| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 14-09-2022 à 07:21:13
| | « Gauche des Alloc ou gauche du travail ?" par Laurent Brun Au delà des polémiques stériles et pas interessantes, ce débat est presque aussi vieux que le mouvement ouvrier. Et il éclaire une partie du clivage entre réformistes et révolutionnaires. Les uns voulant « aider », les autres voulant « résoudre ». Le clivage nest pas forcément indépassable car il peut y avoir des alliances objectives entre les deux (et il y en a eu plein dans lhistoire sociale de notre pays). Ce nest donc pas parce quil y a confrontation didées, que des alliances sont impossibles. Mais il est toujours utile de clarifier le point de vue révolutionnaire, pour éviter les usurpations, les fourvoiements ou les impasses. Je nai pas la prétention de définir le point de vue révolutionnaire. Mais je vais essayer den dire ce que jen comprend pour contribuer à la réflexion collective. Les militants ouvriers se sont toujours battus pour le salaire, cest lélément central de laffrontement capital/travail. Il sagit bien sûr dobtenir un salaire qui permette de vivre dignement (pouvoir se loger, manger correctement, se vêtir, se soigner, accéder au transport, etc
) mais pas seulement. Il sagit de récupérer tous les fruits de notre travail donc avoir les moyens de vivre le mieux possible, notamment en accédant à des choses que les capitalistes voudraient nous faire concevoir comme superflus (le confort, la qualité des produits consommés, laccès à la culture, au sport, aux loisirs, au temps libre, le droit aux vacances, etc
). Par conséquent, même quand on se bat pour une protection face à des situations spécifiques (maladie, vieillesse, chômage), on défend un revenu de remplacement complet, financé par les cotisations sociales, plutôt que des aides diverses. De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. Cest universaliste et maximaliste. Au passage, on défend aussi la gestion ouvrière de ces sommes : puisque le salaire appartient au salarié, cest à lui seul de gérer la partie quil socialise pour couvrir les risques de la vie. Mais alors pourquoi revendiquer un travail pour tous ? Pourquoi ne pas juste demander un revenu pour tous (universel, de base, dexistence) déconnecté du travail ? Largument souvent utilisé cest la productivité énorme générée par les nouvelles technologies qui réduirait drastiquement le besoin de travail humain et donc qui imposerait daccepter la privation de travail dune partie de la population. Par effort de justice on créerait donc un revenu pour les inactifs. Mais le chômage nest pas lié aux progrès techniques. Le chômage de masse napparaît pas avec linvention de la machine à vapeur ou de lordinateur. Le chômage est une construction économique lié à une mauvaise allocation des ressources guidée par la profitabilité. Le chômage de masse apparaît avec laccélération de lexploitation du travail, issue des politique néolibérales des années 70. Si ce nétait plus la profitabilite qui guidait la répartition du travail alors on pourrait le partager en réduisant le temps de travail, on pourrait changer la nature des productions (disparition du luxe mais réponse aux besoins sociaux comme les emplois dans les hôpitaux, les écoles
), on pourrait re-localiser les productions, etc. Laccès à un travail pour tous serait une réalité. Donc il faut sattaquer à lorganisation du travail et à sa répartition. Cest pour cela que les communistes proposent la sécurité demploi et de formation. Pour moi, le salaire pour tous, cest ceux qui veulent « aider ». Lemploi pour tous, avec un bon salaire, cest ceux qui veulent « résoudre ». Pour terminer, ceux qui défendent les allocations existantes, ne sont ni ceux qui veulent « aider », ni ceux qui veulent « résoudre ». Ils sont de droite et défendent une logique de charité : on ne donne pas assez pour vivre car le bénéficiaire doit avoir honte de sa situation. Quand le RSA est créé (promu par Martin Hirsch et mis en place par le gouvernement Fillon/Sarkozy), ce nest pas par souci de justice sociale, ce nest pas pour sortir de la misère les gens en situation de chômage total ou partiel, et ce nest pas à la suite dune lutte qui leur aurait imposer un compromis. Le 1er avril 2021, le RSA socle s'élève à 565,34 euros pour une personne seule. Qui peut imaginer quon peut vivre correctement avec ça ?? Il ne sagit pas de le supprimer à ceux qui en bénéficient. Il sagit de dire que ça ne peut représenter en RIEN un horizon ou une situation acceptable. Les communistes proposent la sécurité demploi et de formation. Autrement dit, on met en uvre le droit au travail de 1871, inclut dans notre Constitution mais jamais appliqué. Chacun a le droit à un travail stable et bien rémunéré, et pour faire face aux restructurations technologiques sans passer par le mécanisme du chômage, on crée des transitions par des périodes de formation qui ninterrompent ni le salaire, ni lacquisition et le maintien des droits liés au travail. Ce nest pas suffisant pour transformer complètement la société. Mais cest nécessaire. Et ça ne veut pas dire quon attend cela en laissant mourir les chômeurs. On se bat à leurs côté contre la réforme de lintermittence, contre la réforme de lindemnisation chômage, etc
en revanche notre action ne sarrête pas là. Notre ambition va au delà. Il me semble que cest le débat que veut lancer Fabien Roussel. Et personnellement je me retrouve plutôt bien dans la gauche du travail. »
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | pzorba75 | | Grand classique (ou très bavard) | | 1186 messages postés |
| Posté le 14-09-2022 à 09:42:15
| "Il me semble que cest le débat que veut lancer Fabien Roussel" et ce n'est certainement pas en s'alliant avec les sociaux-démocrates à la Hamon-Faure, les écologistes à la Bayou-Rousseau ou les Insoumis de Mélenchon-Aubry que le débat va avancer dans le sens du travail pour tous, l'attelage de bras cassés formant la NUPES n'aura pas grande force pour faire plier le patronat et les hauts fonctionnaires qui servent ses intérêts au sommet de l'Etat et dans toutes les entités administratives du pays, régions, départements, métropoles et villes ou villages.
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 15-09-2022 à 13:49:29
| Il y a les deux vraisemblablement, d'un côté la volonté de conserver une "alliance" et de l'autre celle de se démarquer. Mais ça n'est pas compatible. Cette position ambigüe est le reflet des oppositions internes. Et Roussel essai de ménager la chèvre et le chou. ça ne peut pas durer.
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