| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 09-03-2014 à 19:49:28
| Un excellent article du blog ouvalacgt sur le fond théorique de la campagne CGT sur le coût du capital. La CGT et le coût du Capital Depuis lan dernier, la CGT mène une campagne sur « le coût du capital », qui nest au final quune nouvelle campagne salaires avec un argumentaire relooké. On en voit la déclinaison dans les fédérations, avec des projets techniques de grilles de salaires et de qualifications, la multiplication des graphiques et argumentaires, et même si cette campagne ne marche pas (cest ce que nous voyons tous les jours, cest léchec de la mobilisation du 6 mars quoiquen dise la confédération), elle mérite quon sy arrête. Tout dabord, doù sort cette campagne ? Dun groupe déconomistes de Lille, auteur dune étude « le coût du capital et son surcoût » (rien que le titre est excellent, il y aurait donc une sorte de coût légitime et un « surcoût » illégitime
), et dun bouquin dun théoricien du PC, Paul Boccara « Théories sur les crises, la suraccumulation et la dévalorisation du capital » publié en 2013, le tout regroupé dans la revue du PC « Economie et Politique » de novembre dernier. On voit déjà doù ça sort : de ces économistes qui jugent le capitalisme mal géré par des prédateurs qui se gavent (on le fait en version court), et quil faut revenir au raisonnable et à une meilleure gestion avec de meilleurs experts, eux bien sûr. La nouvelle version de léternelle « meilleure répartition des richesses » , propagée depuis toujours par la direction confédérale, et largement défendue par tous les prétendus opposants (voir l'affiche ci-dessus), à fond parties prenantes de la campagne, sous un argumentaire plus radical en apparence et dans le discours, mais tout aussi englué dans la conception dune « meilleure gestion dun capitalisme à visage humain ». Les tracts argumentaires Le tract 4 pages confédéral :
L'argumentaire de la métallurgie, 12 pages :
De son côté, la CGT reprend complètement les argumentaires et le discours, pour en faire une campagne syndicale, que nous illustrons de ceux documents, ci-contre : un tract confédéral, et un document de 12 pages de la métallurgie très pédagogique. On laissera de côté les PowerPoint bourrés de graphiques et de courbes, destinés à duper le gogo sous lapparence de la science
Cette campagne part de quelques constats évidents > La part des profits augmentent, les dividendes explosent, « ils se gavent ». Cest lévidence, il suffit de voir lexplosion des profits des entreprises du CAC40, la multiplication des milliardaires à léchelle de la planète etc. > La part des salaires diminue, les inégalités saccroissent, la misère sétend. Là encore, cest ce que nous voyons autour de nous. > Lemploi seffondre. Là encore, la nouvelle vague de restructurations (en attendant la prochaine) envoie des dizaines de milliers douvriers au chômage et à la précarité, nous le voyons, nous le subissons en permanence > Et enfin, cest la force de travail qui crée les richesses dans le processus de production, on retrouve là quelques résidus dune analyse économique matérialiste, qui est dailleurs à la base de laffrontement irréconciliable entre capital et travail. Ces constats, on va dire quen première analyse on peut les partager. La question sans réponse, cest pourquoi ça se passe comme ça ? > Pour la direction confédérale, les actionnaires abusent et se gavent. Ils en veulent trop, ils spéculent, il y a un « surcoût » du capital, financier, qui nest pas légitime, alors que le « coût » du capital, qui rémunère lengagement et le risque serait, lui, légitime. Il faut mieux répartir les richesses, augmenter les salaires pour relancer la consommation et donc la production et par voie de conséquence, lemploi. Autrement dit, on a la solution à la crise, il suffit de limposer aux actionnaires spéculateurs : cela sappelle la « relance par la consommation ». > Ce dont ne parle pas la CGT, mais alors pas du tout, cest de la concurrence, la mondialisation et les délocalisations. Elle ne dit pas un mot de qui sont donc ces actionnaires des grands groupes (ceux qui se gavent) : soit des fonds de pension qui payent des retraites, soit dautres grands groupes industriels et financiers qui intègrent ces résultats dans leurs comptes pour leur propre rentabilité. Il nest plus possible aujourdhui de distinguer industrie et finance , le profit est indissociable
Aujourdhui tous les monopoles (le CAC 40 et bien dautres) sont à la fois industriels et financiers : Bouygues, Thalès, Vivendi, Saint-Gobain, PSA, Renault, Bolloré, AREVA, GdF Suez etc. sont totalement intégrés dans la finance mondiale, quand ils nont pas leurs propres filiales bancaires et financières, leurs propres paradis fiscaux un peu partout dans le monde (voirICI, c'est éclairant !). Tout simplement parce que les monopoles eux-mêmes nont pas le choix : sils ne gagnent pas en rentabilité et en productivité de cette manière, les actionnaires vont aller là où cest plus rentable, pas plus compliqué que cela, cest la loi du capital et de la concurrence dans la mondialisation, qui explique les délocalisations par exemple. La guerre économique pour les capitalistes, cest comme la guerre militaire : vaincre ou périr ! Les réformistes ne veulent pas entendre parler de cette base du marxisme, à savoir que ce qui intéresse le capitaliste, ce nest pas le profit en lui-même, mais le taux de profit, la rentabilité du capital investi. > Du point de vue du capitalisme, la « relance par la consommation », ça ne peut pas marcher. Cest tout. Si on augmente les salaires en diminuant les profits, la productivité diminue, les actionnaires, qui nont aucun autre lien à lentreprise que le titre de propriété vont aller voir ailleurs si lherbe est plus verte. Si au contraire on maintient les profits, les prix augmentent. Sans même parler des effets sur les importations et les exportations
La solution, ré-avancée par exemple au Congrès de la FNIC (Chimie), cest la nationalisation des grands groupes stratégiques, pour directement socialiser les profits. Ce nest pas faux, mais cela fait limpasse sur tout le contexte, la guerre économique, la mondialisation, le marché et la concurrence
Fermer alors les frontières, vivre en autarcie ? Cela na plus de sens dans le monde actuel, il suffit de ne regarder que lindépendance énergétique
Pour remettre léconomie sur ses pieds, au service des besoins du peuple, il faut faire une révolution, il faut changer les règles du jeu, économiques et sociales, et dabord mettre les travailleurs au premier plan, pour que ce soit eux (et pas les politiciens, les experts, les bureaucrates syndicaux, les hauts fonctionnaires et tutti quanti) qui décident de leurs priorités et besoins, de la manière de produire et comment organiser la production et toute la société. Il faut réfléchir « mondial », au même niveau que le capital
La confédération CGT relooke aujourdhui une campagne salaires, vieux classique syndical, mais qui est de plus en plus déconnectée de la réalité vécue par les travailleurs. La campagne sur « le coût du capital » est une tentative de relance de la mobilisation, mais « intellectuelle », pondue par une poignée dexperts de plus en plus coupés des masses. Par son argumentaire et sa démarche, elle ne fonctionne pas sur la révolte, la colère et le rejet, mais sur le raisonnable et une explication supposée simple et consensuelle. Cette campagne ne marchera pas, dailleurs la preuve est faite, il ny a que les médias et les structures de direction du syndicat qui sen emparent. Du côté des travailleurs, on ny croit pas : soit par résignation et fatalisme face à la propagande bourgeoise, soit parce quils ne croient plus à ces « recettes » prétendument simplistes et quils ont compris que « cest bien plus compliqué que ça ». Reste à faire le chemin de repartir sur la défense des intérêts ouvriers, et rien dautre, sur la base de nos besoins, sans nous soucier de la bonne marche des entreprises ou de la nation, à rompre toutes les chaînes qui nous lient à nos exploiteurs ! Là, pour le coup, cest expliquer que ce que nous voulons, ce nest pas le partage des richesses, mais le contrôle de toutes les richesses, ce nest pas critiquer un supposé « surcoût » du capital, mais en finir avec le profit et lexploitation, que « de cette société-là, on nen veut pas ! ».
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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