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 impérialisme et anti-impérialisme

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Xuan
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   Posté le 05-07-2011 à 09:53:32   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Pour beaucoup d'anti-impérialistes la situation actuelle semble complexe.
Il leur paraît difficile de soutenir des bourgeoisies nationales qui oppriment réellement leurs peuples.
Certaines thèses ont affirmé que ces bourgeoisies ne pouvaient être que compradores, soumises et alliées de l'impérialisme, ou bien expansionnistes et impérialistes elles-mêmes.

La réalité est en effet complexe et on observe bien que les nations opprimées peuvent elles-mêmes opprimer des peuples et annexer d'autres pays. Par exemple le différend entre l'Algérie et le Maroc au sujet du Sahara occidental.

Cependant cette situation n'est pas nouvelle. Lénine et Staline ont longuement abordé le sujet et clairement identifié l'impérialisme comme l'ennemi principal des peuples du monde, et les luttes nationales contre l'impérialisme comme partie intégrante de la révolution mondiale, y compris lorsque des princes ou des tyrans se trouvent à la tête d'un combat national contre l'impérialisme.

Il importe pour les communistes de discerner impérialisme et anti-impérialisme et de ne pas se laisser mener par le bout du nez en adhérant à la propagande impérialiste, comme n'importe quel humaniste petit-bourgeois épris de "liberté" pour les pays du Tiers Monde mais aveugle et sourd aux crimes monstrueux commis par son propre pays aux quatre coins du monde.

Un article du Petit Blanquiste sur la propagande utilisée par les pays impérialistes afin de justifier leurs guerres d'agression :

04/07/2011
LA PROPAGANDE DE GUERRE


Pour la propagande de guerre occidentale, « de Saddam Hussein à Mahmoud Ahmadinejad, un "nouveau Hitler" remplace l’autre » , observe Alain Gresh [1]. C’est, en effet, devenu une règle pour nos Etats impérialistes de préparer leur opinion publique à accepter une nouvelle aventure militaire en faisant de leur ennemi du moment un émule de Hitler.

Ce thème de propagande a été utilisé pour la première fois en 1956 par le socialiste Guy Mollet, alors qu’il était chef du gouvernement. Pour tenter de déstabiliser Gamal Abdel Nasser dont le gouvernement venait de nationaliser le canal de Suez, Mollet et ses comparses britanniques et israéliens se préparaient à lancer une expédition militaire contre l'Egypte. [2]
C’est dans ce contexte que Guy Mollet a comparé Nasser à Hitler, et du même coup inauguré cet artifice de propagande avant qu’il ne devienne une spécialité de nos officines gouvernementales et de leurs relais médiatiques.
Depuis, Slobodan Milosevic, Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi et quelques autres ont à leur tour « bénéficié » du même traitement.

Gamal Abdel Nasser, Slobodan Milosevic, Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi




En observant ce leitmotiv de propagande, on pourrait s’étonner du manque de créativité de nos spécialistes de la désinformation.
Mais pourquoi innover puisque ça marche à tous les coups ?
« La technique de diabolisation de leader ennemi est efficace et continuera sans doute longtemps à être appliquée. Il faut au lecteur et au citoyen des "bons" et des "mauvais", clairement identifiés, et le plus simpliste actuellement est de traiter l’affreux de service de nouveau Hitler » . [3]
On vient de le vérifier encore avec l’agression de l’OTAN contre la Libye. Dès qu’ont débuté les combats dans l’Est du pays, on nous a servi un déluge de propagande visant à diaboliser Mouammar Kadhafi et à glorifier les exploits des « insurgés ».

« Un génocide est en cours en Libye, l’aviation bombarde la population civile, le viol est utilisé de manière massive », nous disait-on. « Ces "vérités" ont été assénées durant des semaines pour justifier l’intervention militaire ». [4]
Une revue italienne de géopolitique a parlé à ce propos d’ « utilisation stratégique du faux » qui consiste à discréditer l’adversaire le temps d’atteindre les objectifs militaires visés. C’est ce qui s’est passé avec les supposées « armes de destruction massive » de Saddam Hussein. Qu’importe qu’aujourd’hui tout le monde sache que c’était un mensonge des dirigeants américains, le « travail » est fait...
En Libye, au moment où l'aviation de l'OTAN massacre des hommes, des femmes et des enfants à Tripoli, qui se souvient que la mission initiale était de « protéger les populations civiles » contre Kadhafi ?


En 1937, Victor Serge s'indignait que la presse soit devenue « l’empoisonneuse des cerveaux » . A un point tel - ajoutait-il - que l'on peut se demander « si l’invention de l’imprimerie n’est pas en train de se retourner contre l’homme » .
En ces temps, où l'impérialisme occidental n'en finit pas avec ses guerres de rapine, que dirait-il de la télévision, de sa servilité et de ses mensonges ?




JPD


[1] Alain Gresh, Le Monde diplomatique, juillet 2011.
[2] Pour Mitterrand, alors ministre de la Justice dans le gouvernement de Guy Mollet, l’expédition de Suez représentait une « défense de la civilisation ». Pas moins !
[3] Anne Morelli, Principes élémentaires de propagande de guerre, Ed. Aden, 2010.
[4] Extraits de l'article de Alain Gresh qui spécifie, par ailleurs, qu'aucune organisation enquêtant sur place n'a pu confirmer les viols de masse. Quant à Yves Bonnet, ex-directeur de la DST, président du Centre international de recherches et d’études sur le terrorisme (CIRET), qui s'est rendu à Tripoli et à Benghazi, il a affirmé le 13 juin dernier sur RFI : « Nous avons un certain nombre d’éléments précis, donc des contre-vérités, pour ne pas dire des mensonges, qui ont été énoncées en particulier par Al-Jazira. Par exemple l’assertion selon laquelle Kadhafi bombardait sa propre population. Nous avons constaté nous-mêmes à Tripoli que c’était totalement faux. Alors, accuser un dirigeant politique de bombarder sa propre population c’est une accusation extrêmement grave, surtout quand la justification de l’intervention internationale c’est la protection des populations civiles ».


Edité le 05-07-2011 à 11:53:40 par Xuan




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   Posté le 26-08-2011 à 23:38:39   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

L'ennemi principal des peuples du monde



L’OTAN coupable des massacres à Tripoli


Les combats très violents se sont poursuivis dans Tripoli.
Kadhafi a fait distribuer 2 millions de kalachnikovs dans la population et ôter leurs uniformes à ses soldats.
Contrairement aux mensonges des médias, il n’y a pas des snipers « tirant sur la population » , ce sont les partisans et des soldats de Kadhafi qui tirent sur les rebelles depuis les pâtés de maison.
Cependant l’OTAN bombarde les quartiers fidèles au régime tandis que les rebelles, équipés par l’OTAN de matériel moderne, tirent à l’arme lourde sur les immeubles, pénètrent dans les maisons et mitraillent ses occupants.

Les bombardements de l’OTAN auraient fait 10 à 20 mille morts.
Sur des images insoutenables, des victimes présentent les symptômes de contamination hautement toxique radioactive et chimique dû à l’uranium appauvri.
La saturation des hôpitaux et l’absence de soins ont encore alourdi ce sombre bilan entièrement imputable à l’impérialisme occidental .

En particulier l’intervention visant à « libérer » Tripoli a mis un terme à toutes les initiatives de médiation provenant des pays du Tiers Monde et émergents, notamment d’Amérique du Sud et de l’Union Africaine.

Un procédé bien rôdé


L’impérialisme occidental étranglé par la crise économique et ses propres contradictions s’est ainsi lancé dans une nouvelle aventure colonialiste qui ne s’arrêtera pas à la Libye.

Son objectif est notamment de s’opposer aux pays émergents dont le développement constitue une concurrence insupportable. Il s’agit ici de s’emparer des sources d’énergie à son profit exclusif, mais aussi de briser l’émergence des pays africains.
Bien entendu la nature « dictatoriale » du pouvoir libyen n’est qu’un prétexte. L’impérialisme s’accommode des dictatures selon les circonstances.
L’impérialisme s’est fixé comme stratégie l’utilisation des contradictions de ces pays à fins de subversion, de partition ou de coup d’état .

Sur les contradictions des sociétés émergentes


Dans les pays du Maghreb et dans l’ensemble des pays du Tiers Monde les rapports sociaux sont complexes.
Dans les pays émergents, on a vu lors des révolutions arabes que les contradictions de classe peuvent prendre un tour antagonique, où le chômage des classes populaires et celui de jeunes instruits constitue la cause principale et se combine avec les reliquats de la société féodale, les antagonismes claniques, tribaux, et le fondamentalisme religieux.

« La société libyenne, en effet, se structure en un ensemble de tribus, dont les intérêts divergent ; organisées en fonction de liens de parenté solides, elles sont elles-mêmes segmentées en plusieurs clans, plus ou moins rivaux, dont les alliances se recomposent en permanence, en fonction des circonstances et d’intérêts sur le très court terme.

Ainsi, s’il est vrai que, au début des événements, le 17 février 2011 et durant les jours qui ont suivi, on a pu voir l’émergence d’une société civile s’exprimant lors de manifestations hostiles au colonel Kadhafi, ces mouvements sont néanmoins restés très limités et ont rapidement servi de prétexte aux soulèvements de chefs de clans, auxquels ils ont cédé la place, et lesquels ont plongé la Libye dans le chaos. De même, croyant leur heure arrivée, plusieurs mastodontes du régime se sont dressés contre leur ancien maître et ont pris le contrôle d’une partie de la rébellion. »
Pierre Piccini en Libye

L’intégralité de cette enquête réalisée au mois d’août auprès des tribus libyennes peut être vue sur le blog de J. Tourtaux,
sur le site belge Le Soir
Sur Cri du Peuple 1871

Abdelhakim Belhaj, alias Abou Abdallah al-Sadek, et une des principales figures du djihadisme libyen mène la bataille de Tripoli. [Europe 1]
Ancien dirigeant du Groupe islamique des combattants libyens (GICL) lié à Al-Qaida, il, a été arrêté en 2004 par les Américains en Asie et livré par la suite à la Libye, selon la presse arabe. Il aurait bénéficié de l'amnistie de centaines d'islamistes libyens en mars 2010 ordonnée par Seif Al-Islam Kadhafi.
A l’issue des combats à Bab Al-Azizya, Al-Jazeera lui a consacré un long entretien.

Déjà les politologues bourgeois s’interrogent sur les dissensions internes au CNT et ce qui pourrait bien en sortir.

Enfin, outre la présence avant le conflit de très nombreux ouvriers et techniciens étrangers employés plus ou moins temporairement, la classe ouvrière libyenne elle-même ne joue aucun rôle dirigeant dans le CNT.


D’autres contradictions sont apparues entre les pays impérialistes en fonction de leurs intérêts (*) , mais également entre les pays émergents.
Certains de ces derniers ont regretté de ne pas s’être opposés plus fermement à la guerre et d’avoir cédé à la pression internationale, émanant y compris d’organismes régionaux comme la Ligue Arabe.
Même l’Union Africaine a fini par se diviser sur la question des fonds souverains libyens.

On peut regretter ou bien critiquer, parler de lâcheté voire de complicité, cela ne diminue en rien la responsabilité criminelle des pays impérialistes fauteurs de guerre, armés jusqu’aux dents et détenteurs d’un armement sophistiqué, jouissant enfin de réseaux internationaux et de moyens de pression auprès de certains états.


L’ennemi commun des peuples du monde est l’impérialisme occidental


Ces conflits larvés qui ont jailli comme les maux de la boite de Pandore, à la faveur de la révolte du Printemps ont déchiré la société libyenne, détruit villes et villages sans le moindre bénéfice pour le peuple, l’ont ramené des dizaines d’années en arrière au prix de terribles souffrances.


Il nous incombe encore et toujours de combattre le bellicisme et les méfaits de l’impérialisme occidental et français en particulier.
Les considérations pseudos « marxistes » sur de prétendus conflits « inter-impérialistes » ou « entre bourgeoisies » ne résistent pas à la réalité des guerres d’agression meurtrières, menées par notre pays aux côtés des USA et de l’OTAN, contre des pays plus faibles, anciennes colonies sur la voie de l’émancipation économique, et destinées à asservir leurs populations.

Seules les puissances occidentales s’arrogent le droit de s’ingérer systématiquement dans les affaires d’autres pays, de déclencher un pilonnage médiatique à l’échelle internationale, d’encenser les uns et de condamner les autres au nom de la « démocratie » et de la « liberté », mais en réalité en fonction de leurs intérêts économiques et stratégiques.
Elles seules envoient des avions de combat bombarder des populations désarmées, arment des « rebelles », les instruisent et finissent au besoin les massacres sur place.

Dans ce cas il est mensonger de mettre dans le même panier les bourgeoisies nationales des pays émergents, même si celles-ci exploitent et oppriment leur peuple exercent une dictature et pratiquent le népotisme et la corruption à différents niveaux.
Cette attitude aboutit à l'inaction et au laisser-agir dans les pays impérialistes, dont l'intérêt est de réaliser l'Union Sacrée autour de l'effort de guerre.

Ceci n’élude en rien la lutte des prolétariats du monde entier pour leur émancipation et pour le socialisme. Leur combat peut prendre des formes pacifiques ou violentes contre les classes dominantes de leurs pays, en fonction des spécificités nationales ou de situations temporaires, que seuls les partis communistes de ces différents pays sont aptes à définir.

Mais les luttes révolutionnaires du monde entier, tant dans les pays émergents que dans les pays impérialistes, ont un ennemi commun qui est l’impérialisme occidental.

Prolétaires de tous les pays unissons-nous !
Peuples du monde unissons-nous pour abattre l’impérialisme US et ses alliés !


______________________________________________


(*) Un article intéressant sur ce sujet : http://www.legrandsoir.info/La-guerre-en-Libye-et-l-approfondissement-du-conflit-entre-les-imperialistes-WSWS.html


Edité le 26-08-2011 à 23:47:19 par Xuan




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   Posté le 27-08-2011 à 16:20:27   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Massacre de la population de Tripoli


Le CNT massacre la population de Tripoli dans les quartiers fidèles à Kadhafi :
vidéo



Massacres de noirs par les rebelles "démocrates"


Lire l'article de Michel Collon ici : "Ivestig'Action avait rencontré les victimes".


Edité le 27-08-2011 à 16:37:16 par Xuan




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   Posté le 01-08-2012 à 00:50:53   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

En décembre 2011 le site de Michel Collon publiait cet article de Bahar Kimyongür, qui garde toute son actualité.

La reconquête de la Libye et la putréfaction morale de l’extrême-gauche européenne

Bahar Kimyongur

5 décembre 2011

Comment le mouvement anti-guerre a-t-il laissé faire ? Comment des militants avertis en sont-ils parvenus à gober tout ce que Sarkozy, TF1, Le Monde, France 24 et le Figaro leur balançaient sur Kadhafi ? Comment se peut-il que des êtres doués d’une conscience et d’une intelligence aigues n’aient pas tiré les leçons de la tragédie afghane ou irakienne qui se déroule encore sous leurs yeux ? Comment l’extrême gauche européenne en a pu arriver à applaudir la coalition militaire la plus prédatrice du monde ? Comment se fait-il que le lynchage d’un chef d’Etat tiers-mondiste, torturé à coups de pieds, de poings et de crosses de fusil, sodomisé avec un tournevis, le supplice d’un grand-père de 69 ans qui a vu quasi toute sa famille anéantie, bébés compris, ait réuni dans une même chorale les « Allah ou Akbar » de djihadistes voyous, les « Mazel Tov » du philosophe légionnaire franco-israélien Bernard-Henri Lévy, les tchin-tchin des Messieurs de l’OTAN, l’explosion de joie cynique d’Hillary Clinton diffusée sur la chaîne CBS et les hourras des pacifistes européens ?


On se rappellera que pour empêcher l’invasion de l’Irak dont le régime était bien plus despotique que celui de Mouammar Kadhafi, nous étions parfois dix millions à travers le monde. De Djakarta à New York, d’Istanbul à Madrid, de Caracas à New Delhi, de Londres à Pretoria, nous avons mis notre hostilité envers la dictature baathiste en sourdine pour arrêter l’acte le plus irréparable, le plus destructeur, le plus lâche, le plus terroriste et le plus barbare qui soit, à savoir la guerre.

En dehors des nombreuses manifestations de soutien à la Jamahiriya libyenne organisées sur le continent africain et dans une moindre mesure en Amérique latine et en Asie, la solidarité avec le peuple libyen, a été quasi inexistante. Ce peuple composé d’une myriade de tribus, de coutumes et de visages, ce peuple qui a commis le crime d’aimer son dirigeant et dictateur, d’appartenir au mauvais camp, à la mauvaise tribu, à la mauvaise région ou au mauvais quartier, n’a eu droit à aucune compassion. Les médias aux ordres ont ignoré l’existence de ce peuple qui, le 1er juillet encore, était un million dans les rues de Tripoli à défendre sa souveraineté nationale, sa révolution authentique et ce, au nez et à la barbe des chasseurs bombardiers de l’OTAN. Au même moment, un autre peuple, quasi identique à celui de Tripoli, un peuple tout aussi innocent qui pourtant n’a jamais mobilisé plus de quelques dizaines de milliers de manifestants même avec l’appui massif des commandos qataris [1], des propagandistes du djihad venus d’Egypte, de Syrie ou de Jordanie [2], même avec les techniques de cadrage trompeuses des caméras d’Al Jazeera amplifiant l'effet de foule, fut désigné « peuple à lui tout seul ». Ce peuple-là bénéficia de toutes les faveurs et de toutes les attentions. De toutes les armes et de toute l’impunité aussi. L’humanisme paternaliste et intéressé de l’OTAN à l’égard de ce pauvre peuple a ému nos gauchistes au point de leur faire dire : « Pour une fois, l’OTAN avait raison d’intervenir ».

Sans doute que le mirage des bouleversements sociaux que l’on appelle abusivement « printemps arabe » a contribué à brouiller les pistes, sans doute que la volte-face (coïncidant avec la démission de nombreux journalistes indépendants) des chaînes satellitaires arabes comme Al Jazeera qui sont désormais le joujou des pétromonarchies du Golfe et des stratèges américains ont semé la confusion, sans doute que la propagande de guerre était cette fois mieux préparée, sans doute que les rodomontades de Mouammar Kadhafi et de son fils Saïf Al Islam sciemment mal traduites par les agences de presse internationales ont aidé la propagande occidentale à rendre ces hommes détestables. Tout cela ne peut cependant expliquer l’incroyable silence approbateur des mouvements alternatifs européens prônant le changement social.


Défendre le faible contre le puissant

Depuis l’aube de l’humanité, s’il est une vertu qui a toujours élevé l’homme, c’est le sens de la justice. Quand la justice vient à manquer, parfois, les hommes sont pris d’une soif inextinguible et se battent pour elle au prix de leur vie. Dans l’histoire, divers courants philosophiques et mouvements sociaux ont un jour pris fait et cause pour la justice.

De nos jours et dans nos contrées, les femmes et les hommes qui brûlent pour Dame Thémis se disent souvent de gauche. Ils ont fait de la défense du faible contre le puissant leur combat, parfois leur raison d’être. Ils rejettent catégoriquement la loi du plus fort. Scrutant l’histoire, ces amoureux de la justice se placent quasi par réflexe du côté des Spartiates face aux troupes perses du roi Xerxès, du côté des Gaulois ou des Daces face aux légions romaines, du côté des Aztèques ou des Incas face aux Conquistadores de Pizarro ou de Cortes ou encore du côté des Cheyennes face à la cavalerie étasunienne du colonel Chivington ou du général Custer [3]. Le Juste n’est pas dupe. Il sait que c’est au nom de nobles causes comme la civilisation, la modernité ou les droits de l’homme que le colonisateur a réduit les « Barbares » en esclavage et exterminé près de 80 millions d’Indiens d’Amérique. Il sait aussi qu’en défendant le droit à la vie des Amérindiens par exemple, il cautionne indirectement des sociétés qui menaient des luttes fratricides ou des guerres d’annexion, qui pratiquaient le sacrifice humain ou le scalp. Le Juste est conscient que si l’on s’oppose à la guerre en Irak, on reconnaît implicitement la souveraineté nationale de l’Irak et donc, le maintien au pouvoir du régime de Saddam Hussein. Ce paradoxe n'a pas empêché le Juste de s'indigner du traitement réservé par le régime baathiste irakien ou par la Jamahiriya libyenne à leurs opposants. Il a légitimement dénoncé les abus de pouvoir de certains privilégiés du système Kadhafi, à commencer par le Guide lui-même, sa famille et son clan, les tortures et les exécutions sommaires perpétrées par les services de sécurité libyens, les opérations de séduction que le régime a lancées vers les puissances impérialistes dont il a graissé la patte des chefs d’Etat. Mais lorsque les opposants libyens se sont compromis aux pires ennemis de l’humanité, lorsqu’ils sont devenus de vulgaires agents de l’Empire et se sont à leur tour livrés à des actes de barbarie notamment contre les loyalistes, leurs familles, les Libyens noirs et les émigrés subsahariens, nos Justes n’ont pas bronché. Ils n’ont pas dénoncé l’imposture. Ils auraient pu dire : « plutôt que de faire la guerre en Libye, sauvons la Corne de l’Afrique sacrifiée par les marchés financiers ». En détruisant le pays le plus prospère et le plus solidaire d’Afrique pendant que la Corne de l’Afrique agonisait par la famine et la sécheresse, l’Empire nous a offert une occasion unique de lui porter un coup en pleine figure. Mais au lieu de rappeler cette cruelle réalité aussi intelligible et concrète qu’un slogan de lutte, nos Justes se sont terrés dans leur silence, se contentant de rabâcher les mêmes vieux clichés sur le régime libyen pour se donner bonne conscience et justifier leur couardise.

Pourtant, le Juste ne se tait jamais avec les lâches comme il ne hurle jamais avec les loups. Il ne renvoie jamais dos à dos le petit et le grand tyran. Non pas qu’il apprécie le petit tyran mais il estime que dans un monde où le Léviathan atlantiste est caractérisé par une voracité, une violence et une félonie sans égal, il est indigne de s’allier à lui pour écraser le petit tyran, en l’occurrence Kadhafi.

Si la résistance anti-régime qui s’est déclarée en Cyrénaïque, fief des monarchistes, des salafistes et autres agents pro-occidentaux, avait repris à son compte le moindre slogan anti-impérialiste, si elle avait été un tant soi peu patriotique, progressiste, intègre, conséquente et organisée, dès lors, la question de soutenir celle-ci ne se serait pas posée étant donné qu’avec un tel programme et un tel profil, à défaut de pouvoir la corrompre, l’OTAN aurait au moins tenté de soutenir le camp adverse, à savoir celui de Kadhafi. Or, dès le début de l’insurrection, il paraissait évident que la présence en son sein de quelques intellectuels et cyber-dissidents potiches bénéficiant d’un appui médiatique exceptionnel (alors que visiblement ils ne représentaient qu’eux-mêmes et leurs protecteurs occidentaux) ne faisait pas d’elle un mouvement démocratique et révolutionnaire.

Par conséquent, en Libye, le Juste devait défendre Kadhafi malgré Kadhafi. Il devait le défendre non pas par sympathie pour son idéologie ou ses pratiques mais par réalisme. Parce que malgré certains aspects douteux de ses manœuvres diplomatiques et de son mode de gouvernance, pour la Libye, l’Afrique et le Tiers-monde, Kadhafi représentait avec ses investissements économiques, ses programmes sociaux, son système laïc, ses tentatives (certes ratées) d’instauration d’une démocratie directe garantie par la Charte verte de 1988, sa politique monétaire bravant la dictature du franc CFA et finalement, ses forces armées, la seule alternative réelle et concrète à la domination coloniale à défaut d’avoir mieux dans une région dominée par des courants obscurantistes et serviles.


Silvio Berlusconi reçoit Muammar Kadhafi arborant la photo d’Omar Mukhtar, le héros de la résistance libyenne à la colonisation italienne. L’image montre la pendaison du héros libyen après son arrestation par les fascistes italiens, en 1931. Kadhafi obtient de l'Italie des excuses et une indemnité de 5 milliards de dollars pour le crime de colonialisme.



La niaiserie des « ni-ni »

Ni l’OTAN ni Slobodan. Ni Sam ni Saddam. Ni les USA, ni les Talibans. A chaque guerre, ils nous servent la même recette. Face à un prédateur comme jamais l’humanité n’en a connu auparavant qui désormais maîtrise terre, mer et ciel, un ennemi sans foi ni loi qui s’est juré de mettre l’humanité à genoux et de faire régner le siècle américain, leur devise est un vibrant « ni-ni ». Alors que le pot de fer a atomisé le pot de terre, tout ce qu’ils trouvent à dire, c’est un simple « ni-ni ». Cette posture d’apparence innocente a pour seul effet de décourager et de démobiliser les forces démocratiques et pacifistes. Elle offre donc un chèque en blanc aux forces qui dirigent les opérations de conquête de la Libye.

Parmi les « ni-ni », certains intellectuels se réclamant du trotskisme comme Gilbert Achcar ont hélas applaudi la guerre de conquête de l’OTAN [4]. D’autres comme le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) ont adopté une posture schizophrénique, oscillant entre critique « protocolaire » de l’OTAN (faut quand-même pas qu’on passe pour des pro-impérialistes tout de même) et approbation de sa mission d’élimination de Kadhafi [5]. D’autres militants proche de la même mouvance [6], ont été jusqu’à lancer des appels à l’armement des mercenaires djihadistes à la solde de l’OTAN, ces mêmes fanatiques qui veulent en découdre avec le nationalisme de Kadhafi considéré comme une menace à leur projet panislamique, qui brûlent son Livre vert taxé d’ « œuvre perverse », « communiste et athée » destinée à « remplacer le Coran ». D’après certains membres d’une 4e Internationale aussi hypothétique qu’inoffensive, le CNT serait malgré tout une « force révolutionnaire ». Peu importe que le CNT soit composé de tortionnaires anciennement kadhafistes, de maffieux et d’islamistes équarrisseurs de « mécréants laïcs », peu importe que le CNT soit nostalgique du fascisme et du colonialisme italien [7] et veuille offrir la Libye aux Empires sur un plateau d’argent, peu importe que le CNT soit financé et armé par la CIA, les commandos SAS britanniques, les royaumes du Qatar et d’Arabie saoudite et même par le président soudanais Omar El-Béchir lui-même poursuivi par la CPI pour crimes contre l’humanité, peu importe que l’OTAN commette des crimes contre la population civile libyenne, nos amis trotskistes ont tranché : le CNT, c’est l’avant-garde révolutionnaire... Nostalgiques de la guerre d’Espagne comme toujours, certains d’entre eux me disaient qu’il fallait offrir aux rebelles libyens de nouvelles brigades internationales. Sans doute se sont-ils réjoui que le matamore des beaux salons grand amateur de tirades antifranquistes, le bien nommé BHL les ait écoutés. Brandissant le glaive de la liberté qui reflète sa sainte image et la bannière frappée de l’invincible rose des vents, le Durruti milliardaire a dérouté les troupes de Kadhafi en bombant son torse glabre. Il est entré dans Tripoli sans se presser à la tête de sa Brigade internationale, à cheval sur un missile Tomahawk…

N’est-il pas piètrement ridicule pour des gauchistes qui n’ont jamais touché à une arme de leur vie et qui crachent sur toutes les guérillas marxistes du monde parce qu’elles seraient staliniennes, de faire campagne pour l’acheminement d’armes fabriquées à l’usine d’armement belge, la FN de Herstal, à destination de mercenaires indigènes à la solde des nos élites ? Camarades trotskistes, dites-nous donc combien d’armes vous avez fait parvenir à « vos » libérateurs ? Combien de brigadistes avez-vous envoyé sur le champ de bataille ? Combien de porteurs de valises avez-vous recrutés ? Honnêtement, qui des barbus supplétifs de l’OTAN ou des combattants enrôlés dans l’armée de Kadhafi sous la bannière du panafricanisme ressemblent plus aux Brigades internationales ? Comment un tel aveuglement, un tel pourrissement idéologique et moral a pu se produire parmi des forces qui se disent radicales et progressistes ?

Après nous avoir sidéré et parfois écœuré par ses frasques, son orgueil et ses excentricités, Mouammar Kadhafi aura à la fin de sa vie au moins eu le mérite de renouer avec son passé révolutionnaire. Au moment le plus critique de son existence, il a résisté à l’OTAN. Il est resté dans son pays en sachant que l’issue du combat lui serait fatale. Il a vu ses enfants et petits-enfants se faire massacrer et pourtant, il n’a trahi ni ses convictions ni son peuple. Peut-on en espérer de voir un jour le tiers du quart de la bravoure, de l’humilité et de la sincérité de Kadhafi parmi nos camarades de l’extrême-gauche européenne dans leur lutte contre l’ennemi commun de l’humanité ?


Bahar Kimyongür
Le 4 décembre 2011


Notes

[1] De l’aveu même du général Hamad ben Ali al-Attiya, chef d’état-major qatari. Source : Libération, 26 octobre 2011
[2] Des rebelles « libyens » parlant des dialectes issus de différents pays arabes étaient régulièrement montrés sur les chaînes satellitaires arabes.
[3] Dans tous ces cas, des tribus en lutte avec leurs frères ennemis ont fait appel ou se sont alliées aux envahisseurs. L’alliance OTAN/CNT libyen n’est que l’ultime épisode de la longue histoire des guerres de conquête appuyées par des populations indigènes.
[4] Interview de Gilbert Achcar réalisée par Tom Mills du site britannique New Left Project, 26 août 2011. Version française de l’interview disponible sur le site www.alencontre.org
[5] Communiqués NPA des 21 août et 21 octobre 2011.
[6] Ligue internationale des travailleurs – Quatrième Internationale (4e Internationale), Parti ouvrier argentin…
[7] Le 8 octobre 2011, le président du Conseil national de transition libyen (CNT) Mustafa Abdel Jalil a célébré le centenaire de la colonisation de la Libye par l’Italie aux côtés du ministre italien de la défense, Ignazio de la Russa, issu du Mouvement social italien (MSI), un parti néofasciste. Cette période de déportations, d’exécutions et de pillages fut d’après Abdel Jalil une « ère de développement ». Source : Manlio Dinucci, Il Manifesto, 11 octobre 2011



Le président du CNT Moustafa Abdeljalil célèbre le centenaire de l'occupation italienne à l'occasion de la venue en Libye du ministre de la Défense italien, Ignazio La Russa (Peuple de la Liberté, ancien sénateur néofasciste du MST).


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   Posté le 22-08-2012 à 19:03:53   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le grand soir versus Charlie hebdo


Le grand Soir ne se réclame pas du marxisme-léninisme. La querelle qui l’oppose à Charlie Hebdo nous intéresse cependant car elle est dans le droit fil de l'impérialisme et de l’anti impérialisme aujourd’hui.
La guerre larvée de l’impérialisme français en Syrie traverse notre société, et cette polémique en est une illustration.
Xuan




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22 août 2012
Réflexions sur les limites de la liberté d’expression sur Internet

Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.

Viktor DEDAJ

Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi tranquillement proférée.



Cet article est erroné sur le fond (on s’en doute) et dans plusieurs détails.
Depuis, par le truchement d’amis communs et via des contacts directs (mails, coups de téléphone) avec le directeur de publication de Charlie Hebdo (Charb) et l’auteur de l’article (Eric Simon), nous avons tenté d’obtenir, non pas un « droit de réponse », mais un simple correctif, afin qu’une meute sans morale qui s’acharne sur LGS depuis le mois de mars 2011 ne puisse se prévaloir de Charlie Hebdo pour poursuivre sa cabale diffamatoire accompagnée d’actions pour nous empêcher de participer à des salons du livre ou de donner des conférences, sous peine de « coups de manche de pioche.

Après 15 jours de réflexion, un discret entrefilet (22 août, p. 3) de Charlie Hebdo qualifie l’accusation infamante de simple mise « en cause » qui « n’était pas une attaque » contre les deux administrateurs du GS, mais une simple « mise en garde contre la porosité qui existe trop souvent entre les sites fachos et les sites de gauche » .

Bref, l’accusation de rouge-brunisme n’est pas retirée, les informations erronées de l’article d’Eric Simon sont validées et l’adjudant auto-chargé de la revue de détail invite LGS à faire « le ménage » . Cette corvée étant « parfois difficile » nous bénéficierons du renfort (non sollicité ) d’une escouade. En effet, nous avons appris par ailleurs que M. Propre (Eric Simon) a monté à Charlie Hebdo une équipe (diplômée es-plumeaux et balayettes) renforcée d’éléments extérieurs « en France et à l’étranger » (sic) pour continuer à débusquer la poussière sous les tapis du GS.

C’est d’autant plus inutile que, dans un mail à un des administrateurs diffamés, Eric Simon ne voit plus en LGS un site rouge-brun : « Pour le moment, j’en reste au confusionnisme. » , dit-il, contredisant (en privé ) ses écrits ( publics).

Dans ce contexte de « confusionnisme » avéré de Charlie Hebdo, il nous est malheureusement impossible de différer plus longtemps notre propre mise au point.

L’article que vous allez lire est le premier d’une série qui vise, non pas à entretenir une querelle de cour de récréation, mais (au-delà même de Charlie Hebdo) :

- à poser des questions de fond, relatives au droit à publier sur Internet des analyses sur l’impérialisme,

- à défendre notre liberté d’expression qui ne peut, n’en déplaise aux modernes Torquemada, être plus limitée pour nous que pour l’ensemble des autres médias et en premier lieu que celle des incultes politiques qui nous dénigrent.

Au passage, nos assaillants apprendront que nous ne comptons pas nous cantonner dans une posture de défense, mais que nous sommes fondés à jeter un oeil dans leurs poubelles.
.
LGS


Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.


Charlie Hebdo, c’est comme les couches-culottes : à une certaine époque de sa vie, on trouve ça bien et on est content que ça existe.

Rappel historique


Mais je me souviens qu’en juin 2002, le rédacteur en chef du journal satirique français Charlie Hebdo nous expliquait comment la gauche pouvait s’en sortir. Dans un article fleuve publié en plusieurs parties et intitulé « Pour aller à gauche, c’est par où ? » , Philippe Val avait décidé dans la deuxième partie de s’en prendre à Noam Chomsky. Ici, les contre-vérités se sont enchainées au rythme d’un scandale boursier à New York. Chomsky y fut qualifié « d’amoureux des sectes », « il est gaga, (...) il empoisonne la réflexion de gauche en nourrissant une théorie du complot ne flattant que les instincts fascistes et visant à faire porter à un ’Autre’ les responsabilités des malheurs du monde » . Ou encore « il est évident que jamais, contrairement à ce que pense Chomsky, les citoyens n’ont disposé d’autant d’informations » . Pas mal. Sauf que Chomsky est, et dit, à peu près tout le contraire. Sans oublier ce bijou : « le style (de Chomsky) est à l’usage des enfants du CM2 » . Pas mal pour le rédacteur en chef d’un journal qui fait dans le pipi-caca-prout.

En septembre 2007, dans sa chronique radiophonique sur France-Inter, Philippe Val – sous l’emprise de la jalousie ? – revient encore à l’attaque et lance « Chomsky-Ben Laden, même combat ! » . Non, ce n’était pas de l’humour.

Participant à un colloque du patronat en 2007, il se défendra en proférant ce Voltairisme à l’usage des enfants de CM2 : « dialoguer ou débattre, ce n’est en aucun cas être complice » , et que l’essence même du dialogue était de réunir deux interlocuteurs de points de vue différents. (cf Wikipedia). On en pleurerait, tellement c’est beau.

Voilà tout le style de Philippe Val : pondre des articles supposés étaler une connaissance encyclopédique mais qui ne font en réalité que clapoter dans un jacuzzi.

Défenseur ardent de toutes les guerres de l’OTAN, toutes, il a quand même fini par être récompensé pour sa fidélité légendaire. Et c’est ainsi qu’il fut promu en mai 2009 (« bombardé » aurais-je envie de dire...) à la direction de France-Inter. Car ce n’est pas le tout que d’être un vendu, encore faut-il savoir se vendre.

Deux heures après sa nomination à France Inter, il renvoyait Frédéric Pommier qui faisait la revue de presse. En juin 2010, les humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte sont licenciés de France Inter. Quatre mois plus tard, l’humoriste Gérald Dahan est licencié à son tour, au lendemain d’une chronique critique envers Michèle Alliot-Marie.

France-Inter est donc actuellement dirigée par un type capable de balancer à la fois « Chomsky-Ben Laden, même combat » et les derniers intervenants qui présentaient un quelconque intérêt sur cette radio (à l’exception de l’émission Là-bas si j’y suis , évidemment). Comment la situation pourraient-elle être pire que ça ?

Philippe Val a dirigé Charlie Hebdo de 1992 à 2009, soit 17 ans. 17 ans de propagande gaucho-impérialiste. 17 ans de complicités avec toutes les opérations d’assassinat à ciel ouvert de l’OTAN. 17 ans qui n’ont apparemment pas gêné plus que ça le reste de cette joyeuse équipe de soudards (à quelques rares exceptions près).

Mais Charlie Hebdo, c’est comme les couches-culottes : à une certaine époque de sa vie, on trouve ça bien et on est content que ça existe. Puis un jour on grandit et on est plutôt content de s’en passer.


Retour au présent


Pourquoi parler de Charlie Hebdo ? Dans le numéro daté du 8 août 2012, un article intitulé « Les soutiens bruns de Damas » , annoncé en couverture ( « Syrie. Cette extrême droite qui soutient Damas » ) et signé Eric Simon, nous refait le coup de désigner Le Grand Soir, et nommément ses deux administrateurs, comme des relais de l’extrême-droite.

Sont également citées « des personnalités » telles que Michel Collon (salut Michel, ça va ? Qu’est qu’on rigole, non ?) qui, « avec l’intellectuel Jean Bricmont se sont fourvoyées à tel point que la CGT les a interdit de conférence à Paris en novembre 2011. »

Voilà une technique que l’on reconnaît immédiatement : le "petit" mensonge qui vient se glisser, ni vu ni connu. Bricmont n’a jamais été "interdit", et Michel Collon, qui devait donner une conférence à la Bourse de Travail de Paris, en fut empêché suite à une campagne d’affiches émanant de milieux "anarchistes". On commence déjà à deviner les sources d’inspiration de Charlie Hebdo. Avec Ornella Guyet, les anticonspis-truc et Rudy Machin-chose, et maintenant Charlie Hebdo, ce n’est même plus une technique, c’est devenu un style.

« Si l’analyse anti-impérialiste permet de débusquer les raisons cachées des guerres « justes » ou « humanitaires » du camp occidental, elle peut facilement dérailler si elle défend l’innommable commis par le camp d’en face. Si, en outre, elle laisse reprendre ses thèses par les sites d’extrême-droite, jusqu’à finir par s’inviter les uns chez les autres, la messe est dite. C’est ce qui est arrivé à des sites comme legrandsoir.info de Maxime Vivas et Victor (sic) Dedaj, qui publient aussi bien des articles d’Infosyrie que des (sic) contributions de Ginette Skandrani (…) voire des discours de Kadhafi ou Bachar el-Assad... »

Le journaliste de Charlie Hebdo n’a même pas su orthographier correctement mon prénom, c’est vous dire si son enquête fut méticuleuse. Même pour calomnier ? Surtout pour calomnier, tu rigoles ou quoi ? Mais faire du copier/coller, Eric, c’est pas bien, même pour un journaliste de Charlie Hebdo. Si vous pouviez faire corriger la coquille à ceux (et celle) qui vous ont inspiré, merci d’avance.

Figure imposée : la vérité, rien que la vérité
.


LGS n’a jamais défendu « l’innommable commis par le camp d’en face » . A l’heure où le camp occidental n’avait pas sifflé le signal de l’hallali, à l’heure où Bashir Al Assad jouissait de la considération de notre gouvernement (et donc de notre presse), LGS dénonçait un deal « innommable » passé entre les USA et les tortionnaires au pouvoir en Syrie.

Par ailleurs, LGS « laisse reprendre ses thèses par les sites d’extrême-droite » ? Oui, et par des sites inconnus de divers pays et par pas mal de sites de la vraie gauche. Charlie Hebdo sait comment interdire la reproduction d’articles en copyleft ? Est-ce qu’Eric Simon ne serait pas en train de nous dire : « Taisez-vous et faites taire » ?

Alors voyons-voir : le nombre phénoménal d’articles d’Infosyrie repris par le Grand Soir s’élève à 2 (si j’ai bien compté ) et dont le contenu est irréprochable – à mes yeux. Les (ah, un pluriel ?) contributions de Mme Skandrani s’élèvent à... 1 (au contenu irréprochable - oui, oui, nous sommes au courant maintenant, merci). Quant aux « discours de Kadhafi ou Bachar el-Assad » , réunis il doit y en avoir 3 ou 4 (en comptant les interviews). Ces « discours » n’ont pas été publiés « comme ça », pour le fun , mais en pleine période d’agression militaire ouverte contre la Libye et la Syrie. Charlie Hebdo voudrait que l’on s’abstienne de donner la parole aux dirigeants en exercice de pays en proie à une agression militaire, ou de reprendre des informations qui contre-balanceraient un tant soit peu le rouleau-compresseur médiatique. Où est la surprise pour un hebdomadaire qui a soutenu toutes les guerres de l’OTAN ?

Charlie Hebdo ne dit rien sur les articles repris par Le Grand Soir (et qui se sont révélés plus exacts que pas, soit-dit en passant), mais nous sert un laïus sur l’administrateur du site Infosyrie. Ancien du GUD ( « ancien » , c’est bien, non ?) et autres affirmations qui demanderaient toutes à être vérifiées, vu la qualité et la précision habituelle de ce genre d’article. Mais tout ça au final pour dire quoi ? Rien. Aucun commentaire sur le contenu, sinon que le patron, ben il est pas de « notre bord » (en ce qui concerne l’anti-impérialisme, il me semble que Charlie Hebdo non plus n’est pas de « notre bord », en tous cas pas du mien). Mais Charlie annonce quand même une bonne nouvelle : Le Grand Soir et l’extrême-droite « s’invitent les uns chez les autres » . C’est une bonne nouvelle parce que ça voudrait dire que l’ « extrême-droite » se gauchise au contact du Grand Soir. Sacré service que nous rendons à l’humanité, qui en sera certainement reconnaissante, et Charlie avec sans doute.

Pardon, on me souffle dans l’oreillette que c’est forcément le contraire. Mince, la contagion à sens unique (je parle évidemment d’une poignée d’articles sur une dizaine de milliers, mais quitte à jouer à ce petit jeu, jouons le jusqu’au bout...).

Et par la grâce de ces mêmes lois mystérieuses, Charlie Hebdo, soutien indéfectible à toutes les guerres impérialistes et violations du droit international, ne saurait être, et en aucun cas, taxé de passerelle avec les fascistes néoconservateurs américains, parce que là, ça ferait « confusionniste ».

Si tu cherches de l’eau dans un désert, il te faut marcher jusqu’au puits (dicton arabe, mais pas vraiment parce que je viens de l’inventer)


Les lecteurs (vous comme moi) n’auraient donc pas le droit de savoir ce que pourraient bien avoir à répondre les dirigeants des pays bombardés par nos forces militaires « humanitaires ». Donner à lire une intervention d’un responsable syrien ou libyen est « rouge-brun ». Pour ne pas être rouge-brun, il faut donc s’abstenir de donner à lire. Et pour celui qui « oserait » le faire (car on en est là...), il y a une punition à la clé.

La situation est donc celle-ci : lorsque l’Occident attaque ou menace d’attaquer un pays dirigé par un salaud, toute information émanant peu ou prou du pays en question sera interprété comme un signe de ralliement au salaud en question et, par association, fera de vous un salaud. Donc un rouge-brun. Donc un antisémite. Donc une cible. Bonjour l’ambiance « USA post 11/9 » .

Encore un peu, et Charlie Hebdo dira qu’on est des mauvais Français et nous reprochera notre manque de patriotisme. Philippe Val n’est plus à la tête de Charlie Hebdo, mais son esprit rôde encore dans les locaux. Suis-je le seul à ressentir des frissons ?

Énoncée à voix haute, claire et intelligible, voilà ce que ça donne :

1) Lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, il est interdit de donner la parole aux agressés.

2) Lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, il faut imposer un black-out sur toutes les informations ou interventions en provenance du pays ciblé – sauf celles qui vont dans le sens ou servent le discours dominant.

3) Lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, le seules « informations » issues du pays sont celles qui seront sélectionnées, filtrées, charcutées et commentées par les commentateurs officiels et attitrés du pays agresseur.

4) Lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, toute tentative de relayer in extenso , sans tripatouillages ou coupures, des informations provenant du pays agressé ou toute tentative de contre-balancer a minima la campagne de propagande sera qualifiée de rouge-brunisme (en attendant le jour où ils emploieront le mot « trahison »).

5) Pour toutes les raisons qui précèdent, lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, toute la presse – y compris « rebelle », « anar », etc. – s’alignera.

Check-list : Irak, Afghanistan, Libye, Syrie... oui, ça marche et ça se vérifie à tous les coups. En une seule formule : 1) + 2) + 3) + 4) + 5) = propagande.
Voilà : nous ne sommes même plus dans une situation où un journal nie faire de la propagande (ce qui est de "bonne guerre", ha, ha !), mais dans une situation où il la réclame, l’exige, tape du pied et se roule par terre devant ceux qui refusent de s’y plier.

Suis-je le seul à ressentir des frissons ?

Faites ce que je fais, pas ce que je dis que je fais


Le plus cocasse est que tous ces donneurs de leçons et moralistes n’ont et n’auraient - allez, soyons honnêtes - n’oseraient rien dire si le Monde ou Libération ou tout autre média appartenant à un grand groupe capitaliste hyper-soucieux du pluralisme publiaient des interventions de Kadhafi ou Bashir el-Assad ou Dieu sait qui. Non, non : eux seuls sont habilités à le faire, à décider lesquelles, à décider quels extraits, à commenter des phrases choisies sorties du contexte et à décider quand et où... Oui, on connaît la musique. Mais pas nous et pas vous. Pourquoi ? Parce que. Parce que quoi ? Parce que , quoi.

Alors, Charlie Hebdo : votre conception effarante et effrayante de "l’information", gardez-la pour vous, roulez-la en forme de suppositoire et mettez-la où vous voulez.

Guerre humanitaire : une éruption soudaine, inattendue et violente de bonté ?


Sans oublier une certaine loi de la nature : dans tout conflit, c’est plutôt l’agresseur qui recourt au mensonge. Pourquoi ? Parce que l’agresseur veut la guerre et cherchera donc des raisons pour la faire, quitte à les inventer. En réalité, l’agresseur est pratiquement obligé de les inventer. Pourquoi ? Et bien parce que les justifications pour une guerre d’agression – selon le Tribunal de Nuremberg et selon le droit international – sont au nombre d’un chiffre très très proche de zéro. Et lorsque la loi ne convient pas, il y a pas trente-six solutions : il faut la respecter, la changer ou la violer. L’Occident, en particulier, est un adepte de la troisième.

Oui, je sais : il y a la « guerre humanitaire ». On ferait des guerres « humanitaires ». Comme d’autres feraient de la « torture thérapeutique » ?. Risible, bien-sûr, mais pour la beauté du débat, admettons un instant ce concept de « guerre humanitaire ».

Par conséquent : Il existerait un espace-temps (ici et maintenant apparemment) où des pouvoirs politiques seraient « forcés » par des événements « particulièrement tragiques » à faire une guerre pour des « raisons humanitaires ». La cavalerie légère volant au secours de la veuve et de l’orphelin. Le petit garçon au fond de moi aime bien cette image. L’adulte, lui, lève un sourcil en entendant que les responsables politiques actuels seraient prêts à commettre le « crime des crimes » (toujours selon Nuremberg et le droit international) pour venir au secours d’une population (« étrangère » qui plus est) dont jusqu’à présent ils se fichaient éperdument.

Etrange « charge émotionnelle » et « application de principes » de la part de dirigeants politiques qui sont par ailleurs incapables de prendre la moindre mesure « humanitaire » lorsqu’il s’agit des sans papiers, des Palestiniens, des personnes âgées, de qui vous voulez. Ils sont pourtant là, sous leurs fenêtres, ou pas très loin. Ces mêmes responsables politiques qui pourraient sauver pour des raisons « humanitaires » les 10.000 enfants qui meurent de faim par jour et pour un prix inférieur à un seul missile de croisière. Nan, trop compliqué. Allons plutôt bombarder un pays pour montrer toute l’étendue de notre « bonté ».

En résumé : les salopards qui nous gouvernent auraient des crises d’humanisme tellement fortes qu’ils sont capables de tout, y compris de commettre l’irréparable, pour accomplir le bien. Elle est étrange, cette détermination - si soudaine, si inattendue, une véritable révélation - qui n’apparaît que lorsqu’il s’agit de faire la guerre, loin de préférence, dans un rapport de forces totalement déséquilibré de préférence (parce qu’il y a des limites chez eux, même aux principes), là où personne ne peut vraiment contrôler ce qui se passe, et qu’on ne retrouve jamais en temps de paix...

Oui, soudain, les voilà qui sont « bons », et « attentionnés », et « inflexibles », et « soucieux » du bien-être d’une population. Tellement soucieux qui si un membre de la population se présente à la frontière pour un bout de pain, ils le renverront chez lui avec ces mots d’encouragement : « rentrez chez vous, on va bientôt vous envoyer des secours » (sur la gueule).

Oui, soudain, dans toutes les tribunes, les mots « intolérables » et « inadmissibles » leur sortent de la bouche, comme des colombes de la manche d’un prestidigitateur.

Oui, une véritable métamorphose. Mais qui ne dure, hélas, que le temps d’une guerre. Et qui disparaît, comme par enchantement, une fois la bête repue. A croire que toute leur posture n’aura été créée et tenue que pour la circonstance.

Mon Dieu que je suis mauvaise langue !

Le tout par des gens qui vous expliqueront avec tout le sérieux du monde et la main sur le coeur - de préférence autour d’un dîner bien arrosé - combien ils sont contre la peine de mort, critiquant au passage les pays qui l’appliquent encore (jusqu’à là, tout va bien) et qui enchaînent aussitôt qu’il faut faire la guerre, c’est-à-dire appliquer la peine de mort à une échelle industrielle, mais cette fois-ci sans procès, sans jugements, sans discrimination, contre une population très majoritairement innocente de tout crime.

Mon Dieu que je suis pinailleur !

Soutenir le fascisme suprême au nom d’un antifascisme de salon


Le Grand Soir ferait trop dans l’anti-impérialisme ? Comme peut-on être trop contre le crime des crimes ? Comment peut-on être trop contre « le stade suprême du capitalisme » ?

Le gant de velours du marché ne marchera jamais sans une main de fer derrière - McDonald ne peut prospérer sans McDonnell Douglas, le fabricant (de l’avion de guerre) F15. - Thomas L. Friedman "A Manifesto for a fast World" - New York Times Magazine, 28 Mars, 1999

Je croyais que la guerre était plutôt de droite et la paix plutôt de gauche. Je croyais que le respect du droit (y compris international) était plutôt de gauche et sa violation plutôt de droite. Je croyais que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était plutôt de gauche et l’ingérence plutôt de droite. Je croyais que la censure était plutôt de droite et la liberté d’expression plutôt de gauche. Je croyais que l’aveuglement idéologique était plutôt de droite et l’ouverture d’esprit plutôt de gauche. Je croyais que c’étaient nos actes et nos prises de position qui définissaient notre positionnement politique. Je croyais que s’endormir dans son lit et se réveiller dans un monde où toutes les valeurs étaient étrangement inversées n’arrivait que dans les romans de science-fiction.

Je trouve même totalement indécent que l’on n’ait rien d’autre à nous opposer, sinon que le président syrien ne serait pas l’Abbé Pierre (comme si nous ne le savions pas. Comme si n’avions pas nous-même rappelé que la Syrie, il y a encore peu, servait de centre de torture décentralisé pour les Etats-Unis - pas très reconnaissants, comme à leur habitude) ou que le responsable de tel site ne serait pas du même bord politique. Remarquez, ça pourrait être une autre bonne nouvelle parce que si ce n’est que ça, on va arranger ça ici et maintenant : « Le président de la Syrie est un salaud et le patron d’Infosyrie pue de la gueule. » Ca vous va ? Tout le monde est content ? On peut aller à la manifestation maintenant et tenter d’arrêter le massacre - où allez-vous encore nous trouver une autre excuse à la con ? Genre : l’ancien du GUD a l’haleine fraîche. Eric Simon pourra trancher puisqu’il se vante d’avoir discuté avec lui (il a le droit ! Pourquoi ? Parce que la Sainte Inquisition a tranché ainsi : à Charlie Hebdo, on peut, au Grand Soir, ce serait sacrilège).

L’extrême-droite ferait de l’entrisme ? De l’entrisme dans quoi ? Le désert laissé par la gauche ? Et ce serait la faute du Grand Soir ? On entre dans une salle d’autant plus facilement qu’elle est vide. C’est plus difficile lorsqu’elle est pleine à craquer.

En réalité, ce n’est pas le Grand Soir qui alimente des « passerelles vers l’extrême-droite », mais des journaux comme Charlie qui se la jouent « contestataires/libertaires » à longueur de semaine et qui, au moment le plus crucial, tombent - presque « naturellement » - du côté le plus sombre, laissant le champ libre, et même ouvrant la voie, à d’autres. Charlie Hebdo fait partie de cette presse, à l’instar de Libération, qui est devenu au fil du temps une véritable fabrique de « gauche réactionnaire » et qui fait dire à un de ses journalistes (conversation téléphonique avec un des administrateurs du Grand Soir) : « l’anti-impérialisme me fait gerber » .

Heureusement que le Grand Soir est là pour sauver (un peu) l’honneur de la gauche française. Mais nous ne sommes pas seuls. Nous avons avec nous la quasi-totalité de la gauche latino-américaine, nord-américaine, asiatique et africaine. Alors, être « isolés » au sein de la gauche française, appelons ça « une position pas très confortable », mais sans plus.

Ce qui me fait penser à ce qu’Ignacio Ramonet (que j’apprécie beaucoup) avait écrit lors de la guerre contre la Libye – intervention qu’il a soutenue (eh oui...). En référence à l’opposition de la gauche latino-américaine à cette intervention, il a écrit que cette dernière avait commis « une erreur historique ». Curieux qu’il ne se soit pas demandé si, a contrario , ce n’était pas la gauche française, et lui avec, qui avait commis l’erreur historique en question.

Lorsque Charlie Hebdo se promène la braguette ouverte


Mais revenons à nos moutons (sic) de Charlie Hebdo : Charlie Hebdo, n’a apparemment rien à dire sur le fond de ce que nous publions et serait bien incapable de trouver un seul texte, une seule ligne, qui aille à l’encontre de notre ligne rédactionnelle – qui est ce qu’elle est, que ça plaise ou non. Nous, nous parlons de guerre et de paix, eux nous parlent du slip d’untel ou untel qui dépasserait alors qu’eux-mêmes se promènent la braguette grande ouverte. Exemples ?

Acrimed rappelle que (extraits) :

Une brève du 18 avril 2007 signale que « sur 38 collaborateurs de Charlie Hebdo : 18 votent Royal , 9 votent Voynet, 3 votent Buffet, 3 votent Besancenot, 3 votent Bayrou , 1 vote Bové, 1 vote blanc. » Soient 21 collaborateurs qui votent à « droite » et 16 à gauche. Charlie Hebdo, de droite ? Oui, si l’on en croit Philippe Val lui-même, puisque ce dernier, en juin 1998 écrivait que « la vraie droite aujourd’hui, c’est le PS. » Neuf ans plus tard, le 9 février 2007, il lâche chez Pascale Clark sur Canal+ (« en aparté » ) : « Je voterai pour le candidat de gauche le mieux placé. » Le mieux placé ? Comprendre Ségolène Royal.

(...) Sur les principales questions internationales, Charlie hebdo reproduit peu à peu les positions dominantes. Ainsi sur le Kosovo. Alors que dans les années 70, Cabu s’insurgeait « contre toutes les guerres » et collectionnait les procès intentés par l’armée, en 1999, il soutient, avec toute l’équipe de Charlie Hebdo, exception faite de Siné et Charb, l’intervention militaire de l’OTAN au Kosovo. Dans le n°361 de Charlie Hebdo (19 mai 1999), en lieu et place de la chronique de Charb, un texte de Riss (qui n’écrit pas d’ordinaire) reproche même aux pacifistes d’être des collabos ! De même sur le traité constitutionnel européen : si d’autres voix que celle de Philippe Val se font entendre, c’est lui qui conduit une campagne véhémente et caricaturale contre les partisans du « non » au référendum.

(...)
Ce glissement politique de gauche à droite, de la paix vers la guerre, de la subversion vers l’orthodoxie, s’est fait progressivement, mais sûrement. On voit ainsi disparaître, dans le silence quasi-général, des signatures talentueuses (Cyran, Camé, Boujut,…) au profit de plumes conventionnelles et/ou médiatiquement plus « reluisantes » : le dessinateur Joan Sfar, l’ex-patron de France Inter Jean-Luc Hees, le sociologue médiatique Philippe Corcuff (lui même acculé à démissionner [16]), Renaud Dély venant de Libération, Philippe Lançon du même, Anne Jouan du Figaro, etc.

(...)
...l’évolution conjointe des positions politiques et du positionnement médiatique n’a pas été sans effet sur les pratiques journalistiques de l’hebdomadaire, et, au premier chef, de Philippe Val lui même : calomnies et mensonges (notamment sur Noam Chomsky), fausses rumeurs (par exemple sur le Forum social européen), diffamations de membres de l’Observatoire français des médias, refus des droits de réponse, que nous avons plusieurs fois relevés ici-même ...

(...)
Charb a estimé, le 16 juillet 2008, que Siné avait porté – c’est un comble - « atteinte » aux « valeurs essentielles » de Charlie Hebdo. Et c’est pourtant le même Charb qui dans sa chronique « Charb n’aime pas les gens » datée du 30 juillet 2008 écrit : « Personne n’a dit que Siné était antisémite (…) parce que ça n’a jamais été le sujet du débat. Aurait-on travaillé durant seize ans avec un antisémite ? Moi, non. » Si cela n’a jamais été le sujet du débat, alors pourquoi Philippe Val, dans son éditorial du même jour se pose la question et ressort une affaire vieille de 26 ans ? « Antisémite, Siné ? Ce n’est pas à moi d’en juger. Mais au lendemain de l’attentat de la rue des Rosiers, en 1982, c’est lui-même qui déclarait sur la radio Carbone 14 : "Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs… Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est pro palestinien. Qu’ils meurent." »

(...)
Une histoire de Charlie Hebdo http://www.acrimed.org/article2960.html

Etc.

Lorsque le dessinateur "de gauche" Plantu touche officiellement un chèque de 10.000 euros de la dictature brune-brune islamiste du Qatar, tout le showbiz, chasseurs de rouges-bruns et Charlie Hebdo réunis regardent ailleurs. Vous appelez ça de la pudeur, de la honte ou de la complicité ?

(Tiens, et soudain je pense à cet autre ancien dessinateur vedette du journal le Monde, Konk, qui a fini par rejoindre l’extrême-droite.)

Lorsque Charlie "de gauche" Hebdo publie à trois reprises et interviewe à domicile une des sommités du "rouge-brunisme" en France, membre du FN qui plus est à l’époque, vous appelez ça du journalisme, de l’autisme ou de j’aurais-mieux-fait-de-fermer-ma-gueule-isme ?

Et on trouve tout ça sans même vraiment chercher.

Le problème, Charlie, c’est que vous ne savez même plus où vous en êtes pour venir faire les marioles autour de Grand Soir. On en rirait si ce n’était pas aussi pathétique. Alors le jour où Le Grand Soir examinera à la loupe certains médias comme ces derniers aiment tant le faire pour nous, il va y avoir de sacrées surprises. En attendant, Charlie Hebdo a bien fait de ne pas employer le mot « confusionnisme » parce que là, ils auraient eu l’air vraiment ballots...

Eh oui, Charlie Hebdo, c’est comme les couches-culottes : à une certaine époque de sa vie, on trouve ça bien et on est content que ça existe. Puis un jour on grandit et on est plutôt content de s’en passer. Et avec le recul, même si on n’en a pas honte, on n’en est pas forcément fiers pour autant.

Viktor Dedaj
« alors, on rajoute une couche ou on en reste là ? »
(Version 2).

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
Grand classique (ou très bavard)
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   Posté le 31-08-2012 à 13:35:36   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Afrique-Asie publie un article sur la question impérialisme et anti impérialisme :

Syrie : la catalyse des ruptures


Par : Ahmed Halfaoui
Publié le : 30/08/12
On est face à une coalition OTAN/pétromonarchies plus déterminée que jamais à imposer son diktat.



Pour le commun, il y a incontestablement une entreprise étatsunienne de mise en coupe réglée du monde, il n'y a qu'à voir l'agitation effrénée d'Hillary Clinton et de ses supplétifs britannique, français et arabe dominer l'actualité.

Pourtant, cela n'est pas évident pour tout le monde, notamment au sein des milieux traditionnellement réactifs aux événements politiques. A cet égard, ce que l'opération de l'Alliance atlantique en Libye a permis d'initier, la situation en Syrie est en phase de l'accomplir.
Elle est en train de constituer un catalyseur de toutes les ruptures au sein des courants admis comme étant marxistes révolutionnaires.

Entre anti-impérialistes et soutiens à la «révolution syrienne», les clivages ont atteint le point de non-retour.
Au milieu, un marais de militants désemparés est ballotté entre les arguments des uns et des autres. Et ce n'est pas le flot d'informations des médias de l'OTAN qui peut aider à se faire une idée claire des forces en présence sur le terrain, sauf à prendre pour argent comptant ce que disent les grands groupes de presse.
C'est-à-dire, en toute simplicité, qu'il y aurait un peuple en mouvement contre la dictature de Bachar Al Assad qui le réprime.
Exit le fait que la moitié des morts soient des «pro-régime» et l'implication massive de combattants étrangers.
Exit les manifestations massives des Syriens en défense de leur pays contre la volonté d'agression.
Un pas est vite franchi par la majorité de l'extrême gauche européenne, selon le principe qui veut que toute contestation populaire est bonne à prendre contre un pouvoir considéré comme liberticide, conformément aux critères de la démocratie occidentale.
Cette attitude ancrée dans ses certitudes n'est pas trop perturbée par la formidable machine de guerre mise en branle par les Etats-Unis et leurs vassalités européennes et arabes, principaux acteurs d'une «révolution», «représentée» par un CNS, dont on sait la composante interlope et le rejet dont il fait l'objet, y compris par les bandes armées.
La difficulté est tournée par la dénonciation de l'ingérence impérialiste (en filigrane) qui sonne comme un alibi en marge d'un engagement franc aux côtés de «révolutionnaires» invisibles et inaudibles, qui ne sont pas islamistes et qui ne sont pas ces milliers de miliciens infiltrés par l'OTAN et par ses dépendances.
Ainsi, le confort intellectuel est assuré puis conforté par le fait que les anti-impérialistes sont rejoints par l'Iran, par le Hezbollah et par des personnalités qui flirteraient avec l'extrême-droite nationaliste.
A contrario, le fait de se trouver, en tant qu'anti-Bachar, dans le même camp que l'OTAN et les monarchies du Golfe, ne semble pas déranger la conviction d'être du bon côté des choses.

Pour la tendance anti-impérialiste, les éléments mis en jeu sont beaucoup moins emberlificotés.
A aucun moment il n'y a de caution donnée au pouvoir syrien, qui de son point de vue ne diffère en rien, par sa nature, de tous les pouvoirs au service de l'argent et du marché mondial.
Ce qui rend, de fait, infondée l'accusation de soutien à Bachar Al Assad et rend suspectes les attaques enrobées, qui occultent l'anti-impérialisme fondateur d'une opposition à l'ingérence étrangère et aux atteintes à la souveraineté d'un pays, sous n'importe quel prétexte et, encore moins, du fait d'une coalition impérialiste, dont les objectifs sont, on ne peut plus, évidents. Ceux de choisir les gouvernements à la place des peuples.
Une coalition OTAN/pétromonarchies plus déterminée que jamais à imposer son diktat.

Sources : Les Débats (Alger)
30 août 2012


Edité le 31-08-2012 à 13:36:12 par Xuan




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quelle sera la réaction de l otan à une guerre sinonippone?appuyer l inde?

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l'Inde est en guerre ?

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l inde est appuyée par l otan contre la chine,et revendique le territoire de l aksai chin,administré par pékin.de plus,new dehli est la base arrière des séparatistes tibétains,ouighours,sud mongols et mandchous.il est possible que le japon cherche a s allier a l inde pour prendre la chine a revers-d autant plus que l inde n a pas ete occupé par le japon impérial pendant la seconde guerre mondiale,qui n y a donc commis aucune exaction.par contre,la corée du sud et taiwan ne soutiendront pas l empire du soleil levant.


Edité le 17-09-2012 à 20:37:11 par marquetalia




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Xuan
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Sur Le Petit blanquiste :

17 octobre 2012
Européocentrisme et impérialisme


Sans réalité géographique, « Occident » est un euphémisme utilisé pour désigner le bloc des pays capitalistes/impérialistes constitués des principales puissances européennes et de certaines de leurs extensions historiques : Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, etc.

Les peuples de ces pays, qui ne représentent qu'environ 20% de la population mondiale, ont le privilège de bénéficier du niveau de vie moyen le plus élevé de la planète.

Ils se partagent 86 % de la consommation privée totale et consomment ou disposent de 45 % de la viande et du poisson, de 58 % de l’énergie, de 84 % du papier, de 87 % des véhicules, de 74 % des lignes téléphoniques, etc. [1]

Quant à leur espérance de vie, elle est en moyenne de 80 ans contre 60 ans pour les pays pauves, voire 50 ans pour certains pays de l’Afrique subsaharienne.


Occident : Pays où l'indice de développement humain (IDH) est supérieur à 0,9 (données 2001)


Pour la majorité d'entre eux, les peuples occidentaux ont une conviction commune de leur propre supériorité et tendent à se considèrer comme le centre du monde ( l'européocentrisme ). [2]

Cette idéologie plonge ses racines dans l'expansion impérialiste qui a conduit, durant plusieurs siècles, à la domination européenne sur les peuples d'Asie, d'Afrique et des Amériques.

Au niveau planétaire, les citoyens des pays occidentaux - même les moins favorisés d’entre eux - bénéficient d’un sort enviable sans qu’ils aient toujours conscience que ce privilège repose sur une usurpation.

Car, comme le relevait Frantz Fanon :
« Le bien-être et le progrès de l’Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes » . [3]

***


[1] Rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) de 1998.
[2] Cet européocentrisme se retrouve également dans les concepts de « Moyen-Orient » ou d'« Extrême-Orient » qui n'ont de sens que si on considère l'Europe comme centre du monde.
[3] Frantz Fanon, Les damnés de la terre, Ed. Maspero, 1960, Ed. La Découverte, 2010.

JPD

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   Posté le 16-11-2012 à 23:59:47   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

FRANCIS ARZALIER : LES NOUVELLES GUERRES COLONIALES DE L'IMPERIALISME OCCIDENTAL, EN AFRIQUE ET AU MOYEN ORIENT



Intervention liminaire pour le Collectif Polex aux Rencontres internationalistes
de Vénissieux le 27 octobre 2012
.

Contrairement à ce que les médias ont réussi à faire croire à une bonne partie de l’opinion, l’impérialisme occidental est une réalité planétaire depuis plusieurs siècles.

° Jusqu’au milieu du 20ème siècle, l’impérialisme occidental avait le visage des empires coloniaux. Les métropoles coloniales, industrialisées, se procuraient à bas prix les matières premières nécessaires à leurs usines dans leurs colonies, et leur interdisaient tout développement économique autonome.

° Les empires coloniaux ont disparu vers 1960, mais les rapports d’inégalité entre puissances impérialistes et pays sous-développés, soumis économiquement, politiquement, et parfois militairement, ont persisté. Indépendants en théorie, la plupart des pays d’Afrique ou d’Asie n’étaient que producteurs de matières premières au service de l’Europe et des USA, et livrés de ce fait à la pauvreté, au chômage et à l’émigration. Les maîtres occidentaux ont même cru en 1990 que la disparition de l’URSS signifiait « la fin de l’histoire » en leur faveur, et le règne sans partage de l’impérialisme occidental.

° Mais depuis le début du 21ème siècle, l’impérialisme occidental est en crise, par un effet pervers de cette loi du marché qui est pourtant son credo essentiel. La flambée du cours des matières premières, les mutations démographiques, ont amené l’apparition de nouvelles puissances dites émergentes, comme Chine, Brésil, Inde, Russie, etc…, qui concurrencent les firmes occidentales en Afrique ou Asie. De nombreux pays, autrefois colonisés, se révèlent capables de devenir à leur tour des puissances industrielles moyennes : c’était le cas au Moyen Orient, de l’Irak ou l’Iran.

° La riposte de l’impérialisme occidental est, depuis dix ans, une vague ininterrompue de guerres déclenchées par les occidentaux, avec pour objectif d’imposer aux pays qui exprimaient une volonté d’indépendance des dirigeants soumis aux choix de l’impérialisme, pour leur interdire le développement économique industriel et agricole.

° L’exemple le plus parfait fut la guerre menée par les USA et l’OTAN contre l’Irak, en 1991, et finalement en 2003. L’objectif est atteint : le pays est ruiné pour vingt ans, livré aux haines tribales et religieuses, et redevient un simple fournisseur de matières premières, notamment de pétrole aux firmes occidentales.

° La plus récente de ces guerres impérialistes est la conquête de la Libye en 2011 par l’OTAN, avec aux premiers rangs la France de Sarkozy et les émirs pétroliers du Qatar. Le résultat est identique : ce pays est aujourd’hui livré aux exactions de groupes armés concurrents, à base ethniciste ou intégriste, et pourvu de dirigeants pro-occidentaux prêts à le maintenir dans un statut de fournisseur exclusif de pétrole aux sociétés occidentales. Les projets antérieurs de développement d’une économie industrielle autonome ne sont plus d’actualité.

° Conséquence directe de la guerre occidentale en Libye, l’explosion du Mali, cet Etat africain grand deux fois et demie comme la France. Toute la partie nord saharienne, les deux tiers du pays, sont aux mains de mercenaires touaregs autrefois au service de Kadhafi, devenus indépendantistes avec le soutien du Quai d’Orsay, et d’islamistes radicaux financés et armés par le Qatar et Arabie Saoudite, sous le regard compréhensif du parrain étasunien, qui voit dans tout cela la possibilité de contrôler enfin le Sahara et ses richesses minérales. Il serait inacceptable que la France ou les USA profitent du malheur malien pour se réinstaller au Sahara militairement (bases et troupes) et économiquement, comme à l’ancienne époque coloniale.

° La plus grave peut être des ingérences impérialistes est le soutien massif, financier et militaire, apporté aux insurgés syriens, et notamment aux intégristes qui sont les plus actifs parmi eux. La guerre qui ravage ce pays depuis un an n’est pas simplement une lutte féroce entre partisans du régime et opposants insurgés, mais une intervention de puissances étrangères comme les USA, la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, avec pour objectif avoué de mettre en place à Damas des dirigeants à leur dévotion. Et malheureusement les dirigeants socialistes de la France leur emboîtent le pas en prônant une zone d’exclusion aérienne, comme cela s’est fait en Libye : un véritable acte de guerre, qui peut avoir des conséquences imprévisibles. Le but des pouvoirs occidentaux est bien de décider à la place des Syriens, seuls habilités à le faire, de qui dirigera le pays : ils ne pardonnent pas au régime de Damas de soutenir la résistance palestinienne à Gaza et au Liban, et d’être l’allié de l’Iran.

° Car le projet guerrier lié à la subversion de la Syrie est la mise au pas de l’Iran, puissance émergente qui projette de développer ses industries grâce aux énergies nucléaires et pétrolières, et à l’alliance avec Russie, Chine et autres concurrents de l’Occident. Les dirigeants colonialistes israéliens, chiens fous de l’impérialisme US, qui possèdent plus de 200 ogives nucléaires, ne cessent de claironner leur volonté de bombarder les sites nucléaires iraniens avant novembre 2012, au risque d’embraser toute la région, et de déclencher un conflit mondial.

° Il est temps donc de lutter résolument pour stopper cette offensive de l’impérialisme occidental, qui mène le monde droit au gouffre d’un conflit régional ou planétaire.

° Et pour cela, nous devons tout d’abord éviter les pièges de l’impérialisme, ne pas prendre les prétextes pour les causes. Le caractère autoritaire de dirigeants comme Saddam Hussein en Irak, Kadhafi en Libye, Assad en Syrie, ou les mollahs dans la théocratie iranienne, ne sont que les prétextes hypocrites des guerres impérialistes. Les Occidentaux et leurs comparses du Qatar et Saoudiens n’ont d’ailleurs aucun scrupule à utiliser, pour réaliser leurs objectifs, les terroristes intégristes les plus fanatiques et réactionnaires, qu’ils dénoncent par ailleurs à grands cris, au nom des droits de l’homme et des femmes.

° Autre ruse hypocrite de l’impérialisme occidental, c’est la manipulation partout des séparatismes, ethnicismes, des revendications touaregs au Sahara, des Sunnites en Syrie contre les Alaouites et les Chrétiens syriens, etc…

° Un dernier point enfin : on ne peut que regretter la faiblesse des réactions anti-impérialistes en France. Cela tient à la fois au matraquage médiatique de l’opinion (la désinformation par les télés à propos de la guerre en Syrie est effarante), et à l’opportunisme d’une bonne part des partis et mouvements de gauche, soumis à un PS fidèle à l’OTAN et à l’impérialisme.
Il est temps, ensemble, de redresser la barre.

Francis Arzalier

Source J. Tourtaux

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   Posté le 05-01-2013 à 22:56:12   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Jean Bricmont n'est pas un communiste marxiste-léniniste, mais sa ferme position anti-impérialiste dénonce la pseudo gauche radicale qui se fait le soutien idéologique de l'hégémonisme US et de l'impérialisme revanchard français.
Il s'agit de positions social-impérialistes qui justifient l'intervention impérialiste au nom de prétendus idéaux humanitaires .

Sur le site de Michel Collon :

Réponse à la gauche anti-anti-guerre


JEAN BRICMONT
6 décembre 2012

Depuis les années 1990 et en particulier depuis la guerre du Kosovo en 1999, les adversaires des interventions occidentales et de l’OTAN ont dû faire face à ce qu’on pourrait appeler une gauche (et une extrême-gauche) anti-anti-guerre, qui regroupe la social-démocratie, les Verts, et le plus gros de la gauche « radicale » (le Nouveau Parti Anticapitaliste (1), divers groupes antifascistes etc.) (2). Celle-ci ne se déclare pas ouvertement en faveur des interventions militaires occidentales et est parfois critique de celles-ci (en général, uniquement par rapport aux tactiques suivies et aux intentions, pétrolières ou géo-stratégiques, attribuées aux puissances occidentales), mais elle dépense le plus gros de son énergie à « mettre en garde » contre les dérives supposées de la partie de la gauche qui reste fermement opposée à ces interventions.



Elle nous appelle à soutenir les « victimes » contre les « bourreaux », à être « solidaires des peuples contre les tyrans », à ne pas céder à un « anti-impérialisme », un « anti-américanisme », ou un « anti-sionisme » simplistes, et, surtout, à ne pas s’allier à l’extrême-droite. Après les Albano-Kosovars en 1999 on a eu droit aux femmes afghanes, aux Kurdes irakiens, et plus récemment aux peuples libyen et syrien, que « nous » devons protéger.

On ne peut pas nier que la gauche anti-anti-guerre ait été extrêmement efficace. La guerre en Irak, qui était présentée sous forme d’une lutte contre une menace imaginaire, a bien suscité une opposition passagère, mais il n’y a eu qu’une très faible opposition à gauche aux interventions présentées comme « humanitaires », telles que celle du Kosovo, le bombardement de la Libye, ou l’ingérence en Syrie aujourd’hui. Toute réflexion sur la paix ou l’impérialisme a simplement été balayée devant l’invocation du « droit d’ingérence », de la « responsabilité de protéger », ou du « devoir d’assistance à peuple en danger ».

Une extrême-gauche nostalgique des révolutions et des luttes de libération nationale tend à analyser tout conflit à l’intérieur d’un pays donné comme une agression d’un dictateur contre son peuple opprimé aspirant à la démocratie. L’interprétation, commune à la gauche et à la droite, de la victoire de l’Occident dans la lutte contre le communisme, a eu un effet semblable.

L’ambiguité fondamentale du discours de la gauche anti-anti-guerre porte sur la question de savoir qui est le « nous » qui doit protéger, intervenir etc. S’il s’agit de la gauche occidentale, des mouvements sociaux ou des organisations de défense des droits de l’homme, on doit leur poser la question que posait Staline à propos du Vatican : « combien de divisions avez-vous ? » En effet, tous les conflits dans lesquels « nous » sommes supposés intervenir sont des conflits armés. Intervenir signifie intervenir militairement et pour cela, il faut avoir les moyens militaires de le faire. Manifestement, la gauche européenne n’a pas ces moyens. Elle pourrait faire appel aux armées européennes pour qu’elles interviennent, au lieu de celles des Etats-Unis ; mais celles-ci ne l’ont jamais fait sans un appui massif des Etats-Unis, ce qui fait que le message réel de la gauche anti-anti-guerre est : « Messieurs les Américains, faites la guerre, pas l’amour ! » . Mieux : comme, après leur débâcle en Afghanistan et en Irak, les Américains ne vont plus se risquer à envoyer des troupes au sol, on demande à l’US Air Force, et à elle seule, d’aller bombarder les pays violateurs des droits de l’homme.

On peut évidemment soutenir que l’avenir des droits de l’homme doit être confié aux bons soins et à la bonne volonté du gouvernement américain, de ses bombardiers et de ses drones. Mais il est important de comprendre que c’est cela que signifient concrètement tous les appels à la « solidarité » et au « soutien » aux mouvements sécessionnistes ou rebelles engagés dans des luttes armées. En effet, ces mouvements n’ont nul besoin de slogans criés dans des « manifestations de solidarité » à Bruxelles ou Paris, et ce n’est pas cela qu’ils demandent. Ils veulent des armes lourdes et le bombardement de leurs ennemis et, cela, seuls les Etats-Unis peuvent le leur fournir.

La gauche anti-anti-guerre devrait, si elle était honnête, assumer ce choix, et appeler ouvertement les Etats-Unis à bombarder là où les droits de l’homme sont violés ; mais elle devrait alors assumer ce choix jusqu’au bout. En effet, c’est la même classe politique et militaire qui est supposée sauver les populations « victimes de leur tyrans » et qui a fait la guerre du Vietnam, l’embargo et les guerres contre l’Irak, qui impose des sanctions arbitraires contre Cuba, l’Iran et tous les pays qui leur déplaisent, qui soutient à bout de bras Israël, qui s’oppose par tous les moyens, y compris les coups d’état, à tous les réformateurs en Amérique Latine, d’Arbenz à Chavez en passant par Allende, Goulart et d’autres, et qui exploite de façon éhontée les ressources et les travailleurs un peu partout dans le monde. Il faut beaucoup de bonne volonté pour voir dans cette classe politique et militaire l’instrument du salut des « victimes », mais c’est, en pratique, ce que la gauche anti-anti-guerre prône, parce que, étant donné les rapports de force dans le monde, il n’existe aucune autre instance capable d’imposer sa volonté par des moyens militaires.

Evidemment, le gouvernement américain sait à peine que la gauche anti-anti-guerre européenne existe ; les Etats-Unis décident de faire ou non la guerre en fonction de ses chances de succès, de leurs intérêts, de l’opposition interne et externe à celle-ci etc. Et, une fois la guerre déclenchée, ils veulent la gagner par tous les moyens. Cela n’a aucun sens de leur demander de ne faire que de bonnes interventions, seulement contre les vrais méchants, et avec des gentils moyens qui épargnent les civils et les innocents.

Ceux qui ont appelé l’OTAN à « maintenir les progrès pour les femmes afghanes » , comme Amnesty International (USA) l’a fait lors du meeting de l’OTAN à Chicago (3), appellent de fait les EU à intervenir militairement et, entre autres, à bombarder des civils afghans et à envoyer des drones sur le Pakistan. Cela n’a aucun sens de leur demander de protéger et pas de bombarder, parce que c’est ainsi que les armées fonctionnent.

Un des thèmes favoris de la gauche anti-anti-guerre est d’appeler les opposants aux guerres à ne pas « soutenir le tyran » , en tout cas pas celui dont le pays est attaqué. Le problème est que toute guerre nécessite un effort massif de propagande ; et que celle-ci repose sur la diabolisation de l’ennemi et, surtout, de son dirigeant. Pour s’opposer efficacement à cette propagande, il faut nécessairement dénoncer les mensonges de la propagande, contextualiser les crimes de l’ennemi, et les comparer à ceux de notre propre camp. Cette tâche est nécessaire mais ingrate et risquée : on vous reprochera éternellement la moindre erreur, alors que tous les mensonges de la propagande de guerre sont oubliés une fois les opérations terminées.

Bertrand Russell et les pacifistes britanniques étaient déjà, lors de la première Guerre mondiale, accusés de « soutenir l’ennemi » ; mais, s’ils démontaient la propagande des alliés, ce n’était pas par amour du Kaiser, mais par attachement à la paix. La gauche anti-anti-guerre adore dénoncer « les deux poids deux mesures » des pacifistes cohérents qui critiquent les crimes de leur propre camp mais contextualisent ou réfutent ceux qui sont attribués à l’ennemi du moment (Milosevic, Kadhafi, Assad etc.), mais ces « deux poids deux mesures » ne sont jamais que la conséquence d’un choix délibéré et légitime : contrer la propagande de guerre là où l’on se trouve (c’est-à-dire en Occident), propagande qui elle-même repose sur une diabolisation constante de l’ennemi attaqué ainsi que sur une idéalisation de ceux qui l’attaquent.

La gauche anti-anti-guerre n’a aucune influence sur la politique américaine, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas d’effets. D’une part, sa rhétorique insidieuse a permis de neutraliser tout mouvement pacifiste ou anti-guerre, mais elle a aussi rendu impossible toute position indépendante d’un pays européen, comme ce fut le cas pour la France sous De Gaulle, et même, dans une moindre mesure, sous Chirac, ou pour la Suède d’Olof Palme. Aujourd’hui, une telle position serait immédiatement attaquée par la gauche anti-anti-guerre, qui possède une caisse de résonance médiatique considérable, comme un « soutien au tyran » , une politique « munichoise » , coupable du « crime d’indifférence » .

Ce que la gauche anti-anti-guerre a accompli, c’est de détruire la souveraineté des Européens face aux Etats-Unis et d’éliminer toute position de gauche indépendante face aux guerres et à l’impérialisme. Elle a aussi mené la majorité de la gauche européenne à adopter des positions en totale contradiction avec celles de la gauche latino-américaine et à s’ériger en adversaires de pays comme la Chine ou la Russie qui cherchent à défendre le droit international (et ont parfaitement raison de le faire).

Un aspect bizarre de la gauche anti-anti-guerre c’est qu’elle est la première à dénoncer les révolutions du passé comme ayant mené au totalitarisme (Staline, Mao, Pol Pot etc.) et qu’elle nous met sans cesse en garde contre la répétition des « erreurs » du soutien aux dictateurs faite par la gauche de l’époque. Mais maintenant que la révolution est menée par des islamistes nous sommes supposés croire que tout va aller bien et applaudir. Et si la « leçon à tirer du passé » était que les révolutions violentes, la militarisation et les ingérences étrangères n’étaient pas la seule ou la meilleure façon de réaliser des changements sociaux ?

On nous répond parfois qu’il faut agir « dans l’urgence » (pour sauver les victimes). Même si on admettait ce point de vue, le fait est qu’après chaque crise, aucune réflexion n’est menée à gauche sur ce que pourrait être une politique autre que l’appui aux interventions militaires. Une telle politique devrait opérer un virage à 180° par rapport à celle qui est prônée actuellement par la gauche anti-anti-guerre. Au lieu de demander plus d’interventions, nous devrions exiger de nos gouvernements le strict respect du droit international, la non ingérence dans les affaires intérieures des autres états et le remplacement des confrontations par la coopération. La non ingérence n’est pas seulement la non intervention sur le plan militaire, mais aussi sur les plans diplomatique et économique : pas de sanctions unilatérales, pas de menaces lors de négociations et le traitement de tous les états sur un pied d’égalité. Au lieu de « dénoncer » sans arrêt les méchants dirigeants de pays comme la Russie, la Chine, l’Iran, Cuba, au nom des droits de l’homme, ce que la gauche anti-anti-guerre adore faire, nous devrions les écouter, dialoguer avec eux, et faire comprendre leurs points de vue politiques à nos concitoyens.

Evidemment, une telle politique ne résoudrait pas les problèmes des droits de l’homme, en Syrie, ou Libye ou ailleurs. Mais qu’est-ce qui les résout ? La politique d’ingérence augmente les tensions et la militarisation dans le monde. Les pays qui se sentent visés par cette politique, et ils sont nombreux, se défendent comme ils peuvent ; les campagnes de diabolisation empêchent les relations pacifiques entre états, les échanges culturels entre leurs citoyens et, indirectement, le développement des idées libérales que les partisans de l’ingérence prétendent promouvoir. A partir du moment où la gauche anti-anti-guerre a abandonné tout programme alternatif face à cette politique, elle a de fait renoncé à avoir la moindre influence sur les affaires du monde. Il n’est pas vrai qu’elle « aide les victimes » comme elle le prétend. A part détruire toute résistance ici à l’impérialisme et à la guerre, elle ne fait rien, les seuls qui agissent réellement étant, en fin de compte, les gouvernements américains. Leur confier le bien-être des peuples est une attitude de désespoir absolu.

Cette attitude est un aspect de la façon dont la majorité de la gauche a réagi à la « chute du communisme » , en soutenant l’exact contrepied des politiques suivies par les communistes, en particulier dans les affaires internationales, où toute opposition à l’impérialisme et toute défense de la souveraineté nationale est vue à gauche comme une forme d’archéo-stalinisme.

La politique d’ingérence, comme d’ailleurs la construction européenne, autre attaque majeure contre la souveraineté nationale, sont deux politiques de droite, l’une appuyant les tentatives américaines d’hégémonie, l’autre le néo-libéralisme et la destruction des droits sociaux, qui ont été justifiées en grande partie par des discours « de gauche » : les droits de l’homme, l’internationalisme, l’antiracisme et l’anti-nationalisme. Dans les deux cas, une gauche désorientée par la fin du communisme a cherché une bouée de secours dans un discours « humanitaire » et « généreux » , auquel manquait totalement une analyse réaliste des rapports de force dans le monde. Avec une gauche pareille, la droite n’a presque plus besoin d’idéologie, celle des droits de l’homme lui suffit.

Néanmoins, ces deux politiques, l’ingérence et la construction européenne, se trouvent aujourd’hui dans une impasse : l’impérialisme américain fait face à des difficultés énormes, à la fois sur le plan économique et diplomatique ; la politique d’ingérence a réussi à unir une bonne partie du monde contre elle. Presque plus personne ne croit à une autre Europe, à une Europe sociale, et l’Europe réellement existante, néo-libérale (la seule possible) ne suscite pas beaucoup d’enthousiasme parmi les travailleurs. Bien sûr, ces échecs profitent à la droite et à l’extrême-droite, mais cela uniquement parce que le plus gros de la gauche a abandonné la défense de la paix, du droit international et de la souveraineté nationale, comme condition de possibilité de la démocratie.

Jean Bricmont

version française du texte publié sur Counterpunch

(1) Sur cette organisation, voir Ahmed Halfaoui, Colonialiste d’« extrême gauche » ?

(2) Par exemple, en février 2011, un tract distribué à Toulouse demandait, à propos de la Libye et des menaces de “génocide” de la part de Kadhafi : “Où est l’Europe ? Où est la France ? Où est l’Amérique ? Où sont les ONG ? » et : « Est-ce que la valeur du pétrole et de l’uranium est plus importante que le peuple libyen ? » .

C’est-à-dire que les auteurs du tract, signé entre autres par :

Alternative Libertaire,
Europe Écologie-Les Verts,
Gauche Unitaire,
LDH,
Lutte Ouvrière,
Mouvement de la Paix (Comité 31),
MRAP,
NPA31,
OCML-Voie Prolétarienne Toulouse,
PCF31,
Parti Communiste Tunisien,
Parti de Gauche31,


reprochaient aux Occidentaux de ne pas intervenir, en raison d’intérêts économiques.
On se demande ce qu’ont du penser ces auteurs lorsque le CNT libyen a promis de vendre 35% du pétrole libyen à la France (et cela, indépendamment du fait que cette promesse soit ou non tenue ou que le pétrole soit ou non la cause de la guerre).

(3) Voir par exemple : Jodie Evans, Why I Had to Challenge Amnesty International-USA’s Claim That NATO’s Presence Benefits Afghan

__________________



Ci-dessous l'article de Mohamed Arfaoui dénonce tout particulièrement les thèses du NPA :

Colonialiste d’« extrême gauche » ?


7 novembre 2012
Ahmed HALFAOUI


En ces temps troubles que traversent nos contrées ciblées par la voracité colonialiste, les positions d’une partie de l’extrême gauche, française en particulier, constituent un indicateur très significatif de l’union sacrée qui se construit par-dessus les déchirements qui peuvent affecter les élites politiques occidentales.
Car, lorsque la gangrène gagne les parties les plus réfractaires du champ politique, elle révèle l’ampleur de son expansion.

La Libye d’abord et la Syrie ensuite ont surtout servi de révélateur au phénomène de conversion du Nouveau parti anticapitaliste d’adversaire de la mondialisation impérialiste en soutien aux entreprises de l’OTAN.

L’expression de ce soutien est très subtile par la conservation de la marque de fabrique, sans laquelle le courant perdrait son identité « marxiste-révolutionnaire » , partant sa raison d’être.
Mais plus la crise syrienne dure, plus l’alignement contre-nature se précise, malgré les précautions qui peuvent être prises, dont l’attitude critique envers l’intervention étrangère.

Dans une dernière livraison, intitulée « Syrie : les mauvais remèdes des impérialistes » , ce sont les arguments de l’Alliance atlantique qui sont confortés ouvertement.
Ainsi, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann et Bernard Kouchner auraient raison de vouloir « livrer des armes à la révolution » , parce qu’ « on ne saurait pas être contre, à condition toutefois de préciser certaines conditions » .
Celles de « livrer avant tout des armes dont les rebelles puissent facilement se servir en toute autonomie, sans tomber dans le besoin d’avoir recours à des ‘’conseillers’’ militaires » .
Etant donné que « le problème ne réside pas dans la description de la réalité actuelle par les auteurs, qui sonne dans une bonne partie juste » et qu’il « réside dans les remèdes qu’ils prétendent y apporter » .

Après cette franche reconnaissance de la proximité des points de vue avec les propagandistes atlantistes, suivent des conseils qui pourraient éviter les « mauvais remèdes » .
C’est-à-dire que l’agression en elle-même pourrait, selon nos « marxistes » en délire, être menée dans le seul intérêt du peuple syrien, grâce à leur pression. Et ils y vont : « Nous disons fermement, quant à nous, qu’une intervention militaire de l’Otan, de l’Union européenne, de la France et des USA n’est pas une solution réaliste, souhaitable et soutenable » , sans plus et sans que cette intervention soit dénoncée dans son principe, ne serait-ce que du seul point de vue de faire barrage à l’agression.

Ici l’avertissement est tordant : « Le remède risque d’être créateur de beaucoup d’autres maux et d’autres massacres » .
Il est donné en comparaison de l’aventure libyenne, implicitement légitimée, du fait que « la Libye (était) un pays militairement faible, faiblement peuplé » , au contraire de la Syrie « pays nettement plus densément peuplé, société multiconfessionnelle et multiethnique » , qui « risque de produire des conséquences très différentes » .
Sinon, pourrait-on ajouter, les bombardiers auraient pu y aller et installer à Damas les prétendants dûment listés par Hillary Clinton.

Par Ahmed Halfaoui

lesdebats.com



Edité le 05-01-2013 à 23:15:22 par Xuan




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   Posté le 17-01-2013 à 13:34:59   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Nous ne partageons pas l'ensemble des positions du ROCML, essentiellement pour ce qui concerne la Chine.
Mais nous associons pleinement à cet appel important à l'unité des anti-impérialistes et des marxistes-léninistes, dirigé contre l'impérialisme occidental qui pratique la subversion, la guerre et le dépeçage des nations pour satisfaire les appétits des monopoles, et tout particulièrement contre notre propre impérialisme.

Je mets en ligne ici un article extrait de la
Voix des communistes n° 8
Organe central du Rassemblement Organisé des Communistes Marxistes-Léninistes


[téléchargement]
Source : ROCML

SYRIE
QU’EST DEVENU LE MOUVEMENT ANTI-IMPERIALISTE EN FRANCE ?


Que ce soit pour s’opposer à l’agression armée directe des impérialistes occidentaux contre la Côte d’Ivoire puis la Libye et aujourd’hui pour s’opposer à celle dirigée contre la Syrie et réalisée par mercenaires interposés, aucun mouvement d’opposition concret ne s’est manifesté ici, en France. Pourtant, dans ces trois cas, l’impérialisme français est au premier rang des agresseurs.
Avant l’agression étasunienne et britannique contre l’Irak, des centaines de milliers de manifestants s’étaient rassemblés à Paris pour dénoncer l’acte criminel en préparation. Le gouvernement français s’était lui-même refusé d’accompagner les USA et la Grande Bretagne.
Pour la LIBYE et la SYRIE, rien…à part quelques communiqués de presse.

Alors ? Paradoxe ? Peut-être.
Ou peut-être pas…
En tout cas, visiblement, il est plus difficile de s’opposer à son propre impérialisme que de dénoncer les impérialismes autres que le sien ! Phénomène à approfondir…
En tout cas aussi, après Sarkozy, Hollande a les mains libres pour conduire l’agression contre la Syrie.

Comment expliquer cette absence du mouvement anti-impérialiste?
Pour les uns, Bachar El Assad comme Khaddafi et Gbagbo avant lui, sont des dictateurs et on ne peut que se réjouir de la chute d’un dictateur.

Pas question donc, pour ces bons démocrates de s’opposer aux campagnes politico-militaires occidentales visant à les chasser du pouvoir avant de les assassiner. Le fait que leurs tombeurs soient des puissances impérialistes (USA, Grande Bretagne, France), des régimes moyenâgeux tout aussi dictatoriaux (Qatar, Arabie Saoudite), des troupes sanguinaires recrutées dans les organisations terroristes internationales (Djihadistes de diverses obédiences, Al Qaïda…), tout cela les laisse indifférents. La tête des dictateurs devenus subitement les ennemis des gérants réunis de l’Etat français, voilà leur credo. Qu’importe même si après leur chute, les pires ennemis de leur « démocratie », les pires régimes obscurantistes s’imposent à leur place.

Tous les partis de gauche, de la gauche de la gauche, en passant par Mélenchon et Besancenot, toutes les organisations démocratiques comme la Ligue des Droit de l’Homme tous ont soutenu, soutiennent ou laissent faire avec bienveillance les politiques militaires agressives dictées par les intérêts économiques et géostratégiques de l’impérialisme français.

Cette gauche et extrême gauche trotskyste là ne s’étaient pas opposées, au contraire, à la politique impérialiste guerrière de la droite. Elles ne peuvent aujourd’hui qu’appuyer cette même politique quand elle est impulsée par la gauche. On ne s’étonnera donc pas des positions de ces soutiens traditionnels directs ou indirects, ouverts ou complaisants de l’impérialisme français.

Ce qui est plus incompréhensible en revanche, c’est la frigidité incroyable des organisations du courant communiste marxiste léniniste face à la tâche fondamentale de construire le front contre les guerres impérialistes actuelles.

Le ROCML a lancé un appel aux organisations communistes se réclamant du marxisme léninisme et aux organisations anti-impérialistes pour former un front de lutte contre l’agression impérialiste occidentale contre la Syrie, et en particulier contre la politique belliciste de l’impérialisme français. Cet appel était accompagné d’une invitation à une première réunion le 12 octobre 2012 à Paris.

Toutes les organisations de ce courant ont reçu cette invitation.

Le PCOF, l’URCF, Le RCC, COMMUNISTES, l’OCML/VP n’ont pas répondu. Le PRCF a répondu tardivement qu’il était d’accord avec l’appel, mais n’est pas venu à la réunion.

Depuis, plus de nouvelles.

Lors de la réunion, des personnes se sont avérées comme désireuses d’inclure dans la base politique du front, un soutien explicite à Bachar El Assad.
Un désaccord s’est imposé sur ce point. Ces militants pro-Assad se sont donc exclus de l’appel.
Les autres participants à la réunion ont au contraire affirmé leur accord avec le contenu de l’appel.

Une deuxième réunion est prévue à laquelle seront de nouveau invités, sur la base de l’appel, les organisations et les militants contactés pour participer à la première.

Le ROCML espère encore que le PCOF, l’URCF, le PRCF, le RCC, l’OCML/VP et d’autres organisations contactées viendront s’associer à ceux qui se sont déjà engagés autour de cet appel.
Car aucune raison ne peut justifier que les marxistes léninistes et les anti-impérialistes soient divisés et donc inactifs, face à la nécessité de combattre notre propre impérialisme dans ses guerres de pillage et de domination.

Ou alors… il faudra chercher des explications !

Cela signifie-t-il qu’il faille soutenir et que nous soutenions Bachar El Assad et son régime ?

Nullement. Bachar El Assad est le représentant d’une partie de la bourgeoisie syrienne. Les luttes populaires et ouvrières ont été durement réprimées, de même que le mouvement communiste syrien, par le régime baasiste.
Cela, nous le savons et ne l’oublions pas. Nous ne soutenons pas Bachar El Assad en tant qu’individu et encore moins en tant que l’un des chefs de la bourgeoisie syrienne.

Notre doctrine internationaliste nous place aux côtés des prolétaires et du peuple syrien.

Mais alors, faut-il le dénoncer ?
Pas plus. Nous pensons que laquestion, aujourd’hui, n’est pas de dénoncer les actes passés de Bachar El Assad. Même si nous savons qu’il pourrait y recourir de nouveau.
La question est de savoir si la défaite de Bachar El Assad, c’est-à-dire la victoire des impérialistes occidentaux suivie de l’installation d’une dictature religieuse sous tutelle impérialiste, apporterait un avantage pour les luttes des prolétaires et du peuple syrien et pour les peuples de la région.

Seuls des inconscients pourraient répondre oui à cette question.

En bref, nous condamnons l’intervention impérialiste occidentale contre la Syrie et son peuple, et nous appelons à construire un front d’action contre la participation active de l’impérialisme français dans cette agression.
Nous condamnons cette intervention au nom du droit des nations à disposer d’elles-mêmes et au nom de notre soutien au peuple et aux ouvriers syriens.
Nous ne soutenons ni ne combattons Bachar El Assad. Cette question concerne le peuple syrien lui-même.

Nous souhaitons la défaite de l’impérialisme, de notre propre impérialisme.

Nous espérons convaincre l’ensemble des communistes et des anti-impérialistes de la justesse de notre analyse, de nos positions et de nos propositions.
Mais même si des divergences existent sur certains points, nous les appelons à construire avec nous le front de lutte contre l’intervention impérialiste contre la Syrie sur la base de l’appel du ROCML.

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   Posté le 19-01-2013 à 21:03:42   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur ce sujet je rappelle le post Persévérer dans la lutte anti-impérialiste mis en ligne en décembre 2008.

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   Posté le 10-09-2013 à 18:03:32   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Un mot à propos de l'article Le repartage du monde entre les puissances impérialistes - Les marxistes-léninistes-maoïstes et les confusionnistes , dont nous ne partageons absolument pas les positions.

Il ne sert à rien de se réclamer de Lénine ou de Mao Tsé-toung si c’est pour caricaturer la théorie marxiste-léniniste sur les luttes de libération nationale.
Que signifie ce résidu de citation « La théorie maoïste nous apprend que « partout ou il y a une guerre, il y a une situation militaire d’ensemble.» (Mao Tse Toung, Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine). » , sinon faire passer Mao Tsé-toung pour un demeuré ?
La compréhension de la situation d’ensemble a permis à Mao Tsé-toung et au PCC de réaliser un Front Uni anti japonais avec le massacreur de Shanghai, qui avait tenté plusieurs campagnes d’extermination contre les communistes.

La « nature impérialiste » de la Russie et de la Chine n’est absolument pas démontrée par les faits. Ces deux pays ont un comportement diamétralement opposé à celui des pays impérialistes et contribuent à préserver la paix au Proche Orient au lieu d’y semer la guerre.

Assad est un anti communiste, ce n’est pas une découverte. Aujourd’hui il s’oppose au terrorisme et à l’impérialisme. C’est une réalité. Supprimez aujourd’hui l’armée syrienne et que devient la lutte du peuple syrien invoquée par nos « maoïstes » ?
Ce n’est pas une découverte non plus que la bourgeoisie nationale présente souvent ces caractéristiques et qu’elle n’est pas toujours ferme dans son opposition à l’impérialisme, comme Mao Tsé-toung précisément l’a démontré sur le plan théorique et pratique.
C’est aux communistes syriens d’élaborer une juste ligne politique dans les conditions particulières d’une agression étrangère, et nous n’avons certainement pas à dicter aux « éléments avancés de la classe ouvrière syrienne » la conduite à tenir. L’époque des « partis pères » est révolue.

La principale confusion dans notre pays résulte de la position opportuniste du P « C »F, qui reprend régulièrement les thèses de l’humanitarisme petit-bourgeois et les invectives des impérialistes envers les pays émergents et leurs « dictateurs ».
La seconde confusion est que les souverainistes, les fascistes et les antisémites utilisent nos hésitations pour se faire les champions de la lutte contre l’impérialisme.

La guerre que veulent entreprendre les impérialistes contre le peuple et la nation syrienne, après l’Irak, puis la Libye, soulève l’opposition des peuples du monde et de nombreux états. Il s’agit d’un Front Uni mondial contre l’impérialisme et l’hégémonisme US en particulier.
Dans notre pays nous nous réjouissons que l’ensemble des marxistes-léninistes dénoncent l’intervention française, à l’unisson avec l’immense majorité des masses populaires.

Poursuivons et élargissons l’opposition à la guerre.

Pas d’intervention !
Retrait de l’OTAN !
Fabius dehors !


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   Posté le 10-09-2013 à 18:06:46   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Commentaire de Jacques Lacaze sur le blog de J. Tourtaux :

Je partage tout à fait le point de vue exprimé par le camarade. Il faut en finir, dans les rangs de ceux qui s'autoproclament marxistes, léninistes, maoïstes etc de développer des point de vue aberrants en les habillant d'une citation hors contexte. Nous devons comprendre ce qui se passe aujourd'hui dans le cadre de l'affrontement mondial actuel entre la Révolution et l'impérialisme agonisant, mais toujours aussi féroce et destructeur.
Pas plus Marx que Lénine, l'oncle Ho ou Castro entre autres n'ont passé leur temps à citer.
Ils ont analysé les situations concrètes de leur temps, mondiales et nationales en gros. Faisons comme eux. Ces groupes qui s'accrochent comme des noyés aux "célèbres citations" qui cherchent à comprendre notre histoire à partir de situations totalement différentes se fourvoient et fourvoient les masses.

Aujourd'hui il existe deux pôles principaux de résistance à l'impérialisme: l'Amérique du Sud et le Machrik (que les colonialistes dénomment moyen-orient, comme ils parlaient d'indochine en évoquant les nations de cette région).
Le devoir des progressistes et des communistes est de soutenir ces résistances. Les contradictions qui ne peuvent qu'apparaître, comme le signale le camarade, sont des contradictions au sein du peuple à régler par la voie démocratique.

Et je le dit sans la moindre arrière pensée, vive la Résistance des peuples et armées des nations du Machrik et du Magreb. Ils sont en train de remporter une victoire historique qui ne peut qu'affaiblir l'impérialisme. Notre soutien doit leur être acquis à 100%. Vive l'internationalisme militant.

Jacques Lacaze, militant pour le communisme.
Commentaire n°1 posté par Jacques Lacaze aujourd'hui à 09h37

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