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 présence française en Afrique, le ras-le-bol

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Xuan
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   Posté le 20-02-2022 à 20:47:56   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le néocolonialisme français en Afrique s’effondre


DANIELLE BLEITRACH 20 FÉVRIER 2022
https://histoireetsociete.com/2022/02/20/le-neocolonialisme-francais-en-afrique-seffondre/

Voici un article en provenance d’Espagne qui a le grand mérite de remettre le président Macron et sa politique devant les échecs et les mensonges de la presse française. Il ne s’agit pas seulement de l’Ukraine mais du contexte africain où les catastrophes de la politique néocoloniale française sont de plus en plus mal supportées par les populations mais où tout serait de la faute des Russes. Une autre vision qui correspond beaucoup plus à la réalité malheureusement, mais qui explique peut-être aussi le retard du président français à venir imposer au peuple français sa stature d’homme d’Etat alors que le “retrait” du Mali n’est pas loin de celui de l’Afghanistan pour Biden et qu’il faut que nous soyons bien ignorants des questions internationales pour tolérer une telle gabegie avec de tels moyens financiers et humains. (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société
vendredi 18 février 2022 par CEPRID

Alberto Cruz

LE CEPRID

La visite du président Français en Russie au cours de la première semaine de février, à l’occasion de la crise ukrainienne, a fait beaucoup parler. Mais l’important, ce n’est pas ce qu’on en a rapporté. Il est très peu probable qu’ils aient parlé pendant six heures, ce qu’ils disent que la réunion a duré, seulement de l’Ukraine, de l’expansion de l’OTAN vers les frontières russes et de ce que l’Europe fait ou ne fait pas à ce sujet. Il y avait sûrement un autre élément important dans les relations entre les deux pays : l’Afrique.

Dans les jours précédant cette réunion, et dans ce qui semblait refléter une certaine coordination entre la France et l’Allemagne, Macron s’est entretenu avec la chancelière allemande et a qualifié la Russie de « force déstabilisatrice ». Pas seulement à cause de la question ukrainienne, mais à cause de quelque chose qui le concerne directement et qui est la pénétration russe dans des pays qui, jusqu’à très récemment, faisaient partie de la « sphère d’influence française en Afrique », c’est-à-dire ses anciennes colonies. C’est quelque chose que la France répète depuis l’été 2021.

La présence russe en République centrafricaine et au Mali est bien connue. Dans une moindre mesure, la même chose se passe en Guinée et il est plus que probable que la même chose se produise au Burkina Faso après le récent coup d’État. C’est-à-dire que dans un tiers de ses anciennes colonies africaines, la France a disparu ou est sur le point de le faire et dans tous ces pays, la Russie a commencé à apparaître. Mais le rejet de la France n’a rien à voir avec la Russie, il concerne la vision que les peuples africains en ont et qui, curieusement, la considèrent comme une « force déstabilisatrice », c’est-à-dire la même accusation qu’avant sa visite à Moscou Macron a lancée contre la Russie. Cela devient évident lorsque la France elle-même constate que dans ces pays, l’ancienne métropole n’est plus digne de confiance et activement critiquée (1).

Ce qui se passe en Afrique est important parce que c’est non seulement la puissance coloniale française qui s’effondre, mais la puissance coloniale européenne face à la présence de plus en plus florissante de la Russie, de la Chine et même de la Turquie (et de l’Iran, dans une bien moindre mesure).

Et la réponse française, partagée et défendue par l’ensemble de l’UE, est la réponse occidentale classique: des sanctions qui protègent ses intérêts stratégiques, comme le stipule avec insistance l’article 21 du traité sur l’Union européenne. Que les sanctions soient illégales si elles ne sont pas imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU, conformément au droit international, est la moindre des choses. Depuis la guerre d’invasion et l’occupation néocoloniale de l’Irak en 2003, l’Occident ne s’est pas soucié du droit international et parle d’« ordre fondé sur des règles ». Leur ordre et leurs règles.

Des sanctions ont été imposées à la République centrafricaine parce que les élections étaient considérées comme « injustes », ce qui est le cas généralement lorsque la personne attendue ou parrainée ne gagne pas. Si les pro-occidentaux gagnent, tout va bien, sinon c’est antidémocratique et autoritaire. Ce qui est drôle, c’est que les élections ont été approuvées par l’ONU, l’UE et la Banque mondiale, rien de moins. La France s’en fichait et forçait les siens, Européens et anciennes colonies africaines, à faire de même, elle devaient sanctionner.

La même chose s’est produite au Mali, où la France, et après elle le reste des pays sous influence française, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a imposé des sanctions pour « violation des principes démocratiques » . Et, bien sûr, l’action française a été accompagnée par l’UE, qui a sanctionné plusieurs membres du gouvernement malien, dont le Premier ministre, avec le même argument.

Les 13 et 14 janvier, les ministres des affaires étrangères de l’UE ont abordé deux questions: l’Ukraine et le Mali. Sur ce dernier pays, l’ineffable Borrell, chef de la diplomatie européenne, a déclaré dans son rapport que « la junte militaire ne donne pas de signaux positifs » (aux exigences européennes) il était donc nécessaire d’apporter un « soutien total » à la France et aux pays de la CEDEAO. Et il a été plus explicite : « Nous avons préparé des sanctions contre ceux qui entravent la transition. Nous maintiendrons nos activités et nos missions de formation et de conseil des forces armées et des forces de sécurité du Mali. Nous maintenons la suspension du soutien économique. » La démocratie dans sa forme la plus pure, comme vous pouvez le voir. C’est l’exemple clair de l’articulation de la politique étrangère de l’UE en Afrique liée à la politique néocoloniale de la Françafrique.

La réponse malienne ne tarda pas à venir et expulsa l’ambassadeur français, une action très bien vue par la population, tout en remettant ouvertement en cause la présence de troupes étrangères sur son territoire sans invitation. Parce qu’il s’avère que dans le pays africain il y a des forces européennes, comme le Danemark, par exemple, « invitées » par la France mais pas par le gouvernement du pays. Les Européens ne sont pas les seules troupes, il y a aussi des Africains : du Burkina Faso, du Tchad, de Mauritanie et du Niger. Toujours, sous le parapluie français. En effet, et depuis 2013 qu’ils sont dans le pays, la France a invoqué à plusieurs reprises son « autonomie » quant à la composition et aux opérations de ces forces qui ont changé de nom à plusieurs reprises et élargi leur rayon d’action. (2)

Une autre lutte anticoloniale

Le cas du Mali n’est que la pointe de l’iceberg d’une rébellion anticoloniale. Depuis août 2020, il y a eu deux coups d’État et les deux sont clairement un rejet du colonialisme français dans le pays car, contrairement à ce qui se dit en Occident, la présence n’est pas seulement militaire, mais civile. La principale force soutenant l’armée qui a livré les coups d’État est le Parti socialiste, le principal parti d’une coalition, le Mouvement-Groupement des forces populaires du 5 juillet, qui est hypercritique de la France et de son rôle non seulement au Mali mais en Afrique.

« L’effet Mali » se répercute fortement dans toute la région car les manifestations anti-françaises sont de plus en plus fréquentes et l’une des raisons en est le comportement des troupes, stationnées dans tout le Sahel depuis 2013 (avec des composantes non seulement françaises, mais d’autres pays européens, y compris l’État espagnol avec 450 soldats) qui sont considérées non seulement comme un fardeau mais sont la vitrine du contrôle néocolonial pour le pillage des ressources des peuples africains. Parce qu’il y a un fait incontestable : puisque ces troupes sont au Mali, soi-disant pour protéger les pays africains des attaques des groupes djihadistes, la réalité est que ces groupes ont augmenté leur présence et leur activité puisque ces troupes sont là et contrôlent plus de zones et mènent plus d’attaques dans des zones de plus en plus éloignées des provinces du nord du pays, où ils ont commencé à opérer. L’accusation contre ces troupes selon laquelle elles n’ont servi qu’à renforcer les intérêts de la France en tant qu’investisseur dans le pays, à protéger exclusivement les citoyens français travaillant dans des entreprises française et à arrêter le flux de migrants est récurrente au Mali. (3)

Il n’est pas non plus indifférent que les troupes françaises aient souvent été impliquées dans des actions répressives contre la population, entraînant plusieurs morts, lorsque des personnes ont manifesté contre leur présence ou ont tenté de couper et/ou d’entraver leurs mouvements à travers le pays.

Des événements similaires se sont pas produits seulement au Mali, mais dans d’autres pays comme la République centrafricaine, où les troupes tchadiennes – ce pays est le centre de la stratégie française parmi ses anciennes colonies du Sahel – en sont venues à utiliser la population comme boucliers humains (pratique reconnue par l’ONU comme « comportement inapproprié » face aux attaques qu’elles ont subies.

Alors que le déclin sans précédent de l’influence française sur le continent africain s’accélère, les néo-colonisateurs continuent de refuser d’accepter la réalité : ils ne veulent pas accepter le déclin, mais il ne peut pas non plus être arrêté même avec le soutien des groupes armés qui s’opposent aux nouvelles autorités et qui rappellent terme à terme, ce qui s’est passé en Angola pendant tout le processus postcolonial immédiat des années 1970-1980. Le même schéma utilisé par le Portugal pour soutenir les groupes ethniques qui s’opposaient au gouvernement angolais est alors répété maintenant par la France.

Par exemple, en République centrafricaine, le gouvernement accuse la France de superviser les activités de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC, composée de six groupes opposés au gouvernement central et maintenant une structure armée qui contrôle une zone frontalière au Tchad considérée comme stratégique pour sa richesse en terres rares et en or), tandis que ces forces, et la France elle-même ne craignent pas d’accuser la Russie, la Chine et même l’Iran de « piller le pays ».

Surtout à la Russie pour la présence “d’entrepreneurs privés” en République centrafricaine (et maintenant aussi au Mali) depuis leur présence, et sous leur formation, le gouvernement a pu reprendre le contrôle des mines d’or de la République Centre africaine, jusqu’à très récemment entre les mains de la CPC. Le terme de « mercenaires prédateurs » est le plus utilisé par la France pour les décrire et elle multiplie les accusations selon lesquelles ils tiennent le président du pays en otage. En allant encore plus loin , la Russie est accusée d’être derrière tout cela et de prendre le contrôle de la RC à travers ces « mercenaires ». Cela conduit les Français à montrer leur inquiétude face à la « pénétration constante de la Russie en Afrique » et à la façon dont ce fait « affecte la sécurité de l’UE ».

Comme en République centrafricaine, les sanctions contre le Mali n’ont fait que pousser les nouveaux dirigeants à chercher d’autres voies, et c’est là que la Russie et la Chine entrent en jeu. Cela a été l’effet sinon recherché, en tous les cas obtenu par la France et l’UE. Cela a été comme jeter du sel dans la plaie pour la France, pour l’UE et pour l’Occident.

Au milieu de l’hystérie occidentale sur l’Ukraine, ces « compagnies privées » en langue russe et « mercenaires » en français sont devenus le nœud du problème. Mais la vérité est qu’il existe un accord officiel entre les ministères de la Défense de la République centrafricaine et la Russie, présenté au Conseil de sécurité de l’ONU, qui a approuvé cette présence.

Ce fait, la présence d’entrepreneurs russes, est le dernier argument pour tenter d’expliquer le rejet de la présence militaire française, qui conduirait à un affaiblissement de l’influence politique et économique de la France dans les pays africains, et la raison pour laquelle le 13 décembre 2021 le Parlement européen a exhorté l’UE à imposer des sanctions contre la société Wagner, qui les embauche, arguant qu’ils sont étroitement liés au Kremlin et qu’ils sont déjà présents dans 23 États africains. Il n’est donc pas surprenant que cette question ait été soulevée dans la longue conversation entre Poutine et Macron lors de la visite de ce dernier à Moscou à l’occasion de la crise ukrainienne.

La peur du tsunami

Les États africains sont fatigués de la France et les relations sont de plus en plus tendues entre eux. Cela provoque de plus en plus de foyers de tension dans les pays « influencés par la Françafrique » et un mécontentement croissant à l’égard des politiques néocoloniales suivies par Paris, ainsi que par l’Europe et les États-Unis en général. C’est de cette manière qu’il faut interpréter le coup d’État au Burkina Faso et la tentative de coup d’État bisau-guinéen. Et en France, on craint de plus en plus un tsunami qui lui enlèvera son « héritage ».

Dans le cas du Burkina Faso, au cours des trois dernières années, il y a eu la montée d’un mécontentement populaire à l’égard d’un gouvernement inactif contre l’activité islamiste et qui s’est limité à compter sur la présence de soldats français pour cela. Déjà en novembre 2021, il y a eu de très fortes mobilisations populaires contre cette présence française qui ont fini par devenir anti-gouvernementales et qui, au final, ont pris fin avec le gouvernement pro-Français (janvier 2022).

En Afrique, il y a actuellement une lutte importante contre le néocolonialisme, une lutte qui ne sera arrêtée ni par les campagnes d’information et de propagande provocatrices activement organisées par Paris ces derniers temps sur les « mercenaires russes » ni par les sanctions imposées au Mali et à d’autres États « récalcitrants » par le biais de la CEDEAO ; ou l’usage de l’influence dans l’UE, où la France assure la présidence du Conseil de l’Union européenne depuis six mois depuis le 1er janvier.

C’est, en même temps, un grand revers personnel pour Macron, qui espérait pouvoir profiter de ce semestre pour renforcer sa figure face aux élections présidentielles d’avril prochain, élargir les ambitions de grandeur française, accélérer l’avancée de la présence des troupes européennes avec l’implication de plus de pays, comme l’Allemagne et une Espagne qui allait augmenter le nombre de soldats, et faire progresser ce qu’il appelle une « boussole stratégique » pour atteindre une plus grande intervention européenne dans les affaires mondiales.

Notes

(1) https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-club-des-correspondants/au-mali-et-en-centrafrique-le-message-politique-de-la-france-ne-passe-plus_4899443.html

(2) Lors de la publication de cet article, la France a annoncé le retrait non seulement de ses troupes mais aussi de celles des autres pays européens et du Canada arguant que « les conditions politiques, opérationnelles et juridiques nécessaires pour s’acquitter efficacement de ses obligations militaires de lutte contre le terrorisme » ne sont pas réunies au Mali. Cela ne signifie pas qu’ils quittent la région, mais qu’ils s’installent dans d’autres endroits des ex-colonies, comme le Niger, principalement.

(3) Dans le cas du Niger, l’excuse de « lutte contre le terrorisme » est invoquée par la France pour déployer ses troupes dans les zones où la multinationale Oran, qui gère deux mines d’uranium, est active. Tout le minerai extrait est envoyé entièrement en France pour alimenter les centrales nucléaires. Compte tenu de l’annonce faite dans la première semaine de février de cette année par Macron de construire 14 centrales nucléaires, on comprendra mieux pourquoi la France s’attache à ses anciennes colonies et au Sahel.

Alberto Cruz est journaliste, politologue et écrivain. Son nouveau livre est « Les sorcières de la nuit.) Le 46e régiment « Taman » d’aviateurs soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale », publié par La Caída avec la collaboration du CEPRID et qui en est déjà à sa troisième édition. Les commandes peuvent être faites
libros.lacaida@gmail.com ou ceprid@nodo50.org il peut également être trouvé dans les librairies.

albercruz@eresmas.com

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