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 un taux d'abstention record

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Xuan
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   Posté le 21-06-2021 à 09:29:07   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

L'abstention n'a cessé de progresser depuis les années 80. La date n'est pas un hasard.

Une étude sur France culture :

https://www.franceculture.fr/politique/abstention-50-ans-de-montee-vers-les-sommets?fbclid=IwAR3Xec68gLXX_aAtS3I79bliq6ctG3NOZCiD2TVCz8gRAi8W23d64poshmM

Je lis le commentaire d'un camarade à propos de cet article :
Au lieu de faire des discours moralisateurs sur l'abstention, ce qui évite d'expliquer un phénomène politique et social, voici une analyse et des chiffres (2017). Regardez le graphique sur la montée de l'abstention depuis las années 80. Tiens quel hasard, les années Mitterrand et l'alternance de droite où l'on ne savait pas qui est où. Ou plutôt on le savait trop.
Un complément : aux municipales 2020 l'abstention était de 54,5% (1er tour), un record pour des municipales. Certains prétendaient alors qu'il y avait un effet Covid. Aujourd'hui l'abstention continue son ascension, 67%. On continue à ne pas vouloir analyser ce phénomène ? à se contenter à faire des injonctions moralisatrices ?


Un exemple : les fondeurs brûlent leur carte d'électeur
https://www.facebook.com/watch/?v=285435196648896

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Xuan
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   Posté le 21-06-2021 à 14:05:50   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   


"L'abstention signifie l'inadaptation des Français à la vie politique"
Impayable Duhamel c'est sa langue qui a fourché, il faut lire inadaptation de la démocratie bourgeoise à la volonté du peuple .

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Xuan
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   Posté le 21-06-2021 à 16:01:47   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Abstention dans les villes les plus pauvres de métropole :

Grigny 81,52 %
Aubervilliers 76.72 %
Roubaix 83,94 %
Clichy-sous-Bois 87,98 %
La Courneuve 76,36 %
Creil 79,83 %
Garges-Lès-Gonesse 81,76 %
Pierrefitte 79,52 %
Saint-Denis 78,65 %
Stains 81,75 %

France entre 66 et 68 %

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pzorba75
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   Posté le 21-06-2021 à 16:39:40   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

C'était déjà le cas quand, pour la Seine-St-Denis, les villes étaient gérées par des municipalités socialo-communistes. À chaque élection depuis 1969, les communistes perdent un ancien bastion rouge, St-Denis en 2020 par exemple, et ce ne sont pas leurs alliés qui vont les aider pour remonter leurs scores électoraux ni leurs dirigeants locaux empêtrés dans les rouages administratifs (métropoles, agglos et autres bidules) sans pouvoir réel et sans perspective communiste.
L'influence du parti communiste en Seine-St-Denis est devenue "mémorielle" et les jeunes n'apprennent plus l'histoire à l'école...alors les perspectives électorales vont être sombres pour les militants communistes résiduels.


Edité le 21-06-2021 à 16:40:13 par pzorba75




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Xuan
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   Posté le 21-06-2021 à 20:10:05   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ceux qui ont voté en majorité sont surtout les boomers en effet, les plus de 70 ans.
Ci-dessous une analyse intéressante. On ne peut pas reproduire les graphiques, j'ai repris les chiffres ligne par ligne pour la compréhension.


Régionales 2021 : six graphiques pour comprendre qui sont les abstentionnistes du premier tour

par Léa Guedj publié le 21 juin 2021 à 6h20
https://www.franceinter.fr/politique/elections-regionales-quel-est-le-profil-des-abstentionnistes-du-premier-tour?fbclid=IwAR2XdYOzeZz8ZZJw0xlgzj-YdpK_9gI18B5y6iGGchMaFbxNlWxJfJ69eeE

66,1% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes dimanche pour le premier tour des régionales, d‘après une estimation de l’institut Ipsos/Sopra Steria pour Radio France. Du jamais vu pour une élection en France.

La participation finale au premier tour des élections régionales, à 20 heures dimanche, était estimée à seulement 33,9 %, d‘après une estimation de l’institut Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et LCP. Un taux d’abstention de 66,1 % jamais atteint pour une élection en France. Seul le référendum pour le quinquennat, en 2000, avait moins attiré les Français aux urnes (69,81 % d’abstention).

En décembre 2015, moins d’un électeur sur deux (49,91 %) avait participé au premier tour des élections régionales. C'était peu, mais bien plus que cette année, alors que les Français étaient aussi appelés aux urnes pour élire leurs conseillers départementaux.

Historique de l'abstention au premier tour des élections régionales -

2004 : 39,2 %
2010 : 53,7 %
2015 : 50,1 %
2021 : 66,1 %

Près de 71% d'abstention dans la région Grand Est

C'est dans la région Grand Est que l'abstention est la plus forte (70,8%), selon l'estimation Ipsos/Sopra Steria. Suivent les Pays de la Loire (69,8%) puis l'Île-de-France (67,5%), le Centre-Val de Loire, la Normandie et les Hauts-de-France (67%) et la Provence-Alpes-Côte-d'Azur (66,3%).

Viennent ensuite la Bourgogne-Franche-Comté (65,8%), l'Auvergne Rhône-Alpes (65,1%), la Bretagne (64%), la Nouvelle-Aquitaine (62,9%) et l'Occitanie (61,4%). La Corse est la région où les électeurs se sont le plus mobilisés (44,1% d'abstention).

L'abstention au premier tour région par région -

Grand est : 70,8 %
Pays de Loire : 69,8 %
Ils de France : 67,5 %
Centre Val de Loire : 67 %
Normandie : 67 %
Hauts de France : 67 %
Provence Alpes Côte d'Azur : 66,3 %
Bourgogne Franche Comté : 65,8 %
Auvergne Rhône Alpes : 65,1 %
Bretagne : 64 %
Nouvele Aquitaine : 62,9 %
Occitanie : 61,4 %
Corse : 44,1 %

Les jeunes, grands absents du premier tour

L'abstention est particulièrement élevée chez les femmes (72%, contre 59% chez les hommes). Mais l'âge est le facteur le plus déterminant. Sans grande surprise, ce sont les plus jeunes qui ont le moins participé à ce premier tour des régionales. Seuls 13% des 18 à 24 ans ont voté, et 17% des 25 à 34 ans.

Chez les 35-69 ans, le taux d'abstention avoisine les 70%. Même parmi les 70 ans et plus, habituellement plus mobilisés, quatre inscrits sur dix n'ont pas été aux urnes.

La participation au premier tour des régionales par tranches d'âges -

18-24 ans : 13 %
25-34 ans : 17 %
35-49 ans : 29 %
50-59 ans : 32 %
60-69 ans : 44 %
70 ans + : 60 %

Seuls un quart des électeurs ouvriers ont voté

La catégorie socio-professionnelle et le niveau de diplôme sont des facteurs moins déterminants que l'âge. Seuls un quart des ouvriers ont voté, contre 31% des cadres et professions intermédiaires. Les retraités en revanche, ont été davantage au rendez-vous (43% de votants).

L'abstention selon les catégories socio-professionnelles -

cadre : 69 %
profession intermédiaire : 69 %
employé : 75 %
ouvrier: 75 %
retraité: 47 %

Quel que soit le niveau de diplôme, l'abstention demeure supérieure à 60%, atteignant 72% pour les électeurs qui ont un baccalauréat et 67% chez les Bac 2.

Les partisans de LFI et du RN ont boudé les urnes

Environ un tiers seulement des électeurs de Marine Le Pen (27%), de Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon (33%) à l'élection présidentielle de 2017 ont glissé un bulletin dans l'urne.

L'abstention aux régionales selon le vote au 1er tour de l’élection présidentielle de 2017 -

Jean-Luc Mélenchon 67 %
Benoît Hamon 55 %
Emmanuel Macron 60 %
François Fillon 44 %
Nicolas Dupont-Aignan 67 %
Marine Le Pen 73 %

Si l'on regarde les résultats en fonction des choix de listes aux élections européennes de 2019, on constate que les électeurs de la France Insoumise et du Rassemblement national n'ont été respectivement que 33% et 40% à voter pour ce premier tour des élections régionales.

Des tendances dont on trouve la confirmation dans l'estimation de l'abstention en fonction des sympathies partisanes : 68% des partisans de la France Insoumise et 69% des partisans du Rassemblement national ont boudé les urnes.

La participation aux régionales selon les sympathies partisanes -

PCF : 33 %
LFI : 32 %
PS : 41 %
EELV : 34 %
ST gauche : 35 %
LREM : 43 %
MoDem : 39 %
UDI : 43 %
LR : 45 %
ST Droite : 45 %
DLF : 62 %
RN : 31 %
aucun parti : 21 %

Désintérêt de la politique, situation sanitaire, approche des vacances, confusion dans l'organisation des scrutins... Les raisons de cette abstention record peuvent être multiples, surtout que ces élections attirent rarement les foules. Reste à voir ce qu’il en sera dimanche prochain, au deuxième tour. Aux régionales de décembre 2015, la participation avait nettement grimpé, passant de moins de 50 à plus de 58 %.


Edité le 21-06-2021 à 20:11:17 par Xuan




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pzorba75
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   Posté le 22-06-2021 à 06:51:30   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

Généralement, les tendances du premier tour sont confirmées au second tour. Ce ne sont pas bricolages de programmes d'union qui vont attirer les abstentionnistes, d'autant qu'à l'arrivée, les élus régionaux et départementaux ne feront que répartir ce qui leur sera "donné" par ceux d'en haut (UE ou gouvernement) et que les règles sont bien encadrées.
Rien à attendre de ces assemblées locales, et non plus de l'Assemblée dite nationale.

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Xuan
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   Posté le 23-06-2021 à 13:41:26   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ci-dessous la déclaration de Rassemblement Communiste :

La double raclée du tandem Macron Le Pen


Elections départementales et régionales
Les résultats du vote au premier tour des élections départementales et régionales ont plus d’une raison d’inquiéter la bourgeoisie au pouvoir. Il n’échappe à personne qu’au-delà d’une gestion calamiteuse de l'envoi du matériel électoral et de la tenue des bureaux de vote, l’abstention record (près de 7 électeurs sur 10), dans les conditions de fascisation actuelle, exprime un refus de vote plus qu’une indifférence, une grève des urnes pour dire non aux politiques libérales.

La colère du peuple est bien réelle, même si elle ne débouche pas encore sur la montée d’une réelle alternative politique dans les urnes, après plus d’un an de crise sanitaire et économique frappant les travailleurs exploités, les chômeurs de plus en plus nombreux, les quartiers et villages populaires. D’autre part, la montée du FN/RN que nous prédisaient sondeurs et médias, conviant les cadres fascistes sur tous les plateaux, sur toutes les ondes, n’a pas eu lieu. Objectivement, la raclée historique du parti macronien ne s’est pas accompagnée d’une victoire du partenaire préféré de Macron qu'est le RN.

Pour autant, les organisations du camp antilibéral et antifasciste, partant dispersées dans des listes flanquées de « soupes de logos », n’ont visiblement pas profité de cette double raclée populaire. La confusion consistant à partir « unis » avec les libéraux EELV et PS, ne pouvait aller bien loin : les listes « d’union de la gauche » (mais incluant PS et EELV) sans principe n’ont pas « additionné » leurs électorats, et les travailleurs sont massivement restés chez eux, faute d'une liste alternative sans le PS libéral dotée d’un programme antilibéral clair et lisible à l'échelle nationale.

Ceux et celles qui ont cru récupérer une partie du vote RN en manifestant aux cotés d’Alliance, du RN et de Darmanin à la dernière parade factieuse des forces de police devant le parlement, doivent en tirer les leçons politiques.

Le vote de classe du NON au TCE, le formidable soulèvement social des Gilets Jaunes, la résistance continue des bases militantes syndicales et associatives doivent trouver un débouché sur la base d'un programme minimum antilibéral, antifasciste, eurocritique, anti-guerre et écologique dans l'alliance dans la rue et dans les urnes du PCF, de la FI et des organisations de la Reconstruction Communiste.

Pour l’heure, le Rassemblement Communiste, qui s’est mobilisé pour les élections départementales aux cotés de listes clairement antilibérales FI ou/et PCF quand elles étaient clairement démarquées du PS et d’EELV, appelle pour le deuxième tour à voter contre le FN/RN partout où ce dernier se maintient, afin d'exprimer une opposition ferme à la montée du fascisme, et cela dans la continuité de notre campagne contre la fascisation d’une macronie libérale décadente qui joue avec le feu.

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Xuan
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   Posté le 28-06-2021 à 00:15:50   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Abstention. Une grève civique qui dit la rupture démocratique


Samedi 26 Juin 2021
Aurélien Soucheyre

https://www.humanite.fr/abstention-une-greve-civique-qui-dit-la-rupture-democratique-712172

Signe de la crise de la Ve République, ce 1er tour des élections régionales et départementales a été frappé par une abstention de 66,7 %. Un taux record qui témoigne pourtant moins d’un désintérêt pour la politique que du rejet des orientations à l’œuvre. Analyse et résultats.

Une Bérézina démocratique. Une désertion électorale. Une forme de sécession civique. Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire la désaffection historique qui a frappé les urnes le dimanche 20 juin. Sur 47,7 millions d’électeurs appelés à voter au premier tour des régionales et départementales, seuls 15 millions se sont déplacés. Plus de 32 millions sont restés chez eux ! Un chiffre à donner le vertige. En définitive, 66,7 % des Français en âge de voter ont estimé qu’il était inutile d’aller choisir un bulletin. Du jamais-vu sous la Ve République pour des élections territoriales.


« Déception et scepticisme»

« C’est un signe de grave malaise démocratique» , mesure Luc Rouban, directeur de recherche au Cevipof. « On peut avancer des observations conjoncturelles, la crise sanitaire, la difficulté à faire campagne, un manque de clarté avec deux scrutins qui se superposent et des alliances politiques à géométrie variable, mais ce sont à mon avis des éléments mineurs qui n’expliquent pas cette abstention abyssale» , estime-t-il, préférant résumer ainsi la maladie qui frappe notre régime : « Il y a une grande déception face à l’impuissance de la politique à réformer la société, qui conduit à un scepticisme électoral.»

Le politologue insiste pourtant : « Nous ne sommes pas devant un désintérêt pour la politique, mais devant un désaveu vis-à-vis de notre organisation démocratique et institutionnelle.» À tel point que la société serait potentiellement arrivée à un moment de bascule. « Il y a une très forte attente de justice et d’égalité sociale. Mais nos études montrent que le vote et la démocratie apparaissent de moins en moins en capacité de changer la vie aux yeux des Français. Leur demande d’efficacité de l’action publique monte sans cesse, mais, et c’est inquiétant, souvent au détriment du besoin de démocratie.»

« Une démocratie sans électeurs, ce n’est plus une démocratie»

Derrière la claque de l’abstention du 20 juin se cache avant tout l’enjeu de revitaliser notre République, de la rendre de nouveau utile, au service des citoyens, au risque sinon de la voir s’abîmer toujours plus, avant de se perdre. « Nous assistons à une vague abstentionniste. Le désintérêt, le mécontentement, l’idée que voter est vain peuvent amener à un point de bascule qui peut tout chambouler» , abonde le directeur général de l’Ifop, Frédéric Dabi, pour qui « la décomposition de l’offre politique a conduit à une décomposition civique» .

« Une démocratie sans électeurs, ce n’est plus une démocratie » , s’inquiète l’insoumis Jean-Luc Mélenchon. Les signes de défaillance sont par ailleurs nombreux : à Marseille, une quarantaine de bureaux n’ont pu ouvrir à l’heure faute d’assesseurs. Dans le Nord, les bulletins de candidats manquaient sur les tables. Enfin, une foule de citoyens n’ont jamais reçu les professions de foi à domicile, suite à la privatisation du système d’envoi confié à la société Adrexo. Et ce n’est pas le seul problème. La carte des inscriptions électorales est pleine de trous. « En 2017, plus de 7 millions de personnes, soit 15 % des inscrits, ne pouvaient voter à proximité immédiate de leur domicile. C’est le cas de 40 % des trentenaires» , prévient Céline Braconnier, professeure en science politique. « Nous basculons dans une démocratie de l’abstention» , tranche-t-elle.

87 % d’abstention chez les 18-24 ans

Mais qui s’est abstenu dimanche ? Avant tout, les jeunes. 87 % des 18-24 ans ne se sont pas déplacés. Tout comme 83 % des 25-34 ans. Et les retraités se sont le plus mobilisés, à 47 %. Sur le front social, les ouvriers et les employés se sont le plus abstenus, à 75 %, contre 69 % pour les cadres. Des scores très hauts qui montrent que l’abstention progresse dangereusement dans toutes les strates de la société. Au total, seuls 24 % de Français se sont déclarés « intéressés» par les scrutins de dimanche, contre 41 % lors des régionales de 2015, ou encore 41 % lors des municipales de 2020, il y a seulement un an…

D’où vient donc cette brutale accélération du phénomène ? D’où vient que « 44 % des Français déclarent que ni les candidats ni les projets ne répondent à leurs aspirations» , comme l’alerte François Miquet-Marty, président de Viavoice ? « Sur les listes de 2021, il y a beaucoup de quasi-professionnels de la politique, de maires adjoints, d’élus qui changent et rechangent de mandat. Cela peut conduire à une forme de lassitude. Mais, surtout, il y a le sentiment que ces élections territoriales servent à désigner des gestionnaires qui vont fonctionner de manière routinière, parce que les réformes successives ont fortement affaibli les départements et parce que la loi Notre sur les grandes régions est un échec. C’est un modèle invraisemblable, qui, au lieu de créer de la proximité, verse dans le gigantisme lointain» , analyse Luc Rouban.

Pour retrouver pareil niveau d’abstention, il faut même revenir à l’année 2000 avec le référendum sur le quinquennat et ses 30 % de participation. Or, cette réforme, avec l’inversion du calendrier électoral, porte en partie les germes du désastre de dimanche.
Il n’y a plus désormais à mi-mandat d’élections à même de sanctionner ou de valider concrètement la politique d’un gouvernement. Et les législatives se tenant uniquement après la présidentielle n’ont fait que renforcer le caractère présidentiel du régime. Tous les cinq ans, c’est un peu la grande illusion, l’impression qu’une personne va régler tous les problèmes, et puis en fait non»
, remarque Luc Rouban. Le mouvement des gilets jaunes, qui montre que, malgré le découragement à aller voter, il existe une profonde aspiration à faire de la politique dans le pays, alertait d’ailleurs sur le danger de signer « un chèque en blanc tous les cinq ans» à l’occupant de l’Élysée.

Revitaliser nos institutions

« Ceux qui souffrent le plus des politiques menées ces dernières années sont souvent ceux qui s’abstiennent. Ils ont le sentiment que rien ne changera même s’ils votent, affirme Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. Or, c’est de notre responsabilité première, à gauche, de leur dire et de leur démontrer que oui, s’ils votent, alors les salaires vont augmenter et le chômage va reculer.» L’urgence est donc à revitaliser nos institutions, rebâtir une citoyenneté pleine et entière, à travers le vote et bien au-delà du vote, en sortant notamment du carcan empoisonné du présidentialisme, tout en faisant vivre la démocratie dans la finesse des territoires. Autrement, la pente de l’abstention ne fera que se creuser, sans jamais déranger ceux qui en profitent pour imposer leurs politiques antisociales et liberticides, qui, elles-mêmes, font désespérer de la République et du vote. C’est cette spirale qu’il convient de briser.


Edité le 28-06-2021 à 08:25:10 par Xuan




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   Posté le 28-06-2021 à 08:33:31   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les politiciens sont désemparés en face de l'abstention. Quel est le sens de la "rupture démocratique" ? La plupart du temps l'abstention n'est pas formalisée et se justifie avec des arguments personnels qui ne pèsent pas par rapport aux besoins de la population.

Mais il est assez clair que les partis politiques bourgeois n'entrainent pas l'adhésion, y compris le RN qui n'a d'ailleurs pas de ligne politique claire ni en France ni à l'international.

Contrairement aux annonces, l'écologie n'emporte pas une adhésion collective au-delà de ses partisans, c'est-à-dire une fraction de la petite et moyenne bourgeoisie. Et l'union de la gauche ne sert qu'à propulser la droite au pouvoir face au repoussoir du RN, suivant un schéma usé.

Il est nécessaire de contribuer à la reconstruction d'un parti communiste, il n'y a aucune alternative.


Edité le 28-06-2021 à 08:34:28 par Xuan




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   Posté le 28-06-2021 à 09:01:14   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

L'abstention dans les quartiers populaires traduit le rejet massif des solutions proposées par les "survivants" du parti communiste français et le dégoût des combines suivant toutes les élections, de l'union de la "gauche" à l'écologisation européiste de toutes les propositions des programmes.
Dire bêtement, comme vient de le déclarer Fabien Roussel, que voter communiste cela va augmenter les salaires, les électeurs ont été douchés un paquet de fois avec les promesses pour voir à l'arrivée aussi bien la droite que la gauche bloquer les salaires, baisser les retraites (CSG) et casser les services publics, l'hôpital en première ligne depuis 18 mois et alléger les "salaires complets" (baisse des charges) pour les patrons.
Remettre une couche sur "la finesse des territoires" est le coup final pour dégoûter un communiste de mettre un bulletin dans une urne et promettre une revitalisation des institutions, ne manque plus que les écoles publiques en langues régionales et l'arabe dans celles du 9-3.
Elections après élections, union ou désunion, rien ne change pour ceux d'en bas, et rien ne changera tant que ceux d'en bas ne s'occuperont pas des affaires de ceux d'en haut. Aux militants communistes de voir comment réussir, sans s'inspirer des pratiques qui échouent depuis 1935 pour revenir aux fondamentaux : classes contre classes et dictature du prolétariat.

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   Posté le 28-06-2021 à 09:30:31   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

L'abstention ne vise pas spécialement le PCF d'autant qu'il s'est encore allié à la social-démocratie. Roussel n'est pas clair sur le socialisme de toutes façons.
On verra ce qui sortira du congrès et si les aménagements "entre camarades" vont continuer.

Après la bourgeoisie continue ses petits calculs comme si de rien n'était, tout en sachant que l'abstention s'amplifie. C'est la politique de l'autruche.


Edité le 28-06-2021 à 12:39:33 par Xuan




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   Posté le 28-06-2021 à 10:24:06   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

Xuan a écrit :

Roussel n'est pas clair sur le socialisme de toutes façons.

Après la bourgeoisie continue ses petits calculs comme si de rien n'était, tout en sachant que l'abstention s'amplifie. C'est la politique de l'autruche.


Reste à avoir des chiffres sur l'abstention dans différents pays "démocratiques" ou "autoritaires" pour évaluer cette situation, j'attends des surprises à l'arrivée et pourquoi pas une marge de progression du taux d'abstention en France pour atteindre le niveau des pays modèle ou "phare".

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Xuan
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   Posté le 28-06-2021 à 20:54:00   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ci-dessous le commentaire de reporterre. Il a le mérite de s'appuyer sur la réalité vécue et de remettre à leur place tous les débats politiciens bourgeois.
https://reporterre.net/Dans-les-regions-pourquoi-voter-pour-des-institutions-devenues-inaccessibles?fbclid=IwAR0-I39U6pCFFJ2h27VAUATmsChvQZ0E7GyzvmEIzYTPET5J4LOJoBYrE-o

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Dans les régions, pourquoi voter pour des institutions devenues inaccessibles ?


L’abstention record du premier tour des régionales révèle une catastrophe institutionnelle, selon l’auteur de cette tribune. Pourquoi voter pour des institutions auxquelles les citoyens n’ont plus accès depuis la nouvelle organisation du territoire en pôles régionaux ?

Fabien Granier vit et travaille dans le Bocage bourbonnais, au nord-ouest de l’Allier, un endroit dont les habitants disent souvent qu’il est « au milieu de tout, mais au centre de rien » . Rythmée par les fêtes, les rencontres et les éblouissements, sa vie — qui oscille entre culture et agriculture — n’a rien du lieu commun sur la ruralité. Il est l’auteur du roman La Pire espèce .


De l’éboulis des élections locales de dimanche dernier, il n’y a qu’une chose à dire : quasiment personne n’est allé voter. Il n’y a eu ni désaveu du Rassemblement national (RN), ni prime au sortant, ni surtout, comme le disent beaucoup de professionnels de la politique (y compris — cette blague — Marine Le Pen), une prétendue absence de sens civique de nos concitoyens. Rien de tout ça. Dimanche dernier, nous avons assisté à une catastrophe institutionnelle, point.

Pour comprendre d’où ça vient, il suffirait peut-être d’écouter, enfin, les plus concernés par ces élections locales : nous — les campagnards, les provinciaux, les ploucs, le tiers pays… Celles et ceux qui vivent en dehors des pôles urbains. Celles et ceux qui, en moins de dix ans, se sont vu retirer leurs moyens d’accès à la vie démocratique, ainsi qu’à leurs droits les plus fondamentaux : transport, santé, éducation, etc.

Vers 2005, quand je suis arrivé dans le Bocage bourbonnais, au nord-ouest de l’Allier, il y avait une gare à sept minutes de chez moi, des médecins, des écoles… En plus de ses compétences obligatoires, notre département finançait des permis de conduire aux jeunes, soutenait les installations et pouvait se targuer d’une vraie politique culturelle. Notre capitale de Région, c’était Clermont-Ferrand, à une heure de chez nous. On avait un problème du ressort d’une de ces collectivités : on prenait rendez-vous et on y allait. On connaissait nos conseillers, on pouvait même les voir et les contacter. C’était pas dingue, le pays tournait déjà plutôt carré autour de ses archaïsmes jacobins, mais, au moins, on n’était pas abandonnés.

Quinze ans plus tard : plus d’interlocuteurs, plus de médecins, plus de trains, des écoles qui ferment, des mairies et un département à peine en mesure de couvrir leurs frais obligatoires (salaires, frais de gestion courante, etc.). Ajoutez à ça la disparition quasi complète des services anciennement dévolus aux sous-préfectures (cartes grises, associations, etc.), et peut-être alors commencerez-vous à comprendre pourquoi plus personne ne se rend aux urnes. Pourquoi voter pour des institutions auxquelles nous n’avons plus accès ?

Un effondrement, plutôt qu’un aménagement

Cet effondrement s’est produit en deux temps. Deux lois imaginées durant l’éblouissant mandat de François Hollande qui, sur l’air connu de la modernisation, ont enfoncé les clous dans le cercueil des territoires. Ça a d’abord été la loi Maptam [1], en 2014. Je passe les détails, mais grosso modo, il s’agit d’une réorganisation du territoire national autour de trois grandes métropoles (Grand Paris, Lyon, Aix-Marseille-Provence) et une douzaine de pôles métropolitains (Bordeaux, Strasbourg, etc.), auxquels sont déléguées des compétences précédemment dévolues aux collectivités locales.

Mais vu qu’il y a entre les villes ces maudits interstices pleins de vaches et de betteraves — et qu’il faut bien en faire quelque chose — ont été inventés les pôles d’équilibre ruraux et territoriaux (PETR). Ces institutions presque inconnues du grand public, au fonctionnement complexe, négocient les « projets de territoire » avec les métropoles au sein des Régions. Ce sont donc elles qui nous représentent localement pour parler de l’aménagement du territoire. Ce sont encore elles qui, en négociation avec la Région, attribuent les fonds d’ajustement européens, les précieux fonds Leader, seule véritable manne financière pour l’aménagement du monde rural.

Seulement voilà : pour les PETR, on ne vote pas. Ils sont une association de communautés de communes, entités elles-mêmes constituées sans élection spécifique. C’est un circuit clos, reliant des techniciens à d’autres techniciens, loin des yeux, loin des urnes.

« En moins de dix ans, on nous a rayés de la carte institutionnelle »

Troisième clou dans le cercueil : la loi Notre en 2015, autrement connue comme la Nakba [2] des ploucs. Cette fois-ci, les choses sont claires : exit les communes et les départements. Leur budget devient une portion si congrue qu’il ne leur permet plus de couvrir de manière satisfaisante leurs frais obligatoires. Tout est déplacé vers des régions énormes, aux centres satellitairement éloignés de nos existences. Le nôtre a voyagé de Clermont-Ferrand à Lyon. Une ville pour laquelle, soyons sincères, nous sommes devenus le « Bocage plutonien » , c’est-à-dire une zone lointaine, mystérieuse, dont on se rappelle périodiquement, avec surprise, qu’elle fait partie du même système solaire que la vallée du Rhône.

En moins de dix ans, on nous a rayés de la carte institutionnelle. Disparu des radars, le monde rural. Au point que le président Macron, ceinture noire de la condescendance, annonce sans rougir, avant les fameuses élections régionales, devoir « reprendre son bâton de pèlerin pour entamer un tour de France des territoires afin de tâter le pouls des Français » . Lisez bien. Nous ne sommes plus la « campagne » , la « ruralité » , ni même un « territoire rural » . Tout juste « les territoires » .

« La Ve République n’a fait qu’éloigner les Français de l’accès à leurs droits. »

Cerise sur le gâteau : avec l’hypertrophie des collectivités est naturellement arrivée l’hypertrophie des egos. Les présidences de région se sont transformées en une sorte de sous-Parlement où s’abordent, au lieu de contingences locales, des questions de politique nationale. Voici donc cette campagne régionale recentrée sur des enjeux purement nationaux, dictés, comme chacun des rendez-vous électoraux depuis que je suis en âge de voter, par l’extrême droite. Lisez les programmes (si vous avez la chance de les avoir reçus) : on n’y parle que « sécurité » , alors même que pas un centime des portefeuilles régionaux n’y est dédié.

Je discutais avec un ami éleveur l’autre jour. Il me disait que tout ça lui faisait penser à ce qu’on avait fait subir aux carcasses de bovins pendant la vache folle : la démédulation, c’est-à-dire l’extraction totale de la moelle épinière. Ce qui fait le système nerveux d’une population, c’est son rapport au territoire. C’est le fait que le fonctionnement global puisse se ressentir jusqu’au fin fond des terminaisons locales. En dévitalisant les interfaces institutionnelles qu’étaient les communes et les départements, au profit de ces artefacts monstrueux et suréquipés que sont les grandes régions, la Ve République n’a fait qu’éloigner encore et toujours les Français de l’accès à leurs droits.

Demain, un nouvel exécutif sera élu à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Une chose est sure : quel que soit le résultat, nous autres, sur Pluton, devrons encore nous battre deux fois plus pour obtenir une considération moindre. Jusqu’à ce que quoi ? Que les campagnes se vident tout à fait ? Ou que les « territoires » se soulèvent à nouveau ?

1] Loi Maptam : Modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles.

[2] Le mot « Nakba », qui signifie « catastrophe » en arabe palestinien, désigne l’exil forcé des Palestiniens lors de la proclamation de l’État d’Israël, en 1948.


Edité le 28-06-2021 à 20:56:25 par Xuan




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L'analyse du PCRF :

Régionales et départementales : l’analyse du PCRF

mercredi 7 juillet 2021

https://pcrf-ic.fr/Regionales-et-departementales-l

Les élections départementales et régionales sont passées, les présidents de région ont été élus il y a quelques jours. En métropole, ce sont tous les présidents de région sortants sans exception qui ont été réélus à leur poste.

Cette forme de stabilité ne saurait cacher une crise politique majeure qui s’exprime dans le rejet du cadre politique et de la représentation de la démocratie bourgeoise. 2 électeurs sur 3 (66,1%) ne sont pas allés voter, record d’abstention sous la Vème République monarcho-présidentielle, comme nous l’avions déjà écrit en mai (sans compter les 2,5% de blancs et nuls) ; nous n’étions pas les seuls à le prédire. Mais notre Parti communiste est le seul à le relier à sa source, celle de la crise économique permanente du mode de production capitaliste au stade impérialiste, crise qui est dans un nouveau rebond annoncé dès 2019. Les médias dominants, propriétés exclusives de capitalistes, avaient essayé de dissimuler la cause de l’abstention des municipales 2020 derrière le Covid-19 ; désormais, cette carte est abandonnée pour d’autres pistes, en partie fondées, comme le désintérêt pour les régions et départements et la méconnaissance de leurs attributions, de leurs rôles. Et pour cause, les départements et les régions sont des éléments de l’appareil d’État bourgeois, et il n’est pas facile de voir ce qui différe des orientations gouvernementales, dans les politiques menées localement par les bureaucraties au service des monopoles et du capital contre le travail.

Par ailleurs, l’abstention dépasse les 87% dans la jeunesse et les couches populaires ; preuve que la colère accumulée chez ces catégories d’électeurs n’a pas servi au RN, contrairement à ce que prétendaient de nombreuses voix alarmistes, notamment « à gauche ».
Les personnes âgées et les milieux ruraux, qui ont une certaine tendance à favoriser l’ordre et la réaction sont allés voter.
Les partis de l’alternance Droite / PS, ancienne forme prise par la dictature du capital pendant des décennies au gouvernement, encore très bien implantés dans les réseaux locaux, ont su garder leurs élus : 7 régions pour la droite, 6 pour le PS avec ses alliés sociaux-réformistes PCF, Verts et parfois FI.

Notre tract de campagne pour ces élections mettait en garde les travailleurs contre le piège que constitue une très opportuniste recomposition d’une fausse « gauche reconstituée ou unie » autour du PS, du PCF et d’EELV , alors que les régions dirigées par le PS ou EELV avec le PCF, LFI, n’ont pas défendu une politique alternative, mais ont géré loyalement, dans le cadre de la politique définie nationalement et des directives de l’UE (Union Européenne).
Le PCF, qui s’est allié presque partout avec le PS, a perdu le dernier département qu’il dirigeait (Val de Marne) ; le social-réformisme du PCF a du mal à trouver sa place, entre une participation à une manifestation avec les policiers contre la justice et une déclaration scandaleuse de Fabien Roussel « sur des réfugiés qui ont vocation à rentrer chez eux ».
Comme aux municipales, le capitalisme écologique des Verts ne fait pas recette. Le social-libéralisme du PS n’est pas mort, confirmant ce que nous disions il y a un an au sujet du danger de rebond et de renflouement de ce courant social-démocrate, qui a été un pilier de la dictature du capital.
Le RN n’a quant à lui ravi aucune région, il a perdu 33% de ses élus régionaux, 52% de ses élus départementaux, presque 4 millions de voix (sur 6,8 millions de voix en 2015), et 8 points au deuxième tour (19% contre 27% en 2015).
Les ministres de Macron et LREM ont pris la plus grande raclée pour un « parti » au gouvernement. Ceci provoque quelques remous au sein de LREM avec des déclarations de Darmanin : “Il faut revoir la façon de faire fonctionner En marche !”, avant de pointer un “problème de culture politique”. Mais cela ne change pas grand chose pour des élections qui étaient sous la coupe des Présidentielles, taillées pour la « rencontre » d’un homme avec « son » peuple. Macron reste à ce jour le champion préféré de l’oligarchie financière pour mettre en œuvre la feuille de route des conseils d’administrations des monopoles français. D’ailleurs, les députés LREM font bloc, car leur ré-élection aux législatives dépend de celle de Macron comme Président, quelques semaines plus tôt.

Déjà Macron annonce à nouveau qu’une réforme des retraites est « inévitable pour sauver le système » ou qu’il faut tout de suite travailler jusqu’à 64 ans (alors que les Français disent vouloir partir à 58 ans dans un récent sondage). Rappelons que ce sont les luttes puissantes qui avaient retardé l’application de cette contre-réforme anti-populaire jusqu’à l’arrivée du Covid-19 qui ajourna ce projet de baisse des pensions ; et que, depuis, des centaines de milliards ont été trouvés pour sauver les entreprises.

Notre avenir dépend de nos luttes !

Là où nous avons mené notre campagne classe contre classe pour ces élections départementales et régionales, notre Parti a su rendre publique (communiqué de presse, tracts, réseaux sociaux) l’absence de réponse à nos interpellations de candidats de « la gauche de la gauche » sur des axes de lutte d’urgence.

Notre campagne a été centrée moins sur la forme (pour qui voter ?) que sur le fond : que faut-il avancer pour s’engager à faire payer, au moyen des luttes, la crise du capitalisme par ses fauteurs ? Le sens de notre campagne : renforcer les luttes anticapitalistes ! Nos tracts et les interpellations de candidats ont porté sur des thèmes qui, alimentant des luttes politiques, constitueraient des éléments de rupture avec la politique du capital.

Pourtant, quantité de pièges sont tendus au peuple-travailleur. Nous avions écrit que l’élection présidentielle en serait l’un des plus dangereux en 2021 et 2022. Avec les élections, la dictature du capital cherche toujours à dévoyer les luttes, à les envelopper, à les subordonner aux échéances de vote. Tout l’appareil du système, l’État, les institutions, les médias, les églises, sont sous domination de l’idéologie bourgeoise et de son pouvoir économique (la propriété capitaliste). Des sommes colossales vont être dépensées par les candidats. Les sondages, les médias, vont orienter l’opinion vers les candidats choisis par tels ou tels secteurs monopolistes (ceux des grandes entreprises). Bien sûr, le mécanisme électoral ne se fait pas sans contradiction. Sous le capitalisme, contrairement aux apparences, un homme ou une femme n’égale pas une voix ; le suffrage universel est la principale mystification des masses et sert à légaliser, à légitimer la dictature du capital, présentée comme « l’expression de la majorité citoyenne » ; l’abstention ultra majoritaire, depuis plusieurs scrutins, renvoie justement à cette mystification.

Sans mettre de côté le combat électoral, l’intérêt décisif de notre classe n’est pas là, mais bien dans les luttes, les grèves, les occupations, les manifestations, les collectifs et coordinations, dont veulent nous détourner les représentants du pouvoir.

Finalement, ce qu’il nous faut retenir à nouveau de ce moment électoral, c’est que la crise politique s’accentue parallèlement à celle, généralisée, du système capitaliste : les travailleurs n’ont rien à attendre d’un gouvernement au service exclusif des monopoles et de l’oligarchie financière, ils ne peuvent compter que sur leurs luttes déterminées pour défendre leurs acquis sociaux et leurs droits démocratiques.

Et leur retour aux urnes ne sera possible et efficace qu’avec l’émergence d’un front social d’action issu de ces luttes, où notre Parti, le Parti Communiste Révolutionnaire de France, prendra toute sa place de force révolutionnaire anti-capitaliste. Notre intérêt est de forger un large front social de lutte contre toutes les conséquences dramatiques du capitalisme. Notre Parti communiste, qui doit se renforcer, vient de lancer des campagnes de lutte « Accusons le capitalisme ! » sur la santé, la vie chère, l’emploi, bientôt sur les libertés démocratiques, les violences policières, l’environnement, la paix.

Nous appelons à ce que les luttes se fédèrent localement et nationalement. Notre Parti poussera à l’émergence d’une aile anticapitaliste à ce front de toutes les victimes de ce mode de production, car la cause de tous les maux et de toutes nos souffrances est dans la propriété privée capitaliste et son État bourgeois. Nous devons nous débarrasser de l’un et de l’autre au moyen d’une révolution pour le socialisme-communisme qui nous donne le pouvoir.


Edité le 07-07-2021 à 23:16:04 par Xuan




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Sur le réseau "faire vivre"
https://lepcf.fr/Prendre-la-mesure-de-la-fracture-politique-et-sociale-Reconquerir-le-monde-du

Une analyse de militants communistes après les régionales
Publié le : 2 juillet 2021
Prendre la mesure de la fracture politique et sociale, Reconquérir le
monde du travail !


« L’essentiel reste qu’aucune force de gauche, quelle que soit la configuration des
rassemblements, n’a été capable de mobiliser les électeurs jusqu’à gagner une participation significative. »


Dans un contexte de double crise économique et sanitaire qui a exacerbé les inégalités, l’abstention massive domine pourtant les élections régionales et départementales, plus de deux français sur trois, plus de 4 sur 5 chez les jeunes et les milieux populaires, sans sursaut au second tour quels que soient les enjeux.
Les forces politiques l’oublient vite, surtout quand il s’agit de se féliciter de résultats victorieux qui doivent être analysés au regard de ce qui est devenue « la grève des urnes » .
Cette abstention traduit une véritable perte de confiance dans les institutions et la représentation politique, le sentiment croissant que la politique est incapable d’apporter des solutions aux difficultés et aspirations des citoyens et du monde du travail. Nous sommes en quelque sorte devant une panne d’espoir quant à l’action politique !
Cette abstention, si elle touche prioritairement l’électorat populaire et les jeunes, s’étend dans l’ensemble du corps électoral. Elle interroge toutes les forces politiques et singulièrement le PCF qui veut contribuer par sa candidature à la présidentielle à ce que le peuple se réengage dans l’action politique, depuis le débat d’idées jusqu’au vote en passant par les mobilisations nécessaires aux victoires populaires.

Une telle fracture entre le peuple et les institutions peut entraîner notre pays dans le pire. Mais, nous ne pouvons nous contenter de la dénoncer. Nous avons nous mêmes combattus la constitution de la 5éme république et la présidentialisation du régime, l’alignement de la France sur l’Union européenne avec les grandes régions et les métropoles qui éloignent les citoyens des lieux de pouvoirs et décisions.
Tout comme le Traité constitutionnel européen qui a confisqué la souveraineté nationale et populaire, installé la marchandisation de toute la vie humaine qui laisse le dernier mot au profit via la suraccumulation du capital.

Il n’y a rien d’étonnant donc que les citoyens se détournent de ces institutions. La vraie question c’est comment ne pas laisser le désespoir s’installer, comment imaginer et imposer une nouvelle république sociale, laïque et démocratique, permettant aux citoyens d’avoir le dernier mot sur le capital et ses détenteurs.

Nous ne reviendrons que brièvement sur les résultats de ces élections, largement commentés et analysés par notre parti : démenti du duel Macron /Le Pen, reconduction des sortants dans les régions, résistance de la gauche mais avantage à la droite, gains d’élus dans le cadre de listes d’union, bonne tenue des nos têtes de liste en Aura et Normandie, stabilité de nos conseillers départementaux malgré la perte du Val de Marne et des reculs dans des départements impactés par d’importantes poussées à droite. Notons en outre que le PCF s’est montré le mieux à même de faire reculer et battre les forces d’extrême-droite.

L’essentiel reste qu’aucune force de gauche, quelle que soit la configuration des rassemblements, n’ a été capable de mobiliser les électeurs jusqu’à gagner une participation significative.
Nous laisserons de côté les explications conjoncturelles qui ne sauraient éclairer un mouvement durable et croissant.

Il est certain que les différentes réformes institutionnelles, redécoupages des cantons et grandes régions, n’ont fait qu’éloigner les citoyens des lieux de décisions et de leurs élus. Mais c’est bien le sens même de l’action politique qui est interrogé. Car l’abstention nous renvoie à deux grandes questions que le PCF doit impérativement traiter.
La confiscation de la souveraineté nationale et populaire depuis l’adoption du Traité constitutionnel européen a délégitimé le suffrage universel. On ne peut reconstruire une légitimité politique sans dire pourquoi et comment la politique peut intervenir sur l’économie, comment une décision nationale peut s’imposer sur toute directive européenne. Le peuple doit donc reprendre ses droits et en conquérir de nouveaux. Nous devons dire que c’est possible et comment nous lui proposons de le faire.
Les crises successives témoignent de l’usure du système politique et économique, ne laissent plus de place à l’espoir de faire mieux dans le cadre, voire d’améliorer le système. C’est bien la question du changement de système et de société qui est interrogé. Le PCF existe pour mettre ce défi dans les mains des citoyens et permettre ainsi la construction d’ une société nouvelle meilleure pour la grande majorité, une société capable de répondre aux besoins des populations, de permettre un développement maîtrisé et de réduire les inégalités, de protéger notre environnement, de sécuriser la vie dans tous ses aspects du travail jusqu’à la santé en passant par l’éducation, les loisirs et la formation. C’est bien la capacité de transformation révolutionnaire de l’action politique qui est sur la sellette. Nous devons mettre en débat une autre société pour la France.

Pour le PCF, il ne s’agit pas seulement de tirer son épingle du jeu dans le « pré carré » d’une gauche qui ne tire toujours pas les leçons de ses échecs et trahisons. Nous ne voulons pas reproduire ce qui a échoué. Dans cet affrontement de classe décisif, partons à la conquête du monde du travail, de la jeunesse et des quartiers populaires. Traçons un nouveau chemin, un front populaire dans l’action, les luttes et les urnes pour un projet de société et d’espoir, les jours heureux.
Il est temps de s’y mettre !


Cette analyse est signée par Caroline Andréani, Paul Barbazange, Luc Bazin, Marie-Christine Burricand, Michéle Carbonnier, Clara Gimenez, Gilles Gourlot,Fabienne Lefèbvre, Anne Manauthon, Jean-Pierre Meyer, Pierre-Alain Millet, Leila Moussavian Huppé, Willy Pepelnjak, Michèle Picard, Hervé Poly, Gilbert Rémond, Laurent Santoire, Danielle Trannoy...

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   Posté le 12-07-2021 à 15:42:53   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Ci-dessous les pages de l'Humanité sur l'abstention :
https://www.humanite.fr/abstention-record-la-devise-republicaine-nest-pas-respectee-714292

Abstention record. «La devise républicaine n’est pas respectée»

Lundi 12 Juillet 2021
Lola Ruscio

À Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), plus de 80% des électeurs ne se sont pas déplacés pour les dernières élections locales. Un taux qui raconte les difficultés sociales, les désillusions et l’extrême défiance. L’Humanité est allée à la rencontre des abstentionnistes.

Tout en se garant sur le parking devant le centre commercial du Chêne-Pointu, un ensemble de copropriétés privées dégradées à Clichy-sous-Bois, dans l’est de la Seine-Saint-Denis, Amad Ly affiche un air dépité. Des tags recouvrent les murs. Les boîtes aux lettres sont défoncées. Des épaves de voiture traînent. « Tout est à l’abandon, il y a plein de problèmes, c’est la débrouille 24 heures/24 » , résume cette figure locale en descendant les marches de l’escalier de la galerie marchande. Il salue tout le monde, prend des nouvelles. « On se bat Papa ! » lui répond un homme noir d’une quarantaine d’années. Ici, les conditions de vie sont rudes. Alors, voter…

Aux dernières élections, comme aux précédentes, la grève civique a pris ses quartiers. L’abstention n’a pas sensiblement baissé entre les deux tours des régionales : 87,98 % au premier, 86,67 % au second. Dimanche 27 juin, seuls 1 592 votants ont jugé utile de se déplacer dans un bureau de vote. Une goutte d’eau sur les 11 946 inscrits que compte cette ville pauvre de 30 000 habitants, épicentre des révoltes d’octobre 2005. Une abstention nettement au-dessus de la moyenne nationale (66 %) et de villes habituées à des niveaux de participation très faibles, comme Les Mureaux (80,73 %), Stains (81,75 %), Goussainville (82,79 %). Des chiffres qui donnent le tournis, confirmant la profondeur de la crise politique dans ces territoires.

La défiance se mesure au silence de ceux qui ne prennent pas la parole. Comme ailleurs, leurs raisons sont très diverses, mais lorsque la discussion s’engage, des motifs reviennent cependant plus que d’autres. À Montfermeil, commune limitrophe de Clichy-sous-Bois, Mel, 21 ans, explique ne pas se sentir concernée :
« Que je vote ou pas, ça ne va rien changer à ma vie, je ne compte pas sur eux pour m’en sortir. » Elle ne se reconnaît ni dans les programmes, ni dans les listes des candidats. « Tout le monde n’a parlé que de sécurité et non d’apprentissage alors que ça concerne des millions de jeunes » , regrette-t-elle. À ses côtés, Sabrina ben Djillali, 21 ans, a aussi préféré l’abstention. Au fil de son discours, on sent poindre un fort désabusement :
« À chaque fois qu’un politique parle, je me demande si je peux lui faire confiance ou s’il est en train de mentir ! » Éclats de rire. La jeune femme, qui rêve de signer un contrat d’apprentissage dans la communication, n’attend rien des élections. Un fossé abyssal qui trouve de l’écho au plan national :
27 % des électeurs se sont abstenus par « mécontentement » à l’égard de la classe politique, 17 % parce que leur vote « n’y changera rien » , 14 % considérant que cela « n’a pas d’impact sur (leur) vie quotidienne » , selon Ipsos.

Peu d’améliorations depuis les révoltes d’octobre 2005

À Clichy-sous-Bois, lorsqu’on s’arrête pour écouter, sont aussi évoqués les difficultés à trouver un emploi, la pauvreté, les discriminations, l’acharnement de certains médias et politiques à stigmatiser les femmes musulmanes. Beaucoup peinent à se reconnaître dans l’offre politique, et leur abstention se nourrit de désillusions. Le grand projet de rénovation urbaine, lancé après les révoltes de 2005, n’a pas suffi à désenclaver le territoire, malgré l’arrivée du tramway.
En visite samedi à Clichy-sous-Bois, Jean Castex a fait d’ailleurs un point d’étape du plan national de rénovation urbaine dédié aux quartiers prioritaires. « Il faut des projets à long terme, des moyens pérennes pour les associations, pas seulement à l’approche de la présidentielle » , estime Amad Ly, placier au marché Anatole-France et président de la structure Élan d’avenir . Avant d’ajouter :
« On ne peut pas exclure, toute l’année, les gens comme s’ils étaient des pestiférés et imaginer leur faire croire, uniquement le jour des élections, qu’ils font à nouveau partie de la société. » « La question sociale ne s’est pas améliorée depuis 2005 dans les banlieues. Il y a du mieux mais ça ne règle pas tout » , abonde Mohamed Mechmache, fondateur de l’association AClefeu, créée en 2005 après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés à Clichy en tentant d’échapper à un contrôle policier.

Face à une profonde défiance, comment aller chercher ceux qui ne votent plus ? Comment reconstruire des habitudes collectives ? Gounedi Traoré, la quarantaine, éducateur social, reçoit dans le centre social de la Dhuys, où s’organisent des activités pour les habitants. Il parle avec tendresse de la ville où il a grandi. De parents maliens, il a vécu aux Bosquets, une cité de Montfermeil, plus précisément dans le bâtiment « B5 », où il n’y avait « aucun Français » – comprenez des « Blancs ». De ce passé, il en a tiré une rage qu’il met au profit de son engagement pour la ville. Ses journées, ses nuits passées à régler les problèmes du quotidien en font un fin connaisseur du quartier. De ce poste, celui qui a le « cœur à gauche » fait le constat suivant :
« Le dialogue a été complètement rompu entre les élus, les familles, les jeunes. Les présidents ne viennent jamais, sauf quand il y a un gros problème. L’abstention, c’est pourtant un gros problème et on ne les voit pas. Qu’ils sortent de leur zone de confort, qu’ils viennent voir ce qu’il se passe, qu’ils viennent écouter les jeunes. »

Un chômage des jeunes beaucoup plus élevé que la moyenne nationale

Un peu plus loin, en remontant la rue Utrillo, Mohamed, 22 ans, chômeur, ne dit pas autre chose : « Les politiques ne s’adressent pas à nous, alors pourquoi irait-on voter pour eux ? » Lui, aurait aimé que la campagne porte sur « l’emploi et la formation professionnelle », dit-il en montrant sa carte d’électeur. Dans les quartiers prioritaires, le taux de chômage des jeunes reste deux fois et demie plus élevé que la moyenne nationale. Et c’est bien le principal problème pour Mohamed : décrocher un travail. À force de ne pas y parvenir depuis plus d’un an, il perd espoir. L’élection régionale est à mille lieues de ses préoccupations. Au sein du foyer familial, son père, contrôleur agricole, et sa mère, puéricultrice, n’ont pas parlé de l’élection. À vrai dire, il a une mauvaise image de la classe politique, il parle d’ « eux et nous ». Il réfléchit quelques secondes et ajoute, sur un ton grave :
« J’ai l’impression que la devise républicaine n’est pas respectée, suffit de voir tous les préjugés autour de la communauté musulmane. » La présidentielle ? Il hésite toutefois à voter pour « Jean-Luc Mélenchon ». À ses côtés, Athanasios, 18 ans, attache sa touffe de cheveux frisés et lâche :
« Il n’y a rien ici pour les jeunes, le maire Xavier Lemoine s’occupe que des vieux. Nous, on s’ennuie de fou malade. »

Mohamed Mechmache refuse pourtant le tableau d’une jeunesse indifférente à l’intérêt général. « Les jeunes ont des choses à dire, il suffit de les écouter » , estime-t-il. Nawufal Mohamed, par exemple, fait partie de cette nouvelle génération militante. Lui qui habite dans une cité voisine, Bois-du-Temple, dans le bas Clichy, a lancé l’an dernier la Chaise pliante, des émissions diffusées sur YouTube. Assis au McDonald’s de Clichy-sous-Bois, où nous le retrouvons, le jeune homme, béret sur la tête et traits tirés, explique le projet :
« Si on fait ce média, c’est parce qu’on a senti que les gens ont besoin de s’exprimer sur des sujets variés, comme le racisme, les violences policières. » Il raconte la trajectoire des militants du quartier, souvent en première ligne sur le front de la fraternité. « Trop souvent, les principaux intéressés ne sont pas invités à la télévision, alors qu’on parle d’eux sans arrêt de façon négative. Nos parents, quand ils allument la télé, c’est pour se faire cracher dessus. » Ce média, Nawufal Mohamed l’a lancé avec plusieurs jeunes de la ville. Récemment, il a interviewé le maire PS de Clichy-sous-Bois, Olivier Klein. Alors, si les émissions marchent bien, il espère développer ce projet.

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L’abstention en quelques chiffres

À part celui du référendum de 2000 sur le quinquennat, les élections régionales et départementales de juin dernier ont battu tous les records d’abstention, avec 66,7 % au premier tour et plus de 65 % au second. Loin de s’expliquer par la seule crise sanitaire ou l’approche de la période estivale, la faible participation progresse au fil des scrutins, malgré quelques rebonds comme entre les régionales de 2010 (53,67 %) et celles de 2015 (50,09 %). Même une élection aussi prisée que la présidentielle voit le nombre de votants s’éroder : 22,23 % d’abstention au premier tour en 2017, contre 20,52 % en 2012 et 16,23 % en 2007. Un constat plus flagrant aux législatives avec 51,3 % de non-votants en 2017, contre 42,78 % en 2012 et 39,58 % en 2007. Lors des élections locales de juin, comme souvent, ce sont les plus jeunes et les catégories populaires qui ont fourni le gros des troupes abstentionnistes. Selon une enquête Ipsos, les ouvriers sont plus nombreux à ne pas s’être rendus aux urnes que les cadres et les professions intermédiaires : respectivement 74 %, contre 63 % et 71%. Et tandis que « seuls » 49 % des retraités n’ont pas participé au vote, ce sont 79 % des moins de 35 ans qui ne se sont pas déplacés.


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À Châteaurenard, une abstention aux multiples facettes

Lundi 12 Juillet 2021
Diego Chauvet
Dans ce canton rural, socialement très inégalitaire, le défaut d’information, le manque de confiance à l’égard des élus et le brouillage des repères politiques reviennent régulièrement chez les citoyens.

Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), envoyé spécial.

« Je n’ai jamais voté. Ou si, peut-être une fois. Mais je ne me souviens même plus à quelle élection. » Patrick, chauffeur en préretraite habitant de Châteaurenard, dans les Bouches-du-Rhône, n’ignore pourtant rien du débat politique. S’il s’était déplacé à la dernière présidentielle, il aurait donné sa voix à Emmanuel Macron, assure-t-il. Mais « quand il y en a un qui gagne une élection, il est ensuite incapable de concrétiser ce qu’il a promis » , regrette le chauffeur, estimant, dès lors, que « ça ne sert à rien » . Dans cette commune de la banlieue d’Avignon, séparée du Vaucluse par la Durance, il y a autant de raisons de s’abstenir que d’abstentionnistes. Parfois, c’est seulement l’absence d’information qui est avancée. C’est le cas de Samuel qui, à 19 ans, démarre tout juste sa vie professionnelle dans un atelier de ferronnerie du centre-ville. « Le premier tour (des élections de juin – NDLR), je n’y suis pas allé, je n’étais pas au courant. Et au deuxième, du coup, je suis allé à la plage, avoue-t-il. Je ne sais même pas qui se présentait, j’ai appris le dimanche même qu’il y avait des élections. » Ira-t-il voter en 2022 ? « Bonne question, répond-il d’abord. En fait, je pense que c’est pareil qui que ce soit. » À côté, son patron s’étonne du peu d’information du jeune salarié. « Il n’était pas syndiqué ton père ? » Puis il nous précise : « Avant, il y avait la droite et la gauche, donc on pouvait comprendre. Mais maintenant… »

« Je suis allé voter parce que je suis un bon citoyen, mais j’ai voté blanc »
Dans la rue Émile-Zola, nous croisons Guy Chavanez, retraité de la SNCF qui, lui, n’a jamais loupé un scrutin. « Chez les jeunes, ça se perd, regrette-t-il. Ils vivent aujourd’hui, et demain, c’est on verra bien. » Mais, il doit bien le reconnaître, ce n’est pas le seul fait de cette génération. « Au jeu de boules, on n’en parlait pratiquement pas, des élections. » Parmi ceux qui refusent de s’exprimer, certains se rendent quand même aux urnes. Comme Raphaël, qui préfère nous parler sous un nom d’emprunt. « Moi je suis allé voter, parce que je suis un bon citoyen et qu’il y a eu des morts pour obtenir ce droit, commence-t-il. Mais j’ai voté blanc, aux deux tours. Je vote toujours blanc. Je n’ai pas d’avis à donner. Et puis c’est dur de faire des choix. C’est un casse-tête. Il y a trop de partis, et les politiques passent leur temps à chercher des poux sur la tête d’un chauve. » Un peu plus loin, c’est Cathy, commerçante dans la cinquantaine, qui n’a participé ni aux scrutins de juin ni aux dernières municipales. En 2017, elle a voté. « Mais pas Macron, je n’aurais pas voté pour un banquier. » Elle dit avoir voté blanc, et si elle avait dû choisir un nom, elle aurait « peut-être » glissé le bulletin Marine Le Pen. « Sans être raciste bien sûr. Mais je pense qu’elle a des propositions plus adaptées à la vie de tout le monde ici. J’en connais beaucoup qui sont au RSA et qui ne mangent pas. Il faut déjà se battre pour notre pays, pour nos retraités, et nos jeunes. »

Chef-lieu du canton du même nom, Châteaurenard compte plusieurs communes au passé très rural. Aujourd’hui, ces villages se sont transformés en cités-dortoirs. Il reste des maraîchers, mais les inégalités sont fortes : des propriétaires terriens embauchent des ouvriers agricoles souvent venus d’Équateur via des sociétés espagnoles, dont l’une, Terra Fecundis, a été condamnée le 8 juillet pour une gigantesque fraude au travail détaché. Sur ce terreau difficile, un « collectif informel » de communistes s’est constitué pour tenter de redonner le goût de la politique à ces citoyens désabusés. Parmi eux, Jean-Pierre Daudet, dont une partie de la maison sert d’épicerie solidaire. 200 bénéficiaires peuvent y trouver des produits alimentaires à des tarifs à leur portée. « Châteaurenard est aussi une des communes où le niveau de diplôme est le plus bas » , nous explique-t-il.

« À 61 ans, j’ai dit basta, je ne vote plus »
Quelques petites zones industrielles subsistent également, comme à Noves, à quelques kilomètres de Châteaurenard. Nous y rencontrons Patrick Perez, qui n’a pas voté au second tour des élections régionales. « Je ne voulais ni de Muselier ni de Mariani » , raconte ce travailleur dans la construction modulaire. « Mes parents étaient communistes, j’ai les mêmes valeurs. J’ai grandi dans un quartier populaire du Gard. La droite et l’extrême droite, ce n’est pas mes convictions. » Il a pourtant voté pour l’élection départementale, qui ne comptait aucun binôme de gauche, « pour des considérations locales » , affirme-t-il. Assis à la même table, un retraité de la poissonnerie réagit à son tour : « À 61 ans, j’ai dit basta, je ne vote plus. Ce sont tous les mêmes » , balaie-t-il.

À Graveson, une autre commune du canton, c’est Éric Zerah qui déplore le climat politique. Ici, en 2017, Le Pen a recueilli 38,8 % des voix au premier tour de la présidentielle, Thierry Mariani (RN) était en tête au second tour des régionales, et LR au second tour de la départementale… « La gauche n’est plus organisée sur tout l’arc nord du département » , se désole ce « compagnon de route » du PCF installé sur la commune depuis sept ans. Lui, met autant la volatilité des votes entre LR et RN que l’abstention sur le compte d’un « individualisme forcené » dans un contexte de « misère économique et sociale ».



Edité le 12-07-2021 à 18:15:12 par Xuan




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