| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 13-11-2021 à 10:09:22
| Bruno Guigue 12/11/2021 source et commentaires : https://www.facebook.com/bruno.guigue.10/posts/2635441406601298?comment_id=2636504939828278&reply_comment_id=2636514049827367¬if_id=1636798643852304¬if_t=comment_mention&ref=notif LE GAUCHISME, STADE SUPRÊME DE L'IMPÉRIALISME Leffondrement de lUnion soviétique a-t-il sonné le glas du communisme ? Ceux qui ont prononcé son oraison funèbre ont peut-être pris leurs désirs pour des réalités. Contrairement à ce quils croyaient, le socialisme réel na pas disparu corps et biens. Que le drapeau rouge ne flotte plus sur le Kremlin ne signifie pas son extinction sur la planète. Un milliard et demi de Chinois vivent sous la direction dun parti communiste qui ne manifeste aucun signe dessoufflement. Le Vietnam socialiste se porte plutôt bien. En Russie, le parti communiste demeure la première force dopposition. Les communistes dirigent le Népal et lÉtat indien du Kerala. Malgré le blocus impérialiste, les Cubains poursuivent la construction du socialisme. Les communistes ont remporté des succès électoraux au Chili et en Autriche. Dire que le communisme na laissé quun mauvais souvenir et appartient à un passé révolu, cest commettre une double erreur danalyse. Car non seulement il a contribué au mieux-être dun quart de lhumanité, mais rien nindique quil ait dit son dernier mot. Il nest pas plus condamné par son passé quil est privé davenir. Il peut inscrire à son actif le combat victorieux contre le nazisme, une contribution décisive à la chute du colonialisme et une résistance opiniâtre à limpérialisme. Ce triple succès suffit à lui donner des lettres de noblesse révolutionnaire. Mais son passé, cest aussi la longue série des avancées sociales, les millions de vie arrachées à la misère, à lanalphabétisme et aux épidémies. Le communisme, cest un effort titanesque pour sortir les masses de lignorance et de la dépendance quelle sécrète. Séjournant en URSS en 1925, le pédagogue Célestin Freinet exprime « sa surprise et son émerveillement, surtout si lon songe dans quelles conditions ont été réalisés ces immenses progrès » . Les pédagogues russes, écrit-il, ont « trouvé dans leur dévouement à la cause du peuple et dans lactivité révolutionnaire des clartés suffisantes pour non seulement hausser leur pédagogie au niveau de la pédagogie occidentale, mais pour dépasser aussi, et de beaucoup, nos timides essais » . Aucune autre force politique naurait pu sortir de lornière du sous-développement les pays arriérés, coloniaux et semi-coloniaux dont les communistes ont reçu la responsabilité au XXe siècle. Que serait la Russie si elle était restée entre les mains de Nicolas II ou dAlexandre Kerenski ? Que serait la Chine si elle navait échappé à Chiang Kai-chek et à sa clique de féodaux ? Où en serait Cuba si elle était demeurée entre les griffes de limpérialisme et de ses mercenaires locaux ? La révolution communiste, partout, fut la réponse des masses prolétarisées à la crise paroxystique de sociétés vermoulues, sur fond darriération économique et de retard culturel. Si cette révolution a eu lieu, cest parce quelle répondait aux urgences de lheure. En Russie, en Chine et ailleurs, elle a été le fruit dun mouvement profond de la société, dun mûrissement des conditions objectives. Mais sans le parti, sans une organisation centralisée et disciplinée, une telle issue révolutionnaire était impossible. En labsence de la direction incarnée par les communistes, sur quelle avant-garde auraient pu compter les masses ? Et faute dalternative, à quel désespoir aurait conduit lavortement des promesses révolutionnaires ? Que les formes du combat pour le socialisme ne soient plus les mêmes ne change rien à laffaire. Ce combat est toujours dactualité. Les pays capitalistes développés sont en crise, et la seule solution à cette crise est la formation dun bloc progressiste opposé au bloc bourgeois. La Chine, le Vietnam, le Laos, la Syrie, Cuba, le Kerala, le Népal, la Bolivie, le Venezuela et le Nicaragua construisent un socialisme original. Se prétendre communiste tout en jetant un regard dédaigneux sur ces réalisations concrètes est dérisoire. Cest ce que font, pourtant, les innombrables chapelles du gauchisme occidental. Le travail quotidien des médecins cubains, des instituteurs vénézuéliens et des infirmières nicaraguayennes, à leurs yeux, naccède pas à la dignité de la révolution mondiale. Pour ces vestales du feu sacré, de telles réalisations sont beaucoup trop modestes pour susciter lenthousiasme des lendemains qui chantent. Gardiens intransigeants de la pureté révolutionnaire, les gauchistes adorent distribuer des cartons rouges à ceux qui construisent le socialisme. Faute dagir à domicile, ils jugent ce que font les autres. Et le pire, cest quils appliquent les critères dappréciation de lidéologie bourgeoise. Lorsque la révolution cubaine a chassé Batista, les gauchistes ont inventé le slogan : « Cuba si, Fidel no » . Par ce mot dordre ridicule, ils prétendaient défendre la révolution tout en condamnant la « dictature castriste » . Mais quest-ce que la révolution cubaine sans le castrisme ? Et comment engager le pays sur la voie du socialisme autrement quen jugulant une opposition soutenue par limpérialisme ? Cette offensive idéologique contre Fidel Castro ne traduisait pas seulement une indifférence aux conditions de la lutte menée par le peuple cubain. Elle cautionnait aussi les tentatives de renversement du pouvoir révolutionnaire. Lors des événements de Tiananmen , en juin 1989, cest le même scénario. Débordant denthousiasme pour linsurrection, le comité de la Quatrième Internationale proclame « la victoire de la révolution politique en Chine » . Ulcéré par la répression qui la frappée, il exprime sa « solidarité inébranlable avec les travailleurs et les étudiants qui sont engagés dans une lutte sans merci contre le régime meurtrier des staliniens de Pékin » . Un « massacre sanglant » qui révèle une fois de plus « la dépravation contre-révolutionnaire du stalinisme, ennemi le plus insidieux et sinistre du socialisme et de la classe ouvrière ». Lorsquon connaît le fond de laffaire, cette déclaration est hallucinante. Car « le massacre de Tiananmen » fait lobjet dune narration particulièrement mensongère, et le rappel des faits simpose. Première distorsion par rapport à la réalité : la composition du mouvement protestataire . Il est considéré par les médias occidentaux comme un mouvement monolithique, exhortant le parti communiste à démissionner et appelant à linstauration dune « démocratie libérale » . Cest inexact. La minutieuse enquête publiée par Mango Press le 4 juin 2021 souligne que le mouvement ninclut pas seulement les étudiants, « le groupe le plus bruyant », mais aussi « de nombreux ouvriers dusine, travailleurs migrants et ruraux de la région de Pékin qui ont pris part à laction, chaque groupe ayant une orientation politique différente. Certains manifestants étaient marxistes-léninistes, dautres maoïstes purs et durs, dautres libéraux ». Deuxième précision, tout aussi importante : « Ce nest pas une sombre conspiration du gouvernement chinois, mais un fait confirmé : une opération conjointe MI6-CIA connue sous le nom dOpération Yellowbird a été lancée pour former des factions « pro-démocratie » dans les universités chinoises. Sur le terrain, des Triades ont été envoyées de Hong Kong pour former les étudiants à la guérilla, les armant de poteaux de fer et leur apprenant les tactiques dinsurrection. Lobjectif final de lopération Yellowbird était dexfiltrer les individus de grande valeur du mouvement de protestation, et elle a réussi à en extraire plus de 400 » . Les déclarations des porte-parole du mouvement sont également très éclairantes. Les plus célèbres en Occident sont Chai Ling et Wang Dan. Comme le retrace le documentaire américain « The Gate of Heavenly Peace » , Chai Ling est interviewée par Peter Cunningham le 28 mai 1989. Voici ses propos : « Tout le temps, je lai gardé pour moi parce quétant Chinoise, je pensais que je ne devais pas dire du mal des Chinois. Mais je ne peux pas mempêcher de penser parfois et je pourrais aussi bien le dire vous, les Chinois, vous ne valez pas mon combat, vous ne valez pas mon sacrifice ! Ce que nous espérons réellement, cest une effusion de sang, le moment où le gouvernement sera prêt à massacrer effrontément le peuple. Ce nest que lorsque la place sera inondée de sang que le peuple chinois ouvrira les yeux. Ce nest qualors quil sera vraiment uni. Mais comment peut-on expliquer tout ça à mes camarades ? » Licône de la Place Tiananmen vouait son peuple au martyre, mais elle a opté pour lexfiltration vers les États-Unis via Hong Kong. Conclusion de Mango Press : « De toute évidence, le leadership fabriqué par les services occidentaux pour cette protestation avait un objectif clair : créer les conditions dun massacre sur la place Tiananmen. La manifestation avait commencé comme une démonstration de force pacifique destinée à soutenir Hu Yaobang, mais elle a été cooptée par des agents étrangers » . La façon dont les autorités chinoises ont rétabli lordre, enfin, est une pièce essentielle du dossier. Contrairement à la version occidentale, elles ont fait preuve dune grande retenue jusquau déclenchement de lémeute dans la nuit du 3 au 4 juin. Du 16 avril au 20 mai, les manifestations ont pu se poursuivre sans encombre. Le 20 mai, la loi martiale est déclarée et les manifestants reçoivent lordre, via les journaux télévisés et les haut-parleurs sur la place, de rentrer chez eux. Certaines unités militaires tentent dentrer dans Pékin, mais elles sont refoulées dans les zones dentrée par les manifestants. Le 2 juin, larmée opère sa première tentative dévacuation de la place Tiananmen. Les troupes de lArmée populaire de Libération envoyées sur place disposent dun équipement anti-émeute rudimentaire, un soldat sur dix étant armé dun fusil dassaut. En remontant vers louest par lavenue Changan, les troupes sont attaquées par la foule. Certains soldats sont désarmés, dautres molestés par les émeutiers. Les militaires finissent par se frayer un chemin jusquà la place Tiananmen, où des soldats non armés persuadent les étudiants de quitter les lieux. Mais dans la nuit du 2 au 3 juin, les violences éclatent dans les ruelles et le long de lavenue Changan. Les émeutiers qui ont confisqué leurs armes aux soldats passent à lattaque. Des dizaines de véhicules blindés sont incendiés avec des cocktails Molotov, et de nombreux militaires désarmés sont capturés. Selon le Washington Post du 5 juin 1989, « les combattants antigouvernementaux sont organisés en formations de 100 à 150 personnes. Ils sont armés de cocktails Molotov et de matraques en fer, pour affronter lAPL qui nétait toujours pas armée les jours précédant le 4 juin » . Des barricades sont dressées et les heurts se multiplient. Puis lémeute vire au massacre. Les soldats capturés dans les transports de troupes sont lynchés ou brûlés vifs, comme le lieutenant Liu Guogeng, le soldat Cui Guozheng et le premier lieutenant Wang Jinwei. Le 3 juin, le bilan sélève déjà à quinze militaires et quatre manifestants tués. Le gouvernement ordonne alors à lArmée populaire de libération de reprendre le contrôle des ruelles. Dans la nuit du 3 au 4 juin, les militaires entrent massivement dans la ville et répriment lémeute. Mais il ny a aucun combat sur la place Tiananmen. Aucun char na écrasé de manifestant . Après les événements du 4 juin, le gouvernement estime le nombre de victimes à 300 personnes : soldats, policiers et émeutiers. Un bilan que le monde occidental qualifie aussitôt de mensonger, et ses médias parlent de 1 000 à 3 000, puis finalement de 10 000 victimes. Une semaine plus tard, le gouvernement chinois établit le bilan officiel à 203 morts. Pendant ce temps, la photo de lhomme qui arrête la colonne de chars sur la place Tiananmen fait le tour du monde. Elle illustre la bravoure dun homme seul, debout devant des blindés qui symbolisent la brutalité de la répression. Mais sur la vidéo complète, on voit que la colonne sarrête pour ne pas lui passer sur le corps. Lhomme grimpe alors sur le premier char et frappe sur son écoutille. Tout en tenant ses sacs de courses, il sentretient avec léquipage pendant quelques secondes. Puis il redescend tranquillement du blindé et il est emmené par ses amis qui lont rejoint. Les chars continuent ensuite vers Changan, retournant à leur base. Cest tout. Le génie propagandiste a fabriqué un symbole planétaire avec un non-événement. « Le récit des événements par les médias occidentaux, libéraux et soi-disant libres, na aucun sens, conclut l'article publié par Mango Press. Il ny a jamais dexplication quant à la raison pour laquelle les étudiants ont protesté sur la place, et il y a très rarement une discussion sur les objectifs très disparates des groupes détudiants. Si nous devons croire quune colonne de chars sarrête pour un seul homme après en avoir assassiné 10 000, alors quels mensonges encore plus ridicules lOccident va-t-il écrire sur la Chine ? Sur la place Tiananmen, le 4 juin 1989, il ny a eu aucun massacre. Il y a eu de violents combats dans les rues latérales entre les éléments armés contre-révolutionnaires, la police et larmée. Le nombre de morts pour lensemble de lévénement fut de 241 au total, soldats, policiers et émeutiers confondus. À la suite des violences, il ny a pas eu dexécutions. Wang Dan, leader de la protestation et incitateur à la violence, qui na pas réussi à fuir vers lOuest, a été arrêté. Il a été condamné à quatre ans de prison, plus deux ans de détention dans lattente de son procès pour incitation à la violence contre-révolutionnaire. Lhomme na écopé que de six ans de prison. Il vit désormais librement dans le monde merveilleux de lOccident capitaliste. La vraie raison pour laquelle lOccident est obligé de mentir sur les événements de cette journée, cest pour sauver la face. Ils ont tenté de renverser le gouvernement souverain de la Chine par le biais de la violence fasciste, et leur tentative de coup dÉtat a été écrasée » . On ne saurait mieux dire. Mais la réalité de lingérence impérialiste et la nocivité de ses mensonges passent sous les écrans-radar de la gauche radicale occidentale. Contaminée par un trotskisme de bas étage qui ferait rougir de honte Trotski lui-même, elle sacharne dautant plus contre les États socialistes quelle est dune innocuité totale à légard des États capitalistes. Impuissante et marginalisée à domicile, elle exhale son ressentiment contre le socialisme réel. Incapable de comprendre limportance de la question nationale, elle regarde de haut lanti-impérialisme légué par les nationalismes révolutionnaires du Tiers Monde et le mouvement communiste international. Au lieu de se mettre à lécole dHô Chi Minh, Lumumba, Sankara, Mandela, Castro, Nasser, Che Guevara, Chavez et Morales, elle lit Le Monde et regarde France 24. Elle croit quil y a des bons et des méchants, que les bons nous ressemblent et quil faut taper sur les méchants. Elle est indignée ou gênée lorsque le chef de la droite vénézuélienne, formé aux USA par les néo-conservateurs pour éliminer le chavisme, est mis sous les verrous pour avoir tenté un coup dÉtat. Lorsque le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) connaît des difficultés électorales, elle hurle avec les loups impérialistes et sempresse de dénoncer ses prétendues « dérives ». Elle feint dignorer que la rupture des approvisionnements a été provoquée par une bourgeoisie importatrice qui trafique avec les dollars et organise la paralysie des réseaux de distribution en espérant saper la légitimité du président Maduro. Indifférente aux mouvements de fond, cette gauche se contente de participer à lagitation de surface. À croire que pour elle, la politique nest pas un champ de forces, mais un théâtre dombres. Rien détonnant, dès lors, à ce quelle passe à côté des leçons administrées par les tentatives de déstabilisation qui frappent sans relâche la révolution bolivarienne. La première leçon, cest quon ne peut construire une alternative politique sans prendre le risque dun affrontement décisif avec les détenteurs du capital, quils soient à lintérieur ou à lextérieur des frontières. Par alternative politique, on entendra exactement lopposé de ce que lon nomme « alternance », cest-à-dire la simple permutation des équipes au pouvoir. Cest un processus beaucoup plus profond, qui ne se contente pas de quelques modifications de surface, mais qui met explicitement en jeu les structures déterminant la répartition des richesses. Cette alternative politique sidentifie donc avec la reprise expresse, par le peuple, des attributs de la souveraineté. Elle suppose la rupture des liens qui rattachent le pays au capital étranger dominant et au capital local « compradore » qui en dépend. Mais cest une tâche colossale. A peine entreprise, la pesanteur objective des structures sy conjugue avec la guerre acharnée que mènent les nantis pour conserver leurs privilèges de classe. La presse internationale décrit le Venezuela comme un pays en faillite, mais elle oublie de préciser que cette faillite est celle dun pays capitaliste latino-américain. Ce pays a accompli des progrès significatifs, mais labsence de transformation structurelle la laissé dans lornière de la dépendance économique. Ruiné par la chute des cours du pétrole, il na pas su - ou pu - bâtir un modèle alternatif. Si les nervis de la droite vénézuélienne se déchaînent dans les rues de Caracas sous les vivats de la presse bourgeoise et des chancelleries occidentales, cest parce que le Venezuela nest pas Cuba. Et si le Venezuela sétait engagé dans un processus de développement autonome non capitaliste, il ny aurait sans doute pas de nervis à Caracas. La crise qui sévit dans le pays a tendance à le faire oublier, mais le chavisme fut porté par un puissant mouvement social qui est loin davoir disparu. Depuis la première élection de Chavez en 1998, il a combattu les préjugés de race et de classe. Il a fait reculer de manière spectaculaire la pauvreté et lanalphabétisme. Nationalisant le pétrole, il a restitué à la nation la maîtrise de ses ressources naturelles. Bouleversant la politique étrangère du pays, il a rompu avec Israël, inventé lalliance bolivarienne et défié lOncle Sam au cur de son « arrière-cour » sud-américaine. Approuvé par le peuple vénézuélien, le chavisme a bousculé le désordre établi de manière séculaire en Amérique latine au profit des firmes multinationales nord-américaines et de la bourgeoisie raciste. Bien sûr, la révolution bolivarienne na pas supprimé du jour au lendemain tous les maux de la société vénézuélienne, et elle traîne avec elle son lot derreurs et dimperfections. Elle a utilisé la manne pétrolière pour sortir de la misère les couches sociales les plus déshéritées, mais elle a renoncé à transformer les structures sociales profondes du pays. Une néo-bourgeoisie a profité de sa proximité avec le pouvoir pour capter des prébendes et conforter des privilèges. Pire encore, léconomie est toujours entre les mains dune bourgeoisie réactionnaire qui en organise le sabotage pour exaspérer la crise et chasser Maduro du pouvoir. Mais peu importe. La révolution bolivarienne naurait de révolution que le nom, elle ne pourrait que déchaîner la haine revancharde des nantis et susciter lhostilité mortifère de ses adversaires. Lorsquelle sindigne des victimes - présumées - de la répression policière plutôt que des sanglantes opérations de lultra-droite, la gauche occidentale oublie quune protestation de rue nest pas toujours progressiste, quune revendication démocratique peut servir de paravent à la réaction, et quune grève peut contribuer à la déstabilisation dun gouvernement de gauche, comme le mouvement des camionneurs chiliens en fit la démonstration en 1973. La leçon a été oubliée par la gauche embourgeoisée des pays riches, mais les vrais progressistes latino-américains le savent : si lon veut changer le cours des choses, il faut agir sur les structures. La nationalisation des secteurs-clé, le refus des recettes néo-libérales, la restauration de lindépendance nationale, la consolidation dune alliance internationale des États souverains, la mobilisation populaire pour une meilleure répartition des richesses, léducation et la santé pour tous sont les différentes facettes du projet progressiste. Contrairement à ce que prétend une idéologie qui recycle les vieilles lunes social-démocrates, ce nest pas sa radicalité qui condamne un tel projet à la défaite, mais la peur de lassumer. Une révolution périt rarement dun excès de communisme, et beaucoup plus souvent de son incapacité à y conduire. Dès quil sattaque aux intérêts géopolitiques et géo-économiques des puissances dominantes, le projet progressiste franchit la ligne rouge. Ce cap une fois passé, toute imprudence peut devenir fatale. Limpérialisme et ses exécutants locaux ne font pas de cadeaux. Pourquoi faudrait-il leur en faire ? Franco na laissé aucune chance à la République espagnole (1936), ni la CIA à Mossadegh (1953), ni Mobutu à Lumumba (1961), ni Suharto à Soekarno (1965). Allende commit lerreur tragique de nommer Pinochet au ministère de la Défense, et Chavez dut son salut en 2002 à la fidélité de la garde présidentielle. Il ne suffit pas dêtre du côté du peuple, il faut se donner les moyens de ne pas le perdre en laissant ses ennemis prendre le dessus. Comme disait Pascal, il ne suffit pas que la justice soit juste, il faut aussi quelle soit forte. Autant denjeux auxquels la gauche occidentale feint de ne rien comprendre. Pseudo-internationaliste, elle refuse de voir que le respect de la souveraineté des États nest pas une question accessoire et quelle est la revendication majeure des peuples face aux prétentions hégémoniques dun Occident vassalisé par Washington. Elle feint dignorer que lidéologie des droits de lhomme sert de paravent à un interventionnisme occidental qui sintéresse surtout aux hydrocarbures et aux richesses minières. Elle milite pour les minorités opprimées à travers le monde en omettant de se demander pourquoi les unes sont plus visibles que les autres. Elle préfère les Kurdes syriens aux Syriens tout court parce quils sont minoritaires, sans voir que cette préférence sert leur instrumentalisation par Washington et cautionne un démembrement de la Syrie conforme au projet néo-conservateur. On cherchera longtemps, dans la littérature de gauche occidentale, des articles expliquant pourquoi à Cuba, malgré le blocus, le taux de mortalité infantile est inférieur à celui des USA, lespérance de vie est celle dun pays développé, lalphabétisation est de 98% et il y a 48% de femmes à lAssemblée du pouvoir populaire. On ny lira jamais, pourquoi le Kerala, cet État de 34 millions dhabitants dirigé par les communistes et leurs alliés depuis les années cinquante, a lindice de développement humain de loin le plus élevé de lUnion indienne, et pour quelle raison les femmes y jouent un rôle social et politique de premier plan. Car les expérience de transformation sociale menées loin des projecteurs dans des contrées exotiques nintéressent guère ces progressistes fascinés par lécume télévisuelle. Dopée à la moraline, intoxiquée par le formalisme petit-bourgeois, la gauche occidentale signe des pétitions et lance des anathèmes contre des chefs dÉtat qui ont la fâcheuse manie de défendre la souveraineté de leur pays. Ce manichéisme lui ôte la pénible tâche danalyser chaque situation concrète et de regarder plus loin que le bout de son nez. Elle fait comme si le monde était un, homogène, traversé par les mêmes idées, comme si toutes les sociétés obéissaient aux mêmes principes anthropologiques, évoluaient selon les mêmes rythmes. Elle confond volontiers le droit des peuples à sautodéterminer et le devoir des États de se conformer aux réquisits dun Occident qui sérige en juge suprême. Dans le drame syrien, ce tropisme néo-colonial a poussé lextrême-gauche occidentale à se fourvoyer de manière pathétique. Pratiquant le déni de réalité, elle a avalé avec gourmandise la version mensongère des médias occidentaux. Elle sest fiée à des sources douteuses dont elle a répété en boucle les chiffres invérifiables et les affirmations gratuites. Bonne fille, elle a accrédité la narration ridicule du boucher-de-Damas-qui-massacre-son-peuple. Elle a gobé cul sec le false-flag de lattaque chimique comme si elle ingurgitait une vulgaire fiole onusienne de M. Powell. Elle est tombée dans le panneau d'une propagande humanitaire à deux vitesses qui fait le tri, sans vergogne, entre les bonnes et les mauvaises victimes. Cet aveuglement stupéfiant, la gauche française le doit dabord à son indécrottable posture morale. Une grille de lecture manichéenne a anesthésié son esprit critique, elle la coupée du monde réel. Voulant absolument identifier des bons (rebelles) et des méchants (Assad), elle sest interdit de comprendre un processus qui se déroule ailleurs que dans le ciel des idées. Quand on désigne les protagonistes d'une situation historique en utilisant des catégories comme le bien et le mal, on donne congé à toute rationalité. On peut certes avoir des préférences, mais lorsque ces préférences inhibent la pensée critique, ce ne sont plus des préférences, ce sont des inhibitions mentales. La deuxième raison de cet aveuglement tient à un déficit abyssal danalyse politique. Cette gauche radicale na pas voulu voir que le rapport de forces, en Syrie, nétait pas celui quelle croyait. Elle a reconstruit le récit des événements à sa guise pour donner corps au fantasme dune révolution arabe généralisée qui balaierait le régime de Damas comme elle avait balayé les autres, méconnaissant ce qui faisait précisément la singularité de la situation syrienne. Ceux qui se vantent de connaître leurs classiques auraient dû appliquer la formule par laquelle Lénine définissait le marxisme : « lanalyse concrète d'une situation concrète » . Au lieu de se plier à cet exercice dhumilité devant le réel, lextrême-gauche occidentale a cru voir ce qu'elle avait envie de voir. Abusée par sa propre rhétorique, elle misait sur une vague révolutionnaire emportant tout sur son passage, comme en Tunisie et en Égypte. Mauvaise pioche. Privée dune base sociale consistante dans le pays, la glorieuse « révolution syrienne » nétait pas au rendez-vous. Véritable farce sanglante, une invasion de desperados a pris sa place. La nature ayant horreur du vide, cette invasion du berceau de la civilisation par des hordes de décérébrés a tenu lieu, dans limaginaire gauchiste, de révolution prolétarienne. La mouvance trotskiste na pas voulu voir que les rassemblements populaires les plus imposants, en 2011, étaient en faveur de Bachar Al-Assad. Elle a écarté avec dédain la position du parti communiste syrien, lequel sest rangé au côté du gouvernement pour défendre la nation syrienne contre ses agresseurs. Poussant le déni de réalité jusquaux frontières de labsurde, ce gauchisme sest déclaré solidaire, jusquau bout, dune « révolution syrienne » qui nexistait que dans son imagination. Le secrétaire général du parti communiste syrien, Ammar Bagdash, lui a pourtant répondu par anticipation en 2013 : « En Syrie, à la différence de lIrak et de la Libye, il y a toujours eu une forte alliance nationale. Les communistes travaillent avec le gouvernement depuis 1966, sans interruption. La Syrie naurait pas pu résister en comptant seulement sur larmée. Elle a résisté parce quelle a pu compter sur une base populaire. En outre, elle a pu compter sur lalliance avec lIran, la Chine, la Russie. Et si la Syrie reste debout, des trônes vont tomber parce quil deviendra clair quil existe dautres voies. Notre lutte est internationaliste. Un expert russe ma dit : le rôle de la Syrie ressemble à celui de lEspagne contre le fascisme » . Cruelle épreuve pour le gauchisme européen. Sil faut analyser la situation syrienne, un communiste syrien qui contribue à la défense de son pays vaudra toujours mieux quun gauchiste français qui fantasme sur la révolution en buvant des demis au Quartier Latin. Incapable de comprendre ce qui se passe sur place, lextrême-gauche française est victime dun théâtre dombres dont elle a écrit le scénario imaginaire. Faute dentendre ce que lui disaient les marxistes du cru, elle a joué à la révolution par procuration sans voir que cette révolution nexistait que dans ses rêves. Comme il fallait préserver le mythe dune opposition démocratique et non-violente, le récit des événements fut purgé de ce qui pouvait en altérer la pureté. La violence des allumés du wahhabisme fut masquée par un déluge de propagande. Preuve factuelle dun terrorisme qui était le vrai visage de cette révolution-bidon, ce déchaînement de haine fut effacé des écrans-radar. De même, cette gauche bien-pensante a hypocritement détourné le regard lorsque les feux de la guerre civile furent attisés par une avalanche de dollars en provenance des pétromonarchies. Pire encore, elle a fermé les yeux sur la perversité de puissances occidentales qui ont misé sur laggravation du conflit en encourageant la militarisation de lopposition, tandis quune presse aux ordres prophétisait avec délices la chute imminente du « régime syrien » . Sans vergogne, cette gauche a calqué sa lecture partiale du conflit sur lagenda otanien du « changement de régime » exigé par les néo-conservateurs. Alors quelle se dit anticolonialiste, elle sest laissé enrôler par un impérialisme décidé à provoquer le chaos dans lun des rares pays arabes à ne pas avoir transigé avec loccupant sioniste. Lhistoire retiendra que la gauche radicale a servi de supplétif à lOTAN dans la tentative de destruction dun État souverain sous le prétexte fallacieux des droits de lhomme. Il est vrai que la mouvance trotskiste nest jamais à court darguments. Pour luniversitaire Gilbert Achcar, la cause est entendue : faisant suite au « campisme » de la guerre froide, le « néo-campisme » consiste à soutenir « nimporte quel régime faisant lobjet de lhostilité de Washington » . Le campisme, cétait : « lennemi de mon ami (lURSS) est mon ennemi » ; le néo-campisme, cest : « lennemi de mon ennemi (les États-Unis) est mon ami » . Recette pour « un cynisme sans bornes » , cette attitude politique serait « axée exclusivement sur la haine du gouvernement des États-Unis » . Pire, elle conduirait à « une opposition systématique à tout ce que Washington entreprend sur la scène mondiale et à la dérive vers un soutien a-critique à des régimes totalement réactionnaires et antidémocratiques, tels que le sinistre gouvernement capitaliste et impérialiste de la Russie (impérialiste selon toutes les définitions du terme) » . On aimerait connaître ces « définitions » de limpérialisme, mais on nen saura pas plus. La Russie nenvahit aucun territoire étranger, elle ninflige aucun embargo, elle ne pratique aucun "regime change" chez les autres. Le budget militaire russe représente 8% de celui de lOTAN. La Russie a quatre bases militaires à létranger quand les USA en ont 725. Le retour de la Crimée dans le giron russe nest pas plus choquant que lappartenance dHawaï aux États-Unis ou de Mayotte à la France. En réalité, cest en regard du drame syrien que luniversitaire dorigine libanaise exhale son hostilité à légard de Moscou. Lintervention russe, en effet, a fourni une aide précieuse à lÉtat syrien dans sa reconquête du territoire national sur les milices extrémistes soutenues par les pays de lOTAN. Laccusation sans preuves contre la Russie saccompagne alors, fort logiquement, dun dédouanement des États-Unis : «Washington maintint un profil bas dans la guerre en Syrie, nintensifiant son intervention que lorsque le soi-disant État islamique eut lancé sa grande offensive et franchi la frontière irakienne, après quoi Washington limita son intervention directe au combat contre lEI ». Profil bas des États-Unis dans la guerre de Syrie ? Visiblement, Gilbert Achcar na jamais entendu parler des (faux) « Amis de la Syrie », du plan Wolfowitz de pulvérisation du Moyen-Orient en entités confessionnelles, de lopération « Timber Sycamore », des milliards de dollars versés à la nébuleuse takfiriste via la CIA, des livraisons darmes par les pays occidentaux aux milices extrémistes et de lembargo infligé au peuple syrien, privé de médicaments par de courageuses démocraties qui écoulent leur matériel de guerre chez les rois du pétrole. Pire encore, on lit sous la plume de luniversitaire gauchiste que « linfluence la plus décisive de Washington sur la guerre syrienne na pas été son intervention directe qui nest de première importance quaux yeux des néo-campistes exclusivement focalisés sur limpérialisme occidental mais plutôt linterdiction faite à ses alliés régionaux de livrer des armes anti-aériennes aux insurgés syriens, principalement en raison de lopposition dIsraël » . Ainsi le rôle de Washington, sous linfluence bénéfique dIsraël, a consisté à priver ces pauvres rebelles des armes antiaériennes qui leur auraient permis de combattre larmée de Bachar Al-Assad. Il faut vraiment être obsédé par « limpérialisme occidental » , que lauteur met entre guillemets, pour oser imaginer que les États-Unis soient pour quelque chose dans la guerre de Syrie. En fait, Gilbert Achcar transpose au cas américain la thèse absurde de luniversitaire pro-islamiste François Burgat à propos des pétromonarchies : elles nont joué aucun rôle dans le drame syrien, cest bien connu. Quant au rôle d'Israël, qui est le seul État à bombarder la Syrie sans discontinuer depuis 2012, Achcar ne le mentionne que pour le disculper. Avec de tels présupposés, il nest pas surprenant que la plupart des organisations gauchistes aient milité pour la « révolution syrienne » , soutenu avec enthousiasme une opposition fantoche rémunérée par le Congrès des États-Unis, réclamé des livraisons darmes antiaériennes aux gentils « rebelles » , imploré lOTAN de bombarder la Syrie à coup de missiles, reproché aux gouvernements occidentaux de ne pas avoir détruit lÉtat syrien légitime, conspué la Russie, la Chine et lIran, manifestement coupables, à leurs yeux, davoir défendu un État souverain agressé par des hordes de mercenaires lobotomisés. Sil a fallu sattarder sur le cas syrien, cest quil met en évidence le naufrage dune gauche qui se réclame parfois du « communisme » tout en exauçant les vux de ses pires ennemis. Comme Trotski appelant à la « liquidation » du groupe dirigeant soviétique en 1939, cette gauche pseudo-révolutionnaire a servi les intérêts impérialistes avec un dévouement sans faille. Influente dans certains médias, elle a diffusé une image mensongère des États et des gouvernements pris pour cibles par Washington. En 2020, il a suffi que le secrétaire dÉtat américain accuse le gouvernement chinois de « génocide » au Xinjiang pour que Libération publie à la Une : « Au Xinjiang, génocide en cours » . La soumission de cette presse soi-disant libre à lagenda impérialiste a atteint des sommets inégalés. Dirigée par danciens gauchistes, elle passe tous les gouvernements qui déplaisent à Washington au crible dune juridiction droit-de-lhommiste dont les règles sont énoncées par le Congrès des États-Unis. La diabolisation de Hugo Chavez, Nicolas Maduro, Daniel Ortega et Evo Morales y côtoie celle de Xi Jinping, Vladimir Poutine, Bachar Al-Assad et Kim Jong-un, tous coupables de défendre la souveraineté de leur pays. Il suffit de leur imputer une violence réelle ou imaginaire contre des opposants ou des journalistes pour en faire des tyrans sans pitié et sans principe, encourant les foudres vengeresses du monde libre et de son bras armé, les États-Unis. Dans cette configuration idéologique, limpérialisme prétexte la défense des droits de lhomme pour déstabiliser les États récalcitrants, et lidéologie gauchiste a pour fonction dhabiller cette ingérence des oripeaux du progressisme.
Edité le 13-11-2021 e 11:46:03 par Xuan
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 13-11-2021 à 19:20:52
| Les trotskistes et la social-démocratie ne sont pas seuls à tirer à boulets "rouges" sur la Chine. J'ai déjà critiqué plusieurs fois la position de marxistes-léninistes sur le forum, qui regrettent l'échec de la révolution culturelle et pour qui la Chine a restauré le capitalisme depuis Deng Xiaoping, puis serait devenu "social-fasciste" et "social-impérialiste". Ils rejettent comme les trotskistes ce qu'ils appellent le "campisme", c'est-à-dire le caractère révolutionnaire de l'opposition entre l'hégémonisme US et les pays anti impérialistes. Certains reprennent les positions albanaises selon lesquelles la contradiction principale dans le monde oppose la bourgeoisie et le prolétariat, les pays émergents et leur bourgeoisie seraient eux-mêmes impérialistes ou bien compradores de l'impérialisme. Ces positions sur la lutte anti impérialistes - sous prétexte que les pays émergents exportent des capitaux - sont contraires à la pensée maozedong dans "de la démocratie nouvelle", elles nient des points essentiels de la lettre en 25 points. Or il est évident que la lutte des bourgeoisies nationales pour l'indépendance politique se poursuit à travers la lutte pour l'indépendance économique sous toutes ses formes. Concernant la Chine, les faits montrent que son comportement n'est pas celui d'un pays impérialiste ni que le PCC exerce une dictature fasciste sur le peuple. Les USA et leurs larbins s'emploient à le démontrer mais il ressort de leurs enquêtes que le peuple chinois soutient le PCC dans son immense majorité. Aussi les groupes "ml" qui défendent ces théories avec des versions diverses trouvent de moins en moins de grain à moudre sur le sujet et en sont réduits à rabâcher leurs certitudes ou à faire le canard.
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| |
| | | | | | | | | |
|