium. 40 parties par milliard d'un gramme de cette ultra-poison peut tuer un être humain. Une zone polluée par du plutonium est définitivement inhabitable. Dans les réacteurs qui ont été refroidis à l'eau de mer, des tonnes de sel se sont accumulés qui forment une croûte sur les barres de combustible et de faire d'autres de refroidissement totalement impossible.
Les impacts sur l'environnement sont de plus en plus dramatique. L'océan sur la côte Fukushima est contaminé, les légumes de toute la région ne peuvent plus être consommés et dans l'eau potable, descendant jusqu'à la région de Tokyo, des concentrations dangereusement élevées de radioactivité ont été mesurées.Cependant, la tête du Japon de gouvernement n'a toujours pas voir la nécessité pour enfin dire toute la vérité à l'opinion publique mondiale. De nombreux travailleurs humanitaires ont été envoyés à une mission suicide à Fukushima. Et l'entreprise d'exploitation est tellement impertinent que de blâmer les travailleurs pour leur avoir eux-mêmes contaminés avec de l'eau radioactive et mettant en danger leur vie. Cela montre leur mépris pour les êtres humains et est une tentative criminelle de dissimuler les traces! Jusqu'à présent, le gouvernement japonais et la société d'exploitation ont rendu les gens dans le pays nerveux à travers une campagne systématique de désinformation. Maintenant, la peur est de plus en plus. Cependant - comme Heinrich Heine a dit un jour - "En face du danger, la peur est ce qui est le plus dangereux", quand elle conduit à la panique ou tentatives individuelles pour se sauver. Les deux serait une impasse et n'ont aucune perspective. L'ordre du jour est déterminé coordonnée au niveau international la lutte, l'action et la solidarité indivis:

La résistance active - maintenant!

1. l'arrêt immédiat de toutes les centrales nucléaires dans le monde entier!
2. Évacuation immédiate importante de la population!
3. Les enfants et les femmes enceintes doivent être portées à l'extérieur du pays tout de suite!
4. Publication de la vérité sur le développement de Fukushima, sans aucune restriction!
5. La mobilisation de toutes les organisations internationales de secours pour effectuer des évacuations vaste!
6. Garantir l'approvisionnement de la population avec des aliments non contaminés!
7. Organisation des transports aériens en continu et les convois de transport à cet effet!
8. affectation immédiate d'une commission d'experts de la meilleure et la plus haut rang et des scientifiques dans le monde!


Même si elle semble être au-delà des capacités humaines, tout doit être fait pour protéger les gens autant que possible contre les effets incontrôlés de la catastrophe.

Compte tenu de la surcapacité dans le monde entier le géant de la production d'énergie électrique, l'arrêt immédiat de toutes les centrales nucléaires ne pose aucun problème technique à tous vu. Les profiteurs de centrales nucléaires et les politiciens impérialistes ne sont pas ouverts aux arguments. Même face à la catastrophe, ils continuent leur fraude insolent, se faisant passer pour le plus grand des «protecteurs de l'environnement" . Le «moratoire» annoncé par la chancelière Merkel pour les vieilles centrales nucléaires n'est que mensonge et la tromperie.Lorsque le ministre de l'Economie Rainer Brüderle a pensé qu'il était «sur un terrain sûr» , en présence des chefs d'entreprise de haut rang, il laissa échapper la vérité sur la manœuvre tactique électorale. Maintenant, le gouvernement a un problème de plus - et de la Ligue fédérale des industriels allemands (BDI) a un important gestionnaire de moins. M. Schnappauf a dû prendre son chapeau - en raison de la «indiscrétion» (pas de donner des nouvelles incorrect)!

Trois faces d'un système criminel

• Au Japon, le scénario de super-pire des cas est en développement parce que l'impérialisme va même sur les cadavres pour un maximum de profits.
• Avec attentats à la bombe contre la Libye, l'OTAN est d'essayer d'atteindre la suprématie sur la Libye et une région qui est riche en pétrole.
• Le sommet européen de Bruxelles a décidé de mener une attaque générale sur les travailleurs et les larges masses de gens dans toute l'Europe afin de recueillir les sommes gigantesques pour le paquet euro-urgence - un compte de garantie pour les banques et les entreprises. L'impérialisme est seulement en vigueur dans les crises plus. Est-ce que cela va être l'avenir?

discussion de masse sur une alternative révolutionnaire


Vigiles et les chaînes de l'homme ne sont pas suffisantes pour faire quelque chose contre ces entreprises et les gouvernements qui n'ont que mépris pour les vies humaines. Une force supérieure internationale doit élaborer, en commençant par une résistance active contre la mort nucléaire et la catastrophe climatique. Une première étape doit être une journée internationale d'action le 26 avril, le 25e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. Le ICOR (international de coordination des partis et organisations révolutionnaires) qui a été fondée en Octobre 2010, a mis la tâche de l'étroite coordination mutuelle des révolutionnaires du monde. Le MLPD est également membre de l'ICOR. Laissez-nous développer une discussion à propos de masse une alternative révolutionnaire à ce capitalisme décadent, le socialisme à un véritable!
Celui qui est à la recherche d'une orientation claire peut le trouver dans le nouveau livre "L'aube de la révolution socialiste internationale" par Stefan Engel. A propos de la venue en place d'une situation mondiale historiquement nouvelle le livre conclut de façon optimiste: «Une situation dans laquelle l'humanité ne peut pas revenir en arrière, mais il doit avancer un développement dans le monde historique à la fin de ce qui ne peut être la libération de l'exploitation et l'oppression, sinon! le monde entier sera vouée au déclin dans la barbarie. " (p. 19, édition allemande)


___________


Le texte original :

25 March 2011
Super-worst-case scenario becomes an acute danger for millions! Active resistance must fight for immediate measures to protect the Japanese population!
"We are now confronted with a super-worst-case scenario. The comparison with Chernobyl is getting serious. Further measures for evacuation are urgently necessary.“ This dramatic evaluation was made on March 22nd by Dr. Sebastian Pflugbeil, President of the Society for Protection against Radiation. Readings of the IAEA (International Atomic Energy Agency) showed radiation amounting to 200,000 to 900,000 Bequerel around the Japanese nuclear complex Fukushima I. This is amounts to what was measured in the vicinity of Chernobyl following the catastrophe of 1986. What has happened in the past few days underlines the fear already stated by the MLPD on March 13th:
The meltdown can no longer be stopped.
According to the information of the IAEA, there is an extremely high level of radiation in the containments of the reactor blocks. Amounts of up to 60,5 Sievert per hour are 220 million times higher than the natural background radiation. According to the facts given by the operating company TEPCO, the water that ran out of the core of reactor 3 has a level of radiation 10 000 times higher. This is a sign that the MOX fuel rods used there are damaged. They have a higher percentage of plutonium. 40 parts in a billion of one gram of this ultra-poison can kill a human being. An area polluted by plutonium is permanently uninhabitable. In the reactors that were cooled with seawater, tons of salt have accumulated which form a crust on the fuel rods and make further cooling completely impossible.
The impacts on the environment are becoming more and more dramatic. The ocean at the Fukushima coast is contaminated, the vegetables from the entire region can no longer be consumed and in the drinking water reaching down to the region of Tokyo, dangerously high levels of radioactivity are being measured. However, Japan's head of government still does not see any necessity to finally tell the whole truth to the world public. Numerous relief workers have been sent to a suicide mission in Fukushima. And the operating firm is so impertinent as to blame the workers for their having contaminated themselves with radioactive water and endangering their lives. That shows their contempt for human beings and is a criminal attempt to cover up the traces! Up to now, the Japanese government and the operating company have made people in the country nervous through a systematic campaign of disinformation. Now fear is growing. However - as Heinrich Heine once put it - „In face of danger, fear is what is most dangerous“, when it leads to panic or individual attempts to rescue oneself. Both would be a blind alley and have no perspective. The order of the day is determined internationally coordinated struggle, action and undivided solidarity:
Active resistance – Now !
1. Immediate shutdown of all nuclear power plants worldwide!
2. Immediate extensive evacuation of the population!
3. Children and pregnant women must be brought outside the country immediately!
4. Publication of the truth about the development in Fukushima without any limitations!
5. Mobilization of all international relief organizations for conducting extensive evacuations!
6. Guarantee the supply of the population with uncontaminated food!
7. Organization of continuous airlifts and shipping convoys for this purpose!
8. Immediate assignment of a commission of the best and most high-ranking experts and scientists in the world!

Even though it seems to be beyond human capacities, everything must be done to protect as many people as possible from the uncontrolled effects of the catastrophe.
Considering the giant worldwide overcapacities of electrical power production, the immediate shutdown of all nuclear power plants is no problem at all technically seen. The profiteers of the nuclear power plants and imperialist politicians are not open to arguments. Even in the face of the catastrophe they go on with their insolent fraud, pretending to be the biggest „protectors of the environment“. The „moratorium“ announced by Chancellor Merkel for old nuclear power plants is nothing but lies and deceit. When the Minister of the Economy Rainer Brüderle thought he was „on safe ground“ in the presence of high-ranking company bosses , he let out the truth about the tactical election maneuver. Now the government has one more problem – and the Federal League of German Industrialists (BDI) has one leading manager less. Mr. Schnappauf had to take his hat – because of the ”indiscretion” (not for giving incorrect news)!
Three faces of a criminal system
• In Japan the super-worst-case scenario is developing because imperialism even goes over dead bodies for maximum profits.
• With bombing attacks against Libya, the NATO is trying to attain supremacy over Libya and a region which is rich in oil.
• The EU summit in Brussels decided to wage a general attack on the workers and the broad masses of people all over Europe in order to raise the gigantic sums for the euro-emergency package – a guarantee account for banks and companies. Imperialism is only existing in crises any more. Is this going to be the future?
Mass discussion about a revolutionary alternative

Vigils and human chains are not sufficient to get something done against these companies and governments that only have contempt for human lives. A superior international force must develop, starting with active resistance against nuclear death and climate catastrophe. A first step must be a worldwide day of action on 26 April, the 25th anniversary of the Chernobyl catastrophe. The ICOR (International Coordination of Revolutionary Parties and Organizations) which was founded in October 2010, has set the task of the close mutual coordination of the revolutionaries of the world. The MLPD is also a member of the ICOR. Let us develop a mass discussion about a revolutionary alternative to this decadent capitalism, about genuine socialism!
Whoever is looking for a clear orientation can find it in the new book „Dawn of the International Socialist Revolution“ by Stefan Engel. About the coming up of an historically new world situation the book optimistically states: "A situation in which humanity cannot go back, but must advance! A world historic development at the end of which can only be the liberation from exploitation and oppression, if not the entire world will be doomed to declining into barbarism.“ (p. 19, German edition)

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   Posté le 22-04-2011 à 20:50:03   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

On peut retrouver sur le site des Editions Prolétariennes deux articles de Front Rouge sur le sujet.
Ces articles qui datent de 1975 restent parfaitement d'actualité :


REFUSONS DE SERVIR DE COBAYES
AU PROGRAMME NUCLEAIRE DE LA BOURGEOISIE


ÉNERGIE NUCLEAIRE :
seule la mobilisation des masses imposera des mesures de sécurité


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   Posté le 28-04-2011 à 11:24:51   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je publie ci-dessous la déclaration de VP PArtisan qui m'a été communiquée :

Arrêt de toutes les centrales nucléaires !
C’est toute la société qu’il faut changer !



La France est le pays le plus nucléarisé par habitant, et le champion de la relance d’une nouvelle génération de réacteurs. Le Japon a en activité 17 centrales nucléaires et 55 réacteurs sur le territoire le plus soumis aux tremblements de terre dans le monde. N’est-ce pas une aberration ? Sauf, évidemment, pour ceux qui ont profité de ces installations et qui vivent bien loin de ces constructions.
Nous pouvons admirer « le calme » du peuple japonais ! Mais que deviennent les ouvriers, les paysans, les précaires japonais qui n’ont pas les moyens de partir dans d’autres régions, qui ont tout perdu, qui vont être irradiés à des degrés divers, qui ont leur santé voire leur vie en danger ?

En France, qu’en est-il de notre sécurité ?
Le gouvernement français et tous les spécialistes de droite et de « gauche » nous assurent qu’en France nous ne craignons rien. Leurs homologues japonais ont dû dire les mêmes choses. Et nous voyons les résultats ! EDF reconnait que ses centrales ne sont pas équipées pour faire face aux risques sismiques, certaines sont très vieilles, on n’arrive pas à les démonter, elles restent toutes dangereuses. Ces centrales nucléaires soumettent les travailleurs, les populations et des parties importantes de la planète à des risques insensés. A Fukushima, les particules radioactives contaminent pour 25 000 ans avec le plutonium et 15 millions d’années avec l’iode 129 !

La catastrophe se rapproche : elle se traduit par des ruptures d'approvisionnement dans l’industrie automobile (PSA, Toyota,…) de certains composants électroniques produit au Japon.
Mais ce n’est pas tout, ces composants électroniques rentrent dans la composition des véhicules et ils peuvent être contaminés par la radioactivité car ils sont fabriqués dans le Nord-Est du Japon non loin de la centrale de Fukushima.
Des risques pour les dizaines de milliers de salariés manipulant ces pièces ! Quelle assurance pour les travailleurs de ne pas développer un cancer, ou une autre maladie pour eux ou leurs enfants à venir, dans les la, 15 ou 20 ans qui suivent ?

Face au problème de l’énergie, nous pensons qu’il y a deux façons de répondre :
Celle des capitalistes :
Cette minorité défend ses intérêts immédiats : rentabiliser au maximum ses investissements. Ils disposent de la planète comme si elle leur appartenait. L'ampleur et les conséquences de la catastrophe nucléaire au Japon sont largement dissimulées par la firme TEPCO et le gouvernement japonais. Regardons ce qui se passe en France : au nom d’une « indépendance » énergétique, AREVA exploite durement et pollue massivement des pays comme le Niger qui ont de l’uranium. Sarkozy, VRP du monopole nucléaire Areva, vend à tour de bras des centrales « dites non dangereuses parce que d’utilisation civile et très sécurisée ».
Mais comment attacher la moindre confiance à leurs propos quand tant les faits nous démontrent l’inverse ? Que savons-nous, par exemple, de l’accident dans la centrale de Tricastin ? Il a pourtant été classé au niveau 4 sur une échelle de 7 des risques dans ce domaine. Même les catastrophes sont profitables aux monopoles capitalistes : Vinci et Bouygues ont raflé un contrat de 2 milliards d'euros pour le rafistolage des ruines de la centrale de Tchernobyl... qu'il faudra refaire d'ici à 100 ans !

Notre réponse :
Le problème de l’énergie, du nucléaire en particulier, n’est pas un problème technique à confier aux mains « d'experts », mais un choix d’organisation sociale et politique. Et en partant de quels intérêts ? Communistes révolutionnaires, nous partons des intérêts des classes et des peuples exploités, c'est-à-dire de l’intérêt de l’immense majorité des hommes et femmes vivant sur la terre. Nos intérêts ? C’est un développement harmonieux avec la nature qui n’est pas illimitée, c’est une science qui avance avec toute la sécurité possible, c’est le refus de la consommation pour la consommation, c’est l’abolition du profit au bénéfice d’une minorité bourgeoise, c’est la plus large démocratie dans les choix vitaux qui nous concernent. C’est lutter contre le gaspillage de l’énergie, pour le bien de tous, et le faire en respectant les moyens et les limites de la planète. Une évidence s’impose : seul le véritable socialisme pourra recomposer l’unité de l’homme avec la nature.

Ces deux voies sont inconciliables.

La droite au pouvoir fait bloc derrière l’industrie nucléaire et prétend qu’en France le nucléaire est sûr.
L'ensemble des partis de « gauche » réclame aujourd’hui un débat sur le nucléaire. Mais il ne réclame pas l’abandon complet de cette filière industrielle parce que, dans la guerre économique mondiale, il soutienne les intérêts de la bourgeoisie française en pointe sur l'industrie nucléaire. Seuls les verts semblent s'y opposer, mais ils s'arrêtent pourtant à la dénonciation des excès les plus criants de cette industrie. Ils cherchent des économies d’énergies à faire du côté des choix de consommateurs, pas du côté des choix industriels dictés par la course au profit. Ils ne mettent pas en cause ce qui est essentiel : la croissance des besoins énergétiques sur la base des intérêts capitalistes.
Nous sommes anti-nucléaires car cette industrie est entièrement soumise à la course à la compétitivité, à l'impérialisme et ses conséquences : déchets de longue durée, militarisation de la société, gaspillages, accidents, etc...

Prenons nos affaires en mains pour ne pas subir la loi des pollueurs et des exploiteurs ! Défendons nos intérêts, ceux des travailleurs et des peuples, et protégeons notre planète. Notre meilleure solidarité avec le peuple japonais, c’est d’exiger l’arrêt de cette politique.


Dans l’immédiat :
Arrêt de l’exploitation du nucléaire en France comme à l'étranger ! Arrêt programmé sur 10 ans de toutes les centrales ! Les énergies alternatives et non polluantes existent.
Le danger pour notre planète, c’est le système capitaliste et ses gestionnaires. C’est toute la société qu'il faut changer !


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   Posté le 13-06-2011 à 15:02:25   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Encore un accident mortel à Flamanville !



L’insécurité dans le nucléaire commence par le mépris avec lequel sont traités tout particulièrement les ouvriers des entreprises sous-traitantes , de la construction à la maintenance et jusqu’au démantèlement.

Samedi après-midi, un ouvrier de 32 ans, qui travaillait pour la société Endel, a fait une chute mortelle sur le chantier du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche).

C’est le deuxième décès depuis le début de l’année.

Le 24 janvier dernier, un ouvrier de 37 ans travaillant pour la société Normétal avait trouvé la mort sur le même chantier après « une chute de 13 à 15 mètres à la suite d’un choc du chargement d’une grue sur l’échafaudage où il se trouvait ». Une enquête avait été ouverte pour « homicide involontaire ».
Trois mois plus tard, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait annoncé qu’elle enquêtait sur « une sous-déclaration d’accidents sur le chantier de l’EPR ».

Ces accidents se produisent dans le cadre d’incidents nombreux et de conditions de travail inacceptables, sur un chantier en retard de deux ans.
la CGT a accusé Bouygues d’être responsable de l’accident, en fournissant à la justice des documents démontrant que la société bafoue le droit du travail sur le chantier.

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   Posté le 13-06-2011 à 15:37:11   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Quelques infos sur Fukushima en date du 10 juin ici

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   Posté le 17-06-2011 à 14:06:14   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur le blog de Jacques Tourtaux, un article à propos des parias envoyé à la boucherie :




« Kamikazes » à Fukushima, « liquidateurs » à Tchernobyl : le salaire de la peur
Par Anthony Laurent (26 avril 2011)


Depuis plus d’un mois, des hommes, dont on ignore le nombre, s’activent dans la centrale nucléaire deFukushima. Comme à Tchernobyl il y a 25 ans, ils tentent de contenir le feu atomique, au péril de leur santé et de leur vie. Qui sont ces « liquidateurs » ? Quelles sont leurs conditions de travail ? Le mutisme de Tepco, exploitant de la centrale, et du gouvernement japonais fait craindre le pire.


Photo : © DR

Combien sont-ils ? 200, 400, 700… ? Beaucoup de chiffres circulent dans les médias ces dernières semaines au sujet des « liquidateurs » japonais, qui tentent de circonscrire le « feu nucléaire » à la centrale de Fukushima-Daiichi, à 250 kilomètres au nord-est de Tokyo. Mais il n’existe aucune information concrète et fiable. Et les salariés sacrifiés pourraient en réalité se compter par milliers.

Annie Thébaud-Mony, sociologue à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), est spécialiste des conditions de travail en centrale nucléaire. Les chiffres évoqués dans la presse lui semblent bien faibles. Elle rappelle que « lors des arrêts de tranche dans les centrales françaises, ce sont entre 1.500 et 2.000 personnes qui interviennent pour de la simple maintenance » ...

Des conditions de travail inimaginables

On ne sait rien non plus de la durée des interventions sur place. Et cette opacité orchestrée par l’entreprise Tepco (Tokyo Electric Power Company) et les autorités japonaises fait craindre le pire. D’autant que les rares témoignages en provenance du Japon offrent un aperçu relativement peu reluisant des conditions de travail de ces « hommes de l’ombre » : dortoirs de fortune dans les salles de réunion, les couloirs et les toilettes ; absence d’eau potable ; repas servis seulement deux fois par jour...

Ces personnes ne possèderaient pas non plus forcément tous les équipements et le matériel nécessaires pour minimiser leur exposition aux radiations. « Pour une raison qui m’échappe, les masques, les combinaisons, les plaquettes d’iodure de potassium ainsi que les robots envoyés par Areva fin mars seraient toujours bloqués à l’aéroport de Tokyo » , avance Michèle Rivasi, eurodéputée (Europe Écologie-Les Verts) et fondatrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad).

Le même scénario qu’à Tchernobyl

Ceci dit, il n’existe aucune protection efficace contre les rayonnements ionisants, surtout sur un site entièrement contaminé. « Les équipements des ouvriers restent rudimentaires face à un niveau de radioactivité qui peut dépasser les 250 millisieverts par heure » , poursuit Annie Thébaud-Mony. Au-delà de 100 millisieverts, les risques sanitaires sont jugés significatifs. Le ministère japonais de la Santé a récemment relevé la dose légale « acceptable » pour les « kamikazes » de Fukushima de 100 à 250 millisieverts. En France, la dose annuelle maximale est de 20 millisieverts pour les travailleurs du nucléaire [1].

Concernant cette quantité de millisieverts, il semble que les chiffres fournis par Tepco soient eux aussi minorés. Et que les salariés ne soient pas informés correctement. Si, pour l’heure, aucun mort par irradiation n’est à déplorer au Japon, le bilan officiel fait état d’une vingtaine de personnes fortement irradiées et hospitalisées, parmi lesquelles quelques-unes ont eu les pieds brûlés faute de bottes adaptées. « Nous vivons à Fukushima le même scénario qu’à Tchernobyl, analyse Annie Thébaud-Mony, avec des centaines deliquidateurs condamnés car exposés à des doses de radioactivité très élevées qui auront raison d’eux dans les semaines et les mois à venir. »

« Tepco achète leur silence »

Mais qui sont ces « héros » japonais prêts à mettre leur vie en danger à chaque intervention dans la centrale ? Là encore, les informations filtrent au compte-goutte. Des techniciens et des cadres de Tepco, des soldats des forces d’autodéfense et des pompiers comptent parmi ces « sacrifiés ». Mais les sous-traitantsde l’industrie nucléaire nippone participent également massivement aux opérations de sauvetage et aux réparations.

« Comme Tepco et ses sous-traitants ont dû épuiser leur armée de réserve, ils tentent maintenant de recruter parmi les sans-logis de Tokyo et les burakumin, des parias de la société japonaise, estimés entre deux et trois millions, mis à l’écart pour leurs convictions religieuses » , décrit Annie Thébaud-Mony. « Et sans doute en échange ces personnes recevront une très grande somme d’argent. On va leur demander de se taire et ils iront mourir ailleurs. Autrement dit, Tepco achète leur silence. »

Des liquidateurs payés jusqu’à 3.500 euros par jour

Attirées par l’appât du gain, ces « petites mains », âgées généralement, comme le demande l’exploitant de la centrale, de plus de 45 ans, méconnaissent pour certains totalement le monde du nucléaire. Ils peuvent percevoir jusqu’à 3.500 euros par jour pour une intervention de quelques minutes à plusieurs heures. Une somme qui peut convaincre les Japonais les plus démunis.

« Après 25 ans d’ancienneté dans la sous-traitance nucléaire en France, je touche 1.574 euros bruts par mois… » , ironise Philippe Billard. Et ce « forçat du nucléaire » de poursuivre : « Les ouvriers japonais, à l’instar des travailleurs français, se trouvent face à des rouleaux compresseurs, des industriels à la tête de plusieurs milliards d’euros de bénéfices qui ont les moyens de les faire taire. »

Protéger l’industrie nucléaire au détriment des liquidateurs

Ce rapport de forces déséquilibré rappelle de mauvais souvenirs à Annie Thébaud-Mony. Pour elle, au-delà de l’attitude actuelle de Tepco et des autorités japonaises, ce type de gestion de crise était déjà à l’œuvre au moment de Tchernobyl. « Il y a en réalité une volonté délibérée de la part de tous les acteurs internationaux du nucléaire de protéger continuellement l’industrie atomique, car les enjeux financiers sont absolument énormes, quels qu’en soient les coûts pour la santé des travailleurs et des populations. »
Depuis 25 ans, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) « nient les centaines de milliers, voire les millions de morts russes, ukrainiens et biélorusses, en parlant de quelques dizaines de décès seulement dus à la catastrophe de Tchernobyl ! » rapporte Annie Thébaud-Mony. Quant au Comité scientifique des Nations unies pour l’Étude des effets des rayonnements Ionisants (UNSCEAR), il affirme que 31 opérateurs et pompiers sont morts des effets de la radiation. L’UNSCEAR fait aussi état de 6.000 cas de cancer de la thyroïde, dont 15 mortels. Des chiffres bien éloignés des données scientifiques recueillies par l’Académie des sciences de New York : sur les 830.000 « liquidateurs », entre 112.000 et 125.000 seraient décédés.
Les radiations attaquent les organes, les os, le système nerveux
Les risques sanitaires encourus par les « liquidateurs » sont divers et dépendent étroitement des doses de radioactivité reçues. Pour les plus faibles radiations (inférieures à 500 millisieverts), les symptômes cliniques probables vont d’un état de très grande fatigue et de décompression aux brûlures et aux atteintes ganglionnaires, en passant par des nausées, des diarrhées et la perte de poids, de dents et de cheveux.
Pour les très fortes radiations (supérieures à 500 millisieverts), le syndrome d’irradiation aigu pèse sur les victimes les plus exposés. La moelle osseuse peut être touchée. Les cellules les plus sensibles – les cellules sanguines (globules blancs et rouges, plaquettes) – sont les premières détruites, suivies par les cellules plus profondes de l’intestin, du foie, de la vessie. Les cellules des os sont susceptibles de se nécroser au bout de quelques jours. Une radioactivité intense endommage aussi durablement le système nerveux. « Au Japon, comme en France, ces pathologies ne sont toujours pas reconnues comme des maladies professionnelles » , s’insurge Philippe Billard.

Cinq médecins japonais, spécialistes de cancérologie et d’hématologie, ont lancé un appel dans la revue médicale britannique The Lancet. Ils proposent de conserver par congélation des cellules-souches sanguines des « kamikazes », pour lutter contre le « syndrome aigu d’irradiation » et les futures leucémies. Les autorités japonaises ont choisi de ne pas suivre ce conseil, pourtant soutenu par une centaine d’équipes médicales spécialisées dans le monde.

La transmission de mutations génétiques aux enfants

La mortalité du « mal des rayons » est fonction de l’intensité des rayonnements ionisants accumulée dans l’organisme et de la durée d’exposition : la mort peut être immédiate, pour une irradiation intense et courte, comme elle peut se déclarer à la suite d’un long cancer dû à une exposition prolongée à de faibles débits de dose. « S’il n’y a pas de bonnes protections respiratoires, il existe également des risques que des radioéléments pénètrent dans le corps. La source radioactive rayonne depuis les organes internes et provoque des dégâts irréversibles sur le système digestif et les voies respiratoires avec notamment des phénomènes d’essoufflement pouvant s’aggraver » , relève Annie Thébaud-Mony.

« Tout cela est extrêmement inquiétant » , conclut la chercheuse de l’Inserm. « Comme dans les pays impactés par l’accident de Tchernobyl, il ne serait pas surprenant qu’il y ait au Japon un certain nombre de femmes enceintes qui transmettent des mutations génétiques à leurs enfants » . Lesquelles provoqueront sans doute des malformations congénitales aux générations suivantes. De Tchernobyl à Fukushima, le nucléaire n’a pas fini de faire des victimes.

Anthony Laurent

Notes
[1] La dose maximale admissible pour la population générale est de 1 millisievert.


http://www.bastamag.net/article1526.html

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   Posté le 18-06-2011 à 08:55:54   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Quand on parle du loup on en voit la queue.
Ici la vidéo de la couleuvre Besson qui part en courant pour ne pas entendre parler de la sous-traitance dans le nucléaire.

Comme dit un un internaute

"une vraie serpillère ce type
même ma grand-mère a plus de baloches.."




Edité le 18-06-2011 à 09:09:32 par Xuan




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   Posté le 19-06-2011 à 23:20:15   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

A la demande de la bourgeoisie M6 s'auto censure !


Comme chacun peut le constater aujourd'hui à la diffusion de l'émission de M6 sur la sécurité dans le nucléaire, cette séquence a été censurée .
De plus, la vidéo mise en ligne a été retirée par M6 avec le commentaire suivant :

"Cette vidéo inclut du contenu de M6 Web, qui l'a bloqué dans votre pays pour des raisons de droits d'auteur.
Opération impossible"

Les commentaires des internautes ont disparu également.

Il est clair que le gouvernement a demandé à M6 de retirer toute trace de l'altercation entre Lagache et Besson, lorsque le journaliste déclare qu' "en France la sûreté nucléaire pose problème" et lance la vidéo d'un technicien de sous-traitance.
Ce technicien dénonçait les pressions exercées sur les contrôleurs pour minimiser voire dissimuler les risques.
Pendant cette séquence Besson se lâche "je vous laisse, j'me casse... j'me barre" et fout le camp avec son gobelet !

Evidemment cette situation ridicule ne pouvait pas passer à l'écran.
Voilà comment se conduit la bourgeoisie de notre pays, qui donne des leçons de "démocratie" au monde entier et qui dénonce la censure dans les autres pays.

Le jeu consiste donc à rechercher la vidéo ici ou là en version intégrale et à la télécharger, pour mettre au frais ce moment d'anthologie et le rediffuser.


Edité le 20-06-2011 à 00:03:06 par Xuan




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   Posté le 20-06-2011 à 21:32:09   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

A lire dans le Quotidien du Peuple : La Chine suspend la ratification de nouvelles centrales

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   Posté le 21-06-2011 à 14:44:33   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

UNION LOCALE CGT REGION DIEPPOISE : LA CENTRALE DE PALUEL : EDF SUR LES TRACES DE TEPCO ?



Voilà de nombreux mois qu'une fuite d'iode radioactif existe dans l'une des tranches de la centrale de Paluel.

Cela a commencé en plein hiver 2011, dans une période la demande d'électricité était la plus forte. Le CHS-CT s'en est saisi, et a engagé toutes les procédures nécessaires; Le syndicat CGT, de même. Mais rien n'y fait !

EDF a décidé de ne pas arrêter la tranche incriminée, et de poursuivre coûte que coûte la production; il faut que l'argent rentre coûte que coûte ! EDF attend, semble-t-il, le prochain arrêt de tranche prévu à l'automne pour intervenir plus efficacement, sous prétexte que, d'ici cette date, le seuil maximum légal de milisievert n'aura pas été atteint.

En attendant, elle a tout de même envoyé des salariés dans le bâtiment réacteur en pleine puissance, pour repérer l'origine de la fuite et son ampleur. Faire intervenir des salairés dans le bâtiment réacteur en puissance, c'est à dire alors que la tranche est en fonctionnement, cela ne s'est jamais vu !

Alors que Régis Debray, invité à l'émission de Marc Voinchet sur France Culture le 15 juin dernier, développait, dans l'échange qu'il a eu avec les journalistes, l'idée que dans les démocraties occidentales personne n'engage plus sa vie comme ce fut le cas pendant les grandes guerres (14-18, et 39-45), des salariés de la centrale de Paluel l'ont pourtant fait; c'est en France et en 2011 ! Et les salariés des entreprises soutraitantes d'EDF le font d'ailleurs régulièrement. Il n'y a que dans le salons que l'on fait mine de croire que personne en France ne risque sa vie au travail en le sachant !

Pourquoi ? La direction de la centrale a, ici, fait pression sur mes salariés, en déclarant que s'ils n'intervenaient pas, et si l'on arrêtait la tranche, la Bretagne risquerait de ne plus avoir d'électricité.

Il est vrai que, et tout le monde fait mine de l'oublier, l'entreprise n'est pas un lieu de démocratie. Merci à EDF de nous le rappeler !

Mais pour la CGT, Sécurité nucléaire = respect des salariés ! Et ce respect passe par le respect des Instances Représentatives du Personnel ! Le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas ce qui se passe à Paluel aujourd'hui !


http://cgt-dieppe.over-blog.com/article-centrale-de-paluel-edf-sur-les-traces-de-tepco-76915016.html

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   Posté le 23-06-2011 à 14:24:14   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les précaires du nucléaire


une enquête de France Info met le doigt sur la surexploitation des précaires du nucléaire :


« Ils sont 22.000 à travailler dans les 19 centrales nucléaires de France, 22.000 agents intérimaires embauchés par les entreprises sous-traitantes d’EDF pour assurer notamment la maintenance et l’entretien des installations. Ce sont eux qui assurent les tâches qui comportent le plus de risques et les travaux les plus exposés. Aujourd’hui, la colère monte parmi ces employés qui dénoncent le déséquilibre entre leur statut et celui des 20.000 autres agents statutaires, salariés d’EDF. »

Un mouvement de grève a éclaté depuis 6 semaines, pour l’augmentation des salaires des agents du nucléaire et l’intégration des salariés des entreprises sous-traitantes, réclamée par les syndicats CGT, FO et Sud.

Pour augmenter ses profits, et comme le pratiquent toutes les grandes entreprises, EDF fait pression sur les sous-traitants en confiant les marchés de maintenance au moins cher, à l’occasion des appels d’offre lancés tous les 3 ans et destinés à les mettre en concurrence.
De surcroît les temps d’intervention sur les arrêts de tranche sont systématiquement raccourcis, l’outillage et les effectifs diminuent.
Ainsi il n’y a qu’un décontamineur pour tout le chantier de Cruas.

La précarité

Les ouvriers sont obligés de renégocier chaque fois leur contrat de travail avec l’entre prise qui reprend le marché chaque fois qu’EDF change de sous-traitant ce qui se traduit par des baisses de salaires.
Inutile de parler d’ancienneté dans ces conditions et l’organisation syndicale est très difficile.

L’ASN constate que les sous traitants n’ont pas le matériel requis et ne respectent pas la réglementation en vigueur. En particulier l’entreprise qui les emploie les décourage systématiquement d’utiliser le dosimètre.
Dans son rapport 2008 publié en avril dernier, l’ASN pointe “un manque de rigueur dans l’utilisation et le renseignement des documents nécessaires à la surveillance des prestataires” .
De plus, l’ASN constate “des difficultés dans la mise à disposition d’outils et d’équipements de protection individuelle”, (...) “ce qui a pu dans certains cas conduire à des conditions de travail dégradées pour les prestataires en matière de sécurité et de radioprotection” .
Les promesses d’amélioration d’EDF ne pèsent pas lourd puisqu’en 2007 l’ASN pointait déjà les mêmes anomalies.

Les missions les plus dangereuses

Ce sont eux qui exercent les missions les plus dangereuses, les plus périlleuses. Ils subissent 80% des doses totales d’irradiation alors qu’ils ne représentent qu’un travailleur sur deux dans le nucléaire.
En particulier la décontamination leur fait inhaler des poussières radioactives qui produisent une irradiation interne.
Ainsi, Claude Dubout, ancien décontamineur à la centrale de Cruas-Meysse (Ardèche) a absorbé en 25 ans de carrière une dose totale de 500 millisieverts.

Ayant travaillé en pointillé dans des entreprises différentes, dont les raisons sociales ont changé ou ont disparu, et qui n’ont effectué aucun suivi, ils n’ont pas accès aux données dosimétriques s’ils sont atteints d’un cancer : aucun moyen de démontrer la maladie professionnelle ni de faire valoir leurs droits.

Ils ne peuvent pas être représentés au CHSCT, ni même se prévaloir du droit de retrait puisqu’ils ne font pas légalement partie des effectifs d’EDF.
Ils tombent donc sous le coup du refus de travail et sont dégagés immédiatement.

Les nomades du nucléaire

« Ils vont de ville en ville, pour décontaminer les centrales, au gré des “arrêts de tranche”, les périodes durant lesquelles les réacteurs sont arrêtés pour changer le combustible et pour assurer les travaux de maintenance.
Ils connaissent toutes les centrales de France : Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, Gravelines dans le Nord, Cattenom en Moselle, Chinon en Indre-et-Loire ou encore Chooz dans les Ardennes. Souvent sur les routes, ces agents intérimaires parcourent 40.000 à 70.000 kilomètres par an. »


José Andrade, délégué CGT de la centrale de Cruas-Meysse (Ardèche) explique ainsi qu’à 55€ d’indemnité de déplacement par jour et des nuitées d’hôtel jamais inférieures à 40 €, il leur reste 15 € pour manger et téléphoner à leur famille qu’ils n’ont pas vue depuis 2 ou 3 mois
Donc ils dorment dans leur voiture, au camping ou dans un foyer Sonacotra et mangent un ou deux sandwiches.

Les kilomètres parcourus s’ajoutent à leur journée de travail, de sorte qu’ils dépassent fréquemment les dix heures de travail légales.
Avec un salaire de 1000 à 1200€ ils ne peuvent ni entretenir leur tacot ni en changer et c'est le risque routier qui vient s’ajouter.

Unité des salariés du nucléaire !
Embauche des intérimaires et augmentation des salaires !

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   Posté le 23-06-2011 à 14:54:03   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La sécheresse et le nucléaire ne font pas bon ménage


Radio France Drôme-Ardèche signale ce matin que la centrale de Cruas bénéficie d’une dérogation l’autorisant à déverser ses effluents dans le Rhône pour un débit mini de 350 m3/s au lieu de 500.


Le site de Lyon actualité relève les conséquences écologiques des dérogations dont bénéficie le nucléaire associées à la sécheresse dans l’article

Les conséquences de l'épisode de sécheresse (voir l'article de LYon-Actualitésici) commencent à affecter l'ensemble de la France et particulièrement la région Rhône-Alpes.
Dans un communiqué, l'Agence de Sûreté Nucléaire (ASN) indiquait récemment qu'à ce jour (le 18 mai 2011 - ndlr), "le fonctionnement normal des centrales nucléaires n’est pas affecté par la sécheresse constatée en France, malgré l’enregistrement d’une diminution du débit de certains cours d’eau".
L'ASN qui rappelle tout de même qu'en cas de sécheresse et de canicule, "les exploitants des centrales nucléaires doivent être en mesure de faire face à la perte totale ou partielle du refroidissement liée à une diminution du niveau et du débit d’eau dans les fleuves, ainsi qu’à l’élévation de la température ambiante dans les locaux contenant des équipements importants pour la sûreté" .

Des précédents de 1976 à 2006

Lors d'épisodes précédents de fortes chaleurs, entre 1976 et 2006, le gouvernement s'était déjà vu "contraint de prendre des mesures exceptionnelles" pour garantir la disponibilité du réseau électrique français.
Paradoxalement, la réponse des autorités n'avait alors pas été de réduire l'activité des centrales, mais de relever le seuil des normes autorisées ! "Ainsi, EDF avait pu déroger aux limites thermiques des rejets de certaines centrales nucléaires pour augmenter leur disponibilité" .

Suite aux dernières sécheresses, en 2003 et 2006, l’ASN avait demandé à EDF de tirer les enseignements de ces épisodes de canicule et de prendre les mesures nécessaires. Il s'agissait selon l'autorité "de réévaluer les dispositions de protection des installations vis-à-vis des températures extrêmes et de la sécheresse, d'apporter des modifications techniques pour améliorer la capacité de refroidissement et renforcer la résistance des matériels sensibles aux températures élevées et de mettre en place des dispositifs d’alerte permettant d’anticiper l’évolution des températures et du débit d’eau des fleuves" .

Une surmortalité attendue de la faune et de la flore...

Au cours de la récente conférence de presse de l'ASN en Rhône-Alpes (lire ici), l'un de ses responsables; Philippe Ledenvic , a brièvement abordé le sujet de la canicule en indiquant que l’ASN participe au processus national de veille déployé par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et que, pour l'instant, il n'y a pas de risque de manque d'eau pour le refroidissement des centrales elles-mêmes. Le principal risque résiderait selon lui dans un réchauffement de l'eau du Rhône au delà des 28 degrés aujourd'hui admis, qui pourrait provoquer une surmortalité des poissons en aval de la centrale de Cruas dans la Drôme.

Des dérogations "fort laxistes" accordées aux centrales qui dépassent la température l'égale

Ce n'est pas l'avis de l'Observatoire du Nucléaire , une organisation indépendante qui vient de publier une note assez alarmante sur ce sujet : pour cet organisme, si il est en effet "improbable de voir le Rhône à sec, contrairement à la Loire, cela ne le protège pas pour autant des problèmes" : il existe des limites légales aux rejets d'eau chaude dans les rivières, afin de ne pas détruire irrémédiablement la faune et la flore. "Malgré des dérogations fort laxistes accordées par l'Etat à EDF" , note l'Observatoire du Nucléaire, "il est possible que des centrales soient arrêtées car ne pouvant respecter les limites légales, même avec dérogations" . Seraient concernées, tout au long du Rhône, les centrales de Saint-Alban (Isère, deux réacteurs), Bugey (Ain, quatre réacteurs), Cruas (Ardèche, quatre réacteurs), Tricastin (Drôme, quatre réacteurs)... L'observatoire rappelle d'ailleurs que, lors de l'été 2003, "des dizaines d'infractions ont été commises par ces centrales nucléaires" .

Au dela des risques de réchauffement de l'eau et de la surmortalité de la faune et de la flore, l'organisme indépendant met aussi l'accent sur les rejets de produits chimiques (zinc, phosphore, sulfates, sodium, chlorures, morpholine, cuivre, etc) des centrales. "En temps ordinaires, ces rejets sont déjà problématiques pour l'environnement, voire pour la santé publique. Ces risques sont aggravés l'été du fait du moindre débit des rivières. Et le problème est démultiplié en cas de sécheresse : ces produits chimiques sont rejetés dans des rivières au débit très faible, causant de fait de graves pollutions chimiques" .

Gilles Roman
(redaction@LYonenFrance.com)
vendredi 27 mai 2011

Voir le site de l'Observatoire du nucléaire
Et la note Sécheresse : fort risque de black-out nucléaire cet été


Edité le 23-06-2011 à 18:34:19 par Xuan




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   Posté le 24-06-2011 à 14:07:12   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La sûreté dans le nucléaire c’est la lutte de classe


Suite au décès d’un second ouvrier sur le chantier de l’EPR à Flamanville, l’Humanité publie le communiqué du 8 juin où la CGT dénonce les pratiques du Maître d’ouvrage EDF et de Bouygues sur un chantier qui embauche 3700 salariés dont 1/3 d’étrangers et 1/3 d’intérimaires.

[extrait du communiqué]

• « Mars 2009, nous dénonçons les intrusions dans les lieux d’hébergement des salariés roumains en grands déplacements par le gestionnaire Bouygues de cette base de vie, en violation complète de leur intimité.

Dans la foulée, nous alertons sur les pressions subies par des salariés pour se taire sur les écarts en termes de sécurité ou de déclaration des accidents sur le chantier.

• Septembre 2009, la CGT alerte de nouveau la Direction d’EDF sur des risques de dissimulation de déclaration des accidents de travail. L’Autorité de Sureté Nucléaire confirmera ces pratiques en 2011!

• Toujours Septembre 2009, la CGT dénonce le licenciement par Bouygues d’un grutier qui a voulu exercer son droit d’alerte et de retrait concernant sa sécurité (et celle des autres salariés du chantier, CQFD).

• Novembre 2009, face aux mauvaises conditions de travail, une dizaine de salariés de Bouygues-Quille crée une Section syndicale CGT. Quelques jours après, il y a liquidation physique de la Section syndicale, notamment par le licenciement de ses adhérents .

• Août 2010, licenciement par Bouygues du Responsable du Contrôle Sécurité du chantier au motif qu’il a, lui aussi, exercé son droit d’alerte et de retrait concernant la sécurité des salariés du chantier .

• Novembre 2010, des salariés étrangers expriment leurs souffrances de conditions de vie et de travail par voie d’affiches sur le chantier.

• Décembre 2010, la CGT, la CFDT et la Ligue des Droits de l’Homme font une Conférence de Presse pour dénoncer ces mauvaises conditions de vie et de travail des salariés du chantier.

• Janvier 2011, alors que la Direction d’EDF communique que tout va pour le mieux, un terrible accident mortel d’un intérimaire endeuille la vie du chantier.

• Toujours Janvier 2011, le Procureur de la République et l’Autorité de Sûreté Nucléaire se saisissent du dossier de ce décès où la CGT confirme toutes ses alertes et dénonciations.

• Mai/Juin 2011, les 150 salariés polonais alertent la CGT sur le non respect du droit français et polonais sur leurs contrats de travail et leurs feuilles de paie (salaires et frais au rabais) : aucun droit à une couverture sociale (retraite, assurance chômage, couverture maladie/invalidité et accident de travail. »



D’autre part, dans un document daté du 6 juin l’ASN relève une « Sous-estimation méthodique des accidents de travail » . Sur le chantier de l’EPR, 20 entreprises ont commis des infractions à la déclaration des accidents du travail.

C’est une pratique courante dans les entreprises de passer les accidents du travail en soins d’infirmerie, de refuser de délivrer les tryptiques, d’exercer des pressions auprès des ouvriers blessés afin qu’ils ne déclarent pas les accidents ou qu’ils reprennent rapidement leur travail.

Ici l’ASN a relevé "38 accidents à déclarer n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration ou d'une inscription au registre" et vise directement la dissimulation volontaire : "Le fait que cette démarche ait été intentionnelle et se soit répétée alors même que ces sociétés avaient pleinement connaissance de l'obligation de déclarer tout accident démontre l'intention d'éluder l'information de l'inspecteur du travail et donc de détourner la surveillance."

De la construction au démantèlement, la sûreté dans le nucléaire c’est la course aux profits contre la santé des ouvriers et de la population.
Avec la bénédiction d'EDF, Bouygues fait la chasse aux sorcières sur les chantiers pour dissimuler les accidents dont il est responsable.

EDF - Bouygues buveurs de sang !


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   Posté le 26-06-2011 à 00:43:11   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

L'enquête réalisée par Médidapart sur le site de Paluel confirme que la sûreté nucléaire concerne prioritairement les salariés des sites et tout particulièrement les sous-traitants.

L'attitude désinvolte et le déni des cadres en charge de la radioprotection traduit ici, comme dans tous les cas de sécurité industrielle, leur position de classe au service de la productivité capitaliste et non au service de la sécurité des ouvriers.

Certains syndicalistes craignant peut-être de dénigrer "leur" entreprise, apportent de l'eau au moulin des exploiteurs au lieu de défendre les salariés les plus exposés et minimisent les risques.
Car rien ne garantit qu'un ouvrier itinérant qui a été contaminé ou a reçu une irradiation inférieure aux normes ne la cumule pas avec celles d'autres sites.
Mais ils ne font pas l'unanimité comme le confirme le blog de l'UL CGT de Dieppe.
Là encore les ouvriers qui se battent sur les bases du syndicalisme de classe sont les véritables promoteurs de la sûreté nucléaire.


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Nucléaire: incidents en série à la centrale de Paluel

22 juin 2011 | Par Jade Lindgaard et Michel de Pracontal

Fuites à répétition, rejets de gaz radioactif, déclenchements de balises d'alertes, contaminations de travailleurs : depuis plus d'un mois, l'une des plus grosses centrales nucléaires françaises, le site de Paluel, en Haute-Normandie, connaît des dysfonctionnements en série. La multiplication des incidents crée un vent de panique chez les agents qui y travaillent, selon des témoignages et des documents exclusifs recueillis par Mediapart. La centrale de Paluel produit, à elle seule, environ 7% de l'électricité nationale.
L'inquiétude collective commence à se manifester sur Internet : «Centrale de Paluel : EDF sur les traces de Tepco ?» Cette formule provocatrice, qui compare l'électricien français à l'exploitant de la centrale de Fukushima, n'émane pas d'un groupe antinucléaire. Elle figure en tête d'un communiqué de la CGT de la région dieppoise (à lire ici), où se trouve la centrale de Paluel.
Avec quatre réacteurs de 1300 mégawatts (MW), ce site qui emploie 1250 salariés d'EDF est l'une des trois plus importantes centrales nucléaires françaises (avec celles de Gravelines et de Cattenom). Mis en service entre décembre 1985 et juin 1986, le site de Paluel n'a pas posé de problème particulier pendant les deux premières décennies de son fonctionnement.


La centrale de Paluel (photo EDF).

Mais depuis quelque temps, divers problèmes techniques se sont accumulés sur le réacteur n°3, que l'un de nos interlocuteurs qualifie de «tranche la plus poissarde du site» : une fuite d'huile sur l'alternateur, une fuite d'eau du circuit primaire, une fuite de gaz radioactif dans le bâtiment réacteur, ainsi qu'une fuite dans une ou plusieurs gaines de combustible.
Jusqu'ici occultés, ces dysfonctionnements ne sont pas contestés par la direction de la centrale. Mais l'interprétation de leur gravité diverge radicalement d'une source à l'autre.
Tous s'accordent cependant à décrire une inquiétude grandissante chez les agents et, pour certains, de l'angoisse et de la panique. L'un de nos interlocuteurs parle même de «terreur étouffée» !
Il raconte qu'un bâtiment proche du réacteur a dû être évacué plusieurs fois à cause du déclenchement de l'alarme mesurant la présence de gaz nocifs dans l'air. Des salariés «ont forcé des coffrets contenant des pastilles d'iode» pour se prémunir contre une éventuelle contamination. Cette réaction révèle un niveau élevé de stress chez des personnels pourtant formés à travailler dans le contexte particulier des installations nucléaires. Inquiétude nourrie par le fait que «l'alarme se déclenchait tout le temps» , selon une autre source. Si bien que les seuils de détection de ces rejets gazeux ont fini par être relevés pour obtenir le silence.

«Le xénon, c'est comme une cigarette»

Pour remédier à certaines des fuites, le réacteur n°3 de Paluel a fait l'objet d'un arrêt lors du week-end de la Pentecôte. Un «arrêt à chaud» dans lequel le réacteur tourne au ralenti sans être complètement arrêté. Seize agents EDF et sous-traitants ont accidentellement inhalé du xénon, un gaz radioactif, lors de cette intervention. Ils ont été contaminés : des traces de ce gaz rare ont été trouvées à l'intérieur de leur organisme.
L'un d'entre eux explique à Mediapart avoir travaillé sans porter la cagoule et la bouteille d'oxygène permettant de ne pas respirer l'air environnant. «La réserve de l'appareil respiratoire individuel est trop limitée par rapport au temps d'intervention, cela nous aurait obligé à entrer et sortir plusieurs fois du bâtiment, ce qui aurait prolongé le temps d'intervention» , ajoute-t-il, sous le sceau de l'anonymat.
Faux, conteste Claire Delebarre, chargée en communication de la centrale de Paluel : «Ils n'ont pas porté leur appareil respiratoire car ils n'en avaient pas besoin.» Et d'ajouter : «Il ne s'agit pas de contaminations internes car le xénon ne se fixe pas dans l'organisme, il est rejeté au bout de quelques expirations, c'est comme une cigarette.»
La quantité de gaz inhalé par ces agents est minime et sans danger, assure un militant CGT de la centrale qui a étudié le cas de ces personnes. «C'est en dessous des seuils acceptables reconnus par l'Autorité de sûreté du nucléaire», confirme le salarié contaminé.
Mais «seize personnes contaminées, c'est énorme!» commente un autre agent. Et cela prouve, d'après lui, la présence d'une grande quantité de gaz radioactif dans la salle où ont travaillé les volontaires de la Pentecôte. L'un des travailleurs pressentis aurait refusé de participer à l'intervention, jugeant les conditions trop peu sûres.


Schéma de principe d'un réacteur nucléaire du parc français

Le 21 juin, l'incident de la Pentecôte n'avait pas été signalé par l'Autorité de sûreté du nucléaire (ASN) sur son site internet. Au demeurant, il ne lui a même pas été notifié. «C'est normal, ce n'est pas un événement, on est dans le ressenti» , répond le service communication de la centrale.
«Les faits sont dissimulés» , veut croire un agent de Paluel.
Au local d'un syndicat de la centrale, contacté par téléphone, la première réaction est lapidaire : «Seize contaminations ? Mais c'est un roman que vous écrivez !»
Il ne s'agit pas d'une fiction, mais bien de la réalité. Qui plus est, l'intervention de la Pentecôte n'a résolu qu'une partie du problème : la fuite gazeuse est aujourd'hui réparée, mais l'eau du circuit primaire, elle, s'échappe toujours. La réparation est reportée. Les ennuis de l'alternateur avaient été traités précédemment. Mais il reste la fuite qui affecte une ou plusieurs gaines de combustible. Là, pas de réparation possible : il faut arrêter le réacteur et remplacer les éléments de combustible défaillants. Or, cela ne se fera qu'au prochain arrêt de tranche programmé, dans environ un an.
De toutes les difficultés qui affectent Paluel, la plus inquiétante est la défectuosité de certaines gaines de combustible, estime l'une de nos sources. Pourquoi ? Parce que ces gaines en alliage métallique constituent la première des barrières qui isolent la matière radioactive de l'environnement extérieur. Elles ont la forme de longs cylindres dans lesquels sont empilées de petites pastilles d'uranium radioactif. Ces «crayons» sont réunis en «assemblages» qui forment le cœur du réacteur.

«C'est comme du vin, parfois, il est bouchonné»

Le réacteur est une sorte de chaudière : les réactions nucléaires qui se produisent dans le combustible radioactif font chauffer l'eau du circuit primaire, qui à son tour transfère sa chaleur au circuit secondaire ; l'eau du circuit secondaire est vaporisée et la vapeur fait tourner la turbine qui produit l'électricité.
Le combustible radioactif, contrairement au charbon d'une chaudière classique, ne doit jamais être en contact avec l'environnement extérieur. A cette fin, les autorités nucléaires françaises ont élaboré une «doctrine de la sûreté» dont un principe de base consiste à enfermer la matière radioactive derrière trois «barrières» : d'abord la gaine du combustible ; ensuite la cuve et le circuit primaire ; enfin, l'enceinte de confinement du réacteur.


Les trois barrières de protection du combustible radioactif.

Or, à la centrale de Paluel, il est avéré, par les témoignages que nous avons recueillis et les documents que nous avons pu consulter, qu'au moins un assemblage du cœur de la tranche 3 contient un ou plusieurs crayons défectueux. Autrement dit, dont la gaine est fissurée. Comme il y a toujours une fuite dans le circuit primaire, cela signifie que deux des trois fameuses barrières ne sont plus étanches. Le ou les assemblages en cause sont neufs et ont été placés dans le cœur lors du dernier rechargement, survenu en mars 2011. D'après la direction de la centrale, les éléments concernés ont été fabriqués par Westinghouse.
«On est en train de pourrir tout le bâtiment réacteur !» s'inquiète un agent, qui considère que la fuite actuelle de combustible à Paluel «peut basculer sur des phénomènes incontrôlables» . Or EDF a pour l'instant décidé de laisser tourner le réacteur en l'état, potentiellement jusqu'à la fin du cycle (autrement dit le prochain arrêt pour rechargement du combustible), dans un an environ. «Je ne comprends pas qu'on ne décide pas d'arrêter» , insiste l'une de nos sources.
«Ce sont des micro-fuites, elles n'ont pas de conséquences directes sur le personnel : elles sont mesurées, analysées, contrôlées, maîtrisées» , explique un militant de la CGT de Paluel. «Nos investigations indiquent qu'il y a un défaut de gainage, mais ce n'est pas une rupture, c'est légèrement poreux, et cela ne concerne qu'un seul assemblage» , assure Claire Delebarre, la chargée de la communication de la centrale de Paluel. Rappelons qu'un assemblage contient 264 crayons, soit 264 possibles sources de fuite. Mais «fonctionner avec une légère fuite, ce n'est pas grave en soi. C'est comme du vin, parfois, il est bouchonné !» assure la communicante du site de Paluel.
La radioactivité occasionnée par la fuite est estimée à 30.000 MBq/t (mégabecquerels par tonne d'eau), sachant qu'à partir de 100.000 Mbq/t par jour pendant sept jours consécutifs, un réacteur doit impérativement être mis à l'arrêt. Les problèmes techniques de Paluel révèlent ainsi le secret le mieux caché au grand public mais le plus connu du monde du nucléaire : en contradiction flagrante avec la doctrine de sûreté martelée par l'autorité de sûreté, des centrales fuient, et en toute légalité !
«Des fuites, il y en a, c'est normal, ce sont des incidents d'exploitation tout à fait classiques» , poursuit Claire Delebarre. Sollicitée par Mediapart, l'ASN ne nous a pas répondu à l'heure où nous mettons en ligne cet article.

«Les fuites, c'est normal»

«Les fuites, c'est normal, il y en a toujours eu dans le nucléaire» , explique un spécialiste de la radioprotection. C'est si vrai que Mediapart a pu reconstituer un long historique des fuites de gaines de combustibles dans les centrales françaises. Une chronologie qui ne date pas d'hier puisqu'elle remonte à... il y a douze ans.
Le premier événement date d'octobre 1999 : à la centrale de Cattenom, en Lorraine, on détecte un taux élevé de radioactivité sur le circuit primaire et la présence de xénon 133. En août 2000, des mesures révèlent la dissémination de combustible dans le circuit primaire, et en septembre, de l'activité alpha qui témoigne d'une rupture de gaine sérieuse. Le 15 mars 2001, EDF découvre 28 assemblages de combustibles présentant des défauts d'étanchéité. L'incident est classé au niveau 1.
Après Cattenom, des pertes d'étanchéité de crayons de combustible ont affecté la centrale de Nogent-sur-Seine, à 50 km de Troyes. Cette fois, le problème était lié à un élément nouveau : les crayons défectueux étaient fabriqués dans un nouvel alliage au zirconium appelé «M5» , différent du zircaloy 4 utilisé habituellement. L'alliage M5, produit par Areva, a été introduit par EDF afin d'améliorer la rentabilité du combustible : il s'agit d'augmenter le «taux de combustion» , ce qui permet de réduire le nombre d'arrêts pour rechargement du cœur.
Mais ce M5 entraîne une complication imprévue : le taux de défaillances des crayons est, d'après une étudede l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), «quatre à cinq fois supérieur à celui des crayons à gainage en zircaloy 4» . En 2002, le premier cycle réalisé avec une recharge complète de M5 dans un réacteur, la tranche 2 de Nogent, «a dû être arrêté suite à une contamination du circuit primaire après un record de 39 ruptures de gaines sur 23 assemblages» , d'après une étude du cabinet indépendant Global Chance (Cahiers de Global Chance, n°25, septembre 2008).


Exemples de fissures de gaines observées à Cattenom (Photo DSIN).

Au total, entre 2001 et 2008, une trentaine de fuites d'assemblages de combustible en alliage M5 ont été détectées, d'après l'IRSN. En 2006, l'ASN a estimé qu'il était nécessaire «d'adopter une démarche prudente» quant à l'introduction du M5. EDF a fait des efforts pour améliorer la fabrication des assemblages et éliminer les défauts, mais ils n'ont pas disparu.
En 2008, selon l'IRSN, «du combustible à gainage en alliage M5 (était) présent dans 17 des réacteurs de 900 MW, trois réacteurs de 1300 MW et les quatre réacteurs de 1450 MW» , ce qui représente environ la moitié du parc. Depuis, le déploiement de l'alliage M5 s'est poursuivi et en particulier, il est présent dans les nouveaux assemblages de Paluel (voir l'onglet Prolonger).

«Les liquidateurs de tous les jours»

En fait, dès 2006, les gaines de combustibles ont connu des défaillances à Paluel. Cette année-là, un arrêt de tranche se prépare sur le réacteur n°4. Les agents sont prévenus qu'il risque d'être «dosant» , c'est-à-dire de les exposer à de fortes doses de rayonnements ionisants. «L'indice de radioactivité de la tranche était 50 fois supérieur à celui de la tranche d'à côté» , se souvient Philippe Billard, alors décontaminateur du site, et militant CGT.
Ce haut niveau d'activité l'inquiète. Il dépose un droit d'alerte et s'affronte au staff EDF de la radioprotection qui lui reproche d'exagérer. L'intervention est maintenue. Lors d'une opération de décontamination du matériel, des salariés de Framatome – l'ancien nom d'Areva – expertisent l'état du combustible à l'aide d'une caméra placée sous l'eau : «J'ai vu les films, j'ai vu les gaines de combustible : sur 15 cm, il y avait plus rien, raconte Philippe Billard. La gaine était ouverte, il y avait une fente, et derrière, il n'y avait plus rien. Les pastilles de combustible avaient dégagé. Elles étaient passées dans le circuit primaire.»
Au cours de cet arrêt de tranche de 30 jours, certains agents reçoivent la moitié de la dose annuelle autorisée de radioactivité. Parmi eux, un agent de conduite EDF a fait examiner ses selles. Mediapart a eu accès au résultat de son examen médical (voir ci-dessous) : son organisme recèle des traces de césium, d'uranium et de plutonium. Tous cancérigènes à partir d'une certaine dose.


Traces d'uranium dans le résultat d'analyse médicale de l'agent contaminé.


Traces de plutonium dans le résultat d'analyse médicale de l'agent contaminé

«Il avait avalé des poussières radioactives» , explique Philippe Billard. Des microdoses, chaque fois en dessous des normes, qui ne s'en accumulent pas moins dans l'organisme. Le syndicaliste adresse alors un courrier à la direction de la centrale (voir ci-dessous) pour l'alerter sur la présence de rayonnement alpha, très dangereux pour la santé, sur la tranche n°4. L'homme contaminé a depuis quitté le nucléaire.


Courrier d'alerte de 2006 sur les rayonnements alpha

Philippe Billard, lui, a fondé une association, «Santé-sous-traitance» . Pour défendre la santé des sous-traitants qui représentent aujourd'hui environ la moitié des travailleurs du nucléaire. «La peur aujourd'hui de la population dans un accident nucléaire, c'est d'être contaminée et d'attraper un cancer. Eh bien nous, nous sommes contaminés régulièrement dans les centrales. Et on attrape des cancers. L'accident est déjà arrivé chez nous. Nous sommes les liquidateurs de tous les jours.»
Des liquidateurs en France ? Ne nous a-t-on pas dit et répété que la catastrophe, c'était pour les autres, ceux qui n'appliquent pas nos principes de sûreté, qui n'ont pas la chance de posséder notre organisation d'expertise et notre autorité nucléaire «indépendante» ?
Ni franchement catastrophique ni vraiment rassurante, la situation de Paluel illustre au quotidien le fait que le système est vulnérable. Qu'il fonctionne avec des défaillances permanentes techniques et humaines, qui alimentent un climat général de méfiance, sinon de paranoïa. Que les grands principes de la sûreté ne sont pas respectés dans la dure réalité. Que la course à la productivité tend à prendre le pas sur l'exigence de sécurité. Et que la multiplication des contraintes à respecter pour que ce système continue à fonctionner le rend de plus en plus inhumain.

http://www.mediapart.fr/journal/mot-cle/nucleaire-risque-radioactivite-contamination-edf-paluel


Au départ de cette enquête, il y a eu l'envoi de plusieurs documents confidentiels sur le site Frenchleaks, il y a plusieurs semaines. Ces documents seront rendus accessibles quand Mediapart en aura achevé l'exploitation. La source de ces documents comme la quasi-totalité de nos interlocuteurs ont exigé l'anonymat afin de protéger leur emploi. Tout en respectant cette règle, nous avons pu avoir de longues conversations avec plusieurs sources. Nous avons aussi pu corroborer leurs affirmations par la consultation de nombreux documents. Certaines de ces pièces risquant de trahir nos informateurs, nous ne les avons pas citées explicitement. En tout état de cause, l'essentiel des faits relatés dans cette enquête nous a été confirmé par EDF mardi soir, veille de cette publication.

Source : Gérard GUTKNECHT

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   Posté le 02-07-2011 à 22:30:38   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Qui sont les voyous ?


Dans son rapport du 6 juin après l'accident mortel à Flamenville, l'Autorité de sûreté nucléaire recense au total, pour l'année 2010, 112 accidents répartis en 73 accidents bénins et 38 accidents à déclarer n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration ou d'une inscription au registre, sur 377 déclarés.
Une vingtaine d’entreprises sont en cause.
Notamment, l’entreprise sous-traitante Atlanco, basée à Chypre, volait les cotisations de ses ouvriers polonais.

Le NPA prétend que « Bouygues et EDF couvrent des méthodes de voyous » .
Contrairement à ce commentaire mal inspiré et ignorant des réalités industrielles, les entreprises sous-traitantes ne sont pas les « voyous » dans l’affaire mais simplement les exploiteurs les plus immédiats.

La responsabilité de cette exploitation forcenée et des accidents mortels qui en découlent incombe essentiellement au Maître d’œuvre Bouygues, responsable du génie civil, et à son Maître d’ouvrage EDF, qui imposent leurs tarifs et leurs cahiers des charges aux entreprises sous-traitantes.
Evidemment ce cahier des charges leur impose le respect des règles de sécurité, des Conventions Collectives et du Code du Travail, de sorte que le donneur d'ordre est toujours couvert.

Mais si celles-ci exploitent sauvagement les ouvriers et les poussent à by-passer les sécurités, c’est avant tout pour satisfaire les exigences draconiennes de leurs donneurs d’ordre et livrer leur chantier « dans les temps » , pour éviter les pénalités et bénéficier de futurs contrats.
De même les ouvriers sont-ils pratiquement contraints de bâcler leur travail et de mettre leur propre sécurité en danger.

Après les accidents, les malfaçons ou les vols, les donneurs d’ordre jouent les chevaliers blancs en virant les entreprises fautives, comme Bouygues l’a fait avec Atlanco. De sorte que 20 ouvriers ont été licenciés.
Il arrive même que les ouvriers qui n’ont pas appliqué les règles de sécurité soient jetés du chantier à la demande du donneur d'ordre.

Qui n’a pas vu une boîte autoriser le montage d’un échafaudage défectueux, puis l’interdire après l’accident, en foutant dehors le monteur de l’entreprise sous-traitante ?
Et qui n’a pas vu l’ingénieur de sécurité et les cadres nier les faits contre l’évidence et charger le sous-traitant, en espérant que le CHSCT aboiera avec eux par esprit d'entreprise ?

Les rapports capitalistes entre les entreprises sont des rapports de domination, où les sous-traitants sont corvéables à merci.
Ces rapports de domination, qu'on observe aussi dans l’externalisation, se répercutent sur la classe ouvrière et la divisent.
Il est essentiel que la classe ouvrière rejette cette division, s'organise au sein d'une même section syndicale et s'unisse contre les donneurs d'ordre et leurs valets, pour exiger l'embauche des précaires et intérimaires, et le même statut pour les salariés des entreprises sous-traitantes.

Les buveurs de sang sont d'abord les donneurs d’ordre.



Edité le 02-07-2011 à 22:59:04 par Xuan




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   Posté le 03-07-2011 à 22:28:51   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

A propos des tergiversations de Tepco à Fukushima


Le blog solidarité -internationale-pcf publie la position du parti communiste japonais sur l’accident nucléaire de Fukushima.

J’en cite un extrait :

Fuwa Tetsuzo, directeur de l'Institut de sciences sociales du Parti communiste japonais, a déclaré le 10 mai dernier que l'accident nucléaire de Fukushima a clairement illustré deux problèmes fondamentaux du capitalisme. Ce qui suit est le discours de Fuwa prononcé au siège du PCJ :

La menace du principe des « profits d'abord »

Nous pouvons désormais facilement reconnaître la menace du principe des « profits d'abord » du capitalisme en lisant les journaux.

Les médias se demandent pourquoi TEPCO n'a pas immédiatement verser de l'eau de mer sur les réacteurs afin d'essayer de les refroidir. Le retard dans la réaction de l'entreprise est rendu responsable pour eux de l'aggravation de la situation. Certains rapports indiquent que TEPCO ne pouvait pas prendre une décision immédiate car il savait qu'une fois que l'eau de mer aurait été versée dans les réacteurs, ils ne pourraient plus fonctionner. Cella illustre le principe des « profits d'abord », l'intention de conserver les réacteurs en état même après que se soit produit un incident de cette gravité.

De même, au Japon, pourquoi tant de réacteurs nucléaires concentrés au même endroit ? Puisque cela coûte beaucoup d'argent et de temps pour obtenir des terrains pour une centrale nucléaire, ils veulent construire autant de réacteurs que possible une fois en possession du terrain. Donc la réponse est simple : réduire les coûts.

Cependant, des séismes se produisent fréquemment au Japon. Cela serait désastreux si un séisme majeure frappait une région où sont concentrés les réacteurs nucléaires. Bien sûr, les promoteurs des centrales nucléaires sont conscients de cela, mais ils continuent à construire des installations nucléaires, même dans des zones sismiques, juste parce qu'ils peuvent économiser de l'argent de cette façon.

Par ailleurs, nos réacteurs nucléaires sont très vieux. Sur les 54 réacteurs que compte le pays, 20 ont été construits il y a plus de 30 ans. Il n'y a pas de durée de vie déterminée internationalement reconnue pour les centrales nucléaires, mais bien sûr, au plus elles ont fonctionné sur une longue période, au plus elles ressortent affaiblies par l'usure du temps.

Une chose dont nous sommes sûrs, c'est que les taxes foncières sur les centrales nucléaires ne sont collectées que sur une période d'amortissement de 16 ans. En d'autres termes, les entreprises n'ont pas à payer de taxes foncières une fois que leurs centrales ont passé plus de 16 ans en service. Voilà pourquoi ils veulent continuer à utiliser leurs installations aussi longtemps qu'ils le peuvent. Bien que les six réacteurs de la centrale No.1 de Fukushima étaient vieux, TEPCO a encore hésité à y verser de l'eau de mer. Cela montre à quel point est enraciné le principe des « profits d'abord ».


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   Posté le 31-07-2011 à 20:51:07   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les eaux du Pacifique au large de Fukushima du Japon clairement affectées par la crise nucléaire


Publié le 2011-07-31 20:29:41 | French. News. Cn



BEIJING, 31 juillet (Xinhua) -- Les eaux de la région du Pacifique Ouest à l'est et au sud-est de Fukushima du Japon sont clairement touchées par la matière radioactive qui fuit de la centrale nucléaire endommagée de Fukushima, selon un communiqué publié dimanche par le Bureau national des Affaires océaniques de Chine.
Les tests initiaux sur des échantillons collectés dans ces régions montrent que le césium 137 et 134 radioactifs ainsi que le strontium-90 ont été retrouvés dans tous les échantillons d'eau, indique le communiqué.
Selon le communiqué, en temps normal, le césium 134 ne peut être détecté dans l'eau de mer, et les quantités maximales de césium 137 et de strontium-90 détectées dans les échantillons sont respectivement 300 fois et 10 fois plus élevées que le niveau de radiation naturelle de base dans les eaux territoriales de Chine.
Le bureau a envoyé des experts pour surveiller l'impact de la crise de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi dans le Pacfique Ouest et les eaux territoriales de la Chine.
Cette mission de 18 jours, qui s'est terminée le 4 juillet, a permis de surveiller 25,2 kilomètres carrés d'eau.
Le bureau continuera à publier les résultats des tests et des évaluations des échantillons, a fait savoir le communiqué.
La centrale nucléaire Fukushima Daiichi a été endommagée le 11 mars par un séisme de magnitude 9,0 et le tsunami qui suivit.

source

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   Posté le 20-04-2012 à 14:05:39   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le Républicain Lorrain publie un article sur :

Le ras-le-bol de « la viande à rem »

Les salariés de SPIE, sous-traitant du nucléaire, sont en grève sur plusieurs sites, notamment dans les centrales de Cattenom et Fessenheim.


A 1 500 € bruts par mois, les SPIE, sous-traitants du nucléaire, dénoncent des conditions « indignes » . Photo Pierre HECKLER

Un piquet de grève devant la centrale nucléaire de Cattenom pour un arrêt de travail annoncé comme « illimité » : les salariés de l’entreprise SPIE ont cessé le travail depuis avant-hier. Même chose à Fessenheim en Alsace, Cruas en Ardèche ou sur le site de Centraco dans le Gard, là où l’explosion d’un four avait fait un mort et quatre blessés graves en septembre dernier.

A l’appel de la CGT, les ouvriers de ce sous-traitant du nucléaire, ont débrayé pour réclamer de meilleures conditions salariales.
« Ce n’est pas un mouvement spontané, précise José Andrade, délégué CGT SPIE France, nous avons déposé un cahier revendicatif à la direction qui tarde à nous répondre. »
A l’entrée de Cattenom, les grévistes ont installé banderoles et barbecue. Très déterminés, ils disent être 90 à avoir cessé le travail sur 110 salariés présents sur le site.
Des informations contredites par la direction de la centrale qui s’est rapprochée de celle de SPIE : « Ils sont 175 agents dont 65 grévistes » , affirme Didier Fortuny, directeur délégué à Cattenom. Lequel assure que le mouvement est sans incidence pour l’instant. « La tranche 1 est en fin d’arrêt programmé. Le rechargement du réacteur aura lieu en fin de semaine pour un couplage au réseau début mai. »

Les SPIE ont en charge la logistique dans la centrale, ce qui recouvre de très nombreuses activités de maintenance : décontamination, tri, évacuation des déchets.
« C’est eux qui prennent 80 % des doses , complète José Andrade, avec des conditions de vie indignes. »
Payés 1 500 € bruts par mois. Selon le délégué, la durée de vie d’un salarié dans une entreprise sous-traitante est de « trois ans. Le cheptel nucléaire, la viande à rem *, est renouvelé par tiers. Avec ce fonctionnement, avec quelles compétences on va assurer les centrales de demain ? »
Hier après-midi, David Guillon directeur de SPIE s’est rendu à Cattenom pour rencontrer une délégation et aujourd’hui, la CGT du nucléaire organise une manifestation nationale à Paris pour revendiquer un statut unique pour tous les salariés du nucléaire.
*Rem : unité de mesure de la radioactivité.
E. de R

On n'aura pas manqué de noter :
"la direction de la centrale qui s’est rapprochée de celle de SPIE"
L'unité des travailleurs des donneurs d'ordre et des sous traitants est essentielle, le statut unique est une légitime revendication.

Je reproduis les liens très intéressants fournis sur ce sujet par Patrice Bardet sur le blog de J. Tourtaux :

des vidéos -

http://videos.sortirdunucleaire.org/mot/travailleurs-du-nucleaire
http://videos.tf1.fr/jt-20h/les-forcats-du-nucleaire-4746442.html

des photos -

http://www.riva-press.com/det.php?id=4&groid=1223

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   Posté le 11-05-2012 à 13:39:22   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Areva condamné après la mort par cancer d'un ex-salarié d'une mine d'uranium

Publié le 11/05/2012



Mine d'uranium d'Arlit en 2005, au Niger, détenue par Cominak, filiale d'Areva .
(PIERRE VERDY / AFP) - source


Le tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Melun a condamné vendredi 11 mai Areva pour "faute inexcusable" après la mort par cancer d'un ex-salarié d'une mine d'uranium du groupe français. Serge Venel est mort d’un cancer du poumon en 2009 après avoir travaillé huit ans, de 1978 à 1985, pour une filiale d’Areva au Niger.

Areva a été condamné à verser des dommages et intérêts d'un montant dépassant les 200 000 euros et le doublement de la rente de la veuve de l'ex-salarié, a précisé l'avocat de la famille Jean-Paul Teisonnière. Retour sur cette décision sans précédent.

• Comment Serge Venel est-il tombé malade ?

Serge Venel a travaillé sept ans pour la filiale Cominak, société de droit nigérien qui exploite des mines d'uranium du groupe au nord-ouest du Niger, notamment la mine géante d’Arlit. L’uranium, une fois importé et enrichi en France, sert de combustible aux centrales nucléaires.

"Quand mon père a vu le pneumologue en mars 2009, il a tout de suite dit que ce n'était pas la cigarette qui était la cause du cancer mais bel et bien l'inhalation de poussières d'uranium" , avait expliqué Peggy Venel, fille de la victime, à la sortie de l'audience début février.

"La Sécurité sociale a reconnu la maladie professionnelle durant la période de travail au Niger et la Caisse primaire d'assurance maladie a adressé ses conclusions à Areva, considérant donc qu'Areva est l'employeur" , avait rappelé à la barre Jean-Paul Teissonnière, avocat de la famille.

• Pourquoi Areva a-t-il été reconnu coupable ?

Le tribunal a jugé qu'Areva avait commis "une faute inexcusable" en tant que "co-employeur". "C'était un dossier difficile" , a commenté Jean-Paul Teissonnière. "Juridiquement, Areva n'était pas l'employeur direct, (...) mais les questions de sécurité et les conditions d'exploitation de la mine sont définies par Areva" , a mis en avant l'avocat. "Le tribunal a dépassé l'apparence pour reconnaître la réalité des relations sociales de l'entreprise" , a-t-il estimé.

La ligne de défense du groupe était justement fondée sur le fait qu'Areva "n'a pas une action dans la société Cominak". "La faute inexcusable s'exerce contre l'employeur, qui est Cominak" , avait assuré Philippe Plichon, avocat d'Areva, plaidant "l'irrecevablilité" du dossier. Il s'était alors interrrogé : "Comment le tribunal pourrait-il mener une procédure contre Areva qui n'est pas propriétaire?"

• Quelles suites judiciaires pour Areva ?

Le groupe n'a pas encore indiqué s'il allait faire appel de ce jugement. Selon Jean-Paul Teissonnière, cette démarche devant le TASS, qui est "une première en France" dans le cadre des mines d'uranium, est "avant tout symbolique". "Et on a le sentiment qu' il y a beaucoup d'autres victimes, notamment dans la population nigérienne " , a-t-il affirmé.

"Une brèche s'ouvre pour les autres, qui étaient en attente (de ce jugement)" , a de son côté réagi la fille de Serge Venel, précisant que "beaucoup avaient peur d'attaquer Areva" . Peggy Venel a cité "au moins deux" cas de personnes qui allaient attaquer.
FTVi avec AFP

J'ai souligné ce qui tombe sous le sens : les plus exposés sont le peuples africains à proximité des zones d'extraction.

Le 4 mai Elise Lucet avait habillé le greenwashing d’Areva sur France 2, Cash Investigation , en montrant – contrôles à l’appui - la pollution radioactive et ses conséquences sanitaires, dues à l’exploitation de l’uranium dans un village africain.

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   Posté le 05-08-2012 à 01:19:03   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Un article d'Annie Thebaud-Mony publié dans sortir du nucléaire juin-juillet 2007.

Compétitivité et sous-traitance nucléaire: servitude et nouvelle forme d'esclavage


Chaque année, entre 20 000 et 30 000 travailleurs, intervenant en sous-traitance dans l’industrie nucléaire, sont directement affectés aux travaux sous rayonnements. Ces travailleurs que certains nomment de façon péjorative “les viandes à rem” effectuent l’essentiel des tâches de maintenance des centrales et supportent plus de 80 % de la dose collective annuelle d’irradiation reçues dans le parc nucléaire français. La question qui se pose est pourquoi les activités de maintenance, fondamentales pour la sûreté des installations nucléaires, sont-elles sous-traitées ?


Nous publions ici - in extenso - un long mais très intéressant dossier écrit par Annie Thebaud-Mony (chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale – Inserm - à Paris) sur un sujet dérangeant mais essentiel à connaître.

Dans la fuite en avant ultra libérale de cette fin du XXe siècle, la rationalité instrumentale tend à imposer une valeur unique et ultime du sens et des transformations de l'organisation du travail: la compétitivité. Cette valeur est désormais donnée comme “naturelle” et première, rendant caduque toute référence à d'autres valeurs, qu'il s'agisse du sens de la production économique (énergétique), ou des formes sociales de celle-ci. C'est ainsi que la compétitivité s'est imposée comme valeur absolue, sur laquelle un consensus social fort s'est structuré autour du défi nucléaire. Un slogan la résume : " le nucléaire ou la bougie ". Impérieuse est donc, pour l'entreprise EDF, la recherche de tout abaissement des coûts de production susceptible de concourir au maintien de la compétitivité du nucléaire comme énergie de l'avenir. Or, la direction du parc nucléaire est confrontée à une contradiction majeure entre la sûreté des installations et la protection contre les rayonnements ionisants des agents de maintenance.

La sûreté nucléaire désigne la garantie d'une protection sans faille contre le risque d'accident nucléaire, dont Tchernobyl montre l'impact dramatique sur la santé des populations irradiées à court, moyen et long terme même si une part de ses effets reste à ce jour méconnue (Belbéoch, 1993). Cette garantie passe par la réalisation d'opérations de maintenance dans le cœur même des installations nucléaires, là où la radioactivité constitue un risque permanent pour toute intervention humaine. Pour prévenir le risque d'accident pouvant entraîner des irradiations massives, il faut donc - et c'est la contradiction - exposer aux rayonnements ionisants des travailleurs chargés de ces opérations de maintenance.

Ces interventions supposent une qualité sans faille tout en respectant les limites d'exposition aux rayonnements ionisants et sous forte contrainte de temps. La rentabilité des centrales repose sur une disponibilité productive la plus grande. Le temps d'immobilisation pour maintenance doit donc être réduit au strict minimum. La sous-traitance et la précarisation sont les moyens trouvés par l'exploitant nucléaire pour gérer contradictions et contraintes de la sûreté nucléaire au moindre coût. Quels en sont les moyens ? Quelles en sont les conséquences pour les travailleurs concernés ?

L'objectif de cet article est de tenter de répondre à ces questions. Il s'appuie sur une recherche engagée en 1988, pour le ministère du Travail puis dans le cadre d’une convention avec le Fonds d'Intervention en Santé Publique, concernant l'organisation du travail et de la santé au travail des salariés d'entreprises prestataires, “directement affectés aux travaux sous rayonnements” (DATR) lors des opérations de maintenance dans les centrales nucléaires. Deux enquêtes ont été menées, portant l'une (auprès de médecins du travail) sur les conditions de suivi médico-réglementaire et de surveillance individuelle des doses de rayonnements reçues par les travailleurs extérieurs (ATM et col, 1992), l'autre (auprès des travailleurs eux-mêmes) sur le vécu du travail et de l'exposition aux rayonnements ionisants (ATM, 1995).

La parole des travailleurs “extérieurs” DATR n'est habituellement pas sollicitée. Elle a été écoutée dans le cadre d'un film (Pozzo di Borgo, 1996), d'une émission de télévision (J.M. Cavada, 1997), et de quelques flashs médiatiques. Elle ne s'exprime sur le mode collectif que depuis certains conflits récents et le plus souvent ponctuels et très localisés, notamment sur le site de la centrale nucléaire de Chinon. Dans l'univers nucléaire, cette parole, ces récits, ce discours, n'ont pas de reconnaissance, ni même d'existence. C'est pourtant cette parole qui ouvre à la connaissance de l'organisation du travail telle qu'elle se vit dans la réalité, qui permet aussi la mise à jour des formes que prennent, dans cette organisation sociale, les rapports sociaux de domination; parole à la fois soumise et subversive, puisqu'elle donne à voir cette organisation du travail elle-même comme un système de pouvoir et d'exploitation, dont la vie, la mort, la santé, la dignité, sont l'enjeu.

Productivité, maintenance, sécurité, sûreté

Comme pour tout process technique intégré et automatisé, la productivité de l'industrie nucléaire et donc aussi sa compétitivité sont liées, non seulement au fonctionnement du process lui-même, mais à deux autres facteurs déterminants que P. Zarifian met en évidence dans son analyse de la nouvelle productivité (1990).
- Le premier de ces deux facteurs est la réduction des temps pendant lesquels ne se réalisent pas des opérations machiniques. Pour l'industrie nucléaire, il s'agit en particulier de la durée des arrêts de tranche au cours desquels le combustible est déchargé et l'activité nucléaire arrêtée. Cela signifie, pour ces périodes, une perte de disponibilité des centrales par rapport à la production d'électricité. C'est une des préoccupations majeures de la direction du parc nucléaire. En effet, dans les années 80, cette disponibilité est passée de 85 % (1986) à 71% (1992). Ceci a motivé la décision d'un resserrement de la période annuelle au cours de laquelle sont effectuées les opérations de maintenance (avril-septembre) et un raccourcissement de la durée des arrêts de tranche proprement dits, contraignant les sous-traitants à adopter le travail saisonnier. En 1994, la disponibilité était remontée à 82%.

- Le second facteur est "la fiabilité des installations et des processus (réduction des aléas et des pannes)". Dans le cas de l'industrie nucléaire, il s'agit non seulement de garantir le fonctionnement (et donc la productivité ) mais aussi d'éviter toute menace d'accidents ou de dispersion radioactive dans l'environnement. Cette exigence de fiabilité est désignée par le terme de "sûreté nucléaire". Or, avec le vieillissement des centrales, s'accroissent tant les manifestations d'usure que la contamination radioactive.

Pour garantir la sûreté nucléaire, il faut non seulement accompagner le processus de fonctionnement et de vieillissement des centrales, mais anticiper par rapport aux conséquences possibles des phénomènes d'usure. Les délais d'apparition et les caractéristiques de ces derniers sont autant d'aléas dont la survenue attendue pour certains, inattendue pour d'autres, reste pour partie imprévisible: ruptures des gaines du combustible, fissures de tuyau ou de couvercle de cuve, corrosion au plomb de certaines tuyauteries, fuites d'effluents radioactifs, apparition de défauts sur des vannes ou robinets, diminution d'étanchéité de certaines soudures, etc. C'est ce que, dans l'industrie nucléaire, on appelle "le fortuit", c'est-à-dire la rencontre d'événements non programmés.

Le maintien en état des centrales nucléaires suppose donc le déploiement d'une activité de maintenance permanente dans laquelle l'anticipation est indispensable pour limiter la probabilité de la panne ou de l'accident. Une part déterminante de cette activité est l'interprétation des signes du vieillissement, des menaces de fissures, de l'usure des joints et des soudures, des défauts d'une structure métallique, du "travail" même des éléments matériels qui composent le système technique du cycle nucléaire. Ainsi, la maintenance consiste à exercer une surveillance sans faille des signes et des modalités d'usure des matériaux ainsi que des multiples systèmes, mécaniques, électriques, électroniques, qui s'enchevêtrent dans le processus de production d'énergie nucléaire.

Même si elles sont aidées par des systèmes techniques et électroniques, l'interprétation des signes d'usure, la décision et la mise en œuvre des mesures correctives nécessaires ne sont pas des tâches que l'Homme peut déléguer à des robots. Il faut aller voir et travailler là même où les risques sont les plus grands à la fois pour la sûreté et pour la sécurité: le bâtiment réacteur, le circuit primaire, les générateurs de vapeur. La radioactivité y est présente et toujours dangereuse.

Là réside une des contradictions majeures auxquelles ont à faire face les dirigeants de l'industrie nucléaire: la sûreté nucléaire dépend de la qualité des opérations de maintenance dans lesquelles l'intervention humaine est irremplaçable Mais en même temps, plus les centrales vieillissent, plus les risques d'irradiation et de contamination augmentent, ce qui accroît l'exposition potentielle des personnes chargées de ces interventions.

Il importe ici de soulever une question qui se situe en amont de la situation actuelle. Qui mieux que les agents EDF étaient à même d'assurer cette fonction déterminante de l'organisation productive d'une centrale nucléaire ? Présents de façon permanente sur les sites, accumulant l'expérience du fonctionnement des centrales et de ses incidents, ces travailleurs représentent (ou représentaient) la mémoire concrète des installations nucléaires pour lesquelles l'expérience industrielle a encore très peu de recul. Sachant que l'industrie électrique était jusqu’à récemment en France un monopole d'état, qui, dans sa conception originelle, avait été conçu avant tout comme un service public et non comme une activité soumise à la concurrence internationale, pourquoi l'exploitant EDF et l'État n'ont-ils pas choisi de s'appuyer sur cette expérience, ces savoir-faire, cette mémoire des installations, pour garantir la sûreté et la sécurité, tant par rapport aux travailleurs sur les sites des centrales que pour la population vivant au voisinage de celle-ci ? Pourquoi avoir fait le choix de sous-traiter la maintenance dans l'industrie nucléaire ?

La sous-traitance

C. Altersohn (1992), spécialiste de la sous-traitance au ministère de l'Industrie, définit ainsi la sous-traitance:

“Il s'agit toujours d'une pratique qui permet à un agent économique de se décharger sur un autre de tâches qui lui incombe juridiquement au titre d'obligations souscrites dans le cadre de sa propre activité” (p.16). Il met ainsi en évidence “l'existence de rapports de domination liés à la nature même de la relation de sous-traitance, formée à la suite de choix entre faire et faire-faire qui sont toujours aléatoires” (p. 19)

Quelles sont les modalités concrètes d'exercice de ces rapports de domination ? Dans une étude juridique concernant la “sous-traitance et les relations salariales” à propos de deux secteurs industriels très différents (l'aérospatiale et le textile-habillement), M.L. Morin (1994) montre que “l'asymétrie des relations entre donneurs d'ordre et sous-traitants” s'exprime à deux niveaux.

- Le premier niveau concerne le rapport économique dans lequel les premiers mettent en concurrence les seconds dans le cadre d'appels d’offre sans cesse renouvelés et qui consacrent une logique du “moins-disant” (c'est-à-dire le sous-traitant le moins cher).

- En second lieu, interviennent des formes diversifiées de sujétion technique qui imposent aux sous-traitants les exigences du donneur d'ordre en matière de procédés techniques, qualité, délais et “partage des risques”. Il s'agit, en réalité, d'un transfert des risques vers les sous-traitants. M.L. Morin montre en effet que “le risque de l'emploi devient l'affaire des sous-traitants”.

En d'autres termes, les donneurs d'ordre ne s'estiment pas responsables des problèmes d'emploi qui peuvent apparaître chez leurs sous-traitants du fait des fluctuations de leur propre activité. Le recours aux emplois temporaires ou aux prêts de main d'œuvre devient, pour les entreprises sous-traitantes, la seule stratégie possible pour faire face à ces fluctuations sans mettre en péril leur survie économique et leur compétitivité face aux autres sous-traitants.

M.L. Morin montre également comment la différenciation des niveaux de salaire et des conventions collectives joue également un rôle dans les relations de sous-traitance, car elle permet, pour les donneurs d'ordre, un abaissement du coût du travail sans que ce dernier ait dû être négocié avec les organisations syndicales dans leurs propres établissements.

Les employeurs sous-traitants sont prisonniers d'une double contradiction: l'une les oblige à gérer dans des délais de plus en plus étroits et à des prix de plus en plus bas les exigences techniques et de qualité constamment renforcées posées par les donneurs d'ordre; l'autre met en opposition l'ensemble des contraintes imposées par les donneurs d'ordre et les conditions de travail, d'emploi et de rémunération de leurs salariés.

M.L. Morin l'écrit, le droit du travail n'a pas de prise sur ces rapports de domination qu'instaurent les relations de sous-traitance. En effet, ils s'exercent, non pas entre un employeur et des salariés dans le cadre d'une relation contractuelle assortie de garanties, mais dans un assujettissement total des salariés des entreprises sous-traitantes au jeu de la concurrence dans le cadre d'une relation marchande “client-fournisseur”.

A. Supiot (1994) dans sa “Critique du Droit du Travail” insiste, pour sa part, sur ce fondement du droit du travail que représente le contrat de travail. Celui-ci “a eu et a toujours pour première raison d'être de faire resurgir le salarié en tant que sujet de droit dans l'entreprise, c'est-à-dire de civiliser le pouvoir patronal en le dotant d'un cadre juridique d'exercice”. C'est ce cadre qui se trouve marginalisé dans les relations de sous-traitance, puisque celui qui détient le pouvoir sur l'organisation du travail - le donneur d'ordre - l'exerce non pas en référence aux droits et obligations contenus dans le contrat de travail mais par le biais d'une relation marchande entre entreprises.

Le choix de la sous-traitance dans l'industrie nucléaire

Le choix, pour la maintenance de l'industrie nucléaire, entre faire et faire-faire, a été tranché en faveur du “faire-faire”, à partir des années 80.

L'engagement d'EDF dans la compétitivité internationale et la stratégie d'exportation (du courant électrique et de centrales nucléaires), imposent de rompre avec la logique d'une négociation salariale qui encadrait trop étroitement la politique de gestion du personnel, des salaires et des conditions de travail. C'est en référence à un discours sur la modernisation, le projet d'entreprise et de nouvelles formes de management (dont un ouvrage collectif présente les différents aspects idéologiques: H.Y. Meynaud, 1996), que la direction d'EDF engage les réformes structurelles qui vont conduire à une externalisation quasi complète de la maintenance.

Comme dans le cas d'autres grandes entreprises nationalisées, s'engager dans la voie de la sous-traitance, c'est pour la direction d'EDF et l'État - sans avoir à le justifier par d'autres motifs que la rationalisation gestionnaire - se dégager des contraintes du Statut du Personnel et du mode de relations salariales établi dans l'entreprise depuis 1945, dont plusieurs ouvrages retracent les origines et l'histoire (L. Duclos, N. Mauchamp, 1994; N. Gérôme, 1989; Groupe de recherches historiques de la centrale de Cheviré, 1987; J. Janiaud, 1990).

S'appuyant sur le partenariat industriel déjà existant avec les constructeurs des centrales (en particulier, Framatome et Alsthom) qui assurent, depuis le démarrage des centrales, la maintenance hautement spécialisée de ces dernières, la stratégie du Parc Nucléaire français, à partir de 1988, est de sous-traiter la quasi-totalité de l'exécution des travaux de maintenance en ne gardant, à l'interne que les tâches de préparation et de contrôle de ces travaux. Le volume de maintenance sous-traitée passe en 5 ans de 20 à 80 %.

Ce choix de la sous-traitance n'est pas annoncé officiellement en tant que tel mais il est entériné, sans concertation avec les organisations syndicales, par un rapport du Service de Production Thermique EDF concernant “l'amélioration de la sûreté nucléaire en exploitation ?” (Rapport Noc 1990). L'objectif affiché de ce rapport est de répondre à la question: “Comment réaliser un progrès significatif en matière de qualité et de sûreté d'exploitation dans la maintenance ?” la réponse donnée par la direction d'EDF s'appuie sur un double mouvement:

- le développement d'une activité interne à EDF et “à personnel constant” de préparation, de contrôle et d'analyse des interventions de maintenance. Cela suppose une transformation des qualifications des agents EDF et le recrutement exclusif de diplômés (au minimum bac+2). L'objectif recherché est un “changement culturel” vers une “multicompétence fonctionnelle” et l'augmentation de la partie méthodes et contrôles de la maintenance;
- La sous-traitance des tâches d'exécution au nom d'une gestion rationnelle du “bon et plein emploi”:
“Pour des raisons économiques évidentes dans le cadre du bon et plein emploi une part importante de ces activités (c'est-à-dire Ia manutention du combustible, le traitement des déchets solides, l'assistance-chantier qui comporte laverie, décontamination, nettoyage montage, échafaudage, sas manutention) doit être sous-traitée, la maîtrise de étant assurée par la préparation et le contrôle technique de celles-ci”.

Les raisons économiques “évidentes” ne sont pas désignées concrètement, mais les “métiers” évoqués le montrent, il s'agit de travaux peu qualifiés dont le coût, à l'interne, est beaucoup plus élevé que s'ils sont sous-traités.

Un agent EDF résume ainsi ce que représente pour lui la transformation de l'organisation de la maintenance sur les sites nucléaires, au cours d'un colloque, organisé par les CCAS EDF, en mars 1995, sur les conditions de travail dans la maintenance nucléaire:

“Un arrêt de tranche, c'est mille salariés, C'est pratiquement le double d'effectifs qu'il y a en agents statutaires. C'est quelque chose de phénoménal sur un site comme le nôtre; en 1990, le nombre d'heures effectuées en sous-traitance totale, c'est-à-dire en arrêt et hors arrêt, était de 85 000 heures. En 1993, il a été de 220 000 heures. Et cette augmentation n'est pas simplement liée à une augmentation des travaux. On aurait effectué davantage de travaux de 90 à 93. Or, la quantité de travaux a été quasiment identique, le nombre d'arrêts de tranche a été quasiment identique, donc il s’agit bien d'un transfert de travaux qui jadis étaient faits aux sein d’EDF qui ont été vers la sous-traitance.
Les enjeux de la maintenance depuis 1990 ? Le principal c'est la maîtrise des coûts de maintenance. Il faut savoir que sur un kWh produit, à la sortie de l'alternateur il y a dix pour cent qui est consacré à la maintenance. Pour maîtriser les coûts ça a été, au niveau des agents EDF de se recentrer vers des activités d'ingénierie et de préparation. Les activités d'exécution étant sous-traitées en arrêt de tranche.
On nous rabâche toujours que l'agent EDF revient beaucoup plus cher si on compte les taux horaires et tout ce qui vient se greffer autour, les avantages. Alors bien sûr on nous dit toujours que l'agent extérieur qui intervient sur les sites a un coût de revient nettement moindre. Mais ce qu'on oublie de préciser, c'est qu'il y a la préparation qui est faite par EDF, il y a tout un tas de choses qui viennent se greffer là-dessus.
Les agents EDF ont l'impression qu'on veut les éliminer un petit peu. Sous l'aspect réduction d'effectifs, réduction des coûts, on dit : les agents EDF ne sont pas rentables donc on préfère donner les activités au privé.
La nature du travail des agents EDF a changé et c'est une question fondamentale. Tout était certes dans un cadre conflictuel mais tout était encadré, techniciens, ouvriers tendus vers l'objectif de la réussite de l'entreprise, de notre conception du service public, de la conception technologique que nous avions.
Il y a quinze ans, l'arrêt de tranche, on ne regardait pas la rentabilité. On faisait de la sûreté au départ. C'était la première chose, la sûreté et la sécurité du personnel. On prenait garde à la sécurité du personnel. Et l'évolution actuelle est plutôt une tendance inverse. On fait des arrêts de tranche de plus en plus courts sous l'égide de la rentabilité. Maintenant, on n'entend parler dans les arrêts de tranche qu'argent, enveloppe. On entend moins parler de sûreté, et de sécurité du personnel, on n'en entend plus parler. Aujourd'hui, l'objectif qu'impose EDF pratiquement à tout le monde, c'est celui de la rentabilité, c'est celui qui doit faire en sorte qu'EDF devienne une entreprise privée comme les autres avec une taille telle qu'elle se trouve en situation d'exploiteur vis-à-vis de ses partenaires. On devrait montrer un peu l'exemple vis-à-vis de ces gens-là. Mais malheureusement c'est un rapport de fric, un rapport d'argent”.


Le rapport “Noc” présente donc un vaste programme de rationalisation de la gestion de la maintenance, dont l'objectif tel qu'il est perçu par ceux qui le mettent en œuvre, est avant tout celui de faire diminuer les coûts.

La division du travail et des doses

Le rapport “Noc” occulte une dimension essentielle de l'organisation sociale du travail choisie. Du fait de l'exposition aux rayonnements ionisants, la division du travail y prend un caractère particulier. Elle n'est pas seulement division des tâches, du travail proprement dit. Elle est aussi, et peut-être avant tout, une division des doses de rayonnements reçues par les travailleurs. Tout d'abord, s'impose à l'observation une externalisation massive du risque d'irradiation et de contamination des agents EDF vers les travailleurs extérieurs, selon la division technique classique: conception (ici préparation/contrôle) - exécution. Environ 25 000 salariés de plus de 1 000 entreprises différentes, les travailleurs extérieurs, reçoivent 80 % de la dose collective annuelle enregistrée sur les sites nucléaires, avec des doses individuelles moyennes mensuelles, par mois de présence en zone irradiée, 11 à 15 fois plus élevées que celles des agents EDF (ATM et col, 1992).

Entre les travailleurs "extérieurs" eux-mêmes, une autre division du travail apparaît qui sépare les tâches importantes pour la sûreté, pour lesquelles un travail préalable a permis de réduire l'exposition aux rayonnements ionisants - et les tâches ordonnées à la préparation des premières - dont, en particulier, les tâches fortement exposées aux rayonnements ionisants.

Les rapports sociaux qui s'établissent entre les différentes catégories de travailleurs impliqués sont eux-mêmes traversés par cette division du travail et des expositions qui met les uns en situation, non seulement de servir les autres mais de prendre à leur compte l'exposition au risque d'irradiation et de contamination de l'ensemble de l'activité de maintenance.

Pour que cette exposition soit socialement et politiquement acceptable et légitime, le non-dépassement des limites réglementaires est assuré par les industriels du nucléaire dans des conditions strictes mais à l'aide d'une gestion des emplois par la dose dont les travailleurs "extérieurs" expliquent le mode de fonctionnement. Les marges de manoeuvre dont ils disposent pour gérer cette contradiction entre la santé et l'emploi, pour négocier leur rapport à la close, sont étroitement déterminées par la place qu'ils occupent dans cette division du travail.

Les salariés qualifiés permanents n'ont pas à assurer les tâches les plus “coûteuses en dose”. Ainsi un robinetier qualifié, intervenant sur le circuit primaire, explique:

“La mise en place des tapes des générateurs de vapeur (c'est une opération de fermeture de circuits, dans des emplacements particulièrement radioactifs), on l'a faite deux fois et on a arrêté. A cause des doses. Moi je l'ai fait. Vous avez des points chauds de 28 à 30 rems, et 19 rems d'ambiance. Vous rentrez 2 minutes, vous prenez 450 millirems (soit près du quart de la dose annuelle autorisée par la législation européenne que la France doit, incessamment, transposer en droit français). Vous avez des gens qui font ça toute l'année” (Guy, mécanicien en CDI, 35 ans).

Si ces travailleurs intervenant sur des opérations jugées importantes pour la sûreté estiment que les niveaux de contamination ou d'irradiation sont trop élevés, ils peuvent exiger l'adoption de mesures immédiates de protection.

“Nous, on fait décontaminer après l'ouverture. (...) Enfin on fait venir une société qui ne fait que ça. Si on ne décontaminait pas, on prendrait 1,3 rem. S’il y a du plomb à mettre c'est eux qui le mettent. On n'est pas habilité pour ça nous. S’il y a besoin de mettre des matelas de plomb c'est eux qui le mettent” (Guy, mécanicien en CDI, 35 ans).

Ainsi s'organise une division du travail et des expositions qui font se succéder sur un même chantier des équipes d'entreprises différentes assurant l'un ou l'autre versant de cette division du travail.

“Au début j'ai travaillé dans le carré d'as. C’est quatre vannes, ça fait un carré (il s'agit de quatre très grosses vannes du bâtiment réacteur, généralement fortement contaminées. Pour assurer la radioprotection des intervenants de maintenance sur ces vannes, il faut déployer d'importants moyens.). En robinetterie, c'est là où ça pète le plus. Si on est bien organisé, ça va. Si on n'est pas bien organisé, ça ne va pas. Parce qu'on n'est pas deux, trois à faire ça. Vous allez être plusieurs équipes. Il y a un tellement gros débit en dosimétrie qu'il faut changer vite fait. D'abord une équipe nettoyage - tu t'en vas de là -, après une équipe démontage, après il y a une équipe qui vient pour enlever toutes les pièces internes. On va plus loin, on va pas rester à côté, on va à "l'atelier chaud " nettoyer, là où ça pète pas, et puis après, il y aura une équipe remontage. C'est quand même organisé. C’est à peu près un des seuls trucs qui est bien suivi." (Eric, mécanicien en CDI, 22 ans).

Mais, il faut aussi disposer des marges de manœuvres qui permettent d'être affecté hors zone contrôlée lorsque le niveau de dose reçue est élevé.

Ce n'est pas le cas des travailleurs temporaires - effectuant le nettoyage, c'est-à-dire la décontamination radioactive - dont le contrat est “à durée de chantier” et pour qui un niveau de dose élevé signifie la fin de ce contrat ou de la mission d'intérim. Ces tâches de préparation portent le nom de “servitudes nucléaires”. Ceux qui en sont les opérateurs expliquent qu'ils sont là pour “prendre des doses afin que d'autres n'en prennent pas”.

Le “droit” à la dose

C'est alors que peuvent se développer les pratiques dites de “tricherie” qui consistent pour le salarié à laisser de côté le dosimètre pour éviter que l'enregistrement de doses trop élevées lui porte préjudice en terme d'emploi. Les salariés sont d'autant plus conscients du risque pour l'emploi que la mise en service d'un fichier informatisé des expositions par EDF, depuis 1992, conduit à des interdictions de site de ceux pour lesquels le crédit de doses individuel est épuisé. Car il ne s'agit plus pour eux d'une mesure de prévention mais d'un droit qui les protège contre la menace du chômage.

"On a droit à 5 rems/an (selon la législation en vigueur au moment de l'enquête, sachant que la législation sur le point d'être adoptée va “réduire ce droit” à 2 rems). On prend des doses, c'est obligé parce qu'il y a un manque de personnel : ici où on devrait être quatre ou cinq, il n'y a que deux gars. Maintenant il y a un programme qui commence à se faire sur les centrales par ordinateur (c'est le système DOSINAT qui enregistre sur ordinateur, en temps réel, la dosimétrie individuelle, à l'aide d'un dosimètre électronique. Ces enregistrements sont nominatifs, interconnectés entre les différents sites, ce qui permet à tout moment à EDF de connaître la dose cumulée de chaque intervenant). Si vous prenez tant de doses ici tout est cumulé sur ordinateur. Si vous arrivez sur une autre centrale et que vous êtes à la limite de dose, vous ne pouvez plus rentrer. C’est EDF qui fait ça...
Pour les grosses boîtes avec personnel stable et interventions nombreuses et diverses, il y a possibilité d'alterner les chantiers en zone et hors zone. Mais pour les “gens en location”, les intérimaires, il n'y a plus de travail pour eux s'ils ont dépassé la dose, d'où les tricheries sur le port du saphymo, pour ne pas être interdit de zone à cause de la dose. Vous en avez sûrement vu des gars qui sont dans des boîtes de location. Après un arrêt de tranche, quand ils arrivent à la dose et qu'ils savent pas ce qu'ils vont faire, qu'ils risquent de se retrouver à la maison pendant deux ou trois mois. On va les foutre au tiroir et quand on n'aura plus besoin d'eux, on les sortira du tiroir. Ca c'est réel. Pourquoi certains enlèvent leur saphymo pour travailler ? Pour qu'on ne sache pas la dose qu'ils ont prise, pour pouvoir travailler plus longtemps. J'en connais." (Alain, robinetier en CDI, 26 ans)
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Ces pratiques ne relèvent pas seulement du salarié. Plusieurs travailleurs interviewés ont subi des pressions de l'employeur pour laisser le dosimètre lors d'une intervention fortement exposée. Cela concerne également ceux que menace la “mise au vert” avec chômage partiel en cas de forte exposition.

“Quand on prend des doses comme ça, des interventions très courtes, c'est spécifique aux générateurs de vapeur. On passe une demi-heure à s'habiller, on travaille entre une et trois minutes et après c'est fini, on passe le reste de la journée à jouer au tarot. Si on dépasse 5 rems “on a droit à 5 rems par an”, on va être mis au vert. Éventuellement en chômage partiel, payé 27,50 francs de l'heure.
Parfois on peut rentrer en zone pour faire un petit truc, mais... On nous appelle les “bêtes à rems”, si vous voulez savoir... Et puis il y a ceux qui bouchent les trous de générateurs de vapeur, les trous qui sont “fuyards”, eux on les appelle les “jumpers”. Ils en prennent encore plus que nous ! Les générateurs de vapeur, c'est tout des tubes, c'est des échangeurs de chaleur. Les tubes s'usent, il y en a qui fuient et quand ils fuient, ils se débouchent des deux côtés.”
(Jean-Louis, mécanicien en CDI, 37 ans).


Un jeune de 23 ans exprime son ambivalence entre protection de sa santé et maintien dans l'emploi, par rapport à la gestion de l'emploi par la dose:

"Quand je bosse s’il y a un endroit où le débit de dose est trop élevé, j'y vais pas. Je vais voir le chef et je lui demande de mettre un petit jeune qui n'a pas de doses, parce qu'ils prennent des petits jeunes en cours d'année. Nous ça fait depuis le début de l'année qu'on prend des doses et eux ils sont tout neufs. Autant les envoyer eux qu'ils prennent un peu de doses et deviennent au même niveau que nous. Parce qu'après ils vont nous mettre au taquet et nous remplacer par des petits jeunes qui ne connaissent pas le métier. La dernière fois, il me restait 600 millirems à prendre pour atteindre la limite des 5 rems/an. J'ai préféré partir quinze jours avant la fin de mon contrat. 600 millirems, ça va vite. J'avais pas envie de prendre le risque. Le patron n’était pas content... je ne me suis jamais trop renseigné mais je pense qu'au niveau de la santé ça doit pas être très bon à la longue."

L'atteinte des limites de dose a pour conséquence l'interdiction pure et simple d'entrer en centrale. EDF délègue ainsi aux entreprises sous-traitantes la responsabilité de la gestion des conséquences de cette mesure d'interdiction, en termes d'emploi et de salaire. Ces entreprises n'étant pas liées par les garanties du statut EDF, elles gèrent ces conséquences par le recours au chômage. Lorsqu'il s'agit de travailleurs permanents, le préjudice concerne essentiellement le revenu, lors de mises en chômage partiel. Quand il s'agit de salariés temporaires, le préjudice est double: ils perdent l'emploi et parfois toute forme de revenu, compte tenu des modalités de constitution des droits à indemnisation-chômage que met en question l'emploi intermittent, sauf dans le cas de statut particulier comme celui des intermittents du spectacle.

C'est donc, en ultime ressort, le travailleur "directement affecté aux travaux sous rayonnements" (DATR) lui-même qui est mis en demeure de choisir entre son emploi ou un risque pour sa santé, soit librement en laissant spontanément le dosimètre à la porte, soit parfois même sous la pression de son employeur qui tente ainsi de s'abstraire de la contrainte de radioprotection et de ses conséquences. On est à des années-lumière de ce qu'était censé représenter le droit de retrait des situations dangereuses introduit dans le Code du Travail en 1982. Cette division du travail et des doses rend irréel le recours possible à ce droit par ceux dont le travail est justement d'être exposé aux rayonnements ionisants.

Conclusion

En sous-traitant les taux de maintenance, l'exploitant nucléaire réussit, non seulement à en diminuer le coût financier, mais aussi à imposer une externalisation du travail sous rayonnements sans contestation ni de la part des organisations syndicales, ni des pouvoirs publics. Le fractionnement de la dose collective sur une population de plusieurs dizaines de milliers de travailleurs intermittents permet à la direction d'EDF d'affirmer que l'exposition aux rayonnements ionisants est sous contrôle et ne met pas en péril la santé des travailleurs. Du simple point de vue épidémiologique, cette affirmation demande à être discutée au regard des données internationales qui récusent toute notion de seuil dans la pathogénicité des rayonnements ionisants. Mais, l'intense précarisation des emplois et donc du suivi médical, les situations fréquentes de cumul de risques chez les intermittents du nucléaire, rendent particulièrement aléatoire la mise en évidence de pathologie spécifiques liées aux faibles doses de rayonnements. En revanche, cette invisibilité socialement construite permet aux autorités sanitaires françaises, comme dans le cas de l'amiante, de ne pas considérer les conséquences de cette situation comme étant préoccupantes du point de vue de la santé publique.

Au delà de la question des rayonnements ionisants, la santé comme un tout est elle-même menacée par cette organisation du travail: non seulement à cause des risques cumulés d'accidents du travail, de maladies professionnelles et d'atteintes à la santé non spécifiques, liées à des conditions de travail éprouvantes physiquement, nerveusement et psychologiquement, mais aussi et peut-être surtout par le silence, individuel et collectif, imposé aux travailleurs qui vivent cette division sociale du travail et des risques. Or ce silence est structurel. Les relations de sous-traitance permettent au donneur d'ordre EDF de s'affranchir de toute confrontation directe à la parole, à l'expression des travailleurs “extérieurs” DATR, sur leurs conditions de travail et sur les implications de celles-ci pour leur santé et celle de leur famille.

Au nom de la compétitivité, ce silence permet aux industriels du nucléaire “donneur d'ordre et sous-traitants”, mais aussi à l'État, de faire reculer ainsi au plus tard possible le moment d'affronter réellement la contradiction qui est au coeur même de la production nucléaire et qui explique la stratégie adoptée. La crainte est grande, chez ceux qui ont compris cette contradiction et la stratégie mise en œuvre pour la contourner, que seule la survenue d'un accident grave permette enfin d'ouvrir un débat qui, à terme, ne pourra être éludé. A moins qu'une socialisation de la parole des travailleurs DATR, qui se dessine à travers certains conflits engagés par ces travailleurs et soutenus par des syndicalistes EDF, permette qu'elle soit entendue et prise au sérieux par les responsables syndicaux et politiques. Car si l'accident nucléaire constitue une terrible menace pour la France entière, il est - humainement, socialement et politiquement - tout aussi inacceptable de voir renaître, au sein de la société française, des formes de servitude qui renouent avec l'esclavage.

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Annie Thebaud-Mony
Chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Paris.
Cet article avait été publié une première fois en 1999.

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Bibliographie

- ALTERSHON C., (1992), De la sous-traitance au partenariat industriel, Paris, L'Harmattan.
- BELBEOCH B. et R., (1993), Tchernobyl, une catastrophe, Paris, Ed. Allia.
- CAVADA J.M., (1997), Les nomades du nucléaire, Paris, Émission La Marche du Siècle.
- DONIOL-SHAW G., HUEZ D., SANDRET N. (1995), les intermittents du nucléaire, Toulouse Octares ed.
- DUCLOS L., MAUCHAMP N., (1994), Bilan-perspectives relations sociales et professionnelles à EDF-GDF Paris, Rapport de recherche. GIP Mutations industrielles- LSCI,
- GÉRÔME N., (1989), Gestes et métiers de l'énergie Paris, Messidor. Éditions sociales.
- Groupe DE LISBONNE (1995) Limites à la compétitivité, Paris, La Découverte.
- Groupe de recherches historiques de la centrale de Chevire (1987) Une centrale et ses hommes, Histoire de Cheviré 1953/1906 saint Sébastien, Ed. ACL.
- JANIAUD 1., (1990), EDF et la main invisible Paris, L'Harmattan.
- MEYNAUD H.Y. dir., (1996), Les sciences sociales et l'entreprise. Cinquante ans de recherche à EDF, Paris, La Découverte.
- MORIN M.L., (1994), La sous-traitance et les relations salariales. Rapport de recherche pour le Commissariat Général au plan, Toulouse, CEJEE.
- Pozzo di Borgo, (1996), Arrêt de tranche. Les trimardeurs du nucléaire, Paris, Beka production.
- Rapport Noc (1990), Rapport sur l'amélioration de la sûreté nucléaire en exploitation, SPT/EDF.
- SUPIOT A., (1994), Critique du Droit du Travail/ Paris, PUF.
- THEBAUD-MONY A., (1995), Sous-traitance, précarisation du travail, risques professionnels et santé. Le cas de l'industrie nucléaire, Kremlin-Bicêtre, Rapport de Recherche INSERM.
- THÉBAUD-MONY A., RONDEAU DU NOYER C., HUEZ 1., BRENER F., FOREST H., GERAUD G., HAILLOT MJ., PILLORE R., SURRIBAS H., (1992), Salariés des entreprises extérieures intervenant dans les installations nucléaires de base. Enquête sur leur suivi médico-réglementaire. Documents pour les médecins du travail INRS, n° 51.
- ZARIFIAN P., (1990), La nouvelle productivité, Paris, L'Harmattan.

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Ci-dessous un article publié par :
Agoravox
dazibaoueb et
J. Tourtaux
sur les suites de la catastrophe de Fukushima.
L'article est suivi de très nombreux liens ou renvoyant aux articles d'Agoravox sur le sujet .


Fukushima, la stratégie de l’oubli


Auteur : Olivier Cabanel - Source : agoravox.fr

Un livre vient de sortir, « oublier Fukushima » ( éditions du bout de la ville ), faisant un bilan saisissant, décryptant les manœuvres subtiles de communication de Tepco et de l’Etat Japonais, qui tentent de faire oublier la catastrophe toujours en cours.



Les auteurs ont dressé, dans l’émission de Ruth Stégassy, « Terre à Terre » du 20 octobre 2012 , un bilan méticuleux destiné à nous éclairer sur la stratégie mise en place par le gouvernement japonais destinée à faire oublier la catastrophe, démontrant que tout avait mis en œuvre pour tenter de rayer de la mémoire collective ce qui s’était passé.

Les autorités japonaises ont mis en place un scénario en 5 temps : après la catastrophe, la liquidation (en réalité la non-liquidation), l’évacuation, (en fait la non-évacuation), la réhabilitation, fictive elle aussi, pour aboutir enfin à une tentative de banalisation de l’accident.

Cette stratégie d’oubli semble fonctionner relativement bien auprès des médias, lesquels reprennent sans complexes les infos proposées par les gestionnaires de la catastrophe, avec comme but ultime de le proposer comme modèle pour la prochaine fois.

Il s’agit de faire croire au public docile que la sûreté des installations nucléaires est assurée, même lors d’un accident majeur et les médias semblent se contenter de la campagne de communication menée conjointement par Tepco et l’état Japonais .

La CIPR, (commission internationale pour la protection radiologique) organisme qui détermine pour toute la planète les normes acceptables en matière de pollution radioactive pour les travailleurs et les habitants, a modifié, quelques semaines après la catastrophe, les normes fixées auparavant à 1 milliSievert/an et les mettant à 20 milliSieverts/an mais la norme n’empêche pas le danger.

Or déplacer ce seuil, c’était offrir au gouvernement japonais la possibilité de ne pas évacuer les millions d’habitants menacés.

Et puis Fukushima apporte une « nouveauté », car contrairement à Tchernobyl , c’est la première fois qu’une catastrophe majeure a été mise sur le compte d’un événement naturel, même si l’on sait aujourd’hui, que c’est bien suite à une mauvaise gestion de la situation que la centrale a été dévastée.

Autre observation que font les auteurs, c’est surtout le tsunami qui a été mis en cause, et non pas le tremblement de terre, ce qui est bien pratique pour Tepco , puisque du coup, il ne leur est pas reproché d’avoir installé toutes leurs centrales sur des failles sismiques.

Les exploitants des centrales françaises situées elles aussi sur des failles sismiques devraient s’interroger sur la question.

Mais revenons à Fukushima , l’une des questions non résolue à l’heure actuelle concerne le corium : comme l’expliquent les auteurs du livre, ce corium , d’une température de 2500° , s’enfonce inexorablement dans le sol, et on comprend que toutes les tentatives de l’arroser pour le refroidir, sont autant vouées à l’échec que si l’on voulait éteindre un volcan en l’aspergeant d’eau.

Ce corium se compose entre autre de 33 millions de « pastilles », chacune d’elles équivalent énergétiquement à 1 tonne de charbon, soit 257 tonnes de corium , alors que celui de Tchernobyl n’était que de 70 tonnes .

Pour gérer cette situation, on a fait comme à Tchernobyl, en envoyant 800 000 hommes , équipés de bottes en caoutchouc, et de lances à incendie, ces hommes étant des habitants de ghettos, considérés comme parias jusqu’en 1871 , mais qui continuent encore aujourd’hui à être « la chair à canon » pour ce genre d’entreprise, avec un avantage certain, c’est qu’en cas de disparition de ces forçats du nucléaire, personne ne viendra les comptabiliser.

D’ailleurs, ils disparaissent régulièrement des registres de Tepco sans que l’on puisse savoir ce qu’ils sont devenus, sans laisser de trace, vu le niveau délirant de sous-traitance, lequel peut l’être de 6 ou 7 fois…voire de 10 niveaux , sous la bonne surveillance des Yakusas

Quant à l’évacuation, elle n’a pas eu réellement lieu, le choix a été plutôt de définir quel territoire sera finalement, tout comme à Tchernobyl , déserté, et donc interdit : il n’y pas eu de mise en place d’opération d’évacuation, avec utilisation de bus, et la plupart de ceux qui sont partis, sont ceux qui en ont eu les moyens.

Pour éviter l’exode de plusieurs millions de personnes, le gouvernement japonais a donc choisi de déterminer des zones variant entre 3 et 30 kilomètres autour du site , de façon concentrique, sans tenir compte du sens des vents, et de la réelle contamination des sols.
Ils n’ont été en réalité qu’ entre 60 000 et 140 000 personnes à partir, allant rejoindre ailleurs des membres de leur famille, mais contrairement au discours officiel, repris par l’ AIEA , ils n’ont pas été évacués.

Quant aux personnes qui ont été comptabilisées dans des camps plus ou moins de fortune, ils n’étaient pas tous des rescapés de Fukushima , mais aussi des survivants du tsunami, soit de 60 000 à 80 000 personnes , sans qu’il soit possible de savoir qui sont les uns et qui sont les autres.

Plus inquiétant, ces rescapés ont été placés dans des zones situées parfois seulement à 50 km de la centrale accidentée, et ces rescapés ont réalisé que certaines de ces zones pourtant plus éloignées, étaient plus polluées que celles dans lesquelles ils vivaient auparavant.

A titre d’exemple, il existe une ville de 20 000 habitants du nom de Namie , à 10 km du site , qui n’a reçu aucune consigne officielle d’évacuation, et les habitants ont vite compris qu’ils devaient se débrouiller tous seuls.

Le maire de Namie a d’ailleurs accusé les autorités gouvernementales d’avoir organisé une « espèce de meurtre ».

Le gouvernement japonais avait pourtant à sa disposition le système « Speedy » , qui permet de modéliser par anticipation la dispersion dans l’air des radionucléides.

Or les habitants en s’évacuant un petit peu au hasard vont être en réalité confrontés à un danger bien plus grand, car en rejoignant un secteur plus lointain, ils vont se traverser une zone encore plus polluée, ignorant ce que le gouvernement japonais savait, lequel avait seulement prévenus les soldats de l’armée américaine qui s’y trouvaient.

Areva avait pris d’ailleurs les mêmes mesures, donnant l’ordre à son personnel sur place d’évacuer rapidement.

Le gouvernement japonais finira par admettre le principe des « taches de léopard », défini à Tchernobyl ,considérant des villages, ou des quartiers de grande ville, pourtant plus éloignées de la centrale, comme des zones tout autant polluées.

Or en décidant de considérer ces zones comme définitivement contaminées, ça permet de geler la situation actuelle, comme si la centrale avait arrêté de polluer, alors qu’elle continue de rejeter la radioactivité sans la moindre interruption depuis près de 20 mois .

C’est dans la même logique de mensonge que le 16 décembre 2011, Tepco affirmera que tout est sous contrôle, que les réacteurs ont été refroidis, et que l’on passe maintenant à la phase de « nettoyage », en parlant même de réhabilitation début janvier 2012.

Mais tout ça n’est qu’une simple affaire de communication s’appuyant sur un calendrier.

Cette « réhabilitation » va surtout consister à mobiliser les citoyens, et a enlever de la terre polluée, très localement, dans un parc public, au pied d’un toboggan, sur des lieux ou il y a beaucoup de passages, en arrosant par ci, par là, déplaçant simplement la radioactivité d’un point à un autre, enterrant une partie de la terre contaminée dans des zones de forêt.

Coté précaution, pour rassurer les populations, des dosimètres ont été mis dans les cartables des enfants, mais les mesures n’empêchent pas le danger.

Lorsqu’elles sont significatives, les préfectures demandent aux enfants d’aller jouer plus loin, mais la question de l’accumulation de la pollution dans le corps des enfants n’est pas vraiment à l’ordre du jour alors que la thyroïde du 1/3 d’entre eux a été affectée.

On demande aux japonais de mesurer un peu partout, dans leur habitation, les légumes achetés, voire même l’intérieur des réfrigérateurs…façon de /05/28/japon-l-assiette-aux-becquerels_821970]diluer l’angoisse.

Lorsqu’ils sont conscients d’avoir dépassé la dose admise, ils se rendront lors de leur weekend end, dans des zones moins contaminées, espérant ainsi « équilibrer » les doses reçues dans leur corps.

Ils en viennent même à penser qu’en se mesurant à longueur de journée, ils mourront plus tard que les autres, ceux qui ne se mesurent pas.

Des cet instant, le choix de sensibiliser les citoyens en les poussant à faire leurs propres mesures, déresponsabilise en partie ceux qui tentent de gérer la catastrophe, faisant porter cette responsabilité sur les citoyens.

En attendant, la centrale dévastée continue jour après jour à rejeter la pollution dans l’air, l’eau, et la terre, la piscine du réacteur n°4 contient toujours 514 assemblages dangereux , et le 20 octobre 2012 , un incendie s’est déclaré dans l’annexe des [url=http://lesmoutonsenrages.fr/2012/10/20/fukushima-daiichi-un-incendie-affecte-un-batiment-annexe/]unités 1 et 2
de la centrale accidentée.

Au Japon , l’oubli ne tient qu’à un fil.

Comme dit mon vieil ami africain : « s’il y a des remèdes pour la maladie, il n’y en a pas pour la destinée » .

L’image illustrant l’article provient de « kibo-promesse.org ».
Merci aux internautes de leur aide précieuse.
Olivier Cabanel

Sites à visiter :


Le blog de Fukushima
Fukushima Diary
Next-up organisation
http://www.jp-Blog de Jean Pierre Petit
Site de la CRIIRAD
ENENEWS
machbio

Articles anciens :

Tchernobyl, drôle d’anniversaire (12 mars 2011)
Fukushima, mon amour
Fukushima, Sarko pète les plombs
Fukushima, et maintenant ?
Fukushima, nuages noirs à l’horizon
Entre fusion et confusion
Fukushima, le monde du silence
Au pays du soleil, le Vent !
Fukushima, le syndrome Japonais
Fukushima, la fuite en avant
Fukushima, plus jamais ça
C’est foutu…shima
L’exode nucléaire
Ça fume à Fukushima
Nucléaire, la cible terroriste
Fukushima, le mensonge organisé
Faire reculer le crabe
Le Japon bientôt inhabitable ?
Le silence des salauds
On a retrouvé le corium de Fukushima
La France a peur
Fukushima, tragédie en sous sol
Fukushima, tournée mondiale
Fukushima, un silence inquiétant
Fukushima, le début de la fin
Nucléaire, explosion des prix
Penly du feu et des flammes
Les normes sont-elles normales ?
Fukushima, quand c’est fini, ça recommence
Fukushima, l’en pire Japonais
Le mensonge nucléaire de Sarközy
Palmiers contre nucléaire
Promo nucléaire : pour toute centrale achetée, leucémie en prime !
Fukushima, les limites du cynisme
Ce cher nucléaire
Nucléaire, de la fission aux fissures
La fable du thorium
L’hallali nucléaire
Fukushima, à 2 doigts du pire

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Auteur : Olivier Cabanel - Source : agoravox.fr

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   Posté le 17-01-2013 à 00:23:23   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

En marge de l'intervention coloniale au Mali, la Cellule Ouvrière du Bassin Minier Ouest comibase@gmail.com m'envoie cet article :

Comment Areva laisse mourir ses travailleurs au Niger


Les Français s’éclairent et se chauffent grâce à leur travail : ces centaines de mineurs nigériens qui ont passé 20 ou 30 années de leur vie à extraire de l’uranium pour Areva. De l’uranium qui, importé en France, alimente ensuite nos 58 réacteurs nucléaires. Souvent victimes des effets des radiations, ils
souffrent et meurent aujourd’hui dans l’indifférence. Pas question de reconnaître leurs maladies professionnelles. Combien de temps le leader français du nucléaire continuera-t-il à les mépriser ?

L’extraction minière d’uranium au Niger serait-elle l’une des activités les plus sûres au monde ? Areva y exploite deux mines depuis le début des années 1970 [1], et emploie aujourd’hui 2 600 personnes. Or, en un demi-siècle, seuls sept dossiers de maladies professionnelles d’employés travaillant dans les mines d’uranium d’Arlit et Akokan, dans le Nord-Niger [2], ont été validés par la sécurité sociale nigérienne. Et sur les sept travailleurs victimes de pathologies professionnelles, cinq sont des expatriés français, indique Ousmane Zakary, du Centre de sécurité sociale de Niamey. Seuls deux mineurs nigériens sont concernés, alors que le personnel nigérien constitue 98% des employés d’Areva sur place. Une performance sanitaire !

L’extraction d’uranium ne serait-elle pas plus dangereuses pour la santé des travailleurs que la culture d’oignon ou de mil ? Les Français, dont une large part de l’électricité est produite grâce au minerai nigérien – qui alimente un tiers des 58 réacteurs nucléaires – doivent-ils se réjouir de l’attention portée par Areva à la santé de ses salariés ?« Les mineurs d’uranium sont exposés à des radiations ionisantes tant par irradiation externe qu’interne. Ils sont exposés dans les carrières d’uranium, les mines souterraines, les usines d’extraction de l’uranium, mais aussi à leur domicile et en ville », décrit pourtant Bruno Chareyron, directeur du laboratoire de la Commission d’information et de recherche indépendantes sur la radioactivité (Criirad). L’organisme a réalisé de nombreuses analyses sur la présence de gaz radioactifs dans l’air, l’eau et l’alimentation à Arlit. Dans cette zone, 35 millions de tonnes de déchets radioactifs sont empilés à l’air libre depuis le début de l’exploitation. Au gré du vent, du gaz radon et ses dérivés s’en échappent. Des substances « classées cancérigènes pour l’homme par l’IARC [Centre international de recherche sur le cancer] dès 1988 », précise l’ingénieur en physique nucléaire.

Pas de suivi médical pour les anciens mineurs

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de maladies professionnelles déclarées ? Soit Areva est effectivement exemplaire, soit ces maladies professionnelles sont dissimulées, écartées des études et des statistiques.
Au Centre de sécurité sociale de Niamey, la capitale nigérienne, Ousmane Zakary esquisse une réponse.
C’est le médecin des filiales d’Areva en charge de l’extraction (la Somaïr et la Cominak) qui doit alerter la sécurité sociale de l’existence d’une maladie professionnelle au sein de son personnel. Puis un médecin du travail mène une contre-expertise. Or « de nombreux ouvriers se plaignent que le médecin de la Cominak leur pose des problèmes pour déclarer leur maladie professionnelle. On essaye de leur cacher leur situation de santé », témoigne Ousmane.

Pire : seuls les mineurs en activité peuvent recevoir une prise en charge sanitaire de l’État nigérien. « Il n’y a pas de suivi médical pour les anciens mineurs. Pourtant les maladies liées à la radiation se déclarent souvent des années plus tard, décrit Ousmane. « Il y a quatre ans, le directeur adjoint d’Areva au Niger et son DRH sont venus pour en savoir plus sur la situation des anciens mineurs ». Cette visite n’a rien changé : les anciens travailleurs des mines d’uranium du Niger ne sont toujours pas couverts par leur
ancienne entreprise ou par l’État.

« Ils sont tous morts ! »

Pourtant, les témoignages de malades ou de familles d’anciens mineurs décédés affluent.« Mon mari faisait partie des premiers agents de la Somaïr. Tous ses collègues sont morts, de cancers, de problèmes de reins, de foie… Parmi ceux qui sont restés, beaucoup sont malades ou paralysés.
Mais on ne peut pas dire que c’est lié directement à l’irradiation, il aurait fallu faire des études ! », se désole Hamsatou Adamou, sage-femme, responsable de la maternité du centre médical d’Arlit, puis de la Cominak.

Elle participe chaque semaine à la réunion de l’Association des anciens travailleurs du secteur minier et leur famille (ATMSF), créée en 2009 par Boureima Hamidou. Cet ancien échantillonneur de la Cominak, victime de ce qu’il considère comme un licenciement abusif, cinq ans avant sa retraite, a décidé de se mobiliser pour les mineurs. Dans le local exiguë de l’association, des sexagénaires patientent, tous atteints de paralysie, souffrant d’insuffisance rénale ou de troubles pulmonaires. Des survivants. La plupart des mineurs d’Arlit et Akokan qui ont travaillé entre les années 1970 et 1990 pour le compte d’Areva ne sont plus là pour témoigner. « Ceux qui ont pris leur retraite début 1990 n’ont pas tenu deux ans. Ils sont tous morts ! C’était comme une épidémie ! », décrit Cissé Amadou, qui a travaillé vingt ans comme cadre pour la Somaïr à Arlit.

De l’uranium à pleines mains

Ancien ouvrier de la Cominak, Mamane Sani fait partie de ces chanceux qui ont survécu. Mais à quel prix… C’est l’heure de la prière. Le frêle homme vêtu de son boubou ne parvient pas à laver son pied gauche, selon le rituel musulman des ablutions. Depuis 1992, il est paralysé du côté gauche. Une maladie qui s’est déclarée « trop tard » pour être reconnue. La Cominak n’a pris en charge aucun frais de santé, malgré 25 ans passés à travailler pour la société minière. Dans son travail, Mamane était au contact direct avec le « yellowcake », un concentré d’uranium qui, une fois enrichi, permet de produire de l’énergie nucléaire.

Plusieurs anciens mineurs pointent l’absence de protection : « Je maniais directement l’uranium. Au début, les gants, on ne savait même pas ce que c’était. Il n’y avait pas non plus de masques. Tout ça est venu après », raconte Islam Mounkaïla, président de l’ATMSF, et opérateur de fabrication dans l’usine de transformation de la Cominak pendant 20 ans. Des témoignages assez éloignés des déclarations d’Areva, premier employeur privé du pays, qui affirme avoir « intégré la sécurité comme une composante de son métier et [mettre] en place une politique de prévention depuis le début de son implantation au Niger. »

Areva condamnée pour « faute inexcusable »

Areva a bien créé un comité de santé et sécurité au travail… En 1999, 45 ans après l’ouverture de sa première mine. Le port de gants et de masques de protection est aujourd’hui obligatoire pour tous les travailleurs miniers, souligne Boureima Hamidou, qui dénonce cependant le manque de formation chez les employés. Un progrès bien tardif. « Pour une maladie professionnelle reconnue chez un salarié français ayant travaillé au Niger, combien de morts et de malades dus à la radioactivité – rendus invisibles par les choix d’organisation du travail – chez les travailleurs du Niger et dans la population riveraine des mines et des usines d’uranium dans ce pays ? » s’interroge Philippe Billard, de l’association Santé sous-traitance du nucléaire-chimie. L’ancien « nomade du nucléaire » réagissait à la mise en accusation d’Areva, devant le tribunal des Affaires sociales de Melun, concernant le décès de Serge Venel, cadre de la Cominak de 1978 à 1985, mort d’un cancer. Areva a été jugée coupable de « faute inexcusable » par la justice française. L’entreprise s’est empressée de faire appel.

Vers une action juridique d’envergure ?

Islam Mounkaïla, le président de l’ATSMF, se souvient bien de Serge Venel : « C’était mon chef opérateur.
Nous étions beaucoup plus exposés que lui : en tant que mécanicien, il n’intervenait qu’en cas de panne ou d’incident, tandis que nous étions en permanence en contact avec le minerai », explique-t-il, entre deux crises de toux.

Si les anciens mineurs nigériens ont souffert des mêmes pathologies que celle qui a emporté Serge Venel, une action juridique d’envergure serait envisageable pour obtenir réparation.
« S’ils dédommagent la veuve de Serge Venel, nous sommes des milliers de personnes au Niger à partager son sort, en pire », avertit Boureima, qui attend avec impatience le résultat du procès en appel, qui aura lieu le 4 Juillet 2013 à la Cour d’appel de Paris.

Ce procès servira-t-il la cause des travailleurs nigériens ? « La jurisprudence du Tribunal des Affaires de sécurité sociale de Melun pourrait parfaitement être transposée (…). Dans ce cas, la juridiction compétente serait le Conseil de Prud’hommes, en considérant, comme l’a fait le tribunal de Melun, que la
société Areva était leur co-employeur. Cette demande pourrait être présentée par les travailleurs euxmêmes ou par leur famille en cas de décès », explique l’avocat Jean-Paul Teissonnière, spécialisé sur ces questions.

Toujours aucune trace de maladie liée à l’uranium

Une véritable bombe à retardement qu’Areva s’est empressé de désamorcer en créant en décembre 2010 l’Observatoire de Santé de la région d’Agadez (OSRA), en réponse aux revendications croissantes de la société civile d’Arlit, de Médecins du Monde et de l’association Sherpa. Ces ONG dénoncent depuis 2003 les atteintes à l’environnement et à la santé des travailleurs des mines d’Areva au Gabon et au Niger.
L’objectif : offrir « un suivi post-professionnel des anciens collaborateurs exposés à l’uranium », décrit Areva sur son site internet. Avec une consultation médicale – examen clinique, radiographie pulmonaire pour ceux exposés au minerai, analyse sanguine – tous les 2 ans. L’OSRA doit également assurer un suivi sanitaire des populations de la zone minière, avec une analyse des données indépendantes et scientifiques (registres médicaux des maladies constatées, rapports des hôpitaux, études de cas…) disponibles. Et doit conduire « une étude sur la mortalité des mineurs de 1968 à 2005 afin d’assurer une totale transparence sur l’impact sanitaire de l’activité minière actuelle et passée ».

Transparence, donc. Mais après un an de consultations médicales, toujours aucune trace de maladie liée à l’uranium ! « Nous avons relevé quatre dossiers problématiques, dont deux révélant des anomalies.
Après analyse, le comité médical de l’OSRA a indiqué qu’il n’y avait pas de lien avec l’exposition à l’uranium, mais nous avons souhaité les prendre en charge tout de même. Et là, on entre dans l’action de santé publique, car on leur un offre un suivi médical, même s’il s’avère qu’ils n’ont pas de maladie professionnelle », se félicite Alain Acker, directeur médical d’Areva.

Le sable, plus dangereux que l’uranium...

Dans un rapport [3], Greenpeace met pourtant en évidence une pollution radioactive dans l’air, dans l’eau et dans les nappes phréatiques, et un manque de sensibilisation de la population à Arlit, où « le taux de mortalité des maladies respiratoires (16%) est deux fois plus élevé que la moyenne nationale (8,5%) ».
Areva réagit en publiant son propre rapport, Areva et le Niger, un partenariat durable. On y apprend que « la communication de Greenpeace repose essentiellement sur les peurs du public et la désinformation », tandis que les affections allergiques sont dues « aux actions agressives du sable pour les yeux et les poumons et non à l’activité minière comme le laisse supposer Greenpeace » !

Quand le journaliste Dominique Hennequin revient du Niger et du Gabon avec un reportage à charge, Uranium, l’héritage empoisonné, diffusé sur la chaîne Public Sénat, il est rappelé à l’ordre par le porte-parole d’Areva pour avoir osé affirmer que l’accueil organisé par la société minière lui rappelait la Corée
du Nord… Mais comment parler de transparence, quand l’OSRA est financé à 100 % par Areva ? « Moins d’un tiers des anciens travailleurs des mines a été recensé : 472 à Arlit et 39 à Agadez. Sur ce tiers, seule une centaine a reçu une visite médicale, décrit Cissé Amadou, l’ancien cadre de la Somaïr.

Opération de communication

« Le pire, c’est que les visites ont été supervisées par le docteur Barazé, médecin de la Cominak pendant des années.


Comment un docteur qui n’a jamais relevé de pathologie liée à l’irradiation chez des ouvriers, qui ont tous trépassé deux ans après leur départ de la mine, pourrait revenir sur son diagnostic aujourd’hui ? », poursuit Cissé Amadou. Après trois ans de partenariat avec l’OSRA, l’association Sherpa a annoncé le 18 décembre 2012 son retrait.

Pour l’ONG, la nouvelle direction d’Areva a « réduit pour l’essentiel l’exécution des accords à une opération de communication, sinon d’affichage. ». L’avenir de ce « dialogue exemplaire et sans précédent entre des Autorités nationales, les organisations non gouvernementales (ONG) et un partenaire industriel responsable », selon les mots d’Alain Acker, directeur médical d’Areva, semble bien compromis.

Pour Bruno Chareyron, de la Criirad, le suivi post-professionnel de l’Observatoire de santé est de toute manière biaisé, Areva ne prenant en compte qu’une « liste périmée et incomplète » de maladies professionnelles induites par la radioactivité, estime l’ingénieur. « Les connaissances actuelles sur les effets des expositions chroniques à de faibles doses de rayonnement montrent que les atteintes à la santé concernent de nombreux types de cancers et l’ensemble des fonctions vitales. Il peut s’agir d’atteintes cardiovasculaires, de maladies rénales ou d’affections neurologiques, et pas seulement de cancer broncho-pulmonaire, de sarcome osseux ou de leucémie. » Autant de mots posés sur les maux d’Islam, qui souffre de « lourdeur dans la joue, la main et le genou droit », de Mamane, à moitié paralysé, d’Aboubacar Ilitimine, foreur à la Somaïr depuis 1976, qui souffre d’insuffisance rénale… Comme de nombreux anciens travailleurs miniers nigériens.

Ces anciens travailleurs pourraient aussi faire jouer leur « préjudice d’anxiété », pour obtenir des dommages et intérêts, comme ceux reconnus [4] pour les salariés non malades exposés à l’inhalation de poussières d’amiante. « Dans l’hypothèse où le lien de causalité serait trop difficile à établir, nous pourrions envisager devant le Conseil de Prud’hommes des demandes au titre du préjudice d’anxiété lié à une exposition fautive à la radioactivité, dans des conditions de danger que l’employeur, en l’occurrence Areva, ne pouvait ignorer », expose Jean-Paul Teissonnière. L’avocat, spécialisé sur les questions sanitaires vient d’obtenir entre 5.000 et 30.000 euros de dommages et intérêts pour les salariés de la société Eternit non malades exposés à l’amiante. Qu’elle soit juridique ou politique, la solution qui permettra aux anciens travailleurs miniers nigériens d’obtenir une prise en charge médicale doit être trouvée au plus vite.

Emmanuel Haddad

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Sur le blog ouvalacgt :


Jeudi 24 janvier 2013

ITER : recherche de pointe, dumping social


ITER : ces quatre lettres ne "parlent" qu'aux habitants de la région, autour du Commissariat à l'Energie Atomique de Cadarache, sur la vallée de la Durance (13).

ITER : un chantier pharaonique de la recherche fondamentale européenne, des milliards d'euros, des années de travail, des milliers de travailleurs pour les infrastructures et la construction. Un de ces projets sur lesquels il est difficile de se faire un avis élaboré, avec des expertises contradictoires, même les écolos sont divisés : les Verts au gouvernement ont validé, les écologistes locaux y sont opposés (voir en particulier ICI )... Nous ne nous prononcerons pas sur le sujet.

Mais ce sur quoi nous nous prononcerons, c'est sur les conditions d'embauche et de travail des ouvriers du chantier. Plus de 3000 en période de pointe fin 2013, dans des conditions catastrophiques.
Dans un article précédent ("L'emploi à flux tendu : un accord pour la guerre économique" ) à propos du récent accord sur la "sécurisation de l'emploi", nous notions la tendance des capitalistes (dans les entreprises ou au gouvernement), à expérimenter toujours plus de flexibilité, de formes de contrats de travail "adaptés", c'est à dire fondamentalement dégradées. ITER est effectivement une plateforme d'expérimentation qui préfigure l'avenir.
Nous reproduisons ci-dessous un interview publiée dans le journal "La Marseillaise" d'un syndicaliste impliqué depuis des années dans la défense des travailleurs sous-traitants présents sur tous les grands chantiers du CEA, institution gouvernementale faut-il le rappeler (l'Etat est le principal employeur de précaires...).
Une interview édifiante, et nous reviendrons sur le sujet, puisqu'une réunion d'information est organisée

Lundi 4 février, à 17h30
Union Locale du Pertuis (84) - Place Saint-Pierre
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NON AU DUMPING SOCIAL – La Marseillaise 18/01/2013


Syndicaliste à la CGT, Christian Ribaud refuse que les salariés qui vont bâtir un des plus grands projets d'avenir subissent des conditions de travail d'un autre siècle.

Alors que le chantier d'Iter s'apprête à mobiliser plusieurs milliers de salariés, vous dites craindre pour leurs conditions de travail et de vie. Pourquoi ?

Nous avons défendu récemment huit salariés cap-verdiens d'une société sous-traitante portugaise sur le chantier du RJH (voir photo), un réacteur de recherche voisin qui ne dépend pas d'Iter mais du Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Entassés comme des esclaves dans un logement avec des toilettes hors services, le patron leur retenait 20 euros par jour de loyer sur le salaire. Or tout laisse à penser qu'avec le chantier d'Iter on soit confronté au même type de logique multipliée par 3000 salariés.

Qu'est-ce à dire concrètement ?

Un guide du logement commandé au cabinet de conseil Sémaphores par le CEA et l'agence Iter France qui a été publié en juillet dernier (voir ICI ) révèle les conditions d'hébergement promises aux ouvriers du chantier. Dans ce document destiné à aiguiller les patrons pour loger leurs salariés, les solutions proposées interpellent. Campings, auberges de jeunesse, colonies de vacances sont listés avec des annotations sur les contraintes potentielles. Le guide envisage par exemple de mettre 779 travailleurs dans des mobil-homes sur un camping de Château Arnoux, à 60km du chantier sur un terrain avec un risque d'inondation partielle.

Ce ne sont pas des conditions dignes. Se retrouver une semaine en vacances dans un bungalow ce n'est pas la même chose que s'entasser après une journée de travail sur un chantier et cela, des mois durant. Lors d'une réunion de la Commission locale d'information sur Iter (Cli-Iter) qui s'est tenue en octobre dernier, Gilles Barsacq secrétaire général aux affaires régionales de la préfecture, a confirmé que ces solutions d'hébergement précaire étaient effectivement étudiées. On voit mal comment dans ces conditions l'immense chantier pourrait permettre de faire reculer le chômage localement à Manosque par exemple où il est de 12%. Je vois une raison à cela : le choix du dumping social. Iter est un chantier financé par des fonds publics, français et internationaux, on ne peut pas admettre que les entreprises qui vont en bénéficier suivent cette logique.

Quelle forme pourrait prendre ce dumping social ?

En faisant venir des travailleurs européens en contrats courts via une cascade d'entreprises sous- traitantes basées par exemple au Portugal ou en Pologne, les patrons se dispensent de payer ce qu'ils appellent les « charges ». Si on multiplie les sommes qui restent dans leurs poches par le nombre de salariés et de mois travaillés, le résultat se chiffre en milliards. Les comptes sociaux en seront privés et un sérieux problème de justice est posé. On ne peut pas accepter qu'il y ait d'un côté des salariés et de l'autre des salariés low-cost. Comment faire valoir ses droits dans ce contexte ? La barrière de la langue, la précarité de l'emploi limitent les capacités d'action. Le premier qui se rebiffe est renvoyé à la case départ et tout est bon pour faire des économies sur le dos des salariés. Je reviens au cas du RJH : on a vu des sous-traitants qui, pour éviter de prendre en charge un système de transports avec bus et chauffeurs, fournissaient aux équipes des fourgonnettes en imposant à l'un des travailleurs de conduire le véhicule. Plutôt que de miser sur la concurrence entre salariés, le chantier Iter devrait être un tremplin pour créer de l'emploi. Je me suis récemment rendu à Pôle emploi de Manosque qui compte 3 900 inscrits. Les offres d'emplois disponibles concernent la restauration, l'aide à la personne et les grandes surfaces. Rien sur le chantier. Il y a quelque chose de choquant à cela. J'ajoute que dès maintenant des formations devraient être proposées pour permettre aux chômeurs de la région d'intégrer les différentes phases du chantier.

Comment agir en tant que syndicaliste ?

Lors de la mise en place du projet, la CGT avait demandé le label « Grand chantier » qui correspond à des exigences de haut niveau, mais on nous a opposé le statut international d'Iter pour expliquer que ce n'était pas possible mais que l'on ferait « tout comme ».
Pour l'instant, on voit surtout les collectivités invitées à passer à la caisse pour réhabiliter des logements ou bâtir des infrastructures sans que les entreprises qui vont bénéficier des marchés publics ne soient appelées à assumer leurs responsabilités. Dans tous les cas, la CGT sera aux côtés des travailleurs.

PROPOS RECUEILLIS PAR L.P.

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Xuan
Grand classique (ou très bavard)
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   Posté le 16-02-2013 à 23:01:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur ouvalacgt
Samedi 16 février 2013

ITER : quels enjeux syndicaux pour un chantier pharaonique ?


Le 4 février dernier, l'Union Locale de Pertuis ((84) organisait une réunion autour du chantier ITER à venir dans les mois prochains sur le site du CEA Cadarrache ("ITER : recherche de pointe, dumping social").
A l'issue de cette rencontre, la CGT du Vaucluse produisait un petit bulletin de 6 pages (ci-dessous) faisant le point sur l'organisation pour la défense syndicale sur le chantier.
On notera un problème soulevé dans le document, mais implicite alors qu'il fait conflit au sein de la CGT : l'existence d'une UL CGT à Saint-Paul les Durance, qui a été absorbée à l'intérieur du CEA, bien entendu avec l'accord de certains militants, et qui est devenue inaccessible depuis l'extérieur pour les syndicalistes non salariés du CEA !!! Une UL "fermée" en quelque sorte... Ce qui explique cette assemblée qui s'est tenue au Pertuis et pas à Saint-Paul !
Il y a là un sérieux problème sur ce qu'est une organisation territoriale, lieu de jonction des diverses professions sur une zone donnée... On voit mal la solidarité locale se développer dans ce cadre.

Nous l'avons dit : ces chantiers gigantesques sont des lieux d'expérimentation sociale pour le patronat européen, évidemment pour le pire ! Il est donc essentiel d'y intervenir fortement pour défendre l'unité des travailleurs de toutes les nationalités, l'unité des statuts et des conditions de travail.
Nous y reviendrons donc régulièrement pour la suite du chantier.



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