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 Tien An Men : génèse d'une contre-révolution

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Xuan
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   Posté le 19-04-2009 à 00:09:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les médias bourgeois veulent célébrer à leur manière l'échec du "Printemps de Pékin". C'est l'occasion de s'interroger sur la lutte entre voie capitaliste et voie socialiste en Chine.

Ci-dessous une intéressante analyse de Ludo Martens dans Etudes Marxistes
http://www.marx.be/FR/cgi/emall.php?action=get_doc&id=11&doc=459
sur les conditions dans lesquelles s'est déroulée la tentative avortée de contre-révolution place Tien An Men, il y a 20 ans :


Tien An Men 1989 : de la dérive révisionniste à l'émeute contre-révolutionnaire


Ludo Martens
Six mois avant Timisoara, il y a eu Tien An Men. Les médias du monde «libre» qui ont dévoilé leur physionomie macabre lors de la mise en scène du «charnier des 4.630 cadavres horriblement mutilés» à Timisoara, avaient déjà fait la démonstration de leur rôle politique essentiel, au service de la contre-révolution, lors des événements de la place Tien An Men, en mai et juin 1989. La nuit de l'intervention de l'Armée rouge, la TV nous a montré des images de chars chinois écrasant des centaines d'étudiants paisibles sur la place Tien An Men. Le 5 juin, Amnesty International, habile machine à mensonges lorsqu'il s'agit de combattre des pays socialistes et nationalistes, a fait état de 1.300 morts au moins, certains étudiants ayant été écrasés par des tankistes sanguinaires, alors qu'ils dormaient paisiblement dans leurs tentes.
Le dimanche 5 juin, un ouvrier communiste d'une grande usine de l'automobile avait enregistré les images du JT en vidéo. «Cette nuit, j'ai repassé ces images au moins vingt fois. J'étais arrivé à la conclusion que les commentaires des journalistes étaient mensongers et qu'on n 'avait vu, sur ces images, aucune personne écrasée par les chars.» Plus tard, Amnesty International reconnaîtra «s'être trompé». Mais combien de gens, traumatisés par la vérité sur le communisme chinois «qui écrase impitoyablement ses étudiants pacifistes sous les chenilles de ses chars», vérité transmise par ces courageux défenseurs des droits de l'homme d'Amnesty, ont pris connaissance de ce démenti?
Un an après les événements de Tien An Men, nous disposons d'assez d'informations fiables pour en faire une analyse de classe objective. Mais pour comprendre les intérêts politiques et économiques, défendus par le «mouvement démocratique» d'avril-juin 1989 à Beijing, il faut d'abord prendre connaissance de trois phénomènes négatifs qui se sont développés en Chine entre 1979 et cette année prédestinée de 1989.

La montée du capitalisme et du révisionnisme en Chine
Economie: le retour des patrons


Parlons d'abord du domaine économique. Les dix années de réformes de Deng Xiaoping ont apporté un progrès matériel indéniable. Mais elles ont aussi élargi l'influence du capitalisme et de l'impérialisme en Chine, elles ont renforcé la base économique de nouvelles classes sociales aspirant à une contre-révolution. La libéralisation et le déchaînement des forces du marché ont propulsé des forces économiques opposées au socialisme qui, tôt ou tard, devaient s'élancer dans une lutte pour le pouvoir. C'est ce qu'elles ont fait lors du soi-disant «mouvement pour la démocratie» sur la place Tien An Men.

L'entrée de l'impérialisme

D'après Beijing Information, la Chine avait signé, à la fin de 1988, 16.325 accords d'importation de capitaux étrangers pour un montant total de 79,2 milliards de dollars. De ce montant, elle a déjà reçu des prêts pour une somme de 33 milliards et des investissements directs pour 11,5 milliards de dollars. Les plus grands investisseurs étrangers sont Hong-Kong avec 8 milliards de dollars, le Japon avec 2 milliards et les Etats-Unis avec 1,7 milliard (1).
Avec les investissements étrangers, les conceptions économiques du monde impérialiste ont pénétré la Chine. Ainsi, le 12 septembre 1988, Zhao Zhiyang a accueilli Milton Friedman et il a loué ses idées économiques. Lee Iaccoca, le président de Chrysler, a donné des conférences sur l'esprit d'entreprise, au palais de l'Assemblée du Peuple (2). D'après l’Agence Chine nouvelle, la Commission des réformes du système économique a déclaré, fin 1988: «Dans le cadre de la réforme économique de la Chine, il n'existe rien qui ne soit ouvert à la participation étrangère, pas même l'étude de la transformation du système économique». Au cours de la même année, la Commission a écouté les conseils de 1.500 spécialistes étrangers et elle en a conclu qu'elle pouvait «beaucoup apprendre du développement économique de l’Occident». Elle avait notamment invité en Chine des spécialistes occidentaux dans le domaine des finances, de la gestion des entreprises, de la formation des prix, de la politique des investissements et du contrôle de l'inflation. Leurs opinions «ont apporté une contribution positive aussi bien pratique que théorique à la réforme économique» (3).

L'influence idéologique de l'Occident


Ces dix dernières années, plusieurs dizaines de milliers d'étudiants chinois ont fait des études aux Etats-Unis. Le Parti communiste chinois a propagé le culte des réalisations technologiques des Etats-Unis et de la société de consommation américaine. Les conséquences néfastes ne se sont pas fait attendre.
Des centaines de milliers d'intellectuels ont commencé à écouter les radios impérialistes, la Voix de l'Amérique et la BBC.
Un journal proche du gouvernement américain a écrit, à propos des manifestations de Beijing: «Des participants au mouvement étudiant communiquaient avec leurs collèges d'Amérique du Nord et d'Europe par téléphone, par téléfax et par courrier électronique sur réseaux informatiques. Le nombre des appels téléphoniques entre les Etats-Unis et la Chine a triplé au cours du mois de mai» (4).

Shaomin Li, ancien garde rouge et ancien étudiant de Beijing, docteur de l'université de Princeton aux Etats-Unis, travaille maintenant pour AT&T. Sa position est assez représentative de celle de nombreux Chinois qui ont étudié en Occident. «Beaucoup d'intellectuels chinois, y compris moi-même, en sommes arrivés à considérer Taiwan comme un modèle pour la restructuration socio-économique de la Chine. (...) La propriété privée et le marché libre sont les fondements de la liberté politique. (...) Des institutions capitalistes apportent prospérité et liberté; des institutions communistes, pauvreté et chaos. (...) Avec Taiwan comme exemple, les Chinois de la République populaire ont une plus grande chance que les citoyens des autres pays communistes de rejeter la doctrine marxiste et de réussir les réformes. C'est pour cette raison que Milton Friedman disait: "Je suis plus optimiste en ce qui concerne la Chine que l’Union soviétique. Les Chinois ont cette grande ressource des Chinois d'outre-mer. Le succès de ces Chinois à Hong-Kong, Singapour, Taiwan, a produit à l'intérieur de la Chine une incitation que les exemples de la Pologne, de la Hongrie, de la Yougoslavie ne peuvent pas produire en Union soviétique"». Suivant une enquête, réalisée par Shaomin Li parmi 607 étudiants chinois aux Etats-Unis, 90% d'entre eux se prononçaient pour la suppression de la référence au marxisme-léninisme et à la direction du Parti communiste dans la constitution, 86% affirmaient que la Chine devait s'inspirer de l'expérience de Taïwan, 60% étaient favorables à une économie libérale de type taiwanais (5).

Le développement d'une bourgeoisie en Chine


La politique, raisonnable, d'un développement limité d'un secteur capitaliste en Chine, a dérapé et a débouché sur un déferlement sauvage d'entreprises capitalistes. D'après les statistiques officielles, au cours de l'année 1988, 22% des investissements en biens immobiliers ont été réalisés dans le secteur privé pour un montant de 100 milliards de yuans, soit une augmentation de 25% par rapport à l'année précédente. La valeur de la production industrielle du secteur privé a connu une hausse de 46% au cours de cette année-là, la production des entreprises rurales, souvent très proches des entreprises privées, s'est accrue de 35% (6).
Le Far Eastern Economie Review estime qu'en 1988, 37% de la production industrielle a été réalisée par les secteurs de propriété privée et collective, pourcentage qui devrait passer à 50% en 1993 (7). L'hebdomadaire Business Week, pour sa part, saluait, au moment où se développait le mouvement de Beijing, «l’émergence d'une nouvelle Chine d'entrepreneurs prospères.(...) Les entreprises privées utilisent des moyens non autorisés pour réunir des fonds. (...) La Chine nouvelle est en train d'étouffer la Chine traditionnelle dans le domaine des capitaux» (8).
Les forces économiques derrière le «mouvement démocratique»
L'impérialisme et le capitalisme, bien présents en Chine dans le secteur économique, ont soutenu le mouvement soi-disant démocratique des étudiants et les «réformateurs» de l'entourage de Zhao Ziyang, dans le but de se créer une force politique légale. En mai 89, Business Week écrivait: «Beaucoup d'hommes d'affaires étrangers en Chine apportent leur soutien aux réformateurs dans l'idée qu'une plus grande liberté politique ne peut que renforcer, à long terme, le commerce» (9). Le quotidien britannique The Guardian précisait: «Il est intéressant de noter qu'un certain soutien aux points de vue pro-démocratiques vient des entrepreneurs nouveaux-riches» (10). Le Far Eastern Economie Review, notait, toujours à cette même époque de mai 1989: «Le monde des affaires de Hong-Kong sympathise avec les demandes des étudiants pour des réformes et pour plus de démocratie. Les magnats de Hong-Kong Li Kashing, Sir Y.K. Pao et Stanley Ho ont publiquement exprimé leur soutien. La pression pour une politique ouverte pourrait, selon certains, être très positive pour l'avenir du capitalisme en Chine» (11).

Politique: l'éloge de la démocratie bourgeoise


Le deuxième phénomène qui a marqué l'évolution de la Chine entre 1979 et 1989 se situe dans le domaine politique où l'on a assisté à l'émergence d'une nouvelle force politique contre-révolutionnaire.
Dès que la Chine a prôné le développement d'un secteur capitaliste et l'introduction des multinationales, on a vu apparaître, dans le domaine politique, les premières forces anti-socialistes. En 1979, Beijing a eu son «mur de la démocratie» où s'affichaient toutes sortes de tendances anticommunistes. Le 9 mars 1979, un journal mural célèbre annonçait: «Nous luttons pour que la Chine connaisse de véritables droits de l'homme et une vraie démocratie», déployant ainsi les bannières sous lesquelles les anticommunistes allaient marcher durant la décennie à venir. En effet, les mots "droits de l'homme' et "démocratie" servent à couvrir la marchandise idéologique que l'impérialisme met en vente. Voici les points essentiels du programme que prônait ce même journal mural.

D'abord: «Nous préconisons l'étude de la culture et de la civilisation inspirée par l'esprit du Christ, nous proposons de prendre exemple sur les systèmes démocratiques fondés sur les enseignements du christianisme». Ensuite: «Nous réclamons l'abandon des notions périmées de la pensée Mao Zedong, la révision des principes du marxisme qui ne s’accordent plus avec la réalité et l'abolition de la lutte des classes». Troisièmement: «Nous demandons que le Parti communiste, qui était la propriété de Mao Zedong, redevienne le parti du peuple tout entier». Et finalement: «Nous appelons le Parti communiste chinois et le Kuomintang à collaborer à nouveau dans le cadre des nouvelles conditions historiques» (12).

Wei Jing-sheng, le petit Le Pen chinois

Wei Jing-sheng est l'homme qui, en 78-79, défendait avec le plus de vigueur les conceptions politiques de l'impérialisme. Il s'est taillé une certaine réputation auprès de la droite occidentale en affirmant que la Chine a besoin d'une cinquième modernisation: la démocratie. Ce que cache le mot «démocratie» devient clair dès qu'on se donne la peine de regarder le programme de Wei.
Voici ses thèses: «Les démocraties bourgeoises d'Occident permettent aux citoyens d'exprimer leur volonté grâce aux élections et de décider ainsi du futur de leur pays. (...) C'est pourquoi aucun politicien bourgeois ne peut ignorer les opinions de la population sur quelque sujet que ce soit. (...) La base économique sur laquelle reposent les gouvernements démocratiques est le système de la libre entreprise. (...)En Occident, les travailleurs ont même obtenu d'envoyer des délégués ouvriers dans les conseils d'administration et ils y occupent la moitié des sièges. (...) Dans la rivalité qui oppose le capital au travail, les travailleurs sont, en effet, en meilleure position dans un système où la majorité peut décider de la politique. (...) J'appelle tous ceux qui pensent ainsi, à se ranger derrière le drapeau de la démocratie. Le socialisme marxiste est, sans exception, un système social dictatorial antidémocratique. (...)Nous devons concentrer notre haine sur ce système criminel qui traite le peuple si scandaleusement» (13).

Les étudiants contre le socialisme

Ces idées contre-révolutionnaires, défendues en 1979 par Wei et un petit cercle d'amoureux de l'impérialisme, ont trouvé un écho grandissant parmi les intellectuels au cours des années suivantes. Les causes en sont multiples. Le Parti communiste a pratiquement cessé l'éducation marxiste-léniniste parmi les étudiants. Il n'a plus mené la lutte contre les conceptions politiques de l'impérialisme. Le libéralisme, la corruption et l'enrichissement illégal se sont répandus dans certaines fractions du Parti.
Lorsque, en 1985-1986, un mouvement étudiant se développa dans les grandes villes chinoises, «les émissions de la Voix de l'Amérique y jouèrent un rôle déterminant», comme le dira un journaliste américain expulsé de Chine pour activités d'espionnage (14). A l'occasion de ces premières actions étudiantes, le professeur Fang Lizhi déclara que la Chine devait abandonner le marxisme comme de vieilles fripes que l'on jette. Wang Ruowang exigea une «réévaluation complète du désastre créé par Mao Zedong». Liu Binyan dénonça «la dictature féodale-fasciste» du Parti communiste et affirma que le capitalisme était supérieur au socialisme (15). Ces idées trouvèrent un large écho dans la fraction des étudiants et des intellectuels qui prenait modèle sur l'élite intellectuelle des pays impérialistes et néo-coloniaux.
Au cours des années 1987 et 1988, ces éléments, nourris quotidiennement des émissions de la Voix de l'Amérique, purent largement répandre leurs idées dans les universités: le Parti n'y menait aucun travail politique digne de ce nom.
Au cours de l'année 1988, les noyaux contre-révolutionnaires préparèrent des actions de masse pour célébrer les trois anniversaires qui devaient émailler l'année suivante: le 70ème anniversaire du mouvement du 4 mai 1919, le 200ème anniversaire de la révolution française et le 40ème anniversaire de la révolution chinoise. Ainsi, le 6 janvier 1989, Fang Lizhi écrivit une lettre à Deng Xiaoping dans laquelle il mentionnait ces trois dates et demandait que ces événements soient célébrés par la libération de Wei Jing-sheng, indiquant ainsi clairement la plate-forme politique sur laquelle il comptait agir. En écho à Fang, 33 intellectuels reprirent dans une lettre ouverte la revendication de la libération de Wei. Parmi les signataires, Su Shaozhi, qui fut, jusqu'en 1987, directeur de l'Institut de marxisme-léninisme et de la pensée Mao Zedong. Début mars 1989, quarante-deux personnalités des milieux scientifiques et académiques, dont plusieurs membres de l'Assemblée populaire, signèrent à leur tour une lettre ouverte exigeant la libération de Wei. Cette vague de lettres, axée sur Wei et ses idées politiques, suscita beaucoup de discussions parmi les étudiants. C'est ainsi que fut entamée la préparation politique de la contestation d'avril-mai 89.

Le Parti au bord de la scission


Un troisième phénomène a été déterminant dans l'émergence du mouvement de Beijing: la division interne du Parti communiste chinois et l'émergence d'une aile révisionniste très influente.
Hu et Zhao, le duo révisionniste
Hu Yaobang, devenu secrétaire général du Parti en 1982, a été le représentant le plus marquant de ce courant. En 1981, son groupe a dénoncé «la théorie selon laquelle les classes et la lutte de classe existent pendant toute la période socialiste et que la bourgeoisie est a l'intérieur du Parti communiste» (16). Quatre années plus tard, Hu déclarait: «Nous avons pris la décision de ne plus utiliser à partir de maintenant l'expression d'élément anti-parti et anti-socialiste» (17). Par ces thèses, Hu assurait la tranquillité aux éléments pourris, aux bureaucrates, aux corrompus et aux révisionnistes. En 1988, Hu fut remplacé par un de ses complices dans la fraction révisionniste, Zhao Zhiyang.
Pour marquer la couleur, Beijing Information écrivait en 1988: «Khrouchtchev connaît un léger regain de popularité en Chine». Et: «Staline a été un dictateur et absolument pas un révolutionnaire». On se hâta de traduire en chinois la littérature antistalinienne, produite ces dernières années en URSS, dont Les mémoires de la maîtresse de Staline, oeuvre scientifique s'il en est. Quand certains se mettent à conspuer Staline, on a intérêt à tendre l'oreille au véritable message qu'ils veulent faire passer.

Ainsi, le professeur Lu Congming, de l'Ecole du Parti relevant du Comité Central, prétendait que «la nature de notre époque change au fur et à mesure du passage de l'étape impérialiste à celle du capitalisme social» (18). Et voilà le danger de l'impérialisme éliminé, aussi bien pour le tiers monde que pour la Chine! Et Lu de poursuivre: «Le capitalisme développé peut produire des éléments de socialisme et passer au socialisme d'un manière pacifique. (...) L'économie socialiste et l'économie capitaliste sont toutes deux des économies de marché socialisées. (...)Le capitalisme contemporain est un bon modèle de marché socialisé». Quand nous entendons des âneries pareilles, nous comprenons la fureur de Mao Zedong, qui, lors de la révolution culturelle, critiquait le «ramassis de révisionnistes contre-révolutionnaires» (19). Ce professeur Lu s'est ensuite lancé dans un panégyrique du capitalisme. «On y voit un changement de la propriété des moyens de production, la propriété sociale remplace la propriété privée. Par ailleurs, on assiste à la participation des ouvriers à la gestion de leur entreprise. Le macro-contrôle de l'Etat sur l’économie est en fait le début de l’économie planifiée. La nouvelle répartition des revenus par le gouvernement et le développement de la sécurité sociale contribuent à affaiblir la différence entre les riches et les pauvres». Ce révisionniste présente le capitalisme comme une société qui a déjà réalisé les promesses du socialisme; ensuite, il prône, pour la Chine, une politique capitaliste comme le meilleur moyen de développer le socialisme... Eton se rend compte de la parenté idéologique entre un monsieur Wei, toujours en prison, et un monsieur Lu, qui enseigne aux cadres supérieurs du Parti!

Mais la chose devient plus grave encore quand la même orientation politique est exprimée par Zhao Zhiyang qui affirme, en juillet 1988: «Le Parti communiste chinois va travailler de concert avec le Kuomintang de Chine pour la réunification dans les plus brefs délais. Les deux rives du détroit (c'est-à-dire la Chine et Taiwan) ont énormément de choses en commun du point de vue politique, économique, culturel et des traditions. Sur les deux rives, on souhaite la coopération, le développement conjoint de l'économie nationale, une amélioration du niveau de vie et une Chine prospère, puissante et moderne» (20). Cette conception de la convergence entre la Chine socialiste et Taiwan, le royaume des multinationales et du capitalisme sauvage, montre la justesse de la remarque de Milton Friedman: les grands capitalistes chinois de Taiwan, Hong-Kong et Singapour poussent le continent vers la restauration capitaliste.

L'affrontement au sein du Parti

Pour comprendre l'affrontement politique de mai-juin 1989 sur la place Tien An Men, il faut savoir qu'en janvier 1987, s'est déclenchée une première lutte importante au sein du Parti communiste chinois. Le mouvement étudiant de l'année 1986, directement inspiré et dirigé par Fang Lizhi, avait attaqué les bases mêmes du socialisme en Chine. Deng Xiaoping, qui, jusque là, avait fermement suivi le révisionniste Hu Yaobang, change alors d'optique. Le 28 septembre 1986, il déclare: «A Hong-Kong et à Taiwan, des courants d'opinion cherchent à lutter contre les quatre principes fondamentaux (le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Zedong, la voie socialiste, la dictature populaire et la direction du Parti communiste) et à prôner la voie capitaliste pour donner l'impression que c'est de cette façon que nous parviendrons à la modernisation du pays. En fait, cette libéralisation revient simplement à nous conduire sur la voie capitaliste» (21). Le 19 janvier 1988, Po Yipo présente, au bureau politique, un rapport critiquant le travail de Hu Yaobang. «Hu Yaobang, y lisons-nous, a encouragé les éléments actifs qui prônaient la libéralisation bourgeoise et a adopté une attitude de compréhension et de protection à leur égard. Tout cela a directement conduit à ce qu'on nous demande de supprimer les quatre principes fondamentaux, à ce qu'on procède à une occidentalisation intégrale et à ce que l'on pratique un système politique et une économie capitalistes» (22).
La chute de Hu Yaobang affaiblit le noyau révisionniste à la tête du Parti. Cependant, Deng Xiaoping fait nommer un autre représentant de ce même courant, Zhao Zhiyang, comme nouveau secrétaire général.
Mais au cours de la lutte qui conduit à la chute de Hu, les positions de la gauche du Parti reçoivent un écho grandissant. Chen Yun déclare: «La source de la libéralisation bourgeoise se trouve dans le secteur économique. Une économie planifiée est socialiste, une économie marchande est capitaliste et promouvoir une économie marchande revient à promouvoir le capitalisme et c'est la cause fondamentale de la libéralisation» (23). En dénonçant la voie capitaliste, Chen Yun critique aussi la corruption qui l'accompagne: «Les dirigeants du Parti doivent donner l'exemple au peuple. Ils doivent être à la tête de la lutte pour éliminer la corruption de la classe capitaliste et les tendances malsaines qui en proviennent. Beaucoup d'entreprises sont dirigées par des parents proches de hauts cadres. Ils posent un problème très grave» (24).
En 1988, Zhao Zhiyang, le nouveau secrétaire général, continue de protéger les groupes révisionnistes mis en place par Hu Yaobang à la tête de certaines institutions du Parti et il leur permet même d'étendre leur influence. En 1986 déjà, le collaborateur le plus proche de Zhao, Bao Tong, avait autorisé la création à Beijing du Fonds pour la réforme et l'ouverture de la Chine, financé par Georges Soros, un grand homme d'affaires américain (25). L'entourage de Zhao Zhiyang défend le point de vue suivant, exprimé par des intellectuels chinois rentrés des Etats-Unis: «Nous croyons qu'un changement du système de la propriété d'Etat n'est pas seulement une nécessité historique, mais qu'il est aussi pratiquement réalisable. Notre plan est le suivant: organiser un programme global de privatisation du système de la propriété d'Etat» (26). En novembre 1988, Li Yining, professeur à l'université de Beijing et proche collaborateur de Zhao, renchérit: «Le but ultime est la création de marchés bien rodés, de type capitaliste, pour les marchandises, les finances, le travail et l'habitat» (27). Cette position est confirmée par un autre collaborateur de Zhao, Chen Yi-zi: «Zhao était convaincu qu une économie planifiée de type stalinien ne pouvait marcher en Chine et qu'il fallait une économie de marché» (28).
Un dernier point est intéressant à noter. Au moment des manifestations estudiantines, un journal de Hong-Kong écrit : «Zhao a demandé à une commission de préparer une proposition de réforme politique qui inclut des idées pour une concurrence multipartite et une presse indépendante» (29). Le multipartisme en Chine signifie avant tout la légalisation du Kuomintang, le parti fasciste au pouvoir à Taiwan. Quant à la presse «indépendante», elle dépendra complètement des milieux financiers de Taiwan, de Hong-Kong et des Etats-Unis. Mais avec son option pour le multipartisme, Zhao est acclamé à l'Ouest comme un démocrate. Et pourtant, c'est précisément le groupe de Zhao Zhiyang qui avait réclamé, fin 88-début 89, un «nouvel autoritarisme» pour mener à bien les réformes capitalistes. On rapporte que le 6 mars, Zhao lui-même aurait dit à Deng Xiaoping: «Un pays sous-développé qui veut se moderniser doit passer par un certain processus au cours duquel il a besoin de l’impulsion d’un gouvernement fort, autoritaire» (30). En clair: pour faire avaler la démocratie bourgeoise et la liberté du marché, il faut un gouvernement autoritaire capable de briser les résistances à la restauration capitaliste.

Fin décembre 1988, la lutte entre les révisionnistes et les marxistes-léninistes connaît une deuxième flambée. Un proche de Zhao Zhiyang réunit trois cents intellectuels à un séminaire au cours duquel des «réformateurs» célèbres du Parti communiste, tels Yan Jiaqi et Su Shaozhi, prennent la parole pour dénoncer les campagnes passées contre le libéralisme bourgeois. Les textes, défendant avec le plus de véhémence le capitalisme, sont publiés ultérieurement dans le World Economie Herald de Shangaï. Dans son éditorial, le journal précise: «Il faut courageusement tirer des leçons des formes démocratiques modernes qui ont été développées dans le capitalisme occidental» (31). Cette agitation droitière de la part des intellectuels réformateurs du Parti, influence directement les milieux étudiants de la capitale.
Chen Yun déclare à ce moment que «tout le front idéologique est occupé par la bourgeoisie, il ne reste plus rien de prolétarien». Wang Zhen et Po Yipo insistent à trois reprises auprès de Deng Xiaoping pour que Zhao Zhiyang soit remplacé au poste secrétaire général. Au mois de mars 1989, Li Sien-nien se rend chez Deng pour insister à son tour sur la nécessité de cette démission qui pourrait avoir lieu lors du quatrième plénum prévu pour les prochaines semaines (32). C'est au milieu de ces luttes à l'intérieur du Parti communiste que se déclenche, en avril, le mouvement étudiant.

Ce que voulaient réellement les étudiants de Beijing

Nos médias nous ont appris que les étudiants de Beijing manifestaient pour des revendications démocratiques et contre la corruption. Ils ne voulaient nullement renverser le régime socialiste. Pour preuve, ils chantaient même l'Internationale. Peut-il y avoir confirmation plus éclatante que, sous le socialisme, la démocratie est impossible? Une clique de gérontocrates tyranniques, se sentant dépassés, a écrasé dans un bain de sang, un mouvement fait de gentillesse et de naïveté.
Toute la droite, du PSC au Vlaams Blok, nous a présenté cette version. Les trotskistes ont déployé une activité fébrile, après la répression du mouvement pro-impérialiste, pour amener la gauche belge à soutenir «les étudiants». Ils ont soumis à des centaines de progressistes une pétition qui disait que les étudiants «exigeaient en fait une démocratisation du socialisme» et qui déclarait: « le prétexte que la contre-révolution dresse la tête est inacceptable» (33). Nous affirmons d'emblée qu'en agissant de la sorte, les trotskistes se sont comportés comme de véritables agents de l'impérialisme américain et du fascisme taiwanais. Le lecteur jugera si cette accusation est bien fondée ou non.

Une révolution contre le socialisme
Quel était le caractère et la nature du mouvement de Beijing?


Quelques heures après l'intervention de l'armée, le 4 juin 1989, Shaw Yuming, porte-parole du gouvernement de Taiwan, déclare: «Bien que certaines personnes croient que ce mouvement étudiant est seulement une lutte au sein du système et pas un mouvement révolutionnaire dirigé contre le Parti communiste, pas un mouvement en dehors du système, nous devons souligner ceci: si l'on examine bien les choses, nous voyons que leur slogan «la démocratie ou la mort» et l'érection de la statue de la «déesse de la liberté» sur la place Tien An Men, prouvent de façon évidente qu'ils luttent pour une démocratie de style occidental.» (34) Deux semaines plus tard, le porte-parole du gouvernement de Taiwan dit à un journaliste japonais: «Monsieur Yuan Mu, le porte-parole du gouvernement de Beijing, a affirmé que les manifestants cherchaient à renverser le régime socialiste. (...). Il disait la vérité. Certaines personnes, comme Fang Lizhi et d'autres intellectuels, sont parfaitement conscientes de ce qu'elles demandent. Mais beaucoup de personnes demandaient seulement quelques changements; ils ne connaissaient pas les implications logiques de ce qu'ils réclamaient. (...). Dans une révolution, il y a des chefs et il y a des suiveurs. Les chefs savent ce qu'ils veulent mais les suiveurs n'ont qu'une idée vague de ce qu'ils font. Beaucoup de personnes sur la place Tien An Men pensaient qu'ils demandaient seulement quelques changements, mais ils ne savaient pas qu'il s'agissait en fait d'une révolution pour sortir du système.» (35)

Ainsi donc, pour une fois, le Parti communiste chinois et le parti fasciste taiwanais sont d'accord sur un point, mais d'importance: le mouvement «démocratique» de Beijing avait bel et bien un caractère contre-révolutionnaire.

Le programme de Fang Lizhi


Pour juger si cette estimation est bien fondée, il nous importe d'examiner, en toute objectivité, quel était le programme politique avancé par le noyau dirigeant de la place Tien An Men.
Le mouvement, prévu originellement pour le 4 mai 1989, a été préparé pendant toute l'année 1988. Au début de l'année 89, Fang Lizhi, le père spirituel incontesté du mouvement, fait une tournée des capitales occidentales afin d'obtenir du soutien pour le mouvement imminent.
Dans Libération du 17 janvier 89, Fang Lizhi publie un article intitulé «La Chine a besoin de démocratie», mot d'ordre repris par après par le mouvement étudiant de Beijing. Dénigrant quarante années de construction socialiste, Fang Lizhi déclare: «La logique ne mène qu'à une conclusion: que les désillusions des 40 dernières années doivent être attribuées au système social lui-même (...). Le socialisme, dans sa mouture Lénine-Staline-Mao, a été tout à fait discrédité.» Partisan de l'in traduction des lois du capitalisme en Chine, il ajoute: «Est-ce qu'une économie libre peut être compatible avec la forme spécifiquement chinoise de gouvernement dictatorial? Un regard sur la Chine de 1988 prouve qu'en gros la réponse à cette question est non. D'abord la Chine diffère d'autres pays en ce que son système de dictature est incapable d’accepter une économie entièrement libre. Et ceci parce que la dictature socialiste est intimement liée à un système de "propriété collective" et son idéologie est fondamentalement antithétique du type de droits de propriété requis par une économie libre.»

Fang Lizhi poursuit en précisant qu'il comprend le mot d'ordre "liberté de presse" comme la liberté d'expression pour la classe montante des capitalistes chinois: «l’éditeur d'un journal de Canton a récemment écrit que la fonction de son journal est déparier, non au nom du PCC, mais au nom d'une classe moyenne émergente de Canton.»
Et pour conclure son article, Fang Lizhi précise la tactique à suivre, largement inspirée des expériences polonaise et hongroise: «La démocratie est plus qu'un slogan: elle exerce une pression qui lui est propre. Le but de cette pression est d'obliger les autorités, graduellement et à travers des moyens non violents, à accepter des changements vers la démocratie politique et l'économie libre.» (36)
Dès que le soi-disant mouvement pour la démocratie a été lancé à Beijing, ses différents porte-parole, lorsqu'ils traitaient des perspectives économiques et politiques de la Chine, n'ont fait que reprendre ces orientations.

Cette déclaration-programme de Fang Lizhi révèle toute sa portée lorsque l'on examine, parallèlement, la politique déclarée de Taiwan vis-à-vis du continent. Récemment, le Premier ministre taiwanais, M. Lee Huan, exposait, devant son gouvernement, la ligne de conduite. Selon M. Lee Huan, Taiwan «était seulement engagée dans une "offensive politique" sur le continent, car une offensive militaire exigerait des sacrifices trop grands et causerait trop de dommages.» (37) Et dans les documents de base du Kuomintang, on trouve les lignes directrices suivantes: «Poursuivre activement le travail idéologique sur le continent afin de contrer la stratégie du Parti communiste. Eliminer la dictature marxiste-léniniste sur le continent. Détruire le système à valeur unique du communisme chinois. Permettre la propriété privée de la terre et le développement de l’entreprise privée.» (38)

La Fédération pour la démocratie et le Kuomintang: les concordances

Trois mois après la répression du mouvement, ses principaux dirigeants se retrouvent à Paris pour y créer la Fédération pour la Démocratie en Chine. Elle élit à sa direction Yan Jiaqi, principal dirigeant des intellectuels de la place Tien An Men, un proche de Zhao Zhiyang, Wuer Kaixi, le principal dirigeant étudiant, et Wan Runnan, un des plus grands capitalistes privés de la République Populaire.
Le programme adopté par la Fédération ne se distingue en rien de celui poursuivi par le Kuomintang. La Fédération des «démocrates» dénonce le Parti communiste qui a créé «un système ou le totalitarisme stalinien se mêle au despotisme oriental». Il affirme que «la tolérance du peuple chinois envers la dictature du Parti communiste a atteint sa limite extrême». Ses objectifs principaux sont formulées ainsi: «développer l'économie d'initiative privée et mettre fin à la dictature d'un seul parti». (39)
Au moment où ce programme a été publié, le parallélisme entre la politique des fascistes taiwanais et les dirigeants du mouvement de Tien An Men aurait dû alarmer tous les progressistes et anti-impérialistes. Depuis lors, les options de ces deux groupes anticommunistes se sont encore rapprochées.
D'abord, le Kuomintang et la Fédération pour la Démocratie veulent tous deux renverser le Parti communiste, en prenant appui sur les forces de la grande bourgeoisie chinoise de Taiwan, des Etats-Unis, de Hong-Kong et de Singapour.
Devant un auditoire de San Fransisco, Shaw Yuming, directeur général de l'information du gouvernement taiwanais déclare: «Le gouvernement de la République de Chine (Taiwan) a suivi de près le mouvement étudiant depuis le début et il a étudié diverses contre-stratégies. Cependant, pour ne pas fournir aux communistes chinois un prétexte pour supprimer le mouvement, nous avons dû adopter une attitude extrêmement prudente (...). C'est notre espoir d'utiliser le modèle de développement de Taiwan comme base pour notre objectif: la réunification éventuelle de la Chine sous un système libre et démocratique. (...) Les Chinois du continent, de Taiwan, de Hong-Kong, de Macao, des Etats-Unis, du Canada, d'Europe et de la région Asie-Pacifique sont tous arrivés à un consensus après le massacre de Tien An Men, en vue notamment de mettre fin à la tyrannie des communistes chinois.» (40)

Cette orientation politique taiwanaise, est reprise pratiquement mot à mot par le porte-parole des intellectuels du mouvement de Beijing, Yan Jiaqi. Le 28 juillet 1989, à l'occasion de la première session du Congrès des Etudiants Chinois aux Etats-Unis, à Chicago, il déclare: «Des contributions doivent venir des Chinois d'outre-mer. Les communistes chinois peuvent contrôler le peuple avec des chars, mais ils ne peuvent pas supprimer l'entreprise privée en dehors de la Chine. La démocratie dépend de l'expansion économique. Le fait que Taiwan ait un gouvernement démocratique sous la direction de la République de Chine nous est le bienvenu. Il n'est pas tellement important que la Chine soit aujourd'hui divisée entre forces socialistes et capitalistes, mais il est important que les unes sont dictatoriales et les autres démocratiques. Pour nous, quiconque s'aligne sur une dictature est notre ennemi et quiconque s'oppose à la dictature est notre ami. Le peuple de Taiwan tient haut le drapeau démocratique. Cela, me semble-t-il, est la base fondamentale pour la réunification de Taiwan et de la Chine continentale. » (41)

Deuxième concordance: le Kuomintang et la Fédération pour la Démocratie dénigrent tous deux l'expérience socialiste de la Chine depuis la libération en 1949. A la question du journaliste: «Les Chinois idéalisent beaucoup les premières années du communisme, êtes-vous d'accord?» Yan Jiaqi répond: «Pas du tout! Le début des années 50 est l'époque où le PCC installait les bases de son pouvoir, où il pourchassait les partisans du Kuomintang de Tchang Kaichek, dépossédait les capitalistes sans le faire au grand jour et, dans les campagnes, donnait les terres aux paysans en expropriant les propriétaires fonciers. C’est l’époque où le PCC entamait sa première campagne contre les intellectuels et tous les gens qui pensaient différemment.» (42) Son argumentation est calquée sur les thèses des fascistes du Kuomintang qui prétendent que, dès son arrivée au pouvoir, le Parti communiste a suivi une politique «criminelle».

Troisième concordance: tout le discours du Kuomintang, comme celui de la Fédération pour la Démocratie, est axé sur une idée centrale: l'entreprise privée, le capitalisme sauvage.

Le secrétaire général de la Fédération pour la Démocratie en Chine n'est autre que le millionnaire Wan Runnan, ex-pdg de la société d'équipements électroniques Stone, l'une des plus importantes entreprises privées de Chine. Elle faisait des bénéfices de l'ordre de 50 millions de dollars par an. En février 1990, Wan Runnan livre ses impressions à la revue «Bulletin de Sinologie», éditée à Hong-Kong. La revue rapporte l'entrevue comme suit: «Wan Runnan pense que la dictature du parti unique constitue un frein pour le développement économique. Il préconise l'instauration en économie d'un système de propriété privée, en politique d'un système pluraliste.» (43) Devant la City University de New-York, Wan Runnan déclare: «Une solution simple aux problèmes de la Chine consiste à privatiser la propriété, rendant ainsi possible l'émergence d'une classe moyenne.» (44) Yan Jiaqi confirme cette option en précisant qu'une économie socialiste est la base du totalitarisme, idée chère à Fang Lizhi. «Tant que la Chine n'adopte pas un système de droit de propriété en économie, elle est condamnée au totalitarisme et au contrôle de la pensée.» (45)

Les pèlerins pour Taiwan

Récemment, une stratégie en quatre phases a été exposée par la Fédération pour la Démocratie en Chine par la voix de son président, Yan Jiaqi. Première phase: la chute de Li Peng. Deuxième phase: révision du jugement sur la nature du mouvement de Beijing. Troisième phase: retour des dissidents, révision de la constitution dans le sens d'un système pluraliste comme celui de la Pologne, de la Hongrie et de l'Union soviétique. Quatrième phase: établissement d'un système fédéral et élections multipartites avec le Parti communiste, le Kuomintang et l'Alliance démocratique. (46) Là au moins, le but est clairement affiché: le retour du vieux parti fasciste et l'arrivée d'un nouveau parti créé aux Etats-Unis par des agents chinois de la CIA.
Lorsque nous avons affirmé, quelques mois après la répression du mouvement pro-impérialiste de Beijing, que celui-ci était effectivement dirigé par des contre-révolutionnaires et qu'il visait à établir le régime de Taiwan en Chine, les trotskistes ont joué à l'indignation. Mandel a eu le culot d'écrire: «La victoire des étudiants aurait renforcé la base du socialisme en Chine. Leur écrasement dans le sang par une clique de despotes militaires, a porté un coup rude au socialisme.» (47) Or, nous n'avons pas dû attendre une année, avant de voir tous les protagonistes du mouvement soi-disant démocratique jeter le masque et se montrer ouvertement comme des agents de Taiwan et des Etats-Unis. Et du coup, on voit clairement de quelles forces monsieur Mandel se fait l'avocat.
Yan Jiaqi, le penseur du mouvement «démocratique», est allé à Taiwan, le 8 mai 1990, pour y déclarer. «Pour la démocratisation de la Chine continentale, l'expérience de Taiwan a une grande valeur de référence.» (48)
Le deuxième héros de la place Tien An Men était Wuer Kaixi. Le 29 janvier, il a demandé un entretien avec John Chang, le directeur du département des Affaires chinoise du Kuomintang, c'est-à-dire le chef de l'espionnage taiwanais en République Populaire. Notre démocrate a déclaré au fasciste: «La communication entre les Chinois anticommunistes est le premier pas vers l'unité.» (49)

Su Hsiao-kang, le célèbre écrivain, l'auteur du script du téléfilm «Eloge de la Rivière», est arrivé à Taiwan, début janvier, en compagnie de quatre autres écrivains, militants de la place Tien An Men. Il y a dénoncé «le totalitarisme du type stalinien imposé par Mao Zedong». Selon la presse taiwanaise, «il a critiqué Taiwan d'être "un peu trop mou" dans sa réponse au mouvement démocratique sur le continent». Toujours selon la presse du Kuomintang: «Su disait que certains membres de la Fédération pour la Démocratie en Chine croient que "l’action sanglante et la guerre civile sont inévitables dans le combat pour la démocratie." » (50)
Yueh Wu, dirigeant du Syndicat Ouvrier Indépendant de Beijing, très bien côté chez nos trotskistes, est arrivé le 16 janvier à Taiwan, à l'invitation de la...World Anti-Communist League! (51)

Au mois de janvier, tous les dirigeants de la Fédération, conduits par le secrétaire général Wan Runnan, ainsi que cinquante étudiants et écrivains du mouvement de Tien An Men, ont été invités à Taiwan. Un cadre du Kuomintang déclarait: «C'est maintenant un secret public que tous les groupes importants du mouvement démocratique reçoivent la majeure partie de leurs fonds de Taiwan.» (52)

Ces informations peuvent donner des frissons à tous ceux qui ont cru, à un moment ou un autre, que les étudiants de Tien An Men étaient des jeunes naïfs, politiquement vierges. Or, les preuves sont là: pour toute la direction de ce mouvement, la «liberté», c'est la liberté de l'entreprise capitaliste et de l'exploitation, la «démocratie» et le multipartisme, c'est le retour du parti fasciste du Kuomintang et de ses escadrons de la mort sur le continent chinois. La grande campagne anticommuniste qu'Amnesty International a lancée en mai 1990 avait pour thème: «L'année passée, le printemps plein d’espoir fleurissait en Chine». (53) C'est un mot d'ordre clairement politique qui reprend la version répandue par les stratèges de l'impérialisme: le mouvement pour la démocratie était un printemps plein d'espoir. Or, si Amnesty International veut faire de la politique (et elle le fait avec un grand raffinement), elle ne peut pas empêcher un débat ouvert dans ses rangs sur l'analyse de ce mouvement. Et une analyse objective mène à une conclusion incontestable: ce mouvement visait au rétablissement de la domination néo-coloniale sur la Chine et à la renaissance de la domination fasciste du Kuomintang. Et c'est cette orientation que défend Amnesty International - Belgique, sous prétexte de «ne pas faire de politique».

Leur «pacifisme» était un mensonge: en voici les preuves

Hu Yaobang meurt le 15 avril 1989. La droite parmi les étudiants de Beijing en profite pour exiger que la tendance de Hu, dont l'orientation libérale et pro-impérialiste est bien connue, ait la direction absolue du Parti et que les derniers représentants de la ligne marxiste-léniniste soient éliminés. La première exigence de cette droite est la réévaluation des mérites de Hu Yaobang, critiqué en 1987, et la réhabilitation politique de tous ses partisans exclus du Parti, dont le principal est Fang Lizhi, le célèbre zélateur de l'impérialisme américain et du régime de Taïwan. Le 24 avril, ce noyau étudiant annonce la formation d'un Comité préparatoire pour la Fédération Nationale des Etudiants et son soutien tapageur à Solidarnosc indique son intention de constituer un centre politique légal capable de rallier toutes les forces anticommunistes. (54)
En réplique, le Bureau politique du Parti communiste dénonce le 26 avril, «une conspiration organisée» et «une agitation qui vise à rejeter la direction du Parti communiste et le système socialiste».
Le 2 mai, le noyau des étudiants soumet une pétition au Parti dans laquelle il affirme répondre à l'offre de dialogue faite par le gouvernement. Quand on y regarde de près, on constate que ces gens ne cherchent nullement le dialogue, mais l'affrontement et que leur but ultime est effectivement le renversement du Parti communiste. Dans le premier point, ils exigent «l'égalité absolue» des deux parties, les étudiants et les autorités nationales, avec la présence des plus hauts responsables du Parti et de l'Etat. Les étudiants doivent être représentés par la Fédération autonome des Etudiants, ce qui implique la reconnaissance officielle des organisations antisocialistes. Le noyau exige en plus que le dialogue soit intégralement transmis par la TV, facilitant ainsi l'implantation de l'organisation anticommuniste dans le pays tout entier. (55)
Saisissant parfaitement le sens politique de cette tactique, une revue du gouvernement américain déclare: «Si cette demande avait été accordée, les étudiants auraient obtenu la légalisation de la première organisation politique complètement indépendante de l'histoire de la République Populaire et la négation de fait des quatre principes fondamentaux de Deng Xiaoping.» (56)
Zhao Zhiyang rejoint la contre-révolution
Un premier grand tournant dans les événements se produit le 4 mai, avec le discours de Zhao Zhiyang, à son retour de Pyongyang. Devant les membres de la Banque asiatique du Développement, Zhao présente une évaluation positive du mouvement étudiant en cours et désavoue ceux qui considèrent que ce mouvement est dirigé par des forces antisocialistes.
Une revue du gouvernement américain a fait, par après, l'analyse suivante de l'intervention de Zhao: «Malgré la dimension énorme des manifestations, elles ne constituaient pas encore une rébellion populaire. Elles ne le sont devenues qu’au moment où les manifestants ont vu qu ils avaient la sympathie clairement affichée d'une aile du Parti et de l'appareil gouvernemental et qu'ils aidaient cette fraction dans son combat contre les conservateurs. Ce processus a commencé après le discours du 4 mai de Zhao.» (57)
Beaucoup de membres du Parti communiste sont désorientés devant ces deux appréciations complètement contradictoires du mouvement étudiant, toutes deux provenant de la direction du Parti. Zhao donne immédiatement des instructions à tous les médias pour qu'ils soutiennent le mouvement en cours. Grâce aux médias, le mouvement étudiant se transforme en mouvement populaire. Après la déclaration de la loi martiale, le 20 mai, et ceci jusqu'au 25 mai, la presse, la radio et la TV appellent la population à s'opposer à l'entrée de l'armée à Beijing. (58)
C'est à ce moment aussi que, dans la confusion politique générale, des forces de gauche authentiques, des gens qui critiquent les réformes de Deng Xiaoping à partir des positions de Mao Zedong et de Zhou Enlai, s'engagent dans le mouvement. Dès lors, les manifestants poursuivent des buts diamétralement opposés, certains voulant en retourner aux principes socialistes des années de Mao, d'autres espérant pousser les réformes jusqu'à l'introduction de l'économie de marché. Ces derniers ont gardé à tout moment la direction politique du mouvement dans son ensemble.

La droite à l'assaut du pouvoir

Le 17 mai déjà, Yan Jiaqi, un des principaux dirigeants du mouvement et proche collaborateur de Zhao, publie le Manifeste du 17 Mai. Il y apporte son soutien à Zhao Zhiyang contre «l'empereur» Deng Xiaoping et contre «le gouvernement sous le contrôle absolu d'un dictateur». Yan écrit: «A bas l'éditorial du 26 avril! A bas la dictature! Vive l'esprit d'opposition à la tyrannie!» Son manifeste est publié le lendemain par la presse de Taïwan. (59) Dès ce jour, le noyau dirigeant du mouvement vise ouvertement l'élimination de la gauche marxiste du gouvernement.
On lit dans une déclaration de la direction à Tien An Men, le 21 mai: Nous ne sommes pas le «genre de personnes à chercher un compromis avec un gouvernement qui traite ce mouvement patriotique de façon erronée». Si le gouvernement ne s'en va pas, alors «les troubles ne connaîtront jamais de fin». (60) Ce même 21 mai, Yan Jiaqi exige dans une déclaration le renversement du premier ministre Li Peng, du président de la République Yang Shangkung et de l'autorité militaire supérieure, Deng Xiaoping. Yan réclame leur expulsion du Parti et leur mise en accusation devant le tribunal. (61)
Mais fin mai 1989, la grande majorité du comité central du Parti se rallie à Deng Xiaoping et Li Peng contre la fraction procapitaliste de Zhao Zhiyang. (62)
Le 1 juin, le quartier général des étudiants à Tien An Men exige la fin de la loi martiale et le retrait des troupes. Annonçant la violence à venir, il affirme: «Si ces revendications ne sont pas acceptées, les étudiants sont préparés à sacrifier leur vie.» (63)

Le mouvement est clairement en perte de vitesse. Mais le noyau dur ne pense nullement à céder. Au contraire, des actions de désespoir se préparent. Les étudiants décident de continuer à occuper la place Tien An Men jusqu'à la session de l'Assemblée nationale du 20 juin. C'est-à-dire qu'ils comptent maintenir, indéfiniment, au coeur même de la capitale, une agitation qui dure depuis six semaines. Une nouvelle flambée de protestations est toujours possible à Beijing. Des troubles se manifestent déjà dans les provinces. Une revue du gouvernement américain, qui constate le déclin du mouvement, écrit: «En raison du flot de soutien financier en provenance du secteur privé chinois et des sympathisants d'outre-mer et du renfort par des recrues arrivant dans la capitale, il était difficile d'amener le mouvement à se dissoudre lui-même. » (64)
Après une campagne d'information de deux semaines, au cours de laquelle les autorités n'ont pas essayé d'appliquer la loi martiale, elles décident de faire dégager la place par l'armée et les forces de l'ordre. Le 2 juin, elles envoient des soldats sans armes pour amener les étudiants à partir. Ce n'est nullement une «provocation», comme le dit la presse anticommuniste. L'envoi de soldats sans armes correspond parfaitement à la phase du déclin du mouvement et à la volonté du Parti de mettre fin aux désordres sans violence, politique pratiquée avec constance depuis déjà six semaines et absolument inconcevable dans n'importe quel pays impérialiste. Ce 2 juin, les soldats sans armes ont été attaqués, battus et faits prisonniers par des étudiants et des éléments déclassés.

Ils ont préparé systématiquement la violence

S'il est incontestable que la grande majorité des étudiants ne voulaient pas de la violence, il est tout aussi clair que la direction du mouvement a, dès le début et de façon méthodique, préparé les esprits à l'affrontement et à la violence.

Le 21 avril 1989 déjà, un appel à la grève est affiché à l'université de Beida. «Nous voulons faire progresser la démocratie par la sincérité de notre sacrifice, peu importe la répression, nous escaladerons des montagnes de lames tranchantes, nous plongerons dans des océans de feu!» (65) C'est un langage qui crie le sang.

Un autre journal mural du 23 avril reprend textuellement la propagande de Taiwan: «La démocratie et la liberté. C'est le but de notre grève. La lutte est inévitable, il faut l'accepter sans crainte. Il y aura des victimes; mais le sacrifice en vaut la peine. La douleur qui naît de l'esclavage, peut-on l'accepter? Nous naissons libres, eux, ils veulent faire de nous des esclaves.» (66) C'est une tactique mise au point depuis longtemps par la CIA pour la lutte dans les pays socialistes: éviter aussi longtemps que possible l'affrontement direct avec les organes de la dictature du prolétariat; gagner une large influence parmi les masses hésitantes en proclamant sa volonté de pacifisme; préparer psychologiquement l'affrontement inévitable, puis, finalement faire ressortir que les autorités ont déclenché l'agression et que les manifestants se trouvaient en état de légitime défense.
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Edité le 19-04-2009 à 00:12:46 par Xuan




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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 19-04-2009 à 00:18:02   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

[suite]

Le 13 mai, les dirigeants décident de dramatiser la lutte en entamant une grève de la faim de 3.000 étudiants. Préparant l'affrontement, ils parlent de plus en plus souvent de la mort. Dans La pétition de la grève de la faim, les étudiants de l'université de Beijing parlent du «moment crucial de vie ou de mort, qui décidera de la survie ou de l'effondrement de la nation. La mort n'est certainement pas notre but. Mais si la mort d'une personne peut rendre meilleure la vie de beaucoup d'autres, si elle peut rendre notre nation prospère et grande, alors nous n'avons pas le droit d'agir lâchement.» (67) Un professeur chinois d'anglais explique à un journaliste de Libération la tactique suivie par le mouvement. «La direction du Parti communiste doit d'abord reconnaître l'association étudiante et la légitimité de notre mouvement. Mais ce ne sont là que nos premières exigences. Ils doivent laisser la place. Et s'ils s'avisent d'utiliser la violence, il se passera en Chine ce qui s'est passé en France en 1789, la prise de la Bastille.» (68)

Le 22 mai, les étudiants de la place Tien An Men font encore monter la température. «Li Peng et Yang Shangkun ont fait un coup d'Etat contre-révolutionnaire. Ils ont renversé le secrétaire-général Zhao Ziyang. Tout le peuple doit écraser ce coup d'Etat et rejeter le gouvernement de Li Peng.» (69) Ecraser un coup d'Etat contre-révolutionnaire: cela peut-il se faire avec gentillesse et pacifisme?

Le mardi 30 mai, une banderole flotte sur la place Tien An Men: «Le 1789 de la Chine», appelant ouvertement à une révolution pour renverser le régime. Un certain Wang déclare au journaliste de Libé: «L'histoire prouve qu on ne peut conquérir la liberté sans recours à la violence. C'est regrettable, mais le sang doit couler. En Chine, le moment n'est pas encore venu. La violence nous isolerait des masses. Il nous faut d'abord éveiller le peuple et gagner son soutien à la cause de la démocratie.» (70)

Le soir du 3 juin, à 21 heures, avant l'intervention des forces de l'ordre, Chai Ling demande aux étudiants sur la place de lever la main et de jurer: «Pour le progrès de notre pays vers la démocratie, pour la prospérité de notre pays et pour empêcher qu'un milliard de Chinois meurent dans la guerre, je jure de protéger la place Tien An Men et la République avec ma vie. Nos têtes peuvent être coupées et notre sang peut couler, mais la place du peuple ne peut pas être perdue. Nous sommes prêts à nous battre jusqu'à la fin jusqu'au dernier d'entre nous.» (71)

Les pacifistes: «Nous savons que le sang doit couler!»

Nous trouvons une discussion extrêmement significative et révélatrice à propos du «caractère pacifique» du mouvement, dans la revue Problems of Communism, publiée par l'Agence d'information du gouvernement américain. Elle prouve deux choses, de façon irréfutable. Premièrement: l'option non violente du mouvement de Beijing était une simple tactique, une manoeuvre habile pour recueillir un soutien aussi large que possible aux activités et aux thèses anticommunistes. Deuxièmement: il y a une division des rôles. Tandis que les porte-parole «officiels» chantaient la non-violence, des éléments «spécialisés» se préparaient à la violence, prêts à y recourir dès que nécessaire. Voici ce que dit la revue du gouvernement américain à propos de la «non-violence» de ces dirigeants étudiants si innocents.

«Des considérations pratiques ont dicté une approche non violente. Le régime communiste contrôle encore des forces militaires et de police impressionnantes. L'armée et les forces de police sont restés fermement du côté du régime. Leur soutien explique pourquoi il serait irréaliste pour le mouvement démocratique de rejoindre les montagnes comme le fit Mao dans les années trente. Les démocrates disent que si la violence doit avoir un rôle dans l'avenir de la Chine, elle devra venir de l'intérieur de l'armée chinoise. Le président du Printemps de Chine, Hu Ping a dit au Quatrième Congrès de l'organisation à Los Angeles, United States: «Notre organisation n'a pas la force de réaliser un coup militaire». Wan Runnan, de la Fédération Démocratique a dit: «Notre principe de la non-violence ne signifie pas que le sang ne coulera pas. Il y a une division des rôles. Notre rôle est de mener des activités qui sont paisibles, rationnelles et non violentes. Mais d'autres joueront d'autres rôles. » La non-violence et le soutien au socialisme offrent les meilleures possibilités pour construire une large coalition contre le régime et pour attirer le maximum de soutien officiel et non officiel à l'étranger. Comme un dirigeant du Printemps de Chine déclarait lors des débats au Quatrième Congrès: "Seule la bannière des méthodes pacifiques peut rallier une large audience populaire. Si quelqu'un ici me demande de l'argent pour des fusils, je prétendrais certainement donner les fusils pour la chasse aux oiseaux".» (72)

Les émeutiers ont frappé les premiers

Au moment où les forces de l'ordre ont voulu rétablir l'ordre, après deux semaines de travail d'explication, les premiers blessés, les premiers morts aussi, sont tombés du côté de l'armée.
Le joumal Libération décrit les événements du vendredi 2 juin en ces termes: «La foule se déchaînait contre les militaires, pour la plupart très jeunes et sans armes. Des milliers de soldats venaient d'être faits prisonniers. Leurs officiers leur ordonnaient de ne pas résister.» (73) Samedi 3 juin, à 15 heures, le journaliste de Libération note que des manifestants ont mis le feu à des bus militaires. Il poursuit: «Des armes, saisies à bord de l'un d'eux, sont exposées. Pékin a déjà, en cet après-midi, un air d'émeute. "Sans violence, nous ne pouvons obtenir de changements. Nous devons nous y préparer. Nous ne craignons pas la violence", lance un ouvrier. Cette violence est déjà dans l'air. Samedi, 17hl5. Palais du Peuple. Des jeunes patrouillent, cailloux ou longues matraques saisies sur les policiers à la main. "Nous sommes prêts au sacrifice", hurle un orateur improvisé. "Si l"un de nous tombe, un million se lèveront'. La foule scande : A bas le régime fasciste! De plus en plus de gens parlent de "riposter aux violences de l’Etat".» (74) Le soir, «sur des kilomètres, à l'ouest comme à l'est de Tien An Men, l'avenue Chang'an n'est plus qu'une succession de barricades.» (75) Le journal de droite The Far Eastern Economie Review écrit: «Dans la soirée du 3 juin, une nouvelle intervention des soldats à pied et sans armes a été stoppée en face de l'Hôtel de Beijing, mais cette fois, certains soldats ont été battus brutalement par des bandes déjeunes criminels qui avaient fait leur apparition, pour la première fois, dans la zone de Tien An Men avec des barres de fer et des bâtons. Plus tard dans la soirée, lors de plusieurs incidents, des soldats ont perdu la vie, battus et frappés avec des pierres. A Chong Wen Men, le corps d'un soldat a été jeté d'une passerelle et brûlé. Dans un autre incident, des manifestants ont mutilé le corps d'un soldat.» (76) Un citoyen belge à Beijing déclare par téléphone: «On a d'abord envoyé les chars de la 38ème armée contre les occupants de Tien An Men. Elle a essayé de le faire sans trop de violence. Elle n'y a pas réussi, il y a d'ailleurs eu des morts dans ses rangs.» (77)

Qui sont ces groupes de tueurs? Johan Galtung a regardé des enregistrements vidéo de la violence et écrit: «Ils sont extrêmement mobiles, jetant des cocktails molotov, sachant exactement comment détruire un véhicule, même un char. Apparemment, ils ont environ trente ans.» (78) On peut raisonnablement croire que des agents entraînés à Taiwan, cette base mondiale des escadrons de la mort, des agents qui ont pu agir depuis longtemps grâce au laxisme du gouvernement, ont joué un rôle important dans cette violence. Taiwan avait tout intérêt à ce que le mouvement finisse dans le sang et il avait les moyens de réaliser les provocations nécessaires à cet effet.

Poussés délibérément àla mort?

Même un journal aussi anticommuniste que Libération, se voit obligé d'évoquer l'hypothèse selon laquelle les dirigeants du mouvement étudiant auraient provoqué délibérément la fin violente d'un mouvement qu'ils savaient perdu. Libé cite un dirigeant arrivé en Occident, Lao Mu: «Deux semaines avant le massacre, nous savions que tout était perdu et Wang Juntao a fait préparer des faux papiers pour couvrir la fuite des intellectuels et des quelques étudiants qui dirigeaient le mouvement, dont moi-même.» Et Libération de formuler la question qui s'impose: «Pourquoi Wang Juntao s'est-il opposé à l'évacuation de Tien An Men, alors que les informations communiquées aux activistes par la journaliste Dai Qing quelques jours avant, sur l'imminence d'une intervention militaire indiscriminée étaient fiables? Certains dirigeants du mouvement ont-ils estimé qu'un martyr servirait davantage leur cause? "Toute la stratégie du mouvement était basée sur le martyr", faisait remarquer récemment un des leaders clandestins d'un réseau démocratique.» (79)

L'armée avait le devoir de mettre fin à l'émeute

Le 4 juin, il était devenu urgent que l'armée intervienne pour mettre fin aux provocations meurtrières et à l'occupation de la place Tien An Men.
Depuis le 1 juin, The Voice of America prétendait systématiquement que des unités de l'armée étaient sur le point de s'affronter entre elles, que des soldats refusaient d'imposer la loi martiale, que le gouvernement n'avait plus aucune assise. En d'autres termes, l'émetteur de la CIA incitait ouvertement à l'insurrection.

L'armée ne pouvait pas s'éclipser devant la violence et les meurtres des émeutiers, elle ne pouvait pas non plus permettre que les anticommunistes continuent à occuper le coeur de la capitale. Cela aurait été considéré par toutes les forces antisocialistes comme une expression de l'impuissance de l'armée à réagir face à la contre-révolution, comme une claire indication que le pouvoir était totalement paralysé et pouvait, par conséquent, être renversé.
L'intervention de l'armée pour mettre fin à l'émeute anticommuniste, était devenue nécessaire, mais elle constituait en même temps la preuve de l'échec d'une certaine politique. En effet, l'orientation pro-capitaliste, pro-impérialiste de Hu Yaobang et de Zhao Zhiyang a provoqué un mécontentement justifié dans la population, tout en créant une grande confusion politique. Ne comprenant pas la portée du programme du noyau dur de Tien An Men, une partie de la population de Beijing l'a soutenu contre l'intervention de l'armée.

Pour combattre la violence justifiée avec laquelle un pays socialiste se défend contre l'impérialisme, les pires fascistes jurent par l'humanisme et l'humanitarisme. Ce qui nous montre bien qu'il faut toujours faire une analyse de classe lorsqu'une force politique commence à parler d'humanisme. Le porte-parole du gouvernement fasciste de Taïwan a dit ceci, à propos des ingérences américaines en République Populaire de Chine: «Les Etats-Unis ont prouvé qu'ils sont dignes d'être le dirigeant du monde libre en affirmant bien haut les principes de l'humanitarisme et des droits de l'homme.» (80) Or, dans les premiers mois de 1990, au Salvador, des bandes fascistes, entraînées par Taiwan, ont bombardé aveuglément les quartiers populaires de la capitale, massacrant la population à l'arme lourde. Arrivé à Taiwan, le 21 février de cette année, le président salvadorien, Christiani, déclare: «Ensemble nous serons capables de marcher sur la route de la liberté et de la démocratie. » (81) Lors de leur agression contre le Panama, un Etat indépendant, les Etats-Unis ont tué, d'après Eduardo Galeano, 7.000 civils. Tous les crimes inqualifiables de l'impérialisme, sont systématiquement effacés de la mémoire de nos peuples, tandis que la répression justifiée dirigée contre la subversion impérialiste, à Beijing, est rappelée à la BBC, jour après jour, semaine après semaine, depuis plus d'une année, comme le plus grand crime contre l'humanité. Nous ne pouvons pas être du côté des peuples du Salvador, du Guatemala, de Grenade, de Panama, d'Argentine, des Philippines, des peuples terrorisés par les Etats-Unis et par Taiwan, et ne pas être du côté du gouvernement socialiste chinois qui combat les tentatives de reconquête de la Chine par Taiwan et les Etats-Unis.

La Chine à la croisée des chemins

Comment évoquer l'avenir de cet immense pays qu'est la Chine populaire, un an après la répression de l'émeute contre-révolutionnaire de Beijing?
Aujourd'hui, le risque existe toujours que l'agitation contre-révolutionnaire redémarre et il y a toujours un danger que la ligne révisionniste et pro-capitaliste reprenne le dessus à la tête du Parti communiste chinois. Si, de cette façon, la droite arrive à miner le Parti de l'intérieur puis à le renverser, la Chine sera plongée dans un chaos catastrophique qui, en quelques années, coûtera la vie à des millions de personnes.
La Chine pourra éviter ce cataclysme, à condition que le redressement, la rectification et la révolutionnarisation du Parti communiste soient poussées jusqu'au bout. Seul le socialisme peut sauver la Chine et seul le Parti communiste peut diriger la construction socialiste. L'histoire récente de l'Europe de l'Est, comme de la Chine, nous apprend, une fois de plus, que dans les pays socialistes, il y a deux types de lutte de classe à mener. Il y a la lutte de classe contre les réactionnaires, les éléments hostiles au socialisme, les agents de l'impérialisme. Mais il y a aussi la lutte à l'intérieur du Parti pour le maintien de ses qualités et de ses traditions révolutionnaires. Cette lutte pour la révolutionnarisation constante du Parti, cette lutte contre les tendances à la dégénérescence, est sans doute la plus complexe mais aussi la plus cruciale.
Nous sommes en désaccord avec tous ceux qui font de la lutte pour «la démocratie» la question essentielle. L'exemple de Tien An Men montre clairement que le mot «démocratie», prétendument au-dessus des classes, sert à propager le développement libre de toute sorte d'organisations antisocialistes et pro-impérialistes. Ainsi, «la démocratie» est le mot d'ordre central de Taiwan et elle signifie dans ce cas le droit pour le parti fasciste du Kuomintang de revenir en Chine. Nous défendons le développement de la démocratie socialiste, c'est-à-dire la participation active et constante des masses populaires à l'édification du socialisme, à sa défense et au perfectionnement de son système politique et économique. Le développement de la démocratie socialiste est conditionné par la révolutionnarisation du Parti. Un haut degré de démocratie socialiste dépend du travail exemplaire des communistes, de leurs liens avec les masses, de leur style de vie simple et de lutte ardue, de leur esprit de sacrifice, de leur fidélité, non pas en paroles mais en actes, au marxisme-léninisme et de leur capacité à centraliser toutes les idées progressistes des masses.

Mais le Parti a commis des erreurs...

Parfois, on nous objecte que le Parti communiste chinois a commis des erreurs et des fautes. C'est une évidence. Mais quelles sont les conclusions qu'on tire de ce constat? Se ranger du côté de la contre-révolution et du révisionnisme, est-ce le remède aux maladies du socialisme? Tous les courants démagogiques prendront toujours appui sur les erreurs et faiblesses réelles du Parti, pour propulser leurs conceptions antisocialistes et contre-révolutionnaires.
Ceux qui ont appuyé les héros de la place Tien An Men, peuvent faire maintenant l'amer constat qu'ils ont soutenu une direction farouchement anti-socialiste et pro-taiwanaise. Ceux qui ont appuyé le modéré, le réformateur, l'homme faisant preuve de souplesse et de volonté de dialogue, Zhao Zhiyang, voient aujourd'hui qu'ils ont soutenu une ligne de privatisation et de marché libre. Lutter contre les erreurs et les faiblesses du Parti dans une optique révolutionnaire, c'est lutter pour l'épuration du Parti des éléments bourgeois, opportunistes, bureaucratiques, pourris, c'est lutter pour le maintien des principes marxistes-léninistes et pour leur développement.

Bonne et mauvaise gérontocratie

Les événements de Chine nous montrent une fois de plus que, sous le socialisme, la lutte de classe dans le Parti est extrêmement complexe. Il nous faut adopter une attitude de recherche, d'étude et d'analyse pour déceler les intérêts de classe réels qui se cachent derrière telle ou telle proposition alléchante.
Nous voulons développer cette idée en prenant l'exemple de la démagogie de la presse bourgeoisie contre la gérontocratie, les vieillards despotiques, les vieux conservateurs et corrompus, opposés à la jeunesse démocratique et désintéressée.
D'abord, en Chine, parmi les vieux du Parti, il y en a qui sont de gauche, de droite et du centre. Commençons par la droite. Dans un document du Parti communiste chinois de 1984, nous lisons: «Il y a un petit nombre de vieux membres et cadres du Parti qui sont incapables de respecter les principes du Parti. Quand ils rencontrent une tendance malsaine, ils la suivent». «Une fois qu'on a commencé à parler d'ouverture sur le monde extérieur, certains cadres du gouvernement et du Parti ont été attirés par les affaires comme des abeilles». (82) Dans la lutte au sein du parti, ces vieux-là étaient du côté de Hu Yaobang et de Zhao Zhiyang et ni l'impérialisme ni Taiwan ne se tracasseront jamais de leur âge, puisqu'ils se battaient pour la bonne cause, celle de ces autres bons vieillards, le pape de Rome, Ronald Reagan et Willy Brandt.

Maintenant, Deng Xiaoping est devenu, aux yeux de l'Occident, le prototype du vieillard tyrannique et rétrograde. Et pourtant, lorsque Deng a soutenu la politique révisionniste de Hu Yaobang et de Zhao Zhiyang, l'Occident ne tarissait pas d'éloges à son égard. Deng a couvert la politique néfaste de Zhao Zhiyang jusqu'au mois d'avril 1989. Et même au début du mouvement étudiant, la presse du Kuomintang a exprimé l'espoir que Deng se rangerait du côté de la réforme et de la démocratie. Une revue taiwanaise écrivait à ce moment-là: «La place de Deng dans l'histoire dépend de cette décision». (83) Bref, pendant dix ans, le vieux Deng a pris une position centriste, mais inclinant plutôt vers la droite.
D'autres vieux, comme Chen Yun et Li Sien-nien, ont depuis dix ans critiqué plusieurs aspects de la politique de Deng Xiaoping. C'est Chen Yun qui a combattu le plus fermement l'orientation vers le marché libre et l'abandon de la planification. C'est lui aussi — et le fait mérite d'être noté parce que Chen Yun représente, aux yeux de l'impérialisme, les conservateurs et donc les corrompus — c'est Chen Yun donc qui a critiqué avec la plus grande constance tous les phénomènes de corruption au sein du Parti.

Bref, la lutte de classe traverse aussi bien les vieux que les jeunes, elle traverse la population et le Parti. Il faut donc analyser le fond et la cohérence des différents courants politiques.

La droite pro-impérialiste a subi une défaite en Chine

Quelle est la conclusion qu'on peut tirer de deux mois de confrontation politique à Beijing? La lutte de classe qui s'est développée au printemps 1989 a abouti à une défaite importante pour la droite pro-capitaliste dans le Parti communiste chinois. Avec Zhao Zhiyang ont été épurés toute une série d'intellectuels de droite et d'extrême droite, tels Yan Jiaqi.
Dans son ensemble, la direction actuelle est nettement plus à gauche. En voici quelques indications, d'abord dans le domaine politique et idéologique.
Il y a une nouvelle prise de conscience du danger de la subversion et de l'infiltration, organisées à grande échelle en Chine par l'impérialisme et par Taiwan. Le Parti communiste en revient à la conception de Mao Zedong selon laquelle la lutte de classe continue sous le socialisme et que le danger d'une restauration capitaliste subsiste. A l'intérieur du Parti communiste chinois, la politique révisionniste de Gorbatchev est sévèrement critiquée, de même que son attitude de capitulation devant l'impérialisme. Le Parti met à nouveau en évidence le travail politique et idéologique comme principe directeur. La nécessité pour les intellectuels de se lier aux paysans et aux ouvriers est réaffirmée. Certains redécouvrent les oeuvres de Mao Zedong, dans une tentative de comprendre les caractéristiques de la lutte de classe qu'ils viennent de vivre.
Dans le domaine économique aussi, nous rencontrons certains accents nouveaux.
La planification socialiste est remise à l'honneur, des fonds substantiels sont libérés pour l'agriculture, le développement des entreprises privées est freiné et mieux contrôlé, la campagne contre la corruption et contre les inégalités de revenus prend de l'ampleur.

S'informer avant tout

Néanmoins, la lutte est très complexe et son issue reste incertaine. Il nous importe donc de suivre les débats et d'analyser les points de vue différents qui se manifestent au sein du Parti communiste chinois. A ce propos, nous voulons souligner l'importance d'obtenir des renseignements de première main sur les positions des communistes chinois. Il faut dire que le mépris de nombreux progressistes occidentaux pour l'expérience socialiste d'un milliard cent millions d'hommes est simplement scandaleux. Ceux qui ne prennent même pas la peine de lire les documents du Parti communiste chinois affichent, avec une arrogance révoltante, leurs critiques de la politique suivie et leurs prescriptions infaillibles pour sauver le socialisme chinois. L'honnêteté intellectuelle élémentaire impose que nous suivions avec attention et intérêt les publications chinoises. Nous y trouvons aussi bien des analyses pertinentes que des thèses discutables et des points de vue révisionnistes. S'informer objectivement sur la politique du Parti communiste est déjà enrichissant en soi. Nous ne sommes pas obligés de porter un jugement sur toutes les mesures et toutes les thèses. Et nous devons éviter déjuger trop tôt et trop catégoriquement.
L'avenir de la Chine reste incertain
En effet, à propos de l'avenir de la Chine, beaucoup de questions restent posées.
A partir de 1986, certains spécialistes américains estimaient qu'en Chine, le «point of no return» pour la restauration capitaliste était atteint. La dé-collectivisation à la campagne, le développement des entreprises privées et collectives, l'autonomie des entreprises, la naissance d'une couche de technocrates orientés vers le modèle occidental, les zones économiques spéciales, les investissements étrangers, tout cela, disaient-ils, constitue une base économique solide pour le capitalisme. Certains révolutionnaires également estimaient que Deng Xiaoping avait achevé la restauration du capitalisme en Chine. Mais le changement intervenu après juin 1989 dans l'orientation politique et économique, montre que ces conclusions étaient prématurées.

Reste la question: le Parti communiste chinois pourra-t-il poursuivre ses efforts de rectification sur une longue période et approfondir les critiques des erreurs commises?

Les spécialistes de la Chine évoquent plusieurs hypothèses d'avenir.
Certains croient que les révisionnistes dans le Parti rentreront la tête dans les épaules, feront des discours «plus à gauche» et attendront l'éclatement de graves problèmes économiques pour reprendre le pouvoir.
D'autres estiment que la rectification politique et idéologique actuelle restera superficielle, que le bureaucratisme, la corruption et le parasitisme continueront à se répandre dans la Chine profonde et que le processus de pourrissement se poursuivra, comme cela se passe depuis 1978. La marche vers le capitalisme sera seulement ralentie par les événements de juin 1989.
Une troisième école croit que Deng Xiaoping va virer une nouvelle fois à droite pour appuyer une autre tendance Hu Yaobang et Zhao Zhiyang. Ils rappellent qu'en février 1989 encore, Deng affirmait que le Parti n'avait pas commis d'erreurs majeures depuis 1978. Reculant devant une autocritique sérieuse de cette période, Deng retournerait à une ligne de réformes de type capitaliste.
Ces trois hypothèses prévoient une victoire finale des tendances révisionnistes en Chine.

D'autres spécialistes prévoient un éclatement de la Chine sous la pression des terribles problèmes économiques, sociaux et démographiques, par le développement des particularismes provinciaux et par l'action des forces contre-révolutionnaires et pro-taiwanaises. La Chine connaîtrait alors une nouvelle ère de guerres civiles dévastatrices dont l'issue serait imprévisible.

Finalement, on peut estimer que la direction actuelle du Parti réussira à faire une synthèse entre les principes politiques corrects que Mao a élaboré lors de la Révolution culturelle et la politique économique plus souple, mise en pratique depuis lors. Ainsi, la Chine pourrait trouver un nouveau dynamisme aussi bien dans le domaine politique qu'économique.

Une confirmation de certaines thèses de Mao Zedong

En effet, lors de la Révolution culturelle, Mao Zedong n'a pas trouvé les méthodes adéquates pour résoudre le problème de la dégénérescence capitaliste, mais au moins, il a posé correctement un problème crucial. L'évolution politique des dix dernières années confirme amplement certaines de ses analyses.
Mao disait ceci: «Si nous nous écartons des masses, ne nous appliquons pas à résoudre leurs problèmes, les paysans brandiront leur palanches, les ouvriers manifesteront dans la rue, les étudiants provoqueront des troubles. A l'heure actuelle, il y a des gens qui croient qu'avec la conquête du pouvoir d'Etat, ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles et agir en tyrans. Si ces gens-là se heurtent aux masses qui les reçoivent à coups de pierres ou de houe, j'estime qu'ils le méritent et j'y applaudirai. Nous devons absolument nous garder de nous laisser contaminer par le style de travail bureaucratique et de former une couche aristocratique éloignée des masses.» «Dans le passé, nous avons mené la lutte dans les campagnes, les usines et les milieux culturels, nous avons entrepris le mouvement d'éducation socialiste, sans parvenir pour autant à résoudre le problème; parce que nous n'avions pas trouvé une forme, une méthode permettant de mobiliser les larges masses ouvertement, dans tous les domaines, à partir de la base, pour qu'elles dénoncent notre côté sombre.»
«La société socialiste s'étend sur une assez longue période au cours de laquelle continuent d'exister les classes, les contradictions de classe et la lutte de classes, de même que la lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste et le danger d'une restauration du capitalisme. Il faut comprendre que cette lutte sera longue et complexe, redoubler de vigilance et poursuivre l'éducation socialiste. Il faut saisir et résoudre correctement les problèmes concernant les contradictions de classes, distinguer les contradictions entre l'ennemi et nous et les contradictions au sein du peuple, puis leur donner une juste solution. Sinon un pays socialiste comme le nôtre se transformera en son contraire, il changera de nature et connaîtra la restauration du capitalisme.»
Au XIe congrès du Parti communiste chinois, Hua Kuofeng a expliqué un principe essentiel, avancé par Mao: «En affirmant que la bourgeoisie existe dans le Parti communiste, le président Mao voulait dire qu'il s'y trouve des responsables engagés dans la voie capitaliste, et pas du tout qu'il y a une bourgeoisie dans le Parti. Tant que le pouvoir suprême du Parti et de l'Etat est détenu par le noyau dirigeant qui s'en tient à la ligne marxiste-léniniste, les responsables engagés dans la voie capitaliste ne sont qu'une poignée ; ils sont dénoncés et expulsés du Parti les uns après les autres. Ils ne sauraient former une bourgeoisie. C est seulement lorsque les responsables engagés dans la voie capitaliste se sont emparés du pouvoir suprême du Parti et de l'Etat — comme en Union soviétique — qu'une bourgeoisie monopoliste bureaucratique peut se former et que le Parti devient un parti politique bourgeois.» (84)
Le monde est devenu un. L'impérialisme en crise mène une offensive planétaire pour reconquérir aussi bien les pays nationalistes du tiers monde que les pays socialistes, tout en accentuant l'exploitation des ouvriers dans les métropoles.
Un internationaliste se trouvera toujours à côté des ouvriers et des travailleurs en lutte dans son propre pays, il soutiendra toujours les mouvements qui, dans le tiers monde, combattent l'impérialisme et la réaction, il se tiendra toujours du côté des pays socialistes, dans les succès comme dans les difficultés, et il tirera les leçons de leurs victoires comme de leurs défaites. Dans le climat actuel de triomphalisme de la droite et d'anticommunisme, il importe de faire connaître l'expérience et les points de vue des pays qui persévèrent dans la voie socialiste. Il ne faut plus se laisser intimider par l'arrogance stupide de la droite, mais oser défendre le socialisme, oser défendre la Chine, oser défendre Cuba, oser défendre l'Albanie, oser défendre la République Démocratique et Populaire de Corée.
En fin de compte, les peuples, conjuguant leurs efforts, réussiront à enterrer l'impérialisme et la cause du socialisme triomphera.

Post-scriptum
Les écologistes et l'offensive de l'impérialisme américain


A l'occasion du premier anniversaire de «mouvement démocratique» de Beijing, un débat a été consacré à cet événement à la Chambre, le 29 juin 1990. Ce débat a, une nouvelle fois, révélé à quel point le lavage de cerveau quotidien par nos médias «libres» influence des milieux qui se veulent progressistes. Dans son intervention, faite au nom du groupe écologiste Agalev-Ecolo, Xavier Winkel, connu pour ses prises de positions progressistes, défend en fait la ligne suivie par la droite de l'establishment américain. Vu le déluge de mensonges et d'intoxication que la presse «libre» a déversé, il est compréhensible que des militants écologistes honnêtes se soient laissés embobiner par les porte-parole des multinationales. Nous cherchons le débat franc, étayé par des faits incontestables, par des documents et des preuves. Nous sommes sûrs de notre cause. L'arrogance de l'impérialisme ne nous impressionne pas, au contraire, nous sommes convaincus que tous ceux qui gardent l'esprit lucide, qui ne sont pas atteint par l'hystérie antisocialiste frénétique, seront amenés à réfléchir sérieusement au bien-fondé de leurs propres prises de position, après avoir écouté nos preuves et nos arguments.

Xavier Winkel reprend une thèse centrale de l'impérialisme américain et européen, lorsqu'il exige «une continuation des réformes (en Chine) qui ont rendu possible une ouverture vers les Etats démocratiques dans le monde». (85)

Au sein de l'establishment américain, bien uni dans sa politique d'anticommunisme et de domination mondiale, deux tendances tactiques se dessinent: la fraction dominante, représentée par Bush et Nixon, veut reprendre les relations avec la Chine dans le but de protéger, de soutenir et d'encourager les forces pro-capitalistes au sein du Parti communiste chinois. Une autre fraction prône un anticommunisme plus ouvert et une tactique plus agressive pour mettre, dans les délais les plus brefs, la Chine socialiste à genoux et créer des conditions propices pour une contre-révolution victorieuse du type polonais, roumain ou hongrois. Xavier Winkel défend le programme avancé par cette dernière fraction de l'impérialisme américain. «Ce que je n'accepte pas, dit-il, c'est que des représentants du gouvernement belge rencontrent des responsables chinois.» «La Chine a donc manifestement besoin du soutien d’autres pays et des sanctions économiques sont efficaces. La Belgique et les douze doivent maintenir les sanctions politiques et économiques.» (85) Bien sûr, Eyskens a répondu à l'interpellant d'Agalev-Ecolo que la Belgique «continue à adopter une attitude ferme et décidée». Sur quoi Xavier Winkel a répondu: «Je suis content de la réponse du ministre» (85).

Cette affaire montre bien comment des gens qui se veulent progressistes, sont parfois complètement drogués par la propagande impérialiste. L'Armée Populaire a dû intervenir à Beijing pour mettre fin à une émeute violente visant à renverser le socialisme; il y a eu trois cent morts. Xavier Winkel est d'avis que toute rencontre avec des dirigeants chinois est désormais blâmable et qu'il faut des sanctions politiques et économiques contre ce pays du tiers monde, comptant un milliard cent millions d'habitants. Soit. Mais comment se fait-il que Xavier ait «oublié» que l'armée américaine vient de commettre une agression militaire inqualifiable, injustifiable, contre le Panama, au cours de laquelle 5 à 7.000 personnes ont été massacrées. Est-ce qu'Ecolo-Agalev a exigé que la Belgique cesse tout contact avec le gouvernement américain et qu'il prenne des sanctions politiques et économiques contre les Etats-Unis? Ces mesures seraient pourtant justifiées parce que la cause de l'impérialisme américain est indéfendable. Mais Ecolo-Agalev préfère ne rien faire contre l'impérialisme américain et il continue à reprendre aveuglément l'agitation antisocialiste que l'ensemble du monde impérialiste mène depuis une année contre les décisions justifiées de la Chine.
Notes :
(1) Beijing Information, 6 mars 1989, p.21.
(2) La Chine, février 1989, p. 12.
(3) China Aktual, janvier 1989, p.19.
(4) Problems of Communism, septembre-octobre 1989, p.37.
(5) Orbis, été 1989, p.327-335.
(6) Beijing Information, 6 mars 1989, document IIIV.
(7) Far Eastem Economie Review, 29 mai 1989, p.18.
(8) Business Week, 5 juin 1989, p.21-22.
(9) Business Week, 5 juin 1989, p.28.
(10) The Guardian, 10 mai 1989, par Cliff Du Rand.
(11) Far Eastern Economie Review, 1 juin 1989, p 66.
(12) Le Printemps de Pékin, Gallimard, 1980, p.69-71 - Le dégel, 9 mars 1979.
(13) De papieren lente, Aula-paperback 64, Het Spectrum, 1981, p.96-97; 123; 128.
(14) Lawrence Macdonald - Jean-Christophe Tournebise, Le Dragon et la Souris, Bourgeois, 1987, p.84.
(15) Ibidem, p. 204: 205; 229-230.
(16) Beijing Information, 2 novembre 1981, p.21.
(17) Lawrence Macdonald, op. cit., p.34.
(18) Beijing Information, 9 janvier 1989, p.21-23.
(19) Circulaire du comité central, 16 mai 1966.
(20) Beijing Information, 25 juillet 1988, p. 5.
(21) Lawrence Macdonald, op. cit., p.238.
(22) Ibidem, p.242.
(23) The China Quarterly, juin 1988, p. 182.
(24) The Mirror Monthly, avril 1989, p.22-24, dans Inside Mainland China, juin 1989, p.7.
(25) Problems of Communism, septembre-octobre 1989, p.19.
(26) Wide Angle Monthly, avril 16, p. 62-65, dans InsideMainland China, juin 1989, p. 14.
(27) International Herald Tribune, 2 novembre 1988.
(28) Le Monde, 8 septembre 1989, p.l.
(29) Problems of Communism, septembre-octobre 1989, p.19.
(30) Pai-hsing Semi-monthly, 16 mai 1989, p.25 dans Inside Mainland China, juillet 1989, p. 22.; Problems of Communism, septembre-octobre 1989, p.19.
(31) Problems of Communism, septembre-octobre 1989, p.4.
(32) Problems of Communism, septembre-octobre 1989, p. 4-5. (33). Pétition contre la répression en Chine, Annemie Desmedts, Socialisme Sans Frontières.
(34) The Free Journal, june 8, 1989, p.2.
(35) Sinorama, Taipei, vol. 14, nc8, août 1989, p.55.
(36) Libération, 17 janvier 1989, p.5.
(37) Echos de la République de Chine, 21 juin 1989, p.l.
(38) The free China journal, 22 mars 1990, p.5.; Echos de la République de Chine, Ibidem.
(39) Manifeste de la FDC, Paris, 26 sept. 1989;
(40) The Free Journal, 10 août 1989, p.5;
(41) The Free Journal, 14 août 1989.
(42) Libération, 2 octobre 1989.
(43) Bulletin de Sinologie, Hong-Kong, février 1990, traduit dans Solidarité Etudiants Chinois, mai 1990, L-L-N, p.5.
(44) The Nation, New York, avril 23, 1990, p.563-564.
(45) Libération, 2 octobre 1989.
(46) Problems of Communism, septembre-octobre 1989, Chinese democracy, p.27.
(47) Rood, 20 juin 89, p.7.
(48) The free China journal, mai 14, 1990, p.2.
(49) The free China journal, 5 février 1990, p.l.
(50) The free China journal, 11 janvier 1990, p.5.
(51) The free China journal, 22 janvier 1990, p. 2.
(52) The Nation...p.564.
(53) Bijlage Amnesty Nieuws, 6ème année, juin 1990
(54) Inside Mainland China, août 1989, p. 4.
(54) Problems of communism, The Tienanmen massacre, p. 6.
(56) Problems of communism, septembre-octobre 1989, p. 25
(57) Problems of communism, septembre-octobre 1989, Political sociology of the Beijing Upheaval, p. 38.
58) Ibidem, p.39
(59) United Daily News, 18 mai, Taiwan, dans Inside Mainland China, juin 1989, p. 3.
(60) Open lettre to Deng Xiaoping, Inside Mainland China, août 1989, p.7.
(61) Inside Mainland China, août 1989, p. 7-8.
(62) Ming Pao, 22 mai 1989, dans Inside Mainland China, juin 1989, p.l.
(63) Joint Déclaration, dans Inside Mainland China, août 1989, p. 9.
(64) Problems of Communisme, sept-oct. 1989, The Tien An Men...p.l2.
(65) Libération collection, n°l, juin 1989, p.30.
(66) Ibidem, p.37.
(67) Inside Mainland China, août 1989, p.6.
(68) Libération collection, op.cit.p.37.
(69) Ibidem, p.59.
(70) Ibidem, p. 78.
(71) The Free China journal, 15 juin 1989, p.3.
(72) Problems of Communism, sept-oct. 1989, Chinese democracy in 1989, p. 29-28.
(73) Libération 3-4 juin 1989, p.3.
(74) Libération 5 juin 1989, p.3-4
(75) Libération, 8 juin 1989, p.2. (76)FEER, 15juin89,p.l2.
(77) De Morgen, 7 juin 1989, p.5.
(78) De Groene Amsterdammer, 11 octobre 1989, p.9.
(79) Libération, 25 avril 1990, p. 36-37.
(80) Sinorama, n°8, août 1989, ROC-Taïwan, Shaw Yu-ming, p.51.
(81) The Free China Journal, 26 février 1990, p.l.
(82) Chen Yun, in Inside Mainland China, Taiwan, novembre 1985, p. 19 et 20.
(83) Issues and studies, mai 1989, Taipei, Student Démonstrations ...p.6.
(84) Cité dans AlainBouc: Larectification.Fédérop.Lyon, 1977, p.170
(85) Chambre, réunion publique de la commission, 29 juin 1990, Compte-rendu analytique, p. 1235-1237.

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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ci-dessous un article de D. Losurdo, paru sur :
http://www.voltairenet.org/article160446.html

L’échec de la première « révolution colorée »
Tienanmen, 20 ans après


par Domenico Losurdo*

Il y a 20 ans, Zhao Ziyang tentait de prendre le pouvoir en Chine avec l’appui de la CIA. Ce qui devait être la première « révolution colorée » de l’Histoire échoua. Dans une présentation totalement tronquée, la propagande atlantiste a imposé l’image d’un soulèvement populaire écrasé dans le sang par la cruelle dictature communiste. La presse occidentale en célèbre aujourd’hui l’anniversaire en grande pompe pour mieux dénigrer la Chine populaire, devenue seconde puissance économique du monde. Domenico Losurdo revient sur cette grande manipulation.

Ces jours-ci la grande presse d’ « information » s’emploie à rappeler le vingtième anniversaire du « massacre » de la place Tienanmen. Les évocations « émues » des événements, les interviews des « dissidents » et les éditoriaux « indignés », les multiples articles qui se succèdent et se préparent visent à recouvrir d’infamie perpétuelle la République Populaire de Chine, et à rendre un hommage solennel à la civilisation supérieure de l’Occident libéral. Mais qu’est-il réellement advenu il y a vingt ans ?
En 2001 furent publiés, puis traduits, dans les principales langues du monde ce qu’on a appelé les Tienanmen Papers [1] qui, si l’on croit les déclarations de ceux qui les ont présentés, reproduisent des rapports secrets et des procès-verbaux réservés, du processus décisionnel qui a débouché sur la répression du mouvement de contestation. Livre qui, toujours selon les intentions de ses promoteurs et éditeurs, devrait montrer l’extrême brutalité d’une direction (communiste) qui n’hésite pas à réprimer une protestation « pacifique » dans un bain de sang. Si ce n’est qu’une lecture attentive du livre en question finit par faire émerger un tableau bien différent de la tragédie qui se joua à Pékin entre mai et juin 1989.
Lisons quelques pages ça et là :
« Plus de cinq cents camions de l’armée ont été incendiés au même moment à des dizaines de carrefours […] Sur le boulevard Chang’an un camion de l’armée s’est arrêté à cause d’un problème de moteur et deux cents révoltés ont assailli le conducteur en le tabassant à mort […] Au carrefour Cuiwei, un camion qui transportait six soldats a ralenti pour heurter la foule. Un groupe de manifestants a alors commencé à lancer des pierres, des cocktails Molotov et des torches contre celui-ci, qui à un moment a commencé à s’incliner du côté gauche car un de ses pneus avait été crevé par des clous que les révoltés avaient répandus. Les manifestants ont alors mis le feu à des objets qu’ils ont lancé contre le véhicule, dont le réservoir a explosé. Les six soldats sont tous morts dans les flammes » [2].

Non seulement l’on a eu recours à la violence mais parfois ce sont des armes surprenantes qui sont utilisées :
« Une fumée vert-jaune s’est élevée de façon subite à une extrémité d’un pont. Elle provenait d’un blindé endommagé qui était ensuite lui-même devenu un élément du blocus routier […] Les blindés et les chars d’assaut qui étaient venus déblayer la route n’ont rien pu faire d’autre que de se retrouver en file à la tête du pont. Tout d’un coup un jeune est arrivé en courant, a jeté quelque chose sur un blindé et a pris la fuite. Quelques secondes après on a vu sortir la même fumée vert-jaune du véhicule, tandis que les soldats se traînaient dehors, se couchaient par terre sur la route, et se tenaient la gorge en agonisant. Quelqu’un a dit qu’ils avaient inhalé du gaz toxique. Mais les officiers et les soldats, malgré leur rage sont arrivés à garder le contrôle d’eux-mêmes » [3].
Ces actes de guerre, avec recours répété à des armes interdites par les conventions internationales, croisent des initiatives qui laissent encore plus penseurs : comme la « contrefaçon de la couverture du Quotidien du peuple [4]. Du côté opposé, voyons les directives imparties par les dirigeants du Parti communiste et du gouvernement chinois aux forces militaires chargées de la répression :
« S’il devait arriver que les troupes subissent des coups et blessures jusqu’à la mort de la part des masses obscurantistes, ou si elles devaient subir l’attaque d’éléments hors-la-loi avec des barres de fer, des pierres ou des cocktails Molotov, elles doivent garder leur contrôle et se défendre sans utiliser les armes. Les matraques seront leurs armes d’autodéfense et les troupes ne doivent pas ouvrir le feu contre les masses. Les transgressions seront immédiatement punies » [5].
S’il faut en croire le tableau tracé dans un livre publié et promu par l’Occident, ceux qui donnent des preuves de prudence et de modération ne sont pas les manifestants mais plutôt l’Armée Populaire de Libération !
Le caractère armé de la révolte devient plus évident les jours suivants. Un dirigeant de premier plan du Parti communiste va attirer l’attention sur un fait extrêmement alarmant : « Les insurgés ont capturé des blindés et y ont monté des mitrailleuses, dans le seul but de les exhiber ». Se limiteront-ils à une exhibition menaçante ? Et, cependant, les directives imparties par l’armée ne subissent pas de changement substantiel : « Le Commandement de la loi martiale tient à ce qu’il soit clair pour toutes les unités qu’il est nécessaire de n’ouvrir le feu qu’en dernière instance » [6].
Même l’épisode du jeune manifestant qui bloque un char d’assaut avec son corps, célébré en Occident comme un symbole de l’héroïsme non-violent en lutte contre une violence aveugle et sans discrimination, est perçu par les dirigeants chinois, toujours à en croire le livre maintes fois cité, dans une grille de lecture bien diverse et opposée :
« Nous avons tous vu les images du jeune homme qui bloque le char d’assaut. Notre char a cédé le pas de nombreuses fois, mais le jeune restait toujours là au milieu de la route, et même quand il a tenté d’y grimper dessus, les soldats se sont retenus et ne lui ont pas tiré dessus. Ce qui en dit long ! Si les militaires avaient fait feu, les répercussions auraient été très différentes. Nos soldats ont suivi à la perfection les ordres du Parti central. Il est stupéfiant qu’ils soient arrivés à maintenir le calme dans une situation de ce genre ! » [7].
Le recours de la part des manifestants à des gaz asphyxiants ou toxiques, et surtout l’édition pirate du Quotidien du peuple démontrent clairement que les incidents de la Place Tienanmen ne sont pas une affaire exclusivement interne à la Chine. D’autres détails ressortent du livre célébré en Occident : « ‘Voice of America’ a eu un rôle proprement peu glorieux dans sa façon de jeter de l’huile sur le feu » ; de façon incessante, elle « diffuse des nouvelles sans fondements et pousse aux désordres ». De plus : « D’Amérique, de Grande-Bretagne et de Hong Kong sont arrivés plus d’un million de dollars de Hong Kong. Une partie des fonds a été utilisée pour l’achat de tentes, nourritures, ordinateurs, imprimantes rapides et matériel sophistiqué pour les communications » [8].

Ce que visaient l’Occident et les États-Unis nous pouvons le déduire d’un autre livre, écrit par deux auteurs états-uniens fièrement anti-communistes. Ceux-ci rappellent comment à cette période Winston Lord, ex-ambassadeur à Pékin et conseiller de premier plan du futur président Clinton, n’avait de cesse de répéter que la chute du régime communiste en Chine était « une question de semaines ou de mois ». Cette prévision apparaissait d’autant plus fondée que se détachait, au sommet du gouvernement et du Parti, la figure de Zhao Ziyang, qui —soulignent les deux auteurs états-uniens— est à considérer « probablement comme le leader chinois le plus pro-américain de l’histoire récente » [9].
Ces jours ci, dans un entretien avec le Financial Times, l’ex-secrétaire de Zhao Ziyang, Bao Tong, aux arrêts domiciliaires à Pékin, semble regretter le coup d’État manqué auquel aspiraient des personnalités et des cercles importants en Chine et aux USA, en 1989, tandis que le « socialisme réel » tombait en morceaux : malheureusement, « pas un seul soldat n’aurait prêté attention à Zhao » ; les soldats « écoutaient leurs officiers, les officiers leurs généraux et les généraux écoutaient Den Xiaoping » [10].
Vus rétrospectivement, les événements qui se sont passés il y a vingt ans Place Tienanmen se présentent comme un coup d’État manqué, et une tentative échouée d’instauration d’un Empire mondial prêt à défier les siècles…
D’ici peu va arriver un autre anniversaire. En décembre 1989, sans même avoir été précédés d’une déclaration de guerre, les bombardiers états-uniens se déchaînaient sur Panama et sa capitale. Comme il en résulte de la reconstruction d’un auteur —encore une fois— états-unien, des quartiers densément peuplés furent surpris en pleine nuit par les bombes et les flammes ; en très grande partie, ce furent des « civils, pauvres et à la peau foncée » qui perdirent la vie ; plus de 15 000 personnes se retrouvèrent sans toit ; il s’agit en tout cas de l’ « épisode le plus sanglant » de l’histoire du petit pays [11]. On peut prévoir facilement que les journaux engagés à répandre leurs larmes sur la Place Tienanmen voleront très au dessus de l’anniversaire de Panama, comme d’ailleurs cela s’est produit toutes ces dernières années. Les grands organes d’ « information » sont les grands organes de sélection des informations, et d’orientation et de contrôle de la mémoire.

Domenico Losurdo
Philosophe et historien communiste, professeur à l’université d’Urbin (Italie). Dernier ouvrage traduit en français : Nietzsche philosophe réactionnaire : Pour une biographie politique

[1] The Tiananmen Papers, présentés par Andrew J. Nathan, Perry Link, Orville Schell et Liang Zhang, PublicAffairs, 2000, 513 pp. Version française Les Archives de Tiananmen, présentée par Liang Zhang, éditions du Félin, 2004, 652 pp.
[2] Op cit, p. 444-45.
[3] Op cit, p. 435.
[4] Op cit., p. 324.
[5] Op cit., p. 293.
[6] Op cit., p. 428-29.
[7] Op cit, p.486.
[8] Op cit., p. 391.
[9] The coming Conflict with China, par Richard Bernstein et Ross H. Munro, Atlantic Books, 1997 (245 pp.), p. 95 et 39.
[10] « Tea with the FT : Bao Tong », par Jamil Anderlini, in Financial Times, 29 mai 2009.
[11] Panama. The Whole Story, par Kevin Buckley, Simon

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Xuan
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   Posté le 14-06-2011 à 15:05:58   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les dirigeants du « Printemps de Pékin » recyclés dans les affaires.


Li Lu, un des dirigeants emblématiques du « Printemps de Pékin » du 15 avril au 4 juin 1989, pourrait bientôt remplacer Warren Buffett à la tête du fonds d'investissement Berkshire, soit 100 milliards de dollars.
Li Lu était le bras droit de la « commandante en chef » Chai Ling, et un des irréductibles qui refusa jusqu’au bout tout compromis.

Les flagorneurs de ces « révolutionnaires » se contorsionnent aujourd’hui pour expliquer la « cohérence dans ce parcours».
Pierre Haski écrit ainsi dans son torchon éditorial : « Li Lu, de Tiananmen au sommet du capitalisme mondial » :

« Paris fut ainsi sa première étape d'exil, ce qui en fait le premier d'une longue série de dissidents à débarquer dans la capitale française, avant de poursuivre leur route vers les Etats-Unis qui les fascinaient et leur offraient une tribune plus ambitieuse.
[…] il y a une certaine cohérence dans ce parcours qui mène Li Lu d'un leadership à l'autre, celui de la révolution manquée de Tiananmen à celle de la finance mondiale.
[…] Arrivé aux Etats-Unis, Li Lu a trouvé un autre terrain de conquête pour ses ambitions : la finance. Après des études à Columbia, 70 ans après son grand-père, il créa son propre fonds d'investissements, avant de rencontrer Charlie Munger, le vice-président de Berkshire, lui-aussi octogénaire comme Warren Buffett, qui en fit son poulain.
[…]Chai Ling, l'ancienne « commandante en chef » de la place Tiananmen, elle aussi installée aux Etats-Unis et elle aussi dans les affaires, a confié à Ian Buruma :
« Nous étions tous empreints du rêve américain, (…) l'Amérique des films de cowboy, où les gens se défoncent au travail et réussissent. »


La seule cohérence dans ce parcours n'est que l'ambition d'aventuriers croyant l'heure venue de renverser le socialisme pour instaurer le capitalisme.

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   Posté le 24-07-2011 à 23:20:56   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le « massacre de la place Tiananmen » : un mythe


Tandis qu’Arte enfonce le clou des « mille étudiants massacrés à Pékin » , Le Grand Soir publie l’article Le « massacre » de Place Tiananmen a été un mythe (Workers World), traduit par Domenico Losurdo.

L’article s’appuie notamment sur la « livraison, par Wikileaks, de câbles expédiés par l’ambassade étasunienne à Pékin au Département d’Etat en juin 1989, quelques jours après les événements en Chine » , et publiés par le Telegraph de Londres, du 4 juin 2011.
On y lit notamment :

Deux câbles datés du 7 juillet 1989 - plus d’un mois après les combats - référaient ce qui suit : « Un diplomate chilien fournit un témoignage oculaire des soldats qui entrent Place Tienanmen : il a vu les militaires entrer sur la place et n’a noté aucun feu massif sur la foule, même si l’on entendait des tirs sporadiques. Il a dit qu’une grande partie des troupes entrées sur la place n’était en effet armée que d’instruments anti-émeute : des matraques et des barres en bois ; ils étaient appuyés par des soldats armés »
Un câble suivant affirmait : « Un diplomate chilien fournit un témoignage oculaire des soldats qui entrent sur la place Tienanmen : même si l’on entendait des tirs sporadiques, il a dit qu’excepté quelques coups contre des étudiants, il n’y a eu aucun feu massif sur la foule d’étudiants à côté du monument » .


Il cite également une déclaration du chef du bureau du New York Times à Pékin, Nicholas Kristof.
Ce dernier écrit dans « China Update : How the Hardliners Won », le 12 novembre 1989 :
« Sur la base de mes observations dans les rues, ni la version officielle ni de nombreuses versions étrangères ne sont du tout correctes. Il n’y a eu aucun massacre sur la Place Tienanmen, par exemple, même s’il y a eu une quantité de personnes tuées ailleurs » .


Le site The Japan Times publie également l’article de Gregory Clark, ancien diplomate australien :
“Black info and media gullibility: creation of the Tiananmen myth”

D’après certains témoignages, des combats meurtriers auraient eu lieu en dehors de la place Tian Anmen mais ils n’ont pas concerné les étudiants pacifistes, qui n’ont jamais été « écrasés par les chars » comme le prétendent les médias occidentaux.

Ces déclarations contradictoires, ajoutées aux déclarations fantaisistes sur le nombre de morts et à l’absence de preuves matérielles, confirme que le prétendu « massacre de la Place Tiananmen » n’est qu’une supercherie destinée à transformer en martyrs ceux qui voulaient infléchir la ligne du PCC vers le capitalisme.

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   Posté le 25-07-2011 à 05:45:16   Voir le profil de zorba (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à zorba   

Ces rappels confirment, s'il en était besoin, les mensonges des média aux ordres des impérialistes.
Michel Collon, dans son style dénonciateur ,en fait son fonds de commerce et il doit bien vivre.
Heureusement, les dirigeants chinois n'en sont pas trop affectés et maintiennent leur indépendance. Ce qui fait encore leur force!

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   Posté le 14-09-2011 à 09:34:59   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

esperons que pékin recuperera taiwan le plus rapidement possible,et que les séparatistes ouighours,tibétains,sud mongols et mandchous cessent leurs activités terroristes-financées par la c.i.a et l inde pour le tibet,l extreme droite nippone pour les mandchous et avec la complicité d al qaeda pour les ouighours.


Edité le 14-09-2011 à 09:39:25 par marquetalia




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   Posté le 14-09-2011 à 18:12:52   Voir le profil de zorba (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à zorba   

Sans oublier l'impérialisme américain, responsable de l'occupation de Taiwan depuis 1949 par les facistes chinois.

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