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 chauvinisme et immigration

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Xuan
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   Posté le 28-09-2019 à 09:25:40   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Municipales en vue, tous les arguments chauvins sortent sur la table.


Immédiatement après le retour de Le Pen, Macron en remet une couche sur l'immigration : «La France ne peut pas accueillir tout le monde si elle veut accueillir bien» .
Discours parfaitement hypocrite si on se souvient des barrages mis en place contre les réfugiés, qui sont restés confinés en Italie, occasionnant une brouille diplomatique.

Course à l'échalote pour flatter le chauvinisme et le racisme


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Roussel intervient à son tour :

Immigration. Fabien Roussel interpelle Emmanuel Macron

Mercredi, 25 Septembre, 2019

https://www.humanite.fr/immigration-fabien-roussel-interpelle-emmanuel-macron-677683

Alors que le président de la République a lancé un débat sur l’immigration qui, par bien des aspects légitime le discours du Front national, le secrétaire national du PCF et député du Nord, Fabien Roussel, précise ses positions sur le sujet dans une « Lettre ouverte à Emmanuel Macron » .

« Monsieur le Président, Vous voulez parler immigration ? Eh bien parlons-en ! »

Pour la deuxième fois en moins d’un an, vous voulez imposer le thème de l’immigration dans l’actualité. À six mois des élections, c’est une vieille ficelle ! Après le vote tout récent de la loi « Asile et Immigration », c’est même de l’acharnement !

Vous voulez parler immigration ? Eh bien parlons en !

Le sujet mérite mieux que d'être instrumentalisé pour diviser les citoyens, pour imposer votre duo avec l’extrême droite et au final pour flétrir notre République.

Parlons de ces familles qui quittent des pays dont les richesses sont pillées, dont les États sont placés sous tutelle de banques internationales et de dictateurs corrompus, dont les infrastructures publiques ont été bradées à des multinationales ! Parlons des coopérations à développer, qui permettraient à chaque peuple de retrouver sa souveraineté sur ses ressources et son économie.

Parlons de la taxe sur les transactions financières que vous avez refusé d’élargir pour ne pas heurter le monde de la finance, nous privant de deux milliards d’euros destinés à ces pays.

Parlons des 5 milliards d’euros que représente la contribution des migrants à la création de richesses dans notre pays, quand l’Aide médicale d’État, que vous voulez remettre en cause, ne coûte que 900 millions.

Parlons de celles et ceux qui fuient tous ces conflits dans lesquels nous portons une part de responsabilité, dont l'OTAN a été l'acteur ces dernières années : l'Afghanistan, la Libye, la Syrie, le Yemen. Comment peut-on laisser mourir en Méditerranée des hommes, des femmes, des enfants qui fuient le chaos, les bombes, parfois nos bombes ?

Parlons des migrations à venir, que causeront le dérèglement climatique et son lot de catastrophes naturelles. Si nous n’agissons pas fortement, ces migrations vont se multiplier, jetant sur les routes des familles qui auront tout perdu. L’Union européenne est parmi les 3 principaux pollueurs de la planète, et nous devrions nous exonérer de toute responsabilité ?

Parlons donc des moyens à développer en urgence pour que l’Europe tienne ses engagements en faveur du climat.

Parlons de ces travailleurs sans papiers que de très grandes entreprises exploitent sans vergogne en les contraignant à la clandestinité. Quand allez vous les régulariser ?

Parlons des travailleurs que vous livrez à la concurrence avec vos traités européens, qui sont soumis au dumping social opposant les salarié-es de toute l’Union Européenne, dumping que votre directive « travailleurs détachés » n’a en rien remis en cause… Nous voulons les mêmes droits pour tous !

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » , affirme la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen. Alors, pourquoi aujourd’hui, dans un pays qui en a tous les moyens, ne pas reconnaître le droit de vote des étrangers résidant et payant leurs impôts en France ?

Non, de tout cela vous ne voulez pas débattre car vous préférez que la nation s'écharpe sur l’Aide médicale d’État et sur les allocations sociales, ou qu'elle se préoccupe seulement de distinguer les migrants selon qu'ils fuient la guerre, une catastrophe naturelle ou la misère ?

Vous voulez que nous débattions pour savoir si 28 pays et 500 millions d’Européens sont en capacité d’accueillir quelques dizaines de milliers d'êtres humains, quelque 3% de migrants à travers le monde, risquant leur vie sur un bateau en Méditerranée ? Les pays du pourtour méditerranéen peuvent-il s’exempter du droit maritime et du droit international ?

Monsieur le Président, l’ennemi ne vient pas en bateau. Il vient en jet privé et il se moque des frontières. La pression n’est pas migratoire, elle vient de la finance. Si des entreprises délocalisent, ça n’a jamais été à cause d’un immigré. C’est à cause d’un capital avide de profits qui ronge comme un cancer notre économie, nos emplois, nos droits.

Tous ces hommes et toutes ces femmes que vous stigmatisez sont nos frères et nos sœurs. Nous ne faisons pas de distinctions entre eux. Nous réclamons des droits pour tous, condition d’un accueil réussi. Le droit à la dignité humaine, dans un monde de justice et de paix, dans une France humaniste et universaliste.

Pour ouvrir vraiment un débat sérieux et porter des solutions de progrès, je vous adresse ce jour le manifeste « Pour une France hospitalière et fraternelle, une Europe solidaire » , qu’a récemment rendu public le Parti communiste français.

Paris, le 25 septembre 2019

Fabien Roussel,

Secrétaire national du PCF, député du Nord



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Mais ceci après avoir déclaré le 21 septembre vouloir "Stopper cette immigration organisée par les traités de Bruxelles" .
Non seulement c'est le retour des quotas, mais encore une fois Bruxelles est montrée du doigt comme si la France était une victime de l'Europe alors qu'elle est en passe d'en prendre la direction :



"Pour ma part […] j’aimerais bien mettre la question de l’immigration économique des travailleurs détachés que nous impose l’union européenne, et qui fait que les ouvriers, les salariés sont aujourd’hui mis en concurrence. Et ça ça fait peur aux travailleurs, aux salariés français.
Quand on permet de faire venir en France des travailleurs qui viennent de Pologne de Roumanie, de l’Union Européenne et qu’ils sont moins chers que les travailleurs français, ils exercent une concurrence insupportable.
Et c’est comme ça que ça génère le racisme, la haine, la division entre nous. Et j’aimerais bien moi poser ces questions-là justement parlons-en de l’immigration. Je suis pour stopper cette immigration organisée par les traités libéraux de Bruxelles qui met les salariés, les ouvriers en concurrence entre eux, parlons de ça, parlons chiffres, parlons aussi de ces chefs d’entreprises qui utilisent l’immigration illégale et qui font travailler des pauvres gens qui ont fui leur pays, et qui aujourd’hui travaillent pour rien dans des hôtels, dans la restauration. Ça c’est insupportable, je comprends la colère des français et je suis pour mettre ces sujets sur la table"
.

Il est inepte de mettre la concurrence sur le dos de l'immigration.
Aujourd'hui et notamment en Europe, aucun pays ne vit en autarcie. Par conséquent la concurrence existe avec ou sans les frontières, à moins de jouer la carte du protectionnisme comme Trump, mais c'est un jeu perdu d'avance.
La seule façon de lutter contre la concurrence est d'exiger "à travail égal salaire égal" , et cette revendication est plus efficace à domicile qu'à l'étranger.

Deuxièmement, il ne s'agit pas de patrons isolés qui enfreignent la loi, mais des monopoles français, qui eux-mêmes dictent les lois à Bruxelles et ne les subissent pas. Il est grave de s'en prendre à l'Europe de sorte que le CAC 40 en sort blanchi.

Mais surtout il faut se demander pourquoi une telle inégalité existe en Europe.
C'est le fruit du démantèlement de l'URSS et de l'annexion des états de l'ex COMECON, au prétexte de la liberté contre le totalitarisme.
On constate maintenant que le totalitarisme c'est la capitalisme qui l'impose, et qui se traduit par la surexploitation des ouvriers d'Europe Centrale.

Lorsque Roussel dit que la concurrence "nous divise" , qui est ce nous ?
Serions-nous moins divisés si les Roumains restent chez eux ?
Ou bien s'agit-il seulement de la division des salariés français ?

Il faut relever le drapeau de l'internationalisme prolétarien contre les monopoles d'Europe et particulièrement les monopoles de notre pays.



Edité le 28-09-2019 à 11:38:35 par Xuan




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pzorba75
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   Posté le 28-09-2019 à 11:24:00   Voir le profil de pzorba75 (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à pzorba75   

Faut pas se tourmenter, qui connaît Fabien Roussel et qui tient compte de ce qu'il raconte? Aussi bien sur l'immigration que sur les conflits sociaux en France, la direction du PCF et ses derniers élus en responsabilité sont aux abonnés absents, les seuls sujets qui les font sortir de leur trou sont les sujets sociétaux et ... l'union de la gauche. Toujours un bon train de retard.

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Xuan
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   Posté le 28-09-2019 à 13:02:56   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je ne parlerais pas de sujets sociétaux pour Roussel, mais c'est plus qu'un train de retard : un retour à Georges Marchais et Waldeck-Rochet.

Prétendre empêcher la concurrence des ouvriers venant des pays pauvres d'Europe en arrêtant l'immigration ne tient pas un instant. Si les ouvriers agricoles restent en Espagne, ce sont les tomates à trois euros de l'heure que la grande distribution importe.

Mais au final et quels que soient les arguments qui habillent les positions, dans les faits quelle différence sépare le PCF du RN ?

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marquetalia
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   Posté le 28-09-2019 à 15:49:16   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Mais au final et quels que soient les arguments qui habillent les positions, dans les faits quelle différence sépare le PCF du RN ?[/citation]il faut faire gaffe avec ce genre d analyse,elle est récupérée par les Courtois et consort,qui veulent faire l amalgame entre communisme et nazisme.il y a déjà les confusionnistes à la con comme Soral -heureusement,cet abruti est entre quatre murs-qui sèment la zizanie,on ne va pas se permettre de contribuer au procès de Nuremberg du communisme que prônait Jean Marie Lepen déja avant la chute du mur de Berlin,de plus, même si le PCF n a plus rien de communiste,l aile marxiste léniniste du parti va faire scission,et peut être se rapprocher du Prcf ou d autres orgas qui veulent défendre le drapeau rouge marqué de la faucille et du marteau.a moins de vouloir se rapprocher des anars,nous n avons aucun intérêt à cracher sur les héritiers de Francs Tireurs et Partisans,et ce même si des anarchosyndicalistes ont probablement combattu contre la Grande Allemagne,du fait de leur présence au sein des Républicains-la gauche radical-qui résistèrent aux Nationalistes,c est à dire les phalangistes de Franco,durant la guerre civile espagnole.


Edité le 28-09-2019 à 16:04:50 par marquetalia




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Xuan
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   Posté le 28-09-2019 à 16:27:26   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

marquetalia a écrit :

"Mais au final et quels que soient les arguments qui habillent les positions, dans les faits quelle différence sépare le PCF du RN ?"
il faut faire gaffe avec ce genre d analyse,elle est récupérée par les Courtois et consort,qui veulent faire l amalgame entre communisme et nazisme.



Pardon ! Où est le communisme quand on prétend que supprimer l'immigration va supprimer la concurrence entre les ouvriers ?
C'est du communisme ou bien de l'apartheid ?

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marquetalia
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   Posté le 28-09-2019 à 16:43:38   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Il y a bien une aile m-l du Pcf,et celle ci ne va pas tarder à splitter et se rapprocher du Prcf.il faut espérer la fin du Pc social démocratisée et social chauvin,et analyser la réponse du Prcf à ce repli rouge brun du Parti Communiste français dégénéré.


Edité le 28-09-2019 à 19:47:50 par marquetalia




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   Posté le 29-09-2019 à 12:56:42   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

marquetalia a écrit :

Il y a bien une aile m-l du Pcf,et celle ci ne va pas tarder à splitter et se rapprocher du Prcf.il faut espérer la fin du Pc social démocratisée et social chauvin,et analyser la réponse du Prcf à ce repli rouge brun du Parti Communiste français dégénéré.


Ceux et celles qui sont organisés dans le PCF et qui se réclament du ml ne vont pas le quitter pour aller au prcf marquetalia.
Le prcf a déjà essayé d'y faire sa promo mais ça n'a pas pris.

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   Posté le 01-10-2019 à 00:13:45   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

La construction politique et idéologique de l’immigration comme problème


https://bouamamas.wordpress.com/2019/09/30/la-construction-politique-et-ideologique-de-limmigration-comme-probleme/
Publié le 30 septembre 2019par bouamamas

« Je crois dans notre droit d’asile, mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. […] Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder le sujet en face. Devons-nous être le parti bourgeois ou pas ? Les bourgeois ne croisent pas l’immigration. Ce sont les territoires les plus pauvres qui sont le réceptacle. Les classes populaires, elles, subissent le chômage, la pauvreté, mais elles subissent aussi ce sujet »

Emmanuel Macron, 16 septembre 2019

Le discours du président de la République sur « l’immigration » du 16 septembre 2019 n’est pas nouveau en soi. Il illustre un rituel désormais installé et se déclenchant à l’approche de chaque échéance électorale. Les chefs de l’État successifs de ces dernières décennies se sont tous prêtés à ce rituel consistant à présenter l’immigration comme étant un « problème ». De Chirac à Hollande en passant par Sarkozy, ils ont tous eu leur « débat national » ou leur discours consacré à ce « problème ». Cette transformation de l’immigration en « problème » est relayée par les médias de masse et « étayée » par de pseudos sondages. La construction politique et idéologique agit dès lors de manière performative c’est-à-dire fabrique la réalité sociale ou plus exactement la perception de la réalité sociale par le citoyen quelconque. Nous sommes ici en présence d’un des terrains essentiels de la lutte pour l’hégémonie culturelle dans laquelle la classe dominante gagne des batailles depuis plusieurs décennies au prix de l’intégration grandissante des thématiques d’extrême-droite dans le référentiel politique et médiatique dominant.


La fabrique du « problème » de l’immigration

Le décès de Jacques Chirac est l’occasion de rappeler une étape précédente de ce processus progressif de construction de l’immigration comme problème. Au cour d’un diner débat du RPR à Orléans, il déclare il y a près de trois décennies, le 19 juin 1991 :

Notre problème, ce n’est pas les étrangers, c’est qu’il y a overdose. C’est peut-être vrai qu’il n’y a pas plus d’étrangers qu’avant la guerre, mais ce n’est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d’avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d’avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d ‘or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [Applaudissements nourris] Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Il devient fou. C’est comme ça. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Il faut que ceux qui nous gouvernent prennent conscience qu’il y a un problème de l’immigration, et que si l’on ne le traite pas et, les socialistes étant ce qu’ils sont, ils ne le traiteront que sous la pression de l’opinion publique, les choses empireront au profit de ceux qui sont les plus extrémistes[i].

La logique est exactement la même que celle du chef d’État actuel. Elle commence par la pose d’un constat que personne ne contestera : les difficultés économiques et sociales des travailleurs et citoyens français des classes populaires. Elle se poursuit par l’affirmation d’une attribution causale c’est-à-dire par la désignation d’une cible : ces difficultés sont liées à l’immigration. Elle se prolonge par un discours de pseudo-quantification : « l’over dose » de Chirac et le « détournement » de Macron. Elle se continue par une caractérisation : le « il y a un problème de l’immigration » de Chirac » et le « elles [les classes populaires] subissent aussi ce sujet » de Macron. Elle se termine enfin par un discours de la peur : Ne pas mettre le sujet de l’immigration en première place de l’agenda politique c’est faire le jeu des « extrémistes ». Le double avantage tactique d’une telle logique saute aux yeux. Le premier est l’évacuation des autres attributions causales au constat de paupérisation des classes populaires. Le second est le renforcement du modèle du bipartisme à l’approche d’une échéance électorale (régionales de 1992 et municipales de 2020) : la droite/« les plus extrémistes » de Chirac, les Nationalistes/les progressistes de Macron.

Les effets structurels de la mondialisation capitaliste mal-nommée « néolibéralisme » peuvent en effet se résumer en un gigantesque transfert de « revenus » des classes populaires et de la petite bourgeoisie vers les classes dominantes. Les quatre dernières décennies se caractérisent en effet par un partage de la valeur ajoutée en faveur du capital. « En France et en Allemagne par exemple, la part salariale a perdu 3 points tous les dix ans en moyenne depuis 1980[ii] » fait remarquer l’économiste Sophie Piton. Plus de 10 % supplémentaire de la valeur ajoutée annuelle est ainsi transférée. Avec un Produit Intérieur Brut se montant en 2018 à plus 2900 milliard de dollars cela signifie que plus de 290 milliard supplémentaires ont ruisselé du travail vers le capital pour cette seule année en comparaison avec 1980. Jusque 2012 ce transfert massif de richesse se réalise au détriment des classes populaires. Depuis il s’est élargi à la petite bourgeoisie mal-nommée « couches » ou « classes » moyennes essentiellement sous la forme d’une stagnation des revenus et d’une hausse de la pression fiscale. « Depuis 2012 est enclenché un mouvement double, qui repose sur la mise à contribution des classes moyennes et sur des avantages accordés aux revenus les plus élevés[iii] » résume l’ancien président de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres). Paupérisation des classes populaires et déclassement de la petite bourgeoisie sont les deux résultats concrets de la mondialisation capitaliste.

L’ampleur du transfert de richesse est telle qu’elle rend obsolète le discours idéologique de légitimation antérieur. Celle-ci était résumée par Valéry Giscard d’Estaing en 1984 dans le titre de son livre « Deux Français sur trois[iv] » présentant une image de la société française constituée d’une majorité de « classes moyennes », d’une minorité déclinante de pauvres et d’une petite élite riche. L’obsolescence du discours idéologique de légitimation se concrétisera par la construction de l’immigration comme problème. Les sans-papiers qui submergeraient la société française, le foulard qui menacerait la laïcité, l’identité nationale qui serait en danger, etc., ces thèmes qui ont fait l’objet de déclarations solennelles et de débats nationaux initiés par les plus hautes autorités de l’État apparaissent comme des étapes de ce processus de fabrication.

La contribution médiatique

L’État n’est pas le seul acteur actif dans le processus de fabrique du « problème ». La contribution des grands médias publics et privés est essentielle pour rendre crédible auprès du citoyen ordinaire une affirmation sans fondements matériels objectifs. Les outils de crédibilisation essentiels sont au nombre de trois : l’apeurement, les chroniqueurs, la grille culturaliste de lecture. L’apeurement prend d’abord la forme de campagnes sensationnalistes transformant un fait divers marginal et découpé de son contexte explicatif en réalité généralisée menaçante. Les « prières de rue » par exemple ont fait l’objet d’une multitude d’articles et de reportages en dépit de leur caractère marginal et des explications liées aux facteurs locaux. Le vocabulaire de ceux-ci se situe significativement dans « le champ lexical de l’occupation et de la résistance » conditionnant ainsi « la manière dont le « problème musulman est mis en mots et en « maux » »[v]. L’annonce d’un péril imminent emprunte ensuite la voie de titres anxiogènes de grands hebdomadaires dont l’affichage régulier dans tous les kiosques démultiplie l’impact. Comme le souligne Julien Salingue : « Ce ne sont pas simplement des « unes » portant sur « le sujet de l’islam ». Ce sont des couvertures inquiétantes, menaçantes, racoleuses. Elles renvoient toutes, sans exception, une image négative de l’islam, en faisant des généralités abusives (« L’occident face à l’islam », « Islam : les vérités qui dérangent », etc.), en se centrant sur des pratiques ultra-minoritaires (« Enquête sur le djihad en France », « Burqa : ce qu’on ne dit pas », etc.), ou en employant de manière performative le mot « peur »[vi]. » Des « Unes » aussi inquiétantes se sont également multipliées à propos du nombre d’immigrés, de la dite « crise migratoire », du « communautarisme », des « territoires perdus de la république », etc.

Le second vecteur médiatique de la mise en crédibilité du « problème » est la multiplication des chroniqueurs proclamés « experts » de l’islam, de la laïcité, de l’immigration, etc. Par le biais d’émissions régulières, ces nouveaux acteurs médiatiques contribuent à l’actualisation permanente d’un climat de dangers et de menaces dont l’attribution causale est univoque : l’immigration. Eric Zemmour, Charlotte d’Ornellas, Renaud Girard, Alain Finkielkraut, Eugénie Bastier, Elisabeth Levy, Yvan Roufiol, Charles Consigny, etc., forgent à longuer d’antenne la crédibilisation de l’affirmation d’une immigration posant « problème ». » Les exemples sont légions, d’Ivan Roufiol affirmant que » 50 % des jeunes musulmans des cités se réclament de l’État islamique » sur la base d’un sondage inexistant à Eric Zemmour ou Charlotte d’Ornellas, grands agitateurs des peurs sur « l’immigration massive » qui brandissent régulièrement l’épouvantail des 400 000 ou 200 000 nouveaux étrangers de plus par an » soulignent justement le sociologue Patrick Michel et la journaliste Pauline Perrenot[vii].

Le troisième chemin de la crédibilisation est la diffusion de grilles culturalistes de lecture. Particulièrement usitées à propos de toutes les questions « liées à l’islam », les explications culturalistes sont devenues dominantes dans nos médias sur l’ensemble des questions « liées» ou plutôt « reliées » à l’immigration : sans-papiers, délinquances, quartiers populaires, etc. La logique de ces explications dominantes est résumée comme suit par le géo-politologue Karim Émile Bitar :

L’analyse du traitement médiatique de quelques événements récents illustre parfaitement la rémanence de ces prismes déformants. Quand ils évoquent les attentats-suicides en général, un événement géopolitique majeur comme la guerre de janvier 2009 à Gaza, un fait divers plus anecdotique comme le lancer de chaussure du journaliste irakien Mountazar El Zaïdi contre le président américain George W. Bush en décembre 2008 ou encore les débats intellectuels français et européens sur les questions de la laïcité, de la diversité culturelle ou du postcolonialisme, les médias continuent pour la plupart à occulter les contextes économiques et sociaux, à minimiser les enjeux géopolitiques et à considérer que les conflits ou différences de points de vue s’expliquent essentiellement par des facteurs « culturels » ou « religieux », souvent considérés comme immuables[viii].

Le culturalisme ainsi diffusé est particulièrement efficace en raison de l’héritage de plusieurs siècles d’esclavagisme et de colonisation dont la justification s’est déployée par un dispositif culturaliste de propagande : mission civilisatrice, racisme biologique, théorie des peuples-enfants, etc. Non déconstruit (ni en politique, ni dans les médias, ni à l’école, etc.) au moment des indépendances ce culturalisme latent tend à devenir patent du fait de l’autorisation des « experts ». L’apeurement suscité par ces outils médiatiques imbibe alors le corps social suscitant des recherches du « coupable ». Le Sans-papier essentialisé des experts médiatiques qui submerge la France prend le visage de ce noir que l’on agresse dans le métro en pensant faire un acte de résistance comparable aux résistants antinazi. La femme voilée essentialisée s’incarne dans cette jeune-fille que l’on dévoile de force dans la rue en pensant défendre la laïcité menacée. Le « djihadiste » essentialisé se concrétise dans ce jeune basané que l’on tabasse en croyant défendre la République. Si les mots utilisés pour parler de « l’immigration » transforment celle-ci en « maux », il ne faut pas s’étonner ensuite que ceux-ci suscitent des velléités de les résoudre par l’action et le passage à l’acte.

La preuve par les sondages

La pratique exponentielle des sondages contribue également au processus de fabrique du « problème ». Un sondage Ipsos-Sopra Steria est ainsi rendu public le même jour que l’allocution du président de la République. Il souligne que 64 % des français ont l‘impression « qu’on ne se sent plus chez soi comme avant[ix] ». Le simple fait qu’une telle question ait pu être posée est significatif de notre séquence historique. Il y a moins d’un an, début décembre 2018, un autre sondage IFOP réalisé par le J.D.D. mettait en exergue qu’ : « Une nette majorité de Français (60%) considère que l’accueil d’étrangers n’est plus possible du fait des différences de valeurs et des problèmes de cohabitation. Une part quasi identique estime qu’il joue un rôle négatif pour l’identité française et pour la cohésion de la société[x]. » La question à l’écoute de ces sondages redondant est de savoir ce que signifie ces réponses : révèlent-elles la hiérarchie des problèmes sociaux ou soulignent-elles simplement l’efficacité des discours politiques et médiatiques de fabrique du « problème de l’immigration » ? La boucle est bouclée : l’efficacité de la fabrique politique et médiatiques de l’opinion est mesurée et quantifiée par des sondages qui servent ensuite de point d’appuis pour légitimer l’opinion fabriquée.

Au besoin si l’efficacité est incertaine, le choix des items et des questions, permet de limiter les incertitudes des réponses. La caricature en la matière revient au parti présidentiel lui-même et à la fondation Terra Nova. Ceux-ci initient en juin 2018 un questionnaire aux items éloquents que les répondants renseignent avec la classique palette allant du « tout à fait d’accord » au « tout à fait en désaccord ». La simple lecture des items souligne le caractère construit des sondages et ici en l’occurrence construit selon une logique idéologique précise : « L’Islam est une menace pour l’occident » ; « Il y a trop d’immigré en France » ; « on ne se sent pas chez soi comme avant » ; « les enfants d’immigrés nés en France sont des Français comme les autres » ; etc.

Au-delà de cette caricature la valse même des sondages et leurs échos médiatiques contribuent à forger l’opinion sur l’affirmation de l’existence d’un problème. Ainsi par exemple notre été fut parsemé de sondages convergeant vers l’idée d’une approbation par les français du refus d’accueillir l’Aquarius et plus largement vers l’idée d’un accueil trop important d’immigrés : La première salve est tirée le 18 juin par le sondage OpinionWay qui conclut que 56 % des français refuse l’accueil de l’Aquarius ; Deux jours après c’est au tour d’un sondage IFOP pour Atlantico de faire monter ce pourcentage à 67 % ; 8 jours ensuite un sondage Odoxa pour le Figaro indique que 60 % des français considère que la France accueille trop de migrants ; Le 18 août un nouveau sondage IFOP chiffre cette opinion à 54 % ; Le 16 septembre est publié le sondage IPSOS précédemment cité ; Le 27 septembre un sondage Odoxa indique que 74 % des français approuve le refus d’accueillir l’Aquarius.

Il ne s’agit pas ici d’un refus des sondages en eux-mêmes. Ce qui est en cause ici c’est la signification et les effets de la multiplication de ceux-ci autour de la même obsession (y a-t-il trop d’immigrés). Quand les mêmes questions reviennent sans cesse et donnent lieu au même traitement politique et médiatique, elles finissent par acquérir un statut de vérité par banalisation. Ce qui est également en question se sont les grilles de lecture culturaliste sous-jacentes aux questions reliant arbitrairement deux données (islam et laïcité, chômage et immigration, sans-papier et crise de l’accueil d’urgence, etc.) porteuses d’angoisses faisant écho aux peurs diffusés par les discours médiatiques. Ce qui est aussi à interroger c’est le principe même d’interroger les Français sur certaines questions. « La question de savoir s’il y a « trop d’immigrés » appelle des réponses subjective difficile à interpréter[xi] » résume le sociologue François Héran. On ne le répétera jamais assez les sondages ne mesure pas si une question est un problème objectif, ils révèlent une subjectivité pouvant découler de l’expérience personnelle du répondant mais aussi du poids de « l’arôme idéologique immédiat » comme dirait Gramsci c’est-à-dire du degré d’efficacité des discours politiques et médiatiques dominants. Ce qui est enfin à questionner c’est l’utilisation politique et médiatique des sondages. Pierre Bourdieu nous alerte déjà en 1993 sur la nouvelle fonction idéologique des sondages à l’âge du capitalisme mondialisé :

« Nous sommes entrés dans l’ère de la démagogie rationnelle ou rationalisée. La logique du plébiscite, qui est celle du sondage ou de l’interview de télévision à chaud, ou de l’audimat, ou de l’enquête de marketing commercial ou politique, peut reconduire aux formes les plus primitives de la barbarie, contre laquelle toutes les institutions démocratiques, parlementaires et judiciaires notamment, ont été construites[xii]. »

Discours politiques dominant, traitements médiatiques univoque et couverture pseudo-scientifique des sondages constituent les trois principales machines de la fabrique de l’immigration comme problème. Prévenons la critique : nous ne faisons appel à aucune hypothèse conspirationniste. Nous sommes simplement en présence de la lutte pour l’hégémonie culturelle qui comme le soulignait Gramsci est une des dimensions essentielles de la lutte des classes.

Fascisation et lutte pour l’hégémonie culturelle

Pendant que Macron apporte une nouvelle fois sa contribution à la réduction de l’immigration à un problème, Marion Maréchal Le Pen, organise une « convention de la droite ». Un des chroniqueurs les plus invités dans nos médias de masse, Eric Zemmour, y défend la thèse d’une immigration « colonisatrice » se traduisant par une « islamisation » de la société française. Il défend sa thèse en affirmant que nous assistons à un «remplacement de notre peuple par un autre peuple et une autre civilisation» et explique qu’il y a « continuité entre les vols et des viols et les attentats : ce sont les mêmes qui les commettent». Il précise enfin le combat à mener, celui d’une guerre de libération nationale : « les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ou bien se battre pour leur libération ?[xiii]».


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L’objectif affiché de cette convention est double : « relever les défis identitaires auxquels sont confrontées les nations occidentales au XXIe siècle » et « réarmer intellectuellement la droite ». L’énoncé des objectifs met en exergue que l’extrême-droite a lu Antonio Gramsci et mène pas-à-pas le combat pour la conquête de l’hégémonie culturelle qu’elle a justement analysée comme condition majeure de son arrivée au pouvoir. La « convention de la droite » tire le bilan des étapes passées de ce combat et fixe l’étape actuelle : la conquête du pouvoir à court terme. La convention elle-même n’est pas sans rappeler l’acte de naissance de ce réarmement idéologique datant de la décennie 70 et des écrits du GRECE (Groupement de Recherche et d’Etude pour la Civilisation Européenne) d’Alain de Benoit. L’ambition de ce « groupement de recherche » est déjà le réarmement idéologique pour faire sortir le fascisme de la marginalité qui le caractérise depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pour ce faire il n’hésite pas à emprunter au théoricien marxiste Gramsci pour proposer la fondation d’un « Gramscisme de droite ». Dans cette perspective cette « droite extrême » considère que la victoire culturelle et idéologique prépare les conditions de la victoire politique » résume l’ancien directeur du CEVIPOV[xiv] Pascal Perrineau. Le seizième colloque du GRECE en 1981 s’intitule significativement « Pour un Gramscisme de droite[xv] ».

Imposer des thèmes et un vocabulaire dans le débat public, politique et médiatique d’une part et faire basculer les logiques explicatives du social à l’identitaire, de la classe et des rapports sociaux à la « nation » d’autre part sont les deux vecteurs essentiels utilisés pour cette offensive idéologique fasciste. La phrase tristement devenue célèbre de Laurent Fabius en 1984 (« Le FN pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses » marque une première étape de réussite de ce « gramscisme » de droite. Désormais se sont les mots et les thèmes de l’extrême-droite qui dicte l’agenda politique, qui contraignent la droite à se « radicaliser » et la gauche à multiplier les emprunts au vocabulaire et aux logiques que veut imposer la nouvelle hégémonie culturelle en construction. Islam, communautarisme, insécurité, identité, laïcité deviennent ainsi progressivement les thèmes dominants de l’agenda politique des gouvernements de droite et de gauche. « Grand remplacement », « racisme anti-blanc », « identité nationale », « crise migratoire » s’imposent pas-à-pas comme champs sémantique dominant.

Bien entendu l’intelligence d’une stratégie ne peut expliquer à elle seule les progrès de cette « lepénisation des esprits ». C’est à la faveur d’un contexte économique, politique et social précis marqué par des caractéristiques de « l’adversaire » que se réunissent les conditions de possibilité et de réussite de la nouvelle stratégie fasciste : effets de la disparition de l’URSS sur les horizons d’espérances des classes populaires, paupérisation et précarisation massive perturbant les sociabilités populaires et les modes de transmission de l’histoire et des valeurs politiques dans les classes populaires, mutation des repères « socialistes » et communistes » vers l’abandon de la perspective d’une transformation radicale du système de domination au profit d’une logique « libéral-libertaire » teintée de postmodernisme diffusant l’illusion d’une libération individuelle et de groupe sans transformation globale, héritage colonial, jamais pris au sérieux, imbibant la pensée dite de « gauche », etc.

Force est de constater que les dégâts sont concrets : le racisme d’en haut a fini par imbiber une partie non négligeable de la société française, la fascisation de l’appareil d’Etat a commencé à prendre des allures dangereuses, les méthodes de la violence policière expérimentées pendant des années contre les quartiers populaires s’est généralisée à l’ensemble des mouvements sociaux, etc. C’est dire l’urgence d’un sursaut collectif dont on peut dessiner quelques conditions de possibilité : le refus sans nuance du vocabulaire de l’ennemi (racisme anti-blanc, crise migratoire, communautarisme, etc.), le recentrage sur les questions structurelles réelles (paupérisation et précarisation massive, mondialisation capitaliste, ubérisation généralisée du travail, discriminations racistes et sexiste systémique, etc.), le combat contre l’ensemble des préjugés hérités du passé colonial c’est-à-dire pour une rupture avec les imaginaires hérités de l’ère coloniale (islamophobie, « intégration des immigrés », discours « civilisationnel », etc.), la lutte contre les nouvelles guerres impérialistes de repartage du monde et la rupture avec la logique du « Ni-Ni » consistant à cautionner des guerres au prétexte qu’elles s’attaquent à des « dictateurs », la dénonciation de l’Union Européenne comme construction d’un nouveau pôle impérialiste, la solidarité sans condition face à la répression quels que soient les désaccords, etc.

Nous n’avons plus le choix : Où nous avons logiquement à court ou moyen terme une séquence fasciste ou au contraire nous décidons de ne plus faire un pas en arrière.





[i] Jacques Chirac, discours d’Orléans du 19 juin 1991, consultable sur le site de l’INA, https://www.ina.fr/?vue=notice&from=fulltext&full=chirac+bruit+odeur&num_notice=3&total_notices=8, consulté le 27 septembre 2019 à 18 h 17.

[ii] Sophie Piton, Comment expliquer la déformation du partage de la valeur ajoutée depuis 30 ans, Ressources en Sciences économiques et sociales du 28 septembre 2018.

[iii] Éric Verhaeghe, Réduction des inégalités et crise de la redistribution des richesses, http://www.economiematin.fr/news-reduction-des-inegalites-et-crise-de-la-redistribution-des-richesses, consulté le 28 septembre 2019 à 8 h 30.

[iv] Valéry Giscard d’Estaing, Deux Français sur trois, Poche, Paris, 1984.

[v] Fatima Khemilat, La construction des prières de rue comme problème public, Confluences Méditerranée, n° 106, 2018/3, pp. 81-94.

[vi] Julien Salingue, Les obsessions islamiques de la presse magazine, ACRIMED, 6 novembre 2012, https://www.acrimed.org/Les-obsessions-islamiques-de-la-presse-magazine, consulté le 28 septembre à 9 h 30.

[vii] Patrick Michel, Pauline Perrenot, Dans les talk-shows : le poids des éditorialistes de la droite extrême et d’extrême-droite, ACRIMED du 20 novembre 2018, https://www.acrimed.org/Dans-les-talk-shows-le-poids-des-editorialistes, consulté le 28 septembre 2018 à 10 h 20.
[viii] Karim Émile Bitar, Les médias occidentaux face aux enjeux méditerranéens. Prismes déformants et grille de lecture biaisée, Confluences Méditerranée, n° 69, 2009/2, p. 16.

[ix] Laure Cometti, Réforme du droit d’asile : Pourquoi Macron met le grappin sur l’immigration (au risque de diviser sa majorité), 20 minutes du 17 septembre 2019.

[x] « Immigration : Le regard des français », IFOP, https://www.ifop.com/publication/le-regard-des-francais-sur-limmigration/, consulté le 28 septembre à 18 h 30.

[xi] François Héran, Avec l’immigration. Mesurer, débattre, agir, La Découverte, Paris, 2017, p. 184.

[xii] Pierre Bourdieu, Le Monde du 7 décembre 1993

[xiii] Discours d’Éric Zemmour du 28 septembre 2019 https://www.youtube.com/watch?v=69jOdtJ2DXg, consulté le 29 septembre 2019 à 18 h 10.

[xiv] « Centre d’études de la vie politique française » devient en 2003 le « Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris »

[xv] Pour un Gramscisme de droite, Actes du XVI colloque national du GRECE, Paris, 1982.

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Xuan
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   Posté le 01-10-2019 à 21:14:54   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Immigration et lutte des classes



Publié le 22 avril 2019par bouamamas

Les polémiques sur une immigration qui volerait le travail des nationaux et son instrumentalisation par le patronat pour faire pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail de ceux-ci sont récurrentes. Elles resurgissent à chaque campagne électorale et donnent lieu à des affirmations allant dans toutes les directions. Il n’est pas inutile de rappeler quelques fondamentaux.



La mise en concurrence généralisée des forces de travail est une des caractéristiques du mode de production capitaliste. Pour ce faire toutes les différences (d’âge, de sexe, d’origine nationale, de culture, etc.) constituent des facteurs sur lesquels s’appuient l’idéologie de la classe dominante dans son travail inlassable pour empêcher l’émergence d’une conscience commune d’appartenance à une même classe sociale. L’unité de la classe ouvrière n’est donc pas une donnée première mais au contraire le résultat d’un travail politique et idéologique d’unification. Sans un tel travail la classe ouvrière apparaît comme divisée, parcellisées et hiérarchisée en de multiples catégories : travailleurs précaires et travailleurs stables, nationaux et immigrés, jeunes travailleurs et moins jeunes, etc. En raison des préjugés hérités de l’histoire coloniale le clivage entre la partie « nationale » de la classe ouvrière et sa partie « immigrée », reste un des outils contemporains principaux de division.

Pour saisir les enjeux des transformations actuelles liées à la nouvelle phase de mondialisation capitaliste, il convient d’avoir à l’esprit le modèle antérieur et la place qu’y tenait l’immigration. Compte-tenu de la taille limitée de cet article, nous résumons à trois les fonctions jouées par la force de travail immigrée au sein du processus de production et de reproduction du capitalisme.

L’instance économique : la force de travail immigré comme variable d’ajustement structurel

Les débuts du mode de production capitaliste sont marqués par la quête de force de travail. En fonction des réalités nationales les réponses vont être différentes. En Angleterre la ruine de l’économie paysanne c’est-à-dire l’expropriation organisée des petits paysans fut la réponse principale. Elle ne fut cependant pas la seule comme en témoigne la forte immigration ouvrière irlandaise du fait de la situation coloniale de ce pays. En France la faiblesse démographique mais aussi les capacités de résistance de la petite et moyenne paysannerie depuis la révolution de 1789 (dont il ne faut pas oublier le caractère agraire et antiféodal) oriente la soif de force de travail vers un appel à l’immigration. Aux USA la colonisation qui est dans le même temps une exportation du mode de production capitaliste, le besoin de force de travail se traduira par l’appel massif à l’esclavage et à l’immigration. La fonction d’ajustement de l’immigration commence ainsi dès l’aube du capitalisme dans des formes et des ampleurs différentes selon les spécificités nationales.

Mais la fonction d’ajustement de l’immigration ne s’arrête à ce premier âge du capitalisme. La tendance à la circulation du capital vers les secteurs à forts profits a pour conséquence le besoin de faire circuler la force de travail. Ce besoin de circulation se heurte au rapport de forces entre le capital et le travail à chaque moment historique dont une des dimensions est la lutte des travailleurs pour les sécurités sociales. La lutte entre le capital et le travail peut ainsi se lire également comme antagonisme entre le besoin de circulation de la force de travail pour le capital et revendications de sécurités sociales pour les travailleurs. La force de travail immigrée est ainsi une nécessité du capitalisme non seulement en termes de besoin quantitatif de force de travail, mais également en termes de disposition de cette force de travail au bon endroit, dans les bons secteurs, etc. c’est-à-dire que la force de travail immigrée garde sa fonction d’ajustement structurel jusqu’à aujourd’hui.

Pour illustrer cette fonction citons le directeur de la Population et de la Migration, Michel Massenet résumant en 1962 le besoin massif d’une force de travail immigrée :

« La concurrence dans le marché commun ne sera supportable que si notre pays dispose d’une réserve de main d’œuvre lui permettant de freiner l’inflation salariale. Un apport de travailleurs jeunes non cristallisés par l’attachement à un métier ou par l’attrait sentimental d’une résidence traditionnelle augmente la mobilité d’une économie qui souffre des « viscosités » en matière de recrutement de main d’œuvre. »

Simplifions ce vocabulaire autour des trois idées clés de cette déclaration : 1) Les travailleurs nationaux sont trop organisés et combatifs pour leur imposer une baisse des salaires et des conditions de travail ; 2) Ils sont trop attachés aux droits liés à un métier et au fait d’avoir un logement décent ; 3) Il faut donc constituer une nouvelle strate inférieure dans le monde du travail.

Dès cette période et de manière organisée, la stratification du monde du travail à partir du marqueur de la nationalité et de l’origine est posée. Cette fonction économique d’ajustement peut se formaliser dans la formule suivante : » premiers licenciés, premiers embauchés ». Les restructurations et les crises de surproduction cycliques sont l’occasion de licenciements massifs de la force de travail immigrée, rendue ainsi disponible pour migrer une nouvelle fois, mais cette fois-ci vers d’autres secteurs économiques. Les périodes de reprise (et l’incertitude qui pèse toujours sur leur durée et leur ampleur) sont pour les mêmes raisons des moments d’embauches importantes de force de travail immigrée.

D’autres catégories de la population jouent également cette fonction d’ajustement : les femmes et les jeunes. Ces trois catégories ont en commun d’être plus précarisées que le reste du monde du travail, c’est-à-dire de disposer de capacités moindres de résistance face à l’instabilité imposée par les besoins du capital. A l’exploitation commune de tous les travailleurs s’ajoutent pour ces catégories une surexploitation ou une discrimination. La question de la place de ces catégories dans les organisations syndicales et politiques est donc à poser, de même que celle de la place de leurs revendications dans l’agenda de ces organisations. Faute de la prise au sérieux de ces questions un décalage grandissant s’insinue entre les différents segments de la classe ouvrière.

L’instance politique : la force de travail immigrée comme modalité de gestion du rapport de classes

La seconde fonction dévolue à l’immigration dans la logique du mode de production capitaliste est politique. Elle consiste à utiliser la force de travail immigrée pour affaiblir les résistances ouvrières. Cela et rendu possible par l’existence d’un droit à plusieurs vitesses complété par un système de discriminations systémiques contraignant cette partie de la classe ouvrière à accepter des conditions de salaires et de travail inférieures à celles que le rapport de forces a imposé pour le reste de la classe. De manière générale la force de travail immigrée est utilisée pour « libérer » les ouvrier nationaux des secteurs et des postes de travail les plus durs, les plus flexibles, les plus dangereux, les plus instables. Cet aspect est repérable dans chacun des pays capitalistes dans la statistique des maladies professionnelles, des accidents du travail et des espérances de vie.

La force de travail immigré est ainsi un élément de négociation avec les organisations ouvrières, les concessions aux ouvriers nationaux se réalisant sur la base d’un traitement discriminatoire de la composante immigrée de la classe ouvrière. Le chauvinisme et/ou le racisme sont alors un excellent outil idéologique pour rendre « naturel » et même « souhaitable » cette discrimination. La frontière de la nationalité est ici utilisée pour masquer la frontière de la classe sociale. A la division entre un « nous » ouvrier et un « eux » capitaliste est substituée un clivage entre un « nous » national et un « eux » immigré. Citons le cas français à titre d’exemple. Pendant toute la durée des dites « trente glorieuses » le niveau de vie de la classe ouvrière « nationale » a progressé du fait des mobilisations sociales. Dans la même période la composante immigrée de la classe ouvrière a été parquée dans des bidonvilles. Décrivant les recrutements patronaux de cette période, le journaliste et politique français Alain Griotteray, écrit :

« C’est l’époque des camions et des autocars remplis de Portugais franchissant les Pyrénées pendant que les sergents-recruteurs de Citroën et de Simca transplantent des Marocains par villages entiers, de leur « douar d’origine » jusqu’aux chaînes de Poissy, de Javel ou d’Aulnay. Le phénomène fait immanquablement penser à la traite des Noirs au XVème siècle. La comparaison revient d’ailleurs souvent[1]. »

Une des conséquences de cette politique de segmentation de la classe ouvrière en fonction de la nationalité est de faciliter la reconversion de nombreux ouvriers professionnels autochtones en leur ouvrant les portes de l’encadrement de proximité des nouveaux OS immigrés. « C’est cet apport, résume le sociologue et démographe Claude-Valentin Marie, autant qualitatif que quantitatif, qui facilite au moins la période de la reconversion d’une partie des anciens ouvriers professionnels dans les fonctions d’encadrement des tâches parcellisées que développent en masse la modernisation des équipements et l’extension du travail à la chaîne[2]. » La sociologue Jacqueline Costa-Lascoux complète : « Les trente glorieuses verront se diversifier les flux migratoires, mais aussi s’aggraver le décalage avec la main-d’œuvre nationale en cours de promotion sociale[3]. »

L’amélioration est cependant en trompe l’œil si l’on prend en compte la longue durée. D’une part la capacité de défense collective de la classe ouvrière a été affaiblie par ce clivage entre deux de ses composantes. D’autre part ce qui est imposé à la force de travail immigrée tend dans un système basé sur la maximisation du profit à se transformer en norme à généraliser à l’ensemble des travailleurs. La seule réponse durable à cette mise en concurrence des différentes composantes de la classe ouvrière est l’exigence d’une égalité complète des droits avec une attention particulière pour les revendications des segments surexploités.

Soulignons enfin que la logique ci-dessus décrite tend à s’élargir au-delà de la nationalité pour s’étendre à l’origine. De nombreuses études ont, en effet, mis en évidence l’ampleur des discriminations touchant les nationaux d’origines étrangères. Ces discriminations les contraignent à accepter des conditions qui étaient jusque-là celles des seuls travailleurs étrangers. Ces jeunes nés français sont assignés à la même place sociale et économique et dans les mêmes secteurs économiques que leurs parents. Il y a en quelque sorte une reproduction à l’interne d’une force de travail surexploitée s’ajoutant à celle venant de l’extérieur.

L’instance idéologique : éviter la conscience d’une communauté d’intérêts

Les deux fonctions précédentes en supposent une troisième, sans laquelle rien n’est possible. Nous définissons l’idéologie comme représentation inversée de la réalité sociale, de ses clivages et contradictions, de ses lois de fonctionnement. Elle se traduit par une inversion des causes et des conséquences et par des attributions causales culturalistes et individualistes à des processus fondamentalement économiques et sociaux. Ce qu’il est convenu d’appeler « intégration » est, selon nous, un cadre idéologique consensuel amenant à une lecture culturaliste des inégalités sociales. Ces dernières ne sont pas expliquées comme résultats de l’exploitation et de la surexploitation mais comme un « déficit d’intégration ». Par ce biais la composante immigrée de la classe ouvrière (et maintenant même ses enfants nés nationaux) n’est pas appréhendée comme force de travail surexploitée mais comme population insuffisamment « intégrées ». Le recul et même trop souvent l’abandon du combat idéologique par de nombreuses organisations ouvrières contribue en conséquence à l’affaiblissement de l’ensemble la classe.

*****


Les processus rapidement esquissé ci-dessus ne sont pas une simple affaire du passé. Avec la nouvelle phase de mondialisation capitaliste, ils se renforcent. La figure du « sans-papiers » décrit parfaitement ce renforcement. Alors que les industries délocalisables partent vers des pays au coût de main d’œuvre plus bas, on importe cette main d’œuvre au coût moins élevé pour les secteurs non délocalisables (agriculture, restauration, bâtiment, etc.). Se faisant c’est une nouvelle strate qui s’ajoute à la classe ouvrière pour le plus grand intérêt de la classe dominante. La seule réponse cohérente à cette instrumentalisation et à cette construction d’une hétérogénéité ouvrière est le combat commun pour l’égalité complète des droits. Sans celui-ci les conséquences sont logiquement celles que décrivait Marx à propos de la division de la classe ouvrière d’Angleterre en deux segments, l’un anglais, l’autre irlandais :

« Tous les centres industriels et commerçants anglais possèdent maintenant une classe ouvrière scindée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. Le travailleur anglais moyen hait le travailleur irlandais, parce qu’il voit en lui un concurrent responsable de la baisse de son niveau de vie. Il se sent, face à ce dernier, membre de la nation dominante, il se fait par-là l’instrument de ses propres capitalistes et aristocrates contre l’Irlande et consolide ainsi leur domination sur lui-même. Il nourrit contre lui des préjugés religieux, sociaux et nationaux. Il se comporte vis-à-vis de lui, à peu près comme les pauvres blancs (poor whites) vis-à-vis des niggers dans les anciens états esclavagistes de l’Union américaine. L’Irlandais lui rend largement la monnaie de sa pièce. Il voit dans le travailleur anglais le complice et l’instrument de la domination anglaise sur l’Irlande. Cet antagonisme est artificiellement entretenu et renforcé par la presse, les prêches anglicans, les journaux satiriques, bref par tous les moyens qui sont à la disposition des classes dominantes[4]. »

[1] Alain Griotteray, Les immigrés : Le choc, Plon, Paris, 1985, p. 32.

[2] Claude-Valentin Marie, Entre économie et politique : le « clandestin », une figure sociale à géométrie variable, Pouvoirs, n° 47, novembre 1988, p. 77.

[3] Jacqueline Costa-Lascoux, Les aléas des politiques migratoires, Migrations-Société, n° 117-118, 2008/3, p. 67.

[4] Karl Marx, Lettre à Sigfried Meyer et August Vogt du 9 avril 1870, Correspondances Marx-Engels, Tome X, Paris, éditions sociales, 1984, p. 345.

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