| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 24-08-2022 à 00:16:22
| | Jean-Claude Delaunay : la logique des blocs est périmée 23 AOÛT 2022 https://histoireetsociete.com/2022/08/23/jean-claude-delaunay-la-logique-des-blocs-est-perimee/ Jean-Claude ce que tu écris là est passionnant, mais jen reviens toujours au même point : pourquoi diable te mêles-tu de parler de lURSS dont tu ignores tout dune manière de plus en plus gênante. En effet, celui qui connait un peu le rôle de lURSS dans les relations internationales et je te recommande là-dessus le livre de Ponomarev (qui nest pas un stalinien) et lanalyse quil fait du rôle de lURSS comme facteur de paix ou de souveraineté nationale, le changement que lexistence de lURSS introduit en matière de relations internationales. Que tu le veuilles ou non le modèle chinois est un modèle soviétique comme toutes les révolutions réussies, celui dans lequel le rôle du parti dépasse les économismes et adopte une forme de centralité politique dans la direction. Quand un intellectuel cultive ce genre de coquetterie, du genre opposer la Chine à lURSS, tu sais pourtant que non seulement il est superficiel de le traiter en une ligne comme un acquis (acquis de qui et par qui?) et la filiation réelle entre la Chine et la révolution léniniste, autre chose est la critique nécessaire de ce qui a permis la contrerévolution gorbatchévienne, mais ce genre de notation détourne ce faisant de la tâche pratique alors que ton analyse aide à préciser les enjeux daujourdhui, y compris les leçons que la Chine a tiré du gorbatchévisme et donc le Que faire? et cest ça lessentiel. Dans ce blog tu le sais, qui se veut communiste sans être pour autant lorgane daucun parti nous nous battons pour la responsabilité politique et le rôle davant-garde des intellectuels, chacun de nous, toi comme moi nous le payons de censures, de solitude, mais cest notre honneur et le fruit de nos convictions marxistes-léniniste, tout cela est exigeant, ton article prouve à quel point nous avons un besoin de réflexion en liaison avec la pratique politique de ceux qui sorganisent pour une lutte révolutionnaire
(note de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)
________________ Cest certainement vers un nouveau système de relations internationales que le monde se dirige, toutes choses égales par ailleurs en ce qui concerne léclatement dune guerre nucléaire. Je souhaite, dans ce bref commentaire, aboutir au même résultat que celui avancé par Pommier et Badie (la logique des blocs est close), mais en raisonnant (du moins je le crois) autrement queux. Limpérialisme est en recul. Ses dirigeants aimeraient imposer la logique des blocs, qui fut mise en place par les impérialistes eux-mêmes. Dès le début du 20è siècle, les pays capitalistes développés (les pays impérialistes ou encore les pays parvenus au stade de limpérialisme) ont cherché à détruire lUnion soviétique, qui fut pendant plus de 70 ans, sauf pour les grandes bourgeoisies et la plupart des trotskystes, la matérialisation du socialisme. Les dirigeants des pays impérialistes ont eu intérêt à promouvoir la stratégie des deux blocs pour produire les armements qui font les délices du secteur monopoliste militarisé, pour mieux faire accepter par leurs populations les dépenses militaires induites par les guerres, pour mieux faire passer la domination par eux exercée sur leurs Etats comme sur les affaires du monde. En outre, une stratégie de bloc prive ladversaire socialiste du bénéfice des avancées techniques réalisées ailleurs. Les socialistes doivent tout faire par eux-mêmes alors quils sont sous-développés. La stratégie actuellement promue par la Chine et soutenue par les autres pays socialistes est différente. Ce que la Chine promeut est la paix et non laffrontement. Je crois que cest la grande différence entre la stratégie internationale du socialisme contemporain dimpulsion chinoise et celle de lUnion soviétique. Aujourdhui les Chinois disent, et ils le disent parce quils ont la capacité de le dire et de faire respecter leur parole : « Chacun est maître chez soi et faisons des affaires ensemble. Cest à chacun des peuples concernés et à leurs gouvernements de trouver le régime qui leur convient » . Cest une stratégie de portée économique et politique, douverture sur le marché mondial. De cette stratégie découle un certaine configuration des alliances internationales. Hier, les soviétiques étaient conduits à dire, et dun certaine manière forcés à dire : « Nous allons faire mieux que les capitalistes et les impérialistes, qui nous obligent à nous battre contre eux. Nous sommes ouvertement et militairement rivaux ». Cette logique des deux blocs a dune certaine manière échoué dans la mesure où, sous le couvert de cet affrontement, les soviétiques ont industrialisé leur patrie et construit une armée puissante. Il est apparu cependant, à un certain moment (années 1980) et en liaison avec dautres facteurs de nature principalement politique, que lURSS ne pouvait plus suivre. En 1991, le bloc impérialiste a cru avoir enfin gagné le combat mené sous sa conduite et depuis ses débuts contre le socialisme. Sous la pression de ses contradictions internes, il sest lui-même ouvert, reportant au niveau mondial et dans le cadre renouvelé de la mondialisation impérialiste, sa volonté de domination tant du monde et que de ses propres populations. Ce faisant, il sest affaibli. La stratégie des deux blocs est devenue la stratégie du bloc unique de la domination mondiale, tant au plan économique (monnaie mondiale et contrôle de la finance ainsi que des investissements) que politique et militaire. Or la stratégie du bloc impérialiste unique mondialisé est en train déchouer. Que sest-il passé? Il sest passé que, comme le disent les vieux marxistes stupides, les contradictions se sont amplifiées et approfondies. Comme lont expérimenté les impérialistes japonais, plus un empire sétend et plus il est difficile den assurer le contrôle. Cela sobserve dans le monde contemporain relativement aux Etats-Unis et à leurs compagnons impérialistes, surtout si, aux côtés des éléments rebelles déjà existants, les pays socialistes, se développent et prospèrent dautres rebelles, les pays en voie de développement dont les bourgeoisie nationales sont poussées au cul par leur population, croissante, pour que leurs propres besoins soient pris en compte. Cest laspect le plus nouveau du monde contemporain, à savoir la volonté des peuples sous-développés industriellement de se développer. Le 21è siècle ne sera peut-être pas le siècle du socialisme mais ce sera à coup sûr le siècle du développement. Nous sommes un certain nombre à penser de la sorte depuis un certain temps. Dans ce contexte, il nest plus possible dêtre un jouet docile des impérialistes, voire un non-aligné, car si, par exemple, un pays socialiste vous propose son aide sans exiger une particulière dépendance, et compte tenu de ce que les masses populaires vous poussent en ce sens, vous acceptez cette aide. Vous allez même, peut-être, la solliciter. La stratégie du Bloc unique impérialiste est alors mise en défaut définitivement. Bien sûr, le système dalliances qui se met en place dans ce contexte est un système dalliances entre des pays socialistes et des pays capitalistes soucieux de leur développement. Il existe des conflits et de profondes différences entre ces pays, des oppositions et des contradictions de régime, de frontières, de cultures et didéologies. Le monde réel nest pas un conte de fée. Ce que la raison humaine peut cependant avancer, quand elle soutenue par la force des armes et la volonté dêtre réellement au service des peuples, est que chacun est maître chez soi, dune part, et que, dautre part, il nest pas de conflit qui ne puisse être résolu en prenant le temps nécessaire et par la négociation. Lalliance entre pays socialistes peut dailleurs, elle-aussi, être soumise à des fortes tensions. La rupture entre la Russie soviétique et la Chine populaire en est une malheureuse illustration. Bref, ces nouveaux systèmes dalliances supposent la mise en place dune morale de la négociation, totalement orientée par la conviction que la paix est la meilleure des situations pour les peuples. Pour les impérialistes, au contraire, la conviction est que la guerre est la meilleure des solutions pour le bénéfice de quelques-uns. Tant que limpérialisme aura quelque pouvoir, les systèmes dalliances qui se formeront auront une certaine solidité et une solidité certaine en raison même de ce quest limpérialisme. Il est banal de dire quun système est un système et quil accomplit sa destinée systémique jusquà la phase de sa neutralisation et de sa disparition en tant que système. Claude Julien, lorsquil dirigeait Le Monde Diplomatique, aimait à répéter quil nexiste pas dimpérialisme intelligent. Ce qui veut dire, relativement à larticle de Pommier et Badie, que les systèmes des alliances qui se forment aujourdhui au-delà de la logique des blocs se développeront et feront preuve dune réelle stabilité car ils reposent sur un autre système que lImpérialisme, à savoir le Socialisme, et quils sont situés dans un contexte qui les poussera vers cette stabilité. Cest la force actuelle du socialisme qui sexprime ainsi aujourdhui en réponse aux soubresauts guerriers de la bande des cinq (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Allemagne, France). Si les dirigeants des pays impérialistes nont pas compris cette nouvelle logique, cest dune part pour la raison que, étant les serviteurs des intérêts monopolistes, ils sont obsédés par le socialisme et lindépendance réelle des peuples. Cest dautre part pour la raison quils luttent et lutteront jusquau bout et peut-être au delà de la raison, contre leur remplacement historique. Je vais, pour conclure, souligner deux aspects que je crois de première grandeur pour comprendre la restructuration du monde et les formes prises par les alliances entre nations non-impérialistes. Je ne fais ici que les évoquer. Le premier est lintroduction dans lanalyse du rôle des forces productives modernes. Nous ne vivons plus dans le contexte de la révolution industrielle, cest-à-dire de la révolution ayant engendré le travail industriel et les marchés nationaux. Nous sommes désormais plongés (et le monde dans son ensemble) dans ce que Ivan Lavallée a appelé une cyber-révolution, laquelle est autre chose et bien plus que ce que Paul Boccara appela une révolution informationnelle. La révolution actuelle des forces productives désigne une révolution du travail, de toutes les formes de travail, que ce dernier soit industriel ou de service, marchand ou domestique, guerrier ou pacifique, national ou international, et non une révolution relative à lusage de linformation. Elle désigne également le renversement du rôle des forces productives humaines par rapport aux forces productives matérielles, au bénéfice des premières. Le second serait la prise en compte de tous ces défis contemporains auxquels lhumanité doit faire face aujourdhui et ne peut le faire que collectivement et à léchelle mondiale : la santé, lécologie, la communication des informations, le développement des échanges de biens et services, en même temps que le développement économique de chaque pays et la paix générale. Le système impérialiste se révèle incapable de faire face positivement à ces exigences. Le fonctionnement du monde contemporain ne nécessite pas la fin du capitalisme mais il nécessite à coup sûr la fin de limpérialisme dans sa forme moderne. Langle marxiste et léniniste danalyse que jai adopté me conduit à retrouver la conclusion générale de Pommier et Badie mais en lui donnant une autre allure. Je suis assez content, finalement, dêtre un vieux marxiste stupide et décérébré.
Edité le 24-08-2022 e 00:19:49 par Xuan
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