| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18513 messages postés |
| Posté le 21-04-2015 à 21:17:57
| La presse et les TV sont vent debout et ont reproché à Pujadas d'avoir posé des questions à Assad. C'est un acte de censure manifeste. On trouvera la vidéo de cet interview ici. Sur Al Manar les extraits essentiels : Sur le réseau Voltaire, le texte de l'interview :
___________________ Voici lentretien intégral . France2 a choisi den diffuser 14 minutes sur 24 lors de son Journal de 20h. La rédaction la précédé dun reportage relatant la version officielle française des événements, très éloignée de la réalité, mais elle na pas cherché à manipuler les propos du président el-Assad et sest contentée de sélectionner les thèmes abordés sans les modifier. Ainsi a-t-elle écarté ses critiques sur la place actuelle de la France dans le monde ou sa mise au point sur la coopération militaire syro-iranienne. La direction de France2 nous a demandé de retirer les vidéos que nous avions mises en ligne sur cette page Texte de lentretien intégral David Pujadas : Bonsoir Monsieur le président. Je voudrais commencer cette interview sans détour. Pour une grande partie de la France, vous êtes en large partie responsable du chaos qui règne en Syrie à cause de la brutalité de la répression qui a été menée ici depuis 4 ans. Pour vous quelle est votre part de responsabilité ? Bachar el-Assad : Dès les premières semaines du conflit, les terroristes se sont infiltrés dans la situation en Syrie avec lappui dÉtats occidentaux et régionaux. Ils ont commencé à attaquer les civils et à détruire des propriétés publiques et privées. Tout ceci est sur internet, et ce sont eux qui ont mis ces vidéos en ligne, pas nous. Notre rôle en tant que gouvernement est de défendre notre société et nos citoyens. Si ce que vous venez de dire était vrai, comment un gouvernement ou un président qui a agi de façon brutale envers sa population, tué ses concitoyens et affronté les pays et les forces politiques les plus puissants au monde bénéficiant des pétrodollars des pays du Golfe, comment un tel président peut-il bien résister pendant quatre ans ? Est-il possible davoir le soutien de son peuple quand on est brutal avec lui ? David Pujadas : Au départ, il y avait des dizaines de milliers de personnes dans les rues, est-ce quils étaient tous djihadistes ? Bachar el-Assad : Non, bien sûr que non. Mais lautre question que lon doit poser est la suivante : Si le premier policier a été tué au sixième jour du conflit, comment a-t-il été tué ? Par les manifestations pacifiques ? ou par les haut-parleurs des manifestants ? Il a été tué par des terroristes. Quelquun a pris une arme à feu et a tiré sur ce policier. Peu importe quil soit djihadiste ou pas. Cest un terroriste car il a tué un policier. David Pujadas : Peut-être il y a eu des djihadistes ou des terroristes, mais nos reporters, à lépoque, étaient sur place et ils ont rencontré beaucoup de gens qui leurs disaient : Nous voulons plus de liberté et plus de démocratie . Ce nétait pas des terroristes ou des djihadistes. Bachar el-Assad : Toute personne a assurément le droit de réclamer la liberté, et tout gouvernement doit appuyer la liberté, conformément à la constitution. Mais la liberté signifie-t-elle quon tue les civils et les policiers ? Quon détruise les écoles et les hôpitaux, lélectricité
les infrastructures ? Tout cela nappartient pas au gouvernement, mais au Peuple syrien. Ce nest pas au gouvernement, ce nest pas à moi. Cest une propriété publique. Cest ça ce que vous entendez par liberté ? David Pujadas : Vous savez que beaucoup de journalistes et danalystes disent que vous avez favorisé lémergence de lorganisation État islamique parce que cest une opportunité pour vous dapparaître comme un bouclier, comme un rempart. Bachar el-Assad : Mais lÉI a été créé en Irak en 2006 sous la supervision des États-uniens. Je ne suis pas en Irak. Je ny ai jamais été. Je ne contrôlais pas lIrak. Ce sont les États-uniens qui contrôlaient lIrak. LÉI est venu dIrak en Syrie, car le chaos est contagieux. (Quand le chaos est à votre porte), vous devez vous attendre à ce quil entre chez vous. David Pujadas : Mais ce nétait pas lOÉI au départ
Bachar el-Assad : Laissez-moi continuer. Lorsquil y a le chaos dans un pays, il devient un terrain fertile pour y faire venir les terroristes. Ainsi, lorsquil y a eu le chaos en Syrie, lÉI est venu en Syrie. Avant lÉI, il y avait le front Al-Nosra, qui fait partie dAl-Qaïda. Et auparavant, il y avait les Frères musulmans. Ils constituent tous le socle sur lequel sest appuyé lÉI pour faire son apparition. David Pujadas : Alors, vous nassumez aucune responsabilité pour ce qui sest passé ces dernières années ? Bachar el-Assad : Normalement les choses ne sont pas absolues. Il nest pas précis de dire quon nassume pas une responsabilité, car chacun a une part de responsabilité. Nous autres en Syrie, nous avons nos problèmes. Le gouvernement est responsable. Chacun dentre nous est responsable. Tout citoyen syrien est responsable. Mais là je parle de ce qui a amené lÉI en Syrie. Le chaos. Et votre gouvernement, ou si vous préférez quon le désigne par le terme régime comme ils le font pour nous, le régime français est responsable car il a soutenu ces djihadistes en les considérant comme une opposition modérée. David Pujadas : La France soutient la coalition nationale syrienne. Sont-ils des terroristes ? Bachar el-Assad : Ceux qui à lheure actuelle reçoivent le soutien et possèdent des armes occidentales appartiennent à lÉI. Ils ont été armés et équipés par votre État et par dautres pays occidentaux. Votre ministre de la Défense la déclaré publiquement au début de lannée en affirmant avoir envoyé des armes. Par conséquent, ceux que vous qualifiez de modérés ont diffusé en 2012, avant que lÉI napparaisse et que lOccident ne reconnaisse lexistence même du Front Al-Nosra, une branche dAl-Qaida, ils ont diffusé des vidéos dans lesquels ils dévoraient le cur dun soldat syrien, mutilaient les corps dautres victimes, et en décapitaient dautres. Ce sont eux qui ont diffusé ces images, pas nous. Comment pouvez-vous ignorer cette réalité, puisque ce sont eux qui diffusent de telles images et vous disent que telle est la réalité ? David Pujadas : Parlons du présent. Il apparaît que larmée syrienne continue à utiliser des armes aveugles qui ont des effets dévastateurs pour les civils pour la population, notamment les barils explosifs. Pourquoi poursuivez-vous cette stratégie ? Bachar el-Assad : Nous navons jamais entendu parler au sein de notre armée darmes aveugles. Dailleurs aucune armée au monde, y compris la nôtre, naccepterait dutiliser des armes qui ne peuvent pas cibler avec précision, car elles nauraient aucun intérêt, elles seraient inutiles dun point de vue miliaire. Par ailleurs, lorsque vous parlez de tueries aveugles qui ne font aucune discrimination entre civils et combattants, il ne sagit pas darmes mais de la manière dont vous faites usage de ces armes. La preuve, ce sont les drones utilisés par les États-uniens au Pakistan et en Afghanistan, qui tuent des civils beaucoup plus que des terroristes. Ce sont les armes les plus précises au monde. Ce nest donc pas un problème de type de bombes. Nous avons des bombes conventionnelles et des armements classiques réguliers. David Pujadas : Vous nutilisez pas les barils explosifs ? Bachar el-Assad : Cest quoi les barils explosifs ? Pouvez-vous me dire ce que cest ? David Pujadas : Il y a plusieurs documents, plusieurs extraits de vidéos et des photos comme celles-ci où on peut voir un baril explosif largué dun hélicoptère. Cest à Alep et Hama, il y a quelques mois, il y a un an. Seule larmée syrienne possède des hélicoptères, quelle est votre réponse ? Bachar el-Assad : Ce nest pas une preuve. Ce sont deux images de deux choses différentes. Personne ne peut les relier lune à lautre. David Pujadas : Alep et Hama Bachar el-Assad : Alep et Hama Non, non. Cette image que vous montrez, quest ce que cest ? Je nai jamais vu une chose ce genre de chose dans notre armée. Je ne parle pas des hélicoptères. Je parle de ces deux photos. Quest-ce qui vous permet de les associer lune à lautre ? David Pujadas : Est-ce que vous dites que se sont des photos ou des documents falsifiées ? Bachar el-Assad : Non, il faut que ce soit vérifié. Mais dans notre armée, nous nutilisons que des bombes conventionnelles qui nécessitent de viser. Nous navons aucun armement qui puisse être utilisé aveuglément. Cest tout. David Pujadas : Mais se sont bien des hélicoptères, et seule larmée syrienne en possède. Bachar el-Assad : Oui, bien sûr. Je nai pas dit que nous navons pas dhélicoptères, ni que nous ne les utilisons pas. Je parle des armes avec lesquelles nous visons les terroristes. À quoi bon tuer aveuglément ? Pourquoi tuer les civils ? La guerre en Syrie consiste à gagner le cur des gens, et non à les tuer. Si vous tuer les gens, vous ne pouvez pas rester au gouvernement ou rester président. Cest impossible. David Pujadas : Quen est-il des armes chimiques ? Il y a deux ans vous vous êtes engagé à ne plus utiliser darmes chimiques. Avez-vous utilisé du gaz du Chlore durant la bataille dIrbil le mois derniers ? Bachar el-Assad : Non, cest un autre faux récit donné par des gouvernements occidentaux. Pourquoi ? Parce que nous possédons deux usines de chlore. Lune a été fermée il y a plusieurs années et nest plus donc opérationnelle, lautre se trouve au Nord de la Syrie, et cest lusine la plus importante. Elle se situe sur la frontière avec la Turquie et se trouve sous le contrôle des terroristes depuis deux ans. Nous avons envoyé à lONU des documents officiels à ce sujet. Ils voulaient venir, et nous ont adressé une réponse officielle disant quil leur était impossible darriver jusquà cette usine. Par conséquent, le chlore en Syrie et sous le contrôle des groupes armés. Par ailleurs, ce ne sont pas des armes de destruction massive. Les armes conventionnelles que nous possédons sont beaucoup plus efficaces que le chlore. Nous navons donc pas besoin de lutiliser de toute manière. David Pujadas : Mais il y a eu des investigations et je pense que vous avez lu les rapports de Human Rights Watch concernant Idlib le mois dernier. Il y a eu trois attaques dans lesquelles on pouvait distinguer lodeur du chlore, ainsi que des symptômes semblables à ceux de lutilisation des gaz toxiques. Cela est cité dans le rapport. Ces attaques ont eu lieu dans des zones sous contrôle de lopposition armée. Est-ce que Human Rights Watch ment ? Bachar el-Assad : Nous navons pas utilisé le chlore, et nous nen avons pas besoin. Nous avons nos armements classiques, et nous pouvons atteindre nos objectifs sans y avoir recours. Nous nen avons pas besoin. Il ny a aucune preuve David Pujadas : Il y a des témoins de lattaque et des témoignages de médecins Bachar el-Assad : Non, non. En réponse à toutes les allégations concernant lusage, dans le passé ou le présent, darmes chimiques, cest nous qui demandions toujours aux institutions internationales denvoyer des délégations pour enquêter. Cétait nous qui avons formulé cette demande et pas le camp adverse. Il y a deux ans, nos soldats ont été exposés au gaz sarin. Nous avons invité lOnu à mener une enquête. Comment aurait-on pu le faire si cétait nous qui utilisons ce gaz ? Ce nest pas vrai. David Pujadas : Seriez- vous prêt à les inviter à nouveau à venir, concernant Idlib ? Bachar el-Assad : Nous lavons déjà fait. Nous le faisons toujours. Nous navons aucun problème à cet égard. David Pujadas : Aujourdhui il y a une coalition internationale avec à sa tête les États-Unis qui mène des bombardements aériens contre lOÉI. Est-ce que pour vous cest un problème, ou est-ce que cest une aide ? Bachar el-Assad : Ni lun ni lautre. Il ny a bien entendu aucun problème à attaquer les terroristes. Mais si la coalition nest pas sérieuse, cela ne nous aide pas. David Pujadas : Pourquoi, elle nest pas sérieuse ? Bachar el-Assad : Si vous comparez le nombre de frappes aériennes effectuées par les forces de la Coalition composée de 60 États à celles que nous avons effectuées, nous petit État, vous constaterez que nous bombardons parfois 10 fois plus que la Coalition en lespace dune journée. Est-ce sérieux ? Ça leur a pris quatre mois pour libérer ce que leurs médias appellent la ville de Kobani, sur les frontières turques, malgré la présence de combattants syriens sur le terrain. Ils ne sont donc pas sérieux jusquà présent. Une autre preuve, cest que lÉI sest élargie en Syrie, en Irak, en Libye et dans la région en générale. Comment pouvez donc dire que la coalition a été efficace ? Ils ne sont pas sérieux, cest la raison pour laquelle ils naident personne dans cette région. David Pujadas : La Coalition a effectué des milliers de frappes aériennes depuis le début de lintervention. Mais la France fait des frappes uniquement en Irak. Voudriez-vous que la France rejoigne la Coalition pour frapper en Syrie ? Bachar el-Assad : Jai dit quils ne sont pas sérieux de toute manière. On ne peut pas former une coalition contre le terrorisme et soutenir en même temps les terroristes. Ça nous est donc égal quils frappent en Syrie, en Irak ou dans les deux à la fois, tant quils continuent à soutenir ces mêmes terroristes en même temps. Ils envoient des armes à ces mêmes terroristes sous prétexte de soutenir lopposition modérée. Au moment même où Obama a qualifié cette opposition dillusoire. À qui donc vont ces armes réellement ? Aux terroristes. Cest contradictoire. Cest voué à léchec. David Pujadas : Vous avez un ennemi commun avec la France, lOÉI. Est-ce que depuis les attentats du mois de janvier à Paris il y a des contacts entre vos services de renseignement et les services de renseignement français ? Bachar el-Assad : Il y a des contacts, mais il ny pas de
coopération. David Pujadas : Que voulez-vous dire par contacts ? Bachar el-Assad : Nous avons rencontré certains responsables de vos services de Renseignement, mais il ny a point de coopération. David Pujadas : Il ny a pas déchange dinformations ? Bachar el-Assad : Non. Rien du tout. David Pujadas : Alors, vous vous êtes réunis ? Bachar el-Assad : Ce sont eux qui sont venus en Syrie, et pas nous qui sommes allés en France. Ils sont venus peut-être pour un échange dinformations. Mais lorsque vous souhaitez établir ce genre de coopération, ça doit être dans les deux sens : Nous les aidons, et ils nous aident en retour. Mais daprès vos politiques et celle du gouvernement français, il faudrait les aider alors quils soutiennent les terroristes et tuent nos citoyens. Ça ne marche pas comme ça. David Pujadas : Est-ce la France qui a demandé ces contacts avec vos services de Renseignement ? Bachar el-Assad : Oui, nous les avons rencontrés. Il y a eu une réunion avec eux. David Pujadas : Est ce que cétait suite à une demande de la France ? Bachar el-Assad : Oui. Nous, nous navons rien à demander aux services de Renseignement français. Nous disposons de tous les renseignements sur les terroristes. David Pujadas : Il y a des centaines de Français qui sont venus se battre aux côtés du groupe État islamique. Est-ce que vous avez arrêté des Français ? Et est-ce quil y a des Français du groupe de lÉtat islamique qui sont détenus aujourdhui dans vos prisons ? Bachar el-Assad : Non, nous nen avons aucun dans les prisons. Nous navons que des informations. La plupart de ces djihadistes viennent ici pour combattre, mourir et aller au paradis. Telle est leur idéologie. Ils ne sont donc pas prêts à aller dans les prisons, quelles quelles soient. David Pujadas : Alors, il ny en a aucun dans les prisons. Bachar el-Assad : Non, nous nen avons aucun dans nos prisons. David Pujadas : Il y a aujourdhui des gens en France et parmi eux des hommes politiques, des parlementaires notamment, vous en avez reçu quelques-uns ici
Ils disent quil faut renouer le dialogue avec vous. Quelle initiative seriez-vous prêt à prendre pour convaincre lautre partie de la France et des français, que vous pouvez être un partenaire ? Bachar el-Assad : Avec eux ? David Pujadas : Avec la France ? Bachar el-Assad : Ils doivent dabord me convaincre quils ne soutiennent pas les terroristes, et quils ne sont pas impliqués dans leffusion de sang en Syrie. Ce sont eux qui se sont trompés à légard de la Syrie. Nous navons tué aucun Français ni aucun Européen. Nous navons pas aidé les terroristes dans votre pays. Nous navons pas aidé ceux qui ont attaqué Charlie Hebdo. Cest vous qui avez aidé les terroristes. Par conséquent, votre pays, les responsables occidentaux doivent nous convaincre quils ne soutiennent pas les terroristes. Mais nous sommes prêts à tout dialogue, prenant en considération le fait que ceci sera dans lintérêt des citoyens syriens. David Pujadas : Alors, actuellement vous nêtes pas intéressé au dialogue avec les France ? Bachar el-Assad : Non, nous sommes toujours intéressés au dialogue avec quiconque. Mais comment peut-on établir un dialogue avec un régime qui soutient le terrorisme dans notre pays. Et pour quelle raison ? Telle est la question. Lorsquils changeront de politique, nous serons prêts pour le dialogue. Sans ça, le dialogue naura aucun but. Il ny a pas de dialogue pour le dialogue. Lobjectif est daboutir à certains résultats. Pour moi, le résultat serait que le gouvernement français cesse son appui aux terroristes dans mon pays. David Pujadas : Alors, vous navez pas de message à adresser à Hollande en vue dun dialogue ? Bachar el-Assad : Je crois que le principal message qui doit lui être adressé doit lêtre par le Peuple français. Les sondages en France montrent bien le message que Hollande devrait écouter davantage. À savoir, quil est le président le plus impopulaire depuis les années cinquante. Il devrait soccuper de ses citoyens et les protéger des terroristes qui viennent en France. En ce qui me concerne, en tant que président qui souffre en Syrie avec ses citoyens de ce terrorisme, je pense que le message le plus important est que ce que vous avez vécu en France nest que la partie émergée de liceberg. Quand on parle de terrorisme, sachez quil y a toute une montagne sous la mer. Soyez conscients que cette montagne sen prendra à votre société. David Pujadas : Le secrétaire dÉtat américain a dit que peut être il y aura un dialogue avec le président Bachar el-Assad, avant de revenir sur cette position. Vous aviez dit ce ne sont que des mots, et moi je voudrais entamer le dialoguer, vous y êtes donc prêt ? Bachar el-Assad : Bien sûr que nous sommes prêts. Jai dit que nous sommes disposés à mener un dialogue avec tout pays dans le monde, y compris avec les grandes puissances
y compris avec la France. Mais jai dit que le dialogue doit sappuyer sur une politique précise. Les fers de lance contre la Syrie ont été : un, la France, deux, le Royaume-Uni. Ce nétait pas les États-Unis cette fois au soutien des terroristes en Syrie. Obama a reconnu que lopposition modérée en Syrie est une illusion. David Pujadas : Il a dit que cest illusoire de croire que nous pouvons les armer et quils peuvent gagner la guerre, mais il na pas dit quil ny a pas dopposition modérée ? Bachar el-Assad : Exactement. Que veut-il dire par nous pouvons leur fournir des armes, et ils pourront gagner la guerre ? Quest-ce que ça veut dire ? Que signifie ce fantasme ? Ils ont dit quils allaient armer lopposition modérée. Pouvez vous me dire ce que cest que cette opposition modérée ? Où est-elle ? Nous, nous ne la voyons pas. Nous vivons en Syrie et vous, vous vivez en France. Moi je vis ici et je ne vois pas cette opposition modérée pour la combattre, si nous devons la combattre. Elle nexiste pas. David Pujadas : Vous dites quil y a un grand nombre de pays étrangers impliqués dans le conflit en Syrie. Mais est-ce que vous auriez pu, sans le soutien de lIran et de Hezbollah, combattre le terrorisme en ce moment ? Cest-à-dire vous avez condamnez les pays étrangers impliqués dans le conflit en Syrie, quen est-il du soutien iranien et de celui de Hezbollah ? Bachar el-Assad : Il y a une grande différence entre lintervention et linvitation. Tout pays, tout gouvernement dans le monde, tout État a le droit dinviter nimporte quel pays ou nimporte quel parti ou organisation à laider dans nimporte quel domaine. Mais nul pays na le droit dintervenir sans y être invité. Nous avons invité Hezbollah, mais pas les Iraniens. Ils ny a pas de troupes iraniennes en Syrie, et ils nont envoyé aucune force. David Pujadas : Il ny a pas dIraniens qui combattent à vos cotés ? Bachar el-Assad : Non, non. Ils ne combattent pas. Nous avons avec lIran des relations régulières, et ce depuis plus de trente ans. Des commandants et des officiers vont et viennent entre les deux pays conformément à la coopération existant entre nous depuis bien longtemps. Cest différent que de participer aux combats. Ils ne combattent pas. En tant que gouvernement, nous avons droit à ce genre de collaboration. En revanche, la France et dautre pays nont pas le droit de soutenir qui que ce soit dans notre pays. Cest une violation du droit international, de notre souveraineté et des valeurs dont ils se vantent, ou dont certains prétendent être fiers depuis des décennies, voire peut-être depuis des siècles ; et parmi lesquelles celle de la démocratie. Est-ce de la démocratie que denvoyer des armes aux terroristes et de les appuyer ? Ai-je le droit de soutenir les terroristes qui ont attaqué Charlie Hebdo par exemple ? David Pujadas : Vous savez ce que le Premier ministre français a dit, récemment, de vous ? Il a dit que vous êtes un boucher que répondriez-vous ? Bachar el-Assad : Tout dabord, je vais être franc avec vous. Personne ne prend plus aux sérieux les déclarations des responsables français. Pour une simple raison : cest que la France est devenue en quelque sorte un satellite de la politique états-unienne dans la région. Elle nest pas indépendante, et na aucun poids. Elle na plus aucune crédibilité. Par ailleurs, En tant que responsable, je moccupe toujours de lopinion du peuple et des citoyens syriens. ce nest pas la France ou un autre pays qui a fait de moi ce que je suis. Je suis là par la volonté des citoyens syriens, et cest ça ce qui mimporte. David Pujadas : Est-ce que vous pensez quun jour, réellement, vous gagnerez cette guerre et que tout redeviendra comme avant en Syrie ? Bachar el-Assad : Non. Rien ne sera plus comme avant. Revenir au point de départ signifie que nous névoluons pas, et que nous navons pas tiré les bonnes leçons du conflit. Plusieurs leçons se dégagent de ce conflit. Nous devons les assimiler et faire en sorte que les choses saméliorent, et non quelles reviennent comme avant. Il y a là une grande différence. David Pujadas : Avec Bachar el-Assad à la tête du pays ? Bachar el-Assad : Peu mimporte. Ce qui mintéresse cest ce que souhaite le peuple syrien. Sils veulent Bachar el-Assad, il restera. Sils ne veulent pas de lui, il quittera sur le champ. Je veux dire comment sera-t-il en mesure de gouverner sans lappui de son peuple ? Il ne le pourra pas. David Pujadas : Comment saviez-vous que vous jouissez dun soutien populaire ? Bachar el-Assad : Dabord, si je ne jouissais pas du soutien, le Peuple naurait pas soutenu lArmée et on naurait pas pu résister pendant quatre ans. Comment pouvez-vous résister sans lappui du Peuple ? David Pujadas : Peut être, ils ont peur Bachar el-Assad : Il y a 23 millions de Syriens. Comment peuvent-ils avoir peur dune seule personne, ou dun seul service de Renseignement, ou dun seul gouvernement ? Ce nest pas réaliste, et cest insensé. David Pujadas : Croyez-vous que la Syrie est une démocratie ? Croyez-vous vraiment que les gens peuvent dire ce quil veulent ? Bachar el-Assad : Non. Nous étions sur la voie de la démocratie. Cest un long processus. Il ny a pas un point que vous atteignez et vous dites cest ça la démocratie. Si vous voulez nous comparer à lOccident, à la France et à dautres pays, je dirai non. Vous êtes certainement bien plus avancés que nous en raison de votre histoire et de plusieurs circonstances et facteurs. Mais si vous voulez nous comparer à votre ami le plus proche, lArabie saoudite, je dirai bien sûre que nous avons la démocratie. Ça dépend donc avec qui vous me comparez. David Pujadas : Si vous aviez la certitude que votre départ signifierait la paix en Syrie, partiriez-vous ? Bachar el-Assad : Sans hésitation. Si cest le cas, je le ferai sans hésitation. Je quitterai le pouvoir. Si je suis la cause du conflit dans mon pays, je ne dois pas être là où je suis. Cest évident. David Pujadas : Je voudrais vous montrer une autre photo. Cest Gilles Jacquier. Un journaliste dans notre chaîne France 2. Il a été tué en Syrie il y a 3 ans. Vous aviez promis de faire une enquête pour savoir qui la tué. Que pourriez-vous nous dire concernant cette investigation ? Bachar el-Assad : Indépendamment des accusations qui nous ont été adressées à lépoque de lavoir tué, il était dans un quartier résidentiel sous contrôle du gouvernement. Il a été tué par un obus mortier et non par balle. Il est évident que le gouvernement ne se serait pas bombardé, ni naurait bombardé les quartiers de ses propres partisans. Il est donc très clair, et tout le monde le sait, plusieurs médias français lont reconnu : il a été tué par un obus mortier tiré par ce que vous appelez lopposition, alors quil sagit en fait de terroristes. Il a sans aucun doute été tué par eux. Mais votre question était sur lenquête ? David Pujadas : Est-ce que seriez prêt à communiquer les résultats de ses investigations à la Justice française, peut-être même les preuves ? Bachar el-Assad : Nous navons rien à prouver. Nous avons nos propres procédures légales ; et lorsquun crime est commis en Syrie, nous suivons ces procédures comme nimporte quel autre pays. En Syrie, nous avons un système judiciaire et ds procédures habituelles. Si vous voulez en savoir plus après cette interview, on peut vous renvoyer vers les autorités compétentes. David Pujadas : Est-ce que seriez prêt à communiquer les résultats de ses investigations à la Justice française ? Bachar el-Assad : Bien sûr, aucun problème. David Pujadas : Est-ce que seriez prêt à laisser venir des enquêteurs français, des policiers ou des juges pour mener leur propre investigation ici en Syrie ? Bachar el-Assad : Ça dépend de lexistence ou non dun accord entre les deux gouvernements. Sil y a un accord, une convention ou un traité relatif au système judiciaire entre les deux pays et la coopération bilatérale dans ce domaine, il ny a pas de problème. Ce nest pas une décision politique. David Pujadas : Merci Monsieur le président Bachar el-Assad : Cest moi qui vous remercie.
Edité le 21-04-2015 e 21:57:19 par Xuan
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