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 présence française en Afrique, le ras-le-bol

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Xuan
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   Posté le 02-03-2020 à 16:18:38   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Dans le Monde Diplomatique de mars 2020

MANIFESTATIONS ET CRITIQUES DE BAMAKO A DAKAR

Présence française en Afrique, le ras-le-bol


Le slogan « France, dégage ! » se répand dans les anciennes colonies françaises, soixante ans après leur indépendance. Manifestants et intellectuels réclament la fin du franc CFA ou l’arrêt de l’opération militaire « Barkhane », engagée au Mali depuis 2013. Alors que la concurrence avec d’autres puissances s’accroît, l’ampleur de la contestation prend Paris au dépourvu.

PAR FANNY PIGEAUD


Un coq aux couleurs du drapeau français picorant un imposant sac de grains en forme de continent africain : fin 2019, la caricature a fait le tour des réseaux sociaux africains, en particulier dans les pays francophones. Son succès symbolise une vague inédite de critiques adressées à la France dans ce qu’on appelait encore récemment son « pré carré (1) » . Articles de presse, débats télévisés, déclarations et rassemblements s’en font l’écho dans toute l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « À bas la France ! » , peut-on ainsi entendre, fin 2019 et début 2020, dans les rues de Bamako, au Mali, où des centaines de manifestants exigent le départ des troupes de l’opération « Barkhane » , qui luttent contre les mouvements djihadistes. Au même moment, à Zinder, au Niger, des étudiants découpent un drapeau français.

Face à cette contestation, des officiels français, dont le président Emmanuel Macron lui-même, dénoncent un « malentendu » , voire une « campagne de désinformation » menée par une puissance concurrente — incriminant ainsi, sans la nommer, la Russie. Il est vrai que Moscou a profité de ce climat défavorable à Paris pour prendre une part du marché sécuritaire en République centrafricaine, en 2018. Certaines des informations véhiculées relèvent de l’affabulation ou de la malveillance, comme ce photomontage de décembre 2019 qui laissait penser, à tort, que l’armée française avait livré des motos à des djihadistes au Mali. Mais l’exaspération qui se répand trouve sa source dans la politique africaine de la France elle-même. « C’est un ras-le-bol, une révolte, un refus de la mainmise de l’État français sur nos autorités et, par ricochet, sur nos économies, sur nos peuples » , résume dans une vidéo l’économiste et opposant ivoirien Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale dans son pays (2).

Si elle ne date pas d’hier, la dénonciation de l’impérialisme français et de la « Françafrique (3) » sort des cercles intellectuels et militants pour gagner la rue. Cette évolution s’explique par « l’arrivée à maturité d’une génération qui ne se sent pas concernée par ce que la France a pu représenter pour ses aînés, qui regarde de moins en moins vers elle » , explique l’écrivain Boubacar Boris Diop, coauteur, avec l’ancienne ministre malienne et militante altermondialiste Aminata Dramane Traoré, d’un petit livre au titre éloquent : La Gloire des imposteurs (Philippe Rey, 2014). Les réseaux sociaux jouent comme toujours un rôle amplificateur et accélérateur.

« Une guerre pour les ressources minières »

Parmi les griefs adressés à l’ancienne puissance coloniale figure la « coopération monétaire » avec quatorze pays d’Afrique depuis 1960. Reprenant une critique jusque-là confidentielle (4), des militants associatifs, des économistes et des opposants luttent désormais ouvertement pour la fin de la monnaie héritée de la colonisation et actuellement divisée en deux zones : le franc CFA d’Afrique de l’Ouest et le franc CFA d’Afrique centrale. Arrimée à l’euro, la devise demeure sous la tutelle de la France, qui en garantit officiellement la convertibilité. Selon ses détracteurs, le franc CFA entrave le développement de pays qu’elle prive d’une part de leur souveraineté. Ils plaident pour la création de monnaies régionales ou nationales. Au Sénégal, par exemple, le Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (Frapp) mène la charge avec un slogan sans ambiguïtés : « France, dégage ! »

Cette mobilisation a contraint M. Macron, qui assurait en 2017 encore que le franc CFA était un « non-sujet pour la France » , à changer radicalement de discours. En décembre 2019, lors d’un passage à Abidjan, il a annoncé — à la surprise générale — une réforme du franc CFA d’Afrique de l’Ouest. Les huit États concernés ne seront plus tenus de placer 50 % de leurs devises auprès du Trésor français. Cependant, une cinquantaine d’intellectuels africains dénoncent la persistance des « liens de subordination monétaire » , notamment le maintien de la parité fixe avec l’euro et de la garantie française (5).
Avec la recrudescence des attentats dans le Sahel, la présence militaire française en Afrique est devenue un autre sujet de controverse mobilisant le grand public. Depuis 1960, Paris maintient dans ses anciennes colonies un réseau de bases permanentes ou temporaires (6). L’armée tricolore a souvent été employée pour porter au pouvoir ou pour protéger des dirigeants alliés, tels Omar Bongo au Gabon en 1990 ou M. Idriss Déby Itno au Tchad en 2008. En 2011, son intervention pour permettre à M. Alassane Ouattara d’accéder à la présidence de la Côte d’Ivoire, à l’issue d’une crise postélectorale meurtrière, fut perçue comme un règlement de comptes avec le chef de l’État sortant Laurent Gbagbo (7). Dans la ville camerounaise de Douala, plusieurs centaines de conducteurs de moto-taxi avaient alors manifesté leur désapprobation vis-à-vis de l’ « ingérence française » .

Depuis 2013 et l’opération « Serval » , dont les circonstances et les motivations sont déjà controversées, les critiques s’exacerbent au fur et à mesure que des groupes armés regagnent du terrain, semant la mort au Mali et au Burkina Faso. Une partie des Maliens estiment « que la France n’intervient que pour des intérêts économiques et stratégiques inavoués, qu’elle participe à la déstabilisation du pays pour légitimer sa présence ; mais surtout, qu’elle a pris le parti des ex-rebelles touaregs » , analyse Boubacar Haidara, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM), à l’institut d’études politiques de Bordeaux. « Je m’étonne que les Français n’aient pas été capables d’éradiquer ces bandes terroristes. (…) Le veulent-ils vraiment, ou ont-ils un autre agenda ? » , s’interrogeait le ministre de la défense burkinabé Chérif Sy dans un entretien à l’hebdomadaire sud-africain Mail & Guardian, en juin 2019 (8).

Les alliances nouées par l’armée française, comme celle passée avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), alimentent la défiance. Ce groupe armé a lancé en 2012, avec les islamistes d’Ansar Dine, les premières attaques contre des camps militaires du Nord malien. Peu après, l’armée française a fait de lui un partenaire dans la guerre contre les djihadistes. Elle lui a « donné » la ville de Kidal après l’avoir libérée en 2013, selon la formulation de l’ex-ambassadeur de France à Bamako Nicolas Normand (9).
Le fait que M. Macron ait été, en novembre 2019, le premier à annoncer que le chef du gouvernement malien se rendrait bientôt dans la ville, toujours contrôlée par le MNLA et ses alliés, a renforcé les soupçons. « C’est la preuve, pour certains Maliens, que c’est lui qui détient la clé du problème de Kidal » , commente Haidara. « Les Maliens ne voient que l’inefficacité — réelle ou supposée — des forces étrangères, sans toujours tenir compte de la grande difficulté à traiter le problème sécuritaire, tant ses facteurs sont imbriqués » , ajoute-t-il, précisant que d’autres forces armées étrangères suscitent la méfiance, dont celles déployées par les Nations unies.

Jusque-là silencieux, le monde de la culture se met de la partie. Dans une lettre ouverte adressée à M. Macron, Cheick Oumar Sissoko, cinéaste et ex-ministre de la culture malien, a dénoncé l’« habitus colonial », cette « disposition d’esprit faite de complexe de supériorité et de mépris souverain à l’égard de peuples dominés, exploités par le colonialisme français, qui est ancrée, cultivée et entretenue (…) au sein de la classe dirigeante française » . Le chanteur malien Salif Keita a quant à lui provoqué un tollé côté français en affirmant qu’il n’y avait « pas de djihadistes en Afrique, mais des mercenaires payés par la France » . Il a accusé le président du Mali, M. Ibrahim Boubacar Keïta, de « passer son temps à se soumettre à ce petit Emmanuel Macron, un gamin » . Le musicien, qui a fait ces déclarations de l’étranger, a reçu un accueil triomphal à son retour à Bamako. « Traiter le président français de “jeunot”, cela ne s’était jamais fait. Et tout le monde a approuvé » , observe Boubacar Boris Diop.

Visiblement surprises par l’ampleur du phénomène, les autorités françaises multiplient les démentis. « La France n’est pas là avec des visées néocoloniales, impérialistes, ou avec des finalités économiques. On est là pour la sécurité collective de la région et la nôtre » , a affirmé M. Macron le 4 décembre 2019. « La France n’a aucun intérêt au Mali. Elle ne défend aucun calcul économique ou politique » , avait déjà soutenu le président François Hollande en 2013. Mais ces dénégations pèsent peu face aux propos, régulièrement repris sur les réseaux sociaux, d’un ex-membre du MNLA et ancien ministre malien, M. Hama Ag Mahmoud : « Il y a une guerre pour les ressources minières (10). »

M. Macron cache mal son irritation. Fin 2019, il se plaint de l’« ambiguïté » dont feraient preuve des « responsables politiques » africains à l’égard des « mouvements antifrançais » . Visant les dirigeants des pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad), il lance un ultimatum : « J’attends qu’ils clarifient et formalisent leurs demandes à l’égard de la France et de la communauté internationale », avant d’ajouter : « J’ai besoin qu’ils l’affirment politiquement devant leurs opinions publiques. » Des propos aussitôt interprétés comme un appel à faire taire les critiques. « Nous sommes en démocratie, lui répond alors par médias interposés le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré. Nous ne pouvons pas empêcher chacun d’avoir son opinion. »
Les autorités françaises paraissent d’autant plus fébriles que, outre la Russie, des États puissants, dont la Chine, l’Allemagne et la Turquie, cherchent à étendre leur influence commerciale et militaire sur le continent, multipliant les partenariats bilatéraux.

Des présidents aux mains liées

« Que doivent faire les Français ? Se résigner à décoloniser. Là, ils font durer le plaisir — ou le supplice, c’est selon. Mais il faut accepter le verdict de l’histoire. Quand Salif Keita dit à Ibrahim Boubacar Keïta : “Pars avant qu’il ne soit trop tard”, c’est aussi valable pour la France, souligne Boubacar Boris Diop. Même si on sait bien que cela n’est pas aussi simple. » Cela l’est d’autant moins que, en dépit du « ras-le-bol général » , une donnée ne change pas, remarque l’écrivain : « Qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition, les politiques ont, à quelques exceptions près, la trouille de dire du mal de la France. »
Les présidents d’Afrique francophone, dont certains sont en fonctions depuis plusieurs décennies, se retrouvent pris entre, d’un côté, une demande populaire d’émancipation croissante et, de l’autre, les pressions des autorités françaises, attentives à leurs intérêts économiques et sécuritaires. Plusieurs d’entre eux savent qu’ils ne seraient pas au pouvoir sans Paris. Aucun n’oublie les représailles subies par ceux de leurs prédécesseurs qui se sont opposés à la France, tel le Guinéen Ahmed Sékou Touré, victime de multiples tentatives de déstabilisation, ou le Burkinabé Thomas Sankara, renversé par un coup d’État et assassiné en 1987 (11).
Le 2 décembre 2019, les autorités ivoiriennes se sont d’ailleurs crues obligées d’expulser une Suisso-Camerounaise, Mme Nathalie Yamb, établie à Abidjan et membre du parti d’opposition ivoirien Liberté et démocratie pour la République, pour « activités incompatibles avec l’intérêt national » . Fin octobre, lors du sommet Russie-Afrique de Sotchi, Mme Yamb avait accusé la France de considérer l’Afrique « comme sa propriété » et qualifié les dirigeants de la zone franc de « laquais de la France » . Ces dernières années, seuls les dirigeants du Cameroun ont utilisé le levier « anti-France » dans le cadre d’un bras de fer avec Paris portant sur l’avenir politique du pays : pendant quelques mois, des médias proches de la présidence ont développé un discours virulent contre les autorités françaises.

Du côté des opposants, rares sont encore ceux pour qui la critique de l’impérialisme français est également l’occasion de raviver les idéaux de développement national portés jadis par le Malien Modibo Keïta ou le Burkinabé Sankara. En attendant, le gouvernement français ne change pas de cap : le 2 février 2020, faisant fi des avis de nombreux acteurs et observateurs selon lesquels le « tout sécuritaire » ne suffira pas à stabiliser le Sahel, il a annoncé le renforcement des effectifs de l’opération « Barkhane », portés de 4 500 à 5 100 hommes (12).

FANNY PIGEAUD
Journaliste. Auteure, avec Ndongo Samba Sylla, de L’Arme invisible de la Françafrique. Une histoire du franc CFA, La Découverte, Paris, 2018.

Notes
(1) Lire Olivier Piot, « La fin du pré carré », dans « France-Afrique. Domination et émancipation », Manière de voir, n° 165, juin-juillet 2019.
(2) « Jeudi, c’est Koulibaly ! “M. Macron, vous pouvez donner mille instructions à nos chefs d’État” », YouTube, 5 décembre 2019.
(3) Cf. François-Xavier Verschave, La Françafrique. Le plus long scandale de la République , Stock, Paris, 1998.
(4) Lire Sanou Mbaye, « Le franc CFA, monnaie anachronique », dans « France-Afrique. Domination et émancipation », op. cit.
(5) « Des intellectuels africains réagissent aux réformes du franc CFA », SenePlus, 7 janvier 2020.
(6) Voir la carte « Interventions militaires françaises en Afrique », dans « France-Afrique. Domination et émancipation », op. cit.
(7) Lire « Débâcle de l’accusation contre M. Gbagbo », Le Monde diplomatique, décembre 2017.
(8) Simon Allison, « I question France’s motives, says Burkina Faso’s defence minister », Mail & Guardian, Johannesburg, 4 juin 2019.
(9) Christine H. Gueye, « Un ex-ambassadeur français au Mali éclaire les propos de Salif Keita sans les excuser », Sputnik, 22 novembre 2019.
(10) « La France nous avait donné son feu vert pour l’indépendance de l’Azawad », Le Courrier du Sahara, 9 avril 2015.
(11) Lire « France-Afrique. Domination et émancipation », op. cit.
(12) Cf. Marc-Antoine Pérouse de Montclos, Une guerre perdue. La France au Sahel, Jean-Claude Lattès, Paris, 2020.

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marquetalia
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   Posté le 02-03-2020 à 16:27:01   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Djibouti n est pas citée dans l article.

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Xuan
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   Posté le 25-11-2020 à 23:46:20   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

REPONSE DU FRAPP AU COMMUNIQUE DE l’UNION EUROPENNE
LE PROTOCOLE NEOCOLONIAL DE PILLAGE HALIEUTIQUE



Sans qu’il ne soit nécessaire de revenir sur le titre provocateur de son communiqué (un accord de pêche transparent et réglementé entre le Sénégal et l’Union européenne), il y a lieu de révéler, avant tout, au peuple sénégalais les faits suivants :
• De 2006 à 2014, plus aucun accord de pêche ne liait l’Etat à l’Union Européenne ;
• Le 23 octobre 2014, deux ans après le changement de régime au Sénégal, un nouvel Accord dit de partenariat de pêche accompagné de son Protocole d’application fixant les possibilités de pêche accordées à l’UE sont signés le 23 octobre 2014. En vigueur depuis le 20 novembre 2014, le protocole qui était conclu pour une période de 5 ans a expiré depuis le 19 novembre 2019 ;
• C’est au lendemain de l’expiration de ce premier protocole et sans concertation aucune, dans la totale opacité et dans la clandestinité juridique que l’Etat du Sénégal a décidé de signer un nouveau protocole. En effet, depuis le 20 novembre 2019, le Sénégal a signé le deuxième et nouveau protocole relatif à la mise en œuvre de l’accord dit de partenariat dans le domaine de la pêche, et ce, pour une période de 5 (cinq) ans (2019-2024) et qui aujourd’hui suscite l’indignation générale.
Avant d’attaquer le fond de l’accord dont nous contestons la constitutionnalité, la conventionalité et la légalité, il faut que l’opinion publique sache que le protocole est déjà applicable et s’applique déjà. Même si l’UE a sciemment omis de le mentionner dans son communiqué, préférant parler de processus de ratification, il y a lieu de signaler que depuis la date de sa signature, c’est-à-dire depuis le 20 novembre 2019, le nouveau protocole (2019-2024) s’applique. En effet, aux termes de l’article 16 dudit protocole : « Le (…) protocole s’applique de manière provisoire à compter de la date de sa signature. » Autrement dit, le pillage a déjà démarré depuis déjà une année 2 jours.
Aussi, il est important de dire aux sénégalais le pourquoi de ce renouvellement automatique qui dans ces termes même est un instrument néocolonial achevé de pillage de nos ressources biologiques et de notre écosystème marin. L’objectif de cette entrée en vigueur provisoire et anticipée (avant ratification), sans concertation et sans implication de l’Assemblée nationale du Sénégal vise à faire en sorte que le marché européen soit correctement approvisionné et que les emplois européens qui en dépendent directement ou indirectement ne soient pas compromis. Et c’est bien l’UE qui l’affirme dans sa Décision 2019/1925 du Conseil de l’UE relative à ce nouveau protocole en ces termes : « Afin d’éviter une interruption des activités de pêche des navires de l’Union, il convient d’appliquer le protocole à titre provisoire dès sa signature »1.
Il est clair dès lors que ni le développement durable (gadget politico-juridique) ni la transparence n’intéresse l’UE encore moins l’Etat. La rapidité et l’opacité avec laquelle ce protocole a été signé et sa procédure de ratification déclenchée par la partie sénégalaise est le signe qu’il ne répond pas aux règles minimales d’une gestion rationnelle et durable des ressources biologiques marines ciblées comme l’exige la Constitution, le droit international et le code de la pêche maritime (Loi n°2015-18 du 13 juillet 2015), mais aux besoins commerciaux du marché européen.

En effet, au titre des possibilités ou droits de pêche accordés à l’UE par l’Etat du Sénégal dans le nouveau protocole, deux catégories d’espèces sont ciblées et selon les tonnages de référence suivants :
• 1750 tonnes/an pour les merlus noirs (Merluccius senegalensis et Merluccius polli) qui sont des espèces démersales profondes ; voir protocole appendice 2, 5) ;
• 10000 tonnes/ an pour les thons tropicaux : l’albacore (Thunnus albacares), le thon obèse ou patudo (Thunnus obesus), le listao (Katsuwonus pelamis) et l’espadon (Xiphias gladius) ; voir article 4 1 a)
Le protocole en question pose un problème majeur celui de la disponibilité biologique des espèces ciblées. En effet, contrairement à ce que prétend l’UE dans son communiqué, les données scientifiques actuelles sur les espèces qu’elle veut cibler démontrent très largement qu’elles sont surexploitées.
LE MERLU NOIR EST UNE ESPECE DEJA SUREXPLOITEE SELON LE CRODT
D’abord, le merlu noir, principale espèce ciblée par le nouveau protocole entre l’Etat et l’UE est une espèce surexploitée selon la dernière étude du Centre de Recherche Océanographique de Dakar Thiaroye (CRODT). En effet, saisi par courrier le 11 mai 2020 par le Groupement des Armateurs et Industriels de la Pêche du Sénégal (GAIPES-S.G. AD/SDS/028/2020) afin de déterminer l’état biologique des ressources de pélagiques côtières et de merlus, l’avis scientifique du CRODT transmis par correspondance (n°110 D-CRODT du 27 mai 2020) fût sans appel. Les scientifiques sénégalais constatent que le Merlu noir est non seulement surexploité, mais soutiennent en même temps que le niveau de capture devait être revu à la baisse et que l’effort de pêche à son propos devrait être diminué de 15 % pour atteindre un niveau d’exploitation soutenable.
Ensuite, étant donné que l’effort de pêche concernant le merlu a été encore maintenu 2 chalutiers (comme dans le dernier protocole de 2014-2019), considérant aussi que le passage du niveau de captures de 2000 tonnes à 1750 tonnes dans le nouveau protocole est sans portée pratique puisqu’il s’agit techniquement et simplement d’un tonnage de référence que les chalutiers européens ont le droit de dépasser moyennant compensation financière (95 € 62225 frcfa la tonne), il y a lieu de considérer que l’Etat a rompu avec son obligation constitutionnelle « de préserver, de restaurer les processus écologiques essentiels, de pourvoir à la gestion responsable des espèces et des écosystèmes, de préserver la diversité » biologique.
Enfin, même si l’UE prétend encore dans son communiqué que ses droits de pêche n’interférent pas sur la pêche artisanale, il y a lieu aussi de souligner que cet argument n’est pas du tout conforme aux dispositions même du protocole. En effet, l’actuel protocole comme son prédécesseur, cible directement les espèces pêchées par nos pêcheurs artisanaux. En réalité, c’est au titre des captures prétendument accessoires que sont insérés des droits de pêche qui impactent directement et négativement sur l’activité de pêche de nos pêcheurs locaux. Ainsi s’agissant de l’accès au merlu noir, l’Etat permet à l’UE d’avoir en même temps accès aux 15 % des céphalopodes, 5 % de crustacés, et 20 % d’autres poissons démersaux profonds au titre des « captures accessoires », mettant ainsi directement en concurrence nos pêcheurs locaux avec les chalutiers de l’UE. Ici également c’est la technique du tonnage de référence qui s’applique.
En vérité, l’Etat tient très peu à protéger la pêche artisanale c’est que le volume admissible des captures concernant le merlu (1750 tonnes) n’est tout au plus qu’un tonnage de référence qui peut être dépassé librement par l’UE tant qu’elle trouve du poisson et ce en vertu de l’article 4 paragraphe 7 du protocole2. Cela signifie en même temps que l’accès par l’UE aux céphalopodes, aux crustacés et à tous les poissons démersaux profonds est tout autant et de facto illimité.
En permettant à l’UE d’avoir accès aux espèces pêchées par nos pêcheurs l’Etat les met en concurrence. Cette concurrence évidemment inéquitable que fait l’UE, puissance maritime, à nos pêcheurs locaux a brisé la chaine d’accès et d’approvisionnement de la pêche artisanale l’obligeant à aller soit plus loin soit à pêcher clandestinement en Mauritanie ou en Guinée Bissau des espèces qu’elle trouvait jadis en abondance dans nos eaux. En déréglant ainsi l’accès des pêcheurs à nos ressources côtières, l’Etat organise lui-même la rareté de leur principal outil de travail principal (le poisson), cause de cette nouvelle vague d’immigration clandestine irrégulière.

Dakar, le mercredi 25 novembre 2020

Le Secrétariat Exécutif National (SEN) du FRAPP
1 V. Journal officiel de l’Union européenne, du 20 novembre 2019, L/299, p. 11.
2 Il stipule : « Si la quantité annuelle des captures des espèces hautement migratoires effectuées par les navires de pêche de l’Union dans les eaux sénégalaises dépasse le tonnage de référence annuel indiqué au paragraphe 1, premier tiret, point a), le montant total de la contrepartie financière annuelle est augmenté de 45 euros (…) »

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Xuan
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   Posté le 10-12-2020 à 09:20:36   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Vu d’Amérique latine: Néocolonialisme en Afrique, la France fer de lance



DANIELLE BLEITRACH10 DÉCEMBRE 2020


Cette analyse va peut-être éclairer le rôle joué par Macron et ses prédécesseurs dans la lutte désespérée pour l’hégémonie occidentale, en lisant ce réquisitoire argumenté on comprend mieux la violence xénophobe anti-chinoise qui s’est emparée de la France, de ses médias, et l’on voit à quel point l’unanimité du sénat n’est pas simple hasard, ce soutien aux politiques de l’oTAN part d’une vision néo-coloniale ancienne et réactualisée par un pseudo anti-terrorisme qui l’utilise partout. A lire impérativement pour mesurer le rôle de la France et ‘étonnante unanimité des forces politiques françaises autour de ce rôle. (note et traduction de Danielle Bleitrach)
Mardi 8 décembre 2020 par CEPRID

Alberto Cruz

CEPRID (CEPRID)
Nous avons prês d’un quart du XXI e siècle derrière nous, il y a déjà deux ou trois choses claires : l’hégémonie occidentale disparaît à une vitesse vertgineuse alors que l’Asie est le continent qui en est bénéficiaire, sans aucune discussion, pour tout ce siècle. C’est la fin de la toute-puissance, un processus qui est vécu très douloureusement par les pays qui contrôlent le monde depuis 500 ans, puisque dès le XVIe siècle, ils ont commencé à établir des règles et des règlements qui imposaient ce qui était bien ou mal.

La crise de 2008 nous a déjà fait voir le soleil se lever à l’est et se coucher à l’ouest. Elle a été la visualisation qu’un monde multipolaire a commencé face auquel l’Occident a été forcé de battre en retraite alors qu’émergeait à l’Est toutes ses puissances, à la fois la Russie et, surtout, la Chine. La pandémie covid-19 n’a fait incontestablement que rendre cette réalité plus massive. Parce que le coronavirus a laissé l’Occident nu, mis en évidence sa fragilité et sa vulnérabilité, et démontré la force économique et politique de la Chine. Le fait que les pays de l’Association des États de l’Asie du Sud-Est (ANASE, qui sont tous inclus dans le nouveau Partenariat économique global régional) soient devenus le premier partenaire commercial de la Chine cette année de la pandémie, dépassant une Union européenne de plus en plus moribonde, a été le facteur déterminant. Dans le même temps, c’est la Chine qui a délogé les États-Unis en tant que premier partenaire commercial de l’Union européenne.

Sans cette épidémie, les pays asiatiques n’auraient pas finalisé quelque chose qui a commencé peu de temps après la crise de 2008 et le Partenariat économique global régional (Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Brunei, Vietnam, Laos, Birmanie, Cambodge, Chine, Japon, Corée du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande) n’aurait pas existé,donant lieu au plus grand accord commercial au monde, englobant 31 % de la population mondiale. , qui représentent presque la même part du PIB mondial et un peu moins que cette part du commerce mondia

Le seul pays asiatique laissé de côté est l’Inde (en plus de la Corée du Nord) et cela après qu’il ait dérivé vers les États-Unis avec cette lune de miel entre Modi et Trump qui a commencé il ya quelques années. Toutefois, si Trump quitte la présidence, il est fort probable que l’Inde reconsidérera sa position afin de ne pas être exclu d’un marché aussi lucratif. D’autant plus que ce que préconise ce nouvel accord économique, c’est la suppression des barrières tarifaires et non tarifaires entre les pays membres, et qui à elle seule devrait déjà augmenter le PIB de tous les pays d’au moins 2% par an. Il s’agit d’un accord dans lequel tous les pays asiatiques gagnent (et dans lequel l’Occident perd).

Que tous les pays asiatiques, sans exception, aient été en mesure de lutter contre la pandémie beaucoup mieux que les Occidentaux et en sont sortis non seulement plus rapidement, mais avec plus de force ne peut plus être nié par personne. C’est ainsi que des pays aussi éloignés politiquement que la Chine et le Japon, par exemple, se sont reconnus comme faisant partie de l’EIR.

Mais l’Occident tente de raviver son hégémonie, quelque chose comme le sursaut de l’agonisant. D’une part, imposer des sanctions à tout ce qui bouge (sanctions illégales au droit international si elles ne sont pas imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU) et ainsi montrer leurs fameuses « valeurs démocratiques ». D’autre part, le recours au néocolonialisme classique en essayant de raviver les anciennes gloires passées du colonialisme stricto sensu. L’Europe est un expert en la matière. Sans surprise, donc, la Bretagne du Brexit tente de renforcer sa marine pour relancer sa scène coloniale (Johnson a dit que les navires britanniques seront « toujours présents » dans les mers asiatiques et même en mer Noire) ou que la France recourt à sa zone traditionnelle de domination coloniale: l’Afrique.

Le deuxième axe

Un peu plus d’un demi-siècle après avoir achevé les processus formels de décolonisation des pays africains, ce continent est l’autre axe où se joue l’équilibre géopolitique du monde post-pandémique. Et c’est là que l’Union européenne mourante s’accroche à la vie en essayant de conserver une sorte de pouvoir et d’autonomie face à des rivaux anciens et nouveaux : les États-Unis, la Chine, la Turquie et les pays du Golfe.

Le fer de lance est la France, puissance coloniale par excellence sur le continent africain. Dès juillet, les anciennes colonies françaises se sont abstenues de soutenir l’initiative de l’Organisation pour l’unité africaine en demandant de l’aide à la Chine pour faire face à la pandémie. Face aux appels désespérés des pays africains pour une aide économique et sanitaire, l’UE a déclaré qu’elle ne pouvait pas faire plus et que ce que ces pays devaient faire était de « compléter les programmes en cours ». Tradution: L’Afrique doit se contenter de ce qu’elle a.

La France semble alors avoir à coeur d’empêcher ses anciennes colonies de se tourner vers a Chine et elle offre 1,2 milliard d’euros par l’intermédiaire de l’Agence française de développement à toutes ses anciennes colonies (23 au total sur le continent africain), en particulier le Sénégal, le Burkina Faso, la Guinée et Madagascar. Les propos de Macron étaient très clairs : « C’estdans une perspective stratégique, le jeu n’est pas seulement de développer un contre-discours [à la Chine], mais aussi de pouvoir compter sur un équilibre [économique] éloquent. » Mais après la déclaration anti-chinoise expresse, la réalité: sur ce montant, seuls 150 millions d’euros ont été versé , le reste a dû être retourné avec intérêt et les pays bénéficiaires ont été contraints d’allouer 500 millions d’euros pour le « traitement de diverses maladies infectieuses ». Donner d’une main, reprendre de l’autre et se faire prendre en photo en souriant à propos de la santé. La France coloniale était de retour.

La France ces dernières annéex a déjà été très présente militairement au Sahel (onze pays) sous couvert de « lutte contre le djihadisme » bien qu’en profitant du déclin occidental, elle tente aujourd’hui de « s’étendre » aux territoires d’autres métropoles coloniales. Par exemple, au Mozambique, avec ses importantes réserves de gaz (la neuvième au monde à ce qu’on dit) et où une version du soi-disant État islamique a récemment surgi. Ou, par exemple, au Nigeria, un grand pays pétrolier, où elle vient d’annoncer un accord pour la construction d’une raffinerie de pétrole. Le Mozambique était une colonie portugaise, le Nigeria britannique.

Ces mouvements néocoloniaux sont en train d’être contrecarrés par des mesures qui semblent être un retrait de l’influence de la Français dans leurs anciennes colonies, comme l’adoption d’un projet de loi qui abroge définitivement la franchise de la Communauté financière africaine (CFA), monnaie utilisée dans tous ces pays influencés par les Français et qui était non seulement garantie par la France mais qui obligeait ces pays africains à avoir la moitié de leurs réserves monétaires à la Banque de France.

Mais ce qui se fait d’uncôté est supprimé de l’autre, parce qu’il y aura une nouvelle monnaie, appelée echo, qui maintient également sa subordination à la métropole en ayant une parité fixe avec l’euro, ce sera aussi la Banque de France qui garantit ou non sa convertibilité et maintient également l’obligation de ces pays africains de déposer « au moins » 50% de leurs réserves de change à Paris.

S’en suit une spacificité en France que la révolte et la critique de sa présence en Afrique suivent, comme au Mali où le coup d’Etat militaire de fin août a mis en évidence le rejet de ce néocolonialisme. Quelle a été la réaction de la France ? Elle a demandé tout de suite la suspension « immédiate » du Mali au titre de l’Organisation mondiale de la francophonie (49 pays). Aussitôt il a été fait de même pour L’Organisation pour l’unité africaine, bien qu’elle l’ait levée début octobre.

Néocolonialisme-djihadisme

La France est le fer de lance de cette tentative occidentale de rester hégémonique quelque part. Il s’agit d’une tentative de consolider une distribution leadership mondial dans les sphères d’influence, quelque chose comme l’Asie pour la Chine, l’Amérique pour les États-Unis et l’Afrique pour l’Europe. En juin, l’UE a alloué 8 milliards d’euros, renouvelables tous les quatre ans, dans le but fondamental de « financer des opérations militaires dans des pays étrangers ». La main de la France dans ses anciennes colonies est tiut à fait reconnue et est sous son influence, de sorte que l’UE maintient quatre de ses cinq missions militaires actuelles sur le continent africain, et il est vrai qu’elle aussi en vue de contenir l’immigration.

L’UE parle désormais pas tellement d’immigration mais plutôt de « lutte contre le djihadisme ». Il est typique de l’Occident de remarquer la chaleur des flammes lorsque arrive le feu. En France, notamment avec les attentats islamistes. Que ce soit l’Occident avec son alliance avec les pétro-monarchies du Golfe qui l’ait utilisé et défendu pour atteindre ses objectifs géopolitiques ne fait aucun doute. Le premier succès a été l’Afghanistan, le dernier la Libye. Au milieu se trouve le soutien aux djihadistes en Syrie, aujourd’hui presque vaincus et soutenus essentiellement par la Turquie.

Mais il est très difficile de trouver des analyses liées aux effets du néocolonialisme sur l’expansion du djihadisme et comment ce djihadisme est utilisé comme excuse pour protéger les intérêts économiques néocoloniaux occidentaux. C’est le cas au Mozambique, où la France a entraîné l’UE parce qu’elle fait valoir que les intérêts de sa multinationale Total, le plus grand projet de Français sur le continent africain, sont menacés. Ce n’est pas le cas, parce qu’au cours des trois années où le soi-disant État islamique a existé au Mozambique, pas une seule fois la multinationale n’a été attaquée. Mais il faut continuer à agiter le chiffon rouge pour que les gens assument l’inassumable.

En effet, la présence de l’UE au Mozambique s’explique formellement par une demande du gouvernement mozambicain en septembre, lorsque le soi-disant État islamique (qui au Mozambique agit comme Ansar al-Sunna) a commencé ses opérations dans la province du Cap Delgado, où se trouvent les principales réserves de gaz et de rubis et où se trouve la multinationale Françaies. Bien sûr, la séquence chronologique est plus que simplement curieuse et il est peu probable qu’il s’agit d’une coïncidence. Car un peu plus tard, en octobre, l’UE a réagi en annonçant son « engagement à fournir une aide à la sécurité contre l’Etat islamique » tout en ajoutant le nouveau mantra moderne: « la formation et la logistique technique dans plusieurs domaines spécifiques [non mentionnés], ainsi que l’assistance pour faire face aux défis humanitaires, y compris les services médicaux ».

Stopper la Chine (et la Turquie)

Les Français, qui tirent l’UE, ont beaucoup à voir avec cette tentative de produire un « contre-discours » pour contrer la Chine sur le continent africain. Les trois grandes compagnies pétrolières et gazières chinoises (toutes sous contrôle de l’Etat) sont très actives et près de 25% de toutes les importations de ces matières premières arrivent d’Afrique. Et il proviennent principalement de quatre pays : le Nigeria, l’Angola, l’Ouganda et le Mozambique. Comme il a été mentionné ci-dessus, la France est également entrée au Nigeria et au Mozambique.

La lutte est sourde, bien que la France (et l’UE) soient clairement désavantagées. Ils n’ont ni l’argent ni le prestige de la Chine, augmenté non seulement par l’aide fournie par la pandémie, mais par l’annonce d’offrir 55 milliards d’euros de financement sous forme de prêts sans intérêt aux pays africains (3 septembre) et l’annulation de la dette aux pays les plus pauvres. Et surtout, la Chine a adhéré aux principes de ne pas interférer avec les pays africains dans l’exploration des voies de développement qui s’adaptent à leurs conditions nationales, de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures, de ne pas imposer de conditions politiques pour aider l’Afrique et de ne pas chercher d’avantages politiques privés en matière d’investissement et de financement en Afrique. C’est pourquoi toutes les références de l’UE à l’Afrique commencent maintenant à dire que « il faut abandonner le paternalisme ». Les efforts de la France et de l’UE se concentrent pourtenter de ne pas laisser l’impression que leur « nouveau comportement » n’est guère plus qu’un changement de nom aux choses.

Mais il n’y a pas que la Chine, c’est aussi la Turquie. Le soutien actif de la Turquie à l’Azerbaïdjan dans la guerre du Haut-Karabakh a tenté d’être combattu par la France avec l’annonce par le Sénat français, non mise en œuvre, de reconnaître la république d’Artsaj (le nom par lequel les indépendantistes se réfèrent au Nagono-Karabakh) comme un pays indépendant. C’est un autre exemple de la confrontation presque historique entre Macron et Erdogan qui a conduit au retrait de l’ambassadeur turc de Paris. Mais avant le Haut-Karabakh se trouve la Libye, où la France et la Turquie sont dchacue d’un côté opposé . Ici, la France a un allié évident: l’Egypte. Français et les Égyptiens ont le même intérêt, « éviter l’expansionnisme » turc. Pour ce faire, et sous le couvert de la « lutte contre le djihadisme », ils s’entendent.

Alberto Cruz est journaliste, politiste et écrivain. Son nouveau livre est « Les Sorcières de la Nuit. Le 46e Régiment « Taman » d’Aviateurs soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale », édité par La Caída avec la collaboration du CEPRID et déjà en passant par la troisième édition. Les commandes peuvent être passées à libros.lacaida@gmail.com ou à ceprid@nodo50.org peuvent également être trouvés dans les librairies.

albercruz@eresmas.com

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   Posté le 10-12-2020 à 11:10:12   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Qu en est il du Népal,du Bangladesh,du Pakistan et du Sri Lanka ?ces pays sont sous influence chinoise,il me semble.sans oublier Timor est, dirigé par des anciens communistes-le Fretelin-,le Bouthan,l Iran,les Maldives et la Nouvelle Guinée ?


Edité le 10-12-2020 à 11:13:24 par marquetalia




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Xuan
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   Posté le 10-12-2020 à 22:08:43   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Hors sujet.
Si tu veux parler du Népal change de fil.

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   Posté le 11-12-2020 à 09:01:01   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Ok.

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Xuan
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   Posté le 01-01-2021 à 18:46:31   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

DÉNONCIATION DE LA POLITIQUE FRANÇAISE AU MALI : Un grand rassemblement en gestation

31/12/2020
http://www.defenddemocracy.press/denonciation-de-la-politique-francaise-au-mali-un-grand-rassemblement-en-gestation/

Le mouvement « Yèrèwolo, debout sur les remparts », composé de plusieurs regroupements et personnalités, annonce un grand rassemblement pour dénoncer la politique française au Mali. L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse tenue le samedi 12 décembre, à la Maison de la presse.

L’objectif de cette rencontre, selon les organisateurs, était d’informer l’opinion nationale et internationale de l’initiative d’un grand rassemblement prévu le 20 janvier 2021, au monument de l’indépendance de Bamako, pour dénoncer la politique française au Mali.
Dans la déclaration liminaire, les responsables du mouvement « Yèrèwolo, debout sur les remparts » se disent conscients du danger de la présence militaire française au Mali. Et qu’en tant que combattantes et combattants de la liberté, ils doivent rester mobilisés pour une seule cause : la paix au Mali et dans le Sahel.
Pour ce faire, ils affirment que le peuple malien se propose une lutte sans relâche contre la politique africaine de la France, c’est-à-dire la présence militaire française sur le territoire malien, l’occupation des 2/3 du territoire malien par des groupes armés à la solde de la France, l’ingérence de la France dans les affaires intérieures du Mali, le mécanisme du franc CFA, etc.

Par conséquent, le mouvement lance un appel à l’endroit de tous « les dignes » fils du Mali pour une sortie massive le 20 janvier 2021 pour, disent-ils, « chasser la France du territoire du Mali ». Ils justifient la date 20 janvier par le fait que cette date est très importante dans l’histoire du Mali. Elle marque le jour de la demande du départ des troupes françaises du Mali par le père de l’indépendance, Modibo Keïta. Ils estiment que seul le peuple malien peut demander le départ de la France.

De façon continuelle et efficace, le mouvement prévoit des actions sur le plan national et international, ainsi que dans toutes les régions accessibles jusqu’à la libération totale du Mali de l’occupation française. Toujours à la recherche de la paix, le mouvement se prépare pour le lancement de « l’Opération cap sur Kidal pour la paix au Mali et dans le Sahel ». A cet effet, une assise est prévue à Ségou les 26 et 27 décembre 2020.
A noter aussi que le Groupe des Patriotes du Mali (GPM), membre du mouvement « Yèrèwolo debout sur les remparts », a fait signer une pétition par plus de huit (8) millions de Maliens pour demander une coopération militaire avec la Russie.
Parmi les leaders présents à cette rencontre, nous pouvons citer l’ancien député de la commune 4, Moussa Diarra, Siriki Kouyaté, Adama Diarra alias Ben Le cerveau, Bassaro Sylla de l’Urgence Panafricaniste.

Abdrahamane BABA KOUYATE
Source: Azalaï Express

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   Posté le 18-01-2021 à 13:28:37   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

ce que révèlent les archives de François Mitterrand sur le rôle de la France au Rwanda

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   Posté le 19-01-2021 à 07:01:47   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le Parti SADI condamne la frappe de l’armée française contre la localité de Bounti et exprime sa solidarité et son soutien aux victimes de cette tragique bavure.


Le Parti SADI a invité à son siège les représentants, les parents de victimes des localités de Bounti et de Douentza pour échanger sur l’ampleur de la tragédie qui frappé le village de Bounti, au pied de la Falaise, au Nord-Ouest de Douentza, le dimanche 3 Janvier 2021 entre 14H30 et 15 Heures, suite à des frappes d’une rare violence de l’armée française ayant visé des populations qui célébraient un mariage.
A l’issue de nombreuses séances d’écoute, de recoupements et de la confrontation de différentes versions, auxquels s’ajoute un faisceau de preuves irréfutables du lieu d’intervention de l’armée française, le Parti SADI déclare sans ambage que l’armée française a commis une tragique bavure qui a coûté la vie à de nombreux innocents et décimé partiellement une lignée familiale.
Pour le Parti SADI, Il ne s’agissait nullement de Groupes Armés Terroristes, mais d’un rassemblement festif pour célébrer un mariage.
Vouloir occulter cette réalité et conclure à la présence de Groupes Armés Terroristes pour justifier une quelconque frappe de l’armée française, est une insulte à l’intelligence collective de notre peuple profondément attristé par cette tragédie.
La version que l’armée française tente de nous faire avaler ressemble à une fable. Elle n’est ni crédible, ni acceptable. Parce que dans sa version, elle soutient que les observations qui ont précédées la frappe ont établi qu’il s’agissait de Groupes Armés Terroristes. Alors des questions méritent d’être posées:

- Quels sont les éléments qui l’ont conduite à identifier formellement ces Groupes terroristes ?
- Des armes ont-elles été repérées? Quelle est la nature de ces armes ?
- Les mouvements observés étaient-ils ceux des GAT?
- Par ailleurs, l’armée française soutient n’avoir effectué qu’une seule frappe. Pourtant, ce sont deux Mirages 2000 basés à Niamey qui ont largué trois bombes. Ce qui confirme les témoignages recueillis qui parlent de deux frappes: une première qui a fait 16 morts et une seconde qui a fait 3 blessés qui succomberont au cours de leur évacuation (1 est mort avant d’atteindre le Centre de santé, le second meurt au dispensaire, le 3 ème, évacué à bord d’une ambulance vers Sevaré a été intercepté à un barrage tenu par la malice donso. Le blessé en fut extrait et exécuté).
- Ces mêmes témoignages établissent qu’aucun Djihaddiste n’était présent, qu’il n’y avait ni arme, ni moto;
- Pourquoi, l’armée francaise d’habitude prompte à célébrer ses trophées contre les Groupes Armés Terroristes a -t-elle gardé le silence durant 48 heures sur les évènements de Bounti ?
- Quelle crédibilité peut-on accorder à sa version lorsque c’est elle même qui envoie une mission d’enquête sur les lieux de la frappe et écarte d’emblée la thèse d’une bavure ?
- Comment un nombre si élevé de Djihaddistes peut-il se rassembler en plein jour dans une zone où les armées franç aises, maliennes, le G5 Sahel concentrent leurs efforts dans leur traque et leur élimination ?
- Où se trouvent les carcasses des motos repérées par la chasse française ?


Le Parti SADI rappelle que ce n’est pas la première fois que l’armée française commet des bavures sur le territoire malien. Dans la nuit du 23 au 24 octobre 2017, elle a bombardé un camp de groupes djihadistes dans le secteur d’Abeibara, près de la frontière algérienne où étaient détenus des soldats maliens Kidnappés par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans.
L’action qui a mobilisé des chasseurs Mirage 2000, des Hélicoptères Tigre, les forces spéciales « Sabre » et des soldats de la Force Barkhane, a couté la vie à 11 soldats maliens. Il a fallu une forte pression de l’opinion publique nationale pour contraindre la France à admettre la bavure.

Il est fort à craindre que la tragédie de Bounti ne se répète ailleurs. Le refus d’une franche collaboration de Barkhane avec les Forces armées maliennes et celles du G5 Sahel , contrairement aux homélies hypocrites et aux convenances diplomatiques, sa volonté affichée de continuer à se comporter en terrain conquis au Mali depuis 2013 et sous la couverture juridique de l’accord de coopération militaire qui interdit toute poursuite ni même interpellation sur d’éventuelles infractions, actes criminels et dégâts, constituent un véritable passeport à la bavure et à l’impunité.

L’armée française circule sans restriction sur toute l’étendue du territoire national. Elle n’a pas besoin de solliciter l’armée malienne. L’État du Mali n’a aucun droit de regard, encore moins un contrôle sur ses agissements. Dans ces conditions, comment croire aux propos tenus par le ministère malien de la Défense qui soutient avoir été associé à cette boucherie?

Dans la prétendue collaboration, la France ne fait qu’intégrer au sein des unités maliennes des détachements de liaison et d’appui, dans le but évident de mieux surveiller et d’espionner les unités maliennes. Aussi, l’armée française peut-elle mettre sur écoute les dirigeants politiques, les acteurs sociaux ou toute autre personne pouvant représenter un danger quelconque. Une possibilité qui est également élargie à la MINUSMA.
Cette triste réalité confirme aisément le renforcement d’une situation d’inféodation de notre armée nationale à l’armée française. Ceci n’a hélas pas été remis en question par le Gouvernement de Transition.
L’attitude du Gouvernement de Transition qui manifeste clairement son soutien à l’Accord de défense avec la France n’est pas de nature à créer les conditions d’un débat profond et serein entre les maliens qui doivent, sur la base d’une saine évaluation de cette présence française sur notre territoire, décider du destin du Mali et de son armée.
Du reste, le Gouvernement de Transition a raté l’occasion de se taire. Ses propos sur le déroulé des faits qui s’inscrivent dans le cadre d’une opération conjointe baptisée « Eclipse », sont en nette contradiction avec son engagement et sa promesse d’envoyer une mission d’enquête sur le terrain.

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Le Parti SADI :
- Condamne le bombardement de la localité de Bounti par l’armée française ;
- Exige la prise en charge des blesses et des orphelins, leur indemnisation par les autorités ;
- Exige du Gouvernement de Transition, une évaluation de l’Accord de Coopération militaire entre la France et le Mali et de la présence des armées étrangères avec l’ensemble des forces politiques et sociales ;
- Demande aux autorités maliennes la dénonciation de l’accord de défense inique ;
- Exige que la France reconnaisse la bavure et présente solennellement ses excuses publiques aux familles des défunts, aux blessés, à tout le peuple malien.

Bamako, le 18 janvier 2021
Le Bureau Politique

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Visio conférence 15 janvier 2021
PALESTINE, SAHARA ET L'AFRIQUE
LA NOUVELLE PHASE DE LA LIBERATION NATIONALE
pour Ferñent/L'etincelle du Sénégal, Diagne Fodé Roland

>
Chers Camarades, recevez les salutations fraternelles du journal ouvrier et populaire Ferñent du Sénégal,
Félicitation aux camarades initiateurs de cette rencontre en visio-conférence et salut fraternel à Georges Ibrahim Abdallah, l'un des plus vieux prisonniers politiques de l'impérialisme français et aux héroïques peuples martyrs de Palestine et du Sahara.
Il faut le dire clairement objectivement: la question nationale de la Palestine occupée par les sionistes portée très haut lors de la première phase de libération nationale en même temps que celle de l'Afrique du Sud de l'apartheid ainsi que la question nationale Sahraouie, dernière colonie d'Afrique, connaissent actuellement en terme de soutien un certain recul en Afrique noire même si continue un arc de résistance solidaire sur ces questions coloniales qui va du Zimbabwe, Mozambique, Angola, Namibie et Afrique du Sud.
En fait ce recul est consécutive aux trahisons des leaders de la gauche historique absorbés souvent dans des gouvernements néocoloniaux surtout depuis la défaite du camp socialiste , à la proclamation de "there is no alternative" au libéralisme dans le sillage de Thatcher et à l'imposition des recettes néolibérales par le FMI, la Banque Mondiale et l'OMC.

Quand on regarde le monde actuel vu d'Afrique, on voit que l'Asie a décollé, l'Amérique du Sud se cherche avec des flux et reflux de la lutte anti-impérialiste et anti-libérale sur la base de la résistance héroïque exemplaire de Cuba socialiste et dont le dernier épisode est celui du putsch fasciste puis la réélection triomphale du MAS en Bolivie et l'Afrique semble engluée dans ce que Francis Fukuyama a nommé "les marécages de l'histoire".
Mais semble s'annoncer la fin de cette vague de capitulations avec l'avènement de plus en plus perceptible d'une rébellion souverainiste, patriotique et même panafricaine de la jeunesse africaine. Les illusions sur "there is no alternative" commencent à s'estomper au sein même de la jeunesse intellectuelle qui avait été subjuguée par le triomphe de la pensée unique libérale depuis les années 80.

Tout se passe comme si on est au début d'une seconde vague de libération nationale portée par cette jeunesse rebelle qui renoue avec le discours patriotique, souverainiste, panafricain et anti-impérialiste revendiquant la fin du franc CFA, non aux APE (accords libéraux de partenariat économique dictés par l'UE), la fin de la présence militaire des impérialistes, le patriotisme économique, etc.

Et ces mobilisations de plus en plus populaires en Afrique s'opèrent dans un contexte où le capitalisme impérialisme (USA/UE) est de plus en plus décadent et en putréfaction incapable de plus en plus à duper les peuples par sa propagande et même de ses propres peuples de plus en plus victimes des régressions sociales et anti-démocratiques répressives et fascisantes à l'instar de ce que l'on a pu voir en France contre les Gilets Jaunes et les luttes syndicales et anti-racistes des sans papiers et des quartiers populaires.

Il nous faut éviter les deux déviations suivantes dans l'approche des luttes et mobilisations populaires qui explosent partout, notamment en Afrique:
- surestimer la capacité des explosions populaires spontanées en sous-estimant le rôle de dévoiement qu'y joue l'impérialisme avec ses suppôts, notamment les Ong et médias sociaux
– sous-estimer les mobilisations et luttes spontanées des masses en surestimant la capacité des impérialistes à les détourner. En général, quand les impérialistes arrivent à détourner les luttes des masses, c'est parce que les révolutionnaires organisés y sont absents et donc n'y jouent pas leur rôle d'avant-garde.

La rébellion de la jeunesse patriotique s'engage de plus en plus à rechercher une alternative à "there is no alternative", au néolibéralisme.

L'impérialisme (USA, UE) est décadent, en putréfaction et n'a plus rien à offrir que misère, fascisme, guerre à l'humanité au moment même où se développent les pays "émergents" dont les principaux sont des rescapés du camp socialiste vaincu à la fin des années 80. On a trop tendance à considérer la défaite de l'URSS et des Démocraties Populaires de l'est européen comme celle de tout le camp socialiste.

Or la réalité est que c'est le camp socialiste d'Europe qui a été vaincu dans les années 90, mais pas Cuba socialiste et puissance médicale, pas la Corée du Nord puissance nucléaire défensive, pas le Vietnam qui a le moins de morts du covid dans le monde depuis un an et surtout pas la Chine qui est devenue la première puissance économique. Ces pays sont tous du camp socialiste qui a existé et en sont les actuels rescapés. Ces expériences là sont aussi à étudiées.


Voilà pourquoi nous devons en Afrique faire en sorte que l'actuelle rébellion de la jeunesse patriotique qui met au centre de son action politique la question de la souveraineté nationale mette en avant sur le plan tactique la revendication du MULTILATERALISME pour briser la soumission à l'unilatéralisme hégémonique de la françafrique, l'eurafrique et l'usafrique.

Rappelons nous que pour piéger l'URSS en Afghanistan comme déclaré par Brezinski, l'occident impérialiste a concocté une alliance stratégique avec les monarchies fanatiques religieuses (wahhabites et salafistes) des pétrodollars dans le cadre sa guerre contre "l'ennemi principal communiste". Aujourd'hui, leur alliance produit des guerres contre les États nationaux ou Multinationaux laïcs comme ce fut le cas en Irak, en Libye, en Syrie.

L'impérialisme cherche là à se venger de ses défaites d'hier lors de la première phase de libération nationale avec pour objectif de balkaniser les Etats Multinationaux africains. Mais là où l'impérialisme se trompe est que 60 ans après les indépendances obtenues, le Wolof, le Pular, le Mande, le Katangais, le Kabyle, etc se sent plus Sénégalais, Malien, Congolais, Algérien, etc. La preuve en est donnée par la RDC (Congo de Lumumba, Mulélé, Kabila) qui, depuis les années 60, est en proie en vain à des tentatives multiples et récurrentes de balkanisation, dont l'actuelle occupation de l'est a engendré 6 millions de morts. Il faut maintenant à partir de cette réalité construire le panafricanisme des peuples libres d'Afrique.

Le but de ces guerres impérialistes et du chaos qui en résulte est d'occuper les sources de matières premières pour empêcher ou conditionner l'accès à celles ci des pays "émergents" dont le développement en a besoin.

Et depuis la destruction de la Libye et l'assassinat de Khadafi, on oberve les effets de ce qu'on peut appeler le "syndrome Khadafi". Au sein même des néocolonies françafricaines des contradictions se manifestent par la recherche du multilatéralisme en lieu et place de l'unilatéralisme précédent de la relation avec le maître impérialiste françafricain. Les relations commerciales et les investissements, notamment chinois, mais pas seulement, contribuent à cette évolution lente mais de plus en plus perceptible. En Centrafrique, le gouvernement actuel confronté à une déstabilisation orchestrée par la françafrique a fait appel à la Russie tout comme l'a fait la Syrie pour contrer l'alliance militaire des milices "séléka - islamistes et anti-balakat chrétiennes" qui s'entretuaient hier et sont maintenant unies contre le pouvoir légal. On peut observer par exemple aussi que le Nigeria, le Cameroun ont rejeté l'offre de présence militaire française et US d'Afrikom pour une option souveraine de lutte contre Boko Haram. Au Mali les nouvelles autorités expriment ouvertement leur désaccord avec la stratégie militaire française et veulent combattre les djihado-terroristes étrangers et négocier avec les rebelles maliens, ce que refuse la France.

Dans les situations évolutives actuelles, PRIVILÉGIER LA SOLUTION SOUVERAINE NATIONALE et PANAFRICAINE est LA VOIE de plus en plus recherchée DANS LES MOBILISATIONS POPULAIRES sur fond d'exigence d'exigence DU DÉPART DES TROUPES ETRANGERES (française, européenne et étatsunienne).
>

Bref pour terminer, il faut réarmer l'actuelle seconde phase de libération nationale des exigences du MULTILATERALISME et du PANAFRICANISME ADOSSES à la SOUVERAINETÉ NATIONALE SANS ET CONTRE LES IMPERIALISTES.

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   Posté le 19-01-2021 à 07:04:46   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

64 interventions militaires françaises en Afrique depuis les années d’indépendances dans 24 pays


L’indépendance des pays africains n’a pas mis un terme à l’ingérence militaire française en Afrique. Les prétextes de ces interventions sont à peu près tous les mêmes : « respect des accords de défense », mais aussi « protection des ressortissants français » ou encore « maintien de la stabilité face au risque de chaos », quand bien même s’agissant de la « stabilité » d’une dictature prédatrice.

Opérations les plus importantes postérieures à 1960 :

Présidence de De Gaulle 10
- 1955-1970 au Cameroun : guerre coloniale permettant l’installation d’un régime fantoche puis répression sur les populations qui soutiennent l’UPC (Union des Populations du Cameroun), anéantissement des maquis, exécution de des dirigeants.
- 1960-1962 au Gabon, Congo, Tchad, Mauritanie : interventions « antiémeutes »
- 1961 en Tunisie : intervention le 18 juillet 1961, avec pour but le maintien de la base militaire navale de Bizerte. Opération Bouledogue (transformée en opération « Charrue longue »
- 1962 au Sénégal : opération de maintien de l’ordre suite d’une prétendue tentative de renversement du Président Senghor
- 1963 au Niger : répression d’une révolte militaire
- 1964 au Gabon : rétablissement de Léon M’Bo après le putsch d’une partie de l’armée
- 1967 en Centrafrique : renforts envoyés à Bokassa qui craint un coup d’Etat

Présidence Pompidou 2
- 1969-1972 au Tchad : opération Limousin (opérations Moquette 1.7.70, Ephémère mars.70, Bison janvier71, Languedoc février 72) contre le FROLINAT, mouvement progressiste (suite opération camomille)

Présidence Giscard
- 1976-1977 à Djibouti : opération Lavado et Saphir contre l’irréden Kisma Somalien (mouvement se réclamant de la réunion en une nation….
- 1977 au Zaïre : opération Verveine en soutien au Général Mobutu, contre la rébellion au Shaba
- 1977 Janvier – Bénin Agression d’un commando de mercenaires commandé par Bob Denard à Cotonou
- 1977-1981 au Sahara occidental et en Mauritanie : opération Lamentin appui de l’aviation française aux Forces Armées Marocaines contre le Front Polisario
- 1978 au Zaïre : opération Bonite et Léopard, 600 parachutistes sautent sur Kolwezi
- 1978-1980 au Tchad : opération Tacaud. La France envoie 2000 hommes et des avions Jaguar contre l’avancée du Frolimat à l’appel du président Félix Malloum
- 1979-1981 en Centrafrique : opération secrète Caban, puis opération Barracuda, l’Empereur Bokassa est déposé par les parachutistes français
- 1980 en Tunisie : opération Scorpion en soutien au régime tunisien contre une tentative d’insurrection d’anciens partisans de Salah Ben Youssef

Présidence Mitterrand 19
- 1983/1984 au Tchad : opération Manta, à l’appel du Président Hissen Habré face à la rébellion des partisans de Goukoumi Oueddaye, la France mobilise 4000 hommes et déplace un arsenal militaire aérien considérable
- Février 1986/2014 : opération Epervier Tchad – (bombardement en Libye t de la base aérienne de Ouadi-Doum)
- Septembre 1986 au Togo : 150 parachutistes et quatre avions Jaguar sont envoyés suite à une tentative de renversement du dictateur GNassinghi Eyadéma

- 1986 Tchad : Opération « Epervier » succède à l’opération Manta
- 1989 aux Comores : opération Oside, quelques 200 soldats français débarquent après l’assassinat du Président comorien Ahmed Abdallah et la prise de contrôle du pays par les mercenaires de Bob Denard, chef de la garde présidentielle
- 1990 au Gabon : opération Requin. Des troupes sont envoyées à Libreville et à Port Gentil en renfort du dispositif militaire français, suite à des émeutes contre le régime d’Omar Bongo
- 1990-1993 au Rwanda : opération Noroit pour stopper le Front Patriotique Rwandais (FPR)
- 1990 /toujours en place en 2016 – Mission Corymbe, dispositif naval mis en place en 1990 par la Marine nationale française : présence permanente minimum d'un bâtiment dans le Golfe de Guinée.
- 1991 au Zaïre : opération Baumier, 1000 soldats sont envoyés à Kinshassa après la manifestation contre Mobutu
- 1991 à Djibouti : opération Godaria, pour renforcer le dispositif militaire djiboutien suite à la chute du régime de Mengistu en Ethiopie
- 1991 au Bénin : opération Vendier 450 hommes sont dépêchés sur l’aéroport de Cotonou censés répondre à une tentative de putsch contre le premier ministre togolais de transition Joseph Kakou Koffigoh
- 1992-1993 en Somalie, opération Oryx sous la direction américaine et puis participation à l’opération Restore Hofre et aux combats de Mogadiscio en 1993 là aussi sous couvert d’humanitaire.
- 1992 à Djibouti : opération Dkoutir, sous couvert d’humanitaire, interposition entre la rébellion Afar et les forces militaires du dictateur Hassa Gouled permettant à ce dernier de se réarmer et de faire appel à des mercenaires.
- 1993 au Burundi : opération Yambo de maintien de l’ordre
- 1993 au Zaïre : opération Bajoyer, évacuation de ressortissants français
- 1993 au Rwanda : opération Chimère et Volcan, soutien et formation de l’armée gouvernementale ….
- 1994 au Rwanda : opération Maryllis, évacuation des ressortissants européens alors que commence le génocide des Tutsis. L’arrivée des avions français permet aussi l’approvisionnement en munitions et l’entrainement des forces génocidaires.
- 1994 au Rwanda : opération Turquoise, sous couvert d’opération humanitaire, les forces françaises bloquent la progression du FPR et organisent l’exfiltration des forces génocidaires vers le Zaïre.
- 1994 Yémen : opération Diapason 1 et 2, évacuation des ressortissants occidentaux
- 1994-1995 au Niger : opération Croix du Sud, mission de sécurité dans le cadre des accords de Ouagadougou, contrôle du cessez-le-feu

Présidence Chirac 13
- 1995 - Aux Comores : opération Azalée 1 et 2, un millier d’hommes des forces spéciales récupèrent Bob Denard et ses mercenaires qui viennent de destituer Saïd Mohamed Djohot
- 1996-2007 au Cameroun : opération Aramis. Présence militaire française dans le cadre du contentieux territorial avec le Nigéria concernant la presqu’ile pétrolière de Bakassi
- 1996 en Centrafrique : opération Almandin 1, l’armée française intervient à Bangui avec 1400 hommes pour une assistance opérationnelle, suite à la mutinerie d’une partie de l’armée centrafricaine. Sur ordre de l’Elysée, les téléphones des leaders de l’opposition sont coupés et c’est un général français sans représentant du gouvernement centrafricain qui négocie avec les mutins.
- 1997 en Centrafrique : opération Almandin 2, après l’assassinat de 2 militaires français, les troupes françaises sont engagées avec 14 unités, soit 8300 hommes, dans une opération de représailles dans les quartiers hostiles qui fera plusieurs dizaines de morts militaires et civils, suscitant des protestations du Premier Ministre de la coalition Lionel Jospin. François Bozisé est rétabli.
- 1997 Congo Brazzaville : opération Pélican déclenchée lorsque les forces de Laurent Désiré Kabila su…. De Kinsaha …
- 1997 Congo Brazzaville : opération Pélican 2 les ressortissants étrangers sont évacués de Brazzaville en proie à la guerre civile. (Le versant secret des interventions au Congo est abordé plus loin).
- 1997 Sierra Leone : opération Espadon pour évacuer les ressortissants français
- 1998 en Guinée-Bissau : opération Iroko pour sécuriser l’ambassade de France, évacuer des ressortissants pendant la guerre civile, mais surtout prêter main-forte au dictateur déchu Nino Viéra
- 1998 au RDC : opération malachite : mise ne place à Brazzaville d’un dispositif français pour faciliter le départ de 2500 ressortissants étrangers de Kinshasa
- 1998 à Djibouti : opération Khor Angar : renforcement des défenses aériennes et maritimes à Djibouti en raison du conflit entre l’Ethiopie et l’Erythrée
- 1999 en Côte d’Ivoire : l’opération Khaya pour « protéger les intérêts de firmes françaises éventuellement menacées par les troubles liés au coup d’Etat du Général Guei »
- 2002 en Côte d’Ivoire : opération Licorne pour « s’interposer entre les forces rebelles et loyalistes »
- 2002 en Centrafrique : opération Boali pour « sécuriser les ressortissants et former les forces armées » centrafricaines

Présidence Sarkozy 6
- 2003 en RDC : opération Artémis pour « sécuriser » le processus électoral
- 2008 (janvier) à 2009 (décembre) au Tchad et Centrafrique : opération EUFOR-Tchad/RCA – 18 pays d’Europe dépêchent 3700 hommes (dont 1700 Français) protection des réfugiés du Darfour. Au passage la France sauve I. Deby lors de l’avance aux portes de Ndjamna des troupes rebelles : intervention aux abords de l’aéroport.
- 2008 à Djibouti : positionnement d’une base logistique de 200 légionnaires à la frontière avec l’Erythrée après la défaite de l’armée djiboutienne
- 2008 dans le Golfe d’Aden : opération Atalante contre la piraterie maritime
- 2011 – Libye opération Aube de l’Odyssée défense de la population civile
- 2011 – Côte d’Ivoire opération Licorne sous mandat de l’ONU pour le respect du scrutin et sauver les populations civiles – servira de soutien à Alassane Ouattara

Présidence Hollande 5
- 2012 Attaque de la Libye, opération l’Harmattan pour liquider Mouammar Kadhafi
- 2012 août Opération Sabre : déploiement des soldats du COS (Commandement des Opérations Spéciales) dans le Sahel
- 2013 Intervention au Mali opération Serval « pour sauver les Maliens des islamistes »
- 2013 Novembre Intervention en Centrafrique opération Sangaris « pour sauver les Centrafricains des massacres » 1200 hommes + 600 hommes de la force Bouali
- 2014 Opération Barkhane : positionnement de 3000 soldats dans 5 pays de la région sahélienne : Tchad, Mali, Niger, Mauritanie et Burkina Faso. Elle fusionne avec l’opération Epervier et Sabre. Officiellement « pour une meilleure réactivité face à la menace terroriste »

Présidence Macron 1
- 3 février 2019 : bombardement par la force aérienne basée au Tchad, appuyée la force Barkhane, de la rébellion de l’UFR (Union des forces de la résistance) en route pour Ndjamena. Sjuite à l’appel du président Déby.

Dont 7 au Tchad, 7 au Zaïre-RDC, 7 en Centrafrique, 5 à Djibouti, 3 Côte d’Ivoire, 3 Niger 3 Gabon

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Xuan
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   Posté le 19-01-2021 à 07:08:56   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   



MEETING DE SOLIDARITE ANTI IMPERIALISTE



60 ans après l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU de la résolution sur le droit à l’indépendance des pays colonisés, il est clair que le rapport de forces n’est plus en faveur de l’émancipation des peuples. C’est particulièrement vrai pour ceux qui n’ont pas été libérés de la domination coloniale, malgré des résistances magnifiques comme celles qui viennent d’être évoquées en Palestine et au Sahara occidental.
Le droit international est bafoué ouvertement par des Etats et des institutions internationales qui tentent d’y substituer une realpolitik, expression inventée par Bismarck au 19ème siècle.

Le discours d’experts omniprésents à la télé, dans les radios et relayé par la presse, s’ingénie à découper l’Histoire des sociétés et des conflits du monde – dans le temps et l’espace-, pour éviter à l’opinion publique d’en saisir le fil conducteur, les similitudes et d’entrevoir des résolutions simples dans un respect strict du droit international.
C’est le cas pour les deux peuples qui nous rassemblent aujourd’hui.
L’origine des conflits est semblable, les effets sur la vie quotidienne sont les mêmes :

- Chacun a connu une première colonisation, de la Grande Bretagne pour l’un de l’Esagne pour l’autre. Ces puissances se sont désengagées de leur responsabilité sans respecter les droits des peuples, droits reconnus par les instances internationales : Résolutions de l’ONU et Cour Internationale de Justice.
- Une partie des leurs populations fut contrainte à l’exil : expulsée pour les Palestiniens qui vivent depuis 72 ans dans des camps de réfugiés dans 3 pays de la région, menacée de génocide pour les Sahraouis, accueillis depuis 45 ans en Algérie.
- Dans les territoires occupés, une politique de colonisation de peuplement et de marginalisation des autochtones a été mise en place.
- Quotidiennement les organisations de solidarité reçoivent les images et infos de la répression : arrestations arbitraires, procès inéquitables aux condamnations à des peines de prison allant jusqu’à la perpétuité, tortures, exécutions sommaires. Femmes et enfants, très présents dans les manifestations, ne sont pas épargnés.
- Dans les deux pays des murs ont été érigés séparant les familles, sur 2720km pour celui qui balafre le Sahara occidental, le plus grand champ de mines d’Afrique. En 1980 Israël fut le conseiller technique de Hassan II, pour ce système préfigurant la muraille érigée en Palestine à partir de 2002 qui morcelle la Palestine rendant impossible l’unité territoriale.
- Forts du soutien de leurs parrains au Conseil de Sécurité à New York, Israël et le Maroc ignorent les condamnations du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU à Genève. L’Union européenne ferme les yeux alors que ses accords économiques sont conditionnés au respect des droits humains.
Et face à ce sinistre tableau se dresse la dignité des peuples
- Des Résistances populaires relayées de génération en génération pour revendiquer le droit à l’indépendance, dans des Intifada adaptées à la situation.
- La création et le fonctionnement d’institutions d’Etat
- Une solidarité internationale qui s’exprime à travers le monde. Les missions internationales de solidarité vont à la rencontre de ces deux peuples.
- Les deux colonisateurs s’attaquent à cette solidarité :

Depuis 2006, les 2 millions d’habitants de Gaza subissent le blocus terrestre et maritime de l’armée israélienne. Les missions civiles qui se rendent en Palestine n’y ont pas toujours accès, certains membres sont refoulés. Israël interdit à ses ressortissants d’aller en Palestine. Braver l’interdit vaut la prison.
Le territoire occupé du Sahara occidental n’a connu qu’une courte période entre 2002 et 2013 où des observateurs et professionnels de l’information ont été tolérés. Ils sont venus des 5 continents et de 28 pays. Mais depuis janvier 2014, nous sommes 283 personnes de 20 nationalités à avoir été expulsées, enlevées ou empêchées d’entrer sur ce territoire non autonome.
Le Maroc qui siège aujourd’hui à côté de la RASD à l’Union Africaine, n’a toutefois pas ratifié la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Ce qui empêche les Marocains et les Sahraouis de recourir à la Cour africaine des droits de l’homme et évite au royaume d’être interpelé.

Les indépendances en Asie et en Afrique n’ont pas été généreusement « octroyées ». Elles ont été imposées aux puissances coloniales par les peuples qui ont rarement obtenu une pleine souveraineté. Les puissances impérialistes ont tout fait pour retarder l’échéance de certaines colonies stratégiques (Djibouti et Les Comores -1975-, le processus est inachevé pour la Kanaky/Nouvelle Calédonie riche de son Nikel).
Dans les années 60, l’Angleterre écrit la légende d’une émancipation sans violence tout en confortant le Commonwealth de la plupart des colonies perdue. La France, elle, accroche des élastiques économiques et politiques aux pays nouvellement indépendants.
Mais l’outil du maintien du l’ordre colonial par excellence reste militaire.
Nous avons dénombré 64 opérations militaires de la France depuis la veille des années 60 à nos jours, dans 24 pays d’Afrique., de quelques semaines à plusieurs années.
Les 3 états parmi les plus déstabilisés du continent sont aussi ceux qui ont supporté chacun 7 fois ces incursions : le Tchad, la RDC et la Centrafrique.

Ces trois pays regorgent de ressources naturelles dont l’exploitation se poursuit malgré le chaos permanent organisé. Est-ce le hasard?
Palmarès présidentiel des interventions militaires françaises en Afrique :

1er François Mitterrand avec 19 interventions (dont Turquoise au Rwanda durant le génocide)
2ème Jacques Chirac avec 13 interventions,
3ème De Gaulle 10 interventions (15 ans au Cameroun pour éradiquer l’Union des Population du Cameroun)
4ème Valéry Giscard d’Estaing 8 interventions (dont l’opération Lamentin contre le Front Polisario),
Mentions spéciales à Sarkozy avec 5 interventions (dont celle en Libye où un chef d’Etat a été assassiné et les conséquences dans la région)
François Hollande avec 5 interventions (dont Barkhane en 2014, toujours en piste en 2021).

Mais la France n’est pas seule à envoyer ses troupes en Afrique.
Dans un rapport de mars 2018, Ecofin Hebdo indiquait « l’Afrique est à nouveau devenue un enjeu militaire majeur, cette fois ci, entre puissances occidentales et émergentes. Le continent africain n’avait plus connu pareille concentration de forces militaires étrangères sur son sol depuis la fin de la seconde guerre mondiale puis, par la suite, de la guerre froide. »

Ainsi, dans 23 pays du continent, se trouvent présentes 12 puissances étrangères qui s’y côtoient souvent dans un même pays :

La France présente dans 10 pays (Djibouti, Côte d’Ivoire, Gabon, Sénégal, Tchad, Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Mali, Centrafrique et des navires dans le golfe de Guinée),
Les USA avec AFRICOM présents dans 14 pays (Burkina Faso, Cameroun, Djibouti, Gabon, Ghana, Kenya, Seychelles, Niger, Ouganda, Centrafrique, RDC, Sénégal, Soudan du sud, Tchad, des navires dans le golfe de Guinée le Washington Post a signalé des conseillers en Algérie, Egypte, Erythrée, Ethiopie et Tunisie). l’Arabie saoudite (Djibouti, Libye, Somalie, Somaliland), la Turquie (Somalie, Libye), le Royaume uni (Kenya, Mali), l’Inde (Madagascar, Seychelles), l’Allemagne (Niger, Mali), l’Italie (Libye, Niger), la Russie (Centrafrique), la Chine (Djibouti), le Japon (Djibouti), la Belgique (Mali).

La question de la solidarité internationale posée pour ce meeting nous amène à revenir sur la construction du front anti impérialiste. Il fut initié par les peuples asiatiques libérés du colonialisme, à l’origine de la conférence de Bandoeng en 1955, où se sont lié les luttes afro-asiatiques contre le racisme et le colonialisme.

C’est là que s’affirma la remise en cause par un tiers-monde de la domination impérialiste, concrétisée par l’adoption le 14 décembre 1960, de la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations unies.
Ce texte est une ode aux peuples en lutte. Je tiens à en lire les premiers attendus pour susciter votre intérêt à revisiter cette résolution historique.

L’Assemblée générale
Reconnaissant le désir passionné de liberté de tous les peuples dépendants et le rôle décisif de ces peuples dans leur accession à l'indépendance,
Consciente des conflits croissants qu'entraîne le fait de refuser la liberté à ces peuples ou d'y faire obstacle, constitue une grave menace pour la paix mondiale,
Reconnaissant que les peuples du monde souhaitent ardemment la fin du colonialisme dans toutes ses manifestations,
Convaincue que le maintien du colonialisme empêche le développement de la coopération économique internationale, entrave le développement social, culturel et économique des peuples dépendants et va à l'encontre de l'idéal de paix universelle des Nations Unies,
A partir des années 50 et durant une vingtaine d’années, 10 pays d’Asie et 39 pays d’Afrique accèdent à l’indépendance. Dans le même temps l’impérialisme procède à des répressions à travers le monde : Madagascar, Sao Tomé, Indonésie, Timor, sept années de guerre en Algérie, des coups d’Etat militaires avec la CIA en Iran où le pétrole a été nationalisé et au Guatémala où s’est engagé une réforme agraire.
Dans son article intitulé « Luttes de libération et contre révolution impérialiste » paru dans le numéro spécial d’Aujourd’hui l’Afrique, Nils Anderson écrit

« L’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine sont la zone des tempêtes, le peuple algérien se montre irréductible et malgré la puissance de l’armée française et la violence de la répression, l’Algérie accède à l’indépendance et devient une plaque tournante des mouvements de libération. Pour organiser cette force révolutionnaire, il est créé la Tricontinentale. Les peuples colonisés écrivent l’Histoire ».

Dans ce moment-ci s’opère une jonction entre les luttes sociales ouvrières dans les pays dits développés et des luttes nationales d’indépendance dans les pays dits sous-développés, le rapport de forces peut basculer en faveur d’un monde différent. Pour le capitalisme et les États impérialistes et colonialistes, la menace est réelle, il faut, par tous les moyens, combattre les mouvements d’indépendance et révolutionnaires, briser les luttes de libération nationale et sociale des peuples, exterminer les forces révolutionnaires, disqualifier les idéologies de progrès. Cette contre-révolution est menée par la guerre, des coups d’État, des massacres de populations et l’assassinat politique. »
Après avoir développé les exemples de succès des forces progressistes et les contre-révolutions impérialistes sur les trois continents, Nils termine son article en pointant ce qui a manqué pour que le vent de l’Histoire puisse aller au bout de son élan.

« Force est de constater qu’au côté des luttes révolutionnaires et d’émancipation depuis le sortir de la Seconde Guerre mondiale, il y a un absent, les forces révolutionnaires en Europe. (…) Alors qu’avec l’accession à l’indépendance de plusieurs pays africains et asiatiques, il y avait nécessité de rechercher une plateforme stratégique commune avec les mouvements de libération nationale, les forces révolutionnaires et émancipatrices européennes n’ont pas discerné l’importance des révolutions dans le « Tiers monde », considérant les mouvements de libération nationale comme un fait particulier, n’ayant pas le caractère de classe requis. Cette inintelligibilité est une des causes du maintien de rapports coloniaux, mais aussi de l’affaiblissement des forces progressistes en Europe.
Ce sont des leçons de l’Histoire, mais pas la fin de l’Histoire, l’émancipation peut connaître de longs temps de revers, la braise ne s’éteint pas. »


Ces braises se sont ranimées dans les révoltes populaires au Maghreb qui ont débuté en octobre 2010 à Gdeim Izik Sahara occidental occupé, elles ont enflammé la Tunisie où la dictature est tombée puis celle d’Egypte, et ce fut le Mouvement du 20 février au Maroc, où résonnait le slogan « Makhzen dégage ». Les puissants Hirak au nord du Maroc et en Algérie, aujourd’hui en sourdine du fait des mesures sanitaires mais les raisons de ces soulèvements sont toujours d’actualité.

Tomas Borge, poète vénézuélien, membre fondateur du Front Sandiniste disait « La solidarité c’est la tendresse des peuples ».
Les puissances impérialistes elles aussi sont aussi solidaires, pas par tendresse, mais par intérêt financier. Et pour cela elles s’organisent très bien.
La rapacité capitaliste n’épargnant aucun peuple du monde, il est temps de déjouer les idéologiques réactionnaires et obscurantistes qui masquent le dessous des cartes et s’acharnent à opposer les peuples, y compris en instrumentalisant le contexte de la pandémie.
A nous toutes et tous d’y faire face dans la réflexion et en conduisant des luttes transnationales.

Michèle DECASTER
Secrétaire générale
Association Française d’Amitié
et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique
site internet : http://www.afaspa.com/


Edité le 19-01-2021 à 07:09:56 par Xuan




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marquetalia
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   Posté le 19-01-2021 à 09:08:03   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

C est l esprit de la conférence de Bandoeng qui revient.

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Xuan
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   Posté le 11-03-2021 à 15:53:08   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Parlons du Tchad, voulez-vous ?


PAR ADMIN · PUBLIÉ 10 MARS 2021
http://www.entelekheia.fr/2021/03/10/parlons-du-tchad-voulez-vous/

Par Danny Sjursen
Paru sur Antiwar.com sous le titre We Need To Talk About Chad: Franco-America’s Favorite Hired Gun et Consortium News sous le titre How France and the US Cooperate

Après quelques suggestions de retrait, il s’avère que les troupes françaises au Sahel ne sont pas près d’en partir. C’est ce qu’a déclaré le président Emmanuel Macron à Paris le 16 février, avant même son sommet virtuel avec les anciens « partenaires » coloniaux de la France – le Burkina Faso, le Niger, le Mali, la Mauritanie et le Tchad – qui composent la Force conjointe du G5 Sahel.

Formée en 2014, elle est décrite dans le langage bureaucratique de Paris comme « un cadre de coopération intergouvernemental, afin de proposer une réponse régionale aux différents défis. »
En réalité, le G5 n’est guère plus qu’un groupe de forces par procuration problématiques aux ordres des généraux français, qui dirigent l’opération Barkhane depuis sept ans, et des proconsuls américains de l’AFRICOM qui soutiennent la guerre perpétuelle de Paris au Sahel.

Mercenaires en uniforme
Le sommet du G5 Sahel de cette année était basé – comme le quartier général de l’opération Barkhane – dans la capitale tchadienne N’Djamena, bien qu’en raison du Covid-19, les participants européens et américains s’y soient joints virtuellement.

La France a lancé son aventure militaire actuelle au Mali – initialement connue sous le nom d’opération Serval – en 2013, avant de l’étendre à toute la région sous l’égide de Barkhane. Ironiquement, alors que la mission française n’a cessé de s’étendre, et récemment, de rater ses objectifs, chaque indicateur de l’insécurité au Sahel a augmenté avec elle. Cela inclut des décès de civils (2 000 en 2019-20), des déplacements internes de populations (bien plus d’un million), de la pauvreté (30 millions de personnes en demande d’aide alimentaire) et des pertes de la coalition (29 soldats maliens, onusiens et français tués depuis le Nouvel An).

Malgré tout, lorsqu’il s’agit d’insister sur une mauvaise stratégie malgré les échecs, la France a pris ses leçons auprès des champions (les Américains). Ainsi, Macron a exclu toute réduction immédiate des troupes – malgré la montée du sentiment anti-guerre dans son pays et du sentiment anti-français dans la région – et a même obtenu l’engagement du Tchad de déployer 1 200 soldats supplémentaires, pour compléter les 5 100 soldats français de l’opération Barkhane. Voilà qui mérite d’être suivi de près. Le renfort tchadien représente un échange de « bons » procédés infâme, par lequel Paris caresse le dos du dictateur du moment de N’Djamena en échange de l’envoi sur le terrain de mercenaires au service de la France.

A bien y réfléchir, Paris fournit aussi souvent les armes, de sorte que les troupes tchadiennes sont en fait des mercenaires et de la chair à canon pour le combat néocolonial de la France. Par exemple, trois semaines seulement avant le sommet, l’ambassade de France a organisé une cérémonie pour célébrer la remise de neuf véhicules blindés ERC-90 aux mercenaires tchadiens en uniforme – alors que les civils du pays meurent de faim. On peut se demander combien de sacs de céréales, de moustiquaires et de vaccins ces neuf ERC-90, même s’ils ne sont pas de la première jeunesse, auraient pu acheter ? Peu importe, puisque l’ambassade a affirmé que ces véhicules « rustiques, efficaces et fiables » (…) « répondront parfaitement aux besoins opérationnels de l’armée tchadienne dans ses contributions à la lutte contre le terrorisme » . Dommage que les enfants tchadiens ne puissent pas les manger.

Hommes de main désaxés en location
Qu’en est-il de ces hommes de main ? En d’autres termes, qu’est-ce que les soldats de fortune de N’Djamena – payés 58 dollars par mois pour leur travail – apportent de concret à la déstabilisante mission franco-américaine de « stabilisation » du Sahel ? Au-delà d’attirer les balles, disons moins de zéro ! Même selon une évaluation plutôt généreuse de l’International Crisis Group, « l’armée tchadienne joue un rôle central dans les opérations internationales de lutte contre le terrorisme au Sahel, mais elle est une source d’instabilité potentielle chez elle. »

Cela ne veut pas dire que les soldats de l’actuel homme fort du Tchad, Idriss Déby, ne sont pas occupés. Il les a envoyés soutenir le combat de la France dans le centre et le nord du Mali (1 406 d’entre eux, en fait, en mars 2017), et avant, dans la mission de combat de cinq pays contre Boko Haram dans la région du lac Tchad au début de 2015 (fournissant environ un tiers des effectifs de la Force opérationnelle interarmées multinationale – qui est également basée dans la capitale tchadienne N’Djamena), ainsi que dans la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en République centrafricaine (MINUSCA) – une autre désastreuse ancienne zone coloniale française.

Que les « guerriers du désert » tchadiens apportent réellement une valeur ajoutée à ces aventures est une toute autre question. En avril 2014, les forces tchadiennes ont dû se retirer de la mission de l’ONU en République centrafricaine après avoir été accusées d’avoir tué 30 civils désarmés et d’avoir offert un soutien financier et militaire aux rebelles de la Seleka. Au Mali, il y a eu de nombreuses allégations de viols et de violences sexuelles perpétrés par les soldats tchadiens.

Néanmoins, même si les troupes tchadiennes maltraitent les civils, menacent la démocratie naissante au Tchad et n’ont remporté aucune victoire réelle à l’étranger, Déby considère la sous-traitance de ses soldats comme une garantie (pour le maintien de son régime du moins). Après avoir façonné l’image du Tchad en tant qu’allié indispensable dans la lutte contre le terrorisme, il a « joué la carte de la diplomatie militaire » pour consolider les partenariats de sécurité franco-américains – et par là même, son propre pouvoir politique.

La politologue Marielle Debos a même trouvé un bon slogan pour la méthode mercenaire de Déby – et en a fait le titre de son livre de 2016 – « La vie au rythme des armes à feu au Tchad » (« Living by the Gun in Chad »).

En 2017, elle expliquait que le statut autoproclamé du Tchad en tant que nouvelle puissance militaire régionale « conduit la France et les États-Unis à fermer les yeux sur des fraudes électorales et des violations des droits de l’homme. » Déby a même gagné un poids diplomatique décisif – comme on l’a vu avec la sélection, en janvier 2017, de son ancien ministre des Affaires étrangères Moussa Faki Mahamat à la tête de la Commission de l’Union africaine.

Danser avec des monstres, semer des désastres
Naturellement, le Tchad n’apporte pas grand-chose à l’étranger, compte tenu de sa propre instabilité et des crises humanitaires en cours. L’endroit est désastreux. Juste après le sommet qu’il a accueilli, 35 personnes ont été tuées dans le sud-est du Tchad au cours de combats communautaires – omniprésents dans le Sahel – entre agriculteurs et éleveurs.

En outre, dans un contexte de tensions croissantes résultant des incessants changements de cap constitutionnels de l’homme fort à perpétuité Idriss Déby (au pouvoir depuis 1990) – il l’a amendé et réamendé dans le but de rester au pouvoir jusqu’en 2033 – des forces de sécurité tchadiennes ont fait irruption cette semaine dans la maison du candidat de l’opposition à la présidence, tuant cinq personnes (dont sa mère et son fils).

Tout cela se déroule avant l’élection prévue le 11 avril au Tchad, mais ne devrait guère surprendre même les moins perspicaces des observateurs. La décision de Déby de se présenter a incité plusieurs centaines de manifestants à braver l’interdiction gouvernementale de manifester en raison des restrictions imposées par le coronavirus, et à descendre dans les rues de N’Djamena, à mettre le feu à des pneus et à scander « Dégage, Déby ! »

Ils ont été accueillis par des gaz lacrymogènes de la police et plusieurs dizaines d’entre eux ont été arrêtés. C’est tout à fait normal au Tchad, un pays où, selon le rapport de 2020 de Freedom House, « la corruption, les pots-de-vin et le népotisme sont endémiques ».

Ces détails pesants mis à part, Paris et Washington considèrent tous deux le Tchad comme un allié essentiel dans la lutte régionale contre les groupes islamistes. En fait, presque deux mois jour pour jour avant le coup d’envoi du sommet du G5, le commandant de l’US AFRICOM, le général Stephen Townsend, est allé faire sa cour au dictateur Déby – en remerciant le Tchad « pour le maintien de son leadership dans la sécurité régionale et pour avoir accueilli les troupes américaines. »

Juste après, le proconsul Townsend a rendu visite à l’équipe française de Barkhane et au détachement d’entraînement de l’Union européenne (la Task Force Takuba), «reconnaissant leurs efforts pour apporter une sécurité et une stabilité accrues au Sahel » . C’est là que le bât blesse : c’est la France – soutenue par le grand frère américain et avec l’aide de l’UE – qui maintient Déby-le-despote au pouvoir, alimentant ainsi l’instabilité fondamentale à l’origine de la plupart des problèmes régionaux.

Je dis cela en toutes lettres. Pas plus tard qu’en février 2019, l’armée de l’air française a passé quatre jours à bombarder des convois rebelles qui étaient en route pour renverser le monstrueux dictateur de N’Djamena.

Du point de vue cynique de Paris, Déby est un monstre décidément utile – comme l’étaient les autres despotes qui l’ont précédé (jusqu’à ce qu’ils ne soient plus utiles) – car il fournit des bases militaires, y compris un quartier général pour l’opération Barkhane, et des troupes suffisantes pour exécuter les ordres de la France. Que les citoyens tchadiens affamés et opprimés aillent se faire f… ! Mais cette population n’a pas à être si mal en point. Les désastres humanitaires et les violations des droits de l’homme au Tchad sont en grande partie causés par la soif de pouvoir, et accélérés par les Franco-Américains.

Le Tchad exporte du pétrole depuis 2003 et, rien que de 2004 à 2011, il a gagné environ 4,5 milliards d’euros, ce qui n’est pas négligeable pour un pays de seulement 15 millions d’habitants. Mais le Tchadien moyen n’a jamais vu, ou ne voit jamais, la couleur des revenus pétroliers. Déby a hypothéqué la richesse énergétique de la nation, qui en avait désespérément besoin pour ses habitants, à la multinationale Glencore en 2014, lorsque son gouvernement a emprunté plus d’un milliard de dollars au conglomérat minier anglo-suisse. Le plan était de rembourser le prêt avec les futures ventes de pétrole, mais après l’effondrement du marché pétrolier, plus de 80 % des revenus pétroliers ont été nécessaires pour assurer le service de la dette. C’est ce qu’on appelle de l’extraction de ressources à l’ancienne, dans le style impérialiste !

Le peu d’infrastructures basées sur les services qui ont été construites avec les profits énergétiques restants sont souvent de mauvaise qualité – en raison de copains profiteurs corrompus – et limitées au nord du pays, d’où (vous l’avez deviné !) le clan de Déby est originaire. La plupart du reste est allé (vous l’avez encore deviné !) à des trafiquants d’armes internationaux.

Selon un briefing de 2016 pour la World Peace Foundation, « entre 2006 et 2010, le Tchad est devenu le troisième importateur d’armes en Afrique subsaharienne, apparaissant pour la première fois dans le top 10. » En outre, les dépenses militaires de N’Djamena ont été multipliées par huit entre 2004 et 2008.

Le premier marchand de mort du monde – vous savez, « l’arsenal des démocraties » – l’Amérique, s’est largement mise de la partie. En août 2020, Washington a livré 8,5 millions de dollars de véhicules et d’équipements au Groupe spécial antiterroriste tchadien, dans le cadre d’un paquet de soutien total de 28 millions de dollars pour les troupes de N’Djamena contribuant à la force du G5 Sahel. En outre, de nombreux officiers militaires tchadiens – dont Idriss Déby, qui a fréquenté l’Ecole de guerre – ont été formés en France.

Le fait que les États-Unis et (plus encore) la France encouragent toute cette indécence – et l’hypocrisie inhérente à leur action – n’échappe pas aux Tchadiens, ni, franchement, aux autres Sahéliens. « Beaucoup de gens disent qu’un jour, nous allons chasser la France de l’Afrique » , a déclaré l’animateur d’une émission de radio canadienne destinée à ses compatriotes tchadiens exilés – « La France apprécie la démocratie à l’intérieur de ses frontières. [Mais] au Tchad, elle protège un seul homme, le dictateur » .

Ce qui est vraiment clé, c’est que le Tchad et le despotique Déby ne sont qu’un exemple anecdotique – mais instructif – de la manière dont la contre-productivité franco-américaine fonctionne au Sahel et dans toute l’Afrique. Le fait qu’elle se déroule dans l’ombre, comme une abstraction largement non rapportée par les médias – et avec des pertes relativement faibles (pour les États-Unis) – rend cette folie presque invisible. Mais alors que le nouveau président américain évalue ses options en matière de politique étrangère, et que Macron semble placer ses meilleurs espoirs dans un bail-out par Biden de la guerre perpétuelle de la France au Sahel, il faut garder un œil sur la formule tchadienne – et il est certainement temps d’en parler.

Danny Sjursen est officier retraité de l’armée américaine et collaborateur du site antiwar.com. Son travail est paru dans le LA Times, The Nation, le Huff Post, The Hill, Salon, Truthdig et Tom Dispatch, entre autres. Il a servi dans des unités de reconnaissance en Irak et en Afghanistan, et a ensuite enseigné l’histoire à West Point. Il est l’auteur de plusieurs livres. Son site est ici.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Photo Ian Ingalula / Pixabay

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LIBÉRATION PROVISOIRE DE SONKO
UNE PREMIÈRE VICTOIRE POUR FAIRE EN SORTE QUE MACKY NE PUISSE PLUS NUIRE A L’ÉTAT DE DROIT AU SENEGAL

Diagne Fodé Roland

Douloureux et choquant de voir que c'est après plus de 10 morts et des dizaines de blessés que Macky Sall a été contraint par le peuple de libérer O. Sonko, leader de l'opposition sénégalaise, tout en gardant comme otages politiques 34 militants du FRAPP, de Pastef et autres dont Guy Marius Sagna, tous réprimés pour décapiter la résistance populaire contre l'autocratie féodale mise en place à partir de 2012.

Sonko a formulé les exigences suivantes : "- Réparations des familles des victimes et Indemnisations des blessés civils et militaires - Enquête indépendante pour identifier les auteurs des crimes et les traduire en justice - Libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques - Arrêt immédiat des espionnages malsains d’opposants - Arrêt et traduction en justice des milices de Macky Sall et leurs commanditaires - Création des conditions de transparence et d'équité des élections au Sénégal - La tenue des élections locales, législatives et présidentielles dans les délais - Restitution des droits civiques des candidats illégalement confisqués par Macky Sall - Les démissions du procureur, des ministres de l'intérieur et de la justice - Déclaration publique et sans ambiguïté de Macky Sall disant qu'il n'est pas candidat en 2024"

A ces exigences, il faut ajouter : - Respecter le régime déclaratif, l'encadrement et la sécurisation par l’État des manifestations pacifiques – Satisfaire la revendication de l'indépendance de la Magistrature par l'Union des Magistrats du Sénégal (UMS) – Ne pas interférer pour brouiller la piste ouverte par les PV de l'enquête de la gendarmerie sur les commanditaires de l'accusation visant le député O. Sonko - Indemniser les télévisions dont le faisceau a été suspendu arbitrairement – Enquêter sur les interrogatoires ethnicistes et les tortures lors des arrestations – Établir la vérité sur le déclenchement de la guerre de Macky en Casamance le 26 janvier 2021, l'implication du Président Emballo qui aurait permis le passage sur le territoire de Guinée Bissau de l'armée nationale de notre pays, les bombardements anti-écologiques à coups de mortiers, d'avions, de drones de la forêt Casamançaise, les fameux dossiers "top secret" et la "victoire" sans cadavres, ni prisonniers de combattants du MFDC – La levée des mandats d'arrêt de l’État du Sénégal visant des dirigeants du MFDC comme premier pas vers des négociations sérieuses, sincères pour la paix et la solution démocratique dans une optique panafricaine en Casamance – Le respect par l’État du Sénégal des positions et décisions de la CEDEAO, de l'UA et de l'ONU en ce qui concerne le respect des citoyens – Considérer que les Assises Nationales sont le point de départ de tout contrat national pour refonder l'état républicain -

L'apprenti dictateur Macky Sall a été obligé de reculer parce qu'il a vu cette formidable fraternisation avec le peuple de l'armée nationale, de la gendarmerie nationale et d'une partie de la police nationale à l'exception de sa partie anti-républicaine qui agissait violemment contre la mobilisation populaire avec les milices voyous "marrons du feu" de l'APR/BBY.

Mais son esprit reste maladivement obsédé par le 3éme mandat inconstitutionnel et la "sécurisation" de l'argent volé par son clan – des 6.000 milliards aux 94 milliards de francs CFA – et comment repasser à la première occasion à la contre-offensive de la mafia libérale néocoloniale françafricaine contre l'opposition et le peuple.
Voilà pourquoi il a besoin des otages politiques et la mise en libération conditionnelle de Sonko comme épée de Damoclès, comme monnaie d'échange pour faire chanter et échapper à l'exigence de justice.

Plus que jamais la vigilance et la mobilisation du peuple sont les seules garanties pour parachever, non la révolution, mais l'instauration sous le contrôle du peuple de l’État de droit et le respect des conquêtes démocratiques pour lesquelles le peuple vient encore une fois dans l'histoire du Sénégal de payer un lourd sacrifice.
Gagner une bataille, c'est pas encore gagner la guerre, il s'agit donc de rester mobiliser pour éviter tout retour en arrière vers le fascisme dont le libéral néocolonial Macky Sall, le féodal "torodo", vient de nous donner un avant goût sanglant bien amer.
9 mars 2021

LES SYNDICATS DOIVENT ASSURER LEUR RESPONSABILITÉ
DANS LA RÉSISTANCE DU PEUPLE
A LA DICTATURE DE MACKY SALL QUI FAIT COULER LE SANG DE LA JEUNESSE

Diagne Fodé Roland, votre cher camarade, ex-membre du bureau du SUDES/Tambacounda en 1982-84 et membre du bureau national de l'Union des Travailleurs Sénégal en France/AR en France (UTSF/AR), de Yoonu Askan Wi (YAW) et du journal ouvrier et populaire Ferñent du Sénégal

Vous avez assisté au dévoilement du complot d'Etat par l'étalage public des pv d'audition de la gendarmerie, la levée illégale de l'immunité parlementaire du député et l'enlèvement de O. Sonko alors qu'il se rendait répondre à la convocation du juge d'instruction en bloquant son véhicule avant de lui coller l'accusation de "trouble à l'ordre public" et de le mettre en garde à vue.

Ce pouvoir finissant ne fait même plus semblant de respecter le pouvoir judiciaire qu'il court-circuite aux yeux de tous par cette arrestation en directe qui éclaire pourquoi un haut magistrat ait pu déclarer qu'il "démissionne parce que la justice à démissionner". Aux yeux de tous, le président Macky Sall, censé constitutionnel "garantir les droits", piétine la Constitution, l'état de droit, les lois et toutes les libertés citoyennes.
Au même moment, Guy Marius Sagna, porte-parole du FRAPP, arrêté auparavant illégalement chez lui et déféré arbitrairement en prison a été mis à nu et en isolement punitif pour avoir protesté contre la mise dans une cellule de 50 places plus de 150 prisonniers.

Guy Marius Sagna est en grève de la faim pour protester contre ce traitement inhumain et dégradant qui montre que la prison sénégalaise est devenue une grossière singerie de la sauvage prison US de "Guantanamo".

Ces atteintes liberticides autocratiques et cette instrumentalisation sans scrupule du pouvoir d'état n'ont pour d'autres objectifs que l'élimination d'un adversaire politique et imposer une troisième candidature anti-constitutionnelle de Macky Sall.

Le peuple a décidé de se révolter pour dire STOP A LA DICTATURE DE MACKY SALL.
L'armée de l'impérialisme français au Sénégal, huée par les foules devant le Tribunal où devait comparaître O. Sonko, est à l'origine du ciblage par la révolte de tout ce qui représente aux yeux des populations des symboles de la françafrique dans un contexte où la faim commence à s'installer dans le pays.

Macky Sall vient de faire appel à l'armée et utilise des nervis "marrons du feu" accompagnés de la police pour attaquer les manifestants protestataires.
La RÉSISTANCE à la DICTATURE se répand dans tout le pays, du nord au sud, de l'est à l'ouest et doit s'inscrire dans la durée pour vaincre.

Macky Sall, bénéficiaire en 2012 de la révolte victorieuse du peuple contre la monarchisation promue par son ex-mentor libéral A. Wade, est aujourd'hui le fossoyeur des conquêtes démocratiques qui lui avait permis de devenir président.
Dans l'histoire de notre pays toutes les conquêtes sociales et démocratiques ont été obtenues avec l'engagement du mouvement syndical et des citoyens des classes populaires. Ce fut les cas lors de:
- la grande grève des cheminots en 1947, immortalisée par Sembène Ousmane dans les "bouts de bois de dieu" qui raconte la marche des femmes de Thiès à Dakar, tournant décisif dans la lutte pour les indépendances,
- de la grève générale de 1968 qui protesta contre la répression de la grève des élèves et étudiants et contraignit le pouvoir PS à concéder le« multipartisme limité puis intégral »,
- des grèves de la CSS en 1983 qui améliora les conditions de travail et les salaires et freina les attaques contre le code du travail,
- celles de l'usine de Taïba avec l'héroïque marche des femmes sur le tribunal de Thiès,
- celles de la SENELEC des années 1990, d'abord en solidarité avec les personnels de la santé et puis contre les conséquences sociales des Plans d’Ajustement Structurel (PAS), la dévaluation du franc CFA, le projet de privatisation de l’électricité et les arrestations de syndicalistes.

La GRÉVE GENERALE POUR STOPPER LA DICTATURE DE MACKY SALL QUI TUE DES JEUNES EST DEVENUE NÉCESSAIRE.
Appel vous est fait pour que vous preniez vos responsables devant l'histoire et dans l'intérêt des conquêtes démocratiques et du peuple.
Fait le 05/02/2021

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   Posté le 26-05-2021 à 19:20:32   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sénégal

https://www.facebook.com/watch/live/?v=333672408153611&ref=notif&notif_id=1622047658284121&notif_t=live_video

Présentation du mémorandum sur les événements de février mars avec le M2D
FRAPP-France Dégage

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   Posté le 07-01-2022 à 15:44:55   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Bolloré en Afrique, une série d'affaires judiciaires


Voir vidéos sur site https://www.france24.com/fr/france/20220106-bollor%C3%A9-en-afrique-une-s%C3%A9rie-d-affaires-judiciaires?fbclid=IwAR0gJDkFNYcw38j666etvmrKNOOWV_uc-mgVBn1w7bRFXDAP6IJwLYjPxlM

Vendredi, la justice française doit statuer dans le cadre d’une affaire opposant 145 Camerounais au groupe Bolloré, accusé de non-respect des droits humains et environnementaux dans des plantations d’huile de palme. Ces dernières années, les activités africaines de la multinationale française, implantée dans 46 pays du continent, font l’objet de plusieurs poursuites judiciaires.

Le groupe Bolloré a-t-il manqué à ses obligations en matière de droits humains et de protection de l’environnement ? Vendredi 7 janvier, le tribunal de Nanterre doit statuer dans le cadre d’une affaire opposant 145 Camerounais à la multinationale française sur les conditions d’exploitation d’huile de palme dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Les plaignants, qui vivent aux abords des plantations, réclament au groupe Bolloré des documents permettant d’établir ses liens avec la Société camerounaise de palmeraies Socapalm, qu’ils accusent de violer leurs droits. Cette procédure a pour but d’établir la responsabilité du groupe français et d’obtenir des compensations.

Présent depuis le milieu des années 1980 en Afrique, l’entreprise Bolloré s’est muée en un empire implanté dans 46 pays du continent, investissant dans divers domaines tels que le rail, le transport de marchandises ou encore les plantations agricoles.

Le groupe Bolloré est dirigé par l'industriel français Vincent Bolloré. Cette multinationale, parmi les plus puissantes de France, est également investie dans la communication, les médias ou bien encore dans les batteries électriques. Mais depuis quelques années, ses activités africaines font l’objet de plusieurs affaires judiciaires qui entachent l’image de l'entreprise. France 24 fait le point.

Le groupe agro-industriel Socfin dans le viseur des ONG
L’action en justice des 145 Camerounais contre le groupe Bolloré a été engagée à la rentrée 2021, mais la décision de justice attendue vendredi n’est que le nouvel épisode d’une longue saga judicaire.

Depuis plus de dix ans, des ONG internationales et des citoyens camerounais dénoncent les violations présumées des droits humains et environnementaux de l'entreprise de production d'huile de palme Socapalm, pointant la responsabilité du groupe Bolloré. Cette entreprise appartient à la société belgo-luxembourgeoise Socfin, elle-même détenue à 38,7 % par le groupe français.

En 2010, quatre ONG, dont l’organisation française Sherpa, ont lancé une première action contre le groupe Bolloré en déposant un recours devant le Point de contact national français (PCN, organisme qui défend les principes de bonne conduite des entreprises de l’OCDE). Cette action a abouti, en 2013, à une médiation entre les ONG et le groupe Bolloré, au cours de laquelle est élaboré un plan d'action pour protéger les communautés locales.

Pourtant, les années suivantes, des groupes de riverains et travailleurs continuent de dénoncer l’absence de dialogue avec la Socfin sur l’amélioration de leurs conditions de vie. En 2016, une enquête de France 2, réalisée dans l’une de ces plantations, montre des sous-traitants travaillant sans vêtements de protection, certains présentés comme mineurs, et logés dans des conditions insalubres.

Vincent Bolloré attaque alors France Télévisions et l’auteur du reportage Tristan Waleckx, dénonçant des mensonges. Il perdra ses deux procédures engagées en France. Une procédure lancée au Cameroun par la Socapalm pour diffamation est toujours en cours.

Le 27 mai 2019, jugeant que le plan d‘action négocié avec le groupe Bolloré n’est toujours pas appliqué, dix ONG, dont Sherpa, assignent devant la justice française la multinationale, réclamant l’application forcée de ces mesures au Cameroun. Le groupe français, pour sa part, met en avant “sa qualité d’actionnaire minoritaire” mais qu’il “continue d’exercer son influence” lors des conseils d’administrations de Socfin “sur la prise en compte des impacts sociaux et environnementaux liés à ses activités”.

Des affaires de conflits fonciers
Outre les accusations liées à l’impact environnemental et aux conditions de travail, les ONG mobilisées sur ce dossier affirment que la Socapalm mène des campagnes d’intimidation afin d’exproprier les communautés locales et de confisquer leurs terres.

Des accusations rejetées par la filiale camerounaise de Socfin qui affirme n’accaparer ni ne posséder aucune terre puisque celles-ci “sont louées à l'État”. Ces accusations ne concernent pas que le Cameroun : en Sierra Léone, au Nigeria ou bien encore au Cambodge, des ONG accusent également des filiales locales de la société Socfin d’accaparer des terres.

Le 3 juin 2016, des dizaines de militants ont organisé une opération coup de poing au siège du groupe Bolloré en France, à Puteaux, le jour du conseil d’administration, bloquant l'entrée de la tour pour dénoncer "les expansions continues" des plantations de palmiers à huile et d'hévéas en Afrique et en Asie, "le plus souvent au détriment des communautés locales".

Quelques mois plutôt, 80 Cambodgiens de l'ethnie bunong avaient lancé une action en justice en France contre le groupe Bolloré, l’accusant d’avoir détruit leur forêt ancestrale, transformée en plantations de caoutchouc. Une bataille remportée par l’entreprise française en juillet 2021, les plaignants étant en incapacité de justifier “d'un droit réel ou personnel pour exploiter les terres litigieuses”, selon le jugement. L’avocat des paysans a fait appel de cette décision.

Accusations de corruption au Togo et en Guinée
Autre dossier et non des moindres, les accusations de corruption visant Vincent Bolloré et ses deux proches collaborateurs, Gilles Alix, directeur général du groupe, et Jean-Philippe Dorent, directeur international de l'agence Havas, filiale de Bolloré.

En 2013, une enquête judiciaire est ouverte contre le groupe français, soupçonné d’avoir favorisé la réélection du dirigeant du Togo, Faure Gnassingbé, et l’accession au pouvoir du président guinéen, Alpha Condé, par l’intermédiaire de sa filiale publicitaire Havas, qui aurait sous-facturé ses services. En échange, les deux dirigeants africains auraient permis à Vincent Bolloré de récupérer les concessions portuaires de Lomé et de Conakry.

En juin 2019, la procédure concernant la Guinée est annulée par la cour d'appel de Paris pour cause de prescription. Mais le groupe Bolloré, ainsi que son dirigeant Vincent Bolloré et ses deux proches collaborateurs restent poursuivis dans le dossier togolais.

Jugés le 26 février 2021 devant le tribunal de Paris, les trois hommes reconnaissent les faits qui leur ont été reprochés au Togo comme en Guinée. Ils plaident coupable pour les faits de corruption active d’agent public étranger et complicité d’abus de confiance au Togo, et acceptent le paiement d'une amende de 375 000 euros.

Mais cette procédure, négociée en amont avec le Parquet financier, et qui devait éviter la tenue d’un procès, est rejetée par le tribunal judiciaire de Paris, qui estime que les faits sont trop graves.

La justice française accepte le paiement d’une amende de 12 millions d’euros pour clore les poursuites contre le groupe. Mais les trois personnes accusées dans ce dossier devront bien être jugées devant un tribunal correctionnel. Dans ce dossier, Vincent Bolloré et ses deux proches collaborateurs encourent une peine maximum de cinq ans de prison.

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   Posté le 31-01-2022 à 21:01:09   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

NB le 27 les autorités maliennes avaient invité Flaurence Parly "à se taire"
https://francais.rt.com/international/95185-tensions-entre-paris-bamako-porte-parole-gouvernement-malien-invite-parly-taire


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Le Drian aboutit à faire expulser l'ambassadeur de France au Mali


Mali : le gouvernement militaire donne 72 heures à l'ambassadeur de France pour quitter le pays


https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/mali/mali-le-gouvernement-militaire-donne-72-heures-a-l-ambassadeur-de-france-pour-quitter-le-pays_4935837.html

La France a "pris note" de l'expulsion de son ambassadeur au Mali, a déclaré lundi le ministère français des Affaires étrangères.

La junte malienne, au pouvoir dans ce pays, va expulser l'ambassadeur de France, a annoncé la télévision d'Etat lundi 31 janvier. "Le gouvernement de la République du Mali informe l'opinion nationale et internationale que ce jour (...) l'ambassadeur de France à Bamako, son excellence Joël Meyer, a été convoqué par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale [et] qu'il lui a été notifié la décision du gouvernement qui l'invite à quitter le territoire national dans un délai de 72 heures", ont précisé les autorités dans un communiqué.

Les autorités maliennes ont justifié cette décision par les récentes déclarations "hostiles" de responsables français à leur encontre. "Il est clair que la situation en l'état ne peut pas perdurer", avait averti Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, vendredi 28 janvier. Cette convocation marque un nouveau durcissement des tensions entre le Mali et la France, l'ancienne puissance coloniale engagée militairement dans la lutte contre les combattants jihadistes au Mali et au Sahel depuis 2013. Les relations n'ont cessé de se détériorer depuis que des colonels ont pris le pouvoir par la force, en août 2020.

Paris "prend note" de l'expulsion de son ambassadeur au Mali, a déclaré lundi le ministère français des Affaires étrangères, rappelant sa solidarité à l'égard de ses partenaires européens et son engagement à poursuivre la lutte antiterroriste. "En réaction, la France a décidé de rappeler son ambassadeur", a indiqué le Quai d'Orsay.


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Le Mali annonce l’expulsion de l’ambassadeur de France sous soixante-douze heures
Les autorités maliennes ont justifié cet acte par les récentes déclarations « hostiles » de responsables français à leur encontre. La France a « pris note » de la décision et « décidé de rappeler son ambassadeur ».

Le Monde avec AFP

Les autorités maliennes, dominées par les militaires, ont décidé d’expulser l’ambassadeur de France, a annoncé, lundi 31 janvier, un communiqué lu à la télévision d’Etat :

« Le gouvernement de la République du Mali informe l’opinion nationale et internationale que ce jour (…) l’ambassadeur de France à Bamako, son excellence Joël Meyer, a été convoqué par le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale [et] qu’il lui a été notifié la décision du gouvernement qui l’invite à quitter le territoire national dans un délai de soixante-douze heures. »

La France « prend note » de l’expulsion de son ambassadeur au Mali, a déclaré lundi le ministère des affaires étrangères français. « En réaction, la France a décidé de rappeler son ambassadeur », a fait savoir le Quai d’Orsay. Paris exprime aussi « sa solidarité vis-à-vis de ses partenaires européens, en particulier du Danemark », dont le contingent vient d’être expulsé par la junte au pouvoir à Bamako.

Les autorités maliennes ont justifié cette décision par les récentes déclarations « hostiles » de responsables français à leur encontre. La ministre des armées de la République française, Florence Parly, a déclaré le 25 janvier que la junte multipliait « les provocations ». Son homologue des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a, deux jours après, qualifié la junte d’« illégitime » et ses décisions d’« irresponsables », après que les autorités maliennes eurent poussé le Danemark à retirer son contingent de forces spéciales.

« Propos hostiles »

L’expulsion de l’ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer, 60 ans, en poste à Bamako depuis octobre 2018, « fait suite aux propos hostiles et outragés du ministre français de l’Europe et des affaires étrangères tenus récemment, à la récurrence de tels propos par les autorités françaises à l’égard des autorités maliennes en dépit des protestations maintes fois élevées », dit le communiqué lu à la télévision malienne, canal de communication privilégié des autorités.
« Le gouvernement du Mali condamne vigoureusement et rejette ces propos qui sont contraires au développement de relations amicales entre nations », ajoute le texte, dans lequel Bamako « réitère sa disponibilité à maintenir le dialogue et poursuivre la coopération avec l’ensemble de ses partenaires internationaux, y compris la France, dans le respect mutuel et sur la base du principe cardinal de non-ingérence ». Le ministre des affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, avait prévenu vendredi que son pays n’excluait « rien » dans ses relations avec la France.
La convocation de l’ambassadeur français marque un regain de tensions entre le Mali et la France, l’ancienne puissance coloniale engagée militairement au Mali et au Sahel depuis 2013. Les relations n’ont cessé de se détériorer depuis que des colonels ont pris par la force en août 2020 la tête de ce pays, plongé depuis 2012 dans une profonde crise sécuritaire et politique. Elles se sont encore envenimées en mai 2021, avec un nouveau coup d’Etat des mêmes colonels, destiné à renforcer leur emprise.

« Réflexes coloniaux »

La junte est entrée ces derniers mois en résistance face à une grande partie de la communauté internationale et des partenaires du Mali, qui pressent pour un retour des civils à la tête du pays. La France et ses alliés européens s’alarment aussi de l’appel fait, selon eux, par la junte aux mercenaires de la sulfureuse société russe Wagner, groupe réputé proche du Kremlin, accusé d’exactions en République centrafricaine et engagé sur d’autres sites. La junte persiste à démentir.
La junte, qui entend se maintenir plusieurs années à la direction du Mali, s’est braquée en invoquant la souveraineté nationale. Elle vante aussi la qualité de sa coopération avec la Russie. Elle a déjà demandé la révision des accords de défense avec la France. Le ministre des affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, avait prévenu vendredi que son pays n’excluait « rien » dans ses relations avec la France, y compris une dénonciation de ces accords.
La junte, qui entend se maintenir plusieurs années à la direction du Mali, s’est braquée face aux pressions en invoquant la souveraineté nationale. Les officiels maliens s’en sont eux-mêmes durement pris à la France, ainsi qu’à la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, qui a infligé le 9 janvier une série de sévères sanctions diplomatiques et économiques au Mali.
Le colonel Abdoulaye Maïga, ministre et porte-parole du gouvernement dit « de transition », s’était livré mercredi à une charge virulente contre Mme Parly et la France, accusée de chercher à diviser les Maliens, d’« instrumentaliser » les organisations sous-régionales et de conserver ses « réflexes coloniaux ». Il avait donné pour « conseil » à Mme Parly de se taire.

Une décision « inacceptable »

La France a déployé plus de cinq mille soldats au Sahel et au Mali avant de décider, en 2021, de réduire le contingent. Elle s’interroge à présent sur les modalités de sa présence. Le chef de sa diplomatie a déclaré vendredi que la France et ses partenaires européens ne pouvaient « rester en l’état ». « Notre combat contre le terrorisme doit se poursuivre, mais sans doute dans d’autres conditions », a-t-il renchéri dimanche.
Son homologue danois, Jeppe Kofod, a jugé « inacceptable » l’expulsion de l’ambassadeur français. « Le Danemark est totalement solidaire de la France », a-t-il dit sur Twitter. Il a qualifié d’« irresponsable » l’attitude de la junte et estimé que le Mali perdait sa « crédibilité internationale ».
De son côté, le chef d’état-major de l’armée de terre française est resté prudent sur le sujet. « La question du Sahel est éminemment politique », a commenté le général Pierre Schill devant la presse : « Aujourd’hui, au quotidien, nos unités continuent leur partenariat avec les bataillons maliens. »

Le Monde avec AFP


Edité le 31-01-2022 à 23:53:59 par Xuan




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«Tout ça parce qu'on a touché à leurs intérêts» : les militaires maliens répliquent à la France


janv. 2022, 12:43- Avec AFP © Annie Risemberg Source: AFP
Des manifestants tiennent des pancartes anti-françaises lors d'un rassemblement en soutien à l'armée malienne et au Comité national pour le salut du peuple (CNSP), à Bamako, le 21 août 2020 (image d'illustration).

Le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, estime que l'hostilité de la France à l'égard des militaires au pouvoir s'explique par le fait que ceux-ci menacent les intérêts de l'Hexagone, à la fois dans le pays et la région. Lors d'un déplacement à Bruxelles le 28 janvier, le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, a fustigé les récentes critiques formulées par la France envers les militaires au pouvoir dans le pays.
« Tout ça parce qu'on a touché à leurs intérêts» , a-t-il expliqué dans une vidéo dont l'authenticité a été confirmée par les autorités maliennes.
Selon le ministre, c'est la décision de ne pas tenir des élections en février qui est contraire aux intérêts de la France et qui explique son animosité.
D'après Abdoulaye Diop, les partisans de la tenue d'élections le 27 février, la date initialement envisagée, souhaitent que «les mêmes personnes reviennent prendre le pouvoir» . Le ministre a accusé la France d'avoir applaudi des coups d'Etat par le passé : «La France, qui dit qu'elle défend la démocratie, elle est allée dans d'autres pays, elle a installé des chefs d'Etats qui ont fait des coups» .

Les relations entre la France et son ancienne colonie se sont tendues depuis que l'armée a pris le pouvoir à Bamako en août 2020. Depuis six mois, l'Hexagone a entamé une redéploiement de son dispositif militaire au Mali, en quittant ses trois bases les plus au nord. Ses effectifs, qui s'élevaient à plus de 5 000 militaires au Sahel, ont décru, avec l'objectif affiché de n'en garder que 2 500 à 3 000 d'ici 2023. Depuis janvier 2022, la tension a encore augmenté avec l'adoption par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) d'une batterie de sanctions sévères, fermant les frontières avec le Mali et mettant le pays sous embargo.

Les sanctions, soutenues par la France, les Etats-Unis et l'Union européenne, ont été prononcées après l'annonce par les militaires au pouvoir de leur intention d'organiser la transition à un horizon de cinq ans. Ils ont affirmé qu'il n'était pas possible d'organiser les élections dès le mois de février en raison de l'insécurité persistante dans le pays, en proie aux violences de toutes sortes. Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, a estimé le 28 janvier que le gouvernement malien actuel, qu'il a qualifié de «junte», était « illégitime et prenait des mesures irresponsables» . Dans la vidéo, Abdoulaye Diop a répondu que le Mali, en reportant les élections, «veut bâtir quelque chose de solide, pour demain et après-demain» .
Face aux accusations de Paris selon lesquelles les mercenaires du groupe paramilitaire russe Wagner soutiendraient les militaires maliens sous couvert de lutte anti-djihadiste, Abdoulaye Diop a rétorqué que le Mali et la Russie étaient depuis longtemps partenaires, notamment dans le domaine de la coopération militaire.

https://francais.rt.com/international/95303-tout-ca-parce-qu-on-a-touche-leurs-interets-militaires-maliens-repliquent-france-afrique

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   Posté le 01-02-2022 à 20:48:29   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

J'invite à visionner DBS matin.

Le renvoi de l'ambassadeur français au Mali est un fait historique irréversible


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   Posté le 03-02-2022 à 23:19:49   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Mali, Burkina Faso: "les élites françaises continuent à faire preuve d’autisme politique chronique "


https://fr.sputniknews.com/20220202/mali-burkina-faso-les-elites-francaises-continuent-a-faire-preuve-dautisme-politique-chronique-1054948909.html

L’engagement "du peuple malien derrière son gouvernement est complètement ignoré par les autorités et les élites françaises, qui continuent à faire preuve d’autisme politique chronique", affirme auprès de Sputnik Soulaimane Cheikh Hamdi, spécialiste en sécurité internationale. Pour lui, une nouvelle dynamique est en marche en Afrique.
Lundi 31 janvier, le gouvernement de transition du Mali, sous la présidence du colonel Assimi Goïta, a annoncé sa décision d’expulser l’ambassadeur de France à Bamako, Joël Meyer, suite aux propos jugés "insultants" à l’égard des autorités du pays tenus par le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. En effet, ce dernier avait jugé "illégitimes" les autorités de transition.
Suite à cette décision malienne, Paris et ses partenaires européens de la Task Force Takuba se sont donnés jusqu'à la mi-février pour envisager l’avenir de l’intervention au Mali. Néanmoins, Jean-Yves Le Drian a exprimé le souhait mardi 1er février que l’armée française continue la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel avec les autres pays de la région. vidéo

Or, la saga des coups d’État accompagnés de sentiments populaires anti-français dans les pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest continue. En effet, après le Mali, la Guinée-Conakry et le Burkina Faso, la semaine dernière, une tentative a été menée mardi 1er février en Guinée-Bissau, un autre pays membre de la zone Franc CFA et de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Ceci dans un contexte où les choses ne s’arrangent pas vraiment entre la France et l’Algérie, qui a fermé son espace aérien aux avions de l’opération Barkhane depuis plusieurs semaines, suite à des propos d’Emmanuel Macron jugés "offensants" pour la Nation algérienne.

Comment expliquer ces nouvelles tentatives de coup d’État au Sahel et en Afrique de l’Ouest? La France perd-t-elle pied en Afrique au profit d’autres puissances mondiales? Comment expliquer l’engouement des pouvoirs militaires africains issus des coups d’État pour la coopération militaire avec la Russie, qui a déjà un sérieux problème de sécurité nationale près de sa frontière avec l’Ukraine?

vidéo

Pour répondre à ces questions, Sputnik a sollicité M.Soulaimane cheikh Hamdi, expert mauritanien en sécurité internationale, spécialiste du Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Pour lui, "la diplomatie française demeure prisonnière de ses anciennes conceptions héritées de la période coloniale, qui l’empêchent de prendre conscience des bouleversements politiques, sociaux et géopolitiques qui secouent le continent africain. À ce titre, le cas du Mali est édifiant à plus d’un titre, vu la perte d’expertise qu’il révèle de l’élite diplomatique française. Néanmoins, le retrait de l’armée française du Sahel, qui obéit à plusieurs facteurs géopolitiques, notamment liés à la crise ukrainienne, est encore loin de signifier que la France perd complètement pied en Afrique, vu qu’elle continue à avoir la haute main sur les économies des pays membres de la zone Franc CFA. Ceci en plus de la fragilité des armées africaines, même si certaines connaissent de plus en plus une montée en puissance, comme au Mali et en République centrafricaine, aidées en cela par la Russie".

"La diplomatie et l’élite françaises font preuve d’autisme politique"
"Durant ces 60 dernières années, le nombre de coups d’État en Afrique se compte en dizaines. Seulement, cette fois-ci, un facteur nouveau déterminant est entré en jeu, depuis l’arrivée des mêmes militaires au pouvoir au Mali en l’espace d’une année (2020-2021)", affirme M.Hamdi. Il souligne qu’"actuellement, la majorité écrasante du peuple malien soutient le gouvernement de transition dirigé par le Président Goïta, ce qui a complètement changé la donne sur le terrain" .

vidéo

Et d’ajouter que "ce facteur d’engagement du peuple malien derrière son gouvernement est complètement ignoré par les autorités et les élites françaises, qui continuent à faire preuve d’autisme politique chronique. Les Maliens, tout comme les Nigériens et les Burkinabés, qui crient haut et fort leur mécontentement, voir leur dégoût, à l’égard de la France, tenue comme première responsable de la pauvreté et du sous-développement de leurs pays, grâce aux systèmes et aux dirigeants corrompus et serviles, sont en train d’inspirer tous les autres peuples de la région sahélo-saharienne et de l’Afrique de l’Ouest. C’est dans ce contexte qu’il faut lire et analyser les derniers évènements qui ont secoué ces régions et qui probablement sont appelés à se répéter partout".

Dans le même sens, il indique qu’ "en plus de la pauvreté, du manque d’infrastructures, notamment sanitaires durant les deux années de l’épidémie de Covid-19, la dégradation de la situation sécuritaire dans tout le Sahel après dix ans de présence militaire française [opérations Serval puis Barkhane, ndlr], a convaincu ces peuples de la nécessité du changement en se tournant vers d’autres partenaires. Il faut bien se rendre compte qu’au Mali, à titre d’exemple, le colonel Assimi Goïta et ses compagnons ne sont pas sortis des salons feutrés du ministère de la Défense à Bamako. Ce sont des soldats de terrain qui ont combattu le terrorisme avec des moyens, le moins qu’on puisse dire, dérisoires. Alors que la France devait normalement aider au moins les pays de la Force G5 Sahel, un mort-né, à monter en puissance, aussi bien sur le plan matériel qu’humain. Or, rien n’a été fait dans ce sens, dans tous les pays du Sahel, qui avaient surtout cruellement besoin de moyens aériens, vu l’étendue de la région qui fait presque cinq fois le territoire de la France. Si les nouveaux gouvernements au Mali, au Burkina Faso et en Guinée-Conakry tiennent tête aux puissances européennes, notamment la France, c’est parce qu’ils ont le soutient complet de leur populations".

Pourquoi la Russie?
Selon l’interlocuteur de Sputnik, les pays africains, dont le Mali, la République centrafricaine, l’Éthiopie et le Mozambique, qui ont choisi de se tourner vers d’autres partenaires militaires, Russie en tête, "basent leur analyse et leur décision sur des faits réels et non fantasmatiques. En effet, il va sans rappeler, que l’armée russe a vaincu le terrorisme en Tchétchénie, puis en Syrie en collaboration avec l’Armée arabe syrienne. Les moyens mis à contribution par Moscou durant les sept dernières années en Syrie, face aux organisations affiliées à Al-Qaïda* et à Daech*, ne laisse aucun spécialiste en Défense, encore moins un militaire, indifférent. L’intervention des armées de l’Organisation du traité de sécurité commune (OTSC) au Kazakhstan, mettant fin en une semaine à des actions de terroristes, ayant profité des manifestations populaires sociales pour commettre des attentats, était une autre démonstration de l’efficacité de l’armée russe, qui a pris part à cette opération".


https://youtu.be/LHy1AAlIn-Q

Par ailleurs, le spécialiste souligne que "le travail remarquable que les 1.135 instructeurs russes ont accompli en République centrafricaine depuis 2017, en transformant de fond en comble l’armée du pays, laissée sans défense par l’armée française qui s’était retirée fin octobre 2016, est également un autre argument factuel solide. La même chose est en train de se réaliser au Mali avec l’arrivée d’instructeurs russes, depuis que le gouvernement de transition a lancé la coopération militaire avec la Russie, qui lui a livré notamment quatre hélicoptères de transport et d’attaque. Ceci en plus de l’appui diplomatique apporté par Moscou, avec Pékin, au conseil de sécurité de l’Onu, contre le projet de soutien aux sanctions de la Cédéao contre le Mali, proposé par la France".

Quid des enjeux géopolitiques et géostratégiques?
Enfin, Soulaimane cheikh Hamdi estime que ce qu’il se passe actuellement au Sahel [i]"n’est que le début d’une nouvelle reconfiguration géopolitique et géostratégique de la région, à l’aune des nouveaux équilibres qui s’établissent de plus en plus entre les grandes puissances, notamment en Europe avec la crise ukrainienne et en Eurasie, dans le contexte de la nouvelle politique de Défense américaine qui vise l’endiguement et le confinement de la Chine, de la Russie et de l’Iran"
.

https://pbs.twimg.com/media/FKIK6hVWYAIDd6T?format=jpg&name=small

Ainsi, selon lui, "ce qu’il se passe en Ukraine, notamment après les déclarations du Président Volodymyr Zelensky, qui a pointé des tentatives américaines et britanniques visant à hypertrophier une prétendue menace russe d’invasion de son pays, ne débouchera pas sur un conflit militaire. Néanmoins, cette situation va aider à délimiter les zones d’influences en Europe de la Russie face aux États-Unis et à l’Otan. Cependant, l’enjeu capital qui va bouleverser la géopolitique mondiale est l’alliance eurasiatique Russie-Chine-Iran. En effet, Téhéran, qui a signé l’année dernière un accord de coopération multidimensionnelle avec Pékin d’une durée de 25 ans, a également conclu un autre accord de même type avec Moscou, la semaine dernière, lors de la visite d’État du Président iranien en Russie. Il va sans dire que ce triangle, qui ambitionne de devenir le cœur battant de l’Eurasie, fera tout pour affaiblir la présence américaine, britannique, française et otanienne au Moyen-Orient, qui concentre l’essentiel des ressources en énergies fossiles dans le monde. Le bombardement de certaines villes émiraties par les Houthis entre dans ce jeu, visant le contrôle du détroit de Bab El Mandeb, sur le golfe d’Aden, vital aussi bien pour la Chine et l’Iran, que pour l’Arabie saoudite et les Émirats, alliés des États-Unis".

"Dans cette nouvelle dynamique mondiale, il est très probable que la France retire ses forces militaires du Sahel pour les redéployer en Europe de l’Est, vraisemblablement en Roumanie, face à la supposée menace russe. Dans ce cas de figure, l’arrivée de la Chine, de la Russie et de l’Iran, d’un côté, mais aussi de pays européens, comme l’Allemagne, et les États-Unis, de l’autre, qui ont tous compris que la France n’était plus la porte d’entrée obligatoire de l’Afrique, constitue une chance inouïe pour les pays africains, notamment l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigeria et éventuellement la Côte d’Ivoire, qui peuvent devenir la locomotive de développement de tout le continent" , conclut-il.

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   Posté le 04-02-2022 à 05:23:42   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

La conclusion "une chance inouïe pour les pays africains, notamment l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigeria et éventuellement la Côte d’Ivoire, qui peuvent devenir la locomotive de développement de tout le continent" semble très optimiste, avancée sans le moindre argument. Seule l'Algérie résiste, de plus en plus faiblement, aux sirènes occidentales et il n'est pas facile d'y voir bien clair avec les informations diffusées su ce pays. La défaite militaire et politique des occidentaux en Syrie a probablement prolongé le sursis pour les dirigeants algériens.

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Xuan
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   Posté le 04-02-2022 à 15:39:34   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Nous verrons ce qui va se passer dans les pays africains au cours de cette année, mais l'éjection de l'ambassadeur français constitue un tournant historique.

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   Posté le 08-02-2022 à 19:28:20   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Hervé Morin ne voit pas d'autre solution que de quitter le Mali


Commence à voir une fin de type Afghanistan et envisage un repli vers le Niger...
https://www.publicsenat.fr/article/politique/mali-quelle-autre-solution-avons-nous-que-de-nous-retirer-s-interroge-herve-morin

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Une vidéo sur DBS TV
Niamey base arrière du terrorisme d'État français ?
DBS MATIN DU 07 02 2022


Edité le 08-02-2022 à 19:54:06 par Xuan




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   Posté le 17-02-2022 à 18:47:51   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Réveil anticolonial africain et retour des argumentaires coloniaux en France

Réveil anticolonial africain et retour des argumentaires coloniaux en France


Publié le 16 février 2022 par bouamamas

Le néocolonialisme français est confronté sur le continent africain à une remise en cause sans précédent depuis son installation au moment des indépendances. Du Mali au Burkina Faso en passant par le Niger des manifestations populaires contre la présence des troupes françaises se multiplient depuis 2015. La tentative d’isolement du nouveau gouvernement malien signe un échec flagrant pour Macron. Elle a eu en effet deux résultats incontestables : une mobilisation d’une partie majoritaire peuple malien pour soutenir le nouveau gouvernement face aux pressions internationales d’une part et la montée dans l’ensemble de la région et au-delà de ce que le journaliste Rémi Carayol nomme « les sentiments antifrançais[1] » d’autre part. La couverture médiatique dominante de la séquence dans l’hexagone est pour sa part marquée par le retour des argumentaires coloniaux de la décennie cinquante : la manipulation internationale, l’annonce d’un avenir catastrophique dans le cas d’une « rupture » avec Paris, la diabolisation des politiques africains indociles, etc.


Le sous-bassement économique

Il est devenu fréquent d’affirmer l’absence de sous-bassement économique à la politique africaine de la France. Même des analystes se disant « anticapitalistes » s’autorisent à taxer de caricaturales les analyses soulignant les enjeux économiques de l’interventionnisme militaire français sur le continent. Le cas de l’Uranium du Niger peut servir d’analyseur à cette rhétorique à prétention savante. Le magazine économique L’Usine nouvelle titre par exemple un article de novembre 2019 comme suit : « Non la France n’est pas au Mali pour protéger les mines d’uranium d’Orano » en expliquant que « traquer les intérêts privés derrière l’intervention française au Mali, c’est faire semblant d’ignorer que le Sahel est le grand foyer de terrorisme le plus proche de nous ». C’est donc uniquement pour se protéger elle-même du terrorisme que la France et l’Europe interviennent militairement au Sahel. L’intérêt des peuples africains à mettre fin au terrorisme convergerait ainsi avec l’intérêt français à se protéger du même fléau. Les analyses de ce type mettent en exergue que l’uranium nigérien n’arrivent qu’en troisième position dans les importations françaises d’uranium après le Kazakhstan et l’Australie et juste avant l’Ouzbékistan. Depuis la fermeture de la dernière mine d’uranium dans l’hexagone en 2001 les importations d’uranium se répartissent comme suit pour ma période 2005-2020 : Kazakhstan (20.1 %), Australie (18.7 %), Niger (17.9 %) et Ouzbékistan (16.1 %)[2], etc.

Ajoutons que ces données ne concernent que les importations de la multinationale française Orano (ex AREVA). Il convient de les compléter avec d’autres importations françaises d’uranium enrichi. Une fois enrichi aux Pays-Bas ou en Allemagne, de l’uranium nigérien ou kazakh apparait dans les statistiques comme issu de ces pays. L’état de la statistique ne permet donc pas de dresser un tableau réel précis de la provenance de l’uranium consommé par EDF. Le choix de baser la politique de l’énergie française sur le pilier quasi-unique du nucléaire assure certes une « indépendance énergétique » mais sur la base d’un interventionnisme politique et militaire en Afrique de l’Ouest et dans les ex républiques soviétiques d’Asie centrale. Même en se limitant à l’uranium produit par la multinationale Orano, le parc nucléaire français serait brusquement et considérablement ralenti par la fin de la source nigérienne. S’il est pertinent de souligner la diversification des origines de l’uranium consommé en France, il est essentiel de compléter ce constat par un autre : chacune des quatre grandes sources d’importation est suffisamment importante pour mettre en difficulté la machine économique française en cas de disparition ou d’affaiblissement important de ces sources. Alors que 72 %[3] de l’électricité produite en France est d’origine nucléaire en 2018 on comprend aisément l’ampleur de l’enjeu nigérien ou kazakh pour les multinationales françaises.

Les secteurs du pétrole et du gaz soulignent les enjeux géoéconomiques des mêmes espaces géographiques. Ainsi en 2020 c’est 30 % du pétrole importé en France qui provient d’Afrique (Algérie 10.3 % ; Nigéria 9.6 % ; Lybie 2.7 %, etc.), 26.2 % des pays de l’ex-URSS (dont 8.7 % de Russie) et 15.5 % du Moyen-Orient (dont 11.8 % d’Arabie Saoudite)[4]. Avec une dépendance plus faible, le secteur du gaz est déterminé par les mêmes enjeux géostratégiques. Si 36 % du gaz consommé en France est d’origine norvégienne, la Russie vient juste après (avec 17 %) suivie de l’Algérie (8 %), des Pays-Bas (8 %) et du Nigéria (7%), etc. N’en déplaise à ceux qui sous prétexte de rompre avec les « explications économiques simplistes » en arrive à nier le sous-bassement économique de la politique étrangère française, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’ex-URSS constituent des secteurs névralgiques pour les intérêts des multinationales françaises.

La demande chinoise et ses effets africains

Le développement économique chinois de ces dernières décennies constitue un véritable séisme dans les rapports entre la France et l’Union Européenne d’une part et le continent africain d’autre part. Le besoin en matière-première énergétiques de Pékin liés à cette croissance économique a conduit à de nombreux contrats entre la Chine et les différents pays africains. Dans le domaine de l’uranium le gouvernement namibien ouvrait une mine géante à Husab fin 2016 ruinant ainsi un des rêves les plus important d’AREVA. Au Niger la concession attribuée à la multinationale française Orano en 2009 n’est toujours pas exploitée. « Censé produire 5000 tonnes d’uranium chaque année, Imouraren n’a toujours pas été mise en exploitation, Orano invoquant le mauvais cours de l’uranium sur le marché mondial » résume le journaliste Francis Sahel. La crainte de voir le gouvernement nigérien se tourner vers la Chine pour l’exploitation de son uranium n’est pas une vue de l’esprit compte-tenu des besoins dans cette matière-première de Pékin. Engagé dans une transition énergétique de grande ampleur devant diminuer considérablement la part du charbon, le pays est engagé dans la construction de plus de 134 réacteurs nucléaires à un rythme de six à huit centrales par an. Au total les besoins chinois en uranium s’évaluent à 35 000 tonnes par an. A l’heure actuelle plus de 70 % de cet uranium est importé d’Australie et du Canada, deux alliés des Etats-Unis qui ne cachent pas leur volonté d’asphyxier économiquement la Chine en lui rendant plus difficile l’accès aux matières-premières[5]. Si à terme la politique énergétique chinois prévoit de puiser cet uranium dans l’eau de mer, il lui faut pour une période longue de transition trouver de nouvelles sources d’approvisionnement.

La situation est similaire en ce qui concerne le gaz, le pétrole, de nombreuses autres matières-premières et produits agricoles. L’ampleur de la croissance de la demande chinoise en Afrique est certes différente pour chacune de ces productions mais cette hausse est quasi-générale. Les effets d’une telle situation sont résumés comme suit par les auteurs du livre « La Chine en Afrique. Menace ou opportunité pour le développement ? » :
Aussi l’arrivée d’un nouvel acteur de poids dans la partie, vierge de toute histoire coloniale en Afrique et peu exigeant dans l’octroi de ses financements est-elle envisagée comme la possibilité de dénouer ces liens de dépendance et d’élargir l’étroite marge de manœuvre dont disposent les pays africains. Dans cette perspective, la présence chinoise en Afrique […] peut-être considérée comme salutaire. Ces nouveaux acteurs apportent non seulement à l’Afrique de nouvelles ressources financières, dans un contexte de rareté relative, mais ils créent aussi une « nouvelle pression compétitive » sur les bailleurs de fond établis. Et ils ouvrent aux pays africains de nouveaux espaces politiques susceptibles à terme de leur permettre d’échapper à l’orthodoxie libérale et de définir une trajectoire propre, non prescrite et non conditionnée de développement
[6].
Le face à face inégalitaire entre chaque pays africain et son ancienne puissance coloniale [ou avec des entités comme l’Union Européenne ou les Etats-Unis] tend à se distendre au profit d’un horizon des possibles plus large. C’est dans ce nouveau contexte global africain installé durablement depuis le début du siècle que se déploient les crises sécuritaires contemporaines en Afrique de l’Ouest. Ces crises ont certes des facteurs multiples mais deux d’entre eux possèdent des effets de grande portée. Le premier facteur est le long processus d’affaiblissement des capacités d’intervention [économiques, politiques, sécuritaire, éducative, sanitaire, etc.] des Etats africains consécutif à près d’un demi-siècle d’imposition des plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale. Privatisations et libéralisations contraintes ont affaiblis les capacités concrètes des Etats à construire des nations : des régions entières sont laissées à l’abandon, une inégalité territoriale s’est installée, la paupérisation a atteint des niveaux inédits depuis les indépendances, etc. Le second facteur est la destruction violente de la Lybie et ses effets de déstabilisation durables sur l’ensemble de la région. Une décennie après la destruction de la Lybie les métastases de celle-ci prospèrent dans la plupart des pays de la région en exacerbant les contradictions nationales antérieures issues des carences de construction nationale, elles-mêmes surdéterminées par les politiques néolibérales des plans d’ajustement structurels.

Le retour des argumentaires coloniaux

Les débats politiques et médiatiques qui accompagnent les différents épisodes de la crise du néocolonialisme français en Afrique se caractérisent par la forte récurrence de deux logiques argumentaires : la « main de l’extérieur » d’une part et « le catastrophisme » en cas de retrait de l’armée française de la région d’autre part. La première est largement mise en avant médiatiquement pour expliquer ce qui est appelé trop facilement le pseudo « sentiment anti-français »[7]. L’émission « Cdans l’air » du 13 février 2022 titre ainsi « la montée du sentiment anti-français au Mali ». Elle semble faire écho à une émission antérieure de deux ans de France 24 qui titrait « En Afrique le sentiment anti-français se développe [8] ». Le concept vague de « sentiment anti-français » est tout autant présent dans la presse écrite. Le Figaro titre ainsi un article du 20 janvier 2022 : « sanctions, manifestations, sentiment anti-français[9] ». Libération du 26 novembre 2021 utilise la même notion indéfinie en titrant « « sentiment anti-français » en Afrique[10] ». S’il est vrai que depuis plus d’une décennie un mouvement d’opposition à la politique économique française et européenne en Afrique se développe en particulier dans la jeunesse [contre le franc CFA, contre les Accords de Partenariat Economique de l’Union Européenne, etc.], le réduire à un « sentiment anti-français » revient consciemment ou non à le dépolitiser, à le renvoyer à une dimension uniquement subjective, voire à le renvoyer à l’irrationalité. De même la contestation de la politique française de lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest ou la critique de ses buts de guerre sont réduites au même « sentiment anti-français » avec les mêmes conséquences de dépolitisation d’une contestation sociale. Et comme ces mouvements se voient déniés toute dimension politique, il ne reste qu’une attribution causale pour les expliquer : « la main de l’extérieur » et en l’occurrence ici de la Chine et de la Russie. Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian explique ainsi le 21 novembre 2021 : « Il y a des manipulateurs, par des réseaux sociaux, par des fausses nouvelles, par l’instrumentalisation d’une partie de la presse, qui jouent contre la France, certains parfois même inspirés par des réseaux européens, je pense à la Russie [11] ». Les « peuples enfants » africains seraient ainsi manipulés par cette « main extérieure ». Pourtant dans un article daté de juin 2015 c’est-à-dire avant le retour du pseudo « sentiment anti-français », nous annoncions le développement de ce que nous proposions d’appeler « une nouvelle génération anticoloniale » en Afrique[12].

Le concept de « sentiment anti-français » et son lien avec la grille explicative en termes de « main extérieure » est loin d’être nouveau. On retrouve l’un et l’autre au moment du développement des luttes de libération nationale de la décennie cinquante. C’est ainsi la main de « Moscou » ou du « Caire » qui est invoqué pour expliquer l’insurrection algérienne et celle de Moscou et de Pékin pour rendre compte de la révolution vietnamienne. Ces insurrections nationales ne pouvant pas s’expliquer par des causes internes [c’est-à-dire par le refus de la colonisation], elle ne pouvait être présenté que comme une agression étrangère camouflée en guerre de libération nationale. Ainsi par exemple le ministre des affaires étrangères français Christian Pineau déclare le 2 mars 1957 que « derrière certaines formes d’insurrection se trouve le désir de certaines puissances de recueillir l’héritage de la France en Afrique du Nord [13] ». L’historien Charles Robert Ageron résume comme suit la thèse de la « main extérieure » au moment du déclenchement de l’insurrection algérienne : « La thèse du complot de l’étranger dans le déclenchement de l’insurrection algérienne fut la réaction immédiate des autorités d’Alger. Le gouverneur général Léonard avait assuré qu’en novembre l954 que « les émeutiers avaient obéi à un mot d’ordre étranger ». Les divers services de renseignements avaient abouti en 1955 aux conclusions suivantes : la rébellion avait son centre au Caire, elle était animée et armée par les services secrets égyptiens. Bref, la révolution égyptienne avait déclenché une guerre contre la France par Maghrébins interposés [14]. »

La seconde logique argumentaire à forte récurrence médiatique contemporaine, en particulier à propos du Mali, est celle du catastrophisme. Elle est en particulier usitée fréquemment pour annoncer le chaos dans le cas du départ des troupes françaises du Sahel et/ou du Mali. Dans les crises actuelles en Afrique de l’Ouest ce catastrophisme s’exprime sous des formes multiples mais avec un fond toujours identique : « La crainte du scénario afghan » [France Info], « Tensions France – Mali : ces similitudes qui font redouter un scénario à l’afghane » [L’express], « Au Mali, les craintes d’un scénario afghan » [l’Opinion] ; « Tombouctou, la peur du scénario afghan » [France Inter], etc. A cette première version du catastrophisme s’en ajoute une autre sous la forme du discours sur les « mercenaires de Wagner » qui annonceraient une mainmise russe sur la région et sur le Mali en particulier. L’implicite de cette version n’est rien d’autre que le principe du « choix du moins pire » posant que la situation catastrophique actuelle est préférable à toute autre alternative. Cette logique argumentaire n’est ni neuve ni originale. Elle aussi se retrouve fréquemment usitée au moment des luttes de libération nationale. Cette logique peut à la différence de la précédente s’accompagner d’un regard critique vis-à-vis de la politique coloniale et exiger sa réforme pour la rendre moins « inhumaine ». Elle se retrouve utilisée par un champ politique plus large. Ainsi le leader communiste Paul Caballero écrit-il en 1945 dans le journal l’Humanité : « Ceux qui réclament l’indépendance de l’Algérie sont des agents conscients ou inconscients d’un autre impérialisme. Nous ne voulons pas changer notre cheval borgne contre un aveugle [15] ». Si Paul Cabalerro pense ici à « l’impérialisme états-unien », De Gaulle reprend la même logique argumentaire catastrophiste en 1959 en pensant lui à « l’impérialisme russe ». Envisageant l’hypothèse d’une indépendance totale de l’Algérie il prédit du « sang et des larmes » pour le peuple algérien : « Je suis, pour ma part, convaincu qu’un tel aboutissement serait invraisemblable et désastreux. L’Algérie étant actuellement ce qu’elle est, et le monde ce que nous savons, la sécession entraînerait une misère épouvantable, un affreux chaos politique, l’égorgement généralisé et, bientôt, la dictature belliqueuse des communistes [16]. »
Faut-il s’étonner de ce retour des argumentaires coloniaux ? Nous ne le pensons pas au regard de l’ampleur des enjeux stratégiques de l’Algérie en 1959 et de celle du Sahel en 2022. L’énergie en général et l’uranium en particulier sont déjà au rendez-vous en 1959 et ils le sont encore en 2022. Outre la question du gaz et du pétrole du Sahara algérien, une des causes de la durée de la guerre d’Algérie se trouve dans les essais nucléaires qui se déroulent dans le même Sahara. Le 13 février 1960 se déroulait en effet le premier essai nucléaire français sous le nom exotique de « Gerboise bleue ». Il est déjà réalisé avec de l’uranium africain en provenance de Madagascar. A l’heure ou les troupes françaises sont contraintes de quitter le Mali pour se redéployer vers des pays voisins, il est essentiel de ne pas occulter ces intérêts néocoloniaux dans la région. Faute d’une telle vigilance on se condamne à ne rien comprendre de la dynamique anticoloniale qui se déploie en Afrique de l’Ouest et plus largement. Faute d’une telle prise en compte du sous-bassement économique des décisions françaises, on se condamne à croire le discours de légitimation qu’est celui de « la lutte antiterroriste » et l’on devient de ce fait poreux aux argumentaires coloniaux les plus éculés.



[1] Rémi Carayol, Au Sahel, la flambée des sentiments antifrançais, Orient XXI, 14 novembre 2019, consultable sur le site https://orientxxi
[2] Pierre Breteau, L’indépendance énergétique de la France grâce au Nucléaire : un tour de passe-passe statistique, Le Monde du 24 janvier 2002, consultable sur le site https://www.lemonde.fr
[3] Quel est le mix énergétique en France ? document de Engie du 3 décembre 2021, consultable sur le site https://particuliers.engie.fr
[4] Provenance du pétrole brut importé en France, INSEE, Statistiques et études du 24 décembre 2021, consultable sur le site https://www.insee.fr
[5] Yohan Demeure, La Chine désir puiser son uranium dans l’eau de mer, 10 juin 2021, consultable sur le site https://sciencepost.fr
[6] Alternative sud, La Chine en Afrique. Menace ou opportunité de développement ? Points de vue du Sud, Syllepse, Paris, 2011, p. 19.
[7] Cdans l’air du 13 février 2022, « la montée du sentiment anti-français au Mali », consultable à l’adresse https://www.youtube.com/watch?v=0QAF52bFjNc
[8] France 24 du 14 janvier 2020, « En Afrique le sentiment anti-français se développe », consultable à l’adresse https://www.youtube.com/watch?v=v57ISQpbggI
[9] Hugues Maillot, « Sanctions, manifestations, sentiment anti-français : la délicate situation des expatriés au Mali », Le Figaro du 20 janvier 2022, consultable sur le site https://www.lefigaro.fr
[10] Maria Malagardis, « sentiment anti-français » en Afrique : « En huit ans, la présence militaire au Sahel n’a rien réglé, bien au contraire », Libération du 26 novembre 2021, consultable sur le site https://www.liberation.fr
[11] Cité in Francis Lalanne, Entre Paris et Moscou, la guerre de l’information fait rage, L’express du 25 novembre 2021, consultable sur le site https://www.lexpress.fr
[12i] Saïd Bouamama, Les nouvelles générations africaines. Espoirs et vigilances, à l’adresse https://bouamamas.wordpress.com/2015/06/27/les-nouvelles-generations-africaines-espoirs-et-vigilances/
[13] Discours de Christian Pineau du 2 mars 1957, cité in Irwin M. Wall, Les Etats-Unis et la guerre d’Algérie, Soleb, Paris, 2006, p. 46.
[14] Charles Robert Ageron, L’opération Suez et la guerre d’Algérie, in Charles Robert Ageron (dir.), De « l’Algérie française » à l’Algérie algérienne, volume 1, Editions Bouchène, Alger, 2005, p. 549.
[15] Discours de Paul Cabalerro au Xe congrès du PCF, L’Humanité du 30 juin 1945.
[16] Charles De Gaulle, Discours sur l’autodétermination de l’Algérie, 16 septembre 1959, reproduit in Jean-Marie Cotteret et René Moreau, Recherches sur le vocabulaire du général De Gaulles, Armand Colin, Paris, 1969, p. 68.


Edité le 17-02-2022 à 18:59:11 par Xuan




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