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 NPA : un train d'avance sur le Front de Gauche ?

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Xuan
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   Posté le 04-02-2013 à 23:53:42   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Sans rien laisser paraître d’une satisfaction qu’on imagine aisément, l’Huma titre sur le 2e congrès du NPA :
Congrès du NPA en pleine crise de décroissance
"Le parti né de l’ex-LCR tient son 2e congrès, à Saint-Denis, dans un contexte d’hémorragie de ses militants vers le Front de gauche"...

A propos du 36e congrès du P « C »F, je comparais la dissolution du P « C »F dans le Front de Gauche à celle de la LCR dans le NPA précisément (voir le post P « C »F ou Front de Gauche ? ).
Cette dissolution, annoncée par ses propres adhérents, n’a pas d’autre avenir que la social-démocratie, mais elle engendrera nécessairement son contraire : un nouveau parti communiste.

À propos du départ de Philippe Corcuff du NPA pour la Fédération Anarchiste, un communiste intervenant sur le blog « faire vivre et renforcer le pcf » écrit ce commentaire tout-à-fait pertinent :

"Tout cela donne le sentiment que le NPA n'en a plus pour très longtemps, la situation s'éclaircit par certains côtés, ici elle marque l'échec d'une stratégie et d'une alternative, l'illusion qui consiste a vouloir unir sans fondation idéologiques fortes des courants politiques différents sans prendre en compte une analyse des classes sociales en lutte dans la société, leurs antagonismes, principaux et secondaires, sans penser une stratégie d'alliance mais surtout parce qu'une fois abandonnée ses références théoriques, effacés leurs nominations il est impossible de se fondre tous ensemble sur des non dits et des dédits.
C'est aussi l'erreur du front de gauche, qui finira dans les mêmes douleurs et tout aussi morcelé.
Pour l'heure il n'y avait pas place pour deux démarches du même type s'adressant à la même population sociologique.
Le plus isolé, parce que le plus sectaire, s'atrophie, s'amenuise jusqu’à sa disparition totale, mais l'autre ne tardera pas à suivre le même chemin, la sociale démocratie, ne pouvant supporter un prétendant relooké sur ses terres".


__________________


Ci-dessous un extrait de la lettre de démission de Philippe Corcuff :
Pourquoi je quitte le NPA pour la Fédération Anarchiste


[…]" LCR/NPA : une belle aventure transformée en impasse

La Ligue Communiste Révolutionnaire des années 1990 avait deux atouts importants dans sa besace, ancrés dans son histoire post-soixante-huitarde:

1) une insertion parmi des animateurs nationaux et locaux de structures syndicales et de mouvements sociaux, atout symbolisé à l’époque par quelqu’un comme Christophe Aguiton (avec d’autres figures syndicales comme Hélène Adam, Catherine Lebrun, Pierre Khalfa, Léon Crémieux, etc.), qui a permis à des militants de la LCR de jouer un rôle significatif dans le renouveau de la contestation sociale et l’émergence de nouveaux réseaux (ATTAC, mouvements de chômeurs, syndicats SUD, collectifs de sans-papiers et de sans-logis, etc.);

et 2) une activité intellectuelle soutenue, dans une époque de désintellectualisation à gauche, autour d’un marxisme ouvert en dialogue avec d’autres courants critiques et radicaux, symbolisée par Daniel Bensaïd et son travail théorique multiforme aux divers bourgeons hérétiques (5), mais aussi d’autres intellectuels-militants comme Michael Löwy, Samy Johsua, Enzo Traverso, Antoine Artous, Philippe Pignarre, Janette Habel, Catherine Samary, Josette Trat, Michel Husson, François Coustal, Pierre Rousset, Jacques Fortin, Alain Maillard, Charles Michaloux...

Et ces deux atouts étaient inscrits dans une dynamique de dépassement de la «culture léniniste-trotskyste ouverte» qui était celle de la LCR vers un nouveau type d’organisation politique, pluraliste et porteuse d’une diversité de radicalités sociales et intellectuelles. Sans cette configuration, quelqu’un comme moi, plutôt formé à un critique du «léninisme» autour de la figure de Rosa Luxemburg (6), n’aurait pas rejoint un cadre culturel si éloigné du sien. J’ai fait le pari de la pratique en mouvement contre l’inertie identitaire. Ces deux atouts ont été ensuite renforcés par l’émergence d’Olivier Besancenot sur la scène publique et ses capacités à déplacer les langues de bois militants au profit d’un langage politique ouvert sur la vie. Dans un autre style et à partir d’une autre expérience sociale, Philippe Poutou a continué dans la voie d’une rénovation du langage politique. Et pourtant, le pari fait en décembre 1997, dont j’avais pu croire, avec la création du Nouveau Parti Anticapitaliste en février 2009, qu’il était pleinement justifié, a finalement échoué.

Presque 10000 membres à sa fondation, aujourd’hui entre 2000 et 2500 membres: ces chiffres, pourtant significatifs, disent pourtant encore mal l’effondrement rapide de la promesse NPA. Le NPA n’a pas su trouver les voies d’un nouveau type d’organisation, inventant des pratiques militantes renouvelées davantage ajustées à la perspective d’auto-émancipation des opprimés. La quête d’une forme politique rénovée, avec une main dans les institutions existantes (la participation aux élections) et deux pieds et une autre main dans une mise à distance de la politique institutionnelle traditionnelle, n’a pu se concrétiser. Le NPA n’a pas su résister à la culture avant-gardiste de son axe initiateur, la LCR, dont le jeune Trotsky avait saisi lucidement les effets «substitutistes» (substitution du parti aux masses, des dirigeants aux militants, etc.) contre Lénine (7).

La culture avant-gardiste de la LCR s’est alors divisée en deux pôles attracteurs principaux: un pôle politicien faisant de l’intervention dans la politique professionnelle le point d’application principal (la majorité des animateurs de ce pôle a rejoint le Front de gauche) et un pôle révolutionnariste affirmant le primat traditionnel du parti révolutionnaire (qui constitue une forte minorité du NPA –presque 41% à l’issue de ce congrès– dans des formes dogmatiques archéo-bolchéviques que ne connaissait pas la LCR des années 1990). La majorité du NPA (51% lors de ce deuxième congrès) n’a pas réussi à inventer une autre position, permettant de penser et de pratiquer autrement le rapport entre organisation et auto-émancipation. Elle a plutôt exprimé, en fonction des moments, des hésitations et un bricolage entre les deux pôles. Olivier Besancenot est des rares à avoir en tête l’invention d’une configuration à la fois libertaire et marxiste d’un autre type, nourrie des défis posés par la pensée de Jacques Rancière, mais il est bien seul dans ce cas…

La grande majorité des animateurs nationaux et locaux de l’ex-LCR et du NPA (dont ceux qui ont rallié le Front de gauche) ont abandonné en pratique, comme nombre d’organisations politiques existantes, le chemin de l’auto-émancipation des opprimés, en passant subrepticement du verbe pronominal s’émanciper (selon l’adage de la Ie Internationale ouvrière en 1864 écrit par Marx et soutenu par Bakounine: «l’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes» au verbe transitifémanciper (comme on a émancipé les esclaves). La petite plateforme W (à laquelle j’ai participée), qui a courageusement défendu les chemins de la refondation auto-émancipatrice, n’a recueilli que 8% des voix lors de ce deuxième congrès. Dès le départ du NPA, les militants, de la base au sommet, ont nourri un fort déficit d’expérimentation de nouvelles pratiques politiques, et se sont rapidement calés sur les routines du vieux langage politique et de la vieille prétention avant-gardiste (sous ses deux faces: politicienne/révolutionnariste). «Le mort saisit le vif», écrivait Marx dans la préface à la première édition du livre 1 duCapital, en 1867, c’est-à-dire qu’ici le passé mort a tendu à écraser les possibilités créatrices du présent.

Mais alors qu’un «Nouveau» Parti Anticapitaliste n’arrivait pas à naître réellement, les atouts antérieurs de la LCR ont peu à peu disparu:
les capacités animatrices dans l’univers syndical et dans les mouvements sociaux se sont amenuisées de manière drastique –la «période Aguiton» est maintenant loin derrière nous– et le travail théorique comme les liens noués avec les milieux intellectuels critiques se sont effilochés –après sa mort la «période Bensaïd» s’est écroulée.
Bref ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est pas seulement les possibilités gâchées du NPA et la déception bien au-delà du NPA, c’est aussi la régression par rapport à la LCR elle-même, à laquelle ont principalement contribué les membres du NPA eux-mêmes (et peu leurs concurrents et adversaires).
Quinze ans de militantisme soutenu au sein d’une «culture léniniste-trotskyste ouverte» qui n’était pas la mienne et qui n’est toujours pas la mienne pour en arriver… en-deçà de mon point de départ, alors que les plus mauvais côtés de la «culture léniniste-trotskyste» semblent avoir pris le dessus sur les meilleurs. Il est bien temps de partir.
Même si je garde beaucoup d’attaches et de souvenirs avec les camarades que je quitte. Je pense, par exemple, au sens aigu de l’intérêt général du mouvement ouvrier que j’ai pu observer chez un des principaux piliers méconnus de la LCR et de la IVe Internationale, François Sabado.

Maurice Merleau-Ponty m’a appris que la politique se nourrit au mieux de paris raisonnés dotés de repères partiels en situation d’incertitude historique (8). Les paris raisonnés sur l’avenir du NPA que continuent à faire mes amis Olivier Besancenot et Philippe Poutou comme mes camarades de la plateforme W ne sont plus les miens. Mais il n’est pas impossible qu’ils aient, cette fois, raison et que, une fois de plus, j’ai tort. Ainsi vont les mystères d’une histoire dont personne ne peut prétendre posséder les clés.

Je continuerai à donner des coups de main, quand ils me solliciteront, à Philippe Poutou et à Olivier Besancenot, mais hors du NPA.
Je continuerai aussi à échanger avec les camarades du NPA qui sont inscrits sur la liste internet du Réseau de réflexions et de pratiques autogestionnaires et libertaires dans le NPA, qui est ouverte aux non-membres du NPA.
Et je garderai un lien avec la IVe Internationale, via mon abonnement à son excellente revueInprecor. Mais ma cotisation, mes abonnements à la presse du NPA et mon inscription sur ses listes internet seront résiliés à partir d’aujourd’hui, ce qui prendra effet au plus tard début mars 2013.
Dès 1981, le dirigeant communiste italien Enrico Berlinguer déclarait que «la force propulsive de la Révolution d’Octobre» était «épuisée». Je reprendrai facilement la formule aujourd’hui en incluant le «lénino-trotskysme» de la LCR. Et je fais l’hypothèse que ce n’est pas autour d’un tel axe, ni même autour d’un axe «marxiste» plus large, que pourrait être reconstituée une galaxie anticapitaliste et émancipatrice demain, même si des militants issus de ces traditions pourraient utilement apporter leurs pierres à l’édifice."
[…]
Philippe Corcuff



Edité le 04-02-2013 à 23:58:11 par Xuan




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