| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 09-04-2011 à 22:48:30
| Ci-dessous la deuxième partie de l'article de Michel Collon. Pour l'essentiel il reflète précisément les rapports contradictoires entre les pays impérialistes, entre les pays impérialistes et le Tiers Monde, entre les pays impérialistes et la Chine. Compte tenu de l'importance du sujet, je le publie in extenso. Quels sont les véritables objectifs des Etats-Unis ? A ce stade de notre réflexion, plusieurs indices permettent déjà décarter définitivement la thèse de la guerre humanitaire ou de la réaction impulsive face aux événements. Si Washington et Paris ont délibérément refusé toute négociation, sils ont « travaillé » depuis un bon moment lopposition libyenne et préparé des scénarios détaillés dintervention, si les porte-avions se tenaient depuis longtemps prêts à intervenir (comme la confirmé lamiral Gary Roughead, chef de lUS Navy : « Nos forces étaient déjà positionnées contre la Libye » , Washington, 23 mars), cest forcément que cette guerre na pas été décidée au dernier moment en réaction à des événements soudains, mais quelle avait été planifiée. Parce quelle poursuit des objectifs majeurs qui dépassent largement la personne de Kadhafi. Lesquels ?
Les objectifs des USA vont bien au-delà du pétrole Dans cette guerre contre la Libye, Washington poursuit plusieurs objectifs simultanément : 1. Contrôler le pétrole. 2. Sécuriser Israël. 3. Empêcher la libération du monde arabe. 4. Empêcher lunité africaine. 5. Installer lOtan comme gendarme de lAfrique. Ca fait beaucoup dobjectifs ? Oui. Tout comme lors des guerres précédentes : Irak, Yougoslavie, Afghanistan. En effet, une guerre de ce type coûte cher et comporte des risques importants pour limage des Etats-Unis, surtout quand ils ne parviennent pas à gagner. Si Obama déclenche une telle guerre, cest quil en attend des gains très importants.
Objectif n° 1 : Contrôler lensemble du pétrole Certains disent que cette fois, ce nest pas une guerre du pétrole, car les quantités libyennes seraient marginales dans la production mondiale et que, de toute façon, Kadhafi vendait déjà son pétrole aux Européens. Mais ils ne comprennent pas en quoi consiste la « guerre mondiale du pétrole »
Avec laggravation de la crise générale du capitalisme, les grandes puissances économiques se livrent une compétition de plus en plus acharnée. Les places sont chères dans ce jeu de chaises musicales. Pour garantir une chaise à ses multinationales, chaque puissance doit se battre sur tous les fronts : conquérir des marchés, conquérir des zones de main duvre profitable, obtenir de gros contrats publics et privés, sassurer des monopoles commerciaux, contrôler des Etats qui lui accorderont des avantages
Et surtout, sassurer la domination sur des matières premières convoitées. Et avant tout, le pétrole. En 2000, analysant les guerres à venir dans notre livre Monopoly, nous écrivions : « Qui veut diriger le monde, doit contrôler le pétrole. Tout le pétrole. Où quil soit. » . Si vous êtes une grande puissance, il ne vous suffit pas dassurer votre propre approvisionnement en pétrole. Vous voudrez plus, vous voudrez le maximum. Non seulement pour les énormes profits, mais surtout parce quen vous assurant un monopole, vous serez à même den priver vos rivaux trop gênants ou de les soumettre à vos conditions. Vous détiendrez larme absolue. Chantage ? Oui. Depuis 1945, les Etats-Unis ont tout fait pour sassurer ce monopole sur le pétrole. Un pays rival comme le Japon dépendait par exemple à 95% des USA pour son approvisionnement en énergie. De quoi garantir son obéissance. Mais les rapports de force changent, le monde devient multipolaire et les Etats-Unis font face à la montée de la Chine, à la remontée de la Russie, à lémergence du Brésil et dautres pays du Sud. Le monopole devient de plus en plus difficile à maintenir. Le pétrole libyen, cest seulement 1% ou 2% de la production mondiale ? Daccord, mais il est de la meilleure qualité, dextraction facile et donc très rentable. Et surtout il est situé tout près de lItalie, de la France et de lAllemagne. Importer du pétrole du Moyen-Orient, dAfrique noire ou dAmérique latine se ferait à un coût bien supérieur. Il y a donc bel et bien bataille pour lor noir libyen. Dautant plus pour un pays comme la France, la plus engagée dans un programme nucléaire devenu bien hasardeux. Dans ce contexte, il faut rappeler deux faits. 1. Kadhafi désirait porter la participation de lEtat libyen dans le pétrole de 30% à 51%. 2. Le 2 mars dernier, Kadhafi sétait plaint que la production pétrolière de son pays était au plus bas. Il avait menacé de remplacer les firmes occidentales ayant quitté la Libye par des sociétés chinoises, russes et indiennes. Est-ce une coïncidence ? Chaque fois quun pays africain commence à se tourner vers la Chine, il lui arrive des problèmes. Voici un autre indice : Ali Zeidan , lhomme qui a lancé le chiffre de « six mille morts civils » , qui auraient été victimes des bombardements de Kadhafi, cet homme est aussi le porte-parole du fameux CNT, le gouvernement dopposition, reconnu par la France. Eh bien, à ce titre, Ali Zeidan a déclaré que « les contrats signés seront respectés" , mais que le futur pouvoir « prendra en considération les nations qui nous ont aidés » ! Cest donc bien une nouvelle guerre du pétrole. Mais elle ne se déroule pas seulement contre la Libye
Pourquoi ces rivalités USA France - Allemagne ? Si la guerre contre la Libye est juste humanitaire, on ne comprend pas pourquoi ceux qui la mènent se disputent entre eux. Pourquoi Sarkozy sest-il précipité pour être le premier à bombarder ? Pourquoi sest-il fâché lorsque lOtan a voulu prendre le contrôle des opérations ? Son argument « LOtan est impopulaire dans les pays arabes » ne tient pas debout. Comme si lui, Sarkozy, y était tellement populaire après avoir à ce point protégé Israël et Ben Ali ! Pourquoi lAllemagne et lItalie ont-elles été si réticentes face à cette guerre ? Pourquoi le ministre italien Frattini a-t-il dabord déclaré quil fallait « défendre la souveraineté et lintégrité territoriale de la Libye » et que « lEurope ne devrait pas exporter la démocratie en Libye » [1] ? Simples divergences sur lefficacité humanitaire ? Non, il sagit là aussi dintérêts économiques. Dans une Europe confrontée à la crise, les rivalités sont de plus en plus fortes aussi. Il y a quelques mois encore, on défilait à Tripoli pour embrasser Kadhafi et empocher les gros contrats libyens. Ceux qui les avaient obtenus, navaient pas intérêt à le renverser. Ceux qui ne les avaient pas obtenus, y ont intérêt. Qui était le premier client du pétrole libyen ? LItalie. Qui était le deuxième ? LAllemagne. Continuons avec les investissements et les exportations des puissances européennes
Qui avait obtenu le plus de contrats en Libye ? LItalie. Numéro deux ? LAllemagne. Cest la firme allemande BASF qui était devenue le principal producteur de pétrole en Libye avec un investissement de deux milliards deuros. Cest la firme allemande DEA, filiale du géant de leau RWE, qui a obtenu plus de quarante mille kilomètres carrés de gisements de pétrole et de gaz. Cest la firme allemande Siemens qui a joué le rôle majeur dans les énormes investissements du gigantesque projet « Great Man Made River » : le plus grand projet dirrigation au monde, un réseau de pipelines pour amener leau depuis la nappe aquifère de la Nubie jusquau désert du Sahara. Plus de 1.300 puits, souvent à plus de cinq cents mètres de profondeur qui, une fois tous les travaux terminés, fourniront chaque jour 6,5 millions de mètres cubes deau à Tripoli, Benghazi, Syrte et dautres villes.[2] 25 milliards de dollars qui ont attiré quelques convoitises ! De plus, avec ses pétrodollars, la Libye avait aussi engagé un très ambitieux programme pour renouveler ses infrastructures, construire des écoles et des hôpitaux et pour industrialiser le pays. Profitant de sa puissance économique, lAllemagne a noué des partenariats économiques privilégiés avec la Libye, lArabie saoudite et les pays du Golfe arabique. Elle na donc aucune envie dabîmer son image dans le monde arabe. Quant à lItalie, il faut rappeler quelle colonisa la Libye avec une brutalité inouïe en sappuyant sur les tribus de louest contre celles de lest. Aujourdhui, à travers Berlusconi, les sociétés italiennes ont obtenu quelques beaux contrats. Elles ont donc beaucoup à perdre. Par contre, la France et lAngleterre qui nont pas obtenu les plus beaux morceaux du gâteau, sont à loffensive pour obtenir le repartage de ce gâteau. Et la guerre en Libye est tout simplement le prolongement de la bataille économique par dautres moyens . Le monde capitaliste nest vraiment pas beau. La rivalité économique se transpose sur le plan militaire. Dans une Europe en crise et dominée par une Allemagne ultraperformante (grâce notamment à sa politique de bas salaires), la France rompt ses alliances et se tourne à présent vers la Grande-Bretagne pour tenter de rééquilibrer la situation. Paris et Londres ont davantage de moyens militaires que Berlin, et tentent de jouer cette carte pour contrer leur faiblesse économique.
Objectif n° 2 : Sécuriser Israël Au Moyen-Orient, tout est lié. Comme Noam Chomsky nous la expliqué dans un entretien [3] : « A partir de 1967, le gouvernement US a considéré Israël comme un investissement stratégique. Cétait un des commissariats de quartier chargés de protéger les dictatures arabes productrices de pétrole. » . Israël, cest le flic du Moyen-Orient. Seulement, le problème nouveau pour Washington, cest que les nombreux crimes commis par Israël (Liban, Gaza, flotille humanitaire
) lisolent de plus en plus. Les peuples arabes réclament la fin de ce colonialisme. Du coup, cest le « flic » qui a besoin dêtre protégé. Israël ne peut survivre sans un entourage de dictatures arabes ne tenant aucun compte de la volonté de leurs peuples dêtre solidaires des Palestiniens. Cest pourquoi Washington a protégé Moubarak et Ben Ali, et protégera les autres dictateurs. Les Etats-Unis craignent de « perdre » la Tunisie et lEgypte dans les années à venir. Ce qui changerait les rapports de force dans la région. Après la guerre contre lIrak en 2003, qui était aussi un avertissement et une intimidation envers tous les autres dirigeants arabes, Kadhafi avait senti la menace. Il avait donc multiplié les concessions, parfois exagérées, aux puissances occidentales et à leur néolibéralisme. Ce qui lavait affaiblie sur le plan intérieur des résistances sociales. Quand on cède au FMI, on fait du tort à sa population. Mais si demain la Tunisie et lEgypte virent à gauche, Kadhafi pourra sans doute revenir sur ces concessions. Un axe de résistance Le Caire Tripoli Tunis, tenant tête aux Etats-Unis et décidé à faire plier Israël serait un cauchemar pour Washington. Faire tomber Kadhafi, cest donc de la prévention.
Objectif n° 3 : Empêcher la libération du monde arabe Qui règne aujourdhui sur lensemble du monde arabe, son économie, ses ressources et son pétrole ? Pas les peuples arabes, on le sait. Mais pas non plus les dictateurs en place. Certes, ils occupent le devant de la scène, mais les véritables maîtres sont dans les coulisses. Ce sont les multinationales US et européennes qui décident ce quon va produire ou non dans ces pays, quels salaires on paiera, à qui profiteront les revenus du pétrole et quels dirigeants on y imposera. Ce sont les multinationales qui enrichissent leurs actionnaires sur le dos des populations arabes. Imposer des tyrans à lensemble du monde arabe a des conséquences très graves : le pétrole, mais aussi les autres ressources naturelles servent seulement aux profits des multinationales, pas à diversifier léconomie locale et à créer des emplois. En outre, les multinationales imposent des bas salaires dans le tourisme, les petites industries et les services en sous-traitance. Du coup, ces économies restent dépendantes, déséquilibrées et elles ne répondent pas aux besoins des peuples. Dans les années à venir, le chômage va encore saggraver. Car 35% des Arabes ont moins de quinze ans. Les dictateurs sont des employés des multinationales, chargés dassurer leurs profits et de briser la contestation. Les dictateurs ont pour rôle dempêcher la Justice sociale. Trois cent millions dArabes répartis en vingt pays, mais se considérant à juste titre comme une seule nation, se trouvent donc placés face à un choix décisif : accepter le maintien de ce colonialisme ou devenir indépendants en empruntant une voie nouvelle ? Tout autour, le monde est en plein bouleversement : la Chine, le Brésil et dautres pays sémancipent politiquement, ce qui leur permet de progresser économiquement. Le monde arabe demeurera-t-il en arrière ? Restera-t-il une dépendance des Etats-Unis et de lEurope, une arme que ceux-ci utilisent contre les autres nations dans la grande bataille économique et politique internationale ? Ou bien lheure de la libération va-t-elle enfin sonner ? Cette idée terrorise les stratèges de Washington. Si le monde arabe et le pétrole leur échappent, cen est fini de leur domination sur la planète. Car les Etats-Unis, puissance en déclin économique et politique, sont de plus en plus contestés : par lAllemagne, par la Russie, par lAmérique latine et par la Chine. En outre, de nombreux pays du Sud aspirent à développer les relations Sud Sud, plus avantageuses que la dépendance envers les Etats-Unis. Ceux-ci ont de plus en plus de mal à se maintenir comme la plus grande puissance mondiale, capable de piller des nations entières et capable de porter la guerre partout où ils le décident. Répétons-le : si demain le monde arabe sunit et se libère, si les Etats-Unis perdent larme du pétrole, ils ne seront plus quune puissance de second rang dans un monde multipolaire. Mais ce sera un grand progrès pour lhumanité : les relations internationales prendront un nouveau cours, et les peuples du Sud pourront enfin décider de leur propre sort et en finir avec la pauvreté.
Ceux pour qui la démocratie est dangereuse Les puissances coloniales ou néocoloniales dhier nous jurent quelles ont changé. Après avoir financé, armé, conseillé et protégé Ben Ali, Moubarak et compagnie, voilà que les Etats-Unis, la France et les autres nous inondent de déclarations touchantes. Comme Hillary Clinton : « Nous soutenons laspiration des peuples arabes à la démocratie. » Cest un mensonge total. Les Etats-Unis et leurs alliés ne veulent absolument pas dune démocratie arabe, ne veulent absolument pas que les Arabes puissent décider sur leur pétrole et leurs autres richesses. Ils ont donc tout fait pour freiner la démocratisation, pour maintenir au pouvoir des responsables de lancien régime. Et, quand cela échoue, pour imposer dautres dirigeants à eux, chargés de démobiliser les résistances populaires. Le pouvoir égyptien vient par exemple de prendre des mesures anti-grèves très brutales. Expliquer la guerre contre la Libye par cette idée quaprès la Tunisie et lEgypte, Washington et Paris auraient « compris » et voudraient se donner bonne conscience ou en tout cas redorer leur blason, ce nest donc quune grosse tromperie. En réalité, la politique occidentale dans le monde arabe forme un ensemble qui sapplique sous trois formes diverses : 1. Maintenir des dictatures répressives. 2. Remplacer Moubarak et Ben Ali par des pions sous contrôle. 3. Renverser les gouvernements de Tripoli, Damas et Téhéran pour recoloniser ces pays « perdus ». Trois méthodes, mais un même objectif : maintenir le monde arabe sous domination pour continuer à lexploiter. La démocratie est dangereuse quand on représente seulement les intérêts dune toute petite minorité sociale. Ce qui fait très peur aux Etats-Unis, cest que le mécontentement social a éclaté dans pratiquement toutes les dictatures arabes
En Irak (et nos médias nen ont rien dit), de nombreuses grèves ont touché le pétrole, le textile, lélectricité et dautres secteurs. A Kut, les troupes US ont même encerclé une usine textile en grève. On a manifesté dans seize des dix-huit provinces, toutes communautés confondues, contre ce gouvernement corrompu qui abandonne son peuple dans la misère. A Bahrein, sous la pression de la rue, le roi a fini par promettre une bourse spéciale de 2.650 $ à chaque famille. A Oman, le sultan Qaboos bin Said a remplacé la moitié de son gouvernement et augmenté le salaire minimum de 40%, ordonnant de créer cinquante mille emplois. Même le roi saoudien Fahd a débloqué 36 milliards de dollars pour aider les familles à bas et moyens revenus ! Evidemment, une question surgit de suite chez tous les gens simples : mais sils avaient tout cet argent, pourquoi le gardaient-ils dans leurs coffres ? La question suivante étant : combien dautres milliards ont-ils volé à leurs peuples avec la complicité des Etats-Unis ? Et la dernière : comment mettre fin à ce vol ? « Révolutions Facebook », grand complot US ou vraies révolutions ? Une interprétation erronée sest répandue sur Internet : les révolutions arabes auraient été déclenchées et manipulées par les Etats-Unis. Ils en auraient tiré les ficelles pour opérer des changements bien contrôlés et pouvoir attaquer la Libye, la Syrie, lIran. Tout aurait été « fabriqué ». Largument pour cette thèse : des organismes plus ou moins officiels avaient invité aux USA et formé des « cyberactivistes » arabes qui ont joué un rôle en pointe dans la circulation des infos et qui ont symbolisé une révolution de type nouveau, la « révolution Facebook ». Lidée de ce grand complot ne tient pas. En réalité, les Etats-Unis ont tout fait pour maintenir aussi longtemps que possible Moubarak, dictateur bien utile. Cependant, ils le savaient en mauvaise santé et « fini ». Dans ce genre de situations, ils préparent évidemment un « Plan B » et même un « Plan C ». Le Plan B consistait à remplacer Moubarak par un de ses adjoints. Mais ça avait peu de chances de marcher, vu la colère profonde du peuple égyptien. Donc, ils avaient préparé aussi un, voire plusieurs Plan C, comme ils le font dailleurs dans pratiquement tous les pays quils veulent contrôler. Ca consiste en quoi ? Ils achètent à lavance quelques opposants et intellectuels - que ceux-ci sen rendent compte ou non - et « investissent » donc dans lavenir. Le jour venu, ils propulsent ces gens sur le devant de la scène. Combien de temps ça marchera, cest une autre question dès lors que la population est mobilisée et quun régime, même relifté, ne peut résoudre les revendications populaires si son but est de maintenir lexploitation des gens. Parler de « révolution Facebook » est un mythe qui arrange bien les USA. Autant nous avons signalé depuis longtemps limportance cruciale des nouvelles méthodes dinfo et de mobilisation sur Internet, autant est absurde lidée que Facebook remplacerait les luttes sociales et les révolutions. Cette idée convient bien aux grands capitalistes (dont Moubarak était le représentant), mais en réalité ce quils craignent par dessus tout, cest la contestation des travailleurs, car elle met directement en danger leur source de profits. Le rôle des travailleurs Facebook est une méthode de lutte, ce nest pas lessence de la révolution. Cette présentation veut escamoter le rôle de la classe ouvrière (au sens large), qui serait remplacée par Internet. En réalité, une révolution est une action par laquelle ceux den bas donnent leur congé à ceux den haut. Avec un changement radical non seulement du personnel politique, mais surtout dans les rapports dexploitation sociale. Aïe ! Selon nos grands penseurs officiels, ça fait longtemps quon naurait plus le droit demployer le terme « lutte de classe » qui serait dépassé et même un peu obscène. Pas de chance pour vous, le deuxième homme le plus riche du monde, le grand boursier Warren Buffet, a lâché le morceau il y a quelque temps : « Daccord, il y a une lutte de classe en Amérique. Mais cest ma classe, la classe des riches, qui fait la guerre et nous la gagnons. ». [4] Ça, Monsieur Buffett, il ne faut jamais en jurer avant la fin de la pièce ! Rira bien
Mais les réalités tunisiennes et égyptiennes confirment la réalité de la lutte des classes, en accord avec Monsieur Buffett
Quand Ben Ali a-t-il fait sa valise ? Le 14 janvier, quand les travailleurs tunisiens étaient engagés dans une grève générale. Quand Moubarak a-t-il quitté son trône ? Lorsquune puissante grève des ouvriers égyptiens a paralysé les usines de textile, la poste et même les médias officiels. Explication par Joel Beinin, professeur à luniversité de Stanford et ancien directeur à luniversité américaine du Caire : « Ces dix dernières années, une vague énorme de protestations sociales avaient touché plus de deux millions de travailleurs dans plus de trois mille grèves, sit-ins et autres formes de protestation. Tel était larrière-plan de tout ce soulèvement révolutionnaire des dernières semaines
Mais dans les derniers jours, on a vu des dizaines de milliers de travailleurs lier leurs revendications économiques avec lexigence dabolir le régime Moubarak
». [5] La révolution arabe ne fait que commencer. Après les premières victoires populaires, la classe dominante, toujours au pouvoir, tente dapaiser le peuple avec quelques petites concessions. Obama souhaitait que la rue se calme au plus vite et que tout reste comme avant. Cela peut marcher un temps, mais la révolution arabe est en route. Elle peut prendre des années mais sera difficile à arrêter.
Objectif n° 4 : Empêcher lunité africaine Continent le plus riche de la planète, avec une profusion de ressources naturelles, lAfrique est aussi le plus pauvre. 57% vivent sous le seuil de pauvreté, cest-à-dire avec moins d1,25 $ par jour. La clé de ce mystère ? Cest justement que les multinationales ne paient pas ces matières premières, elles les volent. En Afrique, elles pillent les ressources, imposent des bas salaires, des accords commerciaux défavorables et des privatisations nuisibles, elles exercent toutes sortes de pressions et chantages sur des Etats faibles, elles les étranglent par une Dette injuste, elles installent des dictateurs complaisants, elles provoquent des guerres civiles dans les régions convoitées. LAfrique est stratégique pour les multinationales, car leur prospérité est basée sur le pillage de ces ressources. Si un prix correct était payé pour lor, le cuivre, le platine, le coltan, le phosphate, les diamants et les produits agricoles, les multinationales seraient beaucoup moins riches mais les populations locales pourraient échapper à la pauvreté. Pour les multinationales des Etats-Unis et dEurope, il est donc vital dempêcher lAfrique de sunir et de sémanciper. Elle doit rester dépendante. Un exemple, bien exposé par un auteur africain, Jean-Paul Pougala
« Lhistoire démarre en 1992 lorsque quarante-cinq pays africains créent la société RASCOM pour disposer dun satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers lAfrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce quil y avait un impôt de 500 millions de dollars que lEurope encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à lintérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat. Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an. Quel banquier ne financerait pas un tel projet ? Mais léquation la plus difficile à résoudre était : comment lesclave peut-il saffranchir de lexploitation servile de son maître en sollicitant laide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale , le FMI, les USA, lUnion Européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant quatorze ans. Cest en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de linutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à un taux usuraire ; le guide libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions et cest ainsi que lAfrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire. Dans la foulée, la Chine et la Russie sy sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, sud-africain, nigérian, angolais, algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100% africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût dix fois inférieur, un vrai défi. Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à lOccident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et dintérêts que cette même dette permettait de générer à linfini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller lAfrique. (
) Cest la Libye de Kadhafi qui offre à toute lAfrique sa première vraie révolution des temps modernes : assurer la couverture universelle du continent pour la téléphonie, la télévision, la radiodiffusion et de multiples autres applications telles que la télémédecine et lenseignement à distance ; pour la première fois, une connexion à bas coût devient disponible sur tout le continent, jusque dans les zones rurales grâce au système par pont radio WMAX. » [6] Tiens, voilà quelque chose quon ne nous avait pas raconté sur le méchant Kadhafi ! Quil aidait les Africains à sémanciper de létouffante tutelle des Occidentaux. Y aurait-il encore dautres non dits de ce genre ? Kadhafi a défié le FMI et Obama joue les pick-pockets Oui. En soutenant le développement du « Fonds monétaire africain » (FMA), Kadhafi a commis le crime de défier le Fonds Monétaire International (FMI). On sait que le FMI, contrôlé par les Etats-Unis et lEurope, et présidé par Dominique Strauss-Kahn, exerce un véritable chantage sur les pays en développement. Il leur prête seulement à condition que ces pays acceptent de se défaire de leurs entreprises au profit des multinationales, de passer des commandes inintéressantes ou de réduire leurs budgets santé et éducation. Bref, ce banquier FMI est très nuisible. Eh bien, de même que les Latinos ont lancé leur propre Banco Sur, pour contrer les chantages arrogants du FMI et décider eux-mêmes quels projets vraiment utiles ils veulent financer, voici que le FMA pourrait commencer à offrir une voie plus indépendante aux Africains. Et qui finance le FMA ? LAlgérie a fourni 16 milliards, et la Libye 10 milliards. Soit ensemble 62% de son capital. Mais, dans la plus grande discrétion médiatique, Obama vient tout simplement de voler trente milliards au peuple libyen. Comment ça sest passé ? Le 1er mars (bien avant la résolution de lONU), il a donné lordre au Trésor US de bloquer les dépôts de la Libye aux USA. Puis, le 17 mars, il sest arrangé pour insérer dans la résolution 1973 de lONU une petite phrase autorisant à geler les avoirs de la banque centrale de Libye mais aussi de la compagnie nationale libyenne du pétrole. On sait que Kadhafi a amassé un trésor pétrolier qui lui a permis dinvestir dans de grandes sociétés européennes, dans de grands projets de développement africain (et peut-être aussi dans certaines campagnes électorales européennes, mais ceci ne semble pas constituer une forme efficace dassurance-vie !)
Bref, la Libye est un pays assez riche (200 milliards de dollars de réserves) qui a attiré les convoitises dune puissance hyper-endettée : les Etats-Unis. Alors, pour détourner les dizaines de milliards de dollars de la banque nationale libyenne, bref pour faire les poches du peuple libyen, Obama a simplement baptisé tout ça « source potentielle de financement du régime Kadhafi » et le tour était joué. Un vrai pick-pocket. Malgré tous ses efforts pour amadouer lOccident en multipliant les concessions au néolibéralisme, Kadhafi inquiétait toujours les dirigeants des Etats-Unis. Un câble de lambassade US à Tripoli, datant de novembre 2007, déplore cette résistance : « Ceux qui dominent la direction politique et économique de la Libye poursuivent des politiques de plus en plus nationalistes dans le secteur de lénergie. » Refuser la privatisation tous azimuts, ça mérite donc des bombardements ? La guerre est bel et bien la continuation de léconomie par dautres moyens.
Objectif n° 5 : Installer lOtan comme gendarme de lAfrique Au départ, lOtan était censée protéger lEurope contre la « menace militaire soviétique ». Donc, une fois lURSS disparue, lOtan aurait dû disparaître aussi. Mais ce fut tout le contraire
Après avoir bombardé en Bosnie en 1995, Javier Solana, secrétaire-général de lOtan, déclarait : « Lexpérience acquise en Bosnie pourra servir de modèle pour nos opérations futures de lOtan » . A lépoque, javais donc écrit : « LOtan réclame en fait une zone daction illimitée. La Yougoslavie a été un laboratoire pour préparer de prochaines guerres. Où auront-elles lieu ? » . [7] Et je proposais cette réponse : «Axe n° 1 : Europe de lEst. Axe n° 2 : Méditerranée et Moyen-Orient. Axe n° 3 : le tiers monde en général. » Nous y sommes, cest ce programme qui se réalise aujourdhui. Dès 1999, lOtan bombardait la Yougoslavie. Une guerre pour soumettre ce pays au néolibéralisme, ainsi que nous lavons vu. Etudiant les analyses des stratèges US, je soulignai alors cette phrase de lun deux, Stephen Blank : « Les missions de lOtan seront de plus en plus out of area (hors de sa zone de défense). Sa fonction principale deviendrait donc dêtre le véhicule de lintégration de régions toujours plus nombreuses dans la communauté occidentale économique, de sécurité, politique et culturelle. » [8] Soumettre des régions toujours plus nombreuses à lOccident ! Jécrivis alors : « LOtan est larmée au service de la globalisation, larmée des multinationales. Pas à pas, lOtan se transforme bel et bien en gendarme du monde. » [9]. Et jindiquais les prochaines cibles probables de lOtan : Afghanistan, Caucase, retour en Irak
Pour commencer. Aujourdhui que tout cela sest effectivement réalisé, certains me demandent : « Vous aviez une boule de cristal ? ». Pas besoin de boule de cristal, il suffit détudier les documents du Pentagone et des grands bureaux de stratégie US, qui ne sont même pas secrets, et de saisir leur logique. Et cette logique de lEmpire est en fait très simple : 1. Le monde est une source de profits. 2. Pour gagner la guerre économique, il faut être la superpuissance dominante. 3. Pour ça, il faut contrôler les matières premières, les régions et les routes stratégiques. 4. Toute résistance à ce contrôle doit être brisée : par la corruption, le chantage ou la guerre, peu importent les moyens. 5. Pour rester la superpuissance dominante, il faut absolument empêcher les rivaux de sallier contre le maître. Expansion de lOtan : sur trois continents déjà ! Pour défendre ces intérêts économiques et devenir le gendarme du monde, les dirigeants de lOtan sèment la panique : « Notre monde sophistiqué, industrialisé et complexe a été assailli par bon nombre de menaces mortelles : changement climatique, sécheresse, famine, cybersécurité, question énergétique » [10], Ainsi, des problèmes non militaires, mais sociaux et environnementaux sont utilisés comme prétextes pour augmenter les armements et les interventions militaires. Le but de lOtan est en fait de se substituer à lONU. Cette militarisation du monde rend notre avenir de plus en plus dangereux. Et cela a bien sûr un coût terrible : les Etats-Unis prévoient pour 2011 un budget militaire record de 708 milliards. Soit 2.320 dollars par habitant ! Deux fois plus quaux débuts de Bush. De plus, le ministre US de la Guerre, Robert Gates, ne cesse de pousser les Européens à dépenser plus : « La démilitarisation de lEurope constitue un obstacle à la sécurité et à une paix durable au 21ème siècle. » [11]Les pays européens ont dû sengager envers Washington à ne pas diminuer leurs dépenses militaires. Tout profit pour les firmes darmement. Lexpansion mondiale de lOtan na rien à voir avec Kadhafi, Saddam Hussein ou Milosevic. Il sagit dun plan global pour maintenir la domination sur la planète et ses richesses, pour maintenir les privilèges des multinationales, pour empêcher les peuples de choisir leur propre voie. LOtan a protégé Ben Ali, Moubarak et les tyrans dArabie saoudite, lOtan protégera ceux qui vont leur succéder, lOtan brisera seulement ceux qui résistent à lEmpire. Pour devenir gendarme du monde, lOtan avance en effet pas à pas. Une guerre en Europe contre la Yougoslavie, une guerre en Asie contre lAfghanistan et à présent, une guerre en Afrique contre la Libye. Déjà trois continents ! Elle avait bien été tentée dintervenir aussi en Amérique latine en organisant des manuvres contre le Venezuela il y a deux ans. Mais là, cétait trop risqué, car lAmérique latine est de plus en plus unie et refuse les « gendarmes » des USA. Pourquoi Washington veut-elle absolument installer lOtan comme gendarme de lAfrique ? A cause des nouveaux rapports de forces mondiaux, analysés plus haut : Etats-Unis en déclin, contestés : par lAllemagne, la Russie, lAmérique latine et la Chine, et même par des pays petits et moyens du tiers monde. Pourquoi ne parle-t-on pas dAfricom ? Ce qui inquiète le plus Washington, cest la puissance croissante de la Chine. Proposant des relations plus égalitaires aux pays asiatiques, africains et latino-américains, achetant les matières premières à meilleur prix et sans chantage colonial, proposant des crédits plus intéressants, réalisant des travaux dinfrastructure utiles au développement, la Chine leur offre une alternative à la dépendance envers Washington, Londres ou Paris. Alors, que faire pour contrer la Chine ? Le problème, cest quune puissance en déclin économique a moins de moyens de pression financière même sur les pays africains, les Etats-Unis ont donc décidé dutiliser leur meilleure carte : la carte militaire. Il faut savoir que leurs dépenses militaires dépassent celles de tous les autres pays du globe réunis. Depuis plusieurs années, ils avancent peu à peu leurs pions sur le continent africain. Le 1er octobre 2008, ils ont installé « Africom » (Africa Command). Tout le continent africain (à lexception de lEgypte) a été placé sous un seul commandement US unifié regroupant lUS Army, lUS Navy, lUS Air Force, les Marines et les « opérations spéciales » (débarquements, coups dEtat, actions clandestines
). Lidée étant de répéter ensuite le mécanisme avec lOtan pour appuyer les forces US. Washington, voyant des terroristes partout, en a trouvé en Afrique aussi. Comme par hasard aux alentours du pétrole nigérian et dautres ressources naturelles convoitées. Donc, si vous voulez savoir où se dérouleront les prochains épisodes de la fameuse « guerre contre le terrorisme », cherchez sur la carte le pétrole, luranium et le coltan, et vous aurez trouvé. Et comme lIslam est répandu dans de nombreux pays africains, dont le Nigéria, vous avez déjà le prochain scénario
Objectif réel dAfricom : « stabiliser » la dépendance de lAfrique, lempêcher de sémanciper, lempêcher de devenir un acteur dépendant qui pourrait sallier à la Chine et à lAmérique latine. Africom constitue une arme essentielle dans les plans de domination mondiale des Etats-Unis. Ceux-ci veulent pouvoir sappuyer sur une Afrique et des matières premières sous contrôle exclusif dans la grande bataille qui sest déclenchée pour le contrôle de lAsie et pour le contrôle de ses routes maritimes. En effet, lAsie est le continent où se joue dores et déjà la bataille économique décisive du 21ème siècle. Mais cest un gros morceau avec une Chine très forte et un front déconomies émergentes qui ont intérêt à former un bloc. Washington veut dès lors contrôler entièrement lAfrique et fermer la porte aux Chinois. La guerre contre la Libye est donc une première étape pour imposer Africom à tout le continent africain. Elle ouvre une ère non de pacification du monde, mais de nouvelles guerres. En Afrique, au Moyen-Orient, mais aussi tout autour de lOcéan indien, entre lAfrique et la Chine. Pourquoi lOcéan indien ? Parce que si vous regardez une carte, vous voyez que cest la porte de la Chine et de lAsie toute entière. Donc, pour contrôler cet océan, Washington cherche à maîtriser plusieurs zones stratégiques : 1. Le Moyen-Orient et le Golfe persique, doù sa nervosité à propos de pays comme lArabie saoudite, le Yemen, Bahrein et lIran. 2. La Corne de lAfrique, doù son agressivité envers la Somalie et lErythrée. Nous reviendrons sur ces géostratégies dans le livre Comprendre le monde musulman Entretiens avec Mohamed Hassan que nous préparons pour bientôt. Le grand crime de Kadhafi Revenons à la Libye. Dans le cadre de la bataille pour contrôler le continent noir, lAfrique du Nord est un objectif majeur. En développant une dizaine de bases militaires en Tunisie, au Maroc et en Algérie ainsi que dans dautres nations africaines, Washington souvrirait la voie pour établir un réseau complet de bases militaires couvrant lensemble du continent. Mais le projet Africom a rencontré une sérieuse résistance des pays africains. De façon hautement symbolique, aucun na accepté daccueillir sur son territoire le siège central dAfricom. Et Washington a dû maintenir ce siège à
Stuttgart en Allemagne, ce qui était fort humiliant. Dans cette perspective, la guerre pour renverser Kadhafi est au fond un avertissement très clair aux chefs dEtat africains qui seraient tentés de suivre une voie trop indépendante. Le voilà, le grand crime de Kadhafi : la Libye navait accepté aucun lien avec Africom ou avec lOtan. Dans le passé, les Etats-Unis possédaient une importante base militaire en Libye. Mais Kadhafi la ferma en 1969. Cest évident, la guerre actuelle a notamment pour but de réoccuper la Libye. Ce serait un avant-poste stratégique permettant dintervenir militairement en Egypte si celle-ci échappait au contrôle des Etats-Unis. Quelles sont les prochaines cibles en Afrique ? La question suivante sera donc : après la Libye, à qui le tour ? Quels autres pays africains pourraient être attaqués par les Etats-Unis ? Cest simple. Sachant que la Yougoslavie avait aussi été attaquée parce quelle refusait de rentrer dans lOtan, il suffit de regarder la liste des pays nayant pas accepté de sintégrer dans Africom, sous le commandement militaire des Etats-Unis. Il y en a cinq : Libye, Soudan, Côte dIvoire, Zimbabwe, Erythrée. Voilà les prochaines cibles. Le Soudan a été scindé et placé sous la pression de sanctions internationales. Le Zimbabwe est sous sanctions également. La Côte dIvoire sest vu imposer une guerre civile fomentée par lOccident. LErythrée sest vu imposer une guerre terrible par lEthiopie, agent des USA dans la région, elle est sous sanctions également. Tous ces pays ont été ou vont être lobjet de campagnes de propagande et de désinformation. Quils soient dirigés ou non par des dirigeants vertueux et démocratiques na rien à voir. LErythrée tente une expérience de développement économique et sociale autonome en refusant les « aides » que voudraient lui imposer la Banque mondiale et le FMI contrôlés par Washington. Ce petit pays remporte de premiers succès dans son développement, mais il est sous menace internationale. Dautres pays, sils « tournent mal », sont également dans le collimateur des Etats-Unis. LAlgérie particulièrement. En fait, il ne fait pas bon suivre sa propre voie
Et pour ceux qui croiraient encore que tout ceci relève dune « théorie du complot » , que les USA ne programment pas tant de guerres mais improvisent en réagissant à lactualité, rappelons ce quavait déclaré en 2007 lex-général Wesley Clark (commandant suprême des forces de lOtan en Europe entre 1997 et 2001, qui dirigea les bombardements sur la Yougoslavie) : « En 2001, au Pentagone, un général m a dit : Je viens de recevoir un mémo confidentiel (classified) du secrétaire à la Défense : nous allons prendre sept pays en cinq ans, en commençant par lIrak, ensuite la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et pour finir lIran. » [12] Des rêves à la réalité, il y a une marge, mais les plans sont là. Juste retardés. Source : www.michelcollon.info [1] Marianna Lepore, The war in Libya and Italian interests, inaltreparole.net, 22 février. [2] Ron Fraser, Libya accelerates German-Arabian peninsula alliance, Trumpet.com, 21 mars [3] Michel Collon, Israël, parlons-en !, Bruxelles 2010, p. 172. [4] New York Times Magazine, novembre 2006. [5] Interview radio Democracy now, 10 février. [6] J-P Pougalas, Les mensonges de la guerre contre la Libye, palestine-solidarite.org, 31 mars [7] Michel Collon, Poker menteur, Bruxelles, 1998, p 160-168. [8] Nato after enlargement, US Army War College, 1998, p. 97. [9] Michel Collon, Monopoly LOtan à la conquête du monde, Bruxelles 2000, pp. 90 et 102). [10] Assemblée commune Otan Lloyds à Londres, 1er octobre 2009. [11] Nato Strategic Concept seminar, Washington, 23 février 2010. [12] Interview radio Democracy Now, 2 mars 2007
Edité le 09-04-2011 e 22:52:07 par Xuan
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 13-05-2011 à 09:53:54
| Michel Collon publie un article de Manlio Dinucci sur les calculs de l'impérialisme occidental visant l'exploitation du pétrole libyen, mais au-delà, "les organismes qui pourraient un jour rendre possible lautonomie financière de lAfrique" . Derrière lattaque contre la Libye : les stratégies de la guerre économique 10 mai 2011 Lagression occidentale contre la Libye na pas eu pour but de semparer du pétrole local que des compagnies occidentales avaient déjà été autorisées à exploiter depuis la normalisation des relations diplomatiques. Il ne sagit donc pas dune guerre de ressources. Par contre, relate Manlio Dinucci, cette guerre, la reconnaissance précipitée par la France du Conseil national de transition (10 mars) et le sommet de Londres (30 mars), ont permis aux multinationales occidentales de modifier les termes de leurs contrats et de ne plus payer que des droits dexploitation symboliques. De ce point de vue, il sagit donc dune guerre coloniale classique. LOTAN a concentré ses interventions de « support aérien » aux rebelles armés autour de la raffinerie de Ras-Lanouf, qui concentre les 2/3 des capacités de raffinage du pays. Linvasion de la Libye, contrairement à ce qui se dit, a déjà commencé. Les unités dassaut qui, opérant depuis longtemps sur le territoire libyen, ont préparé la guerre sont en train de leffectuer : ce sont les puissantes compagnies pétrolières et les banques dinvestissement étasuniennes et européennes. Quels sont les intérêts en jeu ? Ceci émerge dun article du Wall Street Journal, le réputé quotidien daffaires et de finance [1]. Après labolition des sanctions en 2003, les compagnies pétrolières occidentales ont afflué en Libye avec de grandes attentes, mais ont été déçues. Le gouvernement libyen, sur la base dun système connu sous le nom dEpsa-4, concédait les licences dexploitation aux compagnies étrangères qui laissaient à la compagnie étatique (National Oil Corporation of Libya, NOC) le pourcentage le plus élevé du pétrole extrait : étant donnée la forte compétition, ce pourcentage arrivait à environ 90 %. « Les contrats Epsa-4 étaient ceux qui, à léchelle mondiale, contenaient les termes les plus durs pour les compagnies pétrolières », dit Bob Fryklund, auparavant président de la société étasunienne ConocoPhillips en Libye. En 2005-06, après la normalisation des relations de la Libye avec lOccident, la NOC a réalisé trois appels doffres internationaux pour lexploration et lexploitation de ses réserves pétrolières, les plus importantes dAfrique. Cependant, les contrats passés avec les multinationales étrangères ont pris la forme de joint-venture particulièrement favorables à la nation libyenne. Cest pour « libéraliser » ce système que le Conseil national de transition a créé la LOC et que les « volontaires » lui ont reconnu le droit dexporter le pétrole libyen, lors du sommet de Londres, le 29 mars 2011. La gestion de la LOC a été confiée au Qatar qui, en échange, a mis Al-Jazeera à disposition des « volontaires » pour déstabiliser la Syrie. Les raisons apparaissent ainsi clairement par une opération décidée non pas à Benghazi mais à Washington, Londres et Paris de la création par le Conseil national de transition de la « Libyan Oil Company » : une coquille vide, semblable à une des sociétés clé en mains, prêtes pour les investisseurs dans les paradis fiscaux [2]. Elle est destinée à se substituer à la NOC, quand les « volontaires » auront pris le contrôle des zones pétrolifères. Sa mission sera de concéder des licences à des conditions extrêmement favorables pour les compagnies étasuniennes, britanniques et françaises. Seraient par contre pénalisées les compagnies qui, avant la guerre, étaient les principales productrices de pétrole en Libye : avant tout litalienne ENI qui a payé en 2007 un milliard de dollars pour sassurer les concessions jusquen 2042, et lallemande Wintershall qui venait au deuxième rang. Plus pénalisées encore seraient les compagnies russes et chinoises, à qui Kadhafi a promis le 14 mars (2011) de donner les concessions pétrolières retirées aux compagnies européennes et étasuniennes. Les plans des « volontaires » prévoient aussi la privatisation de la compagnie dÉtat, qui serait imposée par le Fond Monétaire International en échange d « aides » pour la reconstruction des industries et infrastructures détruites par les bombardements des « volontaires » mêmes. Il apparaît aussi clairement pourquoi a été créée, en même temps, à Bengazi, la « Central Bank of Libya », autre coquille vide mais avec une mission future importante : celle de gérer formellement les fonds souverains libyens plus de 150 milliards de dollars que lÉtat libyen avait investi à létranger quand ils seront « dégelés » par les États-Unis et par les plus grandes puissances européennes. Qui les gèrera effectivement est démontré par le colosse bancaire britannique HSBC, principal « gardien » des investissements libyens « congelés » au Royaume Uni (environ 25 milliards deuros) : une équipe de hauts cadres dHSBC est déjà au travail à Bengazi pour lancer la nouvelle « Central Bank of Libya » [3]. Il sera facile pour HSBC et dautres grandes banques dinvestissement dorienter les investissements libyens en fonction de leurs stratégies. Un de leurs objectifs est de couler les organismes financiers de lUnion africaine, dont la naissance a été rendue possible en grande partie par les investissements libyens : la Banque africaine dinvestissement, avec siège à Tripoli ; la Banque centrale africaine, siège à Abuja (Nigeria) ; le Fond monétaire africain, siège à Yaoundé (Cameroun). Ce dernier, avec un capital programmé à plus de 40 milliards de dollars, pourrait supplanter en Afrique le Fond monétaire international, qui a jusquà présent dominé les économies africaines en ouvrant la voie aux multinationales et aux banques dinvestissement étasuniennes et européennes. En attaquant la Libye, les « volontaires » essaient de couler les organismes qui pourraient un jour rendre possible lautonomie financière de lAfrique. Traduction Marie-Ange Patrizio Source : Il Manifesto
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