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 Violences policières au temps du confinement

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Finimore
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Finimore
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   Posté le 20-04-2020 à 11:08:36   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

lu sur le site du Grand Soir
https://www.legrandsoir.info/controles-arbitraires-et-violences-policieres-la-repression-en-temps-de-confinement.html

14 avril 2020

Contrôles arbitraires et violences policières : la répression en temps de confinement

Ludo SIMBILLE

Depuis le début du confinement, les forces de l’ordre ont procédé à 8,2 millions de contrôle et 480 000 verbalisations. De nombreux témoins font état d’abus, de discriminations et de brutalités de la part des forces de l’ordre. Les organisations de défense des droits de l’Homme dénoncent des contrôles arbitraires et des violences policières. Tour d’horizon de la répression en ces temps confinés.
« J’ai senti que dans leur esprit, il y avait deux camps : les bons citoyens et les mauvais. » Mardi 17 mars au soir, Baptiste, ouvrier agricole, est contrôlé dans les rues désertes de Douarnenez alors qu’il se rend chez un ami pour récupérer un ordinateur, seul moyen de s’informer en ces temps confinés. Son tort ? Être sorti alors que le confinement vient juste d’être décrété le jour-même, depuis midi. Au cours du contrôle, Baptiste comprend que le PV signé ne fera pas nécessairement l’objet d’une amende. Cela dépendra du bon vouloir des agents. « On m’a dit que je prenais pour tous les Français qui ne respectaient pas les règles. » Chaque citoyen est désormais tenu de limiter ses déplacements et de se munir d’une attestation dérogatoire en cas de sortie de son lieu de confinement. Sous peine d’une amende forfaitaire [1].
Si la nécessité du confinement et du respect des gestes barrières lors des déplacements n’est, très largement, pas contestée, les témoignages d’abus de pouvoir, d’amendes pour des motifs absurdes, voire même de violences policières graves, se multiplient depuis le 17 mars. Une fois de plus, le ministère de l’Intérieur choisit la répression plutôt que la prévention. « Tout citoyen peut subir un contrôle d’identité sans même indice préalable d’infraction », déplore l’avocat Arié Alimi. Selon lui, nous assistons à une « inversion du paradigme de l’État de Droit » : « Tout citoyen dans la rue est un délinquant ou un contrevenant potentiel. » [2]
8,2 millions de contrôles, 480 000 verbalisations
« Vous me connaissez, je vais faire comprendre assez vite les consignes », avait tancé le préfet de police de Paris Didier Lallement. Gare à celles et ceux qui comptent se soustraire aux restrictions prises contre l’épidémie qui frappe le pays, et le monde ! Certaines villes ont pris des arrêtés locaux comme à Perpignan où un couvre-feu a été imposé. À Marseille ou Paris, des « drones parlants » surveillent certains quartiers et lancent leurs injonctions métalliques : « Rentrez chez vous ». La ville de Nantes privilégie des hélicoptères dernier cri à vision nocturne. Depuis le 7 avril, la capitale a aussi interdit les activités sportives individuelles entre 10h et 19h.
Trois semaines après le début du confinement, plus de 8,2 millions personnes ont été contrôlées par les 100 000 agents des forces de l’ordre déployées. Plus de 10 % de la population française ! Un demi-million ont reçu une contravention, a annoncé le Ministre de l’Intérieur qui avait traité d’« imbéciles » ceux qui dérogeaient au confinement. Quelques jours plus tôt, son gouvernement enjoignait les électeurs à se déplacer pour voter...
Les resquilleurs présumés sont contrôlés partout, y compris sur les plages désertées, les chemins de campagne ou en pleine forêt. Un nageur marseillais a été verbalisé. Tout comme une famille à la sortie de l’enterrement d’un de ses parents ou une agricultrice souhaitant nourrir ses animaux. Même des personnes sans domicile fixe auraient été sanctionnées en raison de leur « attitude virulente ».
« C’est absurde, je connais plus de gens verbalisés que de personnes atteintes du coronavirus », raille Sarah, dont le compagnon Kamel a reçu une amende pour sortie non motivée. Cette architecte de 35 ans a été verbalisée en sortant faire ses courses à Romainville (Seine-Saint-Denis). Elle avait oublié de signer et dater son attestation : « Voilà, j’ai dépensé 100 euros de courses et 135 euros d’amende. »
« Mais de quoi suis-je accusé ? »
Nombre des procès-verbaux dressés semblent être soumis à l’arbitraire. Sorti faire une activité physique individuelle, conformément à la loi, Élie est interpellé à 200 mètres de chez lui. Motif ? Il portait un jean au lieu d’une tenue de sport, témoigne-t-il dans une lettre de contestation au Procureur de la République [3]. Même situation kafkaïenne vécue par Christophe : alors qu’il sort faire du sport, il est sanctionné par une policière qui aperçoit dans son sac une baguette de pain achetée juste avant le contrôle. « Mais de quoi suis-je accusé ? », se demande Christophe sur le site Révolution Permanente.
Le maire de Sanary-sur-Mer (Var), Ferdinand Bernhard (Modem) a pris un arrêté interdisant à ses administrés de s’éloigner à plus de 10 mètres de chez eux. Il leur interdit également de n’acheter qu’une seule baguette à la fois à la boulangerie, pour limiter leur sortie [4].
Verbalisée pour des paquets de gâteaux
Dans certains cas, la maréchaussée se transforme en inspectrice du contenu des caddies. Plusieurs personnes ont écopé d’une amende pour être sortis acheter des serviettes hygiéniques, des bouteilles de soda ou un journal. Les forces de l’ordre ont estimé qu’il ne s’agissait pas de produits de « première nécessité ». Le journaliste David Dufresne, qui travaille sur les violences et abus policiers, a reçu le courrier d’une dame ayant eu l’outrecuidance d’acheter des paquets des gâteaux [5]. Elle est interpellée dans l’enceinte d’un supermarché Leclerc par des gendarmes, alertés par un anonyme. Sanction : 135 euros. Ces derniers l’auraient sommé de ne pas revenir dans le magasin avant une semaine sous peine de doubler son amende.
Les policiers peuvent aussi s’improviser experts médicaux. À Toulouse, une travailleuse sociale nous raconte la contravention reçue par une demandeuse d’asile qu’elle accompagne. Sortie du périmètre autorisé pour trouver un magasin qui accepte les chèques-services, cette femme enceinte « à terme » a écopé de 135 euros pour avoir acheté un pack d’eau. Un déplacement « non conseillé à ce stade de grossesse », selon le gardien de la paix.
« Le policier est plus vecteur de maladie que moi »
Le blog « verbalisé (parce que) » répertorie ce genre de « PV arbitraires ou abusifs », à partir de coupures de presse ou de récits relevés sur le web. À croire que les forces de l’ordre punissent davantage le contournement ou l’adaptation des règles en vigueur plutôt que le risque réel de contamination. « Franchement, le policier est plus vecteur de la maladie que moi. Il a enlevé ses gants, m’a donné son stylo que tout le monde utilise », se désole Julien, sanctionné sur une plage, près de Douarnenez, « très isolée où il n’y avait aucun risque », lors d’une promenade avec sa compagne. En une semaine, Julien s’est depuis fait contrôler trois fois dans la ville.
Une jeune mère sortie faire ses courses, tasée et insultée
L’ambiance est encore plus tendue dans certains quartiers populaires, loin des plages et des promenades forestières. Les récits et vidéos de violences policières s’accumulent. Le 18 mars, un piéton est frappé à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) d’un coup de pied par un policier qui tentait de le verbaliser pour défaut de papiers. Selon la préfecture, les policiers l’auraient ensuite aspergé de gaz lacrymogène pour ne pas être contaminés par ses postillons ! À Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), des fonctionnaires assènent un coup de poing à un homme à terre. Scène similaire à Ivry-sur-Seine.
À Grigny (Essonne), des policiers en moto renversent un habitant. Les circonstances exactes ne sont pas déterminées. Ramatoulaye, jeune maman de 19 ans, s’est faite tirer dessus au taser par des agents, alors qu’elle revient de faire des courses pour nourrir son bébé, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Emmenée au commissariat sans motif apparent, elle est traitée de « petite merde », selon le récit qu’elle livre au site Actu.fr. Relâchée une heure plus tard, elle aurait tenté de porter plainte mais, coronavirus oblige, toute démarche doit se faire en ligne. Coup de Taser aussi à Marseille contre deux hommes interpellés par trois agents.
« On a plus peur de la police que du coronavirus »
À Torcy (Seine-et-Marne), une vidéo filmée par un riverain et signalée par le journaliste Taha Bouhafs montre un homme à terre à l’entrée d’un immeuble entouré de policiers. L’homme, qu’on entend crier, subit visiblement une clé d’étranglement, geste d’interpellation mis en cause dans nombre de décès [6]. « Ils sont censés nous protéger d’une maladie respiratoire et ils tentent de nous asphyxier. On a plus peur de la police que du Coronavirus », lance la journaliste activiste Sihame Assbague, qui collecte toutes ces vidéos et témoignages via son compte Twitter. « Depuis le début, on reçoit énormément de vidéos, plusieurs dizaines, toujours des non-blancs et des pauvres », relève-t-elle.
Le 27 mars, aux Ulis, Sofiane sort de chez son père pour aller récupérer des affaires au domicile de sa mère avant d’aller travailler. Interpellé par un agent de la Brigade anti-criminalité (BAC), le salarié d’une plateforme Amazon a oublié son attestation. Il est plaqué au sol puis emmené sous un porche avant d’être frappé et insulté par les policiers qui l’encerclent, puis placé en garde à vue. Sa mère est verbalisée en l’emmenant soigner ses blessures à l’hôpital ! Une plainte a été déposée au parquet d’Évry pour violences aggravées. Un autre, Sofiene , est tabassé par des policiers à Strasbourg. Après avoir subi des insultes racistes, le jeune homme est placé en garde à vue pour possession de stupéfiants. Il ressort le nez fracturé et avec de multiples contusions. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie.
Les balcons, observatoires des violences policières
Encore aux Ulis (Essonne), Yassine, 30 ans, témoigne de son tabassage par des gardiens de la paix. Alors qu’il sort de son immeuble acheter du pain avec son attestation, des policiers le ramènent dans le bâtiment sans lui signifier le motif. « Ils m’ont roué de coups, éclaté la tête à deux reprises contre le mur, ils m’ont mis un coup de crosse de flash-ball en pleine tête, ils m’ont mis une balayette », déclare-t-il, le visage tuméfié face caméra sur Instagram.
Le 4 avril, à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), c’est une enfant de 5 ans qui est gravement blessée en marge d’un affrontement entre jeunes et forces de l’ordre. Accompagnant son père pour aller saluer de loin sa grand-mère, elle aurait reçu un tir de LBD (lanceur de balle de défense). Elle a été hospitalisée suite à une fracture du crâne. Les violences policières ne se sont pas arrêtées avec le confinement. « Je ne pense pas qu’il y en ait plus que d’habitude, juste plus de gens qui filment. Les balcons deviennent des observatoires des agissement des forces de l’ordre », note Sihame Assbague.
L’Observatoire parisien des libertés publiques – créé par les sections parisiennes de la Ligue des droits de l’Homme et du syndicat des avocats de France – réalise lui aussi un travail de vigilance vis-à-vis des méthodes employées par les forces de l’ordre. « La gravité de la situation ne saurait justifier des interventions illégitimes, discriminatoires ou disproportionnées de la police ou de la gendarmerie, dans le cadre des missions spécifiques qui leur sont actuellement dévolues », rappelle cet Observatoire, rappelant la nécessité de filmer les violences dont chacun peut être témoin. Sur ce sujet, le collectif Urgence notre police assassine a récemment créé une application qui enregistre la vidéo en direct sur un serveur sécurisé, dans le cas où le téléphone utilisé serait confisqué par les forces de l’ordre.
Prison pour « mise en danger de la vie d’autrui »
Face à la situation, plusieurs syndicats étudiants (Solidaires étudiant, Unef) et associations (Fidh, Human Rights Watch, LDH, Action droit des musulmans...) appellent le ministère de l’Intérieur « à veiller à ce que le maintien de l’ordre et les opérations de contrôle dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19 ne donnent pas lieu à des abus ». Le gouvernement a plutôt opté pour un durcissement des sanctions allant jusqu’à une peine de six mois de prison en cas de récidive dans l’irrespect de confinement. Contre l’avis de plusieurs parlementaires : « On passe de la contravention au délit, au-delà de toute proportionnalité », s’est inquiété le député centriste Charles de Courson (UDI).
Plusieurs personnes en ont déjà fait les frais. À Béthune (Pas-de-Calais), un homme a écopé en comparution immédiate d’une peine de six mois de prison ferme. Dans la Loire, un homme de 35 ans a été verbalisé à huit reprises puis condamné. Motif ? « Mise en danger de la vie d’autrui ». Un chef d’inculpation problématique aux yeux de certains juristes car la violation porteuse de risque nécessite de remplir plusieurs conditions, dont la manifestation délibérée d’exposer immédiatement autrui à un danger de mort ou de blessures. Ce qui n’est pas nécessairement le cas des personnes bravant l’injonction de rester chez soi. « Envoyer en prison des contrevenants (...) expose le condamné à une contamination en détention et risque aussi de propager le virus dans ces espaces clos », critique l’avocat Raphaël Kempf dans une tribune. L’avocat craint que ces lois d’exception édictées dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire ne se transforment en droit commun et permanent.
Pas tous égaux face au confinement
Aveugles aux inégalités sociales, les mesures de restriction sanitaire sont encore plus dures dans les quartiers populaires, premiers touchées par les brutalités policières. Le premier jour de restriction, la Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus pauvres de France, concentrait déjà 10% des procès verbaux, selon Le Parisien. « Le gouvernement a oublié de dire qu’on ne se confine pas de la même manière dans un quartier pauvre qu’à Neuilly-sur Seine », rappelle Sihame Assbague.« Comment expliquer à des jeunes qu’il ne faut pas sortir alors qu’ils sont confinés avec leurs parents, souvent livreurs, femmes de ménage, exposés au risque de maladie, en première ligne pour rendre service à l’ensemble de la population ? ».
Cette dite « indiscipline » des banlieusards a ravivé les vieux réflexes xénophobes et anti-pauvres de l’extrême droite. Même état d’esprit chez certains fonctionnaires de sécurité, quand on lit les échanges d’un groupe de discussion Facebook rapportés par Médiapart.
Pourtant, les habitants « indisciplinés » s’adonnant au footing dans les quartiers bourgeois de la capitale ne subissent pas le même violence. Ni les 1,3 million de Franciliens partis retrouver leur famille ou s’isoler dans une maison secondaire, quitte à propager le virus dans des régions peu contaminées. Les employeurs qui privilégient le maintien de la production sans nécessairement respecter les mesures sanitaires minimales semblent également épargnés par les contrôles, comme cette usine d’un équipementier automobile dans l’Aisne. À l’inverse, les postiers des Hauts-de-Seine exerçant leur droit de retrait face au risque de contamination sur leur lieu de travail subissent un contrôle policier. Même sort pour les travailleurs n’ayant pas leur attestation complétée ou imprimée [7]. À l’image de ces soignants de Béthune (Pas-de-Calais), en première ligne face à l’épidémie, qui se sont plaints d’être arrêtés en allant prendre leur service à l’hôpital [8].
Des forces de l’ordre sans matériel de protection
Du côté des forces de l’ordre, 10 000 policiers et gendarmes seraient désormais confinés [9]. Parmi ceux mobilisés, de nombreux agents se disent indignés par l’irresponsabilité des citoyens et se plaignent d’être pris pour cible dans certains quartiers. Une policière a été blessée par un projectile lors d’un contrôle à Beauvais (Oise) [10]. Plusieurs syndicats de police ont menacé de cesser les contrôles s’ils ne recevaient pas de matériel de protection. Dans un témoignage publié par l’Association professionnelle de gendarmerie, un militaire anonyme atteint du Covid-19 dénonce un « scandale d’État » : « Je suis en colère d’avoir été contraint de contrôler des centaines d’automobilistes sans masque. C’est là que j’ai été contaminé, et combien de personnes ai-je pu contaminer à mon tour ? ». Ironie du sort, des gendarmes ont même verbalisé des policiers qui n’avaient pas d’attestation signée de leur employeur, c’est-à-dire l’État.
Dérive sécuritaire sous caution sanitaire
Pendant que l’État sanctionne le comportement individuel des citoyens, d’autres pointent la responsabilité des choix politiques dans la gestion de crise sanitaire, autrement plus dangereux pour la santé des Français que certaines soustractions aux mesures de confinement. « On assiste à un glissement progressif de la santé publique à la sûreté sanitaire, jusqu’à la sécurité intérieure », s’inquiète le sociologue de la santé Frédéric Pierru dans L’Humanité. Il propose une alternative préconisée par des médecins états-uniens : « Que la force publique se concentre sur la distribution de masques, de tests de dépistage et autres mesures de protection ».

Notes
[1] Le non-respect de ces règles est passible de 135 euros. Le montant est portée à 1500 euros en cas de récidive sous quinze jours. Quatre violations en un mois sont punies de 3750 euros.
[2] Lire ses explications sur twitter, à la suite de comparutions immédiates liées au non respect du confinement.
[3] A consulter ici, via Twitter.
[4] Lire cet article du site 20 Minutes.
[5] Lire ici, via twitter.
[6] Lire notre article sur le sujet.
[7] Le formulaire est depuis le 6 avril disponible en version numérique, téléchargeable sur smartphone.
[8] Lire cet article de La Voix du Nord.
[9] Lire cet article du Figaro.
[10] Lire cet article du Parisien.

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
Xuan
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https://www.revolutionpermanente.fr/VIDEO-A-Paris-la-police-utilise-la-meme-technique-que-celle-qui-a-tue-George-Floyd



vidéo

Alors que la mort de George Floyd a, ces derniers jours, largement été visibilisée dans les médias et sur les réseaux sociaux et que dès mardi soir, à Paris dans le XXème arrondissement à Fougères, la police a interpellé le jeune Amara Touré ce jeudi 28 mai en utilisant le même procédé que celui qui a causé la mort de George Floyd.

Les faits se sont déroulé aujourd’hui sur paris Fougeres 20 ieme l’agent n’hésite pas à employé la même méthode qui a tué #georgefloyd#,alors qu’il est menotté donc neutralisé...
L’agent a certainement vu la vidéo devenu virale qui a tué George Floyd mais rien ne les arrête ...

« Il écrase sa tête » crie un homme, probablement celui qui filme la scène. Tout comme lors de l’arrestation de George Floyd ce lundi, la scène est filmée et la victime, une personne noire, est plaquée au sol par un policier qui l’immobilise à l’aide de son genou placé sur son cou. L’homme était par ailleurs déjà menotté et donc incapable de riposter. Alors qu’il se tient immobile sous le poids de deux policiers, ces derniers s’acharnent contre lui et lui répètent de « se calmer », l’empêchant par la même occasion de respirer
correctement.

Quatre jours seulement après l’assassinat d’un homme noir par les forces de l’ordre aux Etats-Unis et alors même que déferle une vague d’indignation générale tant sur les réseaux sociaux que sur place, où des révoltes éclatent chaque soir pour dénoncer la violence systémique de la police envers les personnes racisées et les classes populaires, la police française n’hésite pas à user des mêmes méthodes aussi choquantes soient-elles, par provocation ou simplement par habitude contre la population de certains arrondissements.

sous un autre angle https://twitter.com/i/status/1266118498813648897

Si aux Etats-Unis, les grands médias comme France24 n’hésitent à lier ces meurtres et violences policières au racisme et au faite que George Floyd soit « un Noir américain étouffé sous le genou d’un policier blanc », mettant ainsi en exergue leur caractère raciste, en France les grands médias s’y refusent. Pourtant, comme aux Etats-Unis, les faits de violences policières contre les jeunes des quartiers populaires, loin d’être isolés, sont quotidiens s’intensifiant depuis le confinement.

C’est ce que pointe Assa Traoré interpellant les médias : « Au lendemain du meurtre barbare de George Floyd aux États Unis. Aujourd’hui cette scène se passe en France dans le 20ieme arrondissement, Amara Touré subit la même violence. Les médias français, ils ont condamnés les États Unis hier. Aujourd’hui c’est chez vous en France, il faut aussi condamner ! »

Aux Etats-Unis, la mort de George Floyd a provoqué la colère et l’indignation de milliers d’américains, qui, depuis quelques jours, descendent dans les rues de Minneapolis et Saint-Paul pour crier leur colère contre le racisme et la violence dont font fait constamment preuve les forces de l’ordre la police. Les faits, loin d’être isolés, rappellent de nombreuses arrestations de personnes afro-américaines similaires lors desquelles les victimes avaient été violentées, voire tuées par les policiers. Ces séries d’arrestations violentes avaient mené il y a quelques années à l’émergence du mouvement « black lives matter » aux Etats-Unis.

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 30-05-2020 à 12:38:31   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La fabrique politique de la violence policière A propos des attaques contre Camélia Jordana


https://bouamamas.wordpress.com/2020/05/28/la-fabrique-politique-de-la-violence-policiere-a-propos-des-attaques-contre-camelia-jordana/
Publié le 28 mai 2020par bouamamas


La scène politique et médiatique française vient de vivre un nouvel accès de fièvre idéologique pour imposer le point de vue des dominants et de frénésie collective pour silencier une parole critique. Cette fois-ci le déclencheur est une déclaration de la chanteuse Camélia Jordana sur les violences policières lors de l’émission « On n’est pas couché » de France 2 du 23 mai 2020 : « il y a des hommes et des femmes qui se font massacrer quotidiennement en France, tous les jours, pour nulle autre raison que leur couleur de peau […] Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fait partie. Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés. Quand j’ai les cheveux frisés je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. » Depuis les déclarations fustigeant la chanteuse se sont multipliées, les « chroniqueurs » et pseudo spécialistes s’en sont donnés à cœur joie, l’extrême-droite a été invitée sur tous les plateaux pour exprimer son indignation, un syndicat de police a porté plainte, etc., et bien sûr nous avons eu droit à une condamnation officielle du gouvernement par la bouche de son ministre de l’intérieur. Ce même gouvernement n’avait pas trouvé nécessaire de dire le moindre mot pour réagir à l’incendie criminel d’un campement Rom le 19 mai ou aux tags islamophobes sur les murs de la mosquée de Cholet deux jours plus tard. Quelle réalité cette fièvre médiatique et politique tente-t-elle d’invisibiliser ?



Les symptômes d’un cancer politiquement fabriqué

La réalité dénoncée par la chanteuse n’est ni nouvelle, ni exagérée. Elle est désormais documentée par de nombreuses recherches et par autant de rapports d’enquêtes d’associations de défense des droits humains. Elle a été à l’origine de multiples révoltes collectives des quartiers populaires depuis la fin de la décennie 70 avec comme summum les révoltes de novembre 2005 qui voient 400 quartiers populaires de l’hexagone devenir le théâtre d’affrontements entre des jeunes et la police pendant 21 jours. Ces révoltes étaient inédites en France comme en Europe tant du fait de leur intensité que de leur durée. Les sociologues Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli écrivaient déjà à leur propos : « Quotidiennes, les interactions conflictuelles entre policiers et jeunes de ces quartiers représentent pour ces derniers un condensé et un résumé de la violence sociale et politique qu’ils ressentent [ii]. » Analysant ces révoltes sur la ville de Saint-Denis une enquête publiée en 2006 converge vers ce constat d’expériences « douloureuses » avec la police : « Les rapports conflictuels avec la police sont très présents dans les récits qu’ils peuvent faire de leur quotidien. Les récits des contrôles répétés et des humiliations subies à cette occasion sont omniprésents dans chacune de nos conversations. Cette tension entre les jeunes et la police apparaît très vite centrale dans le rapport de ces jeunes à la société [iii]. » Un rapport d’Amnesty International publié en 2005 qui se penche sur trente exemples de violences policières porte le titre éloquent suivant : « France : Pour une véritable justice. Mettre fin à l’impunité de fait des agents de la force publique dans des cas de coups de feu, de morts en garde à vue, de torture et autres mauvais traitements[iv ]. »

Enfin des initiatives militantes se sont attachées à quantifier le nombre de victimes de ces violences policières inscrites dans la longue durée. Le magazine « Bastamag » recense ainsi 676 morts en 43 ans « à la suite d’interventions policières ou du fait d’un agent des forces de l’ordre [v] ». Enfin ces violences policières ne touchent pas indifféremment tous les citoyens. La couleur de la peau, le lieu de résidence et l’âge spécifient les victimes. Un rapport de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) portant sur la période 2005/2015 résume le profil des victimes comme suit : « D’après les données recueillies par l’ACAT, les membres de minorités visibles représentent toujours une part importante des personnes victimes. C’est particulièrement le cas concernant les décès. Sur les 26 décès survenus dans le cadre d’opérations de police ou de gendarmerie et examinés par l’ACAT, au moins 22 concernaient des personnes issues de minorités visibles[vi]. » Le même rapport indique que 38 % des victimes ont moins de 25 ans et 75 % moins de 35 ans. Si la violence subie par les Gilets Jaunes a permis de visibiliser l’existence de ces pratiques scandaleuses, elle ne constitue que l’extension de pratiques banalisées que subissent les jeunes des quartiers populaires en général et les Noirs et les Arabes en particulier. Tant sur le plan quantitatif que sur celui de la spécificité des victimes Camélia Jordana n’a fait que rappeler une réalité avérée.

A ces violences policières directes, il convient d’ajouter d’autres pratiques destructrices « indirectes » c’est-à-dire ne se traduisant pas par l’usage de la force physique. Du tutoiement au contrôle au faciès à répétition en passant par l’amende abusive, du harcèlement à l’humiliation en passant par l’injure raciste et/ou sexiste, cette violence atmosphérique est une des dimensions de la socialisation des jeunes des quartiers populaires. Elle caractérise leur quotidienneté. Elle marque durablement leur rapport au monde et à la société. Elle s’intègre dans leur subjectivité. Elle détermine leurs réactions. Elle produit un sentiment d’insécurité lors des interactions [et même lors du simple croisement] avec les représentants des « forces de l’ordre ». Ces pratiques sont, tout autant documentées que les violences policières directes. Comme le souligne le sociologue Didier Lapeyronnie cette expérience particulière du rapport à la police est décrite massivement dans de nombreuses enquêtes :

La police et plus généralement les institutions répressives exercent une forte pression sur leur existence quotidienne, non pour les protéger, mais pour réprimer leur mode de vie, ou les tenir enfermés dans le ghetto. Comme un peu partout dans les cités de banlieue en France, les contrôles d’identité répétitifs et arbitraires créent une forte tension. Le tutoiement systématique, les insultes et les menaces parfois, l’attitude générale des policiers, les contrôles au faciès, les descentes brutales en grand nombre et en force engendrent une tension quasi permanente. L’ensemble des jeunes du quartier, qu’ils soient ou non impliqués dans la délinquance, a une image extrêmement négative de la police, si ce n’est violemment hostile. La police incarne un pouvoir arbitraire, brutal et cynique. Dans tous les témoignages aussi, les policiers sont accusés de tenir des propos racistes.[vii]

Cette « atmosphère » qui fait partie de la quotidienneté des quartiers populaires est largement sous-estimée par ceux qui n’y habitent pas [ou qui n’y ont jamais habité] et en conséquence ne l’ont pas subie dans leur chair et dans leur âme. Il s’agit bien de « chair » [c’est-à-dire d’atteinte au corps] et d’ « âme » [c’est—à-dire d’atteinte à l’image de soi]. Le tutoiement [sans assentiment bien sûr] par exemple que l’on ne peut, bien entendu, pas réduire à une dimension linguistique est perçu pour ce qu’il est réellement : un processus d’infériorisation et de rappel d’une place assignée. Le sociologue Alex Albert qui a travaillé sur les fonctions du tutoiement dans les relations de travail à partir du concept de « domination rapprochée[viii] » rappelle sur cet aspect l’état des recherches : « Les enquêtes ethnographiques soulignent que les policiers et les gendarmes font du tutoiement le marqueur d’un rapport de forces leur étant favorable, et l’utilisent notamment en interrogatoire comme outil de pression et symbole de « domination » (Jobard, 2002 ; Gauthier, 2010) [ix]. » La palpation dite de « sécurité » est pour sa part une atteinte au corps et à la dignité des personnes. Constatant la banalisation et la généralisation de cette pratique le défenseur des droits souligne : « Le Défenseur des droits rappelle que la palpation de sécurité pratiquée de façon systématique au cours d’un contrôle d’identité […] constitue une atteinte à la dignité humaine disproportionnée par rapport au but à atteindre [x]. »

Nous sommes bien devant une pression signifiant une volonté d’imposer une emprise physique et psychique par la force. Nous pourrions ajouter d’autres dimensions signifiant cette « violence atmosphérique[xi] » : équipements de guerre lors des patrouilles de certains corps de police dans les quartiers populaires, opérations « coup de poing » sur le modèle du raid militaire d’occupation d’un territoire, etc. Cette pression est récurrente et on ne peut pas y échapper. Un seul exemple quantitatif suffit à illustrer l’ampleur de cette violence atmosphérique : Les jeunes hommes « perçus comme noirs ou arabes » ont « une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d’être contrôlés [xii] » démontre une étude du défenseur des droits publiée en 2016. Aucune compréhension des attitudes et comportements des jeunes héritiers de l’immigration des quartiers populaires [Fuite sans raison à l’approche de la police, attitudes réactives de défi pour signifier le refus de la place assignée, tutoiement de la police pour rétablir symboliquement une relation égalitaire, etc.] n’est possible si l’on occulte cette « atmosphère ». Ces attitudes et comportements sont à la fois des fuites d’un risque et d’un danger réel [dont témoigne le nombre de crimes policiers de ces dernières décennies] et une résistance à l’humiliation ou une réaffirmation de la dignité menacée. A juste titre l’association Human Rights Watch titre un de ses rapports sur les contrôles au faciès en France : « La base de l’humiliation [xiii] ». L’image choquante de lycéens contraints par la police de s’agenouiller les mains sur la tête en décembre 2018 a, à juste titre, suscité une indignation publique importante. Une telle situation n’a été possible que parce que l’habitude d’humilier est déjà ancienne et multiforme dans les quartiers populaires.

Camélia Jordana n’a fait que rappeler une réalité indéniable, documentée et dénoncée depuis longtemps. L’ampleur du déni de cette réalité constitue une violence supplémentaire. Il participe de la fabrique politique de la violence policière.

La fabrique politique de la violence policière

Le constat étant posé, les symptômes étant relevés, il reste à poser un diagnostic. Sans être exhaustif plusieurs dimensions méritent d’être soulignées en raison de leur convergence vers la production et la reproduction d’un système. Nous ne sommes pas en présence d’un projet délibéré machiavélique des gouvernements de ces dernières décennies mais d’une fabrique historique et pragmatique [dans laquelle interviennent des héritages de culture institutionnelle liés à l’histoire longue de l’institution policière, des stratégies d’acteurs spécifiques comme l’extrême-droite et sa stratégie d’infiltration de la police, des choix électoralistes pour flatter une « demande sécuritaire » issue de la massification de la paupérisation et de la précarisation, etc.] d’un système de violences policières tellement ancré et banalisé qu’il dispose désormais d’une certaine autonomie y compris vis-à-vis du pouvoir politique comme plus globalement du champ politique [Comme en témoigne par exemple le pouvoir de pression des syndicats de policiers].

Un héritage du temps long
A l’occasion des commémorations de la victoire contre le nazisme, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner rend hommage à la police comme suit : «Partout en France, des policiers ont pris le maquis. Partout en France, des policiers ont guetté l’ennemi, traqué la haine, combattu l’oppression. Partout en France, des policiers ont fait le choix de la résistance. » Une telle présentation de la réalité historique est partielle et partiale. Elle occulte la collaboration massive de l’institution policière à la répression pétainiste et nazie, ainsi que la collaboration à la déportation. « Si des policiers se sont engagés dans la Résistance, c’est en désobéissant à leur hiérarchie et à la politique du gouvernement. […] Ce que l’on peut dire, c’est qu’une minorité de policiers s’est engagée dans la Résistance, comme dans l’ensemble de la population. Mais cette minorité de policiers s’est aussi heurtée à une culture professionnelle qui est celle de l’obéissance [xiv] » corrige l’historien Christian Chevandier.

Récemment décédé Raymond Gurême, un des acteurs de la résistance Tsigane rappelle dès les premières lignes de l’avant-propos de son livre de mémoire que « ce sont des fonctionnaires français qui encadraient les camps d’internement pour « nomades », aucun Allemand n’était en vue » et explique sa volonté de témoigner comme suit : « Soixante-dix ans après les évènements, je parle ici, pour saluer la mémoire de ceux que la France a broyés et oubliés [xv]. » Maurice Rajsfus, lui aussi témoin de l’époque confirme les mêmes pratiques pour la déportation des Juifs comme en témoigne les titres sans ambiguïté de deux de ses livres[xvi]. Une telle participation massive n’a débouchée que sur des mesures minoritaires de sanction à la Libération. L’historien Jean-Marc Berlière donne les indications quantitatives suivantes pour la préfecture de Paris [celle dont les agents ont exécutés les rafles sinistres] : 20 % d’agents sanctionnés soit 3939 policiers et seulement 770 révocations[xvii]. L’institution policière sort globalement identique de la période. Les habitudes, les représentations, les routines, les pratiques, etc., peuvent aisément se reproduire sur cette base matérielle et humaine en s’adaptant au nouveau rapport de forces idéologique.

Un tel héritage sera constitutif d’une prédisposition à obéir pendant la guerre d’Algérie c’est-à-dire pendant une séquence institutionnelle qui banalise la surveillance et le contrôle au faciès d’une part et la torture et la répression à grande échelle d’autre part. Le politologue Emmanuel Blanchard[xviii] a restitué dans son excellent ouvrage le rapport particulier entre la police et les « Français Musulmans d’Algérie » (FMA) : recréation de structures policières spécifiques en août 1953 [elles avaient été dissoutes à la libération] c’est-à-dire d’une police d’exception dénommée « Brigades des Agressions et Violences » [BAV], pratique régulière de rafles et de bouclages des territoires où résident les FMA , fichage spécifique, arrestations préventives, contrôles au faciès, couvre-feux réservé uniquement aux FMA en 1958 puis en 1961, etc. Décrivant ces pratiques policières, l’historien Jean-Marc Berlière rappelle : « Tandis que les Compagnies d’intervention, dites « de district » accomplissaient leurs missions de maintien de l’ordre avec une « brutalité erratique » et une violence qui présentent une constante des policiers de la Préfecture de police […] la Police municipale dans la tradition de l’Occupation, met en œuvre tout un travail de police « préventive » [xix]. » Si on ne peut, bien sûr, confondre la situation de l’époque et celle d’aujourd’hui, force est de constater l’existence de similitudes importantes.

Ces éléments de continuité des pratiques policières de l’époque coloniale à aujourd’hui s’expliquent par la continuité de la structure institutionnelle qui n’a pas été remise en cause au moment des indépendances. Ils s’expliquent également par la continuité des personnels. En effet la fin de la guerre d’Algérie signifie également le retour dans l’hexagone des policiers et CRS d’Algérie. Plus globalement des milliers d’agents ont été affectés dans la colonie pour des durées variables pendant l’ensemble de la guerre. Soulignons également qu’à partir de la décennie 50 l’institution policière est le lieu d’une hausse importante du recrutement liée aux départs à la retraite. De nombreux appelés de retour d’Algérie se reconvertiront ainsi dans la police. Enfin même les agents n’ayant jamais mis les pieds en Algérie ont été confrontés à la guerre qui s’est, on l’oublie trop souvent, également déroulée dans l’hexagone. « A cette époque, explique la sociologue Françoise de Barros, une part importante des nouveaux gardiens de la paix parisiens, eux-mêmes en nette augmentation, sont susceptibles d’avoir une expérience non pas tant de l’Algérie que de la guerre d’indépendance et donc de ses violences extrêmes [xx] ». La longévité professionnelle d’un Papon indique que la continuité est identique pour la hiérarchie. La continuité des pratiques a une base matérielle, structurelle et culturelle qui irrigue l’ensemble de l’institution, certes de manière différenciée selon les régions mais de manière prégnante dans les grandes agglomérations. La « culture » professionnelles, le rapport à certaines populations, les habitus, la conception du métier et des objectifs de la profession, les contenus de formation, etc., ne peuvent pas ne pas être influencés par cette « mémoire incorporée » c’est-à-dire, explique le sociologue et anthropologue Didier Fassin, par l’inscription « de l’histoire […] dans les interstices de la vie quotidienne, dans les discours et les actes, dans les représentations et les pratiques [xxi] ».

Contrôler les « classes dangereuses »
Un tel héritage ne peut cependant pas perdurer aussi longtemps sous le seul effet de la reproduction institutionnelle systémique. C’est aussi le lien avec le contexte politique global qui explique qu’un héritage perdure ou s’amenuise, se reproduit ou mute, s’inscrit dans la durée ou s’amenuise avec le temps. A l’héritage raciste fondé pendant la colonisation, exacerbé pendant la guerre d’Algérie et concrétisé par une socialisation guerrière des agents, se sont greffé les politiques sécuritaires contemporaines en direction des quartiers populaires. Celles-ci sont historiquement repérables dans l’émergence du thème de l’ « insécurité » dans le débat politique électoral à partir du milieu de la décennie 70 c’est-à-dire au moment où la demande d’égalité des héritiers français de l’immigration postcoloniale émerge. Jusque-là invisibles et invisibilisés comme leurs parents, cette nouvelle génération entre en révolte contre les discriminations racistes qu’ils découvrent en sortant de l’enfance sur les différents marchés des biens rares (logement, travail, formation, etc.). Par l’art, la contestation pacifique [qui aura comme summum la marche pour l’égalité de 1983] mais aussi la révolte sociale [Individuelle par les attitudes et comportements revendicatifs par rapports aux institutions, de groupes sous la forme des « rodéos » de la décennie 80 ou collective sous la forme des révolte de quartiers avec comme point d’orgue la révolte de novembre 2005] ces français exigent un traitement égalitaire.

Les choix économiques néolibéraux qui s’enclenchent à partir de 1983 ferment la porte à toute réponse politique structurelle à ces inégalités et discriminations massives. Le cycle des politiques sécuritaires en direction des quartiers populaires se déploie à droite bien sûr mais également dans une partie non négligeable de la « gauche » qui considère désormais qu’il ne faut plus parler de « causes sociales » et qu’il faut cesser d’ « accorder aux délinquants des excuses absolutoires pour cause de pauvreté ou d’immigration [xxii] » selon les mots de Chevènement. Il ne reste dès lors qu’une orientation possible résumée par le titre du livre coordonnée par Laurent Mucchielli en 2008 : « La frénésie sécuritaire: Retour à l’ordre et nouveau contrôle social [xxiii]. » La logique dominante discursive et pratique se traduira sous la forme de cinq tendances que cet auteur nomme : dramatisation, criminalisation, déshumanisation, disciplinarisation et désocialisation. Concernant les missions de la police dans les quartiers populaires le modèle assumé devient de manière grandissante celui de la « guerre intérieure ». Le sociologue Mathieu Rigouste résume comme suit cette logique de guerre enclenchée depuis le début de la décennie 90 :

La répression des révoltes de l’automne 2005 a déterminé de la même manière l’intensification et la diversification de mécanismes amorcés et expérimentés depuis déjà une décennie. Les quartiers populaires ségrégués servaient de territoire d’expérimentation pour l’importation de la guerre urbaine et du contrôle des foules dans le maintien de l’ordre, depuis les émeutes de Villeurbanne au début des années 1990. Leur traitement médiatico-politique aura permis de légitimer l’émulation d’un processus de fusion des techniques policières et militaires dans le quadrillage des territoires d’exception. Cette dynamique s’inscrivait déjà dans la redéfinition et le redéploiement de la gendarmerie – structure de statut militaire – et une superposition des maillages de sécurité et de défense sur les zones grises[xxiv].

A l’ancien modèle de sur-surveillance de certaines populations conduisant déjà au contrôle au faciès à répétition et aux violences policières se cumule désormais un modèle de « conquête territoriale » conduisant logiquement à une hausse de ces mêmes violences. Car une telle volonté de contrôle d’une population et de ses territoires d’habitation suppose des missions nouvelles pour les agents des forces de l’ordre. Le reste en découle : création de nouvelles unités spécialisées (Brigades Régionales d’Enquêtes et de coordination- BREC, Brigade anti-criminalité – BAC), multiplication des contrôles d’identité, surarmement, militarisation de l’armement policier, opérations coup de poing, banalisation des fouilles et palpations, etc. On comprend mieux dès lors comment l’héritage policier lié à l‘époque coloniale a pu perdurer en dépit du temps qui passe.

L’infiltration de l’extrême-droite
Si la centralité du thème de l’insécurité ne peut pas se résumer à l’action de l’extrême-droite, celle-ci a cependant occupée une place non négligeable dans son installation. Portée par les choix sécuritaires des différents gouvernements depuis de nombreuses décennies, l’extrême-droite développe une stratégie autonome d’enracinement dans la police qui est, selon nous, un troisième facteur du caractère devenu systémique des violences policières qui se surajoute aux deux précédemment cités. L’impact idéologique et organisationnel grandissant de celle-ci dans l’institution policière est repérable à la fois dans l’évolution des votes aux différentes élections politiques, dans ceux des scrutins syndicaux et dans d’autres expressions publiques inquiétantes. Une enquête du Cevipof de 2016 précise que 51.5 % des policiers et militaires déclare avoir voté Front National aux régionales de 2015 [contre 30 % à la présidentielle de 2012][xxv].

Concernant le poids syndical seule la Fédération professionnelle indépendante de la police (FPIP) est classiquement classée à l’extrême-droite ce qui, compte-tenu de ses scores [1.2 % aux élections professionnelles de 2018], semble attester d’une faible influence syndicale. Une telle conclusion sous-estime la réalité de l’influence de l’extrême-droite. « Le taux de syndicalisation étant très élevé au sein de la police et sachant que les syndicats jouent un grand rôle dans les promotions […] de nombreux policiers ouvertement d’extrême droite se sont syndiqués auprès d’une grande centrale plutôt qu’un syndicat minoritaire d’extrême droite » explique un article du site « Quartiers Libres » consacré à la « radicalisation policière[xxvi] ». Les syndicats Alliance et Synergie-Officiers, habituellement classés à droite recueillent les voix de ces agents d’extrême –droite comme en témoigne leurs déclarations publiques et prises de position[xxvii].

Mais se sont d’autres facteurs, moins quantifiables, qui permettent de mesurer l’infiltration de l’extrême-droite dans la police. Le premier est la pratique de rassemblements publics comme celui de mai 2016 où Marion Maréchal Le Pen et Gilbert Collard prennent la parole, puis celle de manifestations de rue « sauvages » comme celles d’octobre 2016 où des policiers défilent cagoulés et armés. Enfin les manifestations des Gilets Jaunes et celles contre la réforme des retraites ont vu se multiplier le port de symboles d’extrême-droite sur des uniformes (écussons, insignes, autocollants, etc.). « Des nazis dans la police » titrait déjà en 2014 le journaliste Aziz Zemouri en rappelant qu’ « à plusieurs reprises, des fonctionnaires de police ont signalé à leur hiérarchie que des collègues arboraient des signes de ralliement au nazisme. En vain[xxviii]. » Ces pratiques nouvelles sont certes minoritaires mais elle souligne l’existence d’une extrême-droite policière s’estimant suffisamment solide pour oser une visibilité politique.

Héritage colonial, choix politiques sécuritaires comme seules réponses aux exigences d’égalité des habitants des quartiers populaires, stratégie de contrôle des « classes dangereuses » et de leurs territoires d’habitation sur le modèle d’une « guerre intérieure », impunités policières, discours politiques et médiatiques stigmatisant les quartiers populaires, infiltration de l’extrême-droite, etc., l’ensemble de ces ingrédients ont finis avec le temps par se cumuler et interagir pour se renforcer l’un l’autre c’est-à-dire par faire système. Camélia Jordana n’a fait que mettre des mots sur une réalité : les violences policières sont logiques et prévisibles ; elles sont le résultat d’un système construit historiquement et politiquement. Rendre visible cette réalité est le premier pas pour la faire cesser. Situer la lutte contre les violences policières en haut de l’agenda militant et politique en est un second tout aussi urgent. Il ne s’agit pas d’une question secondaire mais d’une condition incontournable pour que la « convergence » que beaucoup appellent de leurs vœux cesse d’être un discours abstrait et non crédible.

[i] Louis-Valentin Lopez, Violences policières : voici ce qu’a dit exactement Camélia Jordana, https://www.franceinter.fr/societe/violences-policieres-voici-ce-qu-a-dit-exactement-camelia-jordana, consulté le 26 mai 2020 à 9 h 00.
[ii] Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli, La police dans les quartiers populaires : un vrai problème !, Mouvements, N° 44, mars – avril 2006, p. 58.
[iii] Michel Kokoreff, Pierre Barron, Odile Steinauer, Enquête sur les violences urbaines. Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple de Saint-Denis, Rapport Final, novembre 2006, p. 12.
[iv] Amnesty International, France : Pour une véritable justice. Mettre fin à l’impunité de fait des agents de la force publique dans des cas de coups de feu, de morts en garde à vue, de torture et autres mauvais traitements, Londres, 6 avril 2005.
[v] Ivan du Roy et Ludo Simbille, 676 morts en 43 ans, https://bastamag.net/webdocs/police/, consulté le 26 mai 2020 à 11 h00.
[vi] Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, L’ordre et la force. Enquête sur l’usage de la force par les représentants de la loi en France, Rapport d’enquête, 2015, p. 16.
[vii] Didier Lapeyronnie, Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui, Paris, Robert Laffont, Paris, 2008, p. 262.
[viii] Elaboré initialement par la sociologue Dominique Memmi pour rendre compte des relations de domination au sein de l’espace domestique (aides à domicile, domestiques, relations au sein d’un couple, etc.), le concept de « domination rapprochée » s’est rapidement élargi à l’étude d’autres relations sociales caractérisées par une relation hiérarchique. Cf : Dominique Memmi, Mai 68 ou la crise de la domination rapprochée, in Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti, Bernard Pudal (dir.), Mai-juin 68, Éditions de l’Atelier, Paris, 2008.
[ix] Alex Albert, Tutoyer son chef. Entre rapports sociaux et logiques managériales, Sociologie du travail, volume 61, n° 1, janvier-mars 2019, p. 3.
[x] Décision MDS-2010-34 du 4 janvier 2012 relative aux circonstances d’une verbalisation par des fonctionnaires de la brigade des réseaux ferrés, consultable sur le site du défenseur des droits
[xi] Cf mon article : Quartiers Populaires et institution policière : une humiliation raciste et sexiste atmosphérique, https://bouamamas.wordpress.com/2017/02/21/quartiers-populaires-et-institution-policiere-une-humiliation-raciste-et-sexiste-atmospherique/,
[xii] Défenseur des droits, Relations police/population : le cas des contrôle d’identité, Paris, 2016, p. 17.
[xiii] Human Rights Watch, La base de l’humiliation. Les contrôles d’identité abusifs en France, janvier 2012.
[xiv] Interview de Christian Chevandier, Un historien nuance les propos de Christophe Castaner, https://www.francetvinfo.fr/culture/patrimoine/histoire/partout-en-france-des-policiers-ont-fait-le-choix-de-la-resistance-un-historien-nuance-les-propos-de-christophe-castaner_3435681.html, consulté le 27 mai 2020 à 11 h 20.
[xv] Raymond Gurême, Interdit aux nomades, Calmann Levy, Paris, 2011, Avant-propos.
[xvi] Maurice Rajsfus, La Police de Vichy, Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo 1940-1944, Le Cherche midi, Paris, 1995 et Drancy, un camp de concentration très ordinaire, 1941-1944, Le Cherche midi, Paris, 2005.
[xvii] Jean-Marc Berlière, L’épuration de la police parisienne en 1944 -1945, Vingtième siècle, n° 49, 1996, p. 66.
[xviii] Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les algériens, 1944 -1962, Nouveau-Monde, Paris, 2011.
[xix] Jean-Marc Berlière, Policiers et pouvoir politique en période de crise : L’exemple de la Guerre d’Algérie (1958-1962), in Jean-Marc Berlière (dir.), Métiers de police: être policier en Europe, XVIII-XXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 534.
[xx] Françoise de Barros, La police et les Algériens : continuités coloniales et poids de la guerre d’indépendance, https://www.metropolitiques.eu/La-police-et-les-Algeriens.html, consulté le 28 mai 2020 à 8 h 20.
[xxi] Didier Fassin, Quand les corps se souviennent: expériences et politiques du sida en Afrique du Sud, La Découverte, Paris, 2006, p. 332.
[xxii] Jean-Pierre Chevènement, Discours de Vincennes du 9 septembre 2001, brochure du Comité de soutien « Chevènement 2002 ».
[xxiii] Laurent Mucchielli (dir.), La frénésie sécuritaire: Retour à l’ordre et nouveau contrôle social, La Découverte, Paris, 2008.
[xxiv] Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, Cultures et Conflits, n° 67, automne 2007, p. 169.
[xxv] Luc Rouban, Les fonctionnaires et le Front national, L’enquête électorale française : comprendre 2017, note n° 3, CEVIPOF, Paris, Décembre 2015, p. 3.
[xxvi] Radicalisation policière : le poids de l’extrême-droite dans les forces de l’ordre, Quartiers Libres, 26 juin 2017.
[xxvii] Voir sur cet aspect les exemples donnés par le magazine Bastamag, Les syndicats de police, combien de division, https://www.bastamag.net/policiers-marce-de-la-colere-suicides-heures-supplementaires-maintien-de-l-ordre-CRS-BAC-violences-repression-blesses-LBD, consulté le 28 mai 2020 à 15 h.
[xxviii] Aziz Zemouri, Des nazis dans la police, Le Point DU 28 novembre 2014.


Edité le 30-05-2020 à 13:37:43 par Xuan




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   Posté le 01-06-2020 à 07:29:24   Voir le profil de Plaristes (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Plaristes   

Une petit mot pour Mohammed Gabsi, un homme de 33 ans sans domicile fixe, père de 3 enfants, qui a été violemment arrêté par la police pour avoir circulé dans la rue après le couvre-feu imposé par la ville de Béziers. Mohamed a été déclaré mort par un médecin urgentiste 45 minutes après son arrivée, en état d’inconscience, au commissariat. D’après Le Parisien, la sœur de la victime a porté plainte.

P.S : n'oublions pas les SDF qui n'ont pas pu profiter des mesures d'urgences et des travailleurs détachés, ubérisés au possible vivant dans des caravanes :
https://youtu.be/_rfmfTIh1nQ


Edité le 01-06-2020 à 07:31:25 par Plaristes




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La lutte contre les violences policières s'est traduite par la manifestation de 20 000 personnes dans un rassemblement interdit à Paris :https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/06/03/environ-20-000-manifestants-a-paris-lors-d-un-rassemblement-interdit-contre-les-violences-policieres_6041560_3224.html


une expertise valide l'asphyxie par le plaquage ventral


Edité le 03-06-2020 à 08:15:30 par Xuan




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Comme je l'ai dit la situation des U.S.A va se transposer à la France, il suffit d'attendre un déconfinement plus ample, il y a toujours la théorie du déconfinement qui n'aura jamais lieu, mais d'ici Juillet on pourrait sortir quitte à violer l'état d'urgence !

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Toujours dans le registre des violences policières, l'assassinat de Floyd ravive la colère contre le crime impuni d'Adama Traore il y a quatre ans.
20 000 manifestants à Paris devant la Cour de Justice, dont les médias n'ont retenu que des violences mineures :
https://www.youtube.com/watch?v=s9zrjDrM4SM&feature=share&fbclid=IwAR2OHGE1Bm7q1JnR59ZzdZQMHlGVWxgTghDuHdiLnWVpImLY-tusAczjgs8

On constate maintenant que l'état d'urgence sanitaire sert de prétexte pour interdire les manifestations.

Mort d’Adama Traoré : Le rassemblement devant le tribunal de Paris interdit par la préfecture

INTERDICTION Dans un communiqué publié en début d’après-midi, le préfet évoque notamment l’état d’urgence sanitaire ainsi que des craintes de débordements



C.Po.
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Publié le 02/06/20
FRANCOIS GUILLOT / AFP
L’appel a été relayé tout le week-end sur les réseaux sociaux. Les proches d’Adama Traoré, décédé en juillet 2016 dans la gendarmerie de Persan dans le Val-d’Oise à la suite d’une interpellation musclée, avaient appelé dès vendredi leurs soutiens à se réunir devant le tribunal judiciaire de Paris pour protester contre une nouvelle expertise médicale écartant la responsabilité des militaires. Le rassemblement, prévu ce mardi à 19 h, a finalement été interdit par la préfecture de police de Paris.

« Ce rassemblement, qui n’a fait l’objet d’aucune déclaration préalable et pouvant rassembler de nombreuses personnes, n’est pas autorisé par le décret relatif à l’état d’urgence sanitaire » , écrit dans un communiqué Didier Lallement. Les rassemblements de plus de dix personnes sont, en effet, toujours interdits dans l’espace public. Au-delà de la situation sanitaire, le préfet précise que « la tonalité de l’appel à manifester relayé par les réseaux sociaux laisse craindre que des débordements aient lieu sur un site sensible » .
Près de quatre ans après la mort de cet homme de 24 ans, la responsabilité des gendarmes qui l’avaient interpellé a de nouveau été écartée vendredi. « Adama Traoré n’est pas décédé "d’asphyxie positionnelle", mais d’un œdème cardiogénique » , ont conclu les médecins. Des conclusions vivement contestées par les proches de la victime, qui ont quinze jours pour demander une contre-expertise.

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   Posté le 05-06-2020 à 07:19:12   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La fabrique politique de la violence policière
A propos des attaques contre Camélia Jordana


Publié le 28 mai 2020par bouamamas
https://bouamamas.wordpress.com/2020/05/28/la-fabrique-politique-de-la-violence-policiere-a-propos-des-attaques-contre-camelia-jordana/

La scène politique et médiatique française vient de vivre un nouvel accès de fièvre idéologique pour imposer le point de vue des dominants et de frénésie collective pour silencier une parole critique. Cette fois-ci le déclencheur est une déclaration de la chanteuse Camélia Jordana sur les violences policières lors de l’émission « On n’est pas couché » de France 2 du 23 mai 2020 : « il y a des hommes et des femmes qui se font massacrer quotidiennement en France, tous les jours, pour nulle autre raison que leur couleur de peau […] Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fait partie. Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés. Quand j’ai les cheveux frisés je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France[i]. » Depuis les déclarations fustigeant la chanteuse se sont multipliées, les « chroniqueurs » et pseudo spécialistes s’en sont donnés à cœur joie, l’extrême-droite a été invitée sur tous les plateaux pour exprimer son indignation, un syndicat de police a porté plainte, etc., et bien sûr nous avons eu droit à une condamnation officielle du gouvernement par la bouche de son ministre de l’intérieur. Ce même gouvernement n’avait pas trouvé nécessaire de dire le moindre mot pour réagir à l’incendie criminel d’un campement Rom le 19 mai ou aux tags islamophobes sur les murs de la mosquée de Cholet deux jours plus tard. Quelle réalité cette fièvre médiatique et politique tente-t-elle d’invisibiliser ?



Les symptômes d’un cancer politiquement fabriqué

La réalité dénoncée par la chanteuse n’est ni nouvelle, ni exagérée. Elle est désormais documentée par de nombreuses recherches et par autant de rapports d’enquêtes d’associations de défense des droits humains. Elle a été à l’origine de multiples révoltes collectives des quartiers populaires depuis la fin de la décennie 70 avec comme summum les révoltes de novembre 2005 qui voient 400 quartiers populaires de l’hexagone devenir le théâtre d’affrontements entre des jeunes et la police pendant 21 jours. Ces révoltes étaient inédites en France comme en Europe tant du fait de leur intensité que de leur durée. Les sociologues Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli écrivaient déjà à leur propos : « Quotidiennes, les interactions conflictuelles entre policiers et jeunes de ces quartiers représentent pour ces derniers un condensé et un résumé de la violence sociale et politique qu’ils ressentent[ii]. » Analysant ces révoltes sur la ville de Saint-Denis une enquête publiée en 2006 converge vers ce constat « d’expériences « douloureuses » avec la police : « Les rapports conflictuels avec la police sont très présents dans les récits qu’ils peuvent faire de leur quotidien. Les récits des contrôles répétés et des humiliations subies à cette occasion sont omniprésents dans chacune de nos conversations. Cette tension entre les jeunes et la police apparaît très vite centrale dans le rapport de ces jeunes à la société[iii]. » Un rapport d’Amnesty International publié en 2005 qui se penche sur trente exemples de violences policières porte le titre éloquent suivant : « France : Pour une véritable justice. Mettre fin à l’impunité de fait des agents de la force publique dans des cas de coups de feu, de morts en garde à vue, de torture et autres mauvais traitements[iv]. »

Enfin des initiatives militantes se sont attachées à quantifier le nombre de victimes de ces violences policières inscrites dans la longue durée. Le magazine « Bastamag » recense ainsi 676 morts en 43 ans « à la suite d’interventions policières ou du fait d’un agent des forces de l’ordre[v] ». Enfin ces violences policières ne touchent pas indifféremment tous les citoyens. La couleur de la peau, le lieu de résidence et l’âge spécifient les victimes. Un rapport de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) portant sur la période 2005/2015 résume le profil des victimes comme suit : « D’après les données recueillies par l’ACAT, les membres de minorités visibles représentent toujours une part importante des personnes victimes. C’est particulièrement le cas concernant les décès. Sur les 26 décès survenus dans le cadre d’opérations de police ou de gendarmerie et examinés par l’ACAT, au moins 22 concernaient des personnes issues de minorités visibles[vi]. » Le même rapport indique que 38 % des victimes ont moins de 25 ans et 75 % moins de 35 ans. Si la violence subie par les Gilets Jaunes a permis de visibiliser l’existence de ces pratiques scandaleuses, elle ne constitue que l’extension de pratiques banalisées que subissent les jeunes des quartiers populaires en général et les Noirs et les Arabes en particulier. Tant sur le plan quantitatif que sur celui de la spécificité des victimes Camélia Jordana n’a fait que rappeler une réalité avérée.

A ces violences policières directes, il convient d’ajouter d’autres pratiques destructrices « indirectes » c’est-à-dire ne se traduisant pas par l’usage de la force physique. Du tutoiement au contrôle au faciès à répétition en passant par l’amende abusive, du harcèlement à l’humiliation en passant par l’injure raciste et/ou sexiste, cette violence atmosphérique est une des dimensions de la socialisation des jeunes des quartiers populaires. Elle caractérise leur quotidienneté. Elle marque durablement leur rapport au monde et à la société. Elle s’intègre dans leur subjectivité. Elle détermine leurs réactions. Elle produit un sentiment d’insécurité lors des interactions [et même lors du simple croisement] avec les représentants des « forces de l’ordre ». Ces pratiques sont, tout autant documentées que les violences policières directes. Comme le souligne le sociologue Didier Lapeyronnie cette expérience particulière du rapport à la police est décrite massivement dans de nombreuses enquêtes :

La police et plus généralement les institutions répressives exercent une forte pression sur leur existence quotidienne, non pour les protéger, mais pour réprimer leur mode de vie, ou les tenir enfermés dans le ghetto. Comme un peu partout dans les cités de banlieue en France, les contrôles d’identité répétitifs et arbitraires créent une forte tension. Le tutoiement systématique, les insultes et les menaces parfois, l’attitude générale des policiers, les contrôles au faciès, les descentes brutales en grand nombre et en force engendrent une tension quasi permanente. L’ensemble des jeunes du quartier, qu’ils soient ou non impliqués dans la délinquance, a une image extrêmement négative de la police, si ce n’est violemment hostile. La police incarne un pouvoir arbitraire, brutal et cynique. Dans tous les témoignages aussi, les policiers sont accusés de tenir des propos racistes.[vii]

Cette « atmosphère » qui fait partie de la quotidienneté des quartiers populaires est largement sous-estimée par ceux qui n’y habitent pas [ou qui n’y ont jamais habité] et en conséquence ne l’ont pas subie dans leur chair et dans leur âme. Il s’agit bien de « chair » [c’est-à-dire d’atteinte au corps] et d’ « âme » [c’est—à-dire d’atteinte à l’image de soi]. Le tutoiement [sans assentiment bien sûr] par exemple que l’on ne peut, bien entendu, pas réduire à une dimension linguistique est perçu pour ce qu’il est réellement : un processus d’infériorisation et de rappel d’une place assignée. Le sociologue Alex Albert qui a travaillé sur les fonctions du tutoiement dans les relations de travail à partir du concept de « domination rapprochée[viii] » rappelle sur cet aspect l’état des recherches : « Les enquêtes ethnographiques soulignent que les policiers et les gendarmes font du tutoiement le marqueur d’un rapport de forces leur étant favorable, et l’utilisent notamment en interrogatoire comme outil de pression et symbole de « domination » (Jobard, 2002 ; Gauthier, 2010)[ix]. » La palpation dite de « sécurité » est pour sa part une atteinte au corps et à la dignité des personnes. Constatant la banalisation et la généralisation de cette pratique le défenseur des droits souligne : « Le Défenseur des droits rappelle que la palpation de sécurité pratiquée de façon systématique au cours d’un contrôle d’identité […] constitue une atteinte à la dignité humaine disproportionnée par rapport au but à atteindre[x]. »

Nous sommes bien devant une pression signifiant une volonté d’imposer une emprise physique et psychique par la force. Nous pourrions ajouter d’autres dimensions signifiant cette « violence atmosphérique[xi] » : équipements de guerre lors des patrouilles de certains corps de police dans les quartiers populaires, opérations « coup de poing » sur le modèle du raid militaire d’occupation d’un territoire, etc. Cette pression est récurrente et on ne peut pas y échapper. Un seul exemple quantitatif suffit à illustrer l’ampleur de cette violence atmosphérique : Les jeunes hommes « perçus comme noirs ou arabes » ont « une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d’être contrôlés[xii] » démontre une étude du défenseur des droits publiée en 2016. Aucune compréhension des attitudes et comportements des jeunes héritiers de l’immigration des quartiers populaires [Fuite sans raison à l’approche de la police, attitudes réactives de défi pour signifier le refus de la place assignée, tutoiement de la police pour rétablir symboliquement une relation égalitaire, etc.] n’est possible si l’on occulte cette « atmosphère ». Ces attitudes et comportements sont à la fois des fuites d’un risque et d’un danger réel [dont témoigne le nombre de crimes policiers de ces dernières décennies] et une résistance à l’humiliation ou une réaffirmation de la dignité menacée. A juste titre l’association Human Rights Watch titre un de ses rapports sur les contrôles au faciès en France : « La base de l’humiliation[xiii] ». L’image choquante de lycéens contraints par la police de s’agenouiller les mains sur la tête en décembre 2018 a, à juste titre, suscité une indignation publique importante. Une telle situation n’a été possible que parce que l’habitude d’humilier est déjà ancienne et multiforme dans les quartiers populaires.

Camélia Jordana n’a fait que rappeler une réalité indéniable, documentée et dénoncée depuis longtemps. L’ampleur du déni de cette réalité constitue une violence supplémentaire. Il participe de la fabrique politique de la violence policière.

La fabrique politique de la violence policière

Le constat étant posé, les symptômes étant relevés, il reste à poser un diagnostic. Sans être exhaustif plusieurs dimensions méritent d’être soulignées en raison de leur convergence vers la production et la reproduction d’un système. Nous ne sommes pas en présence d’un projet délibéré machiavélique des gouvernements de ces dernières décennies mais d’une fabrique historique et pragmatique [dans laquelle interviennent des héritages de culture institutionnelle liés à l’histoire longue de l’institution policière, des stratégies d’acteurs spécifiques comme l’extrême-droite et sa stratégie d’infiltration de la police, des choix électoralistes pour flatter une « demande sécuritaire » issue de la massification de la paupérisation et de la précarisation, etc.] d’un système de violences policières tellement ancré et banalisé qu’il dispose désormais d’une certaine autonomie y compris vis-à-vis du pouvoir politique comme plus globalement du champ politique [Comme en témoigne par exemple le pouvoir de pression des syndicats de policiers].

Un héritage du temps long
A l’occasion des commémorations de la victoire contre le nazisme, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner rend hommage à la police comme suit : «Partout en France, des policiers ont pris le maquis. Partout en France, des policiers ont guetté l’ennemi, traqué la haine, combattu l’oppression. Partout en France, des policiers ont fait le choix de la résistance. » Une telle présentation de la réalité historique est partielle et partiale. Elle occulte la collaboration massive de l’institution policière à la répression pétainiste et nazie, ainsi que la collaboration à la déportation. « Si des policiers se sont engagés dans la Résistance, c’est en désobéissant à leur hiérarchie et à la politique du gouvernement. […] Ce que l’on peut dire, c’est qu’une minorité de policiers s’est engagée dans la Résistance, comme dans l’ensemble de la population. Mais cette minorité de policiers s’est aussi heurtée à une culture professionnelle qui est celle de l’obéissance[xiv] » corrige l’historien Christian Chevandier.

Récemment décédé Raymond Gurême, un des acteurs de la résistance Tsigane rappelle dès les premières lignes de l’avant-propos de son livre de mémoire que « ce sont des fonctionnaires français qui encadraient les camps d’internement pour « nomades », aucun Allemand n’était en vue » et explique sa volonté de témoigner comme suit : « Soixante-dix ans après les évènements, je parle ici, pour saluer la mémoire de ceux que la France a broyés et oubliés[xv]. » Maurice Rajsfus, lui aussi témoin de l’époque confirme les mêmes pratiques pour la déportation des Juifs comme en témoigne les titres sans ambiguïté de deux de ses livres[xvi]. Une telle participation massive n’a débouchée que sur des mesures minoritaires de sanction à la Libération. L’historien Jean-Marc Berlière donne les indications quantitatives suivantes pour la préfecture de Paris [celle dont les agents ont exécutés les rafles sinistres] : 20 % d’agents sanctionnés soit 3939 policiers et seulement 770 révocations[xvii]. L’institution policière sort globalement identique de la période. Les habitudes, les représentations, les routines, les pratiques, etc., peuvent aisément se reproduire sur cette base matérielle et humaine en s’adaptant au nouveau rapport de forces idéologique.

Un tel héritage sera constitutif d’une prédisposition à obéir pendant la guerre d’Algérie c’est-à-dire pendant une séquence institutionnelle qui banalise la surveillance et le contrôle au faciès d’une part et la torture et la répression à grande échelle d’autre part. Le politologue Emmanuel Blanchard[xviii] a restitué dans son excellent ouvrage le rapport particulier entre la police et les « Français Musulmans d’Algérie » (FMA) : recréation de structures policières spécifiques en août 1953 [elles avaient été dissoutes à la libération] c’est-à-dire d’une police d’exception dénommée « Brigades des Agressions et Violences » [BAV], pratique régulière de rafles et de bouclages des territoires où résident les FMA , fichage spécifique, arrestations préventives, contrôles au faciès, couvre-feux réservé uniquement aux FMA en 1958 puis en 1961, etc. Décrivant ces pratiques policières, l’historien Jean-Marc Berlière rappelle : « Tandis que les Compagnies d’intervention, dites « de district » accomplissaient leurs missions de maintien de l’ordre avec une « brutalité erratique » et une violence qui présentent une constante des policiers de la Préfecture de police […] la Police municipale dans la tradition de l’Occupation, met en œuvre tout un travail de police « préventive »[xix]. » Si on ne peut, bien sûr, confondre la situation de l’époque et celle d’aujourd’hui, force est de constater l’existence de similitudes importantes.

Ces éléments de continuité des pratiques policières de l’époque coloniale à aujourd’hui s’expliquent par la continuité de la structure institutionnelle qui n’a pas été remise en cause au moment des indépendances. Ils s’expliquent également par la continuité des personnels. En effet la fin de la guerre d’Algérie signifie également le retour dans l’hexagone des policiers et CRS d’Algérie. Plus globalement des milliers d’agents ont été affectés dans la colonie pour des durées variables pendant l’ensemble de la guerre. Soulignons également qu’à partir de la décennie 50 l’institution policière est le lieu d’une hausse importante du recrutement liée aux départs à la retraite. De nombreux appelés de retour d’Algérie se reconvertiront ainsi dans la police. Enfin même les agents n’ayant jamais mis les pieds en Algérie ont été confrontés à la guerre qui s’est, on l’oublie trop souvent, également déroulée dans l’hexagone. « A cette époque, explique la sociologue Françoise de Barros, une part importante des nouveaux gardiens de la paix parisiens, eux-mêmes en nette augmentation, sont susceptibles d’avoir une expérience non pas tant de l’Algérie que de la guerre d’indépendance et donc de ses violences extrêmes[xx] ». La longévité professionnelle d’un Papon indique que la continuité est identique pour la hiérarchie. La continuité des pratiques a une base matérielle, structurelle et culturelle qui irrigue l’ensemble de l’institution, certes de manière différenciée selon les régions mais de manière prégnante dans les grandes agglomérations. La « culture » professionnelles, le rapport à certaines populations, les habitus, la conception du métier et des objectifs de la profession, les contenus de formation, etc., ne peuvent pas ne pas être influencés par cette « mémoire incorporée » c’est-à-dire, explique le sociologue et anthropologue Didier Fassin, par l’inscription « de l’histoire […] dans les interstices de la vie quotidienne, dans les discours et les actes, dans les représentations et les pratiques[xxi] ».

Contrôler les « classes dangereuses »
Un tel héritage ne peut cependant pas perdurer aussi longtemps sous le seul effet de la reproduction institutionnelle systémique. C’est aussi le lien avec le contexte politique global qui explique qu’un héritage perdure ou s’amenuise, se reproduit ou mute, s’inscrit dans la durée ou s’amenuise avec le temps. A l’héritage raciste fondé pendant la colonisation, exacerbé pendant la guerre d’Algérie et concrétisé par une socialisation guerrière des agents, se sont greffé les politiques sécuritaires contemporaines en direction des quartiers populaires. Celles-ci sont historiquement repérables dans l’émergence du thème de l’ « insécurité » dans le débat politique électoral à partir du milieu de la décennie 70 c’est-à-dire au moment où la demande d’égalité des héritiers français de l’immigration postcoloniale émerge. Jusque-là invisibles et invisibilisés comme leurs parents, cette nouvelle génération entre en révolte contre les discriminations racistes qu’ils découvrent en sortant de l’enfance sur les différents marchés des biens rares (logement, travail, formation, etc.). Par l’art, la contestation pacifique [qui aura comme summum la marche pour l’égalité de 1983] mais aussi la révolte sociale [Individuelle par les attitudes et comportements revendicatifs par rapports aux institutions, de groupes sous la forme des « rodéos » de la décennie 80 ou collective sous la forme des révolte de quartiers avec comme point d’orgue la révolte de novembre 2005] ces français exigent un traitement égalitaire.

Les choix économiques néolibéraux qui s’enclenchent à partir de 1983 ferment la porte à toute réponse politique structurelle à ces inégalités et discriminations massives. Le cycle des politiques sécuritaires en direction des quartiers populaires se déploie à droite bien sûr mais également dans une partie non négligeable de la « gauche » qui considère désormais qu’il ne faut plus parler de « causes sociales » et qu’il faut cesser d’ « accorder aux délinquants des excuses absolutoires pour cause de pauvreté ou d’immigration [xxii] » selon les mots de Chevènement. Il ne reste dès lors qu’une orientation possible résumée par le titre du livre coordonnée par Laurent Mucchielli en 2008 : « La frénésie sécuritaire: Retour à l’ordre et nouveau contrôle social[xxiii]. » La logique dominante discursive et pratique se traduira sous la forme de cinq tendances que cet auteur nomme : dramatisation, criminalisation, déshumanisation, disciplinarisation et désocialisation. Concernant les missions de la police dans les quartiers populaires le modèle assumé devient de manière grandissante celui de la « guerre intérieure ». Le sociologue Mathieu Rigouste résume comme suit cette logique de guerre enclenchée depuis le début de la décennie 90 :

La répression des révoltes de l’automne 2005 a déterminé de la même manière l’intensification et la diversification de mécanismes amorcés et expérimentés depuis déjà une décennie. Les quartiers populaires ségrégués servaient de territoire d’expérimentation pour l’importation de la guerre urbaine et du contrôle des foules dans le maintien de l’ordre, depuis les émeutes de Villeurbanne au début des années 1990. Leur traitement médiatico-politique aura permis de légitimer l’émulation d’un processus de fusion des techniques policières et militaires dans le quadrillage des territoires d’exception. Cette dynamique s’inscrivait déjà dans la redéfinition et le redéploiement de la gendarmerie – structure de statut militaire – et une superposition des maillages de sécurité et de défense sur les zones grises[xxiv].

A l’ancien modèle de sur-surveillance de certaines populations conduisant déjà au contrôle au faciès à répétition et aux violences policières se cumule désormais un modèle de « conquête territoriale » conduisant logiquement à une hausse de ces mêmes violences. Car une telle volonté de contrôle d’une population et de ses territoires d’habitation suppose des missions nouvelles pour les agents des forces de l’ordre. Le reste en découle : création de nouvelles unités spécialisées (Brigades Régionales d’Enquêtes et de coordination- BREC, Brigade anti-criminalité – BAC), multiplication des contrôles d’identité, surarmement, militarisation de l’armement policier, opérations coup de poing, banalisation des fouilles et palpations, etc. On comprend mieux dès lors comment l’héritage policier lié à l‘époque coloniale a pu perdurer en dépit du temps qui passe.

L’infiltration de l’extrême-droite
Si la centralité du thème de l’insécurité ne peut pas se résumer à l’action de l’extrême-droite, celle-ci a cependant occupée une place non négligeable dans son installation. Portée par les choix sécuritaires des différents gouvernements depuis de nombreuses décennies, l’extrême-droite développe une stratégie autonome d’enracinement dans la police qui est, selon nous, un troisième facteur du caractère devenu systémique des violences policières qui se surajoute aux deux précédemment cités. L’impact idéologique et organisationnel grandissant de celle-ci dans l’institution policière est repérable à la fois dans l’évolution des votes aux différentes élections politiques, dans ceux des scrutins syndicaux et dans d’autres expressions publiques inquiétantes. Une enquête du Cevipof de 2016 précise que 51.5 % des policiers et militaires déclare avoir voté Front National aux régionales de 2015 [contre 30 % à la présidentielle de 2012][xxv].

Concernant le poids syndical seule la Fédération professionnelle indépendante de la police (FPIP) est classiquement classée à l’extrême-droite ce qui, compte-tenu de ses scores [1.2 % aux élections professionnelles de 2018], semble attester d’une faible influence syndicale. Une telle conclusion sous-estime la réalité de l’influence de l’extrême-droite. « Le taux de syndicalisation étant très élevé au sein de la police et sachant que les syndicats jouent un grand rôle dans les promotions […] de nombreux policiers ouvertement d’extrême droite se sont syndiqués auprès d’une grande centrale plutôt qu’un syndicat minoritaire d’extrême droite » explique un article du site « Quartiers Libres » consacré à la « radicalisation policière[xxvi] ». Les syndicats Alliance et Synergie-Officiers, habituellement classés à droite recueillent les voix de ces agents d’extrême –droite comme en témoigne leurs déclarations publiques et prises de position[xxvii].

Mais se sont d’autres facteurs, moins quantifiables, qui permettent de mesurer l’infiltration de l’extrême-droite dans la police. Le premier est la pratique de rassemblements publics comme celui de mai 2016 où Marion Maréchal Le Pen et Gilbert Collard prennent la parole, puis celle de manifestations de rue « sauvages » comme celles d’octobre 2016 où des policiers défilent cagoulés et armés. Enfin les manifestations des Gilets Jaunes et celles contre la réforme des retraites ont vu se multiplier le port de symboles d’extrême-droite sur des uniformes (écussons, insignes, autocollants, etc.). « Des nazis dans la police » titrait déjà en 2014 le journaliste Aziz Zemouri en rappelant qu’ « à plusieurs reprises, des fonctionnaires de police ont signalé à leur hiérarchie que des collègues arboraient des signes de ralliement au nazisme. En vain[xxviii]. » Ces pratiques nouvelles sont certes minoritaires mais elle souligne l’existence d’une extrême-droite policière s’estimant suffisamment solide pour oser une visibilité politique.

Héritage colonial, choix politiques sécuritaires comme seules réponses aux exigences d’égalité des habitants des quartiers populaires, stratégie de contrôle des « classes dangereuses » et de leurs territoires d’habitation sur le modèle d’une « guerre intérieure », impunités policières, discours politiques et médiatiques stigmatisant les quartiers populaires, infiltration de l’extrême-droite, etc., l’ensemble de ces ingrédients ont finis avec le temps par se cumuler et interagir pour se renforcer l’un l’autre c’est-à-dire par faire système. Camélia Jordana n’a fait que mettre des mots sur une réalité : les violences policières sont logiques et prévisibles ; elles sont le résultat d’un système construit historiquement et politiquement. Rendre visible cette réalité est le premier pas pour la faire cesser. Situer la lutte contre les violences policières en haut de l’agenda militant et politique en est un second tout aussi urgent. Il ne s’agit pas d’une question secondaire mais d’une condition incontournable pour que la « convergence » que beaucoup appellent de leurs vœux cesse d’être un discours abstrait et non crédible.
[i] Louis-Valentin Lopez, Violences policières : voici ce qu’a dit exactement Camélia Jordana, https://www.franceinter.fr/societe/violences-policieres-voici-ce-qu-a-dit-exactement-camelia-jordana, consulté le 26 mai 2020 à 9 h 00.
[ii] Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli, La police dans les quartiers populaires : un vrai problème !, Mouvements, N° 44, mars – avril 2006, p. 58.
[iii] Michel Kokoreff, Pierre Barron, Odile Steinauer, Enquête sur les violences urbaines. Comprendre les émeutes de novembre 2005. L’exemple de Saint-Denis, Rapport Final, novembre 2006, p. 12.
[iv] Amnesty International, France : Pour une véritable justice. Mettre fin à l’impunité de fait des agents de la force publique dans des cas de coups de feu, de morts en garde à vue, de torture et autres mauvais traitements, Londres, 6 avril 2005.
[v] Ivan du Roy et Ludo Simbille, 676 morts en 43 ans, https://bastamag.net/webdocs/police/, consulté le 26 mai 2020 à 11 h00.
[vi] Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, L’ordre et la force. Enquête sur l’usage de la force par les représentants de la loi en France, Rapport d’enquête, 2015, p. 16.
[vii] Didier Lapeyronnie, Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui, Paris, Robert Laffont, Paris, 2008, p. 262.
[viii] Elaboré initialement par la sociologue Dominique Memmi pour rendre compte des relations de domination au sein de l’espace domestique (aides à domicile, domestiques, relations au sein d’un couple, etc.), le concept de « domination rapprochée » s’est rapidement élargi à l’étude d’autres relations sociales caractérisées par une relation hiérarchique. Cf : Dominique Memmi, Mai 68 ou la crise de la domination rapprochée, in Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti, Bernard Pudal (dir.), Mai-juin 68, Éditions de l’Atelier, Paris, 2008.
[ix] Alex Albert, Tutoyer son chef. Entre rapports sociaux et logiques managériales, Sociologie du travail, volume 61, n° 1, janvier-mars 2019, p. 3.
[x] Décision MDS-2010-34 du 4 janvier 2012 relative aux circonstances d’une verbalisation par des fonctionnaires de la brigade des réseaux ferrés, consultable sur le site du défenseur des droits
[xi] Cf mon article : Quartiers Populaires et institution policière : une humiliation raciste et sexiste atmosphérique, https://bouamamas.wordpress.com/2017/02/21/quartiers-populaires-et-institution-policiere-une-humiliation-raciste-et-sexiste-atmospherique/,
[xii] Défenseur des droits, Relations police/population : le cas des contrôle d’identité, Paris, 2016, p. 17.
[xiii] Human Rights Watch, La base de l’humiliation. Les contrôles d’identité abusifs en France, janvier 2012.
[xiv] Interview de Christian Chevandier, Un historien nuance les propos de Christophe Castaner, https://www.francetvinfo.fr/culture/patrimoine/histoire/partout-en-france-des-policiers-ont-fait-le-choix-de-la-resistance-un-historien-nuance-les-propos-de-christophe-castaner_3435681.html, consulté le 27 mai 2020 à 11 h 20.
[xv] Raymond Gurême, Interdit aux nomades, Calmann Levy, Paris, 2011, Avant-propos.
[xvi] Maurice Rajsfus, La Police de Vichy, Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo 1940-1944, Le Cherche midi, Paris, 1995 et Drancy, un camp de concentration très ordinaire, 1941-1944, Le Cherche midi, Paris, 2005.
[xvii] Jean-Marc Berlière, L’épuration de la police parisienne en 1944 -1945, Vingtième siècle, n° 49, 1996, p. 66.
[xviii] Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les algériens, 1944 -1962, Nouveau-Monde, Paris, 2011.
[xix] Jean-Marc Berlière, Policiers et pouvoir politique en période de crise : L’exemple de la Guerre d’Algérie (1958-1962), in Jean-Marc Berlière (dir.), Métiers de police: être policier en Europe, XVIII-XXe siècle, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 534.
[xx] Françoise de Barros, La police et les Algériens : continuités coloniales et poids de la guerre d’indépendance, https://www.metropolitiques.eu/La-police-et-les-Algeriens.html, consulté le 28 mai 2020 à 8 h 20.
[xxi] Didier Fassin, Quand les corps se souviennent: expériences et politiques du sida en Afrique du Sud, La Découverte, Paris, 2006, p. 332.
[xxii] Jean-Pierre Chevènement, Discours de Vincennes du 9 septembre 2001, brochure du Comité de soutien « Chevènement 2002 ».
[xxiii] Laurent Mucchielli (dir.), La frénésie sécuritaire: Retour à l’ordre et nouveau contrôle social, La Découverte, Paris, 2008.
[xxiv] Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, Cultures et Conflits, n° 67, automne 2007, p. 169.
[xxv] Luc Rouban, Les fonctionnaires et le Front national, L’enquête électorale française : comprendre 2017, note n° 3, CEVIPOF, Paris, Décembre 2015, p. 3.
[xxvi] Radicalisation policière : le poids de l’extrême-droite dans les forces de l’ordre, Quartiers Libres, 26 juin 2017.
[xxvii] Voir sur cet aspect les exemples donnés par le magazine Bastamag, Les syndicats de police, combien de division, https://www.bastamag.net/policiers-marce-de-la-colere-suicides-heures-supplementaires-maintien-de-l-ordre-CRS-BAC-violences-repression-blesses-LBD, consulté le 28 mai 2020 à 15 h.
[xxviii] Aziz Zemouri, Des nazis dans la police, Le Point DU 28 novembre 2014.

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 05-06-2020 à 07:25:00   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Lire aussi :

Racisme dans la police: ces agents toujours en poste malgré leurs injures racistes

Adama Traoré : le "New York Times" tacle"l'impunité" de la police française



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Invisibiliser les violences policières jusqu'à interdire de les filmer?
Alors que 20.000 personnes manifestaient hier contre les violences policières et pour rendre justice à Adama Traoré, une proposition de loi d'Eric Ciotti veut interdire de filmer les policiers.


"Qui peut affirmer avec certitude que sans la vidéo prise par un témoin, l’origine de la mort de George Floyd aurait été connue? En France, qu’aurions-nous su des violences subies par Cédric Chouviat, Aboubakar Fofana, Samir, Sofiane, Ramatoulaye, de toutes les violences policières –parfois graves au point d’entraîner la mort– révélées par des vidéos?

À l’inverse, les familles et proches d’Adama Traoré, Ibrahima Ba, Lamine Dieng, Mohamed Boukourou, et tant d’autres ont eu beau dénoncer les violences dont ils ont été victimes, aucune de leur plainte n’a débouché. Leur point commun: aucun témoin n’avait filmé les faits...."

L'article se place sur le terrain de la légalité bourgeoise et de la social-démocratie, cependant le projet de loi avancé par Ciotti est un pas dans la fascisation, qui vise soit à évincer le RN, soit à constituer avec lui un front fascisant.


Edité le 05-06-2020 à 08:06:03 par Xuan




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Mohammed Helmi Gabsi, 34 ans est mort au commissariat de Béziers vers 23h30 le mercredi 8 avril, après son interpellation par la police municipale pour “non respect du couvre-feu”.

Selon le récit publié par France Bleu jeudi, trois policiers municipaux décident, vers 22h30, de contrôler Mohamed, qui marchait dans les rues de Béziers, alors que son maire Robert Ménard, qu’on ne présente plus — raciste, islamophobe et adepte de la théorie extrémiste du “grand remplacement” — avait été parmi les trois premiers maires, dès le 21 mars, à décréter un couvre-feu interdisant tout déplacement de 20h à 6h (*).

L’interpellation est brutale. Le procureur de Béziers fera cette déclaration jeudi 9 avril :

Les policiers municipaux entendus dans la nuit en audition libre ont expliqué avoir eu des difficultés à le menotter puis à le faire entrer à l’arrière de leur véhicule en le maintenant sur le ventre. Un policier municipal se serait alors assis sur les fesses de l’individu encore très excité dans le but de le maintenir jusqu’à sa conduite au commissariat de police à quelques centaines de mètres du lieu d’interpellation. Il se serait calmé au cours du bref transport, les trois policiers affirmant l’avoir entendu “ronfler”, leur laissant penser qu’il s’était endormi.

Procureur de Béziers


Pourtant, à leur arrivée au commissariat, Mohamed ne respire plus et son décès est constaté à 23h30.

Très rapidement, comme toujours, les premières dépêches et les articles mettent le paquet pour criminaliser la victime. Comme si avoir un casier judiciaire justifiait de mourir étouffé dans une voiture de police. La machine à fabriquer l’impunité se met rapidement en marche.

De plus, selon les premiers éléments, Mohamed est d’abord présenté comme sans domicile fixe avant que, étrangement, cette mention ne disparaisse progressivement de tous les articles relatant sa mort. Serait-ce pour éviter tout lien entre sa mort et l’action municipale, qui, ce même jour (source France 3), a fait enlever l’ensemble des bancs publics de la ville? Une ville où la “police”, sous toutes ses formes, est particulièrement choyée. En 2015, la ville se vantait déjà de ses nouvelles armes à feu en dotation pour les policiers municipaux en en faisant la publicité dans les rues de la ville (photo de une). Bien avant le confinement, en février 2020, Ménard était fier de communiquer sur le lancement de “patrouilles mixtes” composées de policiers nationaux et municipaux. “Les agents partagent les mêmes locaux. Une mutualisation des moyens pour une meilleure proximité” (source France Bleu).

Pourtant, de nombreuses personnes vivent des conditions de confinement difficile voire misérables. S’appliquer à rendre aussi invivable l’extérieur que l’intérieur relève du pur cynisme. La ville de Béziers a, depuis longtemps, une longueur d’avance sur le devenir fasciste de notre société. Le 8 avril, ce n’est pas une des armes à feu dont sont équipées la police municipale de Béziers qui a tué un homme, mais bien, une nouvelle fois, une “technique d’immobilisation” : au moins un des agents s’est assis sur l’homme allongé à plat ventre et menotté dans la voiture. Ces techniques détestables sont responsables d’un nombre conséquent de décès, provoqués par des interventions des forces de l’ordre, comme le rappelle la campagne “Laissez-nous respirer!” du Collectif vies volées qui lutte depuis des années pour leur interdiction totale.

_____________________


Sur la misère et la répression policière : écrit par un proche de Mohamed Helmi Gabsi

Je m’appelle Mohamed Helmi Gabsi.
J’ai 34 ans à peine, je suis père de trois enfants.
Hier soir, j’ai rencontré la police municipale de Béziers… Le couvre-feu avait déjà sonné…
J’en suis mort.
Comme à leur habitude, les policiers n’y sont pas allés de main tendre…
J’ai été violenté par plusieurs hommes, bien trop nombreux, puis porté comme un objet dans la voiture… Des vidéos insoutenables montrent mes derniers instants…
Une violence inouïe, j’appelais au secours, mais… J’étais seul.
Le policier municipal l’avouera plus tard: ils m’ont mis sur le ventre dans la voiture, et il s’est assis sur moi tout le long du trajet… Il dira tout simplement qu’il croyait “que je dormais”.
Arrivé au commissariat, la police nationale m’a récupéré inconscient de leurs mains, eux et les pompiers ont essayé de me prodiguer les premiers soins pour sauver ce qu’il restait de ma vie…
Trop tard.
Ces mêmes policiers savent que la municipale est violente, qu’elle ne sait pas gérer les situations, qu’elle excite et provoque au lieu de calmer, qu’elle n’est pas formée pour maîtriser les dangers… Je le savais déjà mais aujourd’hui : j’en suis mort.
J’ai fait des erreurs dans ma vie, car elle n’était pas aussi simple que la vôtre… Mais malgré ça : j’étais très aimé dans ma ville.
J’ai perdu ma mère jeune, j’ai perdu un frère, j’ai vécu des choses atroces que vous ne pouvez pas connaître, loin de mon environnement et pourtant si proches. J’ai vécu des choses qui vous auraient fait sombrer dans la folie… Mais les médias ne vous le diront pas.
Pour justifier l’horreur, pour minimiser l’injustifiable : ils feront tout pour me salir… Ils feront tout pour noircir ma vie plus qu’elle ne l’était déjà… Et comme d’habitude : vous les croirez… Mais aucun de vous n’a porté mes chaussures, aucun de vous n’a vécu ce que j’ai vécu et ça… Ils ne vous le diront pas.
Il est peut-être normal pour eux qu’un homme soit mort dans les mains de la police municipale, sans avocat ni jugement, sans foi ni loi, condamné à une violence mortelle… Juste parce qu’il était dehors…
Plus jeune, je jouais tout le temps au foot avec tout le monde, j’étais heureux, plein d’ambition, toujours souriant… C’est comme ça que je me suis fait connaître des plus jeunes et des moins jeunes. C’est comme ça qu’on m’a aimé.
Puis la noirceur de la vie a eu raison de moi, les malheurs, la difficulté, des épreuves insurmontables, même pour vous…
Les policiers municipaux n’ont jamais été tendres avec moi… Lors de leur dernière interpellation violente envers moi il y a quelques jours, je l’annonçais déjà comme une prémonition : “aidez-moi, ils vont me tuer”…
Quelques jours plus tard… Hier soir… C’était chose faite.
S’en souviendront-ils ? Penseront-ils à ma famille ? S’occuperont-ils de ceux que j’aime ? De mes enfants ?
Je ne les verrai pas grandir…
Je le répète, ils font tout pour me salir, se protègent les uns les autres… Ils iront jusqu’à mentir et utiliser les termes les plus déshumanisants contre moi, pour vous faire oublier que moi aussi… J’avais une âme. Moi aussi, j’avais un cœur… Moi aussi, j’avais le droit de vivre…
Oui… Ils font tout pour me salir, comme pour faire oublier l’horreur de leurs propres actes, comme pour détourner l’attention de ce qu’ils m’ont fait… Ils font tout pour me salir…
Mais ils ne connaissent rien de ma vie, ils ne savent rien des mes épreuves rencontrées et endurées, ils ne savent rien de l’amour que j’ai reçu et que j’ai donné… S’ils sont toujours heureux au même âge que moi : c’est juste que leur vie a été beaucoup plus rose que la mienne. Pensez-vous réellement que je l’ai choisi ?
Qu’est ce qui méritait que je sois mort à même la rue, sans aucun jugement, sans la moindre loi ?
Qu’est ce qui méritait que je sois traité bien pire que la manière dont ils traitent les meurtriers et les pires criminels ?
Je n’ai jamais enlevé la vie, et mes amis vous le diront: j’étais un homme bon, j’avais du cœur, et j’aimais aussi.
Mes enfants seront sans père… Car hier… J’ai rencontré la police municipale.

Ecrit par un proche de Mohamed Helmi Gabsi


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   Posté le 07-06-2020 à 08:11:58   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Manifestation du PCF à Béziers

Le Midi Libre :




La section locale du Parti communiste avait battu le rappel dans la semaine. Ce samedi en fin de matinée, devant la stèle Jean-Moulin - tout un symbole - près de 200 personnes (150 selon la police) se sont réunies pour appeler à la "Justice pour George Floyd", du nom de cet Afro-Américain tué par un policier à Minneapolis (USA). Syndicats (CGT, FO) et associations locales avaient également répondu à l'appel. Les prises de paroles ont rapidement pris des accents politiques dénonçant, tour à tour, "les violences policières" ou "ce racisme qui en arrive jusqu'à la mort". Les manifestants se sont séparés dans le calme un peu avant midi ; un petit groupe a néanmoins prolongé la protestation jusque devant le commissariat avant de rejoindre le parvis de la mairie où ils ont posé un genou à terre.

Le 06 juin 2020 à 13:01


Edité le 07-06-2020 à 08:13:02 par Xuan




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   Posté le 12-06-2020 à 11:14:44   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La fascisation en lien avec les bandes fascistes au sein de la police, et encouragée par le RN, reçoit un large écho dans les médias.

Après les déclarations de Castaner les milieux fascistes de la police sèment l'agitation en profitant de la dégradation des conditions matérielles.
Il est clair que la polémique sur le traitement des délinquants dissimule la répression violente des manifestations que nous avons pu observer contre les gilets jaunes par exemple.
Le Pen a nié les violences policières y compris contre les manifestants en les réduisant à des cas personnels. Simultanément "génération identitaire" manifeste à Lyon.

Voir :
deux policiers condamnés à quatre ans de prison pour violences policières toujours en exercice


Edité le 12-06-2020 à 11:28:10 par Xuan




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   Posté le 12-06-2020 à 11:17:49   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Regardez “Police illégitime violence”, un documentaire subtil et fort


52 minutes à regarder
Marie Cailletet
Publié le 08/06/20 mis à jour le 10/06/20

vidéo sur le site

En 2015, dix-huit mineurs portent plainte pour violences policières contre une brigade du 12e arrondissement parisien. S'emparant de ce dossier, le film de Marc Ball pose plus largement la question des relations entre forces de l'ordre et citoyens. A voir absolument alors que le défenseur des Droits Jacques Toubon vient de remettre un rapport sur cette histoire, pointant “un système de contrôles discriminatoires dans ce quartier à l’égard de ce groupe de jeunes”.

« Quand on dit contrôle de police, c’est contrôle de police point barre, rugit la policière. Ici, on est dans un État de droit, c’est la République française. » En face, le « suspect » ose un timide : « Mais pourquoi tu sors ta matraque ? Je t’ai menacé, moi ? » Les images sont chavirées, la nuit enveloppante, le son crachotant… mais la vidéo a le mérite d’exister, qui nous montre une brigade du 12e arrondissement parisien en action. Une escouade qui a défrayé la chronique en 2015, lorsque dix-huit mineurs et jeunes adultes ont déposé une plainte collective visant onze fonctionnaires de police pour agressions verbales, physiques et sexuelles, arrestations arbitraires… (1)

Loin d’être anecdotique, l’affaire met au jour la défiance entre jeunes et forces de l’ordre dans nombre de quartiers populaires, où le moindre contrôle d’identité peut dégénérer en bavure ou en rébellion. Arrimé au dossier parisien, le film questionne cette violence à bas bruit, cette tension latente, génératrices de rancœurs qui créent un climat délétère. Et mènent à l’impasse.

Subtil et fort, le documentaire construit son propos autour des témoignages des adolescents, d’éducateurs mais aussi de policiers qui s’essaient, par le dialogue, à trouver une issue. « Ce n’est pas parce qu’on est arabe, noir, jeune qu’on est forcément un délinquant en puissance. Ou parce qu’on est policier qu’on est forcément raciste ou facho » , martèle un éducateur.

Parvenir à faire société commune, tel est désormais l’enjeu selon le film, qui postule que le quadrillage policier, la violence des interpellations longtemps réservés aux quartiers populaires concernent désormais les mouvements de contestation sociale. Creusant un fossé avec des pans toujours plus importants du pays.

(1) En avril 2018, trois policiers ont été condamnés à cinq mois de prison avec sursis pour usage de la force illégitime.

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marquetalia
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   Posté le 16-06-2020 à 23:40:31   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Le Rassemblement National est mal placé pour critiquer les islamistes,qu ils ont eux-mêmes soutenus en Afghanistan contre l Armée Rouge.evidemment,ces cocoricos pro-sionistes qui n ont toujours pas digéré la perte de l Indochine et de l Algerie vous répondront que " dans ce cas il s agissait de combattre le marxisme",alors que l armement de ces moudjahidines est l acte fondateur du terrorisme sunnite,ceux du Rn me font penser à ce Besancenot qui veut livrer des armes aux Tibétains....


Edité le 16-06-2020 à 23:47:40 par marquetalia




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Xuan
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   Posté le 17-06-2020 à 11:05:45   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je crois qu'il faut s'interroger sur l'intégration ou pas du RN dans l'éventail politique de la bourgeoisie, mais à partir de faits réels et non de nos souhaits ou de nos suspicions.
Par exemple la fin des municipales va certainement nous éclairer sur les combinaisons politiciennes entre LREM, LR et RN.

On constate des alliances entre LREM et LR et ce serait judicieux d'en établir la liste et l'importance, par exemple à Paris.
à Arcueil entre LREM et LFI.
alliance EELV-LFI-PS et LREM à Nîmes
Sète : Les Républicains divisés entre alliance avec le RN ou LREM
Mais le plus intéressant serait de voir à quel point LR et RN font front commun.
On ne peut pas tirer de conclusion de cas particuliers, mais seulement de la tendance en cours.

Ceci dit pour revenir au sujet :




Edité le 17-06-2020 à 11:09:05 par Xuan




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   Posté le 18-06-2020 à 20:06:59   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Violences policières : Une colère populaire qui vient de loin face au déni politique

Publié le 18 juin 2020par bouamamas

https://bouamamas.wordpress.com/2020/06/18/violences-policieres-une-colere-populaire-qui-vient-de-loin-face-au-deni-politique/

La vague de manifestations populaires qui secoue la planète et l’hexagone en réaction à l’assassinat de Georges Floyd est certes exceptionnelle mais pas surprenante, inattendue en terme d’ampleur et de propagation mais pas imprévisible, donneuse de puissance mais également confrontée à un déni systémique. Concernant la France, elle souligne à la fois les progrès immenses obtenus par la mobilisation militante depuis plusieurs décennies et l’ampleur du chemin qui reste à parcourir. Elle met en exergue l’importance des conscientisations qui se sont accumulées au cours des luttes passées et leur accélération dans la dernière période [caractérisée par la généralisation à des « blancs » de pratiques banalisées pour les « colorés » des quartiers populaires]. L’assassinat de Georges Floyd fait en conséquence fonction de déclencheur révélant une cause plus profonde. Comme les révoltes des quartiers populaires de novembre 2005 une digue saute, une goutte fait déborder un vase, une accumulation quantitative de colères populaires débouche sur une transformation qualitative. Comme celles-ci le mouvement actuel ébranle l’ordre de l’injustice mais suscite aussi immédiatement des stratégies visant à modifier à la marge cet ordre pour mieux le préserver et le reproduire.


Une colère politique qui vient de loin

Quatre facteurs sont, selon nous, à prendre en compte pour saisir les forces de notre mobilisation collective actuelle mais aussi les menaces qui pèsent sur lui. Ils se sont cumulés progressivement avec chacun leur dynamique propre et leur temporalité spécifique pour créer les conditions de possibilité de la mobilisation. Ni résultat d’un amalgame ou d’un mimétisme avec la situation états-unienne comme le serinent officiels et « chroniqueurs » des grands médias, ni mouvement spontané produit par l’effet magique des réseaux sociaux, le mouvement de protestation actuel émerge de la dynamique de coagulation de ces quatre facteurs créant la rencontre entre une structure d’opportunité politique et une révolte ancienne en recherche d’un canal d’expression. La prise en compte de cette base matérielle et de ses effets sur les subjectivités et les consciences est incontournable pour comprendre la situation et en conséquence continuer la lutte.

Tout le monde l’a compris, manifestants comme gouvernement ou représentants de l’institution policière, l’enjeu du mouvement actuel est fondamentalement politique et la nature de celui-ci est entièrement politique. En témoigne à la fois l’insistance des manifestants sur la dimension systémique des violences policières et le déni généralisé sur une quelconque cause institutionnelle de la part du gouvernement et des syndicats de policier. Ce caractère politique vient contredire l’image encore trop fréquente des quartiers populaires comme « désert politique[i] ». En dépit de multiples difficultés [précarité des habitants et des militants, diabolisation de ceux-ci comme « communautaristes », répression directe ou indirecte[ii] [par la coupure de subventions, le non accès aux équipements publics ou les poursuites judiciaires usantes] des associations et collectifs, une transmission des savoirs et des expériences des luttes antérieures a quand même eu lieu. Cette transmission est éparpillée, non systématique, partielle et incomplète, inégale selon les lieux, etc., mais constitue néanmoins le premier facteur explicatif de l’ampleur du mouvement de contestation. Les chanteurs de Rap, les initiatives des associations militantes et des collectifs contre les violences policières, la multiplication des pratiques de transmission de la mémoire [sur les réseaux sociaux en particulier], etc., ont inscrit les violences policières dans le processus de socialisation des nouvelles générations des quartiers populaires. Complétée par la confrontation quotidienne aux pratiques policières, cette transmission, aussi insuffisante et partielle soit-elle a été un levier de la prise de conscience que nous n’avions pas à faire à des « bavures » mais aux résultats logiques de choix politiques.

Ce premier facteur s’inscrit en outre dans une séquence historique précise marquée d’une part par la dégradation massive des conditions d’existence dans les classes et quartiers populaires et par d’autre part un éloignement progressif de la période de la guerre d’Algérie et plus largement de la colonisation. Cette séquence historique est selon nous le second facteur explicatif. La massification et la paupérisation a en effet touché massivement l’ensemble des jeunesses des quartiers populaires, les discriminations racistes venant ajoutées pour les jeunes « racisés » des inégalités supplémentaires significatives. Or même si les processus de ségrégation tendent à produire une répartition colorée des espaces d’habitation, les quartiers populaires restent habités par une population multiple en termes d’origine. Les jeunes « blancs » et « blanches » des quartiers populaires ont eu comme amis et amies d’enfance et d’adolescence des Mohamed et des Babakar, des Aminata et des Malika. Ils et elles ont été témoin des discriminations et des pratiques policières qu’ils et elles subissaient et du traitement médiatique et politique de celles-ci.

L’éloignement progressif de la période coloniale pour sa part ne fait pas disparaître entièrement les représentations sociales racistes qui lui été liées mais en atténue inévitablement l’ampleur et les effets. La guerre d’Algérie ne fut pas seulement un moment d’affrontement armé mais également une séquence de guerre idéologique intense et multiforme qui eut un effet de socialisation politique sur une partie non négligeable de la jeunesse de l’époque. Si une partie de la jeunesse hérite de cette « socialisation de guerre » une orientation anticolonialiste [mai 68 et son anti-impérialisme est à cet égard en filiation avec la guerre d’Algérie], une autre sort de la guerre imbibée de représentations sociales racistes, d’images essentialistes sur les anciens colonisés [leurs « altérités », leurs cultures, leurs religions et essentiellement l’Islam]. Certes ces représentations sociales racistes ont continuées à être produites et reproduites après les indépendances par de multiples canaux mais dans une intensité inévitablement moindre et sous une forme moins directe que pendant les 8 années de guerre. S’il y a eu tant d’effervescence politique ces dernières décennies pour réactiver idéologiquement ces représentations [multiples débats sur le foulard depuis 2004, discours sur l’Afrique non entrée dans l’histoire, loi sur l’œuvre positive de la colonisation] c’est justement parce qu’elles s’amenuisaient sans disparaître entièrement. Ce second facteur expliquait déjà en 2004 qu’une partie non négligeable de la jeunesse « blanche » des quartiers populaires s’est tenue à distance de l’hystérie politique sur le foulard[iii]. Elle explique aujourd’hui la présence remarquée de cette jeunesse dans le mouvement. Ce n’est pas toute la jeunesse « blanche » qui est aujourd’hui plus fortement mobilisée contre les violences policières mais une partie de celle issue des classes populaires [classe ouvrière et fraction inférieure de la petite-bourgeoisie] qui a vécu des espaces-temps de socialisation communs avec leurs pairs racisés. Nous disons sciemment une partie car une autre composante de cette jeunesse tourne son regard en direction de l’extrême-droite.

Le troisième facteur est également de nature sociologique et se situe dans le développement de la négrophobie qui pour être ancienne et durable n’en connaît pas moins une intensification importante. Au fur et à mesure que s’intensifiait l’enracinement de cette « nouvelle » immigration se développait la prise de conscience non seulement de cette négrophobie mais également de sa négation par les discours politiques et médiatiques de gauche comme de droite. « Les immigrés originaires d’Afrique subsaharienne n’étaient que 20 000 en France au moment du recensement de 1962, contre 570 000 en 2004, soit une multiplication par 27 en un peu plus de 40 ans[iv] » indiquent les données statistiques disponibles. Ce n’est qu’avec le nouveau siècle qu’émerge une génération quantitativement importante de descendant de cette immigration subsaharienne c’est-à-dire une génération née française et socialisée en France. Avec elle [et comme précédemment dans la décennie 80 pour les descendants de l’immigration originaire d’Afrique du Nord] se déploie une exigence d’égalité et un refus des places subalternes assignées qui se concrétise par de nombreuses associations et initiatives militantes. Encore plus invisibilisée du fait de son caractère plus récent, cette jeunesse était confrontée de front à la négrophobie et aux politiques de contrôles policiers des quartiers populaires. Les conditions d’une « colère noire[v] » grandissait d’autant plus qu’elle était niée par l’essentiel de la classe politique à droite comme à gauche. Cette « colère noire » s’exprime fortement dans la mobilisation actuelle mais a des racines beaucoup plus profondes. L’incapacité à prendre la mesure de cette colère [qui s’ajoute à celle des autres racisés et à la colère populaire en général] explique les discours actuels sur l’amalgame erroné que feraient les manifestants avec les USA. Un tel discours n’a aucun effet sur les premiers concernés mais peut en revanche en avoir un sur le reste de la population habitué au processus de construction médiatique des quartiers populaires visant à les rendre impopulaires.

C’est à ce niveau que se situe le quatrième facteur explicatif c’est-à-dire la modification de la structure d’opportunité politique. Le mouvement des Gilets jaunes a suscité un vent d’inquiétude certain pour la classe dominante. En dépit de la puissance de ses appareils idéologiques pour invisibiliser les effets catastrophiques de ses choix néolibéraux, les Gilets jaunes mettaient en mouvement, non pas seulement les militants et les syndicalistes qui n’ont jamais cessés leur mobilisation, mais des anonymes habituellement silencieux. La vitesse de la propagation du mouvement, ses formes de luttes, sa popularité, etc., ont conduit la classe dominante à tenter une gestion uniquement répressive de la contestation. Le résultat a été la visibilisation des violences policières qui s’échappaient ainsi du seul territoire des quartiers populaires pour mutiler, éborgner et gazer, des milliers de citoyens. Le spectacle de cette violence policière quotidienne ne pouvait pas ne pas modifier le regard sur cette autre violence policière, raciste celle-ci, qui endeuillait régulièrement les quartiers populaires.

Cette tendance à une mutation des regards fut encore amplifiée par le choix stratégique de certaines associations des quartiers populaires à soutenir le mouvement des Gilets Jaunes (comité Adama, FUIQP, etc.) tout en y apportant leurs revendications spécifiques liées à leur oppression particulière. Le réel social s’imposait et brisait le voile jusque-là efficace des appareils idéologiques d’Etat qui pendant des décennies avaient isolés les quartiers populaires. Dans la même séquence historique l’attentat contre la mosquée de Bayonne rendait impossible la négation dominante de l’existence d’une islamophobie grandissante. Ici aussi la réalité sociale s’imposait aux consciences obscurcies par le déni idéologique. Enfin le mouvement contre la réforme des retraites, qui a subi la même violence que les Gilets jaunes, a renforcé encore la conscientisation à la fois des missions confiées à l’institution policière, de l’impunité qui en découle et de la fascisation de cette institution dont un des indicateurs antérieur était le vote d’extrême-droite grandissant. L’ensemble de ces mutations suscite une tendance à la transformation de la structure d’opportunité politique, desserrant l’isolement des quartiers populaires et de leurs habitants, sans pour autant le faire disparaître entièrement.

L’action des quatre facteurs rapidement décrit ci-dessus explique l’ampleur prise par le mouvement actuel déclenché par l’assassinat de Georges Floyd. L’ampleur du mouvement ne peut se réduire à la seule dimension quantitative. D’autres initiatives ont mobilisées dans le passé des dizaines de milliers de personnes [de la marche pour l’égalité de 1983, déjà contre les violences policières, à la manifestation contre l’islamophobie en novembre 2019 en passant par les mobilisations massives du comité Adama depuis plusieurs années au moment de l’anniversaire de l’assassinat]. Elle tient à la composition des manifestants dont les caractéristiques peuvent, selon nous, se résumer comme suit : présence massive d’une nouvelle génération, présence d’un nombre important de non racisés, présence de représentants et de militant du mouvement syndical, social et politique. Elle tient également à la dissémination des mobilisations dans l’ensemble des grandes villes et des villes moyennes. Elle tient enfin à une médiatisation nouvelle de la question des violences policières tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Les associations et militants [et en particulier le MIB puis les multiples comités de familles de victimes sur la question spécifique des violences policières] qui ont pendant des décennies pris en charge le travail ingrat, couteux et usant de poser les questions qui fâchent [violences policières, discriminations systémiques, racisme d’Etat, etc.], de dénoncer l’occultation de certaines oppressions et exploitations spécifiques (islamophobie, négrophobie, racisme antitsigane, etc.) de rappeler les dimensions du réel absentes des programmes politiques et des agendas revendicatifs, etc., constituent la base matérielle historique du succès indéniable du mouvement actuel.

La contre-offensive idéologique et politique

Notre satisfaction actuelle ne doit pas nous rendre aveugle sur les difficultés qui nous attendent. Après quelques jours d’hésitation liée à l’incertitude sur l’ampleur que prendra le mouvement, la contre-offensive idéologique a d’ores et déjà commencée. En témoigne les réactions gouvernementales et institutionnelles au mouvement de contestation actuel. Celles-ci laissent apparaître six « éléments de discours » [pour reprendre le vocabulaire néolibéral] qui cumulés convergent pour nier le caractère systémique des violences policières et bâtir un « consensus » sur une réforme de façade de l’institution policière.

Le premier élément repérable est le discours sur l’amalgame. Emportés par l’émotion d’une part et par l’instrumentalisation de certains « radicaux » d’autre part, les manifestants feraient un amalgame injustifié entre la situation états-unienne et la situation française. C’est tout simplement oublier que la mobilisation actuelle en France [comme ailleurs] ne peut se limiter à un écho aux mobilisations états-uniennes. La force du mouvement actuel est justement l’articulation d’une dimension d’universalité [la compréhension, même partielle et intuitive, de la fonction systémique du racisme et de l’institution policière à l’ère du néolibéralisme] et d’une dimension de particularité [la figure d’Adama comme symbole des centaines de victimes en France, celle des aborigènes en Australie, etc.]. Là où les manifestants constatent des analogies liées au caractère systémique des différentes violences policières nationales, les pouvoirs publics les accusent d’affirmer l’existence d’une similitude. Une émotion manipulée et instrumentalisée par des radicaux sécessionnistes, tel est le résumé des quelques minutes que Macron a daigné consacrer aux mobilisations massives actuelles dans sa dernière allocution : « Nous serons intraitables face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations, déclare-t-il […] mais ce combat noble est dévoyé […] quand il est récupéré par les séparatismes[vi]». Des dizaines de milliers de manifestants sont ainsi réduits soit en « manipulés » soit en séparatistes. Le message gouvernemental est double et vise deux publics : Discours de menace en direction des manifestants et discours visant à produire une défiance vis-à-vis du mouvement actuel pour le reste de la population.

Le second élément de discours idéologique est lié au premier et en découle, se situe, dans la posture du déni de l’existence d’un racisme institutionnel dans la police produisant des violences policières de nature systémiques. On veut bien reconnaître l’existence d’un problème systémique aux USA mais pas dans l’hexagone, pas dans le « pays des droits de l’homme ». La force du mouvement contraint certes à reconnaître l’existence de « bavures » [qui étaient elles-mêmes niées jusqu’à présent] et d’un « problème » mais c’est pour immédiatement en nier le caractère systémique. Réduire le racisme ou la violence policière à une dimension individuelle est une vieille ficelle des logiques de la domination qui est le cœur de ce que Stokely Carmichael et Charles V Hamilton[vii] ont justement nommé « racisme institutionnel » il y a plus d’un demi-siècle. Il s’agit donc de circonscrire le diagnostic à la seule sphère individuelle c’est-à-dire d’exclure du champ du débat les choix sécuritaires effectués, les objectifs donnés à l’institution policière, la militarisation de l’armement policier, les contrôles au faciès systématisé, la création de corps policiers d’exception comme la BAC, les modes d’intervention militaires dans les quartiers populaires[viii], etc. La réaffirmation permanente du caractère « républicain » de la police est présentée comme preuve de l’impossible existence d’un racisme institutionnel et de violences systémiques en son sein. Pourtant c’est une police « républicaine » qui en octobre 1961 massacre des centaines d’Algériens à Paris. De même se sont 2495 personnes qui ont été blessées par cette police « républicaine » au cours du mouvement des Gilets jaunes selon les propres chiffres du ministère de l’intérieur d’octobre 2019. Imposer une grille de lecture individualisante des violences policières est le véritable objectif du déni.

Le troisième élément de la contre-offensive idéologique consiste à lancer des « débats-écrans » c’est-à-dire des débats visant à détourner l’attention publique de l’institution policière. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, propose ainsi de rouvrir « de manière apaisée et constructive le débat autour des statistiques ethniques[ix] ». Cette proposition est faite le 13 juin au journal Le Monde c’est-à-dire le même jour que la grande manifestation appelée par le comité Adama. Les articles et émissions se sont, sans surprise, succédés sur le sujet, les « spécialistes » et « chroniqueurs » ont été mobilisés, les militants ont été sollicités pour se positionner sur cette question, les leaders politiques de tous les partis ont pris la parole, etc., dans cette tentative de détourner l’attention publique de la question initiale posée par la colère populaire. Ceux qui classiquement nient l’existence même de discriminations liées à l’origine [au travail, au logement, dans l’accès à l’éducation et à la formation, etc.] les invoquent aujourd’hui comme réponse au mouvement social. Ici aussi rien de nouveau sous le soleil. La même réponse a été apportée aux révoltes des quartiers populaires de novembre 2005. Bien entendu les violences policières systémiques sont en lien avec ce sous-bassement qu’est le traitement inégalitaire en fonction de l’origine et de la couleur. Les missions confiées à la police sont aussi fonction de ce sous-bassement et du besoin de prévenir les révoltes sociales qu’il peut potentiellement susciter. Cependant le mettre en avant au moment même où s’expriment une colère précise contre une institution précise relève de la logique du « noyer le poisson dans l’eau ».

Le quatrième élément de réponse consiste à tenter de situer l’Etat comme étant au-dessus de la mêlée, comme médiateur de composantes de la société en opposition entre elles. L’objectif est, bien entendu, de découpler les pratiques policières des choix politiques effectués en matière de politique sécuritaire. Les manifestations de policiers de ces derniers jours offrent ainsi une opportunité au gouvernement pour légitimer cette « médiation » prenant en compte simultanément « l’émotion des manifestants » et la « colère des policiers », articulant la nécessité de la fermeté « antiraciste » dans l’institution policière et la réaffirmation simultanée d’une irréprochabilité de celle-ci. L’image d’un face à face entre deux acteurs permet d’invisibiliser l’acteur étatique qui reste le donneur d’ordre. Les policiers qui ont manifestés pour exiger le maintien de la clef d’étranglement [c’est-à-dire objectivement du droit de tuer] ne s’y trompent pas. Il s’agissait de faire pression sur l’acteur décisionnel : l’Etat. S’il existe bien des responsabilités policières, elles ne sont possibles dans une telle fréquence et une telle durée que parce que l’Etat les autorise.

Le cinquième discours consiste à légitimer médiatiquement des interlocuteurs posés comme « raisonnables » venant faire contrepoids aux irresponsables [séparatistes ] qui s’échinent à parler de racisme systémique dans l’institution policière. Ainsi a-t-on vu ré-émerger médiatiquement la LICRA [qui depuis des décennies contribue par ses déclarations à construire les quartiers politiques comme espaces de déliquescence, de radicalisation islamiste, de foyers de « racisme anti-blanc », etc.] comme dénonciatrice de certaines pratiques policières. De même on assiste à une tentative de recyclage de « SOS Racisme[x] » qui n’hésite pas à « radicaliser » son expression pour acquérir une nouvelle crédibilité. L’objectif ici n’est, rien de moins, que de marginaliser une nouvelle fois les représentants des organisations autonomes des descendants de l’immigration et des quartiers populaires, qui en dépit de leurs faiblesses et de leurs difficultés, ont rendues possibles l’émergence du mouvement social actuel.

Enfin le dernier élément de la réponse idéologique est la très efficace politique de la peur : Susciter une peur sociale afin de rendre intouchable l’institution policière ayant mission de nous protéger. Opportunément les affrontements « entre bandes rivales » [expression de la plupart des articles et émissions] à Nice et à Dijon sont mis en scène politiquement et médiatiquement comme expression d’une « guerre ethnique ». Marine Le Pen compare la situation au Liban et dénonce une « une guerre ethnique, arme automatique à la main ». Le ministre de l’agriculture dénonce le communautarisme et le séparatisme : « Voilà où nous mène le communautarisme, voilà où nous mène le séparatisme dont a parlé le président de la République. » Le républicain Bruno Retailleau exprime explicitement le processus de re-légitimation par la peur de l’institution policière : « Quand je pense que certains voudraient désarmer les policiers, y compris le ministre de l’intérieur ! »[xi] Au passage nous avons été les spectateurs d’une essentialisation de haute intensité concernant les citoyens d’origine Tchétchène. Communautarisme, séparatisme, guerre civile, barbarie culturelle Tchétchène, bandes rivales en conflit à l’arme lourde, etc., nous sommes bien en présence d’une tentative de produire une peur sociale conduisant à faire corps avec la police. Le chercheur en sciences politiques Robin Corey a largement analysé cette technique idéologique et la résume comme suit : « La première étape consiste à identifier un objet dont le public devra avoir peur, la deuxième à en interpréter la nature et à expliquer les raisons de sa dangerosité afin, en dernier lieu, d’y faire face, telle manœuvre en trois temps représente une source intarissable de pouvoir politique[xii]. »

Nous sommes bien en présence d’une contre-offensive idéologique visant à clore une parenthèse de contestation sans modifier, si ce n’est en apparence, les causes réelles des violences policières et du racisme institutionnel de la police. La question de l’organisation des quartiers populaires et des descendants de l’immigration pour prendre en charge le combat pour l’égalité est, plus que jamais, posée sous peine de voir se rééditer régulièrement des luttes exemplaires suivies de silenciations décourageantes. Elle est certes complexe mais incontournable. Faute d’une telle organisation nos victoires et avancée seront sans-cesse suivies de défaites et de reculs. Nos offensives porteuses d’espoirs seront suivies de moments de paralysies du fait d’un sentiment d’impuissance lié à ces reculs logiques. Nous aurons collectivement à tirer le bilan de cette belle séquence de mobilisation collective pour en tirer les leçons pour progresser dans cette longue marche que constitue l’organisation autonome des quartiers populaires et des descendants de l’immigration. Cette organisation autonome est un des facteurs essentiel du mouvement actuel, elle est également la seule voie pour l’avenir.

[i] Voir sur cet aspect l’article d’Abdellali Ajjat, Quartiers populaires et désert politique, Manière de voir, n° 89, Le Monde Diplomatique, Octobre-Novembre 2006.

[ii] Voir Julien Talpin, Bâillonner les quartiers. Comment le pouvoir réprime les mobilisations populaires, Les Etaques, Lille, 2020.

[iii] Emmanuel Terray, La question du voile : une hystérie politique, Mouvement, n° 32, 2004.

[iv] Population et Sociétés, n° 452, janvier 2009.

[v] Ta-Nehisi Coates, Une colère noire. Lettres à mon fils, Autrement, Paris, 2015.

[vi] Dépêche AFP du 14 juin 2020

[vii] Stokely Carmichael et Charles V Hamilton, Le Black Power. Pour une politique de libération aux Etats-Unis, Payot, Paris, 2009, pp.37-39.

[viii] Voir sur cet aspect mon article « La fabrique politique de la violence policière A propos des attaques contre Camélia Jordana », https://bouamamas.wordpress.com/2020/05/28/la-fabrique-politique-de-la-violence-policiere-a-propos-des-attaques-contre-camelia-jordana/#more-529.

[ix] Sibeth Ndiaye, Nous payons aujourd’hui l’effacement de l’universalisme républicain, Le Monde du 13 juin 2020.

[x] Sur la fonction politique de cette association voir notre livre « Dix ans de marche des « beurs ». Chronique d’un mouvement avorté », Desclée de Brouwer, Paris, 1994.

[xi] Le Monde du 15 juin 2020.

[xii] Patrick Boucheron, Corey Robin, Renaud Payre, L’exercice de la peur: usages politiques d’une émotion, Presses universitaires de Lyon, 2015, p. 50.

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   Posté le 19-06-2020 à 18:59:18   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Si Lfi a conclu des alliances avec la Rem, celà signifie qu il faut se rapprocher du PCF,qui ne se compromet pas de cette manière.

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pzorba75
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   Posté le 19-06-2020 à 19:57:15   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

marquetalia a écrit :

Si Lfi a conclu des alliances avec la Rem, celà signifie qu il faut se rapprocher du PCF,qui ne se compromet pas de cette manière.

Questions compromissions aux élections, les communistes du PCF ont déjà fait fort avec les radicaux, les socialistes et aujourd'hui les écologistes. Il n'y a rien a récupérer dans la tambouille électorale, les accords électoraux sont des trahisons, y compris ceux qui ont conduit au Front Populaire au seul bénéfice des socialistes pour trahir la République espagnole et préparer les décrets lois conduisant à l'Etat français et Pétain.

Que La FI et Mélenchon agitent la cuillère dans la tambouille ne doit pas surprendre et encore moins faire illusion. Faut vivre et l'Etat file de l'argent grassement ...

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Xuan
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   Posté le 19-06-2020 à 20:08:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

pzorba75 a raison, pour mémoire je rappelle les objectifs du forum :

> Le forum a pour but de favoriser la création d’ "un parti communiste des temps d'orage" .
> Dans ce but, le forum marxiste-léniniste s’emploie à unir les marxistes-léninistes qui s’opposent à la trahison révisionniste et au réformisme, sur la base du marxisme-léninisme et à partir des faits

On ne cherche pas d'unité avec les dirigeants du PCF particulièrement avec ceux qui sont encore là en dépit des conclusions du dernier congrès, comme le Hyaric ou P Laurent. Mais Brossat participe aussi à la tambouille avec les socialos.

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Plaristes
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   Posté le 20-06-2020 à 02:54:35   Voir le profil de Plaristes (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Plaristes   

marquetalia a écrit :

Si Lfi a conclu des alliances avec la Rem, celà signifie qu il faut se rapprocher du PCF,qui ne se compromet pas de cette manière.


Quelle idiotie.
On se rapproche de faire vivre le PCF tout au plus.

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Xuan
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   Posté le 20-06-2020 à 22:47:21   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Il est question des violences policières, pas des martingales électoralistes.



Farida l'infirmière interpellée lors de la manifestation des soignants témoigne


Edité le 20-06-2020 à 23:24:56 par Xuan




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