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 Hoxha et la Chine

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Paria
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Paria
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   Posté le 01-02-2007 à 19:14:02   Voir le profil de Paria (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Paria   

Finimore


Voici un texte que j'avais déjà posté sur d'autres forums et qui aborde le sujet de la polémique sino-albanaise, la théorie des 3 mondes, la rencontre Nixon-Mao, Hoxha contre Jurquet, la position du PTB sur cette polémique sino-albanaise.

La polémique sino-albanaise est principalement structurée principalement autour de plusieurs axes :
-Le refus de la lutte de lignes à l'intérieur du Parti
-Le rejet de la Révolution Culturelle (GRCP)
-La négation du caractère socialiste de la Chine sous Mao
-Le rejet et le refus de reconnaître que Mao a enrichi le ML

Ces divergences monteront d'un cran avec les attaques publiques contre Mao et le PCC, avec la publication de livres comme : « L'impérialisme et la révolution », « Réflexions sur la chine »...
Et surtout lorsque la polémique déborda sur l'analyse international, la géopolitique, les relations avec d'autres pays etc...

le PTA a pris la responsabilité d'une grave division internationale.
Ce fut la polémique sur « la théorie des trois mondes » qui non seulement divisa le mouvement communiste ml international (principalement organisé autour de la Chine et de l'Albanie) mais aussi entre les ML se référant à Mao. La polémique lancée publiquement par le PTA a contribuer très fortement à la division et à l'affaiblissement du mouvement ML dans le monde, Enver Hoxha en porte la responsabilité historique (cela n'enlève en rien les mérites d'Enver Hoxha et du PTA dans la lutte contre le révisionnisme moderne aux côtés du PCC et de Mao.).
Si certaines craintes, mises en garde et critiques du PTA au sujet de l'évolution de la politique extérieure de la Chine sont en parties recevables, il n'en reste pas moins que le ton, les exagérations gauchistes et extrémistes d'Hoxha ont contribué à braquer les uns contre les autres et non absolument pas fait progresser le mouvement communiste.

De l'eau au moulin du révisionnisme soviétique.
Le PTA n'hésita pas à dire que la Chine voulait diriger le monde, qu'elle était une superpuissance social-impérialiste ou encore que le marxisme-léninisme de Mao était une forme de révisionnisme.
Il est d'ailleurs assez significatif que les attaques du PTA reprennent pratiquement mots pour mots les attaques des révisionnistes soviétiques à l'époque.
Des brochures furent éditées par les Soviètiques, l'une d'elles intitulée « Le maoïsme : slogans et pratique » par Vladimir Glébov -Editions de l'Agence de presse Novosti -Moscou 1978 -, et particulièrement intéressante car l'argumentation qui y est développée est très proche des attaques d'Hoxha sur le fond.
Les cibles et les arguments des révisionnistes soviétiques dans l'introduction de cette brochure sont claires « La chine traverse encore une crise politique aiguë. Venus au pouvoir après la mort du « grand timonier », les nouveaux dirigeants ont tenu à montrer par leurs actes qu'ils s'étaient faits les héritiers de tous les oripeaux du maoïsme, qu'ils entendaient poursuivre la politique de Mao et, notamment, sur le plan extérieur, sa ligne nationaliste, chauvine et belliciste. Aucun doute n'est plus permis : les déclarations du nouveau président du P.C.C (août 1977), pénétrées d'un esprit de domination et de militarisme et pleines de haine à l'égard des pays socialistes, ont montré que la nouvelle équipe de Pékin entendait adopter comme programme à long terme les « pensées de Mao Tsé-toung », lesquelles sont parfaitement étrangères à tout idéal de paix et de socialisme ».
Curieusement cette brochure s'en prend à la politique intérieur de la Chine « l'idée de Mao selon laquelle « la révolution continue en pleine dictature du prolétariat » puis à d'autres théories et concepts :
- les « Deux lignes qui s'affrontent »,
- « Le parti dirige tout » ;
- « Le parti est la force qui dirige »
- « Le grand bond »
- « Compter sur ses propres forces »
- « Le pouvoir sort du canon du fusil »
- la « Ligne de masse »
Dans un autre chapitre cette brochure révisionniste s'en prend à « La politique étrangère » de la Chine :
- «Social-impérialisme »
- Les « trois mondes »
- Les deux « superpuissances »
- « Menace du Nord »
- « Guerre populaire »
Le dernier chapitre s'en prend notamment à :
- La « révolution culturelle »
- Lin Piao et Confucius sur la sellette
Dans sa conclusion, cette brochure dénonce notamment : « La propagande chinoise » qui selon les révisionnistes « a dévoilé ses dessous au cours de la campagne « de dénonciation et de critique » de la bande des quatre.

Quelques articles au sujet de la théorie des trois mondes Rappelons a travers la citation de certains articles (d'organisations ML), quelques éléments sur cette « analyse des trois mondes » liés à cette époque :
« L'impérialisme US, puissance montante dans l'entre deux guerres, a tiré un bénéfice considérable de la seconde guerre mondiale.
Il est devenu à partir de 1945 la première puissance impérialiste, qui est venu remplacer dans de nombreuses régions du monde d'autres impérialismes affaiblis, comme l'impérialisme anglais ou l'impérialisme français.
Il est devenu le gendarme des peuples, la tête de pont de la lutte contre le camp socialiste. Il a étentu sa présence à de très nombreux pays du tiers monde et il a également tenté de placer l'Europe capitaliste sous sa domination (...) Jusqu'en 1953, du vivant de Staline, l'Union Soviétique fut le principal rempart contre cette grande puissance agressive. Le pacte de Varsovie, la constitution de la RDA, l'établissement du camp socialiste furent autant de réponses et de défis lancés à la face des impérialistes américains.
L'Union Soviétique est restée debout face aux menaces extérieures. Mais le pouvoir prolétarien qui avait résisté à tant d'assauts extérieurs, a succombé après la mort de Staline aux assauts intérieurs de la nouvelle bourgeoisie soviétique. Incapable de détruire par la violence le socialisme, la bourgeoisie l'a détruit pacifiquement.
Et sous l'impulsion de Kroutchev et de ses successeurs, Brejnev, Kossiguine, l'Union Soviétique, la patrie de Lénine et de Staline, s'est engagée rapidement dans la voie de restauration du capitalisme et de l'établissement d'un nouveau système impérialiste.
Les faits sont là qui montrent, sans aucune contestation possible que l'Union Soviétique est une puissance capitaliste.
Les faits sont là, irréfutables qui démontrent que l'Union Soviétique est en même temps un pays impérialiste, l'asservissement économique et militaire des pays du Comecon, dont les matières premières sont extorquées à bas prix par l'URSS et qui sont contraints d'acheter les produits de l'industrie soviétique, la présence de travailleurs immigrés en URSS (notamment 20.000 Bulgares qui travaillent en Sibérie). La pratique des prêts sous condition et à des taux usuraires, les tentatives d'étranglement de l'Albanie, l'agression en Tchécoslovaquie, l'agression contre la Chine, le dépeçage du Pakistan, le soutien apporté à Lon Nol au Cambodge, l'appui aux réactionnaires indiens, le sabotage de la grève des mineurs des Asturies par l'intermédiaire du charbon polonais, les tractations avec l'impérialisme US, l'établissement de bases navales dans l'océan Indien, en Méditerranée, les atteintes à la souveraineté des pays dans leurs eaux territoriales, la reconnaissance dé l'état sioniste et l'appui incomparable qui lui est apporté par l'émigration annuelle de 70.000 juifs d'URSS. »

-« Révolution Prolétarienne » n°1- revue politique mensuelle du PCRML -déc 1974-

« Mais s'il n'est pas possible de définir pour notre révolution une ligne stratégique qui ne tienne pas compte de l'insertion de la France dans le monde, avec ses contradictions, avec les rapports de force existants, il n'est guère possible non plus, sous prétexte de lutte contre les superpuissances, de mettre au second plan la lutte contre l'impérialisme français qui est la cible de notre révolution, l'ennemi que nous devons abattre pour instaurer le pouvoir des ouvriers et des paysans. Tenir compte, certes, des contradictions, secondaires, qui opposent l'impérialisme français aux superpuissances, mais s'en servir comme d'une arme supplémentaire pour abattre notre ennemi, telle doit être la ligne de conduite des marxistes-léninistes authentiques. Certains dans le passé proposaient au prolétariat de s'allier avec la bourgeoisie française contre l'impérialisme US, d'autres aujourd'hui proposent au prolétariat d'atténuer sa lutte contre l'impérialisme français sous prétexte d'opposition au social-impérialisme ; la logique de telles positions conduit à saluer la rencontre de Giscard d'Estaing et du Shah d'Iran comme un fait positif, à attaquer les mouvements de la jeunesse contre l'armée bourgeoise sous prétexte qu'ils affaibliraient la défense de la France. » -« Révolution Prolétarienne » n°1- revue politique mensuelle du PCRML -déc 1974-

« Les deux superpuissances, ennemi principal des peuples » -Front-Rouge (PCRML) nvelle série n°3 -1978-

« La logique de la rivalité pour l'hégémonie mondiale implique que chacune des deux superpuissances cherche à s'assurer un avantage décisif qui lui permette de supplanter l'autre et de la réduire à sa merci. »[ g] -Front-Rouge (PCRML) nvelle série n°3 -1978- [/g]

« Dans cette rivalité pour l'hégémonie, les deux protagonistes ne se trouvent pas néanmoins dans une position semblable : d'un côté l'URSS, pour compenser son handicap de dernière venue et pallier la relative faiblesse de sa base économique, s'est mise en position d'offensive, pousse à fond ses capacités de militarisation et exploite, autant qu'elle le peut encore, sa possibilité de tromper les peuples et les pays pour camoufler sa politique impérialiste. Elle cherche coûte que coûte à déstabiliser en sa faveur par la subversion, l'intervention et l'agression, les rapports de domination hérités du passé et qui bénéficient en premier lieu aux USA.
Les Etats-Unis de leur côté, se trouvent plutôt en position défensive : ayant subi toute une série de revers en prétendant écraser les mouvements de libération nationale, largement dénoncés comme oppresseurs et comme exploiteurs, ils cherchent avant tout à conserver leurs positions acquises, à trouver pour cela des moyens si possible non militaires ou n'impliquant pas leur intervention directe, tout en veillant à ce que le rapport de force militaire global avec l'URSS ne se détériore pas en leur défaveur. C'est en ce sens que si les deux superpuissances sont, toutes deux, l'ennemi principal des peuples et le principal fauteur de guerres et d'un troisième conflit mondial, c'est l'URSS qui est, de par sa position historique, la plus dangereuse et la plus agressive des deux »
-Front-Rouge (PCRML) nvelle série n°3 -1978-

C'est bien, sur le développement de cette idée, que s'est greffé tout un tas de conceptions et de pratiques discutables vis à vis notamment de l'impérialisme américain. Cependant il faut également avoir à l'esprit que « Si la logique des choses est déjà celle-là, si en fait, l'axe fondamental du camp de la guerre doit être une alliance progressive entre la Chine et les Américains, il faut le dire ! Ce n'est nullement insupportable : contre les nazis, l'URSS de Staline s'est finalement alliée aux impérialismes de l'Ouest, et elle a eu raison. » -(brochure UCFML Des années 60 aux années 80 La situation mondiale et les tâches immédiates des révolutionnaires -1979-)

Une polémique mélangeant tout
Dans la polémique sur « les trois mondes » tout fut mélangé : la contradiction bourgeoisie-prolétariat, les contradictions principales, secondaires, fondamentales. Il est évident que les développements ultérieurs de la situation internationale jusqu'à aujourd'hui, donne un éclairage négatif à bon nombre de positions politiques adoptés à cette époque. Il est facile plus de vingt ans après de se poser en donneur de leçons, d'oublier le contexte historique etc…d'autant plus que la situation internationale n'est plus la même aujourd'hui.
Il ne faut pas oublier non plus que ces controverses se sont déroulés le plus fortement après la mort de Mao, alors qu'une lutte de classes intense se menait en Chine concernant l'avenir du socialisme, sur la question « des quatre modernisations », de la « critique de la bande des quatre » etc... De nombreuses questions et de nombreux débats eurent lieu en France au sujet de ce que certains présentait comme une « démaoïsation », sur le retour au pouvoir de Deng Hsiao Ping, le révisionnisme et les possibilités de victoire du révisionnisme en Chine... etc
Pour de nombreux communistes ML soutenant Mao, cette « théorie des 3 mondes » a provoqué des dégâts considérables. Pour être plus précis, je pense qu'il s'agit surtout de la lecture, de la compréhension, de l'interprétation de cette « théorie » qui a donner lieu à des prétextes de divisions (qui auraient certainement eu lieu même sans cette « théorie » ).
La forme et le contenu furent critiqué, la paternité et l'origine de cette « théorie » furent également au centre d'une polémique entre organisations « maoïstes ».
Ce qui fait que cette « théorie des trois mondes » fut dès le départ critiquée et combattu par toute une partie du mouvement ML, et aussi plus ou moins défendu par une autre.

Hoxha contre Jurquet
Quand je parle de prétextes je pense notamment aux calomnies lancés contre le PCMLF et Jacques Jurquet dans « Réflexions sur la Chine ». A ce sujet il répond sur de nombreux points où il est mis en cause dans le livre d'Hoxha. Après avoir rappeler l'origine de l' « Institut des études marxistes-léninistes près le comité central du Parti du Travail d'Albanie » qui était responsable de la publication du livre « L'impérialisme et la Révolution », Jacques Jurquet précise « Peu après cette publication, le même institut fit éditer cette fois-ci en Albanie deux énormes volumes publiant le « journal politique du camarade Enver Hoxha » rédigé au cours des années 1962 à 1972 et 1973-1977. « Réflexions sur la Chine », titre principal de ces ouvrages, donne une première idée de leur cible centrale. Je n'aurais jamais accordé le moindre intérêt à cette prose fallacieuse, nourrie de ragots et d'interprétations toujours tendancieuses, si je ne m'y étais trouvé pris à partie, personnellement, de façon stupide, injurieuse et diffamatoire. » (extrait du livre de Jacques Jurquet sortie en 2001 « A CONTRE COURANT -1963 -1986 -» chapitre 37 pages 259-260). Pour informations les réponses aux accusations portées par Hoxha sont aux pages 260 à 264.

La rencontre Nixon-Mao et l'analyse gauchiste d'Hoxha
Au sujet de la rencontre Nixon-Mao (j'y reviens aussi plus loin dans ce texte), voici un extrait du livre de Jurquet ou il aborde une question de fond concernant les positions gauchistes du PTA « Dans 'Jamais de compromis ? ', chapitre de La maladie infantile du communisme, le gauchisme », Lénine écrivait : « On ne peut triompher d'un adversaire plus puissant qu'au prix d'une extrême tension des forces et à la condition expresse d'utiliser de la façon la plus minutieuse, la plus attentive, la plus circonspecte, la plus intelligente, la moindre fissure entre les ennemis, les moindres oppositions d'intérêts entre les bourgeoisies des différents pays, entre les différents groupes ou catégories de la bourgeoisie à l'intérieur de chaque pays, aussi bien que la moindre possibilité de s'assurer un allié numériquement fort, fut-il un allié temporaire, chancelant, conditionnel, peu solide et peu sûr. Qui n'a pas compris cette vérité n'a pas compris goutte au marxisme ».
" Le Parti du Travail d'Albanie s'opposait au principe « Tirez profit des contradictions pour concentrer les coups principaux contre l'ennemi ». Sur ce point le camarade chinois conclut « Quelle que soit leur intention subjective, la façon objective de raisonner des dirigeants albanais répond aux besoins du révisionnisme soviétique ». Il précisa encore « le PTA ne distingue pas le principal du secondaire et confond l'ami et l'ennemi... Il s'en tient à l'idée que « moi seul suis révolutionnaire » et veut tout abattre. Ce sont là des positions de gauche en apparence mais de droite en réalité. La source de ce comportement sur le plan idéologique se trouve dans la métaphysique et l'idéalisme. »
A CONTRE COURANT -1963 -1986 -» chapitre 36 pages 247-248. ).

. Nixon est allé en Chine, l'hebdomadaire Front Rouge n°14 (février 1972) titre : « NIXON A PEKIN - NIXON A GENOUX », voici des extraits d'un article de ce n° : « Nixon est à Pékin... Depuis des années l'impérialisme américain a redoublé d'efforts pour abattre la Chine Rouge... en vain. Harcelé par les peuples d'Indochine, miné aux USA même par les luttes contre la guerre du Vietnam et ses conséquences, enlisé dans la crise mondiale monétaire et économique, l'impérialisme US connaît le goût de la défaite. C'est dans ces conditions que Nixon mendie la permission de venir à Pékin ; il n'a certes pas renoncé à anéantir la Chine Rouge, mais sans doute espère-t-il trouver à Pékin une solution momentanée à ses difficultés en Asie du Sud Est... et secondairement un prestige électoral pour les prochaines élections. S'il veut venir, qu'il vienne, telle est l'attitude du gouvernement Chinois, qui ne se fait aucune illusion sur les résultats du voyage. Mais voir Nixon à genoux devant son vieil ennemi la Chine Rouge, c'est déjà une grande victoire » (...) « Quant au député « communiste » Odru, il reprend ce que dit le P«C»F pour qui toute la politique Chinoise est dictée par l'antisoviétisme : Mao Tsé toung s'allierait avec Nixon contre l'URSS car Odru veut faire oublier le million de soldats soviétiques à la frontière Chinoise ''comment les malheureux 200 millions de soviétiques, déclare-t-il à France-Inter, oseraient-ils s'attaquer aux 800 millions de Chinois ? '' » (...) « En réalité ni la bourgeoisie ni les révisionnistes n'aideront à comprendre la politique extérieur de la Chine socialiste. Prenant l'exemple de la politique soviétique, ils veulent obliger à imaginer que la politique extérieure d'un pays socialiste est dictée par ses intérêts de grande puissance. C'est pourtant une toute autre politique que celle de la Chine bastion du socialisme. L'objectif de la Chine est le même que celui de tous les peuples qui luttent contre l'impérialisme et le social impérialisme : la Chine est un élément de ce vaste front mondial. Dans ce front chacun occupe sa place. Aux premières lignes, ceux qui luttent directement, les armes à la main, comme les peuples d'Indochine contre l'impérialisme US. D'autres, comme l'Albanie socialiste, doivent repousser toutes les manoeuvres et visées agressive du social impérialisme. Nous avons notre place dans ce front : abattre notre propre impérialisme en profitant des fissures crées dans le camp impérialiste. Dans ce front La Chine Rouge, la base rouge du socialisme a un rôle important (...) Simplement , sa puissance, son expérience politique, son poids diplomatique lui donne un rôle important. D'abord aider de toutes les façons possibles ceux qui sont en premières lignes. Les ouvriers chinois fabriquent des armes qui seront livrées gratuitement aux combattants d'Indochine, de Palestine, du Dhofar, du Pakistan (contre l'Inde et le social impérialisme). Les ouvriers chinois mettent leur production et leur expérience au service des nations de la zone des tempêtes qui cherchent à préserver leur indépendance contre l'impérialisme : aide médicale en Algérie, chemin de fer Tanzanie-Zambie, (le matériel est fourni gratuitement, ainsi qu'un prêt de 2,3 milliards de NF, sans intérêts, remboursable en 30 ans) (...) Donc loin de voir ses affaires s'arranger, comme veulent le faire croire les révisionnistes, Nixon risque fort de quitter Pékin en plus mauvaise posture qu'à son arrivée. »
Toujours dans son livre sorti en 2001 « A CONTRE COURANT -1963 -1986 -», Jacques Jurquet indique très justement au sujet de la visite de Nixon et rappelant les critiques du PTA contre la Chine : « qui aurait pu protester avec davantage de raison que les Albanais, sinon les Vietnamiens, les peuples Indochinois agressés par les Etats-Unis ? Mais nos camarades vietnamiens savaient parfaitement quels étaient les objectifs de Mao et comprenaient qu'il agissait aussi pour parvenir à contraindre les Américains à renoncer à leur agression dans le sud-est asiatique. »

La « théorie des 3 mondes » a pourtant servie de prétextes au :
Chauvinisme (ce qui ne veut pas dire qu'elle le prescrit...)
Tendances conciliatrices avec l'Impérialisme français
Adeptes de la division, du scissionnisme et du dogmatisme et aussi de justification aux anticommunistes et aussi aux révisionnistes.

Erreurs et Autocritique du PCMLF
Evidemment, dans cette période le PCMLF -principalement de son IIè Congrès- a commit des erreurs -notamment dans l'application et l'interprétation en France de « la théorie des trois mondes » . Fidèle au principe de la critique et de l'autocritique, le PCMLF à fait son autocritique. Voici ce que dit Jurquet « Par ailleurs j'avais été convaincu, sous la pression démocratique de nos adhérents de base comme à travers des discussions avec les membres du Bureau politique et du Comité de rédaction de notre quotidien, notamment avec Alain Quarante, que la ligne du IIè congrès du PCMLF comportait une orientation erronée. Tenter de s'allier avec des formations de droite comme celles de Michel Jobert ou Germain-Thomas, même si ces hommes de la grande bourgeoisie française adoptaient des points de vue positifs en dénonçant les deux super-puissances, faisait fi de la contradiction principale dans notre pays entre bourgeoisie et prolétariat. Sous prétexte de prise en considération de la situation internationale et d'adhésion à la théorie des trois mondes, devions nous ignorer les luttes de classes au sein même de notre pays ? J'avais bien fait de ne pas apparaître personnellement lors des rencontres ou réunions avec la jeunesse dorée que séduisait dans la politique de la Chine son opposition à la fois aux Américains et aux Soviétiques. Depuis deux ans j'avais eu le temps de réfléchir très sérieusement à cette question. Je décidait donc d'assumer personnellement la responsabilité de cette bêtise et préparai l'autocritique approfondie nécessaire du moins, pour l'instant, dans les activités pratiques que nous entreprenions »
(page 203 « A contre courant »)
« Je tiens à indiquer d'emblée que du point de vue tactique, une mauvaise appréciation de la théorie des trois mondes résultant de ma propre interprétation ratifiée par le IIe Congrès allait nous conduire à la mise en oeuvre d'une ligne politique erronée.
Je crus le moment venu d'accepter une alliance temporaire avec des formations de droite qui condamnaient comme nous les deux super-puissances »
(...) -(pages 177-178)-
« le second trimestre de 1975, une campagne de critique qui dura près de deux ans, venue de nos adhérents de base aboutit lors du IIIè Congrès à ce que je fus dans l'obligation de présenter une autocritique. Notre ligne tactique était opportuniste et erronée, il fallut en convenir. Elle fut qualifiée de « bourgeoise » à l'unanimité. Naturellement toutes les forces gauchistes qui faisaient du PCMLF depuis des années leur cible principale trouvèrent en la circonstance matière à multiplier leurs attaques contre nous. » ( page 178 -A contre Courant-).

Le PTB, Ludo Martens et la polémique sino-albanaise
Le PTB est aujourd'hui peut-être en Europe, le plus fort des partis se réclamant du ML, qu'il défini comme étant « la théorie et la pratique de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Tsé-Toung » -K7 vidéo « Capitalisme ou Communisme ? » conférence de Ludo Martens à Bredene en 1994-

. Sans revenir sur l'ensemble des évolutions politiques, théoriques et idéologiques de celui-ci, il est intéressant de voir comment il se situe dans cette polémique Chine-Albanie.
-Le PTB (et Ludo Martens) a sur ces questions (comme sur beaucoup d'autres d'ailleurs...) des positions « à géométrie variable ». Une période c'est un soutien à tous ceux qui se disent communiste (Honnecker, Brejnev, Castro, Gorbatchev...) et c'est souvent des positions changeantes au grès de l'évolution de telle ou telle situation. Que les choses et les situations changent c'est vrai et il faut bien évidemment adapter au mieux sa pratique politique en tenant compte de la réalité.
Le PTB met en avant la question de l'unité du MCI et propose comme il semble l'appliquer pour lui-même une sorte de fusion/cohabitation entre des courants qu'il classe comme communistes. Ces trois courants principaux sont « Albanais », « Chinois », « Soviétique ». Ce qui amène le PTB a des contacts avec des courants révisionnistes issus du Brejnévisme.
L'organisation tous les ans d'un Séminaire Communiste International à Bruxelles est un élément qui permet de mieux comprendre sa démarche politique. Cette démarche privilégie la discussion plutôt que la rupture, la confrontation honnête plutôt que l'invective etc...
Il est parfois assez difficile de comprendre sur le fond certaines analyses et positions de celui-ci, du fait de ses nombreux changements.
Sur la question des rapports Mao-Staline-Hoxha, il y a quelques indications parfois contradictoires qui dénotent des changements d'analyses du PTB au cours de ses plus de trente ans d'existence. Le PTB reconnaît qu'il a opéré « une réévaluation de son analyse sur l'URSS », cette réévaluation est principalement sur la transformation de l'URSS en pays révisionniste et capitaliste d'Etat menant une politique intérieure social-fasciste et extérieure social-impérialiste. Pour le PTB, l'URSS de 1989 était encore socialiste (certes un socialisme malade précise-t-il). Dans ses nombreuses conférences qu'il organise (et qui sont disponible en K7 vidéo) le changement et l'évolution de ses positions est aussi très net, ce qui fait qu'il est difficile de s'y retrouver (sans parler de ses brochures, articles et livres).
Sur la question des divergences sino-albanaises, je m'en tiendrait donc au livre de Ludo Martens publié en 1994 « De Tien An Men à Timisoara -Luttes et débats au sein du PTB (1989-1991) ». Le chapitre 6 est consacré à « Mao Zedong et Enver Hoxha et la lutte sur deux fronts », les positions de 1978 du Parti du Travail d'Albanie à l'encontre du Parti Communiste Chinois sont décrites comme étant des « critiques exagérées et des accusations gratuites ». A propos du PTA, Ludo Martens dans ce chapitre consacré à l'analyse de « quelques aspects des deux tomes que Enver Hoxha a publiés sous le titre Réflexions sur la Chine, publiés à Tirana en 1979. » , n'hésite pas à dire que celui-ci (en 1962) comporte « certains aspects gauchistes », qu'en 1969 « Les remarques d'Enver Hoxha » à l'encontre de Chou En-Laï qui aurait « enfourché le cheval révisionniste opportuniste » sont effectivement gauchistes et extrémistes.
L'ensemble du chapitre donne globalement l'explication suivante :
-le PCC à eu certaines tendances à la « déviation opportuniste », notamment « a partir de 1973, lorsque la politique extérieur de la Chine a commencée à virer à droite » et que Enver Hoxha a formulée un certain nombre de remarques pertinentes concernant la lutte de classes au niveau international »
-Le PCC (ainsi que le PTB) ont pris dans ce contexte des positions un peu trop unilatérales.
-Le PTA en « critiquant les déviations opportunistes du PCC » se perd « dans un verbiage gauchiste non moins dangereux » que celui de Deng Xiaoping.

Certains aspects virulent de la polémique lancée par Hoxha sont aussi très bien analysés dans ce chapitre à la page 203-204. Dans le sous-chapitre intitulé « Nixon et le laquais de l'impérialisme américain » le PTB revient sur la fameuse rencontre Mao Nixon. A partir de juillet 1971, le PTA dénonça la visite de Kissinger préparant une invitation à Nixon.
« En juillet 1971, Enver Hoxha se déchaîne : «Recevoir le président Nixon et s'entretenir avec lui, ce n'est pas juste et ce ne sera accepté ni par les peuples, ni par les révolutionnaires, ni par les communistes authentiques. » « Par cet acte politique, les Chinois désorientent le mouvement révolutionnaire mondial et éteignent l'ardeur révolutionnaire. »
Avec de telles positions, Enver Hoxha frôle le trotskisme.
Les communistes se sont toujours prononcés pour la coexistence pacifique avec les Etats capitalistes. Et dés la première années de l'existence de l'Union soviétique, Lénine a mené des négociations avec les Nixon de l'époque.
Après la révolution d'Octobre, Lénine a accepté de négocier la paix avec l'Allemagne de l'empereur Guillaume, à Brest-Litovsk. On sait que Trotski s'est opposé à ces négociations. Début 1922, Lloyd George, le premier ministre de Grande-Bretagne, la plus grande puissance impérialiste de l'époque, a convoqué une conférence internationale pour le redressement de l'Europe, à laquelle il a invité l'URSS. Lénine a immédiatement plaidé pour que l'Union soviétique y envoie ses représentants afin de défendre le système socialiste et de diviser ses ennemis. Après la conférence de Gênes, en avril 1922, l'URSS a signé le traité de Rapallo avec l'Allemagne ruinée, assurant ainsi à l'Etat soviétique de meilleurs conditions politiques et économiques pour la construction socialiste.
En 1935, Staline a conclu un accord avec Laval, le réactionnaire français, contre l'expansionnisme du fascisme allemand. Là aussi, les trotskistes ont hurlé à la trahison. En 1939, Staline a reçu Von Ribbentrop pour conclure le Pacte germano-soviétique qui a donné à l'Etat soviétique une année et demi de répit avant la guerre. La réaction mondiale et le trotskisme se sont déchaînés contre cet accord.
C'est l'impérialisme américain qui a refusé, de 1949 à 1971, de reconnaître la Chine socialiste. Suite aux luttes des peuples du monde entier, Nixon a été obligé de reconnaître le régime de Mao et il a accepté de se rendre à Beijing. C'était le premier pas dans la voie du rétablissement de la Chine dans ses droits à l'ONU et dans les organisations internationales. Que l'impérialisme américain se voyait obligé, après un boycott de 22 ans, de traiter la Chine d'égal à égal, était une grande victoire pour le socialisme en Chine.
Alors, on comprend difficilement qu'Enver Hoxha se soit laissé aller à certaines extravagances puériles. Il se met en colère parce que Chou En-Laï a dit : « Le peuple chinois et le peuple américain sont amis. » Et de s'indigner : « Pour Chou, Nixon a cessé d'être un impérialiste, un fasciste, un bourreau du peuple. Cela s'appelle passer du côté des laquais de l'impérialisme » On croirait entendre un trotskiste à propos du pacte germano-soviétique. »

Cette longue citation extraite du livre de Ludo Martens est pour moi très explicative en ce qui concerne cette rencontre Mao/Nixon. Cette rencontre fut et est unanimement critiquée violemment par les trotskistes dans des termes proches ou reprenant les accusations du PTA (c'est déjà une indication intéressante pour moi).

Fermons cette parenthèse et revenons, au contenu du chapitre du livre de Ludo Martens « De Tien An Men à Timisoara -Luttes et débats au sein du PTB (1989-1991) », le sous chapitre de la page 204 est intitulé « Chine : déviations opportunistes ou « social-impérialisme » l'auteur remarque que « A partir de 1973, lorsque la politique extérieur de la Chine a commencée à virer à droite Enver Hoxha a formulée un certain nombre de remarques pertinentes concernant la lutte de classes au niveau international » puis Ludo Martens critique très fortement certaines exagérations du responsable du PTA : « Enver Hoxha sombre lui-même dans un délire gauchiste où il rejoint, lui aussi, une certaine extrême droite : «la lutte que mène la Chine contre le social-impérialisme soviétique a seulement un caractère d'expansion territoriale. La Chine a pour ambition d'occuper les territoires qui y confient au nord, comme ceux de la Sibérie, de Mongolie, etc. D'autre part, elle voudrait, sinon mettre la main sur, eux, du moins étendre son influence en Inde et dans des autres pays du Sud-Est asiatique, comme l'Indonésie, les Philippines, à ceux de l'Extrême-Orient , à l'Australie, etc. » Ce sont mot pour mot, les thèses propagées par l'extrême droite américaine. »
Dans le sous chapitre « Critique du révisionnisme ou lutte extrémiste ? » tout en reconnaissant « qu'Enver Hoxha a bien décelé le danger d'une réconciliation de la direction chinoise avec certains courants révisionnistes. », L. Martens note que l'analyse d'Enver Hoxha en ce qui concerne la lutte de lignes au sein du PCC est gauchiste : « Mais au lieu de faire une analyse concrète des luttes politiques au sein du Parti Communiste Chinois -des tendances révisionnistes indiscutablement présentes comme du courant marxiste-léniniste-, Enver Hoxha se perd une nouvelle fois dans des exagérations gauchistes et des affirmations arbitraires. Il y a peu de place pour la dialectique lorsqu'on déclare péremptoirement que tous sont pourris et qu'on les combattra tous sans la moindre hésitation. » Plus loin au sujet des affirmations comme quoi Mao n'a jamais été marxiste ou qu'il ne serait pas appuyé sur le prolétariat, au profit de la seule paysannerie, Ludo Martens rappelle « Tout au long de la révolution le PCC a entrepris un travail clandestin intense parmi les ouvriers. Beaucoup de cadres ouvriers, sur le point d'être découvert par la police, ont été transférés vers des zones de guérilla où ils ont rejoint le cadre prolétarien qui a toujours constitué l'ossature politique de l'armée paysanne.
Il est d'ailleurs intéressant de constater, une fois de plus, que les « analyses » gauchistes et extrémistes se détachent de la réalité et qu'elles méconnaissent la dialectique. Pour cette raison , elles peuvent facilement rejoindre les « analyses » révisionnistes. Les contre-vérités flagrantes d'Enver Hoxha que nous venons d'évoquer semblent en effet tirées des innombrables ouvrages que les Brejnéviens ont consacrés au « maoïsme ».

Plus loin dans le sous chapitre : « La lutte au sein du parti : libéralisme et gauchisme », l'auteur indique que « Enver Hoxha tire des conclusions arbitraires et exagérées de son constat des erreurs opportunistes. Il ne développe guère l'aspect 'lutte politique, critique, éducation et rééducation des cadres', pour mettre l'accent unilatéralement sur l'épuration et la répression » (...) « Aux yeux d'Enver Hoxha, toute divergence sérieuse devient complot. Peu d'efforts sont entrepris pour résoudre divergences -et même les divergences graves- par la discussion et la lutte politique. Les bilans de pareilles luttes politiques ne sont pas utilisés pour l'éducation et l'unification politique et idéologiques des cadres. Il règne une unité apparente, mais qui n'est pas basée sur une compréhension commune des contradictions rencontrées au cours de la lutte. » -( Ludo Martens « De Tien An Men à Timisoara -Luttes et débats au sein du PTB (1989-1991 ) »-
Xuan
Grand classique (ou très bavard)
8978 messages postés
   Posté le 04-02-2007 à 16:39:22   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

merci pour ton précieux travail Paria.


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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
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