| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 21-08-2017 à 14:21:32
| Xinhua commente les derniers attentats en Espagne. Concernant le philosophe Ruwen Ogien, on trouve dans sa biographie : Dans un article de Libération du 6 avril 2015, il s'interroge sur le sens du mot « culture », en particulier sur celle qui serait propre à la France, et rejette l'idée d'un « choc des civilisations ». Il fustige notamment les politiques d'intégration culturelle, celles-ci oubliant des « valeurs » qui, selon lui, fonderaient l'identité française comme « larrogance culturelle, le passé colonial, le conservatisme moral, la xénophobie latente, le culte de la rente, le goût de lalcool
» . L'article paru dans Libération est reproduit ci-après.
________________ La nouvelle vague d'attentats en Europe appelle une réflexion approfondie sur les causes profondes du terrorisme Par Ying Qiang, Ren Ke et Tian Dongdong BARCELONE, 19 août (Xinhua) -- L'attentat qui a frappé jeudi Barcelone pourrait obliger les Européens à se livrer à une réflexion approfondie sur les causes profondes qui font que des tragédies de ce type ne cessent de se reproduire. Des attentats ont été perpétrés jeudi à Barcelone et vendredi à Cambrils, dans le nord de l'Espagne, faisant au moins 14 morts et une centaine de blessés. Il y a près d'un an, un attentat similaire, également revendiqué par l'Etat islamique (EI), avait été commis à Nice, en France, une autre destination touristique très prisée de la côte méditerranéenne. L'attaque avait fait 84 morts et 50 blessés. Au cours de l'année passée, les pays européens ont été victimes d'une série d'attentats, du Royaume-Uni à la France en passant par l'Allemagne. Cette semaines, les terroristes s'en sont pris à l'Espagne. Une question se pose donc: pourquoi ces attentats ont-ils pu se reproduire ? Il faut reconnaître que ce type d'acte est difficile à empêcher. A Nice, l'assaillant avait foncé avec un poids-lourd sur la foule. A Barcelone, il s'agissait d'une camionette. Dans la banlieue de Paris, c'est une voiture qui a heurté des militaires au début du mois d'août. Dans bien des cas, les terroristes ont utilisé des outils ordinaires, tels qu'un couteau de cuisine en juillet dernier dans un supermarché de Hambourg, ou un marteau pour attaquer des policiers au début de l'année sur le parvis de Notre-Dame de Paris. On aurait pu argumenter que les terroristes qui s'en prennent à Paris ou à Londres l'ont fait en représailles aux opérations de lutte contre le terrorisme lancées par la France et le Royaume-Uni. En revanche, les attentats de Barcelone et de Cambrils n'avaient pour autre objectifs que de répandre la haine et de susciter la panique. La lutte contre le terrorisme se trouve à un moment charnière. D'après le journal français Le Figaro, de 2011 à 2016, 5.000 Européens sont partis au Moyen-Orient pour se joindre à la "guerre sainte" des extrémistes, et à la suite du recul de l'EI en Irak, 1.000 à 3.000 Européens sont rentrés en Europe, où ils peuvent à présent commettre des attentats. Les attaques en "loup solitaire" sont de plus en plus fréquentes. Ces individus isolés n'ont pas besoin d'ordres, ni d'organisations. Ils ciblent des zones choisies au hasard, ce qui rend extrêmement difficile la prévention de ces attaques et expose tous les pays européens à ces risques. Ces dernières années, plusieurs attentats en Europe ont été perpétrés par des personnes détenant la nationalité d'un pays européen. Il faut donc engager une réflexion approfondie pour analyser les terreaux politiques, économiques et sociaux qui favorisent ce phénomène. En 2015, le philosophe français Ruwen Ogien avait déclaré à l'agence Xinhua que l'environnement socio-économique de l'Europe avait fait le lit de l'extrémisme, de même que les événements à l'échelle internationale. En plus de renforcer la lutte contre le terrorisme, les pays européens doivent se demander pourquoi certaines personnes qui se sentent perdues et marginalisées se tournent vers les actes extrémistes et la propagation de la haine pour exprimer leurs griefs. Ces changements ne pourront pas se faire tout de suite, et la tâche est difficile. Cependant, elle sera nécessaire, sans quoi les Européens devront apprendre à vivre avec les attentats terroristes et s'habituer à ces risques imprévisibles.
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 21-08-2017 à 14:29:07
| Ruwen Ogien n'est certainement pas un marxiste, on peut le qualifier d'humaniste et résumer sa doctrine en "ne pas nuire à autrui" et récuser le paternalisme. Sa défense de l'universalisme présente l'inconvénient de s'appuyer sur un universalisme abstrait alors qu'il est né dans le creuset de la révolution bourgeoise et d'un colonialisme qu'il rejette par ailleurs.
______________________ La guerre des civilisations n'aura pas lieu RUWEN OGIEN 6 AVRIL 2015
A Kobane, à la frontière entre la Syrie et la Turquie, les Kurdes musulmans (ici au repos, le 28 janvier après avoir repris la ville) ont repoussé les islamistes de Daech. Yasin Akgul / AFP Une vision simpliste veut que des mondes fondés sur des religions ou sur des "valeurs" occidentales, orthodoxes, islamiques s'opposent les uns aux autres. Mais, cette vision d'ensembles clos, immuables et homogènes, existe-elle? Par Ruwen Ogien Lidée que les droits de lhomme ont une valeur universelle a toujours été contestée par les conservateurs comme par les progressistes. Côté conservateur, on na jamais cessé dexalter pompeusement la «tradition», le «terroir», les «racines», la «nation», etc., contre les idéaux cosmopolites et internationalistes des universalistes. Côté progressiste, on reproche aux universalistes de contribuer à disqualifier des populations entières en les présentant comme fanatiques, intolérantes, sexistes, abruties, arriérées, incapables dêtre éclairées par les « Lumières » de la raison. Il est difficile de donner entièrement tort aux progressistes. Lextrême droite européenne démontre chaque jour que les idéaux universalistes peuvent être dévoyés de façon répugnante. Ses représentants parviennent à faire passer pour des opinions légitimes leurs discours haineux contre les immigrés en général et les «musulmans» en particulier, en proclamant cyniquement que la seule cause de leur hostilité à légard de ces derniers, cest quils ne respectent pas les droits de lhomme (dont ils se moquent complètement par ailleurs!) Toutes ces dérives ne signifient évidemment pas que les progressistes devraient désormais jeter luniversalisme aux orties ou que les arguments anti universalistes sont à labri de toute objection. En fait, les arguments anti - universalistes les plus populaires aujourdhui sont « culturalistes ». Ils nont rien dimparable. Je pense en particulier à lidée quil existerait des conflits insurmontables entre les valeurs «occidentales» et «asiatiques» ou «musulmanes» etc., et à lun de ses avatars : la thèse rendue célèbre par Samuel Huntington du «choc des civilisations». Elle date de vingt ans déjà. Elle a été maintes fois critiquée pour ses confusions. Mais elle continue de faire des ravages. Il me semble quil est important de montrer quelle ne résiste pas à lexamen philosophique. FAIBLESSE DES ARGUMENTS ANTI UNIVERSALISTES Certains responsables politiques chinois font campagne contre la conception universaliste des droits de lhomme sous le prétexte quil sagirait dun produit intellectuel dérivé de visions du monde typiquement « occidentales», « individualistes » ou « libérales ». Ils critiquent ces dernières au nom des idéaux communistes et du matérialisme dialectique et historique. Mais ces idéologies et ces instruments de pensée ne sont-ils pas importés de l«Occident» ? On peut dire, pour rester mesuré, que leur argument nest pas très cohérent. En tout cas, il ne permet pas de distinguer clairement les valeurs dites «asiatiques» et «occidentales». De son côté, le politologue américain Samuel Huntington voudrait nous persuader que nous sommes confrontés aujourdhui à un affrontement brutal entre des « civilisations » que tout oppose. Ce qui pousserait les gens à se battre et à mourir désormais, affirme-t-il, ce nest plus lengagement politique universel envers légalité ou la liberté: cest l«identité culturelle» particulière. Plus précisément, cest la préservation des «cultures», définies par une religion de référence, des langues, des coutumes, des «valeurs» libérales ou pas, des symboles comme le drapeau national. Huntington regroupe ces «cultures» en quelques grands «blocs de civilisation» (occidentale, orthodoxe, islamique, asiatique, latino-américaine, etc.) dont les racines seraient religieuses. Cest à lintérieur de ces blocs que sexprimerait désormais la solidarité internationale et non dans des alliances militaires ou économiques entre pays partageant la même vision politique. Mais toutes ces thèses manquent de clarté. Dabord en quoi consiste exactement la «culture» dune nation ? Cest une question qui se pose de façon aigüe alors quun courant de pensée puissant (à droite comme à gauche) voudrait nous faire revenir aux politiques dassimilation ou dintégration des immigrés afin, prétendument, déviter des «dérives communautaristes». Sintégrer à quoi exactement ? La France fanfaronne avec sa devise «Liberté, égalité, fraternité», mais ses représentants nincluent pas dans le pedigree des « valeurs » fondant son identité larrogance culturelle, le passé colonial, le conservatisme moral, la xénophobie latente, le culte de la rente, le goût de lalcool et tous les autres vices régulièrement moqués par nos voisins. Un immigré devrait-il devenir culturellement arrogant, fier du passé colonial, moralement conservateur et alcoolique sur les bords pour être un «bon français» ? Par ailleurs, la thèse dHuntington a du mal à résister à certains faits qui la réfutent. Dabord, plutôt que de solidarité à lintérieur de «blocs de civilisation», cest plutôt de guerres totales entre ses différentes composantes que nous sommes témoins. DES CONFLITS INTERNES AUX «CIVILISATIONS» Ainsi, les pays dits de «culture musulmane» par Huntington sont traversés par des conflits internes qui nont rien de pacifique. Ils sont plus virulents que les conflits avec les autres prétendues « civilisations ». Il en va de même pour le monde dit « occidental », déchiré de lintérieur par des conflits intenses sans perspective de compromis (sur limmigration, la place des services publics, lavortement, le mariage gay, etc.) Ensuite, les considérations simplistes sur le « choc des civilisations » sont loin de correspondre à la réalité sociologique. Cette dernière montre, certes, des tendances au repli « communautaire », à la xénophobie, au nationalisme. Mais cest seulement, semble-t-il, en réaction à un mouvement massif vers le métissage, lapparition de penseurs cosmopolites, de musiciens, décrivains, de plasticiens, dentrepreneurs nomades qui circulent sans problèmes entre les « cultures » du monde entier, de travailleuses et de travailleurs migrants pour qui les frontières nationales nont plus aucun sens. Enfin, il est faux de dire que les problèmes didentité culturelle sont les seuls qui comptent désormais. Des études à très vaste échelle et sur de longues périodes montrent par exemple que, dans le monde dit « musulman », labandon des pratiques traditionnelles (religieuses y compris) accompagne comme partout ailleurs lurbanisation, les migrations, lamélioration du bien être matériel et du niveau déducation. Si toutes ces hypothèses sont fondées, la guerre (ou le «choc» entre civilisations ne risque pas davoir lieu, parce que les civilisations, conçues comme des ensembles clos, immuables et homogènes, nexistent pas.
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