| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 17-05-2013 à 21:41:15
| | La révolution informationnelle ou lillusion du bénévolat On trouve résumée la thèse de la révolution informationnelle dans plusieurs textes de Boccara, Lojkine, Verroust. Par exemple dans le cours 1994/1997 à Paris VIII de Gérard Verroust : Histoire, épistémologie de l'informatique et Révolution technologique, qui retrace un historique très détaillé et instructif du calcul automatisé et de ses applications. Ou bien dans Economie et Politique 626-627 septembre-octobre 2006 : Dans le cadre des journées d'étude des 19 et 20 mai 2006 sur "Alternatives, émancipation, communisme" , un atelier a traité le thème, introduit par Paul Boccara : « révolution informationnelle, dépassement du capitalisme et enjeux de civilisation » . Ou plus récemment dans Une autre façon de faire de la politique , de Jean Lojkine, dont communistes-unitaires fait en février de cette année un résumé sur Mediapart : La révolution informationnelle antichambre autogestionnaire du communisme 2.0 ? Le sparadrap de Boccara Avant daller au fond, cet extrait de lintroduction au thème « révolution informationnelle, dépassement du capitalisme et enjeux de civilisation » en dit long sur le « communisme » de Boccara. Au milieu du jargon embarrassé sur les enjeux de civilisation nouvelle et les transformations démocratiques radicales se promène comme un petit papillon le sparadrap du capitaine Haddock, un sparadrap dont Boccara aimerait bien se débarrasser : le communisme. « L'atelier sur la révolution informationnelle se situe dans le cadre du colloque « alternatives, émancipation et communisme ». Cependant, selon moi il n'y a pas un « a priori » de société communiste, de façon sectaire, mais des enjeux de civilisation nouvelle de nos jours pour toute la société. Et peut-être, alors, y a-t-il un « a posteriori » de l'analyse des potentiels de partage, de mise en commun jusqu'à chacun, et donc des caractéristiques d'un communisme de liberté pour chacun de cette civilisation qui deviendrait possible, face aux conditions nouvelles de l'humanité, vers laquelle on pourrait avancer avec des transformations démocratiques radicales » . Pour résumer Ces théoriciens développent la théorie dune "révolution informationnelle" selon laquelle « Le Capitalisme a changé de base, il nest plus le capitalisme de la révolution industrielle mais un capitalisme informationnel aux prises avec les contradictions engendrées par les usages marchands, élitistes, du travail de linformation » (J.Lojkine). Dans la même veine, linformation nest pas une marchandise, cest un bien collectif non-rival qui peut être partagé à linfini. Mais elle est désormais devenue une « marchandise » de plus en plus déterminante alors que lefficacité informationnelle soppose justement à cette logique marchande, doù lapparition de nouvelles contradictions au sein du capitalisme. Cest le besoin de partage qui sopposerait désormais au capitalisme et appellerait cette nouvelle révolution. « Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusquà léchelle de toute lhumanité. Ce serait une des bases dune société future possible de partage, que lon pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun » (P.Boccara) Dans la révolution informationnelle, il y a remplacement par des moyens matériels de certaines opérations du cerveau, dopérations informationnelles, comme avec les ordinateurs. Laliénation du savoir-faire des informaticiens crée une nouvelle classe révolutionnaire. Lenseignement devient permanent, permis par les gains de productivité et/ou par les périodes dinactivité (variante en temps de crise), ce qui justifie « des parcours professionnels, à lopposé de la précarisation. » selon M . G. Buffet. La disparition quasi-totale du travail aliéné deviendrait alors possible. [à suivre]
Edité le 20-01-2018 e 20:23:40 par Xuan
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 17-05-2013 à 22:50:47
| | 1 - Approximations et escroqueries conceptuelles Lexpression révolution informationnelle , partant de lidée initialement généreuse du partage et dune société libérée des rapports marchands, repose sur deux escroqueries conceptuelles, ou au minimum sur des approximations inacceptables venant dun « agrégé d'histoire et maître de conférences honoraire en science économique », dun « sociologue et directeur de recherche émérite au CNRS », et dun « directeur de recherche honoraire au CNRS ». La notion de révolution élude par son absence de définition sa nature technique ou sociale et passe allègrement de lune à lautre comme si elles pouvaient être indifférenciées. La notion dinformationnel ne caractérise pas lensemble des propriétés de la révolution informatique, mais privilégie linformation au détriment du reste sans aucune justification. Disparaissent dans les perspectives de nos théoriciens tout les aspects matériels de la révolution informatique, et avec eux sa fabrication industrielle, ses coûts, les rapports sociaux de sa production et de sa mise en uvre. On ne parlera pas des suicides des ouvriers de Foxconn ou de France Télécom. Concernant linformation elle-même, ces théories ne considèrent que son échange gratuit, cest-à-dire sa valeur dusage. La contradiction entre cette généreuse valeur dusage et son opposé marchand deviendrait ainsi la principale contradiction du système capitaliste. Il nen est rien.
Edité le 17-05-2013 e 22:51:24 par Xuan
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 17-05-2013 à 22:58:14
| | 2 - Linformation invendable Sous le titre « L'information, produit stratégique et son statut », Verroust écrit : « Afin de faire comprendre le type de problèmes auquel est confronté le système économique, nous allons examiner le statut de l'information comme marchandise . Nous avons vu qu'aujourd'hui l'homme, au lieu de créer directement des objets avec des outils ou des machines qu'il conduit directement, incorpore des parties de son savoir de production/création dans des machines automatiques de type nouveau sous forme d' information » . A moins de prendre les ouvriers pour des bêtes de somme, le travail productif a toujours incorporé dans la marchandise du travail manuel et du savoir de production /création. La particularité du travail dit manuel est quil incorpore les deux et pas seulement du savoir isolé de toute transformation matérielle. « Si cette information qui constitue une partie de lui-même devient propriété de son employeur, celui-ci ne possède pas simplement un produit fabriqué par son salarié mais la force productive de ce salarié, une partie du travailleur lui-même . Il se constitue ainsi un rapport esclavagiste... Rappelons qu'en économie capitaliste sont inaliénables tant les uvres de l'esprit que tout ou partie de la personne. Et l'introduction récente dans le droit de dispositions dépossédant les salariés de leur production informationnelle au profit de leur employeur, si elle a été motivée par le souci de défendre les intérêts des classes possédantes, pose des problèmes d'éthique graves et crée des contradictions inextricables. Remarquons que cette relation entre travail vivant et travail mort avait déjà été étudiée au XIXe siècle, mais elle ne concernait alors que quelques aspects marginaux de l'incorporation de tours de mains ouvriers dans quelques machines-outils. » Remarquons plutôt que la relation entre le travail mort et le travail vivant est celle entre la matière première et les moyens de production achetés par le capitaliste dun côté, et la plus-value créée par les ouvriers de lautre, cest la contradiction entre le Capital et le travail et non lincorporation de tours de main (cf Denis Collin : le concept de travail mort). Par contre il est notoire que les tours de main ouvriers nont rien de marginal au XIXe siècle. Cest aujourdhui et dans la grande industrie quils deviennent marginaux non seulement chez les ouvriers mais aussi chez les techniciens, par suite de la standardisation, de lautomatisation, de la généralisation des modes opératoires et des contrôles qualité. A présent les tours de main sont de plus en plus réservés à lartisanat. Notre distingué « agrégé d'histoire et maître de conférences honoraire en science économique » ne peut pas dissimuler son mépris dintellectuel pour la classe ouvrière : sil sagit dincorporer quelque réflexion dans une marchandise, cest le cerveau du programmeur qui est dépouillé. Pour les prolétaires cest moins grave : juste un tour-de-main. Mais à supposer quils bougent leurs membres comme une grenouille décervelée, lexploitation ne leur arrache les bras que lors dun accident du travail et non dans le cours normal de la création de plus-value. Et linformation nest pas davantage une partie du salarié programmeur que leffort physique nest une partie du terrassier. En fait la question traduit surtout leffroi de certains salariés jusque là privilégiés de tomber dans le prolétariat, au lieu de sen détacher. La thèse de laccaparement de la force productive du programmeur suppose que linformation introduite dans une machine ou une marchandise devient une force productive, du travail vivant. A ce titre nimporte quelle machine intégrant une invention, un brevet ou nimporte quelle création de lesprit pourrait par elle-même créer de la plus-value. En réalité sa valeur initiale est restituée sous forme de marchandise, jusquà ce quune « information » nouvelle plus pertinente ou plus efficace vienne la remplacer. « Il faut en outre rappeler, qu'en droit et en économie politique l'information n'est pas une marchandise . En effet, une marchandise est une chose possédée qu'on n'a plus lorsque, lors d'une transaction, on l'échange contre de l'argent. Or dans le cas de vente d'information le vendeur reste propriétaire de cet objet qu'il peut continuer à vendre indéfiniment. On comprend les règles souvent étranges de fixation des prix par exemple de logiciels, et l'absurdité de certains chiffres donnés sur le coût du piratage, en fait rigoureusement impossible à chiffrer » . [id.] Verroust joue sur la définition ambigüe de la notion dinformation, qui recouvre à la fois les données, leur codage et leur traitement, soit : - Le BIOS, système dopérations élémentaires dune machine - Le système dexploitation permettant lutilisation dune machine, comme Windows ou Linux - Les progiciels comme Microsoft Office - Les applications de ces progiciels, comme une base de données Access dédiée à un usage particulier (budget familial, gestion dune collection de timbres, suivi de maintenance, gestion dentreprise type SAP, ou gestion de chambre de compensation internationale). - Les données. - La transmission des données par liaison directe, réseau industriel, intranet, courrier électronique, internet, etc. Au sens strict ce sont les données qui contiennent linformation, tandis que le logiciel constitue un moyen de stockage, de traitement ou de transmission des données. Verroust maîtrise parfaitement la distinction entre tous ces éléments, quil confond volontairement dans le concept d information . A ce degré de confusion celle-ci peut être étendue à son support matériel : Par exemple un logiciel est un ensemble dinstructions écrit dans un langage évolué de programmation. A laide dun langage encore plus évolué, plus convivial et destiné à lutilisateur, il permet de traiter les données, par exemple rédiger et mettre en forme un texte. En sens inverse le logiciel nest utilisable par lordinateur quà travers sa compilation en langage machine, cest-à-dire une combinaison détats électriques. A ce stade le logiciel est évidemment matérialisé. Mais du reste il lest aussi tout au long de sa création sur une machine, à travers les divers codages et leur enregistrement. Où devient-il immatériel ? Dans le cerveau du programmeur ? Non plus. Poursuivons le raisonnement de Verroust sur la vente fictive de linformation. Chacune de ces créations de lesprit peut être effectivement vendue tout en restant la propriété de son vendeur. Quel est le mystère de cette escroquerie ? En fait ce nest pas le logiciel qui est vendu mais le droit à son utilisation. La preuve en est quà lexception des logiciels libres le code-source nest généralement pas rendu ouvertement disponible et modifiable par tous. Dautre part la vente du même logiciel nest pas infinie, à cause de la concurrence, de lobsolescence de tous ces produits, et de la nécessité de vendre de nouvelles versions pour éviter de saturer le parc.
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| Posté le 17-05-2013 à 23:05:19
| | 3 - Prédominance de linformation ou de lindustrie Selon Boccara, « A la prédominance des activités industrielles succèderait celle des activités informationnelles, comme la recherche, la formation, l'accès aux données, etc. » On appréciera à la fois labsence de données chiffrées et le prudent conditionnel qui en résulte. Mais rien ne permet daffirmer que les activités informationnelles vont prédominer sur les activités industrielles, à supposer quelles se développent séparément de ces dernières. De quelle prédominance sagit-il dans ces activités ? Au fond il ne peut être question que de leur prédominance économique, cest-à-dire de leur valeur ajoutée. Boccara ne le dit pas. Passons sans insister sur la bulle internet dans la fin des années 90. Matthieu Glachant, (Cours Intelligence Economique CERNA-Ecole des Mines de Paris 2001), dans le document « Economie de lInformation », englobe dans cette économie les biens informationnels numérisables et les technologies de linformation et de la communication (TIC). Cela représentait alors 8 % du PNB américain et 5 % du PIB en France. Lobservatoire du numérique relevait que la part des TIC dans les principaux pays européens sétablissait entre 3,51 % et 6,31 % en 2009 : Plus récemment en 2011, une étude du Medef sur Limpact de léconomie numérique indiquait : « Le secteur des TIC comprend les entreprises de lindustrie, des services et du commerce de gros exerçant leur activité dans les domaines de linformatique, des télécommunications et de lélectronique. Cest un secteur totalisant en France près de 800 000 emplois, dégageant un chiffre daffaires de 190 milliards deuros en 2005 et réalisant 6,2 % de la valeur ajoutée marchande » . La même étude regrettait le manque de données statistiques et relevait linterpénétration entre les TIC et lindustrie classique. Dans ces études, léconomie des TIC ne se limite pas à linformation au sens strict mais englobe leur support, leur traitement et leur transmission, qui sont bien des activités industrielles. Quant à linterpénétration avec lindustrie, que la quasi-totalité des entreprises utilisent les TIC ne change pas la nature de leur production. Dans tous les cas la prédominance des activités informationnelles sur les activités industrielles ne correspond pas aux faits. Sans développer lensemble du sujet, il faut noter que les pays impérialistes et leurs monopoles comme Microsoft sous-traitent pour des miettes des cartes électroniques en Asie et les réimportent pour les vendre cent fois plus cher. Même en comptant que la valeur ajoutée de la R&D, lingénierie de la conception et de la mise en uvre de ces cartes, soit très élevée, la prédominance de lactivité informationnelle sur lactivité industrielle relève ici des rapports de domination impérialistes, et sapparente au transfert des profits de la sous-traitance au donneur dordre, ou bien aux marges arrières réalisées par la grande distribution et lindustrie agricole sur les producteurs.
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| Posté le 17-05-2013 à 23:09:39
| | 4 - Passage au numérique dans un process industriel Avant le numérique la forme binaire des commandes simples et des retours détat existait déjà dans les automatismes industriels : commandes de marche/arrêt, avance/recul, montée/descente, ouverture/fermeture et les retours correspondants des fins de course et capteurs de présence ou de position appropriés aux matériaux ou aux mouvements à détecter. Ces signaux logiques étaient depuis longtemps utilisés au fil des techniques. Lélectronique sous forme de composants discrets puis de microprocesseurs a permis dunifier et de standardiser leur format, et de traduire leur combinaison avec lalgèbre binaire de Boole, inventée en 1854, et dont lapplication aux machines fut mise en lumière par Paul Shannon en 1936. Les bases théoriques existaient donc bien avant lintroduction du numérique dans lindustrie. De même lexploitation des signaux analogiques existait déjà auparavant et utilisait la conversion des mesures physiques en signaux équivalents : mécaniques, pneumatiques, électriques, hydrauliques, destinés à agir en retour sur le procédé par un actionneur (accélération/décélération dun moteur, ouverture/ fermeture dun positionneur de vanne, commande dun thyristor de chauffage, etc.). Ces techniques de régulation mettaient en jeu une grande quantité et une grande variété de pièces en mouvement, sujettes à des contraintes physiques pouvant les user ou les détruire. Leur fabrication, leur exploitation et leur entretien faisaient appel à des métiers très divers, à de longues expériences et à des qualifications parfois pointues. La conversion de tous les signaux analogiques en signaux électriques puis en en signaux numérisés a permis la traduction binaire de toutes les mesures physiques (vitesse ou fréquence, tension, intensité, déphasage, déplacement, température, humidité, pression, débit, viscosité, couple, niveau, distance, luminosité, couleur, etc.). La précision est améliorée et certains calculs automatiques peuvent être réalisés qui ne létaient pas auparavant : La régulation de la vitesse et du courant existaient déjà sous forme analogique dans les technologies antérieures, mais la numérisation permet des innovations fonctionnelles dans les variateurs de vitesse. Par exemple la commande vectorielle, cest-à-dire les calculs matriciels sur les courants actif et réactif, permet de modéliser le moteur et de commander avec précision la tension et la fréquence qui lui seront délivrées, y compris à basse vitesse. (NB : le calcul matriciel remonte à 1850) Autre exemple, un régulateur auto-adaptatif injecte un échelon dans la boucle de régulation, mesure le retard et la pente de la réponse, et peut ainsi calculer les actions proportionnelle, intégrale et dérivée de la régulation. Ceci supprime une part de lactivité du régleur. La miniaturisation des cartes électroniques et leur fabrication industrielle en Asie abaisse les coûts. Le dépannage, que les procédés multicouches rendent impossible dans la plupart des cas, coûte plus cher que le remplacement. Lélectronicien peut se recycler. La standardisation numérique des signaux logiques et analogiques permet de les traiter simultanément dans un automate, qui concentre dans un volume réduit une grande quantité dopérations tout ou rien, de boucles de régulation et de motorisation, et peut également communiquer avec un poste de conduite, voire avec lensemble du réseau de production de lentreprise. Ceci supprime une très grande partie du relayage dans les armoires électriques. Prenons le cas de la numérisation et de la refonte dun ensemble motorisé dans une entreprise industrielle, les modifications apportées comprendront notamment : > Le remplacement des dynamos tachymétriques par des codeurs optiques > Le remplacement des composants électroniques discrets des variateurs de vitesse (composants passifs, diodes, transistors et ampli op) par des microcontrôleurs permettant la modélisation du moteur et sa commande par des calculs complexes. > Le remplacement des thyristors par des transistors de puissance. > Le remplacement des moteurs continus par des moteurs asynchrones > Le remplacement de la plupart des transmissions mécaniques (renvois dangle, réducteurs, trains dengrenages, etc.) par des moteurs séparés et synchronisées par fibre optique. > Le remplacement du relayage de commande par un automate et ses interfaces. > Le remplacement pour lutilisateur des cadrans à aiguille, du pupitre à voyants et boutons par un clavier et un écran, et un réseau industriel de données process. Comme dans la téléphonie, la bureautique et dans linformatique grand public, la numérisation dans lindustrie nexiste pas sans support matériel. Elle implique et génère la création de nouveaux matériels et technologies, leur simplification et leur standardisation. Linformatisation fait donc partie intégrante de la production industrielle et ne se substitue pas à elle. Un autre aspect quon devine aisément est le prix considérable de cet investissement en matériel, démontage, montage, câblage, programmation, mise au point et en formation des utilisateurs.
Edité le 18-05-2013 e 08:56:59 par Xuan
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| Posté le 17-05-2013 à 23:17:10
| | 5 - Conséquences de lautomatisation Lautomatisation et linformatisation vont du simple vers le complexe dans toutes leurs applications. Il ne sagit pas d intelligence artificielle mais de lapplication de scénarios prédéterminés à des variables de commande ou à des conditions environnantes, afin dobtenir la réponse souhaitée. Ce sont fondamentalement des recettes paramétrables. La somme et la combinaison de dizaines dautomatismes dans un process industriel, somme qui peut être multipliée par la mise en parallèle de plusieurs chaînes de production, confère à tout lensemble une grande complexité. Cela aboutit à un changement qualitatif, au miracle apparent dune immense machine obéissant au doigt et à lil, dans un laps de temps très réduit, avec précision et reproductibilité. Mais en même temps la conduite du procédé suit le chemin inverse pour remplacer la grande variété de techniques et de matériels par une interface simple et standardisée, dont lapprentissage est plus rapide. Standardisation et simplification des matériel, gain despace, de mise en uvre, diminution des pannes et du stock de pièces détachées. La suppression de pièces en mouvement entraine la réduction drastique des effectifs mécanos. La maintenance est simplifiée moyennant une formation sommaire des électriciens aux automates programmables, la programmation étant réservée aux informaticiens industriels. Les qualifications des électroniciens ne sont plus utiles et dans une moindre mesures celles des régleurs. Certaines compétences dingénierie restent indispensables notamment au moment de la conception et de la mise en uvre, mais lorsque linstallation est rôdée elles ne sont plus nécessaires. Les tâches des ouvriers sont allégées, cest-à-dire quune même dépense dénergie physique et intellectuelle produit davantage de valeur ajoutée, mais de surcroît leur nombre est réduit. Ce sont dailleurs leurs postes de travail là où est créée la plus value qui sont les plus réduits. Lautomatisation ne se traduit donc pas par un travail moins pénible mais par des licenciements, et la redistribution des tâches entre ceux qui restent, soit une augmentation de la productivité et une charge de travail individuelle plus élevée quavant : conduite simultanée de plusieurs machines et ajout de tâches annexes (contrôle, prélèvement, compte-rendu, suivi dincidents, Assurance Qualité, approvisionnement, entretien et nettoyage, dépannage de première intervention, etc.). Une partie des savoir-faire spécifiques à lentreprise et liés à lutilisation dune grande variété de matériels et de technologies devenus caducs disparaissent avec eux. Les opérations les plus courantes peuvent être exprimées en modes opératoires, ce qui permet la sous-traitance dune grande partie de la maintenance par du personnel au forfait (en fait en régie), et lintroduction dun volant dintérimaires en fabrication. Laliénation des connaissances de lhomme à la machine seffectuant souvent dans le contexte de licenciements, ceux qui partent ne vont pas révolutionner lentreprise. Pour ceux qui restent le principal problème est la charge de travail accrue à salaire constant. Lintroduction du numérique nentre pas en conflit avec le capitalisme mais accentue la contradiction Capital Travail. Incidence sur la composition organique du capital Les « informations » transmises au sein du réseau de production et « lintelligence artificielle » intégrée dans les « capteurs intelligents » , les automates et les calculateurs ne sont pas plus gratuites quautrefois les mesures de signaux physiques, les relevés et les calculs réalisés manuellement (mis à part le fait quune partie dentre elles étaient déjà automatisées et intégrées dans les matériels). Auparavant elles nécessitaient du travail vivant, désormais ce travail vivant a été cristallisé dans les matériels et les logiciels et il soppose non pas au désir déchange gratuit mais au travail vivant lui-même comme le Capital soppose au travail. Ce qui les caractérise également est quelles ne produisent pas de plus-value mais que leur valeur est restituée dans la marchandise sous la forme damortissement. Les nouvelles technologies permettent daugmenter la productivité, cela passe par la diminution des postes de travail. Les gains de productivité réalisés saccompagnent de la diminution relative du travail vivant et de la plus-value quil produit, par rapport à linvestissement du capitaliste dans la refonte de son installation, et on a vu que cet investissement était considérable. Cet accroissement du capital constant relativement au capital variable, et que Marx définissait comme lorigine de la baisse tendancielle du taux de profit, réduit ces gains de productivité. Certains économistes considèrent que laccaparement des profits industriels par le capital financier est la cause principale de cette dégradation. Quoi quil en soit laccaparement des profits industriels par le capital financier passe notamment par les investissements, et dans tous les cas les gains de productivité sont dilapidés. Selon Patrick Castex dans Baisse des taux de profit et dintérêt en France, les gains de productivité sont anéantis et il y a une baisse réelle des taux de profit industriels :
Edité le 17-05-2013 e 23:19:29 par Xuan
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| Posté le 17-05-2013 à 23:21:58
| | 6 - Lemploi et la formation Le parcours de la suppression de poste passe généralement par la case Word-Excel, cest une bonne occasion pour les entreprises formatrice de tondre la laine sur le dos des licenciés et pour ces derniers de perdre du temps. Selon M. G. Buffet dans ses propositions pour lemploi, mises en ligne le 22 janvier 2007, « Il est possible, en utilisant autrement les nouvelles technologies, daller vers la disparition du chômage et de la précarité en conciliant sécurité et mobilité. » Cest-à-dire dans les «parcours professionnels, à lopposé de la précarisation. » de combler les périodes de chômage par des périodes de formation à de nouveaux emplois. Lors des transformations technologiques liées à lautomatisation et à la conduite informatisée des installations, les capitalistes ont exigé un niveau dinstruction très supérieur pour lembauche des ouvriers. Tandis quun ouvrier bachelier en 1970 était considéré comme un martien, il lui fallait un bac technique voire un BTS en 2000. Mais suite à la dégradation des grilles de classification dans les années 90 et au blocage des salaires, louvrier doté dun bac ou dun BTS na pas été payé plus cher que son aîné 20 ans plus tôt. Aujourdhui il savère que les opérations réalisées par ces ouvriers diplômés ne sont pas plus compliquées quautrefois. Au contraire, laide à la conduite sur écran et la multiplication des modes opératoires aboutit à simplifier son apprentissage, rendant caduc tout le savoir pratique emmagasiné par les anciens. Le surplus de formation naboutit donc quà garantir au capitaliste une polyvalence sur tous les postes de travail. Tandis que dans le passé les ouvriers pouvaient monnayer chaque changement de poste. Il en résulte que si la formation scolaire ou extrascolaire peut sembler à chaque ouvrier pris isolément une porte de sortie vers une qualification ou une garantie demploi, en réalité le système capitaliste fait de cette formation un moyen de pression supplémentaire sur lensemble des salaires et des qualifications et lui assure une polyvalence quasi gratuite. Concernant la formation des ouvriers dans le système capitaliste, Marx notait ceci : «
faire apprendre à chaque ouvrier le plus de branches de travail possibles de façon que s'il est évincé d'une branche par l'emploi d'une nouvelle machine ou par une modification dans la division du travail, il puisse se caser ailleurs le plus facilement possible. Supposons que ce soit possible: La conséquence en serait que, lorsqu'il y aurait excédent de bras dans une branche de travail, cet excédent se produirait aussitôt dans toutes les autres branches de la production, et que la diminution du salaire dans une branche entraînerait encore plus fortement qu'auparavant une diminution générale immédiate. » [travail salarié et capital] La formation des salariés ne constitue donc absolument pas un viatique pour « un meilleur emploi, avec une garantie de droits et de revenus relevés » comme le prétendait M.G.B. [ la question de lemploi dans arracher la classe ouvrière au révisionnisme moderne]
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| Posté le 17-05-2013 à 23:37:10
| | 7 - Partage des informations bien ordonné
Boccara écrit : « Au plan économique, ce qui est bouleversé avec le passage de la révolution industrielle fondée sur la machine-outil à la révolution informationnelle, c'est que la première est liée à l'échange, au marché, alors que l'autre implique des partages jusqu'à l'échelle de toute l'humanité. Une machine-outil est ici ou elle est ailleurs, dans un unique endroit. Ce qui est l'une des bases de la propriété privée capitaliste. Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu'à l'échelle de toute l'humanité. Ce serait une des bases d'une société future possible de partage, que l'on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun » . Dans le cadre de lentreprise, linformation ne sort pas de lintranet et elle est maîtrisée par la direction de lentreprise. En ce qui concerne le réseau spécifique au procès de production, il relève du secret de fabrication et ne risque pas dêtre partagé gratuitement aux confins de la planète. Lesprit de corporation chez certaines catégories intermédiaires de salariés fait aussi que les logiciels ne sont pas plus accessibles aux ouvriers que le magasin doutillage. Boccara ajoute : « Déjà, on ne vend pas, on n'achète pas à l'intérieur d'une multinationale, mais on y partage, par exemple les coûts de recherche. » Il est fréquent quune grande entreprise se subdivise en entités, leur vend une matière première et leur rachète le produit fini ou semi-fini, afin doptimiser ses plus-values ou déchapper à une fiscalité plus contraignante. Sil faut partager les coûts de recherche, la solution consiste à supprimer les services R&D pour nen conserver quun seul. « Avec la révolution informationnelle
C'est aussi la possibilité de traitement nouveau de tout ce qui est information, pas seulement des écrits, et notamment le fait que chacun peut, en principe, intervenir sur ces informations. Cela pourrait s'opposer à la scission entre lecteurs et auteurs, avec l'imprimerie qui a accompagné la révolution industrielle. » [id.] Là encore, et à limage du règlement intérieur, lintranet des entreprises nest pas destiné à remettre en cause le pouvoir dictatorial de la classe capitaliste. Plus encore, la liberté dexpression sur les réseaux sociaux sarrête aux rapports de domination de classe, les exemples de licenciement qui lillustrent ne manquent pas. A linverse les possibilités de communication et de réécriture ont largement été mises à profit par le secteur financier dans le cadre des chambres de compensation. Les nouvelles technologies dans ce cas naugmentent pas la productivité mais accélèrent le cycle de rotation du capital. Denis Robert raconte avec force détails à propos de laffaire Clearstream comment la révolution informationnelle a permis de transférer virtuellement les capitaux à grande vitesse (la compensation financière réelle étant réalisée a posteriori), comment la manipulation des bases de données permet docculter des opérations, des noms ou des destinations dans lensemble du trafic, den effacer les traces pour les enquêteurs, voire dajouter des opérations fictives, comme dans le cas des faux listings. Sur les chambres de compensation, voir la série de vidéos laffaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo . Elles sont dinspiration réformiste mais très instructives.
Edité le 17-05-2013 e 23:56:25 par Xuan
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 17-05-2013 à 23:58:28
| | 8 - La valeur du travail gratuit « il y a conflit entre l'usage capitaliste et l'usage "communiste" des nouvelles technologies de linformation, comme l'a bien vu Bill Gates, adversaire implacable des "logiciels libres" ! Il y a conflit antagonique entre le "traitement" capitaliste de l'information selon la logique de la rentabilité, de l'évaluation marchande, et l'essor des services collectifs de formation de l'humain (éducation, recherche, culture, communication, urbanisme, santé, protection sociale), de développement des individus, de création, de coopération. » [ interview de Jean Lojkine sur Mediapart] La gratuité des logiciels libres sarrête malgré tout à lestomac. Comme toute activité bénévole elle ne peut se développer que dans la mesure où les besoins indispensables sont déjà satisfaits. Mais outre le fait quelle ne peut concerner quune fraction de la population, parmi les couches déjà nanties, son poids dans les rapports sociaux de production est nul. Dautre part il est faux daffirmer quà lopposé de la gratuité les capitalistes veulent vendre linformation le plus cher possible, ceci dépend de leur position monopoliste ou concurrentielle à léchelle mondiale, et de la saturation du marché. Chacun des aspects vus précédemment, quil sagisse du code-source, du progiciel, de son application, de la création dun blog ou du renseignement des données dans un formulaire peut résulter dun travail gratuit, réduit par conséquent à sa valeur dusage. Le travail réalisé possède alors la même valeur déchange quune création tombée dans le domaine public, cest-à-dire rien. Que ce travail gratuit soit partagé ou non, quil soit répandu aux quatre coins de la terre ou quil dorme sur une cassette ou un CD ne change rien au fait quil ne participe pas davantage de la production et des rapports sociaux de production que la culture dun potager ou la passion du philatéliste. Il sagit ici du travail individuel et improductif de lamateur, et non de lachat du PC, des semences ou des timbres, qui à linverse réalise la plus-value de ces différentes marchandises et la transforme en argent. Mais lachat et la vente, cest-à-dire les rapports marchands ont précédé le capitalisme et ne prendront pas fin avec lui. Nimporte forme numérique peut être vendue et comporter une valeur déchange. Dans ce cas le partage ne concerne que laspect gratuit considéré, même sil est « étendu à toute lhumanité ». A supposer que la part commercialisée soit infinitésimale, dans le but de toucher la clientèle la plus large, considérer que ce mouvement tend vers la gratuité ignore que le gain dérisoire multiplié par des milliards de clients devient à terme une somme colossale. Supposons quun logiciel libre soit utilisé gratuitement par un programmeur, rien ne lempêche den commercialiser des applications spécifiques destinées à des particuliers ou à des industriels. Dans ce cas il vendra à la manière dun artisan le produit de son travail, additionné à lusure de sa machine et à la péremption des systèmes dexploitation quil a dû acheter par ailleurs. Et par la même occasion prend fin laventure gratuite et la liberté du logiciel partagé, lesquels ne sopposent pas davantage au capitalisme que le vol à létalage.
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 18-05-2013 à 00:00:53
| | Conclusion Les thèses de la révolution informationnelle privilégient artificiellement linformation dans lensemble des transformations récentes de la production. Il savère que la production « non matérielle » et la production matérielle se fondent lune en lautre, et que léconomie spécifique des TIC ne prédomine pas. Dans lindustrie, comme dans les autres domaines, les transformations sont essentiellement dordre technologique, même si le virtuel et limmatériel envahissent lunivers de la représentation. Les principales transformations sociales dans le cadre du capitalisme sont laccroissement de la productivité et les licenciements, la simplification des tâches et la prolétarisation des catégories intermédiaires, dont le statut privilégié est remis en cause. Ce déclassement est à lorigine de nombreuses thèses sur lémergence de nouvelles classes révolutionnaires qui prendraient la place davant-garde de la classe ouvrière. La théorie de la « révolution informationnelle » en fait partie. En fait ces transformations dans les catégories intermédiaires peuvent les rapprocher et en faire des alliés de la classe ouvrière, mais elles ne modifient pas fondamentalement la contradiction principale entre le Capital et le Travail ni celle entre la bourgeoisie et la classe ouvrière. Les gains de productivité, comme laccélération du cycle de reproduction du Capital, nopposent pas les nouvelles technologies au Capitalisme mais elles accentuent ses contradictions internes. Laccroissement des profits par rapport aux salaires saccompagne de laugmentation de la composition organique du capital et de la baisse tendancielle du taux de profit industriel. Si on tient compte dautres aspects inséparables comme la surexploitation, la concurrence sur les salaires, laccaparement des profits industriels par le capital financier, la propagation rapide des bulles financières et la guerre des monnaies, plusieurs causes sont réunies pour une crise mondiale prolongée. La théorie de la « révolution informationnelle » déduit les changements de comportement sociaux, voire une révolution sociale des progrès techniques. Mais les progrès techniques servent aussi à faire la guerre tout comme lenfer est pavé de bonnes intentions.
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| Posté le 19-05-2013 à 13:33:25
| Note sur l'augmentation de la composition organique du capital et la baisse tendancielle du taux de profit Pour ne pas alourdir, et parce que ce nest pas le fond du sujet, tous les graphiques ne figurent pas, ni les explications quon peut retrouver avec les définitions des variables à partir du lien Baisse des taux de profit et dintérêt en France. Le texte contient une grande quantité dabréviations et ça naide guère. De plus les barres de fraction apparaissent mal sur les graphiques, de sorte quil faut lire : VAB/E, Kc vol /E et VAB / Kr Je précise aussi quil existe dautres thèses que celle de Patrick Castex et quon nest pas obligé davaler tout ce quil écrit. Pour faciliter la compréhension quelques définitions : VAB est la Valeur Ajoutée Brute « La VAB est la valeur de la production moins celle des consommations intermédiaires nécessaires à cette dernière : cest, au niveau macroéconomique, la « véritable production » brute du système productif qui permet de calculer le Produit intérieur brut, le PIB (aux impôts sur les produits, essentiellement la TVA, près). » [Patrick Castex] Sur le graphique VAB/E est la valeur ajoutée brute divisée par le nombre demploi soit la valeur ajoutée par salarié. Kc est la « composition technique du capital » Cest la proportion entre la masse des moyens de production employés et la quantité de travail nécessaire pour les mettre en uvre. Kc/E est cette proportion ramenée à chaque salarié La composition organique du capital exprimée en valeur est le rapport entre la partie constante (la valeur des moyens de production) et la partie variable (la valeur de la force ouvrière, la somme des salaires). Dautres coefficients dont je nai pas affiché les courbes sont le prix relatif du capital qui dépend des taux dintérêt, et la réévaluation du capital comptable qui intègre la spéculation boursière. Ils corrigent Kc pour obtenir Kr. Kr est la « productivité apparente du capital » Selon lINSEE : La productivité « apparente du capital » ne tient compte que du seul facteur capital comme ressource mise en uvre. Le terme « apparente » rappelle que la productivité dépend de l'ensemble des facteurs de production (travail et capital) et de la façon dont ils sont combinés. Elle est usuellement mesurée en rapportant la richesse créée au facteur capital - la richesse créée est mesurée par la valeur ajoutée (évaluée en volume) - seul est retenu le volume de capital mis en uvre dans le processus de production, c'est-à-dire le capital fixe productif. » Il vient que la dernière courbe est le rapport VAB/Kr, cest-à-dire la plus-value divisée par la composition technique du capital (corrigée par plusieurs taux). Lorsque Marx explique la baisse tendancielle du taux de profit, il prend : c le capital constant (moyens de production) v le capital variable (salaire) s le surtravail p le taux de profit résulte du calcul p=s/(c+v) On voit que si le capital constant augmente le taux de profit diminue, à productivité égale. Le calcul de Patrick Castex est différent, puisque pour lINSEE les salaires résultent du « partage de la valeur ajoutée » et napparaissent pas dans le calcul, mais il fait quand même apparaître le rapport de la valeur ajoutée divisée par le capital constant. Ci-dessous la définition de Marx quon peut retrouver intégralement ici : « Le salaire et la journée de travail étant donnés, un capital variable déterminé, un capital de 100 par exemple, correspond à l'emploi d'un nombre déterminé d'ouvriers et est la caractéristique de ce nombre. Supposons que le salaire de 100 ouvriers soit de 100 £ pendant une semaine; si ces ouvriers fournissent autant de surtravail que de travail (c'est-à-dire s'ils travaillent une moitié du temps pour reproduire leur salaire et l'autre moitié pour créer de la plus-value pour le capitaliste), ils produiront une valeur de 200 £, comprenant 100 £ de plus-value. Le taux de la plus-value sera donc de 100 % et il donnera lieu, ainsi que nous l'avons vu, à des taux de profit p' très différents, suivant l'importance du capital constant c et du capital total C, car le taux du profit est exprimé par pl / C. Si c = 50 v = 100; p = 100/150 = 66 % Si c = 100 et v = 100; p = 100/200 = 50 % Si c = 200 et v = 100; p = 100/300 = 33 % Si c = 300 et v = 100; p = 100/400 = 25 % Si c = 400 et v = 100; p = 100/500 = 20 % Un même taux de plus-value, avec un même degré d'exploitation du travail, donne lieu à un taux de profit allant en décroissant, lorsque la valeur du capital constant et par conséquent la valeur du capital total vont en augmentant. » [K. Marx : Le Capital - Livre III - Le procès d'ensemble de la production capitaliste -§ 3 : Loi tendancielle de la baisse du taux de profit - Chapître XIII : La loi en elle-même]
Edité le 06-02-2016 e 11:08:53 par Xuan
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| Posté le 20-01-2018 à 20:45:38
| Un article paru récemment sur reporterre. Il ne relie pas explicitement la robotisation à la course au profit maximum dans la société capitaliste, mais oppose "les nouvelles technologies" à ceux qui "voudraient défendre leur métier" . Cependant il en dénonce les effets nocifs et nullement bienfaisants pour le travail humain, comme l'indique le chapitre 5 précédent.
___________________________ Les robots ne libèrent pas les humains du travail, au contraire 10 janvier 2018 / David Gaborieau David Gaborieau est sociologue du travail à luniversité de Marne-la-Vallée.
Contrairement à une idée reçue, lautomatisation ne libère pas les humains du travail, mais les asservit davantage. Cest ce quexplique lauteur de cette tribune, qui invite à une « critique sans concession des nouvelles technologies ». David Gaborieau est sociologue du travail à luniversité de Marne-la-Vallée .
________________________________________ Avec les robots, les drones-livreurs, les exosquelettes et lintelligence artificielle, on nous promet la fin du travail pénible, voire la fin du travail tout court. Non seulement cette promesse est illusoire, mais elle cache ce que produisent déjà les automates dans le présent : une intensification du travail. La communication du groupe Amazon est un parfait exemple : elle met en avant des machines souriantes alors que des milliers dintérimaires sépuisent pour livrer les courses de Noël. Rappelons une évidence trop souvent mise de côté : la robotisation sinscrit dans le parfait prolongement dun modèle industriel dont nous connaissons déjà les principes et les conséquences. Il se caractérise par un usage à outrance des ressources naturelles et humaines, ressources quil épuise à son profit. Et lorsque des machines sont perfectionnées, cest bien pour augmenter la productivité des humains qui inévitablement travaillent autour. Malgré tout, lautomatisation est depuis longtemps présentée comme une forme de libération du travail humain. Andrew Ure, un des premiers penseurs de lindustrie, affirmait dès 1836 que « la plus parfaite manufacture est celle qui peut se passer du travail des mains » . En pleine époque des sweatshop [litt. « usine à sueur »] anglais, ces ateliers de misère de lindustrie textile qui brisaient les corps, la formulation était déjà osée. Intensification du travail et perte des savoir-faire Cette idée a fait un grand retour dans les années 1990, portée par un ouvrage célèbre dont le titre ne prévoyait ni plus ni moins que « la fin du travail ». Jeremy Rifkin y voyait les ouvriers disparaître sous ses yeux, remplacés par des machines. Lépoque était à loptimisme, les rapports de lUnion européenne annonçaient fièrement que « le taylorisme, cest fini » [1]. Près de trente ans plus tard, un homme sur trois ayant un emploi est toujours ouvrier en France [2] et les emplois industriels que lon dit « disparus » ont juste été déplacés dans des pays à bas coûts. La taylorisation peut même gagner du terrain, comme dans les centres dappel, où les dialogues sont devenus répétitifs sous leffet dun logiciel qui guide les conversations. Et les caissières vous le diront toutes, rien de pire que la tâche consistant à surveiller en même temps six à dix caisses « automatiques ».
Une usine japonaise de fabrication de chocolats. Malgré des échecs répétés, la prophétie de lautomatisation libératrice se renouvelle sans cesse. Une étude dOxford a récemment prédit que près dun emploi états-unien sur deux était voué à disparaître dici vingt ans [3]. Moins alarmiste, lOCDE estime tout de même que 9 % des emplois français présentent un « risque élevé dautomatisation » [4]. Si ces données ont de quoi faire peur, elles suscitent aussi certains espoirs. Une partie des défenseurs du revenu universel sappuie ainsi sur largument dun surplus de temps et dargent, libéré par les machines, que nous pourrions redistribuer pour le bonheur de tous. Mais il existe un décalage considérable entre la façon dont on simagine lautomatisation et sa réalité concrète. Les ouvriers de lautomobile le savent bien, eux qui entendent depuis longtemps les promesses de qualification et dautonomie tout en étant confrontés quotidiennement à lintensification du travail et à la perte des savoir-faire. Les médias participent pleinement à cette confusion : les journaux télévisés montrent des bras automatisés sur des chaînes de montage mais en arrière-plan les maladies du geste répétitif explosent. Elles sont de plus en plus précoces, comme dans les entrepôts de la grande distribution ou ceux de la vente en ligne. Et pourtant, les ouvriers de la logistique travaillent désormais avec de linformatique : ils ont des écrans tactiles accrochés au bras ou des casques audios pour recevoir les ordres dune voix numérique, une sorte de taylorisme assisté par ordinateur. La menace de lobsolescence devient courante et ruine toute possibilité dexpression Même lorsque la machine brise la santé, lautomate reste la solution miracle. Pour maintenir les cadences sans revoir lorganisation du travail, les industriels testent actuellement des exosquelettes et autres cobots, ces robots collaboratifs censés accompagner lhumain. Plutôt que de revoir lorganisation du travail, ils préfèrent pousser à son comble la logique techniciste en équipant le corps humain jugé trop faible dun artefact mécanique. Face aux impasses sanitaires, ils brandissent également le rêve dune usine sans ouvriers, mirage qui séloigne dès quon sen approche. Soyons patients, la souffrance au travail pour partie engendrée par la technologie va disparaître delle-même
grâce à la technologie. De cette façon, les discours sur la robotisation détournent les regards dun présent inquiétant vers un futur toujours réenchanté. Ce futur nest pas tracé davance mais les discours sur le progrès technique ont déjà un lourd impact. Ils rendent invisibles des pans entiers de nos sociétés, ceux quon voudrait ne pas voir, en nous faisant croire quils ont déjà disparu. Cet horizon robotisé permet aussi de signifier à tous ceux qui voudraient défendre leur métier quils feraient mieux de rester silencieux sils ne veulent pas être remplacés par une machine. Dans les entretiens annuels, dans les négociations syndicales, la menace de lobsolescence devient courante et ruine toute possibilité dexpression. Comment revendiquer des façons de bien faire le travail si lon est voué à disparaitre ? Combattre ces prophéties malveillantes implique de ne pas se focaliser sur un avenir trop lointain mais de regarder ce qui, dans le présent, rend indispensable une critique sans concession des nouvelles technologies. Avant de craindre ou despérer la disparition du travail, essayons dempêcher quil ne soit systématiquement dégradé au nom de la modernité productiviste. ________________________________________ [1] Dans le Livre vert de la Commission européenne, « Partenariat pour une nouvelle organisation du travail », 1997. [2] Selon lInsee, Enquête emploi 2012. Parmi ces ouvriers, la moitié appartiennent désormais au secteur tertiaire (logistique, transport, restauration, nettoyage
). [3] Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, The future of employment, Université dOxford, 2013. [4] OCDE, Synthèses sur lavenir du travail, « Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique », 2016.
Edité le 20-01-2018 e 22:15:56 par Xuan
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 20-01-2018 à 21:10:11
| Egalement sur reporterre. Les solutions préconisées sont purement réformistes mais elle observe à juste titre les conséquences sur la surpopulation ouvrière relative, due à l'explosion de l'intelligence artificielle . Il est clair que cette surpopulation relative conduit à une concurrence salariale accrue et à une baisse des salaires : Lintelligence artificielle est le défi majeur posé à lemploi humain 2 octobre 2017 / Tiffany Blandin Tiffany Blandin est journaliste indépendante. Elle collabore à Reporterre et vient de publier " Un monde sans travail ? " (Seuil-Reporterre) août 2017, 128 p, 12 €. L'intelligence artificielle est le défi majeur posé à l'emploi humain Le projet de modification du Code du travail affaiblit encore les droits des travailleurs. Or, explique lauteure de cette tribune, les progrès phénoménaux de lintelligence artificielle menacent les emplois de multiples secteurs dactivité. Cette situation devrait être au coeur du débat. Le monde du travail ne tourne pas rond. Ce constat sest imposé à moi au fil de mes reportages, interviews et rencontres de ces dernières années. Je noublierai jamais cette journée à la Maison souffrance et travail 78 de Poissy (Yvelines). Postée dans le bureau dune psychologue, jai écouté, des heures durant, des salariés victimes de harcèlement moral ou de burn-out se confier. Dévastés, ces hommes et ces femmes racontaient tous la même histoire : un management agressif, une volonté de bien faire, mais des objectifs de production inatteignables. En France, 480.000 professionnels souffrent à cause de leur travail. Et combien encore subissent sans rien dire une gestion de plus en plus tournée vers la performance, et acceptent de faire toujours plus, plus longtemps et plus vite
Quant aux jeunes, derniers arrivés sur le marché de lemploi, ils se voient surtout proposer des contrats de stagiaire, dautoentrepreneur, de pigiste et autres statuts précaires. En 2017, les employeurs peuvent tout se permettre, et les travailleurs nosent plus rien refuser. Plus de 6 millions de chômeurs [1] sont prêts à prendre leur place. Cest dans ce contexte que sinscrit la nouvelle réforme du Code du travail. Mise en place du CDI de projet, plafonnement des indemnités prudhomales ou encore généralisation des accords dentreprises
Le plan du gouvernement, selon Édouard Philippe, est d « attaquer le chômage sous tous les angles : les réticences à lembauche des patrons des petites et des très petites entreprises (
) mais aussi le coût du travail » . Comme si, pour réparer ce marché de lemploi, il fallait rendre les travailleurs plus flexibles, et moins chers. Lhumain ne sera jamais assez flexible, jamais assez bon marché, jamais assez performant Après une enquête dun an sur les évolutions futures du travail, je minterroge sur ces choix politiques. Pas seulement parce que la libéralisation du marché du travail, débutée dans les années 1970, na jamais permis dendiguer la montée du chômage. Mais aussi parce que le gouvernement éclipse une partie du problème : la révolution technologique. Je ne parle pas du récent développement des plateformes en ligne qui créent des jobs de chauffeurs ou de livreurs. Le gouvernement a prévu daméliorer le quotidien de ces travailleurs précaires avec son « plan indépendants » présenté le 5 septembre. Ce que les politiques semblent ignorer, cest la prochaine vague dinnovations autour de lintelligence artificielle. Des programmes intelligents sont actuellement testés dans les entreprises du monde entier. Dautres, plus évolués, sont en gestation dans les laboratoires des géants de la Silicon Valley. Depuis des décennies, linformatique, la téléphonie mobile ou internet ont permis d« augmenter » le travailleur. Aujourdhui, les technologies numériques sont capables de le remplacer en partie. Or, face à des programmes qui fonctionnent 24 heures sur 24, jours fériés compris, sans jamais se fatiguer, lhumain ne sera jamais assez flexible, jamais assez bon marché, jamais assez performant. La perspective de la fin du travail peut faire sourire. Depuis les débuts de lindustrialisation, les hommes craignent de se faire voler leur gagne-pain par les machines. Dès 1675, des tisserands londoniens se rebellaient contre lintroduction dappareils à produire des rubans. De nombreux penseurs ont théorisé cette question, comme Hannah Arendt, André Gorz ou Jeremy Rifkin. Or, la machine à vapeur et lélectricité nont jamais dévasté notre société, pas plus que linformatique ou internet. Cest pour cette raison que beaucoup pensent que lintelligence artificielle et ses applications ne sont pas une menace pour lemploi et la société. Le travailleur a plus que jamais besoin dêtre protégé Pourtant, des expertises comme celles de lOrganisation internationale du travail (OIT) ou du cabinet de conseil McKinsey & Company ont démontré que lautomatisation des métiers sera rapide, et touchera tous les secteurs en même temps. Les conséquences pourraient en être dramatiques : chômage de masse, mais aussi explosion des jobs précaires et des inégalités sociales. Létude de McKinsey parle ainsi de
1,16 milliard demplois automatisables dans le monde. Ces derniers mois, des dirigeants de la Silicon Valley, dont Marc Zuckerberg ou Elon Musk, se sont déclarés en faveur de linstauration dun revenu universel, possible réponse à la crise de lemploi future. Dernier exemple : ladministration de Barack Obama a publié en octobre 2016 un rapport sur lintelligence artificielle, alertant sur la question de la disparition des emplois. Alors, pourquoi les dirigeants français font-ils comme si tout cela nexistait pas, alors quils disent vouloir adapter le droit du travail aux réalités économiques ? Faut-il vraiment vider le Code du travail de sa substance, alors que le travailleur a plus que jamais besoin dêtre protégé ? Ne devrait-on pas, au contraire, réfléchir à des mesures pour prévenir la flambée des inégalités ? [1] Demandeurs demploi inscrits à Pôle emploi, toutes catégories confondues, en France métropolitaine.
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 20-01-2018 à 23:09:20
| | Complément sur la robotisation et le taux de profit On rappelle quau même titre qu'une machine, le robot ne produit ni surtravail ni plus-value. Sa valeur est simplement transférée dans la marchandise quil produit. La réduction du capital variable (pour simplifier la masse salariale) due à la robotisation ou à lintelligence artificielle, aboutit (à production constante) à augmenter le rapport du surtravail sur cette masse salariale, cest-à-dire le taux de plus-value. La production constante signifie que la productivité a augmenté. Chaque salarié produit davantage alors que son salaire na pas changé. On note que le taux de plus-value augmente mais pas sa quantité. C'est la composition organique du capital qui est modifiée puisque le capital fixe croît à l'inverse du capital variable. La valeur de la marchandise n'a pas changé mais la part de capital variable a diminué. Mais à linverse le taux de profit, rapport de la plus-value sur le capital total (capital fixe + capital variable) diminue, puisque le capital fixe aura augmenté. Marx en montre quelques conséquences : "A part quelques exceptions (comme lorsque la production du travail diminue dans une même mesure tous les éléments du capital constant et du capital variable), le taux du profit baisse malgré l'élévation du taux de la plus-value : 1. lorsque le travail vivant nécessaire étant devenu moindre, la fraction non payée de ce travail, bien que représentant une partie plus considérable de ce dernier, est plus petite qu'auparavant; 2. lorsque le capital ayant atteint une composition plus élevée, ce progrès a pour conséquence de faire diminuer, dans chaque marchandise, la fraction de la valeur représentant le travail vivant par rapport à l'autre fraction représentant les matières premières, les matières auxiliaires et l'usure du capital fixe." ... Les faits suivants assignent une limite à la production capitaliste : 1. En entraînant la baisse continue du taux du profit, le progrès de la productivité du travail donne le jour à une force antagoniste, qui à un moment donné agit à l'encontre du développement de la productivité et ne peut être vaincue que par des crises sans nombre; 2. L'importance de la production, qu'elle doive être accrue ou restreinte, est déterminée, non par les besoins sociaux, mais par l'appropriation par le capitaliste du travail qu'il ne paye pas et le rapport de ce travail au travail matérialisé, en dautres termes, par le profit et le rapport du profit au capital engagé; d'où il résulte que la production s'arrête, non lorsque les besoins sont satisfaits, mais lorsque l'impossibilité de réaliser un profit suffisant commande cet arrêt. Le Capital - Livre III Section III - Loi tendancielle de la baisse du taux de profit
Edité le 20-01-2018 e 23:10:07 par Xuan
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 08-08-2018 à 22:51:58
| Sur le blog de Danielle Bleitrach un article très intéressant sur la confusion concernant la culture industrielle. Ici il s'agit des théories répandues dans le parti révisionniste. Elles ont un écho beaucoup plus large et relèvent de l'idéalisme commun : POUR UNE VÉRITABLE CULTURE INDUSTRIELLE, ROMPRE AVEC LINFANTILISME TECHNOLOGIQUE 08 AOÛT juin 1, 2018 par Amar Bellal Contribution pour le congrès du PCF Amar Bellal http://histoireetsociete.wordpress.com/2018/08/08/pour-une-veritable-culture-industrielle-rompre-avec-linfantilisme-technologique-2/#comment-35476 Un enjeu central Lindustrie est le cur de la production de richesse dun pays : nous pouvons tirer nimporte quel fil de lactivité humaine, lenseignement, le secteur de la santé, le transport, au bout se trouvera immanquablement un processus de production, une usine pour le dire plus simplement. Le secteur des services, bien souvent, nest en effet quau service dun processus industriel ou en dépend très étroitement : sans un secteur industriel fort, un pays est condamné, à plus ou moins long terme, car obligé dimporter massivement les produits quil consomme, avec le déséquilibre de la balance commerciale et lappauvrissement qui sen suivent. Un pays qui ne vivrait quavec un secteur primaire et un secteur tertiaire, ne pourrait pas survivre longtemps. Cela doit occuper une place importante dans notre réflexion Un défaut grave de culture industrielle dans le parti On se heurte pourtant à une difficulté. La sociologie du parti a beaucoup changé, et plus particulièrement parmi ceux qui animent les groupes didées et ceux chargés de rassembler notre réflexion sur ce sujet: beaucoup denseignants, de camarades issus des sciences humaines, qui nont pas toujours beaucoup dexpérience dans ces secteurs. Il ne sagit ici pas de les blâmer bien sûr, lauteur de ces lignes en est dailleurs issu. Mais convenons- en : il en découle souvent un désintérêt et un manque dexpertise autour de ces enjeux dans le parti. Cette perte dexpertise est dramatique car elle est la porte ouverte à toutes sortes dutopies faciles daccès, qui donnent limpression de fournir une culture dans ce domaine à peu de frais. Cette culture, souvent, se limite à la lecture du dernier livre à la mode qui met en avant telle ou telle vison utopiste de ce que serait lindustrie de demain par exemple. Ainsi en est il de la fascination autour des imprimantes 3D, des Fablab, de la société du « tous producteurs », de certaines visions proudhoniennes de léconomie, des graves sous-estimations des défis énergétiques
Il faut dire que les philosophes et les sociologues, spécialisés dans la narration de certaines utopies technologistes, ne manquent pas : Besnier, Rifkin, Morin, Stiegler
pseudo-visionnaires qui ont pour point commun de ne pas comprendre grand-chose aux réalités industrielles et au monde de la recherche, pour ne sy être jamais vraiment frotté, et pour tout dire, ny avoir jamais travaillé et nayant jamais réalisé le moindre projet concret. Et ce sont, hélas, les livres de chevet de beaucoup de dirigeants à gauche, qui simaginent ainsi être à la pointe de lavant-gardisme avec ce genre didées Pourtant, il suffit déchanger avec quelques ingénieurs, ou chercheurs décole dingénieur, dinstitut de technologie, en process de production, en génie productique, pour comprendre que ces visions, sont surtout idéologiques et ne sappuient sur rien de vraiment crédible. Les évolutions de lindustrie et ses bouleversements sont ailleurs, ce quon recouvre par le terme générique dusine du futur, beaucoup plus difficile à appréhender, mais dont les germes sont déjà là, aux conséquences indiscutables sur les conditions de travail, lorsquon prend la peine de discuter avec des salariés ou des militants syndicaux sur le terrain. Ici faisons une liste des « égarements » les plus fréquemment rencontrés sur le sujet : un premier pas serait en effet de déconstruire les visions simplistes et erronées autour de la production et de lindustrie. La paillasse de laboratoire et la grande échelle Ce qui fonctionne sur une paillasse de laboratoire ne fonctionne pas forcément à grande échelle. Ainsi en est-il par exemple des utopies sur la « société hydrogène » et la production dénergie décentralisée qui nous permettraient, selon certains, de nous passer des grandes unités de productions. La pile à combustible existe, la voiture à hydrogène existe, et ce depuis plusieurs dizaines dannées, mais si cela ne se généralise pas, ce nest pas parce qu il y aurait un complot contre cette technologie fomenté par les industriels de lautomobile par exemple, mais tout simplement parce que cest très cher et dun rendement médiocre, et que les chercheurs du monde entier ne trouvent tout simplement pas de solution pour quil en soit autrement. Le domaine de lénergie est dailleurs un des secteurs les plus propices à ces visions qui font fi des ordres de grandeurs et de létat réel des technologies à plus ou moins long terme. Comment expliquer cela à un dirigeant politique qui, ayant lu le dernier livre de Rifkin, ne jure que par cela, et simagine ainsi être un avant-gardiste visionnaire avec ces idées, face à des scientifiques ringards et frileux selon lui, qui lui expliquent le contraire ? Cest très difficile
(cest du vécu) Notre penchant pour la science fiction et le sensationnel On pourrait aussi citer le délire autour de lhomme augmenté et du transhumanisme. Cest la première chose qui nous vient à lidée lorsquon évoque les progrès de la robotique appliquée à lhomme sous forme de prothèses évoluées. Mais lécrasante majorité des chercheurs en robotique, dans ce domaine précis, cherchent tout simplement à améliorer le quotidien de personnes qui ont perdu un membre et sont gravement handicapées, ou bien ils cherchent par exemple à fabriquer un cur artificiel le plus fiable possible: non pas pour créer de nouvelles émotions artificielles, dans un délire puéril de film de science fiction, mais plus prosaïquement pour prolonger la vie de milliers de personnes. Et nous passons à coté de cela, de toute une filière, nous focalisant sur laccessoire, en contribuant à véhiculer les fantasmes de certains philosophes qui voient venir la fin de lhumanité ou une menace pour lespèce humaine. Pour quil en soit autrement il faudrait fréquenter vraiment les chercheurs de cette discipline et sy intéresser sincèrement, débattre avec eux, quitte à écrire des livres moins sensationnels. Peut-être aussi faire un stage de découverte pour simmerger dans le monde de la recherche et de lindustrie : il ny a pas de honte à cela, et cela éviterait décrire et de professer des contrevérités. Nous pourrions citer des dizaines dexemples de ce type où, y compris au PCF, nous naviguons entre absence complète danalyse et analyses complètement erronées qui se focalisent sur des aspects périphériques en passant à coté de lessentiel. Une utopie technologiste emblématique : les Fablab Lavenir serait aux fablab et aux associations de quartier de type « do it yourself » (faites-le vous-même), le tout sous couvert dune aspiration à l émancipation de chacun, enfin libre de produire soi- même la poignée de porte cassée de son logement dans son Fablab de quartier, plutôt que daller lacheter à Castorama, acte très aliénant il va sans dire, et selon son désir bien sûr et pour lusage voulu: ça cest pour le volet « émancipation »
Ce serait annonciateur de la fin des usines telles quon les connaît, la fin des gros centres de production : place à la décentralisation des productions, au partage des savoirs et des connaissances, qui feront que nimporte qui pourra produire ce que bon lui semble en simprovisant ingénieur, technicien et ouvrier spécialisé, dans la branche quil veut, selon la pièce ou lobjet quil veut produire soi-même, et en téléchargeant le plan de fabrication sur internet sur des plateformes collaboratives etc (dans ce cas, il ne faut pas avoir peur de sacrifier ses congés de Noël, si les freins de son vélo lâchent, et quon ne veut surtout pas passer chez Décathlon
). Cest évidemment une vision naïve du monde qui nous entoure, car elle sous-estime le haut niveau de technicité des objets les plus banals qui nous entourent et les problèmes ardus quont dû résoudre nos ingénieurs et techniciens pour produire des objets avec des cahiers des charges de plus en plus exigeants. En termes de résistance des matériaux, de fiabilité, de normes sanitaires, de sécurité et avec la nécessité de les produire à des centaines de milliers dexemplaires avec le même niveau de qualité : autant dire que ce nest pas à la portée du bricoleur du dimanche ne serait-ce que pour fabriquer un « simple » pédalier de vélo, un stylo-bic ou même un pot de yaourt
Faut il rappeler quon a justement inventé la division du travail pour cela, des normes, des métiers très pointus, qui interdisent toute utopie de ce genre à moins daccepter un recul de civilisation sans précédent avec un retour à lartisanat. Bien sûr, on peut rétorquer que la Nasa a une imprimante 3D à bord de lISS, que la médecine produit des prothèses à partir dimprimante 3D, quAirbus produit également des pièces à partir de ce type de procédé, et simaginer quon est avant-gardiste en voyant là les prémisses dune nouvelle révolution des modes de production. Mais justement, cest parce que dans ces cas très précis et spécifiques, cela a un réel intérêt, cest ce quon appelle des « niches », rien à voir avec un bouleversement général (encore moins une « révolution »). Ainsi, pour la Nasa, lisolement de lISS exige quune pièce aussi spécifique soit-elle puisse être produite en urgence en dépannage à bord : en effet, à 400 km daltitude, les garagistes sont rares. En médecine, une prothèse est unique, pour un être humain, unique lui aussi, qui va la recevoir. Enfin Airbus a les moyens de se payer une imprimante extrêmement performante, très chère et très spécifique aux pièces quelle va réaliser, et qui ne serviront que là. Dailleurs pour que les centres Fablab soient vraiment efficaces, il faudrait disposer de machines et d imprimantes 3D très coûteuses et performantes, se spécialiser dans la production de quelques objets précis pour optimiser la matière et en faire beaucoup, et ensuite que ces machines très chères se regroupent dans un même lieu avec du personnel qualifié sachant piloter ces appareils et assembler les pièces du produit fini (pour faire ne serait quun vélo il faudrait des dizaines dimprimantes 3D vus les différentes pièces et matériaux nécessaire). Comment appellera-t-on de tels lieux ?
des usines tout simplement!
On revient ainsi à la case départ, et avec le questionnement des Fablab on rejoue le débat autour du passage de lartisanat à lère moderne de lefficacité industrielle, depuis longtemps résolu. On se fait plaisir avec un vernis de modèle alternatif rebelle/contestataire. Avec de telles idées, autant dire que les financiers tremblent
Lillusion ici vient du fait quon confond limprimante 3D du TP de collège du professeur de technologie, soucieux de faire réaliser des « activités » à des élèves, et limprimante 3D de latelier de PSA ou dAirbus, qui n est rien dautre quune évolution de lusinage à commande numérique qui existe déjà. Mais pour le comprendre il faut un minimum de culture technologique et une notion sur les contraintes que pose une ligne de production. Ne pas confondre progrès, niches et révolution technologique. Appréhender le « temps industriel » Le temps industriel est un temps long : déployer une technologie, développer une filière, fiabiliser un produit, de lAirbus A380, au réacteur EPR, en passant par le TGV, ou le dernier moteur à combustion qui sera produit par millions, cest long et nest pas souvent compatible avec certaines incantations et impatiences exprimées par des idéologues (surtout âpres au gain et profit immédiats) qui proposent de remplacer des secteurs entiers par des filières qui ne sont pas mûres et ne dépassent même pas le stade de la paillasse de laboratoire ou du prototype. Ces discours « de la table rase » ont des effets catastrophiques car mettant sous pression des industries entières sommées constamment de justifier de leur utilité, devant sans cesse sexcuser dexister, provoquant ainsi de graves crises des vocations (la meilleure façon de tuer une filière : envoyer le signal quon ninvestira plus dans ce domaine, vous videz alors les écoles dingénieurs). Comment sétonner que les facultés de sciences se vident de façon aussi dramatique ? Faut il rappeler quil faut 5-6 générations deffort, de travail, pour développer une filière industrielle dexcellence dans un pays, mais seulement 5 à 10 ans pour la détruire ? Cest ainsi qu il faut veiller à ne pas relayer des discours faciles danticipation de la fin de telle ou telle technologie. Ce nest pas faire preuve davant-gardisme de prôner le « nouveau » systématiquement et de vouloir tout remplacer avec une nouvelle idée tous les 2 ans : ce nest pas sérieux. On devient les idiots utiles du système car ce sont ces discours qui déclenchent en silence la disparition du peu dindustrie qui nous reste : on rejoue en version moderne la fable de « Perrette et le pot au lait », en perdant ce quon sait déjà faire avec la promesse de nouvelles filières qui ne verront pas le jour car non viables. Et la finance, sintéressant de moins en moins aux usines, à la rentabilité médiocre par rapport à la spéculation, sen frotte les mains. Un oubli fréquent : le support matériel de la « révolution numérique » Cest une figure de style au parti : quand on parle de révolution numérique , on parle de bla-bla-car, dUber, de Waze, on parle des Gafa, on explique quil y a dimmenses potentialités avec les « communs » grâce aux logiciels libres
avec des formules favorites « un autre internet est possible ! si on se donnait les moyens dune maitrise publique » etc etc ..mais dans ces Rdv et colloques, journées détude, on évite soigneusement dinviter un syndicaliste dOrange, ou dAlcatel (maintenant racheté par Nokia), ou un ingénieur des télécom, de lindustrie informatique ou des nouvelles technologies : il ny a de place que pour les hackers, ou les militants du logiciel libre . Cest symptomatique dun parti qui na plus les moyens dappréhender le cur des évolutions profondes dans des pans entiers de léconomie faute de salariés y travaillant, mais plus grave encore, faute même de réelle volonté de comprendre ce qui sy joue. Il est en effet à la portée de nimporte qui, même de quelquun qui na jamais travaillé dans ces secteurs, davoir la présence desprit dinviter un ingénieur de cette filière afin de nous parler du support de cette révolution numérique : la fabrication des serveurs, des réseaux, des fibres optiques, des composants électroniques, sans lesquels internet et tout le reste nexisteraient pas. Une entreprise comme Alcatel a été rachetée 3 fois déjà, peut être serait-il temps de sy intéresser et de comprendre que les « données » et leurs traitements sont une dimension essentielle, mais que les « tuyaux » les transportant et ceux qui les fabriquent, sont tout aussi importants. De grands mouvements se font dans le monde impitoyable du capitalisme, pour récupérer des brevets et des savoir-faire précieux de cette industrie. A défaut de pouvoir/vouloir aborder ces sujets, de sincèrement et collectivement les travailler, on se limite tout au plus à la réflexion dun ou deux camarades, et on se contente des aspects périphériques à notre portée, et flattant ce quon croit déjà savoir, ce quon a entendu mille fois ici ou là dans les médias. Et ne cachons pas ce penchant : ce sont surtout les idées les plus compatibles avec une culture de type cyber-punk, proche de lunivers danarchistes « hacker » de la côte ouest états-unienne, quon favorise et valorise, celles qui sont à la portée dutopistes contemplant le monde du haut de leur bureau, mais nayant jamais vraiment travaillé dans ces secteurs. Léconomie immatérielle est de plus en plus
.matérielle. Il est toujours frappant de voir des personnes avec de forts penchants vers la décroissance exposer leurs thèses sur les réseaux sociaux, par mail, par blog, en expliquant que léconomie est de plus en plus immatérielle et quon peut économiser énormément dénergie et de matière première grâce aux nouvelles technologies. Pourtant, cest tout le contraire, ces technologies pour exister, nécessitent énormément de matière première et dénergie. Derrière les heures passées sur les réseaux sociaux, il y a une consommation énergétique phénoménale pour faire fonctionner les serveurs et centres de données. Dautre part lexigence de miniaturisation, paradoxalement, est un facteur aggravant sur le plan environnemental : elle demande daller chercher des matériaux de plus en plus rares, et derrière lapparence « anodine » dun smartphone, cet accès à internet qui tient dans notre poche, il y a toutes ces mines en Afrique, en Chine, de plus en plus immenses pour justement assouvir notre soif d« économie immatérielle » : internet, smartphone, écrans plats
. Bien sûr, si un jour on avait idée douvrir de telles mines en France : nous aurions à coup sûr des ZAD partout et des millions dinternautes mobilisés pour dire « non », avec des outils nécessitant donc massivement ces métaux rares: relevons cette absurdité. Mais tant que les mines sont ailleurs quen France
Le « pétrole de demain » ce sera
le pétrole ! Cest lexpression la plus agaçante quon entend ici et là dans les média mais aussi reprise dans nos milieux militants : « les données informatiques sont le pétrole de demain », pour sensibiliser aux enjeux autour du « big data ». On peut traiter un enjeu sérieux (le traitement des données) sans être obligé de verser dans le sensationnel. Non, le pétrole de demain, ça restera encore le pétrole
et pour longtemps ! en effet, comme dit plus haut, pour maintenir toutes ces technologies en fonctionnement, ce seront surtout les matières premières et dénergie qui manqueront cruellement demain à lHumanité. On fera des guerres de plus en plus dures pour acquérir les dernières ressources pétrolières, car cette ressource restera indispensable dans certaines applications. Et il en va de même pour toutes les matières premières : y compris un minerai aussi banal que le cuivre ! La matière reste essentielle Oui la révolution numérique a un impact dans pratiquement tous les métiers, elle permet un travail collaboratif plus important, une meilleur réactivité, des projets conçus en amont avec une précision de plus en plus fine, les logiciels sont de plus en plus ergonomiques et capables de véritables prouesses de calcul. On est loin du temps où il y a 40-50 ans, des équipes entières de techniciens et ingénieurs dans les bureaux détude, faisaient et re-faisaient des calculs à la main, et derrière, les re-vérifiaient encore une fois , et ceci pendant des semaines. Aujourdhui cette étape peut se faire en quelques heures et par une seule personne, grâce à des logiciels dédiées. Cest un progrès spectaculaire, mais qui ne doit pas non plus nous illusionner sur la part qui relève du « numérique » et celle qui relève de « la mise en uvre de la matière » qui reste malgré tout essentielle dans la valeur ajoutée : elle conditionne même toute la chaîne de production. Prenons un exemple: pour faire un réacteur EPR, il y a des années de calcul, de conceptions, dessais, de prototypages, avec des logiciels puissants, du travail impliquant des dizaines déquipes, des milliers dingénieurs et de chercheurs, où le numérique va effectivement jouer un grand rôle. Mais une fois le projet stabilisé, il faut le réaliser concrètement, cela implique de savoir couler du béton de qualité, de produire et souder de lacier de haute qualité, sur place de sassurer de la qualité de la réalisation en conformité avec les plans, affiner les systèmes électro-mécaniques, lélectricité de haute puissance etc etc
et savoir faire travailler des dizaines dentreprises à la fois, effectuer tous les contrôles
. et tout cela devra être répété pour des dizaines de réacteurs (si on part sur l hypothèse dun renouvellement du parc nucléaire en France), et même sur des centaines dexemplaires, si on vise un objectif de déploiement mondial. On comprend alors que la part de conception restera mineure face à la réalisation concrète de ces exemplaires (même si la part du numérique ne disparaît pas complètement loin de là). Lexemple de lEPR reste valable pour les grands projets industriels. Et cest le grand problème en France : on perd ce « savoir-faire » de mise en oeuvre, il suffit de voir les retards de lEPR avec toute une génération qui doit réapprendre à traiter ce type douvrage, les retards de différents chantiers et les multiples erreurs et bug dans lindustrie. On manque de main duvre qualifiée au sens large, dingénieurs de terrain, le « savoir-faire français » bat de laile. Cela est en partie dû au fait quon a longtemps cru que « tout était numérique » et que lessentiel sy jouait, quil suffisait davoir un beau dessin technique sur son écran dordinateur en 3 D avec des détails et une anticipations de tous les paramètres très poussée, aboutissement dannées détudes et de recherches déquipes dingénieurs, pour se donner lillusion que le plus dur était fait. Non, il faut aussi que la réalisation sur place puisse suivre, et elle exige peut-être des compétence encore plus poussées : la nature, le terrain, ça ne pardonne pas, et ils sont incomplètement restitués à travers les logiciels. Le PCF doit renouer avec le monde du travail, loin des illusions technologistes L industrie, cest en effet la grande question, le grand enjeu, auquel fait face notre pays. La France est-elle condamnée à être un pays parsemé de ronds-points et de centres commerciaux sans usine avec des « job à la con » (jobs quon retrouve dans ces même centres commerciaux) ? Doit-on condamner toute une génération à des métiers absurdes et dévalorisants, et devenir, comme le prédisait Condoleezza Rice, un grand parc dattraction Dysneyland pour riches touristes du monde entier ? Doit-on pointer le problème de la désindustrialisation, juste durant les analyses de lendemain délections pour déplorer le vote massif pour le FN dans les territoires périphériques, ceux frappés le plus durement par la désindustrialisation, et loublier quelques semaines plus tard, jusquà la prochaine élection ? Un parti communiste, digne de ce nom, doit avoir ce sujet comme une des préoccupations centrales, au cur de son projet. Cette question est souvent la grande oubliée de nos textes de congrès. Une fois tous les 2- 3 ans un colloque lui est consacré durant un WE au siège du PCF, et nous nous quittons en nous promettant de poursuivre le travail et dy consacrer des campagnes de longues durées. Pourtant il nen est rien. Il y a bien des initiatives comme celle de la commission économique et tout le travail autour dAlstom et maintenant autour de la SNCF et la reprise de sa dette, avec des pétitions et des démarches rassembleuses : mais ces initiatives devraient être démultipliées et avec des moyens et un soutien politique dune toute autre ampleur. Il faut changer détat desprit, renoncer aux utopies faciles, technologistes, et retrouver le chemin du dialogue avec les syndicalistes, les professionnels, osons même un « gros mot » : avec les experts de ces domaines. Cest un chemin plus difficile, mais cest le seul valable si on veut que la gauche, notre parti en particulier, retrouve force et crédibilité.
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 08-08-2018 à 23:20:30
| L'article précédent peut être relié à l'étude sur le matérialisme-dialectique parue sur le site des Editions Prolétariennes contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit Plus précisément le chapitre "la matière disparaît"...le retour. et dans ce chapitre page 73 "Réalités industrielles de la « révolution informationnelle »."
____________________ III - « La matière disparaît » :
le retour En 1908, dans « matérialisme et empiriocriticisme », Lénine critiquait lidéalisme des néo positivistes de son époque, dissimulé derrière « la matière disparaît ». « "La matière disparaît", cela veut dire que disparaît la limite jusqu'à laquelle nous connaissions la matière, et que notre connaissance s'approfondit; les propriétés de la matière qui nous paraissaient auparavant absolues, immuables, primordiales (impénétrabilité, inertie, masse, etc.) disparaissent, reconnues maintenant relatives, inhérentes seulement à certains états de la matière. Car l'unique "propriété" de la matière, que reconnaît le matérialisme philosophique, est celle d' être une réalité objective , dexister hors de notre conscience. » [
] Il n'y a d'immuable, d'après Engels, que ceci : dans la conscience humaine (quand elle existe) se reflète le monde extérieur qui existe et se développe en dehors d'elle. Aucune autre « immuabilité », aucune autre « essence », aucune « substance absolue », au sens où l'entend la philosophie oiseuse des professeurs, n'existe pour Marx et Engels. L'« essence » des choses ou la « substance » sont aussi relatives ; elles n'expriment que la connaissance humaine sans cesse approfondie des objets, et si, hier encore cette connaissance n'allait pas au delà de l'atome et ne dépasse pas aujourd'hui l'électron ou l'éther, le matérialisme dialectique insiste sur le caractère transitoire, relatif, approximatif de tous ces jalons de la connaissance de la nature par la science humaine qui va en progressant. L'électron est aussi inépuisable que l'atome, la nature est infinie, mais elle existe infiniment ; et cette seule reconnaissance catégorique et absolue de son existence hors de la conscience et des sensations de l'homme, distingue le matérialisme dialectique de l'agnosticisme relativiste et de l'idéalisme » . [Matérialisme et Empiriocriticisme, p. 271.] Aujourdhui plus aucun physicien nose reprendre les naïvetés des néo positivistes mais chassées par la porte elles reviennent par la fenêtre. Lécole de Copenhague niait que la matière et ses lois fussent indépendantes de la conscience. «Il ny a pas dunivers quantique. Il ny a quune description mécanique quantique abstraite. Cest une erreur de croire que la tâche de la physique est de découvrir comment est la nature. La physique concerne ce que nous pouvons dire de la nature.» [Niels Bohr (cité par Manjit Kumar in Le grand roman de la physique quantique. Ed. Flammarion 2008]. Einstein critiquait ainsi cette attitude courante à lépoque chez les physiciens quantiques : « A la source de ma conception, il y a une thèse que rejettent la plupart des physiciens actuels (école de Copenhague) et qui sénonce ainsi : il y a quelque chose comme létat "réel" du système, quelque chose qui existe objectivement, indépendamment de toute observation ou mesure, et que lon peut décrire, en principe, avec des procédés dexpression de la physique. » dans "Remarques préliminaires sur les concepts fondamentaux". Dans Physique et matérialisme , Bitsakis relève que lécole positiviste nie toute réalité matérielle en dehors des conditions de lexpérience : Heisenberg écrivait ainsi dans « Physique et philosophie » : « Les atomes, ou les particules élémentaires elles-mêmes, ne sont pas réels ; ils constituent un monde de potentialités ou de possibilités plutôt quun monde de choses ou de faits. » Heisenberg découvre ici un germe de dialectique mais, en même temps et surtout, il sefforce de justifier une négation de la dialectique objective, quand il parle de la possibilité dune réalité et, encore plus, quand il rejette toute idée dune réalité objective. (
) La dichotomie introduite par Heisenberg est conforme à la contradiction formelle entre le potentiel et le réel. (
) Heisenberg a développé systématiquement des conceptions idéalistes et platoniciennes, et ses idées ont eu une grande influence sur ses contemporains. Parlant des conséquences extrêmes de ces idées, A. Landé a dit : « Il nest pas étonnant que Sir James Jeans, après avoir étudié Bohr et Heisenberg, soit arrivé à la conclusion triomphale que la matière consiste en ondes de connaissance, ou en absence de connaissance dans notre esprit. » (
) La pensée mécaniste sépare lobjet des conditions de son existence. La pensée positiviste (mécaniste dun point de vue diamétralement opposé ) prend la position inverse, quand elle affirme que « lobjet nexiste pas avant linteraction avec linstrument » et que « la réalité est création de nos moyens dobservation ». Mais la pensée positiviste contient dans ce cas un germe de vérité. En réalité, lobjet na pas dexistence en dehors de conditions concrètes, en dehors de son milieu et de ses relations concrètes avec ce milieu. De ce point de vue, linstrument dobservation « crée » la particule. Mais il ne la crée pas du néant, il la transforme, et dun être initial donné, dans des conditions concrètes, il crée divers êtres, selon la nature de la particule initiale et les conditions de lexpérience. Les interactions de la particule avec le milieu, ou avec lappareil de la mesure, transforment certains de ses éléments de réalité en des éléments différents. Ainsi la particule passe dun état à un autre, ou se transforme en autre chose. Ce dynamisme interne de la matière a été considéré comme une preuve de non existence ! Lidéalisme moderne nie lexistence de la matière en la remplaçant ici par ses relations interdépendantes , ailleurs par des multimondes , ou par des informations . Ces théories sont niées par les faits. Quelle que soit la forme que prend la matière y compris ondulatoire à léchelle subatomique elle ne cesse jamais dexister. On peut opposer la lumière et la matière en considérant que la première na pas de masse et possède une caractéristique ondulatoire. Pour autant, et au même titre que le vide ou les quatre interactions fondamentales de la physique, la lumière est partie constitutive de la matière, par opposition aux concepts et aux idées. La matière réelle existe hors de notre conscience, qui en émerge et ne la crée pas. En retour, le concept abstrait de la matière - à la différence des matières déterminées existantes - est un produit de la conscience. Inversement le matérialisme-dialectique affirme que la matière existe indépendamment de la pensée, tandis que la pensée naît de la matière. La pensée est le produit et le reflet de la matière et de la société, et non linverse. Notre matérialisme est scientifique, il part du principe que le monde et ses lois sont parfaitement connaissables, sils sont vérifiés par l'expérience, par la pratique. Les lois ainsi définies sont des vérités objectives, jusquà ce que dautres définitions plus justes les remplacent. Contrairement à l'idéalisme qui considère le monde comme l'incarnation de « l'idée absolue », de l' « esprit universel », de la « conscience », le matérialisme philosophique de Marx part de ce principe que le monde, de par sa nature, est matériel, que les multiples phénomènes de l'univers sont les différents aspects de la matière en mouvement ; que les relations et le conditionnement réciproque des phénomènes, établis par la méthode dialectique, constituent les lois nécessaires du développement de la matière en mouvement ; que le monde se développe suivant les lois du mouvement de la matière, et n'a besoin d'aucun « esprit universel » . [Staline : Matérialisme dialectique et matérialisme historique]
__________________ Le théorème du soufflé au fromage Dans « Le Cosmos et le Lotus » , lastrophysicien « réaliste » Trinh Xuan Thuan écrit : La vacuité : l'absence dune réalité intrinsèque La notion d'interdépendance nous amène directement à l'idée bouddhiste de la vacuité, qui ne signifie pas néant, (je l'ai dit, c'est par méconnaissance que le bouddhisme a souvent été accusé à tort de nihilisme), mais « absence d'existence propre». Parce que tout est interdépendant, rien n'existe en soi, ni ne peut être sa propre cause. L'idée d'une réalité autonome n'est pas valide. De nouveau, la mécanique quantique tient des propos étonnamment similaires. Selon Bohr et Heisenberg, nous ne pouvons plus parler d'atomes ou d'électrons en termes d'entités réelles possédant des propriétés bien définies, telles que la vitesse ou la position. Nous devons les considérer comme formant un monde non plus de choses et de faits, mais de potentialités. Pour reprendre l'exemple de la lumière et de la matière, leur nature devient un jeu de relations interdépendantes. Elle n'est plus intrinsèque, mais change par l'interaction entre l'observateur et l'objet observé. La lumière comme la matière n'ont pas d'existence intrinsèque parce qu'elles peuvent apparaître soit comme des particules, soit comme des ondes, selon que l'appareil de mesure est activé ou pas. Leur nature n'est plus unique mais duelle. Ces deux aspects sont complémentaires et indissociables l'un de l'autre. C'est ce que Bohr a appelé le « principe de complémentarité ». L'observation modifie la réalité du monde atomique et subatomique et en crée une nouvelle. Parler d'une réalité « objective » pour un électron, d'une réalité qui existe sans qu'on l'observe, a peu de sens puisqu'on ne peut jamais l'appréhender. Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant. Celle-ci est irrémédiablement modifiée et se transforme en une fatalité « subjective » qui dépend de l'observateur et de son instrument de mesure. La réalité du monde subatomique n'a de sens qu'en présence d'un observateur. Nous ne sommes plus des spectateurs passifs devant le drame majestueux du monde des atomes, notre présence en change le cours. Bohr parlait de limpossibilité d'aller au-delà des faits et résultats des expériences et mesures : « Notre description de la nature n'a pas pour but de révéler l'essence réelle des phénomènes, mais simplement de découvrir autant que possible les relations entre les nombreux aspects de notre existence »(*). La mécanique quantique relativise radicalement la notion d'objet en la subordonnant à celle de mesure, c'est-à-dire à celle d'événement. De plus, le flou quantique impose une limite fondamentale à la précision des mesures. Heisenberg a démontré qu'il existera toujours une incertitude soit dans la position, soit dans la vitesse d'une particule. La mécanique quantique a fait perdre à la matière sa substance. Par là, elle rejoint la notion de vacuité bouddhiste. (*)Niels Bohr, Atomic Theory and the Description of Nature, Woodbridge, Conn. : Ox Bow Press, 1987, traduit pas mes soins. (Note de lauteur Trinh Xuan Thuan) On remarquera laffirmation directement inspirée de la philosophie positiviste de linexistence de la matière, qui na pas d'existence intrinsèque puisque sa dualité napparaît quavec l'interaction entre l'observateur et l'objet observé
Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant... La réalité du monde subatomique n'a de sens qu'en présence d'un observateur
etc. Sagissant de vacuité , on mesurera davantage celle de la démonstration en citant le fameux théorème du soufflé au fromage : Faisons cette expérience de pensée suivant laquelle la vitre du four a été lavée à la vitesse de la lumière et à une époque indéterminée. Il en résulte quil est impossible dobserver la cuisson du soufflé au fromage à lintérieur, à moins douvrir la porte du four. Or il savère que « Toute tentative visant à saisir une réalité intrinsèque se solde par un échec cuisant. Celle-ci est irrémédiablement modifiée » et le soufflé subit un effondrement gravitationnel. Une seule ressource subsiste alors : balancer le soufflé à la poubelle et annoncer aux invités quil na « pas dexistence intrinsèque ». Que lappareil de mesure fasse apparaître tel ou tel aspect contradictoire de la matière nous renseigne sur sa nature dialectique, corpusculaire ou ondulatoire par exemple, et non sur son existence intrinsèque, sans laquelle il ny aurait ni mesure ni apparition daucune sorte pour le physicien, lequel ne serait pas là non plus pour spéculer sur lexistence intrinsèque de la matière. « A lheure actuelle beaucoup de chercheurs subissent encore, parfois à leur insu, linfluence de la doctrine positiviste. (...) Elle tend à atténuer sinon à supprimer la notion de réalité physique objective indépendante de nos observations. » [Louis De Broglie dans « Sur les sentiers de la science »]
____________________ La révolution informationnelle et la matière Le développement de la transformation matérielle par des outils numériques, de la représentation numérisée des processus, multiplie notre capacité dabstraction et daction, mais il nous détache en même temps de la réalité, donnant lillusion que laction virtuelle accomplit la transformation matérielle. Les délires dElon Musk sur linexistence de la terre et sa simulation informatique trahissent plutôt lexistence cloîtrée dun geek. Mais les divagations idéalistes ont dautres implications. Certains économistes ont déduit de lintroduction du numérique la fin de la lutte de classe et une série de théories sur « une société future de partage » (Paul Boccara) qui ne nécessiterait pas une révolution socialiste mais se déroulerait en douceur à travers une « révolution informationnelle » « L'atelier sur la révolution informationnelle se situe dans le cadre du colloque « alternatives, émancipation et communisme ». Cependant, selon moi il n'y a pas un « a priori » de société communiste, de façon sectaire, mais des enjeux de civilisation nouvelle de nos jours pour toute la société. Et peut-être, alors, y a-t-il un « a posteriori » de l'analyse des potentiels de partage, de mise en commun jusqu'à chacun, et donc des caractéristiques d'un communisme de liberté pour chacun de cette civilisation qui deviendrait possible, face aux conditions nouvelles de l'humanité, vers laquelle on pourrait avancer avec des transformations démocratiques radicales » . (P. Boccara) « Le Capitalisme a changé de base, il nest plus le capitalisme de la révolution industrielle mais un capitalisme informationnel aux prises avec les contradictions engendrées par les usages marchands, élitistes, du travail de linformation » (J.Lojkine). Le vecteur de cette « révolution » serait linformation elle-même à cause de sa nature non-marchande . « Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusquà léchelle de toute lhumanité. Ce serait une des bases dune société future possible de partage, que lon pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun » (P.Boccara) Cette révolution informationnelle avait aussi été définie depuis 1982 par des intellectuels sociaux-démocrates dans le cadre du groupe des dix et Transversales (*) . Le-commerce a ruiné ces thèses accordant à linformation un caractère fétichiste, quon retrouve dans certaines philosophies des sciences. Le rêve du « partage des informations » sest traduit financièrement par les trafics gigantesques et frauduleux des chambres de compensation et les transferts de capitaux à très grande vitesse. Le « partage » dans le système capitaliste nest en rien un progrès vers le communisme, mais relève encore dun reliquat du troc tel que le défendent certaines thèses décroissantes : je téchange mon aquarelle texturée de sable et de pâte à modeler contre tes picodons et ton gilet en poils de chèvre. Dépourvues de valeur déchange(**) , ces marchandises qui nen sont pas restent à la marge du marché capitaliste, ou ne peuvent se développer que sous forme de marchandises réelles mais dans le process social de production capitaliste. Mais surtout, la numérisation a des implications dans la productivité et la simplification du travail, aboutissant à une exploitation accrue dans ce mode de production. (*)Voir linterview de Jacques Robin « un autre monde est possible ». Et son article « du groupe des dix à Transversales » (**)De la même façon que les activités bénévoles des retraités, présentées par Bernard Friot comme partie constituante dune « valeur économique » qui ne serait pas propre au capitalisme contrairement à la valeur déchange. Or la valeur déchange nest pas non plus propre au capitalisme et ne disparaît pas avec lui. Les thèses de Friot aboutissent à « dépasser le capitalisme » en faisant léconomie de la société socialiste
____________________ La révolution sans le prolétariat Quelques rapprochements au prix dune petite digression permettront de mieux comprendre la nature idéaliste de ce genre de révolution. Lillusion de passer de transformer la société par le biais de la science ou de la technologie, se retrouve aussi chez des non communistes, comme Le Corbusier ou Monod. Nous avons déjà signalé le chapitre dans Le congrès Solvay et la lutte idéologique la position pour le moins ambigüe de larchitecte et urbaniste Le Corbusier : « Architecture ou révolution. On peut éviter la révolution ». [Vers une architecture 1925] Revenons de façon plus détaillée sur largument résumé dans lintroduction de ce chapitre : « ARCHITECTURE OU RÉVOLUTION Dans tous les domaines de l'industrie, on a posé des problèmes nouveaux, créé un outillage capable de les résoudre. Si l'on place ce fait en face du passé, il y a révolution. Dans le bâtiment, on a commencé à usiner la pièce de série; on a, sur de nouvelles nécessités économiques, créé des éléments de détail et des éléments d'ensemble : des réalisations concluantes sont faites dans le détail et dans l'ensemble. Si l'on se place en face du passé, il y a révolution dans les méthodes et dans l'ampleur des entreprises. Alors que l'histoire de l'architecture évolue lentement à travers les siècles, sur des modalités de structure et de décor, en cinquante ans, le fer et le ciment ont apporté des acquisitions qui sont l'indice d'une grande puissance de construction et l'indice d'une architecture au code bouleversé. Si l'on se place en face du passé, on mesure que les « styles » n'existent plus pour nous, qu'un style d'époque s'est élaboré; il y a eu révolution. Les esprits ont consciemment ou inconsciemment pris connaissance de ces événements; des besoins sont nés, consciemment ou inconsciemment. Le rouage social, profondément perturbé , oscille entre une amélioration d'importance historique ou une catastrophe. L'instinct primordial de tout être vivant est de s'assurer un gîte. Les diverses classes actives de la société n'ont plus de gîte convenable, ni l'ouvrier, ni l'intellectuel. C'est une question de bâtiment qui est à la clé de l'équilibre rompu aujourd'hui : architecture ou révolution. » Le Corbusier avait une forte influence dans larchitecture soviétique et le mouvement constructiviste jusquen 1931, où le style néo classique prit le dessus. A sa mort en 1965, la Pravda écrivit : « L'architecture moderne a perdu son plus grand maître » . Dans Le Corbusier et la mystique de l'URSS: théories et projets pour Moscou, 1928-1938 , Jean-Louis Cohen raconte les voyages de Le Corbusier en URSS et cite ses commentaires sur les réalisations soviétiques lors de ses visites, notamment sur le programme des clubs ouvriers instaurés depuis le début des années vingt, pour réaliser la « révolution culturelle » : « Jai visité les entrepôts du Centrosojuz , fourmilière où tout le monde travaille. Dans les vestibules des affiches intéressantes pour leur multiple imagerie. Lutte contre lalcool, lutte contre léglise = ignorance et capital. Est affiché chaque semaine le « journal de lInstitut de la firme » (
) tapé à la machine, aquarelle, exposés de thèses, propositions aux chefs, les discussions des mesures à prendre
La conséquence de la journée finissant à 3 h cest la fondation des clubs. Les clubs commencent le principe des écoles du soir complémentaires
Il ny a pas de café à Moscou. Impossible daller boire un verre. Le monde ne rigole pas. Chez eux ils ont lair de savoir sarranger. Et dans les clubs la grande idée
1 club = salle de cinéma, théâtre (la scène ouvre dedans et en plein jour), culture physique
» Mais lenthousiasme un peu paternaliste de Le Corbusier nen fait pas pour autant un révolutionnaire communiste. Jean-Louis Cohen cite David Arkin. « Arkin décrit les multiples registres de lactivité de Le Corbusier et rapporte les positions théoriques de Vers une architecture sur l « esthétique de lingénieur », mais il ne fait pas mystère de ses réserves sur le volet politique de ses convictions lorsquil évoque limpossibilité de réaliser les idées contenues dans Urbanisme dans un pays où la propriété privée du sol est la règle. Le Corbusier a-t-il à ce sujet des réponses aussi révolutionnaires quà propos de lesthétique ? Sa pensée critique, aigüe et originale, sarrête au seuil des conclusions décisives. Et le Corbusier pose la question à lenvers : il incline à donner à larchitecture elle-même le rôle de facteur révolutionnaire, il attend delle une « révolution dans le mode de vie » qui rendrait superflue la révolution sociale ! A ce point, laudacieux profanateur des idoles esthétiques de la société bourgeoise senferme dans limpasse de la phrase esthétique. » Il ajoute : « Arkin reste relativement modéré dans ses réserves, alors que lanalyse du livre faite par N. Ljamin dans Architektura SSSR juge Le Corbusier beaucoup plus proche de la réaction fasciste quil ne le laisse entendre lorsquil combat les « académistes », et relève à propos des remarques aigres quil fait sur lépisode soviétique, le « refus conscient » qui serait le sien de comprendre les « gigantesques tâches créatrices» de larchitecture soviétique » . De son côté, le biologiste Jacques Monod fondait les progrès de lhumanité sur la science, mais indépendamment des rapports sociaux de production et de la lutte des classes. Evidemment il proscrit absolument la révolution prolétarienne : « Les sociétés modernes sont construites sur la science. Elles lui doivent leur richesse, leur puissance et la certitude que des richesses et des pouvoirs bien plus grands encore seront demain, sil le veut, accessibles à lHomme
Une fois pour toutes, il faut renoncer à cette illusion qui nest que puérile lorsquelle nest pas mortelle. Comment un socialisme authentique pourrait-il jamais être construit sur une idéologie inauthentique par essence, dérision de la science sur quoi elle prétend, sincèrement dans lesprit de ses adeptes, sappuyer ? Le seul espoir du socialisme nest pas dans une « révision » de lidéologie qui le domine depuis plus dun siècle, mais dans labandon total de cette idéologie. Où donc alors retrouver la source de vérité et linspiration morale dun humanisme socialiste réellement scientifique sinon aux sources de la science elle-même, dans léthique qui fonde la connaissance en faisant delle , par libre choix, la valeur suprême, mesure et garant de toute les autres valeurs ? Ethique qui fonde la responsabilité morale sur la liberté même de ce choix axiomatique. Acceptée comme base des institutions sociales et politiques, donc comme mesure de leur authenticité, de leur valeur, seule léthique de la connaissance pourrait conduire au socialisme » p185 et 194. Sous une autre forme, Bernard Friot noie lui-aussi le poisson de la classe révolutionnaire dans le « salariat »
du manuvre au directeur : « Salariat » me semble donc le terme adéquat, meilleur que « classe ouvrière ». Est-ce que celle-ci a disparu ? Oui, si lon considère les syndicats et les partis qui lont organisée et qui aujourdhui ne sont plus révolutionnaires. Il nempêche que cest à partir des institutions du salaire quelle a créées que le salariat se constitue aujourdhui dans la lutte de classes. » [Entretien avec Bernard Friot "Une autre pratique de la valeur économique"] Le caractère révolutionnaire de la classe ouvrière dépend dabord de sa position dans les rapports de production qui définit en soi . Sa conscience de classe pour soi ne disparaît pas en vertu de la direction révisionniste du PCF ; cest son caractère davant-garde pour lensemble de la société qui est dissimulé. Mais ceci ne justifie pas que le concept de salariat simpose et encore moins que la classe ouvrière ait disparu . Toutes ces thèses ont fait long feu. Comme on peut le constater, chacun tire la couverture à soi dans une sorte de corporatisme ou de messianisme délite qui ferait sourire si on les mettait ensemble. Il ne manque plus que les économistes atterrés , les décroissants , et autres insoumis , pour renverser la table du capitalisme chacun à sa façon. Mais on observera que les uns et les autres ont pour point commun de rejeter le rôle révolutionnaire dirigeant de la classe ouvrière. Il en est de même pour le très modeste apôtre de la « révolution tranquille » Pierre Rabhi : « Nous, croyons profondément quun changement de société adviendra par le changement des individus. Cest la raison pour laquelle nous n'aurons recours au vieux réflexe du bouc émissaire, vieux comme le monde, qui nous dédouanerait de notre propre responsabilité. Le poing levé et les barricades ne garantissent pas des tyrannies qui, trop souvent, ont fleuri sur le terreau des révoltes, comme lhistoire nous la jusquà aujourdhui abondamment démontré. Certaines dictatures parmi les plus féroces ont pris prétexte, pour sinstaller, dune révolte tout à fait légitime contre loppression. Malheureusement les opprimés sont des oppresseurs en devenir, et il en sera toujours ainsi tant que chaque individu naura pas éradiqué en lui-même les germes de loppression. Nous espérons que tous nos efforts serviront de révélateur aux énergies créatives diffuses sur tout le territoire national et ailleurs, dont la fédération mettra en évidence lampleur, mais aussi la puissance. Nous espérons que celles-ci inspireront à la gouvernance politique des options et des décisions qui prennent en compte cette énergie omniprésente et latente, pour orienter le navire-monde vers la bonne étoile
» [août 2011 éloge du génie créateur de la société civile - p 40] Toutes ces positions aboutissent à des solutions réformistes parce quelles considèrent la société de façon idéaliste, une société irréelle, vidée de la réalité de la lutte des classes entre le prolétariat et la bourgeoisie. Et dautre part elles ignorent la réalité de la classe ouvrière pour soi (*) , sa caractéristique inédite dans lhistoire de nêtre pas propriétaire des moyens sociaux de production et de ne pouvoir sen rendre maître que collectivement, en renonçant à tout autre mode de propriété. (*)Bien que Pierre Rabhi fût un temps lui-même ouvrier spécialisé, membre de la classe ouvrière en soi, mais non pour soi cest-à-dire conscient de son appartenance de classe, comme son enfance et son histoire personnelle le conduisit à se tenir à lécart de la lutte de libération nationale du peuple algérien.
__________________ Réalités industrielles de la « révolution informationnelle » Lautomatisation et linformatisation vont du simple vers le complexe dans toutes leurs applications. (Le mouvement du simple vers le complexe vaut aussi de la particule vers linfiniment grand mais inversement vers linfiniment petit puisquelle se divise à son tour et de plus en plus.) Il ne sagit pas d intelligence artificielle, y compris sous la forme auto adaptative, mais de lapplication de scénarios prédéterminés à des variables de commande ou à des conditions environnantes, afin dobtenir la réponse souhaitée. Ce sont fondamentalement des recettes paramétrables. La somme et la combinaison de dizaines dautomatismes dans un process industriel, somme qui peut être multipliée par la mise en parallèle de plusieurs chaînes de production, confère à tout lensemble une grande complexité. Cela aboutit à un changement qualitatif, au miracle apparent dune immense machine obéissant au doigt et à lil, dans un laps de temps très réduit, avec précision et reproductibilité. Mais en même temps la conduite du procédé suit le chemin inverse pour remplacer la grande variété de techniques et de matériels par une interface simple et standardisée, dont lapprentissage est plus rapide. Standardisation et simplification des matériel, gain despace, de mise en uvre, diminution des pannes et du stock de pièces détachées. La suppression de pièces en mouvement entraine la réduction drastique des effectifs mécanos. La maintenance est simplifiée moyennant une formation sommaire des électriciens aux automates programmables, la programmation étant réservée aux informaticiens industriels, lesquels interviennent ponctuellement et sont externalisés. Les qualifications des électroniciens ne sont plus utiles, puis celles des régleurs avec des régulations « auto-adaptatives » et la simplification de réglage des capteurs de mesure. Certaines compétences dingénierie restent indispensables notamment au moment de la conception et de la mise en uvre, mais lorsque linstallation est rôdée elles ne sont plus nécessaires. Les tâches des ouvriers paraissent allégées à production égale, mais de fait une même dépense dénergie physique et intellectuelle produit davantage de valeur ajoutée ; puis leurs effectifs diminuent. Ce sont dailleurs leurs postes de travail là où est créée la plus value qui sont prioritairement réduits. Lautomatisation ne se traduit donc pas par un travail moins pénible mais par des licenciements, et la redistribution des tâches entre ceux qui restent, soit une augmentation de la productivité et une charge de travail individuelle plus élevée quavant, à savoir la conduite simultanée de plusieurs machines et lajout de tâches annexes (contrôle, prélèvement, compte-rendu, suivi dincidents, Assurance Qualité, approvisionnement, entretien et nettoyage, dépannage de première intervention, etc.). Les ouvriers sont moins nombreux mais leur poids dans la production sociale est plus lourd quavant. Une partie des savoir-faire spécifiques à lentreprise et liés à lutilisation dune grande variété de matériels et de technologies devenus caducs disparaissent avec eux. Précisons quand même que les vues synoptiques, les courbes denregistrement des salles de contrôle, ne sont pas le process proprement dit mais sa représentation ou une extension déportée des actionneurs électriques, mécaniques, hydrauliques ou pneumatiques, qui agissent directement sur lui. De ce point de vue la numérisation donne lillusion de limmatérialité. Les opérations les plus courantes peuvent être exprimées en modes opératoires, ce qui permet la sous-traitance dune grande partie de la maintenance soit par une entreprise extérieure, soit par du personnel « au forfait » et lintroduction dun volant dintérimaires en fabrication. Il vient que la maintenance sous-traitée devient alors productrice de plus-value, le donneur dordre en récupère même une partie par le biais du paiement différé et de la concurrence sur les devis, voire directement par la régie déguisée. Laliénation des connaissances de lhomme à la machine seffectuant souvent dans le contexte de licenciements, pour ceux qui restent la charge de travail saccroît à salaire constant. Lintroduction du numérique nentre pas en conflit avec les « usages marchands » du capitalisme comme laffirmait Lojkine mais accentue la contradiction Capital Travail. Dans cette transformation des modes de travail le savoir-faire ouvrier intégré auparavant dans son travail vivant disparaît, remplacé par lalgorithme intégré à la machine, qui relève du travail mort et ne crée pas de plus-value, suivant la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Et cela même si un seul ouvrier, au lieu de quatre il y a 20 ans, peut conduire plusieurs machines. « En résumé, la baisse tendancielle du taux de profit va de pair avec une hausse tendancielle du taux de plus-value, donc avec un accroissement du degré dexploitation ». [Le Capital III, troisième section - X - influences contraires] Lautomatisation accroît les contradictions du capitalisme. Enfin, les transformations matérielles saccompagnent dun bourrage de crâne pompeusement baptisé philosophie dentreprise : rationalisation des modes dintervention, de rangement, de nettoyage, etc. destinée à refiler aux ouvriers le boulot de lencadrement, des anciens services annexes, voire de lentretien. La « tortue de Crosby », les 5S et la Total Productive Maintenance ont pour finalité laugmentation de la productivité à salaire égal ou inférieur et lajout de tâches supplémentaires. « 35 % de leffectif impliqué ! »
« Ils ont été souvent surpris du nombre dactions quils pouvaient mener eux-mêmes, sans coût élevé, alors quils étaient habitués à appeler la maintenance au moindre problème »
« les opérateurs ont pris goût à cette méthode qui redistribue les rôles dans leur espace de travail », etc. [tract dautosatisfaction de la succursale polonaise dun groupe français] Lancée au Japon en 1971, la TPM se développe ici comme par hasard dans les années 80 et dabord dans lautomobile, pour faire pièce à la concurrence mondiale, mais aussi pour récupérer au centuple la 5e semaine et des RTT : « acquis » chèrement payés par la hausse inégalée de la productivité, le blocage des salaires et la dégringolade des grilles de classification. Louvrier de fabrication se voit chargé deffectuer la « maintenance de premier niveau » , tandis que côté entretien - le mécanicien et lélectricien se transforment en un électromécanicien, puis en électromécanicien
fabricant. Une surveillance accrue sajoute. Adieu lapéro amical et larrosage fraternel du mariage, de la naissance, de la nouvelle voiture ou de la rallonge, et le dicton gouailleur « on nest pas payé cher mais on rigole ! » . A quelque chose malheur est bon, les prolos et les techniciens auront pu profiter de ces heures de boniment pour buller aux frais du patron. Ce mouvement na rien dextrêmement nouveau, il prolonge et accélère ce que le capitalisme a initié depuis sa naissance, à la fois dans ce quon appelle de nouvelles « révolutions technologiques » et dans la destruction des formes antérieures de production : « La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelle distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. » [Le Manifeste du Parti Communiste] Les bases dune société future possible de partage ne résident pas dans la révolution informationnelle. Seul le socialisme peut permettre un bénéfice collectif dans le progrès et les innovations.
__________________ Lidéalisme contemporain : linformation Le caractère immatériel de linformatique permet de renouveler un genre usé jusquà la trame, repris en biologie sous forme d information traversant les âges, voire transportant une finalité, un projet venu don ne sait où, comme dans la thèse de Monod sur la téléonomie : « Lobjectivité cependant nous oblige à reconnaître le caractère téléonomique des êtres vivants, à admettre que, dans leurs structures et performances, ils réalisent et poursuivent un projet. Il y a donc là, au moins en apparence, une contradiction épistémologique profonde. Le problème central de la biologie, cest cette contradiction elle-même, quil sagit de résoudre si elle nest quapparente, ou de prouver radicalement insoluble si en vérité il en est bien ainsi. » [Monod le hasard et la nécessité p. 3] « quelque chose constitue le fil de la vie. De quoi est-il fait ? De rien. De rien de matériel. Il est comme une information . Linformation est portée par la matière, mais elle dépend peu de la matière qui la porte. Linformation perdure quand les objets passent et se transforment. Analyser le monde en termes dinformation plutôt quen termes dobjets, cest regarder au-delà des apparences
» [Le fil de la vie - la face immatérielle du vivant - Gaucherel & Gouyon] Le langage courant est envahi des spéculations les plus diverses sur la nature de la révolution informatique , ou informationnelle ou dématérialisée que nous vivons. La multiplication des informations, laccélération de leur transmission (cest-à-dire la transformation quantitative et qualitative de leur transmission), ont fait prendre le résultat pour la cause, et linformation elle-même comme la source des transformations qui lont affectée. Depuis la nuit des temps dautres transformations, comme lécriture cunéiforme, le papier ou limprimerie, avaient déjà affecté la transmission de linformation, sans quon parlât de révolution informationnelle pour autant. Lorigine réelle de cette nouvelle transformation réside dans les progrès scientifiques et technologiques en électronique. Ils ont permis en lespace de 30 ans de passer un ordinateur individuel dune capacité de quelques Kilo octets(*) au téraoctet et de communiquer instantanément au bout de la terre, via plusieurs réseaux. (*)En 1980 le ZX80 ne dépassait pas 1,5 Ko et le Commodore Vic20 doté dun processeur MOS 6502, navait que 5Ko de mémoire vive. Les bricoleurs devaient simprimer une carte additive pour aller plus loin et les programmes étaient stockés sur une cassette. Par contre le fonctionnement et la matérialité de ces machines étaient accessibles au profane. Dautres technologies sont envisagées, davantage miniaturisées et accélérées, pour remplacer le principe dune mémoire constituée de transistors polarisés positivement ou négativement, de façon volatile ou non, réversible ou pas, on parle de transfert de mémoire sur un électron unique, de transmission quantique, de cryptographie quantique, voire dordinateur quantique. Ces progrès correspondent aux découvertes théoriques et pratiques réalisées dans la décomposition des atomes et des particules, dans lidentification de leurs états de polarisation ou de spin, et dans la manipulation de ces états. Mais, mise à toutes les sauces, des jeux vidéo aux particules et à lacide désoxyribonucléique, linformation est présentée par lidéologie dominante comme le Deus ex machina de lunivers. En fait derrière cet envahissement simplificateur circule encore la notion idéaliste selon laquelle lidée prime sur la matière et linformation sur son support, et quelle est de surcroît indépendante de la matière. Il est nécessaire de préciser un peu de quoi on parle, par exemple dans le domaine informatique. Linformation ou les data de linformatique ne constituent quune partie de toutes les données traitées et transmises par la machine, qui traite indifféremment le contenu, la forme, le format de transmission, mais aussi le BIOS, le système dexploitation, les progiciels et leurs applications, etc. Ces derniers sont aussi le fruit dun savoir-faire cristallisé dans la mémoire de la machine et transformé en outil. Mais à chaque instant toutes ces formes de la pensée sont transformées en matière et restituées, linformation se transforme en matière et inversement. On parle par commodité de langage informatique entre lhomme et la machine. Mais la notion de langage induit une communication entre deux être pensants, ce qui nest pas le cas. Derrière cette ambiguïté se dissimule toute une littérature de science fiction transformant linformaticien en démiurge et la carte mère en alter ego. Mais qui parle hexadécimal ? Le langage dont il est question est en réalité une interface pratique permettant soit au programmeur soit à lutilisateur de manipuler et de transformer des états électriques. Cest un outil évolué. Le langage binaire ou hexadécimal, les instructions , etc. ne parlent pas à la machine mais à son utilisateur, constituent une traduction intelligible, comme la pierre de Rosette, des écritures et des lectures effectuées en dur par lhomme sur les composants de la machine. Lintelligence artificielle apparente est la manifestation dune intelligence humaine, qui a préalablement associé chaque touche du clavier ou chaque pixel de lécran à un code dans une table, anticipé la signification de chaque signal en fonction dune configuration donnée, défini la séquence de lecture de ces signaux, leur décodage et leur transformation en données binaires, le traitement à leur attribuer dans les circuits de calcul, et en sens inverse les signaux de retour, etc. La machine nest quun prolongement du cerveau et de la main. Un logiciel est donc un ensemble dinstructions écrit dans un langage évolué de programmation. A laide dun langage encore plus évolué, plus parlant et destiné à lutilisateur, il permet de traiter les données, par exemple rédiger et mettre en forme un texte. En sens inverse le logiciel nest utilisable dans lordinateur quà travers sa compilation en langage machine, puis dans une combinaison détats électriques binaires correspondant à des basculements électroniques. A ce stade le logiciel est évidemment matérialisé dans le disque dur, dans les mémoires, dans les registres du processeur. Mais du reste il lest aussi tout au long de sa création sur une machine, à travers les divers codages et leur enregistrement, dans son stockage et dans sa transmission, quel quen soit le support. Où devient-il immatériel ? Dans le cerveau du programmeur ? Non plus.
Edité le 08-08-2018 e 23:35:22 par Xuan
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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