| | | | | | | | Finimore | | Grand classique (ou très bavard) |  | | 2644 messages postés |
| Posté le 02-08-2021 à 07:05:47
| Lu sur http://www.reveilcommuniste.fr/2020/10/le-retour-du-modele-socialiste.html Le retour du modèle socialiste 1 Août 2021 , Rédigé par Réveil Communiste Le socialisme revient à la mode aux États-Unis depuis la crise des subprime (2008), comme remède proposé aux abus de plus en plus délirants du capitalisme dans sa principale métropole, et il y a gros à parier qu'il en sera de même chez nous très vite. Et ce n'est pas simplement en tant qu'utopie, mais aussi à nouveau en tant que modèle économique et social bien concret. Voilà qui tombe bien, car l'objectif spécifique des communistes est le socialisme, et non lémancipation de lindividu, tâche historique du capitalisme qui la déjà conduite au-delà de son terme et qui aujourdhui la pousse jusquà labsurde. Cette orientation fondamentale ne plaît pas du tout à la gauche et à lextrême gauche bourgeoises qui continuent à enfoncer le portail grand ouvert au nouvel âge du capitalisme de la liberté sans freins et sans règles (celle des riches). Ce système déplaira aussi aux puristes qui restent bien au chaud dans la théorie parce quil comportera des survivances de longue durée du capitalisme : la monnaie, le salariat, la bourse, et même les riches, ce ne sont pas des réalités que lon peut abolir dun trait de plume (en tout cas, cest ce que l'expérience du socialisme du XXème siècle a montré). Remplacer le capitalisme signifie donc, non pas le détruire du jour au lendemain, mais commencer par le remettre sous le contrôle de la société, en lui ôtant son influence politique, en interdisant aux capitalistes de contrôler des forces politiques, et des médias. Ce qui signifie fragiliser progressivement la propriété privée des moyens de production sans la prohiber d'un seul coup. Comme on fait en Chine, lenfermer dans une cage, et lui interdire absolument, par le jeu des élections et la manipulation de lopinion, son retour au pouvoir. Le socialisme est donc un système politique de parti hégémonique qui nadmet pas dalternance sur les principes de base de son organisation économique et sociale. La victoire de ce système est certaine parce que tôt ou tard, et plutôt tôt que tard, les masses prendront conscience, au niveau mondial, de lintérêt et de la nécessité de ce nouveau système économique où la production et la distribution des biens nécessaires sera confiée à la collectivité et à lÉtat qui la représente. Mais cette victoire ne surviendra pas sans engagement actif dune grande partie de ces masses. Il va falloir encore une âpre lutte et un engagement intégral de millions de héros ordinaires pour y arriver. Ce qui est clair cest quil ny a pas dalternative capitaliste au capitalisme : pas question pour le capital financier dégénéré de revenir au Welfare State des années 1945-1980, ni de laisser un capitalisme autochtone non occidental se développer, ni quil parvienne à sautoréguler pour devenir « vert », ou « éthique », ne serait ce que parce quil soumet la science et la culture à des intérêts sordides et court-termistes, et na donc aucun moyen objectif de déterminer ce qui est réellement bon pour lenvironnement, ou pour lêtre humain. Ces utopies sont destinées à le rester, parce que le capitalisme nest pas une abstraction, il est fait de chair et de sang, et à ce titre il est indissociable de lempire dun Occident en voie dintégration politique (malgré quelques péripéties, comme par exemple la présidence Trump). Cet empire se développe sous le règne dune nouvelle oligarchie à lidéologie mondialiste portée par une classe dirigeante anglophone internationale qui a fait son temps mais qui ne veut pas lâcher laffaire. A part lidéologie, sa puissance résiduelle est fondée exclusivement sur la force militaire considérable quil conserve encore pour quelques temps. Une opposition au capitalisme va donc apparaître objectivement dans les forces qui luttent contre lhégémonie occidentale, d'abord dans les appareils dÉtat dits « émergents » et notamment en Chine. Dans les métropoles, cest dans la classe ouvrière nombreuse et multiforme des économies de service quapparaîtra la force politique qui mettra le capitalisme en cage. Prolétaires de services, mais indispensables et incontournables pour le fonctionnement matériel de la société. Quoiquil en soit de la forme précise quelle prendra, cette force périphérique « encerclera les villes par les campagnes », comme le préconisait Mao, et elle surgira par surprise en contournant les lignes de défenses et les digues idéologiques qui nous bloquent depuis deux générations. En ce sens des mouvements comme le M5S en Italie ou les Gilets Jaunes en France préfigurent cette surprise stratégique et cette reconfiguration politique radicale. Il faut aussi constater que lexpérience de leur déclin accéléré montre que ces formations sont vouées à jouer un rôle de catalyseur éphémère et à disparaître très vite avec le renouvellement de conditions politiques, avec le retour de la guerre de mouvement entre le capital et le travail. Un danger existentiel croissant, perçu comme provenant exclusivement de lextérieur, explique le tournant autoritaire et répressif de lOccident. La montée de la puissance chinoise annonçant la fin de la division post-colombienne du monde, cinq fois séculaire, entre un Occident dominateur, et tous les autres, est ressentie comme une agression barbare par la classe dirigeante de notre ordre finissant. Lintérêt de la classe ouvrière métropolitaine occidentale coïncide avec lintérêt national chinois. La promotion de la Chine au titre de puissance dominante en termes économiques signifie dabord la fin de son rôle de pays atelier, concurrençant lemploi ouvrier chez nous. Elle signifie la mise en pratique dun nouveau modèle de développement où les besoins réels sont davantage pris en compte que par le spectacle marchand produit dans les métropoles du premier monde, San Francisco, Los Angeles, New York, Londres et Paris. Elle signifie enfin la ruine des projets bellicistes de domination mondiale sous prétexte de civilisation et du colonialisme vendu sous la marque des droits de lhomme. Lintérêt de la classe ouvrière coïncide également avec la préservation du milieu favorable à la survie de lhumanité à long terme, en relocalisant la production industrielle, en lorientant vers la satisfactions des besoins réels rationnellement calculés du plus grand nombre, et en réorientant la recherche et le progrès technique sous le contrôle dun État dirigé par le parti qui représente les classes du travail, et non de monopoles capitalistes prédateurs de dimension mondiale. La classe ouvrière veut des emplois solides, bien rémunérés, valorisants, situés près de chez elle et la sécurité sociale au sens large (logement, alimentation compris) et non la précarité, le nomadisme, la guerre et la dévastation de la planète que lui propose le capital ! Elle veut le développement, la paix et la prospérité pour une longue durée, et cette aspiration coïncide avec les objectifs économiques et géopolitiques de la Chine. La Chine nentretient pas de relations privilégiées avec une Internationale ou avec des partis étrangers qui lui seraient a priori favorable. Soutenir la Chine sur le plan international ne signifie pas en espérer une aide politique, mais lutter concrètement contre les tendances à la guerre contre ce pays qui se développent chez nous. La diabolisation de limage du grand pays dAsie, et de son allié russe ne sont en effet rien autre chose quune préparation psychologique de masse à un conflit majeur avec eux. La grande cause des forces populaires des métropoles est de rendre impossible cette guerre de reconquête du monde par lOccident impérialiste, sous quelque forme nouvelle quelle prenne. La Chine pratique le multilatéralisme, et ne cherche pas à imposer chez ses partenaires internationaux un système économique ou social décalqué sur le sien. Mais du simple fait quelle tienne tête aux partisans du millénaire occidental, et quelle fasse mieux queux au niveau économique, la rend déterminante de lalternative politique concrète de lheure. Son accession au rang de première puissance mondiale libère le monde de lemprise occidentale-américaine, et rend possible la proposition aux masses en France, et dans le monde, dune véritable alternative politique : le socialisme. La Chine se présente au monde comme un État socialiste et il faut prendre cette revendication au sérieux. Le socialisme de marché nest pas un oxymore économique, il signifie larticulation de ces deux modes de production historiques qui se chevauchent dans le temps, ce qui est conforme à lexpérience concrète de toutes les transitions historiques. Pendant cette période de chevauchement dont on ne peut pas facilement prévoir la durée, une lutte de ligne permanente y opposera les tenants du socialisme à ceux du retour en arrière. Le socialisme renaît en Chine non par une volonté idéologique mais par la force des choses, comme le prévoyait Marx, par la dialectique des forces productives et des rapports de production, et dans cette conjoncture historique précise, par une conséquence nécessaire et inévitable de lagressivité dun capitalisme mondialisé qui reste imbriqué avec les intérêts nationaux des impérialistes (États-Unis, Royaume-Uni, France, UE sous domination allemande). Lhégémonie ne se partage pas. Le socialisme redevient ainsi par une formidable ruse dialectique un modèle concret, ce qui ne sétait pas vu depuis que lexpérience soviétique a été enrayée par les effets conjugués de la guerre hitlérienne et de la Guerre froide américaine. Ce modèle a montré sa puissance et son bien-fondé en cette année 2020 dans la lutte contre la pandémie, en Chine, au Viet Nam, et à Cuba. A nous de le revendiquer résolument, en l'adaptant aux réalités nationales, et de le proposer à tous. GQ, 27 octobre 2020, relu le 31 juillet 2021
-------------------- Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO) |
| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
| Posté le 04-08-2021 à 21:05:44
| Un second article de G. Questiaux sur le socialisme Choisir le socialisme ! 3 Août 2021 Choisir le socialisme Le socialisme est la propriété collective des moyens de production. Le socialisme est le résultat du développement historique des contradictions du capitalisme qui tracent la route de lévolution future de la société humaine, cest le résultat de la transformation du capitalisme en une société rationnellement organisée et (donc) égalitaire. En théorie (marxiste), la classe bourgeoise supprime la classe des féodaux, et/ou des rentiers de la terre, généralise le mode de production capitaliste à toute la terre, crée le prolétariat ouvrier, et est supprimée à son tour par lui. Mais dans la réalité, avant daboutir à ce retournement, la bourgeoise change ses alliances, et sappuie sur les restes des groupes sociaux survivants du féodalisme quelle a combattu auparavant pour échapper à ce funeste destin. Classe historique du talent et du travail dur et frugal, elle sinverse à la recherche du temps perdu en nouvelle aristocratie oisive et décadente. La division de la société en classe, sur le modèle des anciens rapports de production qui existaient antérieurement au capitalisme bloque lévolution historique au milieu du gué. Aller plus loin implique donc un choix volontaire et conscient de lhumanité, ou plus exactement dun parti déterminé de lhumanité, et une lutte contre les partis opposés, conservateurs et/ou réactionnaires; entre les deux, la gauche, historiquement, est le parti bourgeois-capitaliste de « légalité des chances » qui pense que le choix radical du collectivisme nest pas nécessaire, et que lon peut se fier à lévolution naturelle de léconomie pour parvenir à son but : une société meilleure et plus riche, le meilleur des mondes possibles. Lexpérience de deux siècles montre que ce nest pas possible : les moyens les plus extrêmes, essentiellement la manipulation des masses, la guerre et la dictature, ont été utilisés pour lempêcher, et le meilleur des mondes sest avéré impossible. La gauche pourtant continue de battre la même monnaie de Clemenceau à Léon Blum, de Guy Mollet à Mitterrand. Ces radicaux et ces socialistes qui ne sont ni radicaux, ni socialistes. De nombreuses raisons sont prodiguées et de nombreux préjugés sont cultivés pour ne pas conduire cette évolution vers le socialisme jusquà son terme et pour proclamer que la société divisées en classes est une bonne chose, une organisation « optimale » comme laffirment les économistes marginalistes, et quelle est de toute manière donnée de toute éternité. Ou en partant dun autre point de vue, que seule une telle société peut créer de la beauté et fonder de nouvelles valeurs, comme laffirme Nietzsche. Du coup, il faut rappeler quelques évidences qui se sont brouillées. Sur les notions fondamentales de la politique sociale, les analphabètes de 1848 en savaient bien plus long que les diplômés du XXIème siècle, la vie leur apprenait ce que la culture a depuis caché à nos contemporains. Le socialisme est un projet simple et clair : de léducation, de la santé , un emploi et un logement pour tous, et pas de deuxième choix. Le destin piteux des réalisations sociales du capitalisme, cités, hôpitaux, écoles, métros, lorsquil nest plus sous la pression de la classe ouvrière, la dégradation et la désaffection des biens sociaux proviennent des moyens insuffisants qui sont consacrés à leur entretien à cause du prélèvement des classes privilégiées, mais plus fondamentalement encore du spectacle démoralisant offert aux pauvres dune richesse ostentatoire et impudente qui prêche le dédain des biens communs. Le socialisme est un système juste. Il crée une égalité réelle entre les êtres humains, il proscrit les inégalités de revenus et de fortune. Rien de rationnel ne peut être invoqué pour justifier ces inégalités, mais il y a dans la culture commune beaucoup de raisonnements sophistiqués pour les excuser et les revendiquer. Or dans une société inégale, la comparaisons des statuts sociaux devient la substance de toutes valeurs et tous les désirs, la société de classe devenant aliénée des deux cotés, riches et pauvres courant après du vent. Ce qui est gratuit et offert à tous na littéralement plus aucune valeur puisquil ny a de valeur que par la distinction quaccorde un haut niveau de consommation privée et de gaspillage. Le socialisme est un système efficace. En fait toute entreprise capitaliste efficace fonctionne vue de lintérieur comme une société socialiste, par coopération des travailleurs, spontanée et passionnée par le but collectif. Lentrepreneur à succès est le dictateur local qui réussit à capter cette énergie créatrice essentiellement sociale à son profit privé. La mise en concurrence de tous contre tous, loin dêtre créatrice provoque une anarchie destructrice, malveillante et stérile. Le socialisme est un progrès de civilisation. Au terme de son avènement, les humains ne seront plus régis par la peur et lenvie. Et cest pour cela que ces deux concepts, « progrès », et « civilisation », sont contestés dans la culture post moderne ; « postmoderne » ne signifie pas autre chose que « postérieurement à léchec de la révolution socialiste ». Le socialisme par ailleurs est un système organisé de part en part par l'État, sachant que lÉtat est la conscience collective, et quil en est d'ailleurs la seule forme concrète. Dans une société socialiste, nous sommes tous des fonctionnaires, et cela est bien. Cest bien davoir la sécurité de lemploi, une retraite suffisante, des droits et des conditions de travail favorables et une grille de carrière fondée sur des critères objectifs, cest ce qui permet à lhomme ordinaire qui ne cherche pas à monter sur le dos de ses frères dêtre libre, cest ce qui lui permet de faire des projets, ce qui permet aussi à linformation de circuler dans les organisations sans être faussées par la concurrence entre leurs agents et dénaturée par les ambitions personnelles. Dans la société capitaliste, nous sommes voués à devenir des égoïstes stupides, des dissimulateurs cyniques, des débiteurs anxieux, des simulateurs et des arnaqueurs petits ou grands. Par destination, le socialisme est un système mondial. Avec comme perspective la coexistence pacifique de quelques nations culturelles bien distinctes, différentes mais pacifiques. Le socialisme cest la paix. Aucune valeur humaine ne surgit de la mort des soldats ni de la destruction de la vie et des biens dhumains ordinaires par dautres humains ordinaires. Et dans ce domaine aussi, le capitalisme pervers, décadent et tardif a développé une libido de la guerre et de la violence à toutes les échelles qui nen est pas moins délétère de se développer principalement dans le domaine du jeu et du loisir. Marx, le principal penseur socialiste et le seul véritablement rigoureux, a analysé le passage au socialisme comme le produit de la lutte des exploités contre les exploiteurs et comme la question de la réappropriation du travail gratuit. Il démontre dans le Capital que le capitalisme contient une zone obscure, en ce qu'il repose comme tous les modes de production qui lont précédé sur lextorsion de travail gratuit, mais que contrairement à eux il doit procéder à cette extorsion en la dissimulant, parce qu'il se développe sous le règne de l'idéologie libérale démocratique. Cette zone dombre finit par falsifier toute sa production culturelle et à linverser en force de destruction de la raison. Cest la protection de ce secret honteux qui conduit la civilisation à sa perte. Il faut être très clair sur un point : le socialisme ne supprime pas le travail gratuit, il le socialise. Si lhumanité socialisée décide, par exemple, de guérir le cancer ou de coloniser la planète Mars, il faudra pour ça beaucoup de travail gratuit. Ce qui explique pourquoi les expériences du socialisme réellement existant ne peuvent que scandaliser la mentalité de lextrême gauche qui imagine lavenir radieux de lhumanité comme le remplacement du travail productif par une réunion infinie dont lordre du jour est de déterminer son ordre du jour. Le socialisme résout en partie le problème du mal, car on ne peut pas nier quune grande partie du mal provient de linégalité qui introduit la perversion dans le désir individuel du pauvre comme du riche (dont la seule jouissance concrète de sa richesse est de parader devant le pauvre). Il nest pas encore possible de savoir sil le résoudra entièrement, ou sil en restera un résidu métaphysique. Cependant, les forces déternisation du capitalisme sont incontestablement des forces obscures et qui doivent être réprimées. Ce qui est étonnant chez les penseurs dextrême-gauche, cest que dans leur désir de supprimer les prisons ils ne disent jamais ce quils comptent faire des partisans du capitalisme s'ils ne parviennent pas à les convaincre tous ! Le socialisme résoudra le problème écologique, parce que cest le règne de la raison qui est seul à même daffronter les problèmes concernant la totalité de lhumanité et de la planète. Dans le régime capitaliste, les capitaux massivement investis dans les secteurs séparés (pétrole, armes, technologies, etc.) influencent les partis et les médias et sèment chacun la graine dune faction qui défend des intérêts à court terme et prêche le faux au détriment des intérêts généraux de lhumanité. Et le communisme ? Le communisme comme lont bien deviné ses adversaires a pour horizon la suppression de la propriété des biens de consommation, ou ce qui revient au même la totale fluidité de la circulation de ces biens, ce qui suppose un changement de mentalité considérable, procuré par la satisfaction des besoins que seul le socialisme installé dans la longue durée peut produire. Dans le communisme, ta voiture est ma voiture et ta maison est ma maison, et réciproquement. Mais bien avant den venir là il y a une anticipation immédiate du communisme dans l'action : on pourra sattaquer à la propriété intellectuelle, qui concerne tout autant les biens de production que les biens de consommation, et on a déjà commencé à le faire, comme le veut le développement actuel des forces de productions. Une des causes principales de la stabilité courante du capitalisme est la division régionale du monde entre un Nord impérial, colonial et ingérent, et un Sud exploité économiquement et dominé politiquement, depuis Christophe Colomb, en pays de niveaux de développement inégaux. L'impérialisme est non seulement « le stade suprême du capitalisme » comme le disait Lénine, mais aussi sa forme la plus durable qui lui permet de se ressourcer et déchapper à ses contradictions internes. Lémergence de la Chine comme première puissance économique sonne le glas de cette division du monde cinq fois séculaire et porte un coup très rude au capitalisme, indépendamment des intentions à son encontre que peuvent nourrir ou non - les dirigeants de ce grand pays. Les conditions objectives de la révolution socialiste dans le monde sont réunies. Les masses populaires nen ont pas encore conscience et elles peuvent continuer longtemps à tourner en rond dune élection à lautre. Elles peuvent aussi choisir le socialisme. Et bien évidemment, lorsquelles le feront à nouveau, elles le feront pour commencer à nouveau dans un seul pays, comme en Russie en 1917, qu'il faudra à nouveau défendre contre toutes les agressions. GQ, 11 février 2021
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
| Posté le 04-08-2021 à 21:14:34
| | Le Manifeste aujourd'hui Il est intéressant de relire le Manifeste et de comparer avec la réalité actuelle du capitalisme. La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n'a pas aboli les antagonismes de classes Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois. Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l'époque de la bourgeoisie, est d'avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat. On peut se poser des questions sur le prolétariat. Déjà la définition étendue au salariat mérite quelques débats. La notion de « classe ouvrière du manuvre à lingénieur » avait conduit à de graves dérives révisionnistes, en plaçant aux postes de commande des organisations ouvrières des cadres institutionnels du capitalisme. Historiquement, limpérialisme a engendré une aristocratie ouvrière, puis à partir des guerres du pétrole, les délocalisations et la désindustrialisation ont réduit limportance numérique de la classe ouvrière et ruiné des bassins demploi, comprenant non seulement les ouvriers mais aussi tous les commerces et PME environnantes. De cette sorte la contradiction entre bourgeoisie et prolétariat sest partiellement déportée vers les usines du monde ; des classes intermédiaires ont pris de lampleur et elles ont fait émerger une idéologie de la soumission et de la collaboration réformiste, ou dun révolutionnarisme chimérique. Mais lessor des pays colonisés aiguise de nouveau les contradictions au sein des pays impérialistes. Régulièrement des dizaines de milliers de professions libérales et de petits propriétaires sont précipités dans le salariat. Les travailleurs et les retraités pauvres sont apparus, ils se sont retrouvés dans les rangs des gilets jaunes. Peu à peu la classe ouvrière devra se reconstituer, reformer sa conscience de classe et reprendre sa place dirigeante dans la révolution La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, bien qu'elle ne soit pas, quant au fond, une lutte nationale, en revêt cependant tout d'abord la forme. Il va sans dire que le prolétariat de chaque pays doit en finir, avant tout, avec sa propre bourgeoisie. Cette question est aussi lobjet dune controverse apparue avec lUnion Européenne. Faut-il sortir dabord de ce cadre ou bien renverser dabord la bourgeoisie française ? Marx observe que la lutte pour lindépendance nationale est la première forme de la révolution prolétarienne, cest ce qui sest produit lors de la Commune de Paris. Mais elle a échoué faute de navoir pas dabord renversé la bourgeoisie française. Un frexit qui ne reposerait pas sur la prise du pouvoir et léviction de la classe bourgeoise serait ainsi voué à léchec. Les conditions bourgeoises de production et d'échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées. Nous avons déjà assisté à plusieurs crises successives. La dernière en date en 2008 reposait sur la hausse des taux dintérêt des prêts immobiliers, ou crise des subprimes, jetant à la rue des dizaines de milliers daméricains. Les américains pauvres ont plus tard gonflé les rangs du populisme et du protectionnisme, qui a échoué. Aujourdhui, les milliers de milliards de dollars imprimés pour redresser léconomie US couvrent lhorizon financier du monde dune inflation jamais égalée. De surcroît la pyramide de Ponzi des bitcoins menace de former une nouvelle bulle financière. Rapatriés aux USA parce que bannis de Chine, les bitcoins ont été adoptés par la Bank of America qui les investit au Salvador comme monnaie nationale, en promettant une croissance de 12 %. https://journalducoin.com/actualites/bitcoin-au-salvador-bank-of-america-prend-tout-le-monde-par-surprise/ Nous avons déjà vu plus haut que la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie. Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'Etat, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives Cela ne pourra naturellement se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c'est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier. Ces mesures, bien entendu, seront fort différentes dans les différents pays Ce paragraphe essentiel montre que léconomie socialiste ne sinstaure pas instantanément. Des formes capitalistes de léconomie subsisteront un certain temps sous le socialisme, et cela suivant les caractéristiques propres à chaque pays, comme les formes archaïques de léconomie féodales ont subsisté dans le capitalisme mais avec un caractère subalterne. Lexemple de la Nep puis celui de la Chine Populaire, lont confirmé dans des conditions différentes. Cest dabord le pouvoir politique de la classe ouvrière qui doit d'abord sinstaurer, puis procéder à une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production. Lexpérience a montré que la bourgeoisie ne se laisse jamais dépouiller de bon gré, et nautorise jamais le parti du prolétariat à prendre le pouvoir pacifiquement. En 100 ans dexistence, le PCF même lorsquil était « premier parti de France » ny est jamais parvenu. La prise du pouvoir par le prolétariat dans notre pays exigerait qu'il s'affranchisse non seulement de la mainmise des principales entreprises capitalistes monopolistes, mais simultanément des règles liées à la monnaie européenne et aux accords européens.
________________ La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l'Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l'extension de l'industrie; et, au fur et a mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan les classes léguées par le moyen âge [
] Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations. Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins des productions de l'esprit. Les uvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle. Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l'amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu'aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elle la prétendue civilisation, c'est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image. Marx dépeint la poursuite et lachèvement de la mondialisation à l'échelle du monde, dans lère du capitalisme. On voit ici que la mondialisation n'a pas commencé en 1990 mais que sa forme a changé. Après la chute de lURSS et du COMECON, cette mondialisation a été dominée par lhégémonisme US, qui a forcé les autres nations à travailler pour lui et façonné un monde à son image . Ce n'est pas le super impérialisme de Kautski, les contradictions entre les impérialismes n'ont pas disparu, mais ils sont dominés par une superpuissance. Avec lémergence de plusieurs pays et lessor irrésistible de la Chine, cest une nouvelle ère qui commence. Paradoxalement "Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers" s'applique maintenant aux pays impérialistes eux-mêmes, dont la balance commerciale est en déficit, et qui ne peuvent pas se protéger par le protectionnisme à cause des liens innombrables qu'ils ont eux-mêmes tissés. La méthode de Trump a échoué. Lhégémonisme doit céder la place à une nouvelle organisation de la mondialisation, à de nouveaux rapports internationaux. Cet équilibre nouveau ne peut plus être dominé par les impérialismes occidentaux, qui sont aussi rivaux entre eux. Quant à lhégémonisme US cest une situation très dangereuse qui se présente pour lui, où la perte de la domination mondiale nest pas une simple rétrogradation comme ce fut le cas des autres empires. Lhégémonisme US repose sur sa puissance militaire, technologique, économique et financière, notamment le pouvoir dexporter sa dette et denchaîner le monde au dollar. Mais la puissance militaire, technologique, économique et financière des USA repose elle-même sur son hégémonisme. Car sil disparaît tout est lédifice est menacé. Aussi leur rivalité avec la Chine est-elle inextinguible. Le monde entier lui-même est menacé par un déchaînement belliciste des USA, refusant leffondrement de leur empire.
Edité le 04-08-2021 e 22:48:41 par Xuan
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
| Posté le 07-08-2021 à 16:17:59
| | Deux questions historiques et actuelles pour les communistes rompre avec le capitalisme, construire le socialisme DANIELLE BLEITRACH 7 AOÛT 2021TEXTES FONDAMENTAUX https://histoireetsociete.com/2021/08/07/deux-questions-historiques-et-actuelles-pour-les-communistes-rompre-avec-le-capitalisme-construire-le-socialisme/ Pierre-Alain Millet intervient toujours pour tirer le processus le plus loin possible et il le fait à travers une lecture attentive du dernier livre de Jean-Claude Delaunay, toutes choses qui correspondent aux choix de ce blog qui a lui aussi choisi de prendre du champ avec la campagne au jour le jour de Fabien Roussel, pour mieux tenter de rester sur le but, le socialisme et la nécessité dun parti communiste. Cet article correspond totalement à nos choix éditoriaux et politiques. Non lexaspération face à Macron ne suffit pas elle peut même être fort mauvaise conseillère comme dhabitude et plus encore quand nous sommes confrontés à des enjeux historiques qui posent la question du socialisme comme la pandémie. (note de Danielle Bleitrach pour histoire et société Jeudi 5 août 2021, par pam, Le dernier livre de Jean-claude Delaunay rompre avec le capitalisme, construire le socialisme est sorti en pleine crise sanitaire, en août 2020. Je ne lai lu que cet été, un an plus tard
Jinvite tous les communistes à ne pas prendre plus de retard pour découvrir cette contribution qui aidera grandement à leurs efforts pour construire une candidature communiste utile à notre peuple, cest à dire qui aide à répondre enfin à deux questions sur lesquelles bute tout le mouvement social et progressiste depuis des décennies, avec dureté et souffrance ces dernières années - pourquoi et en quoi rompre avec le capitalisme ? - pourquoi et comment construire une autre société ? Le titre de ce livre est parfaitement choisi ! - Oui, il faut rompre avec le capitalisme, et pas seulement avec tel ou tel de ses effets ou apparences. On sent bien lexaspération dune partie du peuple face à Macron, mais on sait aussi dexpérience que lexaspération contre Sarkozy qui montait partout en 2010 a produit le vote Hollande contre la finance
Lexaspération sur les effets du capitalisme ne suffit pas à construire un rapport de forces pour permettre une véritable rupture avec ce système injuste mais dirigé par de grandes forces économiques et sociales
- Oui, il faut construire le socialisme ! Certes, le mot est tabou au PCF depuis des années, et ce silence sur ce qui définissait notre projet de société cache de plus en plus mal lambiguïté sur notre projet qui ne nous permet pas de reconquérir le monde du travail et les milieux populaires. Car voulons-nous seulement une gestion de gauche du système ? le communisme que nous voulons est-il déjà-là et suffit-il de le faire grandir ? Voulons-nous simplement revenir au projet du conseil national de la résistance ? ou au programme commun de lunion de la gauche ? En quoi notre projet de société est radicalement différent de ce quon connait ? Et le plus difficile tellement les communistes ont été habitués à se détacher de leur histoire, notre projet de société a-t-il quelque chose à voir avec lhistoire du mouvement communiste, lURSS, Cuba, la Chine
? Et comment concevons-nous alors notre projet de société ? avec un marché capitaliste ? un capitalisme détat ? un communisme sans plus aucun capitalisme ? un marché socialiste comme lévoque ce livre ? Jean-claude Delaunay nous donne des clés pour répondre à ces questions. Si son livre a une ambition bien plus profonde que la seule campagne des présidentielles, je suis convaincu quil peut armer de manière décisive les communistes pour transformer le lancement réussi de la campagne de Fabien Roussel en mouvement de masse pour exiger de rompre avec le capitalisme et pour construire le socialisme. Jai trouvé dans ce livre des réponses compréhensibles par tous à des questions qui secouent les idées communistes depuis longtemps. Il est un outil militant accessible pourvu que des communistes prennent le temps de lectures communes, de débats et de travail en lien avec leurs actions politiques, comme cela a commencé sur ce site [1]. Le livre fait certes près de 300 pages, mais il propose un résumé de 9 pages et chacun des 7 chapitres se termine aussi par un résumé court. Des réunions de communistes pourraient utilement commencer par la lecture commune dun résumé de chapitre pour ouvrir une discussion surtout si lun deux a déjà lu le livre et se prépare pour essayer dapporter les réponses du livre aux questions du débat [2]. Ce livre me semble utile en effet à la fois pour répondre à des questions très actuelles, et pour reprendre le fil dune réflexion marxiste des communistes que les années de mutation a fortement affaibli. Le capitalisme est-il historiquement fini ? Dabord pourquoi disons-nous (disions-nous !) que le capitalisme ne pouvait durer et serait remplacé par le socialisme ? Visiblement, les 50 dernières années ont plutôt montré lincroyable dynamique du capitalisme, dans la violence et linjustice certes, mais quand André Gérin écrivait en 2004 son livre Et si le capitalisme avait fait son temps ?, cétait en mode interrogatif ! Il appelait avec raison les utopistes à se lever, car après la chute de lURSS, les multiples actions militaires des USA, la mondialisation apparemment triomphante, qui pouvait croire à son abolition annoncée en 1848 par le manifeste du parti communiste ? Ce nest pas (seulement) une question dhistoire pour les communistes, cest une question très actuelle ! Avec les milliards des plans de relance en UE comme aux US, lagressivité diplomatique, commerciale, technologique des USA pour reprendre la main sur la Chine, on a plutôt le sentiment que le capitalisme est sûr de lui et tient les manettes ! Dailleurs, certains disent que la Chine ne serait quun autre capitalisme
bref, que ce système est indépassable
Et les défaites sociales et politiques de ces dernières années en France ne font que conforter ce sentiment populaire profond au cur de labstention
Jean-Claude Delaunay commence son livre par une analyse du capitalisme par grandes phases, quatre premiers chapitres montrant comment lhistoire du capitalisme répond à une logique profonde, du premier stade du capitalisme conduisant aux guerres mondiales, au développement du rôle de létat après guerre dans la concurrence avec le socialisme pour devenir le capitalisme monopoliste détat avant que la crise des années 60 ne conduise à une contre-offensive qui sappuiera sur la défaite de lURSS et sur la mondialisation. La logique derrière ces grandes ruptures est celle que Marx avait caractérisée dans le capital comme les deux lois de ce système, laccumulation et la baisse tendancielle du taux de profit. Si jose un résumé militant, tout capitaliste veut devenir toujours plus gros, donc investit tant quil peut, mais plus il investit plus il a du mal à maintenir son taux de profit, et comme chaque capitaliste ne soccupe que de son propre intérêt, il est prêt à tout pour être le gagnant, ce qui fait quau total, le système accumule de plus en plus et a de plus en plus de mal à en tirer suffisamment de profit
cest pourquoi le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée lorage, car il faut périodiquement détruire suffisamment de capital pour retrouver un taux de profit suffisamment alléchant [3]. Le livre propose didentifier une phase nouvelle initiée dans la crise des années 60 et liée à ce quon a appelé la contre-offensive de limpérialisme après la défaite retentissante des USA au Vietnam en 1975, la grande peur des bourgeoisies devant le niveau des luttes sociales en 1968, mais aussi les leçons de la réussite du coup détat au Chili installant le modèle libéral qui allait se généraliser. Pour cela, JCD résume les lois du capitalisme dans lexpression de sur-accumulation durable du capital, qui synthétise la loi de laccumulation et la baisse tendancielle du taux de profit. Il caractérise alors les différentes phases du capitalisme. Dabord linvestissement privé qui produit lindustrialisation et le colonialisme jusquau partage du monde dans les guerres, avec lapothéose de la première guerre mondiale. Mais lénorme destruction de capital de cette grande guerre ne résout pas le problème et la crise frappe encore plus fort en 1929 dans le contexte en plus de lexistence de lURSS ce qui produit le nazisme et la seconde guerre mondiale dont le capitalisme se relève dans laffrontement mondial avec le socialisme conforté et les indépendances nationales. Le capital fait alors le choix de lintervention massive des états, du plan Marshall au gaullisme pour apporter lactivité qui permet de soutenir le taux de profit pour les capitalistes. Cela fonctionne un temps, mais Georges Marchais pointait dans un article célèbre la crise et notamment la baisse du taux de profit dès 1971. Jean-Claude Delaunay propose de caractériser la transformation du capitalisme après les trente glorieuses comme le choix de rompre avec létat investisseur militaire et dinfrastructures et de lancer la course à la mondialisation pour chercher des taux de profits élevés dans les pays à faible coût
Il lappelle le capitalisme monopoliste financier qui assure un développement fantastique des pays du sud tout en détruisant massivement du capital dans les pays développés, et permet une nouvelle phase de développement capitaliste sur lequel sappuie
la Chine pour assurer son propre développement. Mais là aussi, ce modèle entre en crise dès le début des années 2000 et notamment avec la grande crise de 2008. La désindustrialisation au nord produit des populations pauvres qui ne peuvent consommer que par une dette qui finit par exploser notamment aux USA, et la sur-accumulation durable reprend, parce-que le capitalisme est incapable de planifier globalement son développement. Il nest régulé que par la concurrence entre les investisseurs. Le développement de la finance permet aux investisseurs de réduire leur risque individuels, pour ceux qui peuvent être du bon coté, mais sans inverser la tendance durable à la sur-accumulation. Ajoutons (le livre nen tient pas encore vraiment compte) que la réponse capitaliste à la crise de 2020 va se traduire par une accélération des efforts des capitalistes pour maintenir leur taux de profit individuel en faisant payer les états. On sait tous que les peuples vont payer à la fin ! Mais le livre nous aide à comprendre que cest toujours la même incapacité du capitalisme à résister à la sur-accumulation durable qui en fait un système en crise dautant plus forte que le niveau de sur-accumulation est élevé et donc que le coût dune destruction massive de capital devient historiquement too big to fail, comme le disent les banquiers. Les cubains disent souvent le socialisme ou la mort, trop souvent compris comme un slogan désespéré, alors que cest au contraire le refus de la mort que ne peut que provoquer le capitalisme destructeur. La conclusion est claire. Bien sûr, les capitalistes se battent avec tous les moyens, y compris la guerre, pour maintenir leur pouvoir et leur taux de profit, mais ils sont incapables déviter la sur-accumulation durable de capital et donc les crises. Donc oui, le capitalisme est mortel à condition que des forces sociales suffisantes décident de rompre franchement avec la classe sociale qui dirige le capitalisme, la grande bourgeoisie ! JCD conclut le dernier chapitre sur le capitalisme en affirmant ainsi : La fin de limpérialisme est lobjectif de lheure. Cela ne veut pas dire la fin du capitalisme qui survira ici et là. Cela veut dire la fin de la domination du capitalisme sur le monde. Le système capitaliste apparaît de plus en plus clairement aujourdhui comme étant un système de socialisation des pertes quil engendre et de privatisations des gains que les travailleurs lui procurent. Ces derniers ont à se convaincre dans leur masse que le socialisme est un système de socialisation des gains procurés par le travail et de réduction jusquà leur annulation des pertes engendrées par le capitalisme. Évidemment, il faut lire le livre qui construit une argumentation rigoureuse à la fois sur léquilibre global de chaque phase du capitalisme, mais aussi sur la place du marché et donc des marchandises, prenant en compte le développement des marchandises financières et proposant de différencier le marché capitaliste et le marché socialiste. Il sinterroge alors sur ce que deviennent les marchandises quand on sattaque au capitalisme. Cela nous donne un angle dattaque nouveau de questions très actuelles sur la société de consommation et donc sur la réponse aux besoin sociaux, qui pour lui est au cur justement de la construction dune autre société. Cest un enjeu essentiel dans un monde politique où dominent les idées de la sobriété, voire de la pauvreté choisie
Quest-ce que ça veut dire de construire le socialisme ? Cest là que le livre répond à la deuxième question, quelle société autre que le capitalisme ? La réponse est devant nous dans le monde et la connaissance de la Chine de Jean-Claude Delaunay qui y vit depuis des années lui permet de montrer que ce qui gagne dans la crise actuelle du capitalisme monopoliste financier, cest le socialisme
. JCD fait un choix clair, le socialisme pour caractériser le projet dune autre société, et pour cela il reprend la discussion sur ce quest le socialisme par rapport au communisme. Le PCF de la mutation des années 2000 avait rejeté le socialisme en considérant que la seule visée pertinente était le communisme lui-même, ce qui conduisait de manière surprenante à considérer que la révolution nétait plus nécessaire car le communisme étant le mouvement, il suffisait de le faire grandir
La violence du capitalisme du XXième siècle a évidemment refroidi ces idées du communisme déjà là et le 38eme congrès du PCF a réouvert le débat sans réutiliser pourtant le terme de socialisme. JCD sinscrit clairement dans le choix du socialisme comme une société de transition en rupture avec le capitalisme qui ne doit plus diriger le monde. Cest le cadre nouveau dans lequel on peut engager la construction dune société radicalement différente, le communisme avec un mode de production qui mette fin à toute exploitation et qui finisse par supprimer tout marché capitaliste, ce qui prendra du temps, mais pas une éternité dit JCD. Ce qui est sûr, cest que personne ne construira de communisme dans une société capitaliste, cest à dire dirigée par les oligarchies capitalistes ! Si en 1900, une autre société que le capitalisme relevait de lutopie, personne ne peut croire que nous sommes dans la même situation en 2021 ! On ne peut pas faire lautruche sur ce quont été lURSS, les pays de lEst, la Yougoslavie, sur ce quest Cuba, tout comme on ne peut pas ignorer que des communistes dirigent le plus grand pays du monde devenu une puissance équivalente aux USA au plan économique, même si elle en est très loin au plan militaire. La première leçon de lhistoire du socialisme, ce sont les grandes différences entre toutes les expériences socialistes, du passé comme du présent. Cest ce qui conduit JCD à considérer que sil faut parler du socialisme comme transition entre capitalisme et communisme, il faut aussi parler des socialismes, au pluriel, pour caractériser différentes situations liées aux différents pays, aux différentes modèles économiques au moment de la rupture avec le capitalisme [4]. On sait que les marxistes jusquen 1917 considéraient que le socialisme arriverait dans un pays très développé. Or, il sest construit dans des pays avec une classe ouvrière encore très faible, et dans le cas de la Chine dans un pays très peu développé et très massivement paysan. Cela conduit JCD à tenter de caractériser deux types de socialismes, un socialisme du développement et un socialisme de la maturité. JCD insiste sur une différentiation essentielle des sociétés, la rareté ou labondance. Chacun comprend quune société qui connait encore la grande famine a comme premier objectif le développement agricole pour nourrir la population. Cétait le cas de la Chine socialiste naissante. Mais elle doit aussi pour cela construire une industrie
ne serait-ce que pour augmenter la productivité agricole. Et la leçon de lhistoire du socialisme est bien quune période de développement accéléré a besoin du marché avec des investisseurs privés, donc du capitalisme, de la NEP de Lénine, au 6eme congrès des communistes cubains introduisant les commerces privés, et bien sûr avec le marché socialiste chinois. JCD resitue ce débat avec une citation utile de 1952 de Staline dans Les problèmes économiques du socialisme en URSS qui considère que léconomie soviétique reste fortement marqué par la production marchande. Certains opposent le socialisme chinois faisant place au marché, au socialisme stalinien dont le refus du marché après le NEP serait lorigine de son autoritarisme et la source de son échec [5]. Dautres à linverse considèrent le socialisme chinois comme un capitalisme détat autoritaire, oubliant que lunion européenne qui ne se trompe jamais en matière de marché capitaliste a justement refusé en 2016 de reconnaître la Chine comme une économie de marché ! JCD en conclut que les capitalistes ne peuvent pas accepter lidée dun marché socialiste, car cela signifie la fin du capitalisme ! JCD propose une définition du socialisme qui permet de tenir compte des diversités de socialismes existants, URSS et Chine compris. Dabord tenant compte que le socialisme ne peut pas supprimer le marché dun coup de baguette magique, il y a nécessairement du marché dans le socialisme, tout le problème étant que ce ne doit pas être un marché capitaliste servant le besoin de profits des capitalistes, mais un marché socialiste dirigé pour répondre aux besoins populaires. Ce qui conduit JCD a affirmer la nécessité de ce que les Chinois nomment la dictature démocratique du peuple, une formule plus riche que la dictature du prolétariat, ce qui sera lobjet du dernier chapitre du livre. La réponse aux besoins populaires selon le développement des forces productives. Cest un sujet de débat des communistes russes sur les causes de la défaite soviétique. Dun coté, ils considèrent que lenvie populaire dun monde de consommation à loccidentale nétait pas réaliste au niveau de développement soviétique, mais aussi que la pression militaire conduisait à détourner les capacités productives de la réponse aux besoins. Cest sans doute le premier défi de tout socialisme, répondre aux besoins populaires. Cuba est un bon exemple qui ne peut évidemment pas assurer un niveau de vie à loccidentale, mais qui assure la santé, léducation, le sport, la musique, et qui se bat pour construire une indépendance alimentaire qui est un défi gigantesque dans une petite île sous blocus US ! Le guidage économique par le taux de profit moyen dans la société, cest à dire que ce nest plus le profit individuel qui décide seul des investissements, mais la planification globale qui doit notamment fixer la part des investissements et de la consommation donc des salaires, enjeu essentiel dune politique économique socialiste. Le socialisme se construit dans une nation. Cest bien sûr un fait historique, mais cest surtout pour JCD une exigence pour que la réponse aux besoins populaires et les choix économiques soient bien le choix dun peuple acteur. Il faut lire les arguments détaillés de JCD qui montre que la mondialisation technologique et industrielle ne remet pas en cause au contraire la nécessité du cadre national. On voit bien par exemple en France que sans bataille nationale pour la réindustrialisation, il ny a pas de réponse possibles aux besoins populaires ! les services collectifs au cur de la production socialiste moderne, dans un socialisme de la maturité dont les infrastructures sont déjà développées [6] les forces productives humaines dominent les forces productives matérielles. Cest un aspect très actuel pour la France après toutes les lois capitalistes qui précarisent et soumettent le travail aux capitalistes et à leurs investissements. Les communistes doivent absolument lire ces quelques pages qui montrent la logique capitaliste de la précarité du travail et la réponse socialiste de la stabilité des qualifications. Le socialisme est une société favorable à lenvironnement. Si les premières phases de développement de la Chine nont pas tenu compte de limpact environnemental, la Chine est devenue un pays en pointe pour laction pour le climat et la biodiversité. [7]. JCD donne trois raisons de lavantage du socialisme pour lécologie, la réponse aux besoins populaires comme seul objectif, la place de létat pour mettre en uvre réellement les décisions pour lenvironnement, quitte à sopposer aux intérêts marchands justement, enfin sans doute le plus important, lidée que la réponse aux besoins nest pas quindividuelle, mais aussi collective ce qui conduit à lidée dune valeur dusage social qui conduit par exemple à prioriser le transport en commun sur le véhicule individuel. Ces définitions éclairent en quoi le programme commun de gouvernement nous plaçait dans une impasse que lhistoire a confirmée, et pour tous ceux qui veulent tirer les leçons de léchec de lunion de la gauche, cest une idée fondamentale. Le programme commun fut une construction économique et politique qui prolongeait et étendait le capitalisme monopoliste détat de laprès-guerre. Il augmentait le nombre et lampleur des nationalisations. Il énonçait tout un ensemble de principes novateurs de gestion de la société, de fonctionnement de ses institutions et pourtant il a échoué. Cette solution navait pas les moyens économiques et politiques de son aboutissement. Elle reposait sur lillusion dune dynamique qui ne pouvait être que tendanciellement socialiste. Un socialisme en transition vers le communisme Dans le 6eme chapitre, JCD esquisse une classification des socialismes selon le niveau de développement qui doit atteindre une société dabondance condition du communisme. Il précise le rôle de létat, des entreprises, de limpôt, des échanges extérieurs. Il décrit de manière convaincante le processus qui permet au socialisme de combattre la sur-accumulation durable du capital que ne pouvait inverser le capitalisme et dêtre ainsi réellement une société de transition vers le communisme. Une dimension intéressante et très actuelle pour lui est que ce processus repose sur plus de sciences et de technologies pour que linvestissement soit de plus en plus productif et ainsi pouvoir être réduit tout en développant le travail et la réponse aux besoins. avec le socialisme, le travail de tous est mis au service de tous. Il reste ensuite à mettre en uvre les mécanismes conduisant à ce quexiste une certaine équivalence entre ce que chacun donne à la société et reçoit de la société. Cela dit, au fur et à mesure que se développe la productivité du travail, la liaison entre ce que chacune reçoit et donne perd de son importance pratique. Léconomie de marché socialiste, ce nest donc pas une économie de marché capitaliste qui serait guidée et dirigée à laide dune trique socialiste. Cest lamorce profondément contradictoire dune forme de production accomplissant le dépassement partiel de la valeur marchande, préparant ainsi son dépassement total et le dépassement complet du marché. Démocratie bourgeoise et démocratie populaire Dans son dernier chapitre, JCD aborde de front une notion historique du marxisme que le PCF avait abandonnée en 1976, la célèbre dictature du prolétariat, et il le fait en montrant le lien étroit entre la démocratie bourgeoisie et la production marchande capitaliste. La démocratie à loccidentale, cest la séparation entre lespace politique, où tout citoyen est supposé égal, et le monde économique où domine la surbordination du salarié au capitaliste. Seuls les bourgeois peuvent ainsi faire le lien entre politique et économie et le lobbying en est lexpression ! Cest une question décisive à plusieurs titres - dabord le niveau dabstention populaire porte une véritable crise de légitimité de la démocratie électorale occidentale. Les repères qui donnaient du sens à un parti pris politique dans les batailles électorales ont disparu, tout le monde peut dire à peu près nimporte quoi de gauche et de droite, y compris lextrême-droite, et les électeurs qui restent sont de plus en plus sensibles à des campagnes médiatiques de type publicitaires mettant en avant les personnes et les narratifs des communicants au détriment de toute référence sociale. - ensuite le socialisme a été dans la bataille idéologique associé à la dictature, et cest une des raisons qui ont conduit les communistes dans les années 70 à chercher comment affirmer leur choix de la liberté en abandonnant le mot dictature. Mais ils nont pas dit comment alors imposer à la bourgeoisie des réformes qui la mettent en cause ! Peut-on espérer que les grandes oligarchies respectent le choix majoritaire ? Ils ont montré en 2005 quils avaient tous les moyens pour imposer leur choix, et le coup détat chilien en 1973 avait montré jusquoù une bourgeoisie est prête à aller. - enfin, personne ne peut espérer quun changement de société radical se fasse dans le consensus et donc quil devra faire face à des oppositions, y compris au sein du peuple, et aussi bien sûr au plan international ! Ferons-nous comme Tsipras en Grèce devant renier le vote populaire ? Mais alors, comment imposer la volonté majoritaire populaire à des minorités organisées, financées et acceptant la violence ? A lévidence, il faut affirmer que la volonté populaire majoritaire doit être respectée et que le système politique doit avoir les moyens de le faire. Cest pourquoi une démocratie populaire ne peut séparer politique et économie. JCD propose de lier deux dimensions, la place du monde du travail qui doit devenir réellement dirigeant pour orienter la transformation socialiste, et la place du peuple qui doit devenir acteur dans les contradictions quutiliseront les forces capitalistes toujours présentes. Cest peut-être la contribution la plus forte de ce livre en nous aidant à dépasser la contradiction entre rupture avec le capitalisme et démocratie sur laquelle le PCF a buté depuis les années 70. conclusion Jespère que Jean-claude ne me fera pas trop de reproches de cette lecture très partielle, mais lobjectif est vraiment de pousser les communistes qui cherchent comment être utiles à notre peuple divisé par les crises successives et notamment cette crise du COVID à se coltiner collectivement à ces deux questions décisives, rompre avec le capitalisme et construire le socialisme. Cest un défi pour proposer en 2022 quelque chose de radicalement nouveau aux abstentionnistes du monde du travail et des quartiers populaires
Je propose à Jean-Claude de publier un fascicule avec le résumé de chaque chapitre et le résumé du livre comme support de formation à la disposition des communistes. Et peut-être pourrait-il enregistrer une courte vidéo par chapitre pour aider à lorganisation pratique ?
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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