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 Sur le 39e congrès du PCF

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Xuan
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   Posté le 09-12-2022 à 13:17:23   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

On trouvera ici le texte du projet de base commune adopté par le Conseil National des 3 et 4 décembre 2022 :

https://enavantlemanifeste.fr/2022/12/07/39%e1%b5%89-congres-projet-de-base-commune-propose-a-la-discussion/?fbclid=IwAR0922bqyok6FZVileS5mTvp_jNDmX9l-pCs7k7ufJOO59NbGTdyS2p65es

Présentation :
Ce texte a été adopté par 84 voix pour sur 139 votants exprimés, soit 60,4 %, 55 voix contre et 5 abstentions. Le CN comporte 185 membres.
Pour mémoire, pour le 38e congrès, le texte proposé par la direction avait été adopté dans le précédent CN par 49 de ses membres sur 91 votants alors que le CN comportait 168 membres. Nous mesurons la différence significative marquant l’intérêt.
Le texte fait le choix de poursuivre la voie ouverte par le précédant congres d’affirmation du PCF et de ses capacitéà répondes aux défis de la crise systémique..
Il est désormais important que tous les communistes prennent connaissance de ce projet de base commune et s’en emparent à travers les assemblées de section et réunion de cellules.
Ce texte va vivre. Il appartient aux communistes de l’amender, car des progrès sont nécessaires, mais sur cette voie.
Cela concerne le rôle des entreprises dans la société et comme question politique, la spécificité de la phase actuelle de la crise, articuler vraiment luttes dites sociétales et luttes sociales, formuler notre positionnement sur l’accord électoral NUPES, aborder les questions internationales, les futures élections européennes. Il s’agit par le travail collectif, y compris à partir d’une critique constructive de notre activité récente, d’avancer pour commencer à répondre à la question difficile qui est : comment, dans la période qui s’ouvre, aider les luttes et les politiser pour qu’elles viennent sur des objectifs vraiment transformateurs.
Pour aider dans ce travail d’amendement, nous vous recommandons également la relecture attentive du texte final du 38e congrès. Que vous pouvez retrouver dans son intégralité ici :

https://enavantlemanifeste.fr/2020/03/18/pour-un-manifeste-du-parti-communiste-du-xxie-siecle-2/


Edité le 10-12-2022 à 17:55:00 par Xuan




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   Posté le 09-12-2022 à 13:23:54   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Extraits :

"L’exacerbation des concurrences aggrave la militarisation des rapports de force internationaux. L’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine est injustifiable et criminelle. Si elle fut déclenchée dans le contexte de la non-application par le gouvernement ukrainien des Accords de Minsk (qui pouvaient mener à un règlement politique de la guerre civile en Ukraine) et de l’expansion de l’Otan vers l’Est, en dépit des engagements américains, elle a des effets en chaîne désastreux dans tous les domaines et d’un danger extrême pour les peuples" p10-11

"Les rapports de domination se recomposent :
l’impérialisme américain, contesté, est à la recherche de nouveaux moyens de domination : arme politique (« le front des démocraties », défini comme les alliés des États-Unis), arme énergétique et arme de l’Otan. Outil obsolète de la guerre froide, l’Otan se dote d’une stratégie « globale » contre la Chine ; la Chine cherche à échapper à l’encerclement, en déployant des investissements importants et en cherchant de nouveaux rapprochements pragmatiques dans le cadre des Brics et de l’Organisation de coopération de Shanghai. Elle réagit également sur le terrain militaire, même si l’appel des dirigeants chinois à la désescalade et à une nouvelle sécurité collective peut être un point d’appui précieux pour la paix. Les provocations américaines à Taïwan alimentent délibérément les tensions.

Le PCF affirme son attachement au principe « d’une seule Chine », reconnu par la France depuis 1964 et par l’Onu depuis 1971. Les choix de la part de la Chine et du Parti communiste chinois de la voie de développement qui est la leur ne sauraient être considérés comme un modèle"
P11

Premier commentaire d'un camarade :

« L’exacerbation des concurrences aggrave la militarisation des rapports de force internationaux. »
C’est ce que j’appelle l’auberge espagnole. Le principal fauteur de guerre dans le monde et depuis des décennies ce sont les USA. Mais nous arrivons à un point où la fin de son hégémonie le pousse à tenter toutes les aventures menaçant la paix mondiale
L'expansion de l'OTAN depuis des décennies est à l'origine de ce conflit, en menaçant de plus en plus ouvertement la sécurité de la Russie, et particulièrement les bombardements des régions russophones, visant des civils, perpétués depuis 2014 et poursuivis jusqu'à ce jour dans un silence total, y compris dans ce texte.
Ce texte ne dit rien des exactions perpétrées par l’armée ukrainienne, lesquelles seraient passibles d’un tribunal international, sans parler de la nature néo nazie du gouvernement ukrainien et de son asservissement total aux USA.

Ce ne sont pas " les rapports de domination " qui se recomposent, c'est le rapport entre l'hégémonisme US et impérialiste et l'émergence d'un monde multipolaire, qui ne constitue pas un " rapport de domination ".
Prétendre que les « les rapports de domination se recomposent » signifie que la guerre mondiale en cours sur le plan militaire et économique est une guerre « inter-impérialiste »
Que signifie à propos de la Chine " Elle réagit également sur le terrain militaire, même si l’appel des dirigeants chinois à la désescalade et à une nouvelle sécurité collective peut être un point d’appui précieux pour la paix. " ?

C'est exactement l'inverse : le déploiement militaire de la Chine a pour but de dissuader une aventure militaire des USA, lesquels vont encore envoyer des armes à Taïwan très prochainement. Les manœuvres militaires de la Chine garantissent la paix de la région.
« Les choix de la part de la Chine et du Parti communiste chinois de la voie de développement qui est la leur ne sauraient être considérés comme un modèle »

Qu’un pays issu du féodalisme et de la colonisation depuis 73 ans ne soit pas un modèle pour un pays impérialiste issu du féodalisme depuis 233 ans, c’est une évidence, mais la moindre des choses serait de rappeler que la Chine est un pays socialiste, même si c’est un mot qui donne des boutons à certains. Et le développement de la Chine Populaire, y compris sur le terrain d’une nouvelle forme de démocratie, montre la supériorité du socialisme sur le capitalisme dans un pays émergent mais d’ici quelques décennies sur le capitalisme dans un pays comme le notre.

Ce texte est un texte de compromis qui peut justifier toutes les dérives déjà observées, y compris le vote honteux à l’AN et les mensonges sur le prétendu « génocide des Ouïghours », qui a aussi été voté à l’AN même de façon moins unanime".

... "si on songe que le PCF et le PCC ont le même âge, on peut se demander lequel des deux ne saurait être considéré comme un modèle. Il y a derrière le jugement porté un rare mélange de mépris et de lâcheté."


Edité le 09-12-2022 à 14:42:42 par Xuan




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   Posté le 22-12-2022 à 00:00:36   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le texte assez long mériterait une critique approfondie, par exemple sur la confusion entre socialisme et communisme et de nombreux autres sujets.

Mais un autre texte a été mis en ligne et publié par l'Humanité, signé par Laurent, Buffet...


Les liquidateurs enterrent le socialisme et ressuscitent la NUPES


Entre l’interview au Times le 18 novembre 1946, où Thorez déclarait :
«… A l’étape actuelle du développement de la société, nous avons la conviction que les nationalisations – le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés – constituent un progrès dans la voie du socialisme. Les nationalisations portent atteinte à la toute-puissance des oligarchies financières, elles limitent les possibilités légales de l’exploitation de l’homme par l’homme, elles placent entre les mains d’un gouvernement démocratique des moyens appréciables pour l’œuvre de redressement économique et social du pays… » .

Et la déconvenue du 4 décembre où la présidence du Conseil échoit au « catholique social » Auguste Champetier de Ribes, ancien du cabinet Daladier de 1939 à 1940 puis MRP,
l’Humanité écrit :

« Les nationalisations ne sont pas des mesures socialistes … La première condition de l’introduction du socialisme dans un pays, c’est l’institution d’un État socialiste. »



Aujourd’hui l’Humanité réécrit l’histoire en publiant un modèle d’hypocrisie sous le titre « Urgence de communisme ».

Il faut lire page 13 le « bilan » des présidentielles pour mesurer la papelardise achevée des liquidateurs, quand on sait qu’eux-mêmes ont ouvertement saboté la candidature de Roussel et soutenu Mélenchon :

« Le débat existe parmi les communistes sur les causes de notre affaiblissement. L’absence de candidat lors des présidentielles de 2012 et 2017 fait partie des hypothèses avancées. De ce point de vue la candidature de Fabien Roussel, qui a incontestablement gagné en notoriété, entamerait donc notre retour. Aujourd’hui, force est de constater que cet objectif n’est pas atteint. Personne ne nie que dans un régime hyper-présidentialisé comme le nôtre, la visibilité d’une telle campagne joue un rôle important. Mais les causes de notre affaiblissement historique sont plus profondes. »

Puis s’ensuit une attaque en règle du socialisme, enterré dans la fosse commune de toutes les victimes du capital :


“La question centrale d’une nouvelle alternative au capitalisme
Le problème auquel nous sommes confrontés est beaucoup plus fondamental. Au XIXe et au XXe siècles, le mouvement ouvrier – puis plus largement salarié – a pris la tête du combat émancipateur en dénonçant le capitalisme et en proposant un autre système, le socialisme, vu comme une étape vers un idéal communiste lointain. Dans les faits, au-delà même des crimes staliniens, le “socialisme” s’est iden¬tifié au régime dévoyé, étatiste et non démocratique de l’URSS. Ce régime a échoué et s’est effondré dans les années 80, avec la chute du Mur de Berlin. Ce n’était pas du communisme. Le travail historique et théorique qui le démontre doit être poussé à son terme pour en finir avec l’assimilation de cet échec avec celui du communisme. Nous mènerons à bien ce travail.
Cet échec de la première tentative d’alternative au capitalisme a ruiné la crédibilité de ce projet socialiste et, plus largement, hypothéqué pour longtemps tout projet de dépassement du capitalisme. C’est bien autour de cette époque que s’est accéléré le déclin continu de nos forces, entamé en France avec la rupture du programme commun de gouvernement.
Aujourd’hui, les impasses systémiques du capitalisme financier et mondialisé, ainsi que les besoins de partage pour assurer l’avenir de la planète changent la donne, et donnent une nouvelle actualité à l’idée d’un monde du commun, de biens communs. En tant que combat pour l’émancipation humaine, le communisme, rivé aux luttes sociales et contre toutes les formes de domination, retrouve toute sa pertinence.
Pour une part importante de la population, il est intimement lié à de grandes conquêtes sociales et fait toujours sens. D’ailleurs, dans de nombreuses conquêtes comme la Sécurité sociale, et dans des luttes actuelles pour les biens communs, nos adversaires, en particulier du grand patronat, voient déjà du communisme à combattre pour ne pas laisser prospérer ces formes nouvelles d’organisation sociale. »


On cherchera longtemps les causes « plus profondes » de « l’affaiblissement historique », bien antérieures à 1991. La clique Laurent et Cie se fait la Voix de son maître, se fonde sur les allégations de Stéphane Courtois et incrimine « l’étatisme ». Jamais il n’est question de la contre-révolution bourgeoise en URSS, quand chacun sait quelle classe y a pris le pouvoir ensuite.
La restauration du capitalisme en URSS démontre que la lutte des classes se poursuit dans la société socialiste, sous des formes diverses, généralement pacifiques mais parfois aigües et antagoniques.
Elle démontre que le renversement du capitalisme nécessite la dictature du prolétariat jusqu’à la société sans classe communiste, et qu’il est impossible d’établir un “communisme” candide demain matin par la magie de nationalisations.
Nationalisations dont le mot est proprement expurgé lui aussi.

Ecartant le bilan de plusieurs décennies d’électoralisme, de soumission aux pires anti communistes, d’abandon et de rejet de l’organisation révolutionnaire des masses, le crétinisme parlementaire des liquidateurs revient au galop sans honte pour déterrer les zombis et les ectoplasmes de la NUPES comme dans un clip de Michael Jackson.

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   Posté le 22-12-2022 à 15:39:00   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Lire La Base alternative de P. Laurent : beaucoup de bruit pour rien… ou peut-être une “scission” programmée…

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Commentaire de Daniel Arias

Liquidation persistante.

Le capitalisme contesté, oui mais par qui ?

Penser que le communisme préparerait la suite du capitalisme de manière déterminée et inéluctable est une erreur.

Pauwels a nommé la Grande Guerre: la Grande Guerre des Classes ; celle qui donnera naissance aux soviets et aux conseils ouvriers en Allemagne. Deux expériences révolutionnaires un succès et un grave échec.
Mais aussi celle qui engendrera l’autre face le fascisme dont les revendications sociales sont aussi présentent pour tromper les peuples dans le désarrois.
L’option fasciste peut temporairement prendre le relais du capitalisme en instaurant une répression violente et une destruction des fruits des conquêtes sociales et même du capital si nécessaire.

Un replis nationaliste baissant fortement les salaires reste possible et est déjà entamé de longue date avec la casse du droit du travail et du salaire minimum.
L’idéologie “d’écologistes décroissants” permettant de faire accepter cette sobriété heureuse et les sacrifices des travailleurs.

Si l’on s’en tient aux discours dominants l’extrême droite aussi revendique la défense des petits contre les gros. Un peu comme le député Peu qui défend le petit propriétaire qui vit aux dépends de ses locataires en demandant une garantie des loyers pour les propriétaires.
La France unie de l’exploiteur et de l’exploité, rengaine social démocrate et du syndicalisme réformiste.

Les lieux de la mobilisation populaire sont pour les liquidateurs les réseaux sociaux, les pétitions en ligne, même les manifs en ligne et bientôt sur le Metavers. La lutte dans les machines à cash du grand capital.

Hier la lutte était portée dans les grandes entreprises, dans les ateliers ou dans les puits de mine. Aujourd’hui a quelques exceptions près ces ateliers sont partis à l’Est, dans des pays qui se sont libérés de ce “faux communisme” comme déjà Trotsky le soutenais en pleine monté des forces de l’Axe. Les mines sont fermées. Il reste encore quelques rares endroits de concentration de travailleurs les CHU et les établissement de l’éducation nationale ; ces derniers étant acquis au réformisme.

Aujourd’hui les populations qui supportent le plus la crise sont dans les banlieues HLM et dans le péri urbain ; loin des lieux où les liquidateurs concentrent leurs efforts. S’il ne faut pas négliger le travail en entreprise et la reprise de contrôle de la CGT, la forte précarité implique un travail de porte à porte aux pieds des immeubles.

Une part non négligeable de la population est aussi investie dans l’associatif mais pour des actions très partielles sans vue générale des causes des problèmes à résoudre, défense de l’hôpital, banques alimentaires, aide aux migrants,… Il y a de bonnes âmes qui s’épuisent à écoper le Titanic. Ce sont ces bonnes âmes aussi que nos liquidateurs cherchent à séduire avec extension aux lobbies aux préoccupations sociétales. Les liquidateurs veulent être à la mode, aimés des caciques de tous bords.

Unité et division.

S’il faut chercher l’unité indispensable de ceux qui luttent et d’une part des masses il faut aussi diviser quand c’est nécessaire quand certains persistent malgré les remarques des camarades dans non pas le réformisme mais la liquidation, car il s’agit bien de cela, quand on milite pour l’effacement du Parti aux Présidentielles, rare moment d’expression massive du Parti.

La place des liquidateurs est dehors du Parti, ceux-là sont irrécupérables, ils doivent être expulsés par un mouvement de la base du PCF si celle-ci peut reprendre conscience de leurs actes.

Les liquidateurs de l’Histoire.

Avec les Trotskistes, les Verts de gris, les socio libéraux, le centre, la droite même extrême, ces anti communistes actifs condamnent le camarade de fer Stalin et l’Union Soviétiques : héros en Chine et en Russie nous devons aux communistes soviétiques de ne plus vivre dans le IIIème Reich écrasé par l’héroïque Armée Rouge ; c’est à cette victoire et seulement à cela que nous devons la mise en pratique d’une part du programme du CNR.

Ces liquidateurs reprennent sans critique le rapport du traître Kroutchov et la plupart des discours entendus chez tous les acteurs de la chasse aux sorcières des USA aux dictatures fascistes post seconde guerre mondiale.

Oui ils pratiquent une chasse au sorcière active dans les fédérations ce qui est bien plus grave que d’être un simple naïf ou idiot influencé par l’ennemi. Cette façon d’agir porte un nom COLLABORATION.

Les Pays Communistes ont tous libéré les minorités “dominées”: les juifs, les femmes, les minorités nationales et même tous les ukrainiens.
L’indépendance économique des femmes et leur rôles dans la société en à fait l’égal des hommes leur offrant les soins spécifiques aux femmes, le droit au divorce, l’enseignement de masse, le premier ministre femme au monde, la première femme dans l’espace et au-delà des ces icônes la libération de toutes les femmes et leur participation active à la construction soviétique.

Oui l’URSS était le communisme en construction que ces liquidateurs contestent car les liquidateurs soviétiques sous Staline après une très longue patience ont été jugés, dans des procès comme ceux qu’ils étaient des traîtres.

Ces liquidateurs sont les mêmes qui soutiennent le gouvernement nazi qui exécute sans procès ou leur grand allié qui rase la Yougoslavie, l’Irak ou la Libye.

Il me semble qu’en interne les communistes doivent mener un procès dans les règles à ces anti communistes.

Il faut se débarrasser de ces entraves persistantes ; le dossier est suffisamment chargé entre incompétence et activité délibérée.

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Mon commentaire :

« L’urgence » mérite notre attention à plusieurs titres.

D’abord il fait l’objet je crois d’une polémique soutenue et virulente, et c’est parfaitement légitime parce qu’il n’est rien d’autre que l’expression de la bourgeoisie dans le PCF.

Malgré ses dénégations et son « communisme » rabâché jusqu’à la nausée, il est parfaitement hypocrite, il dissimule la responsabilité de ses auteurs dans l’effondrement du PCF, leur duplicité dans les dernières élections, il recopie tout l’argumentaire de l’anticommunisme, et il n’a pas d’autre finalité que de noyer l’avant-garde révolutionnaire dans les mouvements spontanés de la petite-bourgeoisie et les calculs réactionnaires de la social-démocratie.

Ce qui veut dire en français ordinaire que la critique de « l’urgence » devrait aboutir à écarter ses auteurs de toute position de direction, ce qui avait été négligé au précédent congrès.

Ensuite, il présente l’intérêt d’éclaircir le débat sur la différence entre communisme et socialisme, tandis que ce dernier est absent de la « base commune ».
« L’urgence» reprend donc les accusations anticommunistes contre le socialisme réalisé en URSS et ne prend même pas la peine de citer l’expérience du socialisme en Chine, à Cuba, au Vietnam et en Corée du Nord. La « base commune » n’en parle pas non plus d’ailleurs.

Par un curieux mimétisme la notion erronée de « parti père » est devenue le droit pour certains partis communistes – qui n’ont jamais renversé le capitalisme – de s’ériger en « parti père » à leur tour, et de faire le bilan du socialisme en URSS à la place des principaux intéressés : les communistes russes.
Notre pays détient dans ce domaine des donneurs de leçon une pole position.
Jamais les bilans du parti frère russe sur sa propre action ne sont cités, ne parlons même pas des autres pays socialistes, ni des trois bilans autocritiques du parti communiste chinois en 1949, en 1981 et fin 2021.
En guise de bilan ce sont les gazettes impérialistes qui donnent le ton dans la condamnation du socialisme à la peine capitale, après un jugement aussi expéditif que le procès des Ceausescu.

Pourquoi écarter cette question de principe de la transition du socialisme au communisme ? Pourquoi stigmatiser « l’étatisme » de l’expérience soviétique ?

On notera que « L’urgence » a pompé la VIe république dans le programme de Mélenchon et dénoncé «l’hyper-présidentialisme», calqué sur le «pouvoir personnel» inventé par Mitterrand. Autant dire que la dictature de classe de la bourgeoisie est hors sujet. D’ailleurs s’il est question de “dictature capitaliste” dans la base commune, ce mot ne figure nulle part dans « L’urgence ».

Pourquoi parler de dictature quand il ne s’agit que de “logique” ?


Pas de dictature de la bourgeoisie = pas de dictature du prolétariat

La dictature du prolétariat est une leçon payée au prix du sang par le mouvement communiste, et d’abord dans notre pays par la Commune de Paris.

Les jours heureux ne verront jamais la lumière sans imposer ni loi ni contrainte au CAC 40, c’est la dictature du prolétariat. Et progressivement elle devra aussi s’imposer à tous les capitalistes puis à tout le patronat, et ce jusqu’à la disparition du patronat et du salariat, jusqu’à la disparition des classes.

Sans état socialiste et sans dictature du prolétariat, la chanson

« …planification démocratique pour orienter l’appareil productif vers la satisfaction des besoins, et non plus la maximisation des profits », …« La promotion de nouveaux services publics étendus, concernant notamment toutes les entre­prises ou les activités mettant en jeu la souveraineté du pays ou l’accès aux droits et aux biens communs fondamentaux….Un développement inédit de l’économie sociale et solidaire… La redistribution du pouvoir dans les grandes entreprises, qui doivent cesser d’être la propriété lucrative d’actionnaires…La création d’un secteur public bancaire et financier, et des critères nouveaux de financement par les institutions bancaires et financières… »

n’est qu’une berceuse pour les nouveau-nés.

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   Posté le 23-12-2022 à 23:28:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le contexte “stratégique” de la base alternative… par Danielle Bleitrach

23 DÉCEMBRE 2022

https://histoireetsociete.com/2022/12/23/le-contexte-strategique-de-la-base-alternative-par-danielle-bleitrach/

A propos du texte alternatif et de ses signataires, nous devons nous féliciter de pouvoir avoir un véritable congrès, dans lequel le but, mais aussi le parti nécessaire pour l’atteindre, soit au centre des débats du Congrès. Non que le texte aille dans ce sens-là au contraire mais sa parution oblige à avancer dans la réflexion. Hier nous avons analysé le vide abyssal, le grotesque même, du texte et convenu que le dit contenu n’avait strictement aucune importance, importait la raison de comprendre pourquoi cette faction (1) de plus en plus minoritaire au sein du parti avait choisi de se compter derrière pareil texte. Voilà donc quelques éléments qui nous incitent à penser que cette faction a fait le choix de la scission et qu’elle prépare celle-ci depuis sa mise en minorité. Le temps jouant contre eux, ils sont contraints de lancer l’opération. Alors même que la situation est celle d’une débâcle annoncée, pour la “gauche”, ils peuvent tout au plus espérer contribuer à la rendre pire encore dans l’immédiat de législatives anticipées. Mais ils favoriseront cet échec et la montée du FN, en ayant l’objectif comme Macron dans le contexte de l’UE, d’aller vers une gauche semblable aux démocrates des Etats-Unis, enfin les plus conscients d’entre eux, pour d’autres il n’y a que sottise et vanités dans cette affaire.

J’ai évoqué à ce propos un grand classique historique : quand le Parti communiste né à Tours, mais dirigé par la faction de Frossard (essentiellement des bourgeois, un temps écœurés par les trahisons socialistes mais évoluant vers la social démocratie, le retour avant le congrès de Tours) était dans une zone de turbulence. Il y avait en fait deux lignes, celle de Frossard revendiquant l’union sacrée autour “du boche paiera et l’occupation de la Rhur”, celle d’une équipe remuante représentée par les révolutionnaires proches de l’Union soviétique Marcel Cachin, Jacques Duclos et Gabriel Péri entre autres. Ces derniers au contraire s’ancraient dans une base ouvrière et rencontraient le parti communiste allemand pour dénoncer le sort fait au peuple allemand, l’esprit de revanche entretenu. Tiré à hue et à dia, le parti communiste n’était plus qu’un parti croupion, puzzle de sections ayant chacune leur ligne propre et au plan national il était totalement marginalisé électoralement. Frossard et son équipe voulaient réintégrer les partis socialistes et radicaux qui eux avaient des chances électorales et ils préparaient la scission, ils cherchaient le moment favorable.

Une faction qui n’a jamais accepté les choix du 38e Congrès

L’analogie avec la situation actuelle est évidente après avoir tenté d’éliminer les “révolutionnaires”, ils deviennent eux-mêmes de plus en plus minoritaires au sein du parti mais aussi dans un contexte où les enjeux encore confus s’éclairent au plan international mais aussi interne.

La faction de Pierre Laurent non seulement n’a jamais digéré son éviction au 38e Congrès, mais elle n’a cessé de recruter au-delà de ses propres troupes opérant la jonction avec le “printemps communiste”, allant jusqu’à – ce texte en est la preuve – rallier les plus fantaisistes de l’opposition à la direction nationale comme porte-drapeau de leur scission. A partir des positions que Laurent et les siens, l’ancienne direction, ont conservé au sein de l’appareil, ils ont tenté de saboter toutes les tentatives de renouveau. Certains des signataires sont allés jusqu’à officiellement appeler à voter pour Jean-Luc Mélenchon contre Fabien Roussel, les autres se sont ralliés en façade. Maintenant du bout des lèvres ils apportent un tardif hommage à sa candidature mais insistent sur son caractère inutile, puisque l’échec programmé et contre lequel il serait selon eux vain de lutter remonte au choix du congrès de Tours et surtout à ceux qui avec Maurice Thorez, Marcel Cachin, Gabriel Pery et Monmousseau pour la CGT ont créé réellement le parti communiste. Leur entreprise révisionniste n’épargne rien et s’il est question de Georges Marchais c’est pour déplorer que ce fondateur de l’eurocommunisme n’ait pas suivi Berlinguer et Santiago Carillo jusqu’au bout.

Le premier paradoxe que l’on retrouve dans ce texte se situe dans cette logique et veut que cette faction depuis plus de trente ans à la tête du PCF n’est jamais disposée à faire son propre bilan et va toujours chercher sa justification dans les années cinquante où est mort Joseph Staline. Cela complète l’Autre paradoxe, cette faction qui nie le socialisme mais revendique les acquis du “socialisme à la française” prétend avoir fait sienne la volonté d’autonomie de chaque parti, le refus d’une direction type komintern, ce qui est largement partagé aujourd’hui par la plupart des militants du PCF et d’autres partis. Cette faction n’accepte pas pour le secteur international cette règle et elle a incité tout le parti à la méfiance voire l’hostilité envers le mouvement communiste international sur un mode bigot, celui de la condamnation inquisitoriale. Le seul critère réel de cette défiance réside en effet dans le choix ou non que fait le parti en question de participer aux actions de l’OTAN et aux diktats idéologiques de l’UE. La justification étant de taxer de “stalinisme” ceux qui sont alors réprouvés au point que l’on justifie la répression dont ils sont victimes.

On voit qu’il s’agit à la fois de ne jamais faire d’évaluation critique de leur politique et de continuer à soutenir leur adhésion aux campagnes de l’OTAN et la nécessité selon eux de préserver l’union de la gauche autour d’une certaine conceptions de “la démocratie” que l’on retrouve dans leur texte, tout cela n’étant jamais exprimé clairement et appuyé sur une analyse des forces en présence, on retrouve le même travers dans le texte alternatif.

Cette poursuite sur une ligne de liquidation présentée comme une volonté d’union y compris contre l’extrême-droite, implique que l’on s’interdise toute réflexion politique sur le moyen et long terme et que l’on demeure dans une vague stratégie de rassemblement. Pour compléter ce flou, le texte alternatif lui a simplement ajouté “l’urgence du communisme portée par les réseaux sociaux”.

Après le 38e congrès, cette orientation s’est accrue d’un désir de revanche entretenu chez les militants communistes qui avaient voté pour l’ancienne direction. Partout à ce titre a été prônée l’inertie pour tout ce qui n’était pas fusion avec la NUPES, et compte-rendu d’élus d’union. Leurs points forts pour mener cette “stratégie” étant non seulement la presse communiste et l’Humanité, dont ils avaient obtenu avec Fabien Gay de conserver la main mise, le secteur international qui leur assurait le financement des fondations allemandes et de l’Europe voir de la NED, la formation des militants, la culture mais leur bastion étaient les groupes communistes à l’Assemblée nationale et au sénat dans lequel la question de l’union était plus qu’ailleurs sensible. On peut d’ailleurs au vu de la liste des premiers signataires imaginer qu’ils préparent d’autres ralliements si la première vague réussit en totalité ou pour partie l’opération qui est de provoquer une véritable division du parti, et de faire du congrès un champ clos des exclusions mutuelles ce qui leur permettra d’emporter ce qu’il reste des biens du parti qu’ils ont largement contribué à liquider, question sur laquelle il est impossible d’avoir une véritable information.

On voit que c’est une opération qui n’a pas son origine dans la situation immédiate, mais celle-ci la pose d’une manière nouvelle. Dans ce cocktail de poursuite d’une ligne de liquidation jamais critiquée même pas totalement au 38e Congrès, seulement son résultat, l’effacement du PCF, assorti d’un désir de revanche, les membres de la faction ont tablé d’abord sur l’échec de la candidature présidentielle, puis sur l’espérance du choix d’une attitude impopulaire de la part de Roussel, comme la dénonciation du rôle de l’Ukraine et des Etats-Unis, qui serait vécue en France comme une adhésion à Poutine. La manière dont Fabien Roussel a surjoué son conformisme international, partagé ou non peu importe, le vote de la résolution 390, le discours de Chassaigne, tout cela dit la situation réelle et la volonté de scission, la nécessité d’y faire face jour après jour qui a entravé le fonctionnement des groupes (2), le silence qui a suivi ce vote. Mais Fabien Roussel n’avait pas tort non plus de jouer jusqu’au bout l’unité du parti et d’en être le garant. Il a également été non seulement bon personnellement en tant que candidat mais il a su sur les questions françaises jouer à la fois l’autonomie du PCF et les actions unitaires, récemment sa proposition d’un référendum sur les retraites avec des meetings communs de tous ceux qui s’opposaient à cette réforme était ce qu’il fallait faire. Elle témoignait du fait que le renforcement du PCF, la manière dont il s’adressait aux abstentionnistes, loin de s’opposer à la gauche était la garantie d’un Front populaire face à la montée de la droite et de l’extrême-droite. C’est ce bilan là qu’il ne fallait pas faire.

A la veille du Congrès, les communistes sont satisfaits contre toute attente de la campagne des présidentielles, de la ligne d’autonomie et d’union qui est celle de la nouvelle direction et ils aimeraient bien effectivement retourner vers les entreprises, les quartiers populaires s’il y avait une direction unifiée tirant dans le même sens. Il y a eu cependant des incompréhensions fortes en ce qui concerne la politique internationale face à l’UE et l’OTAN. Donc pour la faction il s’agit d’utiliser ce mécontentement récent dont ils sont de fait la cause essentielle en récupérant des gens qui ont cru bon d’adopter quelques illusions du “mouvement” revu et corrigé par les bobos. La seule chose qui puisse unir la faction de l’ancienne direction très préoccupée d’alliance avec la social démocratie classique pour avoir des élus et les déçus de cette alliance devenus les utopistes d’un communisme libertaire, est la même méfiance à l’égard de la classe ouvrière, d’un état avec une domination prolétarienne. Le fait d’avoir masqué le réformisme de Pierre Laurent et de l’ancienne direction sous une emphase libertaire et anarchisante dit la mauvaise passe de la social démocratie en général, en France en particulier et une aspiration au changement qu’il faut récupérer.

Pourquoi l’urgence de sortir du bois à défaut de celle du communisme ? Deux facteurs essentiels:

Mais il y a encore deux autres facteurs :

1. Le premier, nous nous contentons de l’esquisser et nous y reviendrons, concerne le rôle spécifique de la France face à la guerre par procuration que les USA tentent de faire jouer aux nations européennes.

Disons que pour l’appréhender le problème essentiel n’est pas la guerre en Ukraine dans laquelle la France a joué le rôle que l’on sait dans les accords de Minsk. Il est dans la manière dont les Etats-Unis imposent aux pays européens, à leurs industries une concurrence totalement déloyale et ce tout en lui demandant de promulguer des sanctions qui se retournent contre eux, en Russie mais dans le reste du monde, en Chine en particulier. Cela ne date pas d’aujourd’hui souvenez-vous de la dénonciation du contrat australien.

La France est doublement méprisée par les USA, en tant que puissance coloniale et en tant que force économique, sur le plan nucléaire, militaire, elle est à la fois de plus en plus dépendante et de plus en plus sacrifiée. La visite de Macron aux Etats-Unis n’a rien obtenu et même si lui a surjoué l’alliance militaire atlantique personne n’a été dupe et le monde entier a noté ces antagonismes. Ceux-ci, face à la Russie, étant partiellement masqués par la logique de l’intervention française en Afrique qui est officiellement contrecarrée par la Russie mais qui en fait l’est par les USA, déstabilisant sans états d’âme l’allié français en perte de vitesse.

Il y a encore un trait qui dit “l’urgence” et le temps qui joue contre le consensus droite-gauche, c’est l’état de l’UE. On retrouve partout ce même trait qui est masqué par le refus d’un véritable bilan de trente ans d’une même politique et qu’il faut impérativement noyer dans l’échec du socialisme à la soviétique et ce qui avait pu se développer y compris en France quand le rapport des forces né du rôle de l’URSS dans la lutte contre le nazisme donnait une orientation contre l’impérialisme et le capitalisme. Quand on découvre aujourd’hui l’état de l’hôpital public mais aussi celui de notre parc nucléaire, il devient difficile d’attribuer à Staline, voire à Poutine qui serait son successeur tous nos maux. C’est pourtant ce que tente la base alternative.

La description de ce positionnement français, ses contradictions doit s’accompagner d’une analyse de la résistance de l’opinion française à l’engagement dans la guerre. Résultat la France est à la fois contestataire et idéologiquement servile, il faut que ceux qui sont de fait pour l’OTAN, tous les réseaux y compris de gauche qui répondent présents aux campagnes de propagande précédant les interventions de l’OTAN et des USA soient réactivés et mise en position de combat. Il est clair que pour une part la faction de Pierre Laurent, le secteur international, l’Humanité par le PCE entre autres font partie de ces réseaux là, comme d’ailleurs une part des élus qui ne voit son salut que dans “la gauche”. Cette situation internationale explique également la nécessité d’exercer une pression maximale mais si celle-ci n’est pas suffisante aller jusqu’à la scission là et dans la CGT.

2.Le second facteur réside paradoxalement dans les opportunités au plan intérieur. Si l’on en reste au niveau des appareils et aux échéances que définit le pouvoir, nous sommes devant un rendez-vous, celui de Macron, qui ne peut pas continuer à agir par le 49,3 quand il s’attaque au socle des conquis sociaux français. La dissolution de l’Assemblée nationale est un danger prévisible depuis la mise en minorité de la présidence avec les législatives, mais le pouvoir qui est celui des monopoles financiarisés peut toujours espérer dans l’habituel piège face au Front National et sur la débâcle prévisible de la gauche donc de la capacité de résistance politique du monde du travail, de la classe ouvrière et de la jeunesse populaire qui va faire les frais de ces attaques. Il faut être conscient que le capital financiarisé a toujours deux fers au feu, celui à visage humain et démocratique et celui du fascisme.

C’est là que le choix des promoteurs du texte alternatif fait la preuve de toute la nocivité dont cette faction est capable. Alors que la proposition de Roussel présente face à cet événement et ce qu’il laisse présager la seule tactique qui permette de faire face du moins dans l’immédiat et d’avoir un maximum de députés. La garantie de lutte antifasciste va bien au delà.

En effet, si Mélenchon a fait de l’élection présidentielle et des législatives qui ont suivi une personnalisation à outrance et la destruction de tout ce qui n’était pas organisé autour de sa propre promotion, l’échec de cette tactique totalement suicidaire a entraîné une nouvelle minorisation de la gauche. Comme c’était un affaiblissement réel, il a renforcé le Front National comme seule opposition crédible. En outre cela révélait l’opportunisme de cette fausse radicalité, imaginer que les législatives lui donnerait le statut de premier ministre et à ce titre accepter de suivre la politique de l’OTAN, livrer des armes à l’Ukraine était déjà une révélation du contenu réel de la manipulation autour du vote utile qui théoriquement avait mis la FI en position de domination totale à gauche, tant tout cela ne menait qu’au pire. Les différents types d’opportunisme auxquels cette gauche a cédé y compris la remise en cause du nucléaire sont désormais bien présents comme les caricatures sur la sécurité ou les confusions indigénistes qui divisent les travailleurs français et immigrés, en insistant sur les mœurs et le sociétal. Les propos équilibrés et sur le fond de Roussel gênent et ils vont tenter de le faire se ridiculiser comme ils l’ont fait avec G. Marchais.

Et c’est là que cette opération de base alternative, comme d’ailleurs d’autres mouvements au sein de la FI et de la gauche témoigne de la nocivité de ces gens-là. Il n’y a rien à espérer d’une telle opération ni pour le PCF, ni même pour la gauche, elle ne peut que contribuer à accélérer la défaite immédiate annoncée, détruire un peu plus toute résistance politique qu’il s’agisse de la lutte contre l’exploitation capitaliste au sein de l’entreprise, de défense des services publics, des refus des privatisations, de la lutte pour la souveraineté énergétique, pour la défense de l’environnement, quelle que soit la lutte envisagée on mesure bien à quel point cette opération est une mauvaise affaire et à ce titre le vide abyssal du texte alternatif témoigne bien de la perspective réelle. Même si les coups essentiels sont portés contre le parti communiste, contre le socialisme, contre “l’étatisme”, l’ensemble va bien au-delà … et même jusqu’à la constitution de “démocrates” à l’américaine capables d’accepter la guerre… L’Humanité ne craint plus désormais de faire de Biden son héros, ou tout le moins en entretenant des illusions sur la différence entre Démocrates et Républicains, pour mieux accabler non seulement la Russie, mais la Chine. Ce sont des prises de position qui méritent au moins d’être questionnées, élucidées, ce qui n’est jamais le cas sinon en se référant au consensus qui est celui de l’idéologie dominante.

Si des communistes tombent des nues et sont accablés par le révélation de cette situation, il me vient l’envie de leur dire: mes chers camarades, sur les trois avant-derniers secrétaires nationaux du PCF, le premier Robert Hue vote Macron et est dans so comité de soutien, la seconde Marie-georges Buffet n’a jamais caché soutenir J.L.Melenchon contre son propre parti, le troisième Pierre Laurent se révèle de même tendance, d’ailleurs ils se sont adoubés. Franchement où croyez vous qu’il soit besoin de chercher les difficultés de votre parti? Parce que ces gens-là ont produit des équipes de cadres, ils ont systématiquement écarté, censuré tous ceux qui tentaient d’agir autrement et vous n’y avez pas vu malice… Le véritable miracle est qu’il existe encore un parti communiste français et s’il existe c’est à vous miitants de base, vous qui avez refusé qu’il change de nom qu’on le doit, alors appuyez vous sur ce qu’il vous reste de force et de volonté pour aller de l’avant, c’est possible et je ne vois personne d’autre que vous pour le faire.

Maintenant tout dépend des communistes eux-mêmes, de leur capacité à faire un choix pour leur parti mais aussi pour les travailleurs, pour la jeunesse et même pour la France. Ce qui les a caractérisés tout au long de leur histoire est cette capacité, ce désintéressement, comment vont-ils agir ? Oui ce Congrès peut-être passionnant et c’est une bonne chose que la clarté soit faite sur les enjeux réels.

Danielle Bleitrach

(1) j’emploie le terme de faction utilisé par Lénine à propos du rôle de Trotsky dans sa critique de la NEP, parce qu’il marque non pas l’existence d’un débat nécessaire à un congrès avec y compris même des ralliements sur des points en débat, mais bien l’utilisation de toutes les questions que pose la réalité des choix politiques pour renforcer sa tendance, la volonté d’étendre ce fractionnisme à d’autres organisations de masse. Dans ce cas les questions posées importent peu ce qui importe c’est de se compter en se distribuant les postes.

(2) il m’a semblé également qu’il était bon d’avoir des francs tireurs qui en dehors du PCF continuaient à exercer une pression pour l’information des militants sans pour autant faire du “soldat Roussel” la cible principale. Dans le cadre de l’incurie entretenue dans le débat public et qui désormais se reflète dans le parti, on ne peut pas tout attendre des conditions de censure actuelle.

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Xuan
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Une autre intervention à propos de "urgence de communisme", sur le réseau faire vivre :

39ème congrès du PCF
Communisme déjà là et socialisme nulle part ...(1)

Jeudi 29 décembre 2022, par Franck Marsal, Jean-Paul Legrand
https://lepcf.fr/Communisme-deja-la-et-socialisme-nulle-part-1?id_article=5165&id_objet=5165&id_forum=0#forum6042

Bernard Vasseur, avec d’autres, défend la thèse d’un "communisme déjà là", dans les pays capitalistes développés. Selon cette thèse, il suffirait que nous soyons dans une société capitaliste aux forces productives extrêmement développées pour que les hommes puissent envisager de passer au communisme dans un avenir proche. Cette solution du "communisme déjà là" et finalement presque abouti permettrait d’éviter la phase du socialisme, dont Bernard Vasseur nous explique qu’elle n’est ni nécessaire, ni souhaitable, qu’elle a même échoué et qu’elle aurait même été une sorte de déformation de la pensée de Marx comme si Marx avait tracé les contours d’une société idéale et que la construction d’une société en rupture avec le capitalisme devait suivre un mode d’emploi évitant cette déviation.

Ainsi, dans une interview, Bernard Vasseur déclare : "En 1848, Marx et Engels ont bien écrit le Manifeste du Parti communiste. Par la suite on s’est réclamé du socialisme mais, selon moi, il y a une différence d’ambition et de moyens politiques entre les deux. Par exemple, le socialisme souffre de sa croyance dans l’État comme moteur de la dynamique sociale, pas le communisme. Le communisme selon Marx n’a jamais été essayé." Or c’est dans ce même ouvrage que Marx et Engels font la critique des socialistes utopiques qui présentaient le socialisme comme une société idéale. Un tel exposé porte un réductionnisme de la pensée de Marx qui interroge. Bernard Vasseur oublie qu’il n’ y a jamais correspondance directe entre l’état matériel des forces productives et l’état de la pensée, ou autrement dit de l’idéologie des hommes. Il y a toujours un décalage qui se règle, se réduit dans la lutte des classes, par l’appropriation des hommes de leur expérience de classe et cela progressivement. Progressivement !

Par conséquent, si l’idée que le communisme frappe à notre porte est séduisante, en raison de la socialisation poussée des forces productives dans le capitalisme, on est loin d’une socialisation de la propriété et de la gestion de ces moyens de production, qui nécessite un très haut niveau de conscience - et de pouvoir - non seulement technique mais politique des travailleurs. On est au contraire dans une phase du capitalisme où les avancées sociales qui sont issues de conquêtes du mouvement ouvrier sont chaque jour remises durement en cause voire détruites. Nous ne devons pas sombrer dans l’idéalisme, qui consisterait à dire que les conditions sont d’emblée existantes pour construire le communisme. Elles le sont en partie du point de vue des potentialités du travail, mais elles restent hypothétiques quant à l’idéologie nécessaire pour une maîtrise politique des moyens de production par la classe ouvrière, par l’ensemble du monde du travail.

Il faut un certain temps historique pour que les idées des hommes s’accordent au nouveau car l’ancien, l’idéologie dominante perdure encore même après des conquêtes du mouvement populaire. De plus, il est très paradoxal de rejeter les expériences socialistes existantes ou ayant existé, et de se situer dans du "communisme déjà là" dans les grands pays capitalistes. En regroupant sous un même qualificatif de "socialiste" la social-démocratie et les expériences menées à la suite de la révolution russe, suivie par la révolution chinoise, la révolution cubaine et la victoire du Vietnam sur les Etats-Unis (pour ne citer que les principaux exemples de révolutions socialistes du 20ème siècle), Bernard Vasseur joue un drôle de tour de passe-passe. On donne l’impression que Lénine, les révolutionnaires russes, les chinois, cubains ou vietnamiens, seraient plus proches de la social-démocratie européenne que de Marx. C’est pourtant Lénine et ses partisans qui, précisément, font la critique la plus sévère de la social-démocratie. La révolution faite, un des premiers actes de Lénine est de reprendre l’idée du communisme : il crée l’Internationale Communiste, et son parti, issu du Parti Ouvrier Social Démocrate Russe, deviendra le Parti Communiste de l’Union Soviétique. De même, c’est bien le Parti Communiste Chinois qui vaincra l’occupant japonais et fondera la République Populaire de Chine. Pour parvenir à surmonter cette contradiction.

Bernard Vasseur s’en prend à "l’étapisme" : On aurait voulu considérer qu’une société socialiste était une étape nécessaire avant le communisme alors que la solution serait d’envisager directement le communisme. Il faudrait renoncer à toute étape et viser directement le communisme. Mais comment déjà dépasser le capitalisme sans rupture avec lui ? Sans que cette rupture ne se fasse par des luttes progressives, difficiles, conflictuelles et durables ? Sans que les classes dominantes résistent au nouveau ? Et comment qualifier cette société en transition, qui n’est plus capitaliste, mais qui n’est pas encore le communisme ? Dans cette société en transition, la révolution est en œuvre, et son pendant est la contre-révolution. Bernard Vasseur élude cette question qui est pourtant au coeur de toutes les expériences révolutionnaires : celle de la contre-révolution et de la lutte de classe devenue corps à corps entre la révolution et la contre-révolution. S’il n’y a ni processus révolutionnaire, ni étapes, construit-on le communisme en un jour ?

Bernard Vasseur nous dit, dans la même interview, "Le communisme, c’est la visée de l’émancipation humaine. Alors ce n’est certes pas le grand soir, mais c’est bien une révolution. C’est l’idée d’un changement d’ère de l’humanité, où chaque être humain décide individuellement et collectivement de se battre pour maîtriser sa vie et décider de son travail" . Voilà comment, selon Bernard Vasseur, le communisme peut être "déjà là", sans étape, déjà là dans la société capitaliste.

Le communisme de Bernard Vasseur est un communisme de visée. Il n’est pas nécessaire de renverser le capitalisme, pas même de commencer à renverser le capitalisme, ce serait une étape et l’étapisme est condamnable. Cela risquerait de nous mener à l’échec. Il suffit que "chacun décide individuellement et collectivement de se battre pour maîtriser sa vie et son travail" . Dès que le combat commence, dès même que l’idée du combat se forme dans notre tête, le communisme est "déjà là". En fait, le communisme, il suffit d’y penser très fort et il est "déjà là". Pensée magique d’un communisme "sans échec possible". Mais qu’on ne s’avise pas d’aller plus loin, de prendre le pouvoir et de transformer la société, car alors, la réalité du mouvement perd son caractère pur et idéal, parce que le « communisme » de Bernard Vasseur est bien idéalisé et ne tient absolument pas compte des conditions concrètes de chaque nation pour rompre avec le capitalisme.

C’est pourquoi, pour lui les révolutions du 20ème siècle sont des échecs, sans même les avoir analysées, sans même avoir perçu comment elles ont façonné le monde dans lequel nous vivons : mit fin à la 1ère guerre mondiale, libéré l’Europe des vieux empires autocratiques, contribué de manière prépondérante à vaincre le nazisme, à établir que ce l’on peut considérer en France et dans d’autres pays comme les institutions les plus avancées socialement, notamment la sécurité sociale, comment elles ont sorti les 3/4 de l’humanité des chaînes du colonialisme. Car, jamais le réel ne peut être à la hauteur d’un idéal de pensée. Entrer en lutte réelle, pour exercer le pouvoir et transformer la société, c’est plonger ses mains dans les entrailles ouvertes de la société. Même lorsque ce sont des dizaines de millions de mains qui créent ensemble l’impensable, ce ne peut être comparable à la pureté de la visée. Cette pensée au fond n’est pas propre à Bernard Vasseur. Elle est le propre de l’idéologie dominante du "capitalisme démocratique". Le socialisme et le communisme sont des échecs car ils ne sont pas parfaits. Le capitalisme n’a pas besoin d’être parfait, il est. Passer de l’un à l’autre, c’est affronter le réel. Bernard Vasseur préfère viser l’après.

Pour étayer sa démonstration, Bernard Vasseur cite souvent Marx qui explique que "le libre développement de chacun est la condition du développement de tous". Toute personne qui s’intéresse un peu à Marx a intégré cette réflexion. Mais cette question ne peut être sortie du contexte précis dans lequel elle se trouve, à la fin du 2ème chapitre du Manifeste.
Pensons nous réellement que la condition des salariés aujourd’hui même, avec des forces productives développées comme jamais dans l’histoire permet le libre développement de chacun ? Bien sûr que non et donc pour y parvenir, il va falloir que les producteurs deviennent propriétaires, se saisissent des moyens de production et deviennent maîtres des rapports de production. Ils devront faire l’apprentissage des gestions techniques, économiques et sociales de ces outils, les transformer profondément même, pour en faire des outils et des rapports pour la société, "pour le libre développement de tous" , et non plus pour l’accumulation privée du capital. Produira-t-on encore des voitures de luxe et des jets privés au détriment des moyens de déplacement de tous par exemple ? Certainement pas. C’est pourquoi Marx conditionne ce libre développement de chacun au moment où les différences de classes disparaîtront, où toute la production, socialisée, débarrassée des critères de rentabilité du capital, des stigmates de la société de classe, sera concentrée entre les mains des travailleurs associés.
A ce moment, les pouvoirs publics perdront leur caractère politique et deviendront un outil de développement. C’est à dire que Marx envisage bien un processus de transformation, qui commence avec la prise du pouvoir par les travailleurs, et qui s’achève par la transformation progressive de l’État dans son abolition comme instrument de coercition.
Ce processus, qu’on le veuille ou non, ne peut se constituer que dans la lutte des classes, et nécessairement par la domination de la classe anciennement dominée (les capitalistes). Peut-on penser un seul instant que, même avec des forces productives extrêmement développées, avec des producteurs dirigeant l’Etat, la classe capitaliste disparaîtra comme par enchantement ? Qu’il ne sera pas nécessaire d’avoir un moment historique de lutte, pour combattre, dans les relations sociales, dans l’idéologie ce que Bernard Vasseur évoque sous le terme d’aliénation ?

Ce moment historique de la lutte de classe est nommé par Marx lui-même et par les marxistes le "socialisme" et rappelons le, ce terme n’a rien à voir avec la politique que le Parti Socialiste (en France) a mise en place et qui n’est qu’un aménagement libéral du capitalisme. Les marxistes l’ont nommé socialisme justement parce qu’ils n’abandonnent aucunement le communisme. Ils voient le communisme comme le but (il n’est donc pas "déjà là", ça se saurait). Ils savent que l’atteinte de ce but nécessite de profondes transformations et de se confronter à tout ceux qui, par intérêt de classe ou par survivance de l’idéologie ancienne s’opposent aux changements. On socialise ce qui est privé pour parvenir à la société du commun. Ainsi, la pensée de Bernard Vasseur est profondément idéaliste. Elle ignore les aspects fondamentaux de la persistance des anciennes idéologies dans les phases de transition d’un mode à l’autre, la profondeur des transformations sociales, économiques, techniques, politiques à réaliser pour que chaque individu puisse s’émanciper en participant à l’œuvre collective, dans les phases de transition d’un mode social à un autre. Elle nie la nécessité de la lutte durant cette période, sur ce terrain éminemment politique et donc elle nie la nécessité de l’organisation du prolétariat en parti pour mener ce combat et ces transformations, pour créer une nouvelle culture, dans laquelle notamment la classe qui travaille, qui produit, est reconnue comme légitime à diriger la société, parce qu’étant la classe capable de subvenir aux besoins de la société. Elle rejette sans appel, sans absolument rien en retirer, toutes les expériences révolutionnaires, socialistes et communistes, pour se réfugier dans un "déjà là" en pensée.

Nous poursuivrons dans une deuxième contribution notre réflexion selon laquelle les conquêtes sociales dans le capitalisme ne sont que des préfigurations bien fragiles de ce que pourrait être un début de socialisme et non le « communisme déjà-là » car pour avancer vers le communisme il faudra assurer politiquement et préalablement la domination démocratique de la classe des producteurs sur la grande bourgeoisie par la conquête du pouvoir d’État. Ces constructions historiques qu’entreprennent déjà certains peuples avec les communistes comme en Chine ou à Cuba ne peuvent et ne doivent pas être idéalisés mais observées, pour les marxistes que nous sommes, dans leurs contradictions qui se confrontent à l’impérialisme. La France n’y échappera pas si son peuple décide de suivre la voie démocratique de la transformation sociale et donc de la rupture avec le capitalisme. Mais est-ce bien notre projet à nous les membres du PCF de rompre avec le capitalisme ? Nous disons bien rompre car il s’agit d’un moment fondamental du processus révolutionnaire dans le mode de production et dans les superstructures de la société, un moment de combats intenses de la lutte des classes et non une idéalisation, un moment historique qui vise à ce que l’on ne revienne pas en arrière, que le capitalisme ne reprenne pas le dessus. C’est donc bien une phase historique transitoire dont il s’agit que nous nommons avec Marx et Engels : le socialisme .

Jean-Paul LEGRAND et Franck MARSAL


__________________


Mon commentaire sur le site :

Le manifeste du parti communiste dit clairement :
« A la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »
Il est clair que cette association est une société débarrassée des classes et de leurs antagonismes. Il est clair aussi, et tous les autre textes de Marx et Engels le confirment, comme « l’origine de la famille de la propriété privée et de l’Etat » , que cette association ne comprend pas d’Etat au sens marxiste, c’est-à-dire de machine d’oppression d’une classe sur une autre.
Que disent Vasseur and C° de cette société sans Etat, sans classes ni antagonismes de classes : le communisme ? Si on lit « l’urgence de communisme » l’expression « sans classe » n’y figure nulle part…

Le Manifeste dit tout aussi clairement les conditions d’apparition d’une telle société :
« Si le prolétariat, dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe, s’il s’érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit par la violence l’ancien régime de production, il détruit, en même temps que ce régime de production, les conditions de l’antagonisme des classes, il détruit les classes en général et, par là même, sa propre domination comme classe. »
Marx indique très explicitement que le prolétariat s’érige par une révolution en classe dominante , puis qu’il détruit par la violence l’ancien régime de production .

Mais au cas où Vasseur aurait mal lu ou sauté quelques lignes, le Manifeste précise encore un peu plus haut :
« Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat , c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives.
Cela ne pourra naturellement se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production , c’est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier »
.

Les conditions pour parvenir à une société sans classe exigent des mesures imposées par la force, et cette force est imposée par l’Etat. Pour une simple raison, c’est que le mouvement des masses, aussi puissant et prolongé soit-il, doit se cristalliser dans le pouvoir d’Etat, dans les lois, la Constitution, les institutions et leurs instruments d’ordre et de répression, pour perdurer. Sinon il est renversé.
Il ressort de toute évidence que seul le pouvoir d’état aux mains des producteurs est capable de liquider la base économique du capitalisme, et par suite les classes et leur antagonisme.

Vasseur élude non seulement le texte magistral de Lénine « l’Etat et la révolution » , mais le Manifeste lui-même, et fait du marxisme une bouillie pour les nourrissons en affirmant que l’Etat prolétarien serait un moteur de la dynamique sociale et non l’instrument de domination du prolétariat. Ce qu’il ne peut pas avaler c’est la dictature du prolétariat.

Mais puisqu’il y a selon lui « une différence d’ambition et de moyens politiques entre… » socialisme et communisme, de quelle ambition et de quels moyens politiques s’agit-il pour lui ?

Le gruppetto Vasseur and C° court comme un poulet sans tête vers une société indéterminée, et remplace la révolution par une coalition disparate dans ses intérêts de classe et à finalité exclusivement électorale. On en sait d’avance les résultats depuis plusieurs décennies.
En effet, entre le socialisme ou le communisme et leur projet, la différence d’ambition est incalculable.
Reste l’urgence, urgence de quoi ? De sauver leur peau face aux critiques ?



Edité le 30-12-2022 à 23:20:20 par Xuan




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   Posté le 01-01-2023 à 11:01:52   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le développement contemporain des forces productives ouvre, de manière très contradictoire, une époque de révolution sociale mondiale par Jean claude delaunay


1 JANVIER 2023
https://histoireetsociete.com/2023/01/01/le-developpement-contemporain-des-forces-productives-ouvre-de-maniere-tres-contradictoire-une-epoque-de-revolution-sociale-mondiale-par-jean-claude-delaunay/


Voici la contribution de Jean Claude delaunay pour le 39 e congrès du parti communiste, une contribution théorique dont chacun msurera l’importance et qu’il a souhaité également confier à notre site parce que ce débat ne devrait pas se limiter à un conclave mais bien s’adresser à tous ceux qui sont concernés par le socialisme comme alternative au capitalisme et à son autodestruction planétaire. (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
illustration: rassemblement à l’occasion de la Nouvelle année 2023

Les sociétés humaines ont été, jusqu’à notre époque, des sociétés de rareté et, simultanément, des sociétés de classes antagoniques. En effet, les sociétés de rareté ne sont pas seulement les sociétés dans lesquelles on meurt de faim. Ce sont les sociétés dans lesquelles les besoins matériels de ses membres ne peuvent être, de manière visible et imédiatement ressentie, complètement satisfaits. Il a progressivement résulté, de cette pénurie relative, des formes d’appropriation privée du surplus par certains groupes d’individus aux dépens des autres groupes. C’est ainsi que furent constituées les classes sociales et la partition des populations en classes dirigeantes et dirigées, dominantes et dominées, exploiteuses et exploitées. Ce mode de fonctionnement a été, jusqu’à ce jour, le principe majeur d’organisation des sociétés.

Certaines classes sociales peuvent satisfaire leurs besoins matériels, ou le peuvent mieux que les autres, et ces autres ne le peuvent pas, ou le peuvent moins que les classes dominantes. De cela résulte un combat permanent entre ces deux catégories de classes sociales. Sociétés de rareté et sociétés de classes antagoniques ont été les deux faces de l’histoire des hommes, et le resteront tant que les classes s’appropriant (privativement) le surplus resteront en place et que les forces productives ne permettront pas d’atteindre l’abondance.

C’est pourquoi, pour un marxiste, l’économie est l’activité donnant, dans les sociétés de rareté, la plus grande quantité d’informations sur leur fonctionnement, passé et présent, ainsi que sur les conditions de leur dévelopement et de leur transformation. Telle est l’hypothèse de base de la théorie issue des travaux de Marx et d’Engels. Il en résulte l’importance primordiale accordée aux forces productives dans la compréhension, à notre époque, de la dynamique des sociétés.

Cela étant dit, il se trouve que les classes dominantes, dont la puissance est liée à un niveau et à une structure donnés des forces productives, ne sont pas à l’abri de classes rivales. Les forces productives évoluent et ceux qui sont en place ont du mal à se reconvertir. C’est pourquoi des rivaux apparaissent. Ils prétendent produire plus et mieux que leurs prédécesseurs. Lorsqu’ils sont assez forts pour intervenir, l’époque de la révolution des rapports sociaux est ouverte. C’est ce que Marx expliquait en 1859, tout en se situant dans le temps long. « A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété dans lesquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale»1. Au 18e siècle, en France, de nouvelles catégories sociales, urbaines, sont devenues fortes et compétentes à ce point qu’elles ont estimé pouvoir révolutionner les rapports féodaux, fondés sur la production agricole et l’appropriation privée de la rente foncière.

Ces bourgeois, ces gens des villes, ainsi nommés par différence avec les ruraux propriétaires, ont pris le pouvoir et ils ont révolutionné non seulement les rapports politiques mais les rapports sociaux de production et de consommation en industrialisant la France. Nous sommes aujourd’hui, en 2022, entrés ouvertement et explicitement, dans une époque de ce genre, et cela depuis les années 1970.

A cette époque a pris forme un processus de mondialisation capitaliste dont on peut dire qu’il a dialectiquement pris appui sur la révolution des forces productives en cours et qu’il en a développé certaines potentialités. L’Impérialisme de la fin du 20e siècle n’est pas le même que celui de son début en ce qui concerne les forces productives qui le structurent et le déstructurent à la fois. Voici revenu le temps de la révolution, comme en 1789, mais en raison des forces productives nouvelles qui le traversent, il s’agit cette fois de la révolution des rapports sociaux bourgeois.

Il semble donc très important de comprendre, dans un tel contexte, en quoi et comment le niveau des forces productives, matérielles et humaines, contemporaines entre désormais en contradiction ouverte et forte avec les rapports sociaux capitalistes monopolisés de production et de consommation. C’est, me semble-t-il, la base théorique de toute action révolutionnaire actuelle. C’est celle que les communistes de ce pays se doivent d’explorer et dont ils doivent s’emparer pour l’efficacité de leur combat2.

Je propose donc ce texte à la discussion de toutes celles et de tous ceux qui voudraient que «ça change réellement» quoique sans trop savoir par où commencer et comment mettre de l’ordre dans leurs réflexions.

Je n’ai pourtant pas de connaissances particulières. Je ne suis pas dans les secrets des pouvoirs et des alcôves. Je suis simplement marxiste et je prétends, à ce titre, qu’il faut commencer par les forces productives en développement, en regard des rapports sociaux de production et de consommation existants. Je m’inscris dans le courant de celles et de ceux qui proposent à la fois l’éviction de la bourgeoisie de tous les pouvoirs qu’elle monopolise ainsi que la prise en main par le peuple de ses affaires, économiques, politiques et culturelles.

Ce texte comprend trois parties. Dans la première, je vais résumer ce que je crois être la révolution contemporaine des forces productives, matérielles et humaines. Dans la deuxième partie, je m’interrogerai sur l’inertie apparente du système impérialiste. Dans la troisième partie, je dirai, toujours selon moi, ce que les adhérents du PCF devraient faire pour mettre leur organisation en accord avec la lutte révolutionnaire qui s’en déduit et entraîner le peuple dans ce vaste combat.

Karl Marx, 1859, Critique de l’Economie Politique, Préface (Marx.archives.net). La thèse selon laquelle les sociétés évoluent et se transforment sous l’effet de la contradiction entre forces productives et rapports de production figurait déjà dans le Manifeste communiste, rédigé par Marx et Engels en 1848 : «Depuis des dizaines d’années, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est autre chose que l’histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production…». Ce qui était théoriquement perceptible, il y a 175 ans, est en train de devenir expérience concrète, avec des forces productives profondément renouvelées par rapport à ce qu’elles étaient lors de la parution du Manifeste.
Comme l’écrit Jean-François Bolzinger dans sa préface au livre que vient de publier Ivan Lavallée, « En replaçant les forces productives comme l’élément déterminant du processus révolutionnaire, ce livre est un atout précieux pour orienter les combats» (Ivan Lavallée, Cyber-Révolution et Révolution Sociale, 2022, La Temps des Cerises, p.34).
La révolution contemporaine des forces productives

Certes, nous disposons, nous communistes français, d’une théorie de la révolution des forces productives. C’est la théorie de la révolution informationnelle, mise au point par Paul Boccara. Paul fut un camarade intellectuellement et politiquement éminent. Sa notoriété a eu cependant pour effet, de son vivant mais aussi par la suite, de figer la théorie en question tout en lui conférant le statut de l’évidence.

Cela dit, cette théorie soulève de nombreux problèmes. Je dis cela sans agressivité et je ne vais certainement pas, dans ce texte, régler mes comptes avec Boccara. Je pense néanmoins, si mon propos est justifié, que cette théorie n’est pas apte à nous aider conceptuellement pour nous diriger dans l’obscurité du monde contemporain.

Je vais donc dans cette première partie, commencer par un bref exposé de cette théorie. J’indiquerai ensuite celle sur laquelle nous pouvons, et je le crois devons, au contraire, bâtir notre raisonnement.

A) La théorie boccarienne de la révolution informationnelle

Voici comment on peut exposer les principales idées de Paul Boccara sur la révolution scientifique et techique en cours. Je vais le faire en deux points. N’étant pas en train d’écrire un document universitaire, je me permets de simplifier l’exposé de ses idées. Cela dit, on trouvera dans Economie et Politique ou dans Issues, ou dans ses Théories sur les Crises (deuxième volume)3, nombre d’articles qu’il publia sur ce thème. Je crois avoir compris l’essentiel de sa démarche et ne pas la déformer.

Le premier point à considérer serait le suivant. Les forces productives matérielles ayant toujours eu pour but d’accroître la productivité du travail, les progrès en ce domaine auraient d’abord commencé par les outils, prolongements de la main, et, pour les transports, par l’utilisation d’animaux. L’énergie propre à cette première étape aurait été celle des forces naturelles.

L’étape suivante aurait été celle de la prise en charge des outils par des machines, appelées machine-outils et par le remplacement des animaux par des machines de traction. Je rappelle que Paul Boccara publia en son temps, dans la revue La Pensée, un article important sur la machine-outil4. Il se situait explicitement, dans cet article, dans la continuité de Marx et d’Engels. L’énergie propre à cette deuxième étape aurait été la vapeur puis l’électricité.

Nous serions entrés, aujourd’hui, dans une troisième époque, et c’est là que Paul Boccara s’est efforcé d’innover, en l’analysant comme l’époque du remplacement de certaines fonctions du cerveau par des machines. Avec la révolution industrielle, la main de l’homme avait été remplacée par la machine-outil. Désormais, le cerveau de l’homme, certains de ses attributs en tout cas, seraient remplacés par l’ordinateur, lequel fonctionne avec des programmes et des informations, comme l’organe auquel il se substitue.

La révolution contemporaine des forces productives était donc, selon lui, «une révolution informationnelle», se développant avec des formes d’énergie appropriées. Le paradoxe apparent de cette révolution aurait été qu’en remplaçant certaines fonctions du cerveau par des machines, elle aurait, dans les faits, inversé le rapport entre forces productives matérielles et forces productives humaines, conférant à ces dernières une prééminence potentielle.

Le deuxième point à considérer est celui de l’incidence de cette révolution sur les rapports économiques capitalistes. Je crois que, pour Paul Boccara, cette incidence, au plan économique, était double.

D’une part, l’application de la révolution en question entraînait la robotisation accélérée de la production, l’éviction intensive de la main-d’oeuvre, avec pour conséquence l’élévation durable de la composition organique du capital et la baisse non moins durable de sa rentabilité, etc. Elle entraînait, d’autre part, un processus tendanciel, également mortifère, d’appropriation privée de l’information par les capitalistes, et par conséquent, de réduction forte et croissante de l’accessibilité des individus à l’information.

En effet, disait Paul Boccara, l’information est volatile et elle est reproductible à l’infini, pour un coût variable proche de zéro. Les capitalistes étaient donc, selon lui, confrontés séparément à la contradiction suivante, à savoir, d’un côté, investir beaucoup (importance des coûts fixes) pour stocker et traiter productivement l’information dans le but du profit privé, mais d’un autre côté courir le risque de voir cette information diffusée partout avant même qu’ils aient pu, pris un à un, rentrer dans leurs frais et rentabiliser leurs propres affaires.

Cette contradiction aurait donc été prise en charge globalement, et si je puis dire naturellement, par le système capitaliste, qui aurait mis en œuvre, pour la résoudre, une solution générale permettant à chaque capitaliste de s’y retrouver. Cette solution, spontanément conforme à la structure capitaliste, aurait été celle de «la marchandisation de l’information» et la possibilité, sur cette base, pour chaque capitaliste, d’acheter et de vendre de l’information, ou d’acheter de l’information et de la détruire.

Toutefois, toujours selon Paul Boccara, la transformation des informations en marchandises aurait constitué la pire des perversions introduites par les classes dirigeantes dans le fonctionnement de la révolution scientifique et technique en cours. La marchandisation de l’information réduirait fortement son accessibilité par les populations, tout en permettant sur elle des interventions malveillantes de la part des capitalistes.

Les communistes devraient donc se donner pour première tâche révolutionnaire de démarchandiser l’information, de permettre que tous y accèdent, de veiller à ce qu’elle ne soit pas pervertie et manipulée, de la même façon qu’ils devraient proposer de démarchandiser la force de travail, grâce à la sécurité de l’emploi et de la formation.

A une économie et à une société structurées par des rapports sociaux d’appropriation privée et de marché, Paul Boccara suggérait que fut mise en place, à mon avis sans transition socialiste particulière, une économie et une société structurées par des rapports sociaux non marchands de partage et de coopération.

Il me semble que ce camarade concevait la révolution contemporaine comme étant à la confluence de deux mouvements, liés aux forces productives, un mouvement politique et culturel de développement de qu’il appela l’anthroponomie, ou processus d’affirmation croissante du rôle des hommes dans la société ainsi que de leur essence profonde, un mouvement économique complémentaire de démarchandisation généralisée des activités humaines, et d’abord celles de l’information et de la force de travail.

Je vais maintenant présenter une autre approche de la révolution contemporaine des forces productives.

3. Paul Boccara, Théories sur les Crises, la Suraccumulation et la Dévalorisation du Capital, deux volumes, 2013 et 2015, Editions Delga, Paris;

4. Paul Boccara, «Sur la révolution industrielle au XVIIIe siècle et ses prolongements jusqu’à l’automation», La Pensée, n°115, Juin 1964.

B) Les composantes de la cyber-révolution

Nous avons été quelques uns à considérer que les travaux de Paul Boccara, et les publications qui en témoignaient, méritaient mieux que ce qu’il en donnait à voir, sur la triple base de son prestige personnel, de sa position de pouvoir grâce à la Section économique du Comité central du PCF, au sein d’un PCF féodalisé, et finalement, sur la base du très faible degré de connaissances économiques, traditionnellement en vigueur dans cette organisation, plus portée sur la politique que sur l’économie.

«La révolution informationnelle», n’a pourtant jamais fait l’unanimité. C’est d’ailleurs rarement le cas dans le domaine de la théorie et c’est pourquoi il convient de préserver et d’affirmer la liberté de la recherche et de ses résultats. Parmi les communistes et syndicalistes que je connais et qui manifestaient de la distance avec cette théorie, je cite les noms de Francis Velain, Ivan Lavallée, Quynh Delaunay, Jean Lojkine, moi-même5.

Les deux ouvrages suivants aident à en faire la critique. Le premier, signé par Nigoul et Lavallée, a été acheté par environ 200 personnes. Le second, version remaniée et développée du premier, vient, sous la signature d’Ivan Lavallée, d’être publié par Le Temps des Cerises6. Espérons que son chiffre de vente dépassera les 250. En m’inspirant de leur lecture et en y adjoignant quelques éléments personnels d’analyse et d’interprétation, je vais dire, à l’aide de quatre thèmes, comment je comprends la révolution en cours des forces productives. Je ne prétends pas différer de Paul Boccara en tous points, ce serait absurde. En revanche, je prétends que ma compréhension du phénomène est différente de la sienne et peut conduire à d’autres conclusions.

Voici les quatre points que je vais développer. La révolution scientifique et technique en cours est :

a) une révolution de toutes les formes de travail et donc une révolution dans la population des travailleurs porteurs de cette révolution. Cette révolution touche directement la classe ouvrière issue de la révolution industrielle précédente.

b) une révolution du rôle de l’information et de la dialectique de l’information dans la conduite des affaires humaines.

c) une révolution du rôle de la science et de la connaissance scientifique dans l’activité et dans la vie des sociétés.

d) une révolution dans le rôle respectif des forces productives matérielles et humaines. Ce rôle respectif est d’abord bouleversé pour des raisons internes à la révolution scientifique et technique en cours. Il est ensuite complètement modifié pour des raisons externes, à savoir la révolution démographique, observable depuis les années 1950.

1) Une révolution dans les instruments de travail

Il est banal de dire qu’aujourd’hui l’ordinateur est partout. Que ce soit dans les entreprises et les administrations, que ce soit dans les laboratoires, dans les maisons ou sur les champs de bataille, ce qui était autrefois de la mécanique est aujourd’hui remplacé par de l’électronique et de l’informatique.

Mon propos n’est pas ici de faire l’exposé technique de cette situation et de son histoire, car je n’en ai pas les capacités. Il est d’indiquer, tout en m’inspirant du livre d’Ivan Lavallée, en quoi les ordinateurs modifient le travail humain. Les forces productives sont révolutionnaires parce qu’elles modifient le travail. En suivant des étapes, elles en redessinent le champ et la forme. Elles modifient le travail et produisent les travailleurs.

La machine universelle de Turing est l’ancêtre de l’ordinateur. «Le système technique de la Cyber-révolution est porté par la Machine de Turing Universelle, laquelle, en tant qu’universelle, est quasiment présente dans tous les artefacts humains et structure la société, modifiant tant ses façons de produire et travailler que sa façon d’être au monde» (p.42).

Qu’est-ce donc que la machine de Turing? Contrairement à ce suggère le terme de machine, la machine de Turing n’est pas «un objet matériel, palpable», une sorte de prototype. C’est un concept abstrait, exposé en 1936 par un mathématicien d’origine britannique, Alan Mathison Turing. C’est «une expérience de pensée», «un concept d’une puissance phénoménale, à l’origine de l’informatique et de la révolution numérique» (p.202).

Les ordinateurs sont sortis de cette matrice. Mais aussi indispensables et répandus qu’ils nous paraissent aujourd’hui, ce ne sont pas que des instruments banalisés. Ce sont les vecteurs de la théorie selon laquelle tout est nombre, comme le disait déjà Pythagore (p.98). On ne peut donc les réduire à la simple fonction de remplacer certaines opérations du cerveau humain. Ce qu’il convient de ne pas oublier, écrit Lavallée, est que derrière ces instruments se tient l’expérience de pensée de la machine universelle de Turing, la mère de toutes les machines (p. 99).

Or cette expérience de pensée énonce que «tous les objets, ainsi que les êtres vivants peuvent être représentés par des objets mathématiques… Tout ce que l’intelligence modèlise, conceptualise et organise, décrit en structures, est modélisable mathématiquement : la linguistique, le droit, la philosophie, la sociologie peuvent utiliser la pleine puissance des mathématiques…Les hommes peuvent désormais penser mathématiquement le monde naturel, leur monde social, en rendre compte par des structures mathématiques, des nombres et des calculs…En unifiant les calculs des disciplines scientifiques, la machine de Turing universelle annonce des convergences dans l’industrie des hommes…Plus encore, le principe opératoire des machines de l’industrie est rendu obsolète par ce nouveau paradigme, qui va s’imposer partout où il s’agit de guidage sous quelque forme que ce soit» (p.101). Quelle peut être l’incidence des ordinateurs dans la vie des sociétés?

Cette incidence est double. Elle a d’abord trait à l’information, qui subit une révolution. J’en traiterai dans le point suivant. Elle concerne ensuite, et peut-être surtout, le travail. Je retiens deux angles d’observation du travail et de sa modification par les nouvelles forces productives.

Le premier est celui de la tendance à l’unification des travaux engendrés par la révolution industrielle. Par unification, il faut entendre tous les processus de rapprochement géographique et temporel des activités, ainsi que la tendance au rapprochement des formes d’intervention des travailleurs (du travail proprement dit).

L’ordinateur est partout et il tend à unifier les travaux de l’industrie et du commerce, de l’industrie et de l’administration, du secteur public et du secteur privé, de la production des entreprises et de celle des autres agents. Il tend à unifier les espaces de travail, domestique et d’entreprise. Il tend à unifier et à rapprocher le travail de production, de répartition et de consommation. Il tend à unifier les travaux dans l’espace, à les mettre en confrontation. Il tend à unifier le travail manuel et le travail intellectuel et fait subir de profonds changements à la classe ouvrière comme aux autres catégories de travailleurs, issues de la révolution de la machine-outil. Le concept de classe des travailleurs tend peut-être à remplacer celui de classe ouvrière.

On peut également se demander si la notion de «peuple» n’est pas en train d’acquérir une réalité pratique, sous l’effet des forces productives contemporaines. En résumé, l’outil a produit le travail agricole, et réciproquement. La machine-outil industrielle a produit le travail industriel et réciproquement. La machine universelle de Turing serait en train de produire le travail général, le travail dans toute sa pleinitude.

Le deuxième est la tendance à l’extension des formes d’exploitation du temps de travail aux travailleurs de toutes catégories. Si l’on cherche à résumer l’histoire de l’exploitation capitaliste industrielle du temps de travail, on peut distinguer deux sous-périodes. La première est celle de l’exploitation intensive de la force de travail par le temps passé sur les lieux de production. C’est la période de la plus-value absolue. Elle s’étend jusqu’au début du 20e siècle. La résistance ouvrière est telle que les capitalistes dirigeants sont obligés d’envisager un changement de régime dans l’exploitation du travail.

C’est alors que s’ouvre la deuxième période, celle de l’exploitation du temps de travail avec beaucoup d’investissements et par production de plus-value relative. L’impérialisme capitaliste est né dans ce nouveau contexte. Cela dit, la production de plus-value relative a engendré à son tour de telles contradictions et une telle résistance de la part des ouvriers que ce régime d’exploitation a été contraint, autour des années 1970, à changer fortement. L’impérialisme s’est alors mondialisé, entrant en relation dialectique avec la nouvelle révolution scientifique et technique. Sous l’angle des forces productives, l’impérialisme contemporain n’est plus le même que celui analysé par Lénine et d’autres.

Le paradoxe de la nouvelle révolution des forces productives, en permettant l’extension et la généralisation des processus ouvriers de l’exploitation à d’autres catégories, a ouvert la possibilité de la mise en place de processus d’exploitation du travail reposant sur la production conjuguée de plus-value absolue et de plus-value relative.

Cette révolution est une révolution «bi-frons», à double face. D’une part, elle engendre des modalités d’exploitation renforcée du travail. Mais d’autre part, en raison de la croissance de la productivité du travail qui la caractérise, et de la formation de la classe des travailleurs à laquelle elle est associée, elle ouvre la possibilité de la libération complète des travailleurs devant toute forme d’exploitation.

5- Je renvoie notamment à La Révolution de Notre Temps, Note de la Fondation Gabriel Péri, Janvier 2012, ainsi qu’à Quynh Delaunay et Jean-Claude Delaunay, Lire le Capitalisme Contemporain, Essai sur la Société du XXIe siècle, 2007, Le Temps des Cerises, Paris.

6- Ivan Lavallée et Jean-Pierre Nigoul, 2002, Cyber-Révolution, Révolution Scientifique et Technologique, Mondialisation et Perspective Communiste, Le Temps des Cerises, Paris; Ivan Lavallée, Cyber-Révolution et Révolution Sociale, 2022, Le Temps des Cerises, Paris.

2) Une révolution dans le rôle de l’information et surtout de son traitement

Ce qui est intéressant, dans le livre de Lavallée, est la remarque suivante. La révolution en cours serait la conjonction de deux révolutions distinctes. La première serait «la révolution numérique», que je viens d’évoquer dans le point précédent. La deuxième serait celle de «la cybernétique». Mais il aura fallu que la révolution numérique acquierre force et vigueur, à travers toute une série d’inventions (transistors et microprocesseurs, développement des réseaux, Minitel…) pour que «la cybernétique» prenne réellement son envol, et entraîne le dépassement de ce que l’on nommait auparavant «la révolution scientifique et technique».

«La symbiose de la révolution numérique, la machine de Turing universelle, et de la cybernétique subliment et transcendent la révolution scientifique et technique, lui donnant une dimension tout autre, et in fine la dépassant qualitativement, ce qui nécessite un concept nouveau, celui de Cyber-Révolution» (p.140-141). Qu’est-ce donc que la cybernétique et quel est son lien avec l’information?

La cybernétique est née pendant la Deuxième guerre mondiale, dans des circonstances beaucoup plus concrètes que celle que connaissait Turing en 1936, à savoir la démonstration du premier théorème d’incomplètude de Gödel. Mais l’intérêt de ce rappel est de montrer que l’’information moderne tend à introduire les probabilités dans la vie courante

Je rappelle ces circonstances. Comment aider un poste de Défense contre les avions, ou DCA, à ajuster son tir sur une cible en rapide et permanent déplacement (l’avion), et qui vous fonce dessus? Norbert Wiener publia en 1948 le résultat des recherches effectuées pour résoudre ce type de problème, soit 12 ans après Turing. On peut dater de 1948 le début de la science de la Cybernétique et du début des années 1970 le commencement de la cyber-révolution.

Le concept d’information véhiculé par cette discipline sépare l’information de son contenu. Je laisse volontairement de côté les apports de Shannon, Kolmogorov ou Somonoloff sur ce concept (p. 106-107) pour centrer l’attention sur ce que je crois essentiel. Une information, au sens moderne du terme, est, selon Wiener, une interaction. «L’information, c’est l’information. Elle n’est ni matière ni énergie» écrit Wiener, bien qu’il faille de l’énergie pour la créer ou la diffuser et bien qu’il faille de la matière pour l’enregistrer et la stocker (p.204). Avec la cybernétique, ce qui est important, au plan scientifique, n’est pas l’information proprement dite mais le traitement de l’information. «Un élément central de cette Cyber-Révolution est l’importance prise par le traitement de l’information» (p.141). Et il est vrai que, lorsque le poste de DCA reçoit une information sur la position de l’avion ennemi, cette information est fausse puisqu’entre temps, l’avion a déjà bougé. «Il n’y a plus de modèle déterministe complet…On ne peut plus se contenter de prévoir ce qu’il faut faire…Ce qui compte, c’est le traitement des données…Ce qui était antérieurement le modèle devient de plus en plus le schéma de traitement des données, l’algorithme, le programme» (p. 108-109).

Les activités : scientifique, commerciale, productive, administrative, de transport, médicale, assurancielle, bancaire, préventive, écologique, climatique, etc…modernes, prend appui sur d’énormes base de données. Mais celles-ci n’ont de valeur que si elles sont constamment réalimentées.

3) La science dans la dynamique des forces productives

Mais pourquoi le terme de cyber-révolution? En quoi ce qui était vrai auparavant, à savoir le rôle de la science comme force productive, serait-il devenu érroné? Rien de tel n’est vrai. La Science (par exemple la science médicale ou la science de la vaccination) est aujourd’hui une force productive directe.

La véritable révolution des forces productives a été réalisée récemment lorsque s’est produite la conjonction de la cybernétique et de la machine universelle de Turing (p.207). Cette dernière et ce qui en a résulté, l’informatique, a donné aux théoriciens et praticiens de la cybernétique les moyens de déployer non seulement en pensée mais concrètement tout ce que nous pouvons savoir des interactions dans tel ou tel domaine, soit de la nature, soit de la société. «L’informatique est à cette nouvelle révolution ce que fut la machine à vapeur pour le XVIIIe siècle» (p.215). Cette conjonction a reposé sur un travail scientifique considérable. La science est consubstancielle aux forces productives modernes.

Il faut noter un élément supplémentaire, à savoir que chaque discipline, chaque science, est à son tour susceptible d’être dynamisée par la révolution cybernétique. Le terme de cyber-révolution vise alors à rendre compte de ce phénomène spécifique de dynamisation et de sa généralité. La révolution cybernétique, adossée à l’informatique en plein développement, traverse et dynamise toutes les sciences. C’est pourquoi notre époque serait celle de la CYBER-REVOLUTION. Ivan Lavallée reprend à son compte le concept de «système technique», de Bertrand Gilles, pour en parler. L’informatique serait le cœur du système technique que forme la Cyber-révolution. Toutes les sciences seraient pénétrées par la révolution cybernétique et toutes les activités en relèveraient potentiellement. Elles seraient en quelque sorte «scientifisées» par la cyber-révolution.

4) Le renversement du rôle respectif des forces productives matérielles et humaines

Quel que soit le nom qu’on donne à leur révolution, les forces productives désignent non seulement les matériels et l’énergie utilisés mais aussi les hommes.

C’est par effet de l’idéologie capitaliste, et de sa survalorisation du capital technique, que nous sommes enclins à «oublier» que les hommes (plus généralement la nature) font partie des forces productives.

Ce que l’on observe aujourd’hui, puisque la science est déterminante du fonctionnement de la société et de son efficacité, est que, dans les forces productives, le facteur humain tend à l’emporter sur le facteur matériel. Certes, la cyber-révolution ne peut être accomplie sans que, par exemple, la science des matériaux nécessaires ne progresse à son tour. Mais les scientifiques sont partout présents, soit en tant que concepteurs, soit en tant qu’agents et pilotes. Cela dit, la prédominance du facteur humain est, cela va de soi, combattue par les capitalistes.

Je souhaite attirer ici l’attention, de manière argumentée, sur le rôle contemporain des hommes dans le mouvement des forces productives, cela en raison de leur nombre, et pas seulement en raison de leurs savoirs et de leurs compétences. Le nombre de la population va peser et de plus en plus en faveur du développement économique général, quelles que soient par ailleurs les résistances. Comment cela est-il possible?

Les statistiques de la population mondiale montrent que cette dernière, qui était de 1.633 milliard en 1900, est aujourd’hui de 7.840 milliards. Elle a donc été multipliée par 5 en un peu plus de un siècle7. Si l’on examine maintenant les rythmes de variation de cette population, on observe qu’elle s’est accrue de manière accélérée tout au long du 20e siècle. Elle s’est accrue de plus en plus rapidement, atteignant son rythme maximal au cours des années 1960-1980, années au cours desquelles prit forme la nouvelle révolution des forces productives.


Le tableau 1 ci-dessus [voir sur site] permet de compléter ces premières observations. En effet, ce n’est pas la quantité de la population qui est, de par elle-même, révolutionnaire. C’est cette quantité dans certains rapports sociaux. Pour illustrer mon propos, je dirai que la population chinoise a fortement augmenté au cours du 19e siècle. Ce n’est toutefois pas cette quantité qui ébranla la dynastie Qing. C’est cette quantité, agissant dans le cadre des rapports sociaux caractéristiques de l’époque Qing. Ils se révélèrent inaptes à satisfaire les besoins de la population nouvelle, et cette dernière, à son tour, se trouva en situation de chercher à le faire, ne fut-ce que confusément, jusqu’au renversement de la dynastie en 1911. Je vais appliquer ce raisonnement aux évolutions quantitatives contenues dans le tableau 1.

L’information la plus importante qui en ressort est, à mon avis, la suivante. C’est au cours des années 1980-2000 que «le reste du monde», c’est-à-dire la masse hétérogène des pays industriellement sous-développés et non socialistes, est devenue, sous l’angle de la population, majoritaire dans le monde. Ce reste du monde abrite aujourd’hui 62% de la population mondiale. Ce qui veut dire, par raison contraire, que la population des pays industriellement développés est minoritaire (38%).

On note également que cette population des pays développés est divisée en deux ensembles socialement distincts mais approximativement égaux en poids, l’ensemble socialiste (20%) et l’ensemble capitaliste (18%). L’ensemble socialiste a été réduit en poids au début des années 1990. Il n’en demeure pas moins majoritaire au sein des pays développés

Au début du 20e siècle, la population des pays sous-développés existait mais elle ne comptait pas aux yeux de ceux qui gouvernaient le monde. Elle était durement exploitée et totalement invisible. L’impérialisme, dont les marxistes observaient à cette époque la formation, était un système dont les composantes étaient les nations industriellement développées de l’Europe et de l’Améique du Nord, structurées par les forces productives, certes plus évoluées mais néanmoins de même nature (la machine-outil industrielle) que celles de la révolution industrielle du 18e siècle.

L’impérialisme contemporain est un système structuré par d’autres forces productives, en particulier par la machine universelle et la Cyber-Révolution. C’est notamment pour cette raison qu’il a été conduit vers la mondialisation capitaliste autour des années 1970-1980. Sous l’effet de ce processus, la population des pays industriellement sous-développés a commencé d’exister, non seulement politiquement, comme ce fut le cas avec la décolonisation après 1945, mais économiquement, avec les implantations intensives de firmes multinationales.

Les classes dirigeantes des pays sous-développés ont alors eu le choix soit de se soumettre aux puissances impérialistes et de fonctionner comme bourgeoisies compradores, soit de penser à leur destin en conformité avec une vision nationale et de plus long terme que celle d’une servitude dorée. C’est pourquoi la population de ces pays, nombreuse, croissante, de plus en plus exigeante, a tendu et tend à orienter ces classes dirigeantes à la fois vers le choix de la souveraineté nationale et celui du développement.

L’état des lieux concernant «le reste du monde» est donc différent aujourd’hui de ce qu’il était il y a un siècle sinon dans tous les pays qui le composent, du moins dans les plus grands d’entre eux. On peut le résumer à l’aide d’un triple mouvement, extrêmement complexe et contradictoire.

Le premier est la volonté des classes dirigeantes de ces pays de les développer en y implantant la révolution industrielle des 18e et 19e siècles ainsi que certains segments de la nouvelle révolution des forces productives. Ces classes dirigeantes sont quasiment toutes capitalistes, c’est-à-dire orientées d’abord par leurs propres intérêts de classes. Cela dit, elles tendent à intégrer cette orientation privée dans une approche macro-sociale, nationale, du développement .

Le deuxième mouvement est certes celui de la recherche, par les groupes monopolistes des pays capitalistes développés, des produits agricoles, des matières premières rares et des sources d’énergie bon marché que les pays industriellement sous-développés contiennent. Mais à ces objectifs classiques s’ajoute la recherches de nouvelles sources de production de valeur et de plus-value ainsi que de nouveaux marchés.

Le troisième est celui de la recherche de ces mêmes ress0ources rares par les pays socialistes, en particulier par la Chine socialiste.

La différence qualitative énorme existant entre les pays constitutifs de l’Impérialisme et les pays constitutifs du Socialisme est que ces derniers appuient les stratégies de développement, alors que les pays de l’impérialisme les combattent. C’est leur intérêt. Ils développent leur économie en fonction des intérêts de leur peuple et non en fonction d’intérêts monopolistes. Il s’en déduit des formes objectives d’alliance entre les pays socialistes et les classes capitalistes des pays en développement.

Les classes dirigeantes des pays capitalistes développés privilégient au contraire la prédation sur le développement, la guerre sur la paix. Elles ont détruit récemmment un système de distibution dans divers pays d’Europe du gaz issu de Russie. Elles ont sciemment détruit des forces productives adaptées à notre temps et au développement dans le simple but de la rentabilité. Il s’en déduit que, malgré leurs ressemblances, de nature ou d’essence avec leurs homologues des pays en développement, elles entrent en forte opposition avec elles. Cette opposition peut aller jusqu’à l’antagonisme, la lutte à mort, comme c’est actuellement le cas entre les pays de. l’Impérialisme et la Russie .

C’est ainsi, me semble-t-il, que, à notre époque, la grande masse des forces productives humaines, celle des pays sous-industrialisés, participe au développement des forces productives et contribue à la maturation de la contradiction générale entre forces productives et rapports sociaux de production.

Le 21e siècle ne sera peut-être pas le siècle du socialisme, mais il sera certainement, si les rapports sociaux monopolistes sont à leur tour révolutionnés, celui de la généralisation du développement industriel.

7. Germaine Veyret-Verner, «L’accroissement de la Population Mondiale (1920-1960). Types d’Accroissement naturel et Essai d’Interprétation», Revue de Géographie Alpine, 1965, 53-4, p.525-558. En 1920, la population mondiale aurait été de 1.811 milliard.

Et pourtant les rapports sociaux de l’Impérialisme sont toujours là
Ce qui paraît surprenant, dans l’histoire du 20e siècle, est la très grande inertie des rapports sociaux de l’Impérialisme. Ils sont toujours en place. Les grandes bourgeoisies s’accrochent et tiennent la commande, tant bien que mal, mais elles y parviennent. Leurs agents, hommes ou femmes, pillent, volent, engagent des guerres sans en réferer à qui que ce soit, donnent des ordres ignobles et sont bien souvent corrompus au delà de la moëlle. Mais apparemment rien n’y fait.

Comment se fait-il, puisque tant de bouleversements aussi profonds que la Cyber-Révolution l’assaillent, que ce système n’ait pas succombé depuis longtemps à toutes les guerres qu’il a engendrées? Il y a bien longtemps que le poids de ses vices l’a emporté sur celui de ses vertus. Comment se fait-il que le puissant mouvement de socialisation des forces productives auquel nous assistons n’engendre pas, de manière plus massive, l’idée qu’il conviendrait enfin de nettoyer les écuries d’Augias en commençant par construire en France une société socialiste ?

Sans doute les marxistes savent-ils que les relations s’établissant entre les faits de la société et la conscience des changements qu’ils devraient impliquer prennent du temps à naître et cheminent parfois de façon tortueuse et compliquée. La question mérite cependant d’être soulevée si l’on souhaite accélérer, ne serait-ce qu’un peu, le mouvement de l’histoire. Cela étant dit, la base commune nous donne un élément d’explication des raisons pour lesquelles les Impérialistes, en France, peuvent encore dormir sur leurs deux oreilles.

Lorsque la direction du PCF propose à ses militants un discours tel que celui contenu dans «la base commune», ma conviction est que la lutte ne peut pas être correctement menée dans ce pays contre l’Impérialisme et contre les grandes bourgeoisies qui le soutiennent. Ses idées sont trop confuses. Comment la cause de la Paix, qui est fondamentale et à la source de toute autre action, pourrait-elle l’emporter dans le contexte d’une pensée qui, visiblement, n’a pas la maîtrise d’elle-même?

Cela dit, ce n’est que mon avis et je ne suggère pas de le réécrire en entier puisqu’il a été adopté. En revanche, je suggère de l’amender très sévèrement sur un point, et cela en liaison directe avec le développement des forces productives à notre époque. Ce point concerne la Paix. Que signifie cette lutte, tant au plan national qu’international? Pourquoi la Paix est-elle nécessaire au bon fonctionnement des forces productives contemporaines?

Faire prévaloir des rapports sociaux de paix dans le monde

Les marxistes disent que la socialisation des forces productives engendre, au sein du capitalisme, une contradiction croissante avec les rapports privés de production. Je crois qu’il en est bien ainsi et que la première catégorie de rapports sociaux qui devraient et doivent être changés aujourd’hui dans le monde est celle des rapports sociaux de guerre pour leur subsituer des rapports sociaux de paix.

De cela nous avons plusieurs illustrations récentes. La première est celle fournie par ces pipe-lines que l’on nomme Nord-Steam 1 et Nord-Stream 2. La Russie et l’Allemagne s’étaient entendues, l’une pour livrer du gaz à un prix avantageux et l’autre à en consommer de grandes quantités sur plusieurs décennies. Ces pipes furent donc construits, traversant la mer Baltique, étant ainsi indépendants de la Pologne et de l’Ukraine. Le 26 septembre 2022, ils furent l’objet d’un attentat qui les a rendus quasiment inutilisables pour toujours.

La deuxième illustration est celle fournie par le pont de Crimée. Cette infrastructure, longue de 19 km, relie l’actuelle Russie à la Crimée. Elle a été l’objet d’un autre attentat, le 8 Octobre 2022. Cette fois, le pont ne fut que légèrement touché.

Ces deux exemples montrent cependant que notre époque dispose, grâce aux nouvelles forces productives, de capacités techniques permettant de construire et de gérer de telles infrastructures. Mais traversant plusieurs pays ou de longue distances, elles sont, en raison de leur taille, infiniment vulnérables. Elles ne peuvent fonctionner convenablement, être réparées et utilisées sans risques que dans un cadre d’où les rapports sociaux de guerre soient exclus au bénéfice de rapports sociaux de paix .

Et puis que dire des satellites, qui peuvent être de puissants moyens de communication mais aussi des menaces mortelles? Que dire des réseaux sociaux, comme internet, qui peuvent tout aussi bien unir le monde que le diviser? Que dire de la monnaie électronique, si celle-ci peut être volée ou détournée par telle ou telle puissance? Comment le commerce, nécessaire pour se procurer les biens et les services dont on ne dispose pas, pourrait-il prospérer s’il est dans le pouvoir de telle ou telle puissance d’en bloquer le fonctionnement, comme le font aujourd’hui les Etats-Unis qui, depuis 3 ans, font obstruction au fonctionnement de la Cour Suprême de l’OMC, par ce que cela aurait toutes les chances de mettre en lumière leurs turpitudes ?8

Mais qui sont donc les pays et les dirigeants portant la responsabilité de faire prévaloir aujourd’hui, dans le monde, des rapports sociaux de guerre sur des rapports sociaux de paix? La réponse à cette question est à mon avis très simple. Il suffit, si l’on est marxiste, d’observer la réalité. Le marxisme n’est pas une expérience de magie. C’est une théorie dont l’ambition est scientifique. Elle doit donc reposer sur l’observation et non sur les fantasmes et l’imagination. Or le texte de la base commune révèle une double défaillance.

La première est la méconnaisance de ce qu’est l’impérialisme contemporain, concept pratiquement jamais utilisé et remplace par celui de capitalisme neo-libéral, comme si le PCF était devenu une annexe d’Attac. La deuxième est l’acceptation des mensonges les plus grossiers concernant la Russie comme étant l’expression de la vérité. Voyons successivement ces deux défaillances.

8. « Le Monde ne peut pas rester les bras croisés si les Etats-Unis insistent pour suivre leur propre voie», éditorial de Global Times, 25/12/2022. Ce texte a été reproduit par divers sites, en particulier Histoire et Société et Le Saker Francophone.

Qu’est ce donc que l’Impérialisme aujourd’hui?

Est-il besoin de le rappeler, l’impérialisme n‘est pas le capitalisme. C’est le capitalisme arrivé à un stade particulier de maturité, lui-même caractérisé par l’existence de monopoles suffisamment puissants pour pervertir à leur avantage tout le fonctionnement de la société.

Au début du 20e siècle, l’impérialisme était fondé sur les forces productives de la machine-outil industrielle. C’était un impérialisme de nations concurrentes. Elles se sont faits la guerre, à mort.

Quand il décrit l’Impérialisme, Lénine peut observer l’horreur des champs de bataille de l’époque. Aussi n’est-il pas étonnant qu’il parle d’un «capitalisme pourrissant», d’un «capitalisme en pleine putréfaction». Mais il ajoute aussitôt : «Ce serait une erreur de croire que cette tendance à la putréfaction exclut une croissance rapide»9.

L’histoire montre qu’il avait pleinement raison. Il est vrai que la Première guerre mondiale fut un massacre. Mais cela fut surtout vrai en Europe. Car les Etats-Unis en tirèrent profit, sans en subir les conséquences. Il en fut de même lors de la Deuxième guerre mondiale. L’Europe et l’Asie, furent les théâtres de cette putréfaction. Mais la grande bourgeoisie monopoliste des Etat-Unis, entrée tardivement dans ce conflit, sut habilement en tirer profit, sans subir de dommages sur son propre territoire, en y développant au contraire les technologies les plus avancées, ainsi qu’une puissante industrie de l’armement.

L’analyse marxiste de l’impérialisme fut, à tort, trop souvent, une analyse apocalyptique de l’évolution du système impérialiste. Il en fut de même concernant la capacité de ce système à développer les forces productives. Ce qui s’est imposé est la conviction que l’impérialisme, c’était inévitablement la récession et la stagnation.

Il est une nation, cependant, qui n’a pas mal vécu cette période. Ce sont les Etats-Unis10. Pendant que les grandes bourgeoisies européennes s’étripaient, la grande bourgeoisie américaine faisait ses choux gras des guerres européennes. Elle leur a accordé des crédits généreux pour faire marcher ses propres monopoles. Elle en a profité pour interdire à l’Allemagne et au Japon de produire des armes. Elle en a en revanche beaucoup vendu dans les guerres de décolonisation. Dans le contexte où l’impérialisme était formé de nations impérialistes, complémentaires et rivales, le gaullisme connut son heure de vérité.

Tout cela a duré jusque vers les années 1970-1980. A partir de ces années, l’impérialisme s’est lancé dans la mondialisation capitaliste et, pour cette raison, a fait évoluer les forces productives le structurant. Celles-ci sont à leur tour devenues des forces productives de portée mondiale, en sorte que le grand Capital nord-américain s’est trouvé en situation, d’ une part de s’ouvrir au monde et d’autre part d’investir le monde. Oui, mais en force. Alors que l’impérialisme était un impérialisme de plusieurs nations, il est devenu l’impérialisme d’une grande nation, se subordonnant toutes les autres composantes de l’impérialisme et affirmant sur le monde entier sa volonté d’établir un rapport de force en faveur de l’impérialisme et d’abord de ses propres monopoles.

L’impérialisme actuel est une inter-pénétration accrue de tous les capitaux monopolistes, d’abord dans les pays développés eux-mêmes, et c’est la subordination contradictoire des différents Etats impérialistes à l’Etat monopoliste américain. Or la caractéristique déjà ancienne de cet Etat, c’est d’une part de vendre des armes en grande quantité, plus que tous les autres Etats, et c’est d’autre part d’organiser des guerres nombreuses, hors de son territoire, en faisant se battre d’autres armées que les siennes à sa place. C’est exactement ce que l’on observe aujourd’hui en Europe centrale et plus particulièrement sur le champ de bataille ukrainien. Cela dit, les grandes bourgeosies, française, allemande, italienne, britannique, autres, sont totalement complices.

9. Lénine, 1917, L’Impérialisme Stade Suprême de Capitalisme, Marxist archive.net

10. Victor Perlo, American Imperialism, Sage Publications, 1951.

Et la Russie dans tout ça?

Voyons maintenant le rôle de la Russie dans le conflit soit disant ukrainien, et d’abord la description de ce rôle dans la base commune.

Comme il se devait, «le méchant Poutine» est, dans ce texte, aux premières loges de l’accusation. «L’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine est injustifiable et criminelle». Il y a quand même un phénomène dont des rédacteurs de la «base commune» ne peuvaient manquer de tenir compte, ce sont les accords de Minsk, signés en 2014. «Si elle fut déclenchée dans le contexte de la non application par le gouvernement ukrainien des accords de Minsk…et de l’expansion vers l’Est…elle a des effets en chaîne désastreux dans tous les domaines et d’un danger extrême pour les peuples».

Ce genre de phrase vaut vraiment, comme on voudra, son pesant d’or ou de cacahuètes. Et moi qui croyait que les gouvernements, français et allemand11, étaient co-responsables, avec le gouvernement ukrainien, de cette application!!!. Mais non, nous dit la base commune, ce sont les Ukrainiens. Ah oui, il y a eu l’extension de l’OTAN vers l’Est. Mais apparemment, pour les rédacteurs de la base commune, il s’agit d’un détail.

En effet, nous dit encore cette base, les effets en chaîne de la riposte militaire de la Russie à cette extension sont dès à présent si désastreux que, vraiment, le chef de ce gouvernement ne peut être autrement qualifié que comme étant un criminel.

Moi, quand j’ai lu cela, je me suis demandé comment les rédacteurs de la base commune pouvaient prétendre mener en France un combat pour la souveraineté nationale. Supposons que le socialisme advienne dans ce pays et que, à Sarrebrück, à Francfort sur le Main ou à Brighton, des lances-missiles soient pointés sur Paris, que feraient ces communistes?

Apparemment, ils, elles, se rendraient peut-être en délégation à Berlin, à Londres, à Washington, je ne sais où, pour demander : «S’il vous plaît, ne soyez pas méchants, ne pointez pas ces missiles sur la Tour Eiffel, c’est l’une de nos dernières sources de revenus »? Ils, elles iraient voir M. Gutterez pour lui demander d’intervenir auprès de Mr Biden?

Je pèse mes mots en disant que j’espère que ces propos feront l’objet d’un rejet sévère de la part des communistes français.

Ce n’est pas tout. Parce qu’on peut lire aussi dans le texte de la base commune : «l’impérialisme américain, contesté, est à la recherche de nouveaux moyens de domination». Une personne peu attentive pourra se dire : «Bon, les Russes sont mis en accusation dans cette base commune, mais les Américains le sont aussi. Finalement, il y a bonne mesure». Si vous avez cette réaction, vous n’avez pas compris ce que je me suis efforcé de vous expliquer précédemment et j’ai dû manquer totalement de clarté.

Car l’impérialisme américain, cela n’existe plus. Sous l’effet de la mondialisation capitaliste et des nouvelles forces productives impulsées dans ce cadre, ce qui existe désormais est L’IMPERIALISME (français, allemand, britannique, belge, hollandais, polonais, nord-américain, etc…certes traversé de contradictions mais beaucoup plus unifié qu’en 1914 ou en 1945 et tout cela SOUS CONDUITE A LA FOIS IMPOSEE ET ACCEPTEE DE LA GRANDE BOURGEOISIE NORD-AMERICAINE ET DE SON ETAT.

Ce que j’énonce n’a rien à voir avec le super-impérialisme à la Kautsky, qui était un super-impérialisme supposé pacifique et intelligent. Ce que je dis vient de l’observation. Après l’attentat contre Nord Stream, par exemple, les Allemands n’ont rien dit. Ils ont pourtant payé pour cette infrastructure. Non, ils se sont «écrasés». Pourquoi? Pour faire plaisir à la Serbie? Non, pour la raison que ce que leur font les USA, ils l’acceptent, «ils ferment leur gueule». Pour l’instant.

Autrement dit, en désignant l’impérialisme comme étant «l’impérialisme américain», les rédacteurs de la base commune dédouannent tout simplement la grande bourgeoisie française ou la grande bourgeoisie allemande, ou la grande bourgeoisie britannique, ou la grande bourgeoisie espagnole de leurs responsabilités directes dans la guerre qui menace actuellement l’Europe.

Et je crois que, en fin de compte, tel est l’état d’esprit des rédacteurs de la base commune. Ils dédouanent quasiment tout le monde sauf le méchant Poutine. Voilà ce qui est écrit en conclusion de leurs brillantes analyses : «Dans une situation où les politiques de force entrainent le monde dans la guerre, il est impensable de s’aligner sur un camp. Il est nécessaire de développer une politique indépendante répondant aux intérêts des peuples».

Cela signifie, clairement selon moi, qu’il n’est pas question, pour ces rédacteurs de la base commune, de prendre partie pour «l’impérialisme américain» ou pour «le régime de Poutine, à l’opposé de toute politique progressiste, tant par son capitalisme rentier que par la résurgence d’un chauvi

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Xuan
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   Posté le 01-01-2023 à 20:22:33   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Non seulement le monde occidental est minoritaire et son industrie de propagande ne représente plus l’opinion internationale, mais les forces productives se développent, et principalement en Asie. Elles s’opposent en particulier à la politique de découplage initiée par Trump et poursuivie par les Démocrates, qui constitue l’obstacle majeur au développement des forces productives mondiales et à la « communauté de destin de l’humanité» , suivant l’expression de Xi Jinping..


Mikhaïl Morozov, chroniqueur du journal “Trud » relevait le 29 décembre dans Svpressa que « la Chine, “grâce” aux interdictions américaines, a dépassé le monde entier dans le développement » , en déposant mi novembre une demande de brevet auprès de l’Office national de la propriété intellectuelle des États-Unis pour la technologie de photolithographie ultra-rigide aux ultraviolets (EUV), brisant le monopole d’ASML qui avait été «interdit de commerce» avec la Chine par les USA.
La Chine Populaire produirait déjà par ses propres moyens des micropuces de 7 nanomètres.
Egalement, cent dix villes fournissent déjà des services en 5G, entièrement couverts par la fibre optique. Cette année la norme 5G pourra servir plus de 40 % des utilisateurs de mobiles.

Cela signifie que la politique de découplage des USA échoue et n’a aucun avenir, y compris dans le domaine de la cyber-révolution où son avance tend à fondre.
Parallèlement le déclassement du covid de A à B par la Chine Populaire nous dit aussi que malgré toutes ses difficultés, elle va repartir de plus belle dès cette année dans son propre développement, et contribuer à celui des forces productives dans le monde entier.

Comme l’explique Jean Claude, l’impérialisme actuel n’est pas un « super-impérialisme » .
La « finance transnationale » désignée ainsi, autant par la social-démocratie que par les souverainistes, est aussi un concept erroné parce qu’en soulignant unilatéralement l’interconnexion commerciale et financière, il dissimule l’hégémonisme des USA et absout nos propres impérialismes.

D’autre part l’unité actuelle du camp occidental n’est qu’un aspect, fondé essentiellement sur une « communauté de pensée et de principes démocratiques» , opposée aux pays « totalitaires » .
Mais la seule communauté de pensée des capitalistes est la recherche du profit maximum, et leur développement inégal aboutit inévitablement à l’oppression et aux conflits.
Le second monde est à la fois uni aux USA et dominé par eux. Autant dire qu’entre le marteau US et l’enclume du monde émergent, il n’y a pas de troisième voie.


En se pliant au diktat hégémoniste, parfois contre l’intérêt de leurs propres monopoles, les bourgeoisies européennes créent elles-mêmes la pénurie et l’inflation, appauvrissent les masses, prolétarisent des catégories intermédiaires, détruisent l’artisanat et la petite industrie. Elles approfondissent les contradictions de classe et se mettent en danger.
Elles accentuent aussi les divergences d’intérêts entre elles, comme nous l’avons déjà observé lors des crises de l’euro, des réfugiés, du Brexit, des vaccins anti covid, puis de l’énergie.
De sorte que la situation actuelle, où les bourgeoisies européennes ont mangé leur chapeau pour constituer un front commun impérialiste, est temporaire. Les divisons dans le maillon faible de l’impérialisme devront inévitablement éclater.

“Pour la méthode dialectique, ce qui importe avant tout, ce n’est pas ce qui à un moment donné paraît stable, mais commence déjà à dépérir ; ce qui importe avant tout, c’est ce qui naît et se développe si même, à un moment donné, la chose semble instable, car selon la méthode dialectique, il n’y a d’invincible que ce qui naît et se développe”. [Staline – matérialisme dialectique et historique]

La lutte pour la paix et contre la vie chère s’oppose ainsi à la fois à l’hégémonisme des USA et à nos propres monopoles. Elle devient de ce fait une lutte pour le socialisme, qui nécessite la direction du parti communiste, un parti révolutionnaire.

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   Posté le 08-01-2023 à 19:37:53   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

REVOLUTION ET PRODUCTION


https://histoireetsociete.com/2023/01/01/le-developpement-contemporain-des-forces-productives-ouvre-de-maniere-tres-contradictoire-une-epoque-de-revolution-sociale-mondiale-par-jean-claude-delaunay/
[suite]

cet article a suscité plusieurs interventions, que j'invite à lire sur le site.
Je suis intervenu ainsi :


Merci pour ce cadeau de fin d’année, Jean Claude et merci à Danielle, je vous souhaite à tous deux une excellente année 2023 ainsi qu’à tous les camarades !

C’est une remarquable contribution. Loin de ressasser les sermons réformistes et les opinions toutes faites, elle nous aide à réfléchir aux transformations en cours.

Non seulement le monde occidental est minoritaire et son industrie de propagande ne représente plus l’opinion internationale, mais les forces productives se développent, et principalement en Asie. Elles s’opposent en particulier à la politique de découplage initiée par Trump et poursuivie par les Démocrates, qui constitue l’obstacle majeur au développement des forces productives mondiales et à la « communauté de destin de l’humanité», suivant l’expression de Xi Jinping..

Mikhaïl Morozov, chroniqueur du journal “Trud » relevait Svpressa que « la Chine, “grâce” aux interdictions américaines, a dépassé le monde entier dans le développement », en déposant mi novembre une demande de brevet auprès de l’Office national de la propriété intellectuelle des États-Unis pour la technologie de photolithographie ultra-rigide aux ultraviolets (EUV), brisant le monopole d’ASML qui avait été «interdit de commerce» avec la Chine par les USA.
La Chine Populaire produirait déjà par ses propres moyens des micropuces de 7 nanomètres.
Egalement, cent dix villes fournissent déjà des services en 5G, entièrement couverts par la fibre optique. Cette année la norme 5G pourra servir plus de 40 % des utilisateurs de mobiles.

Cela signifie que la politique de découplage des USA échoue et n’a aucun avenir, y compris dans le domaine de la cyber-révolution où son avance tend à fondre.
Parallèlement le déclassement du covid de A à B par la Chine Populaire nous dit aussi que malgré toutes ses difficultés, elle va repartir de plus belle dès cette année dans son propre développement, et contribuer à celui des forces productives dans le monde entier.

Comme l’explique Jean Claude, l’impérialisme actuel n’est pas un « super-impérialisme » .

La « finance transnationale » désignée ainsi, autant par la social-démocratie que par les souverainistes, est aussi un concept erroné parce qu’en soulignant unilatéralement l’interconnexion commerciale et financière, il dissimule l’hégémonisme des USA et absout nos propres impérialismes.

D’autre part l’unité actuelle du camp occidental n’est qu’un aspect, fondé essentiellement sur une « communauté de pensée et de principes démocratiques», opposée aux pays « totalitaires ».

Mais la seule communauté de pensée des capitalistes est la recherche du profit maximum, et leur développement inégal aboutit inévitablement à l’oppression et aux conflits.

Le second monde est à la fois uni aux USA et dominé par eux. Autant dire qu’entre le marteau US et l’enclume du monde émergent, il n’y a pas de troisième voie.



En se pliant au diktat hégémoniste, parfois contre l’intérêt de leurs propres monopoles, les bourgeoisies européennes créent elles-mêmes la pénurie et l’inflation, appauvrissent les masses, prolétarisent des catégories intermédiaires, détruisent l’artisanat et la petite industrie. Elles approfondissent les contradictions de classe et se mettent en danger.

Elles accentuent aussi les divergences d’intérêts entre elles, comme nous l’avons déjà observé lors des crises de l’euro, des réfugiés, du Brexit, des vaccins anti covid, puis de l’énergie.

De sorte que la situation actuelle, où les bourgeoisies européennes ont mangé leur chapeau pour constituer un front commun impérialiste, est temporaire. Les divisons dans le maillon faible de l’impérialisme devront inévitablement éclater.

“Pour la méthode dialectique, ce qui importe avant tout, ce n’est pas ce qui à un moment donné paraît stable, mais commence déjà à dépérir ; ce qui importe avant tout, c’est ce qui naît et se développe si même, à un moment donné, la chose semble instable, car selon la méthode dialectique, il n’y a d’invincible que ce qui naît et se développe”. [Staline – matérialisme dialectique et historique]

La lutte pour la paix et contre la vie chère s’oppose ainsi à la fois à l’hégémonisme des USA et à nos propres monopoles. Elle devient de ce fait une lutte pour le socialisme, qui nécessite la direction du parti communiste, un parti révolutionnaire.

_______________________________


Puis je signale un débat sur un aspect important de cet article la contradiction apparente entre rareté et surplus. Mon intervention :

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L’article de Jean Claude a aussi suscité un courrier critique adressé à plusieurs d’entre nous, qui pose cette question sur un paradoxe apparent :

« J’aimerais cependant comprendre cette interprétation en effet TRES CONTRADICTOIRE de Marx où « la rareté produit des surplus »

J’ai fait la réponse suivante, pour laquelle Jean Claude m’a confirmé ensuite qu’elle ne trahissait pas sa pensée. Le fond du débat est le caractère dialectique du développement des forces productives : le rapport entre la lutte des classes et le développement des forces productives dans cette rareté relative, et les conditions de sa disparition définitive dans la société communiste.

——————


Jean-Claude Delaunay n’a pas dit textuellement que « la rareté produit des surplus », mais que « Les sociétés humaines ont été, jusqu’à notre époque, des sociétés de rareté et, simultanément, des sociétés de classes antagoniques. »
Ce qui est un peu plus compliqué.
Il écrit ensuite qu’« Il a progressivement résulté, de cette pénurie relative, des formes d’appropriation privée du surplus par certains groupes d’individus aux dépens des autres groupes »

La formule est sans doute un peu lapidaire et mériterait certainement des précisions mais il s’agit d’une article et pas d’un livre.
La pénurie est relative, d’abord à cause du développement insuffisant de la production dans la société communiste primitive. Sinon il serait impossible de trouver les causes de toute évolution.
Le développement ultérieur de cette société, destiné à créer un surplus par rapport au simple renouvellement de la force de travail, a nécessité la division du travail, puis la division en classes, l’appropriation privée, etc.

On lit dans « l’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat » :

« Selon la conception matérialiste, le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l’histoire, c’est la production et la reproduction de la vie immédiate. Mais, à son tour, cette production a une double nature. D’une part, la production de moyens d’existence, d’objets servant à la nour­ri­ture, à l’habillement, au logement, et des outils qu’ils nécessitent; d’autre part, la produc­tion des hommes mêmes, la propagation de l’espèce. […]

L’accroissement de la production dans toutes les branches – élevage du bétail, agriculture, artisanat domestique – donna à la force de travail humaine la capacité de produire plus qu’il ne lui fallait pour sa subsistance. Elle accrut en même temps la somme quotidienne de travail qui incombait à chaque membre de la gens, de la communauté domestique ou de la famille conjugale. Il devint souhaitable de recourir à de nouvelles forces de travail […]
Nous avons vu plus haut comment, à un degré assez primitif du développement de la produc­tion, la force de travail humaine devient capable de fournir un produit bien plus considé­rable que ce qui est nécessaire à la subsistance des producteurs,
et comment ce degré de développement est, pour l’essentiel, le même que celui où apparaissent la division du travail et l’échange entre individus.


Et en retour l’appropriation privée du surplus a créé une rareté relative pour les classes exploitées.

Egalement dans « l’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat » :
« Comme le fondement de la civilisation est l’exploitation d’une classe par une autre classe, tout son développement se meut dans une contradiction permanente.
Chaque progrès de la production marque en même temps un recul dans la situation de la classe opprimée, c’est-à-dire de la grande majorité. »


Dans le paragraphie suivant Jean-Claude écrit que

«Certaines classes sociales peuvent satisfaire leurs besoins matériels, ou le peuvent mieux que les autres, et ces autres ne le peuvent pas, ou le peuvent moins que les classes dominantes.
De cela résulte un combat permanent entre ces deux catégories de classes sociales. Sociétés de rareté et sociétés de classes antagoniques ont été les deux faces de l’histoire des hommes,
et le resteront tant que les classes s’appropriant (privativement) le surplus resteront en place et que les forces productives ne permettront pas d’atteindre l’abondance »
.

Il vient que la rareté relative provient à la fois du développement insuffisant des forces productives et de l’appropriation du surplus par la classe dominante, et que les deux sont liés.

Jean-Claude développe cette idée que la rareté relative de nos sociétés s’oppose à la satisfaction complète des besoins dans la société communiste où les forces productives permettront d’atteindre l’abondance.

Dans la société communiste le principe est «de chacun selon ses capacité, à chacun selon ses besoins » ,ce qui suppose à la fois que le travail est devenu une activité libre et volontaire, et à la fois que le développement des forces productives permet de distribuer les richesses au prorata des besoins de chacun et non de son travail.

Tandis que dans la société socialiste le principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail » implique que tous les besoins ne sont pas également satisfaits, mais seulement en fonction du travail fourni.

Ce qui veut dire que dans la société socialiste existe encore une certaine rareté relative, que traduit aussi le Manifeste du Parti Communiste :
« Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat,
c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives »
.


Edité le 08-01-2023 à 19:45:24 par Xuan




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Jean-Claude Delaunay poursuit la discussion sur le socialisme, oui mais quid du passage au socialisme?

8 JANVIER 2023

https://histoireetsociete.com/2023/01/08/jean-claude-delaunay-poursuit-la-discussion-sur-le-socialisme-oui-mais-quid-du-passage-au-socialisme/

Jean Claude met l’accent à juste raison sur ce qui se cache derrière l’étrange querelle byzantine autour du socialisme et du “communisme maintenant”. La question de la rareté est effectivement centrale et comme disait Marx “on ne peut en faire abstraction qu’en imagination”. Quand aux sociétés primitives sans classe, j’y reviendrai certainement, mais il me semble qu’il y a une question qui pose problème et que personne n’ose poser et que le côté “vaporeux” du “communisme maintenant” masque autant qu’il le fait pour la rareté, c’est celle du passage au socialisme. Tant qu’il y a eu l’URSS, l’idée de la “”coexistence pacifique”, nous avons pu penser et développer en particulier avec l’eurocommunisme une articulation de votes et de mouvement sociaux. Il me semble et en tous les cas cela mérite débat que les évolutions actuelles nous posent doublement problème: premièrement le basculement vers un monde multipolaire avec l’agressivité y compris nucléaire accrue de l’impérialisme me font m’interroger sur cette coexistence pacifique, en quoi le passage au multipolaire est-il une opportunité et laquelle? Étant bien entendu que la violence vient du dit impérialisme, je trouve que nous ne tirons pas assez bilan de ce qui se passe devant nous, comme d’ailleurs d’une analyse de la restauration du capitalisme en URSS avec l’obligation de consacrer 40% du budget à la guerre imposé à l’URSS. Ensuite, le vote permettant le passage au socialisme est confronté à des systèmes “démocratiques” qui empêchent l’intervention populaire et celle de la classe ouvrière, l’apparition y compris de coups d’Etat “légaux” comme au Brésil, mais un blocage institutionnel partout. Nous sommes bien dans ce que Jean-Claude cite souvent comme texte de Marx, “quand les forces productives entrent en contradiction avec les rapports de production… s’en suit une période d’ébranlement des superstructures”.

Le recours dans un tel contexte “d’ébranlement” dirait Marx des “superstructures” à l’idée de “communisme déjà là” évite d’aborder la difficulté puisqu’elle est surmontée en imagination, nous n’avons pas à nous préoccuper de stratégie, de conditions concrètes d’un changement de société et de pouvoir. Le socialisme qui n’est rien d’autre que ‘la dictature du prolétariat’ se substituant à ‘la dictature de la bourgeoisie’ pour dans un état de développement nouveau des forces productives gérer la rareté est effectivement une question politique qui repose la question du parti, de la théorie, alors que cela fait pas mal de temps que nous sommes confrontés à d’autres échecs que le socialisme de l’URSS, mais depuis le Chili et encore aujourd’hui, du continent sud-américain aux “révolutions arabes”. Quel rôle jouent dans ce contexte, les guerres ? Le véritable problème n’est-il pas l’absence de stratégie et se donner comme but le socialisme nous oblige à nous confronter à des difficultés bien réelles pour aboutir. Le “communisme maintenant” prétend ravauder par un rassemblement la société telle qu’elle est et ce projet qui pouvait paraître pertinent aux temps de l’eurocommunisme, est de plus en plus remis en cause. Mais nous n’avons pas d’alternative claire et tant que nous n’osons pas le but socialisme, nous ne nous y attelons pas pourtant ça urge et opposer les mérites du socialisme soviétique à celui de la Chine ne résout pas le problème et le fait qu’il n’y a plus eu à ce jour de passage au socialisme depuis pas mal de temps. Donc je résume : il faut voir les questions concrètes et théoriques qui se masquent sous tout ça, y compris chez Boccara qui est en plein dans les illusions de cette période de l’eurocommunisme et de la coexistence pacifique : vouloir la démocratie, les élections et la coexistence pacifique est très bien pour les communistes, mais dans quelle période sommes-nous aujourd’hui et comment nous oblige-t-elle de partout à la fois à penser stratégie, le Que faire pour changer de pouvoir et de société ? Parce que le rôle d’un parti politique ce n’est pas de faire des “thèses” fussent-elles aussi utiles que celles d’avril, c’est la question du pouvoir et si le parti est révolutionnaire de le prendre pour l’abolir en transformant sa nature et sa perspective démocratique au sens plein du terme, par et pour le peuple.

(note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)


Quelques remarques de Jean-Claude: le débat se poursuit ici… au moins…


Salut mes camarades. Salut Sined pour tes bons voeux, que je te renvoie au centuple, surtout ceux de prospérité, j’adore, au cas où je rencontrerais une Ruth Chinoise, surtout une Ruth qui se demanderait quel moissonneur de l’éternel été, a, en s’en allant négligemment jeté cette faucille d’or, vous connaissez la suite, à moins que tu ne veuilles parler, mon camarade, de prospérité dans l’écriture, j’adore aussi, Salut Marianne, Salut Danièle, Salut Franck, Salut Michel, Salut Xuan, Salut Daniel, Salut Alain, Salut Bernard, Salut à toutes et à tous qui faites de ce site non seulement un instrument de pensée mais un instrument de combat, et d’un niveau si respectable. Je vais, sur trois points, dire quelques mots pour le débat, en espérant ne pas être trop bavard.

Le premier, c’est Boccara. Je veux parler de Paul bien sûr. Sined en dit quelques mots avec humour, et malheureusement, c’était comme il dit. Paul était un patriarche de pensée et de comportement. Si l’on était pas totalement derrière lui, on était contre lui. Cela étant dit, je vais éviter de dire tout ce que je pense ou tout ce que j’ai pensé de lui. Le passé est le passé. Ce qui serait bien, toutefois, c’est que le passé boccarien ne continue pas de nous envahir pour la raison que Boccara continuerait d’avoir des adorateurs.

Peut-être, pour sublimer ce qu’il y avait de puérilement malsain en lui, me suffira-t-il de dire qu’il se prenait pour l’héritier direct de Marx. Quand il avait fait le tour de son bureau, il devait certainement penser : «Tiens, aujourd’hui, j’ai encore fait une révolution».

Laissons au passé ce qu’il y avait d’enfantin dans ce personnage et, précisément, pour en faire la critique critique, retenons de lui ce qu’il voulait être, à savoir l’affirmation et le prolongement du marxisme. Voilà bien qui mériterait de figurer dans la base commune, le marxisme, la pensée d’Engels, de Lénine, et de tous les marxistes qui ont suivi. Ce serait rendre hommage à Boccara et à ce qu’il voulait être, et qu’il n’était pas, pas toujours, en particulier sa Sécurité d’Emploi et de Formation, qui, dans l’état actuel des choses est pure démagogie. Voilà sur le premier point de ce que je voulais dire : introduire le marxisme dans la base commune, le réintroduire dans la vie communistes de ce pays car il n’y aura pas de parti révolutionnaire, de PCF, sans théorie révolutionnaire. Et le marxisme est une théorie vivante.

Mon deuxième point, c’est la classe ouvrière. Michel Lemoine a tout de suite réagi. A juste titre. Quand j’ai écrit mon texte, je me suis dit : «Voilà un point sensible». D’une part, les forces productives modernes transforment la classe ouvrière classique. D’autre part, ces mêmes forces productives font venir sur le devant de la scène sociale tous les employés de l’ancien temps, aussi bien les employés de l’Etat, les fonctionnaires, que les employés des entreprises, et tous ces métiers, nouveaux, comme les gens de la santé, ou anciens, comme les chauffeurs de taxi, les enseignants, les policiers, etc., qui désormais accomplissent des fonctions de service de façon renouvelée grâce aux nouvelles technologies, mais qui aussi peuvent être exploités comme des ouvriers grâce aux nouvelles technologies et à un certain nombre d’aménagements institutionnels, comme par exemple «le fait d’être son propre patron». Une classe montante dit Michel. Pourquoi pas? Mon idée était la suivante : une base commune qui se respecterait développerait un discours spécifique envers ces deux grands blocs de la population, les ouvriers, ingénieurs, techniciens et les anciens et nouveaux métiers non-ouvriers mais néanmoins de plus en plus proches des producteurs, à savoir les employés, informaticiens, policiers, pompiers, médecins, infirmiers, enseignants, autres, pour indiquer aux uns et aux autres en quoi le socialisme est leur avenir commun, même s’ils ont un passé différent, des traditions de lutte différentes, une évolution récente différente.

Mon troisième point concerne la rareté. Derrière le débat relatif à la rareté se tiennent d’autres débats, et notamment ceux relatifs aux rapports respectifs de l’Economique et du Politique, ceux relatifs à l’existence de l’Etat, etc.

Xuan a très bien expliqué et clarifié, en donnant à son explication cette dimension théorique et livresque dont il a le secret, ce que j’ai cherché à dire. Puis, en le lisant, cela m’a rappelé des discussions anciennes relatives aux travaux de Pierre Clastres et Marshall Salhins. Clastres est mort plutôt jeune, sans doute dans un accident de voiture, fréquents à l’époque (années 1960). Il était évidemment la coqueluche du temps parcequ’il prenait à contrepied les idées de l’époque sur les sociétés primitives. Au fond, si j’ai bien compris ce qu’il déduisait de ses observations des «sociétés primitives» d’Amérique latine, la Politique et son Complémentaire opposé, l’Economique, étaient la conséquence de choix et non de nécessités. Il avait l’ambition de contredire le marxisme, ou plus exactement, selon moi, l’idée qu’il avait du marxisme. Ce faisant, il rejoignait les conclusions de Marshall Salhins et de son «Âge de Pierre, Âge d’abondance», paru en traduction française en 1972, selon lequel la rareté était en quelque sorte une invention du capitalisme industriel.

Je vais d’abord dire quelques mots là-dessus et ensuite j’essaierai d’expliquer quel peut être l’intérêt de l’injection de cette discussion dans un débat relatif à la base. Est-ce que je ne suis pas, est-ce que l’on n’est pas, tout en faisant «bzzzz…bzzzzz», en train de faire ce que les mouches sont censées se faire entre elles, en été, sur les tables où traînent encore des restes de repas et que le soleil est au plus haut?

D’abord le commentaire. Je vais aller très vite en disant que les société sont nées dans La Politique, qu’elles se sont ensuite engagées dans l’Economique tout en se séparant progressivement du Politique. Notre Temps, aujourd’hui que l’Economique est complétement dominant, serait celui de la Ré-introduction du Politique dans le fonctionnement des sociétés et de la soumission complète de l’Economique au Politique.

Et c’est vrai que certaines sociétés semblent avoir refusé de sauter dans l’Economique. C’est la thèse de Clastres. La Politique (ou l’Economique) ont été «des choix». Les sociétés à «potlatch» par exemple, semblent être des sociétés dans lesquelles «la collectivité» fait le choix de consommer collectivement les surplus en sorte qu’elles demeurent des sociétés «égalitaires». Salhins, de son côté, décrit des sociétés selon lui parfaitement heureuses, en tout cas équilibrées, en réalisant les chasses dont elles besoin pour vivre. Elles disposent de peu de choses mais mentalement elles sont en situation d’abondance.

Oui, bien sûr, si c’est ce que l’on observe. Je ne vois pas que l’on puisse être marxiste en cherchant à tordre les faits de l’observation dans des idées marxistes préconçues. Cela étant dit, quelle est la généralité de la portée des exemples retenus par Clastres, ou Sahlins, ou d’autres? Ce que je crois est que si certaines sociétés ont pu refuser de sauter dans l’Economique, un Economique au demeurant encore fort encastré dans le Politique dans les débuts des processus, ce ne fut pas le cas général. En tout cas, ce ne fut pas le choix des sociétés de l’Hémisphère Nord et c’est ce dernier choix qui a finalement modelé le monde. Avec d’ailleurs de grosses différences entre les sociétés qui sont nées autour du bassin méditerranéen et celles par exemple, de l’Asie du Sud-Est.

Comment le saut dans l’Economique a-t-il pu être effectué? Il y a plusieurs explications possibles. Lénine, par exemple, dans le Développement du Capitalisme en Russie évoque le cas de familles plus fortes que d’autres en fils, en forces de travail. Les conditions naturelles ont pu jouer un rôle, la fertilité ou la non-fertilité des sols, l’abondance ou la non-abondance de la population. Je ne sais. Un jour que je visitais la vallée de Tulupan, dans le Xinqiang, j’ai écouté un guide expliquer que dans les temps très anciens, des groupes s’étaient formés pour construire des canalisations amenant l’eau des montages jusque dans la dite vallée. Cette eau était ensuite vendue par eux aux autres habitants. Voilà un processus de différenciation sociale, reposant sur des techniques de maçonnerie et de creusement, rendant possible une accumulation d’argent, et ainsi de suite.

La propriété d’un Capital, si l’on peut dire, a sans doute, dans ce cas, précédé la forme capitaliste de la production. Je n’ai pas fait de recherche là-dessus et j’ai mentionné ce point anecdotique (un voyage et le hasard d’une explication donnée par un guide touristique) uniquement pour indiquer la très grande richesse des situations, l’arbre vert de la vie, comme disait Goethe.

Et aujourd’hui nous sommes en plein dedans. En 1970, les nouvelles forces productives n’étaient pas encore pleinement développées. Les impérialistes et, à cette époque, l’Impérialisme américain, ont fait le choix de la mondialisation en chaussant les bottes de ces nouvelles forces productives, qu’ils ont alors développées, par exemple, en créant un internet mondial. Et cette création a eu un effet en retour sur l’Impérialisme, qui est devenu Impérialisme de tous les capitaux impérialistes mais de plus en plus soumis à la grande bourgeoisie nord-américaine et à son Etat. L’Impérialisme est englué politiquement et économiquement dans les contradictions qu’il génère, la plus importante d’entre elles ayant été le socialisme, notamment chinois, et l’immense désir du développement chez les peuples.

Pour en terminer avec Clastres, je dirais oui pourquoi pas. Il y a quand même bien des questions à poser à son oeuvre. Mais au delà de ça, ce que je crois observer est que quand les sociétés ayant fait le choix de la Société contre l’Etat rencontrent nos sociétés à Etat, elles explosent, tout simplement. Elles sont pulvérisées.

Et maintenant un mot pour celles et ceux qui pensent que la rareté, cela n’existe pas, qu’il est contradictoire dans les termes de dire que les sociétés de rareté peuvent produire un surplus, etc. A mon avis, derrière cette conception, il y a l’idée selon laquelle «tout est lutte de classes, et n’est que lutte des classes». Inutile de faire état de l’Economique. Tout est rapport de pouvoir, Tout est Politique.

Celles et ceux qui pensent ainsi se croient sans doute en mesure de passer directement du Capitalisme au Communisme. C’est un défaut général, aujourd’hui, alimenté par différentes sources, que ce soit celles du réformisme le plus plat ou celle de l’ultra-révolution.

Le Socialisme, qui est si fortement absent de la base commune, c’est précisément la dialectique, dans la lutte sociale, du dépassement de l’Economique par le Politique et sous la conduite du Politique.

Il manque aux premiers, les réformistes, de vouloir s’engager dans cette voie. Ils ont la trouille. D’où le discours selon lequel nous sommes déjà dans le Communisme. Il manque aux seconds de percevoir que le Communisme n’est pas seulement une question de pouvoir et de volonté politique, que c’est aussi la prise en compte de cette dialectique nécessaire pour agir en conséquence, entre la lutte des classes et les forces productives. Bref, pour mener à fond la lutte des classes et engendrer réellement l’abondance.

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   Posté le 08-01-2023 à 19:56:02   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Mon commentaire, parmi d'autres :


Merci pour cette nouvelle contribution, toujours aussi différente de la langue de bois, et plus encore du jargon confusionniste de la liquidation.

Ta réflexion sur le rapport entre Politique et Economique m’a rappelé ce slogan de la révolution culturelle « faire la révolution et promouvoir la production » .

D’abord il ne fut probablement pas respecté par certains gardes rouges, peut-être rêvaient-il de sauter dans le communisme alors que la Chine était encore si pauvre. Les curieux trouveront des éclaircissements sur cette période troublée dans le « regard rétrospectif du PCC » en 1981, bilan de 28 ans de révolution puis des trente deux années qui ont suivi la fondation de la République populaire, et qui porte un regard autocritique sur les dix ans de révolution culturelle, et sur le rôle positif et négatif de Mao Zedong .

Car chez les communistes, l’autocritique ne vise pas à détruire le parti mais à utiliser ses erreurs pour le renforcer, comme le montre le discours de Ziouganov.

Il nous faut comme Ziouganov promouvoir la fierté communiste !

Deuxièmement sur le slogan « faire la révolution et promouvoir la production » : le socialisme n’est pas la pauvreté. C’est la lutte contre la pauvreté relative qui persiste, parce qu’il faut « augmenter au plus vite la quantité des forces productives » comme le disait Marx, voire contre la pauvreté absolue (par rapport aux standards internationaux), jusque dans les villages enclavés et arriérés de Chine Populaire, où Xi Jinping a fait de nombreuses tournées d’inspection et de vérification des résultats de la lutte contre la pauvreté.

Et cette lutte contre la pauvreté, relative ou pas, traduit en actes le caractère profondément démocratique de la dictature du prolétariat, parce que la première liberté c’est de pouvoir manger, se vêtir, avoir un toit, une éducation scolaire, une protection sanitaire et la sécurité. Ce sont les jours heureux.

Et pour nous la lutte pour la paix et le socialisme, pour faire court aujourd’hui : c’est le prix de la baguette de pain …

Parce qu’il faut rappeler la vantardise hallucinante de Bruno Lemaire prétendant « provoquer l’effondrement de l’économie russe » en fermant les robinets du gaz et du pétrole. Mais l’émission de Léa Salamé hier soir, et largement consacrée au prix de la baguette de pain, avait perdu la mémoire sur ce dernier point n’est-ce pas ?

Troisièmement le prix de la baguette de pain, le communisme déjà là et la théorie matérialiste dialectique sont liés :

comment un intellectuel communiste publié dans l’Humanité des débats ce week end, et précisément promoteur du communisme déjà là , peut-il raconter sur les réseaux sociaux que « le “marxisme-leninisme” est devenu un dogme, voire pire, un catéchisme, par exemple » ?

Et dans le même temps préconiser la lecture de Badiou et mieux encore d’Heidegger !

Le confusionnisme remonte loin, je signale que Dominique Pagani a consacré deux vidéos à la « Panzer philosophie » d’Heidegger l’an dernier, et derechef cette année.

Or le matérialisme dialectique est précisément le contraire d’un dogme. Une philosophie qui s’appuie sur sa vérification par la pratique ne peut pas se transformer en dogme à moins de se nier elle-même.

Quatrièmement sur la vérification par la pratique : je veux signaler l’article remarquable de ‘Grand Continent’ mis en ligne par Jean Paul Legrand hier sur fachobook :

« La pratique est le seul critère pour éprouver la vérité, par Hu Fuming ».

Hu Fuming mit un point final aux dérives théoriques de la révolution culturelle en 1978 avec cet article, qui constitue un retour à la pensée maozedong. Cette page est une véritable pépite, brillante de plusieurs références aux textes théoriques communistes, que je vous invite vivement à lire : il n’y a pas de génie, toutes les théories doivent être continuellement testées par la pratique, l’unité de la théorie et de la pratique est l’un des principes fondamentaux du marxisme.

Vous allez me dire “Arrête là avec ta révolution culturelle Xuan, tu nous gaves !”
« Le myosotis, et puis la rose,
Ce sont des fleurs qui disent quelque chose
Mais pour aimer les coquelicots
Et n’aimer que ça… il faut être idiot !

Attend la fin ! tu comprendras ! »
chantait Mouloudji.

La vérification par la pratique est aussi un guide dans la préparation du prochain congrès du PCF . Je veux parler du bilan pratique de la stratégie d’Union de la gauche et de démocratie avancée, c’est-à-dire non pas de la participation aux élections, mais de l’électoralisme et du passage obligatoirement pacifique au socialisme, de la possibilité de « pousser la démocratie » au sein du capitalisme pour le dépasser.
Justement Hu Fuming écrit ceci à propos de la vérification par la pratique :

« En 1872, dans le dernier préambule, qu’ils cosignent, les deux mentors révolutionnaires [Marx et Engels] déclarent clairement qu’ « en raison du grand développement de la grande industrie au cours des 25 dernières années et du développement ultérieur de l’organisation en parti de la classe ouvrière, et en raison de l’expérience pratique d’abord de la Révolution de février et plus tard surtout de l’expérience pratique de la Commune de Paris, où le prolétariat a pris le pouvoir pour la première fois pendant deux mois, ce programme est devenu obsolète par endroits. En particulier, la Commune a prouvé que ‘la classe ouvrière ne peut pas simplement s’emparer de l’appareil d’État tout fait et l’utiliser à ses propres fins’. » Lénine attache une grande importance à cette déclaration de Marx et Engels, qu’il considère comme une « révision importante » du Manifeste communiste » .

Cinquièmement, la question que posent Jean Claude et Danielle « quid du passage au socialisme ? » veut dire aussi je crois : comment préparer le passage au socialisme ?
Aujourd’hui nous n’en sommes pas au grand soir, s’il ne s’agissait que d’un grand soir.
L’objectif des cellules d’entreprises est un excellent objectif.
Promouvoir la fierté communiste aussi.
Il faut y ajouter la formation théorique, idéologique dirait Daniel Arias, la formation théorique des militants de base dans les cellules d’entreprises elles-mêmes : étudier le matérialisme dialectique et le relier à notre situation. Parce que c’est notre outil, comme le darrack du chaudronnier ou le tournevis de l’électricien, mais pour transformer la société.
Staline est facilement lisible dans Matérialisme dialectique et matérialisme historique.
De même Principes élémentaires de philosophie
Ou encore Mao Zedong dans de la pratique et de la contradiction

Ce sont tous les quatre des outils de formation très clairs, écrits vers la fin des années trente, et destinés aux militants de base, aux prolétaires communistes, qu’il nous faut adapter à notre pays et à notre époque

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   Posté le 09-01-2023 à 20:11:57   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

A propos du texte alternatif "l'urgence de communisme" un article critique d'une autre tendance du PCF :

https://lefilrouge.info/spip.php?article374&fbclid=IwAR3_SfKiMP8r-ISVh7LHv6D08Hd3_zt73epaG8oJtmgpe2KbuatWQVbp-eU

vendredi 6 janvier 2023
par Jean Louix Cailloux
Regard critique sur le texte de Pierre Laurent et Elsa Faucillon « Urgence de communisme »



La proposition de base commune a été adoptée au Conseil National par 60,4 % des exprimés. Il reste à faire connaître ce texte à tous les adhérant.es.

Mais déjà comme le permet les statuts, des camarades s’apprêtent à déposer un texte alternatif (il y en aura peut-être un autre ?).

L’ancien secrétaire national, Pierre Laurent fait partie des signataires de ce texte.
Président actuel du CN, il s’oppose donc frontalement à l’organisme qu’il préside et de fait, à Fabien Roussel.

Également signataires, les partisan.nes d’Elsa Faucillon porte-parole du texte alternatif « le printemps du communisme » lors du 38ᵉ congrès, texte qui avait recueilli 12 % des voix des communistes. Ils rejoignent ainsi ceux auxquels ils s’opposaient au 38e congrès : Pierre Laurent, P. Hyaric, F. Wurtz, Marie Georges Buffet… Sont également signataires des élus qui avaient fait allégeance à la candidature de Mélenchon lors de la présidentielle.

Notons que 45 % des premiers signataires de ce texte sont des camarades de la région parisienne, pour beaucoup des élus et responsables fédéraux., Sur les 500 signataires affichés cette proportion monte à plus de 51%, C’est dire la continuité d’un certain point de vue idéologique puisque qu’en Île-de-France, des camarades en charge des élections ont construit une liste PCF/LFI aux élections régionales avec une tête de liste LFI, liste qui a permis à LFI d’obtenir 10 élus contre 0 précédemment tandis que les élus communistes passaient de 8 à 7.

Pas surprenant si nous prenons en compte la présence parmi les signataires du maire de Gennevilliers Patrice Leclerc, qui dans un article publié par « Médiapart » le 30 décembre 2020 intitulé Face au risque d’effacement, le PCF de 2020 cherche encore sa boussole celui-ci dit : « Pour rester fidèles au communisme, les cocos devraient avoir le courage de se dissoudre ». Une opinion très minoritaire dans notre parti, tel que l’avaient montré les débats du 38e congrès, mais il persiste.
Ajoutons que les initiateurs de ce texte s’étaient déjà unis dans l’opposition en refusant, avant même l’écriture de la base commune adoptée par le CN, de s’investir dans la commission de rédaction du texte alors que certains signataires en avaient été élus membres.

D’une manière générale ce texte est un mixage du texte porté par Pierre Laurent et du texte du printemps lors 38ᵉ Congrès et a donc, pour fil conducteur une volonté retour aux pratiques des décennies antérieures qui ont entraîné l’effacement du parti.
Si l’on devait résumer ce texte en peu de mots, c’est un texte qui caresse généreusement les communistes dans le sens du poil : il est beaucoup question de communisme, de dépassement du capitalisme, de mouvements unitaires, de dénonciations de ce qui va mal mais aucun chantier d’actions n’est proposé concrètement. La solution ce serait la Nupes pour la conquête du pouvoir électoral, la Nupes dont le programme accepté par le PS, EELV et FI est qualifié de « programme de rupture » ! Ce qui de facto, rend inutile toute initiative communiste et s’oppose à une candidature pour l’élection présidentielle. Lorsque l’on sait les immenses limites de ce programme de la Nupes sur les moyens financiers à mobiliser et les pouvoirs nouveaux à instaurer pour engager un changement de société, c’est pour le moins tromper son monde.

Son fil directeur, c’est de placer les adhérents sous la pression d’une double urgence :
— la crise climatique,
— la menace d’une prise de pouvoir de l’extrême-droite.

Ces deux urgences, dont la riposte aux actes de destruction sociale de Macron est absente, exigeraient la mise au rancart de notre travail idéologique et politique au profit de démarches strictement électoralistes dans le cadre de la NUPES devenues l’alpha et oméga de la démarche politique de ces camarades.

Bien sûr, ce n’est pas dit directement comme cela, et on trouvera sous la plume de ces camarades toujours, et même répétés à l’envie, quelques lignes sur l’urgence du communisme et l’apport indispensable du Parti. Mais derrière les mots qui flattent la sensibilité des communistes, il faut voir l’essentiel de la démarche proposée. Et comment ne pas voir aussi que les signataires, sont ceux-là même qui ont systématiquement dilué le PCF en effaçant les positions de classe ces dernières décennies, liquidé les écoles de formations du Parti ?

S’ajoute à cela que ce texte :

— pointe dans une sorte de procès la période écoulée depuis le 38ᵉ Congrès et
s’attaque à l’efficacité de la candidature communiste à l’élection présidentielle, tout en étant très peu prolixe ni critique sur la période où Robert Hue, Marie Georges Buffet puis Pierre Laurent dirigeaient le Parti, c’est-à-dire du Congrès de Martigues en 2000 au 38e congrès en 2018.

— À plus d’habileté à cacher le retour au passé liquidateur que les textes alternatifs antérieurs émanant du « Printemps ». Il prend en compte des idées et formulations de la Base Commune pour mieux les tirer de façon quasi subliminale vers des thèses de Bernard Friot. Ainsi de la notion de salaire « garanti tout au long de sa vie », qui ramène tout au seul travail et à sa rémunération : cela évince par exemple le financement de la retraite et donc la bataille pour étendre les cotisations sociales ― car la pension de retraite, justifiée par un travail passé, n’est pas un salaire mais un revenu issu des cotisations sociales de celles et ceux qui travaillent ― cela évince aussi l’immense enjeu des batailles pour la formation et les allocations de formation des travailleurs ou des étudiants, dont on voit pourtant à quel point la crise de notre industrie ou de notre système de santé marque le manque de personnels qualifiés.

Ainsi encore du « communisme déjà là » qui entraîneraient le PCF et les communistes à ne pas mener de bataille idéologique et laisser le champ libre au capital.

Le « communisme déjà là » correspond en fait à une vision voisine « du royaume de dieu déjà parmi vous » de l’évangile de Saint-Luc signalé récemment par l’Humanité Magazine.

Ce texte porte une vision politique qui est bien définie dans sa conclusion, portant en elle un effacement entier du PCF et de ses idées, empêchant toute possibilité de créer les conditions d’un dépassement du système capitaliste pourtant contradictoirement cité plusieurs fois.

Rôle de la BCE ? Connait pas ! Forte critique d’une ligne considérant les luttes sociales comme indispensables pour changer la société et, à l’opposé, insistance mise sur les luttes sociétales déconnectées de l’affrontement Capital/Travail, alors que l’articulation social/sociétal est un enjeu déterminant de la période.

Pour éluder la question de la transition politique la notion de socialisme est évoquée pour la résumer aux échecs et au stalinisme.

Création d’Emplois, connaît pas ! La Formation liée à l’emploi, connaît pas ! La Sécurité- Emploi-Formation, connaît pas ! Les pouvoirs nouveaux et des critères de gestion, connaît pas ! Bien sûr, les pouvoirs sont cités (« Des pouvoirs de gestion doivent être assurés par des représentants des salarié.es, des financements, des collectivités publiques et les filières concernées »), mais comme pour le communisme ou le dépassement du capitalisme, la question des pouvoirs est évoquée à la Prévert. Quels pouvoirs ? Quel niveau de pouvoir ? quelle place face aux financeurs, aux filières ? Ce qui est dit du travail est très embarrassé et confus. Pour sauter par-dessus, sur beaucoup de points il est fait état de discussions non closes.

Par contre en matière économique et social les tenants de ce texte ont des intentions plus précises mais masquées, comme le montre encore l’exemple, à nouveau, de Patrice Leclerc. Dans un texte publié en juillet 2022, à propos de l’utilité communiste devant l’enjeu climatique, il écrit « sur la lutte contre le productivisme, pour changer les rapports de productions, contre le capitalisme du désir consumériste pour développer une frugalité heureuse. »

Côté organisation du parti, aucune ambition de développement des cellules et des
réseaux d’entreprises et de quartiers, abord très flou des questions de formations.

La présence des liquidateurs des cahiers du communisme et des écoles de formation du PCF comme M.G. Buffet et Claude Gindin est remarquée.

Les questions du rassemblement sont abordées, mais sans aucun enjeu de contenu, avec comme seule perspective le développement de la Nupes dont les dérives ne sont même pas analysées.

Au niveau du fond, le fil conducteur c’est que l’heure n’est pas, selon les auteur.es, à une reconquête patiente de l’hégémonie dans la classe ouvrière, le salariat, et auprès des dominé.e.s, mais à la mise bout à bout de luttes dispersées avec l’espoir d’une avancée électorale pour la NUPES. Effectivement, tout part d’une prémisse : l’immense majorité de notre société serait déjà « spontanément » contre le capitalisme et quasiment en faveur du communisme, « déjà là », dans notre société. Cueillons donc le fruit déjà mûr ! Comme les « réformateurs » des années antérieures le disaient, le grand mérite du PCF serait de se mettre au service de tout ce qui n’est pas de lui. Le fond est supplanté par la forme « rassemblement ».

C’est une vision sociale-démocrate pure et dure, donc en résumé un vrai projet politique entrepris déjà au Congrès de Martigues….
C’est un texte qui sonne une contre-attaque rétrograde à la Base Commune. Nous
devons et pouvons réagir devant la déstabilisation du parti qui est recherchée.
On voit bien que ce texte est pris dans une contradiction : il veut apparaître comme la légitimité, mais il est soutenu par un agglomérat de deux groupes naguère opposés, soucieux avant tout de se compter dans une revanche du 38ᵉ congrès.
Pour les années passées depuis l’adoption du Manifeste, le compromis de fait avec
Pierre Laurent a freiné ou bloqué nombre d’initiatives et de débat politique qui auraient permis de réunir celles et ceux qui ont fait le changement au sein du CEN et du CN.

Il faut donc analyser le texte passéiste et répliquer en allant sur le fond .

La Sécurité-Emploi-Formation contre les notions de salaire à vie et/doublé d’un retour à une vision d’économie centralement administrée.

Conquêtes de pouvoirs décentralisés, conquêtes de pouvoirs dans les entreprises permettant d’intervenir réellement dans les choix stratégiques au plus près des lieux de création de valeur ajoutée pour une utilisation de l’argent des profits et du crédit pour les femmes et les hommes, pour produire autrement face à l’illusion d’une transformation sociale par décrets.

Contrôle public et social citoyen des leviers de l’utilisation de l’argent des banques et des profits ou illusion du financement des besoins par le seul impôt, etc., illusion dont on a vu à quel point elle handicape la gauche jusque dans le moment électoral des législatives.

aider à la convergence des luttes et à leur politisation, au lieu de s’en tenir à
commenter leur remontée.

Notre problème, c’est de construire rapidement cette riposte.

Pour cela, il nous faut agir pour obtenir un rapport de force important (plus important que les 42/38 du 38ème congrès), et le faire non pas dans une posture de défense autour du secrétaire national, mais sur le fond, sachant que tout n’a pas été mis en œuvre pour mettre en pratique les choix du 38 ème congrès. D’ailleurs le texte adopté par 87 % des congressistes n’a pas été l’objet d’une publication en brochure du Parti. Obtenir un rapport de force plus important permettra de développer effectivement un parti en situation d’avancer pour l’initiative communiste et l’originalité communiste, pour élever le niveau de notre intervention au service d’un apport à toute notre société.

Sera aussi à discuter le rôle de l’Humanité qui présente le texte avec beaucoup de complaisance, pour ne pas dire avec la volonté de lui donner un bon coup de pouce dans la recherche des signatures nécessaire à son existence (pour l’instant, au regard de nos statuts, ce texte alternatif n’a aucune existence, celle-ci étant subordonnée aux signatures nécessaires validées par la commission transparence). On apprend néanmoins qu’il est soutenu par Pierre Laurent, Marie Georges Buffet, Bernard Vasseur (dont peu de communistes se souviennent qu’il fut secrétaire de Robert Hue, puis Chargé de mission auprès du ministre JC Gayssot et qu’il a soutenu les ouvertures de capital-privatisations de L. Jospin), Elsa Faucillon et Stéphane Peu sans echos à leur soutient à Mélenchon.

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Xuan
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   Posté le 10-01-2023 à 22:55:12   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Débats du congrès PCF : https://histoireetsociete.com/2023/01/10/les-contributions-du-3-janvier-aux-debats-du-39-e-congres-par-franck-marsal/#comment-7864

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   Posté le 11-01-2023 à 17:00:13   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

https://histoireetsociete.com/2023/01/11/168-jeunes-communistes-remettent-les-pendules-du-39eme-congres-a-lheure-par-franck-marsal/

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   Posté le 12-01-2023 à 22:16:29   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Six chantiers pour affirmer l’ambition révolutionnaire du PCF - Faire Vivre le PCF !

https://lepcf.fr/Six-chantiers-pour-affirmer-l-ambition-revolutionnaire-du-PCF


Edité le 12-01-2023 à 22:17:42 par Xuan




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   Posté le 16-01-2023 à 13:18:20   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

https://histoireetsociete.com/2023/01/16/39eme-congres-du-parti-communiste-francais-les-contributions-du-10-janvier-2023-1-2/

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   Posté le 19-01-2023 à 22:53:00   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

https://histoireetsociete.com/2023/01/19/39eme-congres-du-parti-communiste-francais-les-contributions-du-10-janvier-2-2-par-franck-marsal/

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   Posté le 24-01-2023 à 23:31:02   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Dernières manoeuvres du clan liquidateur : payer Usul

https://fb.watch/ig2ZRG9THh/

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=4lSbWVAk24E&feature=youtu.be&fbclid=IwAR2Tdpethk7XzFerQniq7luTTqlVk6C79kXwkNH9XZSQbTG3rM4HyumEPDE


Edité le 24-01-2023 à 23:37:09 par Xuan




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