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 Forum Marxiste-Léniniste  Théorie  Chine : capitalisme ou socialisme ? 

 Droits de l'Homme en Chine

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Plaristes
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   Posté le 11-05-2020 à 15:28:41   Voir le profil de Plaristes (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Plaristes   

avantd e commencer :
Meca culpa, sur l’Afrique, l'impérialisme chinois n'est pas aussi vicelard que sa contrepartie occidentale.


https://youtu.be/ppZpRd8DyT0

Ce que dit zizek à la fin sur la psyché et paradigme chinois est intéressant.
je sais que je vais à contre courant, mais avant de saluer les chinois comme on le devrait il ya des rappelles à faire et des leçon qui n'ont pas été apprises.

Mais bon, vu votre haine incontestables de l'hégéliano-marxisme, manifesté lorsque j'ai invoqué la parabole des éclusent ouverte inondant des village pour finir dans des rizières croupissantes (représentant le néocufusianisme ambiant et ses conséquences), représentant la réalité difficile et contradictoire de la chine.

Pourtant, le fait qu'il ait fallu attendre de nos jours pour que Liu Xiaobo soit remis en question, devrait vous avoir déjà mis la puce à l'oreille sur les déboirs de ce système néo-impérial, rien que le préfixe néo, devrait vous interpeller. Ce ne sont nullement les élucubration d'un gaucho trokyste ou maoïste façon PCM.

Il est évident que les dégât causé à la chine par le petit livre rouge de Mao (que Mao avait lancé car il avait foiré son grand bon en avant) aurait des conséquence et laisserait des citatrices qui marqueraient la chine pour des décennies.

Vous savez ce que ça veut dire composer avec la déchéance du PCF, dont l'AF profite pour recruter des troupes au sein du prolétariat (occupation de l'usine de l'AF en Provence..)

Ici c'est la même chose.

https://youtu.be/IVJFUm7RMA0?t=1700

28:20

Petit cadeau pour vous.

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Xuan
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   Posté le 11-05-2020 à 20:30:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Pas la peine de commencer par un "mea culpa" pour recommencer à raconter n'importe quoi, afin de justifier ta haine du socialisme chinois.

"le fait qu'il ait fallu attendre de nos jours pour que Liu Xiaobo soit remis en question, devrait vous avoir déjà mis la puce à l'oreille sur les déboirs de ce système néo-impérial"
J'ai la vague impression que tu n'as pas changé et que tu lis très vite et sans réfléchir, parce que tu continues à mépriser les autres et à ne pas prêter attention à ce qui est écrit, ce qui te conduit ensuite à dire à peu près n'importe quoi sur le sujet.
Liu Xiaobo est un militant libéral anticommuniste, qui n'a évidemment jamais été soutenu ici et qui n'a rien à voir avec le socialisme chinois. Il est dénoncé au passage parce qu'il prétend défendre les "droits de l'homme" contre le socialisme chinois, alors qu'il a toujours défendu les méfaits de l'impérialisme. S'il a été cité ici c'est uniquement pour illustrer ce fil qui concerne la conception des droits de l'homme en Chine, opposée à la conception bourgeoise des droits de l'homme.

_____________


Le "petit livre rouge" a été un symbole de la révolution culturelle parce que des millions de chinois ont défilé en le brandissant. Les médias bourgeois ont donc assimilé la révolution culturelle et toutes ses dérives au petit livre rouge.

Or ce n'est pas lui qui a fait des dégâts en Chine, mais un courant gauchiste anarchisant qui a orienté la révolution culturelle contre la direction du PCC, mais aussi contre le contenu même du petit livre rouge.
Pour commencer ce n'est pas Mao Tsétoung qui a "lancé" le petit livre rouge, contrairement à ce que tu prétends, mais Lin Piao qui avait aussi signé la préface de la première édition.

En ce qui concerne le contenu du petit livre rouge deux exemples significatifs :

> Je rappelle que le premier chapitre du PLR s'intitule "Le Parti Communiste".
La première phrase dit :
"Le noyau dirigeant de notre cause c'est le Parti communiste chinois".
Le fondement théorique sur lequel se guide notre pensée , c'est le marxisme-léninisme."

Cela signifie - mais je te l'ai déjà dit et tu n'en as rien retenu comme d'hab - que la dérive gauchiste de la Révolution culturelle est allée à l'encontre du petit livre rouge.

> Le chapitre IV du petit livre rouge reprend sur 15 pages des extrait du texte fondamental "de la juste solution des contradictions au sein du peuple" .
Par exemple :
"Toute question d'ordre idéologique au sein du peuple ne peut être résolue que par des méthodes démocratiques, par la discussion, la critique, la persuasion et l'éducation ; on ne peut pas la résoudre par des méthodes coercitives et répressives"
Ce qui va également à l'encontre du mot d'ordre gauchiste "frapper sans merci" lancé pendant la révolution culturelle.

Le petit livre rouge est une compilation de textes bien antérieurs à la révolution culturelle, des années 30 à la première période du socialisme. Et la quasi totalité de ces textes restent fondamentalement justes du point de vue du PCC aujourd'hui.
D'ailleurs Xi Jinping reprend plusieurs mots d'ordre tirés de la pensée maotsétoung, en particulier le slogan "Servir le peuple" , qui occupe le chapitre XVII du petit livre rouge, de la page 209 à 214

Quand tu ne sais pas, mieux vaut te taire plutôt que répéter les âneries des révisionnistes, sinon tu passes toi-même pour un âne.
Si tu veux parler du petit livre rouge, commence par le lire et tu parleras ensuite.



Edité le 11-05-2020 à 20:44:56 par Xuan




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   Posté le 12-05-2020 à 13:44:24   Voir le profil de Plaristes (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Plaristes   

Errrrmmmmm
Je ne fais que le lien entre les effets constatable du petit livre rouge ici,en France avec Sartre.
C'est à dire des bandes d'étudiant qui humilient des agriculteurs et autre prolétaire en leur mettant des pancarte au coup les forçant à faire leur autocritique.

Cette attitude se disant MLM et pourtant profondément gauchiste se retrouve au PCM de nos jours.

Vous m'excuserez mais le marxisme-léninisme c'est comprendre les principes dans leur intégralité et non pas en faire un application dogmatique. D'où mon attachement à l'hégéliano-marxisme et les détours théorique à rallonge face à certains gauchistes,qui brandissent des textes de manière sélective, ou font des interprétation plutôt libéral des termes.

Par exemple : "la persuasion et l'éducation ; on ne peut pas la résoudre par des méthodes coercitives et répressives"

Certains gauchistes peuvent justifier que leur méthode tienne plus du premier que du second.


Il y aussi le faîte que je sois très attaché à la pensée du monde grec et chrétien.
Dans le monde chrétien, qui a inspiré Hegel, il n'y a pas d'harmonie naturelle, la contradiction ne quitte jamais le devant de la scène.
Avec le néo-confucianisme ambiant en Chine, tout va bien dans le meilleur des mondes, il n'y a pas de contradiction, circulez.
C'est ça qui me rend si hésitant à jeter des lauriers à la chine malgré certaines action remarquables. Quand c'est flou il y a un loup. Le risque de restauration capitaliste complète, est déjà écarté, mais ça ne veut pas dire que la chine est rouge pour autant...

Et concernant Xi-Jinping de nos jours :

A ce compte je peux faire Maurras un socialiste juste par ses passage démago pro-ouvriers et anti-capitalisme.


Pour moi c'est juste un bête nationalisme, le peu de rouge qu'il y a chez lui est plus un héritage qu'autre chose. Prétendre qu'il est plus maoïste que Mao, c'est ce qu'il a appris en étant jeune.
Sons socialisme est inclut dans son projet nationalisme, mais je ne crois en aucun cas que c'est objectif en soi et pour soi vu certaines magouilles au sein de l’appareil d'état chinois.

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Xuan
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   Posté le 12-05-2020 à 17:46:19   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le petit livre rouge n'est ni gauchiste ni sartrien
"Je ne fais que le lien entre les effets constatable du petit livre rouge ici,en France avec Sartre."
Ce ne sont pas les effets du petit livre rouge, ce sont les effets du gauchisme petit bourgeois. Si les mêmes agitent un drapeau rouge à la place tu vas brûler le drapeau rouge ?
Je t'ai dit de lire le petit livre rouge avant d'en parler. Quand tu l'auras fait on en reparlera.

En ce qui concerne le "nationalisme" de Xi Jinping.
Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, mais il est vrai que ni Clousclard ni Hegel ne s'en sont préoccupés, la Chine a été colonisée, piétinée par les puissances coloniales dont notre pays, et occupée par les fascistes japonais.
Elle s'est libérée par la lutte armée, une lutte qui lui a coûté des dizaines de millions de morts.

Lorsqu'elle a commencé à se redresser en produisant des marchandises pour les pays riches, ces derniers l'ont encore exploitée en payant ses ouvriers et ses ouvrières un dollar pour des cartes électroniques vendues 100 fois plus cher.
Aujourd'hui encore une résistance électrique est vendue moins de 20 € par un site chinois et revendue près de 100 € par une boite française.
A ce compte, la "relocalisation" des entreprises n'est pas pour tout de suite.

Mais la Chine s'est engagée dans une nouvelle voie après la crise de 2008, d'une part produire pour la consommation intérieure, et d'autre part développer elle-même la technologie et la science chinoises. Elle a fait dans ces domaines des progrès tels que les pays impérialistes sont maintenant à la traîne dans bien des domaines.
Alors les USA ont déclenché une guerre commerciale. La Chine a résisté à la guerre commerciale.

Lorsque la pandémie a commencé les pays impérialistes ont ironisé sur la Chine, ont critiqué ses mesures et tiré à boulet rouge sur ses moindres erreurs, ils ont nié ses résultats et inventé des chiffres sur le nombre de décès, mis en cause sa responsabilité dans la pandémie, etc. Bref une guerre idéologique de tous les instants.
Dans le même temps ces mêmes pays n'ont pas utilisé son expérience mais ont dû se ranger à ses méthodes à contre-coeur et de façon désordonnée, avec des résultats catastrophiques sur plan sanitaire.
Sur le terrain de la maîtrise de l'épidémie et de la reprise économique, la Chine est en tête maintenant. Et les économies bourgeoises piétinent et s'embourbent entre la reprise et de nouvelles infections.

Mais lorsqu'elle accuse enfin les idéologues bourgeois, ceux-ci s'étouffent "comment ! mais les Chinois sont d'abominables nationalistes ! Ils s'en prennent à nous qui sommes tellement pondérés et civilisés !"
En ce qui te concerne tu joues dans le même camp. Tu en es même au point de critiquer sans preuve, comme Trump : "vu certaines magouilles au sein de l’appareil d'état chinois" ...

L'unité des communistes repose sur les faits. Tu ne cites pas de faits ni de preuves. Résultat, ton discours n'est qu'un emballage vide.


Edité le 12-05-2020 à 17:47:20 par Xuan




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   Posté le 25-09-2020 à 18:06:59   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Xi Jinping appelle à une meilleure utilisation d'Internet pour écouter l'opinion publique


French.xinhuanet.com | Publié le 2020-09-25 à 10:51 http://french.xinhuanet.com/2020-09/25/c_139395841.htm

BEIJING, 25 septembre (Xinhua) -- Le président chinois Xi Jinping a appelé à une meilleure utilisation d'Internet pour tenir compte des opinions du peuple et mettre en commun sa sagesse.

M. Xi, également secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois et président de la Commission militaire centrale, a récemment donné l'instruction sur le travail de sollicitation en ligne d'opinions et de suggestions du public pour la formulation du 14e Plan quinquennal du pays pour le développement économique et social.

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   Posté le 11-12-2020 à 18:40:34   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le fétiche américain des droits humains tombe à plat dans l'épidémie: éditorial du Global Times

Source: Global Times Publié: 10/12/2020 21:33:40

https://www.globaltimes.cn/content/1209639.shtml

Jeudi a marqué la Journée des droits de l'homme. S'il existe une liste de pays dont la situation des droits de l'homme se détériore gravement cette année, les États-Unis figureront parmi les premiers. Les États-Unis ont de nouveau battu un record quotidien de décès par COVID-19 mercredi, avec au moins 3011 nouveaux décès. C'était plus que ceux qui sont morts des attentats du 11 septembre (2 977).

La politique partisane a provoqué l'abandon institutionnel de la lutte contre le virus aux États-Unis, conduisant le pays à une énorme tragédie humanitaire où des vies humaines sont traitées comme de l'herbe. L'administration américaine actuelle est en train de commettre des crimes contre l'humanité et elle devra éventuellement faire face à un procès moral par l'histoire.

Ironiquement, l'ambassade américaine en Chine a profité de cette journée pour appeler le peuple chinois à "prendre la parole et à sortir" pour défendre "le droit de réunion pacifique" . Mais l'ambassade n'a rien dit sur le bilan déplorable des États-Unis en matière de droits humains en 2020. L'appel de l'ambassade sur Sina Weibo a été largement moqué par les internautes chinois.

La situation des droits de l'homme dans le monde subit de profonds changements. Le concept des droits de l'homme modernes est né en Occident et pendant longtemps, les États-Unis ont eu le quasi-monopole de la définition des droits de l'homme.
Cependant, ces dernières années, l'attrait des États-Unis sur les questions des droits de l'homme s'est affaibli, principalement parce que la situation des droits de l'homme aux États-Unis n'a cessé de décliner parallèlement à la distorsion de la situation économique et sociale. C'est une tragédie que les États-Unis veulent forger du fer, seulement pour constater qu'il n'est pas assez difficile d'être le marteau.
L'épidémie de COVID-19 de cette année a été le Waterloo pour le «leadership» américain en matière de droits humains. Le pays a fait pire que de nombreux pays en développement, avec le plus grand nombre de morts et le plus grand nombre de cas au monde. Washington a fait de son mieux pour séparer sa grave situation épidémique des questions de droits de l'homme, mais il doit finalement faire face au lien apparent entre les deux - après tout, le nombre élevé d'Américains innocents tués par le virus est clairement enregistré, et d'autres pays qui ont fait un meilleur travail est en contraste frappant.

Dans le passé, la gloire des États-Unis masquait sa laideur. Même la situation des pauvres aux États-Unis n’était pas mauvaise par rapport à celle du reste du monde. C'était le fondement de la confiance de la société américaine dans les droits de l'homme. Cependant, l'avance économique du pays s'est affaiblie et l'écart entre les riches et les pauvres s'est élargi.
Cela a conduit à une érosion de sa confiance en soi. Son sentiment confortable de supériorité sur les droits de l'homme a également été miné et transformé en une frénésie indisciplinée.

Le concept des droits de l’homme est largement accepté dans le monde. Chaque pays doit déterminer les réalisations et les lacunes de son secteur des droits de l'homme et explorer la voie du développement des droits de l'homme. Les pays qui ne le font pas en paieront le prix.

Le problème est que les États-Unis et certains pays occidentaux considèrent les droits de l'homme comme leur ressource diplomatique favorable. Des pays, en particulier les États-Unis, ont transformé les droits de l'homme en un outil de pression sur d'autres pays, tandis que Washington n'est pas du tout intéressé à savoir si ses mesures contribuent au développement des droits de l'homme dans ces pays.

Prenez Hong Kong. La reprise de l'ordre est au cœur des affaires de Hong Kong, mais les États-Unis la qualifient de problème de droits de l'homme et y interviennent. Mais il est peu probable que les actions américaines améliorent les «droits de l'homme» à Hong Kong, elles ne feront que semer le trouble et ajouter des coûts au processus de montée en puissance de la Chine, ce qui est la véritable intention de Washington. Il est frustrant que le débat sur les droits de l’homme ait été transformé par Washington en un jeu géopolitique.

La Chine, qui s'est développée rapidement ces dernières années, a amélioré les droits de l'homme. La pensée indépendante du peuple chinois envers les droits humains modernes est devenue mature. L '«idole américaine» est tombée à plat, surtout depuis la pandémie COVID-19.

Le peuple chinois méprise l'hypocrisie américaine en ce qui concerne la question des droits de l'homme. Ils ont été témoins de la façon dont leur gouvernement a tout fait pour lutter contre le virus à n'importe quel prix, alors que ce qui contraste fortement, c'est que le gouvernement américain a fermé les yeux sur sa population pendant la pandémie. Les faits parlent plus que les mots. L'humanitarisme des États-Unis, un pays qui fait la leçon à la Chine sur les droits de l'homme, est passé au second plan pour gonfler le marché boursier.

La Chine est consciente qu'il y a place à l'amélioration en ce qui concerne ses droits de l'homme. Mais elle suivra sa propre voie en développant la cause des droits de l'homme et en la développant de manière régulière et rapide.

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   Posté le 21-12-2020 à 18:41:22   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Quels sont les droits de l'homme et qui doit les définir ?


Extrait de dnews :


Face aux récentes accusations des États-Unis sur les questions relatives aux droits de l’homme en Chine, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a déclaré: «Ce que les États-Unis ont fait en matière de droits de l’homme a montré au monde ce qu’est un droit de l’homme hypocrite semblable à un manuel. Nous devons vraiment réfléchir attentivement. Voici: Qu'est-ce que les droits de l'homme exactement? Qui devrait définir les droits de l'homme? "

Hua Chunying a déclaré: «Le droit à la subsistance et le droit au développement sont les droits humains les plus fondamentaux. Surtout dans la situation épidémique actuelle, le droit à la vie est le plus grand droit humain. Tout le monde a vu que face à l'épidémie, le gouvernement chinois insiste sur les gens d'abord et la vie. Premièrement, insistons pour que la sécurité des personnes et la santé physique passent avant tout, faisons de notre mieux pour protéger chaque vie, prendre bien soin de la santé de chacun et défendre la valeur et la dignité de chacun. En ce qui concerne les États-Unis maintenant, je pense que nous, Chinois Il y a des milliers de raisons d'être sincèrement fier et fier des progrès accomplis dans la cause des droits de l'homme dans notre pays. "

Hua Chunying a déclaré que si le gouvernement d'un pays ne se soucie même pas de la vie de ses citoyens et n'essaie pas de la protéger, comment peut-on croire qu'il se souciera vraiment, prendra soin et protégera les droits humains des autres pays? !


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   Posté le 01-01-2021 à 18:04:31   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le premier code civil chinois entre en vigueur, une garantie pour les droits privés

Par Global Times https://www.globaltimes.cn/page/202101/1211554.shtml
Publié: 01 janv.2021 13:26


Photo: VCG


Le tout premier Code civil chinois entre en vigueur le 1er janvier 2021. La nouvelle loi offre une protection juridique à toutes sortes de droits privés, répondant aux principales préoccupations publiques et plaçant les intérêts des citoyens au centre.
Le Code civil de la République populaire de Chine sera la première loi de la Chine avec "code" dans son nom, et deviendra la loi avec le plus d'articles dans le pays.
La loi est un vaste ensemble législatif qui comprend 1 260 articles en sept parties: dispositions générales, biens, contrats, droits de la personnalité, mariage et famille, héritage et responsabilité délictuelle.
La loi, en tant que déclaration sur la protection des droits civils, couvre la plupart des actes civils dans la vie d'une personne.

Il présente de nouveaux articles qui répondent à de nombreuses préoccupations sociales qui ont récemment surgi dans le pays, telles que la violation des droits d'image dans les vidéos d'échange de visage et les violations de la vie privée sur la collecte excessive d'informations personnelles par les applications de téléphonie mobile.
Avec la mise en œuvre de la loi, certaines institutions civiles compétentes ont introduit des règlements correspondants ou procédé à des ajustements.
Le bureau des affaires civiles de Pékin a déclaré jeudi que "le conseil en matière de mariage et de famille" sera ajouté comme une partie nécessaire de la procédure de demande de divorce dans la ville à partir de vendredi, une décision qui coopère avec la période de réflexion du divorce nouvellement introduite par la loi.
Une option permettant de choisir «de recevoir ou non des conseils en matière de mariage et de famille» sera ajoutée au processus de demande de divorce. De cette façon, un couple peut prendre des rendez-vous pour des services de conseil professionnel par des experts ou des organisations sociales sur une base volontaire.

Le Code civil ouvre une nouvelle ère de protection des droits civils en Chine, a déclaré Li Honglei, directeur adjoint de l'Institut de droit de l'Académie chinoise des sciences sociales, dans son article publié sur le Guang Ming Daily.
Li a déclaré que la loi est l'incarnation concentrée de l'état de droit avec le peuple au centre et qu'elle jouera un rôle important de valeur dans la législation, l'application de la loi et la justice.
Le Code civil a été adopté par la troisième session du 13e Congrès national du peuple le 28 mai 2020. Les dirigeants nationaux chinois ont déclaré que la loi protégeait mieux les droits et intérêts légitimes du peuple chinois.

Global Times

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   Posté le 07-04-2021 à 16:55:50   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Un article de Jean-Claude Delaunay sur le crédit social :

https://histoireetsociete.com/2021/04/05/le-systeme-de-credit-social-en-chine-par-jean-claude-delaunay-1/


LE SYSTEME DE CREDIT SOCIAL EN CHINE
par Jean-Claude Delaunay (1)
DANIELLE BLEITRACH 5 AVRIL 2021

Voici la première partie d’un texte de fond de Jean-Claude, il nous enverra la seconde partie soit en fin de semaine, soit la semaine prochaine. Je conseille donc à nos lecteurs studieux – nous sommes sans doute un des derniers lieux où on lit réellement et où le théorique retrouve sa fonction face au politique – de conserver la première partie et de relire l’ensemble après. Jean Claude apporte la richesse de la dimension économique, celle qui comme dans la préface à la critique de l’économie politique explore la contradiction entre forces productives et rapports de production. (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

(Première partie)

POSITION DU PROBLÈME

La révolution numérique, et les technologies qui vont avec, bouleversent la vie des sociétés dans lesquelles nous vivons sans que nous ne nous en rendions tout à fait compte. Il est banal de le dire aujourd’hui, mais que de changements dans les habitudes, dans les activités, dans le travail, avec l’introduction des portables autour des années 1980. La dimension la plus générale de ces technologies est la socialisation des activités et des relations qu’elles permettent ainsi que la rapidité des interactions entre les individus et les peuples et avec le milieu.

Notre époque est donc caractérisée d’une part, par un phénomène que l’on appelle la socialisation des forces productives matérielles. Cela veut dire notamment qu’elles ont un rayon d’action de plus en plus large, qu’elles peuvent mettre en rapport un nombre de plus en plus grand d’agents de toutes sortes, sans souci de la distance et du moment où le contact est pris, qu’elles peuvent stocker un très grand nombre d’informations, pour un usage immédiat ou ultérieur. La socialisation est effectuée dans l’espace et dans le temps. Cela veut dire aussi qu’existent les moyens intellectuels permettant de maitriser tout cela, en particulier ce qu’on appelle «le calcul numérique moderne et les big data». Cela veut dire enfin que leur fonctionnement dépend d’une main-dœuvre recevant de la société, une formation de plus en plus dense et longue. Il y a socialisation des forces productives humaines.

Ҫa, si je puis dire, c’est «le côté pile». Il y a «le côté face», à savoir les rapports sociaux adéquats au degré de socialisation de ces forces productives. L’analyse marxiste du capitalisme nous a appris, dans la droite ligne du Manifeste communiste de 1848, que la contradiction la plus importante du capitalisme industriel, comme de tout mode de production, était celle existant entre le développement de ses forces productives et les rapports de production en place. La dynamique du capitalisme engendrerait des forces productives de plus en plus puissantes, de plus en plus socialisées. Mais les rapports privés capitalistes de production seraient si étroits, si contraignants, qu’ils en empêcheraient le plein déploiement. Il s’en suivrait des pertes dans la production, des crises de toutes sortes. De nouveaux rapports de production, socialistes, seraient alors nécessaires pour que la révolution dans les capacités techniques et humaines engendrées par le mode de production capitaliste soient utilisées de manière radicalement différente.

Faire la révolution du mode de production capitaliste consisterait donc, pour les forces sociales révolutionnaires, à remplacer les rapports privés de production et de consommation par des rapports socialisés de production et de consommation. Est-ce cette exigence que nous observons aujourd’hui concernant les forces productives ?

En réalité, les choses sont plus compliquées que ne le suggère le schéma général que je viens de rappeler. Il est clair, que dans une société de type capitaliste, la mise en oeuvre de la révolution numérique et des techniques associées présente de graves dangers. Un livre récent de Cedric Durand en a souligné les risques dans les pays capitalistes[1].

Mais les membres d’une société de type socialiste sont-ils à l’abri de semblables menaces? Quelles sont les conditions devant être respectées pour que ces nouvelles technologies protègent aussi bien les individus que la société tout en contribuant à l’harmonie sociale? Quelles réflexions cela nous suggère-t-il pour la France?

Pour débattre concrètement de ces questions, je vais prendre un exemple, celui du Système de Crédit Social (SCS) actuellement en train d’être mis en place en Chine.

RAPIDE HISTOIRE DU SCS EN CHINE

Les premiers linéaments du SCS en Chine sont apparus en 1999, il y a 23 ans, Zhou Rongji étant premier ministre. Cette époque fut celle de la deuxième mandature de Jiang Zemin, celle au cours de laquelle ce dernier engagea réellement la politique de réforme et d’ouverture décidée 19 ans plus tôt. En cette fin de siècle, le gouvernement de la Chine souhaitait que des capitaux s’investissent dans ce pays, mais les entreprises susceptibles de venir voulaient savoir à quelles entreprises chinoises elles auraient à faire. Cette exigence est normale dans toute économie marchande. Elle est, depuis plus d’un siècle, admise dans le monde capitaliste. Dès lors que des Sociétés anonymes par actions purent, au XIXe siècle, demander aux rentiers de leur prêter leur argent, la législation s’adapta pour organiser la transparence des comptes de ces entreprises.

Ainsi peut-on suivre en Chine, à partir de Jiang Zemin/Zhou Rongji et pendant le gouvernement suivant Hu Jintao/Wei Jiabao, plusieurs réunions et déclarations sur ce sujet. En 2002, fut réaffirmé, au plus haut niveau, qu’il fallait créer «un système unifié, ouvert, compétitif d’économie de marché». Il fallait, en quelque sorte, réduire les coûts de transaction induits par le développement accéléré du marché chinois et de son insertion dans le marché mondial[2]. Le processus s’accéléra après la crise mondiale ouverte en 2008. En effet, les résultats de la politique monétaire chinoise qui s’en suivit ne furent pas convaincants, en raison notamment du comportement des entreprises. On note deux grandes réunions, présidées par le Premier ministre Wen Jiabao, sur ce sujet, en 2009 et 2011. C’est, toutefois, sous la présidence de Xi Jinping que les choses commencèrent vraiment à bouger, sur ce point comme sur plusieurs autres.

En juin 2014 (le 14), le Conseil de l’Etat (le Conseil des ministres) publia une circulaire indiquant «les grandes lignes d’un plan pour la construction d’un système de crédit social». Il y était indiqué que le SCS deviendrait opérationnel en 2020. Plusieurs réunions interministérielles eurent lieu par la suite à ce propos, notamment en 2017. Finalement, compte tenu de l’épidémie survenue en Chine fin 2019, mais peut être aussi en raison d’interrogations diverses restées en suspens, cette échéance fut reportée. Il est généralement estimé que les lois relatives au SCS, en Chine, devraient, toutes choses égales par ailleurs, devenir opérationnelles à partir de 2022. De plus en plus de notes sont diffusées sur le web par les cabinets de conseils pour que les entreprises étrangères (non chinoises) s’y préparent sérieusement.

On doit savoir également que, au cours des dernières années, le système aurait été testé dans 70 endroits environ, des grandes villes chinoises ou des zones peuplées. C’est une évaluation américaine. Elle vaut ce qu’elle vaut. Cela dit, cette pratique est conforme à la démarche administrative de ce pays qui, dans tous les domaines où cela est possible, adopte un comportement expérimental et pragmatique.

MAIS QU’EST-CE DONC QUE LE SCS CHINOIS?

L’information officielle relative à ce système est peu abondante, et quand elle existe, elle est généralement en chinois. Aussi ai-je principalement tiré mes informations du web anglophone et francophone. Cela dit, le web ne contient pas que des âneries. J’ai notamment utilisé une note rédigée et diffusée par l’Ambassade de France à Beijing sur ce sujet mais concernant principalement les entreprises[3]. C’est toutefois sous la réserve précise et officielle de la connaissance du projet de 2022 que j’ai entrepris la rédaction du présent texte.

Voici une définition du SCS chinois, extraite d’un article qui m’a semblé sérieux. Le SCS chinois «est un système numérique sécurisé de surveillance, de saisie et d’évaluation qui permet de classer et d’évaluer les individus, les fonctionnaires, les entreprises, les organisations et associations. Les mauvais comportements seront sanctionnés. Au contraire, ceux qui se conduisent de manière exemplaire bénéficieront de certains avantages »[4]. Je vais, à partir de cette définition, essayer d’éclairer les principaux aspects constitutifs du SCS chinois.

L’agent responsable du SCS chinois est l’Etat. Dans les pays capitalistes développés, il existe de nombreux SCS, parfois publics, comme le SCS de permis de conduire à points en France, mais aussi, et bien souvent, privés[5].
L’Etat chinois, qui dispose de ses propres données, par exemple judiciaires ou bancaires, y joindrait celles fournies par plusieurs très grandes sociétés chinoises privées, telles que Baidu, Alibaba, Tencent (BAT). Parmi les données collectées par l’Etat chinois, au niveau des provinces, figureraient les informations fournies par les caméras de surveillance (environ 400 millions).
Le projet est évidemment national. Il concernerait donc 1 milliard 400 millions d’individus dont 760 millions (54%) forment la population active (15 ans-60 ans). Cela dit, pour l’instant, les populations rurales ne semblent pas devoir être les premières concernées. En 2018, le nombre total des entreprises chinoises était de 18 millions, dont 14.5 millions (81%) avaient le statut d’entreprises privées[6].
Les données recueillies sont analogiques (caméras) et numériques. Mais, comme chacun sait, la fusion de ces deux types de données est désormais un problème résolu. Les techniques scientifiques de traitement de ces données est le domaine constitutif de la révolution numérique[7].

Théoriquement, le SCS devrait s’appliquer à toute la population. Trois ou quatre catégories de populations seraient distinguées :

> La population des entreprises avec des informations relatives à leurs performances économiques, en particulier la qualité de leurs produits, le paiement de leurs impôts, leurs comportements financiers, le respect de la législation et des directives concernant l’environnement, le comportement du personnel des entreprises à l’égard de la clientèle, les partenariats. On peut penser que le respect de la législation du travail fera partie de leur dossier, ainsi que le suivi des faits éventuels de corruption.

> La population des fonctionnaires, les réprimandes reçues, les promotions, les comportements à l’égard du public.

> Les citoyens ordinaires, dont une partie de la vie est connue par les jugements des tribunaux, les casiers judiciaires, l’état civil, les infractions au code de la route, les habitudes financières et la régularité des remboursements en cas d’emprunts, les enregistrements hypothécaires, les niveaux de revenu et les patrimoines, les déplacements en train et en avion, les achats divers de consommations, les communications, les comptes bancaires, les caméras de surveillance, etc.

> Les associations et organisations sociales.

Le SCS correspondrait à un système combinant éducation et incitation, positive ou négative, et non à un système de contrôle policier classique. Les personnes morales ou physiques disposeraient d’un crédit initial et ce montant augmenterait ou diminuerait en fonction du comportement de l’agent concerné. Les commentateurs reprennent souvent la procédure mise en oeuvre, en Chine, par un SCS privé géré par Alibaba, le système Sésame. Mais il faut attendre pour savoir quel sera vraiment la configuration finale du système. En fonction de ce montant, certaines opérations seraient facilitées ou rendues moins coûteuses (par exemple l’attribution de crédits) et d’autres seraient au contraire interdites, ou plus coûteuses.
En 2018, par exemple, la Commission Nationale pour le Développement et la Réforme a annoncé les sanctions suivantes déjà prises. En Chine, selon ces déclarations, 9 millions de personnes auraient été interdites de prendre l’avion (refus de vente de tickets) et 3 millions auraient été interdites d’accès aux trains de première classe.
Ces informations, diffusées telles quelles sur le web, sont insuffisantes. Il faudrait notamment savoir s’il s’agit d’un total cumulé ou d’un flux. Il s’agit vraisemblablement d’un total cumulé, mais alors depuis quand? Il faudrait savoir ensuite quels agents ont été concernés et pour quels motifs? Je n’ai malheureusement pas eu le temps de trouver les réponses officielles à ces questions. Mon hypothèse est que ces cas concernent surtout des débiteurs indélicats, des entrepreneurs qui n’ont pas d’argent pour rembourser leurs dettes mais qui estiment en avoir suffisamment pour voyager en avion ou en première classe. Cela dit, je n’ai mentionné cet exemple qu’à titre d’illustration de sanctions possibles.

Un dernier point descriptif du SCS chinois a trait à la transparence du système. Il est clair que, concernant les entreprises, celles-ci ont accès à leur note et peuvent en contester la validité. Une procédure est prévue à cet effet. Il n’y a aucune raison de penser que le traitement des autres agents (individus, fonctionnaires, associations) puisse être différent. La Chine est un Etat de droit et non une société arbitraire.

Au total, le SCS chinois semble être caractérisé par les traits suivants : son caractère public, son ampleur (le nombre des personnes physiques et morales concernées), sa puissance technique et intellectuelle, le grand nombre de bases de données qui vont être réunies pour le constituer, et par conséquent leur harmonisation préalable nécessaire, son caractère plus ou moins achevé selon les agents en cause, son caractère encore expérimental, sa dimension morale, sa finalité recherchée : non pas rendre la société plus conforme aux intérêts économiques et politiques des très grandes entreprises mais rendre la société plus harmonieuse, entre les agents pris deux à deux, entre les agents considérés séparément et l’Etat, entre l’ensemble des agents et l’Etat. Le SCS est un produit de la modernité technique et politique de la Chine ainsi que de son histoire particulière. Mais on en trouve des traces importantes de semblables systèmes dans d’autres pays que la Chine.
Que penser d’un tel système en général et du SCS chinois en particulier?

REMARQUES SUR LES SCS, EN GÉNÉRAL ET EN CHINE

J’ai lu avec le plus grand intérêt la chronique de German Sadoulev, reproduite sur le site Histoire et Société en janvier dernier ainsi d’ailleurs que le bref commentaire qu’en a fait Pierre Nouzier [8]. Je partage le jugement subjectif énoncé par Saboulev, à savoir que les sociétés occidentales ont, depuis longtemps, et bien avant le développement capitaliste du XIXe siècle, mis en place un SCS extrêmement puissant et rigoureux, qui s’appelle l’argent, la merveilleuse pièce de cent sous tapie dans le fond des consciences, comme l’écrivait Balzac. Et aussi, de son côté, «point d’argent, point de suisse, et l’affaire était close» , s’écriait le juge.

Cela dit, si le rappel que fait Sobolev est fondamentalement juste, il nous faut quand même creuser «un peu», comme le suggère gentiment Pierre Nouzier. Je ne dispose malheureusement pas de la documentation à laquelle ce dernier fait référence. Cela vaudrait certainement la peine qu’il prenne le temps d’en communiquer la substance aux lectrices et lecteurs de ce site. De mon côté, je vais développer quelques idées, au moins à titre d’hypothèses.

EXPLICATIONS SUPERFICIELLES ET PSEUDO-LITTERAIRES, DU «PHÉNOMÈNE SCS»

Ma première remarque vise à ne pas tenir compte des clichés et d’un certain nombre de pseudo explications du phénomène SCS chinois, et, simultanément du phénomène SCS. Des notions du genre : «La Contrôlocratie», «le Totalitarisme digital», «le Contrôle social 4.0», et j’en passe, la référence quasiment inévitable, dans ce genre de littérature, à Georges Orwell ou à Aldous Huxley, tout cela ne présente aucun intérêt scientifique. Les systèmes de contrôle social, au sens technique du terme, existent aussi bien dans les pays développés capitalistes qu’en Chine, et la nature privée de ces systèmes inquiète nombre d’observateurs de ces systèmes, aux Etats-Unis ou en Europe, et ils ont raison. Si l’on veut expliquer l’existence du phénomène SCS, réfléchir à son propos, il faut, en tout cas au départ, prendre appui sur une autre réalité que celle des rapports sociaux de production quitte à montrer ensuite l’incidence de ces derniers.

Il existe un autre type de commentaire que je tends à rejeter pour des raisons identiques ou proches. Il s’agit du commentaire culturaliste. Il est vrai que les Chinois, dans leurs façons de gouverner, accordent plus de place à la morale que cela ne se fait dans les pays capitalistes. On peut également observer que l’héritage confucéen y est encore vivace. Cela dit, parler de «Confucianisme numérique», comme le fait Sobolev, m’apparaît davantage comme un effet de style que comme l’expression d’une réflexion solide.

Lorsque Xi Jinping et son équipe furent promus aux responsabilité suprêmes, fin 2012, la situation dont ils recevaient l’héritage ne relevait pas de la spéculation métaphysique mais des faits. Ce qu’il faut expliquer, à mon avis, ce sont les raisons pour lesquelles les dirigeants de la Chine sont alors passés, d’une conception du SCS initialement limitée aux entreprises, en 1999, à une conception visant, en 2014, l’ensemble des agents (Entreprises, Ménages, Administrations). Ces dirigeants n’étaient pas plus, ou pas moins confucéens en 2014 qu’en 1999. J’aurais même tendance à croire qu’ils l’étaient moins. Alors?

ESSAI D’EXPLICATION GÉNÉRALE DE L’EXISTENCE DU «PHENOMENE SCS»

Je voudrais, dans ce deuxième point, expliquer les raisons pour lesquelles, selon moi, les systèmes de contrôle social sont inévitables, généraux, et se développeront de plus en plus. Ces raisons sont, me semble-t-il, l’existence d’un degré de plus en plus élevé de complexité dans les sociétés modernes, qu’elles soient capitalistes ou socialistes.

En raison d’un quadruple mouvement de croissance démographique, de croissance de la puissance productive des sociétés, de généralisation de l’exigence du développement et de mondialisation des échanges, le nombre mondial des relations constitutives de la vie économique et politique des sociétés a considérablement augmenté, dans l’espace et dans le temps. Je ne suis pas en mesure d’évaluer ce nombre mais c’est l’hypothèse sur laquelle je construis mon raisonnement.

La première conséquence immédiate que j’en tire est que plus le système est complexe et plus il a besoin de sécurité, car la défaillance d’un élément du système complexe a des répercussions importantes dans tout l’ensemble. Par exemple, on a pu mesurer récemment combien l’envasement d’un navire dans le Canal de Suez pouvait avoir de conséquences économiques multiples. L’actuelle pandémie est une autre illustration de mon propos, encore plus cruelle pour le système capitaliste. Les «incompétents notoires» qui gèrent ce système, que ce soit aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, ou ailleurs, se sont plus qu’envasés dans le Canal de Suez, parce qu’ils n’ont pas assuré, et volontairement n’assurent pas, la sécurité de l’ensemble des relations dont ils ont la charge.

La deuxième conséquence que je crois devoir tirer de cette hypothèse est que le besoin de sécurité conduit à élargir le nombre des agents concernés. Je ne sais pas comment s’est passé concrètement avec l’équipe Xi Jimping en 2014. Mais le scénario le plus vraisemblable me paraît avoir été le suivant.

En 1999, il s’agissait de satisfaire une demande venue de l’extérieur, relativement aux entreprises chinoises. Puis avec la Réforme et l’Ouverture, le nombre des entreprises de statut privé, chinoises ou étrangères, implantées en Chine s’est accru et a tendu à devenir majoritaire. Puisque la Chine est un pays socialiste, le développement du nombre de ces entreprises implique qu’elles soient contrôlées, non pas de manière tatillonne et bureaucratique, à la mode égyptienne [9], mais néanmoins de façon complète et ferme. Selon mon interprétation, le SCS appliqué aux entreprises en Chine est et sera, au niveau des entreprises de ce pays et dans les conditions de notre époque, la traduction administrative et technique de la dictature démocratique du peuple.

Suffit-il alors d’en rester aux entreprises? En réalité, cela ne paraît pas suffisant. Les entreprises ne forment pas un univers clos. Elles sont en rapport avec les autre agents, les ménages, les administrations, les comptes de l’extérieur. Par des cheminements que je ne décris pas ici, mais qui se traduisent notamment par une corruption massive, ou par des formes instables de crédit, ou par des achats spéculatifs de logements, c’est l’ensemble des agents dont il faut suivre, parfois réprimander ou punir, mais généralement orienter le comportement. La main invisible des big data serait venue en renfort de la main invisible du marché. Le marché du socialisme de marché n’est pas de même nature que le marché du capitalisme, c’est l’évidence. Le phénomène SCS en est, pour moi, une nouvelle illustration.

Les sociétés capitalistes sont viables lorsque leur degré de complexité est faible. Ce sont alors des sociétés à risques en même temps que des sociétés à fort développement industriel. Lorsque les risques se déclenchent, leurs effets sont relativement réduits et les luttes sociales que stimule ce système y font face, tant bien que mal.

Puis vient un moment où le degré de complexité des systèmes de ce genre dépasse un certain seuil. Le risque existe et croît en conséquence. Son déclenchement entraîne des pertes humaines et de matière considérables et croissantes. Les maîtres du système ne veulent pas en subir les effets. Ils recherchent eux aussi la sécurité, mais pour leur propre compte tout en accroissant le risque pour autrui.

En sorte que, plus les sociétés deviennent complexes et plus les classes exploitées ont besoin de remplacer le risque et l’incertitude, qui sont inhérents aux formes capitalistes de maîtrise de la production, mais qui sont éminemment destructrices, par la sécurité et l’incertitude contrôlées, inhérentes aux formes socialistes de la production. C’est ce qui se produit depuis un siècle, dans les lutte et les révolutions sociales, et cela va continuer de se produire.

Pour ce qui concerne les SCS proprement dits, la conclusion de mon raisonnement est la suivante. Les SCS expriment un besoin général de sécurité en raison du degré élevé de complexité atteint en quelque système que ce soit, capitaliste et socialiste. Mais les rapports capitalistes et socialistes n’engendreraient pas les mêmes types de SCS. Dans les pays capitalistes, les SCS seraient mis en œuvre de manière privée. Ils seraient limités en champ d’action et intenses en contrainte.

Dans les pays socialistes, au contraire, les SCS seraient d’origine étatique, sociale. Leur champ d’action serait a priori beaucoup plus vaste que dans un pays capitaliste. Leur force de contrainte, qui serait surtout celle de l’incitation, aurait pour orientation la satisfaction des besoins populaires et non le service absolu et complet des intérêts de quelques uns.

Tels sont les aspects du SCS chinois que, dans cette première partie, je souhaitais mettre en lumière, tout en situant ce phénomène dans un contexte plus général. Je me propose, dans la deuxième partie de ce texte, de procéder à une analyse comparée des SCS propres aux deux types de société, capitaliste et socialiste, de façon à mieux comprendre les réticences que nous éprouvons, ou pouvons éprouver, à l’égard du SCS chinois.

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[1] Cédric Durand, 2020, Techno-Féodalisme, Critique de l’Économie Numérique, Edition Zones.

[2]Eunsun Cho, «The Social Credit System : Not Just an Other Chinese Idiosyncracy», Journal of Public and International Affairs, une publication de la Princeton University, en ligne. Une idiosyncrasie est une manière d’être particulière d’un individu ou d’un peuple. Le SCS, selon cet auteur, serait plus et autre chose qu’une façon chinoise de concevoir le fonctionnement de la société.

[3]Ambassade de France à Pékin, texte de 2019.

[4]IONOS, «Le Système de Crédit en Chine, Un système de notation, De nombreuses conséquences», Digital Guide, 12/03/2021, en ligne.

[5]Une journaliste nord-américaine, Kristin Houser, décrit, dans un article en ligne du 29 Août 2019 («America Has a SCS much like China’s, but it was built by Silicon Valley and not by the Government), divers systèmes de lutte contre la fraude (par exemple dans les Assurances, dans les Bars et Restaurants (délit de grivellerie)). Mais elle note que ces systèmes sont implantés en dehors du système judiciaire. Elle se demande : «Est-ce que Silicon Valley est en train de remplacer Washington D.C.?». Au delà des contrôles économiques, ce sont les idées contenues dans les textes ou défendues par les personnes qui tendent aujourd’hui à être contrôlées par des institutions privées telles que Facebook.

[6]Statistical Chinese Yearbook 2019.

[7]Ivan Lavalée et Jean-Pierre Nigoul, 2002, CyberEspace, Le Temps des Cerises, Paris, (200 exemplaires vendus); Ivan Lavallée (son blog) «Regard Communiste sur les 80 ans écoulés». Ivan Lavallée se prépare à publier une nouvelle version de l’ouvrage auquel il a contribué en 2002. On notera avec quelle impétuosité les communistes français, mais aussi d’autres catégories sociales, se sont précipité sur l’ouvrage de 2002, alors que ses auteurs sont quand même 2 scientifiques importants de la discipline et non des zozos conceptualisateurs.

[8]German Saboulev, «Crédit Social en Chine : Camp de Concentration ou Digitalisation de la Justice Sociale?», traduction de Marianne Dunlop (https//svpressa.ru/society/article/286571), mis en ligne sur Histoire et Société le 13 janvier 2021.

[9]Certains appellent l’Egypte «le pays des 15.000 tampons».


Edité le 07-04-2021 à 17:01:16 par Xuan




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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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LE SYSTÈME DE CRÉDIT SOCIAL EN CHINE (2) par J.Cl. Delaunay

DANIELLE BLEITRACH 14 AVRIL 2021TEXTES FONDAMENTAUX
https://histoireetsociete.com/2021/04/14/le-systeme-de-credit-social-en-chine2-par-j-cl-delaunay/


J.Cl. Delaunay nous envoie la deuxième partie de son texte important sur le crédit social, une troisième partie suivra. J’en profite pour préciser deux ou trois choses sur le fonctionnement de ce blog. Nous avons pris la position de soutenir la candidature de Fabien Roussel, elle-même ayant donné lieu à une consultation démocratique proche de ce qui nous paraît être cet engagement communiste que nous avons connu. Ceci dans la perspective d’une refonte d’un parti communiste français, pour redevenir un parti révolutionnaire, de classe, discipliné mais où chacun compte pour un. C’est un possible et il a d’autant plus de chance de réussir qu’il reçoit l’aide de ceux qui pour autant ne doivent pas faire baisser leur exigence. Il n’est pas dit qu’il réussira mais sans parti communiste il n’y aura pas de socialisme et c’est ce qui nous réunit ici. Cela dit le blog conserve son souci premier : être un lieu de rencontre entre tous ceux qui ont besoin d’approfondir cette question. C’est notre contribution essentielle et elle ne se confond pas avec une discipline de parti. Donc voici ce texte important parce qu’à travers les “crédits sociaux” nous sommes confrontés non seulement à la propagande occidentale mais également aux différences de socialisme tels que peuvent le souhaiter différentes nations, civilisations, avec leurs traditions et leur histoire. Il y a là une “méthode” qui mérite toute notre attention. (note de Danielle Bleitrach histoire et société

(Deuxième partie)

J’ai procédé, dans la première partie de ce texte, à une présentation factuelle rapide du SCS chinois et j’en suis arrivé à la conclusion que le phénomène SCS était un phénomène général, observable non seulement en Chine mais dans l’ensemble des pays développés. Ce caractère général est explicable par le niveau actuellement atteint par la révolution numérique et par le degré de complexité des sociétés contemporaines, mais il est néanmoins différencié par les rapports sociaux de production propres à chacune d’elles.

Je me propose, dans cette seconde partie, d’approfondir cette approche, de façon à mieux comprendre d’une part les réserves que les chercheurs occidentaux éprouvent le plus souvent devant le système chinois de crédit social et d’autre part la rationalité de ce système. Est-il généralisable ou pas? Comment pourrait-il évoluer? Pour essayer de répondre à ces questions, il m’a semblé nécessaire de procéder à deux catégories successives d’analyses.

La première consiste à analyser le SCS chinois «dans son contexte», celui de ses rapports sociaux de production véritables et non dans un contexte imaginaire ou tronqué, comme le font généralement les analystes occidentaux.

La deuxième consiste, en mettant en œuvre une conceptualisation de référence marxiste, à analyser les SCS chinois et occidentaux «dans leurs contenus économiques comparé» et d’en déduire un certain nombre de conséquences politiques. Je pense que ce niveau est celui qui convient le mieux pour rendre compte du SCS chinois comme de l’ensemble des SCS.

SCS ET CONTEXTE DES RAPPORTS SOCIAUX
A PROBLÉMATIQUE ET CONCEPTS D’UNE SOCIÉTÉ COMPLEXE

Je propose ci-après un schéma censé représenter, à l’aide de 3 vecteurs, une société (une économie) complexe moderne. Elle comprendrait le vecteur de la décision et de sa forme politique (vecteur 2), le vecteur de la production (vecteur 3), le vecteur de la consommation (vecteur 1). Le fonctionnement de cette société résulterait de la dialectique de 1 et 3 sous la responsabilité de 2.



Chaque vecteur peut être considéré comme la somme de deux vecteurs. Il s’agit d’une somme dialectique, si je puis dire. Ainsi, la démocratie, ou moyen du développement (vecteur 2), est la somme dialectique des composantes Peuple et Etat. En Chine, cette sommation est réalisée par le Parti communiste chinois et se confond avec lui. Le PCC n’est pas la finalité du développement chinois mais il en est le moyen principal.

La finalité du développement chinois, ou vecteur 1, est la somme des finalités relatives à la société chinoise (les Chinois) et des finalités relatives à la Nation chinoise (la Chine). Il y a la Chine et les Chinois. Les instances de décision opèrent des arbitrages entre les parts de consommation de ces deux catégories de besoins. La société désigne ici la population chinoise. Le fonctionnement social désigne le fonctionnement de l’ensemble de ces 3 pôles.

Le résultat du développement, ou vecteur 3, exprime à quoi ont abouti, au plan de la production, les décisions prises par les instances démocratiques pour répondre aux finalités poursuivies par la Chine et les Chinois. Ce résultat, c’est l’économie sous l’angle de la production effectuée pour le marché et donc le marché intérieur ainsi que le marché extérieur et leurs relations dialectiques.

L’économie, c’est la dialectique de 1 et de 3. Le fonctionnement social, c’est la dialectique de 1 et de 3 sous la responsabilité de 2.


Le fonctionnement de cet ensemble, tripolaire dans le schéma présent, est totalement différent selon que le pays considéré fonctionne avec des rapports sociaux capitalistes ou socialistes. Il s’en suit qu’un système de crédit social n’a, selon moi, pas le même sens dans l’un et l’autre cas, malgré des similitudes techniques.

SCS ET RAPPORTS SOCIAUX : APPROCHE GLOBALE

Dans un pays capitaliste développé actuel, la démocratie est fracturée et l’Etat en est accaparé par la grande bourgeoisie. L’objectif du fonctionnement global est d’optimiser le résultat économique (la production) pour la finalité du capital, qui est mondialisé. La production est elle-même mondialisée. La nation, et la société qui lui correspond, ne sont plus désormais que des habits sans corps. Ces pays sont traversés de contradictions antagoniques de plus en plus évidentes. Les SCS qui y sont implantés sont surtout partiels et privés, et, en tant que systèmes globaux, ils ont déjà et auront de plus en plus le contenu d’un contrôle politique, inflexible et peu visible, pesant sur la majorité de la population.

Dans un pays socialiste tel que la Chine, nation et société sont les points d’appui du régime, qui est à leur service, grâce à une organisation démocratique particulière, inévitable dans un pays sous-développé industriellement. En effet, jusqu’à ce jour, les pays socialistes n’ont pas pour origine le mode de production capitaliste développé mais des modes de production totalement ruraux et industriellement sous-développés. Dans ce contexte, le rôle directeur incontesté d’un Parti communiste est inévitable. Si l’on conteste ce point, cela veut dire que l’on conteste aux pays sous-développés le droit d’accéder au socialisme, sous le prétexte que la classe ouvrière qui n’existait pas et qui en pleine création, n’est pas au pouvoir, ou ne l’est que de manière jugée insuffisante.

Cela dit, la finalité explicite d’un tel régime, qui est d’assurer le bien-être du peuple et la force de la nation, fait que les contradictions le traversant peuvent être résolues selon le principe gagnant-gagnant. Il n’existe pas de contradiction antagonique entre la production et la consommation. Évidemment, les ennemis de ce régime, qui sont une fraction négligeable de la population, doivent s’y soumettre, le quitter ou périr. Les SCS qui y sont implantés sont globaux, de plus en plus publics, et sont en accord avec le déroulement non antagonique de l’ensemble, à l’exception près des anciennes classes dirigeantes, comme à Hong Kong ou des restes de l’époque où la Grande-Bretagne parsemait son parcours impérialiste de captures de territoires, et, parfois, d’octrois d’indépendances, histoire de semer la zizanie «pour plus tard». .

On observe, chez de nombreux chercheurs occidentaux, l’absence totale de prise en compte des rapports sociaux et de leurs différences radicales, entre capitalisme et socialisme, pour juger des pays qu’ils analysent, de la Chine en particulier, et de l’application qui y est faite des sous-systèmes de crédit social. Ils traitent des SCS sans indiquer leur contexte véritable et raisonnent dans le cadre d’un contexte unilatéral, partiel, tronqué. Le contexte global de l’application des SCS dans un pays socialiste comme la Chine, c’est la mise en oeuvre de la dictature du prolétariat de façon à produire pour le bien-être du peuple et la puissance de la nation.

Quel horrible concept!!! Quelle terrible réalité sous-jacente à ce concept maudit!!! La technique et l’intériorisation des valeurs de la bourgeoisie occidentale absorbent l’attention de nombre de chercheurs occidentaux en sciences sociales. En général, les auteurs américains participent de cette idéologie. Très rares sont ceux qui établissent une distinction entre ces deux catégories de de SCS. Je cite néanmoins ce texte d’un américain, Gregory Hood. Il écrit, à propos des SCS des Etats-Unis et de la Chine : «The Chinese system tries to build social trust. Ours destroy trust. The Chinese system defends the interest of the Hans, the ethnic group that build and sustains Chinese civilization. Our system hurts Whites. The Chinese system encourages charity, good citizenship and patriotism. Our incites hatred and spread bitterness and division»[1].

On l’aura noté, le texte de Hood présente d’énormes défauts. Comme bien souvent, aux Etats-Unis, les contradictions de classe y sont perçues comme contradictions ethniques ou raciales. En parlant des Hans, Hood fait sans doute référence au contrôle que les SCS devraient permettre d’exercer sur certains ennemis de la Chine, par exemple le petit nombre des Ouighurs d’extrême-droite, entraînés et financés par les Etats-Unis pour semer le trouble en Chine. Ce que Hood n’a notamment pas compris est que le gouvernement de la Chine ne défend pas les Hans. Il défend les Chinois, et parmi ceux-ci figurent la très grande majorité des Ouighurs, des habitants de Hong-Kong, et de toutes les minorités qui vivent paisiblement en Chine.

Dans les pays capitalistes, les SCR sont surtout partiels et ils sont fortement orientés vers la satisfaction des besoins du capital. Il n’est pas question dans ces pays de contrôler sérieusement les entreprises. En France, l’expérience montre que celles-ci sont, par exemple, libres de recevoir de l’argent public pour accomplir telle ou telle mission et de ne rien faire de cette mission. Mais aucun gouvernement de la bourgeoisie ne va leur demander des comptes et le remboursement de ces sommes, par exemple[2].

Certains SCS présentent une utilité pour les individus. Ils ont trait, par exemple, aux infractions routières ou aux dépenses médicales. Toutefois, on observe, simultanément, que le fonctionnement des activités concernées peut être mis en difficulté par suite de réductions budgétaires fortes et répétées. A quoi sert une carte Vitale pour les individus si le service de santé est privatisé, négligé ou réduit, si le personnel hospitalier est maltraité, si le but de cette carte est de limiter sans autre raison que l’intérêt du capital, les dépenses de santé de chacun? Un SCS n’a de sens que dans le contexte d’une politique régulière de développement et d’amélioration des activités auxquelles il s’applique, et d’amélioration du système lui-même.

Dans les pays capitalistes, la démocratie est confisquée par la grande bourgeoisie. Cette dernière tient en main l’appareil d’Etat. Les institutions démocratiques ne sont que des défouloirs populaires, sans efficacité pour le peuple. Les finalités relatives à la nation et à la société ne visent pas, autrement qu’en paroles, à assurer le bien-être des populations et la solidité de la nation. Elles visent, en réalité, à rentabiliser le capital et à donner aux bourgeoisies dirigeantes respectives des moyens de lutter globalement contre le socialisme et de s’opposer entre elles. Dans la phase actuelle de mondialisation capitaliste, ces exigences sont exacerbées.

Dans les pays socialistes, la démocratie n’est pas radieuse. Elle présente des défauts et des insuffisances. Mais elle est strictement orientée, en Chine, vers le bien-être de la collectivité et donc des individus qui la composent. La contrainte n’a de sens politique que pour les ennemis du régime, qui sont des ennemis du peuple chinois et de la nation chinoise, et non des ennemis du Parti communiste chinois. Pour l’essentiel, la contrainte qui s’y exerce est de nature et de finalité économique. Les résultats économiques atteints par la Chine au plan de la production sont réinjectés dans l’économie nationale pour en développer les infrastructures ainsi que la consommation, productive et finale, et non pas appropriés par quelques uns. Les SCS dans un tel régime sont globaux et visent le bien-être du peuple.

L’ÉVACUATION DU CONTEXTE RÉEL : «TOUS PAREILS»

Selon quels procédés théoriques est obtenue, chez les auteurs occidentaux, l’absence de différenciation dans les contextes des SCS, en Chine et dans les pays capitalistes développés? La réponse générale à cette question est simple : ces pays seraient «tous pareils».

Il existe plusieurs raisons concrètes avancées par les analystes du capitalisme nord-américain (ou européen) et du socialisme chinois, visant à placer ces deux systèmes sur le même plan. Mais elles ont un dénominateur commun : Ils seraient «tous pareils», ces pays qui, en apparence, sont différents.

«Tous Pareils» est, dans le travail intellectuel occidental, l’équivalent du «Tous Pourris» des slogans de l’extrême-droite politique. J’ai répertorié trois raisons selon lesquelles ces régimes seraient identiques, ce qui conduit à analyser le SCS actuellement élaboré en Chine dans les mêmes termes que les SCS américains ou européens.

La première cause de confusion est celle consistant à mettre en avant le contrôle des «personnes physiques» comme définition du SCS chinois.
«The massive national infrastructure will be designed to integrate each citizen’s on line data in a «social credit score» used to generate privileges …or punishment for those citizens who exhibit informational behavior that are calculated by algorithm as acceptable or unacceptable», écrit Ramon Sahim Diab[3]. Dans l’article que je cite, il fait référence à d’autres auteurs (Creemers, Hodson, qui développent une approche du même type). Je reprends ci-après la citation qu’il donne d’une partie d’un texte de Hal Hodson : «China’s Social Credit System will come up with these ratings by linking up personal data held by banks, e-commerce sites and social media…how many points are on your driving licence. These are just a few of details that the Chinese government will track to give scores to all citizen»[4].

Ces citations (elles pourraient être très nombreuses) illustrent le point que je cherche à expliquer. En définissant le SCS chinois comme un système de contrôle des individus, et non des firmes, il s’agit de conclure au caractère inévitablement et massivement autoritaire du socialisme chinois relativement aux personnes. Cette conclusion paraît d’autant plus évidente que l’idéologie occidentale est profondément hostile au contrôle des personnes. Donc la Chine et les Etats-Unis, ou la France, c’est pareil.

Une deuxième cause de confusion entre les pays capitalistes et socialistes consiste à situer le SCS chinois comme étant la conséquence passive des inégalités qui caractériseraient la société chinoise. Les travaux de Picketty, Li et Zucman, dont on ignore les faiblesses méthodologiques, sont évidemment cités en renfort[5].
Mais je ne m’intéresse pas ici à cette publication. Je prends seulement en compte l’idéologie du «Tous Pareils» qu’elle alimente et les conséquences de cette idéologie sur la compréhension du SCS chinois.

Dans le chapitre «Automatiser le Contrôle Social» de son livre sur le Techno-Féodalisme, Cédric Durand écrit : «De fait, les détournements de fonds, la violation des règles environnementales, le non-respect des normes de sécurité alimentaire, sont des problèmes endémiques dans la société chinoise. Fraude et corruption participent d’un climat de défiance généralisée qui doit être mis en rapport avec les privatisations et la libéralisation de larges pans de l’économie. Ces réformes ont participé à la hausse brutale des inégalités depuis les années 1980. Or plus les sociétés sont inégales, moins les individus peuvent espérer un comportement coopératif des autres et moins la confiance est répandue. Le leadership du Parti communiste chinois entend donc s’attaquer à la détérioration de la confiance. Et la méthode, c’est surveiller et punir».

Il est clair que la Chine, pays rural et sous-développé industriellement, portait en lui, lorsqu’il a accédé au socialisme, dès 1949, la gangrène de ces comportements très anciens que sont la corruption et le non respect de la loi. Pendant la période maoïste du socialisme chinois, le faible niveau du développement économique se traduisait par une certaine égalité dans la pénurie. Mais il lui faisait aussi courir de grands risques, comme en ont témoigné les événements de Tian’anmen. Après 1990, la Chine s’est fortement développée. Le niveau moyen de la richesse s’est accru. En même temps sont apparues de fortes inégalités. J’ai traité de ces aspects de la société chinoise dans mon livre sur la Chine et je me suis efforcé d’en indiquer l’ampleur.

Ce qui est naïf, dans le propos de Durand, est notamment cette façon de caractériser ces phénomènes à l’aide d’un langage mondain, tout à fait dans le style du maintream dont par ailleurs j’ai cru comprendre qu’il cherchait à se différencier (les individus, la confiance). En réalité, l’ouverture de la Chine aux grands courants d’échanges a plongé ce pays dans le fleuve immense du business mondial. La grande bourgeoisie américaine a certainement pensé qu’elle n’allait faire qu’une bouchée du socialisme chinois, car la corruption, qui antérieurement portait sur des oeufs et des poulets, a pris soudainement une ampleur industrielle.

C’est la volonté même des dirigeants de ce pays d’en faire un Etat de droit qui s’est trouvée mise en cause. Car un pays n’est pas un Etat de droit si l’argent permet d’en corrompre les juges et d’en libérer les criminels. Un pays est en danger si ses cadres militaires, au plus haut niveau, peuvent accepter contre rétribution conséquente, de conclure des contrats avec n’importe quelle puissance. L’économie d’un pays en développement est soumise à la stagnation et à de pertes considérables d’énergie et d’efficacité si ses équipes dirigeantes tolèrent cette gangrène, voire même en bénéficient. Car la corruption n’a évidemment pas épargné le PCC.

C’est pour lutter contre ces fléaux que Xi Jimping et son équipe ont été portés au pouvoir suprême. Ces derniers n’ont pas réalisé un coup d’Etat. Ils ont été mandaté au moins par la majorité des membres dirigeants du PCC, pour agit en ce sens.

La mise en place, dans ces conditions, d’un SCS en Chine ne vise pas à rétablir la confiance entre les individus. Elle vise à mettre en oeuvre la dictature du prolétariat à l’encontre des entreprises qui ne respectent pas la loi chinoise. Elle vise à emprisonner, parfois même à exécuter, les individus qui, dans ce pays, bénéficient de cette corruption. Elle vise à faire que Hong-Kong cesse d’en être le point d’entrée et cesse d’assurer l’impunité des criminels.

C’est un sacrée différence avec les pays capitalistes développés, où la mondialisation capitaliste a donné à ce phénomène des ailes puissantes, et le fait s’épanouir dans des paradis de toutes sortes, où l’on joue en permanence, en même temps que pètent les bouchons de champagne, du Mozart et du Bach.

Un troisième facteur de confusion entre les pays capitalistes et le socialisme chinois, avec pour conséquence, une interprétation péjorative du SCS chinois, est celui qui consiste à conceptualiser la Chine comme un pays capitaliste. Si la Chine est capitaliste, alors la nature socialiste des rapports sociaux sociaux de ce pays n’est qu’une illusion. Les gouvernants de la Chine seraient aussi autoritaires et despotiques à l’égard de la population chinoise que les représentants des classes capitalistes le sont en Europe ou aux Etats-Unis.
Pour donner du tonus à ce type d’analyse, il est recommandé de citer Boukharine et son concept de «Capitalisme d’Etat». En 1920, ce dernier pense en effet, que la formation économique qui fait la charnière entre le capitalisme et le socialisme est le capitalisme d’Etat[6]. Ce concept est accepté pour la Chine pour la raison que ce pays a donné une place importantes aux entreprises capitalistes dans sa stratégie de développement[7]. J’ai défendu la thèse selon laquelle la présence d’entreprises capitalistes en Chine ne signifiait pas l’existence dans ce pays d’un mode de production capitaliste. En revanche, le concept de Capitalisme d’Etat porte en lui cette interprétation et ce contenu.

Cette conceptualisation donne notamment du SCS chinois une image redoutable. Non seulement ce type de SCS serait marqué par les défauts des SCS capitalistes mais s’y ajouteraient l’autoritarisme et l’arbitraire supposés caractériser les régimes socialistes. Comme l’explique Samantha Hoffman, le SCS chinois se comprend si l’on a en tête ce que Mao Zedong disait de «la ligne de masse»[8]. Il faut partir des masses et retourner aux masses. « Social managementon, describes a «scientific» Leninist machinery for shaping, managing and responding». J’ai beaucoup de peine à comprendre quel peut être le rapport entre la ligne de masse de Mao Zedong et le SCS chinois, si ce n’est que la référence à Mao Zedong permet d’introduire les masses dans le raisonnement et que les masses sont, par nature, redoutables.

Ce qui semble toujours surprendre ces auteurs, sans les faire réfléchir davantage, est le résultat d’une enquête d’opinion menée récemment en Chine, sur le SCR, par un organisme indépendant du gouvernement chinois. Cette enquête contredit «le pessimisme digital» dont je viens de faire état. Voici le résumé qu’en donne l’Ambassade de France à Beijing. «L’opinion semble être largement favorable au SCS comme le montrent les conclusions d’une étude du MERICS, parue en 2018. D’après ce sondage, 80% des personnes interrogées disent être favorables au SCS alors que seulement 1% en ont une opinion défavorable. Parmi les raisons identifiées de ce soutien de la population, les personnes sondées citent notamment la responsabilisation des entreprises, en particulier concernant les règlementations environnementales et phytosanitaires, ainsi que l’identification des escroqueries sur internet»[9].

J’espère avoir montré que, pour analyser un pays, ses institutions, ses projets, mieux vaut prendre appui sur ses rapports sociaux réels, qui en sont le contexte, que sur les préjugés que l’on en a.

Pour conclure cette partie, je vais faire trois remarques :

La littérature occidentale sur le SCS chinois exprime le plus souvent l’anxiété ou l’agressivité de ses auteurs par rapport à la Chine et au socialisme chinois plus qu’une analyse sereine du système en question. Ce système, «une machinerie léniniste», menacerait les individus, leurs libertés fondamentales. Les ambassades étrangères, les cabinets de conseils ne s’y trompent pas. Ce sont les entreprises, chinoises et étrangères, qui sont d’abord concernées. La population chinoise, dans son grand nombre, n’a pas peur du SCS. Les Chinois savent que, parmi les entreprises, il y a de la fraude et du non respect des lois. Ils savent que dans la population chinoise, il y a des voleurs, des escrocs, des corrompus. Mettre un terme à ces comportements, comme le fait le gouvernement chinois actuel, c’est protéger les individus, c’est défendre leurs libertés et non y porter atteinte. Les Chinois lui en sont reconnaissants et lui font confiance.
Ma deuxième remarque porte sur le phénomène SCS en général. Il est clair que ce phénomène n’est pas uniquement chinois. On en observe les manifestations dans tous les pays développés, capitalistes et socialistes. Or il vient de loin. L’Union soviétique avait essayé d’informatiser son système de planification mais n’y a pas réussi. Au début des années 1970, on note, au Chili, alors qu’Allende vient d’être élu, la mise en place d’un système de ce genre, Cybersyn. C’est tout à fait inattendu et pourtant cela s’est produit[10]. L’expérience fut, cela va de soi, balayée par l’action hautement civilisatrice entreprise à l’époque par les Etats-Unis et leur ami Pinochet.
Mais ce rappel, aussi triste soit-il, montre que la mise place d’un SCS en Chine relève d’une tendance longue. Cette forme d’aide à la gestion sociale dispose aujourd’hui, 50 ans plus tard, des outils scientifiques et techniques ainsi que des compétences indispensables à l’implantation d’un tel système à grande échelle.

La Chine sera, en toute vraisemblance, le premier pays socialiste, en même temps que le premier pays, à lui donner une dimension globale, détachée du service du capital. Cela ne dispense pas, au contraire, d’en explorer encore la dimension politique et philosophique. C’est bien de mettre en place des instruments puissants de contrôle social, ou de surveillance sociale[11]. Mais la question, aussi classique qu’attendue, demeure : «Qui va contrôler les contrôleurs ?».

Je n’en sais rien. Bien sûr, j’ai mon joker dans la poche et dessus, il est écrit «Le peuple». Je le mets sur la table. Le peuple chinois, ce n’est pas rien, ce n’est pas n’importe quoi, contrairement à ce que pensent certains auteurs occidentaux. Le peuple chinois, c’est celui qui a mis la branlée aux samouraïs de l’Empire du Soleil Levant. Ils n’en revenaient pas, les manieurs de sabres, les amoureux des chrysanthèmes. Et beaucoup d’ailleurs, n’en sont pas revenus.
Mais, en évitant la croyance, comment caractériser ce système dont on peut penser qu’il se développera, en Chine et ailleurs? A ma connaissance, les chercheurs chinois ont peu réfléchi à cette question. L’un d’eux, Dai Xin, avance l’idée que se produit aujourd’hui «une révolution de la réputation» et que l’Etat chinois tend à s’affirmer comme un Etat de la réputation (a reputation State)[12]. Cela voudrait-il dire que la «contrainte forte», traditionnellement exercée par l’Etat sur l’ensemble des agents de la société, serait remplacée par une «contrainte douce», celle de la réputation? Cela signifierait-il que la dictature du prolétariat, les automates remplaçant les policiers, pourrait désormais s’exercer par l’intermédiaire de la réputation et que cette dernière serait une étape dans le processus de disparition de l’Etat en tant que vecteur de la contrainte sociale?

Plutôt que de poursuivre ans cette voie, je me suis cantonné à la question suivante : «Comment, sous l’angle économique, et en référence à la théorie de Marx, analyser le phénomène SCS ?».

SCS : PERSPECTIVES, ESSAI D’ANALYSE MARXISTE

Tant que les hommes vivront dans des sociétés de rareté, les potentialités du marxisme demeureront intactes même si cette théorie doit prendre en compte des situations inconnues au XIXe siècle. Dans la mesure où la révolution numérique intervient au niveau de la production, de la consommation et de la distribution et contribue à réduire tout un ensemble de faux frais, une analyse économique marxiste de son fonctionnement et de son incidence est justifiée.

Cela dit, il existe bien des façons d’être marxiste. Je vais tout d’abord rendre compte de l’analyse qu’un auteur américain fait du SCS chinois en référence au marxisme. Je développerai ensuite à très grands traits, en utilisant la même référence, ma propre interprétation de ces phénomènes, en Chine et dans les pays développés.

RAMON SALIM DIAL : LE CYBER-CAPITALISME D’ETAT

Il existe aux Etats-Unis une littérature marxiste abondante sur les nouvelles technologies et tout ce qui rime avec «cyber». R. S. Dial fait partie du petit nombre de ceux ayant à théoriser le régime chinois en tenant compte du SCS qui s’y implante, tout en se réclamant du marxisme[13]. Le texte de lui que j’utilise n’est pas élaboré et ce qu’il appelle le marxisme me semble très spécial. Il présente, à mon avis, de graves insuffisances, même du point de vue de l’auteur. Cela dit, chacun est en droit de trouver que le marxisme des autres est vraiment très spécial.

Les idées de R.S. Dial sont surtout centrées sur une représentation de la politique et du pouvoir dans ce type de formation sociale, qu’il appelle le cyber-capitalisme (ou cyber-capitalisme d’Etat), et non sur son économie. Il m’a semblé cependant qu’il pouvait être pris comme un point de départ, fût-il très critiquable et très insuffisant, d’une réflexion économique marxiste sur le phénomène SCS. Les paragraphes ci-après visent uniquement à en rendre compte. Ce sont les idées de l’auteur que j’ai essayé de formuler et non les miennes, sauf indication contraire.

Sous cette réserve, son texte peut être résumé comme suit. Une formation sociale étant la combinaison d’une superstructure et d’une infrastructure, il existe plusieurs façons d’en interpréter le rapport. Une approche idéaliste de la société sépare totalement ces deux instances. Une approche économiciste établit un lien de dépendance stricte de la superstructure envers l’infrastructure. Une approche matérialiste (celle de l’auteur) suppose qu’existe une relation dialectique (une relation «stratégico-relationnelle» entre les deux. La superstructure s’autonomise de l’infrastructure par la mise en oeuvre de stratégies spécifiques. Elle n’en est pas indépendante mais elle ne lui est pas subordonnée.

Notre époque serait particulièrement favorable à un tel processus d’autonomisation de la superstructure. Car elle serait celle de la «datification» (de l’anglais «data», ou «donnée»). Tout peut être repéré par un grand nombre d’informations et celles-ci, à leur tour, peuvent être traduites dans un certain langage pour donner lieu, à l’aide de logiciels et de technologies appropriées, à des calculs. Car tout est nombre, disait déjà Pythagore. Nous y sommes. De ce fait, la différence entre infrastructure et superstructure tendrait à s’estomper. Le Cyber-capitalisme se transformerait progressivement en Cyber-capitalisme d’Etat. L’infrastructure serait le lieu de la valeur, de la production marchande, du pouvoir économique, alors que la superstructure serait le lieu de la bureaucratie, de la production non marchande, du pouvoir politique, ce qui expliquerait leur complémentarité nécessaire, faite d’unité et d’opposition.

J’ai été conduit à supposer ce que pouvait signifier une telle construction et donc ce qui suit relève en partie de mes hypothèses. Mais je crois que mon interprétation est cohérente. Puisque le société considérée est capitaliste, cela veut dire qu’elle fonctionne sur la base de la production de la valeur et de sa reproduction. L’infrastructure produirait la valeur alors que la superstructure produirait la monnaie, qui en permet la circulation. Il y aurait donc complémentarité entre ces deux niveaux de la société.

Toutefois la superstructure, qui aide la valeur à circuler et à se reproduire, ne produirait pas elle-même de valeur. La classe des bureaucrates chercherait donc à s’approprier une partie de la valeur produite par la classe des capitalistes, plus exactement sous son commandement. Son arme pour obtenir ce résultat serait la population. En rationalisant le système, la classe des bureaucrates fournirait à la population «un service», qui ainsi justifierait qu’elle puisse s’opposer à la classe des producteurs.

Mais elle ne chercherait pas pour autant à supprimer la production de valeur. Si elle cherchait une telle suppression, elle se détruirait comme classe bureaucratique, tirant son revenu de la production de valeur effectuée par l’infrastructure ou de l’émission monétaire justifiée par cette production. Il existerait donc une relation conflictuelle entre la superstructure et l’infrastructure mais celle-ci ne se transformerait jamais en relation antagonique.

Le SCS chinois, dans ce contexte, serait la forme cybernétique et datifiée de cette relation dite «strategico-relationnelle» entre l’Etat (le PCC) et l’infrastructure des producteurs. Le SCS viserait à intégrer les propres SCS des intérêts privés (les grandes compagnies d’information), mais sans les remplacer.

Cette interprétation du SCS chinois est donc différente de celles que j’ai déjà présentées. Ce n’est pas une interprétation descriptive, c’est une interprétation à prétention théorique. Son insertion dans un schéma supposé explicatif de la formation sociale chinoise contemporaine le représente comme un instrument de lutte entre catégories sociales dominantes, un instrument d’orientation en même temps que de manipulation de la population, accompagné, cependant, d’un certain service de «rationalisation» fourni à cette population.

Tout cela est une mauvaise caricature d’une interprétation marxiste du SCS et de la réalité chinoise. Le texte de R.S. Dial, aussi insuffisant soit-il, a toutefois le mérite de montrer qu’on ne peut se contenter d’une description instantanée du SCS. Il faut en étudier en dynamique, et pour ce faire, l’étudier sous l’angle économique.

Dans le moment présent, c’est certainement un instrument de contrôle des entreprises et d’élimination ou de contrôle des comportements individuels insupportables. Mais n’est que cela? De plus, quelles réflexions complémentaires doivent accompagner et imprégner un tel système pour qu’il ne soit pas substitué aux populations dont il censé assurer le bien-être?

Il montre aussi, sans le vouloir, que de telles interprétations ont d’autant plus de chances d’être lues qu’elles ne trouvent en face d’elles aucune analyse marxiste sérieuse des phénomènes considérés. Je n’ai eu connaissance d’aucun texte théorique de chercheurs marxistes chinois sur ce sujet. C’est une très grosse lacune.

[1]Gregory Hood, «America’s Social Credit System is Worse than China’s», The UNZ Review, 18/11/2020, en ligne. (Le système chinois cherche à établir la confiance dans la société. Le nôtre détruit cette confiance. Le système chinois défend les intérêts des Hans, le groupe ethnique qui a construit et qui est au cœur de la civilisation chinoise. Le nôtre heurte les Blancs. Le système chinois encourage la charité, la bonne citoyenneté, le patriotisme. Le nôtre incite à la haine et répand l’amertume et la division».

[2]Cf. Economie et Politique, Revue marxiste d’Economie, les nombreux articles et vidéos illustrant ce point, en particulier ceux de Denis Durand sur «Le coût du Capital».

[3]Ramon Salim Diab, «Becoming-Infrastructure : Datification, Deactivation, and The Social Credit System», Journal of Critical Library and Information Studies, Volume 1, n°1, 2017. «Des infrastructures informationnelles énormes seront conçues en vue d’intégrer les données internet relatives à chaque citoyen dans un total de crédit social, lequel servira à distribuer soit des récompenses…soit des punitions, en fonction de comportements calculés par algorithme et selon lesquels il sera jugé de ce qui acceptable ou de ce qui ne l’est pas».

[4]Hal Hodson, «Inside China’s Plan to Give Every Citizen a Character Ccore», New Scientist, October 9, 2015, cité par Ramon Salim Diab, op. cit. «Le SCS de la Chine produira ces évaluations en liant les données personnelles détenues dans les banques, les sociétés de e-commerce, les entreprises de communication… combien y-a-t-il de points sur votre permis de conduire? Cet énoncé ne reprend que quelques uns des items que le gouvernement chinois va rassembler pour noter chaque citoyen»

[5]Thomas Picketty, Li Yang, Gabriel Zucman, «Capital Accumulation, Private Property and Rising Inequality in China (1978-2019)», NBER Working Paper, n°23368, 2017.

[6]Maurice Andreu, «Nilolaï I. Boukharine sur les Intellectuels et le Communisme», Nouvelles Fondations, 2006/3-4, n°3-4, p.142-149.

[7]Nathan Sperber, «La Planification chinoise à l’ombre du capitalisme d’Etat», Actuel Marx, 2019/1, n°65, p.35-53, Presses Universitaires de France. Marie-Claire Bergère, «Chine : Le Nouveau Capitalisme d’Etat», 2013, Fayard, Paris.

[8]Samantha Hoffman, «Managing the State : Social Credit, Surveillance and the CCP’s Plan for China», China Brief, Vol.17, n°11, August 2017. «Le management social est une machinerie léniniste, «scientifique», pour donner forme, gérer et réagir».

[9]Ambassade de France à Beijing, note sur le SCS, 2019. MERICS est l’acronyme pour Mercator Institute for China Studies, un think-tank européen. Voir également Simina Mistreanu, «Life Inside China’s Social Credit Laboratory», Foreign Policy, April 2018.

[10]Eden Medina, Cybernetic Revolutionaries, Technology and Politics in Allende Chile, 2011, MIT Press, Cambridge, Massachusetts.

[11]Fan Liang, Vishnupriya Das, Nadya Kostyuk and Muzamil M. Hussein, «Constructing a Data-Driven Society : China’s Social Credit System as a State Surveillance», Policy Internet, vol.10, n°4, 2018, p.415-453.

[12]Dai, Xin, «Toward a Reputation State: The Social Credit System Project of China», (June 10, 2018). Disponible à : https://ssrn.com/abstract=3193577 or http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.3193577, Peking University Law School.

[13]Ramon Salim Diab, «Cybernetic Capitalism and the Social Credit System», 16 p., en ligne.

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Ouïghours
Pour en finir avec les fake news !
« Ouïghours » aujourd'hui, « Tibet » hier : CIA, NED, médias organiques de droite et de « gauche », tartufes, affabulateurs, etc., nous font courir...
https://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/2021/01/ouighours-aujourd-hui-tibet-hier-cia-ned-medias-organiques-de-droite-et-de-gauche-tartufes-affabulateurs-etc.nous-font-courir.html

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A noter le soutien du maire révisionniste d'Ivry Sur Seine, Philippe Bouyssou, à Dilnur Reyhan, Présidente de l' Institut ouïghour d'Europe :

"Avec elle, nous signons la charte de solidarité avec le peuple Ouïghours !"

Sa page facebook a ramassé quelques remises au point
https://www.facebook.com/1415284808768510/posts/2499130353717278/


Edité le 16-04-2021 à 13:35:23 par Xuan




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J.Cl. Delaunay : LE SYSTÈME DE CRÉDIT SOCIAL EN CHINE (3)


DANIELLE BLEITRACH
22 AVRIL 2021 https://histoireetsociete.com/2021/04/22/j-cl-delaunay-le-systeme-de-credit-social-en-chine3/

C’est ici que l’on peut, notamment, faire intervenir le marxisme. D’abord cette théorie n’est pas centrée sur une approche étroite des problèmes soulevés par la préservation de la liberté individuelle. Il faut considérer le couple (individu/société ) et pas seulement l’individu. Ensuite, cette théorie est fondamentalement une théorie du travail et de son exploitation. Être marxiste suppose de ne pas séparer l’analyse des libertés individuelles et collectives de celle du travail dans un certain contexte de rapports sociaux. Enfin, cette théorie oriente la réflexion vers la transformation du présent en s’efforçant de lui donner une perspective de moyen/long terme.
Telles sont, me semble-t-il, les trois raisons pour lesquelles la recherche sur le SCS chinois se doit d’être développée dans le cadre d’une analyse explicitement marxiste, conduite selon d’autres hypothèses et d’autres exigences théoriques que celles dont témoigne le court article de R.S.Dial, nous explique J.Cl Delaunay à propos de cette “aide à la gouvernance” dont il soulève les questions restées en suspend. Nous reprendrons probablement les trois articles en un seul pour faciliter la lecture. (note de Danielle Bleitrach)


(Troisième partie et fin)

Dans les deux précédentes parties, je me suis efforcé, tout en donnant un aperçu de ce que pourrait être le SCS chinois en cours de réalisation (il devrait commencer à être opérationnel dans 1 à 2 ans et il est déjà en application partielle), de le comparer à ses homologues occidentaux.

L’observation montre que le phénomène SCS est un phénomène général, qui vient de loin. J’ai mentionné, à ce propos, un livre paru en 2011, écrit par un dénommé Medina, sur Cybersyn, une expérience tentée par le gouvernement Allende pendant les courtes années de son existence (1970-1973). La Chine socialiste sera vraisemblablement le premier pays a mettre en œuvre cette nouvelle façon, non pas de gouverner la société, mais d’aider à la gouverner.

Cela dit, bien des questions restent en suspens, et notamment celle de savoir comment contrôler les contrôleurs? Que devient l’individualité, mais aussi l’exploitation du travail, dans ce contexte technique? On voit bien l’intérêt immédiat d’un tel système dans un pays comme la Chine. L’intérêt immédiat d’un tel système est de contrôler et de conduire à l’obéissance les ennemis de la nation et de la société.

Mais est-ce le seul intérêt? C’est ici que l’on peut, notamment, faire intervenir le marxisme. D’abord cette théorie n’est pas centrée sur une approche étroite des problèmes soulevés par la préservation de la liberté individuelle. Il faut considérer le couple (individu/société et pas seulement l’individu. Ensuite, cette théorie est fondamentalement une théorie du travail et de son exploitation. Être marxiste suppose de ne pas séparer l’analyse des libertés individuelles et collectives de celle du travail dans un certain contexte de rapports sociaux. Enfin, cette théorie oriente la réflexion vers la transformation du présent en s’efforçant de lui donner une perspective de moyen/long terme. Telles sont, me semble-t-il, les trois raisons pour lesquelles la recherche sur le SCS chinois se doit d’être développée dans le cadre d’une analyse explicitement marxiste, conduite selon d’autres hypothèses et d’autres exigences théoriques que celles dont témoigne le court article de R.S.Dial.

Le premier groupe des questions immédiatement soulevées semblent alors les suivantes. Puisque nous sommes à l’époque où le triplet «révolution numérique, révolution cybernétique, technologies informatiques» est arrivé à un degré élevé de maturité, quel peut en être l’incidence sur le fonctionnement des sociétés capitalistes et socialistes? Puisque la Chine est une économie socialiste accordant une autonomie de fonctionnement à un certain nombre d’entreprises capitalistes, comme cela se passe-t-il dans ce pays, puisque, selon la représentation triviale des choses, on y observerait la présence interactive des «deux modes de production»?

Le deuxième groupe de questions a trait au rapport entre SCS et force de travail. Est ce que le SCS peut aider à modifier la forme marchande de la force de travail? Comment?

Le troisième groupe de questions a trait à l’évolution de moyen long terme d’un tel système. Deviendra-t-il aussi indispensable que le sont les routes et les télécommunications aujourd’hui? Dans ce contexte, quels pourraient être les rapports entre individus, entre individus et sociétés, entre sociétés, portés par le SCS? Quel pourrait être le rapport entre un tel système et ce que nous appelons «la démocracie»?

UNE DISCUSSION LIMINAIRE

Quand j’ai rédigé ce texte, je ne savais pas trop si, de façon liminaire, je devais ou non me lancer dans une discussion relative au concept de «révolution informationnelle», qui fut l’un des étendards que Paul Boccara aimait à déployer et qui demeure, chez nombre de communistes français, d’un usage courant. Est-ce que cela pouvait aider à clarifier les idées que l’on peut avoir relativement aux SCS et au SCS chinois en particulier?

Je me suis quand même décidé à le faire, tout en renvoyant au dernier dossier que la revue marxiste d’économie, Economie et Politique, lui a consacré, et à dépenser quelques lignes à ce propos[1]. Dans un article de ce dossier, Frédéric Boccara discute de savoir pourquoi le terme de révolution informationnelle est préférable à tous les autres. Il écrit : «…Alors que dans la révolution industrielle, on remplaçait la main de l’homme maniant l’outil par des machines-outils, dans la révolution informationnelle, on remplace certaines activités du cerveau…par des machines informationnelles…Les activités informationnelles deviennent décisives…».

Il reprend le raisonnement de son père, qui cherchait absolument à mettre en avant «l’information» dans toute analyse caractérisant les changements profonds de notre époque, parce que c’était, selon lui, l’élément le plus important à considérer pour comprendre l’impossibilité du système capitaliste à mener à bien «la révolution informationnelle», et pour comprendre le lieu où porter la solution, à savoir l’information.

Il y a de l’information partout, aussi bien dans une société capitaliste que socialiste. Mais ce «partout» désigne l’information en tant qu’élément technique. En revanche, c’est seulement dans les rapports de production capitaliste que l’information devient une marchandise au point de caractériser le processus révolutionnaire d’ensemble. L’information y fonctionne alors comme rapport social et substitut de la force de travail.

Si ce que je dis est vrai, si l’information tend à devenir une façon de ne pas parler du travail, est-il possible de définir la révolution en cours, qui est révolution du mode de production en place, qui en est la révolution du travail, à l’aide d’un attribut idéologique du fonctionnement de ce mode de production, l’information ?

Il faut, disait à peu près Paul Boccara, «libérer l’information» des rapports capitalistes de production pour pouvoir la «partager». En réalité, ce qu’il faut libérer, c’est la société, et il faut la libérer des rapports de production qui font que l’information est emprisonnée dans un statut non plus technique, mais social puisqu’elle devient une marchandise et un «rapport social».

Le «partage de l’information», qui est, avec «la SEEF», le paquet cadeau qu’Économie et Politique envoie à tous ses nouveaux abonnés, n’est pas suffisant. Je ne sous-estime pas l’importance des réflexions qu’il recouvre. Je cherche seulement à marquer quelles en sont, selon moi, les limites, et je crois que cette notion de «partage de l’information» est une notion extrêmement faible par rapport aux exigences.

En tout cas, il me semble que le raisonnement de F.B., que je viens de rappeler, (c’est celui que tenait son père), contient une importante erreur logique et que le redressement de cette erreur clarifie la discussion relative au SCS. C’est la seule raison pour laquelle je me suis lancé dans cette discussion, car il faut bien reconnaître que la réalité n’attend pas les avis de Tel ou Tel pour avancer. Quelle est cette erreur ?

Revenons au concept de révolution industrielle. Celle-ci désigne un ensemble d’activités, l’industrie, et les moyens de cette révolution, les machines-outils. Sautons à pieds joints dans la révolution suivante. Les moyens en sont, dit F.B., les machines informationnelles. Mais alors pourquoi désigner la révolution nouvelle par l’intermédiaire de la matière première (l’information) de ces moyens (les machines informationnelles) alors que la révolution précédente l’était par l’intermédiaire de son lieu d’application (l’industrie)?

Ne serait-il pas plus cohérent de dire que la révolution actuelle est une révolution de toutes les activités de la société, alors que la révolution précédente ne l’était que de l’industrie? Cette recherche de cohérence est-elle sans autre portée théorique que la cohérence des désignations?

Ma question est évidemment une fausse question. Car si l’on considère que mon souci de cohérence logique n’est pas dépourvu de bon sens, on en déduira que l’histoire de l’humanité a vu se succéder trois grandes époques du travail, celle du travail agricole, celle du travail industriel et, aujourd’hui, celle du travail de toutes les activités de la société.

Or parler de «révolution générale du travail» et de «révolution informationnelle», ce n’est pas pareil. Ce que Paul Boccara n’avait pas bien compris, parce qu’il était trop pressé d’être le premier en tout, c’est que sa hâte l’avait conduit à faire abstraction du travail (car la référence au travail par le biais du concept d’information est ténue) et à reprendre de façon non critique les représentations capitalistes des phénomènes en cours de développement, alors qu’il cherchait, avec une sincérité que je ne mets pas en doute, à suivre de près la trace d’un penseur, Marx, qui a massivement introduit le travail dans la pensée occidentale.

Les penseurs du XVIIIe siècle ont été ceux des lumières du travail de l’intelligence, ceux du XIXe siècle ont été ceux des lumières du travail industriel. Nous sommes en train de devoir penser la lumière de tous les travaux, celles du travail en général.

La révolution actuelle est une révolution de tout le travail social. Cela veut dire que les SCS doivent être appréciés dans le cadre d’une problématique du travail social et non dans le cadre d’une problématique de l’information. Penser que le SCS est un moyen d’informer sur les comportements individuels, c’est voir le SCS par le petit bout de la lorgnette. Je ne dis pas que ce que contient ce concept est accompli, mais je prétends que tel en est le sens profond.

Pour développer pleinement la révolution en cours, il faut libérer la société et le travail, tout le trvaial, pas seulement l’information. Le socialisme est le moyen nécessaire de ces libérations.

Notons au passage (mais cela ne fait pas problème), que les moyens de cette révolution sociale du travail ne sont pas seulement définis par l’existence de machines informationnelles. Ils contiennent, outre les moyens matériels de cette révolution (les machines informatiques, leurs logiciels, et l’évolution de leurs capacités de mémorisation et de vitesse de traitement), les moyens intellectuels de cette révolution, ceux d’un calcul numérique de type nouveau ainsi que de la cybernétique, qui est, si j’ai bien compris, une formalisation opérationnelle de la dialectique du vivant et notamment de la société[2]. La disposition de ces moyens a pour prolongement nécessaire le développement de la formation, de la connaissance, de la recherche. La révolution en cours ne peut bouleverser l’ensemble des travaux que si elle repose dur le bouleversement de tous les travaux.

Pour tenir compte de ces divers éléments, Ivan Lavallée a retenu le concept de Cyber-Révolution. Je ne cherche pas ici à baptiser la révolution scientifique et technique en cours, ou à la débaptiser. Je vais reprendre le terme de Cyber-Révolution dans la suite de ce texte car je crois que celui de de «Révolution informationnelle» est fondamentalement idéologique. L’idéologie capitaliste vise à faire disparaître le travail de toute représentation du fonctionnement de la société, que ce soit celle de la valeur des marchandises ou que ce soit celle de la manière dont la société travaille.

La conséquence théorique de ce que j’avance est que la révolution en cours doit être analysée comme révolution de tous les travaux, même si la pratique capitaliste tend à la définir comme révolution informationnelle. Il s’en suit que l’essence du SCS chinois ne serait pas de rassembler des informations pour contrôler la population chinoise. Il viserait à révolutionner le travail chinois

CAPITALISME, CYBER-RÉVOLUTION, SYSTEME DE CREDIT SOCIAL

Voyons tout d’abord comment cette révolution s’est introduite dans l’univers capitaliste et lui a permis de surmonter momentanément la crise dans lequel il était plongé depuis les années 1970. Il existe au moins deux points sur lesquels quasiment tous les observateurs de la révolution en question dans l’univers capitaliste sont d’accord.

Le premier est que cette révolution a accompagné la mondialisation d’entreprises capitalistes de toutes sortes, productives, commerciales, bancaires et financières. La révolution en question a été stimulée, en retour, par le processus de mondialisation. Les grandes entreprises sont devenues, chacune pour soi, d’immenses structures d’informations. Les marchés financiers partout dans le monde ont été revisités et interconnectés. Les transports ont été profondément modernisés tout en étant pénétrés par elle.

En sortant de l’univers, certes internationalisé mais toujours centré nationalement, de la phase du Capitalisme monopoliste d’Etat, pour entrer dans celui de la phase mondialisée du Capitalisme financier mondialisé, le capitalisme a éclaté le travail. Il l’a dispersé dans le monde, et il l’a, en retour réunifié de manière marchande. Il en a récupéré les morceaux sous la forme d’informations destinées à fournir à ses dirigeants la seule information qui les intéresse : combien de profit aujourd’hui? L’information est devenue la forme fétichisée du travail dans l’univers, à la fois éclaté et unifié, unifié par la valeur dans l’éclatement de sa valeur d’usage, de la mondialisation capitaliste[3]. L’information a été substituée à la force de travaiL

Le deuxième point important est que, sous l’impulsion du Capital monopoliste, cette révolution s’est accompagnée de la réorganisation en profondeur, tant du rapport entre Capital et Travail, que des formes de l’exploitation. Les économies capitalistes développées ont exporté vers les pays en développement une partie importante de leur production industrielle, pour réduire leurs coûts, pour étendre leurs marchés, pour trouver le temps de travail vivant dont elles ont besoin pour rentabiliser leur capital.

Cela dit, toutes les activités n’ont pas disparu. Ce qui était autrefois production et exportations est devenu importations, commerce et finances. Certaines productions stratégiques sont restées sur place. Mais la plus grande part des activités restantes sont des services. La digitalisation les a pénétrés, sur la base d’une réorganisation complète des modalités générales de fonctionnement du travail (droit du travail, précarisation, rémunérations, allocations diverses, retraites) ainsi que des procès de travail propres à la firme. Les «salariés» du stade précédent du capitalisme ont été transformés en «entrepreneurs», en réalité en salariés encore plus soumis qu’auparavant à la domination du Capital. Lorsqu’ils, ou elles, n’ont pas subi cette transformation, leurs moindres gestes ont été, grâce aux nouvelles technologies, strictement délimités et encadrés.

Le modèle de fonctionnement des compagnies «digitales» de taxis est typique de cette façon de faire. On en trouvera la description précise, ainsi que l’analyse de leur contexte concurrentiel, dans les articles cités de Frédéric Boccara et de Cédric Durand . Bien sûr, ce modèle ne s’applique pas à toutes les activités, ou ne s’y applique que de façon partielle. Mais il est significatif d’une tendance lourde du capitalisme contemporain, où le capital prend de la distance avec ceux qui produisent (avec le travail), les chauffeurs de taxis en l’occurrence, mais où, en rassemblant des données, en mettant en œuvre une infrastructure particulière, en transformant la révolution du travail en révolution informationnelle, il offre à ces chauffeurs un fonctionnement légèrement amélioré de leur activité mais globalement beaucoup plus contraignant qu’auparavant.

Partout, dans la société capitaliste développée, les données deviennent à ce point importantes qu’elles prennent la forme marchandise. Elles sont appropriables. Leur propriété est protégée par la loi. L’achat ou l’utilisation de données tend à remplacer, dans ce modèle, l’achat des forces de travail.

Le problème cependant, est que la mise au point de ces systèmes d’information coûte cher. De lourdes dépenses sont engagées, qu’il faut ensuite récupérer et rentabiliser. Il faut trouver la source de travail vivant devant permettre cette double opération. Cette source de valeur, c’est le travail des chauffeurs. Et comme le montant des dépenses engagées ainsi que la rentabilité recherchée sont bien supérieures à celui des économies produites par le système, ce sont les «profits» des «entrepreneurs-chauffeurs» qui font les frais de cette organisation du travail, de même que les «profits» des «entrepreneurs-paysans» pris dans les filets d’une semblable organisation, font les frais des systèmes d’information mis au point par les grandes surfaces pour valoriser leur activité commerciale. Ces systèmes ne contribuent guère à la production de valeur d’échange. Ils sont donc essentiellement prédateurs. Ils prélèvent sur la rémunération des chauffeurs en visant l’accroissement de leur processus d’exploitation de trois manières complémentaires : 1) par accroissement du temps travaillé pour obtenir la même rémunération, ou production de plus-value absolue, 2) par accroissement de l’intensité de leur travail, ou production de plus-value relative, 3) par report, sur eux, de frais d’entretien et d’assurances de leur véhicule.

La nature prédatrice du fonctionnement capitaliste dans les sociétés capitalistes développées est, selon moi, bien mise en lumière par les travaux de Michel Husson. La comparaison sur laquelle repose son analyse de longue période (depuis les années 1970), dans l’ensemble des pays capitalistes, est celle entre des courbes de taux de profit croissantes, des courbes de productivité des facteurs décroissantes et des courbes de rémunération salariale décroissantes. Comment la rentabilité peut-elle croître dans un univers productif dont l’efficience décline, si ce n’est parce que la prédation sur la valeur créée, et donc sur les salaires et rémunérations des agents, exercée par le capital monopoliste, est accrue?[4]

La cyber-révolution engendre d’autres modèles ou d’autres types concrets de relations entre Capital et Travail, comme par exemple celui du télétravail. Mais les deux modèles que je viens d’évoquer me semblent déjà suffisants pour comprendre ce que peut être un SCS dans le contexte de la mondialisation du capital et de la surexploitation de la main-d’œuvre. Ils ont pour objectif majeur, dans les pays capitalistes développés, de réduire, pour le Capital, les inconvénients économiques de la dégradation engendrée par la mondialisation capitaliste (le recours accru au crédit et la croissance du nombre des mauvais payeurs). Ces systèmes s’efforcent d’orienter les comportements individuels de consommation vers tels ou tels biens, vers les produits de telle ou telle entreprise. On observe aussi qu’ils s’étendent au domaine politique et tendent à concerner non seulement «les mauvais payeurs» mais «les mauvais citoyens». Au total, les SCS sont principalement privés. Ce ne sont pas nécessairement des systèmes sophistiqués de bonus-malus. Ils peuvent être tout simplement des listes noires d’exclusion. Ils se développent indépendamment du droit. Ils relèvent d’une sorte de juridiction privée et leur existence confirme l’hypothèse «féodaliste» défendue par Cédric Durand.

SOCIALISME CHINOIS, CYBER-RÉVOLUTION, SYSTÈME DE CRÉDIT SOCIAL

L’exemple chinois conduit à soulever deux questions.

La première a trait au fait que dans ce pays existent des entreprises capitalistes de très grande taille. Comment le SCS public chinois peut-il révolutionner le travail chinois tout en se trouvant face à ces entreprises? Elle part du constat que les SCS, ou les blacklists existant dans les pays capitalistes développés, à commencer par les Etats-Unis, visent principalement à protéger des intérêts du Capital monopoliste. Or les compagnies que l’on observe en Chine sont également de très grand taille et elles sont capitalistes. Comment le pouvoir chinois y fait-il face? Voici quelques unes de ces grandes entreprises, dans le champ «Internet».

Big Data Companies USA and CHINA
Regardons le tableau ci-dessus : c’est un tableau de «monstres» dans le domaine considéré. Or les «monstres chinois» font 45% de ces vingt premiers. C’est dire leur importance. Que font ces géants chinois des informations qu’ils recueillent quotidiennement en très grand nombre? Et qu’ils capitalisent, au vrai sens du terme? Car ce sont des entreprises capitalistes, et personne n’a prétendu que de telles entreprises avaient spontanément un comportement socialiste.

Elles font comme leurs homologues des Etats-Unis : elles concluent entre elles des accords pour ne pas abaisser leurs prix sur tels ou tels services, elles constituent des bases de données à l’insu de leurs clients, elles empêchent de nouveaux concurrents de s’implanter sur le marché, elles se font la guerre et gaspillent des ressources en publicité stupides, elles ne manquent pas de violer la loi si cela leur rapporte et si elles peuvent tromper les autorités, car pas vu, pas pris. Et leurs dirigeants, qui voient passer à leurs pieds des fleuves d’argent, sont tentés de se servir et de corrompre des fonctionnaires, des gestionnaires d’hôpitaux par exemple, de leur vendre illégalement des données publiques, etc…

Les société basées sur Internet ne sont pas les seules à être surveillées par le gouvernement. Mais si l’on s’en tient uniquement à elles, on observe que, d’une part, le gouvernement les contrôle et les tient en main, et que d’autre part, son action ne vise pas à les détruire. Elle vise seulement, dans la mesure où elles sont utiles pour la production de la société et n’ont pas épuisé toutes leurs potentialités, à les remettre sur le chemin de la légalité. Elles avaient eu tendance à oublier cette exigence. Le gouvernement leur rappelle qu’elles ont le droit de faire des profits mais pas de faire n’importe quoi et surtout pas de chercher à se substituer au gouvernement, notamment dans le domaine de la politique monétaire et financière.

Le premier a avoir payé le prix de ses turpitudes semble avoir été le groupe Alibaba. Histoire et Société a publié un article à ce sujet le 20 décembre 2020 (La Chine repense le modèle Jack Ma). Les régulateurs chinois ont suspendu une introduction en bourse effectuée par Ant Financial, une subdivision d’Alibaba. Le 10 novembre 2020, l’Administration centrale des marchés a publié un document visant à empêcher les grandes plate-formes Internet à bloquer la concurrence. Diverses amendes ont été infligées, à Tencent Holding, à Alibaba, pour non respect des règlements. Le 14 avril 2021, 12 grandes entreprises, dont Baidu, JD.com[5], ByteDance et PinDuoduo, ont signé un engagement de respect de la loi. Le gouvernement leur a donné un mois pour régulariser le fonctionnement de leur société et de ses filiales (Histoire et Société, 15/04/21, La pression antitrust de la Chine à son niveau le plus actif).

La réponse que l’on peut apporter à la première question est donc la suivante. Le PCC envisage de contrôler ces compagnies privées comme toutes celles qui opèrent en Chine. Il vise à en éliminer les manquements et il leur a rappelé qu’en Chine, c’est le gouvernement et le PCC qui gouvernent et non les entreprises, a fortiori les entreprises privées. Mais ce contrôle repose, pour l’instant, sur un engagement de la part de leurs dirigeants, étant entendu que le gouvernement chinois dispose de moyens complémentaires d’en surveiller l’activité.

Je ne crois pas que, par exemple, l’intégration de leurs bases de données dans le SCS soit envisagée. En revanche, ces compagnies se devront de plus en plus de respecter leurs clients, et de construire leurs bases de données en accord avec eux. Leur activité, intérieure et internationale, devrait, grâce au SCS, faire l’objet d’un suivi plus strict. J’ai déjà souligné ce point dans le présent article. Mais sans doute ne faut-il pas hésiter à le redire : la politique mise en œuvre par le gouvernement que dirige le Président Xi Jinping est une illustration de ce que signifie «une économie socialiste de marché» et «la dictature démocratique du peuple».

Supposons maintenant qu’il n’y ait pas d’entreprises privées en Chine et abordons la deuxième question. Elle a trait au rôle que le SCS chinois joue et peut jouer pour révolutionner le travail chinois. Révolutionner le travail signifie, à mon avis :

Contrôler la production marchande capitaliste en la socialisant et en éliminant le noyau dirigeant de la classe capitaliste, la grande bourgeoisie monopoliste,
Transformer la force de travail, de marchandise soumise qu’elle était en agent actif et dominant de la société parce que débarrassé de sa forme marchandise,
Conduire, simultanément, le procès de production vers un état de développement tel que la forme marchandise perde toute signification au regard du degré très élevé de la productivité du travail et des facteurs.
Développer de manière inédite les activités motrices de cette révolution, c’est-à-dire les fondement scientifiques et intellectuels de la Cyber-Révolution.
Transformer les relations internationales.
Comme on peut le constater, on est très éloigné des réflexions sur la réputation ou la confiance. Ce que l’on connaît du SCS chinois actuel correspond à la première phase de ce processus révolutionnaire. Cette première phase contient elle-même trois aspects.

C’est tout d’abord la contribution que ce système peut apporter d’abord pour contrôler les anciennes classes dirigeantes et leurs résidus groupusculaires ainsi que toutes les actions terroristes impulsées par les puissances impérialistes. C’est simultanément le nettoyage des ces comportements malsains que sont le vol, l’escroquerie, la corruption, l’individualisme forcené et le non-respect de la vie d’autrui. C’est le contrôle des nouvelles entreprises capitalistes permises ou même sollicitées pour contribuer au développement socialiste.

C’est ensuite la régularisation et les aménagements internes que le SCS peut apporter au système de la production de marché socialiste. Il s’agit de normaliser les prix des marchandises, et donc les profits réalisé par leur vente, ceux par exemple, de la production pharmaceutique. Il s’agit de socialiser l’investissement et, ce faisant, de le rendre plus économe, plus efficace, d’en contrôler les effets pervers sur la nature et les hommes, mais aussi, sans négliger la rentabilité, de le réaliser aussi pour d’autres motifs que la rentabilité, comme par exemple la construction de routes dans les montagnes ou de routes destinées à désenclaver des régions antérieurement isolées du reste du pays.

C’est enfin la socialisation de la consommation. Le SCS peut aider à satisfaire mieux les besoins de consommation, à améliorer la qualité et le prix des produits, à ne pas développer la production au détriment de l’environnement et de la santé humaine.

En résumé, je dirai que cette première phase est celle du nettoyage du mode de production socialiste naissant de toutes les scories antérieures. Elle est celle de la socialisation de la production marchande et de son équilibrage. Au cours de cette première phase, qui est toujours marquée par le sceau de la nécessité, la liberté individuelle est d’autant plus grande pour la masse de la population que le société est assainie et se développe en tant qu’économie socialiste de marché[6].

La deuxième phase de révolution à laquelle le SCS peut contribuer activement est celle simultanée du développement et de la généralisation au plus grand nombre de forces de travail des activités motrices de la Cyber-Révolution. Il s’agit de faire de chaque individu un scientifique à son niveau. Cela ne signifie pas, à mon avis, que chacun devienne un Einstein. Mais cela signifie que chaque individu, homme ou femme évidement, ait la claire conscience d’être, à son niveau, un membre actif et responsable de la grande révolution scientifique et technique en cours.

Révolutionner le travail, son statut marchand, c’est d’abord élever le niveau intellectuelle de la force de travail moyenne de telle sorte qu’elle domine les moyens de travail non seulement grâce aux rapports de production socialistes mais grâce à sa propre formation, au développement de sa propre intelligence. Il est clair, de plus, qu’une révolution intellectuelle de ce type suppose une révolution matérielle correspondante. Je crois que, par exemple, le SCS chinois sera très vraisemblablement mis en oeuvre pour aider les femmes chinoises à améliorer leur position dans les entreprises, s’il est vrai qu’elles y sont défavorisées, ou pour tendre vers l’égalisation de leurs rémunérations, à qualification égale, si ces rémunérations y sont significativement inférieures.

Mais révolutionner le travail, c’est aussi mettre en oeuvre cette compétence à la fois générale et individualisée pour planifier l’économie, son financement. C’est mettre en oeuvre une politique d’investissements dont la croissance du degré d’efficience ait pour effet de réduire progressivement le périmètre du marché intérieur. Lorsque la productivité du travail sera infinie, la forme marchandise n’aura plus aucun sens et il en sera a fortiori de même pour la marchandise force travail.

C’est l’une des très grandes différences de fond entre les SCS de type capitaliste et les SCS de type socialiste. Les premiers visent à défendre le système de la valeur marchande et à le prolonger. Les seconds visent à le dépasser. L’économie de marché socialiste n’est pas, dans le socialisme chinois, une situation éternelle. C’est une situation transitoire. A un moment donné, non seulement le marché, mais l’entreprise, a fortiori l’entreprise privée, perdront toute signification.

ÉLÉMENTS DE CONCLUSION

Il est temps pour moi de conclure ce texte et de remercier François Potier de m’avoir encouragé à l’écrire. Je me suis efforcé, avec l’arrogance des Innocents et des Stupides, de mettre en oeuvre «un point de vue marxiste», qui fait terriblement défaut pour l’étude de ce genre de problème. S’il me fallait résumer en quelques mots ma conclusion, je dirais que nous, communistes français, nous devrions nous inspirer du SCS qui se construit en Chine car ce sera un instrument de première grandeur pour construire le socialisme en France. Il ne s’agit pas pour nous de l’imiter mais certainement de penser dès à présent à un instrument du même type.

Cela ne doit être qu’un instrument. Et sans doute parmi d’autres, parmi beaucoup d’autres, mais ce doit être quand même un instrument de grande portée, étant donné les potentialités du projet : Révolutionner le travail, tout le travail de la société.

Cela étant dit, bien des problèmes devraient encore être abordés. Je vais dire quelques mots de ceux qui, à l’instant, me semblent les plus importants.

Le premier a trait aux forces sociales à mettre en oeuvre pour installer et construire une société socialiste en France et y implanter un projet de cette sorte. Certes, les communistes français doivent s’adresser aux plus démunis, en leur montrant de chemin de leur délivrance. Nous devons nous adresser aux quartiers populaires. Cela dit, la petite réflexion que je viens de conduire me convainc que nous devons aussi, et dès à présent, pour construire dans ce pays un nouveau rapport des forces entre le peuple et la grande bourgeoisie, nous adresser aux intellectuels, aux travailleurs intellectuels, à certains d’entre eux en tout cas.
Je pense tout particulièrement à celles et à ceux qui, dans cette société, exercent un métier d’informaticien, soit comme salariés, soit comme entrepreneurs. Nous devons nous adresser à eux, comme à toutes ces professions dites intermédiaires, qui font marcher les services publics et les infrastructures de ce pays. Leurs métiers sont déjà des composants actifs de la société à venir. Nous devons leur proposer de la conquérir ensemble, cette société, puis de la construire ou de la reconstruire ensemble. Car ils sont, elles sont, et seront l’un des leviers du socialisme. Leur tâche sera notamment de réaliser l’indépendance informatique de la France et de déployer l’activité de haut niveau dont ce pays aura besoin pour construire et développer le socialisme.

Sans les quartiers populaires, ces professionnels continueront de mijoter dans la mélasse où les met la grande bourgeoisie, mais sans eux, les quartiers populaires mijoteront de la même manière, sans avenir et sans espoirs.

Le deuxième point important concerne les rapports des individus à cette collectivité supérieure et fantastique que, pour nous, occidentaux, représente le SCS chinois. Nous sommes, comme tous les peuples, façonnés par une très longue histoire. Nous la pratiquons quotidiennement et, par le biais du marché capitaliste, nous en avons intériorisé les impulsions de manière quasiment génétique.
L’histoire chinoise fut différente de la nôtre. Pour parler de manière excessive et anachronique, je dirai que c’est la socialisation impériale de la terre qui a permis sa répartition rurale démocratique et parcellisée. Les paysans chinois ne sont pas entrés en conflit avec l’Empereur pour les mêmes raisons que leurs homologues d’Europe occidentale, puisque la propriété publique leur donnait accès à la terre.

Cela dit, un fait demeure, transversal à toutes les sociétés : notre époque est encore celle de la rareté, que ce soit en France ou en Chine même si les niveaux de rareté ne sont pas les mêmes ici et là. Dans la rareté, l’individu, où qu’il se trouve, est nécessairement dépendant de la collectivité.

Je renvoie sur ce point à un texte bien connu, dont Danielle Bleitrach a fort heureusement rediffusé la mémoire sur le site Histoire et Société. Ce texte a trait à l’essence des Grands Hommes [7]. Ce sont les rapports sociaux d’une époque qui font les Grands Hommes de cette époque. De la même façon, ce sont les rapports sociaux d’aujourd’hui qui font que les individus sont libres ou ne le sont pas. La liberté individuelle n’a pas d’autre fondement que la liberté de tous et de la société.

Telle ou telle personne, qui sort avec son voisin de palier, un homme marié bien entendu, et cela dans le but évident d’aller faire des galipettes, trouvera désagréable d’être prise en photo par une caméra publique. C’est compréhensible, mais le SCS chinois, sous l’angle des individus, a pour seul but de freiner l’ardeur des voleurs à la tire, de repérer les auteurs d’actes délictueux voire criminels, de retrouver des enfants perdus, etc, et non de repérer les sorties avec les voisins de palier, voire avec ceux de l’immeuble d’en face…. Je ne vois pas que le gouvernement chinois se propose de suivre de près ou de loin la vie personnelle des Chinois ou de ceux qui vivent en Chine. Il est déplacé de raisonner ainsi, cela n’a aucun sens.

Repérer les terroristes et les criminels, c’est autre chose. C’est un acte légitime et nécessaire pour assurer la sécurité des Chinois. Neutraliser les escrocs du téléphone ou des e-mails, détruire les réseaux de prostitution enfantine ou les trafics d’armes et de drogues via internet sont des activités que seul l’Etat peut accomplir. Oui, cela suppose une certaine intrusion dans les ordinateurs et dans les téléphones personnels. Mais les simples citoyens tirent avantage de son intervention et s’en félicitent. Seuls quelques uns, repliés sur eux-mêmes, y trouvent à redire.

Je crois qu’une interrogation plus sérieuse demeure : qui contrôle les contrôleurs? Qui peut assurer que, dans un pays en voie de développement, dont la population aurait majoritairement choisi le socialisme, les dirigeants de cette société agiront conformément à l’idéal qu’ils affichent? Il n’existe, mon avis, aucune raison théorique a priori autre que celle de la pratique, que l’on puisse évoquer. Ou bien les dirigeants de la révolution satisfont les besoins populaires et y associent étroitement le peuple, et la société progresse, ou bien ils ne le font pas. Ils échouent et la société régresse.
Les gouvernants actuels de la Chine, qui sont les héritiers du Mouvement du 4 Mai, qui ont étudié l’échec du socialisme de type soviétique, qui respectent profondément le peuple chinois dont ils sont issus, qui sont à la fois des patriotes et des internationalistes, savent qu’ils doivent construire le socialisme en Chine non seulement pour le peuple mais avec le peuple. Je me suis réjouis de lire ce matin, dans la version française de Xinhuanet du 20 avril 2021, reproduisant un entretien de la rédaction de Xinhua avec le Président Lula, l’affirmation selon laquelle «le PCC s’engageait à assurer une large participation du public à la croissance économique». Les réalisations de la Chine, a souligné le Président Lula, promeuvent non seulement le développement économique mais «l’intégration sociale et le progrès social».

Cela dit, c’est au peuple chinois et non à moi, ou au premier venu du Boulevard Saint-Michel, voire du Faubourg Saint-Honoré, qui n’est pas très loin, de porter jugement sur ses dirigeants et, s’il y a lieu, d’en rectifier la conduite.

En revanche, il me paraît non seulement justifié, mais nécessaire, de réfléchir aux institutions susceptibles d’assurer ce contrôle dans le cadre de la lutte pour l’instauration d’un socialisme à la française. Je laisse ce point totalement ouvert n’ayant pas la prétention d’avoir un avis sur tout.

Ce que je crois cependant est que les projets de Chambre des travailleurs, émanant tant de Jaurès que de Clouscard, et dont Baran faisait récemment le rappel sur ce site, devraient être pris en considération et réfléchis en ce sens. J’indique que, sans connaître ces deux projets, j’ai fait état d’une esquisse semblable dans mon livre récent sur le socialisme[8].

J’avais enfin l’intention, en conclusion de cette discussion, de rendre brièvement compte des livres de Bernard Stieggler et d’Alain Supiot, l’un portant l’un sur «la gouvernementalité algorithmique» et l’autre sur «le gouvernement par le nombre», et de les situer par rapport au sujet de ma petite étude[9].
Toutefois, la lecture que j’en est faite est trop rapide, trop superficielle pour que puisse en traiter sans leur faire injure. Je vais prendre ce risque, mais uniquement avec l’intention d’affirmer clairement que, en tant que marxiste, je n’ai pas la prétention de tout dire et de tout savoir, loin de là, mais celle seulement, grâce à elle, d’arriver à penser des choses essentielles.

C’est pourquoi je ne crois pas qu’une personne profondément convaincue de la puissance et de la fécondité du marxisme, comme je le suis, puisse envisager de négliger le discours des autres, en particulier ceux de Stiegler et de Supiot. Je peux seulement regretter que cette immense théorie leur soit tant étrangère.

Quoiqu’il en soit, il me paraît clair que, derrière la réflexion de ces auteurs se tient une interrogation sur l’aptitude, tant des régimes fondés sur le marché que ceux de type socialiste, à gouverner les sociétés. Prenant l’URSS comme référence de son analyse du socialisme, Alain Supiot écrit que «les dirigeants soviétiques se considéraient comme les ingénieurs d’une société nouvelle…La construction du socialisme requérait une obéissance sans faille et un contrôle permanent des dirigeants du Parti, comparable à la direction du travail dans une entreprise taylorienne». Ils ont cherché à «remplacer le jugement par le calcul».

De son côté, Bernard Stiegler observe «l’instrumentalisation et la réticulation systématique des relations interindividuelles et transindividuelles, mises au service de la data économy…» (14). Le phénomène de disruption, titre du livre cité de cet auteur, signifie que «la réticulation numérique pénètre, envahit et parasite, et finalement anéantit les relations sociales». On observerait «…la perte du sentiment d’exister». «Les individus sont dépossédés de leurs propres désirs» (14). Bien que critiquant le capitalisme de manière explicite, on peut penser que sa critique s’adresse à tous les systèmes. Car c’est «toute la planète» qui, selon lui, est en cause.

On peut dire que ces deux auteurs se rejoignent dans une même critique de l’économie numérique et des SCS, qu’ils soient capitalistes ou socialistes.

Que leur dire? A Stiegler, malheureusement décédé l’an passé, je ferai remarquer, si j’avais la possibilité de le rencontrer, que je retiens son souci de promouvoir «une économie générale de la contribution». Je crois comprendre ce qu’il veut dire. Cet auteur est profondément hostile au consumérisme engendré par l’économie capitaliste numérisée, et à tout ce qui stérilise les rapports humains. Mais précisément, construire un SCS ne consiste pas à construire un moyen de gouverner à la place des hommes. C’est un moyen visant à aider les hommes à gouverner, ce qui est très différent.

Je lui demanderais donc si, d’une part, il a bien perçu les contradictions principales de cette économie? Qu’est-ce que la critique du seul consumérisme quand, dans le même système consumériste, des gens crèvent de froid et de faim? Je lui demanderais, d’autre part, s’il a bien fait attention au fonctionnement de l’économie et de la société chinoises, ainsi qu’à la façon dont ses dirigeants assumaient leurs responsabilité?

Qu’est-ce que lutter contre la pauvreté? Je dis bien lutter car pendant deux ans, les membres du PCC ont été mobilisés dans ce but qui n’était pas rien? Qu’est ce que promouvoir la paix dans le monde, si ce n’est, là encore, lutter pour une société qui soit autre chose qu’un rassemblement de bêtes à cornes? Ce que les dirigeants de la Chine proposent à leur peuple, en les associant à ce projet, c’est de construire une Chine puissante et cohérente, une Chine qui pour ces deux raisons soit capable d’affronter l’impérialisme et de porter la cause de la paix.

Que dire à Alain Supiot? Un enseignement professé au Collège de France l’a forcément été par une personne de talent. Je lui dirais donc, modestement, que je suis d’accord avec lui quand il écrit : « Lorsque l’Etat n’assure plus son rôle de garant de l’identité et de la sécurité physique et économique des personnes, les hommes n’ont plus d’autre issue que de rechercher cette garantie ailleurs» (342). Cette garantie serait celle «des appartenances claniques, religieuses, ethniques» (ibid.).

Il est clair cependant qu’une telle garantie ne garantit rien. Elle prolonge seulement la vie du capitalisme industriel. Le paradoxe de son fonctionnement est, en effet, le suivant. C’est grâce, désormais, aux maladies qu’il véhicule (et selon moi, les appartenances claniques, religieuses, ethniques érigées en substituts des défaillances de l’Etat sont des maladies), que les grandes bourgeoisies prolongent leur pouvoir. Celles et ceux qui les subissent se doivent donc de lutter pour leur élimination révolutionnaire, à moins qu’ils n’aient accepté de périr sous leur commandement. La tâche des communistes français aujourd’hui est de montrer l’exigence de la lutter pour le socialisme en France et d’en éclairer les contours. Dans ce contexte, je trouve stimulant qu’Alain Supiot ait écrit que le retour vers une certaine harmonie sociale « ne pourra se faire sans une remise en cause politique du pouvoir acquis aujourd’hui dans une majorité de pays par des classes dirigeantes ploutocratiques, dont les motivations n’ont rien de mystique et dont la cupidité effrénée et la puissance dévastatrice rendent toute son actualité à la critique du capitalisme instruite par Marx il y a un siècle et demi» (343).

Je trouve également également stimulant que ce juriste déclare qu’il faille «rendre à ceux qui travaillent une prise sur l’objet et le sens de leur travail» (346). Le SCS chinois et ce que nous pouvons en déduire pour la France est d’être un moyens pouvant aider à révolutionner le travail.

[1]Revue Economie et Politique, Dossier sur «La Révolution informationnelle, ses ambivalences, ses potentialités», avec les articles de : Paul Boccara, Jean Lojkine et Jean-Luc Maletras, Fredéric Boccara, Frédéric Rauch, Sylvain Chicotte, Economie et Politique, mai-juin 2016, n°742-743, p.8-33 (en ligne). En particulier l’article de Frédéric Boccara, «Révolution informationnelle, «numérique», valeur et analyse de la marchandise, Quelques réflexions provisoires», p.21-26.

[2] https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/societe-de-linformation/le-monde-du-livre-et-de-la-presse/histoire-du-livre-et-de-la-documentation/biographies/norbert-wiener.html

[3]Je reprends ici une citation extraite du livre de Cédric Durand sur la révolution numérique, concernant Apple. Ce type d’analyse est bien connu, mais il peut intéresser les lecteurs. «Après avoir abandonné ses usines de Fountain à Colorado Springs et d’Elk Grove à Sacramento, en 1996 et 2004… toute la production est effectuée par des établissements basés hors des Etats-Unis, notamment en Chine, mais cela ne signifie pas que la société a relâché son contrôle sur les opérations de production. Elle a au contraire construit un écosystème fermé où elle exerce un contrôle sur presque tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement, depuis la conception jusqu’au magasin de détail» (Chapitre : Les rentiers de l’intangible). En mondialisant sa production, cette multinationale a pris de la distance avec le travail qui s’y déploie. Celui-ci est le problème de ses unités décentralisées. Mais elle a centralisé le fonctionnement de l’ensemble à l’aide d’informations, de façon à lui donner les impulsions jugées stratégiques et à en connaître à tout instant la rentabilité.

[4]Michel Husson, voir ses divers travaux sur le site Hussonet. Par exemple «La théorie des Ondes Longues et la crise du Capitalisme Contemporain», décembre 2013.

[5]JD est l’acronyme du pinyin de Jing Dong

[6]Voici, par exemple, un propos du Premier ministre Li Keqiang : «Nous allons réduire la bureaucratie et éradiquer les illégalités afin de garantir aux citoyens une plus grande égalité de chances et d’élargir l’espace de leur créativité» (cité par Cédric Durand, Techno-Féodalisme, op.cit.)

[7]Danielle Bleitrach, Le rôle de l’individu dans l’histoire, Histoire et Société, 29 mai 2020, rubrique Cinéma, avec référence à l’ouvrage de Georges V. Plékhanov, Le rôle de l’Individu dans l’Histoire, (1898).

[8]Jean-Claude Delaunay, Rompre avec le Capitalisme, Construire le Socialisme, (chapitre 7, p. ), 2020, Editions Delga, Paris.

[9]Bernard Stiegler, Dans la Disruption, Comment Ne Pas Devenir Fou, suivi d’un Entretien sur le Christianisme, 2016, Les Liens Qui Libèrent; Alain Supiot, La Gouvernance par Les Nombres, Cours au Collège de France (2012-2014), 2015, Fayard, Paris.

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