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 50e Congrès de la CGT

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Xuan
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   Posté le 03-01-2013 à 17:46:06   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Lundi 31 décembre 2012 - Source oùvalacgt

Congrès CGT : un rapport d'activité en mode autosatisfaction


Ca y est, le 50ème Congrès est lancé. Le site est ouvert, les documents sont parus et en ligne, chacun peut voir où on en est.

Bon, on ne se fait pas trop d’illusions… Les délégués sont déjà quasiment tous désignés dans les fédés (au fait, vous étiez au courant, vous ?), ça s’est fait en petit cabinet feutré, entre copains, au moins c’est tranquille ça évite les soucis – du moins ça les limite. Il est vrai qu’à Nantes, ça avait chauffé un petit peu, malgré le verrouillage. La candidature de Jean-Pierre Delannoy avait mis de l’animation ("Un candidat contre Thibault au 49ème Congrès !"), et les interventions critiques n’avaient pas manqué !

Nous verrons bien ce qu’il en sera à Toulouse, mais la température interne est pour l’instant au plus bas. Les opposants sont repliés sur les entreprises et les luttes locales, et même le vaudeville de la succession de Bernard Thibault n’a suscité guère d’intérêt. Il ne reste que deux mois et demi, ça risque d’être bien bâclé (en 2009, les documents avaient été publiés fin juillet, 4 mois avant le Congrès).

Bien, arrêtons de jouer aux grincheux (à notre habitude, dirons certains…) et revenons aux documents.
Pour commencer, nous invitons nos lecteurs intéressés à revenir sur la préparation et le déroulement du Congrès précédent, c’est très instructif, et nous n’allons pas tout reprendre, il y a déjà de la matière (« Le 49ème Congrès, sa préparation et son déroulement »).
Pour ce qui est du congrès à venir, nous allons commencer par examiner le rapport d’activité (téléchargeable ci-contre ou sur le site du Congrès), ce que nous n’avions pas fait pour les congrès précédents. Pour alléger le document, nous renvoyons fréquemment aux articles parus sur ce blog autour des diverses questions abordées.

Pour commencer, y a-t-il un problème de défense de l’emploi en France ? Pas pour la CGT, semble-t-il.




Dans ce rapport, il n’y a rien en tant que tel sur l’emploi et la lutte contre les licenciements, juste une vague allusion en début de texte, comme une seule vague allusion à la lutte contre la précarité.
Rien sur les luttes exemplaires des milliers de travailleurs pour conserver leur emploi ces trois dernières années. Rien sur les conflits emblématiques qu’ont été (et que sont toujours) Philips, Continental, PSA, Goodyear, Fralib, Petroplus et bien d’autres, les manifestations au Mondial de l’Auto en 2010 et en 2012, ces luttes d’ouvriers qui se battent avec détermination pour conserver leur emploi, qui ne veulent pas se retrouver au chômage.

La Confédération n’aurait-elle aucun bilan, rien à dire sur le sujet ? Sur la politique des monopoles, la guerre économique, les délocalisations, les profits du capital, la concurrence mondialisée ? Probablement pas, d’ailleurs ces termes sont absents du rapport d’activité – vous pouvez vous amuser =]http://www.congres49.cgt.fr/Rapport-d-activite.htmlà chercher. Dans le rapport d’activité du Congrès de Nantes ( [urlICI[/url] ), il y avait quand même une partie intitulée « La crise du capitalisme mondialisé ». Il n’y a plus rien aujourd’hui, la CFDTisation progresse peu à peu.
Pour celles et ceux qui veulent profiter de l’occasion pour apprendre un peu, nous renvoyons à la section de ce blog consacrée à la formation de base (le fameux « Glossaire » ICI ).

Pour la Confédération, la « crise » existe bel et bien, mais ce n’est pas la crise d’un système fondé sur la propriété privée, sur l’exploitation, sur la division de la société en classes opposées qui se mènent une guerre sociale permanente. Pour nos dirigeants, c’est juste une crise de mauvaise gestion, de mauvaise répartition des richesses, alimentée par des patrons-voyous et des financiers trop voraces.
Soyons honnêtes : il s’agit d’un rapport d’activité, qui doit donc être jugé au regard du document d’orientation du 49ème Congrès de Nantes. Et nous avions déjà noté à l’époque (« Rapport d’orientation au 49ème Congrès : dans quel monde vivons-nous ? ») que la lutte pour l’emploi était tout aussi absente du document préparatoire comme le capitalisme et la lutte des classes l’étaient. Ah, oui, quelques amendements avaient ensuite été acceptés au Congrès, juste quelques formules pour calmer la colère et donner quelques miettes aux supposés « opposants » internes. Mais des mots, rien que des mots… Le rapport d’activité, trois ans après est là pour en juger…

Le rapport aborde quand même le thème de l’emploi, mais par deux volets annexes : « Transformer le travail » (B1) – encore faut-il qu’il y en ait ! – et « Une industrie au service du développement humain durable » (B8). Comme si le « travail » était en fait une donnée quelque part neutre, comme si le travail n’était pas le reflet de l’exploitation (le mot est d’ailleurs lui aussi absent du rapport d’activité). Comme s’il ne s’agissait que « d’infléchir les logiques dans lesquelles s’est enfoncé le système capitaliste » (A1) - système qu’on ne conteste même plus… Nous avions noté il y a trois ans la décadence où on en était arrivé, rêver à « un développement humain durable » dans une société capitaliste. C’est pourtant le fondement confirmé aujourd’hui de l’analyse confédérale de la société et de ses contradictions économiques, sociales et politiques.
Pour ce qui est de l’emploi industriel, nous renvoyons à la section du blog qui traite de la question (ICI ) en miroir à la section équivalente du rapport d’activité.

Quelques autres volets du rapport d’activité


Concernant le « long conflit unitaire contre la réforme des retraites » (B2), la CGT se gargarise du rôle qu’elle a tenu dans le conflit. Elle est pourtant bien silencieuse sur son échec, resté en travers de la gorge des militants les plus déterminés et combatifs de ce mouvement national qui aurait pu gagner, si seulement on avait accepté de paralyser le pays.
Nous renvoyons à la lecture de la section du blog concernée à ce conflit, ICI.

Concernant, le grand mouvement de lutte de nos camarades sans-papiers, le résumé proposé par le rapport d’activité (« On bosse ici, on vit ici, on reste ici », B3) est simplement honteux, à l’image de la manière dont les dirigeants confédéraux ont dirigé le conflit. Ce sont nos camarades de Lille qui vont apprécier… morceau choisi de langue de bois :
« Ces vastes mouvements de grèves initiés par la CGT ont permis à plus de 6 000 salarié-e-s sans papiers d’être régularisés depuis 2008.
Ils auront aussi permis, par une implication contrainte ou volontaire des employeurs, de « remettre d’équerre » un très grand nombre de situations de travail, de sortir du travail au noir des centaines de travailleuses et travailleurs, de leur redonner de la dignité, les ouvrir au fait syndical et en particulier à la CGT.
Les actions d’occupations et de grèves se poursuivent en cet automne 2012 encore. Elles contraignent le gouvernement à ouvrir des discussions avec les organisations syndicales et patronales, et les ministères du Travail et de l’Intérieur. Une circulaire de régularisation qui précise des critères applicables partout est enfin acquise. Mais elle est insuffisante pour reconnaître dans leurs droits notamment celles et ceux qui sont contraint-e-s au travail au noir. »
Pour apprécier correctement la réalité, il vaut mieux lire la centaine d’articles parus sur ce blog depuis cinq ans, ICI, en particulier les derniers articles à propos de la circulaire Valls.

Et ainsi de suite...

Des modes d’organisation pour la syndicalisation

(Nous reprenons ici le titre de la partie C du rapport d’activité).

Comme d’habitude chez nous, on arrive là dans une section « langue de bois + + » réservée à quelques initiés capables de décrypter les vides entre les virgules.
A la CGT, on ne dit pas les choses, on y fait allusion. On se gargarise de formules (« Vivre ensemble, travailler ensemble dans la CGT » C2), mais on cache toutes les contradictions, les soucis, les problèmes, au lieu de les mettre sur la table et de les résoudre collectivement et ouvertement.

Vous ne saurez donc rien des méandres de la succession de Bernard Thibault et des contradictions réelles qui se cachaient derrière les diverses candidatures, les conflits d’autorité, les ambitions de carrière des dirigeants – mais oui –, les fédérations qui défendent leurs petits prés carrés, le rôle des experts cachés derrière toutes les directions et tutti quanti. Voir ICI sur le blog.
Vous ne saurez rien de la guerre totale qui se déroule à l’intérieur de la Fédération du Commerce ( ICI ), de l’échec de la fusion de la Fédération Construction-Bois et de celle du Verre Céramique, des procès qui ont mis face à face la Confédération et les Ports et Docks, des embrouilles dans l'UD 94... Vous saurez que la nouvelle « Commission d’affiliation » a eu à intervenir, mais vous ne saurez pas sur quoi !

Vous ne saurez rien des relations suspectes entre la direction confédérale et les divers pouvoirs politiques. Pas seulement face à Hollande aujourd’hui qu’il ne faut surtout pas critiquer ouvertement, mais aussi les relations honteuses avec Sarkozy jusqu’au milieu 2010 (« Elections : Thibault vs Sarkozy ? »), à tel point que les Echos pouvaient titrer « L’alliance Sarkozy-CGT » en février 2010 (voir ci-contre)…



Vous ne saurez rien des multiples procédures juridiques concernant la gestion des Comités d’Entreprise dans le privé comme dans le public, à la SNCF (où les élus CGT se comportent en patrons voyous), à EdF, à Air France, chez les territoriaux, à Disney et dans bien d’autres endroits, qui ont donné lieu à des campagnes de dénigrement de la bourgeoisie. Mais pour pouvoir y répondre, il aurait peut-être fallu faire le ménage, et là, ça tique !

Vous saurez qu’il fait bon vivre dans la CGT, que la démocratie est parfaite… Mais quel militant peut encore accepter d’y croire ?

En conclusion


Rien de vraiment étonnant à ce rapport d’activité, au final. Beaucoup d’autosatisfaction, les problèmes et contradictions mis de côté, tout est prêt pour qu’on continue comme avant.

Nous poursuivrons sous peu avec l’examen du document d’orientation, mais nous pouvons déjà dire qu’il n’y a rien à en attendre.

Dans l’immédiat, il semble plus intéressant de discuter dans les syndicats ce rapport d’activité, car il permet d’être concret, de mettre en relation un discours avec la réalité de ce qui s’est passé que chacun(e) connaît et peut juger.

Les discussions sur les documents d’orientation sont toujours difficiles, très générales, et donnent la parole aux bavards. La discussion sur le rapport d’activité permet au contraire à chacun(e) de se faire un point de vue sur l’orientation de notre syndicat, c’est un peu le bilan que nous tirons de la préparation des congrès précédents.

Il va y avoir quelques opportunités de débat (peut-être, on peut rêver !). La direction confédérale vient d’envoyer une lettre aux syndicats (ci-contre) où elle annonce une série de débats thématiques sur les enjeux du Congrès. Cela peut-être l’occasion d’y participer, pas tellement pour imaginer mener la polémique (nous n’en sommes pas là !!!), mais pour comprendre où on nous entraîne, pour former des jeunes – et moins jeunes – syndicalistes, pour construire sur la base de la critique un syndicalisme de classe offensif pour l’avenir !

Les forums à venir :



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Toulouse, 30 janvier Bernard Thibault - Protection Sociale
Marseille, 7 février Thierry Lepaon - Nos ambitions revendicatives
Caen, 12 février Bernard Thibault - Les responsabilités du syndicalisme aujourd'hui
Nancy, 21 février Bernard Thibault - Les jeunes : leurs revendications et leur syndicalisation
Paris, 26 février Thierry Lepaon - Enjeux territoriaux, espaces cohérents de revendications et de conquêtes sociales
Lille, 6 mars Thierry Lepaon - Une politique ambitieuse de syndicalisation à la CGT
Grenoble, 7 mars Bernard Thibault - Pérenniser et développer l'industrie et les services publics

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Xuan
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Un nouvel article du blog oùvalacgt :

Samedi 5 janvier 2013

Délégués au Congrès : les coups pleuvent


Nous l'avons dit dans un article précédent ("Congrès CGT : un rapport d'activité en mode autosatisfaction", la préparation du 50ème Congrès est dans sa phase finale. Les délégués ont été sélectionnés en catimini, disions-nous sur la base de notre enquête.

Nous avons depuis reçu la correspondance suivante qui confirme nos informations, et cette fois parmi les jeunes. On sait qu'en général, la Confédération a du mal avec les jeunes. Moins formatés, plus offensifs, plus radicaux souvent (mais pas toujours, c'est vrai !) ils et elles sont remuants et pas toujours dans la ligne, mais avec une pêche d'enfer qui donne du tonus à tout le monde. Alors aujourd'hui, avec Hollande au gouvernement, il faut serrer les boulons pour éviter les dérapages... Dans une précédente publication du même correspondant ("Etre jeune à la CGT : bronca dans la vieille maison"), nous avions déjà souligné ces contradictions.
Manifestement, dans la CGT, plus ça change, plus c'est pareil...
C'est ce que nous dit cette correspondance !

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Je viens vers vous une nouvelle fois pour vous évoquer les derniers coupages de têtes, résultat des prises de positions de certains membres de la direction confédérale de la CGT suite à la désignation du successeur de B.Thibault... Se référer au précédent article "Etre jeunes à la CGT: Bronca dans la vieille maison" .

En effet, quelques mois après la désignation de T. Lepaon pour être présenté aux délégués du 50ème congrès, ça s'agite à la confédération... et les coups pleuvent !

1ère victime la responsable nationale des jeunes CGT et membre de la commission exécutive confédérale (direction confédérale), 33 ans ne se représentera pas pour un 2ème mandat, motif, ni son UD ni sa fédération ne met sa candidature "à disposition". Responsable de tout ce qui a trait à la jeunesse à la CGT depuis près de 4 ans, emplois des jeunes, impulsion de la jeunesse dans le mouvement des retraites, une campagne saisonniers digne de ce nom réactivée depuis 2 ans et la multiplication des créations de collectifs jeunes dans les territoires, les matériels à disposition de la jeunesse, guides sur l'emploi des jeunes, apprentis, saisonniers, etc... on la remercie (?) sans explications.

2ème victime, une autre jeune camarade de 32 ans, membre de la commission exécutive confédérale elle aussi et secrétaire départementale de l'UD 84. Ses prises de positions musclées et son implication sur le terrain lui ont fait prendre des positions courageuse autour de Fralib, vote contre la proposition de B.Thibault/Prigent, entre autre. En parlant vrai à ses interlocuteurs de la direction confédérale et en direction de Nadine Prigent avec qui, issu de la même fédération elle entretient des rapports tendus voir conflictuels, elle connait les foudres de la "machine" confédérale à son tour. En témoignent les pires difficultés qu'elle a rencontrées, plus d'un an pour avoir droit à un seul mi-temps de détachement pour mener son activité CGT nationale et départementale... vous aviez cru en la résolution n°2 du 49ème congrès qui faisait référence à un meilleur accompagnement des jeunes dans les responsabilités de l'organisation ? Mensonge, c'est de la prose comme les autres résolutions de ce congrès... Menant une activité de premier plan dans son UD elle se représente mais issue du privé elle n'aura plus de droits syndicaux "négociés" à la fin de l'année... 2ème victime !

Le troisième, est le plus jeune membre de la commission exécutive confédérale et également secrétaire départemental à l'UD 30, à 31 ans. Alors que dans son UD lui aussi a de plus en plus de responsabilités dans un contexte difficile, UL d'Alès en perdition, FD Commerce qui se débarrasse d'un salarié dans le Gard, désindustrialisation du département et licenciements à la chaine, il paie aussi ses prises de positions contre la proposition de B.Thibault, accusé de mettre volontairement le "chef" en danger, traité de fractionniste par Prigent et les siens. Un jeune camarade qui lui aussi a dû attendre un an pour avoir un seul mi-temps après son élection au 49ème congrès, pour mener comme sa camarade du 84 son activité nationale et départementale. Et si son UD l'a représenté c'est là aussi dû à son travail de terrain dans son territoire, mais à quel prix ?

Dernier rebondissement, les "assises jeunes" prévues mi-février ont été annulées par décision du bureau confédéral en décembre, motif, trop de choses à entreprendre pour préparer le 50ème congrès... 500 jeunes devaient se réunir pour 2 jours de travaux au siège de la CGT dans le patio de Montreuil dont les 200 jeunes délégués aux 50ème congrès + 300 jeunes issus des directions fédérales et départementales.

Alors que tout semblait prêt au niveau de l'organisation... annulé par le bureau confédéral !

Coup de théatre 3 semaines plus tard, un des sept forums de préparation au 50ème Congrès se déroulera à Nancy le 21 février et a pour intitulé "la jeunesse" ! On parlera donc des jeunes sans les jeunes, un bon moyen pour poursuivre le changement, dans la continuité donc... De cette manière les débats seront bien consensuels, sans aspérité ni remise en question, on fera du misérabilisme et parlera de l'individualisme des jeunes, de leur précarité, etc mais on ne les entendra pas pas plus qu'on n'en verra un planter le bout de son nez dans un débat ou il n'y comprendrai rien si ce n'est qu'on parle (soi disant) de lui et à coup sur, pour lui !

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Un nouvel article d'oùvalacgt

Dimanche 10 février 2013

Le discours de Thierry Lepaon au CCN du 5 février


Le long rapport (18 pages) de Thierry Lepaon [en intégral ci-dessous] commence par une phrase choc, qui a été largement commentée : "C'est notre dernier CCN avant notre congrès confédéral et nous sommes en guerre, au sens propre et au sens plus figuré du mot" . Et il a remis une couche au Journal du Dimanche.

"Hollande est dans la continuité de Sarkozy"...
En guerre, diable, il ne mâche pas ses mots le bougre ! Ou plus exactement, voilà une paye qu'on n'avait pas entendu une telle formule dans la bouche d'un dirigeant confédéral.

On aurait tort de ne voir qu'un exercice de style à la veille du 50ème Congrès, histoire de calmer comme d'habitude les opposants les plus remuants. Ce congrès, tout le monde s'en fout, il ne se passe rien, personne n'en parle. Dans certaines structures, même les membres de la CE ne connaissent pas les délégués...
L'opposition (pour ce qu'elle existe) est cantonnée dans les luttes locales et a abandonné toute perspective stratégique de reconstruction d'un syndicalisme de classe, de structuration d'un solide courant syndical de classe dans notre confédération.C'est morne plaine !
Nous avions annoncé sur ce blog l'étude du document d'orientation proposé au Congrès [ICI], étude chaudement recommandée par Thierry Lepaon dans son intervention. Nous ne le ferons pas, pour deux raisons :

> Il s'agit d'un document particulièrement indigeste et abstrait, incompréhensible et qui n'apporte aucune nouveauté par rapport au bavardage des Congrès précédents. Résultat, il ne suscite pratiquement aucun intérêt, aucune réaction. Nous renvoyons donc nos lecteurs à l'étude comparée de ce document et de celui du précédent Congrès ("Rapport d'orientation au 49ème Congrès : dans quel monde vivons-nous ?"). Les quelques pervers parmi nos lecteurs pourront s'amuser à traquer et décrypter les virgules modifiées depuis trois ans. Nous reviendrons sur le sujet uniquement dans les jours précédents le Congrès.

> La deuxième raison est beaucoup plus évidente : le débat est aujourd'hui directement politique, et c'est d'ailleurs largement escamoté par le rapport de Thierry Lepaon. Nous avons depuis neuf mois un nouveau gouvernement de gauche qui prétend être du coté des travailleurs, et jour après jour nous constatons la vraie vérité, la réalité : tout ceci n'est que du bavardage, il est le digne successeur de Sarkozy. D'ailleurs, Thierry Lepaon est obligé de l'admettre, sans tirer les conclusions syndicales qui devraient s'imposer par ailleurs. Le débat est politique est c'est sur ce terrain qu'il faut intervenir avant tout, la question syndicale n'étant bien sûr qu'une conséquence. par ricochet. Nous n'allons pas dépiauter des virgules d'un texte d'orientation syndicale, alors que l'enjeu est directement politique. Les militants de Voie Prolétarienne qui animent ce blog interviennent d'abord politiquement, c'est la priorité (voir le tract actuellement diffusé ci-contre).


Revenons à la radicalité de Thierry Lepaon, au CCN comme au Journal du Dimanche.
Il faut bien comprendre que si le discours se durcit, c'est que la tension monte. Les vagues de restructurations de poursuivent, les conflits prennent de l'ampleur, et d'abord PSA Aulnay, symbole de la résistance politique (et pas seulement de lutte déterminée) contre le gouvernement Hollande/Montebourg/Sapin.
Ca chauffe, la solidarité ouvrière se développe, encore de manière embryonnaire, mais réelle comme le montre le succès de la collecte de soutien aux PSA. La colère monte, partout les prolétaires grognent.
Mais rassurez-vous ! On n'est pas prêts de voir la confédération CGT lancer l'offensive contre le gouvernement !!!Il s'agit juste de garder le contact, d'être capables d'encadrer pour éviter l'explosion et pour tenter de mieux faire pression sur le gouvernement. D'un côté les nouveaux flics spéciaux "manifestations sociales" de Valls, de l'autre garder le contrôle sur les travailleurs.

Et puis, patronat, gouvernement et CFDT ont fait une erreur : croire que la loi sur la sécurisation de l'emploi aller passer comme une lettre à la poste ("Emploi : un accord dans la droite (!) ligne des précédents"). Or n'importe quel prolétaire est capable de comprendre son contenu et ce qu'il comporte de régression et de précarité accrue, de souffrances et de misère - la confédération l'a bien compris, c'est une part importante du rapport de Thierry Lepaon.
Voilà une occasion excellente de détourner la colère des travailleurs : au lieu d'appeler à l'offensive contre le gouvernement Hollande/Parisot, on invite à faire pression sur les députés pour qu'ils ne votent pas le texte - comme s'il s'agissait "d'amis dans l'erreur"... Une occasion excellente aussi pour montrer sa force et qu'il n'y a pas que la CFDT comme interlocuteur syndical du gouvernement...

Thierry Lepaon représente assez fidèlement la direction confédérale, et c'est tout sauf un "révolutionnaire". Quand il était au CESE, c'est même lui qui a été le rapporteur (le 27/06/2012) du débat sur "l'ouverture à la concurrence des services ferroviaires régionaux de voyageurs" - pour celles et ceux qui le croient pas, c'est ICI. Bon, ça calme.

Quand il parle de guerre, ce n'est donc pas pour organiser notre quartier général et mener la contre-offensive. C'est juste pour rouler les mécaniques un peu (il a fait de l'haltérophilie, il peut le faire...) et servir de soupape à la colère populaire qui monte.

Néanmoins, et c'est surtout ce qu'il faut retenir : s'il parle de "guerre", c'est que la pression monte, et que cette colère gronde.
Maintenant, c'est à nous, syndicalistes de classe, d'y répondre !


Dernière remarque, concernant la guerre au Mali (c'est le début de son intervention) : il est particulièrement choquant, voire scandaleux de voir Thierry Lepaon mettre à égalité les travailleurs des entreprises françaises pris en otage au Sahel (AREVA, pour ne pas la nommer) et les travailleurs immigrés en France. Et encore... 4 lignes et demi pour les expats français des entreprises coloniales, 1 ligne pour nos camarades immigrés. C'est HONTEUX . Serait-ce considérer que la France et le Mali sont à égalité ? Qu'il n'y a pas de domination impérialiste, néo-coloniale de la France sur ce pays, avec pillage des richesses (uranium, pétrole et autres), et émigration liée à la destruction de l'économie provoquée par cette domination ? La France impérialiste est la principale responsable de la situation au Mali, de l'émigration comme du pillage des richesses, voilà ce qu'il aurait fallu rappeler ! Mais quand on sait que la Confédération comme la CGT Energie sont farouchement pro-nucléaires ("La CGT et le nucléaire"), c'est probablement beaucoup trop demander !




Edité le 10-02-2013 à 20:49:45 par Xuan




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   Posté le 23-02-2013 à 18:41:04   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le « syndicalisme de lutte de classe » devrait s’interroger sur la portée réelle des revendications.



Le site du Front Syndical de Classe publie la contribution des cheminots de Montparnasse :

Les camarades cheminots rejettent avec fermeté l’orientation du 50e Congrès (on lira l’ensemble du document ci-après). Mais se donner une posture intransigeante ne protège pas contre les sirènes des illusions réformistes.
Sans un parti révolutionnaire, sans la perspective de renverser le capitalisme et de le remplacer par la société socialiste, l’esprit de lutte de classe manque son but.



Je lis ce passage qui entre dans la logique de la sécurité sociale professionnelle : « Cela suppose de dire clairement que nous proposons de financer le salaire à partir de la qualification dès dix-huit ans en activité professionnelle ou en formation par la cotisation sociale gérée par les salariés dans une nouvelle caisse de sécurité sociale professionnelle. Une caisse pour payer les salaires pour sortir les salariés du lien de subordination aux patrons, renverser cet ordre établit qui contraint les salariés à des démarches et procédure invraisemblables pour défendre ses droits et son statut salarié. »
(Voilà qui me rappelle certaine revendication d’un salaire pour les retraités sous prétexte qu’ils ont des « activités sociales ».)

L’idée est audacieuse, seulement actuellement on n’arrive pas à récupérer nos cotisations sociales, il y a des milliards qui passent à la trappe. Que se passerait-il si les salaires étaient mutualisés ?

« cotisation sociale gérée par les salariés » …appelons-les tout-de-suite des huissiers et adjoignons-leur une brigade de la BAC et un maître-chien, pour collecter les salaires. Je plaisante, mais ils auront des cheveux blancs à 25 ans ces salariés.

« Une caisse pour payer les salaires pour sortir les salariés du lien de subordination aux patrons »
Mais qui va payer les salaires ? Non plus un patron individuel mais la classe patronale payant la classe salariée. Le lien de subordination n’est pas supprimé ni les rapports de classe, il sont simplement collectivisés et institutionnalisés.
Mais ils ne sont pas rendus plus apparents puisqu’un organisme intermédiaire redistribue les salaires. Est-ce que les rapports de classe sont rendus plus limpides avec les caisses de chômage et de sécu ?
Non, c’est l’inverse : on critique la « mauvaise gestion de la Sécu » , le « trou de la Sécu » , les « salariés tricheurs »…

L’organisme intermédiaire, qui n’a aucun pouvoir sur l’encaissement des salaires, en définirait le montant suivant quel critères ? L’ancienneté, la bonne bouille, la syndicalisation, l’engagement professionnel, la cote boursière de l’entreprise ? Ce sont des questions que les pays socialistes s’échinent à résoudre et on voudrait les régler dans les pires conditions : dans un pays capitaliste enfoncé dans la crise jusqu’au cou.

Je ne comprends pas comment, dans une telle période de recul social on en soit encore à rêver à ce point.
Les suppressions de postes entrainent l’augmentation de la productivité et la baisse relative des salaires par rapport aux profits.
Le chômage accru qu’elles provoquent aiguise la concurrence entre les salariés et engendre la baisse absolue des salaires.
On n’est pas dans la situation d’acquérir des droits nouveaux : on se bat dos au mur pour défendre le peu qui nous reste.

Je lis dans le document d’orientation :

P.5. La sortie de crise ne peut être que dans la revalorisation du travail.
P.6. Revaloriser le travail passe par une première urgence : augmenter les salaires !
P.7. Aux déréglementations et à la mise en concurrence des salariés, impulsées par le patronat, nous opposons la construction d’un nouveau statut du travail salarié.


Il vient que nos camarades cheminots ont oublié les points 5 et 6 et sont passés directement au septième, comme si ce dernier allait régler l’augmentation des salaires, par l’opération du nouveau statut. Créons de nouvelles lois favorables aux salariés et nous serons tranquilles. On est dans du virtuel là.

Ça ne se passe pas comme ça. Qui va créer ces lois ? Où est le 1936 annoncé dans la foulée des élections, par le Front de Gauche et nos dirigeants CGT ?
On ne sera jamais « tranquille » dans ce système, il faut toujours se battre tant qu’il est debout.

Commençons par réclamer un salaire minimum, du travail pour tous, le moratoire des loyers, le paiement intégral des cotisations…

Ci-dessous la contribution des cheminots de Montparnasse :

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CGT 50e congrès : positionnement cheminots de Montparnasse



Contribution du Syndicat CGT des cheminots de Paris Montparnasse pour le Congrès Confédéral du 18 au au 22 Mars 2013.


Les derniers accords dits de « compétitivité » et de « sécurisation de l’emploi » passés sans consultation des salariés, démontrent, une fois de plus, que le « syndicalisme rassemblé » va à l’encontre de nos principes fondamentaux. L’unité syndicale avec des syndicats réformistes nous a conduits à un alignement systématique sur le moins-disant revendicatif. Il faut changer de cap ! Et reconstruire un véritable syndicalisme de lutte de classe rassembleur, unifiant les travailleurs autour de revendications claires et offensives pour libérer le salariat du lien de subordination au patronat et en finir les bas salaires, avec la mise en concurrence des salariés, le chantage à l’emploi, le travail précaire et le chômage.

Ce qui nous conduit à nous interroger sur le rôle et la place de la CGT dans l’affrontement Capital/Travail, en France, mais aussi au-delà de ses frontières, car, notre conception du syndicalisme est fondamentalement euro-incompatible.

Après trois décennies de politiques antisociales qui démontrent incontestablement que l’issue n’est pas par le haut - la présidentielle et les institutions ne servant qu’à museler la souveraineté populaire

- ils convient également de pousser la réflexion sur nos orientations et celle de la CGT confédéré, comme sur le contenu du contrat de travail qui, en l’état actuel, soumet les travailleurs au bon vouloir du patronat. L’étape suivante c’est encore plus d’insécurité pour les travailleurs et d’impunité pour les patrons.
Le contrat de travail ne devrait pas subordonner les salariés mais au contraire, (puisque ce sont eux qui font vivre l’entreprise, la développe et génèrent les richesses) leur donner des droits tels que :
- droit de décider des politiques économiques et salariales (et donc de la répartition des richesses) de l’entreprise,

- droit de décider de ceux qui sont chargés, à tous les niveaux, de mettre en œuvre les orientations prises, ce qui implique une majorité de sièges « Salarié » au conseil d’administration et un pouvoir de contrôle par les salariés.


Cela suppose de dire clairement que nous proposons de financer le salaire à partir de la qualification dès dix-huit ans en activité professionnelle ou en formation par la cotisation sociale gérée par les salariés dans une nouvelle caisse de sécurité sociale professionnelle. Une caisse pour payer les salaires pour sortir les salariés du lien de subordination aux patrons, renverser cet ordre établit qui contraint les salariés à des démarches et procédure invraisemblables pour défendre ses droits et son statut salarié.


A s’interdire dans le contenu des revendications sur la Sécurité sociale professionnelle par exemple de contester la domination du capital nous laissons le champ libre aux réformateurs pour imposer dans toutes les discussions leur cadre déterminé par la compétitivité, l’employabilité, les compétences, les rémunérations !

Porter d’autres ambitions pour les salariés exige de revenir sur nos fondamentaux dans la CGT et de montrer ouvertement que nous faisons le choix du progrès social, du changement de société pour et avec celles et ceux qui créent les richesses en contestant la propriété privée à but lucratif au nom de laquelle le capital nous impose toutes les régressions et en nous battant pour le respect de la souveraineté du peuple.

La position du syndicat de Paris Montparnasse


La faiblesse du document d’orientation du 50ème Congrès Confédéral sur l’analyse des luttes des dernières années, sur la situation du salariat, sur la nécessaire centralité de la bataille pour l’augmentation des salaires tout comme celle pour l’annulation de la dette, sur une véritable consolidation du financement salarial de la protection sociale, sur la conquête de nouveaux droits et moyens pour les salariés et le syndicalisme, sur l’examen de la validité de notre stratégie de rassemblement (prôner aujourd’hui « toujours le syndicalisme rassemblé » et « plus d’Europe » constitue un déni d’expérience invraisemblable)… tout cela, et nombre d’autres questions, nous créent obligation à revoir complètement l’édifice de ce document et surtout à faire effort pour écouter et entendre tout ce qui s’exprime dans la CGT.

D’autre part, il y a dans ce document un nombre considérable d’articles qui ne sont que des constats et non des revendications et n’ont, en conséquence, pas leur place dans un document d’orientation. Si l’on veut intéresser l’ensemble des syndiqués, il faut y mettre l’essentiel et que l’essentiel ! Que l’on ne retrouve, malheureusement, pas forcément dans ce projet ; en l’occurrence, revenir à des repères revendicatifs clairs, ce qui est fondamental pour mettre en ordre de marche toute la CGT dans les batailles que nous avons à mener.

D’autre part, si les statuts doivent être modifiés afin de se mettre en conformité avec la législation en vigueur, nous ne pouvons accepter le remodelage en profondeur que ces nouveaux statuts impliquent, car, c’est tout bonnement la fin de l’indépendance des syndicats de site et des Unions Locales qui est proposée et plus généralement une hiérarchisation des organisations de la CGT. Nous nous éloignons d’un des fondamentaux de la CGT : la démocratie syndicale.

Il y a, comme cela a toujours été dans la CGT, des débats et des points de vue, parfois différents, qui s’expriment ainsi que des désaccords, mais aussi des propositions, particulièrement en ce qui concerne les orientations. Il est donc fondamental de prendre en compte les avis et les propositions qui remontent si l’on veut préserver la démocratie syndicale et être une CGT forte, offensive et en adéquation avec les intérêts des salariés.

La question de la gouvernance est un combat politique majeur dont nous ne pouvons faire l’économie d’un large débat. Alors que les orientations politiques dans notre pays mais aussi dans les entreprises sont de plus en plus contestées par les travailleurs, gardons-nous de faire un copié collé de cette gouvernance par le haut qui a suffisamment fait de ravages.

La position du syndicat des cheminot(e)s de Paris Montparnasse pour le congrès confédéral est donc :

le rejet du document d’orientation si nos amendements ne sont pas retenus
le rejet en l’état actuel du projet de modification des Statuts.


Edité le 23-02-2013 à 18:59:05 par Xuan




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   Posté le 14-03-2013 à 20:29:12   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Après un temps d'absence, je poursuis la mise en ligne de quelques articles sur le 50e congrès :
Sur le
Quelques commentaires sur cet article du blog oùvalacgt, qui est publié en-dessous :

> « On ne peut qu’être stupéfaits par le silence du document relativement au gouvernement Hollande, alors que c’est quand même un événement politique majeur de l’année écoulée… »
Pas tellement stupéfaits dans la mesure où la CGT a appelé à voter pour lui : on vote pour la gauche et ce sera comme en 36…tu parles.

Et quand on entend Pierre Laurent affirmer « vous avez eu raison d’y croire », on comprend que le cordon n'est pas coupé.

> Le blog fait une observation intéressante sur l'Europe : « Mobiliser « contre l’Europe », quelle qu’en soit la forme, c’est se tromper de cible, amener les travailleurs dans l’impasse, et quelque part les entraîner par ricochet sur la voie du nationalisme.
Or, à l’heure de la mondialisation capitaliste, l’heure n’est pas au repli national et chauvin, l’heure et à l’internationalisme et à la solidarité internationale des prolétaires, à la lutte pour faire disparaître les frontières, par la lutte des classes et la lutte démocratique pour l’égalité des droits »
.
A ce sujet voir les positions développées par Asselineau concernant l’Union Sacrée des ouvriers et des patrons pour la défense de la Patrie.

> Concernant le nucléaire : Le débat est-il entre productivisme et décroissance ou bien entre les profits capitalistes et la sécurité des salariés et des populations. Sur ce point notre choix n'est pas celui des écolos décroissants .


_____________________


Lundi 11 mars 2013

50ème Congrès : quelques débats d'orientation dans la CGT


Dans un article précédent ( « Le discours de Thierry Lepaon au CCN du 5 février »), nous soulignons le peu d’intérêt soulevé dans nos rangs par le 50ème Congrès qui commence dans une semaine.
Rares ont été les structures qui ont pris le temps de débattre, même des responsables départementaux ou fédéraux n’ont eu aucun débat ou aucune information. On est au degré « zéro » de la démocratie (enfin, on dit ça à chaque congrès, et chaque fois c’est pire…).
Toujours dans cet article, nous disions que nous n’allions pas produire une critique complète du document d’orientation, car il était trop général, trop abstrait et nous renvoyions à la critique du document du Congrès précédent. C’était un peu rapide, et pas très correct – convenons-en.

En effet, une relecture un peu moins hâtive du document de 41 pages proposé au débat montre justement qu’il y a un peu plus d’efforts qu’au 49ème Congrès, qu’il est un peu plus en phase avec la réalité, moins caricatural et plus nuancé, et mérite donc qu’on en discute tel ou tel aspect.
Nous avons donc relevé une demi-douzaine de thèmes, interrogations, que nous allons aborder ci-dessous.
Il ne s’agit pas d’une critique générale du document, l’orientation générale de la CGT est critiquée article après article sur ce blog depuis maintenant plus de sept ans. Il s’agit de quelques thèmes que nous voulons pointer pour nos lecteurs, pas tellement dans la perspective du Congrès (déjà plié), mais pour les aider à combattre l’orientation réformiste de notre confédération. C’est forcément très bref, totalement insuffisant dans les explications, mais cela éclaire malgré tout ces quelques volets.

1 – Quelle est la nature de la crise ?

La première chose, c’est que le document reconnaît l’existence d’une crise générale et systémique. Là, franchement, c’est un progrès ! On lit même que c’est « une véritable guerre qui est déclarée aux travailleurs et travailleuses du monde entier » (I-10). Voilà qui ne peut que nous réjouir.
Ce qui ne colle pas, c’est l’origine de cette crise : « La crise, qui peut être qualifiée de systémique, trouve ses origines dans une exigence démesurée de rentabilité du Capital » (I-8). Tout tient dans cette formule, tout tient dans cet adjectif : « démesurée ».
Si on s’arrête une seconde sur la formule, on ne peut que constater son flou. Ca veut dire quoi « démesurée » ? A quel moment on passe du « raisonnable » au « démesurée » ? Et au fait, peut-il y avoir une exigence « raisonnable » de rentabilité du Capital ?
Au lieu d’utiliser des termes rigoureux, économiques, politiques, objectifs, on explique par une formule subjective, non quantifiable, non justifiable, non mesurable – dé-mesurée.

Nous ne cessons de le répéter (« Une loi pour interdire les licenciements boursiers ? », «Emploi : un accord dans la droite( !) ligne des précédents » et bien d’autres articles…), la crise du capitalisme, ce n’est pas la rapacité des patrons voyous, mais un fonctionnement objectif, basé sur la guerre économique mondialisée, l’exploitation (tient ? on ne sait pas ce que c’est dans le document…), la baisse du taux de profit et toutes les restructurations qui en découlent. Même pour ce qui est de l’aspect plus « financier » de cette crise («A propos de la crise financière »), les explications simplistes ne font que tromper les travailleurs : nous le disons, il n’y a PAS DE SOLUTION en conservant ce système d’exploitation… Ce ne sont pas des bavures, des excès, des exigences démesurées que nous devons combattre, mais les fondements d’une société qui nous tue au travail et renforce chaque jour la précarité, la flexibilité, l’intensité du travail, la misère et la pauvreté, tout cela pour que le capitaliste puisse survivre face au requin qui le concurrence.

2 – La question du changement politique

On ne peut qu’être stupéfaits par le silence du document relativement au gouvernement Hollande, alors que c’est quand même un événement politique majeur de l’année écoulée… A moins que non ? A peine quelques lignes (I-26 à 29) pour noter les impatiences, les déceptions, les critiques, avec des formules plus que très neutres ( !), qui évitent soigneusement de se positionner clairement : dans quel camp le nouveau gouvernement se trouve-t-il ?
Depuis des mois, à chaque mobilisation, à PSA, à Goodyear, avec les sidérurgistes de Strasbourg, le 5 mars, chaque fois, les travailleurs les plus combatifs, ceux qui sont à la base militante de la CGT, répètent la même chose : Hollande suit le chemin de Sarkozy, voire en pire car il endort la riposte nécessaire !

Nous verrons ce qu’il en sera lors des débats du Congrès, mais c’est un enjeu essentiel pour tous les syndicalistes de classe, qui paralyse actuellement la riposte aux attaques que nous encaissons semaine après semaine. Ami qui se trompe, ou ennemi qui se cache ?

3 – L’Europe et l’international

Le document d’orientation souligne à juste titre l’internationalisation du capital et des luttes ouvrières et populaires, et pousse dans le sens de renforcer les solidarités. Sans surprise, il s’inscrit dans l’optique très institutionnelle de la CES, la CSI et désormais de la défense explicite de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) I-106. C’est la version internationale du réformisme syndical qui se développe, en même temps sous la pression de la crise et des attaques mondialisée. Lorsque les cheminots ou les sidérurgistes de plusieurs pays se retrouvent ensemble à Bruxelles ou à Strasbourg, lorsque la crise provoque des mouvements massifs dans plusieurs pays (on vient encore de le voir au Portugal, après la Grèce, l’Espagne ou l’Italie), même les syndicats les moins radicaux sont contraints de hausser le ton, ne serait-ce que pour canaliser la colère et la révolte.

Un mot au passage pour tous nos camarades de la CGT qui s’arcboutent contre l’Union Européenne, considérée comme responsable de tous les maux. On voit encore fleurir ici ou là des commentaires, résolutions, pour revendiquer la sortie de l’UE, de la CES etc.
Ces camarades prennent le problème à l’envers. Ce n’est pas l’Europe qui est la cause de nos misères. C’est la crise capitaliste et ses effets, la guerre économique et la concurrence mondialisée, qui poussent tant les gouvernements nationaux que les institutions internationales dans le même sens de la guerre contre les travailleurs. Mobiliser « contre l’Europe », quelle qu’en soit la forme, c’est se tromper de cible, amener les travailleurs dans l’impasse, et quelque part les entraîner par ricochet sur la voie du nationalisme.
Or, à l’heure de la mondialisation capitaliste, l’heure n’est pas au repli national et chauvin, l’heure et à l’internationalisme et à la solidarité internationale des prolétaires, à la lutte pour faire disparaître les frontières, par la lutte des classes et la lutte démocratique pour l’égalité des droits.
Camarades, il ne faut pas se tromper de cible et de critique à la Confédération ! Le problème, c’est celui du réformisme et des illusions de solutions à la crise de cette société sans bouleversement révolutionnaire !

4 – Transformer le travail ?

Nous avions noté au Congrès précédent, ainsi que dans le rapport d’activité (« Un rapport d’activité en mode autosatisfaction » ) que l’emploi était absent des préoccupations confédérales.
Ouf, le document d’orientation se recale un peu avec la réalité. Pas d’une manière qui nous satisfait, mais au moins c’est présent, sinon on était en pleine quatrième dimension…
Le problème, c’est que puisque la Confédération ne reconnait pas la réalité du capitalisme et de sa crise, elle est automatiquement conduite à traiter du travail « en tant que tel », et pas pour ce qu’il est : l’exploitation d’une classe par une autre, l’exploitation de l’ouvrier par le patron.
Le travail n’est pas compris comme le lieu de l’extorsion de la plus-value qui fera ensuite le profit du capitaliste, mais comme une activité mal gérée et mal organisée, toujours bien entendu du seul fait de la rapacité des patrons qui en veulent toujours plus. L’objectif est alors donc d’améliorer les choses dans le cadre existant, de « transformer le travail ».
Alors, oui, il y a un progrès, la CGT se déclare pour « le plein emploi solidaire » (II-45), c’est quand même le minimum, oui, il faut combattre l’exclusion, la pauvreté, la précarité, mais on ne saura pas comment l’imposer aux bourgeois, on ne saura pas quelles sont les véritables transformations nécessaires : faire disparaître le travail de nuit et à la chaîne ? Baisser les cadences ? Renouer le travail manuel et le travail intellectuel, pour tous (y compris maîtrise et cadres…) ? Bloquer les hauts revenus à un maximum ?
Là, non, on n’a pas trop de détails… Parce qu’évidemment si on avance cela, comme le dessinait une bande dessinée célèbre de Wolinski : « les patrons ne voudront jamais ! ». C’est un peu le problème…



La transformation du travail, nous sommes POUR. Nous sommes pour travailler tous, moins et autrement. Mais pour cela, le point de départ, c’est d’en finir avec l’exploitation du prolétaire par le bourgeois, récupérer la maîtrise sur notre vie et sur toutes les décisions de la société… Le reste, c’est du vent, du bavardage qui s’effiloche au fil des épisodes de la guerre économique mondialisée… chaque plan d’ajustement structurel balayant les supposées garanties données par le précédent.

5 – Renforcer l’Economie Sociale et Solidaire.

Le document est plus développé que sur la crise ou le gouvernement (II-184 à 189) ! Et de reprendre quelques chiffres qui ne veulent rien dire : 2,5 millions de salariés, 15% du PIB, plus de 35 millions de coopérateurs, mutualistes et d’associés (II-184).
La première chose, c’est qu’on ne définit pas ce secteur. Les Banques Crédit Agricole, Crédit Mutuel ou Crédit Coopératif en font-elles partie ? Les mutuelles MAIF, MATMUT, MACIF, MNEF – voire Malakoff/Médéric qui en a le statut – et autres en font-elles partie ? Oui, bien sûr, et c’est une supercherie. Chacun sait que ces entreprises sont en plein dans le fonctionnement normal (ou pas !!!) du capitalisme en crise. Alors, il faudra un jour mettre les points sur les i et dire ce qu’il en est : une forme différente du capitalisme que le capitalisme par actions, mais des entreprises capitalistes comme les autres, gérées comme les autres, précarité et restructurations comme les autres.
Ensuite, il fût un temps où l’on parlait d’un supposé « secteur non marchand » dans la CGT, belle plaisanterie. Le texte d’orientation est quand même plus prudent (et plus malin), puisqu’il se contente de dire que « l’économie sociale doit faire la démonstration que l’on peut apporter des correctifs sociaux à la loi du marché considérée comme intangible » … (II-188). Mais si c’est plus malin et plus lucide, c’est aussi plus clair : ce secteur est bien un des volets de la société capitaliste, comme les Restaus du Cœur quelque part…

Nous aurons l’occasion de revenir sur ce blog sur la question des SCOP, à l’honneur avec le combat des Fralib, et désormais la proposition de l’équipe CGT de Goodyear. Disons clairement que s’il ne s’agit pas d’un capitalisme d’actionnaires (et encore, les associés, c’est quoi ?), s’il ne s’agit pas d’un capitalisme boursier, pas plus que les capitalistes familiaux (aucune des sociétés du groupe Auchan n’est par exemple cotée en Bourse…) elles n’apportent aucun espoir d’avenir pour les travailleurs.

6- La transition énergétique, le nucléaire et le développement humain durable…

Alors qu’au 49ème Congrès c’était une sorte de formule magique bien confuse, le développement humain durable est remis à la place de la transition énergétique. Il faut le dire, ça fait déjà moins extra-terrestre.
Cela dit, tout ce qui est écrit sur le sujet fait sourire (II-210 à 212). Le mot « nucléaire » n’apparaît qu’une seule fois, et encore dans la formule « sureté nucléaire », alors que le réchauffement climatique, l’effet de serre et les bilans carbone sont abondamment commentés. C’est-à-dire que la rédaction de ces paragraphes est parfaitement orientée pour mener à la défense, voire au développement, du nucléaire : on sait que le seul « avantage » du nucléaire est qu’il ne rejette pas de carbone.
Mais alors que le Congrès va se tenir à l’occasion du deuxième anniversaire de Fukushima, ça fait vilain et désordre… Les risques nucléaires ? La gestion des déchets sur des millénaires ? Le pillage de l’uranium du Niger et les otages d’AREVA ? L’arrêt de Fessenheim ? Circulez, y’a rien à voir… Pour la Confédération, la transition énergétique, c’est poursuivre le nucléaire, légèrement arrosé d’un zeste d’énergies renouvelables !
On savait que la Confédération, à la suite de la FNME, était farouchement pro-nucléaire (« La CGT et le nucléaire »), mais on a dans ce document une opération d’intoxication très bien faite, et qui va très probablement passer comme une lettre à la poste.

D’une manière générale, le document poursuit dans la tradition « productiviste », à savoir que le progrès c’est nécessairement « toujours plus », ce qui d’ailleurs interroge pas mal ce qu’il y a derrière le « transformer le travail ». Le débat sur la décroissance est balayé d’un revers de main (« La notion de développement humain durable portée par la CGT s’oppose tant aux idées tendant vers la décroissance qu’à celles refusant d’interroger le contenu et les finalités de la croissance telles que définies par l’économie capitaliste » (II-215) alors même que les catastrophes sanitaires et productivistes se multiplient et posent ouvertement la question de la notion même de croissance. Au moins, on pourrait discuter de la chose… même pas en rêves !

Nous reviendrons dans un prochain article sur les enjeux internes à la CGT, en particulier ce qui est appelé la « territorialisation » de la CGT, les structures et la modification des statuts, qui posent pas mal de questions.
Voilà dans l’immédiat quelques débats (sans doute parmi d'autres...) qui méritent d’être menés à l’occasion de ce Congrès, pour autant qu’il y ait débat !

Enfin, les camarades du blog « Où va la CGT ? » seront présents à Toulouse à l’occasion de ce congrès. Nous invitons toutes celles et ceux qui le souhaitent à nous envoyer leurs infos, à nous contacter par mail (vive les smartphones !) à notre adresse : ou-va-la-cgt@laposte.net, à nous rencontrer s’ils le souhaitent.
Discrétion assurée !!!


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A lire également sur le même blog :

Commerce CGT : un congrès confédéral en partie illégitime

et

50ème Congrès : l'évolution des structures de la CGT, c'est pas gagné !

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   Posté le 21-03-2013 à 20:35:09   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Plusieurs témoignages sur le déroulement du Congrès. Comme on peut s'y attendre, les manifestations de colère n'empêchent pas la direction d'emporter la majorité.
J'ajouterai après ces différents compte-rendus émanant de diverses sources quelques éléments sur Thierry Le Paon.


Sur le blog oùvalacgt :

Mardi 19 mars 2013

Le 50ème Congrès au jour le jour

Lundi Mardi Mercredi Jeudi


Comme lors du 48ème et du 49ème Congrès, nous allons retracer ici les principaux débats du 50ème Congrès confédéral, pour tenter d'apporter un éclairage, de "donner du sens" à des dizaines d'interventions qui vont un peu dans toutes les directions.
Nous serons moins détaillés que lors des Congrès précédents, pour aller à l'essentiel, charge au lecteur intéressé à se reporter au site confédéral (lien sur le logo) et d'aller visionner les vidéos, et trouver tous les documents disponibles. Bien sur, vous aurez le droit à l'occasion à quelques anecdotes avec mauvais esprit... on ne se refait pas !

Lundi

Nous serons brefs sur la journée du lundi, dans la mesure où le lundi c'est le jour de l'arrivée des délégués et où le seul événement marquant est le discours d'introduction. Le reste du temps est passé dans l'élection des commissions et des diverses responsabilités du congrès.
Discours cette fois sous la responsabilité de Thierry Lepaon, qui a en fait repris pour l'essentiel son intervention au CCN de février dernier ("Le discours de Thierry Lepaon au CCN du 5 février"), actualisé et développé selon les thèmes. Nous ne redévelopperons donc pas et renvoyons nos lecteurs, à la fois au discours officiel (ICI) et à notre article précédent. Le Nouveau statut du travail salarié y fait un retour en force, mais on en reparlera plus tard, plusieurs intervenants l'ont repris à leur compte le lendemain.
Juste pour information, il faut savoir que le fait que cela soit à lui qu'on ait demandé ce rapport d'introduction a encore fait grincer des dents à la direction confédérale : la guerre de succession n'est manifestement pas enterrées, quelles que soient les belles déclarations d'unité publiques.
On notera sans vraie surprise l'annonce d'une nouvelle journée d'action contre l'ANI lors de l'ouverture du débat parlementaire dans la semaine du 2 au 5 avril.
Sinon, présentation des invités, on siffle la CFDT et le PS, on ovationne Mélanchon, bref, rien que du classique.

Enfin, les nouveaux délégués découvrent les surprises des congrès... Le couvert avec deux fourchettes et deux couteaux, ça fait pas très prolétaire... avec les serveurs à table en plus... D'autres découvrent que Toulouse, c'est comme dans bien des villes, des cités populaires pauvres, avec leur lot de misère et de soucis. Et comme le Palais des Expositions est proche de la cité d'Empalot, un véhicule en fera les frais sur le parking, et les femmes découvriront à leurs dépends qu'il ne vaux miieux pas aller seules au métro, au risque d'être importunées... On est bien là en direct sur les enjeux de société d'un congrès syndical !

Mardi

Surprise tient, certains arrivent de l'hôtel en taxi, d'autres en métro... Qui paye ??? Les syndiqués ?

Le mardi matin, c'est la discussion sur le rapport d'activité ("Congrès CGT : un rapport d'activité en mode autosatisfaction"). une grosse vingtaine d'interventions, mais de manière assez surprenante le temps aurait permis d'en avoir plus. Manque de motivation des délégués pour intervenir sur ce rapport ?
La tonalité des intervenants était carrément "tonique", voire offensive sur le bilan de la direction sortante.
Trois gros thèmes de critiques :

> Le mouvement des retraites de 2010 , où la confédération a été largement critiquée pour son manque d'enthousiasme et de généralisation du conflit ("si la confédération avait voulu éteindre le mouvement, elle ne s'y serait pas prise autrement"). Un camarade cheminot d'Epernay obtiendra ainsi une ovation au terme d'une intervention particulière cinglante !
> Le syndicalisme rassemblé , qui a fait l'objet d'un feu nourri et acerbe de nombre d'intervenants, évidemment après la signature de l'ANI du 11 janvier ("accords scélérats", "un drapeau brûlé, c'est moins grave que de brûler le code du travail"), ç'était difficile à justifier !
> Et la critique cinglante du gouvernement , bien au delà des timides formules de la direction confédérale. Les noms d'oiseau fusent : "Un gouvernement qui continue la politique de casse du droit du travail", "Sarkozy rêvait de cette politique, Hollande l'a mise en oeuvre", "la politique gouvernementale va à l'encontre des intérêts des travailleurs", "Hollande a perdu ses couleurs, si tant est qu'il en ait jamais eues" etc.
D'autres interventions sont plus consensuelles, sur la lutte contre la présence et l'influence du FN, ou sur la finance, même si elles peuvent poser des questions bien plus profondes qu'on imagine : ainsi un camarade des banques aborde la question des salles des marchés des grands groupes industriels (Renault, Bouyghes) qui fonctionnent à la microseconde comme les banques d'affaires, montrant ainsi indirectement qu'on ne peut pas séparer capital industriel et capital financier, contrairement à toutes les déclarations de la confédération.
Enfin, on note le retour du Nouveau statut du Travail Salarié ("C'est pour ces raisons que nous revendiquons un socle commun de droits individuels, transférables, garantis collectivement, et opposables à tout employeur, des droits interprofessionnels et indépendants du contrat de travail"), que plusieurs intervenants remettent au premier plan, voire en regrettant que la revendication et le projet aient été mis sur la touche, malgré les congrès successifs. Nous avons dit tout le mal qu'il fallait penser de cette revendication qui valide en fait à la fois les restructurations et l'individualisation des statuts (notre dossier sur la question est ICI).
Il n'empêche que le retour du sujet dans les interventions montre au fond la difficulté de la réaction face aux attaques patronales, à l'absence de contre-offensive, et finalement à l'espoir se raccrocher à n'importe quelle branche, fut-elle pourrie, pour s'opposer à la précarité, la flexibilité, les licenciements et la misère...

C'est Mohammed Oussedik qui sera chargé de répondre, au nom de la direction confédérale. Croquignolet, quand on connait la proximité du personnage avec le PS, donc avec le gouvernement. En gros pas grand chose, sinon la répétition des positions confédérales sans vraiment bouger face aux critiques.
Le résultat du vote sur le rapport d'activité n'est pas vraiment conforme à la tonalité et la radicalité des interventions (nous avons bien sur comme d'habitude recalculé les chiffres, la direction confédérale ne compte plus les abstentions dans le résultat final) :
7% d'Abstentions, 11,6% de Contre, 81,4% de Pour

et c'est 10% de plus qu'au congrès précédent, ce qu'on ne manque pas de souligner dans les couloirs pour relativiser la tonalité très critiques des interventions de ce matin.
Il est sur que les prises de paroles sont occupées plus facilement par des opposants que des partisans de l'orientation confédérale. De ce point de vue, on ne peut que constater la progression du soutien à la direction confédérale, ce qui est d'ailleurs assez logique quand on constate la faillite des diverses oppositions dans la préparation du Congrès, nous l'avons déjà dit.
Pourtant, on ne peut oublier les applaudissements, voire les ovations pour certaines interventions particulièrement tranchées. C'est à dire qu'on peut constater le décalageexistant entre le soutien aux interventions, tout à fait réel, et l'absence de perspectives internes qui ne peut que mener, par défaut, au vote pour les documents de la direction. Voilà, c'est l'état de la CGT.

Le mardi après-midi commence le débat sur le document d'orientation ("50ème congrès : quelques débats d'orientation dans la CGT").
Alors là, la scéance commence par un rapport de la commission des amendements (Francine Blanche, plutôt pas mauvaise...) qui vient d'emblée annoncer que nombre d'amendements ont été d'office intégrés dans la deuxième version du document diffusé au congrès même. On annonce 70% des amendements intégrés, ce n'est pas rien.
Parmi ces amendements, nombre de critiques abordées le matin même, ou soulevées sur ce blog dans l'article en lien ci-dessus, entre autres :

> La critique beaucoup plus tranchée du gouvernement, bien plus féroce.
> La critique de l'ANI et les divergences intersyndicales, par contre la formule "syndicalisme rassemblée" est maintenue alors que nombre d'amendements demandaient sa transformation.
> La caractérisation de la crise, dont le paragraphe a été complètement ré-écrit - mais comment, le texte sur table oublie de donner la ré-écriture... ?
> Les enjeux territoriaux

La démarche est positive, mais prend de court les congressistes, dont les interventions ont été préparées sur la base du texte initial. On va donc assister à un débat quelque peu décalé, d'autant que nombres de paragraphes ont été complètement ré-écrits, et parfois d'une manière inattendue (par exemple sur la crise, ...).
Dans les quelques interventions qui commencent à avoir lieu sur ce document d'orientation dans la fin de cette séance (six interventions seulement), on notera deux interventions notables.

D'abord celle d' un camarade de Freescale qui fait une bonne intervention rappelant la lutte et les licenciements à Toulouse, en soulignant que la lutte pour l'emploi était la lutte la plus violente contre l'exploitation capitaliste, et que si les textes du Congrès le gâchis industriel, ils ne soulignent pas assez le gâchis humain et social et l'importance de la lutte. Le camarade souligne qu'on peut bien voter tous les textes de loi qu'on veut, qu'on peut donner tous les droits qu'on veut aux IRP, et bien de toutes les façons, seul le rapport de forces compte, seule la lutte compte, car patrons et MEDEF ont des batteries d'experts pour détourner les textes et les lois, voire carrément s'en moquer. Enfin, le camarade souligne l'absence de la confédération durant tout leur combat, alors que c'est bien à la Confédération d'organiser le regroupement, de fédérer les luttes, et que s'il y a une campagne à mener, c'est sur le mot d'ordre "STOP, STOP, STOP aux licenciements !"

Deuxième intervention marquante, celle d' Olivier Leberquier de Fralib , intervention ovationnée debout par le Congrès (on la trouvera en intégral ICI)
Cette intervention qui dépassera notablement les 4' réglementaires ( "mais on ne résume pas une lutte de 903 jours en quatre minutes" dira Olivier) commence par une charge en règle contre la Confédération qui ne prend pas en charge la coordination des luttes avec PSA, Conti, Pilpa, Goodyear et autres, alors que ce devrait être de sa responsabilité. Ce n'était pas langue de bois, et à la suite d'autres camarades du Congrès, cela posait une question essentielle, qui restera d'ailleurs sans réponse.
Le deuxième aspect de son intervention porte sur un sujet plus controversé, qui est sur celui de la récupération sur les patrons de ce qu'ils nous ont pris, par la nationalisation et la réappropriation ouvrière et publique des outils de production. Après l'annulation de trois PSE, et deux fois des licenciements, on voit là le projet de SCOP porté par les Fralib, qui demandent d'ailleurs au gouvernement d'être conséquent et de faire "sauter le verrou Unilever" qui bloque la solution alternative : Unilever a les moyens, le gouvernement a la responsabilité ! Nous renvoyons à notre dernier article de synthèse que la question ("Après 800 jours de lutte à Fralib, où en est-on ?"), qui souligne l'illusion à imaginer une gestion "différente" dans le cadre de la SCOP, mais dans le cadre du marché et de la concurrence capitaliste mondiale. Avec en plus de drôles d'illusions supplémentaires sur le gouvernement Hollande sur lequel le Congrès ne cesse de taper à bras raccourcis !
Cela dit, on voit dans le congrès le retour de la revendication de nationalisation, portée en tous par certains délégués (sans doute proches du PCF ou du NPA), qui s'opposent au gouvernement Hollande/Montebourg au nom du refus de l'acceptation des restructurations et des plans de licenciements, mais en acceptant les contraintes du marché capitaliste, avec une gestion supposée humaine et différente du capitalisme. On est en tous les cas loin de la vision précédente du camarade de Freescale.
Nous l'avons dit, le camarade a été ovationné, debout, par tout le congrès, bien sur au nom de la lutte, mais aussi pour ce qu'il a dit, tant sur la critique de la Confédération que sur la réappropriation des outils de production. Le débat n'est pas fini, quels que soient les votes !!!

Ensuite, c'est la séance internationale. Là, franchement, on n'est pas allés. Ecouter les représentants de la CES, de la CSI et autres, c'était un peu au dessus de nos forces...

Mercredi

Ce mercredi, la fatigue commence à peser, c'était ambiance Doliprane au petit déjeuner après le concert de Zebda hier soir... Et alors après une nouvelle journée comme celle d'aujourd'hui, on va finir sous amphétamines !!!

Le matin, encore, ça allait.
On a commencé par finir la discussion sur la partie I du document d'orientation, le préambule et la responsabilité du syndicalisme aujourd'hui. Mais ça tousse un peu quand la direction du congrès annonce la réduction des interventions à 2' alors qu'elles étaient prévues à 4'. Ca donnera lieu à quelques passes d'armes avec la tribune qui tente d'interrompre des interventions prévues trop longues...
A noter que la fin de cette discussion se cristallise sur la notion de « syndicalisme rassemblé », plusieurs délégués demandent un vote spécifique sur la formule, ce qui a été au préalable refusé par la commission des amendements. En fin de séance, Francine Blanche intervient pour défendre la position confédérale, avec comme argument « ce n'est pas parce que des zozos [la CFDT ?] ont tenté de bousiller le terme qu'on a mis quinze ans à construire qu'on doit l'abandonner » . Et d'affirmer benoîtement sur le « syndicalisme rassemblé » n'a rien d'une unité d'appareil, mais que c'est justement l'unité des travailleurs sur des revendications précises que les délégués veulent voir affirmer – mais oui, Francine, on te croit sur parole, et ça fait juste quinze ans qu'on nous pourrit les mobilisations, comme le mouvement sur les retraites de 2010 au nom de ce syndicalisme rassemblé qui n'est au final que la mise à la remorque de la CGT des décisions de la CFDT...

Au final, la résolution 1 est votée sans plus de votes particuliers (comme d'habitude, chiffres recalculés pour intégrer les abstentions dans le total final).

4,5% d'abstentions, 15,7% de votes contre, 79,8% de votes pour


En fin de matinée, on passe à la partie II de ce même document d'orientation sur les ambitions revendicatives de la CGT. La tribune tente d'organiser le débat en plusieurs temps pour mieux s'y retrouver, pas bien de succès.
En particulier, on notera le relatif peu de succès du débat sur la « transformation du travail ». Nous avons souligné pourquoi c'était une formule dangereuse, qui laissait imaginer qu'on pouvait transformer le travail sans supprimer l'exploitation, mais cela pouvait quand même être le lieu de débats intéressants.
Il y a eu quelques interventions notables, comme la lutte contre la précarité et la flexibilité, la nécessité impérative de se battre pour la ré-intégration de la sous-traitance (une très bonne intervention, applaudie d'une déléguée du Commerce, au nom de la reconstruction de l'unité des travailleurs), contre le travail le dimanche, la nécessité de faire revivre la réduction du temps de travail pour le partager avec les chômeurs et précaires, deux maigres interventions sur la pénibilité, mais on sent qu'on a perdu l'habitude de discuter de ces choses dans la CGT.
Rien sur le travail posté, le travail de nuit, le travail à la chaîne, les risques chimiques – alors que l'interdiction du travail de nuit était quand même une des premières mesures de la Commune de Paris ! A quand la reprise de cette revendication par la CGT, comme l'interdiction du travail à la chaîne ou à feux continus ?

On commence à sentir une certaine tension qui monte, avec quelques interventions de la Santé, pour intégrer l'abrogation de la loi HPST, machine de guerre contre la santé. Des interventions successives, ovationnées... à juste titre ! Mais... c'est l'après-midi qu'on verra la suite.

Entre temps, c'est repas à la cantine. Une collecte est faite à l'entrée pour PSA, 6689 € collectés , c'est plutôt bien.
A table, c'était lasagnes, ce qui fera quand même tiquer nombre de délégués... Et quand on voit le déroulement de l'après-midi, on se demande si ce n'était pas de la vache folle au menu !!!

Car ça part en vrille, on peut dire cela. Les interventions des délégués de la Santé s'empilent les unes derrière les autres, en cascade d'un micro à l'autre, peut-être une vingtaine, une trentaine au total toujours sur le même thème de l'abrogation de la loi HPST et du financement de la sécurité sociale, l'abrogation de la MAP et de l'acte III de la décentralisation – le tout sous l'oeil goguenard de Nadine Prigent (secrétaire de la Santé qui est à la tribune au titre de la commission des amendements.
La cause est juste, bien sûr. Mais le rouleau compresseur dessert la cause et interroge peu à peu la majorité du congrès qui commence à siffler, s'impatienter, et chaque nouvelle intervention provoque exaspération croissante. Philippe Martinez à la tribune peine à garder son calme (c'est un sanguin, on le sait !), la sueur perle sous la moustache... Au final, Nadine Prigent intervient au titre de la commission pour dire tranquillement que « la revendication était déjà dans le texte du 49ème congrès, aucun problème pour l'intégrer... ». Quant à l'opposition à la MAP et à l'acte III, aucun problème ce sera intégré avec une formulation adaptée...
Alors ? Tout ça pour ça ? C'était quoi cette opération commando des camarades de la santé, qui se sont mis tout le congrès à dos (on aurait cru, en pire, à une manoeuvre du POI...) ? Il se murmure que ce serait bien une manoeuvre délibérée et organisée pour pourrir la séance suite à l'élimination de Nadine Prigent de la succession de Bernard Thibault... Question pourrissement, c'était gagné, mais c'est carrément nul, et nous invitons les camarades honnêtes et combatifs de la Santé à demander des comptes sur cette opération lamentable...

Pour le reste, pas facile de se souvenir de grand'chose compte tenu de l'ambiance...
Ah si, deux interventions de la FNME des Pyrénées, qui vont courageusement s'opposer au nucléaire en rappelant qu'àprès Tchernobyl et Fukushima, l'accident est possible et que les énergies alternatives existent. La deuxième intervention sera même bien censurée, au nom du sacro-saint respect des 2' (enfin, pas pour tout le monde !).
Egalement une intervention « courageuse » des Ports et Docks pour revendiquer becs et ongles l'intégration du nettoyage à leur fédération, comme si eux seuls travaillaient à syndiquer les travailleurs du nettoyage des entreprises donneuses d'ordre, les camarades des Hotels, de la SNCF, du nucléaire ou d'ailleurs apprécieront. Le fait qu'un délégué de cette fédération intervienne sur le sujet montre en tous les cas que la moutarde commence sérieusement à monter au nez des militants de terrain dans la CGT pour remettre de l'ordre dans la confédération et renforcer l'unité des travailleurs sur une zone donnée...

Vote en fin d'après-midi sur la résolution 2 et après la guérilla de l'après-midi, on s'attendait à un résultat surprenant, mais non, tout ça pour ça !
5,5% d'abstentions, 17,2% de contre et 77,3% de pour


La fin d'après-midi devait commencer l'étude de la partie III du document d'orientation sur la syndicalisation. Ca a été bradé en 40 minutes, tout le monde était rincé, et la suite est renvoyée au lendemain, où la séance est avancée à 8h15, mais sans succès, on commencera à 9h !!!
Bon, pour ce jeudi soir, on nous vante à la tribune le match d'échecs collectif contre Karpov. Franchement, ils ont pas de honte au Congrès, ils auraient plutôt pu demander à Kasparov, cela aurait été plus « décent » face à Poutine !


Edité le 21-03-2013 à 20:35:42 par Xuan




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   Posté le 21-03-2013 à 20:41:52   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Compte-rendu du Front Syndical de Classe :

50ème congrès de la CGT : une séance houleuse...


Mercredi 20 mars 2013

Les choses ont mal commencé, en réduisant le temps d’intervention des délégués de 4 minutes à 2 minutes, cela a conduit le meneur de jeu et les organisateurs à couper fréquemment la parole aux intervenants, provoquant ainsi des tensions au fur et à mesure du déroulement des débats.

Par exemple, Henri retraité Energie de Midi Pyrénées qui intervient sur la mise à mal de l’outil industriel chez EGF et GDF sous la direction de Proglio et qui a alerté et la direction confédérale et les dirigeants de la fédération de l’énergie s’est vu répondre que le rapport des forces n’était pas favorable et que donc on ne faisait rien s’indignant « C’est grave, c’est la première fois que j’entends cela » et souhaitant poursuivre son argumentation s’est vu couper le micro !

Le débat sur le document d’orientation commencé la veille s’est poursuivi toute la journée.
La discussion va se cristalliser sur le syndicalisme rassemblé, c’est-à-dire l’alliance privilégiée avec la CFDT, le positionnement par rapport au gouvernement socialiste, l’appréciation de l’acte III de la régionalisation, le financement de la protection sociale.
De même que l’exigence des nationalisations s’est également fortement manifesté comme réponse stratégique aux licenciements massifs, aux délocalisations …

Sur le syndicalisme rassemblé plusieurs délégués vont demander qu’un vote séparé du vote global sur différentes parties du document d’orientation ait lieu.
Ce qui sera refusé par la commission qui organise les débats. L’amendement proposait de remplacer l’expression « syndicalisme rassemblé » par « unité syndicale sur des revendications claires et précises » .

On retiendra que d’une manière générale la plupart des intervenants demandent un durcissement des positions initiales contenues dans le document d’orientation proposé, par exemple le retrait de la loi sur la flexibilité du travail, l’abrogation de la loi Bachelot dite HPST sur l’hôpital public ou le retrait du projet de loi sur la décentralisation.

On retiendra donc que la commission qui ordonne les débats tout en refusant de prendre en compte certains amendements refuse aussi tout vote particulier pourtant soutenu par de nombreux intervenants.

Les commissions du congrès fonctionnent comme un filtre qui accepte ou refuse des amendements des syndicats sans que les congressistes puissent trancher en dernière instance. Ce qui dans les faits revient à contester la souveraineté du congrès et des congressistes. Si bien qu’un des intervenants (François du 93) en colère a pu dire «La commission est une commission du congrès et le congrès n’est pas un congrès des commissions ! » exigeant l’exercice du vote séparé sur l’acte III de la décentralisation.

Rien n’y fera !

Ces pratiques renforcent notre sentiment déjà exprimé d’un notable décalage entre la direction et ce qui monte de la base de l’organisation mais qui est contenu par des mécanismes de contrôle et des manœuvres d’appareil.

L’attachement des militants à la CGT est très fort.

Le sentiment juste, vérifié en bas dans les luttes et les rapports avec les autres organisations syndicales que seule la CGT compte-tenu de son histoire, de sa culture et de ses traditions est le seul recours syndical sur lesquels les travailleurs peuvent compter, imprègne nombre d’expressions et de propositions.

Cette aspiration continue de se heurter aux choix opérés il y a une quinzaine d’années rendus compatibles avec l’intégration dans la CES et la poursuite de l’illusion d’une Europe sociale, la mise en œuvre d’un syndicalisme d’accompagnement sous couleur de conjuguer la protestation et les « propositions constructives » .

Nul doute que la confrontation au sein de la cgt, qui n’est pas nouvelle, et qui a dès le 19e siècle partagé le mouvement ouvrier entre réformisme et courant révolutionnaire se donnant pour objectif à partir de la défense des revendications immédiates des travailleurs le changement de la société et la fin de l’exploitation capitaliste va se poursuivre.

Nul doute que la référence à un syndicalisme de classes sans compromission, sans illusion sur le « dialogue social » est majoritaire dans la cgt mais ne trouve pas encore sa traduction dans toutes les orientations de l’organisation et dans ses directions.

La tâche des années qui viennent sans nul doute !

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Paroles de congressistes:

« les orientations proposées s’apparentent davantage à un syndicalisme d’accompagnement »
« ce qu’il faut c’est une mobilisation pour le retrait pur et simple de l’accord scélérat » [il s’agit de l’accord sur la fléxibilité du travail]
« aujourd’hui la CGT doit radicaliser sa position, seul le rapport de force peut changer la société »

Parlant des attaques actuelles contre les acquis des travailleurs

« Face à un char d’assaut on ne brandit pas un opinel ! »
« La recherche de l’unité fait partie de nos gènes ; mais quelle unité : unité d’appareils et d’apparence » et « changer la société c’est aussi dans nos gènes »


Le même camarade dénonçant l’échec flagrant de la CES à coordonner les luttes en Europe et préconisant de se rapprocher de la FSM

« Le texte devrait condamner plus fermement les rapaces du MEDEF et les rénégats de la CFDT »
« Il y a une volonté du gouvernement d’associer les organisations syndicales aux reculs sociaux et l’indépendance syndicale est donc nécessaire »
« notre amendement sur l’Europe a été vidé de son sens : Nous avons parlé de l’Europe dans son ensemble et pas du seul TSCG … l’Europe est un instrument qui dépossède les peuples de leurs droits essentiels et c’est l’UE qui impose un carcan aux peuples ! »

« le drapeau brûlé de la CFDT illustre le ras-le-bol des camarades »
« Qu’il est loin le discours du Bourget ! »
et « si l’avenir n’est pas rose peignons le en rouge ! »
« sur une posture d’opposition on cristallise et on exclue »
« la défense du code du travail et des conventions collectives doit être au centre des revendications de la CGT »
« Le maintien de la santé c’est le capital de ceux qui n’en ont pas ! »
« l’abrogation de la loi dite HPST [loi Bachelot] doit figurer dans l’appel du congrès! »
« Le gouvernement est manipulé par le MEDEF, que reste-t-il aux salariés si ce n’est la CGT ? »
« dans les hôpitaux 40.000 emplois sont menacés ; c’est pernicieux mais c’est 1à fois plus que chez Goodyear «
« Il faut supprimer la CSG qui est un transfert du financement de la protection sociale sur les seuls salariés »
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   Posté le 21-03-2013 à 20:46:06   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Brève de la Cellule Ouvrière du Bassin Minier Ouest du Pas de Calais. 21/03/2013


un compte rendu de notre camarade JP, sur place au congrès de la CGT à Toulouse, dans une ambiance de cirque où s'affrontent lions et agneaux, seigneurs et gueux... réformistes face aux révolutionnaires.



De JPT, notre envoyé à Toulouse.

A Toulouse, se déroule un 50ème Congrès CGT qui marque la fracture entre la base et la tête, et surtout la fracture entre la classe ouvrière et l’aristocratie syndicale en charge de faire appliquer la ligne décidée par une minorité.


En effet, force est de constater une forme de mépris des délégués bien inscrits dans la ligne confédérale, c’est-à-dire les réformistes, envers les délégués de la lutte de classes et de masse. Il y a les courtisans pour satisfaire aux besoins des seigneurs qui depuis des années n’ont pas eu à subir les affres de la répression syndicale et du dédain patronal, ni même ont eu à pointer autre part qu’à la fédération, et il y a les gueux traités comme des gueux.

Quand une jeune déléguée de la CGT Chimie s’insurge sur la manière dont se passe le congrès et exprime sa déception avec ses mots qui frappent dans le cœur de la cible, elle est aussitôt recadrée par les pseudos chefs syndicaux qui réagissent comme « des vierges effarouchées devant le diable », même si cette camarade avait annoncé en préambule de sa très juste intervention « je sais que c’est mon 1er et certainement mon dernier congrès »

Quand on voit l’attitude arrogante de certains-es présidents-es de séance envers les congressistes qui refusent une ligne dévoyée, et les réponses formatées des responsables de commission, on y voit la patte de certains conseillers de la confédération, notamment de l’ancien secrétaire général de l’Union Départementale du Nord qui a fait sa place, non pas en luttant, mais en écartant toutes celles et ceux qui s’opposaient à lui, et en employant des méthodes de DRH… On y voit aussi la promesse faite à la CES afin de préparer la certainement prochaine place à sa direction, de celui qui quittera la direction de la CGT demain.

Dire que toutes les structures qui ont fait et font la CGT seront désormais sous tutelle des politiciens du syndicalisme, qui comme les politiciens de la politique sont en recherche de places bien au chaud et loin des « fourneaux » de la lutte des classes.

Mais les syndicats d’entreprise et de service, les unions de syndicats professionnels ou les unions interprofessionnelles, savent-ils que leur souveraineté historique pour prendre des décisions, nommer des délégués, faire des listes électorales, animer des stages…
est aujourd’hui remise en cause par le vote de 700 délégués qui ont utilisés leurs voix pour voter contre eux.

La CGT (les directions) s’est cette fois complétement cédétisée (cfdt), et après être restée des années en gare à cause des oppositions, elle est cette fois, bien lancée sur les rails du syndicalisme de compromission à l’allemande prôné par la Confédération Européenne des Syndicats qui accompagne le capitalisme en ne dénonçant pas le caractère impérialiste de la construction européenne. La direction confédérale de la CGT a beau hurler « de classe et de masse », le hurlement est inaudible et quand il l’est, il sonne faux.

Reste désormais à savoir quelle sera la portée et la hauteur de la lutte contre la transposition en loi de l’accord national interprofessionnel signé le 11 janvier 2013 par la medefdt… ?

Reste aussi à savoir quel est le rôle du Parti Communiste affilié à la Gauche Européenne, dans cette mascarade qui augure des jours sombres pour le syndicalisme de classe et de masse qui est passé ce jour à la trappe pour être mis dans les oubliettes de l’histoire.


Edité le 21-03-2013 à 21:05:16 par Xuan




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   Posté le 21-03-2013 à 20:57:32   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les patrons n’ont rien à craindre




Lepaon a été chaudronnier-soudeur de profession. Grâce au fait qu'il est un ex-leader du conflit des Moulinex au début des aimées 2000, il a vite grimpé les échelons, siégé sept ans au sein du Conseil d'orientation pour l'emploi, puis dirigé le groupe CGT du Conseil économique, social et environnemental, il s'est retrouvé rapidement propulsé dans la direction de la CGT, aussi rapidement qu'il avait déserté le terrain de la lutte de classe, loin de la base.

Loin du terrain, il est à l'aise dans ses fonctions, les dossiers. Ami de Raymond Soubie, l'ancien conseiller de Sarkozy. D'après Le Parisien du 8 octobre, « Thierry Lepaon fait aussi partie d'un club très fermé créé par l'UIMM (le patronat de la métallurgie), appelé Quadrilatère, qui réunit patrons, DRH, syndicalistes, journalistes et experts. Ce que ses détracteurs au sein de la CGT ne manquent pas de dénoncer comme « un problème majeur pour l'indépendance de la CGT ».

C'est un homme de compromis, comme il aime le dire, il n'a « jamais été candidat à rien », bref celui qui a su faire consensus, naviguer entre les fractions. S'il est encarté au PCF, il n'est « pas un idéologue ». C’est du PCF tendance mou, ami des patrons. Voilà un « bon » dirigeant qui saura mener la barque vers encore plus de réformisme et de compromissions.

Moralité : avoir été un ouvrier ne protège pas de la compromission, du réformisme si on n'est pas guidés par l'idéal communiste. Nous disions dans notre « Manifeste pour un syndicalisme de classe » : Nous voulons,, contrôler nos combats et notre action syndicale. Dans les conflits, nous voulons organiser comités de grève et assemblées générales, un contrôle collectif et permanent sur notre mouvement pour décider nous-mêmes de notre action.
Mais nous avons aussi besoin d'organisations, de véritables syndicats qui nous représentent en permanence. Le syndicalisme n'est pas que la grève, c'est aussi l'éducation, l'organisation permanente des plus larges masses sur une orientation bien claire contre l'exploitation capitaliste. Contrôler nos dirigeants, c'est faire vivre la démocratie, s'organiser, ne pas laisser les dirigeants devenir des bureaucrates coupés des luttes et des adhérents, sinon les virer. Voila ce que nous faisons et organisons dans les syndicats.

[source : document scanné de VPartisan]


Edité le 21-03-2013 à 21:06:45 par Xuan




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   Posté le 22-03-2013 à 09:16:52   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

comibase@gmail.com Communique ce courrier :

Chers camarades, vous êtes dans le doute, et moi aussi avec le 50ème congrès de la CGT qui se terminera demain par la victoire indiscutable des réformistes qui ont désormais tout pouvoir pour restructurer la CGT et ne plus permettre aux révolutionnaires de s’exprimer et d’œuvrer à une transformation sociale de la société.

Le nouveau secrétaire général de la CGT a déjà annoncé que le seul point d’achoppement qui sépare la CGT de la CFDT serait l’accord du 11 janvier.
Après FO et la CGC voilà que la CFDT va signer l’accord sur les régimes complémentaires qui va faire baisser les pensions des travailleurs retraités, déjà bien maigres.

La CGT aboie en agitant la queue pour montrer qu’elle ne va pas mordre, mais la meute des stylos partenaires signent tout et croquent un à un nos droits acquis et nos conquis sociaux.

La CGT a annoncé une journée d’action contre la nouvelle loi début avril, est-ce un « poison » d’avril qui nagera en eau trouble pour se cacher ?
La CGT a annoncé que le 1er mai, elle défilera avec la CFDT et les autres puisque le syndicalisme rassemblé a été entériné par le congrès à Toulouse.
Devrons-nous remercier les congressistes CGT pour tous leurs votes favorables à la pire des lignes réformistes depuis la création de la CGT en 1895 ? Et où sont passés nos grands révolutionnaires qui haranguent et inondent nos pages email de grandes déclarations ?

La CGT est arrivée à Toulouse en habits rouges, elle en ressort vêtue de rose et d'orange après avoir fumé le calumet… : Mais qu’ont-ils fait de la CGT tous ces gens qui ont accepté l’inacceptable pour quelques verres de vins et quelques promesses d’une carrière syndicale.

Thibault, Lepaon, Donnedu, Aubin, Le Bot, Dumas, Destrez… les maîtres de la CGT qui n’ont pas mis un pied au boulot depuis plus de 20 ans, et Chèrèque, Laurent et Hollande… les lobbyistes de Bruay… doivent aujourd’hui jouir d’avoir réussi à transformer le dernier bastion du syndicalisme ouvrier en centrale réformiste. En 15 ans, la CGT s’est mis à la solde de la CES et de la CSI qui sont des pures créations des capitalistes et issues de la CISL, laquelle a soutenu les mises en place de de nombreuses dictatures fascistes à travers le monde dans les années 60 à 80.

A quand la CGT-U ? Car si la CGT ne veut plus lutter pour l’abolition du capitalisme, ce sera le fascisme.

Un syndiqué CGT depuis 37 ans qui a versé l’équivalent de 4000 euros de cotisations, qui a perdu d’autres milliers d’euros en heures de grève, de bénévolat militant, de kilomètres en voiture… pour en arriver là !
Le 21 mars 2013, sain de corps et d'esprit mais dégoûté.


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   Posté le 23-03-2013 à 00:17:27   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Suite du compte-rendu "au jour le jour" sur oùvalacgt :


Jeudi

Ca commence bizarre ce jeudi matin. Hier soir, à la radio, on entend l’annonce de 1500 suppressions d’emploi à Veolia Eau, et ce matin à l’entrée du congrès, les hôtesses de Veolia Eau (sponsor officiel du congrès) distribuent justement des kits de pub… Le plus bizarre, c’est que pratiquement personne ne semble remarquer l’insanité de cette présence au congrès confédéral ! Voilà où mène l’intégration au jeu économique capitaliste, on en arrive à ne même plus remarquer les horreurs, du moment que ce sont des financeurs…

On commence par la reprise et la fin du débat sur le document d’orientation, sur la syndicalisation, pas excitant.
Plusieurs interventions sur les collectifs jeunes CGT. On sait que c’est un vrai problème dans la confédération : à la fois on a besoin d’eux pour renouveler les générations de militants, et à la fois on se méfie de leur fougue, de leur radicalité et de leur manque d’expérience, ce qui fait que toute tentative avorte dès qu’elle prend un peu d’ampleur, sabordée par des fonctionnaires syndicaux qui ne craignent rien d’autre que la nouveauté et les expériences non contrôlées. Voilà des années que c’est comme cela que ça se passe dans les UD ou les FD, voilà des années que le Collectif Confédéral Jeunes est relancé congrès après congrès pour être ensuite rapidement liquidé…

Une intervention bien énervée et très applaudie d’un ouvrier des aéroports de Paris sur la manière dont les délégués sont traités dans le Congrès, ras le bol, les interventions passées de 4 à 2 minutes !
Et une intervention d’une camarade de la FAPT qui soulève quasiment explicitement le conflit qui l’oppose à la Fédération des Sociétés d’Etudes (autour de Téléperformance, non cité, mais transparent pour qui est un peu informé, où on a retrouvé deux listes CGT aux élections professionnelles…) On aura l’occasion d’en reparler.

La résolution N°3 sur la syndicalisation est finalement votée
Abstentions 4,1% Contre 7,5% Pour 88,4%


Et l’ensemble du document d’orientation est finalement validé par
Abstentions 5,3% Contre 14,1% Pour 80,6%

Du même ordre que le rapport d’activité.

On passe ensuite en fin de matinée sur les Règles de vie et les Modifications statutaires
Dans un article précédent (« L’évolution des structures de la CGT, c’est pas gagné »), nous avions souligné l’essentiel des propositions et en gros soulevé l’ensemble des pièges cachés sous de prétendues mises aux normes juridiques. Tous les camarades le savent : c’est derrière les modifications de statut que se cachent les reprises en main. Et ce n’est pas l’introduction particulièrement roublarde de Philippe Lattaud qui va nous démentir, quel filou !
Lors du 48ème Congrès et de l’introduction du Cogetise, le débat n’avait pas manqué (« Réforme du système de cotisations : les ambiguïtés d’un débat »). Là, rien. Et lors des débat de ce jeudi, tout le monde semble découvrir que ce n’est pas si simple…

Les débats tout au long de la journée seront de plusieurs ordres :

> C’est trop compliqué, on n’a pas eu le temps de débattre, on n’avait pas vu tous les enjeux derrière la mise en conformité juridique, il faut reporter les votes et prendre le temps du débat. Ca c’est juste les délégués qui sont en train de se rendre compte qu’ils se font magouiller… La tribune aura beau jeu de dire que tout s’est fait en parfaite transparence, les documents arrivés à temps, que c’est la suite de décisions du 49ème congrès, qu’il faut bien décider à un moment, qu’il y a des urgences, et bla, et bla, et bla…

> L’intégration de l’annexe « Règles de vie » aux statuts. Même nous, nous l’avions laissé passer !!! Honnêtement, on n’avait pas vu, mais un texte de statuts, c’est tellement précis et juridique qu’on ne voit pas tout. Mais nombre d’interventions ont souligné que la proposition de cette intégration permettait le « contrôle total » et la soumission politique (et plus seulement juridique) de n’importe quelle structure ou militant. Par exemple, la règle de vie précise que les délégués défendent l’orientation confédérale… vous me suivez ?
La demande de report de vote sera balayée au prétexte que c’était un engagement du 49ème congrès, c’est beau le billard à trois bandes !

> Les délégués découvrent ce que nous avons appelé la « verticalisation » de la CGT, c’est-à-dire la soumission des échelons inférieurs aux échelons supérieurs. D’où les énormes inquiétudes en termes de soumission et de « mise sous tutelle » (parole de délégués). La réponse de la tribune est très, très intéressante (on résume) : les conflits se multiplient en interne, vont de plus en plus souvent devant les tribunaux, et nous ne pouvons pas laisser les juges décider à notre place notre fonctionnement, d’où la modification statutaire pour se blinder de partout. Nous en parlions… Il fallait voir la mine parfaitement réjouie d’une représentante de la Fédération du Commerce intervenant pour approuver totalement la modification, qui va lui permettre de liquider l’opposition interne. Il fallait voir la mise réjouie du représentant de la Construction parler du conflit à Forclum. Il fallait voir la mine réjouie de Michel Donneddu parler implicitement de l’UL de Douai et de la façon dont on allait enfin pouvoir la mettre au pas.
Le problème qui n’est jamais abordé, c’est pourquoi les conflits se multiplient ? Pourquoi va-t-on devant les tribunaux, CGT contre CGT, alors qu’il y a quelques années, c’était juste impensable ? Le prétexte du FN a bon dos… Le fond de l’histoire, selon nous et on y reviendra, c’est que, face à la crise d’une part et son lot de révolte, face d’autre part à la collaboration de classe et à l’intégration croissante de la bureaucratie syndicale à l’appareil d’Etat, les contradictions s’accroissent et la tendance à l’éclatement augmente au sein même de la CGT. Et ce ne sont pas les votes à 80% qui nous prouveront quoi que ce soit d’autre !
Quand nombre d’interventions demanderont une fois de plus le report de vote, c’est l’urgence et la multiplication de ce type de conflits qui sera opposée pour justifier le vote favorable… Comme quoi !

> Les retraités montent au créneau, parce que le texte et les amendements sont en régression par rapport à ce qui semblait acquis. En gros, dans les textes, un retraité = un demi-actif… Et de souligner que dans les manifs, dans les animations de formation, dans les débats, on est bien content de les trouver, et pas en « mi-portion » (parole de délégué !). Alors là, ils étaient en colère, nos « vieux » (c’est chaleureux !) et nombreux à intervenir pour le dire…
Nous mettrons de côté une intervention particulièrement violente d’une déléguée de la Chimie Lorraine contre la direction confédérale. Violente et maladroite, mais elle posait de vraies questions : la démocratie dans la CGT, le syndicalisme rassemblé, la soumission nécessaire des dirigeants aux militants de base, et une critique directe à Thierry Lepaon et à son parcours syndical. Ce n’était carrément pas diplomatique, c’est le moins qu’on puisse dire, et la camarade s’est faite tacler violemment. Mais quand on connaît l’attitude du nouveau secrétaire général à l’égard de ses ex-camarades de Moulinex, quand on connait son passage au Conseil Economique Social et Environnemental et ce qu’il y a défendu, il y a effectivement de quoi s’interroger. La camarade a été gauchiste sur la manière, sur le fond, quand même elle avait raison !

Nous avons résumé les débats, mais c’était tendu et intense, toute la journée. Et les votes seront là pour en témoigner.
Le contenu des « règles de vie » sera voté sans souci
Abstention 5,6% Contre 14,8% Pour 79,6%

L’annexion des « règles de vie » aux statuts sera votée un peu plus difficilement (la majorité des 2/3 est requise pour le « pour » )
Abstentions 4,9% Contre 24,4% Pour 70,7%

Par contre, l’ensemble des autres modifications statutaires sera rejeté :
Abstentions 8,7% Contre 26,2% Pour 65,1%


Malaise, mais de courte durée, car voilà immédiatement Bernard Thibault à la tribune avec le plan B, improvisé mais bien joué.
Prudent quand même le Bernard, il sait qu’on marche sur des œufs… Donc « Si vous êtes d’accord, mais c’est vous qui voyez » , j’ai bien compris que les retraités sont en colère. Donc, je vous propose qu’on renvoie au 51ème congrès toute décision à cet égard, et qu’on vote le reste…
Depuis le début du Congrès, la tribune a systématiquement refusé tout vote séparé, toute disjonction. Et là, pof, comme par miracle, voilà le Bernard qui surgit de sa boîte et hop, là, c’est bon…
Un vote à mains levées validera la proposition, un deuxième votera une courte résolution, et un dernier vote par mandat rejouera le match des modifications statutaires :
Abstentions 5,4% Contre 18% Pour 76,6%

Là, c’est adopté, 10 points d’écart on ne peut pas dire que c’est une magouille. Simplement, les retraités ont pris le temps de lire les textes et d’en voir les enjeux, et ce n’a pas été le cas pour le reste du texte.

On pourra dire comme conclusion que le congrès a mal été préparé . Nous ne saurons trop répéter que cela souligne aussi notre responsabilité, celle de tous les opposants qui ont déserté le terrain de la lutte politique interne pour se cantonner à la gestion des luttes…

La journée se termine par l’élection des directions, CEC, CFC, Cogetise . Tout le monde se dit qu’on est là en pleine formalité, et qu’on va enfin pouvoir souffler.
Rapport de commission, parfaitement aseptisé et sans intérêt, vous savez, le même depuis des décennies.

Et là, la vraie surprise.
Deux interventions qui feront date.
Un camarade de Energie 93 prend la parole pour dire qu’il n’a pas été consulté sur la proposition de Frédéric Imbrecht (ex secrétaire fédéral) alors qu’il est membre de ce syndicat. Et que donc il votera contre cette candidature. Ouff… Malheureusement, le fond de l’affaire ne sera pas rendu public (« La sous-traitance au cœur du conflit à la FNME CGT »). Mais ça a fait mal.
Et ce n’était rien à côté de ce qui allait suivre. Un camarade de la CGT Air-France intervenait, très ému, très tendu aussi, les nerfs à vifs. Il expliquait que pour la première fois depuis 80 ans, la CGT Air France allait rayer une candidature. Que la raison était que cette candidature sortante était intervenue clandestinement auprès de la direction d’Air France pour trouver une solution et une issue syndicale pour un ex-militant CGT de l'entreprise, exclu de son syndicat pour corruption . Silence de mort. Et de nommer Nadine Prigent .

Là, difficile. Un fayot de service avait beau intervenir pour dire qu’il était scandalisé de ces attaques et bla et bla et bla, le coup avait porté. La commission des candidatures n’a rien répondu, sinon qu’elle ne savait pas (mort de rire, comme on dit), et que le CCN avait validé la liste à l’unanimité…
Camarades d’Air France, respect et chapeau bas . Nous avons eu des différents violents avec vous sur ce blog, bien sûr autour de la gestion du CCE, mais il semble que les choses bougent. Manifestement, on commence à nettoyer les écuries, et oser faire cette intervention, en plein congrès, contre Nadine Prigent ex-possible successeuse de Bernard Thibault, il fallait oser, il fallait le faire .
Camarades d’Air France, respect, et nous espérons que votre exemple donnera des idées ailleurs… car il y a du fumier à dégager, par exemple à la Fédération du Commerce, habituée de telles pratiques.
Frédéric Imbrecht et Nadine Prigent seront finalement élus (sauf magouille supplémentaire inconnue), mais les plus mal de la liste, 89,5% et 82,8% respectivement (voir ICI le document complet). Si maintenant Nadine Prigent se retrouve au Bureau National, ce sera une véritable honte pour notre confédération ! Et franchement, on n’a pas besoin de ça en plus !

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J'ajoute le commentaire à cet article, lui aussi significatif :

Congrès verrouillé, rapport d'activité écrit dans un ton monocorde pour démotiver tout lecteur dans les syndicats, saloperie en préparation sur le "dossier retraite", des moustachus en tribune voulant jouer les "gros bras" pour intimider les novices, des feuilles tremblantes, des bureaucrates syndicaux rassemblés dans les taxis, des sauts de cabris de pseudo-contestataires qui votent toujours dans le "bon sens" ...
Bref, le 48e , le 49e , le 5Oe , le 101e ... Comment peut-on encore croire que l'on pourra changer l'orientation de l'appareil en hurlant au micro de ces congrès?
Ils, elles, n'en ont rien à battre! Ce qui compte, c'est leur carriérisme à Montreuil ...Être un cire-pompe des puissants, pas retourner au travail, se prendre pour des "guides"
... C'est une fange infecte que ce congrès ...
Les syndicats qui en ont encore la force devraient organiser un jour, une autre forme d'opposition que celle des motions ...
La reprise en force ne serait peut-être pas à exclure ...

PS : Et que l'on ne me parle pas de la "révolution citoyenne par les urnes", du FdG et son tigre de papier SVP.
- Cheminot

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   Posté le 25-03-2013 à 22:07:26   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Vendredi

Le vendredi, c'est la fin du Congrès. On ne va pas s'étendre sur les remerciements mérités aux diverses équipes techniques, sur les larmes de Bernard Thibault après la vidéo retraçant son passage au secrétariat général...

Par contre, il convient de s'arrêter quelques instants sur la résolution d'actualité.
C'est Agnès Naton qui lira la proposition de la direction du Congrès, d'ailleurs non diffusée par écrit, ce qui est un peu choquant, au minimum pour pouvoir réagir, même à chaud.
Quelques camarades réagiront pour nous faire remarquer l'absence de références aux luttes symboles que sont PSA, Goodyear, et Fralib, pour ne citer que les plus emblématiques. En même temps, la Confédération est délibéremment restée (malgré les sollicitations) absolument en dehors de l'idée même de coordination des luttes. Le projet lu en séance comprend bien une référence générale "aux luttes des travailleurs", c'est assez exactement la position de ce qu'est la Confédération actuellement. Imaginer un appel à la Coordination des Luttes, c'est une lutte politique, une lutte contre le gouvernement qu'il fallait assumer - ce qu'évidemment la confédération ne veut pas... Et il aurait fallu mener la lutte politique au fil du Congrès à ce propos, ce qui n'a pas été fait...

Alors, bien sûr, on peut parler de l'intervention de la camarade en soutien à Petroplus, "surprise que personne n'en ait parlé avant moi" . Bien sur le camarade de Sanofi peut appeler à la convergence avec Goodyear, PSA ou Fralib. Mais, camarades, c'est trop tard, et c'est une bataille déjà perdue !
On notera aussi plusieurs interventions pour demander que la Confédération demande le "retrait" de l'ANI, alors que le texte se limite à l'exigence "d'empêcher la transposition dans la loi de l'accord minoritaire". Derrière cette obscure querelle de formules se cache en fait une question essentielle dans la période actuelle : quelle confiance a-t-on dans le gouvernement ? Si on se contente d'imaginer "empêcher" etc. c'est qu'on imagine que le gouvernement peut être sensible à nos amicales pressions. Si on demande le retrait, c'est qu'on en fait confiance à personne, même pas à ce gouvernement dit de gauche, de droite en réalité !!!
Agnès Naton aura du mal à assurer face à la fronde de l'assemblée, et au mot d'ordre "retrait" scandé de plus en plus fort...

Une intervention de la CGT Educ'Action du Nord sera assez critique envers la proposition, en soulignant que le texte est bien mou face à ce gouvernement de "collaboration de classe", qui laisse pourrir de froid les sans-papiers en lutte (allusion au mouvement de grève de la faim des sans-papiers de Lille - "Lille : deux grévistes de la faim sans-papiers expulsés ce matin") et qui va voter une loi qui précarise les travailleurs - bonne intervention, bien générale !

Une intervention bien pourrie des Douanes pour revendiquer le "protectionnisme", pour taxer les comportements irresponsables - comme si ici, en France, les comportements patronaux étaient "responsables" !!! Où l'on voit les progrès et les ravages du nationalisme et du chauvinisme... (*)

Au final, le texte sera voté à mains levées, mais juste à la barbare, même pas de comptabilisation (comme dans les votes précédents à main levée), on se moque des délégués !!!
Comme personne n'a eu de version écrite, ni le projet, ni la version finale, on attend avec intérêt la version officielle votée, toujours non publiée à l'heure où nous écrivons (le dimanche à 18h)... !!! Vive la démocratie !

(*) à lire dans les commentaires : l'échange entre Eugène et Manuela DONA CGT Douanes, qui n'a pas apprécié comme on peut s'en douter l'appréciation sur l' intervention bien pourrie de son syndicat et se défend ainsi :
"Nous avons travaillé avec des économistes pour un protectionnisme social, solidaire et environnemental qui respecterait les préconisations de l'OIT et celles du protocole de Kyoto ! Un protectionnisme social qui permettrait la redistribution ! Un protectionnisme social qui non seulement protègerait les emplois industriels mais aussi serait porteur de progrès social et environnemental international !"

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   Posté le 25-03-2013 à 22:45:39   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Les vidéos du 50e congrès et des différentes interventions sont visibles ici.

Par exemple l’intervention des Freescale à 18' (mardi 19 mars séance 3 partie 1 du document d'orientation).
Les Fralib Gemenos à 28'.
A part les illusions sur l'appropriation des moyens de production, on note que les interventions des boites en luttes sont réduites à leur plus simple expression et qu'elles reprochent toutes à la confédération de ne rien faire sur le plan national qui puisse les aider.
A l'inverse les "spécialistes" ont droit à de longs développements.

L'intervention suivante dénonce le "syndicalisme rassemblé" et le lien organique et permanent avec la CFDT.


Edité le 25-03-2013 à 23:44:00 par Xuan




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   Posté le 01-04-2013 à 22:04:29   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Source : oùvalacgt

Lundi 1er avril 2013

Soutien de la CGT du Grand Lyon aux camarades du Commerce


La situation dans la fédération du Commerce ne cesse de pourrir, et le conflit s'élargit. Après l'US Paris, après l'Alsace, le Gard, après les camarades de COMPASS Grenoble ("Restauration COMPASS Grenoble : adresse aux délégués du 50ème Congrès"), après de nombreux retraits de mandats DSC, la préparation du nouveau Congrès prévu pour 2014 s'annonce juste chaude. Et la direction fédérale va désormais pouvoir s'appuyer sur les nouveaux statuts et règles de vie votés au Congrès Confédéral pour dégager les contestataires ("Le 50ème Congrès au jour le jour") - c'est fait pour ça.

Dans ce contexte, le soutien porté par la CGT du Grand Lyon aux camarades du Commerce, à l'occasion du Congrès de l'UD du Rhône est particulièrement bien venu, d'autant qu'ils ont pu interpeller directement Bernard Thibault au titre de la direction confédérale. "Pas vraiment au courant" ? Bernard Thibault ??? Oh, le gros menteur !

Ci dessus le courrier de la CGT du Grand Lyon, appelé à une large diffusion !



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   Posté le 09-04-2013 à 18:44:36   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Communiqué par oùvalacgt :

Bonjour,
Nous avons ajouté au "Compte rendu au jour le jour" (ICI) plusieurs extraits vidéos significatifs, que vous pouvez désormais visionner en ligne :
• L'intervention du camarade de Freescale
• L'intervention du camarade de Fralib
• L'intervention du camarade d'Air France contre la candidature de Nadine Prigent
• L'intervention du camarade de Renault Sandouville
Bonne lecture sur le blog "Où va la CGT ?"


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