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 la passionnante histoire du PCC

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Xuan
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   Posté le 04-08-2021 à 22:56:18   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La passionnante histoire du Parti Communiste Chinois. 1ere Partie


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Bruno GUIGUE
En juillet 2021, le Parti communiste chinois fêtera ses 100 ans. C’est l’occasion pour Bruno Guigue de vous raconter son histoire et de mieux vous faire connaitre ce pays. Aujourd’hui, premier volet d’une série de 5 que nous publierons chaque dimanche : la période 1921-1927.

Les premiers pas du Parti communiste chinois et la tragédie de 1927


L’un des paradoxes du communisme chinois, c’est qu’il est né sous les auspices de la révolution bolchevique, mais qu’il n’a triomphé qu’en inventant sa propre stratégie révolutionnaire. Pur produit du marxisme soviétique, il est devenu un mouvement original, ancré dans l’histoire immémoriale de la Chine. Ce destin de la révolution chinoise montre que le marxisme n’est pas une théorie exportable, mais une pratique singulière enracinée, comme dit Lénine, dans « l’analyse concrète d’une situation concrète ». Les fondateurs du Parti communiste chinois ont inauguré un processus doublement inédit : par la nouveauté d’une révolution paysanne qui doit davantage à une tradition endogène qu’aux recettes exogènes du marxisme européen ; et par le basculement spectaculaire d’un quart de l’humanité, au prix d’un combat titanesque, du côté du socialisme réel. Toutefois, ne perdons pas de vue l’essentiel : stratégie révolutionnaire novatrice, le maoïsme est né, au sein du parti communiste, d’une révision idéologique dictée par la profonde crise qui frappe la nation chinoise à la suite de l’effondrement du système impérial. Et s’il prononce une fin de règne, celle de la Chine semi-féodale et semi-coloniale, c’est parce qu’il a su disqualifier cet acteur inconséquent de la renaissance nationale qu’était le Guomindang, parti « nationaliste » incapable de mener la révolution bourgeoise et de répondre aux revendications des masses.

Les débuts du communisme chinois sont modestes. Une poignée de jeunes intellectuels issus de la petite bourgeoisie urbaine, telle est l’équipe fondatrice. Elle a d’abord animé différents groupes, plus ou moins inspirés par le Mouvement du 4 mai 1919, qui se convertissent au marxisme lorsque les traductions de ses textes les plus célèbres connaissent une large diffusion. C’est la Société d’études marxistes, fondée en décembre 1919 par Li Dazhao, bibliothécaire de l’Université de Pékin. Ou encore la revue « La Nouvelle Jeunesse », qui accompagne son prestigieux fondateur, Chen Duxiu, dans son ralliement aux thèses communistes. Il est vrai que la doctrine marxiste, grâce à la mise à jour anti-impérialiste due à Lénine, présente un avantage énorme : empruntée au monde occidental, elle ne lui ménage pas ses critiques. Alors que le libéralisme se contente de copier une culture étrangère, le marxisme ouvre la voie à une révolution à la fois nationale et sociale. Si l’on en fait bon usage, il permettra de venger la fierté blessée d’une nation soumise au joug semi-colonial, tout en engageant la transformation sociale exigée par la misère des masses. Il offrira alors à la Chine la possibilité de poursuivre sa modernisation en comptant sur ses propres forces. A cet égard, la fondation du Parti communiste chinois se situe bel et bien dans le prolongement du Mouvement du 4 Mai 1919. Révolte patriotique provoquée par l’attribution au Japon des possessions allemandes, il a défié la vieille société et invité la jeunesse à se débarrasser de son carcan vermoulu. En jetant dans les rues des milliers d’étudiants ulcérés par l’humiliation nationale, cette insurrection morale préparait le terrain aux révolutions à venir.

A sa naissance, le Parti communiste chinois est un groupuscule. Réuni le 23 juillet 1921 dans la concession française de Shanghaï, son congrès fondateur rassemble 13 délégués qui représentent 57 adhérents issus de petits groupes présents à Pékin, Shanghaï, Wuhan, Canton, Changsha et Jinan. Mais la moitié de ces délégués quitteront le parti au cours des années suivantes. Mao Zedong et Dong Biwu (qui sera président de la République populaire de Chine) sont les seuls à y demeurer jusqu’à leur mort. Élu secrétaire général en raison de son ascendant intellectuel, Chen Duxiu tombe en disgrâce en août 1927 et finit par se rallier au trotskysme. Li Hanjun, Deng Hemming, Chen Tanqiu, He Shusheng, Cheng Gongbo et Zhou Fuhai périssent durant la guerre civile, fusillés ou poussés au suicide par le Guomindang et les seigneurs de la guerre. Absent au congrès, mais très influent, l’intellectuel Li Dazhao est exécuté par les sbires de Chiang Kaï-shek en 1927. Rival de Mao durant la Longue Marche, Zhang Guotao finit par se rallier au Guomindang et meurt en exil. Bao Huiseng fait de même, puis il revient au bercail pour disparaître de la scène publique. Professeur d’université, Li Da sera l’une des victimes de la Révolution culturelle en 1966. Sombre tableau, qui fait ressortir la cruauté d’une époque qui broie les individus : les convulsions de la guerre civile ont éclairci les rangs des fondateurs. Bien que physiquement absents lors du premier congrès, deux hommes vont jouer un rôle de premier plan jusqu’en 1927 : Chen Duxiu et Li Dazhao. De nouveaux dirigeants leur succéderont. Quant à Mao Zedong, il est l’un des rares à avoir survécu durant la terrible période qui va de 1921 à 1949.

A mi-chemin entre la société secrète et le cercle littéraire, le nouveau parti est un embryon d’organisation politique qui ne prend vraiment son essor qu’à partir de 1925. Mais surtout, il est placé d’emblée sous la tutelle vigilante de l’Internationale communiste. Dès le printemps 1920, la mission Voitinsky envoyée par le Bureau d’Extrême-Orient a favorisé sa naissance en lui fournissant aide matérielle et encadrement idéologique. Le 23 juillet 1921, ses délégués Sneevliet et Nikolski représentent l’IC au premier congrès du Parti communiste chinois. Ce qui n’empêche pas les congressistes de vouloir défendre leurs propres idées. Le IIe congrès du Komintern, en juillet 1920, a adopté ses fameuses « Thèses sur les questions nationale et coloniale », esquissant une stratégie révolutionnaire en deux étapes pour les pays coloniaux et semi-coloniaux. La première, dite de libération nationale, doit être menée par la bourgeoisie, les communistes ayant pour tâche de la soutenir tout en organisant le prolétariat et la paysannerie. La deuxième étape est la révolution prolétarienne, où le parti communiste jouera le rôle dirigeant en s’alliant avec les représentants de la petite bourgeoisie et de la paysannerie. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la résolution finale du 1er congrès du PCC, ignorant la première étape, est assez éloignée de cette perspective : « Les forces révolutionnaires doivent, avec le prolétariat, renverser le pouvoir politique de la classe capitaliste, soutenir la classe ouvrière, dans le but d’abolir toutes les distinctions de classe. Nous défendrons la dictature du prolétariat jusqu’à ce que la lutte des classes prenne fin et que les distinctions de classe soient abolies ».

Cette ligne intransigeante exclut tout compromis avec les autres formations politiques, et elle recommande « une attitude indépendante, combative et exclusive ». Le nouveau parti s’assigne pour tâche essentielle d’organiser la classe ouvrière, et il investit toute son énergie dans l’organisation du mouvement syndical, notamment à Shanghaï et à Canton. Il entend créer les conditions d’une prise du pouvoir par le prolétariat, seule classe accédant à ses yeux à la dignité révolutionnaire. « Dans la lutte politique contre les seigneurs de la guerre et les bureaucrates, et pour la liberté de parole, de presse et d’association, notre parti doit défendre résolument le prolétariat et n’entretenir de relation avec aucune autre organisation » (1). Certes, une minorité des délégués pose la question des relations avec le Guomindang de Sun Yat-sen en faisant valoir son nationalisme. Mais la majorité tient ce parti pour aussi nocif que les cliques militaristes, voire davantage en raison de l’attrait qu’il exerce sur les masses. Prônée par l’Internationale communiste, l’idée d’une alliance avec le Guomindang afin de hâter la libération nationale ne suscite aucun enthousiasme chez ces intellectuels radicaux. Devant le spectacle affligeant de l’opportunisme politicien, ils épousent l’idéal d’un parti révolutionnaire qui ne transige pas avec l’adversaire, fidèle à l’orthodoxie marxiste et décidé à instaurer la dictature du prolétariat. Plutôt que de lier son sort à un mouvement national dont il rejette le caractère bourgeois, le nouveau parti rêve de faire cavalier seul en mobilisant les ouvriers. Ambition louable, mais de courte durée. Le parti va bientôt mesurer sa faiblesse et adopter la stratégie d’union avec le Guomindang exigée par l’Internationale.

A première vue, cette stratégie unitaire ne présente que des avantages pour les forces en présence. Du point de vue nationaliste, elle garantit la bienveillance de Moscou, procure une aide matérielle non négligeable et accélère la mue du Guomindang en parti structuré sur le modèle bolchevique. L’Internationale, de son côté, y voit le couronnement de ses propres thèses sur la question nationale, l’affaiblissement de l’influence des puissances étrangères et le moyen de favoriser l’implantation du parti communiste dans le sillage du nationalisme. L’accord entre le Guomindang et l’Internationale est d’autant plus aisé que l’URSS a renoncé unilatéralement aux avantages acquis en Chine à la suite des traités inégaux. Plus qu’une convergence d’intérêts, cette identité de vues est scellée par la déclaration commune Sun-Joffé du 26 janvier 1923 : « Le docteur Sun Yat-sen pense que le système communiste et même celui des soviets ne peuvent pas être introduits en Chine où n’existe aucune condition favorable à leur application. Ce sentiment est entièrement partagé par M. Joffé qui pense que le problème le plus important et le plus urgent pour la Chine est celui de son unification et de son indépendance nationale. Il a assuré au docteur Sun Yat-sen que la Chine a toute la sympathie du peuple russe et peut compter sur l’appui de la Russie dans cette grande entreprise ». Mais en nouant cette alliance avec le représentant du gouvernement soviétique, le chef du mouvement nationaliste accepte aussi l’entrée des communistes dans le Guomindang. Entre les deux partis, la stratégie promue par Moscou n’instaure pas seulement une coopération, mais une véritable fusion organique. Elle sera mutuellement profitable jusqu’à l’inévitable rupture qui interviendra au printemps 1927.

Pour les communistes chinois, ni l’alliance ni la fusion avec les nationalistes n’allaient de soi. Adoptée lors du IIe congrès en juillet 1922, la stratégie d’alliance avec le Guomindang repose sur une analyse lucide des rapports de classes, mais elle n’implique nullement l’abandon de l’objectif final : « Actuellement, le Parti communiste chinois doit, dans l’intérêt des ouvriers et des paysans pauvres, soutenir la révolution démocratique et forger un front démocratique uni des ouvriers, des paysans pauvres et des petits bourgeois » (2). Lorsque l’Internationale passe d’une stratégie d’alliance à une stratégie fusionnelle, le parti se divise en deux camps. Sans doute suggérée par Sun Yat-sen, l’idée audacieuse de Sneevliet, en effet, est de demander aux membres du PCC d’adhérer individuellement au Guomindang. Contre cette stratégie, la fraction de gauche rassemblée autour de Zhang Guotao objecte que le parti communiste risque de se dissoudre dans une organisation beaucoup plus vaste, dont le contenu de classe est ambigu, l’attitude peu fiable et l’idéologie confuse. Pour la fraction de droite rassemblée autour de Chen Duxiu, de son côté, il vaut mieux laisser la bourgeoisie faire sa révolution démocratique et attendre que le fruit soit mûr pour entreprendre la révolution prolétarienne. Dans les deux cas, on condamne la stratégie fusionnelle. Un tir croisé contre la proposition de l’Internationale, toutefois, qui n’empêchera pas le parti de s’y rallier bon gré mal gré.

Lorsque l’adhésion individuelle des communistes est avalisée par le congrès de réorganisation du Guomindang, en janvier 1924, le PCC est encore un petit groupe de quelques centaines de membres. Deux ans plus tard, il en compte 10 000. En juillet 1926, 30 000. En avril 1927, c’est un parti de 58 000 militants, auxquels s’ajoutent les 35 000 membres des Jeunesses communistes. Jusqu’à la trahison finale de Chiang Kaï-shek, cette ascension fulgurante fait figure de plaidoyer rétrospectif en faveur de la stratégie de fusion. Leur présence à tous les niveaux de l’organisation nationaliste a permis aux communistes d’accroître leur influence de façon exponentielle. Ils dirigent des grèves imposantes, consolident les syndicats ouvriers, notamment à Shanghaï, et ils gagnent en notoriété dans l’ensemble de la société chinoise. De 1924 à 1927, ils constituent l’élément le plus actif et le plus résolu d’un mouvement qui va dans le sens de l’histoire. Portés par la vague du nationalisme révolutionnaire, ils contribuent largement à son expansion grâce à la mobilisation ouvrière. En mai 1925, le massacre de manifestants par la police de la concession internationale de Shanghaï déclenche une vaste protestation, scandée par une série de grèves ouvrières et de manifestations anti-impérialistes. Un mouvement qui préfigure la grève insurrectionnelle qui livrera la ville, deux ans plus tard, aux troupes révolutionnaires parties à la conquête du Nord sous l’autorité du Guomindang. Une insurrection réussie, qui marque l’apogée du parti communiste durant cette période que les historiens chinois appellent « la première guerre civile révolutionnaire » (1921-1927).

Cette guerre, qui oppose l’Armée nationale révolutionnaire du Guomidang aux seigneurs de la guerre qui se partagent le territoire chinois, a contribué à asseoir la puissance du parti communiste. L’inconvénient, c’est qu’elle a fini par retourner ses effets contre lui. Chef de l’ANR, Chiang Kaï-shek se sent suffisamment fort, au printemps 1927, pour rompre avec les communistes. Avec l’aide des gangsters de Shanghaï, ses troupes attaquent par surprise les syndicats ouvriers et massacrent les militants communistes. Sanglante trahison, le retournement du 12 avril 1927 clôt un cycle historique. Il inaugure une terreur blanche qui s’abat sur de nombreuses provinces, où les dirigeants ouvriers et paysans sont traqués. Le parti communiste est condamné à la clandestinité, ses membres pourchassés. Manifestement, son équipe dirigeante a sous-estimé le danger que représentait Chiang Kaï-shek. Depuis la disparition de Sun Yat-sen, emporté par la maladie en 1925, le bouillant général nationaliste conforte son autorité sur l’ANR et fait figure de rival sérieux pour la direction du Guomindang, alors assumée par le chef de l’aile gauche, Wang Jingwei. Si Chiang prend la décision de liquider les communistes, c’est qu’il a obtenu l’appui de la grande bourgeoisie, et qu’il veut briser l’essor des syndicats ouvriers. Déjà, en mars 1926, il s’est rendu maître de la ville de Canton et a infligé à l’activité communiste de sévères restrictions. Coup de semonce, qui permet au général d’instaurer une quasi-dictature au moment où il prend la direction de « l’Expédition du Nord » destinée à conquérir et unifier la Chine.

Fidèles aux directives de l’Internationale, les communistes vaincus à Shanghaï continuent néanmoins de miser sur l’alliance avec le Guomindang. Wang Jingwei ayant condamné la politique de Chiang et installé son propre gouvernement à Wuhan, ils lui offrent aussitôt leur collaboration. Nouvelle erreur, qui expose le PCC à une deuxième vague répressive lorsque le chef de la gauche nationaliste se réconcilie, deux mois plus tard, avec l’ambitieux général en chef. Conseiller soviétique du gouvernement de Canton, Borodine est finalement expulsé par ces nationalistes qu’il a tant aidés à constituer un parti centralisé. Échec cinglant d’une stratégie, celle du front uni avec le Guomindang, qui est d’abord celle de l’Internationale. Mais le parti communiste ne s’est pas toujours comporté en instrument docile des délégués moscovites. Durant la période 1921-1927, il mène de front deux politiques : adhérer au mouvement nationaliste et préparer la révolution prolétarienne. Il encadre le prolétariat urbain sur une ligne révolutionnaire, et il adopte une stratégie insurrectionnelle quand il le juge opportun. Cette attitude est d’abord couronnée de succès. Club d’intellectuels inexpérimentés en 1921, il est en 1927 un véritable parti ouvrier, capable d’entraîner des centaines de milliers de travailleurs. Simultanément, son ralliement au mouvement nationaliste favorise son identification à la lutte engagée contre les seigneurs de la guerre. Fondé sur une ambiguïté assumée, le succès du PCC a cependant son revers de la médaille. Car sa progression spectaculaire persuade Moscou que le Guomindang, sous l’influence communiste, finira par muer en parti ouvrier et paysan, et la perspective de cette transformation conforte la politique du front uni. Cette erreur d’appréciation contient en germe le drame du 12 avril : elle exerce un effet aveuglant sur les stratèges de l’IC, au moment où l’aide des conseillers soviétiques permet au parti nationaliste de se renforcer.

L’attitude de l’Internationale durant cette période est un sujet inépuisable de controverses. Rejeté dans l’opposition, Léon Trotsky n’a cessé d’incriminer la direction soviétique pour sa responsabilité dans le fiasco de la première révolution chinoise. Il est pourtant l’un des principaux dirigeants du mouvement communiste international lorsque la mission Voitinski a jeté les bases de la stratégie du front uni. C’est l’un de ses fidèles lieutenants, Adolphe Joffé, qui en est le principal artisan au côté de Sun Yat-sen. Et en 1926, malgré la première offensive anticommuniste de Chiang Kaï-shek à Canton, le secrétaire général du PCC et futur trotskyste Chen Duxiu qualifie de « gauchisme infantile » la volonté de rompre avec le Guomindang. A ses yeux, les partisans de la révolution agraire, comme Mao Zedong, ne comprennent pas que les paysans veulent seulement une baisse des fermages et non qu’on attribue « la terre à ceux qui la travaillent ». Une attitude qui conduit à se couper des masses tout en indisposant la petite bourgeoisie, et qui revient, dit Chen, à « ignorer la véritable gauche au nom d’une extrême gauche imaginaire ». Certes, Trotsky dénonce à juste titre l’erreur stratégique commise au lendemain du coup d’État du 12 avril. L’obstination à prolonger l’alliance avec les nationalistes était suicidaire : la bourgeoisie ayant quitté le front uni avec Chiang Kaï-shek, on croyait que le Guomindang épuré deviendrait un parti révolutionnaire, représentant désormais la petite bourgeoisie, la paysannerie, et le prolétariat grâce aux communistes. Cet espoir placé dans la gauche nationaliste était démesuré, et l’IC aurait dû s’en apercevoir plus tôt.

S’il a raison sur ce point (il n’est pas le seul), Trotsky s’illusionne toutefois sur l’essentiel : la possibilité effective d’une révolution prolétarienne dans la Chine des années 20. Il affirme que les ouvriers de Shanghaï, en avril 1927, auraient dû « recevoir Chiang Kaï-shek comme un ennemi, et non comme un libérateur ». En réalité, le mouvement ouvrier n’a fait ni l’un ni l’autre, et Trotsky se trompe sur le véritable rapport de forces : « Il est clair qu’on aurait pu sauver la situation même à ce moment-là. Les ouvriers de Shanghaï sont au pouvoir. Ils sont partiellement armés. Il y a la possibilité de les armer beaucoup plus. L’armée de Chiang Kaï-shek n’est pas sûre. Dans certaines unités, même le commandement est du côté des ouvriers. Mais tous sont paralysés au sommet. Il ne faut pas préparer une lutte décisive contre Chiang Kaï-shek, mais sa réception triomphale. Parce que Staline a donné de Moscou ses instructions catégoriques : non seulement ne pas résister à l’allié Chiang Kaï-shek, mais au contraire montrer votre loyauté à son égard. Comment ? Couchez-vous et faites le mort » (3). Dans cette analyse, Trotsky commet deux erreurs. D’abord, il fait preuve d’un optimisme exagéré quant aux capacités révolutionnaires du prolétariat de Shanghaï au printemps 1927. Ensuite, contrairement à ce qu’il affirme, le drame sanglant du 12 avril n’a rien à voir avec Staline. Les communistes sont membres du Guomindang en application de la stratégie du front uni, mais aucune consigne de l’Internationale ne leur a demandé de passer à l’insurrection. Et lorsqu’ils livrent la ville à l’ANR, c’est de leur propre initiative.

Si la classe ouvrière de Shanghaï a été décapitée par Chiang Kaï-shek, ce n’est pas parce que Moscou l’a immolée sur l’autel de la révolution bourgeoise. C’est parce que la montée du prolétariat organisé a effrayé la bourgeoisie et que Chiang entend la rallier à sa bannière en liquidant les communistes. Les syndicats ouvriers n’ont pas été « désarmés par l’IC », comme le prétend Trotsky, mais ils manquaient d’armes face à une troupe aguerrie, dont le chef avait décidé de leur tordre le cou avec l’aide des gangsters locaux. Mais peu importe, l’opposant bolchevique n’en démord pas : « La révolution chinoise de 1925‑1927 avait toutes les chances de vaincre. Une Chine unifiée et transformée aurait constitué à cette époque un puissant bastion de liberté en Extrême‑Orient. Mais le Kremlin, manquant de confiance dans les masses chinoises et recherchant l’amitié des généraux, a utilisé tout son poids pour subordonner le prolétariat chinois à la bourgeoisie et a ainsi aidé Chiang Kaï-shek à écraser la révolution chinoise ». Ce mythe du sacrifice délibéré de la révolution chinoise par une direction moscovite mi-aveugle, mi-cynique aura la peau dure. La causalité de l’échec est plus complexe. Les erreurs humaines ont sans doute précipité la débâcle de 1927, mais les conditions objectives n’étaient guère réunies pour la conquête du pouvoir dans un pays où la classe ouvrière rassemblait à peine 1% des Chinois.

Une politique de type gauchiste, fondée sur l’indépendance du parti et l’insurrection permanente, aurait sans doute réduit les communistes à la clandestinité. Condamnés à une activité groupusculaire, coupés des masses, ils auraient végété dans l’ombre du mouvement nationaliste. L’histoire en a décidé autrement, et l’échec du front uni a poussé les communistes chinois dans des voies inexplorées. Chassés des villes par la répression, ils se réfugient dans les campagnes. Là, dans des conditions nouvelles, la pratique palliera les défaillances de la théorie. De la défaite essuyée en milieu urbain, les communistes chinois tireront les leçons. La force des choses les conduira là où ils n’imaginaient pas pouvoir semer les ferments de la future révolution : auprès des paysans pauvres des régions déshéritées, au cœur de cette Chine arriérée qui fut le théâtre des grandes révoltes millénaristes. Cette confrontation improbable entre la modernité révolutionnaire et l’immensité rurale aura des conséquences incalculables. Elle provoquera un véritable saut qualitatif dans la définition de la stratégie révolutionnaire, elle la pliera de force aux conditions objectives de la société chinoise. Le mouvement paysan préexistait aux communistes, mais ils sauront lui donner une ampleur inédite. Ce sera l’acte de naissance du maoïsme.

Bruno Guigue

Stephen A. Smith, « Et la voie fut tracée ... Les débuts du mouvement communiste en Chine (Shanghaï 1920-1927) », Les Nuits Rouges, 2019, p. 56.
Jacques Guillermaz, « Histoire du parti communiste chinois », (1921-1949), Payot, 1968, p. 80.

Léon Trotsky, « Faits et Documents », août 1930, marxists.org.

Le 7 juin 2021

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 04-08-2021 à 22:57:32   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

19 juillet 2021

La passionnante histoire du Parti Communiste Chinois. 2ème partie

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Bruno GUIGUE
Mao Zedong et la sinisation du marxisme

Repliés dans les campagnes pour fuir la répression, les communistes chinois vont écrire une nouvelle page de leur histoire. C’est auprès des paysans du Hunan et du Jiangxi, en effet, que Mao découvre une nouvelle radicalité, déployée loin des regards d’une élite moderniste qui l’ignore. Coïncidence frappante, il publie son Rapport sur l’enquête menée dans le Hunan à propos du mouvement paysan en mars 1927, soit un mois avant la tragédie de Shanghai, où les communistes sont massacrés par l’armée de Chiang Kaï-shek. Celui qui est déjà un militant influent, mais écarté de la direction du parti, l’invite à convertir son regard sur ce monde rural dont l’initiative révolutionnaire contraste avec son arriération présumée. Conversion qui prendra beaucoup de temps, et Mao sait qu’il heurte de front la conception même de la révolution chez les marxistes chinois. Sa thèse centrale, c’est que « le soulèvement paysan constitue un événement colossal » et que les révolutionnaires ont le choix entre trois possibilités : « Dans peu de temps, on verra dans les provinces du centre, du nord et du sud de la Chine des centaines de millions de paysans se dresser, impétueux, invincibles, tel l’ouragan, et aucune force ne pourra les retenir. Ils briseront toutes leurs chaînes et s’élanceront sur la voie de la libération. Ils creuseront le tombeau de tous les impérialistes, seigneurs de la guerre, fonctionnaires corrompus, despotes locaux et mauvais hobereaux. Ils mettront à l’épreuve tous les partis révolutionnaires, qui auront à prendre parti. Nous mettre à la tête des paysans et les diriger ? Rester derrière eux en nous contentant de les critiquer avec des gestes autoritaires ? Ou nous dresser devant eux pour les combattre ? »

Au-delà de l’invocation lyrique, le mouvement paysan, pour Mao, présente deux avantages considérables : il recèle un potentiel gigantesque dans un pays qui demeure essentiellement rural ; et il est suffisamment radical pour servir de base au processus révolutionnaire. Ces données objectives fixent la tâche des communistes, qui doivent organiser le mouvement paysan afin de l’enrôler au service de la révolution sous la conduite du prolétariat. « Qu’est-ce que le marxisme ? » résume-t-il en 1940 : « Ce sont les paysans faisant la révolution sous la direction du prolétariat. Quatre Chinois sur cinq sont des paysans. Il nous faut la force des cinq doigts, et s’il ne nous reste que le petit doigt le prolétariat est isolé ». C’est pourquoi Mao s’emploie dès 1927 à réfuter les arguments de ceux qui incriminent les paysans pour leurs prétendus « excès » et jouent les vierges effarouchées devant la violence révolutionnaire : « La révolution n’est pas un dîner de gala ni une œuvre littéraire, ni un dessin ni une broderie ; elle ne peut s’accomplir avec autant d’élégance de tranquillité et de délicatesse, ou avec autant de douceur, d’amabilité, de courtoisie, de retenue et de générosité d’âme. La révolution, c’est un soulèvement, un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre ».

Conception vigoureuse de la révolution, qui balaie l’esprit de compromis et légitime l’action violente des masses qui s’en prennent à leurs oppresseurs. Car il s’agit de « renverser complètement le pouvoir des hobereaux, de jeter ces derniers au sol et même de leur mettre le pied dessus ». Sans « une puissante poussée révolutionnaire », rien n’est possible, et celle-ci doit s’accompagner d’une « brève période de terreur » pour « réprimer l’activité des contre-révolutionnaires et renverser le pouvoir des hobereaux ». Et au fond, c’est ce qu’enseigne la sagesse populaire : « Pour redresser quelque chose, on est obligé de le courber en sens inverse ; sinon, on ne peut le rendre droit ».

Le second point essentiel, c’est l’analyse des rapports sociaux au sein même du monde rural. Car la paysannerie n’est pas une masse indifférenciée : « Il y a trois catégories de paysans : les riches, les moyens et les pauvres. Vivant dans des conditions différentes, ils ont des idées différentes sur la révolution ». Or l’allié privilégié du prolétariat, c’est évidemment la paysannerie pauvre. « La force principale dans ce combat dur et obstiné qui se poursuit à la campagne a toujours été constituée par les paysans pauvres » car « ce sont eux qui acceptent le plus volontiers la direction du parti communiste ». Lorsqu’il sera converti aux idées de Mao, la politique agraire du PCC ne dérogera pas à cette exigence : pour assurer le succès de la révolution dans les campagnes, il faut favoriser l’accès à la propriété des paysans pauvres par la réquisition et la redistribution des terres. Avec la paysannerie pauvre comme base sociale, et la révolution agraire comme programme, le communisme chinois peut aller jusqu’au bout de sa mutation historique : parti d’intellectuels urbains tentant d’encadrer des syndicats ouvriers, il devient une armée de paysans-soldats conduite par des révolutionnaires aguerris.

En raison de la répression, une deuxième conviction, chez Mao, est désormais solidement ancrée : le succès final dépend de la lutte armée, et pour gagner la guerre civile, il faut que le parti double l’outil politique d’un outil militaire. En clair : la renaissance du mouvement communiste à la campagne est inséparable de sa militarisation. Certes, le chemin sera long avant que Mao ne parvienne à constituer une force qui impose le respect à ses adversaires. Avec une poignée de rescapés, en octobre 1927, il établit la première base rouge dans les monts Jinggang, à la limite du Hunan et du Jiangxi. Il y reçoit le renfort de quelques milliers de combattants, conduits par un ancien officier converti au communisme, Zhu De. Retranchés dans ces districts ruraux, les communistes font l’expérience d’une administration révolutionnaire, qui distribue les terres aux paysans pauvres et oppose une résistance farouche aux offensives nationalistes.

Sous l’influence de Mao, une troisième conviction politique va bientôt animer ces communistes retranchés dans leurs bases rouges : la révolution démocratique-bourgeoise a été trahie par le Guomindang, devenu un parti contre-révolutionnaire. Leur horreur de la révolution agraire a poussé les officiers nationalistes, issus de la classe des propriétaires fonciers, dans les bras de Chiang Kaï-shek. Pour Mao, la Chine se trouve alors dans la situation de la Russie en 1905 : puisque la bourgeoisie a failli à sa tâche historique, la révolution doit poursuivre son cours sous la direction du prolétariat, c’est-à-dire du parti communiste. La Chine est « une semi-colonie placée sous un gouvernement impérialiste », et les différents seigneurs de la guerre représentent des impérialismes en concurrence, avides de se partager le monde au prix d’une nouvelle guerre mondiale. La stratégie maoïste consiste alors à consolider les bases rouges en poursuivant la révolution agraire.

En 1931, Mao est élu président de la première République soviétique chinoise, avec une bourgade du sud-Jiangxi comme capitale. Base centrale des forces communistes, cette région résiste à quatre campagnes d’annihilation menées par un Guomindang qui préfère combattre les communistes que les Japonais. Mais la cinquième campagne mobilise des moyens colossaux et avance prudemment, déjouant la stratégie de guérilla des rouges. Encerclés, ils préfèrent abandonner la base du Jiangxi pour sauver l’armée. En octobre 1934, 86 000 combattants s’échappent vers le sud-ouest. C’est la Longue Marche qui commence. Elle les mènera du sud du Jiangxi au nord du Shaanxi au terme d’une interminable retraite de 10 000 km parcourus en 370 jours. Sur les 86 000 hommes partis un an plus tôt, seuls 7 000 parviennent au but. Mais ils sont rejoints en cours de route par des milliers de nouvelles recrues paysannes.

Au Shaanxi, les communistes recréent aussitôt une nouvelle base rouge. Au cœur de cette enclave révolutionnaire, taillée dans un territoire aride et peu peuplé, s’installe le noyau d’une nouvelle Armée Rouge qui comptera un million d’hommes en 1945. Durant la période des soviets du Jiangxi et de la Longue Marche, Mao n’a pas seulement imposé sa stratégie paysanne à ses camarades. Celui qui n’est encore qu’un dirigeant parmi d’autres a surtout transformé l’outil militaire du parti. Ce que les communistes chinois lui doivent, incontestablement, c’est une doctrine stratégique adaptée aux conditions de la lutte. La guérilla a permis aux combattants rouges de compenser leur infériorité numérique et leur absence de matériel lourd. Éprouvée lors de la résistance aux campagnes d’annihilation, son efficacité contribuera aussi à la défaite de l’envahisseur japonais, comme elle inspirera plus tard les mouvements de libération nationale en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Du Jiangxi au Shaanxi, l’équation gagnante du maoïsme change seulement d’échelle. Pour l’essentiel, elle demeure la même : un parti centralisé et discipliné, des villageois mobilisés par la révolution agraire, une puissante armée à base paysanne, et des enclaves révolutionnaires autonomes qui essaiment autour d’une base rouge fortifiée. C’est dans cette Chine rebelle, pour la deuxième fois, que les communistes instaurent un ordre inhabituel : les terres sont redistribuées et les impôts allégés ; le chômage, l’opium, la prostitution et le mariage forcé éliminés ; l’alphabétisation, la scolarisation et l’hygiène mises en oeuvre. Révolution en miniature, la République des soviets du Shaanxi porte la promesse d’une profonde transformation sociale à l’échelle du pays tout entier.

En faisant de la paysannerie la force motrice de la révolution chinoise, Mao Zedong a rompu les amarres avec le modèle soviétique. Au moment où il se donne les moyens de la victoire finale, il affranchit définitivement le communisme chinois des directives de l’Internationale. Le triomphe à venir, celui qui adviendra en 1949, il l’assoit sur le mouvement souterrain de ces masses rurales dont la misère réclame une transformation radicale des rapports sociaux. Simultanément, il renoue avec la tradition multi-séculaire des jacqueries paysannes qui scandent l’histoire chinoise. Si le saut qualitatif opéré dans la stratégie révolutionnaire l’éloigne du marxisme orthodoxe, il le rapproche des caractéristiques nationales héritées d’un lointain passé. La nouveauté radicale du maoïsme le relie, en même temps, à ce qu’il y a de plus profond dans l’identité politique du peuple chinois : classe révolutionnaire par excellence, la paysannerie a une expérience immémoriale de la lutte des classes.

Lorsqu’il écrit l’histoire de la Chine à l’attention des militants du parti, Mao rappelle que « les paysans chinois, soumis à l’exploitation économique et à l’oppression politique, ont vécu pendant des siècles en esclaves, dans la misère et la souffrance », mais que « le peuple chinois a toujours recouru à la révolution », et que « dans la plupart des cas, les changements de dynastie étaient dus à des insurrections paysannes ». Cette classe dont Marx annonçait la disparition, Mao en fait le levier qui lui permettra de changer la Chine, il l’élève au rang d’acteur collectif de sa transformation révolutionnaire. Cette stratégie, nombreux sont ceux qui ne l’ont pas comprise. Devenu trotskyste, Chen Duxiu ironise sur le « marxisme des montagnes », et son nouveau mentor Trotski ne reconnaît aucune vertu à ces soviets ruraux qu’il compare aux rêveries des populistes russes. A droite, c’est un aveuglement total dicté par l’égoïsme de classe : d’une hostilité viscérale à la révolution agraire, le Guomindang dressera contre lui des paysans qui réclamaient le droit de vivre de leur travail et la fin des abus féodaux.

Révolution paysanne assise sur une force armée qu’encadre un parti discipliné, le maoïsme ne l’aurait pas emporté, toutefois, s’il n’avait pas répondu à une profonde crise nationale. Dès l’origine, le parti épouse les protestations populaires contre les puissances coloniales et leur politique prédatrice. Dans le sillage du Mouvement du 4 mai 1919, il entend sauver la Chine du chaos et venger son humiliation. Ce qui motive les jeunes intellectuels qui fondent le parti communiste, ce qui les tourne vers la révolution, c’est l’impératif d’une modernisation sans laquelle la Chine est vouée à demeurer dans la dépendance des nations développées. Contre cette fatalité présumée du développement inégal, ce destin fatidique d’une infériorité chinoise qui contraste avec sa grandeur passée, les communistes cherchent un remède : ils pensent l’avoir trouvé dans la révolution. C’est pourquoi le nationalisme anti-impérialiste est une composante essentielle du communisme chinois. Ce n’est pas un hasard si le parti connaît un formidable flux d’adhésions lors des manifestations anti-impérialistes de mai 1925. Et en dépit de son issue fatale, la fusion avec le Guomindang lors du premier front uni a contribué à la popularité du PCC en le présentant comme une composante du mouvement nationaliste. Ce mariage de raison l’a identifié à un renouveau national dont la bourgeoisie, en refusant de l’assumer, lui a finalement transmis le fardeau. Déterminés à réaliser l’unité et l’indépendance de la Chine, les communistes sont les premiers, lors de l’agression japonaise, à prôner l’alliance de toutes les forces nationales contre l’envahisseur.

Comment résoudre cette crise nationale, sur quelles forces sociales faut-il s’appuyer ? Mao Zedong a tranché ce nœud gordien en inventant une formule inédite, où le paysan pauvre supplée l’ouvrier d’usine et le parti se fait parti-armée. La guerre de partisans contre les Japonais est le point d’orgue d’une mutation du parti communiste en puissante force militaire, engagée dans la résistance à l’envahisseur et décidée à unifier le pays. Celui qui était en 1927 un obscur officier dissident, Zhu De, va bientôt devenir le chef d’une immense Armée Rouge. Auréolée de son combat héroïque contre l’occupant, elle affrontera l’armée du Guomindang soutenue par Washington, et après l’avoir vaincue, elle prendra le contrôle du pays. Mais pour les communistes chinois, cette libération nationale est inséparable de la révolution sociale dont elle porte la promesse. En raison de la trahison de la bourgeoisie ralliée à Chiang Kaï-shek, la réalisation de l’unité et de l’indépendance nationales, normalement dévolue à la révolution démocratique, est une tâche qui incombe au parti communiste. C’est pourquoi Mao l’élève au rang d’objectif prioritaire : la lutte des classes, dans la situation concrète où se trouve la Chine en 1937, c’est la lutte pour la libération nationale. Et pour s’acquitter de cette tâche historique, Mao comprend qu’il faut « tirer parti du caractère révolutionnaire de la guerre de résistance pour en faire une guerre du peuple ».

Cette guérilla antijaponaise, annonce-t-il, sera déterminante pour l’issue du conflit. Car la Chine est « un grand pays faible attaqué par un petit pays puissant », et la guerre de partisans y exercera une fonction non seulement tactique, mais stratégique : l’envahisseur « finira par être englouti dans l’immense mer chinoise ». Stratégie couronnée de succès : à partir de leur forteresse rouge du Shaanxi, les combattants communistes s’infiltrent peu à peu dans l’ensemble de la Chine du Nord et s’installent derrière les lignes japonaises où ils multiplient coups de main et sabotages. Aussi le parti peut-il jouer la carte du second front uni et de la défense nationale. Toutes les énergies doivent être tendues vers un seul objectif : la libération et l’unification de la patrie. Quand Sun Yat-sen élevait le renouveau national au rang de priorité absolue, il avait raison, dit Mao. Il manquait seulement à sa doctrine ce qui lui eût permis d’accomplir ses vues, mais que la composition sociale du parti nationaliste lui interdisait d’accomplir : la mobilisation des masses. C’est en enrôlant les paysans, cette armée de réserve inépuisable, que l’Armée Rouge réussit non seulement à consolider ses bases, mais à provoquer la défaite des troupes d’occupation.

Résumons, pour conclure, les véritables leçons de ce maoïsme dont la guerre de partisans est le condensé stratégique : c’est en affrontant la réalité d’une crise paroxystique, à la fois nationale et sociale, que la stratégie révolutionnaire fera la preuve de son efficacité ; c’est en mobilisant les immenses ressources de la paysannerie que la révolution chinoise parviendra au but ; c’est en militarisant la révolution dans une lutte sans merci que le parti communiste l’emportera sur le féodalisme et l’impérialisme ; c’est en transformant la résistance à l’envahisseur en guerre de partisans que cette lutte libératrice chassera l’occupant et réunifiera le peuple chinois. En bref, c’est toujours à l’épreuve de la pratique révolutionnaire, de la lutte des classes et de la lutte de libération nationale, que la théorie révolutionnaire peut démontrer sa validité.

Mais en sinisant le marxisme, Mao fait d’une pierre deux coups : il donne ses chances à la révolution chinoise, et il donne sa véritable signification au marxisme lui-même. « Il n’existe pas de marxisme abstrait, mais seulement un marxisme concret », déclare Mao dans son rapport d’octobre 1938. « Ce que nous appelons le marxisme concret, c’est le marxisme qui a pris une forme nationale, c’est-à-dire un marxisme appliqué à la lutte concrète dans les conditions concrètes qui prévalent en Chine. Si un communiste chinois qui fait partie du grand peuple chinois, est uni à son peuple par sa chair et son sang, et parle du marxisme sans les particularités chinoises, son marxisme n’est qu’une abstraction vide. En conséquence, la sinisation du marxisme devient un problème qui doit être compris et résolu sans délai par le parti tout entier. Nous devons mettre un terme au formalisme d’origine étrangère. Moins de répétitions de refrains creux. Place à un style nouveau, vivant, chinois, plaisant à l’œil et à l’oreille pour les simples gens ». Ce qui vaut pour les pays européens, par conséquent, ne vaut pas nécessairement pour la Chine. « En Occident, la révolution est passée, comme pour la révolution soviétique, par une longue période de lutte légale, la guerre n’étant que la phase ultime du combat pour s’emparer des villes puis des campagnes. Dans la Chine féodale, aucun problème ne peut être réglé sans recours à la force armée. En Chine, le pouvoir est au bout du fusil ».

Bruno Guigue

Le 12 juin 2021

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
Grand classique (ou très bavard)
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27 juillet 2021
6
La passionnante histoire du Parti Communiste Chinois. 3eme Partie

https://www.legrandsoir.info/la-passionnante-histoire-du-parti-communiste-chinois-3eme-partie.html



Bruno GUIGUE
La période maoïste (1949-1976)

D’une pauvreté inouïe, la Chine, en 1949, est un pays ravagé par quarante ans de guerre et d’anarchie. Composée à 90% de paysans faméliques, la population a le niveau de vie le plus faible du monde : il est inférieur à celui de l’Inde ex-britannique et de l’Afrique sub-saharienne. Sur cette terre où l’existence ne tient qu’à un fil, l’espérance de vie est réduite à 36 ans. Abandonnée à son ignorance, la population compte 85% d’analphabètes. C’est au regard de cet état initial qu’il faut juger des progrès accomplis. En 2021, l’économie chinoise représente 18% du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat, et elle a dépassé l’économie étasunienne en 2014. La Chine est la première puissance exportatrice mondiale. Sa puissance industrielle représente le double de celle des États-Unis et quatre fois celle du Japon. Premier partenaire commercial de 130 pays, elle a contribué à 30% de la croissance mondiale au cours des dix dernières années. La Chine est le premier producteur mondial d’acier, de ciment, d’aluminium, de riz, de blé et de pommes de terre.

Ce développement économique a amélioré les conditions d’existence matérielle des Chinois de façon spectaculaire. L’espérance de vie est passée de 36 à 64 ans sous Mao (de 1949 à 1976) et elle dépasse aujourd’hui 77,5 ans, soit plus que les États-Unis et beaucoup plus que l’Inde. Le taux de mortalité infantile est de 7‰ contre 30‰ en Inde et 6‰ aux États-Unis. L’analphabétisme est éradiqué. Le taux de scolarisation est de 98,9% dans le primaire et de 94,1% dans le secondaire. Selon l’étude comparative des systèmes éducatifs (PISA), la République populaire de Chine est numéro un mondial avec Singapour. Avec 400 millions de personnes, les classes moyennes chinoises sont les plus importantes du monde, et 150 millions de Chinois sont partis en vacances à l’étranger en 2019. En vingt ans, 700 millions de personnes ont été extraites de la pauvreté, et le salaire moyen a été multiplié par huit. La grande pauvreté a été totalement éradiquée en 2021. Ce développement inouï est le résultat de 70 ans d’efforts titanesques, accompagnés d’immenses sacrifices. Les Chinois ont inventé un système socio-politique original, mais que les catégories en usage en Occident peinent à décrire. Loin d’être une dictature totalitaire, c’est un système néo-impérial dont la légitimité repose sur l’amélioration des conditions d’existence du peuple chinois. Pour conduire le développement du pays, les communistes chinois ont bâti une économie mixte pilotée par un État fort.

Il y a deux siècles, la Chine était encore l’atelier du monde. Aggravant ses contradictions internes, l’impérialisme occidental et japonais a ruiné l’empire mandchou vieillissant. Les guerres du XXe siècle, à leur tour, ont plongé le pays dans le chaos. Aux yeux des Chinois, la République populaire de Chine a pour vertu d’avoir mis fin à ce long siècle de misère et d’humiliation qui commence en 1839 avec les « guerres de l’opium ». Libérée et unifiée par Mao, la Chine s’est engagée sur la voie étroite du développement accéléré d’un pays arriéré, semi-colonial et semi-féodal. D’une pauvreté aujourd’hui inimaginable, isolée et sans ressources, elle a exploré des chemins inconnus. Afin de sortir le pays du sous-développement et la population de la misère, le Parti communiste chinois a accéléré le développement des forces productives, tout en procédant à la transformation révolutionnaire des rapports sociaux. La formule de l’expérience maoïste, en effet, c’est la lutte des classes plus le développement productif ; la conviction qu’il faut traquer sans cesse la résurgence du vieux monde pour consolider le socialisme ; la croyance que l’édification d’une société nouvelle passe par une mobilisation permanente, un effort prométhéen pour supprimer les séquelles du féodalisme et du capitalisme.

Au lendemain de la proclamation de la République populaire de Chine, le pays est à reconstruire. La révolution gronde dans les campagnes, et il faut rebâtir une économie viable. Déjà insuffisante avant-guerre, la production agricole et industrielle est en chute libre. Installés aux commandes du pays, les communistes entreprennent sans tarder les réformes de structure. Deux grandes lois vont alors transformer la société chinoise. D’une importance décisive, la loi sur le mariage, en 1950, met fin à la famille patriarcale. L’épouse cesse d’être une mineure, elle peut demander le divorce et pratiquer l’avortement. Instaurant l’égalité entre les sexes, la loi interdit le mariage d’enfants et la polygamie. Simultanément, la loi agraire confirme et élargit les acquis de la révolution commencée en 1946. Les terres des propriétaires fonciers, mais aussi des clans familiaux, des temples et autres institutions traditionnelles, sont attribuées aux paysans pauvres. A la fin de l’année 1952, 45% des terres cultivables ont été redistribuées à 60% des paysans. La majorité de la paysannerie est désormais composée de paysans moyens, qui disposent d’une parcelle suffisante pour satisfaire leurs besoins. Révolution agraire d’une ampleur sans précédent, qui s’accompagne de l’élimination brutale de nombreux propriétaires fonciers, surtout lorsqu’ils ont collaboré avec les Japonais.

La révolution suit aussi son cours tumultueux dans les villes chinoises. Le « mouvement des Trois Anti » vise à éradiquer la bureaucratie, la corruption et la prévarication. Puis c’est le « mouvement des Cinq Anti » contre les pots-de-vin, la fraude fiscale, les escroqueries dans les fournitures de l’État, les contrats truqués et la diffusion d’informations confidentielles. En prenant pour cibles les entrepreneurs privés, les communistes mettent la main sur une grande partie de l’économie. En 1953, l’État contrôle 63% de la production industrielle. Avec la ligne de la « Nouvelle Démocratie », toutefois, le pouvoir proclame l’union des quatre classes révolutionnaires : la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale. Si le prolétariat est représenté par le parti communiste, la bourgeoisie comprend une aile progressiste alliée aux forces populaires et une aile « compradore » soumise à l’étranger. Des formes diverses d’économie pourront donc coexister, durant une quinzaine d’années, afin de favoriser le développement des forces productives. Puis la collectivisation réalisera graduellement le socialisme, ce dernier jetant les bases de la phase finale du processus révolutionnaire, le communisme.

Or cette ligne politique, qui préserve une économie mixte assise sur la petite propriété paysanne, révèle rapidement ses limites. Comment assurer à la Chine son indépendance si elle ne se dote pas d’un appareil industriel moderne ? Et comment accélérer le développement industriel en maintenant les facteurs de production dans le carcan de la petite exploitation ? « On se fait battre en restant arriéré », répète Mao. Autant de contradictions qui vont trouver leur résolution dans l’accélération de la marche vers le socialisme. Certains dirigeants, privilégiant l’agriculture et l’industrie légère, auraient préféré une stratégie de développement graduel. Mais la guerre de Corée souligne l’urgence de l’industrialisation. Soumise à l’embargo occidental, la Chine se tourne vers l’URSS et s’inspire du modèle soviétique. Fondée sur la planification, ce dernier élève l’industrie lourde au rang de priorité absolue. Il implique la nationalisation des moyens de production, la gestion centralisée de l’économie et le réinvestissement systématique des excédents. Lors du lancement du premier plan quinquennal (1953-1957), Mao remplace la « Nouvelle Démocratie » par la « Ligne générale de transition vers le socialisme » : il s’agit de « réaliser, pendant une période de 10 ou 15 ans maximum, l’industrialisation socialiste et la transformation socialiste de l’agriculture, de l’artisanat, de l’industrie et du commerce capitalistes ».

Le financement du premier plan quinquennal traduit cette orientation : la majorité des fonds sont destinés à l’industrie lourde. Afin d’accumuler les capitaux nécessaires à l’industrialisation, le gouvernement instaure le monopole d’État sur le commerce des matières premières et des produits agricoles. Dans les campagnes, la réforme agraire a éliminé les propriétaires fonciers et créé une myriade de petites exploitations familiales. Mais ces cultivateurs ne possèdent ni machines agricoles, ni semences de qualité, ni engrais chimiques. Avec ses faibles rendements, l’économie rurale reste vulnérable aux aléas climatiques. Sa croissance lente compense à peine la poussée démographique. Pour accroître la productivité, le gouvernement encourage la constitution de coopératives d’entraide. Avec le premier plan quinquennal, le mouvement s’amplifie, et les coopératives de production, qui sont de taille beaucoup plus importante, se multiplient. Dans un premier temps, les paysans demeurent propriétaires de leur parcelle, et la coopération fait appel au volontariat. Mais le parti se range à l’avis de Mao qui préconise une généralisation des « coopératives supérieures », grosses unités de travail dans lesquelles les terres, les bêtes et les outils sont collectivisés. En 1957, ces coopératives regroupent la quasi-totalité des paysans chinois. Initialement programmée sur une période de 10 à 15 ans, la collectivisation de l’agriculture a été accomplie en trois ans.

Enquêtant sur place en 1956, l’agronome René Dumont note que la collectivisation accélère la modernisation de l’agriculture : « La grandiose transformation en cours n’est pas seulement la suppression du microfundium inadapté au matériel moderne, l’agrandissement des parcelles et des unités de production. Dans l’esprit du Parti et d’une fraction notable des paysans, elle est d’abord la suite de la conquête du sol, de la réforme agraire ». Cette transformation du monde rural passe également par l’éducation : « Il a fallu improviser une élite nouvelle à partir des anciens parias, ex-paysans pauvres et ouvriers, presque tous illettrés au départ. La liquidation de l’analphabétisme débuta dans l’Armée rouge et au village, par les moyens les plus rudimentaires ». Un réseau culturel le complétera, « avec cinémas ambulants, bibliothèques, groupes de théâtre amateur ». Une irruption de la culture de masse dans les villages qui contribue à la popularité des réformes : « Dans l’esprit du paysan chinois, ces rapides progrès culturels sont mis à l’actif du Parti : il a combattu plus volontiers dans l’armée qui se souciait de lui apprendre à lire ». Tout aussi importante est la transformation des rapports entre les sexes : « L’émancipation féminine est aussi portée à son crédit : libre choix de l’épouse, suppression du concubinage, de l’asservissement à la belle-mère ». Le résultat de la loi de 1950 dans les campagnes est palpable : « La paysanne chinoise se voit mieux respectée et considérée ; elle participe davantage au travail des champs – progrès discutable – comme à la direction des affaires du village ». Avec la collectivisation agricole, enfin, la santé publique devient une priorité : « Le paysan met aussi à l’actif du Parti les réalisations en matière d’hygiène ; la sage-femme compétente chasse la vieille matrone, la pouponnière soulage la mère, le dispensaire du village permet les premiers soins, la vaccination se répand » (1).

Avec la « Ligne générale de transition vers le socialisme », ce n’est pas seulement la collectivisation agricole qui est à l’ordre du jour. C’est aussi la socialisation de l’industrie, du commerce et de l’artisanat. Mais contrairement aux propriétaires fonciers, les entrepreneurs ne sont pas considérés comme des ennemis de classe. Ils appartiennent à cette « bourgeoisie nationale » qui est l’alliée historique du parti et dont l’étoile figure sur le drapeau de la République populaire de Chine au côté du prolétariat, de la paysannerie et de la petite bourgeoisie. On n’hésite pas à fustiger ceux d’entre eux dont le comportement est blâmable, mais il n’est pas question de liquider cette catégorie sociale et de confisquer les entreprises privées. Conscient de l’importance des activités industrielles et commerciales, le gouvernement organise leur rachat progressif sous la forme d’entreprises mixtes. Politique conduite avec méthode et précaution, qui a permis d’employer le savoir-faire du secteur privé en l’absorbant peu à peu dans le secteur collectivisé. De toutes façons, les capitalistes n’ont guère le choix. L’État contrôlant le crédit et l’approvisionnement, ils renoncent bon gré mal gré à leurs privilèges. A la fin du premier plan quinquennal, en 1957, la République populaire de Chine a achevé la transformation socialiste de la propriété des moyens de production dans l’agriculture, l’industrie et le commerce. Processus révolutionnaire, cette socialisation s’est souvent effectuée dans l’enthousiasme, mais elle génère de nouvelles contradictions.

L’arriération et le délabrement du pays, en effet, exigeaient une concentration des moyens incompatible avec le maintien de la petite propriété privée. En rationalisant l’allocation du capital, la collectivisation a permis une croissance vigoureuse du produit intérieur brut et l’attribution d’un revenu très faible, mais relativement égalitaire, à l’ensemble de la population. Au prix d’un prélèvement important sur l’activité économique, notamment sur l’agriculture, elle a rendu possible le décollage industriel et porté le taux d’investissement à des hauteurs inégalées. Comme l’industrialisation repose sur le contrôle strict des salaires, cette stratégie nécessite une mobilisation permanente. Faute d’allocation des ressources par les prix, l’incitation liée à la recherche du profit est inexistante. Le développement doit alors s’appuyer sur « des incitations non matérielles », constamment exaltées par des campagnes où l’on vante les mérites du socialisme. Afin de maintenir le contrôle de l’État sur les comportements économiques, toute possibilité d’obtenir un revenu en dehors du système de planification est vouée à disparaître.

Largement inspiré du modèle soviétique, le développement de la Chine repose sur les deux piliers de la collectivisation et de la planification. Il correspond aux données objectives d’un pays extrêmement pauvre où tout est à construire, à nouveaux frais et sans aide extérieure. La mobilisation générale de la population, sous la conduite du Parti, a jeté les bases d’une économie moderne, tout en faisant reculer l’analphabétisme et la maladie. Le pays demeure très pauvre, mais il amorce un processus de développement qui sera ininterrompu jusqu’à nos jours. Politique brutale, qui impose le sacrifice du confort matériel tout en répartissant équitablement la pénurie. Mais politique couronnée de succès, car c’est durant le premier plan quinquennal que la Chine s’arrache à la misère. Le paradoxe, c’est que ces résultats spectaculaires vont pousser le Parti à s’engager dans une voie périlleuse. Avec le Grand bond en avant, lancé en 1958, les dirigeants chinois entendent prendre leurs distances avec le modèle soviétique. L’autonomie des communes populaires, la construction de milliers de hauts fourneaux dans les campagnes et la mobilisation révolutionnaire de la paysannerie pour « réaliser le communisme » représentent une voie chinoise qui tranche avec le système stalinien.

Entreprise prométhéenne aux objectifs démesurés, illusoire voie rapide vers le communisme, le Grand Bond souffre d’abord d’un vice de conception. Mais ce dernier est aggravé par les erreurs et les malversations : certains secrétaires de province truquent les chiffres pour faire valoir des résultats imaginaires. Dopé par les succès initiaux, l’emballement de la machine a des conséquences dramatiques lorsque s’effondre la production agricole. Mais si la situation tourne à la catastrophe, c’est aussi parce qu’aux erreurs humaines s’ajoutent les désastres climatiques. L’année 1958 bénéficie d’un climat favorable, mais le tiers des surfaces cultivables, en 1959-60, subit une sécheresse de printemps suivie de typhons dévastateurs. Situation d’autant plus périlleuse que l’embargo occidental interdit à la Chine d’importer un seul grain de blé en provenance des pays développés. Triplement victime d’un programme erroné, des caprices du ciel et de l’anticommunisme étranger, le pays accuse dès 1959 un net déficit de la production alimentaire. La famine qui en résulte est terrible, mais elle n’est pas la pire de celles qu’a connues le pays au cours du siècle : celle de 1928-30, à l’époque où le Guomindang dirigeait le pays, est au moins aussi meurtrière.

Mais peu importe : il faut discréditer à tout prix l’époque maoïste, et le bilan de la famine de 1959-61 est gonflé comme une baudruche par des auteurs dont la médiatisation est inversement proportionnelle au sérieux de leurs travaux. Le chiffre de 36 millions de morts avancé par Yang Jisheng dans son livre Tombstone (2008), par exemple, ne repose sur aucune étude statistique précise, et il est démenti par l’analyse des taux de mortalité au cours des années 1959-61. « Bien que l’accroissement de la population des années 1959-1961 ait été inférieur à celui enregistré entre 1956 et 1958, il était encore supérieur de 5,6 % à la moyenne mondiale et beaucoup plus élevé que lors des années précédant 1949. Le taux de mortalité de 1959, 1960 et 1961 était respectivement de 1,46 %, 1,79 % et 1,42 %, soit une moyenne de 1,56 %, ce qui est à peu près identique à la moyenne mondiale de l’époque, et bien inférieur au taux de mortalité des années précédant 1949. Pendant les trois années de famine, 30 952 300 personnes sont mortes, et par rapport au taux de mortalité inférieur de 11,4 % entre 1956 et 1958, il y a eu un excédent de 8,3 millions de décès », souligne Mobo Gao, chercheur chinois qui a vécu sur place les années 1959-61 (2). Quant au chiffre avancé par Franck Dikötter dans son livre Mao’s Great Famine (2010), il est proprement délirant : l’auteur décrète que la mortalité pour l’année 1957 est de 10/1000, soit un ratio plus bas que celui de la France en 1960, et il en déduit de façon totalement absurde que la surmortalité imputable à la famine du Grand Bond est de 45 millions de morts.

Les comptes fantastiques des détracteurs du maoïsme visent évidemment à stigmatiser un régime qu’ils tiennent pour criminel. Ramené à des données objectives et situé dans son contexte, le drame des années 1959-61 rappelle surtout que la Chine a longtemps été un pays où la famine rôdait dans les campagnes. Elle a d’ailleurs atteint son paroxysme en 1928-30, où une terrible sécheresse a fait 10 millions de victimes dans le nord du pays. En 1959, le pays demeure extrêmement pauvre en dépit des premiers succès remportés par le socialisme, et il s’extrait à peine de la gangue de misère où il croupissait dix ans plus tôt. Un autre facteur de crise est généralement sous-estimé : la forte croissance démographique. Car les progrès sanitaires et sociaux ont compliqué la tâche des responsables de l’économie chinoise. L’hygiène publique, les campagnes de vaccination et l’amélioration des conditions de vie réduisent la mortalité et stimulent la natalité. Avec le boom démographique, le nombre de bouches à nourrir augmente rapidement, et cette poussée met l’agriculture au défi de fournir l’alimentation nécessaire. A la veille du Grand Bond, la croissance annuelle de la population oscille entre 2 et 2,5 %, tandis que la croissance de la production agricole n’excède pas 2 %. Cet écart ne sera comblé que progressivement, dans les années 70, lorsque l’agriculture disposera de semences sélectionnées, de machines agricoles et d’engrais chimiques.

Ces contraintes objectives, au demeurant, n’empêchent pas la stratégie maoïste de porter ses fruits, et l’échec dramatique du Grand Bond est loin d’avoir brisé l’élan de la révolution chinoise. Jusqu’à la mort de Mao, la politique socialiste connaît des inflexions de trajectoire, mais elle consolide pour l’essentiel les acquis antérieurs. Hormis la séquence chaotique de 1966-68, la période qui suit la fin du Grand Bond est caractérisée par l’amélioration de la situation économique et la consolidation des acquis sociaux. Marquées par le volontarisme du Grand Timonier, les « années Mao » sont des années de progrès incessant sur les plans économique, social, éducatif et sanitaire. Certes le pays demeure très pauvre. Mais le succès de la Chine est impressionnant dans le domaine de l’éducation, avec le recul massif de l’analphabétisme : 85 % en 1949, moins de 15 % en 1975. Il l’est plus encore dans le domaine de la santé, avec l’allongement spectaculaire de l’espérance de vie : atteignant 64 ans en 1976, elle est nettement supérieure à la moyenne mondiale, et elle dépasse de 11 ans celle de l’Inde « démocratique ».

Rien n’est plus instructif, en effet, que la comparaison entre les deux géants asiatiques. En 1950, la Chine ravagée par la guerre se trouve dans un état de délabrement et de misère pire que celui de l’Inde au lendemain de l’indépendance. Aujourd’hui, la Chine est la première puissance économique mondiale et son PIB représente 4,5 fois celui de l’Inde. Il vaut mieux naître en Chine qu’en Inde, où le taux de mortalité infantile est quatre fois plus élevé. Un tiers des Indiens n’ont ni électricité ni installations sanitaires, et la malnutrition touche 30% de la population. Comment expliquer un tel décalage ? « La Chine a généralisé l’accès à l’enseignement primaire, aux soins médicaux et à la protection sociale, et ce bien avant de se lancer dans des réformes économiques orientées vers le marché », souligne l’économiste indien Amartya Sen, Prix Nobel 1998 (3). Cet écart entre les deux puissances asiatiques, c’est le maoïsme qui l’a creusé : en 1976 l’espérance de vie en Chine est de 64 ans contre 53 ans en Inde. L’Inde, contrairement à la Chine, a manqué d’un investissement massif de la puissance publique dans l’éducation et la santé : ce dont elle a souffert, c’est d’un déficit de socialisme.

Aujourd’hui, les Chinois savent bien que « la réforme et l’ouverture » ont été favorisées par les efforts réalisés au cours de la période antérieure. Contrairement aux Occidentaux, ils soulignent la continuité – en dépit des changements de trajectoire – entre le maoïsme et le post-maoïsme. Aussi le regard qu’ils portent sur Mao Zedong est-il très éloigné du discours dominant en Occident. La vérité c’est que Mao a mis fin à cent cinquante ans de décadence, de chaos et de misère. La Chine était morcelée, dévastée par l’invasion japonaise et la guerre civile. Mao l’a unifiée. En 1949, elle est le pays le plus pauvre du monde. Son PIB par tête atteint la moitié environ de celui de l’Afrique et moins des trois quarts de celui de l’Inde. Mais de 1950 à 1980, durant la période maoïste, le PIB s’accroît de façon régulière (2,8 % par an), le pays s’industrialise, et la population passe de 550 millions à 1 milliard d’habitants.

C’est un fait indéniable : malgré l’échec du Grand Bond, et malgré l’embargo occidental, la population chinoise a gagné 28 ans d’espérance de vie sous Mao. Les progrès en matière d’éducation et de santé ont été massifs. La femme chinoise – qui « porte la moitié du ciel », disait Mao –a été éduquée et affranchie d’un patriarcat ancestral. En 1950, la Chine est en ruines. Trente ans plus tard, elle est un pays pauvre, mais c’est un État souverain, unifié, équipé, doté d’une industrie lourde. C’est une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’atmosphère est frugale, la discipline sévère, mais la population est nourrie, soignée et éduquée comme elle ne l’a jamais été. En 1973, Alain Peyrefitte, ministre du général de Gaulle, soulignait les avancées sociales du maoïsme : « La notion des droits de l’individu, au nom de laquelle sont formulées toutes les condamnations de la Chine populaire, garde-t-elle un sens dans un pareil contexte historique ? Et quel sens ? Les critiques sont portées au nom des valeurs de base de la société occidentale, non à celui des valeurs chinoises. Comme la notion de bonheur, celle de liberté est relative. La révolution a donné aux Chinois, non seulement une liberté collective, dont ils étaient privés depuis que leur pays avait été vassalisé et dépecé, mais quelques libertés individuelles que beaucoup ne soupçonnaient pas : elle a libéré les paysans pauvres des propriétaires fonciers ; les affamés, de la disette ; les endettés, des usuriers ; les fils, du despotisme de leur père ; les femmes, de la tyrannie de leur mari ; les fonctionnaires, des prévarications de leur chef ; le peuple, de la misère. La force irrésistible qui avait poussé les masses à se joindre à la croisade menée par l’Armée rouge, ce fut un espoir de libération : qui pourrait dire qu’il a été entièrement déçu ? Croit-on que beaucoup de Chinois n’aient pas conscience que leur destin collectif est meilleur que l’ancien ? Quand ils évoquaient la Libération, il s’agit pour la majorité d’entre eux, en dépit de certaines apparences, d’une réalité. La Chine récapitule en quelques décennies l’évolution que les pays occidentaux ont connue en quelques siècles » (4).

Bruno Guigue

René Dumont, Révolution dans les campagnes chinoise, Seuil, 1957, pp. 340-42.
Mobo Gao, Bataille pour le passé de la Chine, Mao-Tsé-toung et la Révolution culturelle, Delga, 2020, p. 233.
Jean Drèze et Amartya Sen, Splendeur de l’Inde ? Développement, démocratie et inégalités, Flammarion, 2014, p. 83.
Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera, Plon, 1973, T. 2, p. 297.

Le 18 juin 2021

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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2 août 2021

La passionnante histoire du Parti Communiste Chinois. 4ème Partie

https://www.legrandsoir.info/la-passionnante-histoire-du-parti-communiste-chinois-4eme-partie.html

Bruno GUIGUE

Quand on évoque la « Grande Révolution culturelle prolétarienne », de quoi parle-t-on ? Officiellement, elle s’est déroulée de 1966 à 1976. Mais encore faut-il dissiper une ambiguïté, la même expression désignant en réalité deux temporalités distinctes : la séquence courte (1966-68) et la séquence longue (1966-76). Or la narration dominante a trois caractéristiques : elle souligne l’immensité des violences et des destructions qui caractérisent la séquence courte (1966-68) ; elle en impute la responsabilité à la soif de pouvoir de Mao Zedong ; et elle fait l’impasse sur les transformations sociales qui ont accompagné la séquence longue (1966-1976). Mais la réalité est quelque peu différente, et des chercheurs chinois comme Mobo Gao et Hongsheng Jiang contribuent à une intelligibilité nouvelle de l’événement, à égale distance de la vulgate occidentale et de l’histoire officielle chinoise.

Ombres et lumières de la révolution culturelle


Dans sa séquence courte (1966-68), la Révolution culturelle est un événement révolutionnaire d’une extrême intensité, accompagné de violences qui ont marqué une génération entière. Avec cette révolution dans la révolution, Mao et les gardes rouges entendent mobiliser les masses contre l’appareil du parti lui-même, afin de l’empêcher de restaurer le capitalisme et de sombrer dans un révisionnisme de type soviétique. Figure chinoise d’une révolution ininterrompue, qui a soulevé davantage de questions qu’elle n’en a résolues, et qui a rencontré ses limites dans une société harassée. Dans une résolution adoptée en 1981, le Parti communiste chinois a porté un jugement sévère sur cette expérience historique, qualifiée de « dérapage gauchiste » 1. Condamnant à l’oubli cette séquence révolutionnaire, il a engagé des réformes que les gardes rouges auraient conspuées. Marxiste à sa façon, le « socialisme aux caractéristiques chinoises » repose sur l’idée que le développement des forces productives, désormais, est la condition indispensable de la transformation des rapports sociaux.

La Révolution culturelle, dans sa séquence courte, épouse les orientations de la direction maoïste en faveur d’une rénovation radicale de l’appareil communiste et d’une accélération de l’édification socialiste. Moment-clé, la « circulaire du 16 mai » adoptée par le bureau politique en 1966 appelle au combat contre la pensée réactionnaire dans tous les domaines. Mais c’est dans les milieux universitaires que va commencer cette entreprise d’auto-épuration du parti et de la société. La Chine a accompli un effort colossal de scolarisation : elle compte 103 millions d’élèves dans le primaire, 13 millions dans le secondaire et 534 000 étudiants dans le supérieur. Éduquée dans l’amour des valeurs socialistes, cette jeunesse scolarisée représente une force explosive dans une société où les moindres privilèges suscitent l’indignation. Le point de départ de la Révolution culturelle, c’est un dazibao (journal en gros caractères) rédigé par des étudiants en philosophie qui incrimine la direction de l’Université de Pékin. La presse du parti lui donne aussitôt un large écho, et Mao y voit le « premier dazibao marxiste-léniniste de Chine ».

Lors du comité central qui se réunit en août 1966, Mao accomplit un geste symbolique lourd de conséquences : il fait diffuser aux membres du comité central la lettre qu’il a adressée aux gardes rouges du Lycée annexe de l’Université Tsinghua : « Il est juste de se rebeller ». Plus explicitement encore, il fait afficher son propre dazibao : « Bombarder le quartier général » ! Dans la foulée, on adopte les fameux « Seize Points » qui définissent les objectifs du mouvement : il s’agit de « combattre et écraser les responsables engagés sur la voie capitaliste, critiquer les autorités académiques réactionnaires de la bourgeoisie, critiquer l’idéologie de la bourgeoisie et de toutes les autres classes exploiteuses, réformer le système d’enseignement, la littérature, les arts et toutes les autres branches de la superstructure qui ne correspondent pas à la base économique socialiste ». Appelée à poursuivre le mouvement, la jeunesse va s’enrôler massivement dans les gardes rouges. D’abord vouée à la critique du système éducatif, cette organisation connaît un essor considérable après le rassemblement d’un million de jeunes sur la Place Tiananmen le 18 août.

Jusqu’au début du mois de septembre, la capitale subit un déferlement de violence verbale et physique. Les gardes rouges dégradent des rues, des édifices, des monuments. Ils déclarent « ennemis de classe » des personnalités connues, écrivains ou enseignants, ils fouillent et saccagent leurs résidences. Ces jeunes qui défilent en scandant des slogans révolutionnaires ou molestent des « droitiers » en les coiffant de bonnets ridicules haïssent le vieil ordre social, et c’est parce qu’ils en voient partout la survivance – à tort ou à raison – qu’ils déchaînent une violence qui ne restera pas toujours verbale. Ils ne veulent pas abattre le régime en place, même s’ils exècrent nombre de ses dirigeants. Ce que veulent ces jeunes exaltés, c’est perpétuer le flux de la révolution prolétarienne, introduire dans la société le ferment d’un mouvement incessant. Pourquoi ? Pour l’empêcher de succomber à sa propre pesanteur, à son propre conservatisme, pour freiner la chute du régime fondé par la révolution vers les abîmes d’une restauration insidieuse.

Au cours de l’automne 1966, le mouvement des gardes rouges se répand dans tout le pays. Mais il se divise aussi en factions rivales, donnant naissant à des organisations de « gardes rouges rebelles » qui prétendent incarner la véritable ligne maoïste. La composition même du mouvement évolue aussi. D’abord majoritaires, les lycéens et collégiens sont supplantés par les étudiants. Plus expérimentés, ils ciblent davantage les responsables politiques, suspectés d’être engagés dans la voie capitaliste et de pactiser avec le révisionnisme. Ils visent explicitement ce « quartier général bourgeois » qui est tapi dans l’ombre. Ils s’en prennent à l’armée, où des milliers d’étudiants des écoles militaires mettent en cause les organismes de direction ou occupent les états-majors. Mais c’est surtout l’entrée en scène des ouvriers qui va donner à la Révolution culturelle une nouvelle impulsion tout en aiguisant ses contradictions internes. Une extension du mouvement d’abord redoutée des autorités, aussi soucieuses de préserver l’appareil productif que d’appliquer les consignes révolutionnaires. Mais lorsqu’elles mobilisent des ouvriers pour défendre les institutions face aux gardes rouges, elles les impliquent dans le cours des événements.

En décembre 1966, les ouvriers obtiennent le droit, comme les étudiants, de créer des organisations rebelles dans les usines et de participer aux « échanges d’expériences révolutionnaires ». Cette effervescence atteint notamment les ouvriers les plus défavorisés, apprentis ou temporaires. On leur interdit de s’organiser à l’échelle nationale, mais à Shanghai, ils contribuent à la prise du pouvoir par l’avant-garde révolutionnaire. Coalisées contre les autorités municipales, les organisations rebelles d’ouvriers, d’étudiants et de fonctionnaires marginalisent les organisations officielles et s’emparent du pouvoir. Le 5 février 1967, sur la Place du peuple, elles proclament la « Commune de Shanghai » devant un million de personnes. Exaltée par la presse maoïste, cette « Tempête de janvier » fait désormais figure de modèle. Mais le pouvoir local est finalement confié à un comité révolutionnaire qui prend la succession de la Commune de Shanghai. Un schéma appliqué dans d’autres provinces, où il suscite de nouvelles dissensions, voire l’éclatement des organisations rebelles. Dans le processus en cours, la participation des militaires est désormais officielle : l’armée doit « soutenir la gauche », tout en étant affectée à la protection des centres vitaux et des activités économiques.

Un exercice de haute voltige qui divise les militaires, mais le tropisme de l’institution la conduit à s’allier aux forces modérées. Les étudiants radicaux la prennent alors pour cible, et l’armée se trouve entraînée malgré elle dans la tourmente. A Pékin, la vieille garde du parti menée par le maréchal Ye Jianying se rebiffe. C’est le « Contre-courant de février » dénoncé par les maoïstes, qui sera rebaptisé « Résistance de janvier » par le Parti après 1976 : les représentants de l’appareil critiquent vivement la Révolution culturelle. Cette fronde n’est pas seulement verbale. Dans les provinces reculées, comme le Sichuan et le Qinghai, l’armée réprime durement les mouvements rebelles. Confortés par la direction maoïste, les rebelles impliquent alors les militaires dans leurs sanglantes querelles. L’été 1967 est chaotique. A Wuhan, lorsque la faction « conservatrice » apprend que les représentants du comité central ont pris position en faveur de la faction rebelle, les usines sont prises d’assaut par des unités militaires. Une offensive des modérés qui se heurte à une contre-offensive rebelle, et le comité révolutionnaire est mis à son tour en état d’arrestation. Avec « l’affaire de Wuhan », le pays est au bord de la guerre civile.

Si les provinces s’embrasent, la situation à Pékin est extrêmement tendue. Confiants dans le soutien de Mao, les gauchistes attaquent le ministre des affaires étrangères Chen Yi. Le 22 août, les gardes rouges provoquent des incidents devant l’ambassade soviétique et incendient le bâtiment de la légation britannique. Des excès qui conduisent Mao à réagir. Il exige l’abandon des slogans hostiles à l’armée, et se montre résolu à encadrer fermement le processus révolutionnaire. Redoutant que le pays ne s’enfonce dans une guerre civile généralisée, la direction maoïste inflige un sérieux coup d’arrêt aux débordements. Elle ordonne le retour à la normale dans les établissements d’enseignement à l’automne 1967, mais de véritables batailles rangées continuent d’opposer les factions rivales. Une étape décisive est franchie lorsque Mao, le 27 juillet 1968, ordonne l’intervention de 30 000 militaires et miliciens à l’Université Tsinghua.

Une méthode bientôt généralisée : pour assurer le retour à l’ordre dans les établissements, on y envoie des équipes ouvrières et des détachements militaires chargés d’y propager la véritable pensée de Mao Zedong. Simultanément, on procède à une nette inflexion de la doctrine : la Révolution culturelle doit désormais être dirigée par les ouvriers, non par les étudiants. La page des gardes rouges est tournée. Mais le mouvement étudiant n’est pas seulement marginalisé sur le plan politique. Ces jeunes qui ont fort peu étudié depuis deux ans, Mao décide de les envoyer à la campagne pour y être éduqués par les paysans. Politique abrupte, qui permet de trouver un emploi à des cohortes de diplômés, et de mettre un terme à l’agitation en confrontant la jeunesse au monde réel. Au total, plus de 16 millions de jeunes seront envoyés à la campagne, parfois dans des régions reculées et déshéritées. Véritable école de la vie, pénible et roborative, dont le futur président Xi Jinping a fait l’expérience.

Avec le IXe Congrès, en avril 1969, c’est le rétablissement des prérogatives d’un Parti-État placé sous protection militaire. Sur les 29 comités révolutionnaires de rang provincial, 20 sont présidés par des officiers de l’Armée populaire de libération. Au fur et à mesure du rétablissement de l’ordre, la part des rebelles dans la composition des comités s’amenuise, tandis que s’accroît celle des militaires. Les affrontements et les destructions ont désorganisé l’appareil productif et compromis la marche vers le socialisme. La priorité est désormais à la réorganisation administrative et au redressement économique. Comme toute révolution, la Révolution culturelle a débouché sur une concentration du pouvoir. D’abord écartés du processus révolutionnaire, les militaires y ont fait leur entrée pour « soutenir la gauche ». Mais cette participation était équivoque : en définitive, les militaires répriment sévèrement les mouvements radicaux, puis ils prennent une place prépondérante dans la refondation du Parti et du pouvoir. Au cours des années suivantes, jusqu’à la mort de Mao, la Révolution culturelle se poursuit, mais sous le contrôle d’un parti réorganisé et militarisé. Les rivalités au sommet connaîtront de nouvelles péripéties, notamment avec la fuite tragique de Lin Biao en 1971.

L’ordre rétabli, l’économie remise sur pieds, l’édification du socialisme connaît un nouvel essor, favorisé par les avancées scientifiques et technologiques dont bénéficient l’agriculture et l’industrie. Le peuple chinois accède à des services collectifs inconnus auparavant, le spectre de la famine s’éloigne, l’espérance de vie s’accroît régulièrement. Une des réussites de cette période, ce sont « les médecins aux pieds nus », affectés dans les campagnes pour y diffuser les techniques de prévention et d’hygiène, et qui vont faire reculer les maladies de façon spectaculaire, donnant 64 ans d’espérance de vie aux Chinois à la mort de Mao, alors qu’elle est de 52 ans en Inde à la même date. L’envoi de jeunes diplômés auprès des paysans a diffusé le savoir et rompu l’isolement de régions éloignées. Pour la première fois dans l’histoire chinoise, les enfants de paysans des provinces déshéritées sont soignés et scolarisés. Pour ces membres de l’élite intellectuelle, la vie à la campagne est rude, et les détracteurs de cette politique diront qu’on les a expédiés dans des « camps de travail ». Ils oublient que cette vie laborieuse et frugale, sans eau courante ni électricité, était encore celle des masses paysannes. Et ils se gardent bien de poser la véritable question : ces jeunes intellectuels, médecins et instituteurs, ont-ils contribué à améliorer le sort des populations ?

Sur le plan économique, l’apport de la période 1969-1976 est également positif. Les comparaisons avec la Corée du Sud ou Taïwan n’ont guère de sens. Ces petits pays ont bénéficié d’une aide massive de la part des États-Unis, tandis que la Chine est sous le coup de sanctions économiques imposées par le monde occidental. La Chine a obtenu l’aide de l’Union soviétique jusqu’en 1958, mais elle est sans commune mesure avec l’aide américaine au Japon, à la Corée du Sud et à Taïwan. Quand Washington alloue 30 dollars par habitant à Taïwan, les Chinois ne reçoivent que 30 cents de Moscou. Quant au Japon, il est déjà une puissance industrielle avant-guerre, et il bénéficie après 1945 d’une reconstruction financée par les États-Unis tout en étant dispensé du moindre effort militaire.

Totalement isolée à partir de 1960, la Chine est contrainte de bâtir son développement avec ses seules forces et sous la menace d’une agression impérialiste. Pourtant elle s’industrialise à grande vitesse, elle construit 8000 km de voie ferrée et 220 000 km de routes, elle fait exploser sa première bombe nucléaire en 1964, elle lance son premier satellite en 1975. « Hormis les deux années chaotiques 1967 et 1968, la croissance économique de la Chine est supérieure en moyenne à celle de la plupart des pays en développement à cette époque. En 26 ans, de 1952 à 1978, la croissance annuelle du PIB est de 6,8 %, soit beaucoup plus que la moyenne mondiale de 3 %. La capacité industrielle de la Chine était équivalente à celle de la Belgique lors de la création de la République populaire de Chine en 1949, et quand Mao est mort en 1976, la Chine était déjà la sixième puissance industrielle du monde. A ce moment-là, elle était déjà le troisième producteur de charbon, le plus gros producteur de coton filé et le deuxième producteur de céréales », relève l’universitaire Mobo Gao 2.

Impossible, donc, de porter une appréciation sur la Révolution culturelle chinoise sans distinguer la séquence longue (1966-1976) et la séquence courte (1966-68). Au cours de cette dernière, la Révolution culturelle se distingue radicalement des révolutions du passé : c’est une subversion du pouvoir communiste qui provient de la direction du parti lui-même. Étrangeté d’un processus qui paraît suicidaire ? Certainement pas, puisqu’il finit par remettre le parti en selle au prix de sérieuses secousses. Pour Mao, la Révolution culturelle est destinée à épurer le parti, non à le détruire ; elle entend lui insuffler un sang neuf, non le remplacer. C’est une révolution contre le parti, mais pour l’améliorer, pour le rendre apte à poursuivre sa tâche. Exercice périlleux, car il suppose la difficile maîtrise des forces déchaînées par l’appel à la rébellion. Dialectique de la révolution dans la révolution, qui met le parti sur la corde raide et impose un ordre du jour où il faut démolir pour reconstruire.

Mais cette acrobatie politique, la direction maoïste la croit indispensable à la régénération du parti communiste et à la poursuite du processus engagé en 1949. Ce que Mao redoute, c’est une dérive de type soviétique, explique le chercheur Hongsheng Jiang : « Si un Khrouchtchev chinois prenait le pouvoir, la Chine passerait du socialisme au capitalisme, comme l’URSS après la mort de Staline. Pour éviter la restauration du capitalisme, il fallait donc lancer la RC pour combattre le révisionnisme d’un certain nombre de cadres, même si l’ensemble était bon. Le but de la RC n’était pas d’abattre un grand nombre de cadres mais de forger les révolutionnaires qui leur succéderaient, d’éduquer les masses dans le combat contre le révisionnisme, pour préparer le moment où les vétérans de la révolution céderaient la place » 3.

Comme les gardes rouges qui défilent Place Tiananmen, Mao entend poursuivre la révolution, balayer les obstacles qui se dressent sur sa route. Dans une société placée depuis 1949 sous l’emprise du parti, le danger n’est plus seulement à l’extérieur, il est aussi à l’intérieur du système. C’est la pente détestable des privilèges, de la corruption, du bureaucratisme, du conservatisme, qui constituent autant d’anticipations funestes d’une dérive plus profonde. Le capitalisme, même s’il est apparemment vaincu, demeure à l’état latent comme une tentation permanente, une menace insidieuse qui pèse sur le cours de la révolution. Les « routiers de la voie capitaliste », ceux qui veulent entraîner la Chine vers une restauration dont le révisionnisme soviétique offre l’exemple, sont à la manœuvre. Pour les neutraliser, pour extirper ces ferments de corruption, Mao s’appuie sur une jeunesse imbue de principes égalitaires pour qui les cadres sont surtout des arrivistes entre lesquels se cachent sournoisement de vrais contre-révolutionnaires.

La Révolution culturelle, de ce point de vue, porte bien son nom : c’est la lutte sans merci entre deux cultures, celle qui sanctuarise les positions acquises, et celle qui les conteste au nom de la pureté révolutionnaire. Parce qu’elles ne songent qu’à leur propre perpétuation, les institutions du pouvoir opposent leur force d’inertie à la moindre réforme. L’idéologie officielle sert de paravent à la formation d’une couche de privilégiés qui se drapent dans les plis du socialisme. Pour vaincre cette résistance, la direction maoïste s’emploie alors à mobiliser la jeunesse, elle l’enrôle dans les gardes rouges et les organisations rebelles. L’originalité de la Révolution culturelle, c’est la constitution de ces organisations de masse qui exercent une pression considérable sur le parti, afin de maintenir le cap de l’édification socialiste.

Mais cette mobilisation massive de la jeunesse étudiante et ouvrière a son revers de la médaille. Elle ouvre la boîte de Pandore d’une contestation radicale qui s’adonne à la surenchère, se dissout dans les luttes fractionnelles et finit par se couper de la majorité de la population. L’exaltation révolutionnaire prédispose à la violence, et le purisme idéologique lui procure sa légitimité doctrinale. Cette entreprise d’auto-purification confère au chaos une sorte de consécration, comme s’il était le creuset d’une refondation salutaire et le moyen de débarrasser la société, une fois pour toutes, des miasmes putrides du révisionnisme. Pour cette jeunesse radicalisée qui s’enrôle dans les gardes rouges, il n’y a pas de violence qui soit disproportionnée : elle s’ordonne toujours, avec ses pires excès, aux fins dernières de la purification révolutionnaire. Les gardes rouges haïssent le vieux monde, et tout est bon pour l’expédier dans les poubelles de l’histoire.

En un sens, l’issue était prévisible : la Révolution culturelle voulait donner le pouvoir aux masses, et il est demeuré entre les mains du Parti-État. Échec inéluctable d’une entreprise de subversion qui a sans douté placé la barre trop haut. Pour Alain Badiou, ce qu’il y a de révolutionnaire dans la Révolution culturelle s’épanouit avec les gardes rouges et les organisations rebelles, mais cette formidable flambée est bientôt recouverte par la figure classique du Parti-État : « En définitive, la Révolution culturelle, dans son impasse même, atteste l’impossibilité de libérer réellement et de façon globale la politique du cadre du parti-État, quand elle y est enfermée. Elle est une irremplaçable expérience de saturation, parce qu’en elle une volonté violente de chercher un nouveau chemin politique, de relancer la révolution, de trouver des formes nouvelles de la lutte ouvrière dans les conditions formelles du socialisme, est venue s’échouer sur la maintenance obligée, pour des raisons d’ordre étatique et de refus de la guerre civile, du cadre général du parti-État » 4.

La Révolution culturelle était peut-être le commencement prometteur d’un processus inédit, mais ce commencement augurait aussi d’une fin que Mao lui-même a prononcée. Contre les tentations anarchisantes, il savait bien qu’une révolution fait toujours appel aux mouvements de masse, mais qu’elle n’instaure jamais le règne des organisations de masse. Pour conduire la marche au socialisme dans un pays en voie de développement, il ne voit pas d’alternative au Parti-État, dût-on le soumettre périodiquement à une cure de rigorisme révolutionnaire. La frange radicale de la Commune de Shanghai, elle, voulait abolir tous les grades et tous les titres, y compris celui de « directeur », et cette rêverie libertaire a fait long feu. Reste que les directeurs, dans la Chine collectivisée qui naît de la Révolution culturelle, sont moins bien payés désormais que certains ouvriers, et qu’il mettent la main à la pâte en participant aux tâches matérielles.

Entreprise d’auto-subversion condamnée par ses excès, la séquence courte de la Révolution culturelle a provoqué un déferlement de violence. Comme toutes les révolutions, ou à peu près : la Révolution française et la Révolution russe n’étaient pas des « dîners de gala ». Pour la Révolution culturelle, l’estimation du nombre de morts violentes varie de 500 000 à 700 000. Victimes des exactions des gardes rouges, des affrontements entre groupes rebelles et milices ouvrières, des combats fratricides entre factions rebelles, de la répression, enfin, dont l’Armée populaire de libération assume la responsabilité à partir de l’été 1967.

Dans sa séquence courte, la Révolution culturelle est une quasi-guerre civile où s’opposent des factions militarisées. Mais les guerres civiles sont généralement meurtrières, et les massacres de la Révolution culturelle chinoise, en proportion de la population, sont beaucoup moins sanglants que ceux de la Guerre de Sécession aux États-Unis. Dans les deux cas, le pays tout entier est déchiré par un violent conflit armé. Entre 1860 et 1865, la Civil War provoquée par la sécession du Sud fait 680 000 tués pour une population totale de 31,5 millions d’habitants, soit 2 % de pertes humaines. En Chine, entre 1966 et 1968, la Révolution culturelle fait 700 000 morts pour une population de 680 millions d’habitants, soit 0,1 % de pertes humaines. Se pose alors la question de savoir pourquoi on décrit uniquement le second événement dans des termes apocalyptiques. La deuxième question est de savoir pourquoi Mao et les maoïstes passent pour des criminels, tandis que les dirigeants de l’Union et de la Confédération passent pour des héros.

Il est vrai que l’historiographie occidentale veut réduire à tout prix la signification de la Révolution culturelle à la lutte pour le pouvoir d’un Mao finissant. L’échec du Grand Bond ayant marginalisé le Grand Timonier, il aurait minutieusement préparé sa revanche et déclenché la rébellion de la jeunesse pour évincer ses rivaux. Tout n’est pas faux dans cette interprétation : les instances du Parti-État, par définition, sont des instances où se nouent des rapports de forces politiques. Mais Mao n’a nul besoin, en 1966, de reprendre un pouvoir dont il n’a jamais été dessaisi. « Personne n’a repris, ni n’a pu reprendre le pouvoir suprême à Mao, car il avait conservé les deux postes les plus puissants du système, à savoir celui de président de la Commission militaire, sans la permission duquel on ne pouvait engager aucune action militaire, quelle qu’en soit la nature, et le poste le plus important de tous : président du PCC », souligne Mobo Gao 5.

La séquence courte de la Révolution culturelle fut à maints égards un épisode tragique. Dans sa séquence longue, elle a contribué à faire entrer dans les mœurs un égalitarisme absolument inédit à une telle échelle dans l’histoire humaine. Outre l’extrême étroitesse de l’éventail des salaires, l’accès à des prestations collectives y est généralisé d’une manière impensable en régime capitaliste : logements quasiment gratuits, cantines collectives dans les entreprises, couverture maladie et maternité, enseignement obligatoire à tous les niveaux, système généralisé de retraites. La société chinoise forgée par la Révolution culturelle est cadenassée, mais égalitaire ; frugale, mais juste. La division entre travail manuel et intellectuel, entre tâches de direction et d’exécution n’y est pas absente, mais elle est atténuée par l’égalitarisme salarial et la participation directe des cadres à la production matérielle. Née de la Révolution culturelle, cette société austère et égalitaire volera en éclats sous l’effet des réformes. Les communes populaires et les cantines collectives laisseront la place à une nouvelle organisation sociale, ouverte à la dynamique de l’entreprise privée et à l’émulation de l’enrichissement individuel. La société nouvelle qui en résultera sera à la fois beaucoup plus riche et beaucoup plus inégalitaire. Tentative héroïque pour accélérer le passage au « communisme », la séquence révolutionnaire de 1966-68, en un sens, aura eu pour effet d’en éloigner l’horizon.

Bruno Guigue

PCC, « Résolution sur quelques questions de l’histoire de notre parti depuis la fondation de la République populaire », Beijinginformation, 6 juillet 1981. ↩
Mobo Gao, La fabrique de la Chine, Déconstruction d’un discours occidental, Éditions critiques, 2021, p. 50. ↩
Hongsheng Jiang, La Commune de Shanghaï et la Commune de Paris, La Fabrique, 2014, p. 109. ↩
Alain Badiou, L’hypothèse communiste, Lignes, 2009, p. 126. ↩
Mobo Gao, op cit, p. 204. ↩

Le 25 juin 2021

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