| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 31-05-2020 à 23:55:52
| | Incroyable attelage syndical pour soutenir le plan Macron-Merkel. Les directions syndicales nont vraiment pas Cinq organisations syndicales françaises dont la CGT, et la Confédération des syndicats allemands (DGB) ont publié, le 20 mai, un texte commun. Son propos explicite et avoué est de soutenir linitiative commune du président français et de la chancelière allemande pour une « relance » européenne. perdu de temps : moins de quarante-huit heures après la conférence de presse conjointe dEmmanuel Macron et dAngela Merkel, elles exhortent à « emboîter le pas » à la proposition franco-allemande, tout en revendiquant plus dintégration et donc moins de souveraineté. Simultanément, les organisations patronales allemande, italienne et française se sont exprimées de manière tout à fait convergente. Bel unanimisme ! « Emboîter le pas »
lexpression est savoureuse. Et sur le fond, lévénement est inédit. Certes, depuis deux décennies, le cousinage avec des centrales dobédience sociale-démocrate au sein de la Confédération européenne des syndicats (CES) a profondément transformé lidéologie qui prévaut au sein de la direction confédérale de la CGT. Jusquà présent cependant, celle-ci nétait jamais allée jusquà donner un satisfecit aux deux grands défenseurs des travailleurs qui siègent respectivement à lElysée et à la chancellerie fédérale. Le texte ne se contente pas dun soutien. Il appelle à aller plus loin dans la voie conjointe et indissociable : encore plus dEurope, et encore plus de « vert ». Il y a quinze ans tout juste, la direction confédérale de la CGT essuyait un cinglant désaveu quand le Comité Confédéral National se positionnait clairement pour rejeter le projet de traité constitutionnel. Aujourdhui, les dirigeants confédéraux récidivent, en pire : ils nhésitent pas à marteler que « seule une réponse européenne ambitieuse » pourra faire repartir la croissance. Dabord, une telle affirmation apparaît comme farfelue au regard de lexpérience de ces dernières années la zone euro, avec laustérité qui en est indissociable, a eu les pires résultats au monde. Du reste, sa politique de restrictions et de rentabilité à tout prix en matière de santé nest pas étrangère aux dramatiques conséquences de lépidémie de Covid 19 et au désastre de sa gestion. Cela a dailleurs conduit des pays comme lItalie à faire appel, avec succès, à la solidarité de Cuba, de la Russie et de la Chine. Dautre part et surtout, les dirigeants européens, et la Commission européenne en particulier, définissent désormais comme priorité numéro un leur « Pacte vert », qui vise ouvertement une « transition écologique ». Est explicitement visée lindustrie « carbonée » : lautomobile, la construction aéronautique (ainsi que le transport aérien), mais aussi les raffineries et la sidérurgie sont en première ligne. Au nom dun « verdissement » que réclament de plus en plus dappels patronaux et de médias dominants, il sagit de se débarrasser des secteurs qui rassemblent bien souvent la classe ouvrière aux traditions de luttes les plus ancrées. La liquidation des mineurs avait joué un rôle précurseur. Du reste, le président de la confédération européenne des syndicats industriels IndustriAll, le syndicaliste belge Luc Triangle, signalait que ledit Pacte vert allait menacer pas moins donze millions demplois, précisant quil névoquait là que les emplois directs. Pourtant, IndustriAll est partie prenante de la CES, et donc insoupçonnable dêtre climato-sceptique
Dans le « monde daprès » dont essayent de nous faire rêver les élites dirigeantes, patronales, politiques, syndicales et médiatiques, il est peu probable que les millions de futurs chômeurs se recasent tous comme auxiliaire de vie, comme designer de sites Web, voire comme techniciens disolation des bâtiments. On notera enfin que parmi les axes de Bruxelles dans le cadre de la « transition écologique » figure la proposition de « rendre à la nature » (sic !) 10% des surfaces agricoles. On a bien lu : à lheure où des centaines de millions dêtres humains souffrent de la faim, la Commission ose sans trembler suggérer de diminuer les surfaces à cultiver au nom de la « biodiversité » ! Et que dire de la désignation de Black Rock comme expert « social et environnemental » de la Commission européenne ? Premier gestionnaire de fonds mondial, la firme US administre 7 000 milliards de dollars dactifs. Elle a fortement inspiré Macron dans sa réforme des retraites. Mais quimporte : pour les organisations signataires du texte « cinq + un », on « ne doit rien délaisser des ambitions affichées avec le Green Deal », appellation officielle du « Paquet vert » de Bruxelles ainsi officiellement désigné dans la langue du pays qui vient de dire adieu à lUE
Curieusement, si les signataires saluent linitiative Merkel-Macron, ils restent discrets sur son contenu exact. Il faut donc le préciser : Paris et Berlin proposent que lUE emprunte 500 milliards sur les marchés financiers. Puis répartisse cette somme entre les pays bénéficiaires en fonction de leurs difficultés économiques et sanitaires (Italie, Espagne
). Quant au remboursement de cette somme et des intérêts, il sera à la charge des pays les plus « riches ». Autrement dit de lAllemagne
et de la France détail sur lequel le maître de lElysée ne sest pas étendu. Pour ce dernier comme pour sa collègue de Berlin, cela doit être ainsi fait « au nom de la solidarité » vis-à-vis des pays du sud, et cest sans doute cet affichage qui séduit les dirigeants syndicaux. Tout syndicaliste digne de ce nom devrait pourtant savoir quil nest de solidarité que de lutte. La réalité et nul ne sen cache vraiment cest quà Paris et à Berlin, on sinquiète pour lavenir de la zone euro. Car la crise provoquée par des années daustérité, et qui risque de tourner au carnage social et industriel dans les mois qui viennent, menace de creuser encore plus le fossé entre les différents pays de la monnaie unique. Les dirigeants français, et plus encore allemands, doivent donc jouer les pompiers pour sauver une zone euro menacée par léclatement. Une stratégie dans lintérêt bien compris de la classe possédante quils défendent, et au détriment de tous les peuples dEurope, au nord comme au sud. Pour bien comprendre lempressement des syndicalistes dont la CGT courant à la rescousse du duo franco-allemand, il faut avoir en tête que la Commission européenne présente son propre plan le 27 mai, et que celui-ci sera ensuite discuté par les chefs dEtat et de gouvernement des vingt-sept pays membres de lUE (notamment lors dun sommet les 18 et 19 juin). Quatre pays en particulier rechignent à être les dindons de la farce de la (pseudo)-solidarité, et sont de ce fait accusés de « radinerie » par dautres dirigeants européens (dont lancien banquier de chez Rothschild). Non pas tant parce quils seraient des défenseurs du peuple, mais parce que leurs électeurs sont les plus réticents à se sacrifier « au nom de lEurope ». En loccurrence : les Pays-Bas, lAutriche, le Danemark et la Suède. Ces deux derniers pays ont comme particularité dêtre dirigés par des sociaux-démocrates, très liés à leurs syndicats nationaux selon la tradition scandinave. Or ni les syndicalistes danois, ni leurs camarades suédois ne sont enthousiastes pour que les travailleurs de ces pays payent les pots cassés des drames italiens, espagnols et, à nouveau, grecs causés par les politiques communautaires. On peut raisonnablement penser quau sein de la « grande coalition » qui gouverne lAllemagne, les sociaux-démocrates se soient donc vu demander de tenter de convaincre leurs petits camarades scandinaves. Parallèlement, le DGB allemand pourrait bien avoir mobilisé ses homologues français pour tenter de faire pression, à travers le texte commun, sur les confédérations suédoise, danoise et autres. Avec laide décisive de Laurent Berger, à la fois leader de la CFDT et président de la CES. Il revient donc aux syndiqués CGT de décider si la direction confédérale était fondée à sembarquer dans cette galère. Des milliers et des milliers de militants CGT ont, depuis plus dun siècle, employé leur énergie, déployé intelligence et courage, et parfois donné leur vie en liant le combat pour défendre les intérêts de classe et la souveraineté du pays. Face à la classe dominante qui réussit aujourdhui à marquer des points en étendant son emprise idéologique, la meilleure manière dêtre fidèle aux générations qui ont fait la CGT est de poursuivre ce double combat. Jean-Pierre Page, ancien responsable du département international de la CGT Pierre Lévy, journaliste, ancien responsable CGT au sein d'un groupe de la métallurgie
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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