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 Forum Marxiste-Léniniste  Théorie  pour un nouveau parti communiste 

 Sur la controverse entre "faire vivre" et le PRCF

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Xuan
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   Posté le 22-07-2018 à 23:51:35   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Pour ou contre « un parti indépendant de toutes les formations bourgeoises »


A propos du 38ème congrès du PCF un débat contradictoire oppose le PRCF [Franche renaissance communiste ou… révolution de palais ?]
et le réseau « faire vivre », autour du Preambule « manifeste pour un parti communiste du 21ème siècle» soutenu par ce dernier.

Comme le réseau lui-même, nous ne partageons pas l’entièreté de ce manifeste. Son objectif n’est pas d’élaborer une énième plate-forme soumise (ou pas) au débat, mais simplement d’appeler au débat en posant cette question pratique :
Après l’échec de la ligne électoraliste, les communistes doivent faire un bilan autocritique et remettre en cause une stratégie de liquidation.
Nous connaissons les motivations générales du réseau, dont l’objectif est de revenir aux thèses fondamentales de Marx et de Lénine. A l’occasion du 38e congrès il met le doigt sur une manifestation évidente de la ligne révisionniste, mais aussi une expérience vécue par les larges masses.

La reconstruction du parti communiste n’est pas un simple travail théorique, où il suffirait de relire les fondamentaux du marxisme-léninisme pour définir la voie à suivre. Elle est indissolublement liée à l’expérience pratique des masses, de la classe ouvrière : tout pas en avant dans la reconstruction redresse l’étendard de la lutte de classe, et simultanément la lutte de classe contribue à cette reconstruction. Ainsi la lutte contre la loi travail a largement servi à dissiper les dernières illusions sur les programmes d’alliance avec la social-démocratie.

Un autre aspect concerne la nature du parti révolutionnaire. Dans sa réponse Pierre Alain-Millet s’oppose à une autre forme de liquidation, qui consisterait à dissoudre le pcf dans la mouvance des Insoumis, au prétexte que Mélenchon est « plus à gauche » que les opposants à la ligne de Pierre Laurent.
Au fond, la question que pose PAM est pour ou contre « un parti indépendant de toutes les formations bourgeoises » , selon la formule du Manifeste, étant acquis que Mélenchon - malgré ses dehors radicaux - poursuit lui aussi la tradition social-démocrate et ne court pas pour la reconstruction d’un parti communiste mais pour sa disparition pure et simple.

Rappelons au sujet de la mouvance de « deuxième gauche » que le PCMLF, créé par des communistes dans le but de reconstituer un nouveau parti communiste, dut en grande partie son échec et sa disparition au noyautage par la « Gauche Révolutionnaire » issue du PSU, et dont le dirigeant Pierre Bauby rejoignit peu après le PS.

Dans notre appel « Pour un parti communiste des temps d’orage », nous n’avions pas porté de jugement définitif sur le choix de rester ou non au PCF, mais invité à unir nos efforts tant à l’intérieur qu’à l’extérieur :

…Pour l’heure, et avant de renouer avec l’esprit du congrès de Tours, nous appelons les communistes qui aspirent réellement à la transformation révolutionnaire de la société à unir leurs forces tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti révisionniste, à s’emparer du marxisme-léninisme et à confronter fraternellement leurs opinions.
« Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots » …(Mao Tsé-toung)


La lutte menée au sein du PCF par le réseau « faire vivre », non pas dans un esprit d’exclusion mais pour unir le plus grand nombre de communistes, relève de l’objectif que s’assignèrent les marxistes-léninistes au début des années 60 « arracher la classe ouvrière au révisionnisme moderne » . Non pas pour lui ôter toute forme d’organisation mais pour l’organiser dans un parti réellement communiste. Dans ce sens elle concerne non seulement les adhérents du PCF mais aussi tous les communistes fidèles au marxisme-léninisme, qu’ils soient organisés en groupes ou bien isolés.
Ces derniers ne doivent pas s’immiscer dans les débats ni les votes internes, ce qui constituerait une forme d'ingérence ou d'entrisme, mais il est nécessaire d’étudier soigneusement les courants d’opposition qui se manifestent et de faire connaître tout ce qui peut contribuer à notre objectif commun. Un parti révolutionnaire en France.

_____________________________


Ci-dessous la réponse de PAM au PRCF :

38ème congrès du PCF
Un processus de reconstruction peut s’engager...
Réponse à la critique du PRCF sur Initiative Communiste

Franche renaissance communiste ou… révolution de palais ?

Samedi 21 juillet 2018, par pam,


Le PRCF a publié une critique détaillée du "manifeste pour un parti communiste du 21ème siècle" qui se conclut par une phrase dont il faut espérer qu’elle ne résume pas l’état d’esprit des rédacteurs, une injonction agressive à faire le ménage pour reconstruire un parti communiste...
Dans l’action, sans nous subordonner à quelque fraction réformiste ou semi-réformiste que ce soit, reconstruire un Parti communiste de combat délesté des apparatchiks mutants, d’unir les vrais communistes, de les séparer des euro-réformistes, de les préparer à la renaissance communiste véritable, de les faire véritablement ’s’in-soumettre’ à tous les courants petit-bourgeois, y compris à ceux qui infestent le PCF et son "secteur économique".

Mettons de côté l’aspect bien "tactique" d’une phrase qui reprend à la fois l’idée d’unir les communistes, titre de la revue de notre réseau, et une référence à l’insoumission, qui rappelle le choix du PRCF de soutien à Jean-Luc Mélenchon, cette conclusion nous dit qu’il faut se séparer de la majorité des communistes du PCF. Le vocabulaire "ceux qui infestent,... délesté des apparatchiks"... en fait une attaque violente bien loin des appels à l’unité des "vrais communistes" et rendant bien désuète la phrase reconnaissant le travail de ceux qui sont restés dans le PCF...

La référence à la célèbre formule de Lénine demandant aux communistes de se séparer des socialistes de la 2ème internationale ( « il faut ôter la chemise sale et mettre une chemise propre » ) semble donner une justification historique à cette injonction, sans voir qu’elle affirme donc que le PCF serait désormais le parti socialiste trahissant la classe ouvrière dans la guerre, alors même que le PRCF veut dans le même temps nous convaincre de la nécessité de l’alliance avec la France Insoumise, dirigée par un socialiste affirmé, qui se réfère explicitement à François Mitterand et n’a jamais un seul instant chercher à se placer dans l’histoire communiste, affirmant même qu’il était temps de revenir sur la scission de 1920...

On peut s’interroger sur ce qui conduit ainsi le PRCF, d’un côté à soutenir un homme politique qui veut en finir avec 1920, et de l’autre à nous reprocher de ne pas rompre avec ceux qui ne seraient pas digne du choix de 1920... C’est bien là qu’est le cœur de notre désaccord !
Tirer à boulet rouge sur ce qui reste du PCF d’avant la mutation, comme soutenir celui qui veut en finir avec 1920, c’est objectivement dans les deux cas, s’inscrire dans l’abandon de ce qui reste en France de 1920... Ce n’est évidemment pas le but du PRCF, mais c’est le résultat logique de son choix politique.

L’introduction dit que « Le regroupement le plus large des communistes est plus urgent que jamais » mais appelle à une « Franche renaissance communiste » en dénonçant ce qui serait une « révolution de palais » , une renaissance qui ne peut se faire que dans l’action... « sur la base d’une ligne claire de rupture révolutionnaire avec la désastreuse "mutation" anti-léniniste et avec la funeste "construction" euro-atlantique du grand capital » , reprenant les propositions répétées du PRCF pour « bâtir ensemble une grande campagne communiste tournée vers les usines, les gares, les quartiers populaire, etc., appelant à affronter Macron-MEDEF et à sortir la France, par la voie progressiste et révolutionnaire, des mouroirs capitalistes que sont l’euro, l’UE et l’OTAN » .

L’action et la clarté.. .

On ne peut que partager la double idée de l’action comme de la clarté politique nécessaire, mais le PRCF ne tire aucune leçon des difficultés sur lesquelles et l’action et la clarté buttent depuis des années, et notamment de l’expérience du mouvement social contre la loi travail, et contre les réformes Macron. Nous considérons qu’il y a un frein majeur au renforcement et à la convergence des luttes, un frein politique, profond, complètement lié à l’affaiblissement théorique, politique et organisationnel du PCF. Nous avons tenté de faire prendre conscience de la réalité des rapports de forces dans les luttes et de la nécessité de sortir de décennies de luttes considérées comme des mobilisations préélectorales de la gauche, et nous sommes souvent surpris de voir à quel point l’idéalisme électoraliste de Mélenchon imprègne profondément le mouvement syndical, et notamment les mots d’ordre des manifestations, et encore plus de voir que le PRCF ne contribue pas à un recul critique sur cet idéalisme dans les luttes.

C’est justement parce que l’affaiblissement du PCF est le frein principal pour élever le niveau de conscience dans l’action, pour faire la clarté dans l’action, que nous avons considéré qu’il fallait trouver le chemin d’un congrès "extraordinaire", non pas par sa date, mais par son contenu, que nous avons lancé le 11 juin un appel à écrire ensemble une base commune, appel qui en a rencontré d’autres et a abouti au manifeste pour un parti communiste du 21ème siècle...
Nous persistons à considérer qu’une "franche renaissance communiste" ne se fera pas en éliminant l’immense majorité des militants communistes, même s’ils sont très majoritairement marqués par le réformisme général du PCF, et si nous savons bien que dans une organisation en crise, les candidats à une révolution de palais sont nombreux, nous considérons comme insultant de nous en accuser.

Un manifeste pour la rupture ?

Allons cependant au fonds. Le PRCF interroge :
« Ce texte se distingue-t-il franchement et suffisamment des orientations de la direction actuelle du PCF ? Ses auteurs font-ils un bon calcul, y compris tactiquement, quand ils choisissent de rester dans un flou certain sur plusieurs questions stratégiques urgentes ? »
Nous répondons franchement "Oui". Ce texte (chapitre 1) propose que les communistes discutent réellement du bilan depuis la mutation, en fasse une critique stratégique et donc ouvre la possibilité d’un congrès de rupture. Il fait le choix de laisser des questions ouvertes, mais il les ouvre ! Si ce texte était choisi comme base commune par les communistes, pour la première fois depuis longtemps, les communistes discuteraient du choix entre "Europe sociale" et "sortie de l’UE", de la nature de notre enracinement marxiste, de nos relations avec les autres partis communistes, du socialisme réel, historique comme actuel... Excusez du peu ! Ne pas voir en quoi ce texte rompt avec le discours de la direction du PCF, c’est manquer de clairvoyance.

Nous sommes parfaitement conscient des insuffisances nombreuses de ce texte, coécrit à de nombreuses mains, et pas seulement celles des "économistes". Ce n’est pas le texte de congrès du réseau Faire Vivre et Renforcer le PCF, le texte "Unir les communistes" du 37ème congrès reste de ce point de vue notre texte de référence. Mais c’est un texte qui peut permettre un congrès extraordinaire, un texte qui peut permettre aux communistes de dire « Stop, on ne continue pas dans cette orientation de dissolution du parti communiste et on se met à reconstruire » . Le chemin ne peut être que long, car nous avons bien conscience, au-delà du bilan de la mutation, que ce sont les choix stratégiques de l’union de la gauche, des choix remontant donc aux années 60 qu’il faut réinterroger. Mais nous ne voulons pas d’un nouveau congrès de défaite pour les communistes, et nous pensons que les communistes se saisissant du "manifeste" pourront réussir un congrès historique, comme l’ont fait récemment les communistes espagnols.

La question nationale et européenne

Le PRCF insiste sur la question nationale et européenne en considérant que le "manifeste" ferait le choix de « ménager le mensonge réformiste d’une "autre construction européenne" dans une "autre mondialisation" ? ».
C’est effectivement une question ouverte du texte qui évoque le choix entre "Europe sociale" et "sortie", et nous avons cherché dans ce texte à favoriser un débat ouvert des communistes, sans forcer une décision de type "Frexit" dont nous savons aujourd’hui qu’elle est minoritaire, alors même que les contradictions explosives de l’Union Européenne placent toutes les forces politiques devant des choix concrets qui peuvent bousculer les étiquettes et les positions prédéfinies. Si les communistes se saisissent de ce débat, ils pourront chercher à répondre à des questions simples et concrètes : comment ne pas faire comme Tsipras ? Comment refuser de mettre en œuvre une directive européenne ? comment décider de nationaliser un secteur économique si l’U.E. s’y oppose ? que faire pour changer de politique agricole si les autres pays le refusent ? Enfin que faire pour refuser des traités que tous les communistes (ou presque) ont combattu ?

Au fonds, personne, et pas non plus les promoteurs du Frexit progressiste, ne peuvent prédire l’histoire à venir de l’explosion des contradictions européennes. Si Merkel signe un accord douanier avec Trump favorable à la seule Allemagne et élargissant les contradictions avec l’Italie, que se passera-t-il ? Si les élites françaises dominantes ont abandonné le plus gros de l’industrie, ce n’est pas le cas de toutes, et ce n’est pas le cas des élites italiennes... Si les prétentions de Macron à la fuite en avant fédéraliste se heurtent ce qui est probable aux murs des intérêts allemands, quelles conséquences politiques et que se passe-t-il si la droite choisit de chercher une solution à l’italienne ?

Nous pensons que dans cette situation, où ce sont peut-être les bourgeoisies elles-mêmes qui peuvent détruire l’idéalisme européen pour en faire apparaître plus violemment la réelle dictature, dans la situation du Brexit qui montre à tous les travailleurs que la sortie peut se faire à droite, dans la situation du renforcement des droites nationalistes, nous devons insister beaucoup plus fortement sur le contenu de la rupture nécessaire avec les institutions européennes, et mettre l’accent sur la nécessité de coopérations "socialistes" élargies, en Europe comme dans le monde.
Autrement dit, le slogan des "4 sorties" doit évoluer pour se centrer sur la 4ème, sans laquelle les premières sont des illusions [1] . Le débat est pour nous ouvert, mais dans l’immédiat, ce que nous voulons gagner, c’est que les communistes sortent de tout idéalisme dont celui de l’Europe sociale, et ouvrent le débat.

Réformisme ou Léninisme ?

Ne répétons pas la nature du texte, qui ne reprend évidemment pas l’ensemble des positions de notre réseau, dont tout le monde connaît l’engagement internationaliste, pensons aux rencontres internationalistes de Vénissieux ou à la délégation au 100ème anniversaire de la révolution d’Octobre à Moscou... Il suffit de lire [notre site] pour le vérifier.
Le PRCF reproche au manifeste d’évoquer « l’échec de l’Union soviétique » ... on ne voit pas bien comment parler du "succès de l’Union soviétique", même si nous sommes convaincus qu’il faut parler des succès du socialisme soviétique... Cependant, notons la phrase exacte :
« Après la chute du mur de Berlin et l’échec de l’expérience soviétique, avoir cru qu’il suffisait d’affirmer l’histoire propre du communisme français pour se dégager des conséquences de cet échec était une erreur : un bilan communiste de ce qu’a représenté l’Union soviétique est indispensable pour sortir de la diabolisation construite contre nous par les porte-voix du capital et poursuivre avec ténacité le développement de notre projet original autogestionnaire vers un communisme de notre temps. »
Certes, le texte ne parle pas des succès du socialisme, mais il propose bien de « sortir de la diabolisation » ... et le simple fait d’ouvrir le débat sur cette "autophobie communiste" que dénonçait notre camarade Losurdo est pour nous une occasion ouverte pour l’intervention communiste.
Nous espérons que sur ce point, le congrès pourra faire un pas plus clair vers le refus de la criminalisation du socialisme et ouvrira en grand le chantier nécessaire de l’analyse marxiste du socialisme réel. Nous contribuons pour notre part dans nos contacts avec les partis communistes du monde à donner aux communistes en France le maximum d’éléments de connaissance pour cela.

Le PRCF multiplie les exemples de l’influence des idées du courant "refondateur" avec le célèbre titre de Lucien Sève « commencer par les fins » qui résume bien l’idéalisme introduit dans la lutte théorique. Certes, ce courant, bien que désormais largement en dehors du PCF, continue d’influencer fortement son discours. Mais ce qui est frappant c’est justement que ce courant propose un texte au 38ème congrès et qu’il suffit de le comparer avec le "manifeste" pour voir en quoi il y a bien deux réponses à la crise du PCF.
Celle du « Printemps communiste » qui veut l’emporter plus avant dans sa dissolution comme parti de classe et le transformer en mouvement compatible avec les divers mouvements qui ont rejoint la France Insoumise, et celle du "manifeste" qui veut sortir enfin de sa mutation refondatrice pour créer les conditions d’une reconstruction marxiste. Bizarrement, le PRCF dénonce les traces des idées refondatrices dans notre texte, sans voir en quoi ce texte fait plusieurs pas pour en sortir, tout en se retrouvant lui-même dans l’analyse de la FI avec ces mêmes refondateurs !

Quel Front Populaire et quel rôle du parti ?

Si le PRCF veut réellement assumer un débat, il devrait prendre au sérieux le débat sur la situation des luttes, la bataille politique des communistes dans les luttes. La journée du 26 mai cristallise les contradictions d’analyse entre nous. Non, le texte ne dit nulle part qu’il aurait été « très vilain de défiler ensemble le 26 mai dernier » comme affirmé par le PRCF... Par contre, nous avons dans d’autres textes, affirmé que c’était une erreur de conforter l’idéalisme de Mélenchon ou Ruffin dans l’appel à la "marée humaine", ne tenant aucun compte du rapport de force réel, et dont nous pouvons constater à posteriori que loin de favoriser l’élargissement et la convergence des luttes, cette journée a marqué au contraire la fin d’une période et a permis au gouvernement de gonfler ses muscles, la démonstration étant faite que la "grande marée" n’allait pas renverser grand chose...

Notons que le PRCF fait comme si le "manifeste" se consacrait à l’attaque contre le le « diable "populiste" Mélenchon » , expression absente évidemment du texte, Mélenchon n’étant cité que dans la partie bilan (en tant qu’acteur de décisions fortes du PCF), et une fois dans l’analyse d’une situation politique disant que Macron utilise comme repoussoir d’un coté Le Pen, de l’autre Mélenchon... Non, ce texte est entièrement consacré à la question du parti communiste, et nous sommes tous convaincus que nos difficultés sur ce point ne viennent pas de Mélenchon mais de notre propre histoire.

Identitarisme communiste vide ?

Nous laissons le débat "identitaire" pour constater que le PRCF ne veut pas voir le sens de notre démarche, l’utilité de ce texte. Au fond, tout le monde sait qu’un texte de congrès est d’abord et avant tout le support d’une construction politique, le moment d’un congrès par lequel se construit (ou pas) cet "intellectuel collectif" qui donne aux communistes leur cohérence et leur force.
Il faudra de nombreux congrès pour reconstruire une unité réelle avec un contenu au niveau de l’enjeu face au capitalisme mondialisé, mais ce 38ème congrès peut réussir à reconstruire une unité active sur une question décisive, rompre avec la mutation et ses suites et réouvrir l’hypothèse communiste. Si le PRCF pense que cela est vide, c’est son droit, mais nous pensons au contraire que c’est beaucoup, et que c’est la condition pour aborder de nombreuses autres questions nécessaires pour une véritable unité communiste.

Par exemple, la bataille sur le "coût du capital". A vrai dire, nous pourrions être plus critique que le PRCF sur cette formule. Car en fait si le problème est le "coût" du capital, on pourrait en conclure qu’il suffirait de réduire ce coût... autrement dit plus besoin de changement de société, il faut seulement de meilleurs réglages de la répartition de la valeur ajoutée... Cela dit, nous considérons que la bataille sur le coût du capital est une bataille publique utile pour tourner la colère sociale contre le capital, et que c’est dans cette bataille qu’on peut efficacement poser la question de "la propriété du capital", la seule au fond qui vaille pour un changement de société. Donc, dans un texte de notre réseau, nous n’aurions pas conclu sur cette formule, mais nous la considérons comme utile tout en sachant qu’il faudra mener la bataille sur l’enjeu central de la propriété...

Encore une fois, il y a une question d’analyse concrète de la situation concrète et de choix du mot d’ordre adapté au niveau de conscience et de rassemblement...
C’est la même chose sur la question électorale. Le PRCF note avec raison que c’est un des points d’accord large entre les signataires. Oui, de nombreux communistes en ont marre de ces directions du PCF qui font tout pour passer à la trappe le PCF dans les batailles électorales et recherchent toujours des accords sans engagements pour conserver quelques places, que ce soit avec les socialistes, les écologistes ou les insoumis...

Mais pourquoi le PRCF répète que « le mpc21 n’a pas de mots assez durs contre Mélenchon » ? Nous répétons ce que chacun peut confirmer en cherchant les occurrences de ce nom dans le texte, trois fois dans la partie bilan pour les décisions du PCF en 2007, 2012 et 2017, dans des phrases qui critiquent... non Mélenchon mais la direction du PCF, et une fois dans l’analyse de la recomposition politique évoquant Macron et sans commentaires sur Mélenchon.

Où sont ses "mots durs" contre Mélenchon ? En fait, le PRCF montre la paille de son voisin pour ne pas voir la poutre de son choix tactique (stratégique ?) de soutien à Mélenchon en 2017 et ses conséquences. Car on peut toujours comparer les positions exprimées par Mélenchon et Chassaigne pour en conclure que Mélenchon serait plus proche des communistes que Chassaigne, ou en tout cas plus utile. Mais s’il est légitime de critiquer Chassaigne, et si le "manifeste" est une base de discussion dont le but est justement de faire un vrai bilan [2] , on ne comprend pas comment cela pourrait conduire à faire croire que le soutien à Mélenchon est sans conséquence dans la construction du rapport de forces politiques chez les travailleurs ! Car si finalement, il vaut mieux un socialiste combatif qu’un communiste jugé trop mou, que peuvent en conclure les travailleurs sur l’utilité d’un parti communiste ?

Au fonds, on touche là une question centrale dans notre divergence avec le PRCF. Celui-ci considère que la question du parti communiste n’a plus rien à voir avec la question du PCF et que plus on le dénoncera, mieux on pourra reconstruire... Dans ce cas, que Mélenchon fasse tout pour affaiblir le PCF est tactiquement acceptable. On verra ce que dira le PRCF quand la FI s’attaquera en 2020 aux villes communistes, y compris (et peut-être même surtout...) celles dont les communistes ont refusé le PCF mutant.
Or nous pensons au contraire que la question du parti est centrale pour le mouvement social et qu’elle est indissociable de la question du PCF. Autrement dit, accepter que la dérive/dissolution/métamorphose du PCF se poursuivre c’est reporter dans l’inconscient politique populaire la question du parti aux calendes grecques... comme le fait d’aider Mélenchon accélère l’affaiblissement du PCF.
Enfin, sur cette question électorale, nous restons interrogatif sur l’idéalisme maintenu par le PRCF nous disant :

« Si, par hypothèse d’école, JLM avait gagné, le bac national, le code du travail, les retraites par répartition, le statut de la fonction publique, le statut d’Air France et celui des cheminots, l’université à la française, seraient-ils "le dos au mur", comme c’est aujourd’hui très gravement le cas ? Ou le mouvement populaire n’aurait-il pas quelques moyens politiques supplémentaires pour passer à la contre-offensive ? »
Par hypothèse ? avec des si, on mettrait Paris en bouteille et Mélenchon à l’Elysée...! mais sérieusement, toute analyse du rapport de forces réel, de la situation concrète du monde du travail conduit à une certitude face à une bourgeoisie arrogante et violente. Si Mélenchon avait été à l’Elysée, il aurait en quelques semaines fini comme Tsipras ou... Allende ! Et si nous n’avons pas la connaissance suffisante de l’homme pour savoir ce qu’il aurait choisi, nous savons que l’histoire ne se joue pas dans les salons, et que notre peuple est loin, dans les conditions sociales et politiques actuelles de la capacité à conduire une révolution !

Autrement dit, nous pouvons résumer notre divergence autour d’une alternative. Chaissaigne ou Mélenchon ? Nous choisissons Chassaigne sans hésitation, tout en l’appelant, en toute fraternité, à sortir de la mutation du PCF et à ré-ouvrir la question stratégique d’une voie française au socialisme tirant les leçons de l’échec au final du 22ème congrès et du programme commun...

En conclusion

Nous avons fait le choix de permettre aux communistes de faire un congrès vraiment extraordinaire et de rompre avec 20 ans de mutations, tout en ré-ouvrant les questions stratégiques. A vrai dire, nous sommes conscients que la direction va tout faire pour se succéder, que les refondateurs peuvent décider de lui sauver la mise, que le texte présenté par la section Paris XV peut servir d’exutoire faussement marxiste aux communistes en colère, un exutoire au service, in fine, de la direction, mais ce sont les communistes qui décideront, et nous leur proposons un chemin difficile mais réaliste de rupture et de reconstruction.

En tout cas, nous rassurons le PRCF s’il était véritablement inquiet. Il n’y a pas de risque de nous "droitiser" pas plus que nous considérons qu’il n’y ait de risque de "démarxisation" du PRCF soutenant la FI... Le réseau "Faire Vivre et Renforcer le PCF", son site http://lepcf.fr et sa revue "Unir les communistes" continueront en tout état de cause leur effort militant, théorique, politique et pratique.

Nous disons cependant au PRCF que le dialogue a besoin d’un effort de "bienveillance" dans le choix des mots et il ne suffit pas d’affirmer que vous vous exprimez "amicalement" ou que vous avez fait l’effort d’éviter les polémiques inutiles pour que ce soit le cas. Au contraire, nous vous lisons avec le sentiment que votre texte n’est pas fait du tout pour un dialogue qui nous aiderait à évoluer dans nos positions mais au contraire à conforter les hésitations et doutes des communistes en colère qui ne connaissent pas ou n’ont pas (encore) compris notre démarche. Autrement dit, loin d’un dialogue à poursuivre avec nous, vous menez bataille pour le texte Paris XV, ce qui est assez amusant quand on connaît l’histoire de l’émiettement communiste et la violence de ses attaques contre vous.
Alors, résumons encore une fois le débat. Chassaigne ou Mélenchon ? nous choisissons Chassaigne, parce que nous choisissons le chemin, certes difficile et incertain, qui permet la reconstruction du parti communiste, et que pour cet objectif, Mélenchon est une impasse évidente ! Même si la personnalisation autour de Chassaigne est une manière de ne pas accepter le débat de fonds, car si le congrès devait être réellement extraordinaire, ce serait à l’évidence avec une nouvelle génération, rajeunie, sortant du parisianisme et du microcosme médiatique, ayant l’ambition de retrouver un parti militant dans le monde du travail et les quartiers populaires.


[1] Il faut noter que, pour ceux qui nous diront « c’est un affaiblissement de vos positions marxistes », que c’est au fond la position de toujours du KKE, considéré souvent comme le plus "orthodoxe"...!
[2] Y compris des parlementaires donc de Chassaigne, mais chacun peut voir immédiatement que s’il y a certainement des critiques à faire, notamment sur les questions internationales, il y a beaucoup de travail utile, notamment en lien avec les luttes, comme la campagne dans les hôpitaux...

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