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 Décroissance et retour vers le passé

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Xuan
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   Posté le 29-07-2018 à 20:37:08   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Derrière les thèses idéalistes de la décroissance et du retour à la terre, des intérêts très terre-à-terre !

Le Monde Diplomatique d'août publie un article au vitriol sur "le système Pierre Rabhi".

La brochure "Contrairement à une idée répandue le soleil brille aussi la nuit" lui avait consacré un paragraphe beaucoup plus modeste (et beaucoup plus indulgent)[fin page 72] dans le chapitre :

La révolution sans le prolétariat
[…]
Il en est de même pour le très modeste apôtre de la « révolution tranquille » Pierre Rabhi :
« Nous, croyons profondément qu’un changement de société adviendra par le changement des individus. C’est la raison pour laquelle nous n'aurons recours au vieux réflexe du bouc émissaire, vieux comme le monde, qui nous dédouanerait de notre propre responsabilité.
Le poing levé et les barricades ne garantissent pas des tyrannies qui, trop souvent, ont fleuri sur le terreau des révoltes, comme l’histoire nous l’a jusqu’à aujourd’hui abondamment démontré. Certaines dictatures parmi les plus féroces ont pris prétexte, pour s’installer, d’une révolte tout à fait légitime contre l’oppression. Malheureusement les opprimés sont des oppresseurs en devenir, et il en sera toujours ainsi tant que chaque individu n’aura pas éradiqué en lui-même les germes de l’oppression.
Nous espérons que tous nos efforts serviront de révélateur aux énergies créatives diffuses sur tout le territoire national et ailleurs, dont la fédération mettra en évidence l’ampleur, mais aussi la puissance. Nous espérons que celles-ci inspireront à la gouvernance politique des options et des décisions qui prennent en compte cette énergie omniprésente et latente, pour orienter le navire-monde vers la bonne étoile… »
[août 2011 – éloge du génie créateur de la société civile - p 40]

Toutes ces positions aboutissent à des solutions réformistes parce qu’elles considèrent la société de façon idéaliste, une société irréelle, vidée de la réalité de la lutte des classes entre le prolétariat et la bourgeoisie. Et d’autre part elles ignorent la réalité de la classe ouvrière pour soi , sa caractéristique inédite dans l’histoire de n’être pas propriétaire des moyens sociaux de production et de ne pouvoir s’en rendre maître que collectivement, en renonçant à tout autre mode de propriété.


____________________


L'article du Diplo ci-dessous :


FRUGALITE ET MARKETING
Le système Pierre Rabhi


La panne des grandes espérances politiques remet au goût du jour une vieille idée : pour changer le monde, il suffirait de se changer soi-même et de renouer avec la nature des liens détruits par la modernité. Portée par des personnalités charismatiques, comme le paysan ardéchois Pierre Rabhi, cette « insurrection des consciences » qui appelle chacun à « faire sa part » connaît un succès grandissant.
PAR JEAN-BAPTISTE MALET



Dans le grand auditorium du palais des congrès de Montpellier, un homme se tient tapi en bordure de la scène tandis qu’un millier de spectateurs fixent l’écran. Portées par une bande-son inquiétante, les images se succèdent : embouteillages, épandages phytosanitaires, plage souillée, usine fumante, supermarché grouillant, ours blanc à l’agonie. « Allons-nous enfin ouvrir nos consciences ? » , interroge un carton. Le film terminé, la modératrice annonce l’intervenant que tout le monde attend : « Vous le connaissez tous... C’est un vrai paysan. »
Les projecteurs révèlent les attributs du personnage : une barbichette, une chemise à carreaux, un pantalon de velours côtelé, des bretelles. « Je ne suis pas venu pour faire une conférence au sens classique du terme , explique Pierre Rabhi, vedette de la journée « Une espérance pour la santé de l’homme et de la Terre », organisée ce 17 juin 2018. Mais pour partager avec vous, à travers une vie qui est singulière et qui est la mienne, une expérience. »
Des librairies aux salons bio, il est difficile d’échapper au doux regard de ce messager de la nature, auteur d’une trentaine d’ouvrages dont les ventes cumulées s’élèvent à 1,16 million d’exemplaires (1). Chaussé de sandales en toute saison, Rabhi offre l’image de l’ascète inspiré. « La source du problème est en nous. Si nous ne changeons pas notre être, la société ne peut pas changer » , affirme le conférencier.
Passé la soixantième minute, il narre le fabliau du colibri qui a fait son succès : lors d’un incendie de forêt, alors que les animaux terrifiés contemplent le désastre, impuissants, le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour conjurer les flammes. « Colibri, tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu éteindras le feu ! » , lui dit le tatou. « Je le sais, mais je fais ma part » , répond le volatile. Rabhi invite chacun à imiter le colibri et à « faire sa part » .
La salle se lève et salue le propos par une longue ovation. « Cela doit faire dix fois que je viens écouter Pierre Rabhi ; il dit toujours la même chose, mais je ne m’en lasse pas » , confie une spectatrice. « Heureusement qu’il est là !, ajoute sa voisine sans détacher les yeux de la scène. Avec Pierre, on n’est jamais déçu. » L’enthousiasme se répercute dans le hall adjacent, où, derrière leurs étals, des camelots vendent des machines « de redynamisation et restructuration de l’eau par vortex » , des gélules « de protection et de réparation de l’ADN » (cures de trois à six mois) ou le dernier modèle d’une « machine médicale à ondes scalaires » commercialisée 8 000 euros.

À Paris aussi, Rabhi ne laisse pas indifférent. Le premier ministre Édouard Philippe le cite lorsqu’il présente son « plan antigaspillage » (23 avril 2018). « Cet homme est arrivé comme une véritable lumière dans ma vie » , affirme son ancienne éditrice, désormais ministre de la culture, Mme Françoise Nyssen (2). « Pierre a permis à ma conscience de s’épanouir et de se préciser. Il l’a instruite et il l’a nourrie. Quelque part, il a été son révélateur » , ajoute M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire (3).

En se répétant presque mot pour mot d’une apparition à une autre, Rabhi cisèle depuis plus d’un demi-siècle le récit autobiographique qui tient lieu à la fois de produit de consommation de masse et de manifeste articulé autour d’un choix personnel effectué en 1960, celui d’un « retour à la terre » dans le respect des valeurs de simplicité, d’humilité, de sincérité et de vertu. Ses ouvrages centrés sur sa personne, ses centaines de discours et d’entretiens qui, tous, racontent sa vie ont abouti à ce résultat singulier : cet homme qui parle continuellement de lui-même incarne aux yeux de ses admirateurs et des journalistes la modestie et le sens des limites. Rues, parcs, centres sociaux, hameaux portent le nom de ce saint laïque, promu en 2017 chevalier de la Légion d’honneur. Dans les médias, l’auteur de Vers la sobriété heureuse (Actes Sud, 2010) jouit d’une popularité telle que France Inter peut transformer sa matinale en édition spéciale en direct de son domicile (13 mars 2014) et France 2 consacrer trente-cinq minutes, à l’heure du déjeuner, le 7 octobre 2017, à louanger ce « paysan, penseur, écrivain, philosophe et poète » qui « propose une révolution » .

Tradition, authenticité et spiritualité

L’icône Rabhi tire sa popularité d’une figure mythique : celle du grand-père paysan, vieux sage enraciné dans sa communauté villageoise brisée par le capitalisme, mais dont le savoir ancestral s’avère irremplaçable quand se lève la tempête. Dans un contexte de catastrophes environnementales et d’incitations permanentes à la consommation, ses appels en faveur d’une économie frugale et ses critiques de l’agriculture productiviste font écho au sentiment collectif d’une modernité hors de contrôle. En réaction, l’inspirateur des « colibris » prône une « insurrection des consciences » , une régénération spirituelle, l’harmonie avec la nature et le cosmos, un contre-modèle local d’agriculture biologique non mécanisée. Ces idées ruissellent dans les médias, charmés par ce « bon client », mais aussi à travers les activités du mouvement Colibris, fondé en 2006 par Rabhi et dirigé jusqu’en 2013 par le romancier et réalisateur Cyril Dion. Directeur de collection chez Actes Sud, fondateur en 2012 du magazine Kaizen, partenaire des Colibris, Dion a réalisé en 2015 avec l’actrice Mélanie Laurent le film Demain,qui met en scène le credo du mouvement et qui a attiré plus d’un million de spectateurs en salles.
Le succès du personnage et de son discours reflète et révèle une tendance de fond des sociétés occidentales : désabusée par un capitalisme destructeur et sans âme, mais tout autant rétive à la modernité politique et au rationalisme qui structura le mouvement ouvrier au siècle passé, une partie de la population place ses espoirs dans une troisième voie faite de tradition, d’authenticité, de quête spirituelle et de rapport vrai à la nature.
« Ma propre insurrection, qui date d’une quarantaine d’années, est politique, mais n’a jamais emprunté les chemins de la politique au sens conventionnel du terme ,explique Rabhi sur un tract de sa campagne présidentielle de 2002. Mon premier objectif a été de mettre en conformité ma propre existence (impliquant ma famille) avec les valeurs écologistes et humanistes » — il n’obtint que 184 parrainages d’élu sur les 500 requis. Le visage caressé d’une lumière or, le candidat présenté comme un « expert international pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification » se tient parmi les blés. De l’Afrique du Nord aux Cévennes, en passant par le Burkina Faso, la trajectoire de Rabhi illustre les succès autant que les vicissitudes d’une écologie apolitique.

Né le 29 mai 1938 à Kenadsa (région de Saoura), en Algérie, Rabah Rabhi perd sa mère vers l’âge de 4 ans et se retrouve dans une famille d’adoption, un couple de colons formé d’une institutrice et d’un ingénieur qui lui donne une éducation occidentale, bourgeoise, catholique. L’adolescent d’Oran adore « écouter La Flûte enchantée, Othello ou bien un soliste de renom » à l’opéra (4) ; il aime la littérature française et les costumes impeccablement coupés qui lui donnent l’allure d’une « gravure de mode » . Fervent catholique, il adopte à 17 ans son nom de baptême, Pierre. « Je me sentais coupable non pas de renier la foi de mes ancêtres [l’islam], mais de ne point aller propager parmi eux celle du fils de Dieu. » Pendant la guerre d’Algérie, raconte-t-il, « me voici brandissant mon petit drapeau par la fenêtre de la voiture qui processionne dans la ville en donnant de l’avertisseur : “Al-gé-rie-fran-çai-se” » .
Il gagne Paris à la fin des années 1950 et travaille chez un constructeur de machines agricoles à Puteaux (Hauts-de-Seine) en tant que magasinier, précise-t-il lors de l’entretien qu’il nous accorde, et non en tant qu’ouvrier à la chaîne, comme on peut le lire dans Pierre Rabhi, l’enfant du désert (Plume de carotte, 2017), un ouvrage de littérature jeunesse vendu à plus de 21 000 exemplaires. C’est dans cette entreprise que le jeune homme rencontre en 1960 sa future épouse. La même année, il expédie une lettre qui changera sa vie. « Monsieur,écrit-il au docteur Pierre Richard, nous avons eu votre adresse par le père Dalmais, qui nous a appris que vous vous préoccupiez de la protection de la nature, que vous avez activement participé à la création du parc de la Vanoise, et que vous essayez d’obtenir la création de celui des Cévennes. Nous sommes sensibles à toutes ces questions et voudrions prendre une part active en retournant à cette nature que vous défendez. »
Étudiant en médecine avant-guerre, Richard devient, en 1940, instructeur d’un chantier de la jeunesse près des mines de Villemagne (Gard), sur le mont Aigoual (5). Cette expérience hygiéniste, nationaliste et paramilitaire l’influence durablement. En décembre 1945, il soutient une thèse de médecine qui assume un « parti pris évident » : « La santé de l’homme est atteinte, et celle du paysan en particulier, et, par-delà, celle du pays, de la nation, écrit Richard — santé intégrale du corps, de l’esprit, des biens matériels, de l’âme (6). » Quatorze ans plus tard, en 1959, le docteur Richard joue son propre rôle de médecin de campagne dans un film de propagande ruraliste intitulé Nuit blanche, où il fustige l’urbanisation, l’État centralisateur, les boîtes de conserve et la politique de recrutement des entreprises publiques qui arrache les paysans à leurs « racines ».
Sur une photographie du mariage célébré en avril 1961, le docteur Richard offre son bras à la mariée, Michèle Rabhi, tandis que Pierre Rabhi donne le sien à l’épouse du médecin de campagne. « Pierre et Anne-Marie Richard sont les parents que le magicien nous a destinés » , écrit Rabhi dans son autobiographie (7). « À mon arrivée en Ardèche, c’est lui qui m’a pris sous son aile. C’était mon initiateur » ,complète-t-il.

« L’homme providentiel »

Peu après, l’apprenti paysan rencontre l’écrivain ardéchois Gustave Thibon. Acclamé par Charles Maurras dans L’Action française en juin 1942 comme « le plus brillant, le plus neuf, le plus inattendu, le plus désiré et le plus cordialement salué de nos jeunes soleils » , Thibon fut l’une des sources intellectuelles de l’idéologie ruraliste de Vichy. « Ce n’est pas mon père qui était pétainiste, c’est Pétain qui était thibonien » , affirmera sa fille (8). Bien que ses thuriféraires n’omettent jamais de rappeler que Thibon hébergea la philosophe Simone Weil en 1941, ce monarchiste, catholique intransigeant, antigaulliste viscéral et, plus tard, défenseur de l’Algérie française fit régulièrement cause commune avec l’extrême droite.
Entre le jeune néorural et le penseur conservateur se noue une relation qui durera jusqu’aux années 1990. « On voyait chez lui une grande polarisation terrestre et cosmique, relate le premier. (...) J’étais alors très heureux de rencontrer un tel philosophe chrétien et j’ai adhéré à ce qu’il disait (9). » Dans le paysage éditorial français, Thibon a précédé Rabhi en tant que figure tutélaire du paysan-écrivain « enraciné » poursuivant une quête spirituelle au contact de la nature (10). Dans le hameau de Saint-Marcel-d’Ardèche où vécut Thibon, Mme Françoise Chauvin, qui fut sa secrétaire, se souvient : « Pierre Rabhi doit beaucoup à Gustave Thibon. Quand il venait ici, son attitude était celle d’un disciple visitant son maître. »
« J’ai fait 68 en 1958 ! » , s’amuse, soixante ans plus tard, l’élève devenu maître, lorsqu’il évoque son « retour à la terre » . Le paysage intellectuel des années 1960 et 1970 ne l’enchantait guère. Quand on lui cite l’œuvre du philosophe André Gorz, auteur des textes fondateurs Écologie et politique (1975) et Écologie et liberté (1977), il s’agace : « J’ai toujours détesté les philosophes existentialistes, nous dit-il. Dans les années 1960, il y en avait énormément, des gens qui ne pensaient qu’à partir des mécanismes sociaux, en évacuant le “pourquoi nous sommes sur Terre”. Mais moi, je sentais que la réalité n’était pas faite que de matière tangible et qu’il y avait autre chose. » L’homme ne s’en cache pas : « J’ai un contentieux très fort avec la modernité. »
Sa vision du monde tranche avec la néoruralité libertaire de l’après-Mai. « Je considère comme dangereuse pour l’avenir de l’humanité la validation de la famille “homosexuelle”, alors que par définition cette relation est inféconde » , explique-t-il dans le livre d’entretiens Pierre Rabhi, semeur d’espoirs (Actes Sud, 2013). Sur les rapports entre les hommes et les femmes, son opinion est celle-ci : « Il ne faudrait pas exalter l’égalité. Je plaide plutôt pour une complémentarité : que la femme soit la femme, que l’homme soit l’homme et que l’amour les réunisse (11). »
En plus de ses fréquentations vichysso-ardéchoises, Rabhi compte parmi ses influences intellectuelles Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de la Société anthroposophique universelle (12). « Un jour, le docteur Richard est venu chez moi, triomphant, et il m’a mis entre les mains le livre Fécondité de la terre, de l’Allemand Ehrenfried Pfeiffer, un disciple de Steiner, raconte-t-il. J’ai adhéré aux idées de Steiner, ainsi qu’aux principes de l’anthroposophie, et notamment à la biodynamie. Lorsqu’il a fallu faire de l’agriculture, Rudolf Steiner proposait des choses très intéressantes. J’ai donc commandé des préparats biodynamiques en Suisse et commencé mes expérimentations agricoles. »
À son arrivée en Ardèche, après une année de formation dans une maison familiale rurale, Rabhi fait des travaux de maçonnerie, travaille comme ouvrier agricole, écrit de la poésie, ébauche des romans, s’adonne à la sculpture. Sa découverte de l’agriculture biodynamique le stimule au point qu’il anime, à partir des années 1970, causeries et formations à ce sujet. Il se forge alors une conviction qui ne le quittera plus : la spiritualité et la prise en compte du divin sont indissociables d’un modèle agricole viable, lequel se place dès lors au centre de ses préoccupations. Une nouvelle fois, un courrier et la rencontre avec un personnage haut en couleur vont infléchir le cours de son histoire.
Fondateur de la compagnie de vols charters Point Mulhouse, bien connue des baroudeurs des années 1970 et 1980, l’entrepreneur Maurice Freund inaugure en décembre 1983 un campement touristique à Gorom-Gorom, dans l’extrême nord du Burkina Faso. Grâce à cette « réplique du village traditionnel avec ses murs d’enceinte qui entourent les cours (13) » , Freund compte faire de cette localité un lieu de « tourisme solidaire » . Las ! Quelques semaines plus tard, il découvre que le restaurant « traditionnel » sert du foie gras et du champagne car « des coopérants, mais aussi des ambassadeurs, viennent se détendre dans ce havre de paix » .
Au même moment arrive une lettre de Rabhi l’invitant à visiter sa demeure en Ardèche. Devant l’insistance de celui qu’il prend d’abord pour un quémandeur, Freund se rend à la ferme. « Avant même d’échanger une parole, en plongeant mon regard dans le sien, je comprends que Pierre Rabhi est l’homme providentiel » , écrit Freund. « S’inspirant des travaux de l’anthroposophe Rudolf Steiner, Pierre Rabhi a mis au point une méthode d’engrais organiques (...) qu’il a adaptée aux conditions du Sahel. Il ramasse les branches, plumes d’oiseaux, excréments de chameau, tiges de mil... Il récupère ces détritus, en fait du compost, le met en terre » , s’émerveille-t-il. Il place aussitôt Rabhi à la tête de Gorom-Gorom II, une annexe du campement hôtelier où l’autodidacte initie des paysans du Sahel au calendrier lunaire de la biodynamie.
Le 6 mai 1986, la chaîne publique Antenne 2 diffuse le premier reportage télévisé consacré à Rabhi (14). « Il y a un vice fondamental, explique le Français à Gorom-Gorom, sur fond de musique psychédélique. On s’est toujours préoccupé d’une planification matérielle, mais on ne s’est jamais préoccupé fondamentalement de la promotion humaine. C’est la conscience, c’est la conscience qui réalise. » Images de paysans au travail, gros plans sur les costumes traditionnels, paysages sublimes : le reportage fait dans le lyrisme. « Je crois que le Nord et le Sud n’ont pas fini de se disputer ma personne » , conclut Rabhi. Aucune précision technique sur les méthodes agronomiques n’est en revanche donnée.

Quelques mois plus tard, fin 1986, l’association Point Mulhouse, fondée par Freund, demande à l’agronome René Dumont, bon connaisseur des questions agricoles de la région du Sahel (15), d’expertiser le centre dirigé par Rabhi. Le candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974 est épouvanté par ce qu’il découvre. S’il approuve la pratique du compost, il dénonce un manque de connaissances scientifiques et condamne l’approche d’ensemble : « Pierre Rabhi a présenté le compost comme une sorte de “potion magique” et jeté l’anathème sur les engrais chimiques, et même sur les fumiers et purins. Il enseignait encore que les vibrations des astres et les phases de la Lune jouaient un rôle essentiel en agriculture et propageait les thèses antiscientifiques de Steiner, tout en condamnant [Louis] Pasteur. »
Pour Dumont, ces postulats ésotériques comportent une forme de mépris pour les paysans. « Comme, de surcroît, il avait adopté une attitude discutable à l’égard des Africains, nous avons été amenés à dire ce que nous en pensions, tant à la direction du Point Mulhouse qu’aux autorités du Burkina Faso » (16).
Deux conceptions s’opposent ici, car Dumont ne dissocie pas combat internationaliste, écologie politique et application de la science agronomique. Rabhi s’en amuse aujourd’hui : « René Dumont est allé dire au président Thomas Sankara que j’étais un sorcier. » Dumont conseillera même d’interrompre au plus vite ces formations. En pure perte, car Rabhi bénéficie de l’appui de Freund, lui-même proche du président burkinabé. Mais l’assassinat de Sankara, le 15 octobre 1987, prive Freund de ses appuis politiques. Rabhi et lui quittent précipitamment le Burkina Faso.
Cet épisode éclaire une facette importante d’un personnage parfois présenté comme un « expert international » des questions agricoles, préfacier du Manuel des jardins agroécologiques (Actes Sud, 2012), mais qui n’a jamais publié d’ouvrage d’agronomie ni d’article scientifique. Et pour cause. « Avec l’affirmation de la raison, nous sommes parvenus au règne de la rationalité des prétendues Lumières, qui ont instauré un nouvel obscurantisme, un obscurantisme moderne,accuse-t-il, assis dans la véranda de sa demeure de Lablachère, en Ardèche. Les Lumières, c’est l’évacuation de tout le passé, considéré comme obscurantiste. L’insurrection des consciences à laquelle j’invite, c’est contre ce paradigme global. »

Rabhi ne se contente pas d’exalter la beauté de la nature comme le ferait un artiste dans son œuvre. Il mobilise la nature, le travail de la terre et l’évocation de la paysannerie comme les instruments d’une revanche contre la modernité. Cette bataille illustre bien le malentendu sur lequel prospèrent certains courants idéologiques qui dénoncent les « excès de la finance » , la « marchandisation du vivant » , l’opulence des puissants ou les ravages des technosciences, mais qui ne prônent comme solution qu’un retrait du monde, une ascèse intime, et se gardent de mettre en cause les structures de pouvoir.
« Que nous soyons riche ou pauvre, affirme Rabhi, nous sommes totalement dépendants de la nature. La référence à la nature régule la vie. Elle est gardienne des cadences justes (17). » Dans Le Recours à la terre (Terre du ciel, 1995), il fait d’ailleurs l’éloge de la pauvreté, « le contraire de la misère » ; il la présente dans les années 1990, lors de ses formations, comme une « valeur de bien-être » . Quelques années plus tard, ce parti pris se muera sémantiquement en une exaltation de la « sobriété heureuse (18) » , expression bien faite pour cacher un projet où même la protection sociale semble un luxe répréhensible : « Beaucoup de gens bénéficient du secourisme social, nous explique Rabhi. Mais, pour pouvoir secourir de plus en plus de gens, il faut produire des richesses. Va-t-on pouvoir l’assumer longtemps ? » Pareille conception des rapports sociaux explique peut-être le fonctionnement des organisations inspirées ou fondées par le sobre barbichu, ainsi que son indulgence envers les entreprises multinationales et leurs patrons.
Fondée en 1994 sous l’appellation Les Amis de Pierre Rabhi, l’association Terre et humanisme, dont un tiers du budget provient de dons tirés des produits financiers Agir du Crédit coopératif (plus de 450 000 euros par an), poursuit l’œuvre entamée par Rabhi au Burkina Faso en animant des formations au Mali, au Sénégal, au Togo, ainsi qu’en France, sur une parcelle d’un hectare cultivée en biodynamie, le Mas de Beaulieu, à Lablachère. Entre 2004 et 2016 s’y sont succédé 2 350 bénévoles, les « volonterres » , qui travaillent plusieurs semaines en échange de repas et d’un hébergement sous la tente.
Aux Amanins (La Roche-sur-Grane, Drôme), l’infrastructure d’agrotourisme née en 2003 de la rencontre entre Rabhi et l’entrepreneur Michel Valentin (disparu en 2012), lequel a consacré au projet 4,5 millions d’euros de sa fortune, s’étend sur cinquante-cinq hectares. Elle accueille des séminaires d’entreprise, des vacanciers, mais aussi des personnes désireuses de se former au maraîchage. La production de légumes repose sur deux salariés à temps partiel (vingt-huit heures hebdomadaires chacun) qu’épaule un escadron de volontaires du service civique ou de travailleurs bénévoles, les wwoofers (mot composé à partir de l’acronyme de World-Wide Opportunities on Organic Farms, « accueil dans des fermes biologiques du monde entier » ) : « En échange du gîte et du couvert, les wwoofers travaillent ici cinq heures par jour, explique la direction des Amanins. Nous ne payons pas de cotisations sociales, et c’est légal. »
Son exercice de méditation terminé, l’un des quatre travailleurs bénévoles présents lors de notre visite gratifie son repas bio d’une parole de louange et confie : « En fait, on travaille plus que cinq heures par jour, mais le logement est très confortable. Être ici, ça ramène à l’essentiel. » Malgré la taille du site et la main-d’œuvre abondante, les Amanins déclarent ne pas atteindre l’autosuffisance alimentaire et achètent 20 % de leurs légumes. « J’ai vu des gens partir en claquant la porte, en se plaignant d’être exploités , témoigne Mme Ariane Lespect, qui a travaillé bénévolement au Mas de Beaulieu, géré par Terre et humanisme, ainsi qu’aux Amanins. Mais je crois qu’ils n’ont pas compris le message de Pierre Rabhi. Sortir du système, retrouver un échange humain, c’est accepter de travailler pour autre chose qu’un salaire, et de donner. »
Le prophète-paysan ne tire aucun profit monétaire de ces engagements bénévoles. Mais ces apprentis jardiniers sans grande expérience ni connaissances agronomiques qui bêchent le sol des « fermes Potemkine » donnent du « contre-modèle » Rabhi une image télégénique d’exploitation biologique économiquement viable — alors que ces fermes réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires en facturant des formations.

Le mouvement Colibris ne supervise aucune exploitation agricole. Toutefois, son actuel directeur, M. Mathieu Labonne, coordonne GreenFriends, le réseau européen des projets environnementaux de l’organisation Embracing the World (ETW), fondée par la gourou Mata Amritanandamayi, plus connue sous le nom d’Amma (19). Sa tâche consiste à développer des « écosites modèles » dans les ashrams français d’Amma : la Ferme du Plessis (Pontgouin, Eure-et-Loir) et Lou Paradou (Tourves, Var). Dans ses comptes annuels de 2017, l’association ETW France, sise à la Ferme du Plessis (six hectares), déclare avoir bénéficié de l’équivalent de 843 710 euros de travail bénévole (20), toutes activités confondues. Et l’association MAM, qui gère Lou Paradou (trois hectares), de 16 346 heures (21) de seva, « l’une des pratiques spirituelles qu’Amma nous conseille particulièrement, le travail désintéressé en conscience, appelé aussi méditation en action, explique le site Internet de l’ashram. Cuisine, travail au jardin, ménage, travaux, couture... les tâches sont variées » . Les réseaux Amma et Colibris se croisent régulièrement, que ce soit lors des venues annuelles de la gourou en France, dans les fermes d’ETW, ou dans la presse des Colibris — Amma a fait la « une » du magazine Kaizen en mars 2015.

L’enthousiasme des patrons colibris

À partir de 2009, année marquée par la participation de Rabhi à l’université d’été du Mouvement des entreprises de France (Medef), le fondateur des Colibris rencontre des dirigeants de grandes entreprises, comme Veolia, HSBC, General Electric, Clarins, Yves Rocher ou Weleda, afin de les « sensibiliser ». Les rapports d’activité de l’association Colibris évoquent à cette époque la création d’un « laboratoire des entrepreneurs Colibris » chargé « de mobiliser et de relier les entrepreneurs en recherche de sens et de cohérence ». « On peut réunir un PDG, un associatif, une mère de famille, un agriculteur, un élu, un artiste, et ils s’organisent pour trouver des solutions qu’ils n’auraient jamais imaginées seuls » , lit-on.

Désireux de stimuler cette imagination, Rabhi a également reçu chez lui, ces dernières années, le milliardaire Jacques-Antoine Granjon, le directeur général du groupe Danone Emmanuel Faber, ainsi que M. Jean-Pierre Petit, plus haut dirigeant français de McDonald’s et membre de l’équipe de direction de la multinationale. « J’admire Pierre Rabhi (...), je vais à toutes ses conférences » ,clame M. Christopher Guérin, directeur général du fabricant de câbles Nexans Europe (26 000 salariés), qui se flatte dans le même souffle d’avoir « multiplié par trois la rentabilité opérationnelle des usines européennes en deux ans » (Le Figaro,4 juin 2018). Rabhi a également déjeuné avec M. Emmanuel Macron durant sa campagne pour l’élection présidentielle. « Macron, le pauvre, il fait ce qu’il peut, mais ce n’est pas simple, nous déclare-t-il. Il est de bonne volonté, mais la complexité du système fait qu’il n’a pas les mains libres. »

À force de persévérance, les consciences s’éveillent. Le 8 mai 2018, à Milan, dans le cadre du salon de l’agroalimentaire Seeds & Chips, M. Stéphane Coum, directeur des opérations de Carrefour Italie, disserte devant un parterre de journalistes et d’industriels. Trois mois à peine après que M. Alexandre Bompard, président-directeur général de Carrefour, a annoncé 2 milliards d’euros d’économie, la fermeture de 273 magasins et la suppression de 2 400 emplois, le dirigeant de la succursale italienne fait défiler une présentation. Soudain, une citation appelant à l’avènement d’un « humanisme planétaire » apparaît à l’écran, accompagnée d’un visage au sourire rassurant. « Il y a six ans, j’ai commencé à lire Pierre Rabhi, déclare ce patron colibri. Pour que nous parvenions au changement, il faut que chacun “fasse sa part”. Nombreux sont aujourd’hui ceux qui veulent changer le monde, et c’est aussi la volonté de Carrefour. » Réconcilier grande distribution et sollicitude environnementale, grandes fortunes et spiritualité ascétique : la sobriété heureuse est décidément une notion élastique.

JEAN-BAPTISTE MALET

Journaliste, auteur de L’Empire de l’or rouge. Enquête mondiale sur la tomate d’industrie, Fayard, Paris, 2017.

(1) Résultats GfK, juin 2018.
(2) Entretien avec Mme Nyssen, « Pierre Rabhi, la terre au cœur », Kaizen, hors-série spécial anniversaire, Paris, mars 2018.
(3) Entretien avec M. Hulot, « Pierre Rabhi, la terre au cœur », op. cit.
(4) Pierre Rabhi, Du Sahara aux Cévennes ou la Reconquête du songe, Albin Michel, Paris, 1995 (1re éd. : 1983). Les trois citations suivantes en sont tirées.
(5) Karine-Larissa Basset, « Richard Pierre (1918-1968) », Histoire de la protection de la nature et de l’environnement, octobre 2010.
(6) Pierre-Claude-Roger Richard, « Considérations sur le rôle social du médecin de campagne », thèse de doctorat en médecine soutenue le 13 décembre 1945.
(7) Pierre Rabhi, Du Sahara aux Cévennes…, op. cit.
(8) Correspondance de l’auteur avec Philippe Barthelet, coordinateur de Gustave Thibon, L’Âge d’homme, coll. « Les dossiers H », Lausanne, 2012.
(9) Entretien avec Pierre Rabhi, Ultreïa !, n° 1, Éditions Hozhoni, La Chapelle-sous-Aubenas, automne 2014.
(10) Lire Evelyne Pieiller, « Le terroir ne ment pas », Le Monde diplomatique, juin 2018.
(11) « Pierre Rabhi : “Le féminin est au cœur du changement” », Kaizen, 28 mai 2018.
(12) Lire « L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme », Le Monde diplomatique,juillet 2018.
(13) Maurice Freund, Charters interdits. Quinze ans d’aventures pour la liberté du ciel, Bueb & Reumaux, Strasbourg, 1987.
(14) « Aujourd’hui la vie », émission spéciale Afrique, Antenne 2, 6 mai 1986.
(15) Lire René Dumont, « L’agriculture voltaïque dans le piège de la dépendance », Le Monde diplomatique, mars 1978.
(16) René Dumont, Un monde intolérable. Le libéralisme en question, Seuil, coll. « L’histoire immédiate », Paris, 1988.
(17) Pierre Rabhi et Juliette Duquesne, Les Excès de la finance ou l’Art de la prédation légalisée,Presses du Châtelet, coll. « Carnets d’alerte », Paris, 2017.
(18) Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, Arles, 2010, dont plus de 400 000 exemplaires ont été vendus tous formats confondus.
(19) Lire Jean-Baptiste Malet, « Amma, l’empire du câlin », Le Monde diplomatique,novembre 2016.
(20) « Rapport du commissaire aux comptes sur les comptes annuels. Exercice clos le 31 décembre 2017 » (PDF), Embracing the World - PKF Audit Conseil, Journal officiel, 22 juin 2018.
(21) « Rapport du commissaire aux comptes sur les comptes annuels. Exercice clos le 31 décembre 2017 » (PDF), MAM - PKF Audit Conseil, 16 mai 2018.


Edité le 29-07-2018 à 22:36:45 par Xuan




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Dans le Diplo de Juin, un autre article sur le même thème :

De gauche à droite, célébrations de l’identité

Le terroir ne ment pas

L’aspiration à la transformation du monde passe parfois par un retour à des valeurs qu’on croyait périmées. Ainsi, le terroir, auquel on prête une capacité à nourrir l’identité individuelle et collective, une authenticité qu’on oppose à la mondialisation capitaliste, sinon au progrès, est à nouveau tendance. Des conservateurs comme des révolutionnaires font son éloge.


par Evelyne Pieiller

Célébrer le terroir est longtemps passé pour réactionnaire. Les chantres de la tradition, de l’irréductible spécificité d’un coin de terre, se montraient hostiles aussi bien à l’État centralisateur et à son nivellement des différences régionales qu’à la conception du citoyen abstrait, dépouillé de ses caractéristiques d’individu singulier, riche de ses attaches à son histoire. Les provinces avaient, pour leurs défenseurs, une authenticité que la modernité ne pouvait effacer — cette modernité que symbolisaient la Révolution française et la République « jacobine », coupée des racines multiples qui auraient fait l’identité d’une patrie constituée de petites patries. Contre un État hors sol, le sens charnel de l’appartenance à une terre s’affirmait comme le garant d’une vérité humaine, liée à la mémoire, porteuse de valeurs ancestrales, sensible et vibrante. Ce à quoi faisait écho le maréchal Philippe Pétain, dans son discours du 25 juin 1940, quand il affirmait : « La terre, elle, ne ment pas. »

Ces points de vue, Charles Maurras (1) (1868-1952), fondateur de la Ligue d’action française et soutien ardent de la « révolution nationale » contre les valeurs de la révolution de 1789, et Maurice Barrès (1862-1923), romancier lyrique et fiévreux par ailleurs, les avaient, chacun à sa manière, théorisés, pour aboutir à un nationalisme xénophobe et antisémite. Mais, avant de dénoncer la toxicité de l’étranger ou du cosmopolite, une part de cet éloge du terroir renvoyait, notamment chez Barrès, au « refus de la décadence, de la société industrielle et des valeurs bourgeoises » , et à la quête des « sentiments qui donnent un prix à la vie » (2). Aujourd’hui, c’est précisément au nom du refus d’une nouvelle « décadence », suscitée par les conséquences du capitalisme financiarisé et de ses auxiliaires politiques, destructeurs de la diversité de la vie, condamnant au nihilisme faute de donner sens à l’existence, réduisant chacun à une solitude impuissante, que surgissent de nouvelles versions du retour au local, censées s’opposer aux forces mortifères du libéralisme mondialisé. Reste à savoir si ce néorégionalisme antisystème est exempt de toute vieille ambiguïté.

Ils sont nombreux, et de tous bords, à s’en réclamer. Ainsi, Patrick Buisson, ancien conseiller de M. Nicolas Sarkozy et journaliste à l’hebdomadaire d’extrême droite Minute dans les années 1980, salue avec bonheur le retour, né de la « grande mutation du capitalisme » , du « village coutumier contre le village planétaire » et des « vertus de la solidarité communautaire » , naturelle, à l’opposé des « sociabilités contractuelles » (3). Dans la mouvance de la Manif pour tous (opposée au mariage homosexuel), la revue Limite , animée par des chrétiens « écolos » branchés, et qui, selon son texte de présentation, refuse « le double empire de la technique sans âme et du marché sans loi » , se montre favorable à la défense et à la « préservation des modes de vie traditionnels, de l’ancrage local, de l’enracinement et quelque part de la décroissance » (4)… ce qui la conduit à soutenir les zadistes (5).

« L’enracinement contre l’anéantissement »

Proche de M. Julien Coupat et du groupe de Tarnac (6), le Comité invisible l’affirme : « Il n’y a pas moi et le monde, moi et les autres, il y a moi, avec les miens, à même ce petit morceau de monde que j’aime, irréductiblement » ; c’est « ici, maintenant, dans cette ville familière, devant ce vieux Sequoia sempervirens » (7), que se vit l’expérience de la communauté. En écho, les contributions du recueil Constellations (8), récits d’expériences cherchant à réinventer les outils d’un possible mouvement révolutionnaire, proposent des histoires « de transmission contre la dépossession, d’enracinement et de voyage contre l’anéantissement des territoires » . Il y a bien d’autres tenants du local, de Jean-Claude Michéa à Michel Onfray, et les horizons sont divers. Mais ce qui ressort chez tous, c’est l’importance de retrouver les « racines » ; ce qui pose alors, entre autres, la question de l’identité. Question intrinsèque à la droite réactionnaire. Question plus surprenante à l’autre bout du spectre.

Cette identité, ce sera, sous le parrainage plus ou moins discret de Martin Heidegger — revendiqué par Buisson comme par les auteurs de Constellations —, celle de la communauté, où « appartenir aux lieux autant qu’ils nous appartiennent » , où bruit le passé, où il est clair que « ce qu’il y a dans la vie, ce sont des attachements, des agencements, des êtres situés qui se meuvent dans tout un ensemble de liens » (9). Cette identité liée à une communauté sensible est revendiquée contre la nation abstraite, et engage à soutenir les identités concrètes : celles des régions, ou des tribus affinitaires, par exemple. Mais, plus largement, elle incarne l’offensive contre « l’idée du détachement de tout lien », attribuée traditionnellement par l’extrême droite à l’universalisme, et que retrouve ainsi une certaine gauche radicale.

L’ « anthropologie du monde occidental » , qui inventa « la vision d’un sujet libre de tout attachement, d’un sujet raisonnable et indépendant, mais qui finalement est un sujet amputé du monde » , est vigoureusement dénoncée (10). C’est là confondre la raison, l’universalisme, et le capitalisme, sur fond d’essentialisme anti-« occidental » ; c’est là postuler qu’il n’est d’identité que du groupe, d’authenticité que dans la proximité avec un environnement, de vérité que dans les affects (11) : la désaffiliation de toute appartenance est peut-être bien d’ailleurs « la base des maladies qu’on dit de civilisation » (12). Allons bon. Voilà donc la solution à la décadence. Voilà où peut se dissoudre enfin la question sociale, dans un bel élan mystique, rassemblant ceux qui se ressemblent… Le terroir ne ment pas ?

Evelyne Pieiller

(1) L’inscription de l’antisémite Charles Maurras Maurras (dont l’anthologie, L’Avenir de l’intelligence et autres textes, vient de paraître chez Laffont-Bouquins), au Livre des commémorations nationales 2018, signe d’une certaine décomplexion, est aujourd’hui effacée, à la suite d’une vague de protestations. Celle du romancier Jacques Chardonne, également antisémite notoire et amoureux des provinces, tant apprécié de François Mitterrand, est restée.

(2) Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français, Pluriel, Paris, 2016 (1re éd. : 1972).

(3) Patrick Buisson, La Cause du peuple. L’histoire interdite de la présidence Sarkozy, Perrin, Paris, 2016.

(4) Louis Gibory, « Aéroport de Notre-Dame-Des-Landes, un enjeu de société », Limite, 27 janvier 2016.

(5) Militants en faveur de la « zone à défendre » (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes et contre le projet d’aéroport.

(6) Groupe de jeunes gens poursuivis pour « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme », après que des caténaires de chemin de fer ont été endommagés à l’automne 2008. Ils ont été relaxés en avril 2018.

(7) Comité invisible, Maintenant, La Fabrique, Paris, 2017.

(8) Collectif Mauvaise troupe, Constellations. Trajectoires révolutionnaires du jeune XXIe siècle, L’Éclat Poche, Paris, 2017 (1re éd. : 2014).

(9) Comité invisible, Maintenant, op. cit.

(10) Collectif Mauvaise troupe, Constellations, op. cit.

(11) Cf. Jean-Luc Chappey, « Constellations : Radicalités irrationnelles », Agone, n° 61, Marseille, 2017.

(12) Collectif Mauvaise troupe, Constellations, op. cit.

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   Posté le 29-07-2018 à 22:50:24   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La brochure citée plus haut prenait aussi le contre-pied du retour aux valeurs d'antan [chapitre "L’histoire des sociétés et la lutte des classes" p 89] en signalant :

[...]
Trivialement les papa-maman opposés au mariage pour tous prétendaient que la machine à laver était pour les femmes un recul par rapport au lavoir.
La négation du progrès historique, au prétexte de taper sur la mondialisation, la social-démocratie libérale, etc. est un leitmotiv de certains théoriciens contemporains réactionnaires, auxquels la droite la plus réactionnaire fait bon accueil. Jean-Claude Michéa très inspiré par Orwell critique le progrès qu’il associe unilatéralement au capitalisme, à la licence sociétale et au dictat intellectuel des bobos. Mais avec pour finalité le retour au « bon vieux temps » :

« Dans Les mystères de la gauche Jean Claude Michéa reprend à sa sauce l’histoire de la « gauche » née selon lui dans la révolution de 89 et opposée à l’ancien régime. Il n’ignore pas que cette « gauche » n’était autre que l’expression politique de la bourgeoisie alors révolutionnaire, mais il ne le dit pas. Il enfonce le clou en dénonçant le soutien à Adolf Thiers de cette gauche républicaine, (dont Ferry, Zola et Hugo), lors de la Commune de Paris. Là encore il s’agit de la bourgeoisie devenue réactionnaire, face au mouvement ouvrier naissant. Enfin il conclut sa démonstration en datant du procès Dreyfus le ralliement définitif du socialisme à la « gauche » républicaine c’est-à-dire bourgeoise. Michéa oublie juste de signaler un détail de l’histoire, la fondation du parti communiste au congrès de Tours, sur la base de l’adhésion aux 21 conditions de l’Internationale. Etonnant non ? …pour un fils de résistant communiste et pour un adhérent au PCF jusqu’en 1976. Or l’idéal communiste a pour objectif le développement des forces productives, le progrès industriel en même temps que social, et c’est ici que Michéa révèle des conceptions foncièrement réactionnaires car il rejette à la fois le libéralisme, l’économie de marché et toute forme de progrès, contraires à la décence, à la morale commune et au bon sens populaire selon l’expression d’Orwell de common decency . Rejet du progrès en général qu’on retrouve par exemple dans J-C Michéa « le complexe d’Orphée – la gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès ». Pour lui la révolution c’est le retour au bon vieux temps. » [23 – « Michéa ou le fusil à tirer dans les coins – Vous avez dit antifascisme ? » - les Editions Prolétariennes]

On ne sera pas surpris qu’Eric Zemmour, Alain Soral ou Alain de Benoist encensent Michéa pour ce rapprochement entre une « gauche » bourgeoise et la défense de Dreyfus. Mais revenons à Claude-Lévi Strauss, dont la réflexion aurait dit-il « son point de départ chez Marx » …mais pas son point d’arrivée :

« L'homme dit de gauche se cramponne encore à une période de l'histoire contemporaine qui lui dispensait le privilège d'une congruence entre les impératifs pratiques et les schèmes d'interprétation. Peut-être cet âge d'or de la conscience historique est-il déjà révolu; et qu'on puisse au moins concevoir cette éventualité prouve qu'il s'agit seulement là d'une situation contingente, comme pourrait l'être la « mise au point » fortuite d'un instrument d'optique dont l'objectif et le foyer seraient en mouvement relatif l'un par rapport à l'autre. »

Effectivement il existe une contingence entre la compréhension de l’histoire, l’action immédiate et la société où nous vivons. La lutte de classe est entièrement liée à son époque et à sa société, c’est son aspect relatif. En même temps cette contingence est commune à toutes les sociétés divisées en classes, c’est l’aspect absolu de la lutte de classe dans la mesure où elle apparaît avec l’histoire et la remplit. Le caractère scientifique du matérialisme historique réside dans cette contingence parce qu’aucune compréhension de la société ne peut lui être étrangère.

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   Posté le 30-07-2018 à 07:31:00   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Ce thème -sujet- est important car il est effectivement en lien avec les questions liées au changement climatique, au nucléaire, à l'alimentation, à toutes les formes de pollutions et leurs incidences sur les conflits économiques et militaires ou les catastrophes liées au climat...

J'ai dans plusieurs posts indiqué des liens vers des livres ou des vidéos concernant l'écologie et le marxisme et aussi au sujet de NDDL et sa ZAD (et d'autres...).

Je pense que ce sujet est très important et qu'il est très vaste.
Le titre "Décroissance et retour vers le passé" pose le problème de la représentation, de l'image et du terme de décroissance lui-même.

Il y a autant de divergences, de divisions, de multiplicités dans le courant écolo-anarcho-décroissant qu'il y en a chez les marxistes, les maos, les trotskistes, les libertaires....

Nous devons adopté une démarche politique et scientifique basée sur l'enquête et l'étude.

Il faut aussi se garder des affirmation à l'emporte-pièce, des raccourcis faciles....

Le courant se revendiquant de la décroissance est en effet multiple et divers. Il passe par l'extrême-droite, par des écolos, des libertaires etc...
Ce qui ne veut absolument pas dire qu'il y aurait une identité d'options et de projets entre toutes ses tendances.

Je reviendrai sur tout ça dés que possible, car j'ai connu de très près dans les années 70 sur le mouvement écolo et antinucléaire, et que j'ai participé à plusieurs mobilisations-manifestations avec des membres de la tendance libertaire,écolo,décroissant, zadiste au cours de ces derniers mois (d'avril à juillet 2018).


Edité le 30-07-2018 à 07:50:38 par Finimore




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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
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   Posté le 05-08-2018 à 08:15:22   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Croissance ou décroissance, c'est peut-être aussi dans les termes mêmes qu'il y a un faux problème.

La croissance n'est pas synonyme systématiquement d'avenir et de mieux-vivre, tandis que la décroissance n'est pas forcément "le retour vers le passé, ou le retour de l'âge de la bougie".

Voici ci dessous quelques liens sur le sujet de la décroissance.
Evidemment, c'est pour alimenter les réflexions, et la liste des liens peut être améliorée.

Marxisme et décroissance
jeudi 11 janvier 2007
http://ktche.ouvaton.org/spip/article.php3?id_article=653

Démocratie participative, Socialisme et Décroissance
samedi 12 novembre 2005.
http://ktche.ouvaton.org/spip/article.php3?id_article=262

Moishe Postone, un marxisme (enfin) débarrassé du productivisme ?
parFabrice Flipo
https://www.cairn.info/revue-mouvements-2009-4-page-145.htm

« Décroissance ou socialisme ? » : l'économiste marxiste italien Domenico Moro démonte les fondements de la théorie réactionnaire de la décroissance
http://solidarite-internationale-pcf.fr/article-decroissance-ou-socialisme-l-economiste-marxiste-italien-domenico-moro-demonte-les-fondement-79067497.html

Halte à la décroissance !
Auteur: Henri Houben
http://www.marx.be/fr/content/halte-%C3%A0-la-d%C3%A9croissance

Le point de vue de LO sur la décroissance
https://mensuel.lutte-ouvriere.org/documents/archives/la-revue-lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/article/la-decroissance-un-point-de-vue

La décroissance : une doctrine qui prétend faire avancer la société... à reculons
https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/la-decroissance-une-doctrine-qui-8991

wikirouge
https://wikirouge.net/D%C3%A9croissance

partipourladecroissance
https://www.partipourladecroissance.net/?cat=3

La "décroissance" est un poison pour l’agroécologie
Guillaume SUING
https://www.legrandsoir.info/la-decroissance-est-un-poison-pour-l-agroecologie.html

https://germinallejournal.jimdo.com/2018/03/22/la-décroissance-est-un-poison-pour-l-agroécologie/

Présentation par Aurélien Bernier du livre : Décroissance ou décadence (de Vincent Cheynet)
aout 2014
https://www.monde-diplomatique.fr/2014/08/BERNIER/50746
Repeindre le capitalisme en vert (par Aurélien Bernier)
https://www.monde-diplomatique.fr/publications/manuel_d_economie_critique/a57052


Aurélien Bernier | Ce que démondialiser veut dire
Le Média - Fév 8, 2018 |
https://lemediapresse.fr/idees-fr/ce-que-demondialiser-veut-dire/

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   Posté le 27-08-2018 à 07:37:42   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

La question de la lutte des classes est assez magistralement (ou volontairement) absente de tout ça, comme le montre divers vidéos.

Simplicité volontaire et décroissance
https://www.youtube.com/watch?v=oqasgdYnYYo

Simplicité volontaire et décroissance (Volume 1: Réflexions)
https://www.youtube.com/watch?v=g0X7y6A6OCo

Partie 2
https://www.youtube.com/watch?v=6pl5XDCf8Ug

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   Posté le 28-08-2018 à 07:06:45   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Tourjours sur le même thème

Vivre autrement - Documentaire HD autonomie, autarcie, éco-village, décroissance, permaculture
https://www.youtube.com/watch?v=CHZBiQ5tZY4

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   Posté le 28-08-2018 à 13:51:54   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Bien sympathiques mais pas si autarciques que ça parce que tous leurs outils sortent de chez "bricoflex", de la perceuse à la scie sauteuse en passant par la tronçonneuse voire le tracteur. Pour aller au bout il faut se tailler des outils en silex.

Ces pseudos îlots de "nature" sont parfaitement artificiels. La division du travail a fait en sorte que l'énergie dépensée pour tout faire soi-même est répartie entre des milliers de mains, de sorte que chaque producteur créée individuellement beaucoup plus et mieux qu'auparavant.

On peut regretter le charme du passé, il ne faut pas oublier les chiottes au fond de la cour, l'évier en grès en guise de lavabo, l'absence de douche ou de baignoire, les pièces sans lumière, les kilomètres à pied pour aller à l'école, le lavoir en guise machine à laver, les fruits piqués, etc.

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   Posté le 29-08-2018 à 06:33:21   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Xuan a écrit :

On peut regretter le charme du passé, il ne faut pas oublier les chiottes au fond de la cour,


Le principe et la réalité des toilettes sèches illustrent bien la question du gaspillage de l'eau potable dans les chiottes traditionnels.

Xuan a écrit :

l'absence de douche ou de baignoire,


Préférer les douches qui sont moins gaspilleuses d'eau (et se poser la question de l'agression de la peau par les produits chimiques)

Xuan a écrit :

les pièces sans lumière,

les ampoules récentes plus durables et plus économiques en termes d'énergie.

Xuan a écrit :

les kilomètres à pied pour aller à l'école,

marcher ça fait du bien (et d'ailleurs notre cher maitre et président n'a-t-il intituler son mouvement "en marche"

Xuan a écrit :

le lavoir en guise machine à laver,

rencontrer la mère Denis (qui était une vedette) au lavoir c'était sympa, quoi que la fille...

Xuan a écrit :

les fruits piqués, etc.

c'est pas si facile de piquer des fruits au supermarché avec toutes les caméras qui te surveilles...

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   Posté le 29-08-2018 à 08:26:11   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je veux dire qu'il ne faut pas se faire une idée idyllique du passé, ça ne justifie pas pour autant de faire 500m en 4x4 pour trimballer ses gamins à l'école.
Par contre les toilettes sèches à la campagne je veux bien mais en ville, ça craint un peu.
Et il y a aussi un snobisme du retour à la nature où des gogos paient 100 balles pour dormir dans un arbre et se soulager dans du sable.

D'autre part au passé ou au présent le progrès est diversement partagé.
Il y a soixante ans les classes aisées ne se lavaient pas dans une biconque mais avaient plusieurs salles de bain.

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   Posté le 30-08-2018 à 05:55:36   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Je veux simplement dire que les questions concernant l'écologie (dans tous ses aspects et conséquences) ont souvent été prises comme secondaires et souvent caricaturées (aussi par certains courants écolos).
Evidemment que la planète ne sera sauvée (la question du seuil limite se pose aussi) que dans la mesure où le capitalisme/impérialisme sera balayé.
Ceci ne doit pas nous empêcher ici et maintenant dans la mesure du possible de changer certains aspects de notre vie individuellement et collectivement.
Changer la vie pour changer la société, changer la société pour changer la vie, mais aussi pour changer de société (débarrassée du capitalisme) évidemment à la suite d'une processus révolutionnaire.

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   Posté le 30-08-2018 à 23:19:39   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Danielle Bleitrach publie un article intéressant sur la question :http://histoireetsociete.wordpress.com/2018/08/29/karl-marx-et-lexploitation-de-la-nature/:

Karl Marx et l’exploitation de la nature

29
AOÛT
L’écosocialisme, une idée qui vient de loin

http://www.monde-diplomatique.fr/2018/06/BELLAMY_FOSTER/58734

Pour certains, la crise écologique invaliderait les analyses de Karl Marx, coupable d’avoir délaissé la question environnementale. Le productivisme débridé des régimes se réclamant de lui a paru conforter cette critique. D’autres, tel l’intellectuel américain John Bellamy Foster, suggèrent au contraire que socialisme et écologie forment, chez lui, les deux volets d’un même projet.

par John Bellamy Foster
Le Monde diplomatique
Karl Marx et l’exploitation de la nature



Michaël Borremans. — « Red Hand, Green Hand » (Main rouge, main verte), 2010
Photographie : Peter Cox – Zeno X Gallery, Anvers

Ces dernières années, l’influence croissante des questions écologiques s’est notamment manifestée par la relecture à travers le prisme de l’écologie de nombreux penseurs, de Platon à Mohandas Karamchand Gandhi. Mais, de tous, c’est sans aucun doute Karl Marx qui a suscité la littérature la plus abondante et la plus polémique. Anthony Giddens a ainsi affirmé que Marx, bien qu’il ait témoigné d’une sensibilité écologique particulièrement développée dans ses premiers écrits, avait ensuite adopté une « attitude prométhéenne » envers la nature (1). De la même manière, Michael Redclift remarque que, pour lui, l’environnement avait pour fonction de « rendre les choses possibles, mais toute valeur découlait de la force de travail (2) » .Enfin, selon Alec Nove, Marx croyait que « le problème de la production avait été “résolu” par le capitalisme et que la future société des producteurs associés n’aurait donc pas à prendre au sérieux le problème de l’usage des ressources rares » , ce qui signifie qu’il était inutile que le socialisme ait une quelconque « conscience écologique » (3). Ces critiques se justifient-elles ?

Au cours des années 1830 à 1870, la diminution de la fertilité des sols par la perte de leurs nutriments constitua la préoccupation écologique majeure de la société capitaliste, tant en Europe qu’en Amérique du Nord. L’inquiétude suscitée par ce problème ne pouvait être comparée qu’à celle provoquée par la pollution croissante des villes, la déforestation de continents entiers et les craintes malthusiennes de la surpopulation. Dans les années 1820 et 1830, au Royaume-Uni, et peu après dans les autres économies capitalistes en expansion de l’Europe et de l’Amérique du Nord, l’inquiétude générale concernant l’épuisement des sols conduisit à une augmentation phénoménale de la demande d’engrais. Le premier bateau chargé de guano péruvien débarqua à Liverpool en 1835 ; en 1841, c’étaient 1 700 tonnes qui étaient importées et, en 1847, 220 000. Au cours de cette période, les agriculteurs retournèrent les champs de bataille napoléoniens, comme ceux de Waterloo et d’Austerlitz, dans une quête désespérée d’ossements à répandre sur leurs champs.

[S’intéressant aux États-Unis, le chimiste allemand] Justus von Liebig remarquait qu’il pouvait y avoir des centaines, voire des milliers, de kilomètres entre les centres de production de céréales et leurs marchés. Les éléments constitutifs de l’humus étaient donc envoyés très loin de leur lieu d’origine, rendant d’autant plus difficile la reproduction de la fertilité des sols.

Empester la Tamise

Loin d’être aveugle à l’écologie, Marx devait, sous l’influence des travaux de Liebig de la fin des années 1850 et du début des années 1860, développer à propos de la terre une critique systématique de l’« exploitation » capitaliste, au sens du vol de ses nutriments ou de l’incapacité à assurer sa régénération. Marx concluait ses deux principales analyses de l’agriculture capitaliste par une explication de la façon dont l’industrie et l’agriculture à grande échelle se combinaient pour appauvrir les sols et les travailleurs. L’essentiel de la critique qui en découle est résumé dans un passage situé à la fin du traitement de « La genèse de la rente foncière capitaliste » , dans le troisième livre du Capital : « La grande propriété foncière réduit la population agricole à un minimum, à un chiffre qui baisse constamment en face d’une population industrielle concentrée dans les grandes villes et qui s’accroît sans cesse ; elle crée ainsi des conditions qui provoquent un hiatus irrémédiable dans l’équilibre complexe du métabolisme social composé par les lois naturelles de la vie ; il s’ensuit un gaspillage des forces du sol, gaspillage que le commerce transfère bien au-delà des frontières du pays considéré. (…) La grande industrie et la grande agriculture exploitée industriellement agissent dans le même sens. Si, à l’origine, elles se distinguent parce que la première ravage et ruine davantage la force de travail, donc la force naturelle de l’homme, l’autre plus directement la force naturelle de la terre, elles finissent, en se développant, par se donner la main : le système industriel à la campagne finissant aussi par débiliter les ouvriers, et l’industrie et le commerce, de leur côté, fournissant à l’agriculture les moyens d’exploiter la terre. »

La clé de toute l’approche théorique de Marx dans ce domaine est le concept de métabolisme (Stoffwechsel) socio-écologique, lequel est ancré dans sa compréhension du procès de travail. Dans sa définition générique du procès de travail (par opposition à ses manifestations historiques spécifiques), Marx a utilisé le concept de métabolisme pour décrire la relation de l’être humain à la nature à travers le travail : « Le travail est d’abord un procès qui se passe entre l’homme et la nature, un procès dans lequel l’homme règle et contrôle son métabolisme avec la nature par la médiation de sa propre action. Il se présente face à la matière naturelle comme une puissance naturelle lui-même. Il met en mouvement les forces naturelles de sa personne physique, ses bras et ses jambes, sa tête et ses mains, pour s’approprier la matière naturelle sous une forme utile à sa propre vie. Mais, en agissant sur la nature extérieure et en la modifiant par ce mouvement, il modifie aussi sa propre nature. (…) Le procès de travail (…) est la condition naturelle éternelle de la vie des hommes (4). »

Pour lui comme pour Liebig, l’incapacité à restituer au sol ses nutriments trouvait sa contrepartie dans la pollution des villes et l’irrationalité des systèmes d’égouts modernes. Dans Le Capital, il a cette remarque : « À Londres, par exemple, on n’a trouvé rien de mieux à faire de l’engrais provenant de quatre millions et demi d’hommes que de s’en servir pour empester, à frais énormes, la Tamise. » Selon lui, les « résidus résultant des échanges physiologiques naturels de l’homme » devaient, aussi bien que les déchets de la production industrielle et de la consommation, être réintroduits dans le cycle de la production, au sein d’un cycle métabolique complet (5). L’antagonisme entre la ville et la campagne, et la rupture métabolique qu’il entraînait étaient également évidents au niveau mondial : des colonies entières voyaient leurs terres, leurs ressources et leur sol volés pour soutenir l’industrialisation des pays colonisateurs. « Depuis un siècle et demi,écrivait Marx, l’Angleterre a indirectement exporté le sol irlandais, sans même accorder à ceux qui le cultivent les moyens de remplacer les composantes du sol (6). »

Les considérations de Marx sur l’agriculture capitaliste et la nécessité de restituer au sol ses nutriments (et notamment les déchets organiques des villes) le conduisirent ainsi à une idée plus générale de durabilité écologique — idée dont il pensait qu’elle ne pouvait avoir qu’une pertinence pratique très limitée dans une société capitaliste, par définition incapable d’une telle action rationnelle et cohérente, mais idée au contraire essentielle à une société future de producteurs associés. « Le fait, pour la culture des divers produits du sol, de dépendre des fluctuations des prix du marché, qui entraînent un perpétuel changement de ces cultures, l’esprit même de la production capitaliste, axé sur le profit le plus immédiat, sont en contradiction avec l’agriculture, qui doit mener sa production en tenant compte de l’ensemble des conditions d’existence permanentes des générations humaines qui se succèdent. »

En soulignant la nécessité de préserver la terre pour « les générations suivantes », Marx saisissait l’essence de l’idée contemporaine de développement durable, dont la définition la plus célèbre a été donnée par le rapport Brundtland : « Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins (7). » Pour lui, il est nécessaire que la terre soit « consciemment et rationnellement traitée comme la propriété perpétuelle de la collectivité, la condition inaliénable d’existence et de reproduction de la série des générations successives » . Ainsi, dans un passage fameux du Capital, il écrivait que, « du point de vue d’une organisation économique supérieure de la société, le droit de propriété de certains individus sur des parties du globe paraîtra tout aussi absurde que le droit de propriété d’un individu sur son prochain » .

On reproche aussi souvent à Marx d’avoir été aveugle au rôle de la nature dans la création de la valeur : il aurait développé une théorie selon laquelle toute valeur découlerait du travail, la nature étant considérée comme un « don » fait au capital. Mais cette critique repose sur un contresens. Marx n’a pas inventé l’idée que la terre serait un « cadeau » de la nature au capital. C’est Thomas Malthus et David Ricardo qui ont avancé cette idée, l’une des thèses centrales de leurs ouvrages économiques. Marx avait conscience des contradictions socio-écologiques inhérentes à de telles conceptions et, dans son Manuscrit économique de 1861-1863, il reproche à Malthus de tomber de façon récurrente dans l’idée « physiocratique » selon laquelle l’environnement est « un don de la nature à l’homme », sans prise en considération de la manière dont cela était lié à l’ensemble spécifique de relations sociales mis en place par le capital.

Certes, Marx s’accordait avec les économistes libéraux pour dire que, selon la loi de la valeur du capitalisme, aucune valeur n’est reconnue à la nature. Comme dans le cas de toute marchandise dans le capitalisme, la valeur du blé découle du travail nécessaire pour le produire. Mais, pour lui, cela ne faisait que refléter la conception étroite et limitée de la richesse inhérente aux relations marchandes capitalistes, dans un système construit autour de la valeur d’échange. La véritable richesse consistait en valeurs d’usage — qui caractérisent la production en général, au-delà de sa forme capitaliste. Par conséquent, la nature, qui contribuait à la production de valeurs d’usage, était autant une source de richesse que le travail. Dans sa Critique du programme de Gotha, Marx tance les socialistes qui attribuent ce qu’il appelle une « puissance de création surnaturelle » au travail en le considérant comme la seule source de richesse et en ne prenant pas en compte le rôle de la nature.

John Bellamy Foster

Rédacteur en chef de la Monthly Review, New York. Ce texte est extrait de Marx écologiste, Éditions Amsterdam, Paris, 2011.
(1) Anthony Giddens, A Contemporary Critique of Historical Materialism, University of California Press, Berkeley, 1981.

(2) Michael Redclift, Development and the Environmental Crisis : Red or Green Alternatives ?, Methuen, Londres, 1984.

(3) Alec Nove, « Socialism », dans John Eatwell, Murray Milgate et Peter Newman (sous la dir. de), The New Palgrave : A Dictionary of Economics, vol. 4, Stockton, New York, 1987.

(4) Karl Marx, Le Capital, livre I, Éditions sociales, Paris, 1978.

(5) Karl Marx, Le Capital, livre III, Éditions sociales, 1978.

(6) Karl Marx, Le Capital, livre I, op. cit.

(7) « Notre avenir à tous », rapport rédigé en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies sous la direction de la première ministre norvégienne Gro Harlem Brundtland [note de la rédaction].

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Le magazine Partisan n°3 -octobre 2015- (publié par l'OCML Voie Prolétarienne) avait publié plusieurs articles sur le sujet et notamment :
"8 choses à savoir sur la COP 21" -pages 6-7-8-
"La décroissance : une alternative ? -pages 10-11-12-

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
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Voici l'article du Partisan n°3 -octobre 2015- : "La décroissance : une alternative ? -pages 10-11-12-

LA DÉCROISSANCE
UNE ALTERNATIVE ?


De nos jours, tout le monde s'accorde à dire que la crise écologique est bien là, et que cela ne va pas s'arranger. Si le constat est largement partagé, les solutions avancées pour sortir de cette crise sont évidemment un sujet de débat. Nous avons décidé de nous intéresser aux idées de la décroissance, qui se pose comme une alternative radicale au capitalisme ayant pour objectif de sauvegarder la planète. Cela nous semblait important car ces idées influencent pas mal de monde et il n'est pas rare de rencontrer des anti-capitalistes se revendiquant « décroissants ».
Parler de décroissance c'est plutôt parler d'une mouvance que d'un courant politique ou d'une idéologie. En effet on retrouve derrière cette « appellation » des personnes avec des divergences philosophiques et politiques profondes. On parlera ici uniquement des idées défendues par des décroissants « de gauche » qui remettent en cause le capitalisme.

On peut situer les origines théoriques du concept dans les années 1970. Trois publications de cette époque font ainsi référence : le Rapport Meadows (1971), La convivialité d'Ivan lllich (1973) et surtout Demain la décroissance de l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen. C'est dans ce recueil d'articles publié en France en 1979 que l'on voit apparaître pour la première fois le concept de décroissance. Voilà pour les origines.
Le postulat de départ des penseurs de la décroissance, c'est qu'il ne peut y avoir de croissance économique infinie dans un monde où nous disposons de ressources qui ne sont pas infinies. Rappelons ici que la croissance économique est le principal indicateur de la bonne santé d'une économie, et donc d'une société, pour les penseurs et décideurs bourgeois.
Ce postulat découle de l'analyse qu'ils font du système capitaliste des années 70 :
* Durant les « Trente Glorieuses », la production et la productivité des pays dits « riches » (Europe Occidentale, Amérique du Nord, Japon) ont très fortement augmenté, tout comme la consommation de biens et de services dans ces pays.
* Dans un même temps, les inégalités entre le « Nord » (pays riches) et le « Sud » (pays pauvres) augmentent, notamment du fait de l'exploitation des richesses des pays pauvres par les pays riches.
* Du fait de cette croissance économique, les dérèglements planétaires (pollution, destruction des écosystèmes, épuisement des ressources...) se multiplient.

Ce constat les conduit à dire que la croissance économique aura raison de notre planète. Il y a donc urgence à « se désintoxiquer de la croissance », qui est identifiée comme étant le principal problème de notre société. La remise en cause de la croissance comporte plusieurs aspects.

UN REJET DU « PRODUCTIVISME », ET DE LA « SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION »
Pour les décroissants, on produit et consomme beaucoup trop. Et ce « mode de vie occidental », caractérisé par le gaspillage et la consommation de biens inutiles, n'est pas extensible à l'ensemble de la planète. Ce rejet du productivisme est bien souvent associé d'un rejet de l'industrialisation : comme le dit clairement Paul Ariès « Il faut casser la société productiviste, c'est-à-dire détruire la société industrielle »(1). Il faut par exemple sortir de l'agriculture intensive et préférer l'agriculture paysanne, distribuer les produits via des AMAP(2) plutôt que dans des supermarchés. C'est aussi promouvoir l'artisanat ou encore préférer le vélo et les voiliers plutôt que la voiture et les paquebots.

1 Paul Ariès, Décroissance ou Barbarie, 2005
2 Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne

UN REJET DE LA « MONDIALISATION »
Les décroissants considère la « mondialisation » comme une composante centrale du capitalisme. Elle est synonyme d'inégalités entre les pays riches et les pays pauvres, et contribuent fortement à la destruction de la planète (pillage des ressources, destruction des écosystèmes des pays. Contre cette mondialisation, les décroissants appellent à relocaliser les activités humaines (produire localement, consommer localement...).

UNE CRITIQUE DU « PROGRÈS »
C'est une autre idée forte des décroissants, chez qui la science et le progrès technique sont perçus d'un mauvais oeil. D'une manière plus ou moins radicale suivant les personnes, ils avancent que s'opposer à la croissance économique, c'est s'opposer à la course à « modernité ». Le progrès technique et la science n'apporteraient ainsi rien de bon, si ce n'est du superflu, de l'abrutissement ou du contrôle social.

ALORS COMMENT SE « DÉSINTOXIQUER
DE LA CROISSANCE » ?
Le principal moteur du changement pour les décroissants c'est le changement des mentalités (« une décolonisation de l'imaginaire »(3) ), et l'action individuelle, ce que certains appellent « simplicité volontaire ». Ainsi ils en appellent à la responsabilité de chacun pour changer le système.
Le problème, c'est que le capitalisme s'accommode très bien de ces petites actions individuelles, et il n'est pas non plus menacé par les AMAP. Et puis le capitalisme avant d'être un imaginaire à décoloniser, c'est quelque chose de très concret, et violent pour les prolétaires.

3 S. Latouche, Le pari de la décroissance, 2006

DÉCROISSANCE ET RÉVOLUTION ?
En fait, si les décroissants dénoncent certains aspects du capitalisme, leur critique reste très superficielle. A vrai dire ils oublient l'essentiel : le coeur du capitalisme, c'est l'exploitation et l'aliénation du plus grand nombre, par une minorité de personnes. C'est la domination sans partage d'une classe sociale, la bourgeoisie, sur une autre, le prolétariat. Au niveau mondial, le développement inégal entre pays impérialistes et pays
dominés est la conséquence de la guerre économique que se livrent les capitalistes entre eux afin d'assouvir leur recherche de profit. Et ce profit se fait sur le dos du prolétariat qui produit les richesses, au « Nord » comme au « Sud ».
Les décroissants ne font pas de différence entre exploiteurs et exploités. Ainsi pour eux dans les pays impérialistes, c'est l'ensemble de la population qui est coupable : tout le monde fait le jeu du productivisme et de la « société de consommation ». Des fois, cela sent bon le mépris de classe envers ces « consommateurs ordinaires » qui se gavent de nourriture achetée au supermarché.
Parce qu'ils n'ont pas une boussole de classe et une analyse matérialiste de la société, les décroissants se trompent sur la science et le progrès technique.
La science n'est fondamentalement ni « bonne », ni « mauvaise » : comme le progrès technique, dans notre société de classes, elle est avant tout au service des capitalistes et de la recherche du profit. Pour prendre un exemple, si aujourd'hui machine rime avec exploitation et aliénation pour les ouvriers, c'est aussi le progrès technique qui nous offrira la possibilité de travailler tous et moins dans la société que nous voulons construire. Ce sera d'ailleurs une de nos tâches sous le socialisme que de mettre la science et le progrès technique au service de notre émancipation.
Il en est de même quand les décroissants rejettent la mondialisation. Si nous sommes d'accord quand ils avancent que tout le monde doit pouvoir « vivre et travailler au pays », le problème n'est pas que les rapports humains et les échanges soient mondialisés.
Ce qui nous faut combattre, c'est la domination politique, économique d'une poignée de pays sur le reste du monde. C'est la division internationale du travail toujours plus poussée, l'asservissement économique des pays dominés. Ce que nous voulons c'est une société où les échanges et des rapports humains soient basés non plus sur la concurrence mais sur la solidarité et la coopération.
Enfin, contrairement aux décroissants, nous ne sommes pas « anti-productivistes ». Et nous ne sommes pas non plus « productivistes » ! Oui, le constat est sans appel, le capitalisme détruit la planète. Il broie des hommes et des femmes aussi. Oui, le capitalisme est caractérisé par l'abondance de produits et de services sans aucune utilité sociale (produits de luxe, armement...).
A vrai dire, des pans entiers de l'économie des pays impérialistes sont complètement parasitaires (banques, assurances, marketing...). Sous le socialisme, il y aura donc des secteurs où la production baissera voir disparaîtra parce qu'inutile socialement. Il y aura aussi peut-être des secteurs où la production augmentera. Nous ne savons pas précisément, nous ne sommes pas devins.
Ce que nous savons, c'est que nous voulons produire autrement, des choses utiles, sans détruire la Terre où nous vivons.
Bref, nous voulons une société où la production réponde à nos besoins et non plus à la recherche de toujours plus de profits. Une société où nous aurons transformé les rapports de production, débarrassée de l'aliénation et de l'exploitation.
Pour nous c'est la seule voie pour la sauvegarde de la planète

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