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 regain de tension en Ukraine

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Xuan
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   Posté le 17-04-2021 à 23:00:35   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

J'ai relevé sur ce sujet le déroulé des faits, indispensable étant donné que les médias bourgeois taisent systématiquement les actions bellicistes des USA et poussent des cris d'orfraie dès qu'en retour la Russie protège ses frontières.

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Regain de tension à la frontière ukrainienne


Je ne développe pas le détail des menaces US contre la Russie, on trouve chez Communistes un article qui résume

Ukraine : le danger de guerre augmente


La militarisation autour de la mer Noire, de l'Ukraine et de la région de la Baltique est inquiétante, les forces liées à l'OTAN effectuent des grands déploiements de force dans l'est de l'Ukraine et les forces navales de l'OTAN mènent des exercices conjoints dans la région de la mer Noire. Les tensions concernant la péninsule de Crimée augmentent également. Le gazoduc qui va relier la Russie à l’Allemagne est également source de tension, deux sénateurs républicains publiaient un appel exhortant le nouveau président à cesser de « traîner les pieds » et à passer à l’action contre ce gazoduc. Si Trump a quitté son mandat, la présidence Biden ne marque aucun changement dans la politique étrangère des États-Unis.

Si la Convention de Montreux de 1936 garantit le libre passage des détroits, du Bosphore et des Dardanelles aux navires civils et restreint le passage des navires de guerre, les forces navales impérialistes ont donc un accès limité à cette mer. La Turquie avant-poste de l'impérialisme US dans la région prépare le terrain pour que les forces marines impérialistes occidentales contournent le Bosphore et commence la construction cette année du Canal Istanbul, qui sera parallèle au Bosphore et reliera la mer Noire et la mer de Marmara.. Le gouvernement turc exprime ainsi un engagement plus grand envers l'OTAN, les États-Unis et l'UE.
Tout cela rapproche le danger d'un conflit et l'attaque de l'impérialisme contre les peuples avec la complicité de Macron. Face à cette escalade dans l'organisation et la présence agressive de l'OTAN, il est plus qu'urgent de développer les luttes pour le retrait de la France de l'OTAN, pour la dissolution de cette organisation impérialiste comme de toutes les organisations impérialistes,
Plus que jamais la lutte pour la paix, pour le refus des guerres impérialistes est à l’ordre du jour.


Egalement sur le site de Danielle Bleitrach :
La Russie se protège contre une agression de l’OTAN et des USA

Lire aussi l'article de Manlio Dinucci L'Ukraine, bombe USA en Europe

Le 12 avril Lavrov signalait que les USA n'ont rien à faire en mer noire

Très rapidement les médias y compris public ont accusé la Russie de bellicisme alors que ce sont les forces de l'OTAN qui menacent la Russie.
Aujourd'hui on lit dans £e Mon$e un appel conjoint de
la France, L'Allemagne et l'Ukraine au retrait des troupes russes à la frontière de l'Ukraine, signalant que cette dernière "souhaite rejoindre l'OTAN" .

L'opération me paraît plutôt un coup de billard par la bande. Elle a pour but effectivement de porter un coup fatal au projet nord Stream II, de la même façon que l'affaire Navalny, mais elle vise avant tout à resserrer les rangs des alliés des USA, qui avaient rappelé leur "indépendance."
Et cette unité occidentale est indispensable pour s'opposer aussi à la Chine Populaire notamment sur le terrain militaire.


Edité le 17-04-2021 à 23:39:32 par Xuan




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Xuan
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   Posté le 17-04-2021 à 23:17:25   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

On ne sait pas le contenu de la communication entre Biden et Poutine mardi, mais le déploiement naval US est annulé le lendemain. En clair la menace militaire n'a pas réussi à intimider la Russie.

Jeudi les USA sanctionnent lourdement la Russie et expulsent 10 diplomates.
Vendredi la France, l'Allemagne et l'Ukraine demandent à la Russie de retirer ses troupes (voir ci-dessus).
En réponse la Russie a annoncé le 16 avril qu'elle interdisait l'entrée sur son territoire aux ministres américains de la Justice et de la Sécurité intérieure, mais aussi à la conseillère en politique intérieure, au patron du FBI et à la directrice du renseignement. Outre Merrick Garland, Alejandro Mayorkas, Susan Rice, Christopher Wray et Avril Haines, le ministère russe des Affaires étrangères a dit appliquer la même mesure au chef du bureau des prisons Michael Carvajal, à l'ancien conseiller de Donald Trump John Bolton et à l'ex-chef de la CIA Robert James Woolsey.
Dans la foulée aujourd'hui la Voix de son maître, la République Tchèque renvoie 18 diplomates russes au prétexte de l'explosion d'un dépôt de munitions survenue en 2014 dans la ville de Vrbetice attribué au services spéciaux russes : le délai de forclusion était peut-être de sept ans
La réponse russe n'a pas tardé non plus : la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova «Prague sait parfaitement bien ce qui va suivre des tours pareils»
Un scenario qui rappelle la punition d'une brochette de propagandistes anti chinois comme Raphaël Glucksmann.


La valse des diplomates a donc remplacé les provocations militaires, mais au passage il faut relever que le comportement de la Russie ressemble à celui de la Chine : riposter du tact au tac et sanctionner de la même façon certains faucons, rabattre le caquet des larbins occidentaux de l'hégémonisme.

Dans un cas comme dans l'autre c'est l'hégémonie US qui est battue en brèche.
Jusqu'ici aucun pays n'avait osé punir les USA. Mais il vient à la clef que l'exemple peut être communicatif. Si peu de pays peuvent s'opposer à la domination des USA dans les domaines militaire, technologique, économique, financier, monétaire, judiciaire, idéologique, médiatique, diplomatique...un camouflet de ce genre, et un camouflet répété, signifient que n'importe quel petit pays peu relever la tête.
De surcroît l'Iran complète ce trio des mauvais élèves. La différence avec les cinq BRICS des années 2010 est que ces trois pays ont tous été violemment attaqués par les USA et qu'ils ne sont pas disposés à transiger.

Enfin il est assez évident que la tension avivée par Biden dans la région vise à faire capoter le projet Nord Stream II, de même que les tensions sur le Xinjiang visaient à faire échouer l'accord commercial UE/RPC.


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Les États-Unis annulent le déploiement de navires de guerre en mer Noire


16/04/2021 http://www.defenddemocracy.press/us-cancels-deployment-of-warships-to-black-sea/

La Russie a mis en garde contre la provocation mardi

Les États-Unis ont annulé le déploiement prévu de deux destroyers de la marine américaine en mer Noire, ont annoncé mercredi des responsables turcs et des médias.

Les États-Unis envoient fréquemment des navires de guerre dans la mer Noire, mais le déploiement prévu que la Turquie a annoncé la semaine dernière serait venu sur fond de tensions accrues dans la région entre la Russie et l'Ukraine. Mardi, la Russie a mis en garde contre le déploiement.

Selon l'AFP , des sources diplomatiques turques ont déclaré qu'un navire de guerre américain devait traverser le détroit du Bosphore, qui relie la mer Noire et la mer de Marmara, mercredi, mais le passage n'a pas eu lieu.

L’ agence turque Anadolu a déclaré que les deux déploiements, qui étaient prévus mercredi et jeudi, avaient été annulés et n’avaient pas encore été reportés.

La mer Noire est une zone sensible pour les relations Russie-Ukraine, et les États-Unis et l'OTAN cherchent tous deux à accroître leur présence dans les eaux pour montrer leur soutien à Kiev. En janvier, les États-Unis ont envoyé trois navires de guerre dans la mer Noire.

L'annulation est intervenue après que le président Biden s'est entretenu au téléphone avec le président russe Vladimir Poutine mardi. Dans l'appel, Biden a proposé une rencontre en personne avec Poutine, une offre surprenante de diplomatie de Washington. Au cours des derniers mois, l'administration Biden a été incroyablement belliciste envers Moscou par des actions telles que des sanctions et une rhétorique de plus en plus hostile.

Publié sur https://news.antiwar.com/2021/04/14/us-cancels-deployment-of-warships-to-black-sea/


Edité le 18-04-2021 à 00:16:33 par Xuan




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   Posté le 18-04-2021 à 11:45:38   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

RETENEZ-MOI OU JE FAIS UN MALHEUR !


Dans une interview à la chaîne américaine CBS samedi, la réaction de Macron mérite qu'on s'y penche :

« Nous devons définir de claires lignes rouges avec la Russie »
Tout en affirmant que les sanctions seules « ne sont pas suffisantes » et qu’un « dialogue constructif » est préférable, Emmanuel Macron a assuré qu’elles constituent « la seule façon d’être crédible » .
« Je pense qu’après un comportement inacceptable, en effet, nous devons sanctionner » , a répondu le président Macron, questionné sur la possibilité de mesures contre Moscou ... en cas d’invasion de l’Ukraine .
« Nous avons besoin d’un dialogue franc et ouvert avec la Russie » , a-t-il ajouté.


En français ordinaire et en ôtant toutes les circonvolutions de sa pensée, il reste que la bourgeoisie française n'a aucune envie de ferrailler pour le roi de Prusse, d'Ukraine pour le coup, et s'en tiendra à des rodomontades...mais seulement en cas d'invasion !
D'autant plus qu'à un an des élections il n'est pas du tout certain que la population de notre pays la soutienne dans une telle aventure purement gratuite.

ECHEC ET MAT


Jusqu'où Joe Biden, Emmanuel Macron et Angela Merkel peuvent-ils soutenir l'Ukraine face à la Russie ? se demande Antoine Malo dans le JDD.

En arrivant vendredi à Paris, Volodymyr Zelensky s'est montré conquérant. Dans une interview accordée le matin au Figaro, le président ukrainien, face au péril d'une intervention militaire de la Russie, qui a massé des dizaines de milliers d'hommes en Crimée et le long de la frontière, se montrait décidé à convaincre Emmanuel Macron d'appuyer ses demandes d'adhésion à l'Union européenne et surtout à l'Otan.
Mais, en quittant l'Élysée après un déjeuner de travail avec son homologue français suivi d'une visioconférence avec Angela Merkel, l'ancien humoriste n'a pas obtenu gain de cause.

On appréciera le petit coup de griffe sur l'ancien humoriste , rappelant au lecteur de notre presse impérialiste que l'Ukraine n'est qu'un pays subalterne gouverné par un clown.

Même son de cloche dans leFigaro Ukraine: Macron élude l’appel à l’aide de Zelensky
La rencontre entre les deux présidents a été, selon une source proche du dossier, «amicale et chaleureuse» . Mais sur le soutien qu’attendait Zelensky à la candidature de l’Ukraine à l’Otan, Macron n’a rien promis. Il a décalé le sujet en le reportant au prochain sommet de l’Alliance.


NORD STREAM II : GRAND SILENCE

Si on s'en souvient bien, outre l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN, la revendication majeure de son humoriste était l'abandon du Nord Stream II. Objectif majeur pour les USA.
Mais sur ce sujet c'est le silence radio : échec total pour l'équipe Biden, et particulièrement pour son néocons Antony Blinken, fils d'ambassadeur des États-Unis en Hongrie, et va-t-en-guerre assumé.

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   Posté le 28-04-2021 à 15:41:47   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Poutine énonce le nouvel équilibre du pouvoir en Europe centrale

PAR ADMIN · PUBLIÉ 27 AVRIL 2021 · MIS À JOUR 28 AVRIL 2021
http://www.entelekheia.fr/2021/04/27/poutine-enonce-le-nouvel-equilibre-du-pouvoir-en-europe-centrale/

Par M.K. Bhadrakumar
Paru sur Indian Punchline sous le titre Putin recites the distribution of power in central Europe

Le colosse de l’histoire européenne moderne avec qui le président russe Vladimir Poutine pourrait être comparé serait Otto von Bismarck, le premier chancelier de l’Empire allemand qui avait unifié son pays à partir de morceaux épars. Poutine connaît très bien l’histoire, la culture et la société allemandes.

Ce type d’analogie aura toujours des limites, mais les similitudes sont frappantes dans la mesure où Bismarck et Poutine partagent un conservatisme inné, la certitude infrangible d’avoir Dieu de leur côté sur tous les sujets, ainsi qu’un zèle à défendre un ordre social et politique stable afin d’éviter un chaos hobbesien de tous contre tous – et pourtant, ils ne peuvent en aucun cas être considérés comme des réactionnaires déconnectés des forces dynamiques de leurs époques mouvementées.

Il est donc important de comprendre la déclaration apparemment de routine faite jeudi dernier par le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, qui annonçait la décision de mettre fin aux exercices-surprise d’aptitude au combat des troupes russes dans les districts militaires du Sud et de l’Ouest. L’Occident avait beaucoup spéculé sur l’éventualité d’une invasion russe en Ukraine.

De sorte que les remarques de Choïgou ont été une espèce de revers, jetant de la confusion et occasionnant des sautes d’humeur en Occident. Toutefois, à mesure que la poussière retombe, l’Occident réalise à contrecœur que Poutine a brillamment déjoué les plans des États-Unis et de l’OTAN. Le paradoxe étant que les craintes d’une invasion russe imminente, alimentées par l’important renforcement des forces près de la frontière orientale de l’Ukraine et l’envoi de forces supplémentaires en Crimée, ont également éveillé un sentiment de réalisme dans l’esprit des Occidentaux : ils ont compris que ni les États-Unis, ni l’OTAN ne sont en position d’entrer en guerre avec la Russie pour défendre l’Ukraine.

De même, l’Ukraine s’est assagie, et a réalisé qu’il était imprudent de taquiner l’ours russe en pariant que les puissances occidentales viendraient à son secours en cas d’urgence. Après avoir appris l’annonce de Choïgou, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rapidement écrit sur son compte Twitter qu’il accueillerait favorablement « toute mesure visant à réduire la présence militaire et à désescalader la situation au Donbass » .

Bien sûr, l’accumulation des forces de la Russie avait de quoi rendre nerveux. Les estimations des troupes varient d’environ 40 000 nouveaux soldats stationnés en majorité dans la ville de Voronej, à quelque 130 km de la frontière ukrainienne, à l’estimation plus élevée de l’Union européenne de 100 000 soldats. Les analystes s’accordent à dire que cette accumulation de forces russes est la plus importante depuis 2014.

Malgré les diverses explications de Moscou sur le déploiement – qu’elle réagissait à un renforcement des troupes ukrainiennes dans l’est de l’Ukraine ; qu’elle réagissait à un comportement menaçant des forces de l’OTAN ; ou que les troupes étaient simplement en exercice-surprise – en dernière analyse, il s’est avéré « un peu de théâtre géopolitique conçu pour faire pression sur Kiev et en même temps, envoyer un signal fort à Washington selon lequel la Russie pouvait causer beaucoup de problèmes, et allait le faire si nécessaire » , comme l’a noté un bon analyste occidental.

Choïgou a ordonné que le retrait des troupes soit achevé avant les traditionnelles festivités du 1er mai. Pour le citer, « D’ici le 1er mai 2021, le personnel de la 58e armée du district militaire du Sud, de la 41e armée du district militaire central, des 7e, 76e divisions d’assaut aéroportées et de la 98e division des troupes aéroportées (seront retournés) à leurs points de déploiement permanents. »

Mais Choïgou a également décidé que les blindés lourds de la 41e armée resteront près de la frontière avec l’Ukraine, « au cas où quelque chose se produirait » , jusqu’aux exercices militaires annuels à grande échelle Zapad 2021, prévus en septembre. Par ailleurs, la 56e brigade VDV (Vozdushno-desantnye voyska Rossii ou Forces aéroportées russes) restera en Crimée pour se reformer en un régiment qui y sera désormais basé en permanence !

Le Zapad (Zapad signifie « Ouest » en russe) est un exercice militaire annuel qui simule la défense de la patrie par les forces russes contre une attaque venant de l’ouest, la voie traditionnelle d’invasion, et implique la mobilisation des trois principaux groupements tactiques sur l’ensemble du front occidental. En clair, il s’agit d’une formidable démonstration de puissance militaire russe le long de sa frontière avec l’OTAN, à dûment noter par Bruxelles.

Le retrait signifie que Poutine est prêt à organiser une réunion au sommet avec le président américain Joe Biden, comme ce dernier l’a proposé lors d’un récent appel téléphonique. Entre-temps, le Pentagone a abandonné sa posture belliqueuse en annulant le déploiement de deux navires équipés de missiles de croisière en mer Noire, et le Royaume-Uni est, lui aussi, apparemment revenu sur son projet d’envoyer un autre navire de guerre en mer Noire. Sur un autre front, la querelle diplomatique lancée par les services de renseignement américains et britanniques avec Moscou, avec la République tchèque comme force par procuration, a fait long feu, Prague s’en étant ostensiblement détournée.

Pour couronner le tout, hier, le Kremlin a jeté le gant à Washington, affirmant disposer de « toutes les preuves nécessaires » concernant une tentative de coup d’État contre le président biélorusse Alexandre Loukachenko dans le but de renverser son gouvernement et de l’éliminer physiquement.

Pour l’administration Biden, il ne fait aucun doute que Poutine a tracé de nouvelles « lignes rouges » qui doivent être prises au sérieux. Dans son discours prononcé à Moscou le 22 avril, Poutine a déclaré : « Nous ne voulons vraiment pas brûler les ponts. Mais si quelqu’un prend nos bonnes intentions pour de l’indifférence ou de la faiblesse et a l’intention de brûler ou même de faire sauter ces ponts, il doit savoir que la réponse de la Russie sera asymétrique, rapide et dure… J’espère que personne ne pensera à franchir la « ligne rouge » à l’égard de la Russie. Nous déterminerons nous-mêmes, dans chaque cas spécifique, où elle sera tracée. »

Ce qui vient à l’esprit, c’est la pratique de Bismarck d’utiliser des moyens radicaux au service de ses propres fins conservatrices. Les observateurs étaient surpris lorsqu’après la célèbre bataille de Koniggratz (1866), Bismarck avait fait fi de l’avis du roi et de l’opinion de ses généraux, et avait interdit à l’armée prussienne de prendre Vienne d’assaut. Bismarck était catégorique : il ne cherchait pas à conquérir le territoire ou à humilier l’Autriche. Il ne voulait pas non plus risquer l’intervention d’une tierce partie.

Les objectifs de Bismarck étaient très précis. Et l’Europe a mis du temps à réaliser que Bismarck avait modifié l’équilibre du pouvoir en Europe centrale et que l’Autriche, puissance dominante en Europe centrale pendant des siècles, était dorénavant réduite à un statut secondaire.

De même, les manœuvres russes massives à la frontière de l’Ukraine et en Crimée, ces dernières semaines, ont souligné que Moscou dispose d’une supériorité militaire écrasante pour contrer toute aventure insensée des autorités ukrainiennes visant à modifier le statu quo dans le Donbass ou en Crimée, mais Poutine n’a pas déployé ces forces, car la conquête territoriale n’est pas du tout son objectif; il ne cherche pas non plus la confrontation avec l’Occident.

L’incapacité de l’administration Biden à reconnaître cette réalité géopolitique et les subtilités de la situation émergente le long des frontières de l’Ukraine et en Crimée « reflète l’arrogance et l’orgueil suicidaire qui ont remplacé ce qui passait pour une compréhension de la Russie moderne » à Washington, comme l’a récemment écrit l’ancien officier de renseignement du corps des Marines Scott Ritter.

L’opinion publique française n’avait pas apprécié la victoire prussienne à Konniggratz et son exigence de « revanche » a fait partie de la dynamique qui a conduit à la guerre franco-prussienne de 1870, elle-même principalement causée par la détermination de la France à restaurer sa position dominante en Europe continentale. Bien sûr, les historiens ne parviennent pas à s’accorder sur la question de savoir si Bismarck avait délibérément provoqué les Français pour qu’ils déclarent la guerre à la Prusse, ou s’il avait simplement exploité les circonstances existantes. Mais l’ambiguïté stratégique a toujours fait partie intégrante du répertoire des hommes d’État intelligents.

En tout état de cause, si Poutine a déclaré que la guerre n’était pas l’option qu’il préférait, il a souligné que ses « lignes rouges » ne devaient pas être franchies et que c’était la Russie qui déterminerait, « dans chaque cas spécifique, où elle serait tracée » . L’équilibre du pouvoir en Europe centrale a été modifié.

M.K. Bhadrakumar a travaillé au sein du corps diplomatique indien pendant 29 ans. Il a été ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001). Il tient le blog Indian Punchline et contribue régulièrement aux colonnes d’Asia Times, du Hindu et du Deccan Herald. Il est basé à New Delhi.

Traduction Corinne Autey-Roussel

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