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 Sur la candidature de Fabien Roussel

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Xuan
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   Posté le 05-09-2021 à 13:50:16   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je mets en ligne en ligne ici les positions que défendra l'actuel dirigeant du PCF en 2022.
Ici au micro de bfmtv :
https://www.youtube.com/watch?v=XTRCl7OgNaY

On reviendra aussi sur les polémiques qui l'accompagnent.

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
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   Posté le 06-09-2021 à 07:04:11   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Il donne aussi des éléments dans son livre 'Ma France'

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
Xuan
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   Posté le 17-09-2021 à 20:55:15   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur le blog de D. Bleitrach le point de vue de Jean Claude Delaunay :


Jean-Claude Delaunay : questions à Fabien Roussel, candidat du Parti communiste à la prochaine élection présidentielle…

DANIELLE BLEITRACH 17 SEPTEMBRE 2021
https://histoireetsociete.com/2021/09/17/jean-claude-delaunay-questions-a-fabien-roussel-candidat-du-parti-communiste-a-la-prochaine-election-presidentielle/

Jean-Claude Delaunay, économiste, vivant en chine et auteur de nombreux livres autour du socialisme : dans ce blog où il est chez lui, faisant partie de l’équipe rédactionnelle, il interpelle NOTRE candidat communiste à la présidentielle Fabien Roussel. Jean-Claude dit “Je suis bien prétentieux de parler comme je le fais, et pourtant, j’ai la conviction que mon analyse devrait faire réfléchir. Elle devrait stimuler la réflexion de tous les communistes et non apparaître comme une bataille de chiens querelleurs. Et puis lui-même, Fabien Roussel, dans Ma France Heureuse, n’a-t-il pas écrit «qu’il fallait sortir du présidentialisme et de la délégation de pouvoir que les Français donnent aux élus. Chaque citoyen doit être un acteur de la vie politique, une partie de sa solution» (p.43). Par conséquent, je suis son conseil, que je trouve approprié. “ Voilà. Jean-Claude parle pour lui, et réclame les véritables conditions de l’unité du parti, celle à partir desquelles se reconstruit dans un combat difficile un nouveau rapport au monde du travail, à la jeunesse… C’est une longue marche engagée là et qui va bien au-delà de la présidentielle, et même d’un congrès. Notre candidat a eu le courage, (peut-être l’inconscience) de s’y engager, nous le remercions sincèrement en ce qui concerne l’équipe de ce blog, dont l’engagement se situe autour d’une stratégie pour le socialisme.

«… Une stratégie claire et des objectifs très clairs sont importants, que voulons-nous, que proposons-nous et si nous nous sentons capables de le faire … soyez sage, soyez proactif. Être aussi intelligent que nécessaire, non seulement aussi courageux que nécessaire, non seulement aussi résolu que nécessaire, et aussi convaincu que nécessaire, mais aussi intelligent que nécessaire … » disait Fidel, et on est rarement intelligent tout seul en politique d’où la nécessité de reconstruire l’unité du parti dans cette construction collective et pas dans l’entre-soi des sommets de Fabien (le colonel) surtout quand tous les étages sont peu assurés.
Pourtant si Jean-Claude autorise cette remarque d’une sociologue, je trouve qu’il ne tient pas assez compte de la nouveauté du livre de Fabien Roussel, la manière dont celui-ci va dans les entreprises, se confronte à la réalité de l’exploitation, ce qui n’a été fait par aucun de ses prédécesseurs, ni les autres candidats, mais “motion de synthèse” , je pense que cette démarche innovante appelle effectivement plus de théorie sur les conditions de l’exploitation financière et impérialiste; l’actualité de la rupture d’une commande avec l’Australie vient de rappeler à nos politiques que nous n’avons pas plus d’alliés en Europe que dans le Pacifique et là je rejoins ton analyse sur la stupidité de notre regard sur la Chine, double stupidité sur le seul luxe et sur la manière dont nous avons laissé partir nos fleurons, il ne s’agit pas seulement de rapatrier mais de coopérer. Et c’est pas avec les gadgets de Friot que l’on peut penser ce genre de chose…(note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)


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Pour la grande bourgeoisie française, l’élection présidentielle est aujourd’hui l’élément politique le plus important du mécanisme global servant à reproduire son pouvoir. Elle sert à ça, cette élection, dans les conditions de l’impérialisme contemporain. C’est sa valeur d’usage spécifique, son rôle, au sein de la grande machine que les béati possidantes de ce pays ont mis au point pour exploiter et dominer leurs semblables.

Prendre place dans cette élection est donc nécessaire pour les communistes puisqu’il leur est offert, pendant le court moment de sa préparation, de contester radicalement, il est vrai en paroles et de façon non-gratuite, la direction donnée à la société par les dirigeants de la classe au pouvoir. Évidemment, ces dirigeants, qu’ils soient politiciens ou dans les affaires, préfèreraient que les communistes fîssent de la politique et du marxisme dans les cimetières plutôt que dans des réunions publiques. Ils préféreraient qu’ils développâssent leurs critiques et leurs propositions au clair de la lune plutôt qu’en plein jour. Mais rien n’est parfait. Seules les machines idéales ont un rendement égal à 100%. Les agents directeurs et contremaîtres de la machine capitaliste savent cela et ils ont appris à s’en accommoder.

C’est précisément cette plasticité que je souhaiterais examiner dans le présent texte. Pour quelles raisons les dirigeants et vrais bénéficiaires du capitalisme en son stade impérialiste actuel, sont-ils toujours aux commandes en France? Pour quelles raisons, si la campagne menée par Fabien Roussel continue sur la lancée de son livre récent, Ma France Heureuse, Solidaire, Digne[ Fabien Roussel, «Ma France Heureuse, Solidaire, Digne» , Editions du Cherche-Midi, 2021, Paris. Ce livre, écrit-il page 7, n’est pas son programme. Il en constitue néanmoins la trame.], fera-t-elle «flop» ? Telles sont les questions que je me pose.

Si j’étais candidat à cette élection, qu’est ce qui me différencierait de Fabien Roussel ?

Fabien Roussel est un candidat communiste déclaré, très actif. Oui, je sais, il a même écrit un livre, comme je viens de l’indiquer. C’est un nordiste et les nordistes sont des gens que j’aime beaucoup. Ils sont discrets, mais chaleureux et pétris de fraternité. Mais vous savez, moi, en Chine, les bruits du monde me parviennent de manière assourdie. La réciproque doit donc être vraie pour lui. Car je trouve que le livre qu’il a signé contient, certes, des choses importantes et attachantes, mais aussi de grosses bêtises, sur la Chine par exemple, ou d’immenses insuffisances, notamment sur le socialisme.

Je ne cherche pas à lui porter ombrage, mais je ne vois pas les raisons qui m’empêcheraient de penser que sa France Heureuse n’est pas un livre achevé. Ce n’est pas avec un tel ouvrage que le monde du travail et les communistes peuvent avancer.

Je pense donc que, dans le cas présent, la critique publique en fut-elle vive, est une bonne chose. Je suis bien prétentieux de parler comme je le fais, et pourtant, j’ai la conviction que mon analyse devrait faire réfléchir. Elle devrait stimuler la réflexion de tous les communistes et non apparaître comme une bataille de chiens querelleurs. Et puis lui-même, Fabien Roussel, dans Ma France Heureuse, n’a-t-il pas écrit «qu’il fallait sortir du présidentialisme et de la délégation de pouvoir que les Français donnent aux élus. Chaque citoyen doit être un acteur de la vie politique, une partie de sa solution» (p.43). Par conséquent, je suis son conseil, que je trouve approprié.

Qu’est ce donc qui, dans l’hypothèse totalement improbable où je serais candidat aux prochaines élections présidentielles, me différencierait de Fabien Roussel, qui lui est candidat à cette élection ?

Je n’ai, vraisemblablement pas plus que lui, d’illusion sur la démocratie bourgeoisie et sur la capacité d’un communiste à devenir Président d’un pays comme la France par la voie électorale. Mais trois choses au moins nous distinguent.

1)La première est qu’il cherche, avec une sincérité que je ne mets pas en doute, à rallier le monde travail et la jeunesse à la cause des communistes, tout en agissant pour que le Parti communiste redevienne «celui du monde du travail». Évoquant le souvenir de Georges Marchais, il écrit notamment : «Je souhaite que le Parti communiste français redevienne celui-là…C’est-à-dire celui qui s’adresse autant aux ouvriers qu’aux ingénieurs, aux agriculteurs, aux agents des services publics, aux hospitaliers, aux agriculteurs, aux enseignants, aux commerçants, aux petits chefs d’entreprise…Ce monde du travail là n’a pas de perspectives, il est en souffrance et c’est à nous de lui tendre la main, de défendre ses droits et ses intérêts avec des propositions concrètes» (p.17).

Cela dit, il le fait sur des bases théoriques branlantes et parfois fausses. Et ce ne sont pas de petites erreurs.

2)La deuxième est que, ces bases théoriques manquant de solidité, il ne ralliera pas à la cause qu’il représente la population nombreuse, et devant être mobilisée de façon urgente, de celles et ceux que ces élections écœurent parce qu’elles se sont toutes terminées jusqu’à présent par la reconduction, à la direction du pays, des représentants de la grande bourgeoisie.

3)La troisième est qu’il ne ralliera pas davantage la masse des travailleurs et de la jeunesse, qu’il ambitionne de rassembler sous sa bannière. Pour réaliser cet objectif, il a absolument besoin que les adhérents du PCF s’engagent dans la bataille. Mais qui va le faire?

La fraction qui se reconnaît dans Pierre Laurent, soit environ 38% des militants, ne va pas s’engager dans ce combat parce que Fabien Roussel lui aura concédé que la Chine est une horreur et qu’il ne faut surtout pas parler du socialisme quand on est communiste. Ces concessions à la petite bourgeoisie communisante risquent au contraire de freiner l’ardeur militante de la fraction active majoritaire, soit 42%. Quant aux éléments intermédiaires, ils ont toute chance de ne faire que «compter les points» .

Fabien Roussel butte ici sur les limites et les contradictions de sa stratégie en tant que Secrétaire national. D’une part, il a voulu que l’organisation ne laisse personne en chemin. C’est en gros ce qu’il raconte au début de sa France Heureuse. La rupture fut évitée.

Le maintien de l’outil fut toutefois obtenu sous l’égide de Marx bistroquet et non sous celui de Marx théoricien. Une stratégie de ce type suppose, pour réussir, le calme et la très longue durée. Or la vie politique est faite de heurts et de chocs inattendus. L’élection présidentielle est l’un d’eux. Les clarifications nécessaires pour que l’outil PCF devienne à la fois uni et opérationnel supposent un type de direction qu’à mon avis, exprimé de loin, Fabien Roussel n’a pas voulu ou n’a pas pu mettre en œuvre.

On me dira peut-être : «Mais Delaunay, tu vas voir, l’essentiel de son message s’adresse au monde du travail et à la jeunesse. C’est l’adhésion à son message de ces catégories de population qui va, finalement, faire progresser la situation relative au Parti lui-même» . Un tel raisonnement sous-estime, à mon avis, l’influence de l’idéologie dominante sur les comportements spontanés, monde du travail compris. Il sous-estime, par conséquent, le rôle que le parti communiste doit jouer relativement à cette influence. Pour que le PCF joue son rôle moteur des luttes, il faudra bien convenir, un jour, que des clarifications authentiques soient réalisées à ce niveau.

Cette élection est donc pour moi l’occasion, à mon échelle, très modeste, de procéder à l’une de ces clarifications que je crois indispensables, en réfléchissant, après Fabien Roussel et à ses côtés, à l’exacte nature de la société dans laquelle nous vivons. Ce n’est pas, je le crains, ce que fait Fabien Roussel, car il ne la comprend pas vraiment, même s’il en perçoit certains travers.

Il aborde la société par l’affection, par la morale. «Je dis souvent à Bruno Lemaire qu’il doit arrêter de mentir» (p.143). Bruno, c’est pas bien, ton nez bouge. L’action, quand elle est sûre d’elle-même, repose sur la raison et non sur les sentiments. C’est dire que si les communistes veulent grandir, notamment dans cette élection et par elle, ils doivent dès à présent renforcer leur cohésion de pensée et leur unité de combat sur des bases théoriques solides. En construisant de la sorte «l’unité de leur parti» , ils doivent tendre à réagréger le plus rapidement possible, autour d’eux et avec eux, celles et ceux qui l’ont quitté ces dernières années. Ils doivent devenir marxistes et léninistes sans tarder, ou le redevenir s’ils ont oublié ce que cela signifiait. Ils doivent le faire collectivement, dans la clarté. Ce faisant, ils agiront dans l’intérêt du monde du travail que Roussel se donne la tâche de défendre, et le monde du travail, alors, le comprendra et l’estimera en tant que véritable candidat communiste.

Lénine et la société capitaliste des années 1900

Pour lutter, il faut voir et donc il faut savoir. A celles et à ceux des communistes qui trouveraient mon propos insupportable, je les prie de jeter un œil attentif sur ce que fut Lénine. Ce fut, sans relâche, un homme de combat. Il faisait de la politique du matin au soir et du soir au matin. Bref, il faisait ce que les plus avertis des Français, et notamment les dirigeants communistes, estiment faire en permanence.

Et pourtant, si l’on regarde avec attention ce qu’il écrivait, on se rend compte qu’il ne faisait pas seulement de la politique. D’abord, il connaissait de près le raisonnement ainsi que les écrits majeurs de Marx et il les mettait sans cesse à contribution. Il connaissait, aussi, bien d’autres auteurs. C’était un homme de lecture et d’étude. Ensuite, il s’est essayé à faire de la philosophie et de l’économie politique. C’était également un homme de réflexion et de théorie. Il ne se contentait pas de répéter inlassablement «Action, Action», comme le font un certain nombre de communistes, qui excelleraient certainement dans l’industrie du cinéma. Il s’efforçait en permanence de lier l’action et la théorie.

Je viens de rappeler en quelques mots ce que fut Lénine pour exprimer, qu’après cinquante ans de déshérence théorique chez les communistes français, il ne me paraît pas superflu de procéder aujourd’hui à des rappels fondamentaux. Il ne faut pas faire que cela, mais il faut le faire, c’est en tout cas mon avis en tant que candidat, de façon à élever le débat politique, de façon à le sortir de la seule polémique contre les riches dont on connaît les noms et les fortunes.

Il est courant de dire que si l’on reprenait l’argent qu’ils (elles) s’approprient indûment pour le redonner aux pauvres, alors ce pays irait beaucoup mieux. Laissons à Picketty et à ses éventuels disciples le soin de dissimuler les poissons du Grand Capital dans les eaux de l’inégalité des revenus. Sommes nous seulement ou prioritairement aujourd’hui confrontés à des problèmes de redistribution? En réalité, quand les forces révolutionnaires reprendront l’argent de ces parasites, j’espère qu’ils en reprendront aussi le pouvoir et qu’ils redéfiniront les activités concernées.

A la fin du 19ème siècle, une question était posée, à peu près comme aujourd’hui : dans quelle société vivons-nous? Les études sérieuses, souvent académiques, montraient alors que le partage du monde était en cours d’achèvement. Il est clair que les révolutionnaires de l’époque auraient pu répondre à la question précédente en disant : «Nous sommes dans une société dominée par les riches» . Ce n’était pas faux, de toute évidence.

Mais ils se sont montrés plus exigeants au plan théorique. Ils se sont donc efforcés de désigner un système et non une liste de familles. Ils ont analysé ce système et l’ont nommé: l’impérialisme. Ils ont mis en lumière ses agents : les capitalistes financiers, les monopoles, l’interpénétration du grand capital industriel et du grand capital bancaire de l’époque.

Ils en ont théorisé, à l’aide du marxisme, la cause profonde de l’apparition, à savoir l’état de maturité auquel était parvenu le capitalisme industriel à la fin du 19ème siècle et les contradictions qui en résultaient, d’abord au sein même de la production, ensuite entre la puissance productive et la capacité du marché à en absorber les produits marchands. Ils ont donc montré que le capitalisme industriel, autour des années 1870, était entré dans une phase de crise longue et profonde de baisse de la rentabilité du Capital.

Ils ont montré ensuite et c’est, je le crois, le point le plus important de leur analyse, que, dans ce contexte, les capitalistes les plus puissants, les monopoles, réorganisaient la structure capitaliste pour la rendre plus efficace en profit à leur seul avantage, pour la rendre plus conforme à l’évolution des forces productives matérielles à leur seul avantage. Lénine a donné un nom à ce système nouveau, appréhendé sous l’angle économique, et l’a appelé : Capitalisme monopoliste d’Etat. Sous l’angle politique et global, il a repris le nom que lui avait donné Hobson et l’a appelé : Impérialisme.

En effet, à la fin du 19ème siècle, le capitalisme, en tant que système de production dirigé par un grand nombre, disparaît. Se met alors en place dans chaque pays développé un système restreint. Chacun des clans de la grande bourgeoisie monopoliste dirige dorénavant la société développée dans laquelle il est implanté.

Les révolutionnaires ont alors montré les conséquences observables de cette crise longue de rentabilité et de la prise du pouvoir par la grande bourgeoisie qui s’en est suivie : la commande militaire publique à-tout-vat.

Les difficultés du capitalisme à fonctionner, ses contradictions, se présentaient de diverses manière. Le 19ème siècle, qui avait été le siècle des «capitaines d’industrie» et de la production de plus-value absolue buttait sur les limites de cette forme d’exploitation de la force de travail, celle qui s’exerce uniquement par le temps. Les populations ouvrières n’en pouvaient plus. Et pourtant la production augmentait mais sans pouvoir s’écouler complètement. Le pouvoir d’achat privé, tant celui de la consommation individuelle privée que celui des investissements des entreprises, se révelait insuffisant pour absorber tout le produit.

C’est alors que la grande bourgeoisie, ce groupe restreint qui s’est, dans chaque pays, de plus en plus distingué des petits et moyens capitalistes, a progressivement mis au point un nouveau système de production et de consommation. Pour maintenir les rapports sociaux capitalistes, elle les a réorganisés en profondeur.

Et puis les techniques ont évolué. D’une part, une plus grande maîtrise du transport de l’énergie électrique, et la production de l’électricité sous forme de courant alternatif, ont facilité la constitution de systèmes de machine-outils, la formation de grandes usines. Ensuite, en raison des succès des combats ouvriers, le système fut de plus en plus réorienté vers la production de plus-value relative. Produire cette plus-value plutôt que la plus-value absolue revenait à accroître à l’aide d’investissements l’intensité du travail, la productivité du travail de chacun, au lieu d’augmenter sans cesse le temps travaillé, au lieu de faire travailler tout le monde tout le temps, hommes, femmes, enfants, jours et nuits.

D’autre part, le capital monopoliste a mis au point de nouveaux rapports de consommation. L’investissement en machines devenant massif organisé, structuré, stimulé par les combats ouvriers, stimulé par les découvertes techniques que je viens de mentionner dans le domaine de l’énergie, et par bien d’autres qui suivirent, il en a résulté un très fort accroissement de la production marchande. Celle-ci fut alors absorbée non seulement par la demande privée, toujours insuffisante, mais par la demande publique.

L’Etat est, depuis toujours, situé au cœur du fonctionnement capitaliste. Mais il est clair qu’avec le Capitalisme monopoliste d’Etat, le rôle de l’Etat, en tant qu’acheteur, en tant que réalisateur de la plus-value produite, s’est considérablement accru. De ce rôle nouveau, centré sur la dépense militaire, les révolutionnaires de l’époque ont souligné les dangers : la guerre.

Car le Capitalisme monopoliste d’Etat, ce n’est pas seulement, à cette époque, mais cela est aussi vrai aujourd’hui, la réorganisation complète de la production et de la consommation intérieures. C’est également et simultanément, l’exportation de capital. Or, si l’on exporte du Capital en dehors du territoire national, il faut en contrôler de très près le fonctionnement, l’approvisionnement en matières premières. Il faut, éventuellement de toute pièce, créer les conditions permettant l’exportation de nouveaux capitaux, et par exemple asservir des Etats, ou mieux, occuper leur territoire. Il faut, autant que faire se peut, empêcher la concurrence des capitalistes provenant d’autres pays.

La révolution d’Octobre 1917, en Russie soviétique, est sortie non seulement du mouvement des masses mais de cette clairvoyance.

La Société actuelle selon Fabien Roussel

Un siècle après la publication de l’Impérialisme, Stade Suprême du Capitalisme , le Capital monopoliste est toujours au pouvoir dans les pays capitalistes développés. Nous vivons, travaillons, vieillissons, disparaissons sous l’égide et le contrôle du Capital monopoliste, et par conséquent de l’impérialisme. Les conditions d’existence et de fonctionnement de ce système sont-elles les mêmes qu’autrefois? Sommes nous toujours dans un Capitalisme monopoliste d’Etat? Qu’est devenue la société française par rapport à ce qu’elle était il y a un siècle?

Je trouve personnellement que Marx et Lénine, et même Engels, n’ont pas du tout été sympas. Compte-tenu de leurs qualifications incontestées, ils auraient pu, avant de disparaître, expliquer les grandes lignes de ce qu’allait être notre société. Cela nous aurait évité bien des tracas.

Au lieu de quoi, ils nous ont laissé «nous démerder». Et Marx sans doute de ricaner dans sa modeste tombe de Highgate, avec sa plaisanterie difficilement supportable selon laquelle, «depuis que je suis mort, je ne suis plus marxiste» . Bref, «nous démerder». J’emploie volontairement un terme un peu grossier pour marquer avec force ce qu’est mon inquiétude et notre devoir.

En effet, que peut-on observer? Comment le Secrétaire du PCF analyse-t-il le temps présent? Si j’en crois la France Heureuse, notre époque serait celle du «libéralisme». Telle est la notion qui semble occuper aujourd’hui l’espace de la pensée communiste, «le libéralisme», voire chez les plus sophistiqués d’entre eux, «le néo-libéralisme». La grande création politique et conceptuelle de Marie Georges Buffet fut celle, on s’en souvient, des «comités anti-libéraux».

On retrouve constamment cette notion dans la France Heureuse. L’Union européenne est criticable par ce qu’elle est « libérale » et même « ultra-libérale » (p.63). Le gouvernement français met en œuvre « des politiques libérales » (p.6). Macron est « un libéral » (p.30). Le Maire, qui ment, est un libéral. Il existe des Verts qui «ne remettent pas en cause le libéralisme» (p.37). Favoriser à outrance les intérêts de Big Pharma, c’est mettre en œuvre « une vision libérale » (p.42). Des industries sont sacrifiées sur «l ’autel du libéralisme » (p.120), etc.

Ce faisant, le concept léniniste de Capital monopoliste s’est dissous dans la notion de «libéralisme». Il s’est évaporé. Comme il se doit, dans un processus de vaporisation de ce genre, le concept de «rapport social» a disparu lui aussi. Il n’est jamais plus question que de «logiques», qui se déploient dans «le marché». La notion de libéralisme utilisée par Fabien Roussel est extrêmement floue. C’est « la régulation par le marché » (p.55).

Quoiqu’il en soit, le libéralisme semble être le fil rouge de ce livre, et donc de la pensée que ce livre exprime. Puisque l’élément le plus détestable du fonctionnement capitaliste est sa logique libérale, dont la caractéristique nécessairement marchande serait aujourd’hui amplifiée par la globalisation, il suffirait, pour contredire cette logique, de mettre en œuvre une contre-logique, une logique étatique, volontaire, non marchande ou semi-marchande, de façon à obtenir un résultat opposé. Lutter contre le libéralisme reviendrait donc à s’opposer à la baisse de la dépense publique (p.32). Biden est vraiment un type bien, parce qu’il utilise les moyens budgétaires et dépense de l’argent pour le peuple. C’est tout le contraire d’un libéral (p. 33). Révolutionner les rapports sociaux n’est plus à l’ordre du jour. Il faut et il suffit d’inverser les logiques.

L’hypothèse sous-jacente à cette démarche de pensée est que les rapports économiques ont atteint un tel degré de maturité qu’il suffit d’un rien, d’une pichenette, pour les faire basculer «dans une logique radicalement différente» .

J’ai déjà eu l’occasion de raconter une «histoire chinoise» pour illustrer cette conception. Comme je suis vieux, j’ai le droit de radoter sans payer et la raconte donc à nouveau. C’est un dignitaire chinois, condamné à mort, qui demande à l’Empereur la grâce d’être exécuté par le meilleur bourreau de l’Empire, grâce qui lui est accordée. Sur le lieu du supplice, les procédures d’usage ayant été accomplies, il explique à nouveau au bourreau de lui couper la tête, mais vraiment sans le faire souffrir. Et le bourreau de lui répondre : «Mais c’est déjà fait, Votre Excellence!» .

Fabien Roussel n’est pas responsable de l’idéologie du libéralisme. Mais il la reprend à son compte. Il l’assume, cela ne me fait aucun doute. C’est l’air du temps d’une partie des communistes français, dans cette période de déchéance intellectuelle dans laquelle leurs dirigeants et leurs penseurs se sont engagés, et, du même coup, les ont engagés. Cela vaudrait quand même la peine qu’on en débatte vraiment, vous ne croyez pas? Peut-être même pourrait-on inviter au Congrès extraordinaire ayant cet ordre du jour le bourreau chinois de mon histoire ?

Paul Boccara, lorsqu’il a conçu son système de «Sécurité Emploi Formation» , raisonnait de cette manière. En système capitaliste, le chômage, observait-il, donne aux entreprises la flexibilité leur permettant d’être efficientes. Mais le chômage est en même temps une catastrophe humaine et un énorme gaspillage de ressources et d’énergie.

Or, poursuivait-il, le système de marché est à bout de course et doit être remplacé. Mais par quoi? Précisément, expliquait-il, le socialisme de l’Union soviétique a péri pour n’avoir pas réussi à faire que les entreprises socialistes soient efficientes. Par conséquent, tirons leçon de la réussite, certes partielle et «inhumaine» , des entreprises capitalistes. Mais mettons en place un mode de fonctionnement qui tout à la fois évite le chômage des travailleurs et préserve la flexibilité des entreprises. D’où sa proposition, la SEF, consistant à remplacer l’armée industrielle des chômeurs par l’armée industrielle des étudiants, mais cela sans modification des rapports sociaux capitalistes. La révolution de ces rapports n’est pas un préalable à la SEF. C’est la SEF elle-même qui, de sa propre impulsion, révolutionne ces rapports.

Cette démarche m’est toujours apparue comme reposant sur l’hypothèse selon laquelle la révolution était déjà réalisée au plan des rapports économiques, en sorte qu’il convenait seulement de procéder au basculement budgétaire de la dépense, sans que les rapports économiques aient à être repensés de fond en comble. Le seul élément important de changement dans ce contexte était l’augmentation qualitativement nouvelle des droits des travailleurs.

La révolution économique est donc, dans ce cadre théorique implicite, remplacée par une double intervention, budgétaire et juridique. «Il faut, explique Fabien Roussel, reprendre la main sur les banques, les assurances, sur le capital, pour que les profits réalisés aujourd’hui soient mis au service de ce pacte pour la jeunesse (il s’agit de la SEF, note JCD)» (p.149). Révolutionner la société, revient alors, selon cette conception, à redistribuer (reprendre la main), avec une surveillance (les droits) pour que la redistribution ait bien lieu comme prévu. La théorie implicite, sous-jacente à cette conception, est que «le communisme est déjà là» . Lucien Sève fut seulement la manifestation savante d’une idéologie plus générale. J’évoque à peine le nom de Bernard Friot, dont les écrits sont à peu près nuls.

Par conséquent, pourquoi mettre en péril «le communisme déjà là», en mettant en œuvre une forme de transition, le socialisme, que les anciens croyaient nécessaire, mais qui ne serait qu’une immense construction bureaucratique ? La France Heureuse de Fabien Roussel prend bien soin de se démarquer de ce que son auteur appelle l’étatisme. «L’étatisme que certains prônent encore à gauche, a montré ses limites» (p.142). En revanche, la définition de « stratégies» imposées aux grands groupes monopolistes semble avoir sa faveur. «…Que l’Etat définisse une stratégie de réindustrialisation est crucial…Concrètement, cela veut dire par exemple qu’il faut imposer à Renault de rapatrier en France la production de la Dacia Spring électrique, actuellement fabriquée en Chine, ou de la C5X de Peugeot elle aussi produite en Chine, et qui reviendra en porte-conteneurs hyper-polluants en France» (p.142). Un petit coup de patte à la Chine, en passant, ça ne mange pas de pain et l’arbitre n’y voit que du feu, donc allons-y.

Cela dit, l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que le contraire du libéralisme est, dans le cas présent, représenté par la formule suivante : (Etat-stratège + Renault acteur + Salariés de l’entreprise), étant entendu que cette formule tripartite serait aussi le contraire de l’étatisme.

Le changement de logique prendrait la place, en douceur, du changement révolutionnaire des rapports sociaux de production et de consommation. Sans avoir à toucher ces rapports, changeons seulement la logique des choses et tout ira bien.

Inutile de dire que je suis très réservé sur ce genre d’analyse. Les mots ont un sens et une portée. Ceux qu’utilise Fabien Roussel aujourd’hui révèlent que sa pensée est floue, désolé de dire les choses aussi brutalement et simplement. Dans quelques jours, les usagers de ce site pourront lire la suite de mon propos.

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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Mon propre commentaire sur ce site :


Dois-je ajouter que je partage à 100 % ? Critiquer de façon constructive est nécessaire, afin que cette candidature soit claire et sans détour. Il ne s’agit pas de la canarder, elle a le mérite de partir de la réalité, du ressenti et des besoins du peuple, et aussi d’affirmer pour une fois la présence indépendante du PCF.

Promettre des mesures qui vont «dans le bon sens» implique évidemment qu’elles soient réalisables, et a minima que nous ayons donné les conditions de leur succès (ou de leur échec).
C’est la question de l’Etat qui se pose ici, de la démocratie populaire et des moyens de coercition qu’elle se donne pour exister et non pas illusoirement « co-exister » .

Mais d’abord il est nécessaire d’afficher la couleur est de signifier ce que nous appelons ce « bons sens » . Cette direction ou cet objectif détermine les mesures immédiates au même titre que les besoins immédiats du peuple. Sinon c’est un cheval sans tête.
On parle de sortir du capitalisme : qu’y a-t-il derrière la porte ? “Les jours heureux” ? Mais comment s’appelle cette société ?

Ce n’est jamais énoncé. Le socialisme devrait faire consensus pour les communistes, et cet objectif n’est pas au programme ni à court terme ni à long terme, il n’est même pas évoqué. C’est grave.
D’autant plus grave que les idées les plus confuses traînent chez nous, chez les sympathisants communistes, chez les progressistes et a fortiori dans toute la population.
Tantôt on imagine qu’il s’agit de passer demain à ce communisme « déjà là » , tantôt le socialisme devient une dictature totalitaire, ou mieux encore c’est le programme du parti socialiste. Il est urgent que le PCF rappelle son objectif immédiat, ce que nous entendons par socialisme, la société de transition au communisme.

De trois choses l’une :

> Soit on ne le dit pas parce que ce n’est pas l’objectif, et dans ce cas les propositions avancées n’ont pas de sens ou relèvent du réformisme le plus naïf. Et alors les communistes et tous ceux qui aspirent sincèrement à «sortir du capitalisme » sont abusés.

> Soit on ne le dit pas et on avance des propositions qui vont « dans ce sens » mais sans le dire, et c’est abuser les électeurs.

> Soit le PCF vise effectivement cet objectif et il le dit.

Les communistes ne peuvent pas s’asseoir entre deux chaises, c’est le meilleur moyen de se retrouver le cul par terre, d’autant plus que celle de P. Laurent s’écarte régulièrement mais sûrement vers une « gauche » identifiée à droite par les grandes masses populaires, et depuis longtemps déjà. Les communistes ont tout à gagner à parler clair.

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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Suite de la contribution de JC Delaunay :


Jean-Claude Delaunay : nous devons avoir un franc débat dans le cadre de l’élection présidentielle (II)

DANIELLE BLEITRACH 23 SEPTEMBRE 2021
https://histoireetsociete.com/2021/09/23/jean-claude-delaunay-nous-devons-avoir-un-franc-debat-dans-le-cadre-de-lelection-presidentielle-ii/

L’ensemble des articles que nous publions aujourd’hui explique pourquoi cette deuxième partie de l’interpellation de Jean-Claude Delaunay à notre candidat Fabien Roussel exprime largement le positionnement de bien des rédacteurs de ce blog. Il s’agit d’un texte sévère mais constructif, vu l’analyse que nous faisons de la crise, du mouvement du monde nous pensons à la fois que cette candidature est la seule à ouvrir un possible nécessaire, et dans le même temps sans mésestimer la longue marche qu’il faut avoir la patience de suivre, il y a des choix et des décisions immédiates qui s’imposent. (note de Danielle Bleitrach)



Nous devons avoir un franc débat dans le cadre de l’élection présidentielle (II)

Je ne suis pas candidat à la Présidence de la République. Je n’en aurais d’ailleurs pas la force physique et le courage mental. Quelle épreuve pour un candidat que d’être complètement dévoué à la cause qu’il défend et, à chaque minute, en butte à des tonnes de critiques, de la part de gens qui, comme moi, ne sont que des observateurs lointains.

Cela dit, mes critiques et mes observations, comme celles qui lui ont été indirectement adressées en commentaire de mon texte précédent, n’ont pas pour but de «descendre» Fabien Roussel. Elles visent au contraire à consolider sa position. Sa personnalité et son intelligence sont une chance que nous devons saisir. Si nous décollions dans cette élection, nous reprendrions confiance en nous-mêmes. Cela dit, à mon avis, et il est vrai à la seule lecture de Ma France Heureuse, Fabien Roussel, à mon avis, n’est pas encore vraiment dans la course. Pour y rentrer, il va lui falloir changer de braquet, et que son équipe ainsi que la majorité des communistes, l’aident dans cette aventure.

Que veut dire «changer de braquet»? Cela veut dire notamment être «marxiste-léniniste». Pour simplifier, je parlerai seulement de marxisme. Fabien Roussel, qui est nordiste, sait que le Nord de la France fut une terre ouvrière, qu’elle l’est encore, et que c’est une terre de luttes. Il sait que le marxisme s’y est implanté grâce à Jules Guesde et au Parti Ouvrier Français. Au delà des «plaisanteries faciles», sur les rencontres dans le bistrot de Thierry Marx (p.17), la seule façon pour Pierre Laurent, je le crains, d’être marxiste, ce serait un devoir pour Fabien Roussel que de redonner aux communistes français, s’ils l’ont perdue, l’envie d’être pleinement communistes en étant pleinement marxistes.

Le marxisme n’est pas un moyen de divination. Ce n’est pas une clé magique qui ouvre toutes les portes. L’efficacité de cette clé dépend de celles et de ceux qui l’utilisent et c’est pourquoi son usage se doit d’être collectif. Cela dit, c’est un moyen puissant de réfléchir le monde et sur le monde, si difficile à comprendre, de se l’approprier pour lutter. C’est une théorie dont le cœur est le travail, les travailleurs, les raisons de leurs combats. Jamais le Parti communiste français, qui est le Parti des travailleurs, n’aurait dû s’en séparer. Elle doit redevenir nôtre. Je souhaite montrer, au moins un peu, dans la présente livraison, l’intérêt et l’importance pour les travailleurs de ce pays d’en retrouver le chemin.

J’en étais resté, dans mon précédent texte, à Lénine et à 1890. Aujourd’hui, je vais d’abord parler de l’impérialisme, de 1890 à aujourd’hui, et de ce que l’on peut en déduire pour la campagne présidentielle. Avant de commencer, je vais faire une remarque de vocabulaire. Le langage marxiste contient deux termes : impérialisme et capitalisme monopoliste d’État (ou financier, etc.). Ces deux termes désignent la même réalité, mais on peut y introduire les nuances suivantes :

L’impérialisme désigne plutôt, à mon avis, l’ensemble du système capitaliste, ou une zone capitaliste particulière, mais sous l’angle politique et militaire. Le concept d’impérialisme appliqué à un pays (ou à l’ensemble des pays capitalistes développés) vise à faire ressortir les effets de domination exercés par ce pays (l’impérialisme français, l’impérialisme américain) ou par cet ensemble de pays.

Le concept de Capitalisme monopoliste désigne plutôt le Grand Capital et son organisation économique et sociale, à un moment donné. Cette organisation peut être le Capitalisme monopoliste, ou le Capitalisme monopoliste d’État, ou le Capitalisme Monopoliste Financier Mondialisé, etc.

En gros, on peut dire que, depuis 1890, l’impérialisme a structuré toute notre histoire, avec quatre phases économiquement différentes du Capital monopoliste.

Les quatre phases

La première phase (1890-1917) fut celle de la mise en place de l’impérialisme, ou encore du Capitalisme monopoliste d’État, dans les pays développés de l’époque. A la fin du 19ème siècle, les capitalistes cherchaient à retrouver la rentabilité qu’ils avaient perdue depuis les années 1870. Ils ne comprenaient pas les causes de leurs difficultés, mais ils découvraient les bienfaits que leur apportait la course à la colonisation du monde ainsi que les achats de matériels militaires par l’État. Bien sûr, d’un pays à l’autre, ils étaient férocement rivaux entre eux. Ils se sont alors fait la guerre. La Première Guerre mondiale se solda pour leurs peuples par de terribles massacres et pour eux-mêmes par «une catastrophe» : la Révolution d’Octobre 1917.

La deuxième phase (1917-1945) correspondit au traitement, par le Capital monopoliste, de cette nouvelle contradiction que fut la Révolution d’Octobre. D’une part, il y avait la première contradiction, le problème lancinant de la rentabilité du capital, avec toutes les rivalités que cela impliquait. Les Japonais, les Italiens, les Allemands, voulaient une part du gâteau colonial. Mais d’autre part, une deuxième contradiction apparaissait, «énorme». Elle s’appelait «l’URSS», dont la présence contredisait frontalement le système capitaliste en tant que tel. Les chancelleries occidentales d’Europe, principalement française et britannique, ont alors conçu le projet d’utiliser «l’arme nazie» contre l’URSS, tout en tolérant que le Japon se fasse une place à l’Est. L’Allemagne hitlérienne, l’Italie fasciste devinrent «les amis» de la France et de la Grande-Bretagne. Par la suite, «l’arme nazie» chercha bien à écraser l’URSS, comme souhaité, mais elle se retourna également contre ses promoteurs et même contre la lointaine Amérique, qui n’en croyait pas ses yeux. Le Japon, de son côté, fit plus que se donner une place. Il voulut reprendre toute l’Asie à son compte. Cette stratégie échoua complètement tant à l’Ouest qu’à l’Est.

A l’Ouest, le régime hitlérien fut battu et l’Allemagne ramenée à la raison. Mais cette victoire supposa l’intervention décisive de l’URSS, qui, malgré d’importantes pertes humaines, sortit victorieuse et renforcée de la Deuxième guerre mondiale. A l’Est, les armées du Japon impérial se firent mettre la raclée par les Chinois et plus précisément par l’Armée révolutionnaire, dirigée par Mao Zedong.

Enfin partout dans le monde, les peuples exprimèrent avec force qu’ils voulaient que «ça change».

La troisième phase (1945-1975) fut donc celle des concessions que les grandes bourgeoisies furent obligées de consentir après la Deuxième Guerre mondiale pour maintenir leur pouvoir. Loin d’affaiblir le système capitaliste, ces concessions le renforcèrent économiquement. Le Capitalisme monopoliste d’État, structure économique qui, du temps de Lénine, était surtout consacrée à la dépense militaire, est devenu, après 1945, une structure dont la portée fut élargie, tant pour les capitalistes que pour les travailleurs. Certes, les capitalistes estimaient qu’ils devaient produire et stocker des armes, car «l’ennemi socialiste» était toujours là, plus fort que jamais. Mais ils ont compris qu’il leur fallait aussi consolider leur système, qu’il leur fallait «reprendre du poil de la bête» tout en lâchant du lest aux travailleurs. La participation active de ces derniers et des peuples à l’écrasement des nazis, dans un contexte où l’URSS sortait renforcée de la guerre, se traduisit donc par l’extension des droits des travailleurs. Par exemple, en France, l’adoption du statut de la fonction publique ou la mise en place de la Sécurité sociale. Paul Boccara s’est efforcé de théoriser cette période, qui fut l’âge d’or du réformisme : le Capital et le Travail semblaient pouvoir vivre ensemble éternellement.

Cette phase fut aussi, avec ou sans guerre avec les métropoles, celle de la fin des colonies. La pointe extrême de la décolonisation fut le passage au socialisme de plusieurs pays : Chine (1949), Corée du Nord (1953), Cuba (1961), Viêt-Nam (1975). Les pays du socialisme soviétique représentaient environ 6% de la population mondiale, et ces nouveaux pays socialistes, environ 20%. Pendant cette période, le niveau de développement économique des pays socialistes était moindre que celui des pays capitalistes développés mais le montant de la population y était supérieur. L’impérialisme demeurait économiquement dominant. Il n’en était pas moins en recul relatif.

Les années (1970-1980) furent celles de l’apparition progressive de la crise profonde que traversa alors le Capitalisme monopoliste d’État. De la même façon que le dernier quart du 19ème siècle avait été marqué par la crise du Capitalisme de Libre Concurrence, voilà qu’après 25-30 ans de relative prospérité, le Capitalisme Monopoliste d’État «façon 1945» était soumis, dans chaque pays capitaliste développé, à une baisse longue de rentabilité ainsi qu’à des luttes ouvrières répétées et puissantes. Les craintes que l’environnement naturel fut gravement menacé s’exprimèrent publiquement en 1972 (Rapport Meadows). La petite bourgeoisie urbaine commença elle aussi d’entrer dans la danse. Cette crise semblait si évidente, si générale, que nous avons cru, nous communistes, que nous étions entrés dans une époque «naturellement» révolutionnaire. Traumatisés que nous étions par «le Stalinisme», nous avons sauté sur cette occasion historique, croyant que l’on pouvait faire la révolution en faisant uniquement des réformes, c’est-à-dire sans rompre avec le Capitalisme et ses agents dirigeants, le Capital monopoliste. On connaît la suite.

La quatrième phase (1980-2020) est celle dans laquelle nous sommes plongés aujourd’hui. Très rapidement, les grandes bourgeoisies mirent en place ou adoptèrent un nouveau mode de fonctionnement du Capital monopoliste. Il s’est agi, pour elles, de «libérer» le Capital, dont les unités, comme l’a remarqué Arias dans son commentaire de mon précédent papier, étaient devenues de plus en plus grosses, infiniment plus grosses que du temps de Lénine [1]. Ma France Heureuse est très discrète sur cet aspect. Elle signale quand même, en passant, BlackRock (p.42) et les Fonds de pension américains.

Les obstacles professionnels et juridiques qui, dans un pays, pouvaient freiner le départ de capitaux de leur territoire ou l’entrée de capitaux sur ce dernier, furent éliminés au maximum. Puisque globalement l’exploitation capitaliste dans chaque pays ne semblait plus en mesure de rentabiliser le Capital de ce pays, il fallait permettre massivement, à chaque grosse unité de Capital de ce pays, de circuler, de chercher ailleurs de nouvelles occasions de rentabilité. L’État n’a plus eu pour fonction d’aider l’investissement productif sur place, encore moins de financer les dépenses sociales. Il a eu pour fonction de faciliter cette mobilité, de mater le mouvement syndical qui pouvait s’y opposer, de réduire drastiquement les conquêtes sociales de l’après-guerre. C’est ce qu’on appelle «la mondialisation capitaliste». Pour surveiller cette circulation mondiale du Capital, un gendarme s’est désigné : les Etats-Unis. Ce pays, le plus puissant, économiquement et militairement, des pays capitalistes développés, prit totalement en charge, en 1971, la fonction de banquier du monde. Le dollar US accéda au rang de monnaie mondiale.

La finance est alors devenue le mode de fonctionnement régulier du Capital mondialisé. Je vais indiquer un aspect de ce phénomène. Il y en a d’autres. Cela dit, si de gros capitaux s’investissent en Thaïlande, par exemple, parce que des opérations juteuses sont engagées dans l’immobilier de ce pays, mais qu’en réalité ces opérations se révèlent peu rentables, les capitaux considérés doivent pouvoir, selon le critère du taux de profit maximum, se sortir le plus rapidement possible de «ce pétrin». Il leur faut donc des marchés financiers qui leur permettent de quitter le pays en question. Bref, la mondialisation capitaliste, sans oublier d’être une mondialisation militaire (les droits de l’homme) et une mondialisation destinée à satisfaire les exigences du Grand Capital en matière de production de plus-value, ne pouvait être qu’une mondialisation financière. Le monde s’est donc couvert à cette époque d’une ceinture de marchés financiers. Au plan intérieur, l’État social a progressivement disparu et a été remplacé par une sorte d’État financier, destiné à soutenir le Grand Capital.

Il s’est ensuite produit que cette financiarisation, nécessaire au fonctionnement mondialisé du grand capital, est devenue un lieu spécifique pour faire des affaires, pour gagner de l’argent. Dans ce contexte, les entreprises sont elles-mêmes devenues des marchandises, et pour faire bonne mesure, les salariés qui vont avec. Ainsi peuvent-ils considérer, ces salariés, que quand ils (ou elles) travaillent dans une grande entreprise, ils sont susceptibles de se vendre ou d’être vendus au moins trois fois pour un même emploi, la première fois pour le trouver, la deuxième fois, lorsque leur entreprise est vendue, et la troisième fois, pour le garder avec les nouveaux acheteurs. C’est sans doute pour ces raisons que, dans Ma France Heureuse, on trouve des phrases du genre «Notre adversaire, c’est la finance» (p.42). En réalité, comme du temps de Vladimir, l’adversaire des travailleurs, c’est le Capital monopoliste et le Capitalisme monopoliste. Ce dernier est non seulement l’interpénétration du capital bancaire et industriel ou commercial mais la forme financière du fonctionnement de cette interpénétration. Comme l’aurait peut-être dit Jacques Duclos, «le pouvouâârre des mâunâupâules s’est appprrrôôfondi».

Pour en terminer avec cette phase, je vais indiquer brièvement trois phénomènes. Le premier fut la disparition du socialisme de type soviétique au début des années 1990. Les rêve des capitalistes semblait enfin réalisé. Le deuxième fut la mise en place de l’Union européenne, que j’identifie à l’une des évolutions contemporaines de l’Impérialisme. L’Union européenne, issue des années 1990-2000, est le maillon européen du fonctionnement de l’Impérialisme mondial. Le troisième phénomène fut la crise économique, politique, militaire, idéologique en développement de ce système depuis au moins une dizaine d’années. En faisant exploser l’URSS, les grandes bourgeoisies croyaient avoir trouvé la solution finale en leur faveur. Les choses n’ont pas évolué exactement comme elles l’espéraient. Le retrait précipité des Etats-Unis hors de l’Afghanistan en août dernier est une récente illustration de mon propos.

Mes remarques les plus importantes

J’ai dit, au début de ce texte, que le Parti communiste devait redevenir marxiste. Qu’est ce que cela peut bien signifier? Avoir la sensibilité de la lutte des classes est important, mais ce n’est pas être marxiste. La lutte des classes est visible par tous, et les historiens de la bourgeoisie l’ont parfaitement décrite. Ce que Marx apporta fut la connaissance de «l’invisible» de la lutte des classes, plus exactement la connaissance de ce que l’on ne peut en voir rapidement et pleinement que si l’on sait. Le rôle du marxisme est de permettre aux travailleurs d’accéder à l’invisible de leurs luttes, et de se rendre ainsi compte, si besoin est, que cet invisible est visible partout, mais qu’ils ne l’avaient pas vu.

L’invisible de l’idéologie

L’un de ces invisibles est l’idéologie que les ennemis des travailleurs répandent, souvent avec finesse, sur les événements pour en brouiller le sens et que parfois, ceux qui défendent les travailleurs reprennent à leur compte. Je crois par exemple que, dans les limites de la brièveté du nombre de lignes consacré à ce thème, les rédacteurs de Ma France Heureuse ont traité correctement de ce qu’ils ont appelé «Le boulet du stalinisme» (p.11) en disant : « On nous parle toujours du stalinisme… Ces campagnes de dénigrement permanent… ne poursuivent en réalité qu’un seul but : tuer l’idée révolutionnaire du communisme» (p.11). Ces rédacteurs, et Fabien Roussel lui-même, ont eu raison de parler ainsi à propos des critiques adressées aux communistes français concernant Staline. L’idéologie anti-communiste est partout présente [2]. Riposter, combattre cette idéologie, ne consiste pas nécessairement à dire immédiatement et systématiquement «blanc» quand nos adversaires disent «noir». Elle consiste à être méfiant, à nous informer, à lire des ouvrages, pas toujours écrits d’ailleurs par des membres du PCF, à débattre de nos lectures et de nos interprétations. Je me permets de citer par exemple cet ouvrage qu’Elizabeth Martens a consacré au «bouddhisme tibétain» ou à celui que Maxime Vivas vient de publier sur «la question ouïghoure» [3]. Je ne crois pas que ces intellectuels soient membres du PCF. Mais le sérieux de leur investigation et de leurs réflexions nous aident, nous communistes français, à réfléchir. Il y en a d’autres. L’Humanité devrait être au cœur de ce travail sur l’idéologie. Mais comme chacun sait, on est, avec ce journal, en présence d’une «Big Question» qu’il va bien falloir trancher elle aussi. Enfin bref, autant ce que dit Ma France Heureuse sur le Stalinisme paraît raisonnable, autant ce que Fabien Roussel nous apprend sur ce qu’il a dit aux dirigeants de la Chine sur les Ouïghours, quand il s’est rendu dans ce pays, ne paraît vraiment pas à la hauteur : «Que les choses soient claires : lorsqu’il y a des atteintes aux droits, aux libertés et à la dignité humaine, nous les dénonçons toujours avec force, quel qu’en soit le pays qui s’en rend coupable. C’est ce que nous avons dit aux autorités chinoises à propos du sort réservé aux Ouïgours» (p.159). Que Fabien Roussel demande à ces dirigeants, avec les formes qui conviennent, car ce ne sont ni des ennemis ni des petits garçons en culotte courte dont les parents inspectent le nez et les oreilles avant qu’ils aillent à l’école, de lui parler de ce qui se passe au Xinjiang, avec les Ouïghours, surtout compte tenu du degré élevé de désinformation (de soumission à l’idéologie dominante) dans laquelle nous sommes en France, je crois que tout communiste français trouvera cela parfaitement normal.

Mais s’exprimer comme il semble que l’ait fait Fabien Roussel montre qu’il ignore totalement ces questions. Bref, être marxiste, c’est éviter de tomber, au moins sur les grandes questions, dans les pièges de l’idéologie. Sur les Ouïghours, je renvoie au livre de Vivas.

L’invisible des concepts

Il y a l’invisible de l’idéologie mais aussi l’invisible des concepts, c’est-à-dire l’invisible de cette réalité dont les concepts ont pour mission de rendre compte. Ce que les rédacteurs de Ma France Heureuse, et Fabien Roussel par la même occasion, n’ont, me semble-t-il, pas bien compris est que le concept central de la réalité capitaliste contemporaine est celui de «Capital monopoliste», et donc d’Impérialisme, qu’ils confondent avec celui de «libéralisme», extrêmement flou. J’en ai parlé dans ma précédente livraison. Depuis un siècle, le Capital monopoliste a pris le pouvoir au sein du capitalisme et il est devenu de plus en plus puissant. Il s’est incrusté en lui comme le lierre dans les vieux murs d’un château. Il cherche à dominer toujours plus le monde pour en exploiter toujours plus les ressources et le travail.

Certes, le Capital monopoliste (ou, si l’on veut être plus proche de l’entendement populaire, le Grand Capital) a pris des formes différentes au cours du siècle écoulé, en fonction principalement du degré d’intensité de la lutte des classes et de la puissance des forces productives matérielles. L’Impérialisme d’un côté (si l’on s’intéresse aux effets de domination), le Capitalisme monopoliste d’État de l’autre (si l’on s’intéresse à la structure économique de fonctionnement des monopoles) ont évolué, changé. Mais ce sont deux aspects d’une même réalité. Le concept de Capital monopoliste est le concept qui fait la jonction entre l’Impérialisme et le Capitalisme monopoliste. Il réalise la liaison entre ce qui se passe en France et ce qui se passe à l’extérieur, entre le national et l’international. Il fait le lien entre Bolloré en Afrique et Bolloré en France, et l’on peut se dire à coup sûr, «Tiens, mais c’est le même Bolloré!».

Nous sommes aujourd’hui dans cette phase de fonctionnement du Capital monopoliste qui est à la fois l’Impérialisme sous contrôle américain et le Capitalisme monopoliste mondialisé, à fonctionnement principalement financier. Cette phase est la phase ultime du Capitalisme monopoliste. Il n’y en aura pas d’autre. Ce vers quoi, à mon avis, les communistes devraient tendre dans l’immédiat devrait être, à mon avis, la construction du socialisme en France, la fin de l’Impérialisme dans le monde et par conséquent la fin définitive et sans retour, du Capitalisme monopoliste.

Même si l’on doit envisager que cette évolution comportera des étapes, même si le système socialiste global a été affaibli, dans les années 1990, par la défaillance du socialisme de type soviétique, les pays socialistes, au centre desquels se trouve la Chine, continuent de se renforcer économiquement, militairement, politiquement, scientifiquement, idéologiquement. De plus, la quasi-totalité des pays cherche à se développer en toute indépendance de l’Amérique du nord ou des anciens colonisateurs de l’Europe. Il n’y aura bientôt plus que la grande bourgeoisie australienne pour accepter de mourir pour l’Amérique du Grand Capital jusqu’au dernier kangourou.

Cet état nouveau du monde confère des devoirs nouveaux au Parti communiste français. Il devrait d’abord le conduire à faire le point de l’Impérialisme, de sa structure économique et politique, de sa force réelle, en France et dans le monde. Cette analyse a, c’est clair, des conséquences sur les stratégies électorales intérieures. Par exemple, la notion de «droite-gauche» ayant prévalu jusqu’en 1970-1980, avait un sens de moyen-long terme dans un capitalisme d’assise nationale. Elle a perdu toute profondeur politique dans un capitalisme mondialisé, à moins que la social-démocratie considère que le capitalisme n’est plus son horizon politique indépassable, ce qui est peu vraisemblable. Celles et ceux des communistes qui, dans ce pays, raisonnent encore en termes de «droite-gauche» sont en arrière de la main. Je ne pense pas, contrairement à ce qu’a écrit Gilles Mercier, que Fabien Roussel ait en tête une stratégie de ce type [4]. Mais c’est mon opinion et il est vrai que la raison théorique de fond de l’aporie d’une telle stratégie mériterait, de sa part, d’en être mieux éclairée.

Mais alors, si une stratégie de type «droite-gauche» n’est plus possible dans ce pays parce que nous sommes à l’époque du capitalisme mondialisé, quelle stratégie faudrait-il mettre en œuvre? Ma réponse est ici très sommaire mais néanmoins suffisante pour me faire comprendre. Puisque l’Impérialisme est en bout de course, cela veut dire que la mise en place et la construction du socialisme, en France comme dans tous les pays, est désormais une préoccupation concrète, pratique. Ce n’est plus une abstraction révolutionnaire. C’est une exigence. Nous devons appeler non pas les gens de gauche et les communistes à s’unir pour obtenir des résultats illusoires ou passagers. Nous devons appeler le peuple à s’unir en lui-même et ce faisant à prendre son destin en main pour chasser totalement et définitivement la grande bourgeoisie des affaires de ce pays. Car la démocratie, cela ne consiste pas à laisser à nos ennemis la possibilité de reprendre le pouvoir. Cela consiste à les chasser de tous les pouvoirs [5]. Nous devons l’appeler les gens du peuple à procéder à une alliance originelle, totalement nouvelle, une «alliance pour le socialisme».

Cette nouvelle forme d’alliance populaire, cette alliance interne au peuple pour la promotion du socialisme, pour la promotion des intérêts populaires et de ceux de la nation, devrait avoir pour prolongement, me semble-t-il, notre alliance avec les pays du socialisme, notamment avec la Chine, notre alliance avec tous ces pays qui, quel que soit leur régime, veulent se développer en toute indépendance, et apportent déjà au monde un puissant contrepoids à l’agressivité américaine. Nous devrions entretenir avec les pays du socialisme des rapports d’amitié et de solidarité sur la base de ce qu’ils font et non sur la base de ce que la CIA diffuse et dit qu’ils font. Je trouve que Ma France Heureuse est plus que «courte» de ce point de vue. On y parle de la Chine de manière presqu’uniquement négative, pour s’en prévenir en quelque sorte. « Le Parti communiste français… s’est émancipé des partis communistes d’Union soviétique ou d’Asie et sa lecture aujourd’hui n’a rien à voir avec la leur. Je ne partage pas, par exemple, l’idée du parti unique qui suppose l’interdiction de contester, comme en Chine. Je ne partage pas cette vision, parce qu’elle est contraire à notre conception de la démocratie» (p.9). Ce qui est drôle, dans cette histoire, c’est que, du matin au soir et du soir au matin, les communistes chinois passent leur temps à dire : «Vous savez, notre marxisme, notre communisme, c’est un marxisme, un communisme aux caractéristiques chinoises. Ne cherchez surtout pas à nous ressembler. Chacun doit trouver sa voie» . Quand les communistes chinois ont-ils demandé aux communistes français de leur ressembler au point qu’il aurait fallu que ces derniers disent à leur tuteur chinois intempestif : «Non, mais ça suffit, laissez-nous tranquilles. Nous, communistes français, nous sommes grands» ? Laissons la peur du socialisme et de la Chine aux bêtes à cornes et à Clémentine Autain.

Il me faut terminer ce texte, que je crois trop court mais qui, pour celle ou celui qui le lit, est déjà trop long. J’espère avoir rendu sensible le fait que nous, communistes, vivons une période compliquée et devons, pour cette raison, être exigeants au plan de la théorie. J’ai cité quelques phrases de lecteurs et lectrices du site «Histoire et Société» pour indiquer l’une des directions du débat actuel. Je vais citer une autre personne, Bernard Sarton, qui me paraît leur exact opposé. C’est vraisemblablement un membre du PCF, un camarade. Je ne le connais pas personnellement. Il a publié un article très favorable à Fabien Roussel. C’est son droit le plus strict et je lis sous sa plume que «Fabien exprime un anti-capitalisme très argumenté» [6]. Moi, je suis vraiment moins sensible que lui à la qualité de l’argumentation roussellienne. Certes, je sais, comme le répétait souvent Antoine Casanova, que «la Maison du Seigneur» est vaste et qu’elle abrite des gens bien différents les uns des autres. Mais quand même, ne devons nous pas éviter à tout prix la tentation de «la foi du charbonnier»? En quoi, par exemple, l’interventionnisme fiscal que prône Fabien Roussel peut-il être identifié à une esquisse de l’exigence du socialisme en France ? Comme l’a écrit Xuan : «Promettre des mesures qui vont «dans le bon sens» implique… qu’elles soient réalisables, et a minima, que nous ayons donné les conditions de leur succès (ou de leur échec). C’est la question de l’Etat qui se pose ici, de la démocratie populaire et des moyens de coercition qu’elle se donne pour exister et non pas, illusoirement, “co-exister”» [7]. Je pense que Xuan sera d’accord si j’ajoute que l’Union européenne est un autre «big problem» dont on ne peut plus éluder la solution. Il nous faut briser le carcan européen et sortir de l’idéologie trotskiste, aujourd’hui véhiculée par Ian Brossat (on va révolutionner l’UE de l’intérieur). Comme l’a très récemment montré Jacques Sapir, les promesses salariales actuellement faites dans le cadre de la campagne présidentielle (je ne fais aucune allusion à leur caractère éventuellement démagogique, comme celles d’Anne Hidalgo) sont illusoires dans le cadre de l’UE [8]. Et puis enfin, pour tenir compte de ce que le capitalisme monopoliste est actuellement mondialisé et placé sous commandement nord-américain, on doit absolument retenir ce qu’a écrit Daniel Arias, à savoir que «…la suprématie USA sur l’informatique, le matériel, le web, l’internet, le cloud et les logiciels est une menace pour la sécurité du pays» [9] Bref, peut-on considérer que l’interventionnisme fiscal préconisé par Fabien Roussel est, de par lui-même, susceptible d’entraîner, pour la raison que ça marcherait aux Etats-Unis, l’adhésion des masses populaires françaises derrière la candidature communiste? En quoi, surtout, peut-il réussir ?

Finalement, il existe au moins quatre façons d’intervenir dans un débat important. La première est de ne rien dire. C’est une méthode connue, très ancienne. Je n’en dirai pas davantage à son sujet. La deuxième est celle de l’accord profond. Je suis certain que Bernard Sarton, qui exprime son soutien complet à Fabien Roussel, pense ce qu’il dit. En l’exprimant de façon louangeuse, il estime renforcer la position politique de celui dont on parle. La troisième façon est celle que je me suis efforcé de mettre en œuvre. Elle est critique, avec tout ce que cela peut comporter de déplaisant, mais considère que c’est de la critique que naîtra l’accord recherché. Enfin, je pense qu’il en existe une quatrième. Elle consiste à faire comme si elle lisait entre les lignes et pouvait imaginer ce que Fabien Roussel a voulu réellement dire lorsqu’il s’est exprimé de manière parfois très insuffisante. Quelle est la bonne méthode? Hic Rhodus, hic salta. Il va bien falloir choisir.

[1] Daniel Arias : «Les grands monopoles se sont encore concentrés depuis les écrits de Lénine, l’automobile, le transport, et très récemment la presse, où l’OPA de Vivendi sur Lagardère, menant à la concentration des deux plus gros éditeurs en France sur fond de querelles judiciaires entre milliardaires et fonds de pension américains» . (H et S, 19/09/21). A cette liste, j’ajoute (JCD) le commerce de détail, l’agro-alimentaire, les télécommunications…

[2] Comme l’écrit Christian Lourdin : «Les Français n’ont jamais vécu sous le socialisme, que je sache! L’opinion qu’ils en ont eu a toujours reposé sur celle exprimée dans les médias à 95% bourgeoises. Alors il faut se baser sur l’expérience de ceux qui ont vécu le socialisme réel et ont eu le loisir de le comparer au capitalisme réel depuis 30 ans. Leur verdict est formel, il n’y a pas photo» .

[3] Elizabeth Martens, Histoire du Bouddhisme Tibétain : La Compassion des Puissants, L’Harmattan, 2007; Maxime Vivas, Ouïghurs, Pour en Finir avec les Fake News, Editions La Route de la Soie, 2020.

[4] Gilles Mercier, : «Il s’agit de regagner les abstentionnistes et ainsi de devenir incontournable pour essayer de refaire la stratégie de l’alliance au détriment du contenu» , Faire Vivre et Renforcer le PCF, texte posté le 09 septembre 2021.

[5] Jeanne Labaigt : «Il faut, on doit, il est nécessaire (cela ne peut pas ne pas être comme diait Aristote) d’adosser toute campagne active sur une théorie partagée et produite collectivement. Il faut que le but soit clair, aller vers le communisme en passant par le socialisme et une RUPTURE (sic), pas un aménagement» (H et S, 18/09/21). Mireille Popelin : «Il faut parler du but, le socialisme. C’est cela qu’il faut dire aux travailleurs et non ripoliner la façade du capitalisme» (H et S, 21/09/21). Jean-François Dron : «Il faut mettre en place une véritable stratégie de changement de système économique, donc de passage au socialisme» (H et S, 20/09/21).

[6] Bernard Sarton, Faire Vivre et Renforcer le PCF, texte posté le 19 septembre 2021.

[7] Xuan, H et S, (18/09/21).

[8]Jacques Sapir, «Du Social à la Souveraineté, Réflexions sur la Campagne des Présidentielles» (Blog économique). Cet article a été diffusé sur le blog de Jean Lévy, le 21/09/21.

[9]Daniel Arias,( H et S, 19/09/21).


Edité le 23-09-2021 à 21:05:20 par Xuan




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   Posté le 27-09-2021 à 09:23:25   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Pour informé je reproduis ici une partie des commentaires suivant l'article de Jean-Claude Delaunay.

Xuan a écrit :


Relisant les deux sujets, toutes mes excuses à Jeanne pour n’avoir pas donné davantage de précision sur le « communisme déjà là ».

Sa question anticipait un peu la réponse puisque certain considère le « salaire à vie » d’un fonctionnaire comme un « communisme déjà là ».

Mais peut-être qu’un élément de réponse se trouve dans le second article de jean Claude, ci-dessus :

« La troisième phase (1945-1975) fut donc celle des concessions que les grandes bourgeoisies furent obligées de consentir après la Deuxième Guerre mondiale pour maintenir leur pouvoir. Loin d’affaiblir le système capitaliste, ces concessions le renforcèrent économiquement ».

Bien que beaucoup envient notre peuple pour ces « avancées sociales » , on ne peut pas parler d’autre chose que de concessions, parce que l’Etat de la bourgeoisie les déconstruit progressivement, méthodiquement, et que le peuple les défend le dos au mur. Et du reste il en est de même pour toute revendication salariale obtenue par la lutte de classe et remise en cause aussitôt.

Il est bien sûr nécessaire de tout faire pour préserver ces concessions et la crise sanitaire a montré à quel point le démantèlement de l’hôpital public est dévastateur.

Par contre affirmer que telle ou telle d’entre elles préfigurerait le communisme en ferait une caricature triviale, tout aussi dévastatrice pour notre idéal.


Le communisme est une société sans classe, donc sans concession d’une classe à une autre.

Quant à la transition du socialisme, on peut se demander de quelle concession il pourrait être question.

Si les capitalistes y faisaient des concessions au prolétariat, cela signifierait qu’ils sont encore la classe dominante, au sens étymologique de la concession : “attribution d’un bien ou d’un droit par un supérieur à son inférieur”.



Si on relit la conclusion du Manifeste :

« … la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante , la conquête de la démocratie. L e prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie , pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives. Cela ne pourra naturellement se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c’est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier ».

Ici la seule concession qui soit n’est autre qu’un viager, le droit pour les capitalistes ou certains d’entre eux, de conserver l’usufruit d’une partie du capital, droit temporaire accordé par le prolétariat organisé en classe dominante , parce qu’il a pris le pouvoir.

Il va sans dire que la prise du pouvoir d’Etat devrait s’étendre à tous ses rouages, militaire, policier, judiciaire, médiatique, et aux principaux monopoles capitalistes industriels, commerciaux et financiers. Et par voie de conséquence à la monnaie, avec toute les implications nécessaires et suffisantes au regard des accords européens.

Au passage on voit ici, et significativement à travers l’exemple de la Chine Populaire, à quel point cet arrachement est laborieux.

Mais par contre, sans le pouvoir d’Etat il est carrément impossible.

Sans le pouvoir d’Etat la lutte de classe est le rocher perpétuellement remonté par Sisyphe, l’illusion d’un communisme déjà là , mais qui redescend sans cesse, et nous n’imaginons pas Sisyphe heureux.


La citation de Marx répond par avance aux révisionnistes du type Friot, mais également au gauchisme, au trotskisme et au pseudo "maoïsme" selon lesquels en définitive, le socialisme serait déjà une société idéale d'où toute forme d'exploitation serait bannie, puisque le prolétariat a pris le pouvoir.
A partir du moment où le capital n'est pas encore devenu la propriété collective de la société toute entière, cela signifie qu'il demeure une part privée dans la propriété des moyens de production, et par voie de conséquence un salariat, une plus value de type capitaliste et une exploitation capitaliste.
Mais tout ceci ne disparaît qu'à la fin de la transition du socialisme vers le communisme.


Edité le 27-09-2021 à 09:42:56 par Xuan




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   Posté le 27-09-2021 à 09:37:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Jean-Claude Delaunay a écrit :


Je viens à mon tour prier Jeanne Labaigt de m’excuser pour ne pas avoir répondu à sa demande d’explication concernant «le communisme déjà là». Mais Xuan, également concerné, s’en est très bien chargé et je n’ai rien à ajouter à ce qu’il en a dit. C’est volontairement que j’ai procédé à une description rapide du 20èmconstruite siècle des pays capitalistes développés, notamment pour montrer que l’intervalle 1945-1980 fut une période au cours de laquelle «les droits» des travailleurs ont considérablement augmenté, mais que, depuis la mise en place de ce que j’appelle le Capitalisme monopoliste financier mondialisé, ces droits ont disparu ou tendent à disparaître, le Capital monopoliste étant resté en place, sans cette RUPTURE que souhaite Jeanne. Il ne suffit pas d’étendre les droits des travailleurs dans une société dominée par le Capital monopoliste. Encore faut-il chasser les Grands capitalistes de tous les pouvoirs à commencer par les pouvoirs économiques et politiques. Il y en a d’autres.

Je ne sais pas qui est à l’origine de l’expression «le communisme déjà là», ni si elle aura l’avenir qui justifierait que l’on s’occupât de sa paternité. Quoiqu’il en soit, elle vise à désigner les conceptions de celles et ceux des marxistes et communistes qui, en France, autour des années 1990, ont, selon une expression heureuse de Patrick Theuret, choisi «de bomber le torse pour ne pas montrer qu’ils courbaient l’échine». C’est la reprise, sous une autre forme du débat qui eut lieu, fin du 19ème siècle en Europe, entre réforme et révolution, entre Edouard Bernstein et Rosa Luxemburg. Il peut être intéressant de voir que nous sommes, en ce début du 21ème siècle, dans une configuration idéologico-politique qui n’est pas sans rappeler celle d’il y a un siècle.

Je vais maintenant parler comme si je bombais le torse.

Si, dans le cadre du capitalisme, le communisme est déjà là en raison du développement et de la puissance des forces productives matérielles, ce n’est pas la rupture avec le capitalisme qui s’impose, puisque le capitalisme est à l’origine de ce développement. Ce qui s’impose, selon cette approche, est la rupture avec cette fraction des capitalistes qui est conservatrice des rapports anciens. En revanche, les capitalistes modernistes, novateurs, ceux qui sont porteurs de ces développements nouveaux, doivent être encouragés et poussés dans le sens de leur modernisme. Sans doute ne le feront-ils pas d’eux-mêmes ou hésiteront-ils à aller jusqu’au bout de leur modernisme. Il faut donc que les travailleurs les poussent dans cette direction. Il n’est donc pas besoin d’une révolution, d’une rupture avec le capitalisme. Il n’est pas besoin de l’abolir. Il n’est pas besoin d’un parti pour impulser et guider cette rupture. Il suffit que le mouvement social, «les travailleurs», poussent dans le sens révolutionnaire, en conjonction avec les entrepreneurs modernistes sur le terrain de “ce qui est déjà là”. Il suffit enfin que les travailleurs acquièrent des «droits nouveaux». Bref, la société roule sur les rails «d’une évolution révolutionnaire», l’expression est de Lucien Sève. Une citation extraite de l’Idéologie Allemande (1845-1846) est souvent faite en appui de cette conception réformiste des choses : «Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état des choses actuel» .

Il existe de nombreuses formes du réformisme. Lucien Sève n’en fut que l’une des illustrations, une illustration savante pourrait-on dire. Mais si l’on dit : “Luttons, mais ne parlons surtout pas de socialisme. Les choses se feront d’elles-mêmes”. On est exactement dans le même cas de figure. La Section économique a été porteuse de cette idéologie, qui est à la fois réformiste et de lutte. Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui mais je pense qu’elle est, avec cette idéologie et son paquet-cadeau de la SEF, l’une des sources du réformisme complet de Ma France Heureuse. La SEF ne peut avoir de sens que dans un société socialiste. Ce ne sont pas les luttes pour la SEF qui feront murir d”elles-mêmes la conscience du socialisme nécessaire. J’ajoute que ce projet, qui repose sur le postulat de la totale liberté des étudiants et étudiantes à choisir leur orientation est démagogique. C’est avec le socialisme que se construit la société d’abondance permettant à son tour l’affirmation de la liberté individuelle. Ce n’est pas la liberté individuelle qui construit la société d’abondance. Bon, je vais me faire taper, mais je m’en fous. Au delà d’un certain seuil, j’en ai marre des conneries.

Pour compléter cette information sur “le socialisme déjà-là”, je renvoie au texte de la conférence présentée par Patrick Theuret devant le Centre Universitaire d’Etudes Marxistes, le 16 mai 2019. Le livre qu’il a publié au Temps des Cerises en 2016 est évidemment une référence de base. On trouvera de lui, un texte sur « «Aufhebung», Karl Marx et la Révolution», avec un avant-propos de Pascal Brula, diffusé sur le site Faire Vivre et Renforcer le PCF, le 08 mai 2019.

Je vais ajouter une remarque, non directement liée à la question soulevée par Jeanne Labaigt. Cette remarque a trait au sens que l’on peut donner à Ma France Heureuse et à ce que ce sens aurait de trompeur.

En essayant d’être vraiment compréhensif, je me dis que, dans la société française, il existe, et cela depuis longtemps, deux comportements fondamentaux. Le premier est celui que préconisa Nicolas Boileau en 1674, dans son Art Poétique : «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément» . En gros, c’est le comportement que je crois le mieux en mesure de remettre sur pieds le Parti communiste français, et, dans la présente élection, de le rendre le plus offensif possible.

Et puis il y a l’autre comportement, qui fut exprimé quasiment à la même époque (1672) par la camarade Chrysalle, lors d’une réunion de section ayant pour thème «Les rapports genrés et la connaissance» et qui, si ma mémoire est bonne, se tenait à Versailles. Les archives de police indiquent qu’elle y aurait déclaré : «Je vis de bonne soupe et non de beau langage. Vaugelas n’apprend pas à bien faire un potage» .

On pourrait se dire : “Eh bien voilà, derrière la discussion que mène Delaunay, il y a cette opposition”.

A mon avis, l’opposition que suggère ce livre est, je le crains, plus complexe que celle qui existerait entre la bonne grammaire et la bonne soupe. Si telle était l’opposition qui le sous-tend, le problème serait simple à résoudre. Il serait relativement facile de combiner le lard poétique d’un côté, et la soupe au potiron de l’autre. Le problème est que la soupe de la France Heureuse est composite et ressemble davantage à un infâme ratatouille qu’à un bon potage. Le mauvais y gâte le bon sans rémission.

Le mauvais, c’est notamment l’influence du département PCF de l’international ainsi que l’influence de la Section économique. Nous avons été plusieurs à discuter de ce machin qu’est la SEF bien avant que le livre signé Roussel soit écrit.

Seulement voilà, dans cette organisation qu’est le PCF, et c’est une longue tradition, “on ne lit pas les autres”, et en général, on lit peu. Et puis, féodalisme oblige, si on lit, on ne va quand même pas discuter de ce qu’on a lu, ne serait-ce que par téléphone. Non, chacun est bien campé sur ses pieds, chacun sait. Et voilà le résultat. C’est abiminable.

De deux choses l’une : Ou bien François Roussel construit son chemin présidentiel sans tenir compte de ce livre. Il le laisse tomber en fait et même sans le dire. Mais cela signifie qu’avec son équipe, il progresse et s’instruit au fur et à mesure des réunions publiques auxquelles il participe. Il en restera quelque chose pour les militants et pour le vote. Ou bien au contraire François Rousssel refuse de revoir ses positions et il engendrera un degré supplémentaire de déception.


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   Posté le 27-09-2021 à 09:38:48   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Danielle Bleitrach a écrit :


je ne crois pas cher jean claude que le temps d’une campagne électorale présidentielle suivi d’une législative, puis d’un congrès (sans doute pour rien) soit celui dans lequel il soit possible de rectifier le tir comme nous l’appelons de nos voeux; si tel était le cas, il y aurait pire signe que le livre sur lequel tu t’acharnes, ily aurait l’équipe de campagne et la permanence de tous les boulets et autres roubaud quashie qui bombent le torse comme tu le dis d’une manière si imagée… 30 ans d’errance et d’abandon théorique intégral sans parler du refus de la moindre stratégie ce n’est même pas le seul pcf, ses satellites sont pires… oui mais voilà lapolitique c’estl’art du possible et nous n’avons rien d’autre en magasin. Ilfaut à la fois faire monter les exigences, continuer comme tu le fais, comme nous tentons de le faire ici à quelqu’uns d’apporter en espérant que cela sera un peu utile. PAS BEAUCOUP, un peu…ceque tu écris est énormément lu et correspond à un besoin mais aussi à un constat de faiblesse: qu’est-ce qu’on fait ? N’attends pas trop de Roussel, des meilleurs autour de lui, c’est un miracle qu’ils soient là continuons et ne nous arrêtons pas aux déceptions qui ne cesseront de s’accumuler; je trouve miraculeux quand jeconsidère la situation en allemagne et dans d’autres lieux que nous en soyons à la conscience de nous retrouver au congrès de zimmerwald, celui où lénine et quelques autres refusent d’être simplement pacifistes, puisque le pacifisme a échoué. NOUS SOMMES QUELQUES UNS A PENSER L’ECHEC DE L’EUROCOMMUNISME ET DU “COMMUNISME DEJA LA”, mais lénine n’est pas là…ily a simplement le terreau décrit déjà par rosa luxembourg à propos de la france celui du syndicalisme révolutionnaire combiné avec l’opportunisme du chrétinisme parlementaire…
JE TE LE REPETE :c’est rester dans cette logique que d’attendre de cette élection présidentielle plus qu’elle ne peut apporter. CE QUE TU SOUHAITES comme moietbien d’autres c’estque le but de cette élection soit la reconstitution d’un parti révolutionnaire, ce n’est pas tranché, ce quil’est c’est la conscience qu’Il faut simplement ne déserter aucune bataille.


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   Posté le 27-09-2021 à 09:40:48   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Daniel Arias a écrit :


J’ai supporté le réformisme de cette section économique du PCF, nous faisant gober que de simple malus bonus allaient produire des jours heureux. Le résultat fût un désastre en 2007 pour la candidature de MGB, malgré pourtant la promesse d’une SMIC à 1700 €.
La conclusion est que la rupture avec le peuple était déjà bien consommée et nous avions perdu la confiance.
Je me souviens des réunions du comité fédéral où la question de la propriété des moyens de production leur passait par dessus la tête. Une bonne part de leurs soucis étaient les élections et non comment renforcer le PCF en allant devant les boites et dans les quartiers populaires abandonnés par nos militants, nos élites sous la dictée du PS parlent d’échelles de salaire de 1 à 20 alors que beaucoup de travailleurs seraient déjà bien heureux d’obtenir 50% d’augmentation et la réduction de leurs factures. On nous parlait de renforcement du PCF mais sans plan d’action ni suivi, paroles aussi vite oubliées que prononcées.
Pourtant les conditions matérielles deviennent chaque jour plus difficiles précarité, chômage fort et flicage administratif, destruction des liens sociaux et familiaux, incivilités,…
Et tout cela dans l’incapacité de réagir des travailleurs face aux informations que nous recevons, inaction face aux injustices car nous ne savons plus vers qui nous tourner ou nous appuyer.
On nous parle de violence tous les jours, des migrants qui se noient, des vieux qu’on laisse mourir par milliers dans les EPHAD leurs interdisant les soins à l’hôpital, des jeunes qui s’entretuent pour vendre de la merde à d’autres, des étudiants stressés et exploités dans des stages gratuits sous le regard impuissant de leurs parents, la vie plus chère chaque jour pour les besoins de base, des lanceurs d’alerte prisonniers politiques dans nos “démocratie et monarchies”, des manifestants mutilés et curieusement jamais ceux de l’extrême droite.
On pourrait penser à un mal français mais ce cancer se répand partout où la culture véhiculée par la bourgeoisie se répand.
Pendant ce temps dans nos fédérations il sera encore question d’arrangements avec nos alliés de gauche au détriment du peuple.

En Espagne c’est les mêmes peines cumulées, misère, prison politique et gavage des rentiers, mais le PSOE temporise et ses cadres sont de ceux qui se gavent sur la misère des travailleurs alors que le communisme continue a effrayer les bourgeois :

https://youtu.be/4ndkcCNynEU
https://youtu.be/nRFe99CE65k
Une chanson d’un terroriste toujours en prison pour avoir lancé des paroles:
https://youtu.be/bO9iRmpdSOo


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   Posté le 27-09-2021 à 09:41:55   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Danielle Bleitrach a écrit :


en vous lisant je suis frappée tout àcoup par une évidence : le caractère anti-populaire de ce qui reste du marxisme non seulement dans le pcf mais en france et peut-être en europe. c’est-à-dire la manière dont a été justifié,théorisé l’impuissance stratégique et même celle qui va avec, l’impuissance à s’opposer à la dégradation des conditions de la vie du peuple, de la jeunesse autant que celles de l’environnement, d’où ce sentiment de déclin qui est non seulement l’art de ne pas trouver de solutions aux problèmes vécus par la grande masse mais d’inventer des problèmes pour éviter de résoudre ceux qui sont là; l’incapacité stratégique au socialisme fait partie de ça.

Le “marxisme” tel qu’il s’appauvrit n’est rien d’autre que le verbiage autour de cette réalité; aujourd’hui au plan international on assiste à un début de résurrection dont nous donnons des exemples ici, dans ce blog mais en france, l’isolement et l’étouffoir se poursuit.

la section économique est le dernier sursaut dumarxisme dans la déroute de l’eurocommunisme et elle s’inscrit dans cette dérive anti-populaire. incapable de dépasser un jargon qui évite la dictature du prolétariat et théorise l’impuissance stratégique. C’est encore pire si faire se peut avec ceux qui se rassemblent autour de lucien sève,bernardfriot et ce quiprolonge cela avec l’institutionnalisation de la censure de roubaud quashie?

Revenons à l’objet de ta description, le livre de campagne : le meilleur ou le moins pire de la campagne de Roussel c’est ce qui échappe à toutes ces influences délétères. et c’est malheureusement complètementempirique avec un contexte théorique qui n’en est pas un confond capital et évasion fiscale;.. bref c’est lenord et les frères boquet, des gens de terrain qui dans la dérive générale paraissent avoir conservé un minimum de bon sens. Mais je crains qu’ily ait eu avec l’université d’été un tournant etune campagne inspirée par la déroute théorique de l’impuissance et son galimatias.. la brève lueur de la sortie de l’otan a été très vite étouffée dans leur galimatias et dans un espèce d’inventaire à la prévert qui effectivement rappelle la campagne de marie georges buffet, comment pourrait-il en être autrement ce sont les mêmes qui ont pris le pouvoir et le tirent vers des jeux d’appareil;.

c’est pour cela que je dis que la campagne des présidentielle ne peut pas être l’horizon que vous en faites…

IL y a le nécessaire retour au théorique mais il y a ce dans quoi se retrouvent les couches populaire :”qu’est-ce que je peux faire?” c’est là que se situe lemal, un marxisme de salon à la manière d’attack où c’est le diagnostic qui prend des heures et ne débouche sur rien est à mille kilomètres du faire. Les seuls aspects sur lesquels débouchaient le faire de l’originalité de Roussel : lasécurité, lenucléaire et la sortie de l’oTAN par exemple étaient complètement empirique et pris dans une pseudo cohérence qui sous diverses influences ci-dessus consacre de fait l’impuissance à agir. l’impuissance à agir c’est-à-dire la fin de la dictature du capital et ça c’est le théorique autrement cela peut être récupéré par l’extrême-droite à la zemmour qui oriente tout vers l’immigration et lie donc les solutions à ue cause pourrie; pourtant ce n’est pas rien et cela a redonné unpeu d’espoir et tu as raison jean claude on peut espérer que cette “intuition” peut mener à d’autres exigences mais je te le répète pas dans ce contexte immédiat mais dans celui que je vois naitre, celui de la reconstruction du parti, du retour au terrain, à la formation; bref il faut plus de patience autrement nous sommes surs de perdre.


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   Posté le 07-10-2021 à 00:26:07   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Danielle Bleitrach sur Fabien Roussel :


FABIEN ROUSSEL ET TINA ? …

DANIELLE BLEITRACH 5 OCTOBRE 2021
Je viens d’écouter la conférence de presse de Fabien Roussel et je vais vous dire à ma manière directe, subjective et objective ce qu’elle m’inspire… Ceux qui ne savent pas qui est tina le découvriront à la fin….

https://fb.watch/8qEFaScLt2/

https://histoireetsociete.com/2021/10/05/fabien-roussel-et-tina/?fbclid=IwAR1MemzkB2_Puip6INZIDmcnEY7_ZYMbep83A6iR54jnT0eP70hlIs391Qs

BON TOUT DE SUITE L’ESSENTIEL, je confirme que je vais voter pour Fabien ROUSSEL pour l’excellente raison qu’il n’y a pas d’autre candidature susceptible de m’ inspirer le minimum de confiance qui me traînera jusqu’à mon bureau de vote. Ce qui n’a pas eu lieu depuis le vote pour iann brossat aux Européennes. J’ai déjà expliqué que mon bureau de vote tenait de la pyramide maya; il fallait traverser une autoroute (le boulevard sakakini) et de là affronter la colline de Montolivet et quand on s’était hissé au sommet, on découvrait encore une rampe d’escalier dont la pente paraissait conçue pour décourager toutes les vieilles personnes du quartier. SI je vous raconte cela c’est pour qu’a contrario, vous mesuriez ma conviction et mon enthousiasme indécrottable à voter pour un candidat communiste.

Dans une campagne où chacun rajoute de la confusion à la confusion, et où chacun parait vouloir syphonner les voix du voisin, être une “candidate naturelle du pcf ” n’est certes pas un avantage pour se faire entendre… Déjà s’obstiner à vouloir être communiste c’est depuis pas mal de temps être négligé de tous et d’abord du candidat communiste, qui comme Robert hue et Marie Georges Buffet (même Iann Brossat) ont d’autres chats à fouetter et se fichaient complètement de ce que je pensais… Les deux premier avaient même fini prétendre me donner à Melenchon, un parâtre pas antipathique mais le produit incestueux du mitterrandisme et du lambertisme doublé d’un ego monstrueux… “Tais-toi et vote!”

Avec Fabien Roussel c’est pas tout à fait le cas… Même si on ne peut pas non plus affirmer qu’il fasse grand cas de mes pareils, les couloirs de Fabien (le colonel) le happant souvent… Mais le fait est là, Je peux ne pas partager la totalité de ses propos (j’y reviendrai), mais ce qu’il dit il le pense et tentera de le réaliser. C’est sa qualité de base ce que j’ai toujours exigé d’un communiste et Fabien Roussel la possède parce qu’il a choisi de représenter le monde du travail et d’en dire ce qui lui parait fondamental. Il est en train de réussir à être le candidat naturel des petits, des humbles, des sans grades sans les caricaturer dans leur besoin de concret mais aussi de décence… et des gens comme moi qui croient à certaines valeurs… Dans le désert ambiant, il tranche réellement, il a l’air de croire ce qu’il dit et il n’avance pas un poignard dans chaque main pour trucider le partenaire… ET quand il explique que les autres de la gauche sont incapables de coexister et que les communistes sont les seuls à parler à tous, à proposer un pacte pour les législatives il est crédible.

Ce qu’il propose comme campagne me parait bien cadrer avec ce choix d’honnêteté, faire un tour de France et dans chaque lieu aborder avec les gens du cru un problème de fond, faire des propositions très concrètes et en discuter avec les intéressés. Cela ressemble à la caravane de cet été? Oui et non! C’est mieux centré sur les territoires là où sont les couches populaires, pas dans les métropoles. C’est un pas en avant que d’aller tapoter le cul des vaches dans le puy de dôme au côté de l’inoxydable et malin Chassaigne, tout en gardant l’oeil sur les salaires, le pouvoir d’achat, la politique énergétique du côté de Rennes, la dégradation du travail de l’usine à l’hôpital dans le nord, la formation de la jeunesse à Poitiers et je ne sais quoi à Vénissieux…

Me suis-je assez plainte de cette campagne où on créait des faux problèmes pour éviter d’aborder les vrais et où des sponsors en sont à lancer des types dangereux comme ils le feraient pour des marques de savonnette? … Là c’est le choix du contraire et rien qu’un individu aux antipodes de l’opération Zemmour c’est rafraîchissant…

L’accord sur une partie du diagnostic est là et le résumé qu’il en fait me va…

“Dans un pays où on promeut autant les idées de droite et d’extrême-droite, où on met en scène les pires scenarii pour empêcher tout changement réel, où la gauche a nourri désillusions et colères par ses renoncements et ne porte pas de projet qui s’attaque aux racines de la crise, l’influence du Parti communiste est décisive, comme elle l’a été à chaque étape de l’histoire de notre pays.”

rien à redire…

OUI néanmoins comme je suis têtue et qu’ils ont déjà réussi à m’amputer d’une part de ma capacité de conviction qui est pourtant reconnue comme non négligeable, je voudrais signaler à qui de droit :

1- l’influence du parti communiste est décisive plus que jamais… 100% d’accord mais l’influence ne se résume pas au score aux présidentielles ou même au nombres d’élus même si ça a de l’importance. Soyons clair si je vote communiste ce n’est pas seulement pour faire un bon score, c’est pour renforcer l’influence du parti… ET ça je ne le sens pas… PAS ENCORE… Le parti, sa formation, son organisation, qui s’en occupe ? Entre ceux qui ne savent plus faire et ceux qui ne veulent plus, par quel miracle de génération spontanée va-t-on les voir sur le terrain et qui s’en charge ? OUI Fabien Roussel ne peut pas tout faire et il devrait être aidé mais est-il bien utile de se tirer une balle dans le pied en nommant au dernier conseil national un maximum de liquidateurs dans sa garde rapprochée… Même si à ce stade de la campagne, avec cette conférence de presse, on a la vague intuition que miraculeusement la barque est un peu rétablie, on se dit que tout reste à faire pour avoir un parti qui influence cette société a contrario de ses dérives actuelles. Une question fondamentale : comment pourra-t-on avoir un parti qui ne se contente pas de naviguer dans le sillage de l’opportunisme habituel, baptisé réalisme. Alors qu’aujourd’hui le seul réalisme c’est d’arrêter d’appliquer les solutions qui nous ont menés là où nous en sommes, dans la construction d’un parti révolutionnaire comme dans les politiques à mettre en œuvre partout. Donc la campagne a besoin de ce parti là, parce que fabien ne peut pas tout faire, mais qui fait ?

2- Autre questionnement constructif, croyez le bien… la proposition de Fabien Roussel de s’attaquer à l’évasion fiscale est de celles qui marquent sa différence comme d’exiger toutes les sécurités pour les petits, les sans grade… Pas dans la proclamation : que voulez-vous l’idée de moraliser la finance je n’y crois pas; déjà prétendre moraliser le capital c’est pas triste, mais songer à le moraliser quand il a atteint ce niveau de perversion intrinsèque en matière d’intérêt général c’est complètement absurde et irréaliste… Mais voilà, CE Fabien ROUSSEL a l’air déterminé, goguenard mais déterminé. Il n’en reste pas au plan “moral”, au cœur en écharpe ou à l’urgence des poulets en liberté : il propose de mettre en taule ceux qui pratiquent l’évasion fiscale à une échelle telle qu’elle pèse sur le devenir de la population française; il parle de les empêcher d’être éligibles, et surtout de nationaliser les banques qui aident à l’évasion, voir de les fermer. J’aime bien ce mode de “moralisation” mais il suppose une rééducation des mentalités qui suppose à son tour “l’influence” d’un parti communiste. Un parti communiste qui ne se contente pas d’organiser de passionnant débats entre Friot, Lordon et tous ceux qui sont les poulains de Roubaud Quashiechargé de la formation, un désert… Je ne suis pas pour l’élimination de ces gens-là, leur périodique appel à un communisme déjà là, leurs bons sentiments, voire leur foi dans ce que peut et veut l’Europe mais je propose qu’on entende d’autres voix. Je propose que ces grands humanistes et démocrates à la mode ordinaire, celle du capital, et de ses médias, ne soient plus en situation de pratiquer la censure totale hermétique qu’ils imposent depuis 30 ans au nom des “erreurs et des crimes du communisme” qu’ils ne cessent de populariser, voire d’inventer… Pour “moraliser la finance”, il faudra bien voir ailleurs comment ça se passe… BREF, si on veut passer des caricatures et mensonges populistes dans ce domaine comme dans d’autres il faut avoir un parti conscient de la nature de l’exercice qui l’attend… Le mieux est de trouver un maximum de gens qui l’ont déjà affronté et ne vivent pas d’illusions.

J’ajouterai que le véritable problème est que la plupart des pratiques d’évasion, les tentatives de se soustraire à l’impôt sont totalement légales, immorales mais légales… Ce que vous proposez Fabien Roussel c’est d’aider les Français à percevoir de quel abus de droit ils sont victimes et à partir de là changer la loi, ceux qui la font et la Constitution… L’indignation peut aider, les riches qui en veulent toujours plus, quelquefois on en prend conscience avec des détails “immoraux” même s’ils sont secondaires. Quand on mesure ce qu’était le pillage féodal et que l’on voit le peuple s’indigner sur le collier de la reine on se dit que la prise de conscience se fait au niveau que l’on peut percevoir… le tout c’est qu’au bout du collier de la reine, il se trouve quelqu’un qui veuille réellement agir pour et par le peuple… OUI? Le collier de la reine aujourd’hui c’est le montant révélé par les « Pandora Papers », l’enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Ces derniers mois, 600 journalistes de 150 médias répartis dans 117 pays ont épluché 11,9 millions de documents issus de 14 cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore. Et le résultat de l’enquête, publiée ce dimanche 3 octobre 2021, devrait provoquer un tremblement de terre sur l’ensemble du globe : ce sont plus de 11 000 milliards de dollars qui sont volés par 35 chefs d’État et 130 milliardaires. Il suffirait de 267 milliards, 2,6% de ce magot, pour éradiquer la faim dans le monde. Il suffirait de 5 milliards pour étendre le RSA aux jeunes de 18 à 25 ans. Alors que le thème de la sécurité est omniprésent dans le champ médiatique, mais sous la forme à la zemmour et vous avez raison de partir de là? même si la manière dont le sujet est détourné en France dit à quel point il y aurait besoin de milliers de porte-voix pour relayer la vôtre.

Fabien ROUSSEL, je vous crois sincère mais il ne faut pas sacraliser les dirigeants (remarquez ce n’est pas le risque principal de l’époque), et il faut qu’ils aient un parti qui les aide à l’emporter en gardant le cap sur la boussole des intérêts des travailleurs qui sont ceux de tous et pas d’une poignée.

3- PARCE QUE vous savez bien Fabien Roussel que l’évasion fiscale, cette sordide avarice, ce mépris du peuple, n’est rien à côté des ripailles de la finance en particulier vous soulignez que l’argent des paradis fiscaux mêle celui de la drogue, des trafics humains et vous pouvez ajouter les armes… Là, ça devient réellement phénoménal et mettre de l’ordre là-dedans si vous y survivez (on meurt vite assassiné quand on touche à certaines filières) est une des rares manières que vous aurez de remplir votre juste programme. Pourquoi n’y a-t-il pas dans votre tour de France la moindre allusion à cette question qui est pourtant une des rares qui permette de démonter tous les faux semblants migratoires ? LA question des expéditions militaires, des campagnes de haine pour les justifier… l’appartenance à l’OTAN…

4 – BREF, tout cela me ramène à l’esprit logique du peuple français qui dans le fond a été convaincu depuis plus de trente ans de la véracité de la célèbre expression de Margaret Thatcher “TINA” (There Is No Alternative) il n’y a pas d’autres alternative… AU CAPITALISME ET CELUI-ci ne se laisse pas “moraliser” par les bons sentiments et la mauvaise littérature… La gauche, les communistes ou ceux qui en tenaient lieu ont beaucoup fait pour ancrer cette conviction et c’est elle qu’il faut dynamiter… (je précise la conviction pas lagauche,elle s’est déjàfait) …

MOI JE VOTERAI MAIS DÉJÀ SUIVANT LA NATURE DU PROJET JE ME SENTIRAI PLUS OU MOINS IMPLIQUÉE ET CHACUN A SA MANIÈRE RESSENT CELA DANS LE VOTE COMMUNISTE.

DANIELLE BLEITRACH

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pzorba75
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   Posté le 07-10-2021 à 05:32:50   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

Tatie Danielle me semble bien mal inspirée pour conclure que le vote Roussel renversera le TINA européo-libéral.

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Xuan
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   Posté le 07-10-2021 à 14:01:54   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ce n'est pas ce qu'elle dit. Elle va voter Roussel tout en faisant des critiques.

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   Posté le 08-10-2021 à 17:58:06   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sur le site faire vivre, Mireille Popelin (lire les commentaires, dont le mien) :


La candidature de Fabien Roussel , oui !

Lundi 4 octobre 2021, par Mireille Popelin

Et son livre, que je lis, fière que je suis d’avoir enfin un candidat communiste !
J’approuve totalement les raisons qui l’ont décidé à s’engager.
Son combat, luttes contre les fermetures d’usines, pour l’emploi etc. le livre est divisé en chapitres, c’est clair, facile à comprendre pour les militants.

Mais c’est le chapitre « Union européenne » qui me pose problème :

Il analyse bien l’erreur du parti communiste de ne pas avoir défendu le concept de nation ( p 40-41 ) et surtout ne pas le laisser à l’extrême droite. Il reconnait que c’est une faute ( le PS aussi reconnait cette faute) .

Mais le remède ? Pour notre candidat, c’est « remettre en cause les traités européens « pour en écrire de nouveaux mais c’est « faire bouger l’Europe » et nous avons déjà donné ! Des slogans qui n’ont rien fait bouger du tout.

Nous avons tout-à-coup accepté d’entrer dans cette Europe ( alors que nous étions contre) et nous sommes dans un filet que les capitalistes ont inventé pour supprimer ou privatiser tous les services publics, pour délocaliser vers des emplois moins chers, pour rendre impuissants les travailleurs des peuples pris au piège.

Fabien Roussel parle du « spectre » de la sortie de l’Union européenne qui « ne servirait à rien » ? Mais rester dans cette Europe sans pouvoir lutter pour garder nos emplois, nos droits, nos services publics, c’est accepter d’être dans le filet, impuissants ? Il est possible de faire craquer des maillons du filet pour sortir de la nasse. Difficile le Frexit ? Oui mais au moins nous aurons recouvré notre souveraineté et nous pourrons envisager des alliances, des coopérations mutuelles , comme nous l’entendons, avec qui nous voulons.

Cette « faute » fait que nous ne sommes souverains en rien .
- Ni pour les transports ( ouverture à la concurrence de la SNCF
- Ni pour la poste( il faut 3 jours pour la distribution d’une lettre parfois )
- Ni pour la santé
- Ni pour l’école ( destruction de postes, enseignants mal payés etc)

C’est sur la santé que je vais développer :

Alors qu’il faut réindustrialiser la France (même la droite le dit) nous ne fabriquons plus de médicaments ou presque, l’Union européenne a inventé un instrument de dépossession des Etats de leurs prérogatives appelé HERA ( Health Emergency Reponse Autority) (3) , qui sera établi au sein de la Commission mais sera en lien avec l’industrie pharmaceutique, pilotée par des experts ( ?) représentant les Etats . Ces Etats qui ont pourtant une compétence exclusive ? Mais n’auront rien à dire puisque le parlement européen ne sera pas consulté. Nous serons donc dépendants ( comme pour tout ) de Bruxelles pour notre système de santé.

L’UE parle d’ Europe souveraine ? Mais c’est le Marché qui est souverain !

Nous avons de moins en moins d’hôpitaux publics, nous manquons d’infirmières, de médecins, de personnels soignants, on a supprimé 4700 lits. Nous devons retrouver notre système de santé public, universel et gratuit.

Pour la santé comme pour les transports , la poste etc, nous devons reconquérir notre souveraineté nationale.

Fabien Roussel pense que nous pouvons imposer une abrogation, ou une réécriture
des traités ? Nous avons déjà proposé cela, et nous n’avons rien obtenu. Sauf le découragement des travailleurs, exposés au diktat du patronat délocalisateur, destructeur d’emplois, publics ou privés. Seule une sortie de l’UE pourra nous redonner une réelle souveraineté pour imposer nos choix économiques

Ce serait un espoir pour ceux qui luttent pour leur emploi, pour leurs droits , cette perspective leur redonnerait espoir car ils sont découragés, déboussolés, et cela se traduit par une perte de confiance et des manifestations de plus en plus maigres..

Sortie de l’OTAN ! Oui bravo !
Voilà une excellente proposition de Fabien Roussel .

Ce traité de l’Atlantique Nord permet encore hélas ! des opérations militaires et dangereuses aux frontières pour y apporter « la démocratie » !! Ces guerres ont détruit des pays, l’Irak, la Libye …Et l’Afghanistan , avec des talibans que les USA ont utilisé contre l’URSS , et ensuite combattu : résultat ? les Talibans sont au pouvoir !

La Chine
La Chine utilise des entreprises capitalistes chinoises et extérieures dont elle avait besoin. Mais elle conserve un contrôle sur ces entreprises, qui ne font pas ce qu’elles veulent. Avec ce socialisme à la chinoise, elle a obtenu des résultats formidables !
En 10 ans, elle est devenue la 2e puissance mondiale. Bientôt la première, peut-être ?

C’est la raison pour laquelle les USA en font leur ennemi public n° 1 . Nous sommes revenus au temps de la guerre froide, ce n’est plus l’URSS qu’il faut abattre mais la Chine.( Lire les livres consacrés à la Chine par JC Delaunay communiste , économiste qui vit en Chine)

Nous, communistes, ne devons pas nous laisser manipuler par cette propagande anti-chinoise des USA ; « le virus fabriqué en Chine, les pro-démocrates de Taïwan et les Ouïgours …Sans parler de la politique agressive de la Chine . Mais qui a agressé l’Irak , la Libye ( je ne reprends pas la liste) ? mais qui a des bases militaires PARTOUT ? Les USA pas la Chine. Nous devons, nous communistes défendre les pays socialistes, Cuba, le Vietnam, la Chine même si leur manière d’aller vers le socialisme est différente , c’est leur choix .

Nous souhaiterions que notre journal , l’Humanité, donne la plume à des journalistes qui ont des analyses différentes de celles de Libération ou du Monde !

Unir les communistes, d’accord
Un autre point d’accord avec Fabien Roussel :

Nous ne pourrons réussir que si nous sommes unis dans notre parti pour la réussite de notre candidat . Bien qu’ayant des avis différents ( je viens d’exprimer les miens) .
Je pense que les avis différents des ex- encartés, des communistes d’autres sensibilités pourraient donner une chance à notre candidat, tout en exprimant leurs divergences. Ou du moins, qu’ils ne découragent pas les militants sincères : ceux qui veulent restructurer le PCF pour qu’il redevienne le parti révolutionnaire qu’il a été !

La sortie du capitalisme
Rompre avec le capitalisme , construire le socialisme (2)

C’est ce que nous devons, clairement proposer dans notre programme
Pour « redonner confiance à la jeunesse » je suis d’accord avec les mesures proposées, avec celles de l’école aussi, mais si nous voulons arriver à imposer ces revendications , il faudra sortir du capitalisme ! Sinon, nous ne le pourrons pas . Il faudra donc le dire, l’écrire dans notre programme.

Si nous ne parlons pas clairement de cette condition, nous ne réussirons pas à entrainer les travailleurs.

Et le BUT , c’est le socialisme, NOTRE socialisme, que nous construirons ensemble, avec le peuple.

Lisons le livre de notre candidat, en avant le manifeste ! Soutenons notre candidat
Fabien Roussel (1)

Mireille Popelin

(1) Ma France . Fabien Roussel ed. Cherche Midi 16€50
(2) Rompre avec le capitalisme construire le socialisme de Jean Claude Delaunay ed. Delga 20 €


Edité le 08-10-2021 à 20:18:23 par Xuan




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   Posté le 11-10-2021 à 21:00:29   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Intéressant échange encore sur le blog de D. Bleitrach. Je note que le réseau faire vivre associé le soutien à F. Roussel et la critique de sa ligne, notamment sur la question du socialisme.


RÉPONSE A UN CAMARADE QUI N’EST PLUS AU PARTI MAIS INVITE A MENER LA CAMPAGNE DE FABIEN ROUSSEL
DANIELLE BLEITRACH 11 OCTOBRE 2021

https://histoireetsociete.com/2021/10/11/reponse-a-un-camarade-qui-nest-plus-au-parti-mais-invite-a-mener-la-campagne-de-fabien-roussel/

Un camarade écrit à un certain nombre d’anciens dirigeants du pcf, qu’ils soient à l’intérieur du pcf, au bord comme moi ou franchement en train de tenter de créer des groupuscules qui le plus souvent finissent par appuyer Mélenchon contre le parti, il écrit pour insister sur la nécessité de mener campagne sur le terrain pour la candidature de Fabien Roussel. Il se rend compte qu’aujourd’hui il n’y a pas d’autre voie que le pcf ou la cgt pour des communistes. Il insiste sur le fait que ceux qui sont sur le terrain ce sont les militants communistes, les jeunes en particulier et dans le cadre de la campagne de Fabien Roussel. Il part de l’exemple de Granz par rapport à la débâcle de die linke, ou de la Tchéquie, en insistant sur le fait que les camarades de cette ville ont commencé la reconquête depuis des années et qu’il en sera de même pour le pcf. Il s’adresse à nous pour nous inviter à être présents sur le terrain en particulier sur celui de la formation.

Je ne citerai ni le nom de l’auteur de la lettre ni celui des destinataires parce que je n’y suis pas autorisée et de surcroit je pense que l’invite est plus générale… On aurait pu espérer qu’elle vienne de la direction du pcf mais visiblement nous n’en sommes pas encore là. Ce qui est un manque à gagner et la preuve du choix politique d’autres équilibres, mais il faut passer outre parce que personne n’est propriétaire du pcf et qu’il a une utilité qui dépasse toutes les directions, ce qui explique sa survie malgré son affaiblissement.

Voici ma réponse :

Je suis en très grande partie d’accord avec ta suggestion et l’essentiel de tes conclusions gouverne mes choix, mais il me semble également que comme les camarades de Granz qui sont des “léninistes” ce qui se lit dans leur conception de l’alliance, il y a une autre nécessité dont nous devons être conscients . Quand j’ai écrit mes mémoires; je voulais dire une chose à nous tous qui avons tant souffert de la dérive social démocrate et nous qui en avons vécu les injustices et les humiliations autant qu’à tous ceux qui sont encore conscients de l’importance d’un parti :

« Il n’est de vent favorable qu’à celui qui sait où il va », dit un proverbe chinois ce que personnellement je traduis par la nécessité impérieuse pour les partis communistes d’avoir une stratégie pour le socialisme parce qu’autrement premièrement ils n’ont aucune utilité même celui de se prendre pour un super syndicat ou un facteur de pression sur les autres partis, et deuxièmement dans ce cas là, n’ayant pas de stratégie pour ce qui devrait être leur but, ils n’essuient que des vents contraires.

Ceci étant réaffirmé, d’accord à 100% sur la nécessité du terrain,en étant conscient que la bataille sera longue et que ce qui se détruit depuis trente ans ne se reconstruira pas en un jour et que ce sera long non seulement de reconstruire un parti de classe, de masse, de réflexion et d’action mais surtout de redevenir crédible aux yeux de la population française, les deux iront ensemble. Ce qui est tenté par Fabien Roussel dans cette campagne est un pas en ce sens, une avancée qui donne déjà des résultats non négligeables : si la majorité des travailleurs et des couches populaires ignore encore l’existence de cette candidature, la percée existe et déjà il y a un frémissement de sympathie pour celui qui effectivement parle vrai. Nous sommes cependant loin de l’idée répandue comme jadis de l’utilité d’une telle candidature et encore plus de celle de l’existence d’un parti communiste pour sa propre vie…

jusqu’ici fabien Roussel a agi en ce sens et a su à la fois être présent dans les médias et aller chercher la France profonde celle qui n’a plus le droit à la parole, les territoires désertés de la république autant que ceux de la production, la jeunesse c’est ce qu’il fait et par son exemple, il a réussi à ébranler une partie grandissante du pcf. Les militants du pcf ne sont déjà plus ceux qui l’ont emporté minoritaires au 38 e congrès avec une autre minorité franchement hostile et un marais dans l’attente. Le choix d’une candidature communiste a été exemplaire d’un point de vue démocratique et a obtenu une très large majorité, tous les jours se confirme le fait que Fabien Roussel est le secrétaire du parti et le candidat souhaité par la majorité; ce qui n’empêche pas les autres d’être en embuscade et de tabler sur l’échec qui poursuivrait l’effacement et disons le retour au congrès de tours. Qui appuyons-nous et pourquoi y aurait-il tant de mansuétude pour melenchon qui ne le mérite pas et dévoile tous les jours son egocentrisme, son mépris de nos valeurs, son isolement, pourquoi si peu d’indugence pour cette tentative de faire renaitre le parti?

On peut être en désaccord avec la tactique prudente et unitaire de Fabien Roussel au sein du parti comme au sein de la gauche, mais Il faut reconnaitre qu’elle a porté ses fruits dans la masse du parti et que les communistes sont les seuls au sein de la gauche à parler à tout le monde alors que leur langage est de plus en plusclair même si ce n’est pas ce que nous souhaitions, il n’y a aucun candidat qui aille plus avant . Mais il y aura un moment où il faudra trancher et affirmer ne serait-ce que l’option socialiste, la sortie ferme de l’Otan, un positionnement à l’égard de l’UE comme des expéditions néo-coloniales sous prétexte des droits de l’homme voir de la femme utilisée d’une manière honteuse, sur les nationalisations ou les usines à gaz des pôles. Nous avançons mais il est clair que par moment le compromis frise la régression et rend peu crédibles. Il y a là le plafond de verre de l’existence même d’un parti communiste.

Cependant dans tous les cas l’utilité du parti pour les communistes comme pour notre peuple se fera sur deux points et chacun d’eux rassemble : le premier est celui décrit hier sur la 5 par le maire de Grigny, le terrain c’est-à-dire non seulement dénoncer ce qui va mal mais aider la population à agir, à créer une autre réalité dans des projets sur lesquels les alliances peuvent être larges et pas des ententes de sommet a priori, favoriser l’intervention populaire. La seconde démarche est justement le but stratégique, le socialisme et la prise de conscience que tous les défis ont aujourd’hui une dimension mondiale dans laquelle le socialisme propose des coopérations et la paix à l’inverse du capitalisme,là encore la clé est dans la capacité des communistes à élargir ce choix au-delà des seuls révolutionnaires et c’est pour ça que l’on a justement besoin d’un parti révolutionnaire.

c’est là que personnellement je vois la nécessité pour tous d’intervenir dans le sens de ceux qui œuvrent au sein du parti entre autres pour le socialisme et nous pouvons le faire en conservant le positionnement qui est le notre simplement en tentant de le rendre constructif; déjà Aymeric avec les éditions Delga agit en ce sens et ici dans ce blog, nous tentons d’apporter une dimension internationaliste qui a nécessairement un aspect critique de ce qui se fait vu l’état du secteur international ; le pire actuellement dans le parti avec le niveau de la formation des militants. je dois dire qu’il y a deux choses qui récemment m’ont mise hors de moi, c’est de voir l’huma donnée à Fabien Gay, qui est un allié de pierre laurent et roubaud qashie devenu porte parole de la campagne; Roubaud Quashie non seulement SABOTE la formation mais ce qui m’est encore plus douloureux, il y a la manière dont avec d’autres il fige un Aragon à la fin de sa vie, celle où atteint de l’alzheimer il luttait dramatiquement contre la maladie, c’est une manipulation que la direction du pcf devrait interdire. je ne suis pas pourl’exclusion, ni la censure de ces camarades jesuis contre le monopole et la censure qu’ils exercent parce que sur le fond, la vie tranchera et chacun sera conduit à des choix, prendra des chemins, seule la mort transforme une vie en destin et le débat doit continuer en relation avec ce mouvement de transformation.

Ce que je pense néanmoins c’est qu’accorder le monopole de l’information et de la formation à ce type de positionnement, c’est opter vers toute une conception de la vie culturelle et politique qui de plus en plus rebute la majorité de nos concitoyens qu’ils identifient aux bobos parisiens donneurs de leçons et complètement en dehors des réalités, Il y a là une caricature de la gauche qui les insupporte et sur laquelle l’extrême droite fait flores. Le contraire de la culture que les communistes ont toujours défendue, Aragon en premier. Ces gens là de surcroit ont pratiqué à l’égard de toute une génération de militants communistes la censure,la diffamation, nous avons été injustement maltraités et encore récemment j’ai découvert la manière dont un Alain Hayot qui fait partie de cette bande prétendait en dehors de toute vérité m’attribuer l’exclusion de Tillon. Au nom de l’antistalinisme si ces gens-là avaient eu le pouvoir ils nous auraient exécutés sans état d’âme et on leur laisse la capacité à continuer.L’humanité et la presse jadis communistes qui se réduit comme peau de chagrin continuera à agir ainsi avec nous; Et bien c’est comme ça, c’est minable, mais ils en sont là, nous ne devons pas avoir la moindre illusion et nous devons continuer à développer cette possibilité d’information hors parti et avec ceux du parti qui le souhaiteront.

CE genre de choses est de celles que nous devons encore subir et ne rien attendre autre que la poursuite des insultes et des diffamations, moi j’ai jugé qu’il m’était impossible de continuer à tout accepter à l’intérieur du parti, en revanche comme je suis d’accord avec ton analyse et que je pense qu’il n’y a pas d’autre voie, les autres groupusculaires ne mènent nulle part et que comme Robespierre je suis convaincue que nos raisons d’exister valent mieux que notre existence, je reste constructive et je mène mon action en ce sens y compris celui d’un soutien à la candidature de fabien roussel .

Je ne suis pas la seule la plupart des partis communistes étrangers à commencer par le kprf font le même pari et il n’y a guère que le kke pour agir dans ce domaine comme dans d’autres avec l’originalité qu’on lui connait, mais il récuse également le parti communiste chinois alors que vous le soutenez . Il y a au plan international et c’est un point d’appui essentiel une volonté de construire et de le faire avec lucidité à partir de ce que l’on a parce qu’il y a l’urgence et la montée de l’extrême-droite,du bellicisme, partout en europe, devraient nous inciter à ce réalisme.

Donc j’appuie ta proposition et je crois qu’il faut aider et le faire de telle sorte que les communistes se rendent compte qu’ils ont des alliés et pas des ennemis, ils sont eux mêmes dans leur masse et en particulier beaucoup de jeunes (j’en connais un certain nombre ) dans l’action et malheureusement les jeunes d’autres organisations se conduisent comme des ennemis, inventent des forces qu’ils n’ont pas dans bien des cas (il est d’autres cas où au contraire ils agissent avec), il y a une absence de formation même si dans l’action l’apprentissage est plus rapide et se fait en fonction des réalités de l’heure …

Voilà vu mon âge, il est probable que je ne verrai pas le temps où il existera ce pcf digne de celui que nous avons connu peut-être même de l’effort d’aujourd’hui naitront d’autres exigences mais nul communiste ne devrait pouvoir se dérober à ce pas en avant auquel il peut contribuer. Si quelque chose nous a caractérisé dans notre histoire c’est bien ce désintéressement total qui laissait espérer une autre humanité et nous ne sommes rien d’autre que ce meilleur de nous mêmes. Il ne s’agit pas d’imposer à chacun un engagement qui ne correspondrait pas à son analyse, cela aussi est impossible pour un communiste mais bien, en partant de celle-ci, de faire ce que nous pouvons pour contribuer à un effort collectif nécessaire pour qu’il existe un parti communiste dont les couches populaires, la jeunesse, notre pays a un besoin urgent.

danielle bleitrach

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Jean-Claude Delaunay

Je partage entièrement ce que Danielle vient de répondre à ce camarade, et notamment son accord avec le fait que “ce qui fut détruit pendant 30 ans ne se reconstruira pas en un jour”. La campagne que mène Fabien Roussel reflète cette situation et vise certainement à la faire progresser.

Il n’en reste pas moins que les lacunes de ce candidat sont énormes. Lorsqu’il fait état, dans son bouquin, de ce que lui racontent les prolos de Renault sur “les Chinois qui piquent leurs emplois”, je ne suis pas sûr que Roussel, pas plus que les prolos en question, comprennent bien que ce ce ne sont pas les Chinois qui font les règles, que les Chinois construisent chez eux le socialisme et ne l’imposent à personne, que ce ne sont pas des ennemis et que l’on peut discuter avec eux, à commencer sur les problèmes en question, et que, de toute façon, ces incidents ne devraient pas empêcher le candidat communiste tant de faire état du socialisme existant et de ses succès que de montrer du même coup la nocivité de l’impérialisme en son état actuel de maturité.

Car le paradoxe de la position défendue par ce camarade qui vient d’écrire à Danielle est le suivant : sous prétexte qu’il faut aider Roussel dans sa campagne, il ne faut rien dire qui puisse lui être imputé à charge. Je trouve que les communistes qui adoptent cette position devraient se demander quand même si leur comportement est vraiment situé au niveau d’honnêteté intellectuelle, mais aussi d’efficacité politique, que nécessite la situation française.

Sous prétexte “qu’il faut sauver le candidat Roussel”, ne rien dire? Je me suis laissé par exemple conter que, dans un groupe de communistes convaincus du bien fondé du combat révolutionnaire, il y avait eu le projet d’écrire un livre sur le socialisme pour la France, indépendamment d’ailleurs de tout rapport avec Roussel. Mais j’ai cru comprendre aussi que ce projet avait été abandonné récemment, en douce cela va de soi car on ne commet pas ce genre de turpitude avec toute la franchise qui s’imposerait. Et si mon hypothèse est exacte, cela voudrait dire que, toujours pour “sauver le candidat Roussel”, on ne dit rien sur ce que pourrait ou devrait être le socialisme en France, parce que cela pourrait nuire au candidat Roussel? Non, mais où suis-je? Et dans quel état j’erre?

Un jour proche, il faudra quand même bien tirer un bilan. Ce n’est jamais simple, surtout dans le domaine des sciences sociales. Mais il faudra le faire.

______________________



J’ai du mal résumer la proposition du camarade : il n’était pas question pour lui de faire campagne en taisant ce qu’on a à dire au contraire… il propose de rentrer dans la campagne à notre manière, ce que nous faisons ici… Autre remarque : comment peut-on faire la fine boucheface à Roussel et se lier de fait àMélenchon c’est exactement le pari qui a mené die linke où il est avec la perte de 2 millions de voix… ENFIN j’ai appris qu’il ne faut jamais faire ce que veut l’adversaire etil est certainesattitudes quifonctionnent en binome avec les souhaits des liquidateurs.. Toutes ces réflexions n’empêchent pas Histoire et societe d’être un lieu qui n’est aligné sur rien si ce n’est sur la nécessité d’un particommuniste dans une france et une europe où montent la droite et l’extrême droite.lE TOUT dans une situation de confusion idéologique dramatique parcequ’on ne voit pas par quel miracle ce besoin d’unité qui caractérise le pcf etqui les fait accepter les propositions les plus contradictoires et que l’on retrouve d’ailleurs chez les groupuscules pourra s’éclairer même pour le prochain congrès … CONTINUONS LE DEBAT…

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Xuan
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une vidéo-résumé des positions de F. Roussel
Je signale cette intervention de Roussel à Public Sénat :
https://www.facebook.com/Particommuniste/videos/314890177113797

Intervention sur Zemmour, sur l'inflation et les salaires, sur l'investissement annoncé par Macron dans des micro centrales nucléaires, sur l'immigration, sur la candidature indépendante aux élections, sur les traités européens, etc.

Sur la candidature indépendante je note "il y a eu un choix majoritaire et après chacun fait son choix" , ce qui signifie que le choix majoritaire peut être bafoué par des élus.
En d'autres termes la ligne Laurent peut s'exprimer démocratiquement et ses représentants parlementaires peuvent soutenir Mélenchon.

Sur la Pologne, tout en rappelant les décisions réactionnaires de son gouvernement, il déclare à 56' que le droit d'un pays est supérieur au droit européen.
"Il ne devrait pas y avoir de loi imposée en France par l'Union Européenne sans qu'elle fasse l'objet d'un large consensus dans notre pays, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
Nous subissons les décisions d'une commission européenne sans débat législatif y compris au parlement européen, et qui nous sont imposées"


On voit ici qu'à l'exception de Montebourg et des souverainistes, aucun parti de gauche ne partage ses positions, du reste sur les réseaux les réactions des sociaux-démocrates, des mélenchonistes et même de certains communistes y sont farouchement hostiles, en mettant en avant la nature particulièrement réactionnaire du gouvernement polonais.
La stratégie de Roussel est claire : c'est retrouver l'électorat populaire qui s'est laissé abuser par les fascistes sans verser dans la même idéologie.
Comme je l'ai montré avec de nombreux exemples, l'Europe n'est pas une alliance librement consentie mais un outil d'oppression impérialiste où les pays d'Europe Centrale sont pratiquement colonisés. Privilégier la démocratie nationale aux diktats de la commission européenne est juste, mais Roussel ne dit jamais que la France fait elle-même partie des dictateurs européens, comme l'a montré sa position sur la dette et sur le référendum en Grèce.

D'autre part le terme de néolibéralisme ou de libéralisme rabâché dans 'Ma France' est caduc lorsque le gouvernement avance à des fins électoralistes un investissement dans des microcentrales, au moment où les hausses de tarifs d'énergie sont dénoncées. Le plan de Macron aussi électoraliste soit-il coupe l'herbe sous le pied du projet Roussel parce qu'il est aux antipodes du libéralisme précisément et parce que le projet du PCF ne sort pas lui-même du cadre du capitalisme monopoliste d'état.
Roussel dénonce aussi l'argent mis à l'abri (de la même façon qu'Elise Lucet) et exige le remboursement des aides européennes à des trusts comme Bridgestone https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-21-septembre-2020. Mais tout reste dans le cadre légal du capitalisme, dénonce les atteintes à ses lois mais n'en sort pas.

Les propositions de Roussel de réindustrialiser la France et de relancer le nucléaire ne se distinguent pas des annonces de Macron, à l'exception du "gâchis des biens publics" dénoncé dans l'Humanité
https://www.humanite.fr/technologie-la-france-industrielle-que-nous-prepare-macron-723603 que je reproduis ci-dessous.
La banque publique pour financer. ..etc. relève du programme de la clique réviso et ne fait pas avancer d'un pas dans la direction du socialisme, que Roussel n'évoque jamais, c'est une position opportuniste visant à ne pas froisser l'électorat
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Technologie. La France industrielle que nous prépare Macron


Mardi 12 Octobre 2021
Cyprien Boganda
Clotilde Mathieu
Le président de la République doit présenter, ce mardi, son plan d’investissement censé inventer l’industrie tricolore de demain. Syndicats et ONG redoutent un nouveau gâchis d’argent public à visée électoraliste.

À chaque président son « New Deal » ! Le « grand plan d’investissement » supposé projeter notre pays dans un avenir radieux et technologique est devenu un passage obligé pour tout bon dirigeant français désireux de laisser son empreinte dans l’Histoire. Il y a eu le « grand emprunt » de Nicolas Sarkozy, dédié aux dépenses d’avenir (35 milliards d’euros) ; puis le « plan d’investissement sur dix ans » de François Hollande, consacré aux nouvelles technologies (numérique, transition énergétique, etc.). Leurs prédécesseurs s’étaient eux aussi prêtés à l’exercice, de Valéry Giscard d’Estaing à François Mitterrand. Emmanuel Macron doit apporter, ce mardi, sa pierre à l’édifice, avec des arrière-pensées électorales évidentes : son plan d’investissement servira probablement de trame à son futur programme économique pour la présidentielle de 2022.

La «société civile » laissée sur le bord de la route
Avec « France 2030 », il s’agit de cibler des filières à forte valeur ajoutée, susceptibles selon lui de réaliser les promesses de la « croissance verte » – batteries électriques, semi-conducteurs, hydrogène, spatial, numérique, etc. –, avec pour ambition revendiquée de faire émerger « les champions de demain ». « C’est qui, l’Elon Musk français ? » se lamente un ministre macroniste dans le JDD. La question de savoir si on pourra réindustrialiser notre pays avec des Tesla bleu-blanc-rouge reste entière.

On saura, ce mardi, ce que contient exactement ce énième plan d’investissement, dont le montant oscillerait entre 30 et 50 milliards d’euros sur cinq ans, mais syndicats et ONG craignent que la logique de fond ne reste la même : ces dernières années, les programmes de ce type ont surtout consisté en un déversement d’argent public en direction des entreprises, sans réelle contrepartie, ni assurance que cet argent servirait bien à répondre aux défis industriels et écologiques du moment. En tout cas, rarement les représentants de la « société civile » ont eu l’impression d’être à ce point laissés sur le bord de la route. « Les ONG ont été tenues complètement à l’écart des discussions, dénonce Alma Dufour, des Amis de la Terre. D’habitude, nous sommes au moins consultés, même si nous n’avons jamais la main sur les arbitrages finaux. L’Élysée donne le sentiment de vouloir maîtriser son plan de com de bout en bout… »

Les craintes des syndicalistes rejoignent celles des économistes
Les syndicats aussi auraient bien aimé avoir voix au chapitre, en insistant notamment sur la nécessité des contreparties. « Nous n’avons pas été associés, assure Gabriel Artero, président de la CFE-CGC métallurgie. Nous n’avons rien contre un plan d’investissement à destination de l’industrie, bien au contraire. Mais il reste à savoir comment tout cela sera piloté. Si l’idée est de distribuer des milliards aux frais du contribuable et de laisser les entreprises les gérer comme elles l’entendent, nous ne sommes pas d’accord. » Le souvenir du précédent plan d’investissement annoncé par Emmanuel Macron plane encore dans les mémoires.

Lire aussi : Plan France 2030. Frédéric Sanchez, CGT métallurgie : « Un retour aux logiques financières d’avant »

Les craintes des syndicalistes rejoignent celles des économistes. Si la somme est « non négligeable », estime Thomas Grjebine, spécialiste de l’industrie au Cepii (Centre d’études prospectives et d’informations internationales), le diable se cache dans les détails. Ce énième plan peut rapidement tourner au « saupoudrage », plutôt qu’à « une véritable planification, constituée de choix forts, comme nous l’avons connue jusque dans les années 1970 » . Le risque est de voir un éparpillement des deniers publics dans un nombre important de secteurs. Dans ce cas, prévient Thomas Grjebine, l’effet multiplicateur pourrait être « durablement atténué » et le plan s’avérer « inefficace ». L’économiste prend l’exemple du crédit d’impôt recherche (CIR), une manne de plus 6 milliards d’euros par an, soit grosso modo l’équivalent de France 2030. Lequel représenterait une dépense moyenne de 3 à 5 milliards d’euros par an durant une dizaine d’années, soit 0,1 % du produit intérieur brut (PIB) français.

L’enjeu de la gouvernance des multinationales françaises
De plus, rien ne garantit qu’une fois les sommes allouées dans des projets de recherche, les multinationales tricolores prennent la décision de nationaliser leur production. « Les entreprises françaises sont celles qui se sont le plus développées via des investissements étrangers » , explique Thomas Grjebine. Ainsi, la production de Renault et PSA, sur le sol français, de véhicules légers « a, par exemple, baissé de 30 % entre 1997 et 2016, selon un rapport de l’Assemblée nationale, alors que la production mondiale de ces deux groupes pour ces véhicules bondissait de plus de 60 % ». Cela pose la question de la gouvernance de ces groupes.

Lire aussi : Fabien Roussel : « Il faut créer une banque publique pour l’emploi et le climat »

Car, la désindustrialisation est « multifactorielle », souligne Mireille Bruyère, des Économiste atterrés. « Il ne suffit pas d’investir pour réindustrialiser le pays. » Pour la chercheuse, réindustrialiser en réussissant la transition énergétique nécessite de revoir les modes de production, lesquels n’ont aujourd’hui qu’un seul critère : augmenter la productivité. Or, cette fuite en avant a un impact écologique et social très négatif. L’économiste prend l’exemple du lave-linge qui, au lieu d’être un équipement très complexe, aujourd’hui dit intelligent, pourrait être pensé différemment : un équipement réparable, totalement recyclable, plus simple à construire pour qu’il puisse être produit sur le territoire.

« Soutenir des entreprises innovantes n’offre pas de garantie »
Une « sobriété technologique » à mille lieues du discours d’Emmanuel Macron, pour qui la réindustrialisation française « passera aussi et peut-être surtout, dans certains domaines, par les start-up » . Si ces dernières ont été des « accélérateurs » dans la fabrication des vaccins, analyse Thomas Grjebine, elles ne peuvent remplacer la recherche fondamentale. Tout comme les plateformes de type Amazon ne se substituent pas à l’industrie, elles complètent le mode de production en poussant jusqu’à son extrémité les chaînes de valeur via la plateforme de logistique, explique Mireille Bruyère. Faire croire que les start-up vont permettre un nouvel âge d’or industriel est de l’ « enfumage », assure-t-elle.

Le terme est également de mise lorsque les ONG se penchent sur les objectifs écologiques affichés par le pouvoir macroniste. « France 2030 » entend se concentrer sur des secteurs d’avenir, comme l’hydrogène ou l’électrique. Ce qui, en soi, n’a rien de choquant. Mais il reste à inscrire la démarche dans un cadre réellement vertueux. « Nous avons surtout l’impression qu’Emmanuel Macron veut faire passer un plan de R&D destiné à doper la compétitivité française pour un plan vert, tacle Alma Dufour, des Amis de la Terre. Le problème, c’est qu’en matière de transition écologique, nous sommes très loin du compte. Nous dépensons 15 milliards d’euros par an pour passer à une économie bas carbone, alors qu’il faudrait 40 milliards. L’hydrogène reçoit plus d’argent que le ferroviaire ou la rénovation énergétique, pourtant indispensables. Pour rénover 500 000 logements par an (contre 150 000 actuellement), il faudrait mettre 25 milliards d’euros sur la table. Soit la quasi-totalité du plan France 2030 ! »

Au fond, la pensée macronienne relève d’une croyance «techno-béate», selon laquelle les technologies assureront la survie de l’humanité. Jacques Portalier, en charge de l’industrie automobile pour The Shift Project, se dit sceptique : «Soutenir des entreprises innovantes n’offre pas la garantie que cela contribuera positivement à l’objectif de décarbonation de notre économie. Encore faut-il s’assurer que les activités de ces entreprises sont bien en phase avec cet objectif. En complément, une vraie question est dans notre rapport à la technologie : est-ce que l’on parie que cette dernière va résoudre tous les problèmes environnementaux et que l’on pourra consommer des biens matériels au même rythme ? Ou bien, au contraire, que nous devrons modérer cette frénésie ?»


Edité le 12-10-2021 à 20:17:48 par Xuan




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La lutte de ligne au sein du PCF


Nous savons qu'il existe plusieurs lignes au sein du PCF. Notamment la ligne social-démocrate de Pierre Laurent, un courant trotskiste et la ligne défendue par le réseau faire vivre, dont j'ai déjà parlé plusieurs fois.
Fabien Roussel s'est trouvé représenter le courant majoritaire, « Pour un manifeste du parti communiste du XXIe siècle » .
P. Laurent n'a pas accepté cette majorité et n'a fini par s'incliner à contre-coeur, non sans avoir imposé plusieurs de ses fidèles. Ces derniers tiennent encore les rênes localement.

Pour se faire une idée de l'acharnement de P. Laurent et des compromis réalisés par F. Roussel, il est utile de lire un extrait de son livre. J'en souligne quelques lignes.

Extrait de "Ma France - heureuse, solidaire et digne" pages 26 à 30 :


Novembre 2018 : dans quelques jours, si tout se passe bien, je serai investi à la tête du Parti communiste français. Ma préoccupation, à cet instant, est de parvenir au rassemblement le plus large possible. Pour cela, une ultime rencontre est programmée. Elle a pour but de finaliser un « accord », non écrit, entre Pierre Laurent et moi, sur l'issue que l'on peut donner ensemble au prochain congrès, programmé à Ivry-sur-Seine du 23 au 25 novembre 2018. On se retrouve donc ce matin-là, à la gare du Nord. Depuis que je suis député, je viens à Paris toutes les semaines. Ma vie est complètement bousculée. Pierre est sénateur et nos agendas parlementaires sont très chargés. Mais, lui comme moi, nous faisons tout ce qu'il faut pour trouver le moyen de nous parler et d’éviter de faire exploser le parti.

Si notre texte alternatif « Pour un manifeste du parti communiste du XXIe siècle » est arrivé en tête, parmi les trois soumis au vote, il n'a pas non plus recueilli 95 %, mais 42% des suffrages exprimés par les adhérents ! La direction sortante, avec 38 %, pouvait très bien dire : « Bon, on a entendu le message, on va intégrer des remarques, mais on va rester au pouvoir quand même » . Pierre était d'ailleurs dans cet état d'esprit. Même s'il a évolué au fil de nos rencontre. Nous avons conscience, tous les deux, que ce qui vient de se passer est inédit. Grave même. Jamais, dans l'histoire de notre parti, le texte d'une direction sortante n'a ainsi été remis en cause. Nous savons, lui comme moi, qu'il faut à tout prix créer les conditions d'une unité la plus solide possible.
Ce qui n'a rien d'évident.

Durant plusieurs semaines avant le congrès, on se retrouve ainsi tous les deux, en tête à tête, dans le repli de mon petit bureau de l'Assemblée nationale, au 101, rue de l'Université. On parle souvent le soir à la seule lumière d'une lampe de bureau. Un cadre intimiste et propice à des discussions franches. Parfois, nous ne sommes pas du tout d'accord, notamment sur la façon de conclure le congrès. À présent, la date approche et il est temps de faire une proposition qui pourrait rassembler tout le monde. Et où se retrouve-t-on pour l'ultime rendez-vous ? À la gare du Nord, dans une brasserie tenue par Thierry... Marx ! Quel clin d’œil de l'histoire pour moi qui suis député du Nord et qui m'apprête à devenir secrétaire national, le premier issu de la province depuis très longtemps.

Pierre accepte de ne pas se représenter au poste de secrétaire national, ce qu’il n’avait encore jamais concédé. Lui va devenir président du Conseil national. C'est son souhait d'avoir un poste important. Pourquoi pas, après tout ? Il faut montrer que nous allons travailler ensemble. Que ce n'est pour lui ni une défaite ni une capitulation. L'équipe sortante n'est pas effacée, il n'y a pas de chasse aux sorcières. C'est la ligne de conduite que j'ai défendue depuis le début. Tout simplement parce que le parti est fait d'hommes et de femmes divers, avec des sensibilités différentes. C'est pour cela que j'ai accepté de devenir secrétaire national avec Pierre à mes côtés, en tant que président du Conseil national. C'est tout sauf un putsch. Le trésorier et la responsable du secteur international, proches de Pierre Laurent, vont eux aussi rester en place.

Les communistes veulent le changement

Est-ce que j'aurais pu faire autrement ? En tout cas, le rapport de force était suffisant pour choisir une autre option, plus radicale. Les adhérents se sont exprimés sur les trois textes proposés dans la perspective du congrès. Et le résultat permettait une rupture. Mais je sens qu'il ne faut pas s'engager dans cette voie. D'abord parce que j'ai été secrétaire fédéral pendant longtemps. Et je sais bien que, même dans une fédération organisée comme celle du Nord, les débats entre nous sont vifs, des avis différents s'expriment sur les choix à faire, sur la manière d'appréhender les élections, de mener tel ou tel combat. Notre parti, contrairement à une image tenace, n'est ni uniforme ni monolithique. Faire vivre la diversité des points de vue, y compris lorsqu'il y a un basculement de direction, n'est pour moi pas une option. L'histoire dira si je me suis trompé, mais je pense qu'un changement d'orientation aussi fort, souhaité par des milliers de communistes, ne peut pas se faire sans respecter l'équipe précédente.
Pierre me propose d'abord de devenir porte-parole du parti, lui restant secrétaire national . Il avance aussi l'idée que je pourrais être le candidat du parti en 2022, en cas de candidature communiste à la présidentielle. Je lui rétorque que les attentes exprimées par le texte du Manifeste vont bien au-delà.
La question n'est pas seulement d'avoir un candidat à l'élection présidentielle. Il y a aussi des aspirations fortes à mener certains combats, concernant la ré industrialisation du pays, l'emploi, la place du travail dans notre action, la nation et la souveraineté démocratique, économique... Et également des attentes sur la manière de mettre le parti en mouvement, sur l'organisation. Bref ce n'est pas qu'une question de poste, ou de place pour moi. Comme si le fait que je devienne porte-parole pouvait être la solution !
Je lui explique tout cela et lui indique clairement qu'avec une telle proposition au congrès il serait mis en minorité. Et moi aussi. C'est là qu'il a compris qu'un rapport de force était en train de s'instaurer.

L'ambition de changer profondément la direction du parti était majoritaire. Dans les fédérations, cela s'exprimait beaucoup. Il fallait que Pierre laisse sa place. Il a compris que s'il n'acceptait pas ce changement, tout pouvait arriver. Et là, c'était la foire d'empoigne ! Pierre a eu cette intelligence, cette force, d'admettre qu'il devait se retirer dans l'intérêt de l'unité du parti. Ce n'était pas évident pour lui. D'autant qu'il a eu à faire des choix compliqués. Il a assumé l'animation du parti pendant dix ans, sans démériter, avec des sujets très difficiles à gérer. Être secrétaire national d'un parti politique, avec des militants, des élus, des statuts, des débats, n'est pas un long fleuve tranquille. C'est même extrêmement éprouvant. Je le sais aujourd’hui. Mais à ce moment-là de notre histoire, Pierre devait admettre que son départ était inéluctable.

Dans la tête de Pierre Laurent

J'imagine que cela a du être très difficile pour lui, parce que j'ai bien vu qu'il a hésité longtemps. Je suppose qu'une partie de son entourage l'incitait à ne rien céder à monter au front, à l'affrontement. Mais de la même manière j'avais moi aussi, dans mon cercle, des camarades qui me disaient de « tout prendre », sans faire de concessions. Il fallait que tous les deux nous résistions à la politique de la terre brûlée. C'est le choix que nous avons fait. Pour Pierre, ce fut certainement un déchirement Je l'ai réalisé pleinement quand il est monté à la tribune, en ouverture du congrès, le vendredi 23 novembre. Comme le veut la tradition, c'est le secrétaire national sortant qui ouvre les débats. Huit cents congressistes sont dans la salle. Une certaine tension est palpable. Ce congrès ne ressemble pas aux autres. Il y a de l'amertume, de la colère chez certains, de l'inquiétude et des interrogations chez d'autres. Pierre s'apprête à revenir sur les trois dernières années, et à annoncer les changements à la direction du parti. Je vois sur son visage que c'est difficile. Comment pourrait-il en être autrement ? Pierre n'est pas quelqu'un qui laisse filtrer ses émotions. À la fin de son discours, il évoque ce qu'il vient de se passer au sein du parti. Ce coup de tonnerre. Comment en est-on arrivé là ? Que lui reproche-t-on au juste? L'émotion l'étreint. Les larmes lui montent aux yeux. Il a du mal à exprimer ce qu'il vit. Un moment très pénible, humainement. Pour moi aussi. Je me sens responsable de ce qui arrive. J'ai de l'amitié et beaucoup de respect pour lui. Son discours touche à sa fin. Il est à 50 centimètres de moi. Il parle, il annonce son départ puis sa gorge se noue... Je lui sers un verre d'eau pour l'aider. Ce n'est pas calculé, bien sûr, rien de tout ce qui se passe n'est prévu. C'est la vie. La salle applaudit. Il est ému et c'est moi, celui qui va lui succéder qui lui donne de l'eau pour qu'il reprenne son souffle. C'est un simple geste de soutien, de fraternité, mais dont on a tous besoin. À ce moment-là, je sens que le congrès est bien parti.


____________________



Voici le témoignage très instructif d'un jeune militant ouvrier du PCF :

"alors pour Roussel, il avait mentionné de façon très claire lors d'un discours en novembre dernier, suivant ces mots '' la nécessité du socialisme à la française ''.
Récemment, la veille du sommet à Billon de l'agriculture, il était sur une chaîne Twitch, particulièrement fréquenté par les jeunes, et à une intervention d'un chroniqueur, plutôt d'ordre provocatrice afin de le retrancher sur des excuses anticommuniste '' en clair, vous souhaitez une révolution socialiste... '', Roussel à répondu par l'affirmative. À cela le présentateur a chercher à '' corriger'' en disant,''non, une révolution communiste'' et Roussel d' insister sur le socialisme.
Après, je pense qu'il faut sortir des postures. Évidemment Roussel n'est pas le grand révolutionnaire que souhaiteraient beaucoup.
Évidemment le Parti n'est pas redevenu révolutionnaire pour le moment et évidemment les liquidateurs ont toujours une position de force au sein du Parti.
Néanmoins, j'aimerais attirer votre attention sur plusieurs points: bien que le 38 ème congrès et la conférence nationale ne soient pas en eux-mêmes des actes purement révolutionnaires, et qu'ils n'aient pas abouti au changement radical du Parti en parti d'avant garde, avec une épuration, garder une posture extérieure au parti, toujours critique, sans y mettre les mains me paraît problématique. (je ne m'adresse en personne en particulier ici, pas de malentendus, mais plutôt à des groupuscules, ou bien à des postures régulièrement tenues qui sont toutes à peu près du même acabit.)
D'abord, parce que la nécessité du Parti communiste est impérative et impérieuse.
Mais surtout, là où j'aimerais appuyer c'est sur la nature profonde de ces voies.
Ceux qui n'étaient pas présents lors du derniers congrès manquent de concret pour être juges du réel.
Ce congrès je l'ai vécu. Avec une violence terrible. Pour la première fois, le camps des liquidateurs s'est retrouvé acculé, leur déchaînement à été sans mesure: Amendements abusifs de l'ordre de la virgule, réécriture de pages entières, modification du texte après l'avoir eux-mêmes fait supprimé ou remplacer etc.
Lors du congrès, des manipulations, intrigues etc. Ont été de mise, nous voulions au maximum 100 conseillers nationaux, ils réussirent par des magouilles à en avoir 180.
Peu importe. Ils avaient été touché. La violence de leur déchaînement en était la preuve indéniable. Leurs intérêts bureaucrates, petits bourgeois et contre révolutionnaires étaient en jeux, d'un seul coup remis sur la table.
Et ceci n'est qu'une petite partie de ce qui s'est déroulé.
Nous avons tenu.
Puis nous avons entrepris un véritable travail.
Cette année nous avons été en position de choisir la participation aux présidentielles et le candidat en Roussel.
Avez-vous vécu le déchaînement nouveau suscité ?
Ces choix c'est la base qui les a pris.
Ces choix ce sont les sections, les restes de cellules dans lesquelles, comme dans la mienne, nous avançons.
Nous avançons auprès des travailleurs, dans les usines, partout où l'on peut.
Nous créons des formations politiques, nous produisons des films, nous nous appuyons sur les luttes syndicales.
Bref, Nous faisons marcher pour notre part le Parti.
Ainsi, si l'on considère la nécessité du Parti et que l'on regarde ce qu'il en est aujourd'hui, on s'aperçoit qu'aucun n'a réussi à le reconstruire.
Même si beaucoup se tuent à se revendiquer marxistes leninistes, que font ils ?
Où sont-ils ?
Ils restent dans un entre soi. Sur des postures.
Le frexit, sans même analyser le développement actuel du capitalisme et de l'impérialisme et voir quels dangers, une telle mesure prise sans une construction stratégique et un développement de la conscience du prolétariat et les tragédies cela nous mènerait, l'adoration d'un friot anticommuniste, parce qu'ils ont beau être leninistes, ils adorent un de ses pourfendeurs...
Où est la révolution ?
Qu'est le Parti ?
Le Parti, par sa construction à gardé bon nombre d'éléments qui le font tenir et qui permettent aux communistes d'agir sur le réel.
C'est en cela que la révolution est conservée, malgré tout, en son existence.
Ainsi, la candidature de Roussel s'inscrit dans ce combat.
Non, elle n'est pas purement révolutionnaire, mais le chemin qu'elle cherche, c'est celui d'une base communiste, d'une jeunesse particulièrement qui renoue avec le leninisme.
Maladroitement, certes.
Mais nous n'avons que cela.
Je fais parti des 82% qui ont voté pour Roussel, tout en sachant que Roussel n'est pas un grand révolutionnaire. Mais parce que la révolution se trouve là.
Et tout comme je suis capable de ne pas tomber dans le panneaux des maoïstes qui, pour servir la révolution s'opposent à elle en la traitant de social impérialisme et finissent de facto par agir en contre révolutionnaires, je m'inscrit dans le mouvement que nous avons entrepris.
Ce mouvement aboutira, à condition que nous le mentions bien et que nous ne croyons pas en l'homme ultime, le sauveur suprême.
Que nous nous formions, que nous agissons, avec mais surtout loin des réseaux sociaux qui ne sont que débats pour la plus grande part stériles.
Mais la révolution se trouve quelque part par là.
Cela ne veut pas dire ne pas être critique et trouver Roussel et la direction si beaux et si forts qu'ils nous éblouiraient de par leur luminescence et leur grandeur, mais agir en communiste qui sait qu'il a le devoir d'être dans le parti d'avant garde et de tout faire pour le conserver, le développer ou bien le sauver s'il en est besoin.
Ainsi, les postures gauchistes des groupuscules, même si l'on doit leur reconnaître des qualités théoriques sont une entrave.
Et passer son temps à cracher, et non pas critiquer Roussel, comme s'il était un melenchon autodesigné, en le traitant de '' Fabien doriot Roosevelt '', sous prétexte qu'il ne se lève pas avec l'obsession de l'union européenne, tout en soutenant des mecs comme Friot, c'est au mieux de l'inconsequence, au pire de la contre révolution.

[...]

Je suis d'accord sur la nécessité de l'epuration.
Néanmoins, je pense que si elle n'a pas eu lieu c'est que nous n'en sommes pas encore capables.
Je veux dire par là que le coup qui a été porté, l'a été par la base et sur la portée politique.
Je pense que les liquidateurs, dans leur assurance se sont détournés de la base en pensant qu'après avoir liquidé les cellules, puis une partie des sections, et viré du Parti les intellectuels et le prolétariat, ils pouvaient être tranquilles.
Le coup, c'est que des petits débiles de prolos comme moi et d'autres, avons grandi dans le souvenir des grand-parents arrachés à leur parti, et avons bénéficié des anciens intellectuels ou responsables qui n'ont jamais renoncé au socialisme.
Danielle bleitrach fait partie de ces camarades.
Ainsi, au moment du congrès, puis de la conférence, nous n'étions rien pour eux.
Sauf qu'il s'est avéré que nous avons su faire campagne, nous avons su avancer, malgré eux.
Voilà le point qui les a pris. Tellement hors sol, qu'ils pensaient en être fait du socialisme.
Maintenant, ils ont cependant réussi à conserver leur positions dirigeantes.
Je ne t'explique même pas ce que nous vivons dans ma fd.
Je vois ainsi plusieurs raisons à ce problème :
-d'abord, ils ont acquis une légitimité en tant qu'elus, que responsables etc. Qui fait que les autres n'osent pas les virer.
-le manque de formation marxiste dans la base est fort. Bon nombre de camarades, sont des gens motivés par un humanisme sincère, mais pas par une construction marxiste du monde... Encore moins leniniste.
Ils sont donc encore dans la position des '' bonnes volontés ''. Ce qui nuit terriblement.
- ils se battent comme des fous pour faire pression et en se maintenant, empêchent d'avancer.
Je prends souvent cet exemple d'un combat de boxe, où face à l'adversaire, nous serions toujours tenus, une main dans le dos par quelqu'un.
Ce quelqu'un, c'est eux.
Il faut definitement s'en débarrasser. Mais la tâche est compliquée et justement, la campagne de Roussel peut soit nous faire sortir plus fort dans ce rapport de forces, soit plus faibles.
Mais rien n'est encore joué.
Par exemple, l'initiative des comités des jours heureux sont potentiellement des cellules d'entreprise, à terme qui se recréent.
Mon point de vue, c'est que nous ne les renverserons que par la base.
C'est en renforçant la base, cellules, sections, formation des militants, et l'orga que nous changerons la donne.
Car au fond, ceux-là ne représentent plus rien à l'heure actuelle.
Ils ne représentent qu'eux mêmes et une infime minorité de personnes, généralement petite bourgeoises, baignant dans l'entre soi et le mépris de classe.
Ils ne portent aucune visée et un de leurs grands défauts c'est qu'ils sont incapables, en dehors de leurs magouilles internes et électorales, d'agir concrètement.
Créons donc les conditions à leur mal-être dans le Parti.
Nous pourrons ensuite les remercier Chaleureusement pour nous avoir autant renforcé dans notre volonté et nos actions.


_______________________


Il ressort que la candidature de F. Roussel comme son poste de secrétaire sont un compromis qui marque l'état actuel de la contradiction entre marxisme-léninisme et révisionniste dans le PCF.
Il est nécessaire de combattre pour l'éviction définitive de P. Laurent et de sa clique, sans quoi la construction d'un parti communiste serait remise aux calendes.
L'état des groupes ml actuellement ne permet pas d'envisager la création d'un parti ex nihilo.

A mon sens il est juste de soutenir les efforts du courant révolutionnaire en essor.
La critique des positions opportunistes de F. Roussel ne doit pas être éludée, mais sa position est d'une autre nature que la ligne révisionniste de P. Laurent et ne devrait pas être traitée de la même façon.


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pzorba75
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   Posté le 15-10-2021 à 05:32:54   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

Les communistes sont tombés bien bas, que ce soit Roussel ou Laurent, leurs dirigeants sont tous et depuis trop longtemps dans la ligne de l'union de la gauche et prêts au vote Macron au second tour des élections présidentielles et aux tripatouillages pour conserver 10 ou 15 élus à l'Assemblée Nationale.
Que peuvent bien apporter aux militants communistes le travail acharné et les repas chez Thierry Marx - Gare du Nord (aujourd'hui fermé entre un sénateur obscur nommé Laurent et son secrétaire national : des conseils pour ne pas devenir bedonnant!
Pas vraiment excitant pour adhérer à ce parti vermoulu d'un autre temps.

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pzorba75 a écrit :

Les communistes sont tombés bien bas, que ce soit Roussel ou Laurent, leurs dirigeants sont tous et depuis trop longtemps dans la ligne de l'union de la gauche et prêts au vote Macron au second tour des élections présidentielles et aux tripatouillages pour conserver 10 ou 15 élus à l'Assemblée Nationale.
Que peuvent bien apporter aux militants communistes le travail acharné et les repas chez Thierry Marx - Gare du Nord (aujourd'hui fermé entre un sénateur obscur nommé Laurent et son secrétaire national : des conseils pour ne pas devenir bedonnant!
Pas vraiment excitant pour adhérer à ce parti vermoulu d'un autre temps.


Je sens dans tes propos une certaine nostalgie ! La question est pourtant simple : Peut-on construire aujourd'hui un véritable Parti Communiste se basant sur la théorie et la pratique du marxisme-léninisme en se contentant uniquemement d'idéaliser le passé du PCF sous Thorez pour les uns, de Marchais (avec ses limites et ses erreurs) ou en idéalisant toute l'histoire des orgas et partis ml des années 60-70 ? La construction d'un Parti Communiste d'aujourd'hui se fera aussi avec une frange des militants du PCF dont les ruptures avec les thèses opportunistes et révisionnistes sont parfois limitées.
A nous d'avoir une démarche dialectique, ouverte dans ce débat, ce qui n'exclut pas d'être ferme sur les principes et souple dans la tactique. Si l'intervention dans le débat ouvert par la candidature de Fabien Roussel le permet, tant mieux, n'hésitons pas.

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   Posté le 17-10-2021 à 22:42:50   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

J'ai écrit sur le blog de D. Bleitrach :

"...Je crois que nous vivons une époque de transition, pleine de vents contraires tièdes et glacés, annonciateurs des tempêtes, pour lesquelles j’espérais « un parti communiste des temps d’orage » . Et s’il n’est pas prêt à temps, la tempête le forgera de toute façon.
Il est naturel que nous soyons brutalement tirés à Hue et à dia, et plus nous approchons de l’acmé des contradictions plus les réactions sont vives.

Mais nous essayons de contribuer à l’unité des communistes, et de tous ceux qui aspirent sincèrement au renversement de la classe bourgeoise, au socialisme.
C’est-à-dire que notre réponse aux ennemis de classe ne s’adresse pas réellement à eux, mais par-dessus leur tête, à toutes celles et tous ceux qui nous lisent avec sympathie ou simple curiosité. Ceux qui se dressent en travers de la révolution sont comme des tigres en papier, leurs griffes sont douloureuses mais ce sont des fantômes parce qu’ils représentent le passé.

Staline écrivait « Pour la méthode dialectique, ce qui importe avant tout, ce n’est pas ce qui à un moment donné paraît stable, mais commence déjà à dépérir ; ce qui importe avant tout, c’est ce qui naît et se développe si même, à un moment donné, la chose semble instable, car selon la méthode dialectique, il n’y a d’invincible que ce qui naît et se développe. » [Matérialisme dialectique et matérialisme historique].

Ceci s’applique évidemment à la guerre froide USA vs RPC, mais ici ?
Je crois qu’on peut voir les choses ainsi :
L’opposition / cohabitation entre la droite et la gauche parlementaires s’est effondrée, le bilan de Macron (y compris pour l’institut Montaigne), est quasi inexistant sauf des cadeaux aux capitalistes, et c’est une autre contradiction qui apparaît, plus représentative de la lutte des classes, entre communistes et progressistes et la droite fascisante. Peu importe le résultat des élections, le ton doit se durcir. L’inflation ronge les salaires, la dette menace et les USA veulent nous entraîner dans la guerre. S’il y a eu un masque bon enfant il doit tomber.
Les apôtres de la collaboration des classes représentent le passé.
Ceux qui prétendent renverser la table mais veulent juste redorer les lustres du parlement représentent le passé aussi, de radical à radis rose il n’y a pas si loin.

Au contraire, partir des besoins du peuple et viser le socialisme, c’est la boussole qui peut nous aider."


Il y a des aspects positifs dans la campagne de Roussel, on est encore loin du compte. Des communistes au sein du PCF savent aussi que la ligne Laurent n'est pas vaincue définitivement, c'est clair. Il s'agit de lutter pour l'unité des communistes, pas pour n'importe quoi mais pour éliminer la social-démocratie dans le PCF.

Après nous verrons ce qui se passera au second tour. Je serais surpris que le PCF ne retombe pas dans la rengaine du moindre mal, parce que Zemmour continue de progresser et que la droite s'affirme de plus en plus.


Edité le 17-10-2021 à 22:52:56 par Xuan




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GEORGES MARCHAIS CONTRE LE "WOKISME"
https://www.youtube.com/watch?v=0MBjm2uzN9c

Réponse à Usul sur Marchais et le Wokisme (avec Régis de Castelnau)
https://www.youtube.com/watch?v=oIlc0RNt4Wc

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Usul ou "L’emprise des youtubeurs" par Baptiste Giron, sur son blog mediapart
Mardi 2 novembre 2021
https://lepcf.fr/Usul-ou-L-emprise-des-youtubeurs

Réaction à la vidéo des youtubeurs Usul et Ostpolitik, « Georges Marchais contre le wokisme », parut le 27 octobre 2021 sur la Web TV Blast. Une réponse polémique, mais malgré tout didactique, pour montrer les erreurs et lacunes historiques de nos deux youtubeurs.
C’est toujours avec un peu de curiosité – et parfois d’agacement – que j’observe la place grandissante que les influenceurs d’internet ont pris dans l’information et la construction de l’opinion publique. Je l’observe avec mes trois casquettes : celle du citoyen, du militant mais surtout de l’historien. C’est donc avec appétit que j’ai visionné le regard que portent ces deux « youtubers de gauche » sur une personnalité importante du passé, à savoir Georges Marchais. Surtout que ces derniers sont des chroniqueurs très productifs sur le net : Twitch, Youtube, Mediapart et maintenant Blast… J’en connais un qui les aurait qualifiés de « cumulards ». Je n’ai pas été déçu par la vidéo, car tout est faux et partial. Tout ? Oui, tout !

Déjà on peut saluer le grand courage qu’ont eu ces deux personnes de s’attaquer cruellement à la mémoire de quelqu’un qui n’est plus là pour leur répondre. Bon, invectiver Marchais, c’est déjà penser « comme il y a quarante ans ». En leur temps, Alain Duhamel, Jean-Pierre Elkabbach ou la rédaction du Nouvel Observateur en avaient fait leur passe-temps préféré. Mais difficile de résister à la tentation de se mettre dans la droite (sans jeu de mot) lignée de ces grands journalistes impartiaux.

D’autant plus qu’Usul a fait un effort : il s’est muni d’un livre. C’est bien d’avoir un livre sous le coude, ça fait sérieux. Cela permet de faire croire qu’on a travaillé son sujet. Petit problème, on arrive à lire ce qu’il y a écrit sur la couverture. Il s’agit de l’ouvrage de Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste 1945-1972 (Tome 2, 1981), qui, comme son titre l’indique, s’arrête en 1972 avant le mandat de Marchais. C’est dommage…

Par la suite, Usul tente la bonne stratégie du déshonneur par association, en citant quelques compliments de Zemmour (3’00). Toujours dommage qu’il ne cite pas les compliments qu’a fait ce dernier envers Mélenchon, lui-même ayant qualifié Zemmour de « grand intellectuel » (2011). Mais on comprend Usul, pour informer son public il est nécessaire d’être malhonnête. Non ?

Bien, arrêtons les aspects formels et parlons du fond. Si l’on résume la thèse de nos deux chroniqueurs, le PCF, et tout particulièrement Georges Marchais, sont des « conservateurs », des « réactionnaires » même, « dit des trucs de facho », des « complotistes », des « obsédés », des « vieillots » incapables d’écouter la jeunesse. Et comment prouver tous ces dires ? Une anecdote, deux ou trois citations hors contextes, mais surtout beaucoup d’affirmations… sans démonstrations. Alors allons-y, "debunkons" les "debunkeurs".

Evidemment nos deux influenceurs commencent, sans respect pour la chronologie des évènements, par les affaires de Vitry et de Montigny-lès-Cormeilles en 1980 et 1981. Si ces évènements ont bien eu lieu, Usul et Ostpolitik omettent totalement d’en expliquer la cause et le contexte. A partir de la fin des années 1950, le gouvernement décide de détruire les bidonvilles de la périphérie parisienne et de reloger ses habitants. Une bonne intention sur le papier, mais le gouvernement n’entend pas que ces populations soient réparties dans les beaux quartiers parisiens. Bien au contraire, il ordonne la construction en toute hâte de logements standardisés dans les villes ouvrières. En 1955 à Gennevilliers, le maire communiste doit ainsi construire 8.000 nouveaux logements (pour 33.000 habitants) en peu de temps. Une situation qui favorise la spéculation des constructeurs, transformés en véritables marchands de sommeil. Un peu plus tard, Valéry Giscard d’Estaing a tenté de stopper les flux migratoires non-européens et à favoriser le rapatriement des travailleurs immigrés avec les lois Bonnet-Stoléru en 1977 et 1980. « Ghettoïsation » et « paupérisation » des banlieues rouges d’un côté, politique anti-immigrationiste de l’autre, ce cocktail dangereux est concocté entièrement par la droite. Et comme le note Gérard Noiriel (Immigration, antisémitisme et racisme en France, 2014, p. 583) : « Les conditions sociales qui aboutiront à la crise des banlieues des années 2000 sont ainsi réunies dès les années 1970 ». Mais surtout Usul omet de parler, au-delà de ces deux malheureux événements, de la participation bien solitaire que le PCF a menée aux côtés des travailleurs immigrés. Je ne vais pas remonter aux groupes de MOI (Main-d’œuvre immigrée) des années 1930, ou encore la fondation d’un secteur juif du PCF en 1935 (Zoé Grumberg, « Le "secteur juif" du Parti communiste français », Cause commune n° 22, mars/avril 2021). Restons dans nos années 1980. Entre 1982 et 1984, dans l’usine Talbot de la commune de Poissy, les ouvriers immigrés sont en grève contre un plan social qui les vise particulièrement. Alors que certains de leurs collègues métropolitains crient « au four les Arabes ! », d’autres luttent à leurs côtés comme Nora et Joseph Tréhel, militants communistes et cégétistes (Joseph Tréhel était maire de la ville). En réaction à ces grèves, le gouvernement socialiste n’hésite pas à mobiliser des arguments racistes en utilisant la peur de la Révolution iranienne. Gaston Deferre affirme même qu’« il s’agit d’intégristes, de chiites ». De plus, le PCF est à l’origine de la loi Gayssot en 1990, mesure antiraciste qui a permis de lutter contre plusieurs négationnistes et a fait condamner Robert Faurisson ou Jean-Marie Le Pen. Des exemples comme ceux-ci sont nombreux, mais ces faits ne semblent pas intéresser notre youtubeur.

D’ailleurs Usul n’évoque pas la ghettoïsation des quartiers pauvres. Lui ce qui l’intéresse, c’est le discours communiste contre la drogue, un affront contre la liberté individuelle des jeunes de gauche qui sont tous « des hippies » (13’36). Il est vrai que dans certains milieux élevés socialement, on ne se pose pas vraiment la question du prix de la vie qu’a couté la dope qu’on est en train de consommer. Mais la drogue ne détruit pas seulement les esprits, elle consume aussi les quartiers et les sociétés. La drogue c’est l’arme des riches et des impérialistes. C’est pour coloniser la Chine que les Britanniques ont forcé les chinois à consommer de l’opium au XIXème siècle. C’est grâce au trafic de cocaïne que les Etats-Unis ont pu financer les « Contras » (Nicaragua) et les escadrons de la mort en Amérique latine dans les années 1980 pour lutter contre les organisations marxistes, comme le déclare le rapport du Comité du Sénat des affaires étrangères du 13 avril 1989 : « les activités des Contras incluent des paiements aux trafiquants de drogue par le département d’État des États-Unis, autorisés par le Congrès en tant qu’aide humanitaire ». C’est grâce à la production de cannabis – 90% du haschisch consommé en Espagne et en France ! – que Mohammed VI peut maintenir son régime corrompu sur les Marocains (voir Philippe Bordes et Alain Labrousse, « Économie de la drogue et réseaux de corruption au Maroc », Politique africaine, n°93, 2004, pp. 63-81). Bref, la réalité de ces trafics est bien loin des paradis baudelairiens ou de Woodstock.

Evidemment aussi on ne pouvait passer à côté du couplet sur le PCF « homophobe », avec à l’appui… une citation de 1972 – qui est une citation rapportée par Jacques Girard, donc incertaine, sans dire qu’elle est impossible. Mais comment peut-on en toute bonne foi analyser le passé avec un regard aussi anachronique et condescendant ? Alors oui cher Usul, que ce soit au PCF ou ailleurs, le discours « gay-friendly » n’était pas très récurrent à cette époque. Y compris à l’extrême gauche trotskiste ! D’ailleurs pourquoi ne pas citer l’article de Daniel Guérin, militant du Front homosexuel d’action révolutionnaire, qui raconte en 1975 : « Pour la même raison, certaines des sectes trotskystes […] continuent, aujourd’hui encore, à observer à l’égard de l’homosexualité l’attitude la plus bornée, la plus réactionnaire, la plus antiscientifique. L’une d’elles est tristement renommée pour avoir exclu, en raison de ce "délit", certains de ses membres » (« Être homosexuel et révolutionnaire », La Quinzaine littéraire n°215, 1er août 1975). Hé oui ! Les avant-gardes de l’avant-garde ça n’existe pas.

Et pour finir, nos deux malins terminent sur le préjugé éculé du PCF « passé à côté de la question des femmes ». Le PCF est l’un des premier parti à créer une organisation dédiée aux femmes ; c’était l’Union des jeunes filles de France en 1936. Il est aussi le premier à proposer des candidates lors des élections municipales de 1925, alors que les femmes n’ont pas le droit de voter ou de se présenter. En 1975, le PCF organise un immense meeting avec 10.000 femmes. Le Monde commente « Cette assemblée a permis au PCF de montrer qu’il était le seul à pouvoir réunir tant de femmes » (Guillaume Roubaud-Quashie, 100 ans de parti communiste français, 2020, p. 124). Des campagnes nationales sont menées en direction des femmes avec les célèbres affiches de 1978 « Pour vivre mieux, égales et libres, nous sommes 200.000 femmes communistes. Pourquoi pas vous ? » ou encore « PCF, femmes immigrées, pour l’égalité des droits » (Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, cote 89FI/470 et 89FI/471). Rappelons aussi qu’en 1974, à propos du débat sur l’IVG, le PCF est le seul groupe parlementaire à voter unanimement pour la loi Veil – celle-ci n’aurait pu être adoptée sans le concours des députés communistes.

Je pourrais continuer des pages et des pages sur le fait de dire que le PCF détestait les étudiants. C’est faux, le PCF est l’un des premier parti à avoir créé une organisation étudiante, c’était l’Union des étudiants communistes (UEC) en 1939.

Krivine exclu de l’UEC en 1968 (10’40) ? Non erreur factuelle, il est exclu en 1966 pour entrisme du fait de son adhésion à une organisation trotskiste (le PCI) depuis 1961.

Le PCF « n’a pas compris ce qui se passait dans la jeunesse » (13’20) ? C’est faux, aux législatives de 1978 le PCF est le premier parti du vote des jeunes, avec 30% des 18-24 ans (R. Martelli, J. Vigreux, S. Wolikow, Le parti rouge, 2020, p. 289).

Marchais « toujours à la solde de Moscou » (14’50) ? C’est encore faux ; dans les années 1970 c’est la période où les rapports entre le PCF et l’URSS sont les plus froides, en témoigne l’écriture de l’ouvrage « L’URSS et nous » – très critique à l’égard de Moscou – et le slogan « construire le socialisme aux couleurs de la France », signe d’une démarcation du modèle soviétique.

Le PCF n’a joué aucun rôle favorable pour le mouvement de Mai 1968 ? S’il est vrai que le mouvement trouve son origine dans les mobilisations étudiantes d’avril 1968 et la répression policière à la Sorbonne le 3 mai, l’historiographie est assez unanime pour reconnaitre le rôle important de la CGT et du PCF dans le développement d’ampleur de cette contestation. Dès le 11 mai, la CGT appelle l’ensemble des salariés à la grève générale, qui se tient le 13 du même mois. Le 11 mai toujours, à 6h30 du matin, le Bureau politique du PCF fait un communiqué sollicitant l’action contre le pouvoir gaulliste. Les millions de grévistes et de manifestants répondent à ces appels, en solidarité avec les étudiants. Cependant le PCF ne voit pas dans ce mouvement la même chose que les groupes « gauchistes » ; pour les communistes, il n’est pas de nature « révolutionnaire » car la police et l’armée sont restées fidèles à De Gaulle. Mais le PCF cherche tout de même à formuler une alternative politique au gaullisme. Le 14 mai, le parti appelle tous les partis de gauche à se rassembler en vue de futurs élections. Mais cette offre reste sans réponse, notamment de la part des organisations socialistes. Les résultats électoraux sont alors catastrophiques : l’UDR (parti gaulliste) remporte 47% des voix aux législative de juin 1968 et 80% des sièges de l’Assemblée nationale ! La présidentielle de 1969 n’est guère mieux. Pompidou fait 44,5% dès le premier tour ; Jacques Duclos ne réussit pas à se qualifier au second tour, malgré ses 21%. Le SFIO tombe à 5%, quand Alain Krivine (Ligue communiste) fait 1% des voix. Le souffle « révolutionnaire » de Mai semble alors un mirage. La « parti de l’ordre » a remporté la bataille.

Au-delà du rôle minimisé du PCF sur « les événements » de Mai, la vidéo d’Usul déclare implicitement que ce mouvement est une sorte de « révolution manquée » mais qui a laissé une trace fondatrice, notamment pour l’émergence de mouvements pour les droits des femmes. Encore une fois, Usul ne s’appuie que sur des mythes mémoriels et non sur les découvertes récentes de l’historiographie. Or, on le sait aujourd’hui le Mai 68 libérateur des corps, des sexes et des femmes est en grande partie un mythe. Même si des femmes prennent la parole pour la première fois lors de ces rassemblements, elles restent cantonnées au second rang comme le signale Ludivine Bantigny : « Que les femmes apparaissent peu dans leurs revendications, qu’on attende d’elles des pratiques et des qualités auxquelles elles sont depuis longtemps assignées ne paraît pas, le plus souvent, perturber ces militants » (1968. Des grands soirs en petits matins, 2018, p. 316).

Et puis surtout parler du déclin du PCF sans jamais évoquer les politiques de désindustrialisation, la crise économique, la perte de centralité des ouvriers, la contre-révolution de Thatcher et Reagan, les politiques de rigueur de Mitterrand...

Bref tout est faux et cette vidéo n’a aucune relation, même approximative, avec la réalité historique. On peut donc se demander pourquoi Usul et son compagnon racontent autant de bêtises. Par « incompétence » uniquement ? J’ai une hypothèse : prenons une perspective critique en commençant par nous demander « D’où parles-tu camarade ? », pour citer slogan soixante-huitard célèbre. Moi je peux dire d’où je parle : je suis doctorant en histoire, chargé de cours à l’université et enseignant d’Histoire-Géographie dans un collège. Pour ces trois activités mon salaire mensuel s’élève à 1400€. C’est donc uniquement par vocation que je fais ce travail. Par curiosité, par plaisir de découvrir les faits historiques, de les observer, de les comprendre.

Mais toi, Usul, d’où tu parles ? Pour répondre à cette importante question, je souhaite élargir ma réflexion à l’émergence des nouvelles plateformes de streaming et d’une nouvelle profession qui l’accompagne, les « influenceurs », et leur place importante dans la production d’informations pour tout une génération. Si les sociologues et, dans une moindre mesure, les historiens ont analysé et souvent critiqué la place que les médias au XXème siècle ont dans la formation – et parfois la déformation – d’une opinion publique, nous restons relativement acritiques et même fascinés par ce nouveau média internet. Comme l’expliquait Pierre Bourdieu, dans L’emprise du journalisme (1996), « quant au degré d’autonomie d’un journaliste particulier, il dépend d’abord du degré de concentration de la presse » (p. 82). Or s’il est un média où le caractère monopolistique – et donc manipulatoire ! – s’exprime le plus vivement, c’est bien sur internet avec Youtube, plus importante plateforme de streaming, qui, via ses algorithmes et son système de censure, fait la pluie et le beau temps sur les informations que nous consommons. Les youtubeurs sont aussi victimes de ce système. Forte concurrence et nécessité de produire vite forment leur quotidien. La qualité formelle de ces productions a considérablement augmenté, mais cela s’est fait au détriment du fond. Bourdieu disait des journalistes qu’ils étaient des « manipulateurs manipulés » ; les youtubeurs sont eux des influenceurs sous influence. Ils ont acquis le pouvoir symbolique du journaliste, mais sans s’emparer de la réflexion déontologique de ce dernier. Le cas d’Usul est paradigmatique : lui qui blâme régulièrement le journalisme mainstream – à juste titre ! –, ne semble avoir aucun regard critique sur le rôle qu’il joue actuellement dans l’espace médiatique moderne. Au contraire, il s’avère suivre opportunément la tendance. On pourrait me répondre qu’Usul est d’abord un militant avant d’être éditorialiste. Il peut donc s’affranchir des contraintes de recherche de la vérité pour mieux atteindre les consciences. Je crois, au contraire, que militer pour l’émancipation c’est une exigence de vérité de tous les jours. Comme l’exprimait parfaitement Jean Jaurès, dans son célèbre article « Notre but » du numéro fondateur de L’Humanité (18 avril 1904) : « C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. La grande cause socialiste et prolétarienne n’a besoin ni du mensonge, ni du demi-mensonge, ni des informations tendancieuses, ni des nouvelles forcées ou tronquées, ni des procédés obliques ou calomnieux. […] J’ose dire que c’est par-là vraiment que nous marquerons tout notre respect pour le prolétariat. ». Chercher et transmettre la vérité, voilà un projet révolutionnaire !

Usul pensait mépriser Georges Marchais, il ne méprise que l’histoire. J’ai donc, pour toi Usul, une modeste requête : ne fais pas semblant de t’intéresser à un domaine auquel des gens, comme moi, vouent beaucoup de temps et d’énergie. Je te donne quand même, avant de finir, une citation d’un grand historien marxiste qui me sert comme historien, mais aussi comme militant, de ligne directrice : « Je cherche à sauver de l’immense condescendance de la postérité le pauvre tricoteur sur métier, le tondeur de drap luddiste, le tisserand qui travaille encore sur un métier main, l’artisan "utopiste" […] » Edward P. Thompson (La formation de la classe ouvrière anglaise, 1963 [éd. 2012, Seuil], p.19.)

Mais je félicite nos deux influenceurs. Félicitations à nos deux militants de salon et nos deux journalistes improvisés. Avec autant d’efforts, peut-être auront-ils un jour une matinale sur France Inter et, plus tard, un télécrochet sur France 2.

Baptiste Giron, doctorant en Histoire.

Post-scriptum : que mes collègues et mes pairs me pardonnent le ton parfois polémique que je mobilise dans cet article. Au-delà de la volonté de rétablir certains éléments, c’est une colère générale contre la manipulation de l’histoire à des fins bassement politiciennes qui motive cette réponse. Je précise que je ne considère pas Usul comme un « ennemi » ; il y a des polémistes actuels bien plus manipulateurs et dangereux, dans ce domaine comme dans d’autres. « La sociologie est un sport de combat » paraît-il ; l’histoire l’est aussi. Et il ne faut pas hésiter parfois à sortir son crochet du gauche.

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
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Le retour à Marchais n’est pas le retour au marxisme léninisme


La vidéo de Usul et les réponses sont intéressantes parce qu’elles permettent de faire le point sur les différences entre révolutionnarisme petit-bourgeois et idéologie prolétarienne d’une part, et entre révisionnisme et marxisme-léninisme d’autre part.

Le sujet commence à faire boule de neige puisque mon camarade finimore a relevé deux réactions, auxquelles ont peut ajouter dans un autre registre, mais intéressant lui-aussi, l’article de Marie-Anne Paveau dans l’Humanité du 6 :

Diabolisation de la gauche. «User du mot “wokisme” sert une propagande politique »

Samedi 6 Novembre 2021
Florent LE DU
Professeure en sciences du langage à l'université Paris-XIII, Marie-Anne Paveau explique comment les réactionnaires ont repris et diffusé ce terme afin de mettre hors jeu tout débat sur les inégalités sociales, et l’ensemble de la gauche.

ENTRETIEN.
Le mot "wokisme" est récemment entré dans le vocabulaire français avec fracas, sans qu’il n’en existe une définition précise. Comment l’expliquer ?
MARIE-ANNE PAVEAU C’est principalement lié au fait que ceux qui l’utilisent sont ses détracteurs. Le wokisme, au moins en France, n’est pas un mouvement. C’est un mot javelot, une arme, une créature fabriquée par l’extrême droite, la droite, et une certaine gauche réactionnaire. Le mot n’a donc aucun contenu sémantique sérieux, si ce n’est de vouloir détruire l’adversaire qu’on désigne ainsi, de manière malhonnête parce qu’il s’agit de faire croire qu’il y a là un ennemi dangereux pour la République. Éric Ciotti a récemment dit que « le wokisme est la nouvelle terreur du siècle ». On voit là une propagande politique pour faire croire qu’il y a en France une menace intellectuelle et idéologique qui va défaire les structures sociales, l’identité française, et réinterpréter l’histoire. La presse a une responsabilité écrasante dans le fait que le mot soit rentré dans les têtes pour devenir finalement une réalité pour l’opinion publique : puisque les mots woke et wokisme sont autant répétés, le mouvement supposé derrière ce mot finit par exister dans l’esprit des gens.
En France, le mot n’a aucun contenu sémantique sérieux, si ce n’est de vouloir détruire l’adversaire qu’on désigne ainsi, de manière malhonnête parce qu’il s’agit de faire croire qu’ily a là un ennemi dangereux pour la République.

Est-ce aussi un mot « fourre-tout » qui permet d’englober le plus de monde possible, voire toute la gauche ?
MARIE-ANNE PAVEAU C’est intéressant d’observer le pouvoir de synthèse d’un mot. Au départ, il y a des phénomènes militants qui ont émergé ces dernières années. Des prises de position politiques et des revendications articulées sur des recherches d’égalité, de dignité, de faciliter l’accès à l’emploi, au logement, etc. Il y a un militantisme antiraciste, féministe, décolonial, antivalidiste… Aux États-Unis, certains d’entre eux ont utilisé le mot « woke » au sens de rester éveillé en anglais. Leurs détracteurs en France vont mettre tous ces combats, tous ces militants sous la même étiquette qu’est le « wokisme ». Voire même l’ensemble de la gauche, y compris des gens qui n’adoptent pas les positions que j’ai évoquées.
L’usage du suffixe –isme n’est pas anodin. Le plus souvent, il permet de désigner des noms de mouvements, donc de former une entité que l’on peut critiquer en bloc, sans distinction et sans nuance. Il peut aussi être utilisé pour fabriquer des noms de courants avec une connotation péjorative, comme gauchisme. C’est l’idée qu’il constitue une menace, susceptible de défaire des structures légitimes, établies. Ce qui est attribué au wokisme, c’est de menacer l’histoire de France, parce qu’il y a des critiques de certaines figures glorifiées ; de menacer l’ordre établi parce qu’il va défaire la différence des sexes, l’hétérosexualité comme norme ; de menacer ce que certains appellent l’universalisme, cet aveuglement selon lequel il n’y aurait pas de différences de fait selon la couleur de peau ou la religion…

La fabrication et la diffusion du mot wokisme sont donc une réponse à des craintes ressenties par les dominants ?
MARIE-ANNE PAVEAU L’immense majorité des détracteurs de ce monstre qu’ils ont eux-mêmes créé sont des représentants de l’autorité, de l’hégémonie. C’est donc une arme brandie par les tenants du pouvoir qui se sentent menacés et essayent de diaboliser leurs ennemis. C’est le sursaut de l’Ancien Monde. Il y a une peur, sans doute inconsciente chez les dominants, de perdre leur place, leur homogénéité. Car, finalement, ce qu’apportent les mouvements militants et les perspectives alternatives, c’est l’hétérogénéité et la nécessité de penser avec un autre modèle.
Un sursaut de l’Ancien Monde. Il y a une peur, sans doute inconsciente chez les dominants, de perdre leur place, leur homogénéité.
Les majoritaires se sentent menacés et, pour justifier leur peur et leur réaction, ils exagèrent la menace. Sur le fond, en expliquant que ces différents mouvements vont détruire la société, et sur la forme, le nombre, en entretenant l’idée d’une vague woke, de hordes prêtes à déferler sur la France. Et englober tous ces mouvements derrière le mot générique de wokisme permet cette exagération. Ce qui se passe avec le wokisme s’inscrit dans une histoire des fantasmes de menaces comme l’invasion chinoise dans les années 1970 ou le communiste russe avec un couteau entre les dents. Maintenant, c’est le « grand remplacement » et la « culture woke ».

Pour les détracteurs du prétendu wokisme, est-ce important de ne pas définir clairement ce mot, d’entretenir la confusion ?
MARIE-ANNE PAVEAU Effectivement, c’est dans leur intérêt. Moins la notion est définie, plus elle devient un sac à fantasmes. Ce qui est frappant dans le discours des « anti-wokisme », c’est qu’ils ignorent la pensée réelle des mouvements qu’ils critiquent, répétant des contre-vérités. Par exemple, les critiques faites à l’intersectionnalité montrent bien que leurs auteurs ne sont pas allés voir de quoi il s’agit. C’est stratégique car, si vous lisez les contenus, vous vous rendez compte que ces études sont sérieuses, sourcées, et pas si terribles. En conséquence, les citoyens ont très peu d’informations sur ce que sont réellement ces mouvements, c’est donc plus facile de manipuler l’opinion et de véhiculer des fantasmes. C’est un vrai phénomène de propagande politique.

Le mot "wokisme" vient d’un anglicisme, est-ce que cela permet de renvoyer à des idéologies étrangères donc prétendument éloignées des préoccupations françaises ?
MARIE-ANNE PAVEAU Derrière ce mot-là se reflètent aussi un anti-américanisme et une critique du monde intellectuel américain. C’est d’une part l’idée qu’il s’agirait de préoccupations proprement américaines qui n’auraient pas de légitimité en France. De grandes différences existent, c’est vrai, mais le militantisme français qui est critiqué n’est pas non plus une transposition de celui qui vit aux États-Unis. D’autre part, l’anglicisme alimente le fantasme selon lequel la culture américaine détruit la culture française. La construction du mot wokisme comme ennemi est une manière conservatrice de figer des valeurs nationales. C’est assez nationaliste et utiliser un mot anglais permet de renvoyer à cette idée. Ce qui est d’ailleurs assez croquignolesque quand on sait la haine qu’ont ces mêmes personnes envers les emprunts de mots anglais…

DOSSIER : WOKISME
Le terme « woke », littéralement « éveillé », provient de l’argot africain-américain. Il désigne de manière positive un état d’éveil et de conscience face à l’oppression qui pèse sur les minorités ethniques, sexuelles ou religieuses. Dévié de son sens originel, il est brandi ad nauseam, en France, par les réactionnaires comme « le nouvel ennemi de la République », dans le but de disqualifier sans nuance toutes formes de lutte progressiste.

Décryptage en 4 points.
Désintoxication
Invention
Diabolisation
Diversion



Edité le 08-11-2021 à 23:29:28 par Xuan




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Le débat comporte plusieurs sujets :
> La position trotskiste d’Usul
> La réponse de De Castelnau et son propre positionnement
> Le PCF et l’immigration
> Le PCF et l’Union de la Gauche dans les années 70 et aujourd’hui.


1 – Usul et son comparse défendent une ligne trotskiste proche du NPA

Usul est un ancien du NPA. Son pote OstPolitik ne dissimule pas non plus ses positions trotskistes. En critiquant la nature « anti wok » de Marchais ils soutiennent des thèses qui n’ont rien à voir avec la révolution prolétarienne.

Affirmer que le chichon était universellement répandu en mai 68 n’est pas seulement faux, en faire un symbole révolutionnaire est une crapulerie. Pourquoi ne pas affirmer dans le mouvement que la clope en 6e est la libération de l’enfance ?
La dérive de la fumette vers les drogues plus ou moins dures avait déjà abouti à l’aliénation des jeunes dès les années 70 provoquant déchéance et parfois décès. Les chansons de Keny Arkana témoignent de la misère morale et physique qui résulte de la pauvreté, du chômage dans les quartiers : « la mère des enfants perdus », « le fardeau »

Mais la question de la drogue a dépassé le cercle des étudiants « libérés », pour devenir un véritable fléau dans la jeunesse, une plaie dans les quartiers populaires qui relève du banditisme associé à des violences extrêmes que les méfaits de l’impérialisme, le racisme et le terrorisme ont exacerbé, en créant de graves divisions dans notre peuple.

Les moqueries voire le rejet de l’homosexualité ont été rejetés seulement depuis peu.
Dans les années 70 j’ai vu des tracts de LO qui appelaient Bibiche le chef du personnel, parce qu'il hantait la place Clichy bras dessus bras dessous avec un ado à petit cul, et tous les prolos s'étaient bidonnés. Les homosexuels n’étaient pas agressés physiquement mais ils étaient communément tournés en dérision y compris par les militants de la LCR. En faire un brulot contre le le PCF comme s'il avait été seul à tenir des propos arriérés sur les homos est malhonnête.

De même la libération de la femme de tâches ménagères n’était pas un fait répandu, d’ailleurs ce n’est pas encore le cas. On aimerait savoir si Krivine passait l’aspirateur et faisait la cuisine chez lui.
D’autre part la « libération sexuelle » a rapidement tourné à la pornographie, voire la prostitution, où la domination de la femme a été perpétuée et poussée dans un registre dégradant, et cette "libération" chez certains comme Cohn Bendit à la pédophilie.


Je reviendrai sur la question du PCF et des immigrés, sur laquelle nous avons-nous-mêmes pas mal à dire.

L’attitude de Marchais face aux journalistes bourgeois reflète un rejet de classe partagé dans la classe ouvrière, et qui a été étouffé sous le mandat Mitterrand. Sur ce point Usul passe à côté, il est même à contre sens du renouveau du sentiment de classe, qui réapparaît dans le PCF.

En fait la critique de Marchais vise réellement Fabien Roussel, parce qu’il a pris des distances avec la gauche révolutionnariste et pris des positions antagoniques sur la sécurité dans les quartiers par exemple. Mais là aussi la situation a profondément changé depuis les années 70.

Cependant la stratégie de Marchais et celle de Roussel se situent dans une situation complètement opposée : Marchais faisait la promotion de l’Union de la Gauche, tandis que Roussel doit assumer l’échec de cette stratégie électoraliste.
Il n'est pas du tout certain que F. Roussel et ses soutiens dans le PCF remettent fondamentalement en cause l'électoralisme et le principe d'une union avec les socialos, bien au contraire. De même la défense de Marchais est un obstacle au retour au marxisme-léninisme parce que lui-même en a abandonné les principes.
C'est ce qui doit faire l'objet des critiques, j'y reviendrai dans quelques jours

Mais sur ce point les trotskistes du NPA ont le cul merdeux et Usul s'est bien gardé d'en parler.
Krivine et Cie ont soutenu le vote pour Mitterrand "comme la corde soutient le pendu" , c'était le prétexte invoqué à l'époque dans les années 70 et on a vu qui a tenu la corde et qui a été pendu.


Edité le 08-11-2021 à 11:08:14 par Xuan




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2 - la réponse de De Castelnau et sa propre position

je ne reviens pas sur ses critiques justifiées envers les révolutionnaristes petit-bourgeois, déjà examinées plus haut.

le juriste défend le PCF de l'époque sur les événements survenus à Vitry-sur-Seine.
Selon lui la pelleteuse n'aurait démoli que l'accès à un bâtiment prévu pour loger des immigrés, afin d'empêcher ceux envoyés par la municipalité de Saint-Maur d'y entrer.
Dans le second cas c'est Robert Hue qui aurait demandé une enquête sur une famille qui dealait de la drogue, à la demande du voisinage.

Mais parallèlement le secrétaire de la fédération communiste du Val-d'Oise déclarait qu'il y a un taux d'immigration inacceptable, soulignant qu'à Goussainville, dans une classe de trente-sept élèves, deux sont Français : "De tels ghettos au cœur des villes, c'est une situation dangereuse " . À Vénissieux, le député et maire communiste estime qu'il n'est pas bon de dépasser "un certain seuil de tolérance" . À Levallois-Perret, la municipalité fait imprimer des affiches : "Non au foyer d'immigrés !" À Gennevilliers, Nanterre, Garges-lès-Gonesse, Saint-Denis, les élus communistes se répandent en protestations similaires.

Propos repris par les socialos "La concentration des travailleurs immigrés dans les cités ouvrières, au-delà d'un certain seuil, entraîne inévitablement des difficultés " , constate M. Gilbert Bonnemaison (P.S.), maire d'Epinay-sur-Seine. Et d'ajouter : " Il est facile de crier au racisme lorsqu'on habite loin de ces cités-ghettos. "

Il est vrai que de bonnes âmes bien loin des quartiers populaires ont joué du violon sur ces réactions, mais il est clair aussi que la notion de seuil de tolérance est raciste. Le FN en avait fait ses choux gras.

Lorsque De Castelnau se pare de l'attitude internationaliste du PCF lors de la guerre du RIF, et du dévouement de militants communistes lors de la guerre d'Algérie, cela ne justifie pas la ligne défendue par Thorez "une nation forgée dans le creuset de vingt races" et la défense du colonialisme au nom de la "menace fasciste".
Jacques Jurquet a témoigné dans "la révolution nationale algérienne et le parti communiste français" du caractère néocolonial des thèses de Thorez et de la direction du PCF.
Lui-même avait dû résister à des pressions inadmissible pour le forcer à divorcer de son épouse militante active de l'indépendance algérienne, présidente de l’union des femmes algérienne et une très jeune membre du parti communiste algérien.

Dans les années 70 le courant raciste existait parmi les adhérents et les cadres du PCF, les OHQ en étaient le principal vecteur en atelier.
La revendication des augmentations au % servaient exclusivement leurs intérêts et ceux des cadres non grévistes. A telle enseigne que lorsque Claude Lebrun fut le même jour exclu de la CGT et licencié, l'ensemble des immigrés - dont les soudeurs antillais - déchirèrent spontanément leurs cartes. Fallait-il faire de même ?
Oui, sinon une grave fracture aurait divisé les travailleurs.
Je me souviens que lors d'une grève appelée par la CFDT contre un crime raciste, la CGT refusa d'y participer. J'étais le seul "français" avec un Italien naturalisé à participer au mouvement dans mon atelier. Lorsque nous avons parcouru les allées, les ouvriers syndiqués CGT baissaient le nez sur leur marbre.
Ainsi la direction du PCF et nombre de cadres locaux n'étaient absolument plus inspirés par l'internationalisme prolétarien et la lutte anti impérialiste mais par le chauvinisme.

_________________


Il est d'ailleurs intéressant d'observer que De Castelnau écrit régulièrement sur le site fondé par Michel Onfray : https://frontpopulaire.fr/o/Author/au16038/regis-de-castelnau

A qui il écrit une lettre très consensuelle :

Lettre ouverte à Michel Onfray
Régis de Castelnau, qui fait partie des tout premiers auteurs à avoir rejoint Front Populaire, fait part de ses réserves quant au positions de Michel Onfray sur l'histoire du Parti communiste.

Lettre ouverte à Michel Onfray

Mon cher Michel,
J’ai été très honoré de la proposition que vous m’avez faite de rejoindre dès le départ votre nouvelle revue. Dans mon esprit, il s’agissait d’un engagement destiné à mener un combat pour que le monde d’après puisse mettre fin au monde d’avant dont vous dénoncez les tares depuis déjà longtemps.
Je trouve l’idée et le projet superbes, j’irai même jusqu’à dire indispensables. Vous n’avez pas froid aux yeux, êtes capable de prendre des risques, ne détestez pas le combat, toutes qualités nécessaires pour mener une aventure avec vous. Je vais reprendre l’expression (israélienne ?) qui permet de se prononcer sur le courage de quelqu’un: "Je n’aurais pas de problème à partir à la guerre avec lui"… Donc avec vous.
Lorsque j’ai assisté au violent tir de barrage dont vous avez (nous avons) été l’objet, voyant d’où il venait, et y trouvant une validation, mon intérêt s’est transformé en gourmandise. Je me suis dit : "Ils ont peur, chic on va bagarrer." Mais il ne m’a pas semblé utile de réagir. Car répondre à Abel Mestre ou Laurent Joffrin, voire Mathieu Aron est vraiment une perte de temps.
Vous en avez jugé autrement pour vous-même. Sans doute parce que nous n’appartenons pas au même courant "politique" ou "philosophique", ce qui n’est absolument pas un problème pour moi.
Seulement, la contre-attaque que vous avez publiée sur le site de Front Populaire m’a un peu chagriné, et ce pour plusieurs raisons:
• Tout d’abord pour disqualifier Le Monde et Libération, je pense qu’il n’était pas nécessaire de retourner ainsi dans le passé. Tout le monde a oublié Hubert Beuve-Méry d’une part et Serge July d’autre part. Et c’est tant mieux. En revanche il y a tout à dire sur l’actuel propriétaire (et donc patron) du Monde, l'oligarque "socialiste" Matthieu Pigasse, et sur celui de Libération, Patrick Drahi, flibustier notoire dévoué à Macron en remerciement des services que celui-ci lui a rendus. Parce que c’est à ces deux souteneurs (j’irai jusqu’à dire commanditaires) de Macron, que l’on doit la violence de l’attaque.
• Ensuite cette mise en cause pour le moins violente du passé de la gauche et seulement de celle-ci risque de heurter toute cette frange du peuple qui appartient encore à la culture de la "gauche zombie". Il y a des raisons historiques, familiales et géographiques à cette persistance, et je pense qu’il ne faut pas se couper de ce monde-là, que je crois disponible pour le combat de restauration de la souveraineté du peuple français.
• Enfin, vous avez exprimé un anticommunisme virulent, qui ne me pose aucun problème de principe. Mais l’Histoire ayant rendu son verdict et respectant en bon juriste "l’autorité de la chose jugée", je le considère inutile dans ces termes, surtout pour disqualifier le groupuscule captateur d’héritage qui se fait appeler PCF et le misérable folliculaire Abel Mestre, dont son rattachement à ce courant politique relève de l’imposture. Mais le problème pour moi est plutôt que vous faisant historien, vous avancez une série de faits pour diaboliser ce qui fut le PCF. Outre l’anachronisme de la présentation, un certain nombre de ceux-ci me semblent historiquement inexacts pour les uns et faux, pour les autres. Concernant ces derniers cette appréciation relevant de mon expérience personnelle.
J’ai appartenu au Parti communiste français auquel j’ai adhéré à l’âge de 25 ans, preuve qu’il ne s’agissait absolument pas d’une révolte adolescente contre le milieu particulier dont je suis issu. Le "communisme" fut la grande passion du XXe siècle, je pense l’avoir en partie partagée. Cette organisation qui n’était pas sans défauts a eu quand même quelques mérites. Ceux-là qui me permettent de considérer que je n’ai absolument pas à rougir de ce que j’y ai fait. Je ne suis pas le seul dans ce cas-là, et il m’apparaît vraiment contre-productif de salir cet engagement en reprenant des arguments relevant d’une déformation historique, quand ce ne sont pas carrément des erreurs factuelles.
Alors mon cher Michel, je ne vais sûrement pas vous convaincre et ce n’est pas du tout mon intention. Votre anticommunisme furieux (tel qu’il s’exprime dans votre texte) ne me gêne pas. La violence du communisme, sœur jumelle de celle du capitalisme dans ce cours XXe siècle, les deux étant filles de l’énorme violence de l’accouchement de la société industrielle au XIXe siècle (ce qui n’excuse rien) sont des questions incontournables. L’échec sanglant de la tentative d’émancipation initiée par les bolcheviques mérite recherches, analyses, explications, sans détours et sans pudeur et j’en suis le premier convaincu. Je pense souvent à ce que Zizek disait à BHL: "Vous n’êtes pas assez anticommuniste, vos explications sont insuffisantes pour comprendre l’échec." Mais je pense aussi à la phrase prononcée par un militant à la fin du film réalisé par Nani Moretti sur le dernier congrès du Parti communiste italien: "Tous formidables mais ça n’a pas marché ."
Dans ma propre vie militante, et à ma place j’ai été aux côtés des couches populaires, au sein d’un parti politique, qui outil de leur intégration à la nation, et pratiquement seul à le faire, les défendait, en faisait la promotion et l’éducation, et imposait leur place dans la vie politique et culturelle du pays.
Membre de son "bureau de politique extérieure", j’ai également assuré à la demande de la direction du Parti des responsabilités internationales assez lourdes, notamment en Amérique latine pendant les années de plomb, celle des abominables dictatures chiliennes, argentines, guatémaltèques et autres. J’y ai pris quelques risques, perdu des amis et ai pu en sauver quelques-uns. Expérience qui me permet de mesurer la niaiserie des antifascistes en carton.
Cela vous surprendra peut-être, mais tout cela, je considère que ce n’est pas ce que j’ai fait de pire dans ma vie.
Si j’ai accepté votre proposition, c’est parce que j’ai spontanément pensé qu’au sein de votre projet, je pourrais poursuivre ce combat personnel pour le progrès humain, que je mène à ma façon depuis 45 ans…
Et qu’être avec vous pour les défis et les échéances auxquelles nous sommes confrontés n’est pas le plus mauvais des endroits. J’ai précisé que j’étais monté sur ce bateau dont vous tenez la barre et que je l’avais fait avec mon sac.
Je tenais mon cher Michel à apporter ces précisions. C’est donc très à l’aise que je vous confirme mon engagement sans réserve dans votre projet dont je redis l’importance et même le caractère indispensable en ce moment où la République traverse tant de difficultés majeures.

Bien amicalement,
Régis de Castelnau


___________________


Je ne parle pas du caractère extrêmement opportuniste et libéral de cette lettre. Au fond quelle différence entre l'anticommunisme d'Onfray et celui d'Usul ?
De Castelnau y trouve-t-il un caractère "de classe" plus populaire ?

De Castelnau ne nie pas ce qu'il appelle son "patriotisme", d'ailleurs hérité de la vieille aristocratie militaire.
Qu'est-ce qui rassemble De Castelnau et l'anticommuniste furieux Onfray ?
C'est un souverainisme et un populisme partagé. La déclaration d'intention de la revue Front Populaire dit "FRONT POPULAIRE a été lancé en juin 2020 par Michel Onfray et Stéphane Simon pour penser le souverainisme."

C'est précisément une des dérives révisionnistes que nous avons combattues ici, consistant à placer le drapeau tricolore aux côtés du drapeau rouge voire devant. Avec pour conséquence de faire de la France une victime de l'Europe.


Edité le 09-11-2021 à 00:00:23 par Xuan




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