| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 29-01-2016 à 14:01:38
| Source Pambazuka
Attentats terroristes à Ouagadougou : La piste djihaddiste est une diversion inacceptable Moumina Chériff Sy 2016-01-29, Numéro 392
AFP L e Burkina Faso na aucun compte à régler avec les groupes djihadistes au point de mériter les attentats barbares du 15 janvier dernier. On peut même se permettre de dire quen dehors du fait insensé de sen prendre aux soi-disant «intérêts occidentaux», ils navaient rien à gagner à semer la terreur dans notre pays. Sauf, évidement à agir pour le compte dindividus ou de groupes qui cherchent à tout prix à déstabiliser les institutions démocratiques afin de prendre ou de reprendre le contrôle de notre pays. Comme la plupart de mes compatriotes qui ont vécu les attentats terroristes survenus le vendredi 15 janvier à Ouagadougou, je suis consterné, profondément attristé et révolté. Non pas pour dire que notre pays était totalement à labri de cette barbarie djihadiste qui a fini par sinternationaliser, mais à cause des mobiles qui ont pu guider ces agressions. Pour moi, il sagit dagressions dune lâcheté inouïe qui a consisté à tuer gratuitement et sauvagement une trentaine de personnes, à blesser des dizaines et à déstabiliser notre pays. En effet, aussi curieux et intriguant que cela puisse paraître, tout a commencé la veille des attentats par le rapt dun couple dAustraliens qui vivaient depuis 1972 à Djibo, dans le Sahel burkinabè. Agée de 82 ans, Dr Elliot et son épouse ont fondé un centre de santé qui soulageait énormément les populations démunies de cette partie particulièrement mal lotie de notre pays. Le lendemain, cétait autour du poste de gendarmerie dêtre pris à partie par des personnes armées qui se sont révélées être des djihadistes. Deux gendarmes et un civil ont perdu la vie dans lattaque. On na même pas eu le temps de faire le deuil quon apprend dans la soirée, aux environs de 19 heures 30 mn, que le restaurant-café Cappuccino et lhôtel Splendid ont fait lobjet dune attaque. Dès que jai appris la nouvelle, je nai pas pu mempêcher de me rendre sur le terrain des opérations. Une manière pour moi daller apporter un soutien physique et présentiel à nos forces de défenses et de sécurité qui ont passé plus de 18 heures à traquer les terroristes afin de préserver les vies et les biens qui pouvaient encore lêtre. Les résultats, tout le monde les connaît. Le bilan nest pas moins lourd et horrible pour les personnes qui ont eu la malchance de se trouver aux endroits attaqués. Ces hommes sans foi ni loi ont littéralement ouvert le feu sur tout ce qui bougeait devant eux. Selon les témoignages des survivants, les terroristes ont tué froidement sans préalablement émettre quelques vux comme on a pu le voir ailleurs. Au regard du peu dégards que ces terroristes ont eu pour la vie humaine, je ne peux que me convaincre quils navaient aucune autre idéologie à défendre que de mépriser la vie humaine. Car, ces méchants mécréants nont aucune leçon de religion ou de foi à nous donner ici au Burkina Faso. Cest justement parce que notre peuple est profondément croyant que nous avons pu traverser, dans une mobilisation populaire incroyable, les épreuves politiques que nous avons connues ces dernières années. A la suite de linsurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et de lhéroïque résistance de notre peuple contre le coup dEtat avorté du mois de septembre 2015, nous avons recommencé à reconstruire un véritable esprit de communion nationale. Les forces vives de notre pays se sont mises à croire en leurs capacités de contribuer consciemment à forger un Burkina nouveau où la liberté, la justice seront garanties pour tout le monde afin que luvre du développement économique soit collective et que ses fruits soient équitablement partagés. A ce que je sache, le Burkina Faso na aucun compte à régler avec les groupes djihadistes au point de mériter les attentats barbares du 15 janvier dernier. On peut même se permettre de dire quen dehors du fait insensé de sen prendre aux soi-disant «intérêts occidentaux», ils navaient rien à gagner à semer la terreur dans notre pays. Sauf, évidement à agir pour le compte dindividus ou de groupes qui cherchent à tout prix à déstabiliser les institutions démocratiques afin de prendre ou de reprendre le contrôle de notre pays. Ce nest un secret pour personne que le président déchu, Blaise Compaoré, entretenait des relations pratiquement incestueuses avec groupes djihadistes dont certains avaient élu domicile dans la capitale Ouagadougou. Ils avaient pignon sur rue, allaient et venaient. Certains se sentaient tellement bien installés quils ont bâti de somptueuses villas à linstar du mauritanien Moustapha Chafi qui passait aussi pour être lun des conseillers de lex-président. On se rappelle que cest avec laide de cet homme énigmatique que lancien régime réussissait lexploit de libérer des otages occidentaux piégés par les mêmes groupes djihadistes dans le Sahel et principalement au Nord Mali. On nest pas surpris dapprendre que le couple australien enlevé le 14 septembre dans la ville de Djibo est annoncé être aux mains dun nébuleux groupe djihadiste dénommé «lEmirat du Sahara». Quand on sait que le groupe al-Mourabitoun de Mocktar Belmocktar, qui a revendiqué les attaques de Ouagadougou, est également proche dAl-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), on comprend aisément lorigine de ceux qui ont commis les récents actes de terreur dans le but de déstabiliser le Burkina Faso. La principale question que nous nous posons est de savoir pourquoi cest maintenant quils se lancent dans cette barbarie contre un pays qui leur a servi, pendant longtemps, de base arrière. A qui peut bien profiter ces attaques si ce nest à ceux qui nourrissent le rêve de voir le retour de notre pays dans un statu quo qui leur permettrait de mener leur juteux trafic dotages occidentaux. Il est évident que si les djihadistes des groupes «lEmirat du Sahara» et al-Mourabitoun nont pas frappé le Burkina Faso pour rien, on ne peut en aucun cas voir dans les attentats de Ouagadougou une quelconque intention dimposer la religion musulmane ou de «châtier des impies». Lhypothèse la plus plausible ne peut être que celle de la reconquête dune base arrière perdue. La voie du renouveau démocratique dans laquelle notre pays sest engagé en chassant Blaise Compaoré du pouvoir en fin octobre 2014 et en mettant en échec le coup dEtat de septembre 2015, ne plaît pas à tout le monde. Surtout pas à ceux qui profitaient allègrement du régime déchu. Il ne faut donc pas chercher midi à quatorze heures pour comprendre les mobiles des attentats de Ouagadougou et de toutes les attaques qui les ont précédés ces derniers mois. La piste djihadiste, donc religieuse nest que la plus grande diversion quon puisse avoir. ** Moumina Chériff Sy est journaliste, éditorialiste, fondateur de lhebdomadaire burkinabè Bendré, ancien président du Parlement intérimaire, le Conseil national de la transition au Burkina
Edité le 29-01-2016 e 14:02:18 par Xuan
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