| | | | | | | | Resistance | | Jeune Communiste |  | | 193 messages postés |
| Posté le 28-06-2013 à 17:10:59
| Lagression de lOTAN contre la Libye (productrice de pétrole), lintervention de la France au Mali (or et uranium), la construction d'une base militaire étasunienne au Niger (uranium) et lencerclement de lAlgérie (pétrole et gaz) sont des chaînons de la stratégie qui vise, devant la crise du capitalisme mondial, à intensifier lexploitation des travailleurs et le pillage des ressources naturelles de lAfrique. Le journaliste Dan Glazebrook, qui écrit dans des journaux comme The Guardian, The Independent et The Morning Star, a publié un article dans lhebdomadaire cairote Al-Ahram Weekly dans lequel il dénonce cette conspiration. Dan Glazebrook commence par rappeler que lOccident draine chaque année des milliers de millions de dollars provenant du service de la dette, des bénéfices provenant des investissements et des prêts liés au régime de la corruption des secteurs des bourgeoisies compradores. Une autre façon de dominer lAfrique consiste à mettre à sac ses richesses naturelles. On peut citer le cas connu du Congo, où des bandes armées contrôlées par ses voisins ougandais, rwandais et burundais pratiquent à lest du pays le vol de minéraux pour revendre ces derniers à des entreprises étrangères
qui sont elles-mêmes complices du forfait. LAfrique finance également les classes dominantes occidentales en fixant le prix de ses matières premières à des tarifs défiant toute concurrence, mais aussi en versant des salaires misérables aux travailleurs qui séchinent dans les mines ou aux champs. En somme, le capitalisme impose au continent africain le rôle de fournisseur de matières premières et de main duvre à bas coûts. Mais, afin que cette situation se perpétue, il fait en sorte que lAfrique continue dêtre pauvre et divisée, les coups dÉtat et des guerres contribuant largement à cette situation. Selon Dan Glazebrook, la création en 2002 de lUnion africaine, animée par Mouammar Kadhafi, a soulevé les préoccupations des stratèges occidentaux. Pour Washington, Londres et Paris, le plan de lUnion de créer une banque centrale africaine et une monnaie unique était tout bonnement inacceptable. Pis, il était inconcevable de voir cette même Union développer une charte de défense et de sécurité communes pouvant déboucher sur une force militaire unifiée. En outre, les États-Unis, face à la récession économique et à la « menace » que constituait déjà à lépoque la Chine, avaient échafaudé les plans pour recoloniser lAfrique. La création en 2008 de lAfricom, le commandement militaire que le président Bush voulait installer sur le territoire africain, sinscrit naturellement dans cette démarche. Mais lUnion africaine sest fermement opposée à ce projet et lAfricom a dû finalement établir son état-major en Allemagne. La plus grande humiliation pour les États-Unis était de voir Kadhafi élu président de lUnion africaine en 2009 et la Libye devenir le principal soutien de lorganisation panafricaine. LEmpire ne tolérait bien évidemment pas les propos de lUnion qui vont dans le sens dun processus dintégration africaine. Après avoir justifié lagression contre la Libye avec « un paquet de mensonges encore plus grands que ceux qui ont servi de prétexte à linvasion de lIrak », comme lécrit Glazebrook, lOTAN a détruit le pays, la placé dans les conditions dautres États africains en faillite, se libérant au passage de son adversaire bien trop fier à son goût en lassassinant. La guerre contre le colonel Kadhafi a détruit son régime. Mais la paix et la sécurité se trouvent depuis menacées dans toute lAfrique du nord. Le dirigeant libyen avait organisé depuis 1998 la communauté des États sahélo-sahariens, centrée sur la sécurité régionale, en bloquant linfluence des milices salafistes et en essayant de pacifier les chefs de tribus touaregs. Avec la chute de Kadhafi, les islamistes radicaux de la région ont fait main basse sur les arsenaux darmes - avec laimable autorisation de lOTAN - et les frontières méridionales de la Libye se sont disloquées. La première victime de la déstabilisation régionale a été le Mali. Lavancée islamiste, concomitante de lagression de la Libye, a servi de prétexte à lintervention militaire française. LAlgérie se trouve désormais dans le collimateur de limpérialisme. Elle est aujourdhui entourée par les islamistes radicaux à lest (frontière libyenne) et au sud (frontière malienne), où se sont également installées les troupes françaises. Limpérialisme a des raisons de ne pas pactiser avec lAlgérie, le seul pays dAfrique du nord encore gouverné par le parti qui a lutté pour lindépendance (FLN). Alger soutient lUnion africaine, a assumé des positions internationales dignes et, comme lIran et le Venezuela, vend son pétrole et son gaz à des tarifs « normaux ». Ce « nationalisme des ressources » pousse les géants pétroliers occidentaux à ne plus cacher le fait quils « en ont marre de lAlgérie », comme lécrit le Financial Times. Ce même journal avait, un an avant lagression de lOTAN, accusé la Libye du « crime » de protéger ses ressources naturelles. Capitaine Martin http://www.resistance-politique.fr/article-le-saccage-imperialiste-des-richesses-de-l-afrique-118770854.html
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
| Posté le 27-06-2018 à 21:00:17
| Un article du Diplo : En Côte dIvoire, la précarité ou lexil Misère du football africain Parmi les trente-deux équipes participant à la Coupe du monde de football en Russie, seuls le Nigeria et le Sénégal représentent lAfrique subsaharienne. Le continent ne manque pas de joueurs dexception, mais les pays riches du Nord les accaparent. Champions dAfrique en 2015 et qualifiés lors des trois dernières éditions du Mondial, les Ivoiriens se contentent cette année de suivre les épreuves à la télévision. Au quotidien, leurs clubs professionnels vivent dexpédients. par David Garcia
Thierry Fontaine. « Le Fabricant de rêve », 2008 © ADAGP, Paris, 2018 - Galerie Les Filles du Calvaire, Paris À Koumassi, dans le sud-est dAbidjan, la cour du lycée municipal se transforme en terrain dentraînement pendant les vacances scolaires. En cette matinée davril, les apprentis footballeurs de lacadémie Métro Star tapent dans le ballon sous une chaleur suffocante. Cofondateur de cette école comme il en existe des centaines dans la capitale économique de la Côte dIvoire, Aristide B. (1) encadre des équipes de jeunes. Cet ancien footballeur professionnel désigne son meilleur joueur. Maillot et short rouges, un enfant de 9 ans savance. « Je veux jouer en Europe » , lance-t-il, sûr de lui. Est-il conscient des risques dune telle aventure ? Létoile montante de Métro Star opine du chef. Ancien capitaine de la sélection ivoirienne, Yaya Touré gagne près de 1 million deuros par mois à Manchester City (2) ; Neymar, la vedette brésilienne du Paris Saint-Germain, plus de 3 millions (3)
Ces joueurs appartiennent à lélite payée plus de 720 000 dollars (620 000 euros) par an, tous continents confondus : 2 % des salariés du football, selon une étude du syndicat mondial des joueurs (Fifpro) menée en 2016 auprès de cinquante-quatre syndicats nationaux. La plupart évoluent en Europe, dans les pays du Golfe ou en Chine. À lopposé, 21 % des joueurs touchent moins de 300 dollars (260 euros) par mois. Parmi ces travailleurs pauvres, beaucoup émargent à des clubs africains, qui distribuent les salaires les plus faibles. Et si, à léchelle mondiale, 41 % des joueurs interrogés font état de rémunérations différées au cours des deux dernières saisons, cette proportion atteint 55 % en Afrique. Le continent est de loin le plus précaire pour les joueurs : 15 % ny ont pas de contrat, contre 3 % en Europe. Primes dengagement impayées, retards de salaire, blessures et soins hospitaliers non pris en charge : tel est le quotidien des joueurs dAfrique. Aux antipodes des rares privilégiés qui monnaient leur talent à prix dor dans les championnats européens, ils vivent bien souvent sans contrat et dans des conditions de travail déplorables. Les témoignages dAristide B. et de trois de ses amis joueurs (lire « Prolétaires du ballon rond » ), originaires comme lui de Koumassi, illustrent le décalage entre les rêves de fortune de millions de jeunes Africains et la dureté de la division du travail sur la planète du football. Malgré une succession dexpériences douloureuses dans plusieurs clubs, Justin S., 27 ans, caresse toujours lespoir de chausser à nouveau les crampons. À 17 ans, en 2007, il signait son premier contrat professionnel. Sa rétribution mensuelle de 76 euros était inférieure au salaire minimum ivoirien (91,50 euros). La prime dengagement de 229 euros prévue dans le contrat na jamais été honorée. « La présidente nous prenait par les sentiments : je suis votre maman, votre maman na pas largent. On tombait dans le panneau » , relate-t-il. Après un test raté dans un club tunisien, en janvier 2008, il tente sa chance en Ligue 2 ivoirienne. Le début de lenfer : « Jétais payé un peu plus de 15 euros par mois, quand les manuvres gagnaient 5 euros par jour. » Pour inciter les footballeurs à jouer à fond la montée en première division, la direction du club a fait miroiter des primes de victoire de 30 euros. Léquipe est restée deux mois sans gagner, et le salaire a été versé en retard. Les conditions de logement rappelaient, quant à elles, les pires ateliers clandestins. Les joueurs dormaient dans un dortoir à même le sol avec leur sac à dos en guise doreiller, raconte Justin S. « Trois mois sans solde en Ligue 1, cest fréquent » Dix ans plus tard, des conditions de ce type perdurent en Côte dIvoire. Les présidents de club en conviennent, à leur manière. Paternaliste, M. Bernard Adou, le président de lAssociation sportive de lIndénié (ASI), un club de Ligue 1 dAbengourou, dans lest du pays, exhorte les footballeurs lésés à fermer les yeux : « Même en cas de mauvaises conditions et de non-paiement des salaires, les joueurs doivent jouer. Un salaire impayé, ça se rattrape, pas un match » , poursuit M. Adou. Dans les faits, salaires et primes impayés ne se « rattrapent » pas toujours. Excédés, Justin S. et ses coéquipiers avaient ainsi fini par boycotter les entraînements, en 2008-2009. Dans un courrier adressé aux dirigeants, les footballeurs avaient réclamé des matelas et des ventilateurs. Ils ont obtenu satisfaction, mais des calamités ont continué de sabattre sur léquipe. Le joueur a contracté le paludisme, un défenseur de 21 ans est mort à lhôpital des suites dun choc à lentraînement. Cen était trop pour Justin S. et quatre de ses coéquipiers, qui ont décidé de quitter le club en cours de saison. Plutôt le chômage que la surexploitation. À 21 ans, son confrère Samuel K. a déjà expérimenté, lui, les affres de la vie de footballeur professionnel. Titulaire en Ligue 1, il se blesse en décembre 2016. « Le gazon synthétique du stade Champroux à Abidjan, où se disputent la plupart des matchs de championnat, est usé et dangereux, témoigne-t-il. Beaucoup de joueurs sy blessent. » Le président du club accepte de payer lopération
dès quil aura encaissé le montant du transfert dun autre joueur. Six mois plus tard, le paiement na toujours pas été effectué. La Fédération ivoirienne de football (FIF) prend en charge son suivi médical. Cédé à un autre club de première division, il se blesse de nouveau en février 2018. Le président lui demande de jouer malgré tout le match suivant, trois jours plus tard. Refus du joueur. Le paiement de son salaire est suspendu. « Cela fait plus dun mois que je ne suis plus rémunéré, les présidents de club ivoiriens sont tous pareils » , enrage-t-il. Il nest pas le seul à endurer un tel traitement. « Trois mois sans solde en Ligue 1, cest fréquent , dénonce Aristide B. Parfois, le paiement du salaire de base est conditionné à lobtention dun succès ou même de plusieurs victoires consécutives . » Selon lAssociation des footballeurs ivoiriens (AFI), les plus gros salaires varient de 450 à 600 euros. La rémunération moyenne du footballeur local se situerait dans une fourchette comprise entre 230 et 300 euros, soit trois fois le salaire minimum, dans un pays qui a renoué avec la croissance (8 % par an depuis 2015). « Comment voulez-vous quà la fin dune carrière, courte par définition, un footballeur puisse profiter de son épargne et acheter une maison ? » , observe M. Cyril Domoraud, le président de lAFI. Lancien défenseur de lInter Milan nous reçoit au siège de lorganisation, sise à Cocody, une commune aisée du nord dAbidjan. Ancien capitaine de la sélection ivoirienne, M. Domoraud a joué en France, à lOlympique de Marseille et à Monaco, puis à lEspanyol de Barcelone. Les autres membres fondateurs de lassociation ont également fait de grandes carrières en Europe. Icône du football ivoirien, adulé au pays, Didier Drogba a remporté la Ligue des champions européenne avec le club anglais Chelsea. Autre vedette nationale, Kolo Touré a lui aussi joué en Angleterre, à Arsenal, à Manchester City et à Liverpool. Rares sont ceux qui osent entamer une procédure pour faire valoir leurs droits. Par crainte de représailles. Vice-président de la FIF, M. Sory Diabaté décline toute responsabilité. « Certains jeunes se plaignent de ne pas être payés, mais ils nont même pas la copie de leur contrat. (
) Impossible de statuer en labsence de contrat » , se dédouane le dirigeant, qui est aussi le président de la Ligue professionnelle de football. Pendant que M. Diabaté répond à nos questions dans son bureau, un salarié de la fédération filme lentretien. Un autre assiste aux échanges. « Cette commission nest ni indépendante ni paritaire, comme le recommande la Fifpro » , objecte M. Domoraud : les joueurs de lAFI ny siègent pas. De quoi nourrir un soupçon de déséquilibre en faveur des employeurs. Les présidents de club nélisent-ils pas les membres du comité exécutif de la fédération ivoirienne ? En Côte dIvoire, la survie des clubs professionnels dépend pourtant des financements fédéraux. Chaque équipe reçoit la même quote-part, fixée à 114 000 euros par an. Cet égalitarisme ne fait pas lunanimité. Par la voix de son directeur général, le Français Benoît You, lAsec Mimosas accuse ce système de démotiver les clubs dynamiques et performants. LAsec préconise une subvention composée dune partie fixe, identique pour tous, et dune partie variable, indexée sur le degré dorganisation des clubs. Une majorité de dirigeants et la FIF refusent cette évolution. Variable dajustement budgétaire Au-delà des querelles intestines, le football ivoirien est surtout miné par son incapacité chronique à générer des recettes. Laffluence moyenne dun match de Ligue 1 ivoirienne tourne autour de mille spectateurs. Une seule affiche draine les foules : lAsec Mimosas contre lAfrica Sports. Rivales historiques, ces deux équipes dAbidjan sont les plus prestigieuses du pays. Cinq mille spectateurs ont assisté à leur dernière confrontation. Dun montant de 750 euros, la maigre recette fut partagée à parts égales entre les deux clubs
Au regard du faible niveau dexposition, les commanditaires ne voient pas lintérêt dapposer leur logo sur les maillots des joueurs. Depuis 2016, Canal Plus verse annuellement 2,3 millions deuros à la FIF pour retransmettre les matchs de première division. Celle-ci refuse de rendre public ce montant, qui nous a été confirmé par plusieurs dirigeants de club et qui apparaît dérisoire. En comparaison, la Ligue de football professionnel française devrait toucher 1 153 millions deuros de droits de retransmission par saison à partir de 2020. « Grâce au contrat avec Canal Plus, la fédération a pu accroître la subvention aux clubs de 40 % » , fait toutefois valoir son vice-président, M. Diabaté. Pas sûr que cela suffise. Exemple avec le Stella Club, une équipe emblématique de la commune déshéritée dAdjamé, dans le nord dAbidjan. « Il manque chaque année un peu plus de 90 000 euros pour faire face à nos dépenses » , expose le facétieux Salif Bictogo, par ailleurs directeur général des branches togolaise et béninoise de Snedai, le concessionnaire des passeports et visas biométriques pour le compte de ces États. « On les trouve dans nos poches. Javance largent depuis plus de dix ans ! » , complète le président du Stella, entre deux éclats de rire. La subvention fédérale couvre seulement un quart du budget annuel et, après la relégation du club en Ligue 2, en 2015, le groupe Orange sest désengagé. Depuis, aucun autre sponsor na pris le relais. Ses joueurs aussi font crédit au club
malgré eux. « Je les paie avec au moins un mois et demi de retard. Il faut que moi-même je dispose de ressources. Dautant que la fédération verse la subvention en plusieurs fois, généralement en retard » , justifie celui qui a été joueur du Stella avant de présider aux destinées de son club de cur, depuis dix-huit ans. Porosité avec le monde politique À linstar de la plupart de ses homologues, M. Bictogo utilise la rémunération de ses joueurs comme une variable dajustement budgétaire. Il met en avant son désintéressement et son expérience dentrepreneur, gage de sérieux et de professionnalisme, selon lui. Moins légitimes et plus intéressés, certains dirigeants tireraient le football ivoirien vers le bas. « Sil y avait un gendarme financier, comme en France [où la direction nationale du contrôle de gestion supervise les comptes des clubs professionnels], plus de la moitié des clubs seraient rétrogradés » , assure-t-il. Agent de joueurs influent, M. Abdoulaye Diabaté confirme ce diagnostic. « Certains clubs vivent uniquement de la subvention. Ils nont aucune idée quant à la manière de se développer, leurs dirigeants ne sont pas des entrepreneurs » , déplore celui qui est aussi manageur général de lASI dAbengourou. L« entrepreneuriat », remède au sous-développement du football ivoirien ? M. Adou, le président de lASI, semble correspondre au profil esquissé par son collaborateur. Cet homme daffaires dirige la filiale ivoirienne de la Grenobloise délectronique et dautomatismes (GEA), une entreprise française spécialisée dans linstallation de postes de péage. Il nous reçoit dans sa luxueuse villa dAbidjan. M. Adou a repris le club en 2014. Il hérite alors dune équipe dont les joueurs sont payés une misère : autour de 90 euros, le salaire minimum. Lentrepreneur augmente les salaires et bâtit une équipe compétitive. Les résultats sportifs suivent. « Cette année, les salaires sont payés régulièrement. De plus en plus » , nuance M. Diabaté, un brin malicieux. Mû par de hautes ambitions, M. Adou ne se contente pas duvrer à la progression sportive de son club. En décembre 2016, il est élu député de la circonscription dAbengourou. « Le club a contribué à hauteur de 30 ou 40 % à mon élection, dit le président de lASI en assumant. Des gens qui ne me connaissaient pas mont vu à la télévision. » En mars, il a annoncé sa candidature à la présidence du conseil régional de lIndénié-Djuablin, dont Abengourou est le chef-lieu. « Seuls les hommes politiques sont capables de diriger des clubs en Afrique, assure M. Adou. Si, demain, je deviens président du conseil régional, je mettrai de largent pour développer le club. Un homme daffaires ninvestira pas dans un club qui ne lui rapportera rien. » Le président de lASI marche peut-être sur les traces de son homologue de lAS Tanda. Chef dentreprise, maire et député de la circonscription dAssuéfry-Transua, dans le nord-est du pays, M. Séverin Kouabénan Yoboua a remporté deux titres de champion de Ligue 1, en 2015 et 2016. En Côte dIvoire, la porosité entre le monde politique et lunivers du ballon rond est une vieille tradition. Dans les années 1980, M. Simplice Zinsou régnait sur le football ivoirien. Gendre du chef de lÉtat et père de lindépendance Félix Houphouët- Boigny, le président de lAfrica Sports ignorait les problèmes de trésorerie. « Simplice Zinsou avait ses entrées partout, se remémore avec nostalgie M. Alexis Vagba, lactuel président de lAfrica. Le club avait les moyens de retenir les joueurs tentés par une carrière à létranger . » Il allait même chercher des talents dans dautres pays africains. Fidèle de lAfrica depuis quarante ans, M. Vagba en a connu les riches heures, suivies dune relative décadence. « Entrepreneur prospère, Simplice Zinsou na pas pérennisé le club. LAfrica na jamais eu de patrimoine et nest même pas propriétaire dun terrain dentraînement ! » , se désole-t-il. Car le deuxième plus grand club de Côte dIvoire loue la pelouse sur laquelle ses joueurs se perfectionnent
Son centre de formation est « ambulant ». Un autocar ramasse les joueurs le matin, puis les ramène le soir. La plupart des clubs ivoiriens ne possèdent pas de sièges. Faute de bureaux, les dirigeants reçoivent leurs interlocuteurs de travail chez eux ou dans des bars dhôtel. « En Afrique subsaharienne, le professionnalisme nest pas développé, tant sur le plan des infrastructures que de lorganisation » , résume M. Stéphane Burchkalter, le secrétaire général de la division Afrique de la Fifpro. Cependant, de lavis général, le plus huppé des clubs ivoiriens fait exception. LAsec Mimosas est unanimement considéré comme la seule entité footballistique authentiquement professionnelle. Comme lAfrica, lAssociation sportive des employés de commerce a bénéficié dappuis haut placés. Frère de lactuel président, M. Georges Ouegnin a été le bras droit dHouphouët-Boigny. Directeur du protocole de la présidence de la République, il était considéré comme le numéro deux du régime. « Cela montre quil y a toujours des accointances politiques dans le football ivoirien, observe M. Vagba. Sans ces connexions, un club ne peut se développer. » À la différence de M. Zinsou, M. Roger Ouegnin, qui préside le club depuis 1989, a donné à celui-ci les moyens de se développer. Il a fait de lAsec une des équipes dAfrique subsaharienne les mieux structurées. Avec Sol béni, son siège social et son complexe sportif de dix hectares plantés au bord de la lagune Ébrié à Cocody, lAsec Mimosas dispose déquipements à la hauteur de sa réputation : deux terrains dentraînement, un centre de formation, des bureaux administratifs, un bâtiment pour les médias du club, et même un hôtel avec piscine. Responsable de la communication, entraîneur de léquipe des jeunes de moins de 15 ans
et directeur général, M. You jongle entre les fonctions. Il nous guide à travers ce lieu sans équivalent dans le pays. Nous entrons dans une salle de classe de lacadémie. Une dizaine délèves âgés de 13 à 17 ans suivent un cours sur les centres de santé et lautomédication. « Fabrice, vous étiez combien en classe avant dentrer à lacadémie ? » , interroge M. You. Réponse de lenfant : « Quarante-cinq. » Un autre : « Soixante-dix. » Les classes de la « Mimosifcom » sont moins pléthoriques que celles de léducation nationale ivoirienne. Parmi les élèves, deux senvoleront pour lEurope le lendemain, direction la France et la Belgique, où ils disputeront des tournois. La meilleure école du pays forme quarante-cinq futurs joueurs professionnels, âgés de 12 à 18 ans. Triés sur le volet, ces jeunes sont généralement issus des quartiers pauvres de la capitale. Le budget annuel de 300 000 euros est intégralement assuré par le groupe agro-industriel Sifca, premier employeur de Côte dIvoire, avec trente mille salariés. LAsec offre à ses joueurs des rémunérations comprises entre 500 et 800 euros par mois. Dérisoires comparés à ce quils pourraient gagner en Europe, en Asie, en Afrique du Nord ou en Afrique du Sud, ces montants représentent pourtant le triple des salaires proposés dans les autres équipes ivoiriennes. Les recettes proviennent des annonceurs, mais aussi, pour moitié, des transferts de joueurs vers des clubs ivoiriens ou étrangers : « Faute de moyens suffisants pour retenir nos talents, nous sommes obligés de les vendre. Le club récupère un peu dargent, mais cela appauvrit le spectacle » , admet M. You. Vingt ans en arrière, le spectacle était au rendez-vous. À létage de la direction, une galerie de photographies danciens joueurs fait revivre la décennie glorieuse du club. Dans les années 1990, les meilleurs footballeurs ivoiriens jouaient à lAsec et formaient lossature de la sélection nationale qui a réussi à se qualifier trois fois pour la Coupe du monde (en 2006, 2010 et 2014) et a remporté la Coupe dAfrique des nations (CAN) en 2015. M. Bakari Koné fut lun dentre eux. Cet ancien attaquant de lOlympique de Marseille (2008-2010) a grandi à Williamsville, un quartier populaire du nord dAbidjan. Repéré par les recruteurs de lAsec, il a intégré la première promotion de lacadémie à lâge de 13 ans, en 1994. « À 17 ans, je rêvais de faire carrière pour pouvoir aider ma famille. Cest ce que tous les académiciens ont fait » , témoigne « Baky » dune voix posée. Après quatre saisons à lAsec, il a joué un an au Qatar, prélude à une belle carrière dans le championnat français. Revenu dans son club formateur en 2016, le footballeur travaille désormais comme responsable administratif et se souvient de lépoque dorée de ses débuts. Les supporteurs de lAsec et de lAfrica dormaient devant le stade Houphouët-Boigny, à Abidjan, pour être sûrs davoir des places ! Ce temps est révolu. La banalisation du football à la télévision a modifié le rapport des fans à leurs équipes préférées. « Le supporteur de lAsec agit en consommateur dun spectacle sportif. Il compare les produits. Dun côté, la Ligue des champions européenne à la télévision avec ses vedettes internationales. De lautre, Asec contre Bassam au stade, un match médiocre joué sur un terrain de mauvaise qualité, par quarante degrés. Son choix est vite fait » , synthétise abruptement M. You. Des joueurs aspirés par leldorado européen Le championnat de première division a été créé en 1960, trois ans après la première édition de la CAN. Après des décennies de relative progression, le football africain a reçu un coup fatal de la Cour de justice européenne. Le 15 décembre 1995, larrêt Bosman a interdit les quotas de footballeurs étrangers autorisés à jouer dans une équipe professionnelle de lUnion. Signé le 23 juin 2000, laccord de Cotonou a étendu cette disposition aux ressortissants africains. Aspirés par leldorado européen, les footballeurs du continent noir ont alors émigré en masse, et dès leurs 18 ans, lâge minimal requis par la Fédération internationale de football association (FIFA). « Lextension de larrêt Bosman a transformé lAfrique, constate M. Sory Diabaté. Nos jeunes sidentifient aux joueurs qui empochent des millions deuros. Ils veulent partir, et de plus en plus tôt . » Coûte que coûte, aussi (4). Parmi les meilleurs dentre eux, beaucoup optent pour la binationalité, afin dintégrer une équipe nationale européenne. Ainsi, durant lEuro 2016, quarante joueurs dorigine africaine jouaient dans une équipe européenne (5). « Les clubs européens achètent au rabais des joueurs africains de 18, 19 ou 20 ans pour réaliser une plus-value à la revente » , souligne M. You. Au passage, ils refusent souvent de régler les indemnités de formation aux clubs dorigine, comme le montre la mésaventure des Aigles verts de Kinshasa (République démocratique du Congo), qui nont pu obtenir du club belge dAnderlecht le coût de formation du joueur Junior Kabananga. « Si on ne peut accuser la domination coloniale de tous les maux, il est difficile dignorer son impact sur les termes de léchange, tranche M. Jérôme Champagne, ancien directeur des relations internationales de la FIFA de 2007 à 2010 (6). Comme les minerais et le pétrole, les footballeurs sont extraits de leurs pays dorigine, exploités et valorisés par les nations riches, en particulier européennes. » Découragé, le président de lAfrica Sports sapprête à passer la main. À voix basse, dans lhôtel où nous le rencontrons, M. Vagba nous confie un secret : « Le club na pas les moyens de progresser. Je cours partout pour faire comme lAsec. On est en train de céder lAfrica à un investisseur belge. » Le repreneur en question négocie justement avec un de ses collaborateurs, deux tables plus loin
Après les joueurs, les clubs ? Décidément, le football ivoirien suscite bien des convoitises. Solidement implanté en Afrique, à linstar du groupe Bolloré, sa maison mère, Canal Plus sinscrit dans une stratégie de soutien aux clubs de football locaux. « Canal a donné à la Ligue 1 française la visibilité et les moyens financiers de se développer. Le championnat ivoirien peut se professionnaliser sur le même modèle » , veut croire le directeur « production sport » de la chaîne en Côte dIvoire. Rompu aux techniques de commercialisation, le volubile Eddy Rabin veut « événementialiser » les matchs afin de rendre plus attrayant le « produit Ligue 1 » et dattirer un public jeune et branché. Pour le même prix, animations, danses et concerts égaieront régulièrement lavant et laprès-match, avec, comme pour le premier événement de ce type, organisé le 24 mars dernier, des rythmes coupés-décalés, typiquement ivoiriens. Cela mettra-t-il fin à lexode ? Selon une étude internationale, 173 joueurs ivoiriens ont choisi lexil en 2018 (7). David Garcia Journaliste. (1) Les noms des footballeurs de Koumassi ont été changés à leur demande. (2) Afrik-foot, 31 décembre 2017. (3) LÉquipe, Boulogne-Billancourt, 24 septembre 2017. (4) Lire Johann Harscoët, « Tu seras Pelé, Maradona, Zidane ou
rien », Le Monde diplomatique, juin 2006. (5) « Euro 2016 : 40 joueurs dorigine africaine », 9 juin 2016, www.football365.fr (6) Lire sur notre site lentretien avec Jérôme Champagne : « Dans le football, le rideau de largent à remplacé le rideau de fer ». (7) « Les footballeurs expatriés dans le monde : étude globale 2018 » (PDF), Centre international détude du sport (CIES), mai 2018.
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
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