| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
| Posté le 30-08-2024 à 11:54:33
| | Guerre commerciale ou coopération ? Par Robert Kissous, économiste, militant associatif. paru sur le site de l'Humanité : https://www.humanite.fr/en-debat/brics/guerre-commerciale-ou-cooperation?fbclid=IwY2xjawE-TZNleHRuA2FlbQIxMQABHXewRe3ESnFl0MQjGc0LMQ7GZpvhpDyv3QJ1sPYfOvOTzGbJM89HWXMEFw_aem_-cR760t0OMVetzg1qLUjaA Publié le 28 août 2024 Selon les projections dinstitutions économico-financières dici 2050 sept pays émergents représenteraient 50 % du PIB mondial contre 20 % pour les pays du G7. Les cinq pays du BRICS ont vu leur poids dans léconomie mondiale croître sans cesse et leur PIB dépasser, en parité de pouvoir dachat (PPA), celle du G7 : 20 % en 2003 à 32 % en 2023 tandis que la part du G7 a reculé sur la même période de 42 % à 30 %. La part des BRICS + (élargis à dix Etats membres au 1er janvier 2024) dans le PIB (PPA) mondial est de 35 % contre 30 % pour le G7. En 2023, le G7 représentait 43,7 % du PIB (nominal) mondial contre 75 % à la fin des années 1990. En une trentaine dannées le recul du poids du G7 dans léconomie mondiale est considérable. Plus généralement les pays du Sud global sont devenus le lieu où se créent de plus en plus les richesses, développant leur propre dynamique, leur poids dans léconomie mondiale croissant sans cesse. Les pays émergents sont les moteurs du développement économique mondial. Selon les estimations du FMI pour 2024 les pays émergents ou en développement verraient un taux de croissance moyen de 4,2 % contre 1,7 % pour les pays développés (dont moins de 1 % pour le G7 et près de 4 % pour les BRICS +) avec une croissance mondiale moyenne de 3,2 %. La contribution des pays émergents à la croissance mondiale est incontournable. Pour autant ils sont loin davoir rattrapé le niveau de vie des pays du G7, la valeur moyenne du PIB (PPA) par habitant y est trois fois inférieure à celle du G7. Les multinationales par leur recherche de taux de profits maximum ont, dun même mouvement, participé globalement à la désindustrialisation des pays développés et à lémergence économique de pays qui ont su profiter de cette situation. Cest le cas de la Chine ainsi que de nombreux autres pays qui ont su tirer parti de cette nouvelle dynamique mondiale. La désindustrialisation La désindustrialisation fût la règle pour la plupart des pays développés. Elle a commencé avec la fin des Trois glorieuses avec la crise économique des années 1970. Reagan et Thatcher en sont les figures emblématiques et en France Giscard dEstaing puis Mitterrand et leurs successeurs. Dans les années 1990 saffirmait la pseudo-théorie des entreprises sans usine selon laquelle désormais la valeur ajoutée gisait dans le marketing et la conception, la fabrication étant un centre de coût à sous-traiter et à délocaliser. Lhistoire a montré linanité de cette théorie. Ce nest pas laccumulation de capitaux ni le casino boursier qui crée les richesses mais le labeur de centaines de millions de travailleurs qui se battent pour sortir de la misère. Ce nétait plus tant les travailleurs immigrés qui étaient recherchés pour travailler dans les pays développés mais les capitaux qui partaient à la recherche du profit maximum. Cest le capital financier qui a décidé la désindustrialisation. Ni les immigrés ni les pays en développement nont « volé nos emplois ». Dailleurs selon une étude de lInsee portant sur 2021 les multinationales françaises ont plus de salariés aux États-Unis dAmérique (EU) quen Chine y compris dans lindustrie pourtant personne ne dit que les EU volent lemploi des Français. La France est parmi les pays développés celui qui sest le plus désindustrialisé malgré une assistance de lÉtat qui na cessé daugmenter (plus de 150 milliards deuros daide publique en 2019). Ce ne fut pas le cas de lAllemagne bien quaujourdhui des industries chimiques y envisagent de simplanter aux États-Unis (EU) pour échapper à la hausse vertigineuse du coût de lénergie. Aujourdhui les pays développés cherchent à garder les industries à haute valeur ajoutée et à forte croissance tout en poursuivant les délocalisations dans dautres secteurs. Une stratégie mise en uvre aux EU qui leur permettrait, du moins le pensent-ils, de dominer léconomie mondiale. Le retour du protectionnisme La bataille tarifaire visant particulièrement les produits importés de Chine a pris un nouveau tournant avec lélection de Trump. Biden poursuit la même ligne en cherchant à mobiliser lensemble de ses alliés et en mettant laccent sur la hi-tech, lindustrie « verte », les secteurs davenir à forte croissance par lIRA (Inflation Reduction Act) et le « Chip and Science Act ». Ces lois permettent de subventionner grassement les multinationales, européennes incluses, qui investissent aux EU dans ces domaines aussi bien en fabrication quen recherche et développement (R & D). On nentend pas beaucoup de protestations pour ce « vol demplois ». LUnion européenne (UE) suit la même voie mais avec des moyens beaucoup plus faibles. Trump puis Biden se présentent en défenseur des travailleurs états-uniens, dénonçant une concurrence déloyale des pays émergents, leurs travailleurs ne disposant pas des mêmes droits sociaux que les pays « avancés ». Pure hypocrisie puisque cest justement cela qui motivait le départ de lindustrie. Pour les EU la « concurrence libre et non faussée » est acceptable seulement si elle leur profite. Suivant leur intérêt ils adoptent le protectionnisme ou le libre-échange. La fracturation du marché mondial La fracturation du marché mondial, la « démondialisation », est en marche. Elle prend différentes formes notamment : Limposition de droits de douane prohibitifs (100 % sur limportation de véhicules électriques chinois aux EU, 38 % dans lUE) ; Le boycott de certains pays pour des raisons politiques (Iran, Russie, Cuba
) par les EU et certains de leurs alliés ; Le droit dextraterritorialité que soctroient les EU interdisant pratiquement, sous peine de lourdes sanctions, à toute entreprise quelle que soit sa nationalité et à tout pays de commercer avec les pays boycottés. Cest une atteinte à la souveraineté des pays mais compte tenu de la puissance des EU peu osent sy opposer ; Linterdiction dexporter des produits considérés comme stratégiques (semi-conducteurs de pointe par exemple pour lintelligence artificielle ou linformatique quantique et les équipements servant à leur fabrication) pour empêcher laccès des pays émergents, particulièrement la Chine, à la haute technologie ; Linterdiction pour les pays sanctionnés dutiliser le système de paiement international SWIFT ; il convient cependant de souligner que celle-ci pourrait avoir un effet boomerang en poussant à la dédollarisation. Lampleur de ces mesures perturbe le commerce mondial et les chaînes dapprovisionnement actuelles dans certains domaines de pointe pour les remplacer par dautres où les EU joueraient le rôle central. Pour ne pas paraître bafouer les règles du commerce international de lOrganisation mondiale du commerce (OMC) tout ceci est justifié par des considérations sécuritaires
Mais par exemple dans les semi-conducteurs aucun pays, Chine incluse, ne dispose de la chaîne complète dapprovisionnement avec une offre permettant de répondre à lensemble de la demande. Les grands producteurs sont dépendants des grands marchés de consommation donc particulièrement de la demande et de loffre chinoise. Quelques chiffres sont éloquents. 60 % des exportations de puces sud-coréennes vont en Chine. Les importations chinoises de semi-conducteurs sélevaient à 300 milliards de dollars en 2018 dont 25 % par des entreprises des États-Unis. La perte de chiffre daffaires pèsera inévitablement sur les capacités de développement des multinationales concernées y compris dans la R & D. Sans compter les mesures de rétorsion que prendra inévitablement la Chine. Ainsi les grandes entreprises européennes BMW, Volkswagen, Stellantis ont exprimé leurs craintes et désaccords sur les mesures protectionnistes décidées par lUE. Pour les constructeurs automobiles allemands, la Chine est le principal marché, représentant un tiers des ventes totales. La fracturation ne sarrête pas au commerce international. Elle se poursuit dans le domaine financier et monétaire. Les pays sanctionnés ne pouvant utiliser le dollar ni SWIFT sont conduits à utiliser des moyens de paiement alternatifs sans dollar ni SWIFT. Des pays de plus en plus nombreux font désormais une partie de leur commerce en monnaies nationales. Les BRICS envisagent de plus en plus sérieusement de mettre en place une « monnaie commune » pour leurs échanges en croissance. La dédollarisation, encore loin dêtre majoritaire, est néanmoins amorcée et depuis une décennie cette hégémonie du dollar seffrite. Un quart des bons du Trésor états-uniens vendus en dix ans par la Chine a été remplacé par de lor. Et ce nest pas la main basse des pays occidentaux sur les avoirs russes qui encouragerait des pays à maintenir leurs avoirs en dollars. Coopération ou guerre commerciale ? Il ne pourra y avoir de réindustrialisation si lon ignore que les pays émergents représentent 80 à 85 % de la population mondiale dont les besoins insatisfaits sont immenses. Ils ne se laisseront pas voler leur droit au développement. Taxer les importations de ces pays du fait de normes sociales inférieures aux nôtres ne ferait que creuser les inégalités. Cest leur développement qui réduira ces inégalités. Peut-on ignorer que la classe moyenne chinoise représentera plus de 800 millions de personnes en 2030 et que la classe moyenne indienne en représentera près dun milliard en 2050 ? Sans parler de lAfrique (2,3 milliards dhabitants en 2050), de lAmérique Latine et de lAsie. Ce nest pas en fracturant le marché mondial par une guerre commerciale pour se « protéger » que les pays développés peuvent faire face aux évolutions mondiales. Cest de la rapacité des multinationales et des marchés financiers quil faudrait plutôt se protéger. Développer une production souveraine dans les secteurs stratégiques est nécessaire mais se réindustrialiser en circuit fermé, dans une guerre commerciale pour relocaliser les usines parties en Chine, en UE, aux EU ou ailleurs, est une impasse. Les pays du sud aussi veulent se développer et non rentrer dans une politique de blocs, dans une guerre économique motivée par des considérations géopolitiques. Linterdépendance est une réalité. Lavenir est dans un projet commun.
Edité le 30-08-2024 e 11:55:01 par Xuan
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| |
| | | | | | | | | |
|