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![]() https://www.huffingtonpost.fr/entry/macron-veut-sattaquer-au-sentiment-anti-etat_fr_5ca49471e4b0ed0d780f020f Remarquable intuition du chef de l'état, qui se rend compte du discrédit qui entoure l'appareil répressif de la bourgeoisie. |
Xuan |
![]() Concernant le texte du ROCML , il présente le mérite de s'appuyer sur de nombreux exemples factuels. Il rappelle aussi certains principes de la théorie marxiste-léniniste. L’analyse se conclut par deux objectifs : 1 – « œuvrer à ce que les travailleurs acquièrent la conscience d'être non pas un groupe d'individus condamnés à la misère, mais une classe soumise à l'exploitation de la part de la classe capitaliste » . 2 - « lutter contre ce genre d’illusions néfastes (la possibilité de conserver l’Etat bourgeois) car elles désarment le prolétariat face à ses ennemis de classes et le détournent de la voie révolutionnaire de renversement du capitalisme » . Mais des aspects importants du mouvement des gilets jaunes, des conditions qui l'ont déterminé et conduit à sa forme actuelle, font défaut. La contradiction principale dans le mouvement des GJ Les contradictions entre les différentes composantes des GJ sont évoquées avec les composantes de ce mouvement, quoique la proportion de salariés, d'artisans, TPE, ouvriers, précaires, commerçants, retraités, chômeurs, n'apparaissent pas. Or l'orientation initiale des GJ a évolué, s'est écartée des tentatives de noyautage fasciste et les salariés sont les plus nombreux. Mais la contradiction entre capitalisme monopoliste et PME/TPE et artisans n’est pas relevée. Or le trait commun des GJ c'est qu'il regroupe essentiellement des classes opposées au grand capital. La division de la société en classes n'apparaît pas explicitement, mais le sens commun chez les GJ oppose le peuple et les « très riches », et lorsqu’ils sont nommés il ressort qu’il s’agit essentiellement des ténors du CAC 40 et de leurs valets. Le front uni qui s’est constitué oppose le peuple et les grands monopoles capitalistes. Des différentes catégories sociales qui le composent, les prolétaires, les employés et les précaires y sont majoritaires. Il faut soutenir l’idéologie prolétarienne dans le mouvement des GJ, tant sur le contenu des revendications que sur la question de l’Etat et de la violence, de sa légitimité et de son caractère de masse. La CGT, les GJ et les mouvements de masse La position de la CGT est analysée à travers des actions ponctuelles et locales, qui sont souvent positives. Mais les déclarations des directions à divers échelons ne sont pas étudiées. En particulier celles qui s’opposent à l’unité. Il ressort qu'en plusieurs endroits des cadres syndicaux enfermés depuis des décennies dans le réformisme et des illusions du type "pour de nouveaux droits sociaux", sont hostiles à l'unité avec les GJ. Et certains d'entre eux le rendent bien aussi. Il en résulte un véritable sabotage de l'action commune. Etudier ces positions et les combattre sous leurs différents aspects est une nécessité pour réaliser l’unité du peuple, sans pour autant tomber dans l’angélisme envers des appels inconsidérés de GJ à la « grève générale ». Même si des grèves nationales ou la grève politique de masse nous paraissent des mots d’ordre adéquats, les conditions de leur succès doivent en être remplies. L'objectif est le "tous ensemble!" Dans le milieu médical ou chez les enseignants la colère gronde aussi. Il existe d’autres mouvements sociaux ou organisations de masse qui se sont rapprochés des GJ, ce sont des écologistes et la Confédération Paysanne. L’unité populaire contre les monopoles s’élargit spontanément. D'autres combats légitimes peuvent parfaitement contribuer à la lutte contre les monopoles capitalistes. Il est notoire que la bourgeoisie essaie des dresser des pare-feux pour désorienter les masses. Certains dirigeants révisionnistes font de même avec ce qu'on appelle les sujets sociétaux. L'oppression des femmes est un sujet de choix dans cette lutte idéologique, compte tenu de leur présence importante sur les rond-points. L'oppression des femmes doit être dénoncée elle aussi, mais d'un point de vue de classe, avec le mot d'ordre "à travail égal salaire égal", la revendication sur les pensions de reversion, l'aide aux familles monoparentales, en priorité. La question de l'Etat, la violence et la légalité. L’article développe le point de vue léniniste sur l’Etat mais de façon surprenante il n’aborde pas la question de la violence et de la légalité, qui sont pourtant au cœur du sujet, puisque le renversement de l’Etat implique une révolution. Dans les faits le débat sur la légalité et la violence n'ont pas attendu les marxistes-léninistes pour prendre corps, dès que des GJ s'en sont pris ouvertement à des symboles de l'Etat, ministère, édifices publics, voire l'Elysée, en même temps qu'à des symboles du luxe des classes dominantes. La plupart des manifestations n'ont pas été déclarées. Bien que certaines revendications aient un caractère réformiste, ce mépris de la "loi Républicaine" de la bourgeoisie a un sens profondément révolutionnaire. De même les violences envers les "représentants de la loi" ont été largement commentées dans les réseaux sociaux, notamment après le coup de poing de Dettinger, révélant à l'occasion de micro trottoirs que "même les mémés aiment la castagne" . La violence policière a elle-même largement contribué à ancrer l'idée qu'il y a violence et violence et que celle du peuple peut être justifiée, et cela en dépit ou grâce à la propagande gouvernementale, elle-même largement rejetée. Ainsi des GJ ont parfois applaudi l'arrivée des blacks blocks et salué leur intervention courageuse qui les a sorti des traquenards policiers. Il est donc beaucoup plus important de faire la part du vrai et du faux sur la question de la violence et de la légalité que de rappeler les principes marxistes sur l'Etat. La violence et la légalité sont les termes mêmes dans lesquels se pose la question de l'Etat maintenant. Un mouvement sans parti Le mouvement des GJ n’est pas apolitique puisqu’il s’oppose au gouvernement. Par contre il est sans parti. Ceci est une des conséquences de la ligne électoraliste développée dans le pcf, qui a conduit à s’accrocher à la social-démocratie jusqu’à son naufrage, de telle sorte que le pcf est devenu un repoussoir comme les autres, et inaudible de surcroît. C’est aussi une conséquence de la capitulation devant la campagne anticommuniste des mêmes sociaux-démocrates, aboutissant à renoncer à la notion et à l’objectif du socialisme. Là aussi, abandon de l’objectif du socialisme, remplacé par le mot d’ordre vide de sens de « dépassement du capitalisme » . Malgré une opposition plus forte, le dernier congrès du pcf n’a pas éradiqué l’idéologie révisionniste ni balayé ses représentants. Au contraire, ces derniers calculent encore des martingales très improbables avec Hamon ou d'autres sociaux-démocrates, contre la volonté du dernier congrès. Du point de vue de l’objectif politique, sauf ponctuellement le mouvement des GJ ne va pas au-delà d'un référendum, et aucun parti ne propose de perspective matérielle, ni sur la démocratie populaire ni sur la propriété des moyens sociaux de production. Il en résulte que le mouvement des GJ n’a pas d’objectif révolutionnaire en dehors du « changement de système » , et ne possède pas l’organisation permettant de définir cet objectif et de l’atteindre. La principale tâche et la plus urgente des marxistes-léninistes reste donc de poursuivre la lutte pour un parti révolutionnaire, un parti communiste fondé sur le marxisme-léninisme. Cette lutte devrait être menée à l’intérieur et à l’extérieur du pcf. Or les GJ sont sans parti et en rejettent l’autorité. Peu à peu la nécessité de l’organisation, c’est-à-dire de la discipline s’est imposée, mais ils ne reconnaissent pas de chef ni d’organisation centralisée et démocratique. C’est aussi une tradition petite-bourgeoise profondément ancrée dans notre pays et encouragée par certains marxistes comme Badiou. Ces faits montrent que la lutte pour un nouveau parti communiste ne concerne pas seulement les marxistes-léninistes mais les larges masses. Il incombe aux marxistes-léninistes de développer l’idée parmi elles, parmi les GJ en priorité, que « Pour faire la révolution il faut un parti révolutionnaire » , et que « la seule force du prolétariat c’est son organisation » . |
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![]() Les «gilets jaunes» et les tâches des communistes marxistes-léninistes Les mobilisations des «gilets jaunes» suscitent des appréciations diverses et variées. Certains constats sont partagés et conformes à la réalité, notamment deux : que, indépendamment des individualités de ceux qui jouent un rôle de «référent» ou sont mis en avant par les médias comme «figure», les populations touchées et impliquées incluent une forte composante prolétarienne ou semi-prolétarienne ; et que ces événements accentuent les facteurs de déstabilisation que subit le gouvernement, qui est déjà en position fragile du fait de l’incapacité de Macron de mettre en oeuvre la méthode de fonctionnement qu’il avait proposée à la bourgeoisie comme candidat aux élections présidentielles. Il ne faut pas pour autant s’engouffrer dans des interprétations stéréotypées qui dévient vers une vision subjectiviste de la part de ceux qui prennent leurs désirs pour des réalités. Par exemple¹ : « C’est une vague qui vient des entrailles du peuple, des damnés de la terre, surexploités par le capitalisme dont Macron est la figure de proue. » La composition sociale des manifestations est hétérogène : travailleurs salariés ainsi que personnes appartenant aux couches pauvres des milieux prolétariens (chômeurs, retraités, familles monoparentales), couches inférieures de la petite bourgeoisie travailleuse (petits artisans, petits commerçants, petits transporteurs, petits paysans), autoentrepreneurs de toutes sortes, chefs d’entreprise. Les protestations contre les taxes sur le carburant sont largement partagées par les travailleurs, mais cette question constitue aussi un point de cristallisation qui permet aux représentants des couches de la petite bourgeoisie parties prenantes des mobilisations, d’assumer un rôle de figures de proue. Ainsi, sous un certain aspect, les mobilisations sont un symptôme du fait que des portions considérables de la petite bourgeoisie subissent les effets sur leurs conditions de vie, de la pression qu’exerce le capital confronté à la situation de crise économique prolongée. Ces couches sont effrayées par la menace du déclassement susceptible de les faire basculer dans la situation de prolétaires. La nature des revendications Le principe de base en ce qui concerne l’organisation est celui de la communication par les réseaux sociaux. La formulation des revendications exprimées a suivi le même mécanisme, du moins au niveau national. Cela a eu comme conséquence, dans un premier temps, un fleurissement d’expressions de mécontentement couvrant un large éventail : prix de l’essence, taxes sur le carburant, taxes de toutes sortes, cout de la vie, rejet du gouvernement et de Macron. Par la suite, bien que dans leur ensemble les mobilisations aient gardé un caractère bigarré, s’est établi partiellement un semblant de mouvement structuré, autour principalement de deux personnages représentatifs. Une liste de revendications a été élaborée, toujours par voie de réseaux sociaux². Quel que puisse être le degré d’influences directes émanent des forces politiques dont, officiellement, les "gilets jaunes" se démarquent, le fait est que des parentés considérables existent. Pour se mettre en avant, La France Insoumise dresse la liste des points qui, figurant parmi les revendications des "gilets jaunes", font partie également du programme de LFI présenté au cours de la campagne pour les élections présidentielles de 2017 et/ou ont fait l’objet, depuis, de propositions de loi³. Il se trouve que, sur un certain nombre de sujets, des orientations similaires sont promues par le Rassemblement National. La coïncidence "gilets jeunes"/LFI/RN se remarque pour les revendications suivantes formulées par les "gilets jaunes" : Progressivité de l’impôt avec plus de tranches ; Pas de prélèvement à la source ; Que les gros payent gros et que les petits payent petit ; Récupérer les 80 milliards de fraude fiscale ; Retraite à 60 ans ; Interdiction des délocalisations ; Interdiction de brader les biens français ; Plus de moyens (justice, police, armée, éducation). En ce qui concerne la comparaison établie par LFI, s’ajoutent à cela les revendications suivantes : Augmenter le SMIC à 1300 euros ; Revalorisation des retraites à 1200 euros minimum ; Zéro SDF ; Fin de la politique d’austérité ; Cesser de rembourser les intérêts de la dette qui sont déclarés illégitimes ; Fin du travail détaché ; Sécurité de l’emploi ; Retour au CDI comme norme ; Emplois pour les chômeurs ; Gaz et électricité publics et baisse des prix ; Stop à la fermeture des petites lignes, des bureaux de postes, des écoles ; Transport de marchandises par voies ferrées ; Que les causes des migrations forcées soient traitées ; Déconnexion des temps électoraux des élections présidentielle et législatives. À noter en particulier le chiffrage à 1300 euros du SMIC, figurant effectivement dans le document "L’Avenir en commun" (plus précisément, 1326 euros pour 35 heures). Le positionnement de la CGT La CGT a clarifié progressivement, au niveau confédéral, sa façon d’intervenir en rapport avec les "gilets jaunes" : elle met en avant qu’une partie importante des revendications formulées par les "gilets jaunes" coïncident avec celles portées par la CGT, et elle tient compte du fait que parmi ses membres, nombreux sont ceux qui participent aussi aux mobilisations des "gilets jaunes". Cependant, aux niveaux inférieurs de la structure organisationnelle et à la base, certains « demandent […] à la confédération d’accélérer le rapprochement » ou plus précisément considèrent que « la confédération devrait être à l’avant-garde de ce mouvement populaire » . Des contacts entre des "gilets jaunes" d’une part, des syndicats CGT de l’autre, se sont produits ici et là. Il est utile d’en citer quelques exemples, afin de se rendre compte de ce que peuvent être - ou ne peuvent pas être - de telles initiatives. Dans l’agglomération de Rouen, des rapprochements se sont établis entre des collectifs de "gilets jaunes" et les Union locales CGT. La CGT a porté la revendication d’augmentations des salaires et du SMIC. Un appel à la grève a été lancé pour le 30 novembre par la CGT au sein de l’usine Renault à Cléon « pour ancrer cette colère » dans l’entreprise. Des rondspoints et d’autres entrées au site ont été bloqués. Outre le syndicat de l’usine et les "gilets jaunes", participaient des délégations d’autres entreprises et d’Unions locales CGT. Dans le secteur automobile également, on peut noter un appel à la grève sur quatre jours lancé par la CGT Michelin Blanzy (Saôneet- Loire) « afin de pouvoir participer à tous les points de blocages des Gilets Jaunes et celui de la CGT à l’échangeur vers Michelin » . Les ports ainsi que les terminaux pétroliers constituent fréquemment une cible. Le 20 novembre des "gilets jaunes" bloquent l’accès de la raffinerie Total de La Mède (située près de Marseille). Une intervention des CRS les contraint à se replier, mais le 21 la CGT lance une mobilisation avant les négociations salariales annuelles programmées pour le lendemain. Le délégué CGT de la raffinerie : « 80 % des postés sont en grève, nous arrêtons les expéditions, camions, bateaux. Cela donnera un bol d’air aux gilets jaunes. On est tous dans le même bateau. » À Donges (près de Saint Nazaire)10, le site de la raffinerie Total est bloqué par intermittence par des "gilets jaunes" à partir du 20 novembre, pour plusieurs jours, les expéditions sont perturbées. Le délégué CGT de la raffinerie : « On ne bloque pas les raffineries, on se met en grève. Donc on n’entrave pas la liberté de passage, mais on arrête les expéditions, on baisse les débits, on arrête les chargements, les approvisionnements des dépôts et des ports » . La grève touche également la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne) et celle de Feyzin (Rhône). En ce qui concerne les ports, des mouvements revendicatifs s’étaient développés pour des raisons spécifiques, en rapport avec la perspective d’une régionalisation des grands ports maritimes. Dès octobre dernier, des actions de protestation ont été menées à ce sujet par des syndicats CGT, elles se sont poursuivies après le surgissement des "gilets jaunes". Le 15 novembre le Premier ministre Édouard Philippe, lors d’une réunion du Comité interministériel de la mer annonce la décision de fusionner les ports du Havre, de Rouen et de Paris dans un établissement public unique. Alors les Fédérations CGT nationales des Ports et des Docks décident de rejoindre le mouvement des "gilets jaunes", à partir du 23 novembre ¹¹. L’un des porte-paroles indique : « De toute façon la plupart des dockers sont déjà des gilets jaunes à titre individuel, donc autant agir ensemble et de manière collective pour être plus efficaces. Nos patrons comprennent, car eux aussi souffrent de la hausse des taxes sur les carburants comme de la hausse des impôts en général. » Mais la CGT incite simplement ses adhérents à rallier les "gilets jaunes" pendant les jours où ils ne travaillent pas, ou en dehors des heures de travail. « Même si le patronat comprend, les entreprises du transport et de la logistique souffrent du mouvement qui paralyse pas mal les échanges de marchandises, pas la peine d’en rajouter en manifestant sur nos heures de travail » , explique un docker, "gilet jaune" à Calais. Toujours dans le cadre de la protestation contre la fusion des ports de l’Axe Seine, le 3 décembre des dockers et agents portuaires CGT du port de commerce de Lorient débrayent et bloquent le boulevard de la Rade, à proximité de l’entrée du port de commerce qui, elle, reste libre d’accès¹². Le même jour, des "gilets jaunes" rejoints par la CGT bloquent le terminal pétrolier Rubis de Grand- Quevilly, près de Rouen¹³. Le 2 décembre des "gilets jaunes" commencent à bloquer l’accès au dépôt pétrolier BP de Frontignan, près de Montpellier¹4;.Aucun camion-citerne ne peut rentrer sur le site, mais les "gilets jaunes" laissent passer les automobilistes qui souhaitent se rendre aux domiciles et aux centres commerciaux situés près du dépôt. Le lendemain, le blocage s’étend à un des accès au port de Sète en soutien aux dockers et aux grutiers, dont des syndicalistes de la CGT, qui se sont mis en grève pour leurs propres revendications liées à des questions de pénibilité au travail. La grève s’étant arrêtée à midi, les "gilets jaunes" ont ensuite libéré l’accès au port. Le 4 à nouveau des "gilets jaunes" bloquent deux accès menant au port de Sète. Là, des dockers arrivent pour faire partir les "gilets jaunes" en déblayant les encombrants. Puis c’est le tour à de personnes cagoulées intervenant pour dégager les "gilets jaunes" qui restaient au dépôt pétrolier de Frontignan. Un docker justifie l’intervention en faisant valoir que les blocages ralentissaient l’activité du port, et que cela les pénalisait étant donné que leur prime dépend de l’activité du port. À partir du 29 novembre, le port de marchandises de Brégaillon, à La Seyne sur Mer, était complètement paralysé par des barrages de "gilets jaunes". La zone était inaccessible pour les dockers de même que pour le personnel portuaire de la chambre de commerce, ce qui entraînait leur mise au chômage technique - mais il faut préciser qu’une partie des dockers sont payés à la tâche. Dans un premier temps les dockers réagissaient en bloquant eux-mêmes le 3 décembre l’entrée nord est du centre-ville de la Seyne, dans l’espoir d’amener ainsi les "gilets jaunes" à stopper le blocage du port. Important, mais il ne s’agit que d’une coopération conjoncturelle, et pas d’une collaboration au plein sens du terme, qui montrerait une fusion organique entre syndicalistes et "gilets jaunes" dans un mouvement unique. La reconnaissance de ce fait ressort d’ailleurs indirectement d’un un certain discours évasif souvent tenu par des syndicalistes : « Les syndicalistes et les « gilets jaunes » sont avant tout des citoyens » ¹. « Nous savons que les gilets jaunes ne veulent pas des syndicats, mais avant d’être des dockers, nous sommes aussi des citoyens » ¹. Parfois, dans les discussions au sujet des perspectives d’actions communes transparait la différence d’approche, objectivement incontournable. Côté "gilets jaunes", c’est parce que fondamentalement, pour ceux qui ne sont pas travailleurs salariés, le domaine des revendications centrées sur le rapport travailleur-employeur - même s’il peut se prolonger au delà de l’entreprise pour inclure l’état, ne les concerne pas. Extrait d’un reportage¹ : « Beaucoup, chez les gilets jaunes, disaient fermement ne pas vouloir rejoindre le mouvement syndical. "Parce qu’il est politisé et proche des entreprises. Les syndicats luttent pour la répartition du gâteau. Nous, on dit qu’il n’y aura bientôt plus de gâteau à se partager", notait Denis, un gilet jaune vichyssois, faisant notamment allusion aux salaires. "Le paradigme syndical est trop ancien. Aujourd’hui le pouvoir est horizontal, et non plus vertical", abondait Nadine, autre membre du mouvement du 17 novembre. "Les syndicats n’ont pas changé grandchose en quarante ans", soufflaient d’autres gilets jaunes. » Côté CGT, c’est parce que symétriquement, il faudrait parler politique pour expliquer en quoi il peut y avoir des objectifs communs. Il n’y a que le discours réformiste qui peut apporter un faux-semblant de raisonnement universel. Extrait d’un communiqué de la Fédération CGT des Services publics¹: « L’heure est à l’action pour gagner sur les revendications ! […] Gilets jaunes, gilets rouges, sans gilets, la Fédération CGT des Services publics soutient toutes celles et ceux qui luttent pour une répartition des richesses au bénéfice du plus grand nombre. » Extrait d’un tract de la CGT du site de Renault à Cléon² : « La mobilisation des gilets jaunes est un succès et c’est tant mieux ! Ceux qui manifestent leur colère face à l’augmentation des prix ont mille fois raison !!! Nous devons continuer, tous ensemble et exiger une meilleure répartition des richesses. » Pour certains militants politiques, une façon de faire face au caractère composite des protestations consiste à se focaliser sur des aspects pouvant être considérés comme spécifiquement liés aux intérêts des travailleurs, c’est-à-dire mettre en avant « les revendications qui sont d’abord sociales : augmentation des salaires et pensions, baisse des taxes, justice fiscale, services publics, etc.²¹ » Cela les amène à un renouvellement de l’économisme critiqué par Lénine (voir à ce sujet l’article sur l’expérience des révolutions russes de 1905 et 1917), actualisé par une dose de réformisme social-démocrate. « La bonne voie, qui doit être la ligne que doit suivre la confédération [CGT], est celle de la convergence pour que la CGT puisse jouer son rôle de syndicat de transformation sociale, assurer une cohérence des revendications pour éviter une convergence droitière. » Ces problématiques restent controversées du côté autant des "gilets jaunes" que des syndicats. Au sein de la CGT notamment des interprétations diverses, et divergentes, se manifestent à différents niveaux. Quoi qu’il en soit, l’attitude de la part de la CGT, pour autant qu’elle consiste à tenter de favoriser certains axes revendicatifs des travailleurs tout en sollicitant les "gilets jaunes" à s’y associer, semble produire quelques effets positifs. Elle aide à faire comprendre aux "gilets jaunes" que la lutte, pour être efficace, ne peut pas se contenter de contacts individuels improvisés, mais doit s’appuyer de préférence sur des structures organisationnelles construites à travers des expériences antérieures. Ce n’est pas par hasard que ces efforts de la part de la CGT ont trouvé un écho favorable en particulier dans des localisations comme Toulouse, Nantes, Le Havre, Paris, où le mouvement ouvrier lui-même a la capacité suffisante pour agir selon sa propre initiative tout en maîtrisant l’élargissement de l’action à des forces sans tradition de lutte. Inversement, cette structuration est plus difficile à construire quand il s’agit des petites et moyennes entreprises disséminées dans les zones périurbaines et rurales. Apolitisme, ou politique à la manière de secret de polichinelle Les "gilets jaunes" insistent régulièrement pour affirmer qu’ils se conçoivent comme "apolitiques". Ce terme n’a pas de signification clairement définie, et il peut couvrir deux aspects différents, séparés. Tantôt il s’agit de la part de la composante petite-bourgeoise des"gilets jaunes", de mieux faire passer leurs revendications corpora-tistes. Tantôt il s’agit pour ceux qui se trouvent du côté des couches dites "populaires", d’exprimer le rejet de l’ensemble des partis politiques et de leurs représentants que sont le président, les ministres, les députés et autres. Ce rejet est tout à fait justifié. Interrogée sur l’éventualité d’une liste de "gilets jaunes" aux élections européennes, Priscillia Ludosky, elle, rétorque « je ne veux pas faire de politique » , indique qu’elle « vote blanc, souvent » et qu’elle juge les partis « trop dans la promesse, avec un discours de gourou malsain » ²². Néanmoins Benjamin Cauchy, "gilet jaune" politiquement marqué à droite, a raison d’affirmer à son égard qu’elle « fait de la politique, mais plus marquée à gauche » ²³. Ce qui pose problème, c’est la confusion qui règne dans les esprits entre d’une part, cette critique justifiée de la réalité concrète caractérisant le régime politique en place, et d’autre part, "la politique" en général. La nécessité de clarifier le rapport entre action pour des revendications matérielles et prise de position en termes de politique, n’a pas été amenée par les mobilisations des "gilets jaunes". Cette question traverse toute l’histoire du mouvement syndical. Une idée repandue consiste à considérer qu’un syndicaliste ne doit pas "faire de la politique". La confédération CGT-Force ouvrière incarne explicitement cette orientation. Par exemple, Jean-Claude Mailly, étant secrétaire général de FO, expliquait très clairement sa conception à ce sujet dans le contexte des élections présidentielles de 2012⁴: « Je pense que dans une démocratie le rôle des syndicats n'est pas de faire de la politique politicienne. Quand on a une revendication on fait de la politique. Quand on obtient satisfaction sur tel ou tel point ça a des conséquences globales politiques au sens noble du terme. Maintenant les syndicats selon moi n'ont pas à rentrer dans le jeu politique. [...] De mon point de vue ce n'est pas le rôle d'une organisation syndicale de rentrer dans un débat politique. Le rôle d'un syndicat c'est de présenter les revendications, de défendre ces revendications, de négocier, d'agir, y compris par la grève pour les faire aboutir. Quel que soit le résultat de l'élection présidentielle il y aura un gouvernement demain. Si l'on veut être libre en tant que syndicat face à ce gouvernement il ne faut pas s'être engagé dans la campagne. [...] Notre rôle en tant que syndicat c'est bien de porter les revendications le 1er mai, d'affirmer quelles sont nos revendications sans pour autant rentrer dans un jeu politicien "voter pour un tel ou voter pour un tel" [...] [Ce 1er mai 2012] appartient aux salariés. Le premier mai par définition historiquement c'est quoi, le premier mai c'est une journée de revendication et de solidarité internationale dans le monde entier [...] Mais le premier mai n'a pas à être politisé. » Les luttes récentes contre la "loi travail" et les "ordonnances Macron" ont mis en évidence qu'on ne peut pas dissocier l'action revendicative dans l'entreprise sur la base des conventions collectives, de l'action dirigée contre l'instance politique que constitue le gouvernement. Le syndicalisme qui s'interdit de caractériser la nature des gouvernements comme organe d'exercice du pouvoir de la bourgeoise, assume consciemment une collaboration à ce pouvoir. D'un point de vue pratique, cet "apolitisme" des "gilets jaunes" signifie le refus d'avoir recours aux représentants des partis politiques. Ainsi par exemple, alors que François Ruffin, député LFI, vient rendre visite à un barrage de rondpoint, l'idée d'un soutien de sa part suscite les paroles suivantes de la part d'un manifestant²: « On sera peut-être obligés, mais personnellement je préfèrerais qu'on reste sans politique. Je ne veux pas de représentant. » Et un autre commentaire exprime explicitement le fond de cette vision: « Je ne pense pas que ce soit par les politiques que l'on arrivera à faire passer quelque chose. Là, c'est le peuple qui s'exprime et je pense qu'il faut qu'il soit entendu à sa juste valeur. » Pour illustrer comment cette approche se met en oeuvre, voici un cas symptomatique. Selon ce qu'on peut lire dans la presse, « quasiment depuis la genèse du mouvement, Dominique Balasz gère la page Facebook des gilets jaunes du secteur d'Obernai »². Il se dit courtisé par un syndicat Force ouvrière et deux partis, le Rassemble ment national et la France insoumise. Sa position à ce sujet: « Ils peuvent participer, mais on ne montre aucune étiquette. Les gilets jaunes sont apolitiques. Ce qui me plaît dans ce mouvement, c'est qu'on brasse toute sorte de personnes, des retraités, des chômeurs, des employés et même quelques cadres » . L'article cité précise qu'il est salarié chez Peugeot et que sa femme est DRH. La démocratie directe Le principe d'un mécanisme de référendum permettant aux citoyens de soumettre des propositions de loi peut se décliner selon des variantes diverses, dont certaines existent déjà dans le fonctionnement des institutions parlementaires. Ceux qui pensent pouvoir "améliorer" l'exercice de la démocratie au moyen de tels dispositifs, se trompent lourdement, à un double titre. D'abord, pour que la pratique puisse être en accord avec la théorie, il faudrait que les mécanismes soient définis de manière à ce que le cas échéant, une décision prise au suffrage universel s'impose effectivement, quel que soit l'avis qui, sur le sujet tranché, prévaut au sein des institutions. Il est évident que le gouvernement, en supposant qu'il consentira à prendre en considération la de concernant le référendum, veillera à poser de multiples garde-fous pour exclure les déconvenues du genre de ce qui s'est produit avec la sortie de la Grande-Bretagne, de l'Union européenne. Et puis, rien n'empêche jamais le pouvoir bourgeois d'imposer sa propre volonté s'il le juge nécessaire, en passant outre la volonté "démocratiquement" exprimée des citoyens, et ceci en employant les moyens appropriés - c'est-à-dire la force armée si nécessaire. Là encore l'opportunisme et le réformisme version "syndicalisme de transformation sociale" emboitent le pas à l'idée qu'on puisse rendre démocratique la dictature de la bourgeoisie par un simple maquillage enjoliveuse de forme: tout en considérant comme prioritaires « les revendications sociales » ils jugent que le référendum d'initiative citoyenne « représente une revendication juste »²⁷. Une orientation en apparence plus "radicale" se manifeste parmi les "gilets jaunes". Elle conçoit la mise en œuvre de la "démocratie directe" non pas comme un additif à la démocratie parlementaire, mais comme l'application universelle d'une méthode d'organisation autonome à la base, pour court-circuiter les institutions. C'est la façon la plus aboutie d'ignorer la division de la société capitaliste en classes, division qui pourtant justement se reflète au sein des "gilets jaunes". Ce serait "le peuple qui s'exprime" à travers l'organisation et la prise de décisions dans le cadre "d'assemblées populaires". Cette méthode va de pair avec l'idée selon laquelle "le peuple", c'est "tout le monde". Un « Appel des gilets jaunes de Commercy à des assemblées populaires partout » exemplifie cette vision. Voici quelques extraits²⁸: « [...] nous fonctionnons depuis le début avec des assemblées populaires quotidiennes, où chaque personne participe à égalité. [...] Mais voilà que le gouvernement, et certaines franges du mouvement, nous proposent de nommer des représentants par région ! [...] Mais nous ne voulons pas de "représentants" qui finiraient forcément par parler à notre place! [...] À Commercy une délégation ponctuelle a rencontré le sous-préfet, dans les grandes villes d'autres ont rencontré directement le Préfet: ceuxci font déjà remonter notre colère et nos revendications. Ils savent déjà qu'on est déterminés à en finir avec ce président haï, ce gouvernement détestable, et le système pourri qu'ils incarnent! [...] il y a une chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d'achat ! Cette chose, c'est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C'est un système nouveau où "ceux qui ne sont rien" [...] reprennent le pouvoir [...] sur les dirigeants et sur les puissances de l'argent. C'est l'égalité. C'est la justice. C'est la liberté. [...] nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. [...] Si délégués il doit y avoir, c'est au niveau de chaque comité populaire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. [...] Nous appelons aussi à ce que les centaines de groupes de gilets jaunes [...] se coordonnent entre eux, au niveau local et départemental, en toute égalité! » . Certains syndicalistes s'engouffrent dans cette illusion de la "démocratie directe", ce qui les amène à une vision faisant disparaitre la lutte de classe. Ainsi dans un tract émanant d'Info'Com-CGT « Appel aux gilets jaunes: gagner ensemble, c'est possible! » , publié au sujet des manifestations du 1er décembre, on lit: « Le mouvement des "gilets jaunes" exprime depuis le 17 novembre dernier, le ras-le-bol d'un peuple qui n'en peut plus d'être taxé, humilié, exploité, méprisé par un pouvoir toujours plus distant de sa réalité. [...] Notre objectif commun est de redonner le plus rapidement possible le pouvoir de décision au peuple, par le peuple, pour le peuple. Un pouvoir qui lui revient pleinement de droit. » Il est vrai qu'ainsi les "gilets jaunes", selon leur conscience subjective, "font de la politique" en dehors des partis. Néanmoins, prétendre que chaque personne, dans toute sa richesse de pensée, puisse être "gilet jaune" en tant qu'"individualité pure" à égalité avec chacun des autres "gilets jaunes" - cela constitue une vue de l'esprit, une vision abstraite démentie par la réalité concrète. Imposer aux participants des mobilisations de mettre leur étiquette politique dans la poche, à la manière du cinéma western ou mafia où en entrant dans un bar on dépose son arme au vestiaire, cela n'est que du faire-semblant. Les affinités politiques persistent, avec fatalement la tendance de s'aligner sur les quelques caractéristiques qui en gros délimitent les alternatives, tels que: droite, gauche, extrême droite, extrême gauche, communistes, anarchistes, et quelques autres. Fondamentalement,on est renvoyé à l'opposition entre deux pôles - pas plus -: bourgeoise ou idéologie socialiste (communiste), idéologie de la classe dominante ou idéologie du prolétariat. Face à un phénomène tel que les "gilets jaunes", la tâche des communistes marxistes-léninistes est d'oeuvrer avec comme objectif de faire avancer en ce sens la conscience de classe parmi le prolétariat. Petite bourgeoisie et classe ouvrière La petite bourgeoisie en tant que composante du système capitaliste, par inclinaison naturelle soutient explicitement ou implicitement le pouvoir bourgeois, qui est celui de la grande bourgeoisie capitaliste proprement dite. Quand les petits bourgeois sont menacés dans leurs conditions d'existence habituelles, ils se cabrent et tentent de préser ver individuellement leur situation, dans un face à face avec le gouvernement. Quant aux travailleurs salariés, ils se trouvent objectivement ré unis dans un rapport collectif, celui qui oppose la classe ouvrière à la classe des capitalistes et donc au gouvernement non pas dans sa simple fonction institutionnelle formelle, mais en tant que représentant du pouvoir de la bourgeoisie. Ce qui fait que leurs luttes sont d'emblée collectives, même quand l'idéologie réformiste les réduit à la défense d'un statut subordonné au sein de la société capitaliste. Ainsi le processus potentiel - mais nécessaire - de prise de conscience au sujet de la nature de la société capitaliste sépare fondamentalement les travailleurs des autres couches concernées. La tâche à assumer parles militants révolutionnaires dans ce contexte ne consiste pas à intervenir dans un sens faussement pragmatique, comme ceux qui considèrent que "ça bouge" et qu'il faut donc "pousser" (ce qui peut d'ailleurs inclure de "pousser" indistinctement les travailleurs et tous les autres "mécontents"). Notre tâche est celui que nous nous fixons d'un point de vue général, d'œuvrer à ce que les travailleurs acquièrent la conscience d'être non pas un groupe d'individus condamnés à la misère, mais une classe soumise à l'exploitation de la part de la classe capitaliste. Les travailleurs n'ont rien à espérer de l'état bourgeois Les mobilisations des « gilets jaunes » qui secouent la France depuis mi-novembre de l’année dernière, par les revendications qu’elles ont portées et portent toujours se sont enfermées dans une contradiction politique. À la fois elles dénoncent l’État et les personnalités politiques de tous bords comme étant la source de tous les maux de la société capitaliste française mais elles considèrent que ce même État, s’il était dirigé par le « peuple », c’est-à-dire tout le monde à l’exception des élites qui nous gouvernent depuis des décennies, pourrait servir les intérêts du « peuple ». Les « gilets jaunes » ne sont pas les seuls à porter ce genre de conceptions. L’ensemble des centrales syndicales y compris la CGT, les réformistes de FI ou du PCF jusqu’à l’extrême droite du RN et autres, tous se revendiquent de l’intérêt du « peuple » qu’ils pensent - ou prétendent - représenter. Il n’y aurait qu’à leur donner le pouvoir, qu’ils gagnent les élections, qu’ils occupent l’appareil d’État, et enfin naitrait une politique du peuple par le peuple pour le peuple. Tous oublient ou masquent à dessein le fait que l’État bourgeois n’est rien d’autre qu’un instrument d’oppression d’une classe sur une autre. La lutte des classes existe bel et bien comme une résultante des contradictions internes du capitalisme, le prolétariat bien que désarmé depuis des décennies est une menace tout à fait réelle pour la bourgeoisie capitaliste qui ne saurait consentir autre chose qu’une démocratie purement formelle. Aussi l’État bourgeois, quels que soient les représentants politiques qui l’administrent, ne saurait être autre chose qu’un instrument au service du capitalisme. Malheureusement aujourd’hui c’est une conception tout autre sur l’État qui domine le débat public. L’État et son organisation telle qu’elle existe, même lorsqu’il est détesté, reste un horizon indépassable. Au dessus des classes, devant servir l’intérêt commun de l’exploiteur et de l’exploité, ménageant la chèvre et le chou comme on dit, voilà la conception qui prévaut dans la mobilisation actuelle au sujet de l’État et de son rôle. L’absence de conscience de classe et des idées communistes dans le mouvement ouvrier en général depuis des décennies et dans les symptômes de révolte actuels en particulier est la principale cause de domination idéologique bourgeoise et petite bourgeoise dans le débat politique. La question de l’État n’échappe pas à la règle. Le grand débat lancé par Macron, en plus de chercher à calmer la protestation des « gilets jaunes », laisse entendre de manière sous-jacente qu’un compromis soit possible entre la politique libérale du gouvernement ultra-favorable aux grands monopoles capitalistes, et la satisfaction des aspirations au mieux vivre des masses travailleuses. De la même manière, les revendications des « gilets jaunes » qui visent à renverser le gouvernement Macron et à remodeler l’ensemble des institutions qui nous gouvernent pour les remplacer par un pouvoir horizontal, « citoyen », sans toucher aux fondements de la société capitaliste - ces aspirations souffrent de grandes illusions au sujet d’une « démocratisation » de l’État, encore accentuées par l’évolution en sens contraire sous le régime de la Ve République et de son président disposant de tous les pouvoirs. Depuis la Commune de Paris, les communistes en la personne de Karl Marx puis Lénine ont théorisé le rôle de l’État et surtout son caractère de classe, non seulement sous le capitalisme mais aussi dans la période de transition révolutionnaire vers le communisme. L’État de par sa nature même est principalement un instrument d’oppression d’une classe sur une autre. En l’occurrence s’agissant du régime capitaliste, il est l’instrument d’oppression de la classe des capitalistes et des gros propriétaires fonciers sur le prolétariat. L’État capitaliste, quelle que soit sa forme et y compris en république démocratique, sert donc les intérêts des classes possédantes de la société au détriment de « ceux qui ne sont rien ». Pour maintenir le pouvoir de la bourgeoisie l’État dispose d’un ensemble de moyens de propagande idéologique, presse, cinéma, télévision, radio etc. mais aussi de coercition : police, armée, renseignement etc. Les centaines de blessées des récentes mobilisations n’ont rien à voir avec des « bavures » policières, elles sont l’exemple même de ce dont la bourgeoisie est capable lorsque l’on esquisse seulement une volonté de remettre en cause l’ordre bourgeois. La récente loi anticasseurs votée à l’Assemblée nationale constitue une grave remise en cause de la liberté de manifestation, qui s’attaque non seulement aux « gilets jaunes » mais aussi plus largement à toutes les manifestations politiques ou syndicales. L’État n’est donc pas un instrument au dessus des classes, un médiateur entre les exploiteurs et les exploités, mais un instrument d’oppression des uns à l’égard des autres, et ceci par nécessité du fait de la lutte de classe existant dans la société. De la même manière il serait faux et même naïf de croire que la libération des travailleurs de l’oppression capitaliste et de son État signifie la disparition de toute forme d’État. Dans ce dernier cas de figure, et c’est le but des communistes marxistes-léninistes, l’État bourgeois sera détruit, mais quant à la lutte de classe, elle persiste, si bien que l’État demeure nécessaire au prolétariat pour mater la bourgeoisie déchue et assurer la transformation complète de la société. L’État ne devient donc pas un État du « peuple » au sens où il est entendu aujourd’hui, une démocratie « pure », « direct », car les antagonismes de classe qui existent aujourd’hui sous le pouvoir de la bourgeoisie subsisteront encore après le renversement de son État. Tant que le prolétariat a besoin d’un État ce n’est pas pour la liberté mais pour le combat contre la bourgeoisie. C’est dans le but de masquer cette vérité que la bourgeoisie et ses valets cachent le caractère de classe de leur État et le présentent comme la démocratie du « peuple entier ». C’est par méconnaissance ou tromperie qu’une grande partie des travailleurs, bien qu’opposées farouchement à l’État bourgeois et à sa politique, continuent de croire que c’est de l’intérieur du cadre que fixe celui-ci, en « prenant le pouvoir » par les urnes, en prenant l’initiative par l’action directe des « citoyens » que la société pourrait être débarrassée de ses maux. Dans tous les cas il est de la responsabilité des communistes de lutter contre ce genre d’illusions néfastes car elles désarment le prolétariat face à ses ennemis de classes et le détournent de la voie révolutionnaire de renversement du capitalisme. 1 "Avec ou sans gilet, tous unis pour faire payer les riches!", Chantiers Actu n° 10. http://cercles.communistes.free.fr/rcc/publi/tracts/2018_12_25_chantiersactu10.pdf 2https://www.francebleu.fr/infos/societe/document-la-liste-des-revendications-des-gilets-jaunes-1543486527 https://fr.scribd.com/document/394450377/Les-revendications-des-gilets-jaunes 3. https://lafranceinsoumise.fr/2018/12/17/demandes-des-gilets-jaunes-lespropositions- de-la-france-insoumise-toutes-rejetees-par-en-marche/ 4. https://www.rassemblementnational.fr/pdf/144-engagements.pdf 5. https://avenirencommun.fr/livret-emploi-rtt/ 6. 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