| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 07-08-2015 à 16:57:51
| | La Chine nest pas une superpuissance financière à partir de Claude Meyer (première partie) 06 août
Source : histoire et société Hier nous avons publié un article traduit par Marianne de la Pravda, le journal du Parti communiste de la Fédération de Russie, il insistait sur le fait que la Chine désormais en situation de devenir la première puissance économique mondiale demeurait une économie socialiste dont les priorités étaient dirigées par le parti communiste. Larticle ci-dessous approfondit ce thème mais insiste sur loriginalité de la situation chinoise et mondiale. Effectivement lorientation chinoise est dirigée par des priorités qui ne sont pas celles du capitalisme, mais bien le fait que la Chine demeure un pays sous-développé et il sagit moins pour ce pays de conquérir une hégémonie comme les Etats-Unis que vaincre ce sous-développement dans une situation déquilibre instable où la marche en avant est imposée par des contraintes dont la moindre nest pas quelle doit nourrir une population de plus dun milliard quatre cent mille individus. (note de Danielle Bleitrach) Problèmes économiques, la documentation française, n°3114,deuxième quinzaine de juin 2015 pp 24-32 Lextraordinaire capacité dépargne des entreprises et des ménages chinois qui représente 30% du stock mondial dépargne ainsi que le montant considérable des réserves de change supérieur au produit intérieur brut (PIB) annuel de lAllemagne constituent les principaux atouts financiers de la Chine, devenue à la fois bailleur de fonds et troisième investisseur mondial derrière les Etats-Unis et le Japon. Le pays nest pas pour autant une superpuissance financière. La gestion des réserves de change pose en effet problème aux autorités chinoises, qui doivent concilier meilleur rendement possible et maintien de la valeur de ces réserves en yuans. Jusquà présent, Pékin a opté pour la prudence, en plaçant 70% des réserves en dollars aux Etats-Unis. Mais le pays devra à lavenir, pour éviter les risques liés à la dépréciation du billet vert par rapport au yuan, diversifier ses placements. Début 2014, trois opérations réalisées coup sur coup par des investisseurs chinois : > Lentrée de la société dEtat chinoise Dongfeng au capital du constructeur automobile Peugeot-Citroen. > Le rachat du premier assureur portugais par le groupe Fosun > Lacquisition de Motorola et des serveurs IBM par Lenovo Exemples emblématiques dune évolution majeure de la stratégie internationale de la Chine : Forte de réserves de change supérieures au Produit Intérieur Brut (PIB) de lAllemagne, elle nexporte plus seulement des biens manufacturés, mais aussi des capitaux. Après le rouleau compresseur des exportations, déferlante chinoise sur la finance : Pékin deviendrait en quelque sorte le banquier du monde, à la fois comme investisseur et bailleur de fonds. 1. Investisseur : stratégie dacquisition, ressources naturelles, sociétés technologiques, immobilier. 2. Prêteur, la Chine premier créancier des Etats-Unis, au chevet de lEurope dans la crise de leuro, et devenue banque de développement pour certains pays en développement, une nouvelle Banque mondiale. Nombreuses questions : quels sont les objectifs de la Chine? volonté de domination dans des secteurs clés de léconomie mondiale? Pourquoi une expansion financière, alors quune importante partie de la population reste très pauvre? La chine ne figure quau 101e rang mondial pour lindice de développement humain. Déjà première puissance industrielle mondiale, quelle sera son hégémonie si elle est une puissance financière? Investir et prêter à létranger, un impératif pour Pékin A ce stade, lexpansion financière chinoise vise plus à pallier des vulnérabilités de son économie quà affirmer une volonté de suprématie mondiale. Les performances de la Chine sont impressionnantes, mais il ne faut pas sous-estimer ses vulnérabilités. Le géant chinois souffre souvent dune dépendance excessive à légard de létranger. Damont en aval son système productif est tributaire du reste du monde à un triple niveau : 1. Les matières premières. Les importantes ressources naturelles du pays restent très insuffisantes pour alimenter une croissance rapide et peu économe. La Chine absorbe 21% de lénergie primaire produite dans le monde alors quelle ne représente que 11% du PIB mondial. 2. Les importations : en matière de technologie, plus de 60% de larsenal technique de lindustrie chinoise est dorigine étrangère. 3. Troisième dépendance, le pays est fortement tributaire de la demande mondiale : lorsque ses principaux marchés dexportation faiblissent, la croissance sessouffle. Pour réduire ces vulnérabilités majeures sur la croissance chinoise, la stratégie des dirigeants chinois est de mobiliser une partie des colossales réserves de change pour un triple objectif : 1. Sécuriser laccès aux ressources naturelles de la planète 2. Racheter des entreprises étrangères riches en technologies 3. Internationaliser les sociétés chinoises pas assez riches encore en technologie Doù lenvolée des investissements directs à létranger (IDE) qui ont atteint 500 milliards de dollars fin 2013. Il sagit cependant dune part modeste des réserves de change chinoises 3820 milliards de dollars fin 2013 le solde étant utilisé pour des placements et prêts à létranger. Lenvolée des investissements directs à létranger La Chine est devenue en 2013 le troisième investisseur international derrière les Etats-Unis et le Japon, mais ce stock dinvestissement direct à létranger ne représente que 6% du total mondial, cest peu par rapport au poids réel du pays dans le monde : 21% pour la population et 11,5% du PIB. Mais il y a lamorce dun mouvement puissant qui fait que ce pourcentage de 6% pourrait être multiplié par trois ou quatre dici à 2020. La rentabilité nest pas lessentiel, mais lessentiel est de réduire les vulnérabilités majeures précédemment définies. Nous avons donc là un effet qui nest pas directement capitaliste. Les acteurs de cette ouverture vers létranger : LEtat-parti joue un rôle central : comme stratège, il oriente les investissements étrangers des entreprises vers les secteurs prioritaires, mais il intervient aussi directement à travers les sociétés dEtat que le Parti communiste chinois (PCC) contrôle étroitement. Les plus importantes dentre elles, qui bénéficient dun quasi-monopole dans les secteurs stratégiques, sont la figure de proue de cette offensive et ont réalisé les trois quarts des investissements à létranger. Les crédits nécessaires leur sont octroyés presque sans limite par les grandes banques commerciales publiques dont les dirigeants sont eux-mêmes des hauts cadres du PCC. De plus, deux banques gouvernementales Eximbank et China Developpement interviennent dans les grands projets à létranger et prêtent massivement aux pays daccueil. Sociétés dEtat et banques publiques sont ainsi le bras armé de lEtat pour la mise en uvre de cette ouverture internationale destinée à palier certains handicaps économiques. La stratégie chinoise paraît donc mûrie et déterminée, mais en fait les sociétés chinoises nen sont quà leur début dexpansion à létranger, elles manquent encore dexpérience et ont connu de nombreux échecs, tant dans leur gestion que dans lattitude des pays daccueil. La Chine ne rachète pas le monde, elle rachète ce qui lui manque. Les investissements étrangers ont été orientés en priorité absolue vers les ressources naturelles. Le pouvoir chinois est hanté par la pénurie en énergie et minerai. Ces deux grands secteurs, chasse gardée des grands groupes étatiques, monopolisent deux tiers des investissements à létranger. Mais la situation devrait évoluer dans une deuxième vague qui elle cible les ressources technologiques (tels Volvo et PSA). Parallèlement les sociétés privées chinoises devraient progressivement rattraper leur retard sur les entreprises dEtat, car elles sont en pointe dans linnovation technologique. Les destinations actuelles résultent du primat accordé jusquici aux ressources naturelles énergie et mine. LAmérique du Nord et lAsie (y compris Russie) sont en tête (18% chacune du total), puis lAmérique latine et lOcéanie (17% chacune)LAfrique est en cinquième position (12%) suivie de lEurope (10%). En revanche la Chine a peu accès au Moyen-Orient verrouillé par les occidentaux. Les investissements chinois se heurtent souvent à la méfiance des pays daccueil face à lEtat parti et aux craintes dune stratégie politique surtout sil sagit denjeux stratégiques, blocage ainsi aux Etats-Unis et en Australie. Limpact des investissements chinois est différent sil sagit de pays développés ou sous-développés. Dans le cas des pays sous développé, lexemple type étant lAfrique, léchange matière première contre produits manufacturés a été dénoncé comme un nouveau colonialisme. Cest vrai que cela encourage une économie de rente, mais les retombées positives de lexpansion chinoise sont loin dêtre négligeables dans ces régions. Le prix des matières premières a explosé grâce à la demande chinoise et la Chine finance des infrastructures dont labsence était un goulot détranglement pour le développement de ces pays. Dans les pays développés limpact nest pas le même car les investissements chinois sont plus diversifiés. Effets bénéfiques, lapport de capitaux et la création demploi. Mais il y a les risques dune perte de position stratégique dans les transferts de technologie. La Chine cherche à renforcer sa puissance militaire La Chine cherche à renforcer sa puissance militaire et cela est particulièrement clair dans les transferts de technologie à usage civil mais aussi militaire. Si les marchés européens et américains sont ouverts aux investissements étrangers, ce nest pas le cas pour le marché chinois où ils sont soumis à de multiples restrictions. Des négociations ont été entamées sur ce point entre lUE et la Chine, longues et difficiles, parce que cette question touche à la politique industrielle de lEtat parti et au contrôle centralisé de léconomie. (à Suivre)
Edité le 14-08-2015 e 23:45:01 par Xuan
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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