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 Le Covid et l'Ukraine accélèrent le basculement

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Xuan
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   Posté le 15-03-2022 à 23:32:40   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Il est étonnant de constater combien les manœuvres bellicistes et les sanctions des USA et de leurs sous-traitants européens engendrent leur effet contraire :

> La pénurie d'énergie en Europe, la hausse du pétrole et du gaz, avec pour corollaire les premières manifestations de routiers et d'agriculteurs.
> Le risque de "défaut de paiement de la Russie" inquiète les capitalistes européens(ci-dessous).
> Le renforcement de l'unité de l'Eurasie et le rapprochement de la Turquie et de l'Inde.
> L'accélération par la Russie du corridor de transport international « Europe-Chine occidentale » de près de 2 300 kilomètres
> La mise à jour des laboratoires de fabrication d'armes chimiques et diverses révélations comme celles de l'ancienne députée Tulsi Gabbard sur leurs agents pathogènes mortels.
> L'accélération de la dédollarisation.

Quelques articles d'illustrations ci-dessous


Edité le 15-03-2022 à 23:53:44 par Xuan




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Xuan
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   Posté le 15-03-2022 à 23:36:18   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Guerre en Ukraine : “la Russie est en défaut de paiement, qui va payer ?”


Si la Russie est au bord du défaut de paiement, elle est “malheureusement très bien préparée à la guerre et aux sanctions, ce qui n’est pas le cas des Européens. Ce serait donc une grave erreur de surestimer les impacts des sanctions économiques sur la Russie et de sous-estimer ceux qui pèsent sur l’Europe” , avertit notre chroniqueur Marc Touati, président du cabinet ACDEFI.
Par Marc Touati

https://www.capital.fr/entreprises-marches/guerre-en-ukraine-la-russie-est-en-defaut-de-paiement-qui-va-payer-1430820

Publié le 12/03/2022 à 7h50 & mis à jour le 12/03/2022 à 9h25

C’est la rumeur du moment : la Russie serait sur le point de se déclarer en défaut, c’est-à-dire de ne pas rembourser tout ou partie de sa dette. En effet, dans un peu plus de trois semaines, la Russie doit rembourser un emprunt émis sur le marché londonien de deux milliards de dollars. Or, l’Etat russe a dernièrement fait savoir qu’il comptait rembourser cette dette en roubles. Mais comme le rouble s’est effondré, cela ne plaît évidemment pas aux investisseurs. Conséquence logique de ces menaces, les taux d’intérêt de la dette russe ont flambé. Le taux d’intérêt à un an des obligations de l’Etat russe est ainsi passé de 8 % début janvier 2021 à 24,5 % depuis le 4 mars.

Parallèlement, les agences de notation ont dégradé la note de la dette russe à C, c’est-à-dire le dernier niveau avant le défaut, voire la faillite. Certes, depuis la crise des subprimes, au cours de laquelle elles se sont tristement illustrées en notant AAA des produits infectés par des dettes subprimes et qui finalement ne valaient rien, ces agences sont complètement décrédibilisées. Pour autant, comme d’habitude, elles sont parvenues à mettre de l’huile sur le feu et à renforcer le risque de défaut de la Russie. Mais ne nous y trompons pas, la décision finale reviendra à cette dernière.

Il faut dire qu’en matière de défaut souverain, la Russie n’en est pas à son premier essai. Son premier défaut remonte effectivement à 1918 et restera certainement l’un des plus grand hold-up d’Etat de l’Histoire contemporaine, notamment au détriment des épargnants français. Ainsi, de 1822 au début du XXème Siècle, l’Etat russe va faire de plus en plus appel à la France pour financer sa dette, émettant plusieurs emprunts à la seule destination des Français. En dépit d’un risque d’insolvabilité de plus en plus grand, la Russie va alors récolter près d’un tiers de l’épargne française pour financer sa dette. Il faut dire que les campagnes de publicité des banques et des médias français de l’époque sont plus qu’incitatifs : “Prêter à la Russie, c’est prêter à la France” , lit-on un peu partout. On découvrira plus tard que les dirigeants russes versaient des commissions démentielles aux banques et à certains journaux pour faire la promotion de ce qui était présenté comme un emprunt garanti à 100 %.

Seulement voilà, les emprunts nouveaux ne servaient qu’à entretenir d’énormes dépenses de fonctionnement et à rembourser les intérêts des emprunts précédents. Un véritable système Madoff d’Etat. Ah, l’appât du gain… La révolution russe éclata et ce qui devait arriver arriva : le 29 décembre 1917, les Bolchéviques répudient unilatéralement l’intégralité des dettes contractées par la Russie. Plus d’un million et demi de Français sont ainsi lésés et perdent souvent l’intégralité de leur épargne qu’ils avaient investie aveuglément dans des emprunts russes présentés comme “sûrs”…

90 ans plus tard, lors de l’été 1998 pour être précis, bis repetita : la dette publique russe dépasse les 130 % du PIB, les cours des matières premières sont au plus bas et la Russie ne peut rembourser ses échéances. Elle fait alors défaut, entraînant dans son sillage le fonds LTCM, qui suscita à l’époque une mini crise financière internationale. Va-t-on alors assister à une nouvelle réplique en 2022 ? Certainement. Le problème est qu’à la différence de 1918 et 1998, le défaut russe n’est absolument pas justifié au regard de fondamentaux financiers récents de la Russie.

En effet, sa dette publique est très faible : 18 % de son PIB en 2021 selon le FMI, ce qui est très différent d’un pays surendetté proche du défaut, comme cela était par exemple le cas lors de la dernière crise grecque avec une dette publique de 170 % du PIB et qui atteint d’ailleurs aujourd’hui 210 %. De même, l’inflation a certes augmenté en Russie, mais elle n’est pas non plus dramatique, du moins pour le moment :

Mais surtout, la Russie dispose actuellement de plusieurs “airbags”. Tout d’abord, un excédent structurel de sa balance courante : + 95 milliards de dollars en 2021. Encore plus fort : ses réserves de changes atteignent 643 milliards de dollars en février 2022, ce qui place la Russie à la quatrième place mondiale, derrière la Chine (3.400 Mds de dollars), le Japon (1.405 Mds de dollars) et la Suisse (1.110 Mds de dollars), la France étant quinzième avec 244 milliards de dollars. Et ce n’est pas tout, puisque les réserves d’or de la Russie avoisinent les 2.298,5 tonnes, soit environ 137 milliards d’euros. Enfin, pour couronner le tout, le fonds souverain russe dispose d’un actif d’environ 200 milliards de dollars. Dans ce cadre, le défaut organisé de la Russie risque de coûter bien plus cher à ses créanciers internationaux, qui ne détiennent d’ailleurs que 23 % de la dette russe. Poutine pourrait ainsi présenter ce défaut comme une sanction pour les investisseurs étrangers.

En revanche, si la Russie fait vraiment défaut et que les sanctions à son encontre perdurent, l’Etat russe connaîtra ensuite de graves difficultés, d’abord pour retrouver le chemin de la croissance et ensuite pour trouver de nouveaux financiers de leurs dettes. Pour éviter le scénario catastrophe, il lui faudra trouver un “chevalier blanc”. Comme Abu Dhabi l’a été pour Dubaï en 2010 ou l’Union européenne pour la Grèce en 2012. La Chine jouera-t-elle ce rôle pour la Russie ? Si c’est le cas, la Russie aura fait défaut sans impacts graves sur son économie, mais en pénalisant gravement ses créanciers occidentaux.

Il faut donc se rendre à l’évidence : la Russie est malheureusement très bien préparée à la guerre et aux sanctions économiques, ce qui n’est pas le cas des Occidentaux et en particulier des Européens. Il serait donc une grave erreur de surestimer les impacts des sanctions économiques sur la Russie et de sous-estimer ceux qui pèsent sur l’Europe. Une chose reste sûre : vivement que la guerre en Ukraine se termine !

Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI


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   Posté le 15-03-2022 à 23:48:13   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Cumhuriyet (Turquie) : construire un « nouvel ordre mondial »


https://inosmi.ru/20220315/miroporyadok-253384693.html
(courrier international en langue russe)

La déclaration conjointe de Poutine et Xi et l'opération militaire russe en Ukraine sont deux des événements les plus importants en termes de création d'un nouvel ordre mondial, écrit Cumhuriyet. L'auteur de l'article partage ses hypothèses sur le futur ordre mondial. Une chose est claire : les États-Unis ne peuvent plus être le seul souverain.

Mehmet Ali Guller
La "Déclaration conjointe" signée par le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine le 4 février 2022 et l'opération militaire lancée par la Russie le 24 février 2022 sont deux événements complémentaires d'une importance cruciale pour la construction d'un nouvel ordre mondial.

La déclaration mentionnée, que j'ai appelée le 10 février 2022 dans cette colonne "une déclaration sur le nouvel ordre mondial", manifeste franchement "une nouvelle période, un nouvel alignement des forces, un nouvel ordre ". Et l'opération militaire, lancée le 24 février, renvoie essentiellement à la question de savoir comment la ceinture de l'Otan autour de la Russie se transformera en zone neutre, et comment se formera l'architecture de sécurité européenne. Et cela, bien sûr, concerne l'avenir de l'alliance transatlantique.

Aujourd'hui, je vais essayer de dessiner une projection de ce nouvel ordre mondial en utilisant les données disponibles, mais toujours "brutes".

Scission entre l'OTAN et l'Europe indépendante
1. L'expansion de l'OTAN vers la Russie depuis 1999 et la transformation de l'alliance de 16 membres en une structure de 30 membres ont pris fin. L'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie n'est plus possible. En outre, certains des pays baltes et d'Europe de l'Est dans la période à venir chercheront à maintenir leur adhésion à l'OTAN exclusivement au niveau politique.

2. Les différences au sein de l'OTAN dans la composition de 30 membres, qui ont commencé avec la déclaration de la France sur la "mort cérébrale" et se sont encore plus prononcées avec la définition d'une position sur la crise ukrainienne, conduiront au fait que certains pays suspendront leur adhésion militaire dans l'alliance, tandis que d'autres se retireront complètement de l'OTAN. L'existence même de l'OTAN sera sérieusement remise en question.

3. L'Allemagne et la France s'efforceront de faire de l'Union européenne un centre politique et économique important du nouvel ordre mondial. La voie pour y parvenir passe bien sûr par la création d'une armée européenne et la proclamation par l'UE d'une stratégie indépendante des États-Unis.

4. Le processus de construction d'une architecture de sécurité européenne, initié par les Etats-Unis après l'effondrement de l'URSS en divisant la Yougoslavie en huit parties, est arrivé à son terme. La nouvelle architecture de sécurité européenne sera finalement façonnée par l'Allemagne - la France et la Russie.

La fin du modèle de monnaie unique
5. Les tentatives américaines d'intégrer l'UE et l'Inde dans sa stratégie de base contre la Russie et la Chine, respectivement, échouent. Dans le nouvel ordre mondial, l'UE et l'Inde agiront comme des centres indépendants.

6. L'ordre des Nations Unies sera révisé, mis à jour et renforcé. De nouveaux schémas verront le jour, dont l'adhésion permanente de l'Allemagne et de l'Inde au Conseil de sécurité.

7. Le rôle principal appartiendra non pas au G7, avec l'aide duquel les États-Unis dirigent "l'ordre libéral", mais au G20 pour correspondre au nouvel ordre.

8. Le "modèle unipolaire de l'économie" sera remplacé par le "modèle multipolaire" . Les institutions de l'ancien ordre libéral, telles que la monnaie unique (dollar), la banque unique (Banque mondiale), l'institution financière unique (FMI), le système bancaire unique (SWIFT), vont changer à mesure que le poids des nouveaux centres augmentera dans ces institutions, avec de nouveaux centres créés des alternatives à ces institutions. (En fait, des alternatives ont déjà commencé à émerger, comme le panier de devises et la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures).

9. L'Organisation mondiale du commerce sera mise à jour en fonction du nouvel ordre. La prédominance de l'Atlantique dans le droit commercial international sera équilibrée et elle deviendra plus équitable.

Place de la Turquie
Ainsi, l'ordre que les États-Unis ont commencé à construire en 1945, et dans lequel depuis 1991 s'efforcent d'être le seul souverain, est en train de changer. Un nouveau monde est en train de se former, dans lequel non seulement les États-Unis, mais aussi la Chine, l'UE, la Russie, l'Inde agissent comme des centres de pouvoir mondiaux...
À cet égard, nous devons considérer la question non pas à travers une lentille étroite, mais sur la base des intérêts des pays opprimés et en développement du monde.
D'un autre côté, tout cela, comme nous l'avons mentionné plus haut, n'est qu'une projection que nous essayons de construire sur la base des données "brutes" disponibles. Nous continuerons à discuter et à développer ce sujet.

Une question distincte qui doit être discutée est celle de savoir quelle sera la place de la Turquie dans ce nouvel ordre. Pour commencer, je peux dire ce qui suit. D'un côté de l'échelle, il y a la probabilité que la Turquie prenne sa place dans la nouvelle architecture de sécurité européenne, rejoignant le trio Russie-Allemagne-France en tant que quatrième acteur, et de l'autre, la probabilité que la Turquie rejoigne les États-Unis dans le Trio Royaume-Uni-Israël. Le premier est la position que la "Turquie indépendante" peut prendre dans le nouvel ordre mondial, et le second est la préservation de la position actuelle de "Turquie liée à l'Atlantique". Le bol qui l'emportera dépendra du cours de la lutte politique interne.

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Xuan
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   Posté le 15-03-2022 à 23:53:07   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Huanqiu shibao (Chine) : les États-Unis jouent le "drame" - l'Europe doit se réveiller


https://inosmi.ru/20220311/sanktsii-253337355.html?in=t

L'Amérique comptait sur le soutien de l'Europe, mais cette dernière ne voulait pas renoncer aux ressources énergétiques russes. Le plan de Washington s'effondre, il comprend que ce n'est qu'avec la participation de l'Union européenne qu'il pourra frapper "l'artère principale de l'économie russe", écrit Huanqiu shibao.

Le 8 mars, le président américain Joe Biden a prononcé un discours annonçant l'interdiction de toutes les importations de pétrole, de gaz naturel liquéfié et de charbon en provenance de Russie. Ce sont les sanctions les plus sévères que les États-Unis aient imposées à Moscou à ce jour. Biden a déclaré qu'ils visaient l'artère principale de l'économie russe et "apporteront des problèmes supplémentaires à Poutine" . Il a également ajouté que l'Amérique devra payer certains frais. Cependant, le monde convient que les problèmes et les coûts causés par les sanctions incomberont principalement aux Européens ordinaires.
Les statistiques montrent qu'environ 45 % du gaz naturel de l'UE en 2021 provenait de Russie, qui est également le plus grand fournisseur de pétrole d'Europe. À l'heure actuelle, le prix des contrats à terme sur le gaz naturel européen est passé à 3 500 euros par millier de mètres cubes, soit 10 fois plus que le prix habituel. Dans le même temps, les États-Unis n'importent pas du tout de gaz russe et seuls 8 % de leur pétrole et de leurs produits pétroliers proviennent de Russie. Cependant, le public américain a suivi Washington et a déclaré que ces sanctions entraîneraient certainement une hausse des prix aux États-Unis, ce qui est en fait une "performance dramatique" jouée spécialement pour l'Europe.

La situation de l'inflation aux États-Unis était très grave bien avant la crise ukrainienne, et même sans sanctions anti-russes, les prix intérieurs du pétrole continueraient de croître. Une grande partie de cela est le résultat du dysfonctionnement de la structure économique américaine. Mais Washington veut s'en servir pour se faire passer pour un triste "pionnier", prétendant hypocritement être "Don Quichotte qui se battra pour vous sans aucun soutien si vous avez des ennuis" . L'essence de cette performance est de convaincre les pays européens de suivre l'Amérique et d'abandonner les ressources énergétiques russes. Washington est bien conscient que l'objectif global « d'attaquer l'artère principale de l'économie russe » ne peut être atteint qu'avec la participation de l'Europe.

C'est certes beaucoup pour Washington, mais l'Europe devra payer un prix réel et très élevé. L'Allemagne a clairement fait savoir qu'elle n'avait pas l'intention d'imposer d'interdictions pertinentes, et le chancelier Olaf Scholz a déclaré qu'" à l'heure actuelle, il n'y a pas d'autre moyen de fournir de l'énergie pour le chauffage, les transports, l'électricité et l'industrie en Europe" . Le président français Emmanuel Macron a également précisé dans un communiqué que les États-Unis ne dépendent pas de la Russie pour le pétrole et le gaz, mais que l'Europe l'est. Dans ce contexte, certains internautes ont déclaré que la décision américaine était une tentative de "tuer" l'Union européenne, déguisant toute l'affaire en "suicide collectif".

Washington utilise la méthode de "l'incitation et de la coercition" pour placer la Russie dans le "cercle" mondial des sanctions et assurer l'efficacité maximale des moyens géopolitiques pour l'évincer. Cependant, les faits montrent que même au sein de l'alliance transatlantique, les revendications et les positions réelles de toutes les parties ne sont pas aussi unifiées qu'elles le paraissent, et les États-Unis ne sont pas en mesure de les imposer par la force. Washington a récemment exhorté les nations non occidentales à suivre son exemple, avec une telle arrogance que le Premier ministre pakistanais Imran Khan a demandé avec indignation : « Sommes-nous vos esclaves ?
Le continent européen traverse la crise la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le processus de sa résolution et le résultat final affecteront directement l'avenir et le sort de l'Europe : qu'elle devienne un vassal stratégique de Washington ou qu'elle devienne un pôle respecté de un monde multipolaire - le résultat dépend en grande partie de la façon dont aujourd'hui entre et de ce que l'Europe choisit. Objectivement parlant, le processus d'autonomie stratégique que l'UE promeut depuis de nombreuses années subit une grave régression en raison de la crise ukrainienne. Si une grande scission se produit maintenant en Europe, cela augmentera encore sa dépendance vis-à-vis des États-Unis pour la sécurité, ce qui conduira inévitablement à la perte de son autonomie stratégique.

Ironiquement, à la veille de l'"interdiction énergétique" américaine, une délégation de haut niveau s'est rendue au Venezuela pour discuter de la possibilité de lever les sanctions énergétiques à son encontre. Le Venezuela fait l'objet de sanctions américaines sévères ; en 2019, les parties ont rompu leurs relations diplomatiques. Aujourd'hui, afin d'imposer des sanctions à la Russie, les États-Unis ont desserré leur emprise sur le Venezuela, ce qui montre une fois de plus que Washington ne fait pas face aux conséquences de ses propres sanctions et est contraint de "démolir le mur oriental afin de réparer le mur occidental" (Ex. Emprunter à l'un pour payer l'autre. - Env. InoSMI. ).

À l'heure actuelle, la Russie et l'Ukraine négocient toujours, et il y a déjà des signes d'apaisement de la situation. Mais Washington, cherchant à les annuler, lutte pour amener la crise à un nouveau paroxysme, ce qui est un signal clair qu'il ne fait tout cela que pour son propre bénéfice. Il ne ménage pas ses efforts pour convaincre et rallier l'Europe à ses côtés, car c'est l'arme principale des Etats-Unis. Si les États-Unis veulent « vaincre la Russie », ils doivent impliquer l'UE.

Il convient de noter que l'aggravation des relations entre la Russie et l'Ukraine a agité la société européenne et accru les craintes européennes concernant la sécurité nationale. Washington utilise clairement ces sentiments à des fins spéculatives, aggravant les crises existantes. Mais l'histoire a montré à maintes reprises que des sanctions extrêmement sévères n'ont jamais vraiment réglé le problème : elles n'apporteront pas la paix et la sécurité, et ne feront que créer de graves difficultés pour l'économie et la vie des habitants de régions susceptibles de provoquer des bouleversements géopolitiques. L'Europe doit donc enfin se réveiller.

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   Posté le 16-03-2022 à 00:02:43   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Lire l'article de Desanti
Chine : victoire financière sans guerre militaire, la Chine peut soutenir toutes les économies sanctionnées

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   Posté le 29-04-2022 à 21:07:52   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Vers un nouvel ordre géopolitique

Quand le Sud refuse de s’aligner sur l’Occident en Ukraine


https://www.monde-diplomatique.fr/2022/05/GRESH/64659

Contrairement à la majorité des nations occidentales, États-Unis en tête, les pays du Sud adoptent une position prudente à l’égard du conflit armé qui oppose Moscou à Kiev. L’attitude des monarchies du Golfe, pourtant alliées de Washington, est emblématique de ce refus de prendre parti : elles dénoncent à la fois l’invasion de l’Ukraine et les sanctions contre la Russie. Ainsi s’impose un monde multipolaire où, à défaut de divergences idéologiques, ce sont les intérêts des États qui priment.

par Alain Gresh

Le Monde diplomatiqueQuand le Sud refuse de s’aligner sur l’Occident en Ukraine↑

L’Ukraine, un affrontement planétaire entre « démocratie et autocratie » , comme le proclame le président américain Joseph Biden, repris en boucle par les commentateurs et les politiques occidentaux ? Non, rétorque la voix solitaire du journaliste américain Robert Kaplan, « même si cela peut paraître contre-intuitif » . Après tout, « l’Ukraine elle-même a été depuis de nombreuses années une démocratie faible, corrompue et institutionnellement sous-développée » .

Au classement mondial de la liberté de la presse, le rapport de Reporters sans frontières 2021 la classe au 97e rang. « Le combat, ajoute Kaplan, porte sur quelque chose de plus large et de plus fondamental, le droit des peuples à décider de leur avenir et à se libérer de toute agression » (1). Et il remarque, ce qui est une évidence, que nombre de « dictatures » sont alliées aux États-Unis, ce que d’ailleurs il ne condamne pas.

Si, au Nord, les voix discordantes sur la guerre en Ukraine restent rares et peu audibles tant une pensée unique en temps de guerre s’est à nouveau imposée (2), elles dominent au Sud, dans ce « reste du monde » qui compose la majorité de l’humanité et qui observe ce conflit avec d’autres lunettes. Sa vision a été synthétisée par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), M. Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui regrette que le monde n’accorde pas une importance égale aux vies des Noirs et des Blancs, à celles des Ukrainiens, des Yéménites ou des Tigréens, qu’il « ne traite pas la race humaine de la même manière, certains étant plus égaux que d’autres (3) » . Il en avait déjà fait le triste constat au cœur de la crise du Covid-19.

C’est une des raisons pour lesquelles un nombre significatif de pays, notamment africains, se sont abstenus sur les résolutions de l’Organisation des Nations unies (ONU) concernant l’Ukraine — des dictatures bien sûr, mais aussi l’Afrique du Sud et l’Inde, l’Arménie et le Mexique, le Sénégal et le Brésil (4). Et, fin avril, aucun pays non occidental ne semblait prêt à imposer des sanctions majeures contre la Russie.

Comme le fait remarquer Trita Parsi, vice-président du think tank Quincy Institute for Responsible Statecraft (Washington, DC), de retour du Forum de Doha (26-27 mars 2022), où se sont côtoyés plus de deux mille responsables politiques, journalistes et intellectuels venus des quatre coins de la planète, les pays du Sud « compatissent à la détresse du peuple ukrainien et considèrent la Russie comme l’agresseur. Mais les exigences de l’Occident, qui leur demande de faire des sacrifices coûteux en coupant leurs liens économiques avec la Russie sous prétexte de maintenir un “ordre fondé sur le droit”, ont suscité une réaction allergique, car l’ordre invoqué a permis jusque-là aux États-Unis de violer le droit international en toute impunité » (5).

Le positionnement du régime saoudien, qui refuse de s’enrôler dans la campagne antirusse et appelle à des négociations entre les deux parties sur la crise ukrainienne, est emblématique de cette distanciation. Une série de facteurs ont favorisé cette « neutralité » d’un des principaux alliés des États-Unis au Proche-Orient.
D’abord, la création de l’OPEP + en 2016 (6), qui associe Moscou aux négociations sur le niveau de production de pétrole, s’est traduite par une coordination fructueuse entre la Russie et l’Arabie saoudite, laquelle considère même cette relation comme « stratégique (7) » — diagnostic sans aucun doute bien optimiste. Les observateurs ont noté la participation au mois d’août 2021 du vice-ministre de la défense saoudien, le prince Khaled Ben Salman, au Salon des armements à Moscou et la signature d’un accord de coopération militaire entre les deux pays, qui étaye une collaboration ancienne pour le développement du nucléaire civil. Plus largement, la Russie est devenue un interlocuteur incontournable dans toutes les crises régionales, étant la seule puissance à entretenir des relations suivies avec l’ensemble des acteurs, même quand ils sont en froid, voire en guerre les uns avec les autres : Israël et l’Iran, les houthistes yéménites et les Émirats arabes unis, la Turquie et les groupes kurdes…

Parallèlement, les relations entre Riyad et Washington se sont grippées. Domine dans le Golfe l’idée que les États-Unis ne sont plus un allié fiable — on rappelle leur « lâchage » du président égyptien Hosni Moubarak en 2011 et leur retraite piteuse d’Afghanistan, leur volonté de négocier avec l’Iran sur le nucléaire sans prendre en compte les réserves de leurs alliés régionaux, leur passivité face aux attaques de drones houthistes contre des installations pétrolières saoudiennes, même quand M. Donald Trump, supposé être un ami de Riyad, était encore président. L’élection de M. Biden a empoisonné le climat. Il avait promis de traiter l’Arabie saoudite comme un paria à la suite de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018, dont les services de renseignement américains attribuent la responsabilité à Mohammed Ben Salman (« MBS »), le tout-puissant prince héritier saoudien ; il avait également dénoncé la guerre menée au Yémen.

Ces engagements n’ont été suivis d’aucune inflexion de la politique de l’administration démocrate, si ce n’est le refus de M. Biden de tout contact direct avec « MBS », mais ils ont été mal reçus à Riyad. Quand le président Biden s’est finalement résigné à l’appeler, notamment pour demander une augmentation de la production pétrolière du royaume visant à pallier l’embargo contre la Russie, « MBS » n’a pas voulu le prendre au téléphone, comme l’a révélé le Wall Street Journal (8). « Pourquoi les États-Unis nous consultent-ils si tard, après tous leurs alliés occidentaux ? » « Notre soutien ne doit pas être considéré comme acquis a priori », entend-on dire à Riyad.

Et la presse saoudienne ne retient pas ses coups contre les États-Unis. Comme l’écrit l’influent quotidien Al-Riyadh : « L’ancien ordre mondial qui a émergé après la seconde guerre mondiale était bipolaire, puis il est devenu unipolaire après l’effondrement de l’Union soviétique. On assiste aujourd’hui à l’amorce d’une mutation vers un système multipolaire. » Et, visant les Occidentaux, il ajoute : « La position de certains pays sur cette guerre ne cherche pas à défendre les principes de liberté et de démocratie, mais leurs intérêts liés au maintien de l’ordre mondial existant » (9).

Une ligne largement reprise au Proche-Orient et qui se déploie autour de deux séries d’arguments. D’abord, que la Russie ne porte pas seule la responsabilité de la guerre, que celle-ci est avant tout un affrontement entre grandes puissances pour l’hégémonie mondiale dont l’enjeu n’est pas le respect du droit international et ne concerne donc pas le monde arabe. Écrivant dans le quotidien officieux du gouvernement égyptien, lui aussi allié aux États-Unis, Al-Ahram, un éditorialiste évoque « une confrontation entre les États-Unis et les pays occidentaux d’une part, et les pays qui rejettent leur hégémonie d’autre part. Les États-Unis cherchent à redessiner l’ordre mondial après s’être rendu compte que, dans sa forme actuelle, il ne sert pas leurs intérêts, mais renforce plutôt la Chine à leurs dépens. Ils sont terrifiés par la fin imminente de leur domination sur le monde, et ils sont conscients que le conflit actuel en Ukraine est la dernière chance de préserver cette position (10) » .

L’autre ligne d’argumentation des médias arabes dénonce le double langage des Occidentaux. Démocratie ? Libertés ? Crimes de guerre ? Droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Les États-Unis, qui ont bombardé la Serbie et la Libye, envahi l’Afghanistan et l’Irak, sont-ils les mieux qualifiés pour se réclamer du droit international ? N’ont-ils pas aussi utilisé des armes à sous-munitions, des bombes au phosphore (11), des projectiles à uranium appauvri ? Les crimes de l’armée américaine en Afghanistan et en Irak ont été largement documentés sans jamais aboutir à des inculpations — et ce n’est pas faire injure aux Ukrainiens de reconnaître que, pour l’instant, les destructions infligées à ces deux pays dépassent de loin celles qu’ils subissent tragiquement.

M. Vladimir Poutine devrait être traîné devant la Cour pénale internationale ? Mais Washington n’a toujours pas ratifié le statut de cette cour ! Ironique, un éditorialiste remarque (12) que, en 2003, The Economist avait fait sa « une », après l’invasion de l’Irak, avec une photographie en couleurs de George W. Bush en titrant « Maintenant le lancement de la paix » (« Now, the waging of peace » ; en revanche, l’hebdomadaire des milieux d’affaires met aujourd’hui en couverture une photographie de M. Poutine en noir, un char à la place du cerveau, avec ce titre : « Où s’arrêtera-t-il ? » .

La Palestine, occupée totalement depuis des décennies alors que l’Ukraine ne l’est que partiellement depuis quelques semaines, reste une plaie vive au Proche-Orient, mais elle ne suscite aucune solidarité des gouvernements occidentaux, qui continuent à offrir un blanc-seing à Israël. « Il n’est pas inutile de rappeler, note un journaliste, les chants scandés lors des manifestations, les déclarations pleines de rage qui, au fil des années et des décennies, ont imploré sans résultat à aider le peuple palestinien bombardé à Gaza ou vivant sous la menace d’incursions, de meurtres, d’assassinats, de saisies de terres et de démolitions de maisons en Cisjordanie, une zone que toutes les résolutions internationales considèrent comme des territoires occupés (13). » La prestation du président Volodymyr Zelensky devant la Knesset, dressant un parallèle entre la situation de son pays et celle d’Israël « menacé de destruction », en a indigné plus d’un, sans d’ailleurs qu’il obtienne le soutien attendu de Tel-Aviv, attaché à ses relations étroites avec Moscou (14). Enfin, le traitement différencié accordé aux réfugiés ukrainiens, blancs et européens par rapport à ceux du « reste du monde », asiatiques, maghrébins et subsahariens, a suscité une ironie amère au Proche-Orient, comme dans tout le Sud.

On dira que ce n’est pas nouveau, que les opinions (et les médias) arabes ont toujours été antioccidentales, que la « rue arabe », comme on la qualifie parfois de manière méprisante dans les chancelleries européennes et nord-américaines, ne pèse pas grand-chose. Après tout, lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Syrie se sont laissé entraîner dans la guerre aux côtés des États-Unis, à rebours de leurs populations. Dans le cas de l’Ukraine, en revanche, ces pays, même quand ils sont des alliés de longue date de Washington, ont pris leurs distances avec l’Oncle Sam, et pas seulement l’Arabie saoudite. Le 28 février, le ministre des affaires étrangères émirati Cheikh Abdallah Ben Zayed Al-Nahyane a rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov à Moscou et a salué les liens étroits entre les deux pays. Et l’Égypte n’a pas répondu à l’injonction bien peu diplomatique des ambassadeurs du G7 au Caire de condamner l’invasion russe. Même le Maroc, allié fidèle de Washington, était opportunément « aux abonnés absents » lors du vote de l’Assemblée générale des Nations unies du 2 mars sur l’Ukraine.

Dans le même temps, avec leurs dizaines de milliers de soldats positionnés dans le Golfe, leurs bases à Bahreïn, au Qatar et dans les Émirats arabes unis, la présence de la Ve flotte, les États-Unis restent un acteur majeur dans la région qu’il peut se révéler risqué de négliger, voire de contrarier. D’autant que ce positionnement de divers pays arabes, comme plus largement celui du Sud, ne se fait pas au nom d’une nouvelle organisation du monde ou d’une opposition stratégique au Nord — comme celle pratiquée par le Mouvement des non-alignés dans les années 1960 et 1970, allié au « camp socialiste » — mais au nom de ce qu’ils perçoivent être leurs propres intérêts. On pourrait, paraphrasant le Britannique lord Gladstone, affirmer que, dans l’ère de l’après-guerre froide, les États n’ont plus d’amis ni de parrains permanents, mais des alliés fluctuants, vacillants, à durée limitée. Les revers de la Russie et les sanctions qui lui sont imposées amèneront-ils certains d’entre eux à infléchir leur complaisance à l’égard de Moscou ?

Alors que s’estompent les lignes de partage idéologiques d’antan, que les promesses d’un « nouvel ordre international » faites par Washington au lendemain de la première guerre du Golfe se sont englouties dans les déserts irakiens, un monde multipolaire émerge dans le chaos. Il offre une marge de manœuvre élargie au « reste du monde ». Mais le drapeau de la révolte contre l’Occident et son désordre ne constituent pas (encore ?) une feuille de route pour un monde qui serait régi par le droit international plutôt que par le droit du plus fort.

Alain Gresh

Directeur des journaux en ligne OrientXXI.info et AfriqueXXI.info
(1) Robert D. Kaplan, « To save democracy, we need a few good dictators », Bloomberg, 1er avril 2022.

(2) Lire Pierre Rimbert, « Événement total, crash éditorial », Le Monde diplomatique, mars 2022.

(3) Cité dans « Ukraine attention shows bias against black lives, WHO chief says », British Broadcasting Corporation (BBC), 14 avril 2022.

(4) Nous n’entrons pas dans le débat de ce qu’est une démocratie, mais nous évoquons ici des pays où se tiennent des élections régulières et concurrentielles.

(5) Trita Parsi, « Why non-Western countries tend to see Russia’s war very, very differently », Quincy Institute for Responsible Statecraft, 11 avril 2022.

(6) Regroupement entre les pays membres de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) et dix autres producteurs, dont la Russie et le Mexique.

(7) Konstantin Truevtsev, « Russia’s new Middle East strategy : Countries and focal points » (PDF), Valdai Discussion Club, février 2022. Valdai est un think tank russe de politique internationale.

(8) « Guerre d’Ukraine. Le jeu d’équilibre risqué de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis », Orient XXI, 22 mars 2022.

(9) Cité par BBC Monitoring - Saudi Arabia, Londres, 8 mars 2022.

(10) Cité par Mideast Mirror, Londres, 7 avril 2022.

(11) Lire, par exemple, Maria Wimmer, « Du phosphore blanc sur Fallouja », Le Monde diplomatique, janvier 2006.

(12) Al-Quds Al-Arabi, Londres, cité par Mideast Mirror, 3 mars 2022.

(13) Ibid.

(14) Cf. Sylvain Cypel, « Les raisons de la complaisance israélienne envers la Russie », Orient XXI, 24 mars 2022.

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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BILLET DE BLOG 26 MAI 2022 par Robert Kissous

Fracture mondiale vers un monde multipolaire

Biden déclare : « il va y avoir un nouvel ordre mondial, et nous devons le diriger » La Russie se tourne stratégiquement vers l’Asie. Aujourd’hui ce sont les "pays du Sud" qui revendiquent la coopération et la liberté des échanges. C’est là où le monde avance, se développe, et où de plus en plus se créent les richesses.


Robert Kissous - Communiste - Militant associatif - Rencontres Marx
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Venant à la suite de la désorganisation des échanges mondiaux par la Covid-19, le facteur principal dans la dégradation de l’économie mondiale est la guerre en Ukraine avec ses conséquences économico-financières avec des sanctions de plus en plus lourdes contre la Russie[1].

Le refus du bloc occidental d’importer des biens de Russie a créé des pénuries et désorganisé les chaînes d’approvisionnement et de production entraînant inévitablement une hausse des prix dans tous les secteurs de l’économie, particulièrement dans les énergies fossiles. L’activité stagne avec risque croissant de récession. Comme toujours les spéculateurs de tous ordres trouvent les moyens de réaliser des profits considérables à la faveur de la pénurie, aggravant encore la situation.

L’agression de l’Ukraine a profondément changé la donne. Alors que les liens avec la Russie sont réduits au maximum d’autres viennent s’y substituer. Sans surprise on voit les Etats-Unis (EU) s’installer et reprendre un contrôle strict de l’Europe, avec l’OTAN et l’aide zélé de la Commission européenne, en fournissant notamment son gaz de schiste à des prix très supérieurs à ce qui était payé jusqu’alors par les européens.

L’Europe, grande perdante, est aujourd’hui la région où les prix des ressources énergétiques sont les plus élevés au monde. Le suicide industriel ? Comment chercher la solution d’un problème que l'on a soi-même créé ?

La Russie se tourne stratégiquement vers l’Asie, la Chine particulièrement.

Aujourd’hui ce sont les "pays du Sud" qui revendiquent la coopération et la liberté des échanges. C’est là où le monde avance, se développe, et où de plus en plus se créent les richesses. Les BRICS veulent s’élargir et réduire la dépendance à l’égard du système financier international avec le dollar contrôlé par les Etats-Unis, tout en en créant un nouveau. La confiance est ébranlée.

Biden déclare : « il va y avoir un nouvel ordre mondial, et nous devons le diriger », objectif qui implique la défaite totale de la Russie. La guerre Russie-OTAN, par ukrainiens interposés, va donc durer. Le risque de « dérapage », d’extension, est réel.

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Retour d’une disparue : l’inflation

Qualifiée initialement, comme en Europe, d’inflation provisoire provoquée par la Covid-19, les Etats-Unis (EU) se rendent à l’évidence, la situation a profondément changé. L’inflation – plus de 8% - est forte et sera durable.

Pour la contenir la FED (banque centrale des EU) a commencé à relever son taux directeur et cela va continuer. Relever le taux réduira la consommation, l’activité donc la croissance mais ne créera aucune offre supplémentaire alors que c’est de cela qu’il s’agit. Est prévue également la réduction des taxes douanières sur 350 milliards de dollars d’importations de Chine, taxes qui avaient précédemment été augmentées par Trump pour réduire le déficit de la balance commerciale des EU … Les sanctions contre le Venezuela sont allégées pour augmenter l’offre de pétrole et les EU demandent aux pays du Golfe d’augmenter leur production sans qu’ils soient entendus pour l’heure.

Les contradictions internes de la politique étatsunienne sont de plus en plus difficiles à concilier.

En Europe l’inflation tourne autour de 9% avec des plus bas estimés à 5% et des plus hauts à 15% suivant le poids des importations de pétrole et gaz russes. Sans compter la hausse des prix des céréales dont la Russie et l’Ukraine sont des exportateurs importants[2]. Une inflation qui n’a jamais été aussi élevée depuis 40 ans. La situation y est encore plus difficile qu’aux EU car aux mêmes problèmes s’ajoutent la baisse de l’euro et de la livre face au dollar ce qui augmente le coût des importations payées en dollars. L’Europe fait les frais de la hausse des taux aux EU qui rend le dollar plus « attractif ». La BCE (banque centrale de l’UE) hésite à s’engager pour l’instant dans la hausse des taux craignant la récession et l’impact sur des Etats européens largement endettés.

La France a eu 0% de croissance au premier trimestre 2022 puis 0,2% prévu au 2ème trimestre, taux qualifié – sans rire – de « modéré ».

La stagflation, inflation et stagnation, est un risque très présent[3].

Pour juguler l’inflation et contrer le risque de plus en plus probable de récession - et le risque croissant d’extension de la guerre - on sait ce qu’il faut faire : que l’Ukraine, c’est-à-dire les EU, et la Russie négocient la sortie de la guerre puisque ni l’un ni l’autre ne s’effondreront militairement. Mais guère de négociation à l’horizon. Emmanuel Macron a envisagé la possibilité d’un accord de paix sans « humiliation » de la Russie. Zelensky l'a alors accusé de chercher « une porte de sortie pour la Russie » affirmant que le temps du dialogue avec Moscou était terminé. Mais a-t-il jamais commencé alors que Biden veut infliger une défaite militaire écrasante à la Russie. La victoire totale ou rien !

Ce qui se joue dépasse très largement la seule « défense de l’Ukraine ». L’Europe qui ne partage pas forcément les visées des EU se trouve piégée par ces options alors qu’elle est bien plus concernée que les EU. Quand va-t-elle arriver à se dégager de la vassalisation ? Avant qu’il ne soit trop tard ?

Bref on voit mal où est la cohérence de ces politiques, on a plutôt le sentiment d’une succession de décisions se contredisant les unes après les autres. Avec au bout une probabilité croissante de récession au niveau mondial.

Sanctions ou Guerre économique ?

Parler simplement de sanctions contre la Russie est réducteur tant les mesures sont considérables. D’ailleurs le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a parlé de guerre économique[4] ajoutant « Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe » ou encore, «d’arme nucléaire financière» en parlant de l’exclusion de banques russes de la plateforme SWIFT, l’interdiction d’utiliser le dollar et l’euro, le gel d’un équivalent de 300 milliards de dollars d’actifs russes placés dans des banques occidentales, la réduction au maximum de tous échanges commerciaux, scientifiques etc. avec l’objectif de leur suppression urgente … Et à partir du 25 mai les EU interdisent à la Russie de rembourser en dollar ses dettes, libellées en dollar, après avoir exigé l’inverse. De sorte à déclarer la Russie en défaut de paiement - artificiellement puisqu’elle dispose d’excédents importants - quitte à ce que les créanciers étatsuniens ne soient pas remboursés. Aberrant, l’acharnement à sanctionner quitte à se tirer une balle dans le pied.

Cette guerre a permis de rappeler à quel point les Etats-Unis conservent leur position hégémonique sur le système financier international avec notamment le rôle central du dollar, devise largement dominante, monnaie à la fois internationale et nationale, ce qui permet aux EU de mettre le dollar à contribution pour défendre leurs objectifs nationaux. Par exemple alors que le dollar sert dans le commerce international, les EU en interdisent l’utilisation dans les échanges avec les pays qu’elle a décidé, unilatéralement, de sanctionner (Venezuela, Cuba, Iran … et Russie aujourd’hui). Ou encore augmenter les taux de la FED comme bon lui semble. L’hégémonisme des EU même contesté s’étend bien au-delà du domaine financier[5].

Les sanctions visées par le bloc occidental telles que la suppression totale des échanges sur le gaz et le pétrole ne sont toujours pas mises en œuvre tant il est difficile de combler les besoins avec d’autres fournisseurs sans parler des différences de coûts.

Les EU se sont immédiatement proposés pour « aider » les pays européens avec leur gaz de schiste transformé en GNL. L’envie de placer leur gaz était exprimée depuis longtemps, en opposition au Nord Stream 2. Mais les quantités sont insuffisantes et les surcoûts considérables. Et tant pis pour la lutte contre le réchauffement climatique.

L’industrie en Europe devient, dans ces conditions, de moins en moins compétitive.

Jusqu’aujourd’hui toutes ces mesures, malgré leur ampleur, n’ont pas fait avancer la solution du conflit exigée par l’Ukraine : le cessez-le-feu et le retrait des troupes russes.

L’OTAN

Alors qu’il avait été déclaré « en mort cérébrale » par E. Macron, l’OTAN avec l’ensemble du bloc occidental se sont mobilisés sous la direction des EU. La Russie a indirectement réveillé l’OTAN.

La Suède et la Finlande demandent à la rejoindre. Le président de la Croatie s’y oppose. La Turquie y pose des conditions : qu’ils mettent fin au soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan et au Mouvement Fethullah Gulen et qu’ils lèvent l'embargo sur les armes à destination de la Turquie. Biden n’en tient aucun compte en recevant ces deux pays hors de la présence de tout autre membre de l’OTAN. Et menace de sortir la Turquie de l’OTAN si ce pays fait obstructions aux décisions des EU d’autant que la Turquie refuse les sanctions contre la Russie. Drôle d’alliance. La Russie annonce qu’elle créera des nouvelles bases militaires à l’ouest du pays en réponse à l’expansion de l’OTAN.

Plus grave, la Ministre des affaires étrangères britannique Liz Truss a affirmé la nécessité d’une « Otan mondialisée »[6], qui doit « avoir une vision mondiale, être prête à affronter des menaces mondiales » et même agir de manière « préemptive » y compris dans la région Indo-Pacifique. Evidemment la Chine s’est sentie visée, à juste titre. La guerre « préemptive » s’appelle communément agression. Peu après Biden, lors de sa tournée en Asie, annonce qu'il défendrait militairement Taïwan si jamais elle en cas d’attaque par la Chine. Réponse de la Chine : attention, nous ne vous laisserons pas vous ingérer dans nos affaires intérieures !

Interdépendance économique et effet boomerang

La guerre économique fait assurément souffrir la Russie, surtout dans un premier temps avant qu’elle ait trouvé une parade stoppant la chute vertigineuse du rouble. Sa revalorisation spectaculaire a été obtenue avec l’obligation faite aux « pays inamicaux » de payer en roubles, euros et dollars étant rendus inutilisables. La Commission de l’UE s’y est opposé avec détermination et menaces exigeant de payer la Russie en dollars ou euros, mais sans succès. Aujourd’hui le rouble a atteint un plus haut depuis quatre ans face au dollar.

L’embargo annoncé, réalisé partiellement, a paradoxalement tiré les prix vers le haut. Ce n’était pas prévu. N’étaient pas prévues non plus les énormes difficultés à remplacer rapidement et totalement les ressources russes. C’est pourquoi la réduction des volumes de ventes du pétrole a été compensée par la forte augmentation des prix. Puis la production a progressé par des ventes avec rabais à l’Inde, et à la Chine qui finissaient parfois en Europe. Le flux principal par voie maritime de "l'or noir" russe est dirigé vers ces deux pays[7].

Selon les analystes de Citibank, les recettes du seul gaz s’élèveraient à 100 Mds de dollars en 2022 soit le double de l’année précédente.[8]

Après le recul au début des sanctions, la production pétrolière est repartie à la hausse.[9] Autrefois classé 10ème, la Russie est devenue le 4ème fournisseur de l’Inde. Le montant des ventes à la Chine s’est accru de 75%. Et elle va reconstituer ses stocks stratégiques avec du pétrole russe. Et possibilité de réaliser la dédollarisation des transactions par les monnaies nationales.

Pour autant la situation n’est pas facile l’approvisionnement du marché russe étant très perturbé avec une inflation prévue de 15% sur 2022 avec 5 à 10% de recul du PIB, une récession violente due à la désorganisation de l’économie russe, de la chute des importations en provenance d’Europe malgré les circuits « parallèles » d’importation par des pays intermédiaires. Les entreprises qui quittent la Russie cèdent leurs actifs éventuellement nationalisés mais la production ne reprend pas toujours immédiatement, l’approvisionnement pouvant être défaillant.

Cette guerre a également des effets boomerang évidents durables.

En premier, en faisant de la Russie un paria, le bloc occidental dirigé par les EU, impérialisme hégémonique, détruit la mondialisation et crée un double marché dans le monde, met l’économie au service de la politique des EU pour le maintien de leur hégémonie et pour soumettre tout pouvoir susceptible de leur tenir tête. Les EU oublient le discours idéologique de la « concurrence libre et non faussée » lorsque celle-ci ne correspond plus à leurs intérêts.

Un monde fracturé

La fracture du monde n’est pas passagère.

D’une part les pays, essentiellement du Sud, refusent de suivre le bloc occidental dans sa guerre économique et d’autre part les EU, entraînant le bloc occidental, visant à couper tous les ponts avec la Russie – plus d’autres sanctionnés - et exerçant une pression considérable pour entraîner le monde entier dans cette direction.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré : « Nous devons arrêter d’être dépendants d’une quelconque manière des livraisons de quoi que ce soit en provenance de l’Occident »[10] ou de pays dépendants du bloc occidental donc non fiables. « Maintenant que l'Occident a adopté une position 'dictatoriale', nos liens économiques avec la Chine vont croître encore plus rapidement" ajoutant que la Chine disposait de technologies d'information et de communication "en rien inférieures" à celles de l'Occident[11].

La Russie se tourne dorénavant résolument, de manière stratégique, vers l’Asie et particulièrement vers la Chine dont l’industrie manufacturière est développée alors que la Russie est très orientée vers l’exportation de matières premières. Un modèle économique rentier dorénavant remis en cause, la réindustrialisation reconnue nécessaire. L’Afrique, où la Russie est de plus en plus présente, n’est pas oubliée ni l’Amérique Latine ni le Moyen-Orient.

La guerre économique a des conséquences considérables et durables, la fracture du monde et l’apparition de nouvelles puissances économiques n’étant pas des moindres.

« Un nouvel ordre mondial, et nous devons le diriger »

Pour donner un vernis idéologique libéral aux positions des EU, Biden parle du combat des démocraties contre les dictatures ou les régimes autoritaires. L’éternel conte pour enfants du bien contre le mal. Seulement les EU sont particulièrement mal placés pour faire la leçon eux qui n’ont reculé devant rien pour maintenir leur domination. On ne fera pas une fois de plus la liste de leurs méfaits à travers le monde entier, le tout impunément alors qu’ils ont l’arrogance d’exiger que leurs adversaires soient sanctionnés.

Les EU visent un changement de régime, la défaite de la Russie doit être complète, Poutine doit être remplacé etc. Exigences formulées par Biden puis, trop brutales, « enrobées » par ses diplomates. La France et d’autres n’ont pas la même position mais n’osent guère se faire entendre d’autant que la présidente de la Commission européenne, la bourgeoise aristocrate Ursula von der Leyen, est entièrement alignée derrière les EU. Lesquels se moquent éperdument de l’Ukraine, prêts à mener la guerre jusqu’au dernier ukrainien.

Rappelons des déclarations de Biden trop peu connues :

En mars 2020, alors qu’il était candidat démocrate à la présidence, Joe Biden publiait une tribune titrée « Pourquoi l’Amérique doit diriger à nouveau », il fallait remédier au déclin relatif des Etats-Unis.[12] Pas de différence fondamentale avec l’objectif exprimé par Trump, mais plutôt sur les moyens d’y arriver. Biden souhaite entraîner l’Europe dans sa conquête de la suprématie mondiale incontestée.

En mars 2022, Joe Biden s’exprimait dans un discours, cette fois en tant que président, devant un parterre de grands oligarques étatsuniens :

« Je pense que cela [la situation en Ukraine] nous offre des opportunités significatives pour apporter de vrais changements. Vous savez, nous sommes à un point d'inflexion, je crois, dans l'économie mondiale - pas seulement l'économie mondiale, dans le monde. Cela se produit toutes les trois ou quatre générations.

Comme l'un des - comme l'un des (sic) plus grands militaires me l'a dit l'autre jour lors d'une réunion sécurisée, 60 - 60 millions de personnes sont mortes entre 1900 et 1946. Et depuis lors, nous avons établi un ordre mondial libéral, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Beaucoup de gens sont morts, mais ce n'est pas le chaos.

Et maintenant, c'est un moment où les choses changent. Nous allons - il va y avoir un nouvel ordre mondial, et nous devons le diriger. Et nous devons unir le reste du monde libre pour le faire. »[13]

Tout est dit. Mais entre la volonté de diriger le monde et le diriger vraiment il y a … un monde d’illusions étatsuniennes. Le nouvel ordre mondial ne sera pas ce que Biden ou Trump ou autres imaginent.

Des milliards et des trillions

Pour combattre jusqu’au dernier ukrainien, les EU ont voté un budget de 40 milliards de dollars, prêtés à l’Ukraine, dont la moitié en matériels militaires. Mais d’où sortent-ils ces milliards ? Comment font-ils pour financer leurs aventures militaires, leurs interventions, leurs ingérences, la corruption de leurs relais locaux malgré un endettement colossal ?

La dette publique totale des Etats-Unis était au début des années 2000 de 5 trillions de dollars (millier de milliards). Elle est aujourd’hui d’environ 30 trillions sans avoir eu de problème. Rien de magique. Comme le disait Alan Greenspan, tant que la dette est libellée en dollars il ne peut y avoir de défaut de paiement puisque les EU peuvent en imprimer autant que nécessaire.

Ce qui permet de vivre aux crochets du monde entier. Rentiers et parasitaires. Tant que les créanciers auront confiance dans cette monnaie papier comme monnaie de réserve fiable.

Confiance ébranlée

Or dans les mesures prises contre l’état russe figurent le gel d’actifs d’une valeur de 300 milliards de dollars. Ainsi que le gel des avoirs de citoyens russes, milliardaires inclus. Avec des projets de s’approprier définitivement ces fonds[14] pour financer la reconstruction de l’Ukraine et le remboursement des dettes contractées auprès des EU et autres pays occidentaux. La Commission européenne travaille à définir une législation européenne en ce sens[15].

Autrement dit détenir des actifs dans le système financier international, dominé par les EU est risqué, le vol est possible. Ce fut d’ailleurs le cas pour l’Afghanistan, 7 milliards de dollars volés dernièrement alors que le pays est dans un état sanitaire et alimentaire dramatique. Idem pour le Venezuela dont le stock d’or est volé par le Royaume-Uni sous le déguisement de sanctions. Les motifs politiques, souvent en « défense de la démocratie » - dont ils s’estiment être les gardiens absolus et impartiaux - servent à habiller ce genre d’escroqueries. L’économie conçue comme moyen de domination et non de développement.

Et l’Union européenne ? Le suicide industriel.

Tout en participant aux sanctions activement, tous les pays n’ont pas les mêmes possibilités. L’Allemagne, parmi les grands pays, est particulièrement fragilisée étant fortement dépendante du gaz russe y compris pour son industrie qui s’effondrerait sans cela. Mais il n’y a pas que les énergies fossiles et l’uranium enrichi russe. Les métaux (aluminium, nickel) sont précieux pour l’industrie automobile particulièrement pour les voitures électriques.

Des pressions considérables pour un embargo total dans les 6 mois sont exercées par les EU, avec l’appui zélé de Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et le président ukrainien Zelensky[16] particulièrement exigeant, arrogant, s’ingérant dans les affaires intérieures des européens tout en étant coulant avec les EU. Le plan finalisé par la Commission européenne pour renoncer au gaz, pétrole et charbon russes d'ici 2027 coûterait 210 milliards d'euros… Sans compter les autres surcoûts.

Une pure et simple destruction de valeur sans contrepartie d’aucune création de richesse.

La résistance à l’embargo total n’est pas négligeable, il serait comme un suicide économique de l’UE. Les EU y trouveraient un intérêt, celui de mettre l’économie européenne sous son contrôle politique, économique, militaire : l’UE affaiblie, comme vassale, pour que les EU puissent rester riches en dominant sans partage le bloc occidental. Comme l’a indiqué Biden « il va y avoir un nouvel ordre mondial, et nous devons le diriger ».

Autre point exigé par Zelensky : l’entrée immédiate dans l’UE.

La France, l’Allemagne et d’autres s’y opposent. L’Ukraine est vue comme un cheval de Troie des EU.[17] De plus un axe nouveau est en train de se mettre en place : Pologne, Ukraine. Appuyé par les EU cet axe priverait l’UE de ses dernières marges de manœuvres déjà bien mises à mal.

Les pays du Sud, les BRICS+

A l’ONU les pays ont majoritairement condamné l’agression russe. Pour autant les pays du Sud maintiennent leur position anti-guerre économique, ils savent qu’ils en seront les premières victimes. Ils connaissent suffisamment l’impérialisme étatsunien et ses soutiens pour ne pas avoir envie de le renforcer davantage. Ils connaissent aussi leur égoïsme et leur non-fiabilité avec ce qui s’est passé pour les vaccins anti Covid-19.

Les menaces des EU à ceux qui ne se soumettent pas n’y font rien, le cas de l’Inde est éloquent.

Reste que le monde va être profondément changé par les conséquences de cette guerre.

Il y a d’une part un bloc occidental emmené par les EU qui veut maintenir/revenir à son statut hégémonique à la faveur de la situation actuelle et de la fracture avec la Russie.

Il y a d’autre part le reste du monde qui ne constitue pas un bloc et qui ne soumet pas ses liens et échanges économiques à des convergences politiques ou idéologiques. Les échanges, le commerce, la coopération internationale conçus comme des outils au service du développement et non des armes de domination.

Au mois de mai 2022 s’est tenue une réunion importante des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Prenant acte des profonds changements intervenus. C’est là que le monde bouge[18] avec des objectifs communs :

Réduction de la dépendance vis à vis du système de paiement dominé par les États-Unis et développer un système de paiement indépendant et les règlements en monnaie nationale[19]
Elargissement de la représentation des BRICS, accueil de nouveau membres[20], développement de la coopération
Désormais ce sont les "pays du Sud" qui revendiquent la coopération et la liberté des échanges. Perdant de plus en plus l'industrie et la création de richesses qui l’accompagne, l'Occident subit désormais et ne décide plus comme autrefois. Il ne gagne plus au libre-échange ce qui est un seuil décisif. Il ne gagne pas non plus, ou de moins en moins, à vouloir conditionner les échanges par la soumission à sa domination politique.

Guerre et Paix ?

La guerre se poursuit en Ukraine. Aucune négociation ne semble avancer. La Russie veut conserver le Donbass, la Crimée et avoir la garantie de neutralité de l’Ukraine. L’Ukraine refuse toute négociation avant le retrait de la Russie. Les EU veulent que la guerre ne se termine pas trop vite, qu’elle épuise la Russie d’où le prêt de 40 Mds$ consenti à l’Ukraine.

Plus cette situation dure et plus le risque de « déraper » existe. Les appels de personnalités politiques se multiplient : attention, nous sommes pris dans un engrenage dangereux, il est urgent d’en négocier la sortie. Engrenage et incidents sont possibles.

Les déclarations des EU quant à la situation de Taïwan et l’affirmation de l’intervention militaire des EU si besoin sont des provocations.

Il ne faut pas croire qu’une guerre entre les grandes puissances ou qu’une guerre nucléaire est impossible.

Déjà les EU « étudient » la possibilité d’envoyer des troupes spéciales protéger leur ambassade à Kiev. Simple provocation ? Dangereuse provocation.

24 mai 2022

Robert Kissous, économiste, militant associatif

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https://blogs.mediapart.fr/rk34/blog

[1] Cf mon article sur l’agression de l’Ukraine par la Russie et l’opposition à l’expansion de l’OTAN, le Donbass https://blogs.mediapart.fr/rk34/blog/130322/le-revelateur-ukrainien

[2] L'approvisionnement en céréales, en aliments, en engrais des marchés mondiaux implique la levée des sanctions contre les exportations russes, l’accès des navires à ses ports, la possibilité de contracter des assurances, le paiement des marchandises sans blocage des recettes

[3] https://www.lopinion.fr/economie/sommet-de-davos-linquietude-pour-leconomie-mondiale-domine

[4] Il s’est rétracté après la remarque de Medvedev l’avertissant de faire attention aux termes utilisés.

[5] L’hégémonie des EU ne s’arrête pas au système financier : des centaines de base militaires, un budget militaire de 800 milliards de dollars , l’influence déterminante sur des institutions internationales (CPI), sur les médias dominants …

[6] https://www.bbc.com/afrique/monde-61333527

[7] https://europe-cities.com/2022/05/08/media-russia-bypasses-oil-certificates-with-the-help-of-greece-business-saint-petersburg-news/

[8] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/gaz-le-redoutable-piege-tendu-par-poutine-1407750

[9] https://fr.businessam.be/la-russie-se-frotte-les-mains-sa-production-de-petrole-repart-a-la-hausse-et-son-or-noir-revient-deja-en-europe/

[10] https://www.lopinion.fr/international/russie-le-ministre-des-affaires-etrangeres-nest-pas-sur-quil-soit-necessaire-de-retablir-les-liens-avec-loccident

[11] https://www.latribune.fr/economie/international/la-russie-se-dit-prete-a-remplacer-ses-liens-economiques-avec-l-occident-par-la-chine-919015.html

[12] https://www.monde-diplomatique.fr/2020/11/ZAJEC/62430
https://www.foreignaffairs.com/articles/united-states/2020-01-23/why-america-must-lead-again


[13] https://www.whitehouse.gov/briefing-room/speeches-remarks/2022/03/21/remarks-by-president-biden-before-business-roundtables-ceo-quarterly-meeting/

[14] https://www.globaltimes.cn/page/202205/1266185.shtml

[15] https://www.ouest-france.fr/monde/guerre-en-ukraine/guerre-en-ukraine-comment-la-commission-veut-faciliter-la-confiscation-d-avoirs-d-oligarques-russes-296b79b4-dc27-11ec-a2d7-184436cfa888

[16] https://www.youtube.com/watch?v=Ug5DxWEcvqI Guerre en Ukraine : l'émotion ne doit pas faire perdre la raison

[17] https://www.youtube.com/watch?v=Ug5DxWEcvqI

[18] https://blogs.mediapart.fr/rk34/blog/030122/un-bouleversement-mondial

[19] https://www.globaltimes.cn/page/202205/1266097.shtml

[20] https://www.globaltimes.cn/page/202205/1266202.shtml

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Xuan
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   Posté le 03-09-2022 à 10:49:41   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Des navires chinois et russes se joignent à des exercices pour maintenir l'ordre mondial après la Seconde Guerre mondiale

Se référant à l'histoire, les pays de la région restent attentifs au militarisme japonais
Par les journalistes du personnel de GT
Publié: 02 sept. 2022 23:59

https://www.globaltimes.cn/page/202209/1274506.shtml

Des flottilles de navires de guerre chinois et russes participant aux exercices conjoints Vostok 2022 (Est 2022) en cours se sont réunis vendredi dans la partie nord de la mer du Japon, à l'occasion du 77e anniversaire de la signature par les représentants japonais de l'instrument officiel de reddition après la guerre injuste du Japon. causé d'énormes blessures et souffrances à des personnes à travers l'Asie.

Les observateurs ont noté que la Chine et la Russie, en tant que deux grandes puissances régionales, se sont engagées à maintenir conjointement la paix régionale, la stabilité et l'ordre mondial après la Seconde Guerre mondiale.

Ceci est d'une grande importance à une époque de changements complexes dans la situation régionale, y compris la tendance militariste évidente du Japon, qui a une pertinence historique.

Dans des images diffusées par China Central Television, China's 10,a navigué avec d'autres navires de la marine. Selon des reportages antérieurs, la flottille chinoise comprenait également la frégate de missiles guidés de type 054A Yancheng et le navire de ravitaillement complet de type 903A Dongpinghu .

Bien que les exercices ne soient ni destinés à un tiers ni liés à la situation actuelle, ils ont un effet dissuasif face aux incertitudes telles que les forces extérieures mal intentionnées, l'hégémonie et la politique de puissance, ont déclaré des analystes, notant que la coopération militaire entre la Chine et la Russie, deux grandes puissances mondiales, contribueront à la paix et à la stabilité dans la région.

Pourtant, le Japon a protesté contre les exercices, lorsque sa propre force d'autodéfense terrestre s'est jointe à des exercices avec l'armée américaine pour simuler la défense d'îles éloignées, a rapporté le diffuseur japonais NHK le 28 août. Les exercices auraient pour but de dissuader la Chine, a rapporté la NHK. .

Le ministre japonais des Affaires étrangères Yoshimasa Hayashi a exprimé lors d'une conférence de presse vendredi sa volonté de parler avec la Chine, et a noté que les dialogues avec la Chine à différents niveaux étaient importants. Cependant, il a également mis en avant les "menaces" des opérations de l'Armée populaire de libération (APL) autour de l'île de Taïwan et de la mer de Chine orientale.

Se souvenir de l'histoire

Le Japon utilise la Chine comme principale excuse pour « justifier » sa propre activité militaire croissante et tente de renforcer sa capacité militaire. Mais les cicatrices laissées par un Japon militarisé restent vives et douloureuses dans les pays victimes plus de sept décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Avant l'anniversaire de la victoire dans la guerre de résistance du peuple chinois contre l'agression japonaise (1931-45) le 3 septembre, le peuple chinois a organisé divers événements, notamment en assistant à des expositions de vieilles photos et en regardant des documentaires, pour commémorer le courage, la solidarité et les grands sacrifices faites par leurs ancêtres dans la guerre ardue.

Sur les réseaux sociaux, les internautes chinois ont publié de vieilles photos de représentants japonais signant le document de reddition, de batailles et de personnes célébrant la victoire dans les rues.

"N'oubliez pas l'histoire et notre génération devrait s'efforcer de s'améliorer !" lire un message commun.

Une vente spéciale d'œuvres sur le thème de la guerre a eu lieu dans une librairie de Wangfujing, un quartier commerçant animé du centre-ville de Pékin.

Une nouvelle d'actualité a également suscité de vives émotions nationales. Evan Kail, un prêteur sur gages américain, a publié sur les réseaux sociaux un album qu'il prétendait dater de la Seconde Guerre mondiale et contenant plus de 30 photos du massacre de Nanjing - les crimes brutaux des troupes japonaises contre des civils et les atrocités de guerre flagrantes, que le Japon a continuellement été tenter de nier et de dissimuler.

Il y a eu de nombreuses preuves de l'inhumanité des troupes japonaises, tandis que de plus en plus de choses sont découvertes. "Comment peuvent-ils être aveugles à cela?" un internaute posté sur Sina Weibo.

Pas étonnant que les pays de la région, dont la Chine, soient très attentifs à la dernière tendance militariste du Japon, a déclaré vendredi Lü Chao, chercheur à l'Académie des sciences sociales du Liaoning.

Des intercepteurs au sol Patriot Advanced Capability-3 (PAC-3) de la Force d'autodéfense japonaise sont vus en position sur le terrain d'Ishigaki, dans la préfecture d'Okinawa, le 7 février 2016. Photo : AFP
Des intercepteurs au sol Patriot Advanced Capability-3 (PAC-3) de la Force d'autodéfense japonaise sont vus en position sur le terrain d'Ishigaki, dans la préfecture d'Okinawa, le 7 février 2016. Photo : AFP


L'autorité de défense japonaise s'est vantée mercredi de produire des missiles à plus longue portée et hypersoniques et d'augmenter considérablement le budget de la défense du Japon pour l'année prochaine, ce qui montre une tendance claire mais dangereuse au rebond du militarisme japonais et au renforcement des forces de droite, a déclaré Lü.

Le Japon plafonne les dépenses annuelles de défense à environ 1% de son PIB, mais le Parti libéral démocrate (LDP) au pouvoir propose de les doubler dans les années à venir, citant la norme de l'OTAN de 2%, selon Reuters.

Song Zhongping, un expert militaire de la Chine continentale et commentateur de télévision, a déclaré vendredi au Global Times qu'un tel objectif de dépenses indique non seulement la tentative du Japon d'atteindre le seuil d'adhésion à l'OTAN, mais expose également le désir du Japon de rompre avec sa constitution pacifiste.

Le Japon n'a jamais vraiment réfléchi à l'histoire et à ses crimes en temps de guerre, beaucoup dans le pays estimant que sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale était le résultat d'être "pas assez fort". Au cours des dernières décennies, le Japon a été retenu par la constitution pacifiste et l'ordre mondial et régional d'après-guerre, et il a toujours rêvé de "se débarrasser de ces entraves", ont déclaré des observateurs.

Bien que des voix opposées subsistent parmi les Japonais ordinaires, le consensus sur la modification de la constitution pacifiste se forme rapidement, ont déclaré des experts.

Un sondage réalisé par le média japonais Asahi Shimbun en mai a montré que 56% des personnes interrogées étaient d'accord sur la nécessité de réviser la constitution, tandis que 37% s'y opposaient ou jugeaient la révision inutile.

En 2020, cependant, seuls 43% ont soutenu le mouvement tandis que 46% ne l'ont pas fait, et en 2019, 30% étaient favorables contre 56% opposés.

Xiang Haoyu, chercheur à l'Institut chinois des études internationales, a écrit plus tôt dans un article pour le Global Times que le LDP n'a jamais abandonné ce programme, mais l'a simplement reporté pendant un certain temps pour donner la priorité au développement économique. A travers de nouvelles interprétations de la constitution pacifiste ces dernières années, le PLD a en effet évidé le document.

Pour la droite japonaise, la constitution pacifiste est un symbole de la défaite du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Japon a en fait refusé de reconnaître ses méfaits pendant la Seconde Guerre mondiale et les résultats du procès de Tokyo, estimant que la constitution devait être révisée, a noté Xiang.

Il y a un fort "sentiment de victimisation" dans la société japonaise, malgré le fait que c'est le Japon impérialiste qui a apporté des désastres en Asie.

Refusant de tirer des leçons de l'histoire et de réfléchir à ses propres erreurs, le Japon d'aujourd'hui reste un facteur d'incertitude et un perturbateur de la paix et de la stabilité régionales, a déclaré Lü, citant la participation active du Japon à des pactes militaires comme le Quad et les fréquents exercices conjoints avec ses alliés. .

À un moment historique clé, alors que le monde, en particulier l'Asie-Pacifique, connaît des changements majeurs et complexes, alors que le dangereux militarisme rebondit au Japon et que des forces extérieures ne cessent de semer le trouble dans la région, il est de la responsabilité des grands acteurs régionaux des pays comme la Chine et la Russie à s'unir pour maintenir la paix et la stabilité,


Edité le 03-09-2022 à 10:50:03 par Xuan




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