| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 01-06-2025 à 15:38:05
| | La Chine est-elle impérialiste? Ouvrage dirigé par Rémy Herrera, paru aux « éditions critiques » https://histoireetsociete.com/2025/05/31/la-chine-est-elle-imperialiste-ouvrage-dirige-par-remy-herrera-paru-aux-editions-critiques/ Dans notre livre, nous citons un certain nombre douvrages sur la Chine qui nous paraissent incontournables. Parmi ceux-ci il y a le livre de Rémy Herrera. Jai acheté par ailleurs la dynamique de léconomie chinoise (1) du même Rémy Herrera avec Zhiming Long. Jespère avoir le temps de vous en faire un compte-rendu cet été. Le site toujours très précieux faire vivre le PCF des camarades de Vénissieux a publié cette préface très riche qui est une introduction à des travaux qui méritent une large audience. Nous nous permettons de la reproduire pour inciter à la lecture et enrichir les tables de littérature des fêtes du PCF. (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete) (1) Remy Herrera Zhiming Long, dynamique de léconomie chinoise . Croissance cycles et crises de 1949 à nos jours. Editions critiques 2021. Cest semble-t-il un ouvrage plus ardu que le précédent qui est dune lecture relativement aisée. Vendredi 30 mai 2025, par Remy Herrera, popularité : 5% Chine | Le camarade Rémy Herrera a bien voulu autoriser la parution sur ce site de la préface à louvrage quil a dirigé, donc à multiples auteurs, chinois pour la plupart, intitulé « La Chine est-elle impérialiste ? » ; nous len remercions. Bien évidemment, cette préface ne nous donne quun avant-gout du livre organisé en 5 chapitres indépendants et tous très bien renseignés et argumentés de manière scientifique. Cest pourquoi je ne peux que vous conseiller de vous le procurer (17 € seulement !) car il remet bien à leur place les idées fausses diffusées par la propagande de lidéologie dominante concernant le statut de la Chine ; et croyez-moi, sil y en a un qui sait que ce nest que de la propagande, cest bien le propagandiste en chef, à savoir Donald Trump qui na quune hâte, cest den finir avec la guerre en Ukraine, car celle avec la Chine (guerre tous azimuts) doit selon lui, prendre toute son ampleur. En tous cas, ce livre tombe à pic pour remettre en cause toutes ces idées reçues sur la Chine, dans lesquelles semblent se prendre les pieds avec trop de facilités un certains nombre dadhérents du PCF ; il est vrai quun trotskiste à la tête de la commission internationale du PCF, ainsi quun atlantiste responsable de la rubrique internationale à lHuma, ça narrange pas les choses
PB Défendre la thèse selon laquelle la Chine serait « impérialiste » présuppose, par construction, dadmettre que le système économique actuellement en vigueur dans ce pays est « capitaliste », dans la mesure où limpérialisme se définit lui-même, dans la tradition marxiste tout au moins, en tant que phase du capitalisme. Le système chinois nest pas capitaliste A ce propos, un consensus très large emportant jusquà ladhésion de progressistes influents sest établi pour qualifier le système économique chinois de capitaliste. Ce serait une évidence. Depuis la fin de la décennie 1970, et plus encore au cours de ces dernières années, la tendance à la pénétration des mécanismes de marché capitalistes ne va-t-elle pas croissant ? Le périmètre du secteur privé ne sest-il pas considérablement élargi, quand celui du secteur public reculait ? Les entrepreneurs capitalistes, quils soient locaux ou étrangers, ny sont-ils pas aujourdhui omniprésents ? Et ce pays nest-il pas lui-même plongé dans la mondialisation, de plus en plus étroitement intégré au système mondial capitaliste ? Des mesures dordre bancaire et financier nont-elles pas été récemment adoptées qui confirment les pressions exercées par les oligopoles de la haute finance globalisée et maints experts dorganisations internationales sur les autorités chinoises afin de faire appliquer par ces dernières des politiques économiques « libérales » ? Et si ce nétait pas encore suffisant, le Parti communiste chinois (PCC) naccueille-t-il pas parmi ses membres des personnalités connues pour être de puissants capitalistes, multimilliardaires aux mentalités fort éloignées des idéaux socialistes ? Dans un ouvrage déjà publié aux Éditions Critiques, en 2019, La Chine est-elle capitaliste ?, cosigné avec Zhiming Long, professeur à lÉcole du marxisme de lUniversité Tsinghua de Pékin, nous avions tenté daller au-delà des apparences et de montrer que tenir pour capitaliste le système chinois actuel ne va pas de soi. A contre-courant de lopinion dominante sur cette question, nous insistions sur le fait que le processus de développement chinois connaît des contradictions profondes, reflétant lintensité de la lutte des classes qui le traverse. Ainsi, bien que de très nombreux traits qui caractérisaient le communisme maoïste aient disparu ou reculé depuis les réformes engagées en 1978, certains éléments ont résisté, lesquels sont beaucoup plus proches du socialisme que du capitalisme. On ne saurait les oublier, ou les sous-estimer, au risque de ne plus être en mesure de réfléchir sérieusement sur la vraie nature de ce système. Quels sont (quelques-uns dentre les plus déterminants de) ces éléments ? Il y a, tout dabord, une propriété collectiviste des sols et donc un accès à la terre garanti pour la paysannerie , ainsi que celle des sous-sols, ouvrant en cela une latitude daction efficace pour la protection de lenvironnement. Il y a ensuite le statut public de la plupart des secteurs jugés économiquement stratégiques beaucoup des grandes entreprises des secteurs industriels clefs sont des sociétés dÉtat , comme de toutes les infrastructures les plus importantes du pays, mais aussi une conception étendue des services publics, hors marché ou faiblement marchands. Il y a encore la réalité dune planification centrale de léconomie et son application vigoureuse. Bien quayant changé dans ses objectifs et ses instruments, elle continue dêtre utilisée, servant de cadre général pour la mise en uvre de la stratégie de développement suivie par lÉtat et le PCC. Guidés par de tout autres objectifs que la maximisation des dividendes privés, les conglomérats publics géants sintègrent à la planification pour satisfaire prioritairement les besoins sociaux. Ils ont de surcroît un rôle dentraînement bénéfique sur les petites et moyennes unités qui, quant à elles, renvoient très souvent davantage à la production familiale ou artisanale quau capitalisme. Les décisions en matière de rémunérations et de conditions de travail dans ces conglomérats dépendent de lÉtat, qui contrôle les prix des produits et des facteurs de production, pour ne pas les laisser entre les mains des agents économiques les plus puissants, et qui sait aussi infléchir la logique de rentabilité quand lintérêt stratégique national le commande. Tout ceci relève plus dun projet qui se distingue encore assez nettement du capitalisme. Un « socialisme de marché », « phase première du socialisme » Il nest donc pas aussi évident quil y paraît que le système économique chinois actuel soit « capitaliste ». Cependant, daucuns pourraient peut-être ici avancer que le fait de soutenir que la Chine nest pas capitaliste nexclut pas pour autant celui de considérer que ce même pays puisse avoir un comportement ou des visées « impérialistes ». Car la Chine, depuis plus de deux décennies maintenant, achète tous azimuts les actifs les plus divers, pénètre la structure de propriété de multiples entreprises étrangères, accorde des prêts
Dans ce contexte, encore conviendrait-il de démontrer, pour quil soit possible daffirmer que la Chine est également impérialiste, que lexportation de capitaux chinois vers le reste du monde seffectue par des oligopoles financiers en expansion un capital financier ayant la mainmise sur le capital industriel et actionnant le capital bancaire dans le but daccaparer privativement des profits extorqués à léchelle globale. Or, tel nest pas le cas. Les plus grands établissements bancaires et financiers chinois sont des institutions qui dépendent de lÉtat, lequel contrôle très strictement les mouvements de capitaux quittant le ou sortant du territoire national et surveille de près les opérations financières réalisées sur les divers compartiments du marché domestique. Le financement de léconomie demeure principalement fondé sur lintermédiaire bancaire. Les taux dintérêt restent largement administrés et leur utilisation est complétée par un dispositif de réserves obligatoires. Les autorités chinoises maîtrisent avec fermeté la politique monétaire, sous ses aspects interne (loffre de monnaie) et externe (le taux de change), et empêchent donc que la monnaie nationale fluctue « librement » sur le marché des changes, ce qui, par-là même, limite les risques de perturbations affectant léconomie domestique, en terme dinflation notamment. Cet argumentaire perdrait sans doute de sa portée si lon acceptait lexpression de « capitalisme dÉtat », se rapprochant sans doute un peu plus de la réalité chinoise et traduisant la conjonction des actions étatiques et des pratiques de concentration des actions étatiques et des pratiques de concentration du surplus par les entreprises privées. Toutefois, en Chine, le secteur privé ne constitue que lune des composantes dune économie mixte, où la prédominance est accordée à un vaste secteur public et où la puissance de lÉtat doit être assurée. Ce dernier exerce une surveillance non seulement des conditions dimplantation sur le territoire national des transnationales étrangères, qui doivent respecter des règles strictes, mais également du comportement des investisseurs chinois eux-mêmes en activité au-delà de leurs frontières. Et le PCC sest installé tout au sommet du pouvoir politique pour superviser laction de cet État surpuissant, et pour éviter déventuelles dérives, quelles proviennent dentreprises privées ou dinstitutions publiques, dans les relations dentités chinoises avec leurs partenaires étrangers. Des relations quil sagit de préserver aussi bonnes que possible. Lexpression contradictoire de « capitalisme dÉtat » resserre la gamme des possibles entre capitalisme et socialisme, certes, mais elle laisse trop de flou dans la définition dun mélange institutionnel unique au monde. Plutôt quà un « capitalisme dÉtat », le système sapparente davantage, selon nous, à une économie « avec capitalistes, mais sans capitalisme ». En Chine, pouvoir économique et pouvoir politique ne coïncident pas. Jusquà lheure présente, en effet, les possesseurs du premier sont encore maintenus sous le contrôle des détenteurs du second. Car lexpropriation politique de la bourgeoisie nimplique pas son expropriation économique tant que le Parti reste en mesure dempêcher sa reconstitution en classe dominante dans lÉtat. Lobjectif du PCC na pas été de tout sapproprier économiquement, mais plutôt de garder sur tout le contrôle politique, ce qui nest pas la même chose. La coexistence des activités publiques et privées, stimulées les unes et les autres dans un système hybride, est le moyen qui a été choisi par les dirigeants afin de développer au maximum les forces productives du pays y compris en attirant des capitaux étrangers et en important des technologies avancées , et par conséquent aussi son niveau de développement. Ce, dans le but, non dabandonner la voie du socialisme, mais daméliorer les conditions de vie de la population : de lextirper dabord de la misère, puis de la faire accéder à la moyenne aisance, et enfin de viser labondance. Voila pourquoi nous avançons quil est pertinent, pour cerner le processus de transition en cours en République populaire de Chine, de parler de « socialisme de marché ». On se trouverait ainsi dans la « phase première du socialisme », soit létape incontournable consistant à développer les forces productives et demandant beaucoup de temps pour parvenir à son terme. Néanmoins, la visée historique reste, selon les déclarations du PCC, le « socialisme développé » même si ses contours sont imprécis. Les secteurs considérés comme fondamentaux pour lessor de léconomie, le bien-être de la société, lintérêt supérieur de la nation ou le rayonnement culturel du pays sont placés, dune façon ou dune autre, sous la tutelle de lÉtat. Limités par lampleur de la propriété publique (étatique ou collective) des moyens de production, les détenteurs du capital privé nont pas pu conquérir le pouvoir sur lÉtat et la PCC. Nous navons donc pas affaire au capitalisme sans bien entendu sous-estimer les risques de restauration, réels , mais à une forme de socialisme de marché ou de socialisme avec marché (et maintes contradictions) intégrée dans un processus de transition socialiste de long terme. Un processus perfectible assurément, dans de très nombreux domaines : de la démocratisation politique à laménagement du territoire, de légalité sociale à la protection environnementale, entre autres. Ny a-t-il pas malgré tout une forme dimpérialisme mercantile ? Reste quen plus des acquisitions de biens, prises de participation au capital ou crédits consentis à léchelle mondiale, il y a les innombrables produits chinois partis à la conquête de lunivers. La Chine exporte ses marchandises, et le fait massivement. Partout. Comment alors analyser cet expansionnisme commercial ? Nest-ce pas là une forme dimpérialisme mercantile ? Deux points méritent ici dêtre soulignés. Le premier est illustré par les résultats de notre article proposé ci-après aux lecteurs, cosigné avec les collègues chinois Zhiming Long, Zhixuan Feng et Bangxi Li, consacré à lanalyse des relations commerciales sino-étasuniennes [1]. Il montre que la Chine engrange évidemment des recettes tirées de ses excédents commerciaux bilatéraux, mais aussi que ces gains sont compensés par le fait, révélé par nos calculs de léchange inégal, que ce sont les États-Unis qui ont surtout profité de ce commerce dès lors que nous mesurons les temps de travail qui sont incorporés dans les marchandises échangées. En dautres termes, même aujourdhui, la Chine reste encore un pays du Sud « en développement », cest-à-dire que du point de vue des capitalistes étrangers du monde entier, elle demeure aussi une réserve de main-duvre à exploiter. Cette analyse est corroborée par létude de Minqi Li, qui définit la position de la Chine au sein du capitalisme mondialisé comme « semi-périphérique » [2]. Lhypothèse que nous formulons est ainsi que, venue se surajouter à une guerre monétaire qui lui préexistait, la guerre commerciale lancée par Washington contre Pékin, dans le cadre de la nouvelle « guerre froide » qui les oppose, pourrait sinterpréter comme une tentative de ladministration des États-Unis pour freiner la détérioration continue des bénéfices que leurs entreprises capitalistes extorquent du commerce quelles effectuent avec la Chine ; et donc aussi pour essayer de retarder le déclin de lhégémonie étasunienne. Cette fébrilité des États-Unis face à une concurrence chinoise de plus en plus menaçante est illustrée par le texte de Junfu Zhao qui aborde le question stratégiquement cruciale des hautes technologies et des circuits intégrés [3]. Second point important : malgré ses imperfections, le commerce de la Chine avec les autres pays du Sud est le plus souvent très avantageux pour ces derniers, tout spécialement parce que les marchandises provenant de Chine sont généralement obtenues à prix relativement bas, et aussi parce que la conception chinoise du commerce avec les pays les plus pauvres sinscrit dans une logique « gagnant-gagnant ». Et lorsquil arrive que, dans la pratique des relations commerciales internationales, ces échanges se révèlent déséquilibrés en faveur de la Chine, particulièrement quand ils tendent à accentuer la spécialisation productive de ses partenaires (spécialisation dans les exportations de matières premières), les contreparties et compensations quy trouvent ces pays du Sud (comme la construction dinfrastructures publiques, laccès à des prêts à taux faibles et sans conditions politico-économiques, voire des annulations de dettes, par exemple) savèrent si substantielles quelles ne tardent guère à emporter leur accord. Sinon un impérialisme militaire ou peut-être culturel ? Peut-être conviendrait-il alors de se rabattre sur une définition plus classique de limpérialisme, compris comme expansion de la puissance étatique, extension de souveraineté ou recherche de grandeur, pratiques par lesquelles un pays élargit son influence au-delà de son territoire national pour imposer sa loi à des populations étrangères. Sous cette dimension politique, pouvant impliquer jusquà des interventions militaires directes, le fait est que, rappelons-le, la Chine na historiquement jamais eu de colonies dans le monde, ni mené de politique coloniale vis-à-vis dautres peuples. Elle na pas non plus été engagée dans des guerres à lépoque moderne à lexception de conflits limités dans le temps et lespace qui lont opposée à lUnion soviétique et au Vietnam indépendant, pays socialistes comme elle , ni dailleurs proféré des menaces de guerres offensives contre un quelconque ennemi extérieur. Elle na pas de base militaire à létranger, sauf une « installation logistique » située à Djibouti, sur le chemin conduisant au canal de Suez, point stratégique pour le trafic maritime, ainsi que des dispositifs de défense du territoire national déployés en Mer de Chine, notamment sur les îlots Spratleys et latoll de Scarborough, face aux Philippines, pays où les États-Unis ont des installations militaires secrètes venant sajouter à leurs 1150 bases militaires officiellement déclarées dans le monde, et sans tenir compte des implantations tenues à leur disposition par les alliés de lOTAN. Ny aurait-il pas tout de même un impérialisme culturel prodigué par la Chine ? Ne chercherait-elle pas à diffuser son « idéologie », notamment en distribuant dans les pays du Sud nombre de bourses pour étudiants ou de formations pour travailleurs ? Nest-ce pas là une preuve de la dissémination dun « soft power » ? Le système éducatif chinois, classé parmi les meilleurs de la planète, a de quoi impressionner, et séduire. Mais la conception que les Chinois se font de ces échanges culturels, au sens large, vise avant tout à diffuser des valeurs morales fortes et le respect des différentes civilisations. Elle se détourne de lidée dimposer leur mode de vie ou même un modèle de développement. Cette vision entend plutôt partager une expérience vécue, dont les peuples étrangers pourraient, sils le veulent, apprendre, tirer des leçons utiles pour déterminer leur(s) propre(s) trajectoire(s). A titre dexemple, les hauts responsables chinois avancent que louverture à la mondialisation peut présenter des avantages, mais à condition que les effets contradictoires de cette ouverture puissent être fermement contrôlés par un État volontariste agissant au service du bien-être de la population. En bref, les leaders chinois considèrent que cest aux peuples étrangers, souverains, et à eux seuls, de définir les chemins de leur développement et de leur émancipation. Vers le co-développement, la coopération internationale et la paix mondiale Dans ces conditions, que dire du système chinois, si nous pensons quil nest pas impérialiste ? Le socialisme aux caractéristiques chinoises nest pas du communisme, ni non plus lidéal du socialisme ; ses défauts et insuffisances sont si criants que laffirmation ne traverse pas lesprit. Ceci entendu, on notera que la forme actuelle prise par le capitalisme des oligopoles financiers à léchelle mondiale, emmené par lhégémonisme étasunien (déclinant, mais encore effectif), est celle dune accumulation militaro-financière les deux piliers de la monnaie et de larmée étasuniennes soutenant le pouvoir totalitaire et destructeur de la haute finance globalisée. Or, telle nest pas la voie quont souhaité prendre les dirigeants chinois, qui cherchent à orienter résolument leur stratégie en direction de léconomie non financière, de la production réelle et de la consommation domestique, à lintérieur du pays, dune part, et, dautre part, à lextérieur de ses frontières, vers le co-développement, la coopération internationale et la paix mondiale. Dans cette dernière optique, le projet stratégique chinois, de portée planétaire, dispose déjà dune série de puissantes institutions nationales et multilatérales (comme la Banque asiatique dInvestissement et dInfrastructure, entre autres) afin de mener à bien le plan économico-stratégique de la Nouvelle Route de la Soie, qui entend impulser un développement productif polycentrique extraordinairement ambitieux, et complété par un très vaste accord commercial international, appelé « Partenariat régional économique global ». Comme le suggèrent le texte de John Bellamy Foster ainsi que la contribution de Sit Tsui et de ses coauteurs placés en tête de cet ouvrage, le succès de ce projet chinois serait alors la condition de lavènement dun monde multipolaire [4]. Lissue dune telle transition systémique est incertaine, dautant que les oligopoles financiers du Nord, actionnant la machine de guerre des États-Unis, secondés par lOTAN, semblent vouloir de plus en plus frontalement entrer en conflit avec la Chine et/ou avec son allié russe. Les perspectives de confrontations entre puissances en présence se précisent, dangereusement. De tout cela, les forces progressistes de lOccident (dont lEurope), ou du « Nord » (Australie, Nouvelle-Zélande et Japon compris), devront prendre conscience ; comme il leur faudra aussi comprendre que la crise du capitalisme a désormais enfoncé ce système dans limpasse et que son agonie napportera que des reculs sociaux au Nord et des guerres incessantes contre le Sud en plus des dévastations irréversibles de la nature. Dans leurs luttes anti-impérialistes, les forces progressistes ne devront pas se tromper de cibles. En voyant dans la Chine un impérialisme, elles désigneraient ses dirigeants comme des ennemis à combattre, alors quils ne sont ni en guerre (sociale) contre leur peuple, ni en guerre (militaire) contre des peuples étrangers. Au contraire, la Chine constitue même plutôt à lheure présente un contrepoids à limpérialisme militaro-financier des pays capitalistes centraux ; impérialisme uni, organisé et placé sous le joug de la haute finance et des forces armées des États-Unis. Rémy Herrera Économiste au CNRS (Centre dÉconomie de la Sorbonne) Préface à louvrage intitulé « La Chine est-elle impérialiste ?« , paru aux Éditions Critiques, 184 p., 2023.
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| |
| | | | | | | | | |
|