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 Manuel Valls : peut mieux faire

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Xuan
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   Posté le 10-01-2011 à 00:15:22   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Qualifié d’ idiot utile de l’UMP lors de sa sortie sur le « déverrouillage » des 35 h, Valls a paraît-il fait « l’unanimité contre lui » au PS, où tous ces faux-culs se sont récriés « pas touche à mes 35 h » !
On n’aura pas la méchanceté de prétendre qu’il cherchait-là quelque soutien financier pour sa propre candidature, mais en même temps on ne pourra pas s’empêcher d’y penser fortement ; comme on connaît ses saints on les honore.

Le 6 janvier à Bagneux, Ségolène Royal s’est donc fait un peu de pub auprès des mères de famille :
" (...) à un moment où on entend remettre en cause la durée légale du temps de travail qui a permis à la vie familiale de s'épanouir. La diminution la durée légale du temps de travail a permis une conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle. Et cela a été un progrès très important qu'il n'est bien sûr pas question de remettre en cause. ".

Que le patronat ait monnayé les 35h contre la flexibilité des mêmes mères de famille ne l’a évidemment pas effleurée.
En fait pas de quoi fouetter un chat pour elle, qui s’empressait d’ajouter "Il n'y a aucun sujet interdit. Chacun s’exprime en fonction de ses convictions, tous les sujets peuvent être abordés, et heureusement, il y a encore une liberté de parole" .

Or la sortie de Valls ne faisait que répéter la Bible de l’économiste en chef socialo DSK, qui déclarait le 19 novembre à Frankfurt à l’occasion du congrès bancaire Euro Finance :
« Les citoyens [européens] ne sont pas à leur plein potentiel. Dans une certaine mesure, cela reflète un choix conscient social de travailler moins d'heures. Il n'y a rien de problématique ici, après tout, le bonheur ne vient pas du seul revenu. Mais il y a un côté sombre. Le taux de chômage en Europe est chroniquement élevé, et le taux de l'emploi est toujours faible, surtout chez les femmes, les travailleurs âgés et les jeunes. "


__________



Qu’à cela ne tienne, sous le titre "35 heures : Valls se prend une danse" , l’Humanité du
6 janvier
se félicitait déjà qu’ « Après la sortie de Manuel Valls, la gauche continuait, hier, de défendre les 35 heures. »
Or Valls avait déjà annoncé la couleur dans son livre Pouvoir paru en mars 2010 sans faire la moindre vague .

Les indignations du PS sont donc à géométrie variable et le parti révisionniste fait semblant de l’ignorer.

Le lendemain, l’Humanité interroge…Jean-Daniel Lévy, directeur du département Opinions d'Harris Interactive.
Lequel avance cet argument prolétarien imparable :
Jean-Daniel Lévy ." Pour 51 % des sondés, la productivité des salariés n’augmenterait pas si les 35 heures étaient supprimées. En revanche, leur suppression est clairement perçue comme entamant les conditions de travail sans que l’on soit absolument persuadé de l’effet sur la relance économique en France. Il existe certainement une interrogation sur la capacité de restituer la croissance issue de l’augmentation du temps de travail."

Nous ne doutons pas désormais que le parti révisionniste saura défendre les 35 h au nom de la productivité préservée et de la relance économique .

___________



Mais le plus surprenant n’est pas cette petite comédie de la vertu outragée.
Alors que l’UMP organisait déjà une claque triomphale sur "le courage de M. Valls" , Sarkozy élude le sujet : "La question n'est pas de supprimer les 35 heures, ni de revenir sur un acquis social, mais de permettre de travailler plus" .
Mercredi Matignon faisait remarquer que ce "débat récurrent" était "politique" et n'entrait "pas dans l'agenda social" de 2011. Lors du premier Conseil des ministres de l'année, le 5 janvier, Nicolas Sarkozy exhortait ses ministres à ne pas participer "à des polémiques" , ou à "anticiper des échéances électorales encore lointaines" .
Il se contentait simplement d’enregistrer le consensus : «Je suis heureux que les conséquences désastreuses des 35 heures sur la compétitivité des entreprises (...) et le pouvoir d’achat des salariés soient aujourd’hui reconnues au sein de toutes les grandes familles politiques.»

Cette attitude mesurée du chef de l’Etat répond en fait aux indications du seul musicien silencieux de l’orchestre, celui qui tient la baguette :

Le 5 janvier, le Medef publiait sur son site Web ce commentaire discret

" Les 35 heures et le coût du travail : les vrais enjeux d'une compétitivité équitable"

" (...) Le Medef souhaite que le débat se poursuive en intégrant les données suivantes :
1/ La question du coût du travail ne saurait être sérieusement abordée sans une réflexion approfondie sur la protection sociale, sa gestion et son mode de financement
.


La réflexion approfondie c’est une couverture santé à trois niveaux comprenant une assurance maladie obligatoire a minima, une assurance maladie complémentaire (obligatoire ou facultative selon les versions) et une assurance maladie supplémentaire libre.
[à lire sur le sujet : sur le site Basta ! et sur Mediapart]

2/ L'intégration définitive des allègements de charges dans le barème des cotisations sociales doit être rapidement menée à bien. En effet, comme l'a indiqué récemment le Conseil des prélèvements obligatoires sur la base des travaux du Trésor et de la DARES, toute suppression de ces allègements aurait des effets désastreux sur l'emploi .

à lire sur ce sujet :
http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20101006trib000556304/niches-fiscales-et-sociales-apres-les-particuliers-les-entreprises-sur-la-sellette.html

Pour le Medef les allègements de charge devraient donc être maintenus après l’abolition des 35 h. A savoir 4 milliards d'euros de défiscalisation et d’exonération de cotisations sociales, plus 15 milliards d'euros en exonérations supplémentaires.

3/ Le concept d'une durée légale qui serait la même pour tout le monde et tout le temps est obsolète. Il convient de faire confiance aux partenaires sociaux et de leur permettre de déterminer ensemble la durée optimum par branche ou par entreprise (...) "

Ce que précise Hervé Novelli dans une interview au Point le 6 janvier :

(...) on change radicalement la donne en revenant sur la durée légale du travail et on donne plus de latitude sur un certain nombre de domaines du droit social aux entreprises. Et c'est aux partenaires sociaux que l'on confie le soin de fixer, par entreprise et par branche, la durée du travail adaptée (...) "
" (...) En ce qui concerne les salariés qui ont aujourd'hui recours aux heures supplémentaires - ce n'est pas la majorité - et qui subiront une perte, on peut très bien imaginer une prime annuelle pendant un ou deux ans pour compenser, avec la réserve de 22 milliards ... Ce sera la négociation qui le dira (...) "


En clair puisqu’il n’est nullement question d’augmenter les salaires mais au contraire de mettre fin à la majoration salariale liée aux 35h, les salariés devront travailler 39 heures payées 35, soit une baisse de salaire de 11%.

Résumons :

Le patronat avait obtenu en échange des 35 h la flexibilité et l’accroissement de la charge de travail. De sorte que la productivité a été largement augmentée.
En prime il a bloqué les salaires et a bénéficié des allègements de charge et exonérations.
A l’exception des repos obtenus (bien nécessaires au regard de l’accroissement de la charge de travail), les 35 h ont été calamiteuses pour la classe ouvrière. La baisse des salaires par rapport aux profits en témoigne.
Bien entendu les partis de droite et de gauche ont servi conjointement les intérêts du patronat dans la cohabitation, et les larmes de crocodile de Sarkozy sur le pouvoir d’achat des salariés ne méritent rien d’autre qu’une volée de cailloux.

A présent le patronat compte obtenir l’abolition des 35 h en conservant tout le bénéfice des dispositions favorables qui les accompagnait, et cela sans augmentation de salaire ni heure supplémentaire, mais au contraire assortie d’une baisse des salaires.

Beaucoup de travail de déverrouillage en perspective pour Manuel Valls, avant de recevoir les satisfecit du Medef, et un gros boulot de maquillage pour ses amis du PS, afin de conserver les voix du Front de Gauche. Tel est le prix du succès de la Gauche en 2011.

Gageons que la classe ouvrière et l’ensemble des salariés ne l’entendront pas ainsi et qu’ils opposeront la lutte de classe aux plans de la bourgeoisie.


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Xuan
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   Posté le 20-01-2011 à 15:17:00   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Nouvelle offensive idéologique contre les salaires



Suite à la publication par l’Agence France-Presse du rapport de l’institut de sondage patronal Coe-Rexecode remis le 20 janvier à Eric Besson, la presse bourgeoise s’en prend derechef aux salaires.

Ici c’est une attaque en règle et tous les titres sont à l’unisson.

l’Alsace titre « le différentiel franco-allemand expliqué » :
l’Allemagne « a mis en œuvre, méthodiquement et collectivement, une stratégie de compétitivité sur plusieurs années : maîtrise des déficits publics, investissements en recherche, réformes profondes du marché du travail, modération salariale durable »

L’Usine Nouvelle s’en prend au coût des salaires et aux 35 h en faisant le chantage à l’emploi :

« les coupables de cette perte de compétitivité sont tout désignés : les coûts salariaux. Le coût moyen de l’heure de travail - charges comprises - dans l’industrie a augmenté en France plus rapidement qu’en Allemagne. »
une politique de réduction de la durée du travail aurait « engendré une hausse des coûts horaires et des coûts unitaires de production, tout en réduisant la marge de manœuvre des industriels »



Dans le
Nouvel Observateur, l’heure n’est pas à la critique mais au compte-rendu « objectif » :
« Eric Besson, prône un "pacte" entre pouvoirs publics et organisations syndicales et professionnelles. »

Les Echos relèvent la nécessité de réduire les charges :

COE-Rexecode prône donc un « pacte de compétitivité industrielle » entre pouvoirs publics, partenaires sociaux et citoyens, dont l'une des mesures prioritaires serait un « recalage de nos coûts industriels » : « Comme on ne peut pas dévaluer, il faut au moins stopper l'hémorragie liée au coût du travail par une nouvelle baisse des charges, de 10 à 15 milliards d'euros » , juge Michel Didier, président de l'institut de conjoncture.
« adapter le compromis social salaire-emploi-durée du travail à la contrainte de compétitivité » .




Le Figaro souligne lui aussi

les Écarts de coûts salariaux

Impossible de ne pas regarder ensuite les écarts de coûts salariaux. Notamment depuis la mise en place des 35 heures… Il en ressort que «le coût horaire du travail dans l'industrie manufacturière a progressé de 28 % en France entre 2000 et fin 2007 contre seulement 16 % en Allemagne» . Et les résultats des entreprises : entre 2000 et 2007, l'excédent brut d'exploitation de l'industrie manufacturière a progressé de 67,3 % en Allemagne et reculé de 14,5 % en France. Du coup, le taux de marge des sociétés allemandes a progressé tandis qu'il stagnait en France.


Le Figaro établit donc la feuille de route du patronat français.

1 - Eviter de taxer les entreprises :

En conclusion, COE-Rexecode dresse cinq priorités pour «un pacte de compétitivité industrielle». La première, sans surprise : «prendre en compte l'impératif de compétitivité dans toute réforme de la fiscalité».

2 - S’affranchir de la durée légale du travail :

Ensuite, améliorer notre «capacité à travailler ensemble en simplifiant l'ensemble des règles qui régissent le fonctionnement du marché du travail et notamment tout ce qui contraint de façon excessive la durée du travail»,

3 - Et baisser les salaires :

Enfin, «mettre en œuvre une mesure forte et urgente de recalage des coûts industriels». Le rapport fixe comme objectif de baisser de 5 à 10 % les coûts de production dans l'industrie.

On sait que les salaires ont été bloqués précisément à l'occasion des 35 h, tandis que les prix des produits de première nécessité n'ont cessé d'augmenter. Dès le début de l'année, de nombreuses augmentations ont été annoncées.

Cette campagne idéologique a donc pour but de dresser un pare-feu contre les luttes salariales qui ne manqueront pas d'éclater.

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