| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 27-06-2013 à 13:27:12
| Les Assises du Communisme 2013 se tiennent cette année à Gémenos. Je l'ai déjà signalé dans ce lien. Je publierai ici quelques textes de ces assises ou des liens pour les retrouver. Le texte de G. Gastaud "COMMENT CONSTRUIRE LUNITE DACTION DES FORCES FRANCHEMENT COMMUNISTES ?" mis en ligne ici en fait partie. Chacun peut donner son avis là-dessus, je ferai aussi des commentaires. Il sera certainement intéressant de voir à cette occasion quels sont les courant de pensée qui se manifestent et les orientations retenues. Le programme comprend : Vendredi : 18h 20h 30 Lutte pour lemploi et appropriation sociale : de quelle intervention politique avons-nous besoin ? Olivier Leberquier Fralib Edmond Mauduy Air France - Charles Hoareau Samedi matin : 9h 12h La crise du capitalisme aujourdhui Présidence : Alain Chancogne Intervenants : Pascal Brula Jean Claude Delaunay Samedi après-midi : 14h 17h Quelles ruptures avec lUE ? Présidence William Roger Intervenants : Georges Gastaud Jacques Nikonoff Pierre Lévy. 17h 30 18h 30 : éclairage sur la situation internationale Présentation Francis Arzalier. 18h 30 19h 30 :rédaction dun appel commun sur la base des discussions de la journée 20h 30 : concert spectacle dIsabelle DESMERO : Tout fout le camp ! Dimanche matin : 9h 12h Comment continuer ensemble ? Présidence Razika Kerchouni Intervenants Danielle Trannoy Charles Hoareau.
Edité le 27-06-2013 e 13:37:48 par Xuan
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 27-06-2013 à 13:54:21
| | Modeste contribution aux Assise du communisme de juin 2013 à Marseille et à Géménos vendredi 21 juin 2013 par Hervé Fuyet, Peggy Cantave Fuyet Source Introduction Un camarade écrit : Les Assises doivent se conclure par un accord sur une orientation politique commune de lensemble des participants. Le texte qui devrait résumer cette prise de position sur les problèmes essentiels naurait pas vocation à être un « manifeste » destiné à une publication de masse, mais servirait de contrat dengagement à laction commune des groupes et militants présents en direction des objectifs ensemble définis. Lintention est louable, mais cela ne nous semble pas raisonnable. Lunité de la gauche politique ou syndicale est, il nous semble, plus le résultat des luttes et non son objectif. Quand on constate un changement significatif de la conscience de masses des travailleurs et travailleuses, la naissance de mouvements sociaux de gauche puissants, un nouveau rapport de forces, on peut envisager de mettre sur papier de façon formelle une unité dans laction existante, mais le contraire risque plutôt déchouer, comme cest souvent le cas historiquement. Un consensus entre les participants et participantes sur un programme forcément minimum et incomplet aurait du mal à répondre aux problèmes qui se posent actuellement en France. Ce serait plus ou moins un PCF bis ou PG bis un peu plus à gauche peut-être, mais beaucoup moins puissant. Il serait plus proche dun consensus syndical que dun programme communiste révolutionnaire dans les faits ! Est-ce que nous pourrions sur une telle base recruter, et il nous semble que cest essentiel, des ouvrières et des ouvriers, des travailleuses et travailleurs de couleur en particulier, des jeunes, de façon à refléter plus réellement la société française ! Je nen suis pas sûr ! Or si nous restons « entre nous », nous ne faisons pas le poids, nous ne représentons pas grand chose ! Bâtir une Toile Rouge Vif Nous pourrions plutôt continuer à utiliser Internet comme nous le faisons déjà, et peut-être aussi contribuer à constituer des noyaux de réflexion et daction dans le PCF, le PG, le Front de Gauche, le PRCF, lURCF, etc, ou « autonomes », et tester auprès de la classe ouvrière divers éléments de programme maximum et minimum (Concrètement cela peut prendre de multiples formes, de la discussion avec les copains et copines, à des invitations à des réunions de cellules ou à des demandes dinvitation dans divers groupes de jeunes, etc... ou à des échanges par Internet). Un camarade nous dit, à propos des Assises 2013 à Marseille et à Gémenos, que nous pourrions tous tomber daccord sur certains points comme « la nationalisation des secteurs clés de léconomie ». Cela nous rappelle avec une certaine nostalgie le programme du PCF « Changer de cap » et ensuite le « Programme commun de la Gauche » avec Mitterand ! Les résultats nont pourtant pas été si clairs ! Organisation de débats sur la Toile Rouge Vif Nous ne sommes donc pas sûr quil y aura consensus sur ce point, et cela ne nous semble pas nécessaire non plus ! En effet, le secteur public de léconomie, sans direction communiste, mais avec une direction politique gaulliste, social-démocrate (et même dans certains pays, comme lItalie de Mussolini, corporatiste et fascisante), a finalement bénéficié principalement au grand capital monopoliste ! Tandis que, sous la direction du parti communiste, une économie socialiste avec des éléments de marché, comme entre autres en Chine populaire [1] [2], ou ensuite au VietNam et à Cuba [3], semble donner des résultats très positifs. En URSS, Gorbatchev, en contribuant à la liquidation du PCUS, a provoqué la chute de lURSS, et ensuite de son économie publique planifiée. Donc, loin de faire consensus dans le monde communiste en France (et dans le monde), cest un sujet qui peut momentanément nous diviser, mais qui est capital, si on veut sérieusement recruter parmi la classe ouvrière ! Nous devrions plutôt, nous semble-t-il, organiser un débat honnête sur ces points, le plus largement possible dans les groupes de réflexion et daction dont nous parlions plus haut, et faire confiance aux ouvriers et autres travailleurs pour aboutir par eux-mêmes, à des conclusions valables. Même approche pour la question dune sortie par la gauche de leuro monnaie unique et de lUnion Européenne, qui est aussi capitale. Il faudrait, par exemple, que les lecteurs de lHuma, soit informés des divers points de vue de gauche sur cette question. Par les commentaires de la version en ligne de lHuma, par lHuma sur Facebook, etc, on peut joindre les camarades du PCF et les lecteurs de lHuma en général, qui sont souvent très mal informés. Le Front National nous « pénalise » en adoptant une position faussement patriote et faussement anti-bourgeoise et en préconisant une sortie floue de lUnion Européenne. Le FN attire ainsi beaucoup délecteurs socialistes, communistes et de la Droite ! Il est crédité de beaucoup plus de voix que le PCF et Front de Gauche à divers niveaux électoraux. Cest extrêmement préoccupant et rappelle les années 30 ainsi que Pétain [4]. Sur la question de la sortie de lUnion Européenne par la gauche, larticle de Patrice Cohen-Séat, président dEspaces Marx, et influent dans le PCF, est fort intéressant, car il marque une nette évolution sur cette question [5] et dans une partie des courants majoritaires de la direction du PCF [6]. Bien entendu, immédiatement des économistes du PCF, Boccara père et fils et al. ont contré [7], mais leurs arguments sont de moins en moins convaincants. Ils procèdent par affirmation, mais ne répondent pas aux arguments de Sapir ou du MPep [8]. Une camarade nous disait que Boccara, Sapir, etc, cétait trop compliqué pour la base ! Nous ne le pensons pas ! Bien au contraire, nous voulons aider la base à sapproprier les débats importants. Si les "états-majors" plus ou moins autoproclamés cessaient de filtrer les infos selon leur désirs, au lieu de faire confiance à une base bien informée (sans pour autant abdiquer leur rôle de "guide"), on irait sans doute plus loin, plus vite ! Des Assises ambitieuses ! Un rêve réalisable, pas une utopie, en un temps raisonnable ! Soit que lon explique de façon claire divers programmes communistes possibles, quon crée de nouveaux groupes de réflexion et daction, de nouvelles cellules, ou quon utilise des cellules existantes, et quon recrute des travailleurs et travailleuses de toutes les couleurs (le blanc est une couleur aussi !) de la France métissée daujourdhui dans ces cellules (ou sections dans certains cas) pour continuer le débat théorique tout en militant dans lunité avec dautres camarades et dautres groupes pour les luttes syndicales et autres en cours ! Ce travail dorganisation serait pour les Assises, dans un premier temps, une tâche créatrice, nouvelle et exigeante. Ce serait, mais avec la révolution informationnelle et Internet, un peu comme la façon dont Lénine a créé le Parti Bolchevik. Justement sur la question dune union européenne, Lénine concluait son article, qui vaut la peine dêtre lu et relu, en disant : « Cest pour ces raisons et à la suite de nombreuses discussions sur ce point, pendant et après la Conférence des sections du P.O.S.D.R. à létranger, que la rédaction de lorgane central en est venue à considérer comme erroné le mot dordre des "États-Unis dEurope" » [9]. De tous ces débats à la base et de ces luttes dans laction, avec ces forces nouvelles coordonnées, entre autres, par le biais dinternet, nous pourrions aboutir à des Assises numéro 2, et enfin faire ce que souhaitait, peut-être un peu vite, le camarade en question, soit : « Les Assises doivent se conclure par un accord sur une orientation politique commune de lensemble des participants. Le texte qui devrait résumer cette prise de position sur les problèmes essentiels naurait pas vocation à être un « manifeste » destiné à une publication de masse, mais servirait de contrat dengagement à laction commune des groupes et militants présents en direction des objectifs ensemble définis ». Mais cela viendrait dune interaction entre les Assises numéro 1 et la nouvelle base ouvrière, et non dun entre-nous bien sympa, mais un peu maigre. Ce serait du centralisme vraiment démocratique. Il faudrait donc quà ces Assises de Marseille/Gemenos 1, nous élisions un comité de coordination qui pourrait coordonner la poursuite (car cela est déjà bien commencé du développement de cette Toile Rouge Vif, de ce réseau Rouge Vif, qui ne se substituerait à aucune organisation en particulier ! Une de ses tâches pourrait être la proposition dun choix possible de thèmes détudes en préparation des Assises 2. Cela pourrait être aussi la recommandation de sources pertinentes de documentation sur ces thèmes. Cela pourrait être aussi dindiquer de bonnes sources sur létude des fondamentaux du marxisme, du léninisme et pourquoi pas de la pensée de Mao et des théories de Deng (après tout, Deng Xiaoping est un des penseurs marxistes les plus influents qui ait jamais existé !). Il sagit de contribuer à améliorer la coordination de tout cela, car beaucoup existe déjà, comme par exemple le site lepcf.fr ou legrandsoir, ou des blogs comme socio13 etc... et bien dautres encore. Pour les anglophones, il y a de plus en plus de bonnes sources qui nexistent pas en français comme mltoday ou 4thmedia. Sans parler de divers journaux, documents et sites de PC étrangers dans diverses langues, français ou anglais inclus (KKE grec, PCChine, PCCuba, PC de la fédération de Russie (en anglais) cprf, etc...). Il y a énormément de bonnes sources pour reconstituer un PC à partir de la base, avec un bon comité de coordination au centre ! Quand on se promène dans tous ces sites, on se rend compte que lHumanité, malgré la qualité et le courage de nombreux de ses journalistes, ne fait pas très bien son travail au niveau de sa direction ! On peut dailleurs enrichir lHuma en ligne en ajoutant des commentaires avec des liens vers ces sources de façon à aider les lecteurs de lHuma en ligne qui voudraient avoir des infos plus riches ! En fait, alors que la documentation est abondante et accessibles, il est plus que surprenant de constater que divers partis et journaux plus ou moins communistes préfèrent désinformer en ne proposant que ce qui va dans le sens de leur direction, et en se contentant daffubler dépithètes négatives les autres points de vue, sans prendre la peine de véritablement débattre ! On pourrait aussi aider les cellules du PCF, du PG ou autonomes, qui voudraient mieux sorganiser. La brochure How a communist Club Functions par Daniel Rubin est excellente. Il doit bien y avoir un équivalent en français. On a remarqué avec surprise que beaucoup de vieux camarades ont oublié et que les jeunes camarades nont pas lexpérience ! Or sans cellules, il ne peut y avoir dorganisme ! Ne pas se tromper de cible La grande difficulté de cet exercice des Assises nous semble être de ne pas nuire à nos divers partis socio-démocrates (PCF, PG, PS etc), tous ces jumeaux certes non identiques, même assez différents (mais bien moins quils le disent) qui se concurrencent, ni à divers petits groupes (PCRF, URCF) qui tentent toujours, sans jamais réussir, de rebâtir par le haut un Parti communiste. Il sagirait plutôt, pour nos Assises, de contribuer à bâtir, ou rebâtir, un Parti communiste davant-garde, mais de masse aussi. Un tel parti pourra unir les communistes et sappuyer sur les socio-démocrates, mais en les dirigeant, au lieu que ce soit le contraire comme maintenant, pour réaliser, en un premier temps un programme minimum et dès que possible une transition vers un socialisme aux couleurs de la France que nous aurons défini au cours des luttes syndicales et politiques en interaction avec les divers éléments de notre Toile Rouge Vif. Si nous dérapons, et prenons les soc démo roses ou rouges, ou les petits groupes révolutionnaires comme adversaire principal, nous facilitons la tâche des fascisants du Front National. Il y a des précédents dans lHistoire, comme nous le savons tous. Le résultat des élections législatives dans le Lot-et-Garonne en juin 2013 montre bien aussi lactualité du problème ! Absences motivées ! En attendant de vous revoir, Hervé va apprendre un peu de Chinois à Beijing pour pouvoir communiquer avec ses futurs petits-enfants ! Peggy, sa fille, se marie à Beijing et on ne peut pas être au four et au moulin à la fois ! Conclusion Tout cela nous permettra sans doute de mieux participer aux luttes syndicales et politiques concrètes dans les usines, dans les bureaux, dans les quartiers, de mieux les relier à notre objectif de socialisme aux caractéristiques de la France, dont la venue est inévitable avec lapprofondissement de la crise générale du capitalisme. La classe ouvrière et les autres travailleurs et travailleuses, avec leur Parti communiste, vaincront sans aucun doute. Les Assises de Marseille et de Gémenos de 2013 auront joué, nous lespérons, le rôle modeste mais essentiel de catalyseur, doutil ! Ou plutôt dun prototype doutil, dont les contours sont encore flous, mais que nous souhaitons mettre au banc dessai pour en mesurer lefficacité le plus rapidement possible ! [10] Tchao, tchao ! [1] Économie socialiste de marché [2] Ce nest pas la Chine quil faut craindre [3] Économie de Cuba [4] Zeev Sternhell, Ni Droite ni gauche, Lidélogie fasciste en France, Gallimard 2012 (Très anticommuniste, mais bien documenté !). [5] Patrice Cohen-Séat, Nous subissons aujourdhui un ordre eurolibéral-autoritaire, changeons le pouvoir  ! [6] Pierre Kulemann, On commence à sortir de limpasse [7] Boccara et al, Quelle solidarité en Europe pour les Peuples ? [8] Sapir et le Mpep [9] A propos du mot dordre des États-Unis dEurope (août 1915), uvres de Lénine, t. XXI, août 1914-décembre 1915. [10] Un camarade nous rappelait que le peuple peut créer une encyclopédie (EcuRed à Cuba, Baidu en Chine, Cocowikipedia en France -encore embryonnaire-, divers Wikipedia). Ce camarade ajoutait quavec la science (marxisme, informatique), le peuple en France pourra développer le parti communiste davant-garde et de masse dont il a besoin, décoiffant un peu au passage bien des états-majors plus ou moins auto-proclamés.
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| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 27-06-2013 à 14:01:47
| G. Remond m'adresse la contribution du RCC : Comme Pierre Alain et Marie Christine je trouve ce texte claire et ambitieux. Comme eux je vous remercie toi et les rcc pour cette contribution claire et sérieuse et même si je pense que le chemin sera long demandant que nous sachions continuer sans arrières pensés à avancer, sans aucune autres en tout cas que les propositions par vous posées dans ce textes il n'en demeure pas moins que je partage avec vous la nécéssité de cette tache stratégique majeur qui se pose depuis pulsieurs dixaines d'années maintenant, et qui prend pour résolution celle de reconstruire le parti communiste issu du congrès de Tours c'est a dire celui affilé à la troisième internationnale en fonction de l'accord donnée aux 21 conditions, mais en sachant tout fois éviter ses errements, ses aventures sectaires du débuts, son aveuglement devant un dogme méconnu ou pris a la lettre. De ce point de vu l'outil pour y parvenir passera de toute évidence par cette coordination souple que, comme nous, vous envisagez, a condition bien sur que cette dernière ne prenne le pas sur nos activtés de communites a l'intérieur de la forme qu'est devenue le parti des origines.Cette coordination devrait avoir a mon sens pour fonction de permettre que s'organisent les débats idéologiques et politiques dont les communistes ont besoin , qu'ils soient de l'intérieur ou qu'ils soient de l'extérieure, qu'ils soient organisés ou qu'ils soient isolés, même si cette dernière occurence soit en contradiction avec ce qu'elle postule puisqu'en effet un communiste conséquent ne peut être seul.( je n'irai toute fois pas jusqu'a dire "qu'un communiste seul est un communiste mort", a cause de la contiguïté sémantique de cet aphorisme avec cet autre qu'affectionnent les fascistes" un bon communite est un communites mort" ) Néanmois il nous faut aussi considérer que l'importance de la pratique dans ce processus, puique en effet si un communniste ne peut raisonablement être seul c'est qu''il se détermine avant tout selon des critères collectifs qui proviennent d'une pratiques. Il nous faudra donc le faire en partant du" monde réel" mais aussi au nom du rêve qui fait de chaque homme un artisant de cet autre monde auquel il aspire, en s'appuyant sur les luttes qui s'engagent pour y parvenir et en ne perdant pas de vu que si l'action à besoin d'une perspective historique, cette dernière à aussi besoin de l'action pour établir ses lignes de fuites dans le concret. En effet selon les lois de la dialectique la réflexion n'est rien si elle ne se nourrie pas de la pratique. Le réalisme dont nous avons besoin doit se faire conscience des réalités sociales. Il nous les faut connaitre par l'enquette ainsi que l'avait développé Said Bouamamas dans l'une de ses interventions et a partir de notre liaison avec les masses sans lesquelles rien n'est possible pour aller là ou nous voullons nous rendre c'est a dire, construire le socialisme. En conséquence, celle ci est donc partie intégrante du combat qui modifiera ces réalités. Le parti que nous souhaitons doit pouvoir conduire ces taches sachant qu'il sera aussi le résultat de leur accomplissement.Mais la réalité doit aussi pouvoir s'aborder dans ses dimentions contradictoires et s'exposer entre nous sans concessions. Par exemple plusieurs communiqué des rcc font état de femme voilées victime d'agression fascites.Or s'il est juste de protester contre ces agressions ne devons nous pas aussi rappeler ce qu'une femme sans papier me rapportait . Elle disait ne pas comprendre toutes ces femmes des quatriers qui portaient le voile alors que dans sont pays, l' Algérie de nombreuses femmes avaient été assassinées dans des conditions d'absolue barbarie pour avoir refusé de le mettre au nom de leur identité de femmes libres . Est ce de l'islamophobie de le dire et de le dire au nom du droit des femmes a disposer d'elle-même? Contrairement a ce qu'il est postulé par certains, la liberté de conscience n'a rien a voir avec la haine du religieux et encore moins de son libre exercice. Le racisme procède d'autre chose. Rappelons tout fois que si du temps de Molière et de Montesquieux le Mahométant représentait dans l'éffectivité de sa différence l'ouverture et le progres face a une église inquisitoriale et conservatrice, la tendance s'inverse aujourd'hui, l'islam d'inspiration salaphiste et réactionnaire qui domine actuelement, reprennant à son compte ces pommes de discordes qui existaient autrefois sur les meurs, le sexes et la science, jetant comme il l'exige sur la tête des femmes, un voil d'ombre sur le monde. Mais bien entendu une violence fasciste est une violence qui doit être condannée. Pour autant faire l'un n'empêche pas de rappeler et de défendre l'autre aspect de la contradiction. D'autre camrades que ceux auquels vous vous adressez sont intéressés par ces débats et comptent participer de près ou de loin au assises, je me propose de les en informer . Fraternellement Gilbert
_______________ ASSISES DU COMMUNISME : COMMENT FAIRE POUR ALLER VERS LA RECONSTRUCTION COMMUNISTE ? Après plusieurs rencontres de Marseille entre des communistes organisés dans et hors du PCF, les Assises du Communisme vont se réunir pour entamer une marche vers la reconstruction du parti communiste dont les travailleurs et le peuple de France ont besoin. Selon que lon soit dans ou hors le PCF, les questions se posent différemment sur comment rassembler les communistes qui ont rompu idéologiquement et/ou organisationnellement avec la social-démocratie au commande du PCF suite à ces décennies de révisionnisme idéologique anti-marxiste-léniniste et de travaux pratiques de la collaboration de classe au gouvernement en 1981 et en 1997 ? Etant entendu quun communiste non organisé, donc individualisé, doit absolument sortir de son isolement individualiste pour ne pas être un « communiste mort ». La tâche majeure stratégique posée et à résoudre est de reconstruire le parti communiste section de lInternationale communiste né au congrès de Tours, en uvrant à la fusion du mouvement ouvrier et du socialisme scientifique par lélaboration et le ralliement de lavant-garde du prolétariat au programme de la révolution socialiste en France. Comment organiser le débat idéologique et politique entre communistes organisés dans et hors du PCF pour élaborer le programme démancipation du prolétariat et du peuple ? Comment organiser lunité daction de communistes dans et hors du PCF dans les luttes et mouvements des masses contre les politiques antisociales du capital et des ses gouvernements de droite et de gauche ? Comment agir ensemble contre la fascisation politique et la montée politique du fascisme dans le pays, y compris électorale ? Comment aider ensemble, dans le respect de la démocratie interne, les organisations de masses des travailleurs (syndicats, associations) dans lesquelles militent les communistes dans et hors du PCF dans les luttes défensives actuelles ? Comment intervenir ensemble dans les fronts antilibéraux et antifascistes initiés par les représentants politiques de la petite bourgeoisie, de laristocratie ouvrière en voie de paupérisation et de plus en plus rejoint par la classe ouvrière ? Les Assises du Communisme peuvent et doivent devenir une étape dans lentame du travail politique commun pour apporter les réponses à ces questions décisives. Pour faire cela, les « Assises du Communisme », en tant que mouvement organisé des communistes dans et hors du PCF, doivent : - déclarer clairement que son but est la lutte contre la social-démocratie, le trotskisme et pour la reconstruction du Parti Communiste héritier du congrès de Tours ; - devenir un espace commun organisé de lutte à la démarcation, à lunité idéologique et à lunité daction stratégique en vue de la reconstruction communiste et dans le mouvement des masses ; - se doter dune forme organisée souple adaptée à la réalité politique et organisationnelle des forces parties prenantes dont : ü une assemblée générale annuelle des Assises du Communisme comme instance démocratique de décision, assemblée réunissant des représentants des composantes ; ü une structure nationale collégiale de coordination des activités : - préparer, planifier, organiser les études et les débats idéologiques et politiques qui permettront délaborer le programme dunification des communistes ; - organiser lunité daction dans les luttes de classe et les fronts politiques antilibéraux, antifascistes, anti-impérialistes et anti-guerres dans le pays ; Ce cadre collégial doit être composé dun titulaire et un suppléant de chaque groupes, cellules, sections, fédérations ou réseau organisé dans et hors du PCF qui sengage dans le mouvement des Assises du communisme ; Chaque composante, seule ou en association avec dautres, peut recevoir les rendez-vous thématiques décentralisés parallèlement aux actions de visibilité nationale du travailler ensemble. Telles sont les propositions que nous soumettons à la première rencontre nationale des Assises du Communisme de Marseille. Juin 2013 http://cercles.communistes.free.fr/rcc/index.php
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| Posté le 02-07-2013 à 22:05:02
| Dans le prolongement des Assises du Communisme de ce week-end ci-après et ci-joint quelques réflexions et propositions sur un sujet ayant pu apparaître à la marge. Fraternellement Gilbert Rodriguez CGT et FSC ______________________________________________________ Les communistes et le mouvement syndical Aux Assises du communisme des 29 et 30 juin à Gémenos un camarade me faisait remarquer à propos de plusieurs de mes interventions sur les questions syndicales et le rôle des communistes dans les organisations que nous étions aux "Assises du communisme. " Sous-entendu ces interventions étaient quelque peu hors sujet. Pourtant, je pense que dans cette phase damorce de rassemblement dune force communiste sur des objectifs et des principes communs : sortie de lUnion européenne et de leuro, sortie de lOTAN et de lAlliance atlantique, sortie du capitalisme, lutte pour la paix et contre les guerres et interventions impérialistes, la question du rôle des communistes dans les organisations syndicales et dans la CGT en particulier, du rôle des communistes dans lexpression du mouvement social est incontournable ! Pour une raison simple, car ce qui éclaire le positionnement des communistes et leur intervention dans le champ politique cest un positionnement de classe, cest le contenu de classe au travers duquel les évènements, les enjeux peuvent se lire et peut sorganiser leur action et leur initiative. Et faudrait-il sen départir dès lors quil sagit du champ social et du monde syndical ? Et le positionnement de lorganisation syndicale qui comme le remarquait Benoît Frachon est par excellence lorganisation de masse des travailleurs, la plus familière et la plus proche, la plus perçue comme utile ne pèserait nullement dans le rapport de force entre les classes, entre le travail et le capital ? Ce serait ne rien comprendre à lenjeu dont tout cela est lobjet et à lintervention permanente sous différentes formes (jusquà la corruption) et de létat et du patronat visant à la paix sociale, à la mise en place dun dialogue social reposant sur la collaboration de classes et passant dans un pays comme la France marqué par les traditions de lutte de classes par un remodelage du paysage syndical en lien avec linsertion dans lUnion européenne avec le rôle spécifique de la Confédération Européenne des Syndicats (CES). Historiquement, dès la naissance du nouveau parti communiste issu du congrès de Tours et ensuite dans des situations historiques pourtant très différentes (paix, guerre, scissions syndicales et processus de réunification
) la question syndicale est totalement intégrée à la stratégie communiste et ce sont des dirigeants politiques de premier plan qui sy consacrent tels J. Racamond, P. Sémard, B. Frachon, G. Séguy, H. Krasucki
Dailleurs la bourgeoisie et la social démocratie ne cesseront de sen prendre à ce lien en visant à interdire aux responsables syndicaux communistes dexercer en même temps des responsabilités dans leur organisation politique. Même si cet angle dattaque recouvre dautres objectifs et dautres préoccupations (division, isolement
). Quelle est la situation présente ? Au-delà du débat théorique séculaire dans le mouvement communiste sur les rapports entre lutte pour la transformation révolutionnaire et lutte dans les syndicats (lien organique, spécificité et originalité du mouvement syndical français, conditions posées par lInternationale communiste
) qui ne me paraît pas correspondre aux besoins de la situation présente, une chose demeure : cest limportance majeure du positionnement de classe des travailleurs et par conséquent des orientations de classe de la ou des organisations auxquelles les travailleurs adhèrent ou auxquelles ils font confiance. Or, pour lessentiel les organisations, leur direction sont sur une ligne daccompagnement de la crise et situent leur action non pas dans une subversion du système mais dans le sens de corrections et daccommodements à la marge. "On ne nous écoute pas assez", "Le pouvoir est trop à lécoute du MEDEF" etc. Par ailleurs, les principales confédérations appartiennent TOUTES (CFDT, CGT, FO, FSU en faisant la demande) à la CES et font donc de lobjectif de "LEurope sociale" un horizon. Cest Thierry Lepaon qui dans La Tribune de ce 1er juillet à la question du journaliste : François Hollande et Angela Merkel ont précisé vouloir ouvrir le dossier de l'Europe sociale, avec notamment le principe d'un smic européen, n'est-ce pas aller dans la bonne direction ? déclare : "Incontestablement. nous avons une Europe économique et monétaire, mais pas d'Europe sociale. Ce n'est plus possible, c'est cela qui éloigne les gens de l'idée européenne. " On est bien là dans lorientation qui consiste à dénoncer les "excès" de lEurope libérale, du dumping social mais dans la perspective den corriger les excès et dans la défense de lidée européenne menacée par ces "dérives" ; sans que jamais soit fait le lien avec le sens profond et originel de la construction européenne comme nous le faisons en engageant la bataille pour la sortie de leuro. Mais quid du positionnement, de lexpression publique, du combat des militants communistes dans les syndicats ; militants convaincus de la nécessité dune sortie de lUE pour pouvoir sengager dans une politique nationalement souveraine en faveur des travailleurs et du peuple ? Quel sens et quelles perspectives pour les revendications portées par le mouvement social et les luttes pour le pouvoir dachat, contre les fermetures dentreprise et les délocalisations, contre les contre-réformes engagées et poursuivies par le pouvoir socialiste (politique budgétaire, suppression demplois publics, remise en cause de la retraite par répartition, privatisations larvées
? Comment participer à la construction dune force communiste forgée sur des bases de classe sans mener le combat dans le champs syndical et dans les organisations (la CGT en particulier compte-tenu de son histoire et de sa composition sociale) pour que lemporte lorientation de classe contre les orientations de collaboration ? Les dirigeants réformistes de la CGT sont confrontés à une contradiction majeure : > - lorientation quils ont fait avaliser dans le milieu des années 90 et ladhésion à la CES les conduit à lacceptation du "dialogue social" , à privilégier les compromis avec le patronat et le pouvoir en dehors de tout rapport de forces sur le terrain, à faire prévaloir une unité de sommet avec la CFDT sans ancrage avec les travailleurs dans les entreprises (le "syndicalisme rassemblé" ) et en évitant toute confrontation frontale avec le pouvoir à loccasion de la mise en uvre des contre-réformes qui pourtant fédèrent le monde du travail et le peuple et mettent des millions de gens dans la rue ! > - et la nécessité de tenir compte dune forte persistance à la base, dune tradition de lutte aiguisée par laggravation de la crise et la remise en cause radicale des conquêtes issues de la Libération et du rapport de forces de lépoque. Le réformisme des dirigeants de la CGT est un réformisme honteux et nié. Un double jeu en quelque sorte. Dans la recomposition syndicale souhaitée par la bourgeoisie la CGT étant appelée à jouer le rôle dun "réformisme dur", pendant d un "réformisme mou" comme la avoué à sa manière un Alain Minc (processus déjà engagé avec Sarkosy). Dautant aussi que les orientations ouvertement assumées par les dirigeants de la CFDT (signature de lANI, réforme des retraites) viennent également bousculer la stratégie dalliance proclamée comme garant de lunité et de lefficacité de laction syndicale. Cest la raison pour laquelle le rôle des communistes est de rendre visibles ces enjeux, de débusquer les doubles langages et les positions masquées. Pour que la résistance sorganise et se déploie contre le développement de la "révolution conservatrice" qui se prolonge les travailleurs ont besoin de clarté et de lucidité à propos des pièges qui leurs sont tendus et auxquels participent des dirigeants qui ont tourné le dos aux principes qui ont guidé la Grande dame ! La question qui est donc posée aux militants communistes dans les syndicats et dans la CGT en particulier : cest celle de leur indépendance de réflexion, dexpression et daction par rapport aux orientations de collaboration de classes des directions (confédérales, fédérales, locales
) Je sais (par expérience aussi) que les choses ne sont pas simples et quen maints endroits tout débat dorientation est vérouillé et que les interventions répressives ne manquent pas comme on a pu le voir en particulier dans la fédération du commerce. Des dérives de corruption existent également participant à la difficulté. Les dirigeants réformistes nhésitent pas par ailleurs à écarter tout débat dorientation en se prévalant des votes de congrès et en désignant ceux qui sont porteurs de ces débats comme des diviseurs, péril pour loutil auxquels les travailleurs sont légitimement attachés. Il demeure quen dépit de ces difficultés, effectuer un travail dexplication et dintervention pour que prévalent les orientations de classe est une nécessité majeure ! Lappel des assises devraient donc à mon sens refléter ces préoccupations et ne pas se situer dans la foulée de lorientation confédérale de la CGT pour la rentrée se cantonnant à proposer 4 meetings et une journée nationale interprofessionnelle sans la perspective et la préparation dune confrontation avec le pouvoir ni préparée, ni même évoquée. Lappel du carrefour des luttes du vendredi 28 juin auquel la direction confédérale de la CGT a participé se situant précisément dans cette ligne . On pourrait par ailleurs pourquoi pas- prévoir- au stand des assises du communisme un débat portant sur cette question du rôle des communistes dans le mouvement syndical. En conclusion je plaide pour que cette question constitue un volet incontournable du travail de reconstruction dune force communiste et donc de classe. Gilbert Rodriguez
__________________________________ PS Je souhaite que ces réflexions soient portées à la connaissance des participants aux Assises comme question nayant pu être débattues et approfondies au cours de leur déroulement.
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| Posté le 04-07-2013 à 17:42:15
| | Assises du Communisme : Lintervention de Jean-Jacques Karman dirigeant de la « Gauche communiste » source Sans nier la réalité de la mondialisation impérialiste, la lutte des classes reste avant tout sur des bases nationales. Alors, avec la crise du capitalisme, où en sommes nous ? Nous sommes dans sa phase de pourrissement. Mais pourrissement ne veut pas dire fin du capitalisme. Le capitalisme trouvera toujours le moyen de survivre en portant sa crise à un degré supérieur. Pour le supprimer il faut donc le renverser par une révolution socialiste. Nous sommes au moment historique, caractérisé par Rosa Luxemburg par ces deux mots « Socialisme ou Barbarie ? ». La crise du capitalisme nest pas le résultat de mauvaises prises de positions des capitalistes. Non ce sont les mécanismes internes au capitalisme lui-même qui engendre le développement de sa crise. Au degré de la crise actuelle du capitalisme, il ne peut plus laisser quelques miettes pour calmer le peuple. Cest pour cela que la politique du PS est sur le fonds, la même que celle de la Droite. La question centrale daujourdhui nest pas de gérer les affaires de la bourgeoisie, mais de rompre avec le capitalisme en transforment cette crise en crise révolutionnaire. Le plus court chemin pour y arriver, nest pas que les idées révolutionnaires soient majoritaires à gauche, même si cela nest pas négligeable, non il faut en premier lieu être majoritaire dans la classe ouvrière, car le Parti ou les partis ne peuvent remplacer le rôle historique de la classe ouvrière dans la révolution. La révolution socialiste, ce nest pas la majorité électorale de la gauche, même si cela peut aider, non, la majorité électorale, cest quand la classe ouvrière est capable dexercer sa dictature, au sens où Marx lentendait. Et Rosa Luxemburg la précisé par ces mots « la plus grande liberté pour le peuple, ses partis, associations et syndicats, plus grande liberté individuelle, mais aussi dictature envers les mécanismes du capitalisme pour les détruire ». Cela peut coïncider avec un processus électoral, mais ne peut remplacer la nécessaire « dictature du prolétariat ». Un exemple : la 6ème république nest pas un mot dordre révolutionnaire. Car la 6ème (dans lordre » est la 6ème république bourgeoise. Non, il faut une Assemblée constituante, élue à la proportionnelle, qui prenne comme première mesure la nationalisation, sans indemnisation des capitalistes, de toutes les banques et assurances, ainsi que les entreprises dominantes de tous les secteurs dactivité. Et proclame la 1ère république sociale, démocratique et populaire de France, uvrant pour la création dune union des républiques sociales dEurope de lOuest et de la Méditerranée. Tout cela ne se fera pas spontanément, il y a nécessité dun parti révolutionnaire, qui ne peut et ne doit pas remplacer la classe ouvrière dans la nécessaire action de celle-ci. Il doit agir en avant-garde en respectant le pluralisme. Malheureusement, le PCF est dans un triste état. Parti devenu électoraliste, en grande perte de vitesse, où sa direction rêve de le faire disparaître et où les ouvriers sont de moins en moins nombreux. Mais, si on laissait disparaître ce parti, on ferait un beau cadeau à la bourgeoisie. Ce parti a une structure nationale, construite par lInternationale Communiste et où il y a encore des milliers de cadres syndicaux et associatifs. La direction actuelle du PCF est organisée en tendances. Investir le PCF, sans effacer nos différences, sur la base de tendances organisées et travailler ensemble en direction de la classe ouvrière, redonnerait du sens et de lutilité à ce parti. Le PCF a toujours été fort dans les autres couches et en particulier chez les intellectuels, quant il était fort dans la classe ouvrière. Pouvons-nous travailler en tendances organisées ? Oui bien sûr ! A la seule condition, que personne ne se prenne pour le nouveau Lénine. Dernière question : les accords avec les socio-démocrates ne sont possibles que sur des bases qui font avancer la cause du peuple, avec un rapport des forces en faveur de la classe ouvrière. 1981 et 1997 furent des erreurs très graves et il faut être conscient quidéologiquement la social-démocratie sera lun des derniers remparts du régime capitaliste. La question centrale, est bien, le rapport des forces dans la classe ouvrière.
Edité le 04-07-2013 e 17:46:46 par Xuan
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| Posté le 11-07-2013 à 21:55:52
| Ci-dessous la première partie d'une longue et intéressante contribution de Jean Claude Delaunay, économiste, qui a séjourné plusieurs fois en Chine.
__________________ Assises du communisme 2013 Comprendre pour accomplir (1) mardi 9 juillet 2013 par Jean-Claude Delaunay Ce texte a été rédigé pour la préparation des Assises du Communisme (Marseille, 28-30 juin 2013), pour exprimer comment, sur deux ou trois points, on peut percevoir la lutte pour le socialisme et le communisme, en France. Cest une contribution personnelle à la discussion collective. Je ne doute pas que cette dernière sera fructueuse. Voici le plan que jai suivi. > Introduction (essai de définition du socialisme et du communisme) > Première Partie : Aspects de la mondialisation capitaliste Avec la mondialisation capitaliste, les dirigeants socialistes nont plus rien à voir avec le socialisme car le capitalisme, leur référence, a changé. Ils nont plus dalibi. LUnion européenne et la mondialisation capitaliste sont-elles identiques ? La Chine socialiste et nous. Le principe « gagnant-gagnant », aspects de linternationalisme prolétarien aujourdhui. Deuxième Partie : Les classes sociales en France aujourdhui La classe ouvrière française. Les autres classes sociales. Grands traits dune théorie hétérodoxe de la classe ouvrière dans un pays développé comme la France.
________________________________________ Ce texte est indépendant de toute autre forme dintervention pendant les Assises du Communisme. Cest, je le répète, une contribution personnelle et limitée à la réflexion générale. Jindique, de manière incidente, que le titre de ma contribution « Comprendre pour accomplir » est la reprise du titre dun ouvrage quHenri Jourdain publia en 1982 (dialogue avec Claude Willard). Cet enfant de la Sologne, entré dans le travail à lâge de 13 ans, devint ajusteur de son métier. Ce fut dabord un syndicaliste. Il fut notamment dirigeant du syndicat CGT de la Métallurgie, puis de la Fédération syndicale mondiale. Il intervint très activement dans les discussions avec le patronat de laéronautique, au moment du Front populaire. Il adhéra au Parti communiste en 1936. Entré dans la clandestinité en juillet 1940, il est arrêté, puis déporté à Mauthausen jusquen 1945. Membre du Comité central du PCF, il fut également en charge de la Section économique du Comité central et de la Revue « Economie et Politique, revue marxiste déconomie » , entre 1961 et 1972. Je mentionne son nom car les Assises que nous allons tenir ne sont pas venues du ciel. Elles prennent place dans la continuité de luttes anciennes, rudes, et même meurtrières, menées par des gens de cur et de conviction. Nous pouvons donc associer à ces Assises la mémoire de celles et de ceux qui nous ont formés. Ce faisant, nous serons peut-être dautant plus portés à donner, dans les discussions à venir, le meilleur de nous-même. Introduction : socialisme et communisme, essai de définition. Dans un pays comme la France, lexigence du socialisme prend aujourdhui place dans lévidence des contradictions insolubles de ce système. Dun côté, le capitalisme développe toujours plus avant les forces de production. Il étend le nombre de travailleurs impliqués dans la production. Il multiplie les quantités produites, il augmente les périmètres sur lesquels ces productions sont réalisées, il modernise considérablement les moyens de leur transport. Il produit de nouveaux moyens pour les hommes de communiquer entre eux de façon rapide et polyvalente. Il accroît la capacité financière des sociétés humaines et la possibilité de lier entre elles les époques et les générations. Il développe et enrichit le contenu des activités de lEtat. Son horizon est aujourdhui mondial. En bref, il accroît le degré de sa complexité tout en socialisant la production et la consommation sur des échelles toujours plus vastes. Il le fait par lintermédiaire du marché capitaliste mondial. Dun autre côté, en raison des rapports de propriété privée ou privative que ses agents exercent sur les moyens de production, de transport, de commerce, de financement, de communication médiatique, en raison de leur influence sur lappareil dÉtat et les institutions, ses limites sociales demeurent infranchissables. Le capitalisme engendre le développement inégal de la richesse des pays et des groupes sociaux. Il condamne des pans entiers de lhumanité à la migration pour la survie. Il fait la guerre aux populations réticentes à ses impulsions. Il détruit les formes existantes de la production, de la consommation individuelle et collective, mais sans apporter daméliorations autres que celles conquises dans la lutte par les populations concernées, en sorte que, si elles ne luttent pas, elles crèvent. La socialisation que ce système impulse napporte aucun mieux être durable aux travailleurs. Au contraire, elle pousse, de manière généralisée, à lapplication de politiques salariales restrictives, à la destruction des protections sociales ainsi que des régimes de retraite, au démantèlement du droit du travail, à la réduction des impôts versés par les grandes entreprises, aux transferts de revenus vers les entreprises les plus puissantes, à la privatisation et au pillage des entreprises publiques, à laustérité accrue dans les dépenses de lEtat, à la mise en difficulté des hôpitaux et des laboratoires. Les plus pauvres des Français sont durement touchés dans leur vie courante. La population de celles et de ceux que la crise économique affecte, tant au plan économique que moral, est croissante. Alors que la société est de plus en plus complexe, interdépendante, productive, socialisée, porteuse de potentialités, les bénéficiaires de la richesse produite forment le petit nombre des privilégiés de la société moderne. La domination quils exercent sur lappareil productif et la vie sociale se révèle de plus en plus gaspilleuse et stérilisante. Si les exploités du monde contemporain veulent enrayer la misère, sils veulent changer durablement les difficultés et létat de décadence quengendre aujourdhui linstallation du capitalisme mondialisé, il leur faut chasser les maîtres de cette société. Il leur faut prendre, au plan politique, la direction du mouvement de socialisation économique. Les activités économiques qui, avec la mondialisation capitaliste, ne servent plus au bien être des masses, doivent être investies à nouveau par les classes populaires et travailleuses. La socialisation des forces de production doit rentrer dans le rang, sur les espaces où son contrôle a un sens et une efficacité. Grâce à laction de la population majoritaire, le processus de socialisation doit être conduit de façon totalement renouvelée et mis au service des masses. Il sagit, sur la longue durée mais avec détermination et constance, car rien ne se fera en cinq minutes ou même le temps séparant deux élections, de mettre en place le socialisme, cest-à-dire, de manière progressive, le processus complémentaire de socialisation des techniques et de socialisation des hommes par dautres voies que le marché capitaliste. Il ne sagit plus de « faire du social » dans un contexte marchand capitaliste et mondialisé, ce qui est dailleurs aujourdhui quasiment impossible. Il sagit de socialiser, de manière parallèle mais aussi de manière conjointe et cohérente, les activités de toutes sortes et les hommes, aujourdhui rangés, distribués et dune certaine manière pétrifiés dans des catégories de toutes sortes, en premier lieu dans ce quon nomme leur classe sociale. Les communistes ont la perspective de construire une société communiste. Une telle société est celle dans laquelle le processus de socialisation par les hommes (le politique) deviendra le processus social dominant de tous les processus de socialisation, sur le fondement dune économie extrêmement développée (production abondante) au plan national et mondial. Il aura pour effet danéantir lincidence majeure sur chacune et chacun de son rangement dans des classes sociales et de faire évoluer lincidence éventuelle des autres classements. Première partie : Aspects de la mondialisation capitaliste I - Avec la mondialisation, les dirigeants socialistes nont plus rien à voir avec le socialisme car le capitalisme, leur référence, a changé. Ils nont plus dalibi. Peut-être certains se disent-ils aujourdhui : « Quand jai voté pour François Hollande, après tout, je savais ce que je faisais. François Hollande nest pas pire que Guy Mollet ». Cest vrai. Les élites socialistes françaises ont toujours su se déshonorer à temps et avec continuité, par exemple en laissant tomber le République espagnole, en votant les pleins pouvoirs à Pétain, en faisant la guerre en Algérie, en attirant les Français dans le piège de Maastricht. Mais une chose a changé profondément depuis une quarantaine dannées, cest le capitalisme. Après 1945, les populations des pays développés avaient réussi à nationaliser leurs nations. Certains ont appelé capitalisme monopoliste dEtat le système capitaliste alors mis en place. Au cours des années 1970, ce système qui assurait, quoique de manière instable et toujours dans la lutte, un certain équilibre entre Travail et Capital, est entré en crise. Par la suite, la grande bourgeoisie a uni internationalement ses efforts pour desserrer létau de la baisse générale de la rentabilité du Capital. Elle sest engagée avec détermination dans une nouvelle étape de son pouvoir, celui du capitalisme monopoliste financier mondialisé. Elle sest soudainement découvert une ambition philanthropique originale : contribuer au développement du monde. Ce faisant, elle a réussi, au plan mondial, à dénationaliser et à privatiser les nations dont ses diverses fractions étaient issues. Elle les a dénationalisées car la globalisation économique capitaliste a pris appui sur la dérégulation complète des marchés des marchandises, du travail et de la finance pour instaurer, à léchelle mondiale, la suprématie de « lépargne capitaliste ». Ce faisant, elle a privé les populations accrochées et fidèles à leur rocher national, de tout pouvoir sur leur économie. Les politiques nationales ont été déclassées et sont devenues impuissantes. Elle les a privatisées, au sens propre et figuré du terme, car chaque fraction de la classe capitaliste mondiale a besoin dun État, pour son compte exclusif, pour contrôler son salariat. De la même façon, elle a besoin dun État pour aider ses plus grandes entreprises à mener le combat des géants dans larène mondiale. La fraction localisée en France de la classe capitaliste mondialisée sest donc employée elle aussi à dénationaliser la nation française et à privatiser son État. François Hollande est certainement un aussi triste sire que Guy Mollet, mais la portée de ses mensonges est infiniment plus grave, le contexte capitaliste ayant profondément changé. Guy Mollet lançait la France dans la guerre en Algérie. Mais les salariés français, dans le cadre national, menaient encore avec succès des luttes économiques. Il était possible de « faire du social » avec les socialistes au pouvoir, à condition, cela va de soi, de les « pousser au cul ». Jespère que personne ne se méprendra sur le sens de mon propos, qui ne dédouane pas ce personnage de ses responsabilités historiques. Aujourdhui, cependant, lépoque du capital industriel national ou même du CME est révolue. Nombre de salariés raisonnent encore ainsi, dans lidéologie de ce passé. Ils se disent que les dirigeants socialistes sont certainement des menteurs et des coquins, mais que, bon an mal an, le combat social, avec eux, sera plus facile. Ils se trompent, nous nous trompons. A lépoque du capitalisme monopoliste financier mondialisé, les salariés français font lexpérience quils ne peuvent lutter pour le maintien ou lamélioration de leur situation économique sans mettre explicitement, radicalement en cause la libre circulation mondiale des capitaux et les institutions qui lorganisent, sans mettre en cause le pouvoir économique, financier, politique des plus puissants. Trois conclusions peuvent être immédiatement tirées de ces observations. a) La première est que les élites socialistes du PS nayant aucune volonté de changer le système capitaliste, elles avalisent le capitalisme financier mondialisé et proposent uniquement aux salariés dont elles prétendent défendre les intérêts fondamentaux, un socialisme du benchmarking ou de « la bonne pratique capitaliste », couplé à un socialisme du ramassage des morts et des blessés de la grande guerre économique. Les socialistes ne sont plus en mesure de « faire du social », ce qui, jusquà présent, leur avait servi dalibi pour défendre le système capitaliste contre les assauts des révolutionnaires. De même, les classes populaires ne sont plus en mesure de « faire du social » avec les socialistes au pouvoir. b) La deuxième conclusion est, par conséquent, que le moment est venu, pour les révolutionnaires de ce pays, darrêter tout soutien électoral aux élites socialistes et dintervenir activement pour leur mise hors circuit du champ politique. Sans doute convient-il de distinguer, dans la fraction socialiste de la population française les socialistes den haut et les socialistes den bas. Les élections communales en préparation illustrent cette exigence. Mais il ne suffira pas de séparer ces deux groupes et de faire alliance avec le deuxième pour bâtir le changement social. Les socialistes den bas devront être séparés idéologiquement et politiquement des socialistes den haut sur la base dune politique dunion du peuple de France pour le renouveau de la France, pour le socialisme et le communisme. Cest sur le fondement de cet élan général que les socialistes den bas seront entraînés vers le changement. c) La troisième conclusion est quil ny aura pas de projet socialiste, au sens que nous donnons à ce terme, qui nait dabord pour objectif de sortir la nation de létranglement que lui inflige la mondialisation capitaliste. La mondialisation capitaliste est la stratégie mise en uvre par les forces du Capital, à la fin du 20ème siècle, pour privatiser les nations à leur avantage. Les travailleurs et les citoyens de ce pays se doivent donc de renationaliser la France et de rendre lÉtat aux travailleurs et à la nation sils souhaitent : 1) améliorer le sort de la majorité de la population, 2) que notre pays reconquière sa dignité et sa souveraineté. Il me semble que nous, communistes, devons aujourdhui élaborer une politique dunion du peuple de France, pour la France, pour le socialisme et le communisme. II - LUnion européenne et la mondialisation capitaliste sont-elles identiques ? Mais nest-il pas équivalent de combattre lUnion européenne et la mondialisation capitaliste ? Personnellement, je crois que ce nest pas exactement pareil, malgré létroitesse des liens entre les deux. Je crois que nous avons intérêt à faire cette distinction. Car si ces deux aspects de la réalité sont liés quoique distincts, nous nous appuyons sur leurs différences pour les attaquer et nous utilisons leurs liaisons et leurs effets réciproques pour les détruire ou les transformer. Ce que nous appelons lEurope est une notion plutôt récente ayant vaguement pris forme au 15ème siècle, en réponse à lavancée victorieuse des Ottomans. LEurope politique ne sest cependant pas constituée à ce moment-là. Elle est née progressivement de lexpérience sanglante des guerres du 19ème et surtout du 20ème siècle et de la prise de conscience que les forces de production techniques tendaient à dépasser largement le cadre des nations telles quelles existaient sur ce continent. Il me semble que les dirigeants de la grande bourgeoisie ont alors eu, pendant les années 1950, le projet dune grande nation, certes dominée par les capitalistes et en parfaite continuité sur ce plan fondamental avec lUnion européenne daujourdhui, mais dont les traits politiques définitifs étaient incertains. Cela dit, de façon immédiate, et après léchec de la Communauté Charbon-Acier, ils ont retenu la dimension économique dun grand marché. Il faut se rappeler quà cette époque existaient deux géants, le russe et laméricain. Les capitalistes dEurope se sont dits quils ne « faisaient pas le poids » et que leur marché devait grandir en taille. Je fais abstraction des aspects directement politiques de ce projet, à légard notamment, de lURSS et du système socialiste du moment. Après une période de tâtonnements, surtout monétaires (phase Giscard dEstaing-Schmidt), la mondialisation capitaliste a rattrapé le projet européen initial. Lidée sest alors précisée en France, pour les fractions dominantes de la classe bourgeoise, de larticulation du projet capitaliste européen au processus de mondialisation capitaliste. Létude des archives éclairera ces aspects. Mais je crois que les socialistes français ont, encore une fois, joué leur rôle historique de facilitateurs du capitalisme mondialisé. Au cours des années 1990, on est passé, dans lidéologie sur lEurope, de « la grande nation » à la « la grande nation intégrée au capitalisme mondial ». A mon avis, la faiblesse principale de largumentation communiste, en France (lEurope des Peuples contre lEurope du Capital), fut alors de sêtre située dans le cadre national exclusif des nations existantes, cela 1) sans explorer la dimension « évolution des forces productives », 2) sans bien comprendre ce quimpliquait le processus de mondialisation capitaliste sur le fonctionnement de léconomie nationale. Les socialistes, de leur côté, se sont ralliés à la droite européenne classique. Cest encore leur stratégie, avec cette différence cependant, que 20 ans se sont écoulés et que léchec en est patent. Je trouve entièrement justifié que nous nous opposions à lUnion européenne et que, la jugeant non réformable de lintérieur, nous développions lidée quil faut en sortir, en commençant par son mécanisme central, leuro. En effet, le choix de la monnaie unique a résulté non seulement de la puissance propre du capitalisme allemand et de sa capacité à imposer son choix aux autres fractions de la bourgeoisie européenne. Elle a aussi été retenue par ces autres fractions, celles-ci ayant estimé que les classes ouvrières seraient matées ou freinées dans leurs revendications par ce mécanisme contraignant, et son couplage à une Banque centrale dégagée de toute contrainte politico-sociale. Cela étant dit, je crois quil faut : 1) non seulement mesurer les gains, mais aussi le coût dune telle sortie, et le dire, pour prévoir déventuels amortisseurs du choc, 2) rendre clair les mécanismes institutionnels et politiques proposés en remplacement, pour tenir compte de lévolution contemporaine des forces de production. Considérons-nous possible le lancement dune Europe socialiste ? Si oui, quelle étape aujourdhui ? Quel processus ? 3) Être précis sur le périmètre géographique dune telle Europe (quid de la Turquie ? du Maghreb ? de la stratégie dextension à linfini ?) et sur les minima institutionnels et politiques nécessaires, 4) Faire attention, pour sen méfier, à la croyance selon laquelle, si lon sortait de leuro, on pourrait tout faire tout de suite, sans avoir jamais à rendre de comptes. Je ne crois pas que cela dispense pour autant de sattaquer explicitement et distinctement à la mondialisation capitaliste. En premier lieu, le mécanisme principal et majeur du capitalisme contemporain est la mondialisation capitaliste, où que lon se trouve, en Europe, en Amérique latine ou ailleurs. Cest lui que nous devons, en France combattre en priorité alors même que la façon dont les dirigeants communistes interprètent la révolution informationnelle donne du crédit à ce processus, et les conduit à des énoncés politiques incohérents. En second lieu, même si Jacques Delors a eu pour mission de réaliser un marché financier européen, et même si les capitalistes ont avancé dans cette direction, je ne crois pas que lUnion européenne en soit arrivée à ce degré de maturité. Les fractions capitalistes dirigeantes de chaque « grand pays » ayant chacune « leur propre » approche de lintégration à la mondialisation capitaliste, les mécanismes institutionnels de cette intégration existent tout autant au niveau national quau niveau européen. Sattaquer à la mondialisation capitaliste peut donc, me semble-t-il, avoir pour objectif raisonnable de sattaquer aux institutions de la mondialisation capitaliste au plan national. En troisième, la démarche, déjà ancienne mais aujourdhui plus rapide, tant par le grand capital européen que par celui de lEurope, de constitution dun grand marché atlantique montre que lunion européenne nest quun maillon de la mondialisation capitaliste. Le fait de sattaquer à la mondialisation capitaliste et à lUnion européenne mapparaît comme la combinaison de deux luttes qui séclairent lune par lautre et se complètent. III - La Chine et le socialisme Parmi les sujets devant être évoqués au cours de ces Assises, je crois que figure celui de la Chine contemporaine et de la position que les communistes français doivent raisonnablement exprimer à légard de ce pays. Jobserve que, malheureusement, un certain nombre de dirigeants communistes ne manquent jamais une occasion dexprimer publiquement leur méfiance profonde à légard du gouvernement de la Chine et de sa référence au socialisme. Ils pensent que la Chine est le contraire dun pays socialiste. Leur question préférée, quand ils sadressent à des responsables chinois, est la suivante « Et lindépendance du Tibet ? ». Est-il donc si difficile dentretenir avec les dirigeants chinois des rapports de respect mutuel et de confiance réciproque plutôt que des rapports dhostilité ? Les communistes chinois et le gouvernement de la Chine seraient-ils à ce point « dégoûtants » que nous devrions les combattre comme sils étaient les descendants directs dAttila, le roi des Huns ? Il y a 60 ans, les révolutionnaires chinois ont définitivement gagné lindépendance de leur pays. Ils ont reçu lappui solide des masses paysannes. Ils ont libéré les femmes. Ils ont cherché à développer léconomie chinoise, et ont un peu réussi à le faire. Puis ils ont eu lambition, et dune certaine manière la contrainte eu égard à laugmentation de la population, daccélérer la cadence de leur développement. Ils ont alors pratiqué un volontarisme sans limite qui conduisit à de dramatiques échecs. Cest pourquoi, autour des années 1980, leur stratégie changea radicalement. Ils passèrent du socialisme de pénurie de Mao Zedong, à dominante politique, au socialisme de Deng Xiaoping, à dominante économique. Comment expliquer cette nouvelle orientation ? Trois points méritent, selon moi, dêtre soulignés. Le premier est que la Chine des années 1970 étant demeurée sous-développée et sa population étant grandissante, les communistes chinois ont compris quils ne pouvaient construire le socialisme en distribuant seulement des cailloux. Marx avait imaginé que le socialisme viendrait au terme dun capitalisme industriel développé, et quil serait pris en charge par un prolétariat industriel très éduqué. Au contraire, les Chinois ont été portés par lhistoire à construire le socialisme dans leur pays sur une base économique arriérée, avec une population engluée dans la tradition et la ruralité, tout en prenant place dans un environnement capitaliste dominant. Le deuxième est quils ont dabord cherché à sortir de cette arriération, mais sur limpulsion dune politique volontariste et repliée sur le territoire national. Après avoir subi plusieurs échecs graves, ils ont admis que pour réaliser leur révolution industrielle, car cest bien de cela quil sagissait, et pour réaliser ultérieurement le socialisme, « léconomie de marché socialiste », à la fois interne et externe, était la voie la plus sûre et la plus rapide. Même si lon ne peut identifier marché et capitalisme, ils ont consciemment introduit le capitalisme industriel dans leur économie et son ouverture sur le monde comme moyen de son développement accéléré. Tout en réaffirmant leur objectif socialiste, ils se sont centrés dans limmédiat sur le développement économique. Le troisième aspect à considérer est que, par différence avec le socialisme égalitaire et de pénurie à la Mao Zedong, les communistes chinois ont anticipé que le socialisme à la Deng Xiaoping serait certes plus abondant mais aussi plus inégalitaire. La croissance de linégalité des conditions a été conçue comme le prix à payer au développement économique. Mais ils ont fait le pari que lÉtat pourrait redistribuer partiellement la richesse créée. La société chinoise en est à ce stade. La misère a reculé dans ce pays parce que la salarisation a pris la place du chômage déguisé. La distribution de salaires et la dépense publique ont créé la production marchande et le marché intérieur. Les surplus de production ont alimenté le marché mondial et permis laccumulation de monnaie mondiale. Ce mouvement densemble a engendré des profits. La sociologie de la Chine a été transformée en profondeur par la diminution forte des paysans (mais ceux-ci font encore la moitié de la population), par lapparition simultanée dune classe diversifiée de capitalistes (petits, moyens et grands, voire très grands, chinois continentaux, chinois doutre-mer, étrangers) et dune classe ouvrière encore proche de la ruralité. Lurbanisation, très rapide, a nourri lapparition dune population travaillant dans les services, appelée hâtivement « classes moyennes ». Telle est lesquisse du gigantesque bouleversement ayant affecté la société chinoise depuis 30 ans. Le mouvement, cest la contradiction. Alors que cette société demeura stable et pauvre pendant très longtemps, elle est aujourdhui aspirée à toute vitesse par la tornade du développement. Les contradictions y prennent de lampleur. Que signifie, dans ce contexte, le jugement agressif émis à légard de la Chine sous le prétexte que ce pays serait capitaliste ? A mon avis, la signification dun tel jugement est celle de lignorance des situations concrètes. Je crois que, dans le meilleur des cas, ces personnes ignorent ce quest le sous-développement et lénorme contrainte que représente son environnement. Elles ignorent les résultats du développement actuel de la Chine, malgré ses insuffisances et ses injustices. Elles ignorent que lhistoire est histoire de la lutte des classes, en Chine comme ailleurs, et que, en suivant des formes et des modalités que nous connaissons mal, les ouvriers et les salariés chinois, les paysans, les salariés urbains, imposent, tant bien que mal, une direction générale au mouvement de lensemble. Les dirigeants communistes de la Chine ne sont pas descendus dune image pieuse. Ce sont les produits de ce pays. Ils savent que pour faire, tant bien que mal, face aux contradictions que le développement engendre, léconomie chinoise doit, chaque année, créer 15 millions demplois, et que lÉtat central ainsi que les gouvernements locaux doivent redistribuer beaucoup mieux la richesse. Sinon, les communistes qui gèrent ces institutions seront disqualifiés. De la situation chinoise, je tire pour ma part, 4 conclusions, que voici : 1) Il me paraît hasardeux de jouer « le socialisme du 21ème siècle » contre « le socialisme du 20ème siècle ». Le monde actuel est majoritairement sous la domination du capitalisme. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de dédaigner le socialisme chinois, qui est en train de redonner confiance au tiers-monde. 2) Le socialisme chinois est plein de contradictions ? Il y aurait en lui « du bon et du mauvais » ? Eh bien soutenons au moins le bon, mais sans donner de leçons aux dirigeants de ce pays. Nous ne résoudrons pas les problèmes à la place des chinois. Si nous estimons devoir traiter avec les communistes de ce pays de tel ou tel aspect du socialisme, faisons-le en dautres termes et selon dautres méthodes que celles privilégiées par les Américains. 3) Je crois que nous pouvons tirer quelques enseignements de lexpérience chinoise. Voici ceux que je retiens. Le premier enseignement pourrait être quil ny aura pas de socialisme en France sans amélioration de la situation économique du plus grand nombre. Les masses populaires ne soutiendront pas le socialisme parce cela mettra en accord les forces productives et les rapports sociaux de production. Elles soutiendront le socialisme lorsquelles seront convaincues que leur situation économique sera par lui améliorée, dans son ensemble et dans la diversité des situations concrètes. Le deuxième enseignement est que le socialisme est un choix politique effectué sur la base dun certain niveau de production et dun certain niveau de savoir-faire. A mon avis, nous ne construirons pas le socialisme en France sans que les salariés se soient appropriés intimement le savoir-faire des capitalistes. Un certain nombre de capitalistes devra y être associé. Le troisième enseignement est que si le socialisme prend forme en France, cela se fera dans un tourbillon de contradictions de toutes sortes. Le socialisme du grand soir est certainement terminé. Mais ne croyons pas pour autant au socialisme angélique de laurore aux doigts de roses. Le quatrième enseignement est que les gouvernements qui auront à gérer les affaires de la France pendant la phase du socialisme, napprécieront pas quon leur donne des leçons de lextérieur. Alors pourquoi en donnerions-nous aux communistes chinois ? En réalité, ce qui compte le plus avec le gouvernement de la Chine, parce que cela nous concerne directement, ce sont les positions internationales quil prend et non ses décisions de politique intérieure. IV - Le principe « gagnant-gagnant », aspects de linternationalisme prolétarien aujourdhui. Je souhaite, avec ce point et dans le contexte de la mondialisation capitaliste, poursuivre ma modeste réflexion sur la Chine et plus exactement sur le principe « gagnant-gagnant » que préconisent nos camarades Chinois. Ce principe est une composante de « linternationalisme prolétarien » contemporain. Je vais dabord essayer de situer ces notions les unes par rapport aux autres. Linternationalisme prolétarien est, me semble-t-il, dans le langage communiste, un principe supérieur de définition et dencadrement des rapports devant prévaloir entre les peuples. Ayant dabord pris racine au sein des impérialismes dominants, il a été mis en uvre par les communistes et les gouvernements de différents pays, comme principe de solidarité politique. Aujourdhui, il revêt une forme non seulement politique mais économique, ce qui en complexifie le fonctionnement. Cest ce que je vais montrer à propos du principe « gagnant-gagnant ». Auparavant, cependant, je dois indiquer deux caractéristiques de la dimension économique de linternationalisme prolétarien aujourdhui. La première est que, par rapport au cadre du 20ème siècle, ce principe existe dans un cadre mondial étendu. Il ne prend plus principalement place dans des rapports entre métropoles et colonies (pour une intervention politique en faveur des « colonisés »). Il se déroule entre pays politiquement indépendants dans le contexte du monde entier. La deuxième est que ce principe se déploie à lintérieur dhabits idéologiques nouveaux. Contrairement aux Américains, qui font prévaloir limage du rapport de forces dans leurs relations internationales (Hilary Clinton est représentative de cette culture de la gâchette), les Chinois se présentent comme un peuple pacifique, souhaitant faire prévaloir léquilibre, la justice et le gain réciproque dans ce type de relations. Ils cherchent à promouvoir une certain image de la Chine et dans ce but, semblent sinspirer de la doctrine des lettrés et de sa référence confucéenne. On entend aujourdhui une expression, celle du « rêve chinois », de contenu encore vague mais qui est constamment répétée à loccasion des rencontres officielles. Elle indique que, dun côté, se trouverait le « rêve américain », mais que ce dernier ne serait plus seul car de lautre côté saffirmerait « le rêve chinois ». Le principe « gagnant-gagnant » peut être considéré comme une composante du « rêve chinois ». Telles sont, selon moi, les données que lon doit prendre en considération pour réfléchir à linternationalisme prolétarien aujourdhui. Il est non seulement politique, il est également économique et il est accompagné dune idéologie reflétant cette évolution. Comme la Chine est le principal « vis-à-vis » des États-Unis, et que son économie, en raison de sa taille, est inévitablement mondiale, il vient que les pratiques et lidéologie des Chinois simposent comme lélément premier de toute réflexion sur les aspects économiques de linternationalisme prolétarien. Quelles remarques peut-on faire et se faire à propos de ce principe et de sa pratique actuelle ? Jen vois principalement trois. La première remarque est que, bien que les communistes chinois soient les promoteurs du principe « gagnant-gagnant », sa mise en uvre et son amélioration éventuelle ne devraient pas seulement relever des Chinois. En effet, léconomie chinoise étant, de facto, une économie de portée mondiale (à ne pas confondre avec une économie capitaliste mondialisée), il découle de cette situation que nombre de pays en sont les partenaires obligés et sont confrontés aux effets de sa dynamique interne. Par exemple, les ressources alimentaires de la Chine étant insuffisantes, le gouvernement chinois cherche à atteindre la sécurité alimentaire de la population en achetant ou en louant des terres hors de Chine. Les contradictions caractéristiques de la dynamique chinoise ne sont pas seulement internes. Elles sont également externes. Dans ces conditions, il est justifié que les autres pays du monde interviennent dans la définition et le déroulement de ces contradictions. Le principe « gagnant-gagnant » ne peut pas être uniquement « un principe chinois », même si la Chine est à lorigine de son application aux relations extérieures. La deuxième remarque est que cette façon dapporter « une juste et pacifique solution aux contradictions entre les peuples » tranche absolument avec les pratiques impériales des États-Unis. En Irak, par exemple, la puissance américaine a fait prévaloir le principe « écrasement de lIrak-gagnant américain » de façon à mieux satisfaire sa stratégie dapprovisionnement en pétrole. La stratégie « gagnant-gagnant » semble apporter une tonalité différente et nouvelle dans le champ des relations économiques internationales. Véhiculant avec elle une sorte de petite musique non-impérialiste, elle est perçue de manière positive. « Gagnant-gagnant » tranche également avec le concept de coopération, qui met laccent sur le qualitatif des relations et ne dit rien sur les quantités. Or, dans les pays africains, par exemple, on considère généralement que la politique de coopération na pas produit les résultats quantitatifs et réciproques escomptés sur le développement. Les élites de ces pays sont donc sensibles à la thématique chinoise du « gagnant-gagnant », selon laquelle toutes les parties devraient « gagner », en fonction de stratégies concertées. Le principe « gagnant-gagnant » apparaît comme une façon de reconnaître le rôle bienfaisant de la politique et de la négociation dans létablissement de relations économiques internationales équilibrées. Ma troisième remarque est que le principe « gagnant-gagnant », aussi intéressant soit-il, est encore loin dêtre parfait. Il doit être construit et amélioré. Bien des questions doivent être résolues à son propos. Supposons, par exemple, que des investisseurs chinois se proposent de racheter une entreprise de pétrochimie dans la région de Marseille et quils réussissent cet achat selon le principe auquel ils se réfèrent désormais. A qui sapplique le principe du « gagnant-gagnant », aux propriétaires de lentreprise, aux salariés de lentreprise ou à dautres agents ? Dans un univers traversé par la contradiction sociale et le conflit de classe, qui est gagnant ? Autre question : le principe « gagnant-gagnant » met en rapport deux quantités. Mais comment évaluer ces quantités ? Supposons, par exemple, que dun côté, une entreprise chinoise ait obtenu des droits de pêche sur un certain nombre de tonnes de sardines pendant un certain temps (ce qui peut être évalué en monnaie) et que, en contrepartie, le gouvernement chinois ait financé un hôpital, dont le coût de construction est lui aussi évaluable en monnaie. Peut-on mettre en équivalence ces deux quantités ? Dans un pays en voie de développement, financer un hôpital sans financer simultanément son entretien ainsi que la formation et le fonctionnement du personnel est la même chose que ne rien financer du tout. Il faut donc savoir précisément ce que recouvrent les termes « gagnant-gagnant ». Que gagne-t-on de part et dautre ? Accorder un droit de pêche pendant dix ans avec, en contrepartie, la construction des murs dun hôpital, reviendrait à conclure un accord « gagnant-perdant » et non un accord « gagnant-gagnant ». Ma conclusion sur ce point est la suivante. Je ne pense pas que, en tant que communistes, nous puissions considérer de la même manière les contradictions internes du dynamisme chinois et ses contradictions externes. Sur ces dernières, non seulement nous avons notre mot à dire mais nous pouvons intervenir à leur propos de manière certes appropriée mais active. En agissant ainsi, je crois que les partis communistes dans le monde, celui de la Chine compris, contribueraient à lamélioration du contenu et des modalités dapplication du principe « gagnant-gagnant ». Ainsi sélaborerait peut-être un principe de remplacement des règles aujourdhui imposées dans les relations économiques internationales par la brutalité américaine et véhiculées par les organismes internationaux. Ce principe améliorerait, je le crois, celui énoncé aujourdhui de la coopération et il tendrait à remplacer le libéralisme économique absolu, aujourdhui imposé par les grands intérêts capitalistes et quand ça les arrange, dans les relations économiques internationales. (à suivre) Jean-Claude Delaunay
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 13-07-2013 à 13:20:03
| | Comprendre pour accomplir (2) jeudi 11 juillet 2013 par Jean-Claude Delaunay
_________________ - Deuxième Partie : Les classes sociales en France aujourdhui > La classe ouvrière française. > Les autres classes sociales. > Grands traits dune théorie hétérodoxe de la classe ouvrière dans un pays développé comme la France.
_________________ Deuxième Partie : La classe ouvrière et les classes sociales en France aujourdhui - I - Classe ouvrière et classe capitaliste en France Ceux pour qui le socialisme est une exigence de notre temps savent aussi que cet objectif sera atteint et concrétisé seulement si les ouvriers se lancent résolument dans la bataille. De très nombreuses questions viennent aussitôt à lesprit. Je vais procéder en trois temps. En premier lieu, je vais rappeler des chiffres, pour cadrer le sujet. Ensuite, jénoncerai diverses questions générales relatives à la classe ouvrière. Enfin, à propos des ouvriers, je retiendrai trois caractéristiques de la situation ouvrière aujourdhui, sur lesquelles je mexprimerai plus longuement. Jai intitulé ce point « classe ouvrière et classe capitaliste » dans la mesure où, comme chacun le sait, ouvriers et capitalistes sont les deux pôles dune même contradiction. A) Éléments statistiques (INSEE, 2011) Je nai pas pris le temps de faire une étude précise relative au classement de la population active française. Les chiffres que jai retenus sont très sommaires, mais ils peuvent être utiles comme rappels. La population française est denviron 66 millions dhabitants. Les actifs occupés sont 25,7 millions et en 2010, lInsee comptabilisait 2,7 millions de chômeurs au sens du BIT. En suivant la nomenclature de Marx et Engels, on peut dire que les dirigeants capitalistes totalisent environ 1% de cette population (en additionnant les chefs dentreprises et les professions libérales). La petite bourgeoisie au sens de Marx, ou actifs qui sont à la fois propriétaires de leurs moyens de production et qui travaillent (exploitants agricoles, artisans, commerces) représentent environ 8% de la population active. Le rapport capitaliste de production clive donc la société française en deux groupes : les « propriétaires de moyens de production », (9%) et les salariés, 91%. Ce phénomène est bien connu. Depuis Marx et Engels, la société française a perdu sa petite paysannerie et la petite bourgeoisie (ce que ces auteurs appelaient « les classes moyennes » ) a été transformée tout en se réduisant numériquement. Du total de la population active, les ouvriers représentent 21%, les employés 28%, les professions intermédiaires 25%. Le sous-total de ces trois catégories, soit 74%, correspond, en gros, à ce quon appelle les classes populaires. La catégorie des cadres supérieurs représente le complément de ce sous-total à 92% soit 17%. Le constat est évident : la catégorie des ouvriers, même en comptant mieux (par exemple en comptabilisant les chômeurs ouvriers) ou en joignant les ingénieurs et techniciens aux ouvriers pour faire « la classe ouvrière » (les producteurs salariés des secteurs de la production matérielle industrielle), est minoritaire dans lensemble salarial. Cela dit, les ouvriers représentent un peu plus du double de ceux qui possèdent un capital de production et de commercialisation. Autre clivage très important en France, mais aussi dans les pays modernes et développés, celui entre les secteurs public et privé. En France, la fonction publique dÉtat comptabilise environ 2,5 millions, la fonction publique territoriale, 1,9 million et la fonction publique hospitalière, 1,1 million. Le sous-total obtenu en totalisant ces trois groupes (5,5 millions de salariés) nest pas complet. Les salariés du secteur public administratif, en France, pèsent environ 25% de la population active. Le privé et le public marchand font le reste (75%). En abandonnant « la faucille et le marteau » de la carte des adhérents, les dirigeants communistes ont sans doute cherché à tenir compte de lévolution que ces chiffres suggèrent. Mais il faut faire attention avec la théorie et les symboles et je crois quils ont manqué de discernement. Ils auraient dû consulter scrupuleusement les communistes, pour deux raisons au moins. La première raison est dordre théorique. Le fait que les ouvriers soient minoritaires dans lensemble salarial implique-t-il que leur représentation politique doive être désormais fondue dans celle dautres catégories sociales et confondue avec elles ? La seconde est que les symboles ne représentent pas seulement une statistique. Ils représentent une histoire et une affectivité. Or la partie la plus glorieuse de lhistoire du Parti communiste français sest déroulée lorsque fut réalisée lalliance entre la classe ouvrière (qui a toujours été minoritaire dans la population active) et la petite paysannerie. Même si la classe ouvrière a diminué en nombre et même si la petite paysannerie est en voie de forte réduction, la conservation dune symbolique est, au moins, le résumé dune histoire. Je dirai que, toutes proportions gardées et bien que cela ne me regarde pas, les chrétiens pourraient, de la même façon, considérer que le Pape exagère si, pour des raisons de modernisation symbolique, il remplaçait le symbole de la croix par une chaise électrique sous le prétexte que le pays le plus moderne du monde en fait encore lusage. B) Questions générales Je ne sais pas sur quoi déboucheront ces Assises. Mais il me paraît clair que si elle débouchait notamment sur la création de commissions de travail, lune delles pourrait soccuper de traiter des classes sociales en France, car de nombreuses questions peuvent être soulevées. Être ouvrier, cest, me semble-t-il, participer en tant que salarié, et selon lacception courante, dans des tâches dexécution, à la production matérielle industrielle. Cette définition de louvrier étant donnée (je ne dis rien sur le concept de classe, sur le caractère plus ou moins large de cette définition selon que lon y intègre ou non les techniciens, les ingénieurs, lencadrement), on peut dégager trois catégories de questions générales relatives aux ouvriers. A ces questions relatives aux ouvriers, jajouterai un ensemble de questions relatives aux capitalistes. Je pense que lassemblée des communistes des Assises, dans laquelle il y aura, je pense, beaucoup douvriers, sen saisira peut-être et y consacrera le temps jugé nécessaire. En les soulevant, ma préoccupation est la suivante : comment faire pour que les ouvriers interviennent toujours plus dans la lutte pour le socialisme ? a) La première catégorie de questions a trait, selon moi, aux caractéristiques techniques et structurelles de la classe ouvrière française. Je retiens 5 grands domaines dobservation de ces caractéristiques. >1) Ces caractéristiques sont dabord de nature technique. La production matérielle a radicalement changé au cours des quarante dernières années, avec linformatisation des processus. >2) Elles ont également trait aux forces de travail, et désignent par exemple le niveau et lévolution des salaires (avec le très important problème de lécart entre salaires masculins et féminins), la précarisation des situations, la flexibilité du travail proprement dit, la destruction progressive du droit du travail, la personnalisation des rémunérations, le niveau requis de la formation, la continuité de la formation dans le cours dune vie professionnelle. >3) Elles ont trait à lincidence de la gestion sur la condition ouvrière, comme par exemple le développement de la sous-traitance et la segmentation des métiers, la transformation de lentreprise, centre de production de produits, en centre de gestion de contrats. >4) Elles ont trait, à létat actuel du chômage, à lampleur de ce fléau social selon les classes dâge, sur la vie des ouvriers. 5) Elles ont trait, enfin, à la composition de cette classe ouvrière selon son origine nationale immédiate ou proche, selon le genre, selon la région dappartenance. En ce qui concerne les nationalités dorigine, ce nest pas daujourdhui que la classe ouvrière française est pénétrée par dimportants flux migratoires. Mais les flux nouveaux ont-ils, ou non, une portée différente de limmigration antérieure (italienne, polonaise, espagnole) ? A mon avis, dans le contexte politique du moment, on ne peut se boucher les yeux sur cet aspect de la situation sous prétexte quen lexaminant, on se rabattrait sur les thèses du Front national. b) La deuxième catégorie de questions, compte tenu des divers points ci-dessus évoqués, pourrait rassembler celles relatives à la façon dont la classe ouvrière française reçoit aujourdhui le message du socialisme ainsi que les conditions devant être remplies pour quelle le reçoive positivement. Il me paraît clair que le rôle principal tenu par le Front national est aujourdhui de stocker une fraction de la classe ouvrière française sur des parkings qui sont des impasses politiques, sans que lon sache sur quoi ces impasses peuvent déboucher. Cela dit, je ne crois pas que la situation politique en France soit celle du fascisme. Même sil faut être très vigilant, comme le montre à contrario lexemple ancien des marxistes austro-hongrois (ils restèrent prisonniers de leur idéologie légaliste), je laisse cette interprétation aux gauchistes, en me méfiant dailleurs de leurs provocations. Je pense quil faut éviter de sonner le tocsin trop avant lincendie et que la provocation est contre-productive. Il est encore temps de parler calmement, avec vérité, mais aussi avec compréhension, aux ouvriers que lextrême-droite est en train de rafler dans son sac à malice. Seulement, pour donner mon avis, ce discours doit être mené sur le terrain de la nation, terrain que les ouvriers connaissent et qui est toujours opérationnel. Il doit être mené en montrant quelles améliorations résulteraient de leurs luttes comme de la réorientation profonde de leurs choix (par rapport à ceux que leur propose lextrême-droite) et dans quel cadre politique et géographique ces améliorations doivent être conquises. Car le socialisme ou le communisme sont des abstractions sils ne sont pas concrets dans les effets et rapportés à la France pour ce qui nous concerne. c) La troisième catégorie de questions est celle relative aux alliances. Les ouvriers, si la majorité dentre eux estime que son avenir est le socialisme, doit réaliser plusieurs sortes dalliances, dans lentreprise et en dehors de lentreprise. Ces exigences ne sont pas nouvelles mais elles doivent sans doute être réexaminées dans le contexte contemporain. Je ne mentionne pas ci-dessous les alliances entre syndicats. Lalliance interne à lentreprise concerne les deux grandes catégories de travailleurs de la production matérielle, salariés dexécution et salariés dencadrement. Les savoir-faire des uns et des autres doivent être réunis pour la réalisation du socialisme. Je pense que la démocratie dentreprise ne deviendra effective et ne produira des effets bénéfiques quà cette condition. Compte-tenu des luttes nombreuses actuelles, il serait important de dresser un bilan de cette alliance. Comment « les choses » se passent-elles à ce propos ? Sur ce point, il existe un aspect que je ne fais que mentionner bien que méritant une réflexion particulière approfondie : comment intégrer les ouvriers non nationaux de lentreprise aux ouvriers nationaux ? Lalliance externe à lentreprise concerne lalliance, au plan de la société (la formation sociale) tout entière, entre les travailleurs de la production matérielle (un peu plus large que la production industrielle, car elle inclut non seulement le bâtiment mais lagriculture) et ceux de la production non matérielle. Je reviendrai sur cet aspect dans le point suivant. Je pense (cest une opinion personnelle) que le rôle hégémonique de la classe ouvrière est une question pertinente mais abstraite. Lhégémonie sanalyse théoriquement mais ne se décrète pas théoriquement. Ensuite, on peut dire, en parodiant Deng Xiaoping, que peu importe quun chat soit ouvrier ou quil soit chercheur, pourvu quil attrape des souris. Cela dit, ce débat théorique ne doit pas être négligé et rien ne nous oblige à suivre lempirisme à peu près total des Chinois. Il a notamment une incidence immédiate interne, concernant la structure des organisations ouvrières, leur activité, la désignation de leurs responsables, la conduite des luttes. d) En étudiant la classe ouvrière, il faut étudier son complémentaire, la classe capitaliste. Aucun groupe social nest homogène à 100%. Avec la mondialisation capitaliste, les capitalistes ont certainement perdu encore de leur homogénéité. Ce qui a fait lhomogénéité de la classe capitaliste fut sa position dexploiteuse collective sur un même marché, quelles que soient les différences de taille entre capitalistes. La mondialisation capitaliste a certainement mis à mal ce principe dunité du marché et modifié les fonctions de lappareil dEtat. Cela dit, ce degré de tension éventuelle doit être évalué concrètement. Par ailleurs, on peut se demander sil existe, aujourdhui, une classe capitaliste mondiale. Celle-ci est-elle ou non en cours de formation ? Quelles en sont les modalités de reproduction ? Quels enseignements tirer de ces analyses pour la lutte pour le socialisme ? C) Trois points en particulier : Après avoir évoqué ces questions générales, je souhaite insister un petit peu plus sur 3 points que je crois particulièrement importants pour réfléchir à la relation entre classe ouvrière française et socialisme aujourdhui. 1) Lachat et la vente des entreprises dans le cadre de la mondialisation capitaliste est, selon moi, le premier point à considérer. Le fait dacheter ou de vendre les entreprises ne date pas daujourdhui. On note cependant quaprès les années 1970-1980, avec lexpansion de la mondialisation capitaliste, ces entités sont devenues des marchandises courantes, sur un marché particulièrement actif, celui des « mergers and acquisitions » (fusions et acquisitions). Il en a résulté que les salariés sont devenus eux-aussi des marchandises en continu et à deux niveaux : a) Le niveau classique. Les salariés, ouvriers notamment, sont des marchandises, dabord sur le marché du travail, en vendant leur force de travail ; b) Ils le sont ensuite lorsque leur entreprise est vendue, car ils sont vendus en même temps. Les équipements et les hommes forment un bloc. Les compétences des salariés (et dautres caractéristiques de la force de travail) font désormais partie de la valeur comptable des entreprises, que celles-ci soient ou non cotées en bourse. Ce phénomène est a fortiori vrai et accentué lorsque les entreprises concernées sont financées par lépargne externe. Cette situation, expression des rapports capitalistes mondialisés, pourrait être intégrée dans la réflexion théorique densemble des organisations ouvrières, pour la défense des travailleurs. Je ne propose pas ici de loi « anti-vente ». Ce phénomène, qui me paraît plus large que celui désigné par la notion de « licenciement boursier », doit être encore analysé. Ma remarque rejoint cependant ce que jai écrit précédemment concernant la lutte nécessaire contre les effets de la mondialisation capitaliste. Avec la mondialisation capitaliste, les ouvriers (les salariés) sont constamment sur le marché du travail. Lentreprise nest plus un lieu de production. Cest un lieu de gestion de contrats et un marché du travail permanent. 2) Lélaboration dune politique planifiée de la production matérielle (agriculture, industrie (bâtiments et travaux publics compris)), est le deuxième point important à considérer. On peut observer combien les ouvriers ont des idées stimulantes concernant ce que leur entreprise pourrait produire. Mais les managers et les actionnaires des lieux où ils travaillent les refusent car ils sont orientés par dautres motivations que la satisfaction des besoins des populations. Cela étant dit, la distance est encore grande entre une idée et sa réalisation marchande dans un environnement capitaliste mondialisé. Toutes ces idées devraient être rassemblées, examinées sous langle de leur faisabilité, enrichies de manière réciproque, débattues, articulées au territoire national et à lenvironnement européen ou mondial si cest possible, mais de toute façon valorisées en fonction dune stratégie nationale de développement. On ne peut pas confier au système bancaire le soin délaborer une politique de ce genre à la seule condition de respecter certains critères demploi. 3) Le troisième point est que la classe ouvrière doit se préparer à faire triompher lidéal du socialisme tout en sachant que le capitalisme naura pas disparu et survivra sans doute de nombreuses années. Je ne crois pas que le socialisme soit un système socio-productif sans capitalistes. Mais, en théorie et aussi en pratique, ce devrait être un système où les capitalistes ne seraient plus dominants. Ces derniers accompliraient un certain travail, en retireraient un profit, mais ne feraient plus la loi. Les représentants des ouvriers doivent préparer cette situation. Pour illustrer ma réflexion, rien ninterdit de penser, par exemple, que la démocratie économique doive être approfondie, non seulement pour les ouvriers et les salariés (en particulier leur intervention dans les systèmes locaux dinformation et de décision des entreprises), mais également pour les capitalistes ou certains dentre eux. A priori, je dirai que cette remarque ne concerne pas les agents de la bourgeoisie capitaliste mondialisée. Pour conclure sur ce point, lidée la plus importante me paraît être la suivante. Les ouvriers sont de plus en plus minoritaires dans la société. Le groupe social qui sest développé depuis le 19ème siècle nest pas celui des ouvriers, mais celui des salariés. Les alliés paysans sont progressivement éliminés. Par contraste, si lon additionne les cadres, les employés et les professions intermédiaires, cela fait 70% des actifs occupés. Que représente politiquement ce « groupe statistique » par rapport aux ouvriers ? - II - Classe ouvrière et autres classes sociales Le capitalisme industriel décrit par Marx et Engels est un système évolué, reposant sur un certain squelette juridique (la propriété privée), technique (les machines-outils industrielles) et mental (la responsabilité et linitiative individuelles), tout en étant animé par une sociologie simplifiée particulière (ouvriers et capitalistes). Ces traits subsistent aujourdhui bien que chacun de ces pôles ait changé. Mais lenvironnement de classe de ces éléments essentiels a lui aussi changé. Une réflexion collective sur le socialisme et le communisme ne peut se dispenser danalyser cet environnement. Il convient, dune part, de sopposer à ceux pour lesquels les ouvriers ne peuvent avoir de rôle dans le fonctionnement de la cité, et dautre part de définir ce rôle et les alliances sociales à laide desquelles il peut être tenu. En simplifiant de façon peut-être excessive, je dirai que lon trouve aujourdhui trois grandes interprétations relatives à lévolution sociologique des sociétés développées : linterprétation moderne des « classes moyennes », linterprétation « illusion doptique », qui découlerait de la mondialisation capitaliste, linterprétation « révolution informationnelle ». A) Les « classes moyennes » contemporaines ou lidéologie du dépassement du capitalisme industriel par suite de son enrichissement. Le problème théorique que jessaie de poser est le suivant. Dun côté on sait que les ouvriers sont lun des pivots de la société capitaliste industrielle. Mais ils représentent environ 20% des actifs. Si lon déduit les capitalistes (environ 10%) du reste, 70% sont à affecter. Ces 70% recouvrent les cadres (17%), les professions intermédiaires (25%), les employés (28%). Comment interpréter leur rôle et leurs aspirations politiques relativement à la classe ouvrière ? Une réponse à cette interrogation consiste à dire que, aux côtés de la classe ouvrière existent des catégories sociales ayant des niveaux comparables de rémunération (les employés, les professions intermédiaires), en sorte que si lon additionne tout ça (ouvriers, employés, professions intermédiaires), on obtient un sous-ensemble, appelé « classes populaires » et représentant 73% des actifs. La classe ouvrière serait hégémonique dans ce sous-ensemble. Elle jouerait le rôle principal. Elle indiquerait le chemin. Mais les deux autres catégories du sous-groupe en seraient proches. Elles joueraient cependant un rôle subalterne, un rôle dappoint. De son côté, le poste des cadres (17%) se fragmenterait au fur et à mesure que les luttes politiques contre les capitalistes prendraient de lampleur. Je ne discute pas cette interprétation de la société. Je crois que cest ce que, grosso modo, les communistes ont en tête et, en létat, je la trouve plutôt insuffisante. Quelle en est la validité théorique ? Je crois quelle repose davantage sur une intuition (la modestie des revenus et la lutte sociale engendrent une solidarité organique) que sur une analyse des conditions réelles. Contrairement à la théorie des « classes moyennes », que je vais critiquer, elle ne prétend pas que le capitalisme a dépassé ses propres contradictions. Mais son fondement théorique est le même, ce serait le revenu. Or cest le point à discuter ici. Le revenu peut-il être considéré comme un fondement stable des classes et des relations de classe ? Selon la théorie moderne des « classes moyennes » (pour la distinguer de lemploi que Marx et Engels faisaient de cette notion pour désigner les petits bourgeois), il existerait une catégorie sociale que les statistiques ne permettraient pas de repérer bien quelle soit partout présente, celle des « classes moyennes ». Daprès cette théorie, la réalité sociologique du monde moderne serait « la classe moyenne ». Elle prendrait place au centre de toutes les autres classes dont les contours et les conflits disparaitraient en elle. Il ne subsisterait plus que les « classes moyennes ». Le capitalisme aurait réussi, par effet denrichissement, à transcender son clivage essentiel. Sans doute y aurait-il toujours des conflits, mais ceux-ci ne porteraient pas sur lessence de la société. Ils porteraient sur le partage des richesses au sein de la société existante, laquelle serait désormais entrée dans les murs et perpétuellement reconduite. Les conflits de répartition auraient remplacé les conflits de production. Lobservation montre cependant que non seulement les conflits sociaux nont pas disparu, mais quils portent sur des aspects essentiels de la vie. Il ne sagit pas seulement, pour les ouvriers (ou dautres salariés), de lutter « à la marge », sur des suppléments salariaux. Il sagit de lutter sur lessentiel, « emploi ou pas », et donc sur « pas de salaire du tout » ou, au contraire sur « un salaire ». La notion de « classe moyenne » est donc douteuse. Quel est le problème théorique par elle escamoté ? Les sociologues américains, qui sont des empiristes, utilisent les niveaux de revenu pour catégoriser la société. Ils ont défini « des classes moyennes ». Ils définissent donc les classes par la consommation (le niveau de revenu). Pour eux, la tendance à la diminution de la classe ouvrière aurait pour contrepartie la tendance à laugmentation des classes moyennes (les 70%). Mais lintérêt du concept de classe, en tout cas dans la théorie de Marx, est de décrire les hommes vivant en société en fonction de leur place dans la production et non dans la consommation finale, via le revenu. La place dans la consommation finale est un dérivé de la place dans la production, laquelle est ordonnée par des rapports fondamentaux de propriété. Tant que la production ne sera pas « abondante », le travail, et donc le travail de production (pour tendre vers labondance) sera le facteur principal qui déterminera la place et le rôle des hommes dans la société. Et comme il nexiste pas de production qui soit faite en dehors de rapports de propriété, le travail devant être pris en considération pour analyser la société est, de toute évidence, le travail de production dans certains rapports de propriété. Tel est, me semble-t-il, le raisonnement que lon peut tenir pour rejeter la notion de « classe moyenne ». Il faut garder les yeux fixés sur la production et les rapports sociaux qui lorganisent. Quant à la classe ouvrière, elle est celle qui produit les marchandises capitalistes centrales de la production matérielle. Elle est la source de la plus-value et du profit. Elle est donc située au cur de lexploitation capitaliste, quel que soit son nombre. Je crois quon ne doit pas négliger le facteur consommation finale dans la définition fine des classes sociales du monde moderne et du comportement. Jai essayé de développer cette idée dans un texte récemment paru sur le site « Faire Vivre le PCF », mefforçant dinterpréter certains aspects de la vie communiste française. Mais prendre en compte la consommation nimplique pas de la faire passer avant la production comme facteur explicatif. Je nen dirai pas plus ici, sauf à mentionner, comme on me la fait remarquer après diffusion du texte ci-dessus indiqué, que des salariés aisés peuvent être en même temps exploités comme des bêtes. Et le moment venu, ils seront eux-aussi, jetés à la poubelle de leur entreprise. Il faut donc tenir compte des situations vraies tout en les situant dans le devenir que la connaissance des contradictions du Capital permet plus ou moins dextrapoler. Pour conclure sur ce point particulier, je répète que le « problème des classes moyennes » nest pas un vrai problème théorique. Cest un problème idéologique quand on veut faire jouer au facteur « enrichissement » plus que son propre rôle. La classe ouvrière se développe avec le capitalisme. Ce système accumule et diffuse, même modestement, de la richesse. Cest ainsi que même si le nombre des ouvriers sans domicile saccroît, dautres deviennent propriétaires de leur logement ou reçoivent un logement en héritage. Cela dit, la notion de classe moyenne, centrée sur le revenu et la consommation finale, napporte pas déléments indiquant que la classe ouvrière aurait perdu son rôle central dans le fonctionnement du capitalisme industriel (production de valeur marchande, de plus-value et de profit) et dans la lutte pour son changement. Cette notion prétend que le capitalisme aurait profondément changé par rapport à ce quil fut au 19ème siècle, au point que non seulement ce ne serait plus le capitalisme dautrefois, mais que ce ne serait plus le capitalisme du tout, du moins en ce qui concerne laccès aux richesses. Mais alors, comment se fait-il que le système revienne avec autant de rage systématique sur les acquis des années daprès 1945 ? Comment se fait-il quil engendre de plus en plus de pauvreté interne ? Comment se fait-il que certaines populations ne sachent plus comment faire pour survivre si ce nest en quittant massivement leur pays dorigine ? B) La réduction relative du poids des ouvriers dans lensemble salarial serait une illusion théorique engendrée par la mondialisation capitaliste. Si la catégorie ouvrière ne peut pas être diluée théoriquement dans lensemble mou de classes moyennes qui nexistent pas, comment expliquer la réduction de son poids relatif ? Chez les chercheurs marxistes, on trouve deux types de réponses à cette question. Selon le premier type, la classe ouvrière se développerait « ailleurs ». Puisque la mondialisation capitaliste concerne non seulement la circulation mondiale des flux financiers mais aussi le déplacement mondial des équipements lourds, il viendrait que la réduction des ouvriers, en France par exemple, aurait pour contrepartie le développement du nombre des ouvriers en Tunisie, au Maroc ou ailleurs. Il faudrait considérer « la classe ouvrière » au plan mondial. On verrait alors que la population ouvrière augmente. Sa diminution en France serait une illusion doptique. Cette approche est raisonnable. Elle nest cependant pas satisfaisante. Car sil est vrai que le nombre des ouvriers augmente sensiblement, en Chine par exemple, celui des employés ou des professions intermédiaires et cadres augmente encore plus vite, en nombre et en pourcentages. Ces indications sont confirmées par les statistiques du BIT. Il faudrait donc améliorer lanalyse. Cest ce que vise à faire le deuxième type de réponse. On observerait bien les phénomènes que je viens dindiquer (réduction du nombre des ouvriers), mais leur explication globale serait différente quoique découlant elle aussi de la mondialisation capitaliste. En effet, ce que la mondialisation développerait, au plan des activités, serait les services. Ces derniers seraient principalement un sous-produit de la mondialisation capitaliste. Les ouvriers diminueraient, en France par exemple, et en contrepartie apparaîtraient des emplois de service, en raison de la mondialisation capitaliste. Dans les pays en développement, on observerait également la croissance du nombre des ouvriers et celle encore plus grande et rapide de salariés du tertiaire, ou des services. Mais ce serait la conséquence de la mondialisation capitaliste. Là encore, on ne peut quêtre daccord avec les faits. La mondialisation capitaliste se développe en prenant certainement appui sur des activités nouvelles, de service. Ces activités sont, par exemple, celles du transport des personnes ou de lactivité bancaire et financière. Mais il existe bien des activités de service et donc bien des salariés de type employés, professions intermédiaires ou cadres, qui exercent un emploi dont le rapport avec la mondialisation capitaliste semble difficile à établir. En quoi le développement de la fonction publique, par exemple, serait-il un sous-produit de la mondialisation capitaliste ? Cest possible, mais cela devrait être prouvé. Ma conclusion relative à ce point est que la réduction absolue et relative du poids de la classe ouvrière dans lensemble salarial ne peut pas être rapportée à la mondialisation capitaliste aussi simplement que le prétendent ces approches ou ces théories. Il faut donc trouver autre chose. C) Autres interprétations centrées sur « la révolution informationnelle » . Je rappelle, pour la commodité de la lecture, le problème dont je recherche la solution théorique. Ce problème découle de lexistence dautres catégories sociales que les ouvriers, ces derniers pesant de moins en moins lourd dans la société. Ces autres classes sont-elles des substituts des ouvriers ou au contraire des compléments ? Quels rapports politiques peuvent être établis entre ces catégories pour la lutte en faveur du socialisme et du communisme ? La pensée communiste française a été fortement influencée par la lecture du Manifeste et porte la trace dune idée, selon moi trop simplificatrice, de linfluence quasiment directe des moyens de production techniques sur la structure sociale. Le moulin à eau aurait engendré le système féodal. La machine à vapeur et la machine-outil (industrielle) auraient engendré le capitalisme industriel. Léquipement majeur de la période contemporaine étant lordinateur, ce dernier aurait engendré la « révolution informationnelle ». Notre société, travaillée dans la profondeur de son être par la révolution informationnelle, serait à la recherche des rapports sociaux qui lui conviennent. Je pense que chez les communistes, en France aujourdhui, existe lidée que lordinateur est « lélément technique nouveau de lépoque » et ils sont prêts à accepter cette autre idée, à savoir quà « ce nouveau » doivent être associés de nouveaux rapports sociaux. Mais quen est-il des classes sociales générées par ce système ? En effet, je ne souhaite pas engager ici de discussion sur « la révolution informationnelle ». Je lai fait par ailleurs. Dautres que moi sy emploient (comme par exemple Jullien, avec un texte sur le site de FVPCF) ou sy sont employés. Je souhaite seulement indiquer la façon dont les chercheurs favorables au concept de révolution informationnelle comme concept dominant, en conçoivent lincidence sur les classes sociales. Jai repéré deux approches très différentes. Selon J. Lojkine, la révolution informationnelle produirait une nouvelle classe sociale, celle des travailleurs de linformation, distincte de la classe ouvrière. Cette nouvelle classe remplacerait progressivement la classe ouvrière actuelle. Ainsi sexpliquerait le déclin numérique observable de la classe ouvrière. En revanche, les classes moyennes des sociologues américains seraient, pour une grande part, des travailleurs de linformation. Selon P. Boccara, la révolution informationnelle aurait ses effets majeurs au plan de la consommation, finale et productive. Elle se diffuserait dans toutes les activités de manière cohérente en sorte que toutes les classes seraient affectées par elle. Il ny aurait pas de phénomène de remplacement de la classe ouvrière par la classe des salariés de linformation. Il y aurait, certes, lapparition de nouvelles catégories sociales en liaison avec lapprofondissement de la division du travail. Mais se mettrait simultanément en uvre un processus de généralisation des conditions de travail lié à la diffusion elle-même générale de la révolution informationnelle. Cela expliquerait la tendance à lhomogénéisation de la condition salariale en même temps que la convergence des luttes menées par les diverses fractions du salariat. Puisquil y aurait tendance à lhomogénéisation du salariat, le seul problème à considérer au sein de cet ensemble serait seulement celui des différences didentités. Certes, le concept de classe demeurerait opérationnel mais uniquement pour désigner la lutte globale entre les capitalistes et les salariés. La tâche majeure des communistes serait de contribuer à unifier idéologiquement les salariés (à faire disparaître les barrières de lidentité ) pour mener la lutte contre le « 1% », les capitalistes. Après avoir fait sauter, en théorie, le verrou des différences entre les identités, il ny aurait plus besoin quun parti communiste homogénéisât les aspirations et les formes de lutte propres aux différentes composantes du salariat, puisque ces composantes seraient en voie dhomogénéisation. Je ne vais pas développer ces aspects. Cela dit, je pense que la théorie de la révolution informationnelle, dans sa version boccarienne, est située au centre de la pensée des dirigeants communistes actuels. Cette théorie me semble avoir pour effet idéologique et théorique de dévaloriser lexistence et donc le rôle de la classe ouvrière dans le combat révolutionnaire. Mais je nen dirai pas davantage. Je crois que la théorie de la révolution informationnelle développée par Boccara est non seulement fausse mais nuisible. Jai exposé plusieurs fois les défauts, selon moi nombreux, de cette théorie. Je renvoie les personnes intéressées aux publications faites sur ce point dans le cadre de la Fondation Gabriel Péri. En revanche, je vais présenter, dans un dernier point les grands traits de la conception que je crois justifiée sur ce point. - III - Grands traits dune théorie hétérodoxe de la classe ouvrière dans un pays développé comme la France. Jappelle hétérodoxe la théorie que je vais présenter car elle est distincte de la théorie communiste officielle, orthodoxe, ayant cours dans les instances communistes en France. En employant un langage que lon trouvera peut-être désuet, je dirai que la classe ouvrière ny est plus déterminante du fonctionnement social, mais quelle y demeure dominante. Pour faire comprendre ces deux termes (déterminante et dominante), je donne immédiatement les premières explications suivantes : 1) Elle ne serait plus déterminante signifie que les impulsions les plus fortes viendraient désormais dautres secteurs, par exemple de la recherche. Ce nest plus lindustrie qui commanderait la recherche. Cest la recherche qui commanderait lindustrie. Par conséquent les chercheurs, pour parler de manière simplifiée, seraient au moins tout aussi importants socialement que les ouvriers. 2) Elle resterait cependant dominante dans la mesure où elle serait la principale productrice de marchandises capitalistes non financières. Elle serait donc productrice de la plus-value et du profit. Cest dans ce cadre industriel capitaliste que le rôle de la classe ouvrière serait visible. Je peux comparer cette situation à celle de lagriculture en France au tout début du 20ème siècle. Lagriculture nétait plus déterminante car ce rôle était désormais dévolu à lindustrie. Mais elle demeurait dominante. Lemploi était principalement rural ainsi que les modes de vie et les mentalités. Pourquoi cette évolution ? Que sest-il passé ? A mon avis, sans le dire, les partisans de la révolution informationnelle développent la thèse de lexistence, au sein du capitalisme industriel développé, « dun nouveau mode de production ». Le problème historique des "révolutionnaires" serait de « libérer » linformation de la contrainte capitaliste. Si on leur demande : Quest-ce que le socialisme ? ils répondront peut-être : « Le socialisme, cest la révolution informationnelle avec de nouveaux rapports sociaux, fondés sur le partage et la gratuité de linformation ». Je souhaite, pour ma part, ne pas tomber dans la prophétie et parcourir pas à pas le champ de lobservation, en théorisant au fur et à mesure que javance. A) La richesse et la complexité Je ne conteste absolument pas le fait que lindustrie se développe dans certaines zones parmi les plus peuplées du globe. Je ne conteste pas davantage le fait que lindustrie, dans les zones développées du globe, ait été détériorée sous leffet dorientations désastreuses quil convient de modifier. Le besoin de produits matériels de type industriel est loin dêtre saturé. Cest la raison pour laquelle lindustrie demeure globalement dominante. Cela étant noté, je crois que lindustrie nest plus déterminante. Les raisons pour lesquelles elle est en passe de perdre sa suprématie dans le fonctionnement social (ou même la déjà perdu) tiennent, selon moi, aux degrés de richesse et de complexité atteints dans les sociétés développées. Le degré atteint par la richesse est le premier facteur explicatif du processus de déclassement relatif de lindustrie. En effet, au-delà dun certain seuil de satisfaction des besoins en produits matériels (et donc de productivité du travail et du capital) se profilent de nouveaux besoins, comme ceux par exemple, de lentretien des personnes âgées (activités de services) ou de lamélioration de lurbanisation. Le degré atteint par la complexité est le second facteur explicatif de cette évolution et cest, je le crois, le facteur le plus important. La complexité économique désigne un état défini par le nombre croissant des relations économiques entre les agents et les changements intervenant dans les caractéristiques de ces relations, en particulier leur vitesse daccomplissement, leur périmètre et son extension continue, leur temporalité et le rôle du crédit dans cette évolution, leur finalité et leur incidence sociale, leur organisation, par la qualité particulièrement élevée des objets, des équipements et des infrastructures utilisés dans cet univers complexe. Ces deux facteurs, richesse et complexité, prennent en effet appui sur des produits nouveaux. Ils sont un stimulant provenant de lindustrie. Mais ils nécessitent également lapparition de nouvelles activités, souvent qualifiées dimmatérielles. Quelles sont ces activités ? Ce sont notamment des activités de service à finalité collective. Je vais en énumérer quelques-unes. B) Les activités déterminantes Je pense que lactivité de recherche scientifique est la plus importante de toutes, en tout cas la plus visible. Elle figure aujourdhui dans tous les programmes de régénération de lindustrie, parfois sous une forme limitée et réduite, celle de linnovation. Cest une perception limitée dans la mesure où linnovation correspond à la quête de plus-value extra (ou différentielle) sur des marchés où saffrontent des oligopoles mondiaux. Cest pourquoi les acteurs de lindustrie estiment que tous les deux ou trois ans, et presque en permanence, leurs produits doivent être renouvelés. Innovations de produits et innovations de procès, issus des entreprises bénéficiaires (ou rachetées à dautres entreprises plus petites), sont combinées pour mener un combat qualifié dhyperconcurrentiel. Au-delà, cependant, de linnovation tend à saffirmer aujourdhui la prééminence de la recherche scientifique. Ce nest pas lactivité de production matérielle qui, en tendance, entraînerait lactivité de production scientifique non-matérielle. Cest lactivité de recherche scientifique qui donnerait naissance aux produits. Je vais indiquer trois raisons de ce renversement. La première est que les sociétés ont pris conscience, dans la contradiction, des limites des ressources naturelles. Il faut donc inventer de nouvelles ressources et en perfectionner lutilisation. La deuxième est que les hommes eux-mêmes deviennent un objet de connaissance. La connaissance qui en résulte entraîne à son tour la production de nouveaux produits. La troisième est que la recherche scientifique ouvre la connaissance « des espaces infinis » comme disait Pascal. Cette branche de la connaissance implique à son tour les effets les plus divers sur la production classique [1]. Sans doute devrait-on ajouter lart de la guerre à ces trois raisons importantes. Avec la recherche scientifique, dautres activités collectives de production non matérielle se développent, comme celles de lenseignement général et de la formation à des connaissances plus spécialisées. La concordance de ces activités non matérielles avec les besoins de la production matérielle est certes difficile à anticiper avec précision. Mais il devrait être tenu pour raisonnable que leur mise en uvre précède la production matérielle. Il sensuit que la planification devrait être une activité de premier plan dans les sociétés modernes, notamment dans les domaines de lenseignement et de la formation. Elle a été, au contraire, massacrée par les forces économiques favorables à la dérégulation mondiale des économies. Il en est de même de la finance. Nous ne sommes plus à lépoque et au modèle productif décrits par Marx, la production de plus-value précédant alors sa transformation en argent. Nous sommes à une époque où lanticipation de la production de plus-value engendre et favorise la production de plus-value elle-même [2]. Cest cette anticipation que Keynes appelait le « motif de la finance », motif qui napparaît pas dans la Théorie Générale, mais que les postkeynésiens ont mis en lumière (Cf. par exemple, les travaux de Paul Davidson). Il en est de même des lois de la société. Dans un pays comme la France, la construction de logements est en grande partie dépendante de la législation relative au crédit, à lurbanisme, à la disposition des terrains, à la protection des locataires. Ce sont donc les lois et les règlements qui commandent la production de logements. La production pharmaceutique, la production agro-alimentaire sont de même nature. La société pénètre de plus en plus profondément, à laide de règlements et dinstitutions, les processus de production des produits matériels. Elle en encadre théoriquement la production. La revendication écologique va dans le même sens. Cest un nouvel aspect du processus que lon appelle socialisation. Je pense que mon raisonnement pourrait et devrait être approfondi. Mais je crois lavoir suffisamment étayé pour en conclure que, aujourdhui, les activités de production matérielle ne sont plus déterminantes de lactivité générale. Ce sont les activités de production non matérielle qui déterminent la production matérielle et tendent à donner à la société ses principaux traits sociologiques et intellectuels. Ma conclusion nest pas identique à celle exposée par différents chercheurs, Daniel Foray par exemple, selon lesquels notre époque serait celle de la connaissance. Je pense également à lOCDE, dont les travaux sur le rôle du savoir dans les sociétés modernes font autorité. A mon avis, cette façon condensée de décrire notre époque, même si elle a le mérite de désigner des activités essentielles, la science, le savoir, la connaissance, la formation, fait limpasse, au niveau même du concept quelle souhaite éclairer, des activités industrielles, toujours nécessaires. Ce que je cherche à décrire, pour ma part, ce nest pas un nouveau mode de production dont lactivité majeure serait tout ce quon veut, la révolution informationnelles, la science, la connaissance. Ce que je cherche à décrire est un bloc, un ensemble où la production industrielle (pour être plus précis, je préfère parler de production matérielle) serait en étroit rapport avec la production non matérielle. Dans ce bloc, né de la richesse accumulée et dun degré nouveau de complexité, la classe ouvrière entretiendrait (ou devrait entretenir) des rapports nouveaux avec les autres classes sociales engendrées par la complexité. C) La production industrielle demeure dominante Bien que lindustrie ne soit plus, selon moi, lactivité déterminante du fonctionnement des sociétés développées, elle demeure cependant lactivité dominante, la plus immédiatement visible des activités. Les activités déterminantes agiraient sur la productivité du travail et la valeur dusage. Les activités dominantes seraient celles de la PM, obligées de fonctionner selon la loi de la valeur marchande jusquau seuil de labondance, même si les capitalistes en étaient chassés. Notre société ne serait pas post-industrielle au sens étroit du terme. Elle serait surtout industriellement très développée et fonctionnerait sous la dominance de lindustrie, via la loi de la valeur. Je vais dabord expliquer les raisons de cette visibilité particulière de lindustrie. Jindiquerai ensuite les conséquences que lon peut en tirer au plan de lanalyse. Les raisons de la visibilité toujours très grande de lindustrie sont au nombre de quatre. a) La première tient à la relative nouveauté de cette évolution. Elle date de la deuxième moitié du 20ème siècle. En France, par exemple, la période qui sest déroulée sous la conduite du Général de Gaulle, dabord après la Deuxième Guerre mondiale, ensuite après 1958, peut être considérée comme une phase de modernisation industrielle et dindustrialisation intensive de léconomie. Cette période fut celle de lachèvement de la révolution industrielle amorcée au cours du 18ème siècle. Cest au cours des années 1970 que se manifeste, dans tous les grands pays industriels, une crise du Capital et de la rentabilité capitaliste de très grande ampleur. Elle amorça une nouvelle phase du capitalisme. Cette crise fut, en même temps, une crise des systèmes productifs centrés sur les États nationaux. Les activités de service se développèrent très rapidement au point que lon parle, dès les années 1960, de révolution tertiaire. Cest autour des années 1975, en Europe occidentale et continentale, que la part des services dans lemploi total dépasse 50%. En retenant 1970 comme date moyenne de la mutation de lindustrie, on en déduit que le rôle déterminant de ces activités a commencé dévoluer il y a environ 40 ans, ce qui est peu, même au regard de lhistoire humaine. b) La deuxième raison tient à ce que, en même temps que saffirmait la tendance au déclassement de lindustrie dans les pays développés, commençait de saffirmer, en particulier en Asie, la tendance contraire de mise en valeur de lindustrie dans des proportions inédites. Ce qui se perdait dun côté aurait été plus que compensé par ce qui se gagnait de lautre, au point même que, pour certains observateurs, au plan mondial (ce que jai déjà mentionné plus haut), lindustrie na pas été déclassée au bénéfice de la production non matérielle. Il se serait simplement produit, pour des raisons économico-politiques et dans lHémisphère Nord, un double phénomène de dévalorisation industrielle et de valorisation parasitaire des services marchands et non marchands. Ce processus naurait aucune signification quant à la place et au rôle de lindustrie. Il serait lié aux circonstances de la rentabilité capitaliste et non à lessence de lindustrie. c) La troisième raison résulterait de ce que la production matérielle serait, par définition et le plus souvent, non seulement visible mais tangible. Par contraste, la production non matérielle, bien que les effets en soient visibles si lon y prête attention, est qualifiée, à tort mais cest ainsi, dimmatérielle. Cela semble dailleurs correspondre à la réalité. Au plan du commerce extérieur, par exemple, 80% des échanges sont des échanges de biens. La matérialité des biens apparaît comme étant toujours la base de la vie sociale mondiale alors que linformation et la communication, plus généralement « limmatériel », en seraient des éléments certes importants mais de second ordre. d) La quatrième raison tient, selon moi, à ce que les économies des pays développés comparées à celles des pays émergents ont, certes, atteint un niveau de grande aisance, mais quelles nont pas atteint le seuil de labondance [3]. Les activités sont donc toujours soumises aux lois du marché, de la valeur marchande. Contrairement à ce que lon entend parfois, à savoir que le problème actuel ne serait plus celui de la production mais seulement celui de la répartition et de la consommation finale, il faut toujours produire. Or la production coûte. Je dirai même que, compte tenu des destructions industrielles engendrées par la gestion capitaliste des dernières décennies, produire devrait coûter « encore plus », car dénormes défaillances ont été accumulées. Au total, la production matérielle (à laquelle on peut ajouter les services individualisables et à finalité individuelle ou dentreprises) procède toujours de choix alternatifs tout en relevant des structures de propriété privée. Il sen suit quelle est valorisée monétairement. Cette valorisation marchande est prolongée par la distribution de revenus monétaires (salaires et profits) en sorte que toute lactivité (celle aussi bien de la production matérielle que de la production non matérielle à finalité collective) est évaluée de façon marchande. Certes, la production non matérielle à finalité collective est évaluée monétairement de manière très particulière. Les services à finalité collective étant gérée de façon non marchande, leurs résultats ne sont pas vendus sur le marché. Ces derniers nen donnent pas moins lieu à une évaluation monétaire, non pas en tant que produits vendus mais en tant que coûts de production. Ladministration, théoriquement, ne vend pas ses produits. Mais elle achète des moyens de production et du travail ainsi que des forces de travail. La production non marchande est évaluée par convention (puisque cette production nest pas vendue sur le marché), par la valeur de la consommation de capital fixe et des salaires dépensés pour réaliser cette activité. Elle est, en théorie, financée par limpôt prélevé sur la valeur marchande de la production matérielle. Si je caricature mon raisonnement, je dirai que, 1) dans la phase actuelle et dans le degré de complexité atteint au cours de cette phase du capitalisme, les activités de services collectifs, ou de production non matérielle collective, par exemple la recherche, léducation, sont désormais déterminantes. 2) Comme elles sont collectives elles sont gérées de façon non marchande (État au sens large), sans plus-value et sans profit. 3) Ces activités déterminantes (des valeurs dusage) sont en rapport avec ce quelles déterminent, la production matérielle. Or nous sommes toujours dans un univers de relative rareté, même si la productivité est élevée. Par conséquent la production matérielle est sans doute déterminée mais elle est aussi marchande. 4) Par lintermédiaire de la production matérielle marchande, cest toute la société qui fonctionne selon la loi de la valeur marchande. Les dépenses publiques ne sont pas évaluées en valeur dusage, elles le sont en valeur. Tout cela peut être visualisé par le schéma suivant : En résumé, puisque la sphère de la production matérielle est marchande (« marchande capitaliste »), cest elle qui fournit la valeur pour tout lensemble. Elle finance le capital public et les salaires publics. Les salariés de la PM demeurent au cur de lexploitation, comme avant, à lépoque du capitalisme industriel simple, bien que leur activité soit maintenant déterminée par la sphère de la PNM (qui fonctionne selon la loi de la valeur bien que ne produisant pas de marchandises). Les salariés de la PNM sont également exploités, mais dune autre façon, par contraction de lactivité publique totale, par contraction de la masse salariale publique, par intensification du travail à masse salariale constante. Celles et ceux qui ont déjà travaillé sur des schémas de reproduction peuvent faire la comparaison avec ce qui est présenté ici. Dans les schémas version Marx ou Lénine, lattention est portée sur les deux secteurs suivants : 1) la production des biens de consommation finale ; 2) la production des biens de production. Cette distinction est toujours opérationnelle, évidemment. Mais dans un résumé simplifié des schémas contemporains de la reproduction, on peut distinguer 1)
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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