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 Charlie Hebdo, Jean-Yves Camus et le Black Bloc

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   Posté le 02-01-2021 à 07:53:48   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Lu sur Charlie Hebdo n°1482 du 16 décembre 2020 page 6

Black Bloc
Sous les pavés, tout et n’importe quoi


par Jean-Yves Camus

Si cela continue, la dénomination « black bloc » va entrer au Dictionnaire de l'Académie française . Elle aurait sa place dans la rubrique « Termes galvaudés », si elle existait. Car rappelons-le à tous ceux qui l'utilisent sans jamais lire la production des mouvances qui descendent dans la rue, le black bloc est une méthode de manifestation qui ne préexiste ni ne survit au cortège dans lequel il apparaît. À l'exception d'une infime minorité de parasites qui se greffent sur les « casseurs » pour voler, ces derniers se réfèrent à une idéologie, et la casse est pour eux un moyen d'action, pas un passe-temps gratuit. Ne pas comprendre cela revient à ne pas pouvoir efficacement contrer les agissements qui inquiètent jusqu'au sommet de l'État.

Nous sommes en présence d'une extrême gauche radicale dont le double objectif est l'abolition de l'État et celle du capitalisme. Pour bien la cerner, il faut oublier la carte de l'extrême gauche issue de Mai 68 : le trotskisme et le maoïsme ne sont plus que des ombres. La plupart des groupes radicaux qui manifestent contre la loi « sécurité globale » se réclament du communisme libertaire (Union Communiste Libertaire ou UCL), du municipalisme libertaire ou de l’autonomie, et ceux qui ont étudié cette mouvance se souviennent du slogan « Autonomie et offensive ». Ce dernier terme dit assez que la radicalité ne peut s'accommoder des postures « pacifiques ».

Déclencher l’étincelle qui mettra le feu à la plaine

Détruire l'État et la société capitaliste suppose une attitude de rupture, et celle-ci se manifeste par le fait d'attaquer, « militairement » en quelque sorte, ce qu'on veut voir disparaitre. Malgré les slogans oniriques hérités du situationnisme (« Nos désirs sont désordres»...), ceux qu'on nomme «casseurs» ne lancent pas un pavé dans une vitrine et n'attaquent pas les policiers avec des cocktails Molotov par jeu : ils le font pour déclencher l'étincelle qui mettra le feu à la plaine. Sauf que cette phrase signée Mao Zedong suppose que « les masses » embrayent sur le mouvement, ce qui ne semble pas le cas. D'où le risque que de petits noyaux militants, comme celui interpellé le 11 décembre pour projeter une action violente contre des policiers, choisissent de passer à ce qu'il faut bien appeler le terrorisme, habituelle méthode de fuite en avant des avant-gardes militantes dépourvues d'emprise et qui n'arrivent pas à déclencher la révolution. Il faut dire que les bases de la révolte sont confuses, notamment quand il s'agit de faire converger la mobilisation pour les libertés publiques, celle contre l'« islamophobie » et un antiracisme d'inspiration indigéniste. La figure tutélaire du groupe arrêté le 11 décembre avait combattu au Rojava contre l'État islamique, avec les Unités de protection du peuple. Donc dans l'optique d'un municipalisme libertaire, féministe et anti-patriarcal. Or que trouve-t-on sur le site de l'UCL ? Un appel à manifester contre le « confinement autoritaire et ultralibéral », une rubrique « Féminisme » et un communiqué de soutien au Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) ! Sur un pareil mélange, l'extrême gauche restera groupusculaire, malgré la marmite sous pression que constitue la société française.

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   Posté le 02-01-2021 à 08:00:10   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Réponse de l'UCL à l'article de Jean-Yves Camus
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Misere-d-une-chronique-quand-Jean-Yves-Camus-veut-s-en-prendre-a-l-UCL

Misère d’une chronique (quand Jean-Yves Camus veut s’en prendre à l’UCL)

25 décembre 2020 par Union communiste libertaire

Dans une chronique du 16 décembre pour Charlie Hebdo, le politologue Jean-Yves Camus s’est pris les pieds dans le tapis en cherchant à associer notre organisation à des pratiques qui ne sont pas les siennes. Jean-Yves Camus a vraisemblablement fait le choix d’attaquer publiquement l’Union communiste libertaire (UCL) en l’assimilant délibérément à ce qu’il nomme « le black bloc », et à ce sujet il dit à peu près « tout et n’importe quoi ».

[Réponse de l’UCL à la chronique de Jean-Yves Camus, « Black Bloc. Sous les pavés, tout et n’importe quoi », publiée dans Charlie Hebdo n°1482 du 16 décembre 2020]
https://charliehebdo.fr/2020/12/societe/black-bloc-sous-les-paves-tout-et-nimporte-quoi/

Dans une chronique du 16 décembre pour Charlie Hebdo, le politologue Jean-Yves Camus s’est pris les pieds dans le tapis en cherchant à associer notre organisation à des pratiques qui ne sont pas les siennes.

Certes l’erreur est humaine. Mais pour une personne comme Jean-Yves Camus, habituée à analyser l’extrême droite et animateur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès proche du Parti socialiste, ce n’est pas de ça dont il s’agit.

Jean-Yves Camus a vraisemblablement fait le choix d’attaquer publiquement l’Union communiste libertaire (UCL) en l’assimilant délibérément à ce qu’il nomme « le black bloc », et à ce sujet il dit à peu près « tout et n’importe quoi ».

M. Camus a peur dans le noir
Il tente d’abord une définition de la stratégie de ce « black bloc », « une méthode de manifestation qui ne préexiste ni ne survit au cortège dans lequel il apparaît » avant d’en discerner la doctrine, à savoir « l’abolition de l’État et celle du capitalisme ».

On ne fera pas l’injure à Jean-Yves Camus de lui rappeler à quel point les courants politiques pouvant se réclamer de l’abolition de l’État et du capitalisme sont nombreux et divers.

C’est le cas du courant communiste libertaire qu’incarne principalement aujourd’hui l’Union communiste libertaire. Oui, l’UCL est une organisation révolutionnaire : nous l’assumons publiquement et politiquement depuis notre fondation.

Mais concernant la stratégie brossée de manière brouillonne et à grands traits par Jean-Yves Camus, il y a une différence fondamentale avec l’intervention quotidienne que construisent les militant-es et groupes de l’UCL.

Notre stratégie ne repose pas sur l’émeute et l’insurrection mais bien sur la construction de contre-pouvoirs et l’auto-organisation des luttes sociales. La plupart des membres de notre organisation sont actives et actifs dans les syndicats (à la CGT comme à SUD-Solidaires), dans des associations pour le droit au logement, des associations et collectifs écologistes, féministes, antifascistes, antiracistes.

Nous « survivons » donc bien à l’éphémère des manifestations qui pour nous s’inscrivent dans des mobilisations solides, durables, inscrites dans des solidarités concrètes et populaires.

M. Camus se plaît à nous dépeindre en « groupuscule » : nous récusons ce terme.

Nous sommes certes une organisation révolutionnaire aux effectifs encore modestes, mais de par notre investissement quotidien dans les luttes sociales, notre audience ne s’y limite pas.

Tout comme nos réflexions et pratiques s’enrichissent des expériences concrètes menées collectivement au sein de notre classe sociale.

Confusionniste ou « chien de garde » ?
Mais on lit d’autres choses dans la chronique de Jean-Yves Camus : pour lui le fait d’avoir une rubrique « féminisme » sur notre site internet et d’y avoir publié un communiqué de soutien au CCIF semble disqualifiant.

Concernant le féminisme, M. Camus va devoir expliquer en quoi cela poserait un quelconque problème à l’homme de gauche qu’il prétend être.

Pour ce qui est du CCIF, au regard du titre de presse qui héberge la chronique nous sommes moins surpris.

Mais à ce titre la LDH, Amnesty international ou l’Union syndicale Solidaires qui ont également publié des communiqués de soutien au CCIF seraient elles, elles aussi, des organisations tenantes du « tout et n’importe quoi » que M. Camus voulait étriller dans son papier ?

L’UCL a toujours inscrit son combat contre l’islamophobie dans le refus de la division des classes populaires. Une division orchestrée avec vigueur ces derniers temps par le pouvoir en place.

Mais peut-être que Jean-Yves Camus veut laisser entendre qu’il y aurait une contradiction entre une rubrique « féminisme » et un communiqué en soutien au CCIF ?

Nous lui laissons le soin de préciser cela. Pour l’UCL il n’y a nulle contradiction à se battre à la fois pour les droits des femmes et contre tous les racismes (et donc contre l’islamophobie).

En réalité, au terme de la lecture de la chronique de Jean-Yves Camus, l’évidence s’impose : il ne s’agit pas d’être honnête et intègre dans son « analyse » des prétendus « blacks blocs » comme dans la présentation biaisée et discrètement diffamatoire qu’il fait de notre organisation.

Cette chronique s’inscrit dans une démarche politique qui voit dans la « radicalité » tout ce qui s’oppose à un « humanisme » dont le PS et plus largement les courants acquis à la démocratie libérale et à l’économie de marché se prétendent les dépositaires. Cette démarche implique de renvoyer couramment dos-à-dos les « extrêmes », amalgamant des fascistes à des militant·es de l’égalité. Pour ces défenseurs de l’ordre libéral et capitaliste c’est une façon de dire que les courants révolutionnaires sont des corps étrangers à cette démocratie libérale.

En ce sens Jean-Yves Camus rejoint le long cortège de ceux que Paul Nizan appelait les « chiens de garde » du Capital.

Nous l’assumons pour notre part pleinement : l’UCL et ses militant-es continueront de se battre radicalement contre le capitalisme et les États qui le servent, contre le cortège de misère, d’horreurs et d’inégalités qu’ils charrient.

Union communiste libertaire, le 25 décembre 2020

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   Posté le 02-01-2021 à 14:29:47   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Les communistes libertaires sont à moitié anarchistes,il ne s agit pas de marxistes léninistes orthodoxes comme le PRCF.

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   Posté le 02-01-2021 à 14:33:14   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Ce n est pas avec ces clampins dont le mot d ordre est "ni patrie ni patriarcat"qu on en finira avec le capitalisme.

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   Posté le 02-01-2021 à 16:11:02   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

marquetalia, au lieu de répondre des banalités tu ferais mieux d argumenter sur le sujet. Moi je pense que ce que raconte Jean Yves Camus est mensonger, tendancieux, il participe d une campagne politique dont Charlie Hebdo est partie prenante.

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   Posté le 03-01-2021 à 06:44:19   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Je pense qu'il est important de bien comprendre à travers l'article de J-Y Camus, l'évolution de Charlie Hebdo notamment depuis Philippe Val. Cette évolution étant celui du ralliement à l'islamophobie contre le soi-disant islamo-gauchisme.
Un très intéressant livre de Sébastien Fontenelle, revient sur ses questions dans Les briseurs de tabous : Intellectuels et journalistes "anticonformistes" au service de l'ordre dominant – La Découverte - octobre 2012.
Le rôle des Maurice szafran, Christophe Barbier, Finkelkraut... et des journaux comme Le Point, l'Express, Marianne, Charlie-Hebdo, y est très clairement montrés dans la construction de cet islamophobie. Terme dont il est rappelé qu'il n'est pas une invention des mollah iraniens, comme le raconte unanimement les pourfendeurs de "l'islamogauchisme".

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   Posté le 31-01-2021 à 08:59:38   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

On voit les limites du "communisme libertaire"et de l anarchosyndicalisme,leur "modèle",la Rojava,est un pion de l impérialisme u.s au Moyen Orient.

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   Posté le 31-01-2021 à 10:49:03   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Comme le dit Xuan,l ennemi numéro 1 des peuples sont les Etats Unis, pas la Turquie d Erdogan.Toutefois,les Ypg assassinent les Assyro Chaldéens,les Turcs,les Arméniens.neo ottomans ou "combattants de la liberté"du Kurdistan syrien,c est du pareil au même.


Edité le 31-01-2021 à 13:24:09 par marquetalia




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   Posté le 01-02-2021 à 06:00:13   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

marquetalia a écrit :

On voit les limites du "communisme libertaire"et de l anarchosyndicalisme,leur "modèle",la Rojava,est un pion de l impérialisme u.s au Moyen Orient.


Que tu n'apprécies pas les libertaires, ça on avait compris, mais le sujet c'est l'article de Jean-Yves Camus dans Charlie Hebdo, qui au nom d'une "critique contre les libertaires" raconte des mensonges. Ce n'est pas en reprenant les pires ragots, que l'on peut argumenter efficacement. Moi je ne suis ni anar, ni libertaire, seulement j'essaie d'avoir une analyse sur la théorie et la pratique de ceux-ci. Dans certaines situations, certaines luttes, il peut arriver que des convergences (limitées, temporaires, tactiques) puissent être réaliser avec des courants politiques non-communistes. C'est toute la différence qu'il y a entre une démarche sectaire, bornée et une pratique communiste, qui tient compte des contradictions.

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   Posté le 01-02-2021 à 21:05:49   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Il faut préciser que l'auteur dirige depuis 2014 l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, un think tank proche du Parti socialiste.
A ce titre, mais pas que, il est foncièrement opposé à la violence de quelque nature qu'elle soit... sauf celle du capital évidemment.
Au fond son article défend la loi de "sécurité globale".
Ses arguments assez confus et peu scientifiques ne permettent pas de cerner les black blocs.

Sur "une étincelle peut mettre le feu à la plaine" il faut signaler que le feu ne vient jamais d'un groupe d'agitateurs chez Mao, mais de l'oppresseur lui-même. Cette phrase est accolée aux groupes qu'il prétend analyser, mais il n'en cite aucun en fait donc elle sort de son imagination, et il l'emploie à contre sens.

Finissons-en avec ce charlatan. Il y a encore beaucoup à dire sur les black blocs.

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   Posté le 02-02-2021 à 15:06:15   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

@ Finimore,je ne suis pas forcément hostile aux courants libertaires,l Ezln n élimine aucune minorité ethnique.concernant cette "force politico-militaire",selon Wikipédia,il faut savoir que le Rassemblement National la considère comme un "groupe terroriste",au même titre que les djihadistes d Al Qaeda et Daech!on voit que la débilité et l abrutissement n ont pas de limites..

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   Posté le 02-02-2021 à 16:12:05   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

marquetalia le sujet porte sur la violence utilisée par les black blocs et d'autres groupes dans notre pays notamment.
Alors tu laisses les zapatistes de côté pour éviter d'embrouiller des questions déjà complexes. Merci.

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   Posté le 02-02-2021 à 16:32:49   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

C est pour démentir ma prétendue "anarchophobie" .

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   Posté le 02-02-2021 à 16:38:41   Voir le profil de marquetalia (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à marquetalia   

Nuance,il s agit de néo-zapatistes,les héritiers des zapatistes tout court ont combattu il y a plus de 100 ans.

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   Posté le 02-02-2021 à 17:32:36   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Violence révolutionnaire ou pronunciamento "démocratique"


S'agissant de la violence révolutionnaire ou pas, je fais une parenthèse pour signaler un épisode qui relève du burlesque : l'appel de Francis Lalanne à l'armée républicaine.

C'est du grotesque à tiroir dans la mesure où cet appel qui est tombé comme un caillou dans un puits sans fond a réveillé l'enthousiasme d'un magister en marxisme-léninisme : Luniterre.

L'usage de la violence est révolutionnaire dans la mesure où elle vise réellement le renversement de l'Etat bourgeois pour le remplacer par un Etat prolétarien.
Ici Lalanne appelle à un putsch au nom de la république bourgeoise afin de la rétablir dans sa légitimité. Et Luniterre y voit un appel à "l'insurrection populaire" .

Le fond et la justification de l'appel de Lalanne est la dictature sanitaire , c'est-à-dire les mesures utilisées pour s'opposer à l'épidémie, avec ses contraintes plus ou moins foireuses et le lobbying des groupes d'intérêts capitalistes et d'entrepreneurs libéraux. Elle reflète le désespoir des boutiquiers et du monde du spectacle devant l'échec des confinements successifs, mais chez Lalanne comme pour la plupart des libertaires elle se combine avec un déni de réalité de la pandémie, associé à la "dictature de Banques centrales"... mettant la nation en danger donc.
Lalanne - et Luniterre - concluent que Macron est un dictateur destructeur de la légalité républicaine, laquelle doit être rétablie.



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L’Appel de Francis Lalanne : vers la fin des illusions ?





25/01/2021 https://tribunemlreypa.wordpress.com/2021/01/25/lappel-de-francis-lalanne-vers-la-fin-des-illusions/

Le principe de l’Appel de Francis Lalanne est de faire appel aux fondamentaux du droit républicain français dans ce qu’il a de principes humanistes et libertaires.
Par opposition à ce droit théorique constitutionnel, il constate l’état de fait selon lequel il est bafoué avec la présidence de M. Macron. Selon ce constat, M. Macron se serait institué en une sorte de potentat local, transformant la France en république bananière au profit de groupes d’intérêts personnels, et cela au prétexte de l’épidémie du Covid 19. Il nous démontre assez bien que c’est un aspect bien concret de la réalité actuelle en France. Pour autant, il est difficile de ne pas voir que ce type de situation se retrouve, sous une forme ou sous une autre, dans la plupart des pays, actuellement, et depuis plusieurs mois.
Néanmoins, concrètement, en tant que citoyens français, nous n’avons donc guère de possibilité autre que de tenter de changer cet état de fait à l’échelle de notre pays, déjà.

Francis Lalanne fait donc d’abord appel à toutes les possibilités théoriquement existantes du droit français qui permettraient de redresser cette situation et de revenir à un fonctionnement républicain conforme à la Constitution et à ses principes démocratiques proclamés.
Il en appelle donc à l’action de la représentation parlementaire. Or, jusqu’ici, et depuis le début de cette crise, à de très rares individualités près, l’ensemble de cette représentation s’est, d’une manière ou d’une autre, couchée devant le président-dictateur que nous dépeint si bien Francis Lalanne.
Le groupe dit de la « France Insoumise », notamment, hypothétique « aile gauche » et « progressiste » de cette représentation parlementaire, s’est particulièrement ridiculisé par sa proposition de « Résolution n°2914 » qui, en proposant le rachat de la dette publique par la Banque Centrale Européenne, et sa transformation conséquente en « dette perpétuelle », propose ni plus ni moins que de faire …ce qui se fait déjà ! C’est-à-dire, précisément, la soumission de l’ensemble de la vie économique et sociale à la dictature mondiale des Banques Centrales, dont M. Macron, en tant que potentat local français, n’est jamais que le représentant et l’exécutant mandataire.
Il n’y a donc rien à espérer ni à attendre de ce chapitre de l’appel de Francis Lalanne. Sa seule fonction utile est de mettre formellement le monde parlementaire devant ses responsabilités, et de faire ainsi tomber les dernières illusions que l’on aurait pu cultiver à ce sujet.

Le chapitre suivant en appelle à l’armée pour faire respecter le droit républicain. En décrivant l’action du président comme étant devenue celle d’un dictateur il en vient logiquement à la considérer comme résultant d’un coup d’Etat. Selon ce raisonnement l’action de l’armée pour rétablir le droit serait donc, paradoxalement, le contraire d’un coup d’Etat militaire, même si elle en prend concrètement la forme. Du moins présume-t-il que l’armée aura la volonté de rétablir le droit, ce qui justifie, quand au fond, son appel.
Dans le contexte international actuel, le rétablissement du droit républicain à l’échelle de l’État-nation France serait, effectivement, une révolution et un éclair dans le ciel mondial obscurci par la dictature « pandémique » des Banques Centrales !
C’est actuellement effectivement au nom d’une utilisation manipulatoire de l’ « urgence sanitaire » que la dette mondiale, publique et privée, explose à un niveau encore jamais atteint, malgré les records sans cesse battus depuis la crise de 2008, et soumet, par sa mise à l’encan des marchés, l’ensemble de la vie économique et sociale à la dictature des Banques Centrales, sans lesquelles ces marchés s’effondreraient, rendant cette dictature impossible.
Sans une reprise en main démocratique du contrôle des finances publiques et privées, le contre-coup d’Etat de l’armée française sera donc probablement un coup d’épée dans l’eau, mais il aura éventuellement le mérite de mettre en lumière cette situation, ce qui, dans la situation actuelle, peut constituer un pis-aller préalable à d’autres avancées plus réellement démocratiques .
Le chapitre final de l’appel de Francis Lalanne fait donc, en ce sens, et assez logiquement, dans cet ordre des choses, appel à l’insurrection populaire!
Le principe de la démocratie étant précisément l’expression de la volonté populaire, c’est donc, en fin de compte, ce qui doit motiver tous ceux qui relayent cet appel de Francis Lalanne. Ce n’est que le peuple, à nouveau érigé en nation, face à la dictature des Banques Centrales et de leur mandataire en France, qui pourra accomplir ce que la représentation parlementaire a déjà abandonné et que l’armée ne fera au mieux, nécessairement et de par sa fonction même, que très incomplètement.

Luniterre

[NB : le texte intégral de Lalanne sur le site de Luniterre]

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Je souligne dans le texte de Luniterre :

"le rétablissement du droit républicain à l’échelle de l’État-nation France serait, effectivement, une révolution" révolution dont il ne précise pas la nature, mais qui reste nécessairement dans le cadre bourgeois.

"Sans une reprise en main démocratique du contrôle des finances publiques et privées, le contre-coup d’Etat de l’armée française sera donc probablement un coup d’épée dans l’eau, mais il aura éventuellement le mérite de mettre en lumière cette situation, ce qui, dans la situation actuelle, peut constituer un pis-aller préalable à d’autres avancées plus réellement démocratiques" . Le pronunciamento de l'armée est inutile mais il pourrait mettre en lumière , ce qui serait un préalable à d'autres avancées, etc.

Lalanne fait donc, en ce sens, et assez logiquement, dans cet ordre des choses, appel à l’insurrection populaire! . Voilà c'est dit CQFD.
Il en ressort que l'usage de la violence armée selon Luniterre peut aboutir à une insurrection populaire, indépendamment de ses promoteurs et de leurs objectifs.
Je relève au passage que la "dictature des Banques Centrales" chez Luniterre fait bon marché du capital financier français et de sa concentration en moins de dix entités jouant un rôle dominant à l'échelle européenne.

Bien que tout ce fatras soit proprement caricatural, a fortiori chez un "marxiste-léniniste" qui se pose en donneur de leçons garant de la pureté théorique, il démontre par l'absurde que la violence révolutionnaire doit viser le remplacement de l'appareil d'Etat et de la République bourgeois et non leur reconstitution sous une forme plus "constitutionnelle".

Ensuite la révolution est d'abord l'œuvre des masses, avec le concours possible ou du moins la neutralité de certains éléments du corps répressif, et non l'inverse.
La phrase d'Aragon citée par Luniterre "le choeur profond reprend la phrase interrompue" laisse entendre que l'appel de Lalanne voire un putsch peuvent soulever l'enthousiasme populaire.
Sous cet angle la thèse avancée à contre-sens par J-Y Camus plus haut de "l'étincelle met le feu à la plaine" doit être critiquée : ce n'est pas l'agitation d'un petit groupe qui met le peuple en mouvement non plus.

Il faudrait signaler l'action des black blocs sous l'angle de l'autodéfense des masses face à la répression policière. Elle présente un caractère nouveau apparu avec les gilets jaunes en particulier avec la participation des femmes



Edité le 02-02-2021 à 17:41:18 par Xuan




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Christophe Bourseiller vient de publier un livre : Nouvelle histoire de l'ultra-gauche : Zadistes, "Black Blocs", situationnistes, néo-anarchistes, communistes libertaires...

Bourseiller est interviewé par André Bercoff sur Sud-Radio
https://www.youtube.com/watch?v=q559EJnlhR8


Edité le 03-02-2021 à 07:23:43 par Finimore




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Interview intéressante, qui reprend aussi l'historique d'une mouvance à laquelle il avait aussi appartenu, et qui remonte aux origines du mouvement communiste.

Il cite aussi Lénine "le gauchisme, maladie infantile du communisme" , qu'on peut lire ou télécharger ici.
Il est important de lire ou relire ce texte, compte tenu du détournement qui en a été fait d'abord par le parti révisionniste, afin de justifier le légalisme et l'électoralisme et de rejeter toute forme d'action violente.

Le terme de "gauchisme" a aussi été récupéré par l'extrême droite mais pour désigner à la fois les antifa, les anti racistes, et à la limite tout ce qui se situe à gauche de l'éventail politique, y compris PCF, CGT, Insoumis, etc. Cette récupération s'est appuyée sur l'argumentaire révisionniste lui-même.


Edité le 03-02-2021 à 09:12:20 par Xuan




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Xuan
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Retour sur les années 70 - la mouvance autonome



Je reprends un texte que m'a signalé finimore :


lu sur https://archivesautonomies.org/spip.php?article883

Les Autonomes : Le mouvement autonome parisien de la fin des années 1970

Jean-Baptiste Casanova

Article mis en ligne le 1er décembre 2013

La France semble avoir été épargnée par la flambée de violence politique que connurent l’Allemagne et l’Italie durant la décennie qui suivit Mai 68. Seuls quelques incidents se sont produits et peu de groupes se sont orientés sur la voie de la lutte armée. Si la Gauche prolétarienne (GP) possédait une branche militaire (la NRP), au lendemain du choc que provoqua l’assassinat de Pierre Overney (un jeune O.S. maoïste tué à bout portant par le chef des services de sécurité Jean-Antoine Tramoni devant les usines Renault), la GP se dissout au lieu d’engager une riposte armée. Il semble donc que le pire ait été évité.
Mais quelques années après, au moment même où l’Allemagne et l’Italie connaissent l’apogée de la guerre que se mènent États et groupes armés, l’actualité française voit apparaître une nouvelle mouvance à l’extrême gauche qui semble ne vouloir que l’affrontement violent : les "Autonomes".
Leur apparition et leur essor sont contemporains des enlèvements d’Hans Martin Schleyer et d’Aldo Moro, de l’affaire de Mogadiscio et de la mort de Baader. Cependant, en dépit de la prose alarmiste de la presse, les autonomes et l’État français vont s’affronter sans aller jusqu’aux extrêmes atteints en Allemagne et en Italie.
Pour étudier le mouvement autonome, diverses sources sont disponibles. La presse quotidienne dans un premier temps, et tout particulièrement des reportages de Laurent Greilsamer parus dans Le Monde [1] et du courrier de Libération où les autonomes prennent la parole. Sont également utiles les principaux journaux publiés au sein de la mouvance autonome : Marge, Matin d’un blues et Camarades, sans négliger les divers tracts, brochures et publications de l’Autonomie. D’autre part, un dossier des renseignements généraux s’est intéressé à l’Assemblée parisienne des groupes autonomes [2] et un rapport est consacré à l’Autonomie [3]. Enfin, pour ce type de sujet, les témoignages d’acteurs restent particulièrement précieux pour cerner ce que fut le quotidien de cette mouvance.
Nous verrons que si la violence est intimement liée à l’Autonomie, pourquoi ne se sont pas développés plus largement en son sein des groupes s’engageant dans la lutte armée.

L’Autonomie : une nouvelle radicalité ?

La notion d’Autonomie est une notion récurrente dans la pensée de gauche et dans l’histoire du mouvement ouvrier. Déjà au XIXe siècle, l’Autonomie ouvrière pose deux impératifs, seuls moyens de faire naître une volonté révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. C’est tout d’abord l’autonomie de cette classe par rapport à la sphère du capital, et c’est aussi l’autonomie vis-à-vis des syndicats et des partis politiques. Le premier de ces impératifs a pour conséquence la volonté de créer une sphère autonome de la classe ouvrière non régie par les lois du marché, en développant par exemple de nouvelles formes de sociabilités et de solidarité. Il en découle le second impératif, les syndicats soumis à l’économie ne permettant pas l’émancipation du mouvement ouvrier du capital, et les partis étant nécessairement voués à une certaine compromission dans la mesure où ils acceptent le jeu politique.
L’application de ces principes donne naissance à une pratique nouvelle : l’action directe. Elle élimine toute instance intermédiaire dans la lutte des classes sans emprunter "les voies normales de la démocratie, en faisant appel au parlementarisme, mais à une action qui aura recours à la violence" [4].
Ces idées apparaissent autour du syndicalisme d’action directe de Fernand Pelloutier à la fin du XIXe siècle. Mais l’Autonomie ouvrière connaît une résurgence après Mai 68. En 1970, par exemple, une brochure publiée en 1970 par le groupe Vive la révolution (VLR) se termine par le slogan "Vive l’autonomie prolétarienne". De même, des étudiants de l’Université de Vincennes constituent au lendemain de Mai 68 "des groupes autonomes qui se retrouvaient dans les manifestations avec barres de fer et des cocktails Molotov. Ils s’intitulaient ’Groupes autonomes libertaires’ ou ’Groupes autonomes d’action’". [5]
Mais la véritable renaissance de l’Autonomie ouvrière se fait alors en Italie. Ce pays connaît une situation particulière puisque avec "l’automne chaud" de 1969, le mois de mai dure et devient un "mai rampant". De plus, les attentats fascistes comme celui de la piazza Fontana à Milan le 12 décembre 1969 contribuent à radicaliser les acteurs sociaux mais aussi la répression. D’autant qu’un nouveau prolétariat s’était constitué depuis les années 1950-60 : l’énorme masse de jeunes ouvriers originaires des régions du Sud, venue travailler dans les usines du Nord. Ils adoptent de nouvelles pratiques comme la grève sauvage, l’absentéisme ou le sabotage, en se détachant des syndicats peu à l’écoute de leurs revendications.
"Cette masse en colère de jeunes méridionaux soustrait au contrôle que l’Église exerçait traditionnellement dans les campagnes, rencontra dans les usines du nord l’école de la lutte de classe et la tradition de subversion révolutionnaire issue de la Résistance" [6].
Durant la première moitié des années 1970, ce type de mobilisation s’étend à de plus en plus d’usines, mais aussi "sort des usines" vers la lutte des prisonniers, des femmes ou encore des mal-logés. Sur le même modèle, apparaissent alors la grève de loyer ou les "auto-réductions" (une "nouvelle forme de désobéissance civile consistant à refuser les augmentations des services [qui] se propagera aux tarifs de l’électricité et du téléphone" et qui est légitimée comme une forme "d’illégalisme populaire" [7]).
Or, à partir de 1973, les principaux groupes politiques, dont les militants animaient ces mouvements, Potere Operaio et Lotta Continua, disparaissent. Depuis quelques années, des théoriciens et des universitaires avaient pourtant vu dans ces nouveaux mouvements sociaux, la renaissance du mouvement ouvrier. Le "compromis historique" entre les différents partis politiques, dont le PCI, avait annoncé la fin de la classe ouvrière. En réaction l’opéraisme, qui est né au début des années soixante autour de l’École Opéraista puis de Mario Tronti [8], veut alors recomposer une classe ouvrière révolutionnaire. Les principaux animateurs de ce courant sont Oreste Scalzone, Mario Tronti et Toni Negri. Ce dernier, exclu de Potere Operaio, constitue avec le groupe Gramsci de Rome un pôle de l’Autonomie autour du journal Rosso. Il forge alors des concepts théoriques nouveaux pour expliquer et organiser le phénomène social et politique que connaît l’Italie. Selon lui "l’ouvrier social" succède à "l’ouvrier-masse". Il n’est plus cantonné dans les usines mais présent dans toute la société. Il s’agit de jeunes citadins, étudiants prolétarisés, chômeurs, exclus du travail et indifférents vis-à-vis du travail et de la lutte syndicale. Il est défini comme rejetant les valeurs de la civilisation industrielle, de la culture du travail et du progrès par l’industrie. Il veut satisfaire ses besoins immédiatement et ne croit plus à l’effort qui lui assurerait plus tard cette satisfaction, pas plus qu’au militantisme vers les "lendemains qui chantent" [9]. Il est l’acteur central des luttes de demain car il est plus que tout autre exploité.
Le concept d’Autonomia Operaia apparaît en 1973 au Congrès de Bologne alors que toute une partie de la jeunesse, après les dissolutions de Potere Operaio et de Lotta Continua, se reconnaît dans l’ouvrier-social de Negri. Pour ce "prolétariat juvénile", la libération ne passe plus par la conquête du pouvoir mais par le développement d’une "aire sociale capable d’incarner l’utopie d’une communauté qui se réveille et s’organise en dehors du modèle économique, du travail et du salaire" [10] et donc par la mise en place d’un "communisme immédiat". La politique devient "libidinale", dictée et soumise au désir et aux besoins. Articulé autour des Centres sociaux où se rassemblent les jeunes des quartiers populaires et où s’improvisent autodéfense et démocratie directe, ce "communisme immédiat" se traduit, sur le plan pratique, par la diffusion sans précédent d’actions directes. Il s’agit des "réappropriations" (vols, hold-up...), qui sont pensées comme le prélèvement d’un "salaire social", des auto-réductions, des occupations illégales de logements, les squatts, qui sont une expérience d’autogestion et de vie alternative, mais aussi des "marchés politiques" (pillage de grandes surfaces).
L’apparition de l’Autonomie en France En France aussi, l’entrée en lutte de groupes sociaux tels que les travailleurs immigrés (Mouvement des Travailleurs Arabes ou grève des foyers Sonacotra), mais aussi des prisonniers, des prostituées, des homosexuels ou encore les féministes et le développement de l’écologie développent de nouvelles conceptions à l’extrême gauche. Déçus par l’échec de la fusion des masses que souhaitaient susciter les "établis" maoïstes, certains militants voient dans ces mouvements les nouvelles forces révolutionnaires dont il faut construire la convergence. Une des premières expériences dans cette optique est la création de la revue Marge en 1974. Née au sein des milieux libertaires, fortement influencée par les intellectuels de l’Université de Vincennes Gilles Deleuze et Félix Guattari, la revue est fondée par Gérald Dittmar et le psychologue Jacques Lesage de La Haye.
Dans l’éditorial, ils écrivent : "L’initiative de créer un journal qui serait celui de tous les nomades, de tous les révoltés, de tous les réprimés de cette terre — que sont les marginaux — de tous ceux enfin qui n’ont jamais le droit que de se taire, a été prise par un tel groupe qui a trouvé là une réponse à la question ’que peut-on faire ?’." [11]
Leur volonté est de rassembler tous les marginaux et tous les inorganisés car le but est de "faire de la marginalité une conscience politique nouvelle [12]" tout en se souvenant qu’"aucune classe n’est porteuse du futur ni d’une quelconque vérité historique". Leur orientation politique est principalement caractérisée par la lutte contre la psychiatrie et contre les prisons. Avec certains numéros tirés à 10 000 exemplaires et la participation de personnalités comme Félix Guattari, Daniel Guérin ou Serge Livrozet, la revue Marge apparaît, ainsi que l’analyse Laurent Chollet, comme "l’un des pôles les plus attractifs de la scène radicale" [13].
À peu près au même moment, autour de la rue d’Ulm à Paris, l’opéraisme italien fait ses premiers adeptes français. Yann Moulier, étudiant à l’École Normale Supérieure, y organise des conférences sur l’Autonomie et devient le traducteur de Negri. Il réunit un noyau qui publie à partir de 1976 le journal Camarades qui se fixe comme objectif de "faire circuler l’information" c’est-à-dire de constituer un pôle qui rassemble et redistribue les informations concernant les différentes luttes et ainsi d’en favoriser la convergence politique" [14]. Le but est donc de lire la situation française et de développer de nouvelles formes de luttes au regard des idées venues d’Italie. Parallèlement, Yann Moulier met en place un projet éditorial chez Christian Bourgois en y lançant la collection Cible, où il publie le livre de Mario Tronti Ouvrier et Capital [15] puis Marx au-delà de Marx de Negri [16].
Le groupe Camarades affiche lui aussi la volonté de réunir les différents collectifs inorganisés qui sont apparus depuis 1973. Il lance un appel dans ce sens à la rentrée 1976 qui se traduit par la mise en place d’un Collectif d’agitation. Ce collectif se met en rapport avec les grévistes des foyers Sonacotra mais aussi avec le Mouvement des Travailleurs Mauriciens. Il est rejoint par des groupes étudiants comme le Collectif étudiant autonome de Tolbiac, qui pratiquaient les auto-réductions dans les restaurants universitaires, et par les grévistes de la BNP Barbes qui, délaissés par les syndicats, sont sensibles aux idées de l’Autonomie ouvrière.

Une réaction à la violence d’État

L’été 1977 est marqué par la manifestation des 30 et 31 juillet contre le surrégénérateur Super Phénix de Creys Malville. Théâtre de violents affrontements avec les forces de l’ordre, la manifestation est ensanglantée par la mort d’un militant écologiste Vital Michalon. Le choc est grand et contribue à renforcer l’audience des autonomes, qui bénéficient de l’écho du "Mouvement de 1977" italien. Ils sont les seuls à promettre la riposte et à parler encore d’autodéfense. Ils voient dans la manifestation de Malville "le degré de militarisation que l’État est prêt à atteindre lorsqu’il veut défendre une ’question d’intérêt national’" [17]. Ils appellent dans Libération à "se donner les moyens de frapper sur les terrains qui nous conviennent, sur le terrain de nos besoins, qu’ils soient liés au nucléaire, au chômage, à la question des femmes, des travailleurs immigrés, des jeunes prolétaires...".
Or en octobre 1977, l’actualité est marquée par "l’affaire Allemande" et l’emballement de la guerre qui oppose la Fraction Armée Rouge et l’État fédéral. Le premier octobre Klaus Croissant, l’avocat de Baader et de la RAF, est arrêté en France en vue de son extradition. Le 13 octobre, un avion de la Lufthansa qui assurait la liaison Palma de Majorque-Francfort est détourné vers Mogadiscio par un commando proche de la RAF. Dans la nuit du 17 au 18 octobre, peu après l’intervention anti-terroriste à Mogadiscio, Jan-Karl Raspe, Gudrun Ensslin et Andreas Baader meurent dans leurs cellules, dans la prison haute sécurité de Stammheim. Là encore les autonomes sont les seuls à appeler à une réaction radicale par des manifestations "offensives", comme le 21 octobre dans le quartier de Saint-Lazare ou le 18 novembre lors de la manifestation contre l’expulsion de Klaus Croissant.
Il en résulte que de plus en plus de jeunes se reconnaissent dans l’Autonomie et se joignent aux actions de l’Assemblée parisienne des groupes autonomes qui se réunit à Jussieu depuis le 20 octobre. Un mouvement autonome s’organise autour de Camarades qui en représente la branche "organisée". Ils sont rejoints par des "inorganisés venus des facs et des banlieues, des libertaires et les militants de Marge". Le succès de cette assemblée s’explique, selon les Renseignements Généraux, par son rôle de "pôle attractif qui manquait pour laisser éclater une violence et un ressentiment souvent mal contenus" [18]. L’Assemblée prend alors des initiatives. Elle organise un rassemblement avorté à Saint-Lazare, mais surtout occupe les locaux de Libération le 24 octobre en réaction à la façon dont le quotidien traite l’affaire Allemande (renvoyant dos-à-dos l’État allemand et la RAF).
Pourtant, si la mouvance autonome semble apporter un soutien à la RAF, des militants expriment quelques doutes à propos de la lutte armée. Ainsi Bob Nadoulek écrit dans Camarades que "La RAF est le fruit de la militarisation du vieux mouvement révolutionnaire, la violence doit être différente" [19] et il qualifie le terrorisme de "logique autiste du désespoir" [20].

Stigmatisation du mouvement

Malgré ces doutes exprimés à l’égard du terrorisme, les autonomes, lors des manifestations, apparaissent à la presse comme une véritable menace. Le Figaro met en garde contre "les durs — plusieurs milliers — prêts à en découdre, casqués avec matraques ou cocktails Molotov à la main, sont-ils prêts à franchir le pas et à aller jusqu’au crime ?" [21].
Il en va de même pour les organisations d’extrême gauche. La Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) est alors le plus virulent adversaire des autonomes. Jugeant leurs comportements en manifestation de "comportements fascistes", les militants trotskistes ont promis qu’avec eux, "ça se réglera à coup de barre de fer" [22]. Du coup, les heurts sont fréquents, le siège de la Ligue est attaqué à plusieurs reprises et le cortège autonome manifeste aux cris de "Rendez-nous Croissant, on vous refile Krivine !".
La violence mise en œuvre par les autonomes inquiète aussi les forces de l’ordre d’autant plus qu’apparaît une véritable société parallèle de l’Autonomie autour des squatts et des universités. Les squatts se multiplient dans le XIXe arrondissement près de Belleville autour de la Villa Faucheur, dans le XIIIe vers la rue Nationale et dans le XIVe dans le quartier Alésia. Ils fréquentent les concerts de rock. A l’occasion d’un concert gratuit à La Villette, "Serge", un jeune autonome est assassiné. Or les renseignements généraux, en s’interrogeant sur la façon dont contrôler et encadrer l’essor de la mouvance, s’alarment des conditions dans lesquelles vivent ces jeunes marginalisés.
"Ainsi la fermeture de la Maison pour tous [23], la destruction de l’immeuble rue Lahire, l’arrestation de certains membres biens connus [...], la mort de [Serge], poignardé à l’hippodrome de Pantin, ont engendré un éclatement et une certaine lassitude psychologique.
À ce propos, il ne faut pas négliger qu’il existe chez les autonomes une certaine "misère psychologique". Vivant sans hygiène, sans ressources définies, dans une promiscuité voulue mais pesante et grosse de heurts, n’ayant pas de certitude du lendemain, les autonomes sont soumis à des déséquilibres mentaux que seuls les caractères très trempés pourraient subir sans dommages." [24]

Vers la lutte armée ?

De cette situation résulte une radicalisation croissante des comportements des jeunes proches de l’Autonomie. Ainsi la marginalité pousse une partie d’entre eux vers la délinquance revendiquée comme pratique révolutionnaire. Il s’agit des "opérations basket" qui consistent à partir sans payer des restaurants, mais aussi le vol et la "fauche" ou la délinquance astucieuse (arnaque aux assurances...). D’autres vont un peu plus loin par des actions de plus grande ampleur comme la vaste opération de "récupération" que lance un groupe contre une grande surface parisienne lors des fêtes de fin d’année de 1977 ou comme l’attaque d’une banque du XVIe arrondissement de Paris le 30 mai 1980, où un autonome est tué par la police.
De même, la manifestation "offensive" est optimisée, comme le révèle la manifestation des sidérurgistes lorrains du 23 mars 1979, où du matériel offensif est dissimulé tout le long du parcours dans des voitures, des camionnettes ou des consignes de gare. Cette manifestation est l’occasion d’une tentative répressive de la part des forces de l’ordre. Le matin même une vaste rafle est organisée, en vue d’éviter que le défilé ne dégénère, conduisant à l’arrestation de 82 supposés leaders autonomes. La manifestation est malgré tout le théâtre de violents affrontements au terme desquels on compte 116 blessés parmi les forces de l’ordre, 54 magasins "cassés", 121 vitrines brisées, et 131 arrestations.
Face à cette violence croissante, d’anciens militants issus de Marge et de Camarades se regroupent autour de Bob Nadoulek pour fonder en 1978 Matin d’un blues. Le journal se définit comme l’aire désirante de l’Autonomie et veut renouveler le mouvement en le dégageant de la suprématie de la violence par la contre-culture et l’alternative.
"On se battra sur tous les fronts : sur la musique, sur les bouquins, sur la politique, sur nos rapports quotidiens, sur la répression, avec des dessins, des concepts, des caresses, à coup de dents s’il le faut, mais on réinventera la vie, la nôtre au moins." [25]
Cependant, la constitution de ce pôle contre-culturel ne détourne pas les plus radicaux de la logique d’affrontement à outrance et de l’engagement dans la voie de la lutte armée. Déjà aux origines du mouvement, la question de la lutte armée était au cœur des débats, tout particulièrement après l’exécution de J.-A. Tramoni, par les Noyaux Armés Pour l’Autonomie Populaire (NAPAP) le 23 mars 1977. De même, la construction de Super Phénix suscita des attentats comme celui du 8 juillet 1977 contre le directeur d’EDF, M. Boiteux, revendiqué par le CACCA (Comité d’action contre les crapules atomiques) ou bien encore les 23 attentats commis sur tout le territoire, revendiqués par une Coordination Autonome Radicalement en Lutte Ouverte contre la Société (CARLOS). Car dès 1977, des gens se sont rencontrés au sein de l’Autonomie pour former une coordination politique et militaire clandestine, interne au mouvement. On compte parmi eux des militants venus des Brigades Internationales (BI), des NAPAP, des anti-franquistes des Groupes d’Action Révolutionnaires Internationalistes (GARI), et du Mouvement Ibérique de Libération (MIL) dont Jean-Marc Rouillan.
Ce dernier rassemble autour de lui quelques personnes issues de l’Autonomie pour fonder l’Organisation Action Directe (OAD) qui, le 1er mai 1979, mitraille la façade du siège du CNPF. A l’automne, l’OAD devient Action Directe.
La violence politique joue donc un rôle moteur dans la constitution du mouvement autonome en attirant vers lui les inorganisés en promettant la riposte face à l’État. Mais l’arrivée massive de jeunes toujours plus radicaux inquiète les plus anciens. Yann Moulier expliquera que "l’arrivée de zombies dans le mouvement, qui furent assez vite catalogués comme proches des BI et des GARI, fout la trouille" [26]. Ce point de vue est à mettre en rapport avec la tentative de développer une aire contre-culturelle de Bob Nadoulek, qui était pourtant le théoricien de la violence au sein de Camarades durant les premiers numéros. Cette rupture est sans doute une des raisons du rejet de la lutte armée. En dehors des quelques personnes qui passent à Action Directe, peu entameront une guerre avec l’État français par d’autres moyens que l’émeute. De même l’État ne met pas en place de vastes politiques répressives contre les autonomes en dehors de la rafle du 23 mars 1979. Il en résulte que la France ne connaît pas de flambée de violence comme dans les pays voisins durant les années 1977-79, comme si de part et d’autre une certaine retenue fut entretenue. Il n’en demeure pas moins que l’Autonomie apparaît encore aujourd’hui comme une des expériences politiques les plus radicales à l’extrême gauche. C’est ce qui en a assuré la postérité parmi certains jeunes (squatters, punks, "casseurs" ou "Black Block"...), y compris plus de vingt ans après.

Jean-Baptiste Casanova.

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Notes :
[1] L. Greisalmer, "La galaxie des autonomes", dans Le Monde, 25 janvier 1977, p. 13.

[2] BA 2332 : Anarchistes, groupes autonomes, mouvements 1955-1987 qui contient plusieurs chemises concernant notre sujet : Les désirants et surtout Assemblée générale des groupes autonomes.

[3] Ga br 7 : Mouvements gauchistes, anarchiste : rapport, Les Autonomes à Paris, avril 1979.

[4] Définition de l’action directe dans H. Avron, L’anarchisme, Paris, PUF, 1951, p. 115.

[5] Rapport des R.G., Ibid., p. 13.

[6] P. Persichetti, O. Scalzone, La révolution et l’État, Paris, Dagorno, 2000, p.32.

[7] I. Sommier, "Un nouvel ordre de vie par le désordre : histoire inachevée des luttes urbaines en Italie", dans CURAPP, Ibid. , p.149.

[8] M. Tronti, Ouvriers et capital, Paris, Bourgois, 1977.

[9] Cité dans A. Touraine, M. Wieviorka, F. Dubet, Le mouvement ouvrier, Paris, Fayard, 1984.

[10] N. Balestrini, P. Moroni, L’orda d’oro, Milano, SugarCo Edizioni, 1988, p.334, cité dans I. Sommier, "Un nouvel ordre de vie par le désordre : histoire inachevée des luttes urbaines en Italie", dans CURAPP, Ibid. , p. 154.

[11] G. Dittmar, "Pourquoi « Marge »", dans Marge, n° 1, juin 1974, p. 1.

[12] Anonyme, "Pourriture de psychiatrie", dans Cahiers Marge, n°1, 1977.

[13] L. Chollet, Ibid., p. 204.

[14] Camarades, nouvelle série, n°1, avril/mai 1976, page 2.

[15] M. TRONTI, Ouvriers et capital, préface Y. MOULIER-BOUTANG, Paris, Christian-Bourgois, 1977.

[16] A. NEGRI, Marx au-delà de Marx, cahier de travail sur les "Grundrisse", préface Y. MOULIER-BOUTANG, Paris, Christian-Bourgois, 1979.

[17] "Les autonomes après Malville", dans "Courier", Libération du mercredi 21 septembre 1977.

[18] Rapport des RG, op. cit.., p. 15.

[19] B. Nadoulek, "Sur la violence (encore et toujours...)", dans Camarades, n° 6, novembre 1977, p. 9.

[20] B. Nadoulek, L’iceberg des autonomes, Paris, Kesselring éditeur, 1979, p. 186.

[21] J.-L. Météyé, "Les terroristes ouest-allemands disposent d’un réseau de sympathisants en France", dans Le Figaro, 24 octobre 1977, p. 10.

[22] Rapport des RG, op. cit., p. 6 et 7.

[23] Lieu associatif dans le quartier de Mouffetard, dans le Ve arrondissement de Paris.

[24] Note des RG, 9 juin 1978.

[25] B. Nadoulek, L’iceberg des autonomes, Paris, Kesselring Éditeur, 1979, p. 194.

[26] Entretien cité dans le reportage de J.C. Deniau, Action directe, la révolution à tout prix, 2000.

P.S. :
Cet article a été publié pour la première fois sur le site de la revue Dissidence comme supplément au numéro de Février 2006.

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