| | | | | | | | Resistance | | Jeune Communiste |  | | 193 messages postés |
| Posté le 04-12-2012 à 23:34:05
| Helena Dimitriadis est dans une position intéressante. Sept mois. Des jumeaux. Elle avoue, tristement : « les neuf cents euros à payer pour les examens et laccouchement, je ne les ai pas ». Elle sest levée ce matin à six heures et demie, a pris le tramway et est désormais en pole-position dans la queue qui sétale devant la porte de lhôpital tenu par Médecins du monde. Le serpent humain, derrière elle, est long et coloré. Deux cents personnes sont en attente dune visite ou dune vaccination
gratuite. Cest lavant-garde de ce million et deux cent mille damnés qui, fautifs davant été privés demploi depuis plus dun an en Grèce (et en Europe) ont perdu le plus élémentaire des droits : celui de se soigner. « Vous voyez tous ces gens ? », demande, amère, Nikita Kasaris, investie bénévolement à Médecins du monde. « Cest une catastrophe humanitaire. Chaque jour qui passe, la queue est plus longue ». La troïka a allumé le feu du dramatique déficit grec. Mais à lécart de la lumière faite sur la crise financière se consume une tragédie silencieuse où les dommages ne se comptent pas en euros mais en vies humaines. De largent, en Grèce, il ny en a plus. « Et être pauvre et malade est aujourdhui en Grèce une Odyssée », assène Benédiktos. Laustérité a contraint le gouvernement à réduire de 15 à 11,5 milliards sur trois ans les fonds destinés à la santé. Objectif officiel : réduire les gaspillages dans un système où se faire opérer nécessite un pot-de-vin (fakelaki) allant de 150 à 7.000 euros (données Transparency International) quand les fournitures hospitalières coûtent près du double du reste de lEurope. Mais les résultats nont pas été au rendez-vous. « Nous avons déclenché une véritable bombe à retardement », assure Katerina Kanziki, infirmière volontaire à lhôpital de Psiri. « Nos pharmacies ont épuisé les stocks dune centaine de médicaments de première nécessité, parmi lesquels linsuline et les antihypertenseurs. Les antiviraux, indispensables aux malades atteints du sida, vont commencer à manquer et nous navons pas les moyens den commander ». La situation a fait lobjet de comptes rendus au ministère de la santé. Thomas Zelenitas, représentant du personnel de lhôpital Geniko Kratico, ajoute : « nous sommes sans seringues, ni gants chirurgicaux, ni coton pour opérer les gens ». Des appels voués à tomber à leau. LÉtat verse avec retard les salaires des médecins et de nombreuses multinationales ont suspendu ou ralenti les approvisionnements de pharmacies car la Grèce nhonore pas ses dettes sanitaires (les laboratoires Merck lont fait même avec un anti-cancer
). Les résultats sont prévisibles : on assiste à la recrudescence de virus et de maladies qui touchent les plus faibles (dans lest de lAttique est même réapparue après des décennies une forme endémique de malaria). « Il y a trois ans, nous ne voyions que les immigrés », constate Kasiris. « Aujourdhui, une bonne moitié des patients de Médecins du monde est grecque ». Christos Kasirs, appuyé sur sa canne de cyprès devant la pharmacie de la place Dragatsaniou à Athènes, est une des victimes collatérales de ce désastre : « regarde , marmonne-t-il en fronçant ses sourcils blancs, soixante-quinze euros pour douze comprimés ». Il ne peut pas se passer dantiarthritiques. « Sans eux, je ne peux même pas me lever du canapé ». Le problème est que son ordonnance ne vaut pas grand-chose le gouvernement ne rembourse pas les pharmacies. Ces dernières font alors payer le prix fort au patient. « Je nai pas le choix ! », sécrit Maria Hatzidimitriou, pharmacienne, la soixantaine, qui vient de faire payer les antiarthritiques à Christos. « Quest-ce que vous croyez ? Cette situation ne me convient pas. Ceux qui en ont vraiment besoin peuvent faire crédit. Mais lÉtat me doit 40.000 euros. Si les choses ne sarrangent pas, je mettrai la clé sous le paillasson ». Cest arrivé à nombre de ses confrères qui ont vu ces derniers mois leur officine saisie par les banques. « Cest vrai, les choses vont mal. Mais nous essayons de remettre sur pied un système qui était en passe de seffondrer », dit de son bureau avec vue sur la mer Égée Michael Theodorou, numéro un dEvangelismos, le plus grand hôpital du pays. « Regardez nos comptes : en 2009, nous dépensions 157 millions. Aujourdhui, nous sommes descendus à 113, sans avoir empiété sur les services et la qualité des soins. Un miracle ? Non. Il suffit de donner du bistouri là où les gaspillages sont le plus visibles. Il y a trois ans seulement, le corps médical prescrivait les médicaments les plus coûteux. Aujourdhui, le choix se fait systématiquement parmi les génériques. Et les résultats ne tardent pas à se faire sentir : le coût des médicaments est passé en deux ans de 39 à 26 millions deuros, malgré laugmentation de 20 % du nombre de patients ». Dommage que ça nait pas suffi à éradiquer les dépassements illégaux dhonoraires. « Que dois-je faire ? Ils mont réduit mon salaire de 1.300 à 900 euros, admet un pédiatre de lhôpital. Et jai un prêt à rembourser. Alors, je soigne au noir de nombreux patients
». Une vieille histoire
Lorsque les agents du fisc dAthènes ont passé aux rayons X les 150 médecins du quartier de Kolonaki, lun des plus huppés de la capitale, ils ont découvert, sans surprise à vrai dire, que plus de la moitié dentre eux déclarait moins de 30.000 euros annuels. En Grèce, le système de santé est en chute libre. Son niveau dendettement en fait un cas emblématique au niveau européen. Cest en son nom que le capital exige de la part des travailleurs dénormes sacrifices. À Athènes comme ailleurs en Europe, le gouvernement promet de faire payer au plus grand nombre la dette publique, quil a pourtant délibérément creusée par ses cadeaux fiscaux aux plus riches et le renflouement inconditionnel de banques aux abois. La crise, loin dêtre jugulée, sert dalibi pour amplifier les coupes sombres. Certains, par opportunisme, par défaut de clairvoyance ou tout simplement par intérêt de classe, préconisent davoir recours à lUnion européenne ou à la banque centrale européenne pour sortir de la crise
alors que ces organismes sont des facteurs aggravants. On ne sort pas des malheurs du capitalisme avec davantage de capitalisme. Capitaine Martin http://www.resistance-politique.fr/article-grece-chronique-d-un-systeme-de-sante-en-chute-libre-113132449.html
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 05-12-2012 à 00:06:56
| La situation catastrophique de la Grèce, mais qui se dessine ailleurs aussi, sapparente à lhistoire de la poule aux ufs dor. A force de tirer sur la ficelle les financiers prédateurs finissent par se mettre eux-mêmes en danger en accumulant des titres de dettes de plus en plus risqués voire insolvables, et en provoquant des puissantes manifestations de masses et des actions violentes susceptibles de faire tache d'huile dans d'autres pays. Les requins de la finance franco allemande semblent peu à peu saccorder sur un point de vue défendu depuis longtemps par les financiers français et leurs gouvernements successifs : lâcher la grappe au peuple grec le temps de laisser la pompe à fric se réamorcer. La presse économique a commenté largement les dernières positions allemandes, mais le Nouvel Obs gagne la médaille du cynisme en titrant : « Merkel et la dette grecque : on efface tout et on recommence ? »
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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