| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 19-05-2014 à 22:31:33
| | Intervenir en Afrique : le Sommet Ue-Afrique et les plans militaires allemands German-Foreign-Policy.com 2014-05-19, Numéro 326 Source Lextension des activités militaires euro-allemandes en Afrique se place à un moment où les Usa se préparent à se mesurer à la Chine et soutiennent donc par principe les tentatives de « maintien de lordre » de lUe et de lAllemagne sur le continent africain, dont ils souhaitent à long terme se désengager un peu. Elle survient aussi au moment où ces dernières perdent de leur influence économique en Afrique et cherchent à maintenir leur position. Berlin et Bruxelles ont profité du sommet UE-Afrique (2 et 3 avril 2014) pour élargir leurs activités politico-militaires sur le continent africain. Outre des décisions relatives à lintervention militaire de lUe en République centrafricaine, des négociations visant à poursuivre lextension des structures de sécurité sous contrôle européen étaient au programme. Ces mesures sont censées aider les forces armées africaines à mettre en pratique les conceptions de « lordre » en vigueur à Berlin et Bruxelles : il nest pas nécessaire denvoyer ses propres troupes pour « assurer sa présence et une position dobservateur dans une région en crise » et y défendre ainsi son influence, estiment les experts. Dans cette optique, lAllemagne soutient lUnion africaine dans lédification de ses structures militaires et participe à des « missions de formation » en Somalie et au Mali; dautres actions pourraient être entreprises dans le golfe de Guinée, pour lutter contre la piraterie, selon un document de travail. Des experts font remarquer que des interventions armées euro-allemandes sont prévues en Afrique malgré lengagement des forces armées africaines. Les activités militaires de lUe visent à garantir linfluence occidentale sur le continent, face à la Chine. INTERVENTION EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE Les activités militaires européennes sur le continent africain constituent lun des points forts du sommet euro-africain. Dès le 2 avril, un mini-sommet en marge de la rencontre devait donner le signal de lintervention européenne en Centrafrique. Récemment la crise de Crimée avait provoqué des retards notables, car elle avait poussé certains pays européens de lEst à refuser denvoyer leurs troupes en Afrique. La France sest déclarée prête à combler les lacunes ainsi causées. LAllemagne mettra à disposition deux avions pour le transport des troupes et du matériel de guerre ainsi quun avion sanitaire ; en outre des militaires allemands (jusquà 10) seront envoyés au quartier général stratégique des troupes européennes à Larissa (Grèce ; «Operation Headquarters», Ohq) et au quartier général opérationnel de Bangui (« Force Headquarters », Fhq). Lunité européenne doit empêcher les parties en présence dans la guerre civile de continuer à se battre et être rapidement remplacée par des unités africaines. Tandis que Paris cherche à rester la « puissance chargée du maintien de lordre » dans ses ex-colonies, Berlin na pas dintérêts stratégiques en Centrafrique. (1) L'INITIATIVE "EUNABLE AND EUNHANCE"* OU : E2I Au-delà ces questions de politique actuelle, le programme du sommet Afrique-Ue prévoyait des négociations en vue de poursuivre lextension des structures de sécurité africaines. Elles correspondaient à un concept qui na pour lessentiel rien de neuf, débattu actuellement au sein de lestablishment berlinois sous le nom de «Ertüchtigungsinitiative» (Initiative de promotion et de renforcement) ou - un peu plus mode - «Enable and Enhance Initiative (E2I) ». Comme le confirme la dernière édition de la revue spécialisée «Internationale Politik (Politique internationale)», la Chancelière Merkel défend ce concept avec grande énergie depuis 2011 : « LUe et lOtan ne pouvant résoudre à elles seules tous les problèmes de politique sécuritaire, il est nécessaire dengager aussi la responsabilité de partenaires régionaux. » - extrait du discours prononcé par la Chancelière à lautomne 2012 lors du séminaire annuel du commandement de la Bundeswehr et publié par Internationale Politik. La revue rappelle explicitement que limplication dÉtats africains dans le « maintien de lordre » sous surveillance européenne nentraîne pas une perte de contrôle : « Le savoir-faire apporté par les partenaires européens (...) doit permettre à ces derniers dêtre présents dans les régions en crise et dy jouer un rôle dobservateur», ce qui permettrait dobtenir « des informations sur les structures internes» et ainsi de garantir « les liens avec des partenaires commerciaux actuels ou potentiels. » (2) MANUVRES DANS LE GOLFE DE GUINEE Une intervention actuellement envisagée dans le Golfe de Guinée doit éventuellement servir de test pour le concept « E2I » qui, à linitiative de lAllemagne, a été inclus dans la déclaration finale du sommet européen de décembre 2013. Dans cette zone, il arrive que des pirates abordent des navires de commerce - et il paraît quil est urgent de mettre un terme à ces pratiques. Et pour cela, avoir éventuellement recours à certains États africains, selon un document interne cité par la revue Internationale Politik. LUe doit les «aider à mettre au point une stratégie régionale de lutte contre la piraterie et les abordages» et soutenir « la mise en place de capacités dans les domaines de la coordination, de la coopération et de linteropérabilité ». « Des manuvres communes aux forces armées africaines et européennes » pourraient elles aussi être utiles, par exemple les manuvres sous commandement Us-américain « Obangame Express 2014 (OE-14)» se déroulant dans la région , auxquelles la marine de guerre allemande participe depuis le mois davril. Ensuite on pourrait mettre au point « sur le long terme un programme anti-piraterie européen dans le golfe de Guinée : dans le cadre de la politique militaire de lUe (Gsvp), en sappuyant sur les forces armées régionales et sans que l'Ue soit contrainte dexposer au danger ses propres soldats. (3) STRUCTURES DE SECURITE DE LUNION AFRICAINE Dans la même optique, Berlin apporte depuis plusieurs années son soutien à la mise en place par lUnion africaine dinfrastructures de sécurité. Pour la seule période 2008-2014, le ministère des Affaires étrangères a fourni 159 millions deuros pour «lAfrican Peace and Security Architecture». Il sagissait de favoriser la mise en place et lextension de centres dentraînement régionaux de larmée et de la police, en particulier le « Kofi Annan International Peacekeeping Training Center» à Accra (Ghana), qui a été inauguré le 24 janvier 2004 en présence de Gerhard Schröder, alors chancelier allemand ; à lépoque lAllemagne avait déjà apporté une aide financière. Berlin soutient la mise en place de la composante policière des « African Standby Forces (Asf, "Forces africaine en attente" » et organise la formation et lentraînement de policiers africains dans le cadre du « Programme africain pour la police » de lAgence allemande de coopération internationale Giz (4). À la mi-février, le Conseil franco-allemand de défense et sécurité a déclaré que le sommet Afrique-Ue des 2 et 3 avril devait renforcer les « capacités » de lUnion africaine en matière de sécurité (5). La semaine précédente, le ministre allemand des Affaires étrangères, en visite à Addis-Abeba, capitale de lÉthiopie et siège de lUnion africaine, a justement déclaré que Berlin « accroîtrait à lavenir son aide à la formation des forces de sécurité.» Steinmeier a visité à Addis-Abeba un bâtiment en construction de lUnion africaine, financé par lAllemagne à hauteur de 27 millions deuros et construit avec laide du Giz. Il doit être achevé fin 2014 et abriter la « Division pour la paix et la sécurité » de lUnion africaine ainsi que son « Conseil pour la paix et la sécurité » et un centre de veille et de réaction. (6) ENTRAINEMENT MILITAIRE EN SOMALIE ET AU MALI Pour impliquer les forces autochtones dans le maintien de « lordre » tel que le conçoivent lAllemagne et lEurope, la Bundeswehr participe depuis un certain temps déjà à des « interventions de formation » : des militaires allemands entraînent des soldats somaliens (dabord en Ouganda, désormais à Mogadiscio) et maliens, le tout dans le cadre dinterventions de lUe (Eutm Somalie et Eutm Mali). Et - ainsi que le fait remarquer la revue Internationale Politik - ces deux « missions de formation » montrent que la tentative de pratiquer des activités militaires de « maintien de lordre » avec laide des forces africaines nira pas sans un engagement sanglant de la part de lUe : les exercices dentraînement sont fondamentalement « destinés parallèlement à une intervention vigoureuse de protection et de stabilisation. »(7) En janvier, Berlin a du reste annoncé que la Bundeswehr interviendrait plus souvent en Afrique. (8) Simplement, la lutte pour le pouvoir en Ukraine a provisoirement fait passer cette affaire au second plan. Lextension des activités militaires euro-allemandes en Afrique se place à un moment où, dune part, les Usa se préparent à se mesurer à la Chine et soutiennent donc par principe les tentatives de « maintien de lordre » de lUe et de lAllemagne sur le continent africain, dont ils souhaitent à long terme se désengager un peu. Dautre part, lAllemagne et lUe perdent de leur influence économique en Afrique, surtout face à la Chine : les investissements chinois en Afrique et les échanges commerciaux de la République populaire avec ce continent saccroissent rapidement. Dès 2013 le commerce sino-africain sélevait en valeur à 150 milliards deuros, alors que le volume du commerce allemand avec lAfrique subsaharienne natteignait que 26,6 milliards. Selon divers observateurs (9), lAfrique pourrait « gagner de la confiance en soi », nétant « plus condamnée à navoir que lUe pour seul partenaire. » Pour lAllemagne et lUe, la perte de leur prépondérance économique va de pair avec un effort pour garantir leur position en Afrique - par des moyens militaires. NDT *En anglais sur tous les documents officiels, y compris du Ministère français de la Défense
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| |
| | | | | | | | | |
|