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 la famille tuyau de poêle du CAC40

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Xuan
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   Posté le 12-01-2010 à 23:57:04   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Un article du Monde signé Annie Kahn « Le capitalisme français reste aux mains d'un club très fermé » relève la « consanguinité » qui règne au sein des conseils d’administration des grandes entreprises.
Il s’agit là d’une spécificité de la bourgeoisie française :

« les conseils d'administration des sociétés du CAC 40 ne se sont alignés ni sur "le modèle anglais, où les actionnaires ont des pouvoirs étendus, (ni sur) le modèle des Etats-Unis, pour ne pas citer le modèle allemand, où conseils d'administration et de surveillance sont plus indépendants et conçus comme arbitres des intérêts divergents des parties prenantes" , expliquent Xavier Ragot, chercheur au CNRS, et M. Beffa, dans un article cosigné dans l'ouvrage A quoi servent les actionnaires ? (Albin Michel, 2009). »

Cette concentration des pouvoirs dans les grandes entreprises est la plus forte dans l’Union européenne. Quelques dizaines de dirigeants que l’on retrouve dans tous les grands conseils et qui se partagent, dans une forme de cooptation, la plupart des fonctions de direction, de présidence et d’administrateurs.
Malgré leurs dénégations, les représentants politiques de la bourgeoisie encouragent cette concentration. On se souvient de la nomination à la tête d'EDF, en novembre 2009, d'Henri Proglio, qui cumule cette fonction avec la présidence du groupe de services aux collectivités Veolia Environnement.
Jean-Pierre Jouyet, patron de l'Autorité des marchés financiers et ex-directeur adjoint du cabinet de Jospin, commentait simplement ce cas de "baroque" . Mais il y a trop longtemps que les socialos et leurs amis se sont fait déflorer et michetonnent pour le grand capital qu’ils auraient mauvaise grâce de s’en offusquer avec sincérité.



Le Monde précise :
« Le cumul des mandats demeure une pratique régulière. Une petite centaine de personnes (98 exactement), soit 22 % des administrateurs, détient 43 % des droits de vote des sociétés du CAC 40, selon le cabinet Ernst & Young. Ces conseils - ils comptent en moyenne 14 membres - n'accueillent que 21 % d'étrangers quand ceux-ci détiennent 40 % du capital des groupes du CAC 40 et que l'activité à l'international assure désormais l'essentiel de la croissance de leur chiffre d'affaires. Enfin, les femmes occupent moins de 10 % des sièges d'administrateurs » [53, sur 560].

Le cumul des mandats rapporte beaucoup évidemment :

« La rémunération des administrateurs ou "jetons de présence", dans des entreprises du CAC 40, s'élevait en moyenne, en 2008, à 55 000 euros, mais à 79 000 euros pour ceux présidant le comité d'audit, selon le cabinet Russel Reynolds.
La rémunération globale est évidemment bien plus élevée pour ceux qui cumulent plusieurs mandats. Michel Pébereau a ainsi perçu, en 2008, 265 200 euros de jetons de présence en tant qu'administrateur de cinq sociétés, le maximum autorisé par la loi ; à cette somme, s'ajoute sa rémunération de 1,713 million d'euros en tant que président de la banque BNP Paribas.
Jean-Martin Folz, l'ex-patron du constructeur PSA Peugeot Citroën, cumule aussi cinq mandats, qui lui ont procuré 211 266 euros. »



La mainmise et la domination du capital financier sur le capitalisme français est parvenue à un point tel que celui-ci est physiquement présent et dirigeant dans la gouvernance des entreprises, dont il est naturellement le financier :

« Une entreprise, la banque BNP Paribas, illustre cette concentration des pouvoirs au coeur de la gouvernance des entreprises du CAC 40 : quatre personnes - trois dirigeants de la banque et un ex-dirigeant encore influent dans le groupe - sont répartis dans les conseils de douze sociétés de l'indice phare de la Bourse de Paris.
Il s'agit du pétrolier Total, du constructeur aéronautique EADS, de l'assureur Axa, du groupe de matériaux Saint-Gobain et du cimentier Lafarge, pour le président de la banque, Michel Pébereau ; du spécialiste des services aux collectivités Veolia et du groupe de distribution et de luxe PPR, pour son directeur général, Baudouin Prot ; du groupe de services aux collectivités Suez Environnement et du distributeur Carrefour, pour Amaury de Sèze - ex-membre du directoire de Paribas, il devrait reprendre, sous peu, ses fonctions de président de PAI, un fonds d'investissement autrefois dans le giron de Paribas - ; du groupe de BTP et de télécommunications Bouygues, du fabricant de turbines et matériaux ferroviaires Alstom et du Groupe Lagardère pour Georges Chodron de Courcel, le directeur général délégué - il siège aussi au conseil de la société Foncière financière et de participations (FFP), holding familiale de la famille Peugeot, détentrice de 22 % de PSA Peugeot-Citroën.
Si l'on ajoute que deux d'entre eux - MM. de Sèze et Chodron de Courcel - siègent aussi au conseil du Groupe Bruxelles Lambert (GBL), actionnaire de GDF Suez, de Total, de Lafarge, du groupe de vins et spiritueux Pernod Ricard et de Suez Environnement, on voit qu'indirectement ce ne sont plus douze, mais quinze sociétés du CAC 40 dont les conseils sont sous l'influence du groupe bancaire.
Les nominations croisées témoignent de la consanguinité dénoncée. M. Pébereau siège chez Saint-Gobain, société dont le président, Jean-Louis Beffa, est au conseil de BNP Paribas. M. Beffa siège au conseil de GDF Suez, dont le PDG, Gérard Mestrallet, est au conseil de Saint-Gobain. Claude Bébéar, président d'Axa, est au conseil de BNP Paribas quand M. Pébereau siège à celui d'Axa - ces deux institutions financières ont aussi des participations croisées. Les exemples sont multiples. »


Autre particularité hexagonale de ces grands serviteurs du capital, c’est leur consanguinité. Ils sont tous issus du même sérail, des mêmes écoles.

On peut lire dans cet autre article du Monde signé Isabelle Rey-Lefebvre :
Les patrons des groupes sont encore majoritairement issus des grands corps d'Etat

« Le CAC 40 reste dominé par ce que François-Xavier Dudouet, sociologue au CNRS et cofondateur avec Eric Grémont de l'Observatoire politico-économique des structures du capitalisme (Opesc), désigne comme les "patrons d'Etat" , issus des grands corps - Inspection des finances, Mines, Ponts, Télécoms... - ou des cabinets ministériels.
Didier Lombard, PDG de France Télécom, a été directeur de l'industrie. Michel Pébereau, président de la BNP, est un ancien du Trésor, ex-directeur de cabinet de René Monory au ministère de l'industrie. L'arrivée, en mars 2009, de François Pérol, alors secrétaire général adjoint de l'Elysée, à la tête des Caisses d'épargne, ou, en octobre 2009, de Stéphane Richard, venu du cabinet de la ministre de l'économie Christine Lagarde à la direction générale de France Télécom, en témoigne encore aujourd'hui. Ce mode de nomination s'explique, en partie, par l'histoire des banques, les assureurs, du groupe de matériaux Saint-Gobain, de Renault, d'Air France, de France Télécom, de GDF Suez, autrefois nationalisés ou assurant
des missions de service public.
(…) Pas étonnant, dans ce sérail, que les diplômés de grandes écoles soient majoritaires : sur les 80 dirigeants de nationalité française, 23 sont polytechniciens, 16 énarques et 6 polytechniciens et énarques ; 18 sont diplômés de l'Essec ou de HEC, dont 6 ont ajouté l'ENA à leur parcours. "On voit nettement la montée des écoles de management, notamment HEC, chez ces dirigeants" , note toutefois M. Dudouet. Cela se vérifie avec la nouvelle génération de patrons : Bruno Lafont, chez Lafarge, Jean-Pascal Tricoire, chez Schneider, ou Pierre-André de Chalendar, chez Saint-Gobain ont accompli l'essentiel de leur carrière dans le privé. »



Bien entendu, les médias focalisent l’attention des masses sur les revenus exorbitants de ces serviteurs du capital monopoliste. Les représentants politiques de la bourgeoisie tentent même de donner le change en « dénonçant » ces bonus « excessifs » afin de se faire bonne presse auprès du peuple excédé.
Mais ne nous leurrons pas, il s’agit simplement de larbins de haut vol, dont les pourboires extravagants font sourire la grande bourgeoisie.


En 2007, Challenges observait que les 500 principaux détenteurs de capital «familial» de notre pays n'avaient jamais vu leur fortune progresser aussi vite.
« En un an, leur poids dans l'économie est passé de 200 à 280 milliards d'euros. Ces 500 fortunes représentent désormais 15% du PIB, contre 6% il y a une décennie. Sur cette période, le patrimoine professionnel des 500 a triplé et a progressé six fois plus vite que la richesse nationale. Certains, et non des moindres, ont fait bien mieux. En tête de notre «Top-500» pour la troisième année consécutive, Bernard Arnault a vu sa fortune professionnelle passer en dix ans de 3,3 milliards à 23 milliards d'euros. Pour Romain Zaleski, numéro cinq avec 9,2 milliards, c'est encore plus fort: il ne figurait pas dans le classement de 1997! A l'autre bout de la liste, même analyse: pour figurer dans notre club - très fermé - des 500 premières fortunes de France, il faut désormais une Fmic (Fortune minimale d'insertion dans le classement) de 60 millions d'euros. En 1997, il suffisait d'une quinzaine de millions. «Au niveau mondial, nous faisons le même constat», confirme Gilles Dard, président de la gestion privée pour la France de Merrill Lynch. La banque américaine prévoit que le patrimoine des plus riches devrait augmenter de 6,8% par an au cours des cinq prochaines années, un rythme bien supérieur à celui de la croissance mondiale. »

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Xuan
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   Posté le 13-07-2010 à 22:30:12   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

A propos du Gotha et de la grande bourgeoisie d'affaires


Sous le titre Affaire Woerth : comment on se rend service dans le gotha , Rue 89 publie une interview de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues inspirés par les conceptions de Bourdieu, sur la grande bourgeoisie.

http://www.rue89.com/entretien/2010/07/04/affaire-woerth-comment-on-se-rend-service-dans-le-gotha-157378

On y lit en particulier :


Rue89 :
Les écoutes qui sont venues nourrir l'affaire Woerth-Bettencourt montrent que beaucoup de points ont été négociés par téléphone. Toutefois, depuis quinze ans, vous écrivez que cette société-là ne cesse de se croiser…


Monique Pinçon-Charlot :
C'est un peu une représentation de dominés de croire que ces gens-là se disent : « Tiens, je vais aller à une partie de chasse pour rencontrer untel ou untel » alors que c'est tellement naturel. On se voit tout le temps et ça commence dès le petit déjeuner : « Tiens, je vais me faire une petite piscine » et là en nageant… voilà. Ensuite, on prend le café. Et puis les réceptions, les dîners, le golf, le polo… Ils se croisent en permanence.

Michel Pinçon :
Il est intéressant de voir que ce n'est pas don contre don. Ce n'est pas A qui rend un service à B et B qui lui en rend un autre en échange. Mais c'est A qui rend un service à B, qui rend un service à C, et C à D, D à E… et E à A. Tout le monde se rend service mais sans attendre la contrepartie de celui qu'on a aidé. C'est un échange permanent qui intègre tout le milieu.

La nouveauté, c'est que la classe politique appartient à ce milieu-là aujourd'hui ?

Monique Pinçon-Charlot : Non parce que la classe politique a toujours appartenu à la bourgeoisie mais, aujourd'hui, la classe politique est complètement coupée des masses populaires et modestes : aux dernières élections régionales, 69% des ouvriers n'ont pas voté.
Poser les choses comme « Je vais à la chasse pour que untel me rende service », c'est projeter quelque chose qui a à voir avec l'individualisme de la classe moyenne et intellectuelle alors que la classe au pouvoir est la seule classe qui fonctionne véritablement de manière collective et solidaire. Ça se passe naturellement parce que la classe est mobilisée ainsi : pour elle-même et contre les autres.

[…]
Dans la villa Montmorency, dans le XVIe arrondissement, là où vit Carla Bruni-Sarkozy, c'est un véritable ghetto avec 150 maisons et des murs tout autour. C'est un entre-soi où vivent Lagardère, Vincent Bolloré, Dominique Desseigne, et beaucoup d'invités du Fouquet's. Cet entre-soi se reproduit à la mer, à la montagne.

Ce sont les mêmes lieux que ceux des grandes familles ?

Monique Pinçon-Charlot :
Oui, tout à fait. On retrouve dans les lotissements chics l'ensemble des fractions de la classe dominante, anciennes ou nouvelles dynasties.

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