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 Le saccage impérialiste des richesses de l’Afrique

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Resistance
Jeune Communiste
Resistance
193 messages postés
   Posté le 28-06-2013 à 17:10:59   Voir le profil de Resistance (Offline)   Répondre à ce message   http://www.resistance-politique.fr/   Envoyer un message privé à Resistance   




L’agression de l’OTAN contre la Libye (productrice de pétrole), l’intervention de la France au Mali (or et uranium), la construction d'une base militaire étasunienne au Niger (uranium) et l’encerclement de l’Algérie (pétrole et gaz) sont des chaînons de la stratégie qui vise, devant la crise du capitalisme mondial, à intensifier l’exploitation des travailleurs et le pillage des ressources naturelles de l’Afrique.

Le journaliste Dan Glazebrook, qui écrit dans des journaux comme The Guardian, The Independent et The Morning Star, a publié un article dans l’hebdomadaire cairote Al-Ahram Weekly dans lequel il dénonce cette conspiration.

Dan Glazebrook commence par rappeler que l’Occident draine chaque année des milliers de millions de dollars provenant du service de la dette, des bénéfices provenant des investissements et des prêts liés au régime de la corruption des secteurs des bourgeoisies compradores.

Une autre façon de dominer l’Afrique consiste à mettre à sac ses richesses naturelles. On peut citer le cas connu du Congo, où des bandes armées contrôlées par ses voisins ougandais, rwandais et burundais pratiquent à l’est du pays le vol de minéraux pour revendre ces derniers à des entreprises étrangères… qui sont elles-mêmes complices du forfait.

L’Afrique finance également les classes dominantes occidentales en fixant le prix de ses matières premières à des tarifs défiant toute concurrence, mais aussi en versant des salaires misérables aux travailleurs qui s’échinent dans les mines ou aux champs.

En somme, le capitalisme impose au continent africain le rôle de fournisseur de matières premières et de main d’œuvre à bas coûts. Mais, afin que cette situation se perpétue, il fait en sorte que l’Afrique continue d’être pauvre et divisée, les coups d’État et des guerres contribuant largement à cette situation.

Selon Dan Glazebrook, la création en 2002 de l’Union africaine, animée par Mouammar Kadhafi, a soulevé les préoccupations des stratèges occidentaux. Pour Washington, Londres et Paris, le plan de l’Union de créer une banque centrale africaine et une monnaie unique était tout bonnement inacceptable. Pis, il était inconcevable de voir cette même Union développer une charte de défense et de sécurité communes pouvant déboucher sur une force militaire unifiée.

En outre, les États-Unis, face à la récession économique et à la « menace » que constituait déjà à l’époque la Chine, avaient échafaudé les plans pour recoloniser l’Afrique. La création en 2008 de l’Africom, le commandement militaire que le président Bush voulait installer sur le territoire africain, s’inscrit naturellement dans cette démarche. Mais l’Union africaine s’est fermement opposée à ce projet et l’Africom a dû finalement établir son état-major en Allemagne.

La plus grande humiliation pour les États-Unis était de voir Kadhafi élu président de l’Union africaine en 2009 et la Libye devenir le principal soutien de l’organisation panafricaine.

L’Empire ne tolérait bien évidemment pas les propos de l’Union qui vont dans le sens d’un processus d’intégration africaine. Après avoir justifié l’agression contre la Libye avec « un paquet de mensonges encore plus grands que ceux qui ont servi de prétexte à l’invasion de l’Irak », comme l’écrit Glazebrook, l’OTAN a détruit le pays, l’a placé dans les conditions d’autres États africains en faillite, se libérant au passage de son adversaire bien trop fier à son goût en l’assassinant. La guerre contre le colonel Kadhafi a détruit son régime. Mais la paix et la sécurité se trouvent depuis menacées dans toute l’Afrique du nord.

Le dirigeant libyen avait organisé depuis 1998 la communauté des États sahélo-sahariens, centrée sur la sécurité régionale, en bloquant l’influence des milices salafistes et en essayant de pacifier les chefs de tribus touaregs. Avec la chute de Kadhafi, les islamistes radicaux de la région ont fait main basse sur les arsenaux d’armes - avec l’aimable autorisation de l’OTAN - et les frontières méridionales de la Libye se sont disloquées. La première victime de la déstabilisation régionale a été le Mali. L’avancée islamiste, concomitante de l’agression de la Libye, a servi de prétexte à l’intervention militaire française.

L’Algérie se trouve désormais dans le collimateur de l’impérialisme. Elle est aujourd’hui entourée par les islamistes radicaux à l’est (frontière libyenne) et au sud (frontière malienne), où se sont également installées les troupes françaises.

L’impérialisme a des raisons de ne pas pactiser avec l’Algérie, le seul pays d’Afrique du nord encore gouverné par le parti qui a lutté pour l’indépendance (FLN). Alger soutient l’Union africaine, a assumé des positions internationales dignes et, comme l’Iran et le Venezuela, vend son pétrole et son gaz à des tarifs « normaux ».

Ce « nationalisme des ressources » pousse les géants pétroliers occidentaux à ne plus cacher le fait qu’ils « en ont marre de l’Algérie », comme l’écrit le Financial Times. Ce même journal avait, un an avant l’agression de l’OTAN, accusé la Libye du « crime » de protéger ses ressources naturelles.

Capitaine Martin

http://www.resistance-politique.fr/article-le-saccage-imperialiste-des-richesses-de-l-afrique-118770854.html

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Xuan
Grand classique (ou très bavard)
10351 messages postés
   Posté le 27-06-2018 à 21:00:17   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Un article du Diplo :

En Côte d’Ivoire, la précarité ou l’exil


Misère du football africain


Parmi les trente-deux équipes participant à la Coupe du monde de football en Russie, seuls le Nigeria et le Sénégal représentent l’Afrique subsaharienne. Le continent ne manque pas de joueurs d’exception, mais les pays riches du Nord les accaparent. Champions d’Afrique en 2015 et qualifiés lors des trois dernières éditions du Mondial, les Ivoiriens se contentent cette année de suivre les épreuves à la télévision. Au quotidien, leurs clubs professionnels vivent d’expédients.


par David Garcia

Thierry Fontaine. « Le Fabricant de rêve », 2008
© ADAGP, Paris, 2018 - Galerie Les Filles du Calvaire, Paris


À Koumassi, dans le sud-est d’Abidjan, la cour du lycée municipal se transforme en terrain d’entraînement pendant les vacances scolaires. En cette matinée d’avril, les apprentis footballeurs de l’académie Métro Star tapent dans le ballon sous une chaleur suffocante. Cofondateur de cette école comme il en existe des centaines dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Aristide B. (1) encadre des équipes de jeunes. Cet ancien footballeur professionnel désigne son meilleur joueur. Maillot et short rouges, un enfant de 9 ans s’avance. « Je veux jouer en Europe » , lance-t-il, sûr de lui. Est-il conscient des risques d’une telle aventure ? L’étoile montante de Métro Star opine du chef.

Ancien capitaine de la sélection ivoirienne, Yaya Touré gagne près de 1 million d’euros par mois à Manchester City (2) ; Neymar, la vedette brésilienne du Paris Saint-Germain, plus de 3 millions (3)… Ces joueurs appartiennent à l’élite payée plus de 720 000 dollars (620 000 euros) par an, tous continents confondus : 2 % des salariés du football, selon une étude du syndicat mondial des joueurs (Fifpro) menée en 2016 auprès de cinquante-quatre syndicats nationaux. La plupart évoluent en Europe, dans les pays du Golfe ou en Chine. À l’opposé, 21 % des joueurs touchent moins de 300 dollars (260 euros) par mois. Parmi ces travailleurs pauvres, beaucoup émargent à des clubs africains, qui distribuent les salaires les plus faibles. Et si, à l’échelle mondiale, 41 % des joueurs interrogés font état de rémunérations différées au cours des deux dernières saisons, cette proportion atteint 55 % en Afrique. Le continent est de loin le plus précaire pour les joueurs : 15 % n’y ont pas de contrat, contre 3 % en Europe. Primes d’engagement impayées, retards de salaire, blessures et soins hospitaliers non pris en charge : tel est le quotidien des joueurs d’Afrique. Aux antipodes des rares privilégiés qui monnaient leur talent à prix d’or dans les championnats européens, ils vivent bien souvent sans contrat et dans des conditions de travail déplorables.

Les témoignages d’Aristide B. et de trois de ses amis joueurs (lire « Prolétaires du ballon rond » ), originaires comme lui de Koumassi, illustrent le décalage entre les rêves de fortune de millions de jeunes Africains et la dureté de la division du travail sur la planète du football. Malgré une succession d’expériences douloureuses dans plusieurs clubs, Justin S., 27 ans, caresse toujours l’espoir de chausser à nouveau les crampons. À 17 ans, en 2007, il signait son premier contrat professionnel. Sa rétribution mensuelle de 76 euros était inférieure au salaire minimum ivoirien (91,50 euros). La prime d’engagement de 229 euros prévue dans le contrat n’a jamais été honorée. « La présidente nous prenait par les sentiments : “je suis votre maman, votre maman n’a pas l’argent.” On tombait dans le panneau » , relate-t-il. Après un test raté dans un club tunisien, en janvier 2008, il tente sa chance en Ligue 2 ivoirienne. Le début de l’enfer : « J’étais payé un peu plus de 15 euros par mois, quand les manœuvres gagnaient 5 euros par jour. » Pour inciter les footballeurs à jouer à fond la montée en première division, la direction du club a fait miroiter des primes de victoire de 30 euros. L’équipe est restée deux mois sans gagner, et le salaire a été versé en retard. Les conditions de logement rappelaient, quant à elles, les pires ateliers clandestins. Les joueurs dormaient dans un dortoir à même le sol avec leur sac à dos en guise d’oreiller, raconte Justin S.

« Trois mois sans solde en Ligue 1, c’est fréquent »

Dix ans plus tard, des conditions de ce type perdurent en Côte d’Ivoire. Les présidents de club en conviennent, à leur manière. Paternaliste, M. Bernard Adou, le président de l’Association sportive de l’Indénié (ASI), un club de Ligue 1 d’Abengourou, dans l’est du pays, exhorte les footballeurs lésés à fermer les yeux : « Même en cas de mauvaises conditions et de non-paiement des salaires, les joueurs doivent jouer. Un salaire impayé, ça se rattrape, pas un match » , poursuit M. Adou. Dans les faits, salaires et primes impayés ne se « rattrapent » pas toujours. Excédés, Justin S. et ses coéquipiers avaient ainsi fini par boycotter les entraînements, en 2008-2009. Dans un courrier adressé aux dirigeants, les footballeurs avaient réclamé des matelas et des ventilateurs. Ils ont obtenu satisfaction, mais des calamités ont continué de s’abattre sur l’équipe. Le joueur a contracté le paludisme, un défenseur de 21 ans est mort à l’hôpital des suites d’un choc à l’entraînement. C’en était trop pour Justin S. et quatre de ses coéquipiers, qui ont décidé de quitter le club en cours de saison. Plutôt le chômage que la surexploitation.

À 21 ans, son confrère Samuel K. a déjà expérimenté, lui, les affres de la vie de footballeur professionnel. Titulaire en Ligue 1, il se blesse en décembre 2016. « Le gazon synthétique du stade Champroux à Abidjan, où se disputent la plupart des matchs de championnat, est usé et dangereux, témoigne-t-il. Beaucoup de joueurs s’y blessent. » Le président du club accepte de payer l’opération… dès qu’il aura encaissé le montant du transfert d’un autre joueur. Six mois plus tard, le paiement n’a toujours pas été effectué. La Fédération ivoirienne de football (FIF) prend en charge son suivi médical. Cédé à un autre club de première division, il se blesse de nouveau en février 2018. Le président lui demande de jouer malgré tout le match suivant, trois jours plus tard. Refus du joueur. Le paiement de son salaire est suspendu. « Cela fait plus d’un mois que je ne suis plus rémunéré, les présidents de club ivoiriens sont tous pareils » , enrage-t-il. Il n’est pas le seul à endurer un tel traitement.

« Trois mois sans solde en Ligue 1, c’est fréquent , dénonce Aristide B. Parfois, le paiement du salaire de base est conditionné à l’obtention d’un succès ou même de plusieurs victoires consécutives . » Selon l’Association des footballeurs ivoiriens (AFI), les plus gros salaires varient de 450 à 600 euros. La rémunération moyenne du footballeur local se situerait dans une fourchette comprise entre 230 et 300 euros, soit trois fois le salaire minimum, dans un pays qui a renoué avec la croissance (8 % par an depuis 2015). « Comment voulez-vous qu’à la fin d’une carrière, courte par définition, un footballeur puisse profiter de son épargne et acheter une maison ? » , observe M. Cyril Domoraud, le président de l’AFI. L’ancien défenseur de l’Inter Milan nous reçoit au siège de l’organisation, sise à Cocody, une commune aisée du nord d’Abidjan. Ancien capitaine de la sélection ivoirienne, M. Domoraud a joué en France, à l’Olympique de Marseille et à Monaco, puis à l’Espanyol de Barcelone. Les autres membres fondateurs de l’association ont également fait de grandes carrières en Europe. Icône du football ivoirien, adulé au pays, Didier Drogba a remporté la Ligue des champions européenne avec le club anglais Chelsea. Autre vedette nationale, Kolo Touré a lui aussi joué en Angleterre, à Arsenal, à Manchester City et à Liverpool.

Rares sont ceux qui osent entamer une procédure pour faire valoir leurs droits. Par crainte de représailles. Vice-président de la FIF, M. Sory Diabaté décline toute responsabilité. « Certains jeunes se plaignent de ne pas être payés, mais ils n’ont même pas la copie de leur contrat. (…) Impossible de statuer en l’absence de contrat » , se dédouane le dirigeant, qui est aussi le président de la Ligue professionnelle de football. Pendant que M. Diabaté répond à nos questions dans son bureau, un salarié de la fédération filme l’entretien. Un autre assiste aux échanges. « Cette commission n’est ni indépendante ni paritaire, comme le recommande la Fifpro » , objecte M. Domoraud : les joueurs de l’AFI n’y siègent pas. De quoi nourrir un soupçon de déséquilibre en faveur des employeurs. Les présidents de club n’élisent-ils pas les membres du comité exécutif de la fédération ivoirienne ?

En Côte d’Ivoire, la survie des clubs professionnels dépend pourtant des financements fédéraux. Chaque équipe reçoit la même quote-part, fixée à 114 000 euros par an. Cet égalitarisme ne fait pas l’unanimité. Par la voix de son directeur général, le Français Benoît You, l’Asec Mimosas accuse ce système de démotiver les clubs dynamiques et performants. L’Asec préconise une subvention composée d’une partie fixe, identique pour tous, et d’une partie variable, indexée sur le degré d’organisation des clubs. Une majorité de dirigeants et la FIF refusent cette évolution.

Variable d’ajustement budgétaire

Au-delà des querelles intestines, le football ivoirien est surtout miné par son incapacité chronique à générer des recettes. L’affluence moyenne d’un match de Ligue 1 ivoirienne tourne autour de mille spectateurs. Une seule affiche draine les foules : l’Asec Mimosas contre l’Africa Sports. Rivales historiques, ces deux équipes d’Abidjan sont les plus prestigieuses du pays. Cinq mille spectateurs ont assisté à leur dernière confrontation. D’un montant de 750 euros, la maigre recette fut partagée à parts égales entre les deux clubs… Au regard du faible niveau d’exposition, les commanditaires ne voient pas l’intérêt d’apposer leur logo sur les maillots des joueurs.

Depuis 2016, Canal Plus verse annuellement 2,3 millions d’euros à la FIF pour retransmettre les matchs de première division. Celle-ci refuse de rendre public ce montant, qui nous a été confirmé par plusieurs dirigeants de club et qui apparaît dérisoire. En comparaison, la Ligue de football professionnel française devrait toucher 1 153 millions d’euros de droits de retransmission par saison à partir de 2020. « Grâce au contrat avec Canal Plus, la fédération a pu accroître la subvention aux clubs de 40 % » , fait toutefois valoir son vice-président, M. Diabaté. Pas sûr que cela suffise. Exemple avec le Stella Club, une équipe emblématique de la commune déshéritée d’Adjamé, dans le nord d’Abidjan. « Il manque chaque année un peu plus de 90 000 euros pour faire face à nos dépenses » , expose le facétieux Salif Bictogo, par ailleurs directeur général des branches togolaise et béninoise de Snedai, le concessionnaire des passeports et visas biométriques pour le compte de ces États. « On les trouve dans nos poches. J’avance l’argent depuis plus de dix ans ! » , complète le président du Stella, entre deux éclats de rire. La subvention fédérale couvre seulement un quart du budget annuel et, après la relégation du club en Ligue 2, en 2015, le groupe Orange s’est désengagé. Depuis, aucun autre sponsor n’a pris le relais. Ses joueurs aussi font crédit au club… malgré eux. « Je les paie avec au moins un mois et demi de retard. Il faut que moi-même je dispose de ressources. D’autant que la fédération verse la subvention en plusieurs fois, généralement en retard » , justifie celui qui a été joueur du Stella avant de présider aux destinées de son club de cœur, depuis dix-huit ans.

Porosité avec le monde politique

À l’instar de la plupart de ses homologues, M. Bictogo utilise la rémunération de ses joueurs comme une variable d’ajustement budgétaire. Il met en avant son désintéressement et son expérience d’entrepreneur, gage de sérieux et de professionnalisme, selon lui. Moins légitimes et plus intéressés, certains dirigeants tireraient le football ivoirien vers le bas. « S’il y avait un gendarme financier, comme en France [où la direction nationale du contrôle de gestion supervise les comptes des clubs professionnels], plus de la moitié des clubs seraient rétrogradés » , assure-t-il.

Agent de joueurs influent, M. Abdoulaye Diabaté confirme ce diagnostic. « Certains clubs vivent uniquement de la subvention. Ils n’ont aucune idée quant à la manière de se développer, leurs dirigeants ne sont pas des entrepreneurs » , déplore celui qui est aussi manageur général de l’ASI d’Abengourou. L’« entrepreneuriat », remède au sous-développement du football ivoirien ? M. Adou, le président de l’ASI, semble correspondre au profil esquissé par son collaborateur. Cet homme d’affaires dirige la filiale ivoirienne de la Grenobloise d’électronique et d’automatismes (GEA), une entreprise française spécialisée dans l’installation de postes de péage. Il nous reçoit dans sa luxueuse villa d’Abidjan. M. Adou a repris le club en 2014. Il hérite alors d’une équipe dont les joueurs sont payés une misère : autour de 90 euros, le salaire minimum. L’entrepreneur augmente les salaires et bâtit une équipe compétitive. Les résultats sportifs suivent. « Cette année, les salaires sont payés régulièrement. De plus en plus » , nuance M. Diabaté, un brin malicieux.

Mû par de hautes ambitions, M. Adou ne se contente pas d’œuvrer à la progression sportive de son club. En décembre 2016, il est élu député de la circonscription d’Abengourou. « Le club a contribué à hauteur de 30 ou 40 % à mon élection, dit le président de l’ASI en assumant. Des gens qui ne me connaissaient pas m’ont vu à la télévision. » En mars, il a annoncé sa candidature à la présidence du conseil régional de l’Indénié-Djuablin, dont Abengourou est le chef-lieu. « Seuls les hommes politiques sont capables de diriger des clubs en Afrique, assure M. Adou. Si, demain, je deviens président du conseil régional, je mettrai de l’argent pour développer le club. Un homme d’affaires n’investira pas dans un club qui ne lui rapportera rien. » Le président de l’ASI marche peut-être sur les traces de son homologue de l’AS Tanda. Chef d’entreprise, maire et député de la circonscription d’Assuéfry-Transua, dans le nord-est du pays, M. Séverin Kouabénan Yoboua a remporté deux titres de champion de Ligue 1, en 2015 et 2016.

En Côte d’Ivoire, la porosité entre le monde politique et l’univers du ballon rond est une vieille tradition. Dans les années 1980, M. Simplice Zinsou régnait sur le football ivoirien. Gendre du chef de l’État et père de l’indépendance Félix Houphouët- Boigny, le président de l’Africa Sports ignorait les problèmes de trésorerie. « Simplice Zinsou avait ses entrées partout, se remémore avec nostalgie M. Alexis Vagba, l’actuel président de l’Africa. Le club avait les moyens de retenir les joueurs tentés par une carrière à l’étranger . » Il allait même chercher des talents dans d’autres pays africains. Fidèle de l’Africa depuis quarante ans, M. Vagba en a connu les riches heures, suivies d’une relative décadence. « Entrepreneur prospère, Simplice Zinsou n’a pas pérennisé le club. L’Africa n’a jamais eu de patrimoine et n’est même pas propriétaire d’un terrain d’entraînement ! » , se désole-t-il. Car le deuxième plus grand club de Côte d’Ivoire loue la pelouse sur laquelle ses joueurs se perfectionnent… Son centre de formation est « ambulant ». Un autocar ramasse les joueurs le matin, puis les ramène le soir.

La plupart des clubs ivoiriens ne possèdent pas de sièges. Faute de bureaux, les dirigeants reçoivent leurs interlocuteurs de travail chez eux ou dans des bars d’hôtel. « En Afrique subsaharienne, le professionnalisme n’est pas développé, tant sur le plan des infrastructures que de l’organisation » , résume M. Stéphane Burchkalter, le secrétaire général de la division Afrique de la Fifpro. Cependant, de l’avis général, le plus huppé des clubs ivoiriens fait exception. L’Asec Mimosas est unanimement considéré comme la seule entité footballistique authentiquement professionnelle. Comme l’Africa, l’Association sportive des employés de commerce a bénéficié d’appuis haut placés. Frère de l’actuel président, M. Georges Ouegnin a été le bras droit d’Houphouët-Boigny. Directeur du protocole de la présidence de la République, il était considéré comme le numéro deux du régime. « Cela montre qu’il y a toujours des accointances politiques dans le football ivoirien, observe M. Vagba. Sans ces connexions, un club ne peut se développer. »

À la différence de M. Zinsou, M. Roger Ouegnin, qui préside le club depuis 1989, a donné à celui-ci les moyens de se développer. Il a fait de l’Asec une des équipes d’Afrique subsaharienne les mieux structurées. Avec Sol béni, son siège social et son complexe sportif de dix hectares plantés au bord de la lagune Ébrié à Cocody, l’Asec Mimosas dispose d’équipements à la hauteur de sa réputation : deux terrains d’entraînement, un centre de formation, des bureaux administratifs, un bâtiment pour les médias du club, et même un hôtel avec piscine. Responsable de la communication, entraîneur de l’équipe des jeunes de moins de 15 ans… et directeur général, M. You jongle entre les fonctions. Il nous guide à travers ce lieu sans équivalent dans le pays.

Nous entrons dans une salle de classe de l’académie. Une dizaine d’élèves âgés de 13 à 17 ans suivent un cours sur les centres de santé et l’automédication. « Fabrice, vous étiez combien en classe avant d’entrer à l’académie ? » , interroge M. You. Réponse de l’enfant : « Quarante-cinq. » Un autre : « Soixante-dix. » Les classes de la « Mimosifcom » sont moins pléthoriques que celles de l’éducation nationale ivoirienne. Parmi les élèves, deux s’envoleront pour l’Europe le lendemain, direction la France et la Belgique, où ils disputeront des tournois. La meilleure école du pays forme quarante-cinq futurs joueurs professionnels, âgés de 12 à 18 ans. Triés sur le volet, ces jeunes sont généralement issus des quartiers pauvres de la capitale. Le budget annuel de 300 000 euros est intégralement assuré par le groupe agro-industriel Sifca, premier employeur de Côte d’Ivoire, avec trente mille salariés. L’Asec offre à ses joueurs des rémunérations comprises entre 500 et 800 euros par mois. Dérisoires comparés à ce qu’ils pourraient gagner en Europe, en Asie, en Afrique du Nord ou en Afrique du Sud, ces montants représentent pourtant le triple des salaires proposés dans les autres équipes ivoiriennes. Les recettes proviennent des annonceurs, mais aussi, pour moitié, des transferts de joueurs vers des clubs ivoiriens ou étrangers : « Faute de moyens suffisants pour retenir nos talents, nous sommes obligés de les vendre. Le club récupère un peu d’argent, mais cela appauvrit le spectacle » , admet M. You.

Vingt ans en arrière, le spectacle était au rendez-vous. À l’étage de la direction, une galerie de photographies d’anciens joueurs fait revivre la décennie glorieuse du club. Dans les années 1990, les meilleurs footballeurs ivoiriens jouaient à l’Asec et formaient l’ossature de la sélection nationale qui a réussi à se qualifier trois fois pour la Coupe du monde (en 2006, 2010 et 2014) et a remporté la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2015. M. Bakari Koné fut l’un d’entre eux. Cet ancien attaquant de l’Olympique de Marseille (2008-2010) a grandi à Williamsville, un quartier populaire du nord d’Abidjan. Repéré par les recruteurs de l’Asec, il a intégré la première promotion de l’académie à l’âge de 13 ans, en 1994. « À 17 ans, je rêvais de faire carrière pour pouvoir aider ma famille. C’est ce que tous les académiciens ont fait » , témoigne « Baky » d’une voix posée. Après quatre saisons à l’Asec, il a joué un an au Qatar, prélude à une belle carrière dans le championnat français.

Revenu dans son club formateur en 2016, le footballeur travaille désormais comme responsable administratif et se souvient de l’époque dorée de ses débuts. Les supporteurs de l’Asec et de l’Africa dormaient devant le stade Houphouët-Boigny, à Abidjan, pour être sûrs d’avoir des places ! Ce temps est révolu. La banalisation du football à la télévision a modifié le rapport des fans à leurs équipes préférées. « Le supporteur de l’Asec agit en consommateur d’un spectacle sportif. Il compare les produits. D’un côté, la Ligue des champions européenne à la télévision avec ses vedettes internationales. De l’autre, Asec contre Bassam au stade, un match médiocre joué sur un terrain de mauvaise qualité, par quarante degrés. Son choix est vite fait » , synthétise abruptement M. You.

Des joueurs aspirés par l’eldorado européen

Le championnat de première division a été créé en 1960, trois ans après la première édition de la CAN. Après des décennies de relative progression, le football africain a reçu un coup fatal de la Cour de justice européenne. Le 15 décembre 1995, l’arrêt Bosman a interdit les quotas de footballeurs étrangers autorisés à jouer dans une équipe professionnelle de l’Union. Signé le 23 juin 2000, l’accord de Cotonou a étendu cette disposition aux ressortissants africains. Aspirés par l’eldorado européen, les footballeurs du continent noir ont alors émigré en masse, et dès leurs 18 ans, l’âge minimal requis par la Fédération internationale de football association (FIFA). « L’extension de l’arrêt Bosman a transformé l’Afrique, constate M. Sory Diabaté. Nos jeunes s’identifient aux joueurs qui empochent des millions d’euros. Ils veulent partir, et de plus en plus tôt . » Coûte que coûte, aussi (4). Parmi les meilleurs d’entre eux, beaucoup optent pour la binationalité, afin d’intégrer une équipe nationale européenne. Ainsi, durant l’Euro 2016, quarante joueurs d’origine africaine jouaient dans une équipe européenne (5).

« Les clubs européens achètent au rabais des joueurs africains de 18, 19 ou 20 ans pour réaliser une plus-value à la revente » , souligne M. You. Au passage, ils refusent souvent de régler les indemnités de formation aux clubs d’origine, comme le montre la mésaventure des Aigles verts de Kinshasa (République démocratique du Congo), qui n’ont pu obtenir du club belge d’Anderlecht le coût de formation du joueur Junior Kabananga. « Si on ne peut accuser la domination coloniale de tous les maux, il est difficile d’ignorer son impact sur les termes de l’échange, tranche M. Jérôme Champagne, ancien directeur des relations internationales de la FIFA de 2007 à 2010 (6). Comme les minerais et le pétrole, les footballeurs sont extraits de leurs pays d’origine, exploités et valorisés par les nations riches, en particulier européennes. »

Découragé, le président de l’Africa Sports s’apprête à passer la main. À voix basse, dans l’hôtel où nous le rencontrons, M. Vagba nous confie un secret : « Le club n’a pas les moyens de progresser. Je cours partout pour faire comme l’Asec. On est en train de céder l’Africa à un investisseur belge. » Le repreneur en question négocie justement avec un de ses collaborateurs, deux tables plus loin… Après les joueurs, les clubs ? Décidément, le football ivoirien suscite bien des convoitises.

Solidement implanté en Afrique, à l’instar du groupe Bolloré, sa maison mère, Canal Plus s’inscrit dans une stratégie de soutien aux clubs de football locaux. « Canal a donné à la Ligue 1 française la visibilité et les moyens financiers de se développer. Le championnat ivoirien peut se professionnaliser sur le même modèle » , veut croire le directeur « production sport » de la chaîne en Côte d’Ivoire. Rompu aux techniques de commercialisation, le volubile Eddy Rabin veut « événementialiser » les matchs afin de rendre plus attrayant le « produit Ligue 1 » et d’attirer un public jeune et branché. Pour le même prix, animations, danses et concerts égaieront régulièrement l’avant et l’après-match, avec, comme pour le premier événement de ce type, organisé le 24 mars dernier, des rythmes coupés-décalés, typiquement ivoiriens. Cela mettra-t-il fin à l’exode ? Selon une étude internationale, 173 joueurs ivoiriens ont choisi l’exil en 2018 (7).

David Garcia

Journaliste.
(1) Les noms des footballeurs de Koumassi ont été changés à leur demande.
(2) Afrik-foot, 31 décembre 2017.
(3) L’Équipe, Boulogne-Billancourt, 24 septembre 2017.
(4) Lire Johann Harscoët, « “Tu seras Pelé, Maradona, Zidane” ou… rien », Le Monde diplomatique, juin 2006.
(5) « Euro 2016 : 40 joueurs d’origine africaine », 9 juin 2016, www.football365.fr
(6) Lire sur notre site l’entretien avec Jérôme Champagne : « Dans le football, le rideau de l’argent à remplacé le rideau de fer ».
(7) « Les footballeurs expatriés dans le monde : étude globale 2018 » (PDF), Centre international d’étude du sport (CIES), mai 2018.

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