| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 08-01-2013 à 13:39:35
| Cet article publié par linstitut détudes marxistes (INEM), et repris sur le blog « faire vivre et renforcer le pcf », examine le sujet de la propriété des moyens de production en Chine avec beaucoup de nuances. Il témoigne de la poursuite de la lutte idéologique dans le Parti Communiste Chinois sur la question fondamentale : socialisme ou capitalisme, quelle voie pour la Chine ? La bourgeoisie des pays capitalistes assène régulièrement que la Chine est capitaliste, mais en même temps elle se lamente sur la dictature qui opprime les intellectuels libéraux . Actuellement les médias notamment Libé et le Nouvel Obs - tapent sur le tambour et titrent : « la liberté des medias mobilise les foules » Ci-dessous les foules mobilisées...
Les communistes marxistes-léninistes doivent avoir confiance dans le peuple chinois et son parti communiste, et non se laisser influencer par les spéculations et limpatience de la petite-bourgeoisie, pas plus que par la propagande de la bourgeoisie.
_____________________ Le guojinmintui : nouvel épisode du débat en Chine sur lopposition entre propriété privée et dÉtat Fusheng Xie, An Li et Zhongjin Li La crise économique mondiale[1] qui a débuté par le krach américain des subprimes en 2007 a porté un coup dur à léconomie privée chinoise, particulièrement à sa composante orientée à lexportation. Toutefois, en comparaison, les entreprises appartenant à lÉtat en Chine ont fait preuve dune rentabilité élevée depuis la restructuration stratégique de léconomie dÉtat lancée lors de la 4e session plénière du 15e Comité central du Parti communiste chinois (PCC), en 1999. Ces derniers temps, dans bien des cas, les entreprises appartenant à lÉtat ont repris des entreprises privées dans des fusions ou acquisitions. Les efforts de réorganisation de lindustrie houillère et lapplication du paquet dincitatifs de 4 000 milliards de yuans (soit 586 milliards de dollars) après le début de la crise actuelle ont déclenché en Chine un large débat sur le sujet du guojinmintui parmi les intellectuels, les hommes daffaires et les officiels du parti et de lÉtat. « Guojinmintui » signifie littéralement un secteur dÉtat en expansion et un secteur privé en contraction. Les initiateurs de ce débat sont les élites de droite qui sont des partisans convaincus du fondamentalisme du marché et acquièrent une influence sans cesse croissante en Chine. Dans le débat, la quasi-totalité dentre eux identifie la réforme au recul de léconomie dÉtat. Cette idée, répandue par divers canaux, gagne tellement en force et en influence quelle a fini par être largement acceptée par des intellectuels, des hommes daffaires, des médias et même dimportants fonctionnaires du gouvernement. Le débat sest intensifié lorsque des officiels de lÉtat sy sont joints et ont tenté de prendre la défense du guojinmintui , et quand des intellectuels de gauche ont répondu en critiquant les accusations portées contre léconomie dÉtat. À linstar des précédents, ce nouveau débat sur la structure de la propriété nest pas quacadémique. Il reflète et influence la lutte des classes en Chine. Il se centre sur la question de savoir si la Chine doit et peut adhérer au système économique socialiste. En outre, il touche également à la nature et à la position des entreprises chinoises appartenant à lÉtat et à lorientation future de la réforme de la Chine. Il sagit donc dun débat entre les nouveaux groupes dintérêt constitués au cours de la réforme. On sattend à ce que sa conclusion affecte le degré auquel la Chine pourra préserver le socialisme à lavenir. La malédiction de la droite : le guojinmintui est tout sauf acceptable Le nouveau débat sur la structure de la propriété depuis 2009 a été ouvert par les élites de droite dans les universités. Dans cette section, nous présentons un résumé des arguments et positions avancés par la droite. Primo, la droite prétend que le guojinmintui est un fait établi. Lors du forum académique organisé en novembre 2009 par linstitut Unirule des sciences économiques, qui est financé par la Fondation Ford et constitue le groupe de réflexion non gouvernemental le plus influent de Chine sur le plan de léconomie, le président de son comité académique, Shuguang Zhang, a prétendu de façon désapprobatrice que le secteur dÉtat sétendait des branches à monopole naturel vers les domaines concurrentiels[2]. Secundo, le guojinmintui marquerait un pas en arrière, car il trahirait le but originel de la réforme : le passage à léconomie de marché. Dans une pure économie de marché, les entreprises devront être toutes propriété privée et opérer pour le profit. Les entreprises appartenant à lÉtat sont nées de la théorie marxiste qui se basait sur la vision personnelle de Marx. Les entreprises appartenant à lÉtat, inspirées de Marx, de la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale ont finalement échoué [3]. Deping Hu a accusé le guojinmintui dêtre un reliquat de lhéritage féodal [4]. Lextension du marché, déclarait-il, devrait être considérée comme lindicateur clef du succès ou de léchec de la réforme économique [5]. Tertio, les entreprises appartenant à lÉtat seraient caractérisées par un monopole administratif et un monopole sur les ressources, tous deux incompatibles avec la concurrence en marché libre et elles ont gagné ainsi des profits monopolistes. Zhigang Yuan, doyen de lÉcole déconomie de luniversité Fudan de Shanghai, a accusé les entreprises appartenant à lÉtat de générer dénormes profits grâce à leur monopole sur les facteurs de production et leur contrôle des secteurs en amont tels lélectricité et les transports [6]. De nombreux entrepreneurs privés bien connus se sont plaints de ce que les entreprises appartenant à lÉtat avaient fait perdre aux entreprises privées les meilleures opportunités de profit. Quarto, le guojinmintui aurait des effets néfastes sur lensemble de léconomie. La quasi-totalité des intellectuels de droite décrit les entreprises appartenant à lÉtat comme gérées par des officiels ou des bureaucrates, alors que les entreprises privées seraient dirigées par les masses. De la sorte, ils remplacent lopposition entre entreprises appartenant à lÉtat et entreprises privées par une opposition entre gouvernement et masses et, en outre, ils accusent les entreprises appartenant à lÉtat denvahir le terrain des investissements et des opportunités de profit de léconomie privée. Par exemple, Jinglian Wu, un membre bien connu de la Commission permanente de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), a fait référence à des secteurs dans lesquels les entreprises appartenant à lÉtat occupaient une position dominante en les qualifiant de capitalisme de copinage, avec des pouvoirs politique, économique et de parti intégrés[7]. Dautres ont accusé les entreprises appartenant à lÉtat dêtre des groupes dintérêt particulier ou des groupes de capital de pouvoir[8]. Depuis longtemps, les élites de droite réclament inlassablement, et particulièrement dans cette relance du débat, que les entreprises appartenant à lÉtat se retirent des branches compétitives afin de réorienter la réforme du marché à lopposé du guojinmintui . Siwei Cheng et Mengfu Huang, deux vice-présidents de la Commission permanente de lAssemblée nationale populaire, ont répété que le 15e Congrès national du PCC avait déjà clairement limité la portée des entreprises appartenant à lÉtat à certaines branches en rapport étroit avec la prospérité nationale et les moyens dexistence du peuple[9]. D. Li, membre de la Commission de la politique monétaire de la Banque centrale chinoise a suggéré que, durant laprès-crise, la Chine poursuive son travail de réforme et résolve directement le problème du guojinmintui en privatisant les entreprises appartenant à lÉtat[10]. Jingyuan Kong, directeur général du département de la réforme du système économique à la Commission nationale de développement et de réforme[11], a insisté sur la nécessité, pour une économie axée sur le peuple, de constituer la partie principale de léconomie, identifiant donc implicitement « axée sur le peuple » et « privée »[12]. Le discours officiel : le guojinmintui est un phénomène temporaire ; la politique chinoise de développement de léconomie de marché demeure inchangée La diffusion par les médias des accusations manipulées provenant des gens de droite a amené bien des gens à remettre en question la raison dêtre des entreprises appartenant à lÉtat. Par conséquent, les officiels du gouvernement ont commencé à répondre aux critiques formulées contre le guojinmintui . La première réponse, cest que la perception dune tendance au guojinmintui nest pas fondée en fait. Lors du Forum 2009 des économistes chinois, Jiantang Ma, directeur du Bureau national de la statistique, a présenté les données reprises sous le tableau 1. Tableau 1. Indicateurs de la structure de la propriété : 2005-2009[13] http://lepcf.fr/IMG/png/chine_tableau_1.png Sources: Statistiques du Département de lindustrie et des transports, Bureau national de statistique de la Chine, 2009 ; Bureau national de statistique de la Chine, 2010. Comme le montre le tableau 1, pendant la période de 2005 à 2009, les parts des entreprises P.E. et P.H. dans le nombre total des entreprises, la valeur brute de la production industrielle, les actifs totaux, les bénéfices totaux, les taxes totales et lemploi dans son ensemble ont continué à décliner, alors que les parts des entreprises privées et de celles nappartenant pas à lÉtat ont augmenté substantiellement. Jiantang Ma a suggéré que cétait la capacité des entreprises, au lieu de la composition de la structure de propriété, qui devrait constituer la cible essentielle de la réorganisation des entreprises et de la reconstruction industrielle en Chine[16]. Plus tard, la même année, il insistait en disant que les données de la recension nationale ne montraient aucune preuve de guojinmintui , bien quil admît que ce phénomène était présent dans les années 2008 et 2009[17]. En 2010, Qizheng Zhao, porte-parole du CC du PCC, mettait le doigt sur le fait que les entreprises privées atteignaient un taux de croissance plus élevé que les entreprises appartenant à lÉtat et les entreprises contrôlées par lÉtat, mesuré en termes des taux de croissance de la valeur industrielle ajoutée (18,7 % contre 6,9 %), des actifs totaux (20,1 % contre 14 %), du nombre des travailleurs (5,3 % contre 0,8 %) et des bénéfices totaux (17,4 % contre − 4,5 %). En sappuyant sur ces comparaisons, il qualifiait linquiétude concernant le guojinmintui de bruit hautement trompeur propagé par les médias[18]. En outre, il ny a pas de preuves suffisamment fortes de ce que le guojinmintui aurait été adopté par le gouvernement en tant que stratégie à long terme ou objectif politique. Des études de cas montrent que la plupart des cas éminents dexpansion de léconomie propriété dÉtat obéissent aux règles du marché, en dépit de leur contexte gouvernemental ou lié au Parti. La politisation des questions économiques est déraisonnable. Par exemple, Dongjing Wang, doyen du Département des sciences économiques de lécole du Parti du Comité central du PCC, prétendait que, dans le cas du Shandong Iron and Steel Group (groupe sidérurgiste du Shandong), qui avait repris la Rizhao Iron and Steel Mill (aciérie), propriété du privé, cette dernière était plus quheureuse plutôt que forcée davoir accepté loffre, parce quelle avait été au bord de la faillite en raison de la chute du prix de son stock excédentaire de minerai de fer ainsi quen raison de problèmes liés à lenvironnement[19]. Ping Chen, professeur de sciences économiques à lUniversité de Pékin, a fait remarquer que la faillite dEast Star Airlines, société privée, était un phénomène normal dans une économie de marché et quelle navait rien à voir avec le guojinmintui . Cela reflétait simplement le fait que les gouvernements et les banques de tous les pays tendaient à aider les grosses sociétés[20]. Le gouvernement na jamais eu lintention dexclure les entreprises privées, mais espérait les voir devenir plus fortes. De plus, la propriété dÉtat ainsi que les entreprises appartenant à lÉtat ne sont pas lapanage des pays socialistes ni spécifiques à la Chine. Au contraire, elles existent dans de nombreux pays déconomie de marché. Xiaonan Ji, qui préside la commission de contrôle des plus grosses entreprises appartenant à lÉtat du Conseil dÉtat chinois, a déclaré que le secteur de lÉtat avait un rôle à jouer dans la réforme de la Chine en direction du marché et dans son processus de rattrapage, de même que dans lamélioration du mécanisme de contrôle macroéconomique et léquilibrage des relations entre la réforme, le développement et la stabilité[21]. À luniversité Tsinghua, Angang Hu a défendu lidée que les conditions nationales de la Chine faisaient que les entreprises appartenant à lÉtat devraient croître ; il serait difficile pour la Chine de rattraper les pays développés en sappuyant sur les seules entreprises privées. Bien que les officiels de lÉtat partagent nombre davis communs à propos de limportance des entreprises appartenant à lÉtat, il existe également de profonds désaccords sur la façon de reconstruire stratégiquement les entreprises appartenant à lÉtat à lavenir en vue de promouvoir le développement économique. Xiaonan Ji a suggéré que les entreprises appartenant à lÉtat ne devraient pas être fragmentées et transférées à des entreprises privées, sinon la base économique du socialisme à caractéristiques chinoises, dont le pilier est la propriété publique, serait menacée, ce qui aboutirait à une ultime privatisation. En lieu et place, afin que les importantes entreprises appartenant à lÉtat puissent avoir des investisseurs diversifiés, une meilleure structure de gouvernance des sociétés et une amélioration des mécanismes dopération, elles devraient être transformées en entreprises par actions au sein dun holding dÉtat. Le gouvernement devrait suivre le mécanisme du marché en favorisant les opérations de fusion et dacquisition dentreprises appartenant à lÉtat[22]. Toutefois, Dongjing Wang a affirmé que les entreprises appartenant à lÉtat devraient progressivement se retirer des secteurs concurrentiels[23]. Les réponses de la gauche : Le guojinmintui représente la direction du socialisme Afin de répondre aux critiques des élites de droite sur le guojinmintui et à lappel en faveur dun retrait complet de léconomie dÉtat des secteurs concurrentiels, bien des économistes marxistes des universités chinoises et certains faisant partie des « nouvelles gauches » de la Chine avancent les arguments suivants. Premièrement, le guojinmintui est une caractérisation fausse des changements dans léconomie chinoise ; au contraire, lactuel problème en Chine est le guotuiminjin un secteur privé en expansion et un secteur dÉtat en contraction. Rui Liu, de lÉcole des sciences économiques de lUniversité du peuple de Chine (Renmin), a fait remarquer que, bien que de multiples indicateurs aient montré que les entreprises appartenant à lÉtat devenaient plus fortes, leurs parts étaient en déclin manifeste. Au contraire, les chiffres des entreprises privées ont augmenté tant en quantité quen pourcentage[24]. Yu Zhang de luniversité Renmin a également fait remarquer que ce qui existait actuellement était une tendance opposée au guojinmintui . Si la part de léconomie de propriété publique continue à diminuer, le rôle dominant de la propriété publique et de léconomie propriété dÉtat sera sapé et, à son tour, le système socialiste sera finalement détruit[25]. Deuxièmement, les élites de droite ont ouvertement et intentionnellement interprété faussement lesprit des documents officiels du gouvernement central, semant la confusion dans les concepts de la propriété dÉtat et de la propriété privée dans le but de déclencher des conflits entre le gouvernement et la masse du peuple. Xiaolin Xia, un chercheur de la NDRC[26], a fait remarquer quil nétait pas question dans aucune résolution émanant du 15e Congrès national du PCC dapprouver labandon par les entreprises appartenant à lÉtat des secteurs compétitifs. Selon Xia, certains économistes, de même que des dirigeants du Parti et de lÉtat, manipulaient les idées dans les documents du gouvernement central afin de légitimer leur propre intention de privatiser léconomie, ce qui illustrait que la diversification idéologique au sein du PCC et du gouvernement sétait déjà manifestée ouvertement[27]. Xincheng Zhou, de lÉcole du marxisme à luniversité Renmin a expliqué clairement que la malédiction des gens de droite contre léconomie propriété dÉtat nétait destinée quà justifier leurs propres intérêts dans la privatisation[28]. Troisièmement, il est fallacieux dexagérer le monopole de léconomie propriété dÉtat. Yu Zhang a affirmé que le monopole était une conséquence inévitable du degré croissant de socialisation de la production ; il ny avait pas de relation directe entre les entreprises appartenant à lÉtat et le monopole. Au contraire, le monopole était plus répandu dans léconomie privée. Sur base de données pertinentes, il a montré que les profits générés par les entreprises appartenant à lÉtat résultaient de lajustement structurel et de linnovation institutionnelle de léconomie propriété dÉtat, et non de positions de monopole. Si les entreprises appartenant à lÉtat avaient reculé, il aurait été bien plus probable que le capital monopoliste transnational en serait venu à dominer les ressources domestiques et les marchés de la Chine[29]. Xincheng Zhou a lui aussi critiqué les gens de droite pour avoir semé la confusion entre le pouvoir de contrôle des entreprises appartenant à lÉtat et des positions monopolistes, et il a fait remarquer que la dimension nétait pas en soi constitutive de monopole. Le pouvoir de contrôle de léconomie propriété dÉtat permet à la Chine de se maintenir dans la concurrence internationale ; de grandes et fortes entreprises appartenant à lÉtat assurent la base économique du socialisme chinois. Cest pourquoi la propriété dÉtat est considérée comme le pilier du socialisme chinois[30]. Songlin Yang, chercheur au Center for Chinese Global Affairs (CCGA) de lUniversité de Pékin (PKU), a fait remarquer que, vers 2007, les entreprises appartenant à lÉtat étaient concentrées surtout dans le tabac, la pétrochimie, leau, la distribution délectricité et de chaleur et les industries de fabrication de moyens de transport. La part des entreprises appartenant à lÉtat dans les secteurs concurrentiels a été réduite. Entre-temps, des entreprises privées et étrangères ont déjà occupé la part dominante dans les secteurs de la construction et de limmobilier, de même que dans le secteur tertiaire, excepté la finance, les services postaux, les télécommunications, les chemins de fer et les transports. Puisque des secteurs différents diffèrent par leur environnement de marché et leurs exigences en ressources, il est impossible pour les entreprises appartenant à lÉtat de concurrencer les firmes privées et de les évincer de laccès aux ressources et aux marchés[31]. Pour des secteurs stratégiques dune importance primordiale pour la sécurité nationale et qui ont un pouvoir monopoliste naturel, ce qui importe nest pas lexistence dun monopole, mais la question de savoir qui le contrôle[32]. Quatrièmement, il est faux de prétendre que léconomie propriété dÉtat est inefficiente. De nos jours cependant, la thèse de linefficacité de léconomie dÉtat est largement acceptée. Cette affirmation se base sur deux idées maîtresses : primo, sans droit à la propriété clairement défini, les entreprises appartenant à lÉtat sont certaines de souffrir de problèmes de principal-agent[33] et de gaspillage de ressources ; secundo, avec des contraintes budgétaires peu contraignantes, les managers des entreprises appartenant à lÉtat prendront des décisions inefficientes. Fusheng Xie répond que ces problèmes existent aussi au sein des firmes capitalistes et quils sont inévitables dans la division sociale du travail dans une économie de marché[34]. Guoguang Liu a fait remarquer que, comparée à léconomie privée, léconomie propriété dÉtat était plus à même daméliorer la performance macroéconomique. Léconomie propriété dÉtat peut mieux favoriser la croissance économique et assurer la sécurité de lemploi de même que le bien-être social. Les problèmes de la stimulation et des contraintes budgétaires peuvent être résolus dans léconomie propriété dÉtat, tout aussi bien que dans léconomie privée. La baisse de rentabilité des entreprises appartenant à lÉtat due aux coûts élevés quelles ont endossés dans le processus de la réforme sociale est temporaire et peut être inversée par une politique, sans modifier la structure de propriété[35]. En outre, le passage à la propriété privée est la cause fondamentale de linégalité croissante des revenus en Chine. Les élites droitières attribuent cette inégalité croissante à la naissance dune classe élitiste au sein des entreprises monopolistes appartenant à lÉtat. Cette thèse est plus ou moins largement acceptée par le public. Toutefois, Guoguang Liu a montré que, bien quil fût indéniable quune classe spéciale existait dans léconomie propriété dÉtat, le problème résultait lui-même de la transition vers une économie de marché, plutôt que de facteurs inhérents au développement de léconomie propriété dÉtat en tant que telle. De larges différences de revenus étaient rares dans la période de léconomie planifiée, mais sont devenues très fréquentes précisément sous linfluence de lidéologie et des mesures néolibérales, particulièrement en raison du retrait du contrôle étatique après la réforme fiscale qui eut lieu en Chine en 1994. Dans la transition de léconomie planifiée à léconomie de marché, certains directeurs corrompus dentreprises appartenant à lÉtat commencèrent par créer le désordre dans les entreprises confiées à leur gestion et, ensuite, transférèrent au privé de la richesse appartenant lÉtat par des délits dinitiés. Une alliance malsaine entre des managers dentreprises appartenant à lÉtat et certains dirigeants du Parti et de lÉtat a généré dénormes bénéfices tirés de la privatisation frauduleuse dentreprises appartenant à lÉtat au détriment des travailleurs[36]. En outre, presque tous les intellectuels de gauche attribuent linégalité dans le chuci fenpei à savoir, la distribution du revenu à travers le marché aux relations capital-travail ou à la disparité de la richesse détenue par différentes classes. Cinquièmement, léconomie socialiste de marché de la Chine devrait conserver la propriété publique comme pilier tout en incorporant le développement de formes économiques multiples. Zhiyuan Cui, éminent intellectuel de la nouvelle gauche chinoise, de luniversité Tsinghua, a affirmé que le codéveloppement des entreprises propriété dÉtat et des entreprises privées de façon mutuellement fructueuse était une description plus exacte de la réalité que lexpression guojinmintui . Inspiré par le socialiste libéral britannique James Meade, Cui a pris le « modèle de Chongqing[37] » en cours comme excellent exemple de codéveloppement et a affirmé quil favoriserait lefficience dans tous les secteurs de léconomie, parce que la valeur conservée ou ajoutée des actifs appartenant à lÉtat tendait à soulager la surdépendance vis-à-vis des rentrées fiscales et de la dette nationale, ce qui encourageait les gens à se lancer dans les affaires et à créer de la richesse[38]. Yu Zhang a également déclaré que la montée de léconomie privée et le recul de léconomie dÉtat étaient en contradiction avec le système économique de base de la Chine et le but de la réforme des entreprises appartenant à lÉtat. Le problème économique actuel nest pas le monopole, mais la taille relativement modeste des entreprises, la segmentation structurelle au sein des industries et le manque de compétitivité internationale. La concentration croissante du capital dans certains secteurs clefs et le renforcement des entreprises appartenant à lÉtat sont nécessaires pour relever le défi de la concurrence mondiale et pour protéger la sécurité économique nationale. Parmi dautres intellectuels de gauche, Guoguang Liu a affirmé que le problème apparaissant actuellement était de savoir si oui ou non la part de la propriété publique était descendue à un point critique menaçant le système socialiste de la Chine. En outre, on défend lidée que le but consistant à assurer, réaliser et développer la justice sociale et la stabilité devrait être intégré au développement de léconomie aux mains de lÉtat. Par conséquent, tant le gouvernement central que les gouvernements locaux devraient se charger du renforcement de plusieurs entreprises clefs appartenant à lÉtat. Chose plus importante encore, toutes des décisions concernant la réforme des entreprises appartenant à lÉtat devraient être contrôlées et supervisées par des assemblées nationales à tous les niveaux et incorporer davantage de participation publique. La Chine devrait utiliser la flexibilité de léconomie privée pour faciliter le développement de la productivité sociale, mais devrait également limiter sa nature exploiteuse et orienter son développement[39]. Sixièmement, lancer une fausse alerte au guojinmintui manifeste un pas vers la poursuite de la privatisation et vers labolition finale du système socialiste. Le débat acharné qui se déroule depuis 2007 autour du guojinmintui ne se confine pas aux milieux académiques et son but nest pas daméliorer léconomie socialiste de marché. Comme Yu Zhang la démontré, il révèle les positions de classe sous-jacentes. Les élites de droite avancent souvent des arguments contradictoires : si les entreprises appartenant à lÉtat ne sont pas performantes, on dit que cest dû à un manque defficience allégué ; si elles se montrent performantes, cest dû à la position monopoliste quelles occupent. On dit que les bas salaires des cadres supérieurs des entreprises appartenant à lÉtat sont la marque dune insuffisance dincitants et, dans le même temps, on critique les salaires élevés en prétendant quils nuisent aux intérêts publics et quils élargissent le fossé des revenus. Les acquisitions dentreprises appartenant à lÉtat par des entreprises privées sont cataloguées comme un achèvement de la réforme, alors que les acquisitions dentreprises privées par les entreprises appartenant à lÉtat sont considérées comme un échec de la réforme. Si les entreprises appartenant à lÉtat ne grandissent pas, on prétend quelles sont incapables de susciter une motivation suffisante et, une fois quelles prennent de lexpansion, on les accuse de se mettre dans le chemin de la croissance de léconomie privée. Lessentiel de ce qui sous-tend le débat sur le guojinmintui est de savoir si la Chine doit continuer à adhérer aux entreprises appartenant à lÉtat, au contrôle macroéconomique et à la promotion et au perfectionnement de la réforme de léconomie de marché correspondant à sa propre situation[40]. Xincheng Zhou a rappelé aux gens quils devaient être conscients du but politique des opposants au guojinmintui , qui est de remplacer la propriété publique par la propriété privée en tant que pilier de léconomie nationale. En ce sens, le débat a trait directement à la perspective et au sort du développement social de la Chine, particulièrement de savoir si la Chine doit et peut adhérer au socialisme[41]. Lopposition au guojinmintui va à lencontre de la constitution chinoise et de la voie socialiste. Son intention réelle est de sexprimer en faveur de la classe capitaliste, dabandonner la « pensée Mao Zedong » et la direction du PCC, de sécarter du socialisme et de pousser la Chine plus loin encore sur une voie capitaliste[42]. Conviendrait-il dabandonner ou daméliorer les éléments socialistes de léconomie de marché ? Bien que la crise montre que le fondamentalisme du marché libre pose problème à tous égards ou presque, pourquoi cette ligne de pensée peut-elle dominer lenseignement de léconomie et les médias en Chine de façon plus générale et complète encore quauparavant ? Comment le débat actuellement en cours sur le guojinmintui affecte-t-il la politique actuelle et les changements à venir dans la structure de propriété ? La perspective du socialisme en Chine existe-t-elle toujours ? Examinons ces questions dun peu plus près. Les dirigeants chinois ont lancé la réforme vers léconomie de marché en 1978, dans le but annoncé de rajeunir le système socialiste. Les moyens adoptés sont principalement de développer des entreprises privées et dattirer des investissements étrangers en accordant aux entreprises privées et étrangères des conditions exceptionnellement favorables, meilleures que celles octroyées aux entreprises appartenant à lÉtat. Afin de gagner du soutien au passage au marché, presque tous les groupes sociaux, y compris les cadres du Parti, les chefs de larmée, les étudiants et les commerçants ont participé aux affaires, au début des années 1980. Dans le processus de démantèlement de léconomie planifiée, particulièrement dans la réforme des prix, dans la mise en place de marchés pour les capitaux et les terres et dans les réformes des entreprises appartenant à lÉtat, certains membres et cadres du Parti au sein des entreprises et des gouvernements ont commencé à accumuler du capital par des moyens légaux et illégaux à la fois. Laffaiblissement de la planification centrale a fait que léconomie nationale a dû sappuyer de plus en plus sur lexpansion du marché et des incitants monétaires. En même temps, diverses contradictions apparaissant dans le processus de développement durent être résolues en approfondissant le passage au marché. De ce processus est née une nouvelle classe capitaliste composée principalement de propriétaires privés et de personnes ayant des relations étroites avec les pouvoirs politiques et économiques de même quavec les capitaux transnationaux. À mesure que la taille et la richesse de cette classe capitaliste émergente augmentaient, en même temps que son pouvoir, elle allait nécessairement exiger quon abandonnât au sein du système actuel les éléments socialistes qui pouvaient entraver la poursuite de laccumulation de richesse [43]. Sous le prétexte de les « réformer », on a assisté à la marchandisation continue de léducation, des soins de santé, du logement et de la sécurité sociale, qui, dans le passé, appartenaient à la sphère publique et présentaient des caractéristiques socialistes. Le but déclaré de la réforme était la création dune économie socialiste de marché. Cependant, dans les années 1990, la question clef se modifia en transition vers une « économie de marché » en général et ceci devint le point de focalisation de discussions théoriques et de plans politiques. Lenjeu de ce glissement le modèle économique résultant et sa nature était absent des discussions, sciemment ou non. Les éléments socialistes de léconomie chinoise ont été réduits aux seules entreprises appartenant à lÉtat et au contrôle macroéconomique [44]. En fait, léconomie propriété dÉtat, en Chine, fut généralement considérée comme la base sur laquelle lÉtat pouvait guider le développement économique, mais elle ne fonctionna pas comme un modèle à suivre pour les autres parties de léconomie. Tant les discussions théoriques que la politique concrète désignent une économie de marché de style américain comme but de la réforme chinoise [45]. Comme lenseignement de léconomie et léconomie nationale ont tous deux été accommodés à la sauce américaine, bien des économistes formés à léconomie néolibérale aux États-Unis ont été invités en Chine et se sont vu confier le pouvoir de réformer lenseignement de léconomie dans les meilleures institutions universitaires. Leur promotion de léconomie néolibérale en Chine a non seulement marginalisé léconomie marxiste, mais elle a également formé une génération de jeunes intellectuels animés dune foi aveugle dans le néolibéralisme. Dans ce climat néolibéral, linefficience des entreprises appartenant à lÉtat est devenue un article de foi qui a indirectement défié lexistence des éléments socialistes au sein de léconomie de marché. Pour rendre les choses pires encore, le concept du socialisme a été transformé en une série de concepts abstraits tels qu« égalité » ou « équité ». La logique sous-jacente consiste à renforcer les traits capitalistes du passage au marché en noircissant le socialisme sur le plan théorique. La structure économique est la base de la politique et de lidéologie. Quand la propriété privée du capital aura dominé les ressources économiques, les changements dans la structure de propriété et dans la structure de classe se refléteront inévitablement aux niveaux théorique, idéologique et politique. Depuis 2004, la tendance à dénoncer la propriété publique et léconomie planifiée est devenue le cur des débats théoriques et idéologiques. Les élites chinoises de droite ont déjà acquis une très grande expérience dans la transformation dun thème en consensus public par les médias sous leur contrôle. De la sorte, elles peuvent exercer des pressions sur le gouvernement afin de remodeler une politique, comme la déjà illustré une série de débats : le débat sur le rachat dentreprises appartenant à lÉtat par leurs cadres en 2004, le débat sur la néolibéralisation de lenseignement chinois de léconomie en 2005, un autre sur lorientation de la réforme chinoise en 2006, un autre encore pour savoir si le socialisme démocratique devait faire lobjet dune réforme en 2007, ou encore le débat sur les valeurs universelles et la Charte 08 en 2008, etc. Le point essentiel de tous ces débats est de savoir si la Chine devrait renoncer au socialisme ou persévérer dans cette voie. Chacun de ces débats débuta comme une affaire de politique concrète et se développa en un débat sur les concepts fondamentaux du socialisme, jusquau point où les dirigeants du Parti et de lÉtat devaient mettre un terme à la discussion. En outre, les tentatives du Parti et du gouvernement de sassurer suffisamment de soutien à la fois de la droite et de la gauche ont créé un décalage entre la rhétorique socialiste et les mesures capitalistes. Ce type dexpédient ouvre les portes à toutes les tendances idéologiques dénonçant le socialisme et proposant la privatisation. Lactuel débat sur le guojinmintui révèle la continuation de la privatisation et la lutte des classes en cours en Chine. Le but de la droite consiste à influencer sur le plan théorique les décisions politiques au nom des intérêts capitalistes, de supprimer fondamentalement la propriété publique, de permettre potentiellement aux managers de détourner la richesse publique en privatisant les entreprises appartenant à lÉtat, de permettre aux capitaux transnationaux de contrôler léconomie chinoise et, finalement, dabandonner léconomie qui est propriété de lÉtat le dernier élément socialiste en Chine. Le débat actuel influence substantiellement la politique chinoise concernant la relation entre léconomie propriété dÉtat et léconomie privée. Par exemple, le 25 janvier 2010, la Commission de contrôle et dadministration des actifs de lÉtat (CCAAE) du Conseil des affaires de lÉtat ordonna à 129 entreprises centrales appartenant à lÉtat de restructurer leurs activités dhôtellerie et de restauration ou même de quitter ce domaine dans un délai de trois à cinq ans. Le 18 mars 2010, la CCAAE requit de 78 entreprises centrales appartenant à lÉtat qui sétaient lancées dans des affaires immobilières sans que ce soit leur secteur principal dactivité de quitter ce secteur une fois terminés leurs actuels projets de développement fonciers. Un document, Proposals of the State Council on Encouraging and Leading Private Investment to Develop Healthily (propositions du Conseil dÉtat afin dencourager et amener les investissements privés à se développer sainement), a été rendu public le 13 mai 2010. Il résulte de ces propositions que le gouvernement agrandit la portée et la dimension des investissements privés, encourage et guide linvestissement privé dans les industries et infrastructures de base ainsi que dans les secteurs financiers et permet aux sociétés immobilières privées de bâtir des maisons à prix abordables, des unités publiques en location et autres programmes de logement dépendant de la politique. Il est évident que, dans les conditions actuelles, le socialisme à caractéristiques chinoises tend à se développer en capitalisme. Au cours du développement de léconomie de marché en Chine, du fait que les intérêts économiques et le droit de sexprimer se diversifient de plus en plus, il y aura dautres débats théoriques et politiques sur la question de savoir si, oui ou non, la Chine devrait adhérer au socialisme. Les élites de droite créeront inévitablement de nouveaux thèmes pour proposer la poursuite de la privatisation. Toutefois, aussi longtemps que le PCC demeurera le parti au pouvoir, les acquis et la rhétorique du socialisme ne disparaîtront pas. Certains éléments socialistes fonctionnent toujours, telles des entreprises géantes appartenant à lÉtat, le système bancaire propriété dÉtat, la propriété publique des terres reprise dans la Constitution et la mise en place de plans économiques nationaux. En général, nous sommes relativement optimistes quant à la poursuite du développement de la structure de propriété en Chine. Sans changements politiques radicaux, la proportion de léconomie sous propriété de lÉtat restera relativement stable au fil du temps, en dépit de certaines fluctuations. Primo, des cadres supérieurs du PCC ont compris la nécessité de maintenir au sein du système socialiste à caractéristiques chinoises le rôle dominant de léconomie propriété dÉtat. Par exemple, le vice-président Jinping Xi a fait remarquer que les entreprises propriété dÉtat étaient des forces solides pour bâtir une société modérément prospère à tous égards ( Quanmian Jianshe Xiaokang Shehui ), des piliers majeurs de la construction du socialisme à caractéristiques chinoises, une base importante dont le PCC peut conserver la direction, et un domaine important dans lequel les théories fondamentales du PCC peuvent être introduites et mises en pratique. En 2010, la 5e session plénière du 17e Comité central du PCC a décidé de garantir et daméliorer les moyens dexistence du peuple et de transformer la voie du développement économique en tant quobjectif central pour les cinq années à venir. En outre, cette session a réaffirmé que lébauche de système économique socialiste serait maintenue et améliorée. Au niveau politique, les forces motrices de la poursuite des réformes comprennent lamélioration des conditions de vie des gens, le perfectionnement de lactuelle structure de propriété et la résolution de divers conflits sociaux apparaissant dans le processus du rapide développement du marché. Sans la participation de léconomie propriété dÉtat, ces objectifs ne pourront être atteints. Lors de la 4e session de la 11e Assemblée nationale populaire, en 2011, Bangguo Wu, président du Comité permanent de lANP, a déclaré avec fermeté que la Chine nadopterait pas un système de partis multiples qui gouverneraient en rotation ni non plus une pluralisation du dogme directeur. Il exclut la possibilité de séparer les pouvoirs entre lexécutif, le législatif et le judiciaire ou dadopter un système bicaméral ou fédéral et il déclara clairement aussi que la privatisation nest pas envisagée. Cette déclaration montre une fois de plus que le gouvernement chinois va continuer à insister sur ses caractéristiques socialistes. Secundo, il est difficile de privatiser davantage encore lactuelle économie propriété dÉtat. Des données financières montrent que les entreprises appartenant à lÉtat ont de très bonnes performances à tous égards, de sorte quil est ne serait pas praticable et serait non fondé de privatiser des entreprises appartenant à lÉtat. Ensuite, la plupart des entreprises appartenant à lÉtat existantes sont passées par lintroduction en Bourse ou sont dune taille énorme. Leurs principales activités se situent dans des branches à capitaux ou à technologie intensifs. Quatre-vingts pour cent des avoirs de qualité des entreprises appartenant à lÉtat centrales sont concentrés dans des compagnies notées et sont dune haute valeur de marché. Les échanges de droits de propriété des entreprises appartenant à lÉtat non notées doivent être menés sur un marché ad hoc, par enchères publiques. Il ny a pas suffisamment de capital privé en Chine pour acheter ces entreprises appartenant à lÉtat. En dernière analyse, même depuis le débat en 2004 sur le rachat dentreprises appartenant à lÉtat par leurs cadres, toute la société a été très réservée au sujet des manipulations complexes par lesquelles des managers des entreprises appartenant à lÉtat ont transformé des avoirs publics en avoirs privés. En outre, les travailleurs des entreprises appartenant à lÉtat sopposent fortement à la privatisation. Un événement paradigmatique a eu lieu en juillet 2009. Les travailleurs du groupe sidérurgique Tonghua Iron and Steel Group (TISG) ont lancé des protestations au niveau de lentreprise contre le rachat de TISG par la société privée Jianlong Corporation. Pendant la grève, un groupe de travailleurs indignés a tabassé à mort certains cadres supérieurs désignés par Jianlong. Cet événement a forcé le gouvernement provincial de Jilin à annuler son plan initial de privatisation de TISG et a déclenché des mouvements hostiles aux privatisations dans dautres parties du pays, ce qui, jusquà un certain point, a entravé la poursuite des privatisations des entreprises appartenant à lÉtat[46]. Par conséquent, si lon considère la compétitivité des entreprises appartenant à lÉtat sur le marché et la résistance de plus en plus forte des travailleurs, il nest plus si facile quauparavant pour les directeurs des entreprises appartenant à lÉtat de sapproprier les avoirs de lÉtat par le biais de la réforme de la propriété. Pendant ce temps, le nationalisme croissant rend difficiles les rachats par le capital transnational. Tertio, le « modèle de Chongqing » est appuyé par des dirigeants de haut niveau du PCC. Depuis 2002, dans la ville de Chongqing, les huit sociétés dinvestissement de lÉtat créées dans une restructuration sont arrivées à séparer des administrations gouvernementales les opérations des actifs dÉtat. Cela signifie que les opérations sur actifs dÉtat sont indépendantes des ordres administratifs gouvernementaux et ne sont pas garanties par le soutien financier du gouvernement. Cette politique se traduit par un équilibre entre les actifs et passifs à long terme, un équilibre entre les rentrées et les sorties de liquidités, de même quun équilibre entre input et production. De 2002 à la fin de 2009, la valeur des actifs productifs dÉtat au sein de la ville de Chongqing est passée de 170 à 900 milliards de yuans. Laugmentation de la valeur des actifs dÉtat de Chongqing permet au gouvernement de réduire les taux dimposition, daccroître les investissements dans lenseignement et de réduire le loyer des terres. Ces développements prouvent bien les bénéfices dun secteur propriété dÉtat dans une économie de marché. Bien que propriété dÉtat ne signifie pas nécessairement propriété socialiste, nous croyons que la propriété dÉtat est une forme que la propriété publique peut prendre. À présent, les travailleurs dans le cadre de la propriété dÉtat ne bénéficient pas seulement dune meilleure situation, comme le montre lincident de TISG, mais ils bénéficient également de meilleures rétributions. Comme on peut le voir dans le tableau 2, malgré limpact de la crise économique, la rétribution par tête de 2008 à 2010 pour les salariés des unités non privées (danwei) est toujours plus élevée que celle de leurs homologues dans les unités privées. Selon cette perspective, bien que les rapports de production dans le secteur dÉtat puissent nêtre pas fondamentalement différents de ceux du secteur privé (par exemple, tous deux adoptent certaines caractéristiques du fordisme), la propriété dÉtat apparaît plus intéressante pour les travailleurs au niveau de la distribution du revenu. Ces avantages devraient donc être préservés dans le cours de la réforme. Tableau 2. Rétribution annuelle par individu parmi les salariés de divers types dunités, dans les villes Année - Propriété dÉtat (yuans) 2009 --> 35 053 2010 --> 39 471 Année - Propriété collective (yuans) 2008 --> 18 338 2009 --> 20 958 2010 --> 24 430 Année - Propriété privée (yuans) 2008 --> 17 071 2009 --> 18 199 2010 --> 20 759 Sources : National Bureau of Statistics of China, 2010b[47], 2010c[48], 2011a[49], 2011b[50]. En outre, historiquement parlant, nationaliser et transformer une économie privée en économie propriété dÉtat savère lune des façons les plus efficaces dinstaurer une économie publique. Si le pourcentage de léconomie chinoise en propriété dÉtat devait être inférieur à 15 %, il serait alors très malaisé de restaurer le socialisme en Chine, même pour un dirigeant qui y croirait. Par conséquent, la défense du guojinmintui par les intellectuels chinois de gauche vise effectivement à maintenir le système économique socialiste en Chine. Il conviendrait également de noter que la propriété dÉtat néquivaut pas à la propriété publique : sous certaines conditions seulement, la première peut se muer en la seconde. Parmi ces conditions figurent au moins les suivantes : 1) Sur le plan des rapports de production, les moyens de production devraient appartenir à la société et les gens devraient occuper des positions égales dans la propriété. Dans le processus concret du travail, il ne devrait pas y avoir dantagonisme entre le capital et le travail. 2) Sur le plan du rapport de distribution au sein des entreprises, chaque travailleur, y compris les cadres dentreprise, devrait nêtre payé que sur base de son travail ; dans lensemble de la société, les profits et les gains des rentes différentielles résultant de la position monopoliste occupée par les entreprises appartenant à lÉtat devraient être distribués à tout le monde. 3) Sur le plan de la gestion et de la planification, lÉtat, responsable de léconomie nationale, devrait gérer les actifs propriété dÉtat selon la volonté de la société et leur faire représenter les intérêts partagés du peuple, qui devraient être prioritaires dans larbitrage entre divers types et tailles dentreprises et entre des plans centraux et régionaux. Dans les entreprises individuelles, les travailleurs et autres personnes concernées peuvent participer à la gestion des entreprises de façon effective et démocratique. Sous lactuel régime de marché, comme les entreprises appartenant à lÉtat sont réformées et réorganisées, les salaires des managers de haut rang sont déterminés selon la valeur du marché, tandis que les travailleurs ordinaires doivent accepter des affectations de personnel et de travail sans les ajustements appropriés de rémunération, ce qui a contribué à lélargissement du fossé des revenus au sein même des entreprises appartenant à lÉtat. Pendant ce temps, le système bureaucratique dans les entreprises appartenant à lÉtat est tellement hiérarchisé que les travailleurs ordinaires sont privés de leurs droits à participer et à sexprimer. Il ny a pas de différence substantielle entre le régime salarial dans les entreprises appartenant à lÉtat et le système du travail salarié des entreprises privées. Tous ces facteurs ont découragé la motivation des salariés des entreprises appartenant à lÉtat et ont donc eu un effet négatif sur lefficience. En outre, les entreprises appartenant à lÉtat nont pas réalisé suffisamment de rentrées pendant des années ; le processus de la réforme zhuada fangxiao maintenir les grandes entreprises sous propriété dÉtat tout en permettant aux petites entreprises dêtre privatisées a érodé la proportion de la main-duvre travaillant pour les entreprises appartenant à lÉtat. Depuis que les réformes ont porté un coup au moral des travailleurs au sein des entreprises appartenant à lÉtat, quelles ont été incapables de fournir des avantages aux parties prenantes extérieures et quelles ont réduit la main-duvre des entreprises appartenant à lÉtat, il est naturel que les réformes des entreprises appartenant à lÉtat obtiennent peu de soutien de la masse du peuple. Sous le socialisme, il est nécessaire de réformer et de perfectionner le système de management de léconomie propriété dÉtat en fonction des exigences de la propriété publique : les revenus des entreprises appartenant à lÉtat doivent être soumis à lÉtat, les salaires des dirigeants des entreprises appartenant à lÉtat doivent être ajustés, la tendance consistant à rechercher des gains personnels dans la réforme des entreprises appartenant à lÉtat doit être interdite et, en particulier, il faut établir une démocratie économique au sein des entreprises appartenant à lÉtat. Ce nest quen parcourant ces étapes que les entreprises appartenant à lÉtat pourront se muer en unités représentant réellement les droits et les intérêts des travailleurs. Toutes ces démarches reflètent également les exigences et les avantages du système socialiste. Il vaut la peine de faire remarquer ici que, dans un processus pratique empêtré dans la question de savoir si, oui ou non, il faut renoncer à lébauche de système économique socialiste, les confrontations entre pouvoirs économiques sont très réelles. Les études théoriques et la propagande sont importantes ; néanmoins, la rhétorique idéologique sera inutile si la campagne pour le socialisme na pas de pouvoir réel. Après laggravation de la crise capitaliste à léchelle mondiale et léveil de la classe ouvrière chinoise et son niveau dorganisation en hausse, les changements dans les structures socioéconomiques chinoises pourraient éclairer la voie dun avenir socialiste. Fusheng Xie (xiefusheng(at)ruc.edu.cn) travaille à lÉcole déconomie, Université du peuple de Chine (université Renmin), à Pékin. An Li (anl(at)econs.umass.edu) et Zhongjin Li (zhongjin(at)econs.umass.edu) travaillent au département dÉconomie de lUniversité du Massachusetts, à Amherst, aux États-Unis
Edité le 08-01-2013 e 13:42:33 par Xuan
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 08-01-2013 à 13:58:47
| notes sur l'article : [1] Cet article est paru pour la première fois en anglais dans Science & Society, vol. 76, no 3, juillet 2012, pp. 291-318 (doi: 10.1521/siso.2012.76.3.291). La dernière partie a été écrite au départ pour le sixième forum de la World Association for Political Economy (WAPE, association mondiale pour léconomie politique), qui sest tenu du 27 au 29 mai 2011 à luniversité Amherst du Massachusetts. Les auteurs aimeraient remercier de leurs commentaires les personnes qui ont pris la parole lors de ce forum. Tous nos remerciements à David M. Kotz et à David Laibman pour leurs suggestions, ainsi quà six arbitres anonymes qui ont fourni des commentaires sur un premier jet de larticle. Déventuelles erreurs sont de la seule responsabilité des auteurs. Les Études marxistes publient ici une version légèrement raccourcie de larticle original. [2] Chen, Weiwei, 2010, « Summary of the Conference on the Influences of Guojinmintui on Economy and Society », Teahouse for Sociologists [Shehuixuejia Chazuo] , no 1. [3] Chen, Weiwei, 2010, op. cit. [4] Hu, Deping, 2009, op. cit. [5] Du, Guang, 2010, « The Determinants and the Origin of Guojinmintui », China through the Ages [Yanhuang Chunqiu] , no 3. [6] Yuan, Zhigang et Ting Shao, 2010, « The Historical Position, Function and Further Reform of SOEs », Academic Monthly [Xueshu Yuekan] , no 1. [7] Wu, Jinglian, 2009, « Guojinmintui Is Not Good », First Financial Daily [Diyi Caijing Ribao] , 26 octobre 2011. [8] Chen, Weiwei, 2010, op. cit. Xu, Yisheng, 2009a, « The First Anniversary of the Economic Stimulus Plan », First Financial Daily [Diyi Caijing Ribao] , 6 novembre 2011. [9] Ibid et Xu, Kexin, 2009, « Mengfu Huang Says Guojinmintui Appears in Certain Sectors », First Financial Daily [Diyi Caijing Ribao] , 23 septembre 2011. [10] Li, Daokui, 2009, « Solving the Problem of Guojinmintui Should Be Emphasized in the Post-Crisis Era ». [11] National Development and Reform Commission (NDRC). [12] Xu, Yisheng, 2009, op. cit. [13] Les données concernent les entreprises industrielles dont le revenu annuel dépasse les 20 millions de yuan. [14] P.E. et H.E. désignent les entreprises industrielles, respectivement propriétés de lÉtat et en holding dÉtat. N.P.E. désigne les entreprises qui ne sont pas propriétés de lÉtat et qui comprennent à la fois les entreprises privées et les autres entreprises N.P.E. Les données pour les entreprises industrielles N.P.E. sont calculées en soustrayant les données des entreprises P.E./H.E. des données de toutes les entreprises industrielles au-dessus de la taille mentionnée. [15] Les chiffres entre parenthèses sont des pourcentages du total. Par exemple, en 2005, 10,11 % de toutes les entreprises des dimensions considérées ci-dessus sont propriété ou sous contrôle de lÉtat, 89,89 % ne sont pas propriété dÉtat, 45,55 % sont propriété privée ; et ainsi de suite. [16] Ma, Jiantang, 2009, « Guojinmintui Does not Exist in Chinas Economy ». [17] Ma, Jiantang, 2009, « General Survey Data Do not Support Guojinmintui in General ». National Bureau of Statistics of China, 2010, China Statistical Yearbook 2010, Beijing : China Statistics Press. [18] Zhao, Qizheng, 2010, « State-Owned and Non-State-Owned Economies Shall Develop Together ». [19] Wang, Dongjing, 2009, « Guojinmintui Is Nothing More than an Alarmism », Economic Information Daily [Jingji Cankao Bao] , 24 novembre 2011. [20] Ren, Zhen, 2010, « Analyze the True and False Statements of Guojinmintui », Enterprise Civilization [Qiye Wenming] , no 2. [21] Ji, Xiaonan, 2010, « Analyze and Understand the Current Discussion on Guojinmintui Correctly », China Review of Political Economy [Zhengzhi Jingjixue Pinglun] , no 3. [22] Ibid. [23] Wang, Dongjing, 2009, op. cit. [24] Liu, Rui, 2010, « The Role of SOEs in Macro Control from the Perspective of the Debate on Guojinmintui », China Review of Political Economy [Zhengzhi Jingjixue Pinglun] , no 3. [25] Zhang, Yu, 2010, « Several Current Controversial Problems of the State-Owned Economy », Economic Information [Jingjixue Dongtai] , no 6. [26] Voir note 15. [27] Xia, Xiaolin, 2010, « Famous Public Figures Keep On Making Up the Ideas of Central Government Documents », Hongkong Fax [Xianggang Chuanzhen] , no 7. [28] Zhou, Xincheng, 2010, « The Essence of Guojinmintui is Privatization », China Spirit [Zhonghua Hun] , no 10. [29] Y. Zhang, 2010, « The Fallacies of the Claims on SOE Monopoly », China Review of Political Economy [Zhengzhi Jingjixue Pinglun] , no 1. [30] Zhou, Xincheng, 2010, op. cit. [31] Yang, Songlin, 2010, « Who Constrains the Development of Chinese Private Enterprises ? » [Shi Shui Weidu Le Zhongguo Siying Qiye? qui entrave le développement des entreprises privées chinoises ?], Observe and Communicate [Guancha Yu Jiaoliu, bserver et communiquer], no 7. [32] Liu, Guoguang, 2007, « Considerations on the Relationships Between Distribution and Ownership Structure », Theoretical Front in Higher Education [Gaoxiao Lilun Zhanxian] , no 10. Liu, Guoguang, 2010, « Several Issues Regarding Chinas Socialist Political Economy », China Review of Political Economy [Zhengzhi Jingjixue Pinglun] , no 4. [33] Un acteur économique, dit principal, manque dinformation pour juger si un autre, lagent, travaille réellement en sa faveur. [34] Xie, Fusheng, 2010, « The Orientation of SOEs in Socialist Market Economy », Teaching and Research [Jiaoxue yu Yanjiu] , no 5. [35] Liu, Guoguang, 2007, op. cit. [36] Ibid. [37] Ce modèle tire son nom dune série de mesures adoptées par la ville de Chongqing depuis 2001. Voici son contenu principal : Dabord, le gouvernement améliore la rentabilité des entreprises appartenant à lÉtat afin daccroître les rentrées des finances publiques, par lesquelles le gouvernement peut aider à bâtir un meilleur environnement économique à la fois pour les entreprises appartenant à lÉtat et les non-entreprises appartenant à lÉtat ; ensuite, le gouvernement peut assurer de meilleurs services publics et aussi réduire linégalité des revenus en offrant des subsides aux pauvres, particulièrement aux paysans. Le lecteur trouvera plus de détails dans la suite du texte. [38] Cui, Zhiyuan, 2010, « The Ongoing Chongqing Model : The Co-Development of SOEs and Private Economy in a Mutually Beneficial Way », China Review of Political Economy[Zhengzhijingjixue Pinglun] , no 4. [39] Liu, Guoguang, 2007, op. cit. [40] Liu, Rui, 2010, op. cit. [41] Zhou, Xincheng, 2010, op. cit. [42] Xi, Zhaoyong, 2010, « Critiques on Guojinmintui Argument ». [43] Kotz, David, 2009, « Upholding Socialism : Lessons from Economic Transition in Russia and China », Issues of Contemporary World Socialism [Dangdai Shijie Shehuizhuyi Wenti] , no 4. [44] Song, Lei et Xiaodong Sun, 2010, « The Potential Political Economic Implications of Socialist Market Economy », Document de travail, École du Gouvernement, Université de Pékin. [45] Ibid. [46] Chinese Worker Research Network, 2009, The Tonghua Iron and Steel Group Event and Peoples Attitudes Towards State-ownership . Hong Kong : China Cultural Communication Press [Zhongguo Wenhua Chuanbo Chubanshe]. [47] Bureau national de la statistique de la Chine, 2010b, « Major Data on Annual Average Compensation of Employees in Urban Privately Owned Units (2009) ». [48] Id. 2010c, « Major Data on Annual Average Compensation of Employees in Urban Non-Privately Owned Units (2009) ». [49] Id. 2011a, « Major Data on Annual Average Compensation of Employees in Urban Privately Owned Units (2010) ». [50] Id. 2011b, « Major Data on Annual Average Compensation of Employees in Urban Non-Privately Owned Units (2010) ».
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