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 rapprochement Iran / Chine

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Xuan
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   Posté le 27-03-2021 à 19:22:12   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

L’Iran et la Chine signent un accord de coopération de vingt-cinq ans

Pékin est le premier partenaire commercial de Téhéran et était l’un des principaux acheteurs de brut iranien avant le rétablissement, en 2018, des sanctions américaines contre le secteur énergétique iranien.

Le Monde avec AFP
Publié aujourd’hui à 10h27, mis à jour à 15h33
https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/27/teheran-et-pekin-signent-un-accord-de-cooperation-de-vingt-cinq-ans_6074669_3210.html

A l’occasion de la visite du ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, arrivé vendredi soir à Téhéran, l’Iran et la Chine signent samedi 27 mars un accord de coopération stratégique et commerciale sur vingt-cinq ans. Cette « feuille de route complète », en discussion depuis plusieurs années, et comportant des « clauses politiques, stratégiques et économiques » pour « vingt-cinq ans de coopération Iran-Chine (…) sera signée » samedi, a déclaré le porte-parole iranien des affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh.

La Chine est le premier partenaire commercial de la République islamique d’Iran et était l’un des principaux acheteurs de brut iranien avant le rétablissement, en 2018, des sanctions américaines contre le secteur énergétique iranien, qui a fait chuter les exportations pétrolières de Téhéran. « Nous pensons que ce document peut être très efficace pour approfondir » les relations sino-iraniennes, a dit M. Khatibzadeh à la télévision d’Etat, en rappelant que la genèse de ce projet remontait à la visite du président chinois, Xi Jinping, à Téhéran, en janvier 2016, durant laquelle il a notamment rencontré le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

« Investissements réciproques »
Téhéran et Pékin s’étaient alors « engagés à mener des négociations pour la signature d’un accord de coopération élargie sur vingt-cinq ans » et « de coopérer et avoir des investissements réciproques dans différents domaines, notamment les transports, les ports, l’énergie, l’industrie et les services », selon un communiqué commun publié à l’occasion de cette visite. « Le gouvernement et le peuple iraniens cherchent, comme ils l’ont toujours fait, à élargir leurs relations avec des pays indépendants et fiables tels que la Chine », avait déclaré à l’occasion M. Khamenei, jugeant « tout à fait correct et sage » le projet sino-iranien, également présenté comme un « partenariat stratégique global ».


L’accord devrait être signé à la mi-journée au ministère iranien des affaires étrangères entre M. Wang et son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif. Jusqu’à ce jour, les grandes lignes de l’accord, qui ferait participer l’Iran au projet de la « nouvelle route de la soie », cher au président Xi Jinping, n’ont pas été dévoilées.

Membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine est l’un des partenaires de Téhéran au sein de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015. Depuis que les Etats-Unis se sont retirés de ce pacte en 2018 et qu’ils ont rétabli dans la foulée des sanctions punitives contre la République islamique, Pékin a plutôt affiché son soutien à Téhéran face à cette démarche unilatérale de l’ex-président américain, Donald Trump.

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   Posté le 29-03-2021 à 14:00:35   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

source dnews

"L'accord d'investissement de 25 ans entre la Chine et l'Iran est bénéfique pour le partenariat entre les deux pays et jettera les bases d'un nouvel" ordre mondial "" , a déclaré un diplomate iranien lorsque le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi s'est rendu en Iran le 27 mars et a signé un total de 400 milliards.


Les 26 et 27 mars, Wang Yi s'est rendu en Iran, deuxième étape de cette série de visites à l'étranger. Pendant cette période, il a signé un "plan de coopération global" avec l'Iran pour une période de 25 ans, couvrant les domaines politique, économique, militaire et d'autres champs.
Jusqu'à présent, aucune des parties n'a divulgué le contenu spécifique de cet accord, mais les deux parties le considèrent comme l'un des accords bilatéraux les plus importants depuis 50 ans depuis l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l'Iran.

Cet accord important est considéré comme une stratégie pour que la Chine cherche à se maintenir dans l'environnement international actuel, mais cette compréhension est évidemment trop à courte vue.
On dit que cet accord a été proposé dès 2016 par le principal dirigeant chinois Xi Jinping, et il est considéré comme un élément important de l'initiative chinoise «Belt and Road» .
En ce qui concerne le projet de contenu de cet accord, dès 2020, les médias révéleront que la Chine investira 400 milliards de dollars américains dans des dizaines de domaines en Iran au cours des 25 prochaines années, y compris les banques, les télécommunications, les ports, les chemins de fer et les soins médicaux.
Santé, soins et technologies de l'information, telles que l'infrastructure du réseau de communication 5G, le système de positionnement mondial "Beidou", etc., et en échange, l'Iran fournira à la Chine un approvisionnement stable et fiable en pétrole conventionnel à des prix réduits - plus important encore, le commerce du pétrole contournera le dollar américain et se règlera en renminbi.
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   Posté le 29-03-2021 à 15:44:43   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les USA ont créé le triangle Moscou - Pékin - Téhéran


L'avertissement de Brzezinski sur une alliance anti-américaine entre la Chine, la Russie et l'Iran devient une réalité



Écrit par: Ji Lan sur dnews
2021-03-29 18:11:00
Date de la dernière mise à jour:2021-03-29 18:26

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Le voyage du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi au Moyen-Orient se poursuit. Le 27 mars, Wang Yi s'est rendu en Iran, la partie la plus importante de ce voyage étant la signature du plan de coopération global sino-iranien de 25 ans.
Le ministère chinois des Affaires étrangères n'a pas annoncé les détails spécifiques du plan, mais selon un rapport du média officiel du Parti communiste chinois sur China Global Television Network (CGTN), l'accord de 25 ans comprendra une coopération politique, stratégique et économique.

Le New York Times, Bloomberg, etc. ont révélé plus de détails, y compris l'investissement de la Chine dans des dizaines de domaines tels que les télécommunications et les infrastructures iraniennes au cours des 25 prochaines années, d'une valeur allant jusqu'à 400 milliards de dollars américains. En guise de retour sur investissement, la Chine recevra un approvisionnement stable en pétrole de l’Iran, et les colonies pétrolières des deux pays utiliseront du RMB au lieu de dollars américains. En outre, la Chine et l'Iran sont également convenus dans l'accord de renforcer la coopération militaire et sécuritaire, y compris les échanges d'expériences militaires et d'exercices militaires, la recherche et le développement conjoints d'armes et le partage de renseignements.

De la durée de l'accord lui-même au contenu spécifique de cet accord, cela signifie que la coopération entre la Chine et l'Iran n'est pas seulement la question du montant d'investissement ou d'énergie, mais que les deux parties ont des considérations stratégiques à plus long terme.

Avant la signature de l'accord entre la Chine et l'Iran, Wang Yi venait de s'entretenir avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, déclarant que «quels que soient les changements de la situation internationale, la coopération stratégique globale entre la Chine et la Russie ne fera que se renforcer, et non s’affaiblir, se développer, et non régresser " . L'élan d'une nouvelle liaison stratégique entre la Chine et la Russie se poursuivra.

Ces dernières années, la Russie et l'Iran ont entretenu des relations très étroites. En particulier, les deux parties ont uni leurs forces sur la question syrienne et sont depuis longtemps devenues des partenaires stratégiques.
L'interaction trilatérale entre la Chine, la Russie et l'Iran est également en cours. Fin décembre 2019, la Chine, la Russie et l'Iran ont organisé leur premier exercice maritime conjoint dans le golfe d'Oman. En février 2021, les trois pays ont de nouveau lancé des exercices militaires dans l'océan Indien.

La Chine, la Russie et l'Iran établissent une certaine forme d '«alliance». C'est une merveilleuse combinaison:
historiquement, les griefs sino-russes ont existé, et ils sont même tombés dans le conflit et la confrontation à un moment donné. Le passé de la Russie et de l'Iran a connu des hauts et des bas, et les deux parties étaient encore plus hostiles pendant la guerre froide. Bien que la Chine et l'Iran n'aient pas d'enchevêtrements historiques compliqués, ils ont des civilisations et des systèmes différents, et la Chine n'a pas beaucoup d'intérêts géopolitiques au Moyen-Orient. Cependant, ces dernières années, la coopération sino-russe «consécutive» et la coopération russo-iranienne sont devenues la norme. Aujourd'hui, la Chine et l'Iran ont une feuille de route de coopération à long terme.

Qu'est-ce qui a poussé la Chine, la Russie et l'Iran à unir leurs forces à travers l'histoire, la nation, la civilisation, etc.? La réponse est: les États-Unis.

Après être entrés dans le XXIe siècle, les États-Unis sont devenus plus vigilants sur l'essor de la Chine. De George Walker Bush à Barack Obama en passant par Donald Trump et Joe Biden aujourd'hui, leurs stratégies pour la Chine ont des différences, mais l'objectif reste le même: contenir l'essor de la Chine.
Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis ont toujours considéré la Russie comme un défi géopolitique et ont réprimé la Russie de diverses manières.
Il en va de même pour l’Iran. Au cours des 30 à 40 dernières années, les États-Unis et l’Iran ont été fondamentalement dans un état d’hostilité. Les sanctions et la mise en place de mandataires au Moyen-Orient ont toutes été destinées à contenir l’Iran.

Face à de tels États-Unis, la Chine, la Russie et l'Iran ont choisi de se regrouper pour soulager la pression stratégique.
Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller américain à la sécurité nationale, a averti les États-Unis dans son livre "The Big Chess Game": "Le plus grand danger potentiel est que la Chine, la Russie et peut-être l'Iran forment une alliance majeure. La raison n’est pas idéologique, mais c’est une insatisfaction commune. »
Il semble maintenant que les préoccupations de Brzezinski deviennent une réalité.
Les États-Unis ont fait de leur mieux pour vaincre la Chine, la Russie et l'Iran au fil des ans. En conséquence, aucune des deux parties n'a cédé. Au contraire, les trois parties ont formé une puissante force géopolitique grâce à la coopération, une force capable de défier et de diviser l’hégémonie américaine.
Il faut dire que c'est une erreur stratégique majeure des États-Unis.

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   Posté le 07-04-2021 à 19:46:48   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur le même sujet, l'article d'Alexandre Lemoine Pacte stratégique: l’Iran et la Chine changent les règles du jeu au Moyen-Orient

Et celui de Pepe Escobar plus documenté du point de vue historique et que je reproduis ci-dessous : Naissance d’un nouveau paradigme géopolitique
L’accord de partenariat stratégique Chine-Iran récemment annoncé fait voler en éclats les sanctions américaines tout en pavant la Ceinture et la Route d’Est en Ouest.

Par Pepe Escobar
Mondialisation.ca, 31 mars 2021
Asia Times 29 mars 2021

Au terme de deux semaines extraordinaires qui ont bouleversé la géopolitique du XXIe siècle, l’Iran et la Chine ont finalement signé leur accord stratégique de 25 ans samedi dernier à Téhéran.

Le timing n’aurait pas pu être plus spectaculaire, après ce que nous avons examiné dans trois articles précédents : la Quad virtuelle et le sommet 2+2 entre les États-Unis et la Chine en Alaska, la réunion de partenariat stratégique Lavrov-Wang Yi à Guilin et le sommet des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN à Bruxelles – des étapes clés qui ont dévoilé la naissance d’un nouveau paradigme dans les relations internationales.

L’officiellement nommé Partenariat Stratégique global sino-iranien a été annoncé pour la première fois il y a plus de cinq ans, lors de la visite du président Xi Jinping à Téhéran. Fruit de nombreuses discussions à huis clos depuis 2016, Téhéran décrit désormais l’accord comme « une feuille de route complète avec des clauses politiques et économiques stratégiques couvrant la coopération en matière de commerce, d’économie et de transport ».

Une fois de plus, c’est le « gagnant-gagnant » en action : L’Iran, en partenariat étroit avec la Chine, brise le verre des sanctions américaines et stimule les investissements nationaux dans les infrastructures, tandis que la Chine s’assure des importations énergétiques clés à long terme qu’elle considère comme une question de sécurité nationale.

S’il fallait identifier un perdant dans ce processus, ce serait certainement la campagne de « pression maximale » de l’administration Trump contre tout ce qui concerne l’Iran.

Comme me l’a décrit le professeur Mohammad Marandi de l’Université de Téhéran, « il s’agit essentiellement d’une feuille de route. C’est particulièrement important à un moment où l’hostilité des États-Unis envers la Chine augmente. Le fait que ce voyage en Iran [du ministre des Affaires étrangères Wang Yi] et la signature de l’accord aient eu lieu littéralement quelques jours après les événements en Alaska le rend encore plus significatif, symboliquement parlant ».

Le porte-parole du Ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a confirmé que l’accord était bien une « feuille de route » pour la coopération en matière de commerce, d’économie et de transport, avec un « accent particulier sur les secteurs privés des deux parties ».

Marandi note également qu’il s’agit d’une « compréhension globale de ce qui peut se passer entre l’Iran et la Chine – l’Iran étant riche en pétrole et en gaz et le seul pays producteur d’énergie capable de dire « non » aux Américains et d’adopter une position indépendante sur ses partenariats avec d’autres pays, notamment la Chine ».

La Chine est le plus grand importateur de pétrole de l’Iran. Et, point crucial, les règlements de factures contournent le dollar américain.

Marandi touche le cœur du problème lorsqu’il confirme comment l’accord stratégique garantit, pour de bon, le rôle très important de l’Iran dans l’Initiative Ceinture et Route (BRI) :

« Les Chinois se méfient de plus en plus du commerce maritime. Même l’incident du canal de Suez ne fait que renforcer ce constat, il accroît l’importance de l’Iran pour la Chine. L’Iran aimerait utiliser le même réseau Ceinture et Route que celui que les Chinois veulent développer. Pour l’Iran, les progrès économiques de la Chine sont assez importants, en particulier dans les domaines de la haute technologie et de l’IA, que les Iraniens poursuivent également et qui sont en avance sur la région, et de loin. En matière de technologie des données, l’Iran est troisième au monde. C’est un moment très opportun pour que l’Asie occidentale et l’Asie orientale se rapprochent l’une de l’autre – et comme les Iraniens ont une grande influence parmi ses alliés en Méditerranée, dans la mer Rouge, dans l’Hindu Kush, en Asie centrale et dans le golfe Persique, l’Iran est le partenaire idéal pour la Chine » .

En bref, du point de vue de Pékin, l’étonnante saga de l’Evergreen dans le canal de Suez réaffirme plus que jamais l’importance cruciale des corridors terrestres, commerciaux et de connectivité de la BRI à travers l’Eurasie.

LE JCPOA ? Quel JCPOA ?

Il est fascinant de voir comment Wang Yi, alors qu’il rencontrait Ali Larijani, conseiller spécial de l’ayatollah Khamenei, a tout formulé en une seule phrase :

« L’Iran décide de manière indépendante de ses relations avec les autres pays et n’est pas comme certains pays qui changent de position en un coup de fil » .

On ne soulignera jamais assez que le scellement du partenariat a été l’aboutissement d’un processus de cinq ans, comprenant de fréquents voyages diplomatiques et présidentiels, qui a commencé avant même l’interrègne de la « pression maximale » de Trump.

Wang Yi, qui entretient des relations très étroites avec le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, a une nouvelle fois souligné que « les relations entre les deux pays ont désormais atteint le niveau du partenariat stratégique » et « ne seront pas affectées par la situation actuelle, mais seront permanentes » .

Pour sa part, Zarif a souligné que Washington devrait prendre au sérieux son retour à l’accord sur le nucléaire iranien, lever toutes les sanctions unilatérales et revenir au JCPOA tel qu’il a été conclu à Vienne en 2015. En termes de realpolitik, Zarif sait que cela ne se produira pas, compte tenu de l’ambiance qui prévaut dans le Beltway. Il lui reste donc à faire l’éloge de la Chine en tant que « partenaire fiable » dans le dossier – au même titre que la Russie.

Pékin mène une offensive de charme très subtile en Asie du Sud-Ouest. Avant de se rendre à Téhéran, Wang Yi s’est rendu en Arabie Saoudite et a rencontré le prince héritier Mohammed Bin Salman. La version officielle est que la Chine, en tant que « partenaire pragmatique » , soutient les mesures prises par Riyad pour diversifier son économie et « trouver une voie de développement adaptée à ses propres conditions » .

Ce que Wang Yi a voulu dire, c’est que le Comité mixte de haut Niveau Chine-Arabie Saoudite devrait travailler sans relâche. Pourtant, il n’y a eu aucune fuite sur la question absolument cruciale : le rôle du pétrole dans la relation Pékin-Riyad, et le jour fatidique où la Chine décidera d’acheter du pétrole saoudien dont le prix sera exclusivement fixé en yuan.

De nouveau sur la route (de la soie)

Il est absolument essentiel de replacer l’importance de l’accord Iran-Chine dans un contexte historique.

L’accord contribue largement à renouveler l’esprit de l’Eurasie en tant qu’entité géo-historique, ou, comme le dit le géopoliticien français Christian Grataloup, « un système d’interrelations d’un bout à l’autre de l’Eurasie » qui se déroule sur le nœud dur de l’histoire mondiale.

Grâce au concept de la BRI, la Chine renoue avec la vaste région intermédiaire entre l’Asie et l’Europe, à travers laquelle les relations entre les continents ont été tissées par des empires plus ou moins durables aux dimensions eurasiennes diverses : les Perses, les Gréco-Romains et les Arabes.

Les Perses, de manière cruciale, ont été les premiers à développer un rôle créatif en Eurasie.

Les Iraniens du Nord, au cours du premier millénaire avant J.-C., experts en nomadisme à cheval, étaient la première puissance du noyau steppique de l’Eurasie centrale.

Historiquement, il est bien établi que les Scythes ont constitué la première nation nomade pastorale. Ils se sont emparés de la steppe occidentale – en tant que puissance majeure – tandis que d’autres iraniens de la steppe se déplaçaient vers l’Est, jusqu’en Chine. Les Scythes n’étaient pas seulement de fabuleux guerriers – comme le veut le mythe – mais surtout des commerçants très avisés reliant la Grèce, la Perse et l’est de l’Asie : ce que décrit, entre autres, Hérodote.

Ainsi, un réseau commercial international terrestre ultra-dynamique à travers l’Eurasie centrale s’est développé, conséquence directe de la poussée, entre autres, des Scythes, des Sogdiens et des Hsiung-Nu (qui n’ont cessé de harceler les Chinois à leur frontière nord). Les différentes puissances d’Eurasie centrale, à différentes époques, ont toujours commercé avec tous ceux qui se trouvaient sur leurs frontières – où qu’ils soient, de l’Europe à l’Asie orientale.

La domination iranienne sur l’Eurasie centrale a peut-être commencé dès 1 600 avant J.-C., lorsque les Indo-Européens sont apparus en haute Mésopotamie et en Grèce, dans la mer Égée, tandis que d’autres sont allés jusqu’en Inde et en Chine.

C’est pleinement établi, entre autres par une source savante irréprochable, Nicola di Cosmo, dans son ouvrage « La Chine ancienne et ses ennemis : La montée du pouvoir nomade dans l’histoire de l’Asie de l’Est » (Cambridge University Press) : le mode de vie nomade pastoral à cheval a été développé par les Iraniens de la steppe au début du premier millénaire avant Jésus-Christ.

Sautons à la fin du premier siècle avant J.-C., lorsque Rome commence à collecter sa précieuse soie en Asie orientale via de multiples intermédiaires, dans ce qui est décrit par les historiens comme la première Route de la Soie.

Une histoire fascinante met en scène un Macédonien, Maes Titianos, qui vivait à Antioche, dans la Syrie romaine, et qui a organisé une caravane pour que ses agents puissent aller au-delà de l’Asie centrale, jusqu’à Seres (Chine) et sa capitale impériale Chang’an. Le voyage a duré plus d’un an et a été le précurseur des voyages de Marco Polo au XIIIe siècle. Marco Polo a en effet suivi des routes et des pistes très connues depuis des siècles, empruntées par de nombreuses caravanes de marchands eurasiens.

Jusqu’à la caravane organisée par Titianos, la Bactriane – dans l’actuel Afghanistan – était le limes du monde connu pour la Rome impériale, et la porte tournante, en termes de connectivité, entre la Chine, l’Inde et la Perse sous les Parthes.

Et pour illustrer les « contacts de peuple à peuple » très chers au concept de la BRI du XXIe siècle, après le IIIe siècle, le manichéisme – persécuté par l’empire romain – s’est pleinement développé en Perse le long de la Route de la Soie grâce aux marchands sogdiens. Du VIIIe au IXe siècle, il devient même la religion officielle chez les Ouïgours et atteint même la Chine. Marco Polo a rencontré des Manichéens à la cour des Yuan au XIIIe siècle.

Régner sur le Heartland

Les Routes de la Soie étaient un fabuleux vortex de peuples, de religions et de cultures – ce dont témoigne l’exceptionnelle collection de manuscrits manichéens, zoroastriens, bouddhistes et chrétiens, écrits en chinois, tibétain, sanskrit, syriaque, sogdien, persan et ouïgour, découverts au début du XXe siècle dans les grottes bouddhiques de Dunhuang par les orientalistes européens Aurel Stein et Paul Pelliot, sur les traces du pèlerin chinois Xuanzang. Dans l’inconscient chinois, ce dernier est encore bien vivant.

Il est désormais bien établi que les Routes de la Soie ont peut-être commencé à disparaître lentement de l’histoire avec la poussée maritime occidentale vers l’Est depuis la fin du XVe siècle. Mais le coup de grâce a été porté à la fin du XVIIe siècle, lorsque les Russes et les Mandchous de Chine ont divisé l’Asie centrale. La dynastie Qing a détruit le dernier empire pastoral nomade, les Junghars, tandis que les Russes ont colonisé la majeure partie de l’Eurasie centrale. L’économie de la Route de la Soie – en fait l’économie basée sur le commerce du cœur de l’Eurasie – s’est effondrée.

Aujourd’hui, le très ambitieux projet chinois de la BRI inverse l’expansion et la construction d’un espace eurasien d’Est en Ouest. Depuis le XVe siècle – avec la fin de l’Empire des Steppes mongol – le processus a toujours été d’Ouest en Est, et maritime, sous l’impulsion du colonialisme occidental.

Le partenariat entre la Chine et l’Iran pourrait devenir l’emblème d’un phénomène mondial aussi vaste que les entreprises coloniales occidentales du XVe au XXe siècle. Sur le plan géoéconomique, la Chine est en train de franchir une première étape pour consolider son rôle de bâtisseur et de rénovateur d’infrastructures. L’étape suivante consiste à construire son rôle dans la gestion.

Mackinder, Mahan, Spykman – tout le dispositif conceptuel de « domination des vagues » est en train d’être dépassé. Jusqu’au milieu du XXe siècle, la Chine était peut-être une puissance du Rimland – épuisée. Aujourd’hui, elle est clairement positionnée comme une puissance du Heartland. Côte à côte avec son « partenaire stratégique », la Russie. Et côte à côte avec un autre « partenaire stratégique » qui s’est avéré être la première puissance eurasienne historique : l’Iran.

Pepe Escobar

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