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| Posté le 12-10-2009 à 07:39:22
| Je crée ce sujet consacré au livre de Michael Christofferson qui vient de sortir et qui est intitulé : Les Intellectuels contre la gauche Lidéologie antitotalitaire en France (1973-1981)
Michael Christofferson Les Intellectuels contre la gauche Lidéologie antitotalitaire en France (1973-1981) Editions Agone 25/09/2009 Présentation sur le site http://atheles.org/agone/contrefeux/lesintellectuelscontrelagauche/index.html Au cours des années 1970, une vigoureuse offensive contre le « totalitarisme de gauche » ébranla la vie politique française. Dans leurs livres, leurs articles et à la télévision, les intellectuels « antitotalitaires » dénonçaient, sur un ton dramatique, une filiation entre les conceptions marxistes et révolutionnaires et le totalitarisme. Issus eux-mêmes de la gauche et ne craignant quune faible opposition de ce côté-là, ces intellectuels ont réussi à marginaliser la pensée marxiste et à saper la légitimité de la tradition révolutionnaire, ouvrant ainsi la voie aux solutions politiques modérées, libérales et postmodernes qui allaient dominer les décennies suivantes. Capitale de la gauche européenne après 1945, Paris devenait la « capitale de la réaction européenne ». Cette histoire de la notion de « totalitarisme » depuis la Seconde Guerre mondiale retrace notamment les étapes de son instrumentalisation pour marginaliser le PCF et peser sur les orientations de lUnion de la gauche. Faisant un sort définitif à la légende de la « prise de conscience » quaurait provoquée LArchipel du Goulag dAlexandre Soljenitsyne en 1974, il révèle la continuité des stratégies permettant la conversion dintellectuels radicaux en compagnons de route dun PS sur le chemin du pouvoir. Cet « antitotalitarisme » doit donc bien moins à la découverte dune tradition libérale à langlo-saxonne quà la droitisation de la gauche intellectuelle et politique française. Michael Scott Christofferson est professeur dhistoire contemporaine à la Pennsylvania State University. Après une thèse avec Robert Paxton (dont ce livre est issu), il a notamment publié France during World War II : From defeat to Liberation (2006) et plusieurs articles, dont « François Furet entre lhistoire et le journalisme, 19581965 » (French History, 2001 ; Revue Agone 41/42, Les intellectuels, la critique et le pouvoir).
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| Posté le 12-10-2009 à 07:42:13
| Lu sur http://atheles.org/agone/contrefeux/lesintellectuelscontrelagauche/index.html Linvention du « totalitarisme » Dans cet entretien avec la revue ContreTemps, Michael Christofferson expose les traits essentiels de son livre Les Intellectuels français contre la gauche. Celui-ci constitue une analyse du phénomène antitotalitaire qui marque le champ intellectuel français à la fin des années 1970, de ses origines, ses développements et ses connexions profondes avec le contexte politique de lépoque. Il apporte ainsi un regard inédit, qui tranche avec labsence danalyse réelle en France, sur un des concepts qui a le plus marqué les intellectuels et politiques français ces trente dernières années. Comment comprendre le retard ou plutôt lincapacité à analyser ce rôle de lantitotalitarisme, à en faire lhistoire politique ? Vous avez travaillé avec Paxton : feriez-vous une parenté dans ce décalage avec lhistoriographie de Vichy ? Il nest jamais facile de faire lhistoire immédiate des événements controversés, surtout dans un pays comme la France, où la vie intellectuelle est très centralisée. En ce qui concerne lantitotalitarisme, les obstacles à la compréhension de son histoire sont encore plus grands. Beaucoup dintellectuels médiatiques et beaucoup duniversitaires en France sont antitotalitaires. Ils sont souvent au pouvoir précisément parce quils sont antitotalitaires. Les enjeux du pouvoir intellectuel sont trop grands pour quon puisse écrire une thèse dhistoire sur lantitotalitarisme qui conteste les lieux communs. Pour un doctorant français ambitieux cest un sujet à éviter. Même à Columbia University un professeur bienveillant (pas Paxton) ma dit quil fallait mieux éviter un sujet aussi récent et controversé si lon voulait faire une brillante carrière universitaire. Je crois quil nest pas sans intérêt que La France de Vichy de Paxton a paru en anglais en 1972, vingt sept ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale ; et mon livre en 2004, vingt sept ans après le point culminant de lantitotalitarisme (1977). Ceci dit, le livre de Paxton est infiniment plus important que le mien. Lhistoire de Vichy importe à toute la société française. Lhistoire du moment antitotalitaire est essentiellement une affaire dintellectuels. Quelles sont les origines du concept « dantitotalitarisme » ? Quels sont les acteurs « antitotalitaires » ? Il est curieux que les mots « antitotalitaire » et « antitotalitarisme » ne soient pas souvent utilisés hors de la France. Aux États-Unis on parle du totalitarisme, et il est bien compris que tout le monde est contre. Laccent placé sur « lanti- » indique que les origines du concept en France se trouvent dans un refus, notamment du communisme. En Allemagne et aux États-Unis, le concept de totalitarisme englobe le nazisme aussi bien que le communisme soviétique, mais en France le discours antitotalitaire des années 1970 ne se réfère presque jamais au nazisme. Il faut dire aussi, parce que vous parlez de Paxton, que le régime de Vichy nentre pas dans le débat français sur le totalitarisme. Bernard-Henri Lévy a essayé dassimiler le débat sur Vichy à la critique du totalitarisme dans LIdéologie française (1981), mais ce livre contrairement à son La Barbarie à visage humain (1977) a été très mal vu. Enfin, même si lon peut dire quil y avait des antitotalitaires avant les années 1970, cest au cours de ces années que les intellectuels gauchistes ou proche du gauchisme fondent un mouvement anti-totalitaire en réaction à la montée vers le pouvoir de lUnion de la gauche et surtout du Parti communiste. En quoi son émergence est-il étroitement lié au contexte politique, en particulier à la question de lUnion de la gauche ? Avec cette question nous entrons dans le cur de mon livre. Normalement on trouve lorigine de la critique du totalitarisme dans le prétendu choc de LArchipel du Goulag dAlexandre Soljenitsyne. Mais, la documentation ne justifie pas cette conclusion. LArchipel du Goulag nétait pas une révélation. Ce qui a donné lieu à une controverse nétait pas le contenu du livre mais la critique au vitriol de Soljenitsyne et de ses défenseurs par le Parti communiste. Ceci a soulevé des questions sur le sort de la liberté et de la démocratie au cas où les communistes viendraient au pouvoir. Donc, les deux grandes livres antitotalitaires sur Soljenitsyne, La Cuisinière et le mangeur dhommes dAndré Glucksmann et Un homme en trop de Claude Lefort, sont basés sur des articles écrits en réaction à la réception communiste du livre et ultérieurement étoffés. LAffaire Soljenitsyne de 1974 était, en effet, le premier conflit idéologique au sein de la gauche qui alimentait la critique du totalitarisme. Pour comprendre la critique du totalitarisme, il faut savoir que la politique des intellectuels de gauche et celle des partis de la gauche se sont séparées plus que jamais pendant les années 1970. Le début de cette séparation date des années 1950, quand la Révolution hongroise et la guerre dAlgérie ont conduit des intellectuels à critiquer le léninisme et les traditions étatiques de la gauche. Après 1968, cette critique est devenue dominante parmi les intellectuels de gauche et a souvent pris la forme dun plaidoyer pour la démocratie directe. Même après que la marée révolutionnaire ait reflué, beaucoup dintellectuels sont restés fidèles à des utopies plus ou moins autogestionnaires et des critiques de toutes formes de pouvoir. Cest bien le cas de Jean-Paul Sartre et de Michel Foucault, ainsi que des intellectuels moins connus tels que Glucksmann et Lefort. Ces courants sont très bien représentés dans les pages de Libération, du Nouvel Observateur, et de la revue Esprit. En même temps, les partis politiques de gauche avançaient vers le pouvoir dans le cadre de lUnion de la gauche et de son Programme commun de gouvernement qui prônait des nationalisations et dautres réformes étatiques qui allaient à lencontre de la politique plus ou moins autogestionnaire des intellectuels. Cest bien lincompatibilité de ces deux idées de la politique qui a donné lieu à la critique du totalitarisme. Laffrontement entre la politique des intellectuels et celle des partis politiques explique la chronologie de la critique aussi bien que son contenu. Ainsi la critique du totalitarisme na pas commencé en 1974, avec la lecture de LArchipel du Goulag, mais plutôt en 1975, après que des développements bien précis dans la politique de lUnion de la gauche ont abouti à une crise des relations entre des intellectuels de gauche et les partis socialistes et communistes. Dabord les élections partielles doctobre 1974 ont démontré la monté électorale de lUnion de la gauche et la domination grandissante de la gauche par le Parti socialiste. Par conséquent les communistes ont attaqué les socialistes très durement. Les socialistes, qui voulaient que la dynamique de lUnion continue ont répondu avec modération. Beaucoup dintellectuels, tels que ceux associés à la revue Esprit, étaient très déçus par la réponse des socialistes, surtout parce que les Assises du socialisme doctobre (qui ont fait entrer au Parti socialiste la deuxième gauche) leur donnaient limpression que le Parti socialiste évoluait dans une direction qui leur déplaisait. Ils ont commencé à dire que si les socialistes ne répondaient pas énergiquement aux calomnies des communistes, cest que les communistes les dominaient idéologiquement. Le deuxième développement qui a donné naissance à la critique du totalitarisme était la crise de la Révolution portugaise de lété 1975 ou plutôt les réactions françaises à cette crise. Sans entrer dans les détails, on peut dire que le soutien appuyé par le Parti communiste français à son homologue léniniste portugais et sa réponse ambiguë aux atteints à la liberté de lexpression au nom de la Révolution portugaise faisaient problème. En plus, le Parti socialiste et Le Monde ont déçu les intellectuels parce quils nont pas pris le Parti communiste français à parti à cause de ses positions. Par conséquent, de nombreux intellectuels qui écrivaient dans les revues Esprit et Faire ainsi que Le Nouvel Observateur et Libération ont commencé à affirmer que le Parti communiste dominait la gauche idéologiquement et que le Parti socialiste était effectivement le fantoche des communistes, même si les socialistes étaient prédominants au niveau électoral. Il y avait, comme Jean-François Revel la dit, « une tentation totalitaire » quil fallait affronter par une critique du totalitarisme de gauche. Ce concept dantitotalitarisme a-t-il changé de sens pendant la période que vous avez étudiée ? Je ne crois pas que le concept ait beaucoup changé entre le milieu des années 1970 et le début des années 1980, sauf pour devenir plus radical et intransigeant. Selon lantitotalitarisme de ces années-là, tous projets révolutionnaires, marxistes, ou communistes menaient inéluctablement au totalitarisme à cause de leur idéologie manichéenne. En plus, cette idéologie aveuglait tous les « compagnons de route » de ces mouvements, ce qui explique pourquoi le Parti communiste pouvait représenter un danger grave en même temps quil subissait une chute importante de son poids électoral par rapport aux socialistes. Ceci dit, il faut absolument distinguer les versions différentes de lantitotalitarisme. Même sils sont plus ou moins daccord sur le danger totalitaire dans lUnion de la gauche, André Glucksmann, Jean-François Revel, et Claude Lefort pour ne prendre que ces trois exemples ont des interprétations très différentes de ce qu est le totalitarisme et de ce que devrait être une politique antitotalitaire. En quoi lantitotalitarisme est-il au cur des changements intellectuels de la fin des années 1970 ? Les années 1970 sont une période fascinante dans lhistoire de la France contemporaine. Cest à cette époque que naissent lécologie politique et le mouvement féministe. Au niveau culturel et social nous sommes au cur de ce que Henri Mendras a appelé « la deuxième révolution française ». Mon livre se concentre sur la politique et les idées politiques, mais cette critique du totalitarisme fait sûrement partie dun bouleversement plus général des idées et de la culture française dont lhistoire reste largement à écrire. Pour commencer, il y a deux livres qui jettent beaucoup de lumière : Mai 68 : lhéritage impossible, de Jean-Pierre Le Goff, et From Revolution to Ethics : May 68 and Contemporary French Thought, de Julian Bourg. Comme Le Goff lindique, cette période se caractérise en partie au niveau des idées politiques par une démocratie directe intégrale qui peut paraître absurde avec le recul. La critique du totalitarisme faisait partie de ce mouvement plus général de critique radicale de la politique représentative. Cétait un de ses excès. Au niveau de la politique des intellectuels, on peut dire que la critique du totalitarisme a favorisé pendant les années 1980 la renaissance du libéralisme aussi bien que lavènement du postmodernisme. La critique a mis une fin au moins provisoire à lintellectuel prophétique en faveur de lintellectuel expert. Je ne dirais pas que lintellectuel révolutionnaire ne peut pas refaire surface parce que lavenir est trop imprévisible, mais il est évident que la France de 2008 est fondamentalement différente de celle de 1968 ou bien celle de 1977. Quelle est la place de la relecture de la Révolution française et du modèle jacobin voire dune relecture plus globale de luniversalisme français dans ce cadre ? La relecture de la Révolution française est absolument fondamentale dans cette histoire, et François Furet y joue un rôle central. En mettant laccent sur les origines du totalitarisme dans la Révolution française, il maintenait que la culture jacobine de la Révolution française explique lattrait du communisme en France au XXe siècle. Il faut dire que Furet nest pas arrivé seul à cette conclusion. Beaucoup dautres, tels que Pierre Rosanvallon et Edgar Morin, sont arrivés en même temps à la même conclusion. Mais Furet, avec Penser la Révolution française (1978), a donné de la respectabilité et de la cohérence à cet argument que la France était susceptible dune tentation totalitaire. En grande partie à cause de sa relecture de la Révolution française, la critique du totalitarisme avait des suites importantes dans la pensée politique française. Cette relecture de la tradition révolutionnaire française était liée à une critique plus générale de luniversalisme français. Mais je crois que cette critique était beaucoup plus poussée par la décolonisation et la revendication du droit à la différence par les divers mouvements sociaux des années 1970. Quen est-il du présent et de lavenir de lantitotalitarisme dans le contexte politique daujourdhui ? Je nai pas suivi de très près lemploi récent du discours antitotalitaire dans la politique française, mais je ne crois pas que cette pensée ait un très grand retentissement de nos jours. LUnion soviétique nexiste plus, et le communisme français nest plus que lombre du communisme des années 1970. Il y a bien sûr une mobilisation du concept de totalitarisme pour justifier la guerre en Iraq et la lutte contre lislamisme, mais cet antitotalitarisme-là na pas beaucoup de résonance hors quelques anciens combattants du mouvement antitotalitaire des années 1970. Le totalitarisme na jamais été un concept très élaboré, et cest encore plus vrai en France. Il ne nous aide pas beaucoup à comprendre le monde, même sil fonctionne comme une matraque formidable en politique. Donc, lantitotalitarisme aura un avenir, mais comme le communisme semble bien mort, cet avenir ne sera pas très important. Est-ce que vous avez une explication de pourquoi, malgré leur succès en France, les penseurs antitotalitaires (BHL, Glucksmann etc.) nont jamais vraiment « percé » dans le monde anglophone, et cest plutôt des gens rétifs à cette pensée (Badiou, Rancière etc.) qui sont populaires aux États-Unis ? Je ne suis pas sûr que Rancière et Badiou aient vraiment « percé », ailleurs que chez quelques universitaires. Et il faut dire quil y a des intellectuels, tel Paul Berman, un « faucon de gauche », qui admirent Glucksmann. Claude Lefort et Pierre Rosanvallon ont aussi des admirateurs aux États-Unis. Mais, en général, il est vrai que la pensée antitotalitaire française na pas séduit les Américains, et ceci pour une raison fondamentale : la pensée française sur le communisme était en décalage chronologique avec les États-Unis et beaucoup dautres pays du monde occidental entre 1945 et 1989. Pour simplifier un peu, on peut dire que la vie intellectuelle américaine pendant les années 1950 était sous lempire dun antitotalitarisme de guerre froide tandis que les intellectuels français étaient plutôt favorable au communisme soviétique pendant ces mêmes années. Les grands ébranlements des années 1960 aux États-Unis ont mis en cause cet antitotalitarisme qui justifiait la guerre de Vietnam et qui faisait partie de lordre moral de laprès-guerre. En même temps les pères fondateurs de lantitotalitarisme de guerre froide, Hannah Arendt, Zbigniew Brzezinski et Carl Friedrich ont modifié leurs idées pour minimiser la portée du concept. Arendt et Brezinski ont affirmé notamment que lUnion soviétique nétait plus totalitaire après la mort de Staline. Par contraste, en France, les contestataires de 1968 ont plutôt visé le communisme léniniste comme un faux mouvement de libération. Et quand lantitotalitarisme est né en France au milieu des années 1970, le débat français a fonctionné sans référence aux débats antérieurs sur le concept aux États-Unis ou ailleurs. Par conséquent, il y avait pendant les années 1970 un grand malentendu entre les intellectuels américains, tel Noam Chomsky, pour qui le totalitarisme était un concept de guerre froide totalement instrumentalisé par le gouvernement américain, et les antitotalitaires français, pour qui lantitotalitarisme était un combat nécessaire contre le communisme chez eux. Puisque le concept de totalitarisme reste un concept douteux pour beaucoup dintellectuels américains, lantitotalitarisme français na pas un grand intérêt Outre-Atlantique. Que pensez-vous de la tentative dEnzo Traverso dans son introduction à lanthologie du Seuil sur le totalitarisme de tracer une tradition « de gauche », même révolutionnaire, de la pensée antitotalitaire ? Je crois quil est vrai que la pensée antitotalitaire a souvent des racines à gauche. La plupart des antitotalitaires des années 1970 venaient de la gauche, et beaucoup dentre eux ont commencé par préconiser un antitotalitarisme révolutionnaire. Cest notamment le cas de Claude Lefort. On peut même dire que les antitotalitaires historiques de droite, tel Raymond Aron, nont pas beaucoup influencé les antitotalitaires des années 1970. Si mon livre sappelle Les Intellectuels français contre la gauche, cela ne signifie pas que la plupart des intellectuels antitotalitaires nétaient pas à leur manière à gauche. Ils étaient plutôt contre les partis de gauche, la gauche historique, la seule gauche qui pouvait arriver au pouvoir et faire de la France un pays dalternance démocratique. Par ailleurs, ces intellectuels ont souvent viré à droite, et presque tous ont fini à cause de lintransigeance de leur antitotalitarisme par abandonner la révolution comme moyen légitime en politique. Un antitotalitarisme révolutionnaire est-il possible ? Je crois que oui, mais il ny avait peut-être quun seul adepte dune telle politique pendant les années antitotalitaires en France : Cornelius Castoriadis. Jean Ducange Contretemps, mai 2008
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| Posté le 12-10-2009 à 07:43:39
| lus sur http://atheles.org/agone/contrefeux/lesintellectuelscontrelagauche/index.html L'anti-anti-totalitarisme French Intellectuals against the Left [Des Intellectuels français contre la gauche] prend pour point de départ le constat dun troublant anachronisme : au milieu des années 1970, le concept de totalitarisme, qui ailleurs dans le monde était tombé en désuétude, en est venu à dominer la vie intellectuelle française, pour finir par liquider lélan radical de mai 68, inaugurer un nouveau Thermidor et faire de Paris cette « capitale de la réaction européenne » que Perry Anderson a fustigée dans un article célèbre. Christofferson a le mérite décarter deux approches complémentaires qui ont longtemps obscurci la compréhension de ce moment critique : dune part, celle qui, considérant les difficultés de la France à faire siennes les vertus flegmatiques de la société civile anglo-saxonne, avance que « le moment antitotalitaire » sexplique par la nécessité de combler son retard et de se mettre à lécole du libéralisme, seul modèle permettant de penser de manière raisonnable larticulation de la liberté et de légalité (la fraternité na, dans cette perspective, pas de place) ; dautre part, la tendance des promoteurs de lantitotalitarisme, comme dailleurs de ses critiques, à accepter sans autre forme de procès le récit de leur engagement élaboré par ses acteurs. Ce « mythe des origines de lantitotalitarisme » est démantelé avec efficacité par Christofferson, notamment dans sa méticuleuse reconstitution de laffaire Soljenitsyne. Dans les chapitres de son livre qui traitent des vicissitudes de la politique révolutionnaire française chapitres qui portent en particulier sur le rôle de LArchipel du Goulag, des débats soulevés par lUnion de la gauche, de la référence à la dissidence, de François Furet et de lémergence des nouveaux philosophes, soucieux de contrecarrer aussi bien linsuffisance et la partialité de la comparaison avec la Grande-Bretagne et les États-Unis que les errements du récit de leur engagement par les acteurs du moment antitotalitaire, Christofferson combine deux axes dinvestigation : dune part, un regard longitudinal sur les événements et les initiatives qui ont conduit des intellectuels révolutionnaires à abandonner leurs sympathies socialistes au profit dun anticommunisme obsessionnel ; dautre part, une enquête conjoncturelle visant à déterminer comment une pluralité dattitudes et de points de vue en sont venus à se cristalliser, autour de la période qui va de 1975 à 1978, dans ce « moment antitotalitaire », alors quune possible victoire électorale de la gauche rendait envisageable la constitution dun gouvernement auquel le Parti communiste français aurait été associé. À première vue, le titre du livre semble faire référence à un groupe dintellectuels centristes ou de droite. Son sens est en réalité rétroactif : comment et pourquoi des intellectuels, affiliés à lorigine à des projets démancipation révolutionnaires, en vinrent à élaborer et à soutenir des positions qui, pour exorciser le supposé péril représenté par le PCF, dissocièrent la liberté du socialisme et jetèrent les bases dune politique conformiste du « moindre mal » ? Une des lignes danalyse les plus fructueuses développées dans French Intellectuals against the Left pour répondre à cette question consiste à souligner le rôle joué dans la formation du front antitotalitaire par le thème de la démocratie directe. Alimentée par le trotskisme hétérodoxe de Socialisme ou barbarieet le souvenir du conseillisme, exacerbée par la répression de linsurrection hongroise de 1956, lidée de démocratie directe devint, notamment parce quelle permettait de faire le lien entre les méfaits du pouvoir communiste à lintérieur et à lextérieur de la France, un moyen privilégié dattaquer le PCF sur sa gauche (tâche qui nétait cependant pas si difficile, étant donné la collusion passive de ce parti avec loppression coloniale en Algérie). Dans les années 1970, le thème de la démocratie directe, débarrassé de sa dimension insurrectionnelle et réinterprété dans un lexique autogestionnaire, a continué à jouer ce rôle ; il est alors devenu un élément essentiel de la campagne idéologique du Parti socialiste pour acquérir une position hégémonique au sein de lUnion de la gauche venant même occuper le devant de la scène aux Assises de 1974, lors desquelles la gauche anticommuniste chercha à prendre le parti, sans cependant parvenir à contrer les menées beaucoup plus terre-à-terre de François Mitterrand. Lattention portée par Christofferson à lamalgame opéré entre le thème de la démocratie directe et le maoïsme de la Gauche prolétarienne est tout aussi intéressante. Née de lémergence inespérée du marxisme-léninisme au sein de la gauche étudiante, mais liée à la Révolution culturelle par les liens les plus imaginaires, la combinaison mise en place par la GP entre « populisme, volontarisme et spontanéisme », en même temps quelle produisait une idéologie éclectique aux liens plus que ténus avec le marxisme, servit dintercesseur entre lesprit subversif de mai 68 et la Restauration qui suivit. La façon dont, entre autres, Bénny Lévy (alias Pierre Victor) et André Glucksmann privilégièrent les actions exemplaires et les slogans tapageurs inaugura un nouveau mode de relation avec les médias qui caractérisera plus tard la figure de lintellectuel antitotalitaire. Qui plus est, comme lindique Christofferson, la GP fournit à déminentes figures radicales, à savoir Foucault et Sartre, un référent organisationnel à la fois violemment anti-PCF et suffisamment radical par son idéologie gauchiste. Sagissant de Foucault, lhyperpopulisme de la GP lui fournit le moyen de couper court aux ambiguïtés qui entouraient son discours sur le pouvoir et sur la subjectivité politique, au profit dun libertarisme anticommuniste plébéien encore palpable dans son analyse de la révolution iranienne. Plus tard, Foucault, paré de sa respectabilité radicale, sest en en quelque sorte acquitté de la dette ainsi contractée en légitimant publiquement lantimarxisme virulent de Glucksmann et en jouant le rôle daccoucheur des nouveaux philosophes quand ceux-ci firent leur entrée en scène. Retracer la généalogie discontinue du thème de la démocratie directe que Christofferson débusque dans les écrits de Castoriadis et de Lefort (pendant et après Socialisme ou barbarie), les interventions stratégiques de la revue Esprit et la création du journal Libération est certainement essentiel pour comprendre pourquoi les termes dans lesquels a été articulé lantitotalitarisme français ne pouvaient quêtre le produit dun discours mêlant moralisme vertueux de laction politique, libertarisme radical et radicalement vague sur le plan organisationnel et suspicion constante envers toutes les formes musclées de pouvoir politique. En bref, le moment antitotalitaire fut préparé par la longue durée de lantiléninisme. Sur ce point, on pourrait faire au récit de Christofferson deux reproches, pendants peut-être nécessaires de ce qui fait la force de son livre : la façon très convaincante dont, en sappuyant sur de multiples sources et archives exploitées avec rigueur, il décrit lémergence de lantitotalitarisme à partir des vicissitudes dune idéologie politique (celle de la démocratie directe) et dun combat politique particulier (contre lhégémonie du PCF à gauche). Premièrement, parce quil sattache presque exclusivement aux débats strictement politiques sur la démocratie, Christofferson, bien quil y fasse allusion, ne parvient pas à intégrer à sa description de la montée de lantitotalitarisme le débat sociologique sur « le nouveau prolétariat » et « les nouveaux mouvements sociaux » apparu dans le sillage de Mai 68. Autrement dit, en retraçant lhistoire politique interne du phénomène, il est amené à laisser de côté la corrélation existant entre ce moment idéologique et le terrain changeant de la société et du capitalisme français alors même que les transformations de lorganisation du travail et de la composition des classes ont joué un rôle décisif dans lémergence à la gauche du PS du thème de lautogestion. Deuxièmement, laccent mis par Christofferson sur la trahison finale des aspirations à la démocratie directe avec larrivée des nouveaux philosophes et lhistoire révisionniste de la Révolution française de Furet, quoique méthodologiquement justifié, contribue à effacer du tableau dautres courants de pensée antistaliniens qui nont pas mêlé leur voix au choeur de lantitotalitarisme. Christofferson sintéresse en effet peu aux critiques aiguës et systématiques du stalinisme portées par une gauche léniniste dinspiration trotskiste que Birchall a quant à lui abondamment dépeint dans Sartre against Stalinism. De même, il ne dit pas grand-chose de lantiléninisme des situationnistes, dont les interventions en Mai 68 étaient imprégnées de la tradition du communisme conseilliste et dont la conception de la démocratie directe était bien plus convaincante et radicale que celle de la plupart des promoteurs de lantitotalitarisme. Dans un autre registre, si Christofferson met bien en évidence limportance de la Critique de la raison dialectique dans leffort pour parvenir à la formulation dune solution spéculative au problème de la relation entre libération subjective et émancipation sociale, linfluence et la force de cette tentative restent inexplorées. Parfois, en particulier quand il évoque la faiblesse supposée de la critique de gauche de lantitotalitarisme issue dautres rangs que ceux du PCF, Christofferson semble mesurer la force de lopposition à la jauge même que privilégiaient les antitotalitaires : la couverture médiatique. Le fait que des positions de gauche, à distance aussi bien du PCF que des nouveaux philosophes, aient échoué à atteindre la masse critique ne signifie pas que les partisans de lantitotalitarisme aient eu le dessus dans ce débat polémique. Être capable de détourner à son profit la bande passante ne donne pas nécessairement une position hégémonique durable. Dautre part, les débats internes au PCF notamment limplication des althussériens dans la bataille suscitée par labandon du concept de dictature du prolétariat ne sont malheureusement quévoqués, en dépit des liens quils entretiennent sans doute avec les positions de la gauche non communiste, liens quil aurait été intéressant danalyser. Le deuxième axe de lanalyse de Christofferson, une fois décrits les usages et mésusages du thème de la démocratie directe, concerne le rôle catalyseur de la dynamique antitotalitaire joué par le programme commun et le spectre dune arrivée au pouvoir du PCF. Le caractère anachronique et la pauvreté théorique de lantitotalitarisme sont dus pour une large part à linstrumentalisation dont il a été lobjet par ceux qui souhaitaient entraver lintégration du PCF à lespace politique légitime. Bien que lemploi du concept de totalitarisme à lépoque de la guerre froide nait jamais été sans arrière-pensées, comme le rappelle Christofferson dans son utile, mais bref examen, de son histoire, il est clair dans le cas français que le recours à ce concept même quand il se trouvait lié à un plaidoyer pour la dissidence et pour les droits humains dans les pays du Pacte de Varsovie fut presque toujours et entièrement commandé par des préoccupations relevant de la politique intérieure. Que ce soit sous la guise de la pompeuse téléologie des Lumières de Glucksmann (de Platon à la Kolyma, « penser cest dominer » ou de la mise à jour, chez Furet, dans une perspective révisionniste, des racines du totalitarisme dans la terreur jacobine, les différentes « théories » du totalitarisme oublieuses pour la plupart du fascisme et du nazisme témoignent dune sorte de narcissisme politique qui a eu pour effet de subordonner lélaboration de ce concept aux impératifs du calendrier électoral français. Notons au passage que, dans le monde anglophone, la pensée postmarxiste, parce que sa conception de la démocratie trouve son origine dans la vogue antitotalitaire, reste marquée par la pauvreté et le caractère opportuniste de ses origines. Un des aspects les plus précieux de French Intellectuals against the Left réside dans le soin méticuleux quil porte au démontage du « mythe des origines » de lantitotalitarisme, à travers la description de larticulation intime entre événements politiques et mobilisation rhétorique des intellectuels. Cela vaut pour «leffet Goulag» (un examen attentif de la chronologie montre que Soljenitsyne na été monumentalisé quaprès lattaque du PCF contre LArchipel du Goulag, plus dun an après la parution du livre), mais aussi pour les nombreux « cas » et « affaires » qui ont impliqué des dissidents dEurope de lEst, ou encore, tout particulièrement, pour la manipulation rhétorique des luttes internes à la révolution portugaise de 1975, manipulation dont Christofferson décrit les moments et les ressorts avec une précision admirable et une grande richesse de détails. Le livre parvient à mêler étroitement dans le récit des événements diverses enquêtes sur les alignements, affiliations et polémiques qui se sont enchevêtrés sur une scène intellectuelle de plus en plus dominée par les médias. Si le caractère exhaustif de ces enquêtes et leur intrication risquent de rebuter les lecteurs qui apprécient les descriptions à grands traits de la critique culturelle, elles sont riches cependant dune foule de matériaux utiles pour une analyse sociologique, culturelle et politique de lévolution du rôle et de la figure de lintellectuel en France au XXe siècle. Christofferson retrace le passage dune intellectualité organique effacée derrière la bannière du PCF au militantisme polémique pour les droits humains dintellectuels antitotalitaires dépourvus daffiliation à quelque mouvement politique que ce soit, mais néanmoins, comme François Furet (dont la biographie par Christofferson doit bientôt paraître), habiles entremetteurs idéologiques et universitaires. «Lintellectuel spécifique» de Foucault pourrait bien être le médiateur évanescent qui permit le passage de lun à lautre. Christofferson décrit avec brio lattirail et les instruments clés de ce nouveau type psychosocial : pétitions, comités, entreprises éditoriales (les liens de Bernard-Henri Lévy et de Grasset sont ici emblématiques), talk-show, journaux (la fondation de Libération), revues (Esprit ou Tel Quel, passée de lutopie maoïste à la « polytopie » américaine)... Ce tableau rend dautant plus regrettable le fait que Christofferson nexploite pas les intuitions du portrait sans concessions des nouveaux philosophes dressé par Deleuze, qui identifie leur fonction politique à la forme nouvelle de leur « intellectualité » plutôt quà leurs «thèses» de seconde ou de troisième main. Ce livre est de toute évidence une ressource indispensable pour tous les historiens de la France et de la vie intellectuelle française au XXe siècle, et pour quiconque sintéresse à la sociologie politique de lintellectuel. Sa thèse centrale selon laquelle les origines politiques du moment antitotalitaire sont à chercher dans la promotion idéologique de la démocratie directe et dans lopposition au PCF emporte la conviction et constitue un antidote bienvenu aux nombreuses distorsions qui obscurcissent encore la compréhension de cette transformation décisive de lespace idéologique et politique français. Il nest pas possible, en revanche, si lon souhaite tirer pleinement profit du récit élaboré par Christofferson, de sen tenir à sa conclusion, qui affirme que la vacuité du moment antitotalitaire est le fruit de « la propension des intellectuels français à universaliser et à idéologiser des débats politiques intérieurs ». Une telle affirmation réserve, de manière tautologique, lappellation dintellectuels à ceux qui ont été capables, en tirant parti des profonds changements qui ont affecté la société et lUniversité françaises, de se déplacer du terrain de lengagement à celui des médias de masse. Nous lavons déjà suggéré, cette thèse ignore la vaste entreprise de démolition infligée à lantitotalitarisme et aux nouveaux philosophes par des penseurs « de gauche » comme Deleuze, Rancière, Lecourt, Linhart et Badiou. Elle implique aussi une compréhension très étroite de la figure de lintellectuel. Cest là peut-être un des développements qui font le plus défaut à ce livre : il ne rend pas véritablement compte des tensions et des évolutions qui ont caractérisé cette figure dans lhistoire française contemporaine. Il serait en effet nécessaire si lon saccorde sur le fait que la pratique de luniversalisation définit en un sens lintellectuel et si lon sentend pour reconnaître la dimension conjoncturelle de ses interventions de prendre acte de la différence entre, dune part, les postures universalistes insipides et intéressées caractéristiques de la plupart des invocations de la dissidence et des droits humains pendant les années 1970, et, de lautre, leffort pour penser une universalité concrète et singulière qui continue danimer nombre de penseurs restés sourds aux sirènes de lantitotalitarisme. ■Traduit de langlais par Hélène Quiniou « French Intellectuals against the Left: The Antitotalitarian Moment of the 1970s », RP 138 © Radical Philosophy Ltd 2006 Alberto Toscano RILI, septembre-octobre 2007
-------------------- Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO) |
| | Finimore | | Grand classique (ou très bavard) |  | | 2644 messages postés |
| Posté le 12-10-2009 à 07:51:00
| Lu sur le site de l'huma : http://www.humanite.fr/2009-10-09_Idees-Tribune-libre-Histoire_Aux-sources-de-la-droitisation-de-l Idées - Tribune libre - Histoire - Article paru le 9 octobre 2009 idées Aux sources de la droitisation de lintelligentsia française Une relecture historique majeure de la notion de totalitarisme dans les années 1970 et de son instrumentalisation politique. Les intellectuels contre la gauche. Lidéologie antitotalitaire en France (1968-1981), de Michael Scott Christofferson, traduit de langlais par André Merlot, préface de Philippe Olivera. Éditions Agone, 2009, 448 pages, 25 euros. Voilà un grand livre, primitivement publié en 2004, enfin traduit en français et qui va causer beaucoup démoi chez nombre danciens gauchistes et pas mal dactuels hiérarques, ci-devant de « gauche », aujourdhui ralliés à toutes les variétés de libéralisme, de néolibéralisme, de sarkozysme, de pseudo-socialisme, bref qui ont fait retour dans le bercail capitaliste. On ne saurait évidemment en quelques mots rapporter à une simple épure le fruit dune enquête aussi approfondie et qui redresse tant de lieux communs. Mais ce que le livre démontre pas à pas, à travers une initiale comparaison du cas français (surtout parisien) avec celui dautres principaux pays dEurope, est dune importance capitale pour comprendre létat actuel de lopinion politique française. On y voit comment, à la suite de lusage de la catégorie de lantitotalitarisme qui fit florès entre 1956 et 1970, beaucoup dintellectuels français se sont engagés dans un combat systématique contre les communistes qui avaient la faveur de beaucoup dentre eux depuis la Libération, en prenant appui sur les errements commis dans les pays soumis au modèle soviétique, précisément au moment critique où celui-ci montrait son maximum dobsolescence. De 1968 à 1981, lintelligentsia française la plus en vue (les clercs) a donc réuni tout un arsenal idéologique, puisant à gauche et à droite les matériaux de son argumentaire, lequel a préparé la défaite des idéaux théoriques fondateurs de la gauche et du socialisme. Cette défaite a préparé la révolution conservatrice, finalement victorieuse à la fin du siècle. Le rappel de ce schéma, que dautres auteurs avaient déjà imaginé, ne rend cependant pas compte de la richesse concrète et de la subtilité du livre de Christofferson. Historien pragmatique, scrupuleux, sans préjugés comme on lest si souvent sur les campus américains, lauteur est parti dune interrogation simple : quels sont la portée du concept dantitotalitarisme, son origine, ses effets idéologiques et politiques ? Qui la introduit en France dans le champ de lopinion, quand, à quelles fins, avec quelle acception éventuellement changeante ? Pour répondre à ces questions, lauteur, brillant élève de Robert Paxton, a dépouillé une immense littérature, la presse, les hebdomadaires (Le Nouvel Observateur
), les revues (Esprit, Les Temps modernes
), exploité les ouvrages des mémorialistes, lu des quantités dessais, de discours, de justifications, de pamphlets, toute une littérature, américaine, française, cosmopolite. Le résultat de sa synthèse est saisissant. Dabord, des figures de proue apparaissent, Merleau-Ponty, Sartre évidemment, saisi successivement dans toutes ses contradictions vivantes, Lefort, Jean-Marie Domenach, Jacques Juillard, Foucault, les nouveaux philosophes, les maoïstes, les tiers-mondistes, les porte-parole des diverses variantes du gauchisme universitaire, dautres encore, Jean Daniel émergeant en frégoli disert au milieu de cette mêlée
Mais cest la figure quasi terminale de François Furet, dont Christofferson avait déjà traité dans un article de la revue French Historical Studies, qui finit par révéler lorigine du prétendu mal français : la survie dans linconscient national du message de la Révolution française et de ses illusoires dérapages populaires. Furet devient ainsi lopérateur ultime de cette marche à la contre-révolution du XXe siècle : laquelle na pu simposer dans lopinion quen raison du fait que la plupart de ses initiateurs venaient précisément de la gauche, même la plus radicale. Naturellement, le livre fera débat. Deux questions immédiates. Premièrement, peut-on imputer ce basculement de fond, qui a touché tout lOccident et lEurope dans la seconde moitié du XXe siècle, à la seule responsabilité des intellectuels, notamment français ? En second lieu, ne majore-t-on pas la profondeur de ladhésion initiale des « intellectuels » les plus en vue au communisme et à la gauche ? Étaient-ils majoritairement si détachés quon le dit de toutes les formes de corruption matérielles, intellectuelles et morales que procure une société de classe particulièrement intégratrice ? Vastes problèmes, que le livre impitoyable de Christofferson conduira peut-être à discuter. Claude Mazauric, historien
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
| Posté le 13-10-2009 à 00:47:54
| Les révisionnistes boivent du petit lait en lisant les « analyses » de Michael Christofferson. Cependant Christofferson juge les luttes idéologiques en France à travers les lunettes de l'intelligentsia américaine, tout aussi étrangères au matérialisme dialectique que les belles histoires de Mazauric. Peut-on mettre leffondrement du P«C»F sur le dos des intellectuels de gauche reconvertis au libéralisme ? La critique des intellectuels anti-autoritaires par Christofferson ne met pas en cause un instant la ligne révisionniste du P«C»F. Cette ligne bourgeoise na-t-elle pas ruiné la confiance de la classe ouvrière dans ce qui était son parti ? Pourquoi de nombreux ouvriers ont-il déserté les rangs du parti révisionniste et se sont-ils tournés vers le fascisme sil ne sagissait que du problème des intellectuels anti-autoritaires ? En réalité cest léchec de lélectoralisme et leffondrement du social-impérialisme qui ont provoqué cette brutale désaffection, et non les écrits de quelques intellectuels ignorés des masses. Bien entendu, le gauchisme et les conceptions anti-autoritaires ont entravé la lutte entre la ligne marxiste-léniniste et le révisionnisme moderne. La construction dun nouveau parti communiste a subi un cuisant revers et a été compromise pour de longues années. Michael Christofferson prétend que : « On peut dire que le soutien appuyé par le Parti communiste français à son homologue léniniste portugais et sa réponse ambiguë aux atteints à la liberté de lexpression au nom de la Révolution portugaise faisaient problème. » Or ni les révisionnistes français ni les révisionnistes portugais nétaient léninistes lors de la « révolution des illets », et ce depuis de longues années. La bourgeoisie et les intellectuels anti-totalitaires font volontiers leur deuil des « atteintes à la liberté dexpression » , quand ils nen sont pas eux-mêmes responsables, si cela répond à leurs intérêts. Il ne sagissait donc nullement dun combat contre les « atteintes à la liberté dexpression » mais du combat de limpérialisme français et de limpérialisme européen contre lhégémonisme russe. Ce combat avait pour objectif la défaite et le démantèlement total de cet empire. On en observe encore les derniers soubresauts. La bourgeoisie française a pu imposer ses propres intérêts dans sa lutte contre le parti révisionniste et lhégémonisme russe. Les intellectuels anti-autoritaires ou anti-totalitaires sont venus apporter aux socialos et à limpérialisme français les concepts et les théories nécessaires pour cela. Mais la première cause de cette défaite réside dans les contradictions internes de lhégémonisme russe, dans les rapports de domination établis avec les pays du COMECON et dans les contradictions propres à ces pays, et non dans les manuvres des anti-totalitaires . Nous ne devons pas regretter la fin du social-impérialisme russe, ni la déroute électorale du P«C»F. Nous ne devons pas laisser sinfiltrer la confusion sur la nature bourgeoise du parti révisionniste. En apparence il soutient les luttes populaires. En réalité, il les sacrifie à ses ambitions électorales. En revanche nous devons combattre lantitotalitarisme , qui sert de couverture au totalitarisme bourgeois. Face à lui, nous devons dénoncer la dictature du Capital et brandir le drapeau de la dictature du prolétariat. Face aux thèses anti-autoritaires , nous devons défendre la conception léniniste du parti prolétarien, fondée sur le centralisme démocratique. Ni révisionnisme ni gauchisme.
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | Finimore | | Grand classique (ou très bavard) |  | | 2644 messages postés |
| Posté le 13-10-2009 à 07:11:26
| Xuan a écrit :
Les révisionnistes boivent du petit lait en lisant les « analyses » de Michael Christofferson. |
Il est évident l'analyse de Christofferson ne peut que justifier la ligne révisionniste du P"C"F.
Xuan a écrit :
La critique des intellectuels anti-autoritaires par Christofferson ne met pas en cause un instant la ligne révisionniste du P«C»F. |
En effet c'est d'ailleurs ce point déterminant qui domine dans son livre, même si certaines analyses critiques de l'antitotalitarisme peuvent être justes. Face aux thèses de Glucksmann, BHL, Furet... certaines positions du P"C"F, de Marchais, du P"C"P de Cunhal, de l'URSS de Brejnev peuvent évidemment paraîtrent "léniniste" seulement, et c'est là que Chritofferson a tout faux, car les communistes marxistes-léninistes de l'époque faisaient très justement la distinction entre l'anticommunisme et l'antirévisionnisme (que ce soit dans la critique de l'URSS social-impérialiste, du P"C"P ou de Soljénitsyne).
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