| | | | | | | | Xuan | | Grand classique (ou très bavard) | | 18571 messages postés |
| Posté le 15-09-2024 à 20:48:55
| Le débat suit des questions sur la crise et la récession en Europe, qui touche simultanément la France et l'Allemagne, les deux piliers de l'UE Sahra Wagenknecht : létat de lAllemagne 13 septembre 2024 https://histoireetsociete.com/2024/09/13/sahra-wagenknecht-letat-de-lallemagne/#comment-19101 Dans ce site histoireetsociete, nous avons choisi de rompre avec la censure qui sest imposée à toute la vie politique française, et nous publions souvent des points de vue dadversaires, voire de gens dont nous ne partageons pas la totalité des analyses mais parce quil nous semble important de comprendre les raisonnements face à des questions essentielles. Alors que nous mesurons le poids du consensus atlantiste sur lOTAN, sur la vie politique française, la poussée à droite vers son extrême, le rôle de lUE, sur la guerre vers laquelle on nous pousse nous Français dans le silence organisé, en Allemagne, laffrontement est le même mais un certain plafond de censure a sauté, en particulier dans lex-RDA. LAllemagne avec la guerre, la crise de lénergie connait un processus de désindustrialisation endémique en France. Qui est Sahra Wagenknecht ? Avec la déroute des verts, celle de Die Linke et du SPD, faute dun parti communiste exclu de la vie politique, cest une social-démocratie à la Ruffin qui veut réveiller la gauche mais avec un réalisme allemand loin des querelles françaises. (note de Danielle Bleitrach) Propos recueillis par Thomas Meaney et Joshua Rahtz Léconomie allemande est confrontée à de multiples crises convergentes, à la fois structurelles et conjoncturelles. La flambée des coûts de lénergie due à la guerre avec la Russie ; un choc du coût de la vie, avec une inflation élevée, des taux dintérêt élevés et des salaires réels en baisse ; laustérité imposée par le frein constitutionnel à la dette, alors que les concurrents américains se lancent dans lexpansion budgétaire ; une transition verte qui touchera des secteurs clés tels que lindustrie automobile, la sidérurgie et la chimie ; et la transformation de la Chine, lun des partenaires commerciaux les plus importants de lAllemagne, en un concurrent dans des secteurs tels que les véhicules électriques. Pourriez-vous dabord nous dire quelles sont les régions qui ont été les plus touchées par la récession ? Il sagit dune crise générale en cours, la plus grave depuis des décennies, avec lAllemagne dans une situation pire que toute autre grande économie. Les régions industrielles les plus durement touchées sont les régions industrielles, colonne vertébrale du modèle allemand jusquà présent : le Grand Munich, le Bade-Wurtemberg, le Rhin-Neckar, la Ruhr. Pendant la pandémie, le commerce de détail et les services ont été les plus touchés. Mais aujourdhui, nos entreprises du Mittelstand sont soumises à une pression massive. En 2022 et 2023, les entreprises industrielles énergivores ont subi une baisse de 25 % de leur production. Cest sans précédent. Ils commencent tout juste à annoncer des licenciements massifs. Ces petites et moyennes entreprises familiales, dont beaucoup sont des travaux dingénierie spécialisés ou des fabricants de machines-outils, de pièces automobiles, déquipements électriques, sont vraiment importantes pour lAllemagne. Elles sont pour la plupart gérées par leur propriétaire ou familiales, ce qui signifie quelles ne sont pas cotées en bourse et ont souvent un caractère assez robuste. Mais elles ont leur propre culture dentreprise, axée sur le long terme, la prochaine génération, plutôt que sur les rendements trimestriels. Elles sont intégrées dans leurs communautés locales, faisant souvent du commerce interentreprises. Elles veulent conserver leurs travailleurs, au lieu dexploiter toutes les échappatoires, comme les grandes entreprises dont nous avons beaucoup aussi. Ce sont les entreprises du Mittelstand qui souffrent vraiment de la crise actuelle. Avec la persistance de prix élevés de lénergie, il existe un risque réel que les emplois manufacturiers soient détruits à grande échelle. Et quand lindustrie sen va, tout va : des emplois décemment rémunérés, du pouvoir dachat, de la cohésion communautaire. Il suffit de regarder le nord de lAngleterre ou la désindustrialisation des Länder de lEst. Le fait que nous ayons cette base industrielle solide signifie que nous avons encore un nombre relativement élevé demplois bien rémunérés. Mais les entreprises du Mittelstand sont sous pression depuis longtemps. Les politiciens traditionnels aiment chanter leurs louanges, parce quelles sont très populaires en Allemagne cest tout un exploit davoir conservé ces petites entreprises familiales hautement qualifiées contre les pressions des rachats dentreprises et de la mondialisation. Aidées en partie par leuro bon marché et le gaz russe à bas prix, certaines dentre elles sont devenues des champions dits cachés et des leaders du marché mondial. Mais les gouvernements allemands, poussés par le capital mondial, ont resserré les conditions dans lesquelles elles opèrent. Cela faisait partie du tournant néolibéral sous la coalition rouge-verte de Gerhard Schröder au tournant du millénaire. Schröder abolit lancien modèle des banques locales détenant de gros blocs dactions dans des entreprises locales. Cela avait au moins eu lavantage que la plupart des actions nétaient pas librement négociées, de sorte quil ny avait pas de pression sur la valeur actionnariale de la part des groupes financiers ou des fonds spéculatifs pour maximiser les rendements. Schröder a également accordé une exonération de limpôt sur les bénéfices, pour inciter les banques à vendre leurs actions industrielles sil ne lavait pas fait, le modèle ne se serait probablement pas effondré. Je ne veux pas idéaliser le Mittelstand. Il y a des entreprises familiales qui exploitent leurs employés assez durement. Mais il sagit toujours dune culture différente de celle des sociétés cotées avec des investisseurs internationaux, principalement institutionnels, qui ne sintéressent quà la recherche de rendements à deux chiffres. Laisser le Mittelstand être détruit serait une véritable erreur politique, car de nombreux aspects de la crise économique ont leurs racines dans de mauvaises décisions politiques des décisions comme la guerre avec la Russie, comme la façon dont la transition verte est gérée, comme la position antagoniste envers la Chine, qui vont clairement à lencontre des intérêts économiques de lAllemagne. Schröder était der Genosse der Bosse le camarade des patrons, comme nous lappelions mais au moins il a regardé la situation et a compris limportance dassurer lécoulement du gaz par gazoduc à un prix abordable. Le gouvernement actuel est passé au gaz naturel liquéfié américain à prix élevé pour des raisons purement politiques. Les trois partis de la coalition gouvernementale le SPD, le FPD et les Verts ont chuté dans les sondages parce que les gens en ont assez de la façon dont le pays est gouverné. Si nous pouvions examiner ces décisions politiques, une par une. Tout dabord, lénorme augmentation des coûts de lénergie en Allemagne est une conséquence directe de la guerre en Ukraine. Selon vous, linvasion russe aurait-elle pu être évitée ? On dit souvent quelle était poussée par le nationalisme grand-russe revanchard, qui ne pouvait être arrêté que par la force des armes. Jai limpression que Washington na jamais vraiment essayé darrêter linvasion russe, autrement que par des moyens militaires. Alors que lUkraine progresse rapidement vers ladhésion à lUE et à lOTAN, il devait être clair quune sorte de régime de sécurité convenu était nécessaire pour rassurer les intérêts de sécurité nationale de lÉtat russe. Mais les États-Unis ont mis fin à tous les traités de contrôle des armements et aux mesures de confiance en 2020, et à lhiver 2021-22, ladministration Biden a refusé de discuter avec la Russie du futur statut de lUkraine. Il nest pas nécessaire dêtre « nationaliste grand-russe revanchard » pour expliquer pourquoi la Russie pensait quelle ne pouvait plus regarder lUkraine devenir une base majeure pour lOTAN. LAllemagne subit beaucoup de pression de la part des États-Unis pour réduire ses liens économiques avec la Chine. Comment voyez-vous cette relation ? La situation est un peu plus ambiguë quavec la Russie. Le fait que la Chine devienne un concurrent nest pas la faute de lAllemagne, cest clair. Mais si nous devions nous couper du marché chinois, en plus de nous couper de lénergie bon marché, alors les lumières séteindraient vraiment en Allemagne. Cest pourquoi il y a une certaine pression, même parmi les grandes entreprises, pour ne pas adopter une stratégie isolationniste. En pourcentage du PIB, nous exportons beaucoup plus vers la Chine que les États-Unis, de sorte que notre économie en dépend beaucoup plus. Mais les Verts se sont montrés fanatiques sur ce point, tellement sous lemprise des États-Unis quils ont adopté une position violemment anti-chinoise. Annalena Baerbock, la ministre des Affaires étrangères des Verts, a commis de véritables erreurs diplomatiques. Dans au moins un cas, en Sarre, elle a effrayé un important investissement chinois qui créait beaucoup demplois. Il sagit donc dun nouveau développement inquiétant. Les Chinois possèdent beaucoup dentreprises en Allemagne, qui se portent souvent mieux que celles rachetées par les fonds spéculatifs américains. En règle générale, les Chinois planifient des investissements à long terme, et non le genre de pensée trimestrielle qui caractérise de nombreuses sociétés financières américaines. Bien sûr, ils veulent tirer un profit, et les technologies ne sont pas non plus désintéressées. Mais ils fournissent également des emplois sûrs. Cest très important pour notre économie. Je ne pense pas que Scholz ait encore décidé comment se positionner. Le FDP manuvre également, sous la forte pression des entreprises allemandes. Ils ont un débat parallèle sur les réserves de monnaie gelées de la Russie, et sils les exproprient, ou même simplement les revenus qui en découlent, cela enverra un signal sans équivoque à la Chine déviter les réserves en euros, si possible. Certaines sont déjà échangées contre de lor. Les États-Unis nexproprient pas les réserves russes, pour de bonnes raisons. Encore une fois, il ny a que les Européens qui se ridiculisent. Nous ruinons nos perspectives économiques pour que les Chinois puissent ce quils visent en fait devenir de plus en plus autosuffisants de toute façon. Ils ont encore besoin du commerce, mais peut-être que dans vingt ans, ils en auront moins besoin que nous navons besoin deux. Selon Robert Habeck, ministre de lÉconomie et ancien co-dirigeant des Verts, le plus grand défi économique de lAllemagne est la pénurie de main-duvre, qualifiée et non qualifiée, avec quelque 700 000 postes vacants non pourvus. Compte tenu du vieillissement de la population, le gouvernement estime quil manquera 7 millions de travailleurs au pays dici 2035. Si la santé du capitalisme allemand est une priorité pour la BSW, note de bas de page1, votre nouveau parti, cela nexige-t-il pas un niveau important dimmigration ? Le système éducatif allemand est dans un état misérable. Depuis 2015, le nombre de jeunes adultes sans diplôme de fin détudes secondaires na cessé daugmenter. En 2022, 2,86 millions de personnes âgées de 20 à 34 ans navaient pas de qualification formelle, dont de nombreuses personnes issues de limmigration. Cela correspond à près dun cinquième de toutes les personnes de ce groupe dâge. Chaque année, plus de 50 000 élèves quittent lécole en Allemagne sans diplôme, ce qui a des conséquences dramatiques pour eux-mêmes et pour la société. Pour eux, le débat sur le manque de main-duvre qualifiée sonne comme une moquerie. Notre priorité est de faire suivre une formation professionnelle à ces personnes. Néanmoins, il est nécessaire davoir une certaine immigration, compte tenu de la situation démographique de lAllemagne. Mais elle doit être gérée de manière à ce que les intérêts de toutes les parties soient pris en compte : les pays dorigine, la population du pays daccueil et les immigrants eux-mêmes. Cela nécessite une préparation. Il ny a rien de tout cela en ce moment. Nous ne pensons pas quun régime dimmigration néolibéral, où tout le monde peut en fait aller nimporte où et doit ensuite essayer dune manière ou dune autre de sintégrer et de survivre, soit une bonne idée. Nous devons accueillir des gens qui veulent travailler et vivre dans notre pays et nous devons apprendre à le faire. Mais cela ne devrait pas perturber la vie de ceux qui vivent déjà ici, et cela ne devrait pas surcharger les ressources collectives, pour lesquelles les gens ont travaillé et payé des impôts. Sinon, la montée de la politique de droite nativiste sera inévitable. En fait, lAfD, dans sa forme actuelle, est en grande partie un héritage dAngela Merkel. En Allemagne, nous avons une pénurie dramatique de logements, en particulier pour les personnes à faible revenu, et la qualité de léducation dans les écoles publiques est devenue épouvantable par endroits. Notre capacité de donner aux immigrants une chance égale de participer à notre économie et à notre société nest pas infinie. Nous pensons également quil est beaucoup mieux que les gens puissent trouver une éducation et un emploi dans leur pays dorigine, et nous devrions nous sentir obligés de les aider dans ce domaine, notamment en leur offrant un meilleur accès aux capitaux dinvestissement et un régime commercial équitable, plutôt que dabsorber certains des jeunes les plus entreprenants et les plus talentueux de ces pays dans notre économie pour combler nos lacunes démographiques. Nous devrions également rembourser aux pays dorigine les frais de scolarité des travailleurs hautement qualifiés qui sinstallent en Allemagne, comme les médecins. Et nous devrions nous attaquer à laspect de limmigration lié à la traite des êtres humains, aux gangs qui gagnent des millions en aidant des personnes qui nont pas vraiment besoin dasile à entrer en Europe. Nombreux sont ceux qui pourraient sympathiser avec la BSW et craignent que des déclarations comme votre commentaire de novembre dernier sur le sommet sur la politique migratoire à Berlin « LAllemagne est submergée, lAllemagne na plus de place » contribuent à une atmosphère xénophobe. Nest-il pas important déviter toute suggestion de racisme ou de xénophobie lorsque lon discute de ce que pourrait être une politique migratoire équitable ? Le racisme doit toujours être combattu, pas seulement évité, mais combattu. Mais pointer du doigt les véritables pénuries sociales une demande supérieure à la capacité nest pas xénophobe. Ce ne sont que des faits. Par exemple, il y a une pénurie de logements de 700 000 unités en Allemagne. Il y a des dizaines de milliers de postes denseignants non pourvus. Bien sûr, larrivée soudaine dun grand nombre de demandeurs dasile fuyant les guerres un million en 2015, principalement en provenance de Syrie, dIrak et dAfghanistan ; un million en provenance dUkraine en 2022 produit une énorme augmentation de la demande, qui nest pas satisfaite par une augmentation de la capacité. Cela crée une concurrence intense pour des ressources rares, et cela alimente la xénophobie. Ce nest pas juste pour les nouveaux arrivants, mais ce nest pas juste non plus pour les familles allemandes qui ont besoin dun logement abordable, ou dont les enfants vont dans des écoles où les enseignants sont complètement débordés parce que la moitié de la classe ne parle pas allemand. Et cest toujours le cas dans les zones résidentielles les plus pauvres, où les gens sont déjà sous pression. Il est inutile de nier ou de passer sous silence ces problèmes. Cest ce que les autres partis ont essayé de faire, et en fin de compte, cela na fait que renforcer lAfD. La migration aura toujours lieu dans un monde ouvert, et elle peut souvent être enrichissante pour les deux parties. Mais il est essentiel que lampleur de la migration ne devienne pas incontrôlable et que lon puisse contenir les vagues soudaines de migration. Vous dites que le racisme doit être combattu, mais lorsque le manifeste du Parlement européen déclare quen France et en Allemagne, il existe des « sociétés parallèles influencées par lislamisme » dans lesquelles « les enfants grandissent en haïssant la culture occidentale », cela ressemble à de la diabolisation. Pourtant, dans le même temps, la direction et la représentation parlementaire de la BSW sont sans aucun doute les plus multiculturelles de tous les partis allemands. Que répondriez-vous à cela ? Il y a de tels endroits en Allemagne, pas autant quen Suède ou en France, mais ils sont perceptibles. Si vous ne considérez les gens que comme des facteurs de production, et la société comme une économie défendue par une force de police, cela ne doit pas vous déranger beaucoup. Nous voulons éviter une spirale de méfiance et dhostilité mutuelles. Les membres de notre groupe qui ont ce que vous appelez un « milieu multiculturel » connaissent les deux côtés et ont un intérêt vital à ce que toutes les personnes vivent ensemble en paix, sans exploitation. Ils connaissent de première main la vacuité des politiques dimmigration néolibérales les « frontières ouvertes » sont exactement cela lorsquil sagit de tenir leurs promesses. Et les femmes de notre groupe en particulier sont heureuses de vivre dans un pays qui a largement surmonté le patriarcat et elles ne veulent pas le voir réintroduit par la porte de derrière. Vous avez cité les politiques de transition écologique comme allant à lencontre des intérêts économiques de lAllemagne. Quaviez-vous en tête ? Lapproche des Verts en matière de politique environnementale est économiquement punitive pour la plupart des gens. Ils sont en faveur de prix élevés du CO2, ce qui rend les combustibles fossiles plus chers afin de créer une incitation à sen débarrasser. Cela peut fonctionner pour les personnes aisées qui peuvent se permettre dacheter une voiture électrique, mais si vous navez pas beaucoup dargent, cela signifie simplement que vous êtes moins bien loti. Les Verts rayonnent darrogance envers les plus pauvres et sont donc haïs par une grande partie de la population. Cest quelque chose sur lequel joue lAfD : elle se nourrit de la haine des Verts, ou plutôt de la politique quils mènent. Les gens naiment pas quon leur dise quoi manger, comment parler, comment penser. Et les Verts sont le prototype de cette attitude missionnaire dans la promotion de leur programme pseudo-progressiste. Bien sûr, si vous pouvez vous permettre une voiture électrique, vous devriez en conduire une. Mais vous ne devriez pas croire que vous êtes une meilleure personne que quelquun qui conduit une vieille voiture diesel de milieu de gamme parce quil ne peut se permettre rien dautre. De nos jours, les électeurs verts ont tendance à être très aisés les plus « satisfaits économiquement », selon les sondages, encore plus que les électeurs du FDP. Ils incarnent un sentiment dautosatisfaction, même sils font grimper le coût de la vie pour les personnes qui ont du mal à sen sortir : « Nous sommes les vertueux, car nous pouvons nous permettre dacheter des aliments biologiques. On peut soffrir un vélo cargo. On peut se permettre dinstaller une pompe à chaleur. Nous pouvons nous permettre tout ». Vous êtes critique à légard de lapproche des Verts, mais quelles politiques environnementales poursuivriez-vous ? Des politiques avec lesquelles la grande majorité des gens de notre pays peuvent vivre, économiquement et socialement. Nous avons besoin dune vaste disposition publique pour faire face aux conséquences immédiates du changement climatique, de lurbanisme à la foresterie, de lagriculture aux transports publics. Cela coûtera cher. Nous préférons les dépenses publiques pour latténuation du changement climatique plutôt que, par exemple, laugmentation de notre budget dit de la « défense » à 3 % du PIB ou plus. Nous ne pouvons pas tout payer en une seule fois. Nous avons besoin de paix avec nos voisins pour pouvoir déclarer la guerre au « réchauffement climatique ». Ce nest pas ce que nous soutenons la destruction de lindustrie automobile nationale en rendant les voitures électriques obligatoires simplement pour répondre à des normes démissions arbitraires. Personne aujourdhui en vie ne vivra assez longtemps pour voir les températures moyennes baisser à nouveau, quelle que soit lampleur de la réduction des émissions de carbone. Équiper dabord les maisons de retraite, les hôpitaux et les crèches de la climatisation aux frais de lÉtat, et protéger les lieux proches des rivières et des ruisseaux contre les inondations. Sassurer que les coûts liés à la poursuite déchéances ambitieuses de réduction des émissions ne sont pas imposés aux gens ordinaires qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts. LAllemagne est également secouée à lheure actuelle par une crise culturelle à cause du massacre par Israël de plus de 30 000 Palestiniens à Gaza. Vous êtes lun des rares politiciens à avoir contesté linterdiction allemande des critiques dIsraël et à vous être prononcé contre la fourniture darmes par lAllemagne au gouvernement Netanyahou, aux côtés des États-Unis et du Royaume-Uni. Loffensive culturelle pro-sioniste actuelle représente-t-elle lopinion populaire en Allemagne ? Eh bien, il y a évidemment un contexte historique différent en Allemagne, il est donc compréhensible et juste que nous ayons une relation avec Israël différente de celle des autres pays. Vous ne pouvez pas oublier que lAllemagne est lauteur de lHolocauste, vous ne devez jamais oublier ce fait. Mais cela ne justifie pas la fourniture darmes pour les terribles crimes de guerre qui ont actuellement lieu dans la bande de Gaza. Et si vous regardez les sondages dopinion, la majorité de la population ny est pas favorable. La couverture médiatique est toujours sélective, bien sûr, mais il est évident que les gens ne peuvent pas partir, quils sont brutalement bombardés. Les gens meurent de faim, les maladies sévissent, les hôpitaux sont attaqués et désespérément mal équipés. Tout cela est évident, et sur le terrain en Allemagne, il y a certainement des positions très critiques. Mais en politique, quiconque exprime des critiques est immédiatement matraqué par le bâton de lantisémitisme. Il en va de même dans le discours social et culturel, comme pour la cérémonie de remise des prix de la Berlinale : dès que vous critiquez les actions du gouvernement israélien et bien sûr de nombreux Juifs les critiquent vous êtes dépeint comme un antisémite. Et cest naturellement intimidant, car qui veut être antisémite ? En octobre 2021, beaucoup pensaient quun gouvernement dirigé par le SPD représenterait un virage à gauche, après seize ans de chancellerie de Merkel. Au lieu de cela, lAllemagne a viré à droite. La « coalition des feux tricolores » a augmenté le budget de la défense de 100 milliards deuros. La politique étrangère allemande a pris un virage agressivement atlantiste. Le Zeitenwende [changement dépoque] de Scholz vous a-t-il surpris ? Et quel rôle les partenaires de coalition du SPD ont-ils joué pour le pousser dans cette voie ? Les tendances sont là depuis un certain temps. Le SPD a entraîné lAllemagne dans la guerre contre la Yougoslavie en 1999, puis dans loccupation militaire de lAfghanistan en 2001. Schröder sest au moins opposé aux Américains lors de linvasion de lIrak, avec un fort soutien au sein du SPD. Mais le SPD a complètement perdu son ancienne personnalité et est devenu une sorte de parti de guerre. Ce qui est effrayant, cest quil y a si peu dopposition au sein du parti. Ses dirigeants actuels sont des personnalités qui nont vraiment aucune position propre. Ils pourraient être dans la CDU-CSU, ils pourraient être avec les libéraux. Cest pourquoi limage publique du SPD a été en grande partie détruite. Il ny a plus rien dauthentique à ce sujet. Il nest plus synonyme de justice sociale, au contraire, le pays est devenu de plus en plus injuste, le fossé social sest creusé et il y a de plus en plus de personnes qui sont vraiment pauvres ou menacées de pauvreté. Et il a complètement abandonné sa politique de détente. Bien sûr, le SPD est également poussé dans cette direction par les Verts et le FDP. Les Verts sont aujourdhui le parti le plus belliciste dAllemagne un développement remarquable pour un groupe issu des grandes manifestations pour la paix des années 1980. Aujourdhui, ils sont les plus grands militaristes de tous, poussant toujours à lexportation darmes et à laugmentation des dépenses de défense. Et cela ne fait que renforcer la tendance au sein du SPD. Le renforcement contre la Russie a été motivé par cette dynamique. Au début, il semblait que Scholz cédait à la pression sur certaines questions, mais pas sur dautres. Par exemple, il a créé un fonds spécial pour lUkraine, mais craignait dêtre entraîné dans le conflit et na initialement livré que 5 000 casques. Mais ensuite, cela a changé et une tendance a émergé. Scholz hésite dabord. Puis il est attaqué par Friedrich Merz, chef de lopposition cdu-csu. Ensuite, ses partenaires de coalition, les Verts et le FDP, font monter la pression. Enfin, Scholz prononce un discours annonçant quune autre ligne rouge a été franchie. Le débat sest déplacé vers les véhicules blindés de transport de troupes, puis les chars de combat, puis les avions de chasse. Scholz a toujours dit « Nein » au début, puis le non sest transformé en « Jein », en « non-oui », puis à un moment donné en « Ja ». Aujourdhui, les pays de lOTAN et lUkraine font pression pour que lAllemagne fournisse des missiles de croisière Taurus, capables dattaquer des cibles aussi éloignées que Moscou. Ils représentent lescalade la plus dangereuse à ce jour, car ils sont clairement destinés à une utilisation offensive contre des cibles russes. Je ne suis pas sûr que lAllemagne les livre réellement dans lintérêt de lAmérique, car le risque est extrêmement élevé. Si nous fournissons des armes allemandes pour détruire des cibles russes comme le pont de Kertch entre la Crimée et le continent, la Russie réagira contre lAllemagne. Jespère que cela signifie quils ne seront pas approvisionnés. Mais vous ne pouvez pas en être sûr, étant donné la faiblesse de Scholz et sa tendance à plier. Il est difficile de penser à un chancelier qui a eu un bilan aussi misérable. Toute la coalition aussi, il ny a jamais eu de gouvernement en Allemagne qui ait été aussi sans vie, après seulement deux ans et demi au pouvoir. Et bien sûr, le cdu-csu nest pas une alternative. Merz est encore pire sur la question de la guerre et de la paix, et pire aussi sur les questions économiques. La droite na pas de stratégie, mais elle sera la principale bénéficiaire du bilan lamentable du gouvernement. Peut-être que lécoute électronique des chefs de la Luftwaffe discutant de la nécessité de bottes allemandes sur le terrain pour les missiles Taurus et révélant que les troupes britanniques et françaises étaient déjà actives en Ukraine, tirant des missiles Storm Shadow et Scalp aura mis cela en attente pour le moment. Mais la stratégie de Merz nest-elle pas de virer à droite, dattirer les électeurs de lAfD ? Na-t-il pas réussi à cela ? Merz na tout simplement pas de position crédible sur la plupart des questions. LAfD a obtenu des soutiens sur trois questions : premièrement, la migration, cest-à-dire le nombre de demandeurs dasile en Allemagne ; deuxièmement, les confinements pendant la pandémie ; et troisièmement, la guerre en Ukraine. Merz est partout sur les demandeurs dasile. Parfois, il se met à fond dans lAfD et fulmine contre les petits pachas, puis il se fait attaquer et reprend tout. Mais bien sûr, cétait lhéritage de Merkel, donc la cdu nest pas crédible à cet égard. Même son de cloche avec la crise du Covid : la CDU-CSU était également favorable au confinement et à la vaccination obligatoire, et a agi tout aussi mal que tout le monde. Puis la question de la paix sest posée, et cest ce quil y a de si perfide en Allemagne. Avant que nous ne lancions la BSW, lAfD était le seul parti qui plaidait constamment en faveur dune solution négociée et contre les livraisons darmes à lUkraine, qui était une question vitale pour de nombreux électeurs de lEst. La cdu-csu voulait fournir encore plus darmes et Die Linke était divisé sur la question. Si vous vouliez un retour à une politique de détente, si vous vouliez des négociations, si vous ne vouliez pas être partie prenante de la guerre en fournissant des armes, vous naviez personne dautre vers qui vous tourner. En ce qui concerne Israël, bien sûr, lAfD est déterminée à fournir encore plus darmes, parce quelle est un parti anti-islamique et quelle approuve manifestement les choses terribles qui sy passent. Cest lune des principales raisons pour lesquelles nous avons finalement pris la décision de fonder un nouveau parti, afin que les gens qui étaient légitimement insatisfaits du courant dominant, mais qui ne sont pas des extrémistes de droite et cela inclut une grande partie des électeurs de lAfD aient un parti sérieux vers lequel se tourner. Alors, comment compareriez-vous la CDU actuelle au parti dHelmut Kohl ? Cest lui qui a piétiné la Grundgesetz [la Constitution] afin dintégrer les nouveaux Länder. La CDU sous Kohl a toujours eu une aile sociale forte, une aile ouvrière forte. Cest ce que représentaient Norbert Blüm, et Heiner Geißler, à ses débuts. Ils ont plaidé en faveur des droits sociaux et de la sécurité sociale, ce qui a fait de la CDU une sorte de parti populaire. Elle a toujours bénéficié dun fort soutien de la part des travailleurs, de ce quon appelait les kleinen Leute les gens ordinaires à faible revenu. Merz représente le capitalisme BlackRock, non seulement parce quil a travaillé pour BlackRock, mais parce quil représente ce point de vue en termes déconomie politique. Il veut augmenter lâge de la retraite, ce qui signifie une nouvelle réduction des pensions. Il veut réduire les prestations sociales ; il dit que lÉtat-providence est trop grand, quil doit être démantelé. Il est contre un salaire minimum plus élevé toutes les choses que la cdu avait lhabitude de soutenir. Cela faisait partie de la doctrine sociale catholique, qui avait sa place dans la CDU. Ils défendaient un capitalisme domestiqué, un ordre économique qui avait une forte composante sociale, un État-providence fort. Et ils étaient crédibles, car la véritable attaque contre les droits sociaux en Allemagne a eu lieu en 2004 sous Schröder et le gouvernement SPD-Verts. Cest donc un peu différent du Royaume-Uni. La CDU a en fait retardé lassaut néolibéral. Merz est une percée pour eux. Pourriez-vous expliquer pourquoi vous avez décidé de quitter Die Linke, après tant dannées ? Lessentiel, cest que Die Linke lui-même avait changé. Il se veut aujourdhui plus vert que les Verts et copie leur modèle. La politique identitaire prédomine et les questions sociales ont été mises de côté. Die Linke avait connu un certain succès en 2009, il avait obtenu 12 %, soit plus de 5 millions de voix mais en 2021, le vote était tombé sous la barre des 5 %, avec seulement 2,2 millions de voix. Ces discours privilégiés, si je peux les appeler ainsi, sont populaires dans les cercles universitaires métropolitains, mais ils ne sont pas populaires auprès des gens ordinaires qui avaient lhabitude de voter à gauche. Die Linke avait lhabitude davoir un fort ancrage en Allemagne de lEst, mais les gens là-bas ne peuvent pas gérer ces débats sur la diversité, du moins dans la langue dans laquelle ils sont exprimés. Ils sont tout simplement aliénants pour les électeurs qui veulent des pensions décentes, des salaires décents et, bien sûr, légalité des droits. Nous sommes pour que chacun puisse vivre et aimer comme il lentend. Mais il existe un type exagéré de politique identitaire où vous devez vous excuser si vous vous exprimez sur un sujet si vous nêtes pas vous-même dorigine migratoire, ou vous devez vous excuser parce que vous êtes hétéro. Die Linke sest plongé dans ce genre de discours et a ainsi perdu des voix. Certains ont rejoint le camp des non-électeurs et dautres la droite. Nous navions plus la majorité dans le parti parce que le milieu qui soutenait Die Linke avait changé. Il était clair quil ne pouvait pas être sauvé. Un groupe dentre nous sest dit : soit nous continuons à regarder le parti seffondrer, soit nous devons faire quelque chose. Il est important que ceux qui ne sont pas satisfaits aient un endroit où aller. Beaucoup de gens disaient : nous ne savons plus pour qui voter, nous ne voulons pas voter pour lAfD, mais nous ne pouvons pas voter pour quelquun dautre non plus. Cest ce qui nous a motivés à nous dire : faisons quelque chose par nous-mêmes et lançons un nouveau parti. Nous ne venons pas tous de la gauche. Nous sommes un peu plus quun renouveau de gauche, pour ainsi dire. Nous avons également incorporé dautres traditions dans une certaine mesure. Jai décrit cela dans mon livre, Die Selbstgerechten, comme « de gauche conservatrice ».note de bas de page2 En dautres termes : socialement et politiquement, nous sommes de gauche, mais en termes socio-culturels, nous voulons rencontrer les gens là où ils sont, pas faire du prosélytisme auprès deux sur des choses quils rejettent. Quelles leçons, négatives ou positives, avez-vous tirées de lexpérience dAufstehen, le mouvement que vous avez lancé en 2018 ? Lors de sa création, Aufstehen a rencontré un écho écrasant, avec plus de 170 000 personnes intéressées. Les attentes étaient énormes. Ma plus grande erreur à lépoque a été de ne pas my être préparée correctement. Javais lillusion que les structures se formeraient une fois que nous aurions commencé. Dès quil y aurait beaucoup de monde, tout commencerait à fonctionner. Mais il est vite devenu évident que les structures nécessaires au fonctionnement dun mouvement dans les Länder, les villes, les communes ne peuvent pas être mises en place du jour au lendemain. Cela demande du temps et de lattention. Ce fut une leçon importante pour le développement de la bsw : personne ne peut fonder un parti, il a besoin de bons organisateurs, de personnes expérimentées et dune équipe fiable. Le bsw est lancé par un groupe impressionnant de parlementaires. Quelle expertise possèdent-ils, quelles sont leurs spécialisations et leurs domaines dengagement particuliers ? Le groupe bsw au Bundestag dispose dun personnel solide. Klaus Ernst, le vice-président, est un syndicaliste expérimenté dig-Metall, cofondateur et président du wasg puis de Die Linke. Alexander Ulrich est un autre syndicaliste, également un politicien expérimenté du parti. Amira Mohamed Ali, qui présidait le groupe parlementaire de Die Linke, a travaillé comme avocate dans un grand cabinet avant de devenir active en politique. Sevim Dağdelen est une experte expérimentée en politique étrangère qui dispose dun vaste réseau, en Allemagne et dans le monde entier. Les autres parlementaires de la BSW sont Christian Leye, Jessica Tatti, Żaklin Nastić, Ali Al Dailami et Andrej Hunko. Il y a aussi des personnalités importantes en dehors du Bundestag. Quel est le programme de la BSW ? Notre document fondateur comporte quatre axes clés. La première est une politique de bon sens économique. Cela semble flou, mais cela concerne la situation en Allemagne où les politiques gouvernementales détruisent notre économie industrielle. Et si lindustrie est détruite, cest aussi une mauvaise situation pour les employés et lÉtat-providence. Donc, une politique énergétique sensée, une politique industrielle raisonnable, cest la première priorité. Cela signifie-t-il une stratégie économique alternative basée sur le travail, telle que la gauche britannique autour de Tony Benn la développée dans les années 1970, ou est-elle conçue comme une politique nationale-industrielle conventionnelle ? En Allemagne, il ny a jamais eu la même conscience dune identité ouvrière quen Grande-Bretagne dans les années 1970 et 1980, pendant la grève des mineurs, même si elle nexiste plus aujourdhui. La République fédérale a toujours été une société de classe moyenne, dans laquelle les travailleurs avaient tendance à se considérer comme faisant partie de la classe moyenne. Ce qui compte en Allemagne, cest le Mittelstand, le bloc fort des petites entreprises qui peuvent se positionner face aux grandes entreprises. Cette opposition est aussi importante que la polarité entre le capital et le travail. En Allemagne, il faut le prendre au sérieux. Si vous faites appel aux gens uniquement sur une base de classe, vous nobtiendrez pas de réponse. Mais si vous faites appel à eux en tant que membres du secteur créateur de richesse de la société, y compris les entreprises dirigées par leurs propriétaires, contrairement aux sociétés géantes dont les bénéfices sont acheminés vers les actionnaires et les cadres supérieurs, sans presque rien pour les travailleurs cela fait mouche. Les gens peuvent comprendre ce que vous dites, ils peuvent sy identifier et se mobiliser sur cette base pour se défendre. On ne trouve pas la même opposition au sein des petites entreprises, car elles sont souvent en difficulté elles-mêmes. Elles nont pas la marge de manuvre nécessaire pour augmenter les salaires, étant donné que les prix bas leur sont dictés par les grands acteurs. Mais je sais que lAllemagne est un peu différente à cet égard, par rapport à la France, à la Grande-Bretagne ou à dautres pays. Ainsi, une politique énergétique et une politique industrielle de bon sens commenceraient par prendre en compte les besoins du Mittelstand, dune manière qui encourage les propriétaires et leurs familles à saccrocher plutôt que de vendre leurs entreprises à un investisseur financier. Cela marquerait une distinction avec le fondement tacite de la politique gouvernementale au cours des vingt dernières années, au moins, où, malgré tous les discours élogieux sur le Mittelstand, la stratégie de Merkel était clairement orientée vers les grandes entreprises et, avec un peu denvironnementalisme, vers les grandes villes. Il en va de même, bien sûr, pour le FDP et, dans la pratique, pour les Verts. Pour vous, la frontière la plus importante est donc la différence entre le capital financier et le capital régional ou intermédiaire ? Oui, mais comme je lai dit, je ne veux pas non plus idéaliser cela. Il y a certainement de lexploitation à tous les niveaux. Mais quand même, il y a une différence par rapport à Amazon, par exemple, ou à certaines des entreprises du dax. Aujourdhui, par exemple, même si léconomie se contracte, les sociétés du Dax versent plus de dividendes que jamais. Dans certains cas, les entreprises distribuent la totalité de leurs bénéfices annuels, voire plus. Depuis des années, lAllemagne a un taux dinvestissement très faible, car beaucoup dargent est versé, en raison de la pression des groupes financiers mondiaux. En proportion, les entreprises du Mittelstand investissent nettement plus. Quels sont les autres axes du programme de la bsw ? Le deuxième élément est la justice sociale. Cest absolument central pour nous. Même lorsque léconomie se portait bien, nous avions toujours un secteur à bas salaires en pleine croissance, avec une pauvreté et des inégalités sociales croissantes. Un État-providence fort est vital. Le service de santé allemand est soumis à une pression énorme. Vous pouvez attendre des mois avant de voir un spécialiste. Le personnel infirmier est terriblement surchargé de travail et sous-payé nous avons fortement soutenu leur grève en 2021. Le système scolaire est également défaillant. Comme je lai dit, une proportion considérable de jeunes qui sortent de la Realschule ou de la Hauptschule nont pas les connaissances élémentaires de base pour être embauchés en tant quapprentis ou stagiaires. Et les infrastructures allemandes tombent en ruine. Il y a environ trois mille ponts délabrés, qui ne sont pas réparés et devront être démolis à un moment donné. La Deutsche Bahn, le service ferroviaire, est en permanence non ponctuel. Ladministration publique dispose déquipements obsolètes. Les politiciens traditionnels sont bien conscients de tout cela, mais ils ne font rien à ce sujet. Le troisième axe est la paix. Nous nous opposons à la militarisation de la politique étrangère allemande, avec des conflits qui sintensifient vers la guerre. Notre objectif est un nouvel ordre de sécurité européen, qui devrait inclure la Russie à plus long terme. La paix et la sécurité en Europe ne peuvent être garanties de manière stable et durable que si un conflit avec la Russie, une puissance nucléaire, nest pas à lordre du jour. Nous soutenons également que lEurope ne devrait pas se laisser entraîner dans un conflit entre les États-Unis et la Chine, mais quelle devrait poursuivre ses propres intérêts par le biais de partenariats commerciaux et énergétiques variés. En ce qui concerne lUkraine, nous appelons à un cessez-le-feu et à des négociations de paix. La guerre est un conflit sanglant par procuration entre les États-Unis et la Russie. À ce jour, il ny a pas eu defforts sérieux de la part de lOccident pour y mettre fin par la négociation. Les opportunités qui existaient ont été gâchées. En conséquence, la position de négociation de lUkraine sest considérablement détériorée. Quelle que soit la fin de cette guerre, elle laissera lEurope avec un pays blessé, appauvri et dépeuplé en son sein. Mais au moins, il est possible de mettre fin à la souffrance humaine actuelle. Et le quatrième axe ? Le quatrième élément est la liberté dexpression. Il y a ici une pression de plus en plus forte pour se conformer à un spectre de plus en plus restreint dopinions admissibles. Nous avons parlé de Gaza, mais la question va bien au-delà. La ministre spd de lIntérieur, Nancy Faeser, vient de déposer un projet de loi de « promotion de la démocratie » qui érigerait en infraction pénale la moquerie du gouvernement. Nous nous y opposons, bien sûr, pour des raisons démocratiques. La République fédérale a une vilaine tradition ici, qui fait toujours pousser de nouvelles fleurs. Il nest pas nécessaire de revenir à la répression des années 1970, à la tentative dinterdire aux « extrémistes de gauche » daccéder aux emplois du secteur public. Il y a eu un recours immédiat à la coercition idéologique pendant la pandémie, et encore plus maintenant avec lUkraine et Gaza. Ce sont donc les quatre points principaux. Notre objectif général est de catalyser un nouveau départ politique et de faire en sorte que le mécontentement ne continue pas à dériver vers la droite, comme il la fait ces dernières années. Quels sont les projets électoraux de la BSW pour les prochaines élections au Parlement européen et aux Länder ? Quelles coalitions envisagerez-vous dans les parlements des Länder ? Pour ce qui est des coalitions, ne partageons pas la fourrure de lours avant quil ne soit tué, comme on dit. Nous sommes suffisamment distincts de tous les autres partis pour être en mesure dexaminer toute proposition quils pourraient vouloir faire sur les coalitions ou dautres formes de participation au gouvernement comme la tolérance ou les majorités flexibles. Pour linstant, nous voulons simplement convaincre le plus grand nombre possible de nos concitoyens que leurs intérêts sont entre de bonnes mains chez nous. En tant que nouveau parti, nous voulons une forte présence aux élections européennes, notre première occasion de chercher un soutien pour notre nouvelle approche de la politique. Nous ferons valoir aux électeurs que les États membres démocratiques de lUE devraient être les principaux responsables de la gestion des problèmes des sociétés et des économies européennes, plutôt que la bureaucratie et la jurisprudence de Bruxelles. Sur votre auto-définition de la « gauche conservatrice » : vous avez parlé chaleureusement de la vieille tradition de la CDU, de sa doctrine sociale et du « capitalisme domestiqué ». Comment différencieriez-vous la BSW de la CDU dantan, si elle était alliée, disons, à la politique étrangère de Willy Brandt ? La démocratie chrétienne daprès-guerre était conservatrice en ce sens quelle nétait pas néolibérale. Lancienne cdu-csu combinait un élément conservateur aussi bien quun élément radical-libéral ; sil a pu le faire, cétait grâce à limagination politique dun homme comme Konrad Adenauer, bien quil ait existé quelque chose de semblable en Italie et, dans une certaine mesure, en France. Le conservatisme à lépoque signifiait la protection de la société contre le maelström du progrès capitaliste, par opposition à lajustement de la société aux besoins du capitalisme, comme dans le (pseudo-)conservatisme néolibéral. Du point de vue de la société, le néolibéralisme est révolutionnaire et non conservateur. Aujourdhui, la CDU, maintenant dirigée par quelquun comme Merz, a réussi à éradiquer la vieille idée démocrate-chrétienne selon laquelle léconomie doit être au service de la société, et non linverse. La social-démocratie, le SPD dautrefois, avait également un élément conservateur, avec la classe ouvrière plutôt que la société dans son ensemble au centre. Cela a pris fin lorsque la Troisième Voie au Royaume-Uni et Schröder en Allemagne ont confié le marché du travail et léconomie à une marketocratie mondialiste-technocratique. Tout comme en politique étrangère, nous croyons être en droit de nous considérer comme les héritiers légitimes à la fois du « capitalisme domestiqué » du conservatisme daprès-guerre et du progressisme social-démocrate, national comme étranger, de lépoque de Brandt, de Kreisky et de Palme, appliqué aux circonstances politiques changeantes de notre temps. Sur le plan international, quelles forces au sein de lUE ou au-delà voyez-vous comme des alliés potentiels pour votre alliance ? Je ne suis pas la personne la mieux placée pour répondre à cette question, car je mintéresse surtout à la politique intérieure. Je sais que les gens ont souvent une vision déformée de nous depuis létranger, et jespère que je ne vois pas les autres pays de manière déformée. Au début, nous avions des liens étroits avec La France insoumise, mais je ne sais pas comment ils se sont développés ces dernières années. Ensuite, il y a eu le Mouvement 5 étoiles en Italie, qui est encore un peu différent, mais il y a aussi certains chevauchements. En général, nous serions sur la même longueur donde que nimporte quel parti de gauche fortement orienté vers la justice sociale, mais qui ne senferme pas dans un discours identitaire. Vous dites que Die Linke est devenu « plus vert que les Verts », en marginalisant les questions sociales. Mais les Verts eux-mêmes avaient autrefois un programme social fort, avec une stratégie industrielle verte qui comportait une forte composante sociale et, bien sûr, la démilitarisation de lEurope. Selon vous, que sest-il passé dans les années 1990, lorsquils ont perdu cette dimension ? Cétait la même chose avec de nombreux anciens partis de gauche. Une partie de la réponse est que le milieu de soutien a changé. Les partis de gauche étaient traditionnellement ancrés dans la classe ouvrière, même sils étaient dirigés par des intellectuels. Mais leur électorat a changé. Piketty retrace cela en détail dans Le Capital et lIdéologie. Une nouvelle classe professionnelle, diplômée de luniversité, sest considérablement développée au cours des trente dernières années, relativement épargnée par le néolibéralisme parce quelle a de bons revenus et une richesse croissante en actifs, et ne dépend pas nécessairement de lÉtat-providence. Les jeunes qui ont grandi dans ce milieu nont jamais connu la peur ou la misère sociale, parce quils ont été protégés dès le départ. Cest aujourdhui le milieu principal des Verts, des gens relativement aisés, préoccupés par le climat, ce qui joue en leur faveur, mais qui visent à résoudre le problème par des décisions individuelles des consommateurs. Des gens qui nont jamais eu à se priver, prêchant le renoncement à ceux pour qui se priver fait partie de la vie quotidienne. Mais nest-ce pas aussi le cas pour les partis traditionnels ? Les Verts sont peut-être les plus spectaculaires par rapport à ce quils étaient dans les années 1980. Mais la CDU, comme vous le dites, a abandonné son volet social. Le SPD a mené le tournant néolibéral. Y a-t-il une cause plus profonde à ce mouvement vers la droite, ou vers le capital financier ou mondial ? Tout dabord, comme lont très bien analysé des sociologues comme Andreas Reckwitz, il sagit dun milieu social fort et en pleine croissance, qui joue un rôle de premier plan dans la formation de lopinion publique. Elle est prédominante dans les médias, en politique, dans les grandes villes où se forment les opinions. Ce ne sont pas les propriétaires de grandes entreprises, cest une autre couche. Mais cest une influence puissante qui façonne les acteurs de tous les partis politiques. Ici, à Berlin, tous les politiciens évoluent dans ce milieu la CDU, le SPD et cela les impressionne fortement. Ce quon appelle les petites gens, ceux qui vivent dans les petites villes et les villages, sans diplômes universitaires, ont de moins en moins un accès réel à la politique. Autrefois, les partis étaient des partis populaires authentiques et à large base la CDU à travers les églises, le SPD à travers les syndicats. Tout cela a disparu maintenant. Les partis sont beaucoup plus petits et leurs candidats sont recrutés à partir dune base plus étroite, généralement la classe moyenne diplômée de luniversité. Souvent, leur expérience se limite à lamphithéâtre, au groupe de réflexion, à la salle plénière. Ils deviennent députés sans jamais avoir connu le monde au-delà de la vie politique professionnelle. Avec la BSW, nous essayons de faire venir de nouveaux venus politiques qui ont travaillé dans dautres domaines, dans beaucoup dautres domaines de la société, afin de sortir de ce milieu autant que possible. Mais lancien modèle du Parti populaire a disparu, parce que sa base nexiste plus. Permettez-nous de vous interroger, enfin, sur votre propre formation politique et personnelle. Selon vous, quelles sont les influences les plus importantes sur votre vision du monde expérientielle, intellectuelle ? Jai beaucoup lu tout au long de ma vie et il y a eu des épiphanies, quand jai commencé à penser dans une nouvelle direction. Jai étudié Goethe en profondeur et cest à ce moment-là que jai commencé à réfléchir à la politique et à la société, à la coexistence humaine et aux futurs possibles. Rosa Luxemburg a toujours été une figure importante pour moi, ses lettres, en particulier. Je pouvais midentifier à elle. Thomas Mann, bien sûr, ma certainement influencée et impressionnée. Quand jétais jeune, lécrivain et dramaturge Peter Hacks était un interlocuteur intellectuel important. Marx a eu une influence majeure sur moi et je trouve toujours très utile ses analyses des crises capitalistes et des relations de propriété. Je ne suis pas en faveur de la nationalisation totale ou de la planification centrale, mais ce qui mintéresse, cest dexplorer des troisièmes options, entre la propriété privée et la propriété de lÉtat les fondations ou les intendances, par exemple, qui empêchent une entreprise dêtre pillée par les actionnaires ; points que jai discutés dans La prospérité sans la cupidité. Une autre expérience formatrice a été dinteragir avec les gens lors des événements que nous organisons. Cétait une décision consciente daller à la campagne, de faire beaucoup de réunions et de saisir toutes les occasions de parler aux gens, de se faire une idée de ce qui les touche, de leur façon de penser et pourquoi ils pensent de cette façon. Il est si important de ne pas se contenter de se déplacer à lintérieur dune bulle, de ne voir que les personnes que lon connaît déjà. Cela a façonné ma politique et ma peut-être un peu changé. Je crois quen tant que politicien, vous ne devriez pas penser que vous comprenez tout mieux que les électeurs. Il y a toujours une correspondance entre les intérêts et les perspectives, pas en tête-à-tête, mais souvent, si vous y réfléchissez, vous pouvez comprendre pourquoi les gens disent les choses quils disent. Comment décririez-vous votre trajectoire politique depuis les années 1990 ? Je suis en politique depuis une bonne trentaine dannées maintenant. Jai occupé des postes clés au sein du PDS et de Die Linke. Je suis membre du Bundestag depuis 2009 et jai été coprésidente du groupe parlementaire de Die Linke de 2015 à 2019. Mais je dirais que je suis resté fidèle aux objectifs pour lesquels je suis entrée en politique en premier lieu. Nous avons besoin dun système économique différent qui place les gens au centre, et non le profit. Les conditions de vie daujourdhui peuvent être humiliantes. Il nest pas rare que les personnes âgées fouillent dans les poubelles à la recherche de bouteilles consignées pour joindre les deux bouts. Je ne veux pas ignorer de telles choses, je veux changer leurs conditions sous-jacentes pour le mieux. Je suis beaucoup sur la route, et où que jaille, jai limpression quil y a beaucoup de gens qui ne se sentent plus représentés par aucun des partis. Il y a un énorme vide politique. Cela conduit les gens à se mettre en colère ce nest pas bon pour une démocratie. Il est temps de construire quelque chose de nouveau et de faire une intervention politique sérieuse. Je ne veux pas avoir à me dire à un moment donné : il y a eu une fenêtre dopportunité où vous auriez pu changer les choses et vous ne lavez pas fait. Nous fondons notre nouveau parti pour que les politiques actuelles, qui divisent notre pays et mettent en péril son avenir, puissent être surmontées, ainsi que lincompétence et larrogance de la bulle berlinoise. 1 Bündnis Sahra Wagenknecht : für Vernunft und Gerechtigkeit [Alliance Sahra Wagenknecht : pour la raison et la justice]. 2 Sahra Wagenknecht, die selbstgerechten.Mein Gegenprogrammfür Gemeinsinn und Zusammenhalt [Les Bien-pensants : Mon contre-programme pour lesprit communautaire et la cohésion], Francfort 2021.
Edité le 15-09-2024 e 20:53:04 par Xuan
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
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| Posté le 15-09-2024 à 20:51:45
| Xuan 15 septembre 2024 at 14 h 10 min [suite à une question sur la "gauche conservatrice" : Larticle [du Monde Diplomatique]la décrit comme une « gauche conservatrice » qui prendrait le contrepied de lélectorat progressiste, urbain et diplômé des Verts : à gauche sur le plan social, conservatrice sur les questions de société et dimmigration, favorable à une forme de souverainisme au sein de lUnion européenne, critique de lOrganisation du traité de lAtlantique nord (OTAN) et du nouveau bellicisme allemand, intransigeante sur la défense de la liberté dexpression. Un projet porté par un « vrai parti populaire » capable, espère-t-elle, de « sadresser à la majorité » et de détourner de lextrême droite les perdants de la mondialisation. Dans la controverse entre Ruffin et Mélenchon, et en prenant beaucoup de précautions, on pourrait rapprocher Wagenknecht de Ruffin. Dailleurs il y a quelque chose qui relève de la théorie du miroir, entre matérialisme et idéalisme, entre rechercher un soutien parmi le public qui vote bien et celui qui est particulièrement exploité et opprimé. https://www.monde-diplomatique.fr/2024/09/RIMBERT/67461 _______________ De quoi Sahra Wagenknecht est-elle le nom ? Une nouvelle « gauche conservatrice » bouscule le jeu politique allemand Les trois scrutins régionaux qui se tiennent ce mois-ci en ex-Allemagne de lEst (Thuringe, Saxe et Brandebourg) ne ratifieront pas seulement la forte implantation de lextrême droite. LAlliance Sahra Wagenknecht, un parti de gauche créé en janvier dernier, y met à lépreuve une ligne originale : progressiste sur le social et léconomie, conservatrice sur les questions socioculturelles. par Pierre Rimbert & Peter Wahl La gauche ? Quelle gauche ? En Allemagne, un parti propose depuis janvier dernier une réponse à cette vieille question : lAlliance Sahra Wagenknecht pour la raison et la justice (BSW). Lancienne dirigeante de Die Linke (La Gauche) a finalement réglé par la scission le conflit dorientation qui empoisonnait ce parti depuis des années (1). La nouvelle formation ampute Die Linke dune dizaine de députés et défraie la chronique. Ancienne militante communiste, intellectuelle brillante, très populaire à lEst, où elle est née, Mme Wagenknecht peut enfin donner corps à la ligne quelle incarne. Celle dune « gauche conservatrice » qui prendrait le contrepied de lélectorat progressiste, urbain et diplômé des Verts : à gauche sur le plan social, conservatrice sur les questions de société et dimmigration, favorable à une forme de souverainisme au sein de lUnion européenne, critique de lOrganisation du traité de lAtlantique nord (OTAN) et du nouveau bellicisme allemand, intransigeante sur la défense de la liberté dexpression. Un projet porté par un « vrai parti populaire » capable, espère-t-elle, de « sadresser à la majorité » (2) et de détourner de lextrême droite les perdants de la mondialisation. Sitôt lancé, alors que le sigle BSW demeurait mystérieux pour nombre délecteurs, le parti récolte 6,2 % des suffrages (2,5 millions de voix) et décroche six sièges lors des élections européennes de juin dernier, se payant le luxe de distancer les libéraux (FDP, 5,2 %) et décraser Die Linke (2,7 %). Dans les régions de lEst, BSW arrive en troisième position en rassemblant entre 12 % et 16 % des voix, derrière la formation dextrême droite Alternative für Deutschland (AfD) et lUnion chrétienne-démocrate (CDU). Daprès les enquêtes postélectorales, la majorité des suffrages de BSW proviennent danciens électeurs de gauche SPD (580 000), Die Linke (470 000) , des Verts (150 000) et dune mobilisation des abstentionnistes (140 000). Mais un sur cinq provient également de la droite CDU (260 000), FDP (230 000) et 160 000 ont été arrachés à lAfD (3). Une telle composition appelle trois conclusions. Dabord, une majorité de ses électeurs identifient BSW comme un parti de gauche. Ensuite, le pari de ravir des voix à lextrême droite nest pas perdu pas gagné non plus. Enfin, lafflux de suffrages venus du centre et de la droite semble valider la démarche entreprise par Mme Wagenknecht pour construire un bloc social alliant les classes populaires non pas aux milieux progressistes des villes, mais aux couches intermédiaires des petites et moyennes entreprises (PME). Pour faire pièce à la reddition néolibérale des social-démocraties et à la montée des droites nationalistes, les gauches occidentales hésitent depuis près de vingt ans entre deux stratégies. La première consiste à reconstituer la coalition traditionnelle entre un monde ouvrier désormais loin des grands centres urbains et la petite bourgeoisie cultivée. Collage des reliquats communistes de lEst et des mouvements sociaux de lOuest, Die Linke fut fondée en 2007 sur ce modèle pour contrer la droitisation du SPD ; mais à mesure que le parti se choisissait un destin davant-garde sociétale et écologiste, il perdait des suffrages populaires. Lorsquil lance le Parti de gauche (PG) en 2009, M. Jean-Luc Mélenchon se réclame explicitement de Die Linke et invite son cofondateur, M. Oskar Lafontaine, au congrès constitutif. Dans dautres pays, une orientation assez proche semble gagner en puissance alors que londe de choc de la crise financière se propage. Avec le relais des syndicats et des étudiants radicalisés, M. Jeremy Corbyn conquiert le Labour en 2015 ; presque au même moment en Grèce, Syriza écrase les socialistes et unifie brièvement le salariat laminé par laustérité et les diplômés politisés ; lannée suivante, M. Bernie Sanders bouscule la dynastie Clinton lors des primaires démocrates aux États-Unis. Cette stratégie se heurte toutefois à une difficulté de taille : les ségrégations salariale, scolaire, économique et géographique ont repositionné les classes populaires (ouvriers et employés) et la petite bourgeoisie urbaine aux deux pôles les plus éloignés de léchiquier idéologico-politique (4). « Donneur de leçon bobo » contre « raciste déplorable », chacun agit sur lautre comme un repoussoir au point de rendre très improbable la constitution dun front commun. Une autre stratégie apparue à la fin des années 2000 dans le sillage de la victoire de M. Barack Obama consiste à entériner que « la classe ouvrière nest plus le cur du vote de gauche (5) ». Il sagit alors de rassembler, par-delà leurs divergences socio-économiques ou géopolitiques, minorités, progressistes, écologistes, jeunes. Adoptée par les Verts français et allemands, par Die Linke, cette approche suscitera la critique de La France insoumise, qui, paradoxalement, emprunte une voie assez parallèle. Son dirigeant, M. Mélenchon, a identifié « un acteur nouveau dans lhistoire » : « cette masse de population urbanisée, vivant en réseau », qui rassemblerait face à loligarchie étudiants, enseignants, cadres progressistes des hypercentres et travailleurs des banlieues souvent issus de limmigration postcoloniale (6). Tenter de reconquérir les milieux ouvriers du périurbain où lextrême droite améliore ses scores serait illusoire. « Leur priorité, cest le racisme », prétend M. Mélenchon (7). Au risque de suggérer une forme dessentialisme : les identités politiques, dordinaire façonnées par les conditions dexistence et laction militante, se figeraient chez les électeurs dun parti xénophobe. Classes populaires vivant désormais à lécart des métropoles et petite bourgeoisie urbaine dans un cas (la coalition « historique » de la gauche), classes populaires des banlieues, souvent dorigine immigrée, et jeunes intellectuels radicalisés dans lautre (la « nouvelle coalition »), ces deux stratégies impliquent lune comme lautre de séduire les couches cultivées. Mme Wagenknecht entend au contraire sen distancier. Publié en 2021, son best-seller Die Selbstgerechten « les bien-pensants », en français souvre sur une critique au vitriol du « libéralisme de gauche » qui « a pour base sociale la classe moyenne universitaire aisée des grandes villes ». Moralisatrice, prétentieuse, pleine de mépris pour les perdants de la mondialisation qui nont pas assimilé les codes culturels et linguistiques à la mode, cette « gauche Lifestyle » pro-européenne et ouverte au monde exalte les particularismes et méprise les « valeurs communes ». Elle symboliserait la combinaison dune adhésion à lordre économique et de revendications socioculturelles que la philosophe américaine Nancy Fraser qualifiait de « néolibéralisme progressiste ». « La plupart des partis de gauche sont des partis duniversitaires élus par des populations métropolitaines bien formées et socialement protégées », estime Mme Wagenknecht, qui cite le livre Capital et idéologie de léconomiste français Thomas Piketty. Parti populaire, BSW entend former une alliance avec lautre pôle des classes moyennes, celui des techniciens, ingénieurs, artisans et indépendants du Mittelstand, un terme allemand désignant à la fois la couche sociale du milieu et le réseau dentreprises familiales qui alimente lappareil industriel rhénan en machines-outils et robots de haute technologie. Mme Wagenknecht décèle une analogie entre les classes populaires victimes de la mondialisation et les classes moyennes des PME étouffées par les spéculateurs : ces dernières « souffrent également de linsécurité économique ; elles subissent la pression des très grandes entreprises, des banques, des géants numériques ; elles pâtissent dune politique influencée par ces lobbies puissants ». La fondatrice de BSW admet volontiers qu« une telle alliance nest pas exempte de contradictions » puisque lune de ses composantes exploite le travail de lautre. Mais un tel bloc bénéficierait du prestige dont jouit le Mittelstand outre-Rhin et concentrerait la lutte contre un adversaire commun : les grands groupes financiers, loligopole qui règne sur lindustrie numérique, les instances supranationales qui encouragent la dérégulation, bref, le « capitalisme BlackRock » ainsi désigné en référence à M. Friedrich Merz, président de la CDU, probable candidat conservateur à la chancellerie et ancien président du conseil de surveillance de la filiale allemande du célèbre fonds dinvestissement. Le programme économique de BSW en découle : une politique sociale qui puise dans le répertoire classique des propositions de gauche, comme le renforcement des syndicats, une vigoureuse redistribution fiscale, des investissements dans les services et infrastructures publics, la lutte contre la pauvreté, etc. La cause des PME se retrouve dans le soutien au capital familial contre la finance de marché, la lutte contre les monopoles, laide à linnovation technologique. Elle se traduit aussi dans le choix des cadres dirigeants : députée et coprésidente de lAlliance, Mme Amira Mohamed Ali a commencé sa carrière comme juriste chez un sous-traitant automobile. Si la socialisation des moyens de production nest plus à lordre du jour, Mme Wagenknecht imagine trois formes différenciées de propriété : privée et lucrative pour les PME dans les secteurs où la concurrence fonctionne ; fondations privées mais sans ouverture du capital à des actionnaires externes et cogérées avec les salariés pour les entreprises plus importantes ; dintérêt public et soustraite au marché pour les services et infrastructures essentiels (8). BSW actualise ainsi une stratégie suivie après 1968 par certains partis communistes dEurope occidentale sous létiquette « alliance antimonopoliste », celle des salariés et des petites et moyennes entreprises contre le grand capital. La démondialisation heureuse Au sein dune société où, désormais, les marqueurs identitaires et culturels façonnent davantage les identités politiques que la condition sociale et économique, le parti semploie à « décoder » les premiers pour faire émerger la seconde. « Je suis convaincue quune partie des luttes culturelles sont en réalité des luttes sociales, nous explique Mme Wagenknecht. Et que les identités culturelles cachent aussi des identités sociales. » Les positions du parti vis-à-vis de lécologie illustrent cette approche. Ainsi, les comportements individuels exemplaires en matière de transport, dalimentation, de chauffage prônés par les Verts dans un contexte de renchérissement des prix de lénergie représentent un « mode de vie privilégié » hors de portée des populations périurbaines à faible revenu, lesquelles se sentent méprisées et en conçoivent du ressentiment. « Il sagit donc dune situation de conflit social qui sexprime culturellement. » Dès lors, il faudrait « sassurer que le coût de la réduction prévue des émissions de gaz à effet de serre ne sera pas imposé aux gens disposant de revenus modestes qui peinent déjà à boucler leur budget (9) ». Dautant que la transition vers les véhicules électriques et la menace de fragmentation de léconomie mondiale provoquent une peur aiguë de déclassement dans un pays dépendant des exportations de véhicules thermiques vers lAsie. Plutôt que linterdiction du diesel, BSW réclame un pilotage plus politique de lécologie avec une reprise sous contrôle public de secteurs-clés comme lénergie et une « démondialisation » de léconomie allemande : « Il ne sagit pas de consommer autrement, mais avant tout de produire autrement : notre économie doit devenir plus régionale, moins toxique, plus respectueuse des ressources. » Linnovation technologique des entreprises du Mittelstand y pourvoira
Si la préservation de lenvironnement ne compte pas au nombre des sujets prioritaires pour BSW, il en va tout autrement de limmigration. Dès 2015, Mme Wagenknecht exprimait son désaccord avec laccueil dun million de réfugiés décidé par Mme Angela Merkel. Au sein de Die Linke, parti favorable à louverture totale des frontières, cette position avait soulevé une vive réprobation. Depuis, lenthousiasme populaire pour faciliter lintégration des migrants a laissé place en Allemagne à un débat angoissé où se mêlent peur des attentats islamistes, vieillissement démographique, montée en flèche de lextrême droite, et larrivée dun million dUkrainiens depuis 2022. BSW prône une politique migratoire restrictive et semploie à reformuler cet enjeu comme une question sociale. Prudent, le programme insiste sur le « refus des idéologies racistes », le « droit dasile pour toute personne persécutée politiquement dans son pays » et l« enrichissement que peuvent apporter limmigration et la coexistence des cultures » (10). Mais pour Mme Wagenknecht, les flux de ces dernières années ont aggravé la pénurie de logements, la surcharge des systèmes sociaux et la crise du système scolaire car le gouvernement a refusé daccroître les capacités daccueil. « Dans tous ces domaines, les institutions et infrastructures publiques sont débordées, estime-t-elle. Et ce sont les plus pauvres qui en font les frais. » Le programme européen du parti évoque le développement de « sociétés parallèles marquées par lislamisme » et entend « mettre fin à limmigration incontrôlée vers lUnion européenne (11) ». Comment ? Dabord en traitant les procédures de demande dasile dans des pays tiers ou situés aux frontières extérieures de lUnion, une mesure réclamée en mai dernier par quinze des vingt-sept États membres. Plus classiquement et de manière plus irénique , BSW préconise dagir sur les causes de lexil par des relations économiques mondiales équitables et une géopolitique qui mette fin aux guerres menées par lOccident en Irak, en Afghanistan et en Libye. Indignés par ces prises de position sur limmigration comme par sa critique du gauchisme culturel, la presse et les influenceurs progressistes ont dabord résumé les projets politiques de Mme Wagenknecht à lémergence dune « gauche antimigrants », au fond proche de lextrême droite (12). Cet amalgame cède peu à peu la place à une curiosité plus méthodique. En France, deux think tanks la Fondapol et lInstitut français des relations internationales (IFRI) ont chacun consacré une étude détaillée et critique au nouveau parti (13). En avril dernier, la New Left Review, une publication marxiste réputée, publiait un long entretien avec la fondatrice de BSW. Elle y soulignait à propos des effets de limmigration : « Attirer lattention sur des pénuries sociales réelles la demande dépassant les capacités nest pas xénophobe. (
) Cest cette situation de concurrence intense pour des ressources rares qui alimente la xénophobie. » À peine linterview annoncée sur X, de doctes indignés déploraient en commentaire la contribution dune « fasciste »
La critique socio-économique des politiques migratoires embarrasse à la fois la gauche progressiste, souvent tentée dévacuer la question au nom de la lutte contre le racisme, mais aussi la droite et les libéraux : si, comme ils ladmettent, le déclin démographique allemand appelle une immigration de travail, il incombe à lÉtat dinvestir massivement dans les équipements publics daccueil sous peine dexacerber les tensions et, pour cela, den finir avec laustérité budgétaire, ce à quoi ces partis répugnent. Une première enquête sur lélectorat de BSW suggère que sa ligne séduit bien au-delà des classes moyennes blanches de lEst. « Les personnes interrogées issues de limmigration ont une propension à voter BSW proportionnellement plus élevée que les autres », relève le rapport commandé par la fondation de la Confédération allemande des syndicats (DGB), proche des sociaux- démocrates (14). Outre la question migratoire, la personnalisation de lAlliance Sahra Wagenknecht alimente les critiques de la gauche traditionnelle : douée dun puissant charisme, une faculté toujours suspecte en Allemagne, la fondatrice de BSW remplit les salles de meeting et régale les téléspectateurs démissions politiques où elle écrase bien souvent ses adversaires. Son refus de la vaccination obligatoire, ses critiques de la politique sanitaire pendant la pandémie de Covid-19 et sa défense de la liberté dexpression alimentent une polémique quasi permanente centrée sur sa personne. Au fil des ans, Mme Wagenknecht a composé une figure dicône médiatique austère, élégante, cérébrale, incarnation moderne de Rosa Luxemburg, dont la notoriété interroge : le parti a-t-il vocation à la servir, ou lui sert-elle de rampe de lancement ? Comme pour dissiper lambiguïté, dautres figures publiques émergent : la tête de liste aux élections européennes Fabio de Masi, spécialiste de la délinquance financière, ou la coprésidente, Mme Mohamed Ali. Le patronyme de la fondatrice devrait disparaître de lintitulé après les élections législatives de 2025. En attendant, lAlliance Sahra Wagenknecht se construit autour dune verticale du pouvoir, sur un modèle léniniste, et filtre scrupuleusement les adhésions pour éviter lentrisme « de carriéristes et de trolls » ou de sous-marins dextrême droite. Les mouvements « gazeux » de type Podemos ne linspirent guère. Feu sur lEurope et sur lOtan Des expériences « populistes de gauche » menées après 2015, Mme Wagenknecht a en revanche retenu le refus de brandir le drapeau rouge. Le parti « sinscrit de fait dans la tradition de gauche, sauf que nous ne le communiquons pas verbalement ainsi car cela nest tout simplement plus compris, explique-t-elle. La gauche aujourdhui, je le regrette dailleurs vivement, est devenue pour beaucoup de gens une véritable notion ennemie, parce quils lassocient à Robert Habeck ou à Annalena Baerbock », ministres écologistes dans lactuel gouvernement qui incarnent selon elle la bourgeoisie progressiste. BSW habille ses orientations de gauche dun discours qui se veut populaire et rassembleur : « Nous acceptons quune société ait besoin dune culture et de traditions communes. Un État social, par exemple, ne peut pas fonctionner sans identité commune ni sentiment dappartenance. » Consensuelles, les positions de Mme Wagenknecht sur lEurope, la guerre en Ukraine et lOTAN ne le sont assurément pas. À linstar du Front de gauche conduit par M. Mélenchon aux européennes de 2014, BSW a teinté sa campagne de printemps dun souverainisme affirmé : refus du fédéralisme, réduction des pouvoirs de la Commission européenne et « non-application » des directives jugées déraisonnables. Le parti prône une coopération approfondie avec certains États membres sur la protection de lenvironnement, la régulation financière et fiscale, lénergie et les infrastructures ; un retour à la souveraineté nationale pour contrer les interventions néolibérales de Bruxelles ainsi que les dispositions belliqueuses de Mme von der Leyen en matière de politique étrangère. Linsistance sur la porosité de Bruxelles au lobbying des grands groupes fait écho aux préventions que le dirigisme de la Commission inspire aux PME. Plus quen France, la guerre en Ukraine imprègne et clive le débat public allemand. Berlin se classe juste après les États-Unis au palmarès des plus gros fournisseurs darmes à Kiev. Si les grands médias dépeignent lAllemagne comme le front intérieur du combat contre lempire du mal, la population penche majoritairement en faveur dune solution négociée. Mme Wagenknecht a condamné linvasion russe de février 2022 ; elle estime que lélargissement de lOTAN vers lEst porte la coresponsabilité du conflit et soppose à la guerre par procuration que mène lAlliance atlantique contre la Russie. À lautomne 2023, elle lance avec la militante féminisme Alice Schwarzer un manifeste pour la paix et larrêt des livraisons darmes qui recueille plus de 900 000 signatures. Dans ce sillage, BSW se prononce en faveur de négociations entre Kiev et Moscou, pour la levée progressive des sanctions et, à moyen terme, pour une coexistence et une coopération pacifiques avec la Russie. Parallèlement, le nouveau parti milite contre le réarmement massif de lAllemagne et dénonce la militarisation mentale de la société. Ce pacifisme-là, naguère défendu par les Verts devenus entre-temps lune des formations les plus bellicistes de léchiquier politique allemand, jouit dune grande popularité dans les « nouveaux Länder » et constitue lun des principaux facteurs du succès de BSW. Plus discrète sur Gaza le sujet noffre quune liberté dexpression limitée en Allemagne (15) , Mme Wagenknecht demande un cessez-le-feu immédiat et larrêt des livraisons darmes allemandes à Israël, une position radicalement opposée à celle de lAfD, qui soutient inconditionnellement Tel-Aviv. Sans réclamer explicitement une sortie de lOTAN, BSW se prononce pour « une plus grande indépendance vis-à-vis des États-Unis » et ambitionne « une nouvelle alliance de sécurité incluant la Russie et dégal à égal. Ce qui équivaut à un rejet de lOTAN actuelle ». Face à la montée des Suds, lEurope devrait renoncer à vouloir imposer dimprobables « valeurs » : « Je suis contre une politique étrangère qui parcourt le monde lindex levé pour dire aux autres États comment ils devraient sorganiser. Cette conduite est profondément hypocrite et mensongère : notre gouvernement ne donne guère de leçons à lArabie saoudite, même quand elle décapite ses opposants, mais il se fait passer pour un grand défenseur des droits de lhomme auprès de la Chine. » Après le premier test électoral de juin, plutôt réussi, BSW aborde avec sérénité les élections régionales de septembre en Thuringe, en Saxe et dans le Brandebourg, situés en ex-Allemagne de lEst. Sils abhorrent ce concurrent remuant, les autres partis lui reconnaissent la faculté de faire baisser les scores dune extrême droite qui, dans ces États, caracole en tête des sondages. Déjà en ligne de mire, lélection fédérale de lautomne 2025 sannonce périlleuse pour les socialistes comme pour les écologistes, membres de la coalition au pouvoir et jugés responsables de la crise économique. Une percée de BSW, surtout si elle saccompagnait dun coup darrêt à lessor de la droite radicale, pourrait alors modifier les contours et les priorités de la gauche allemande. Pierre Rimbert & Peter Wahl Journaliste, Worms (Allemagne). (1) Lire Peter Wahl, « En Allemagne, deux lignes pour un même camp », Le Monde diplomatique, janvier 2022. (2) Sauf mention contraire, les propos de Sahra Wagenknecht sont tirés dun entretien réalisé par les auteurs à Berlin le 10 avril dernier ou de son livre Die Selbstgerechten. Mein Gegenprogramm für Gemeinsinn und Zusammenhalt (« Les Bien-Pensants. Mon contre-programme pour le sens civique et la cohésion »), Campus Verlag, Francfort, 2021. (3) « Wie die Wähler wanderten », 8 juillet 2024. (4) Cf. Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite et Pourquoi les riches votent à gauche, Agone, Marseille, respectivement 2013 et 2018. Lire aussi Pierre Rimbert, « Quelle coalition face au bloc bourgeois ? », Le Monde diplomatique, février 2022. (5) Bruno Jeanbart, Olivier Ferrand et Romain Prudent, « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? », Terra Nova, Paris, mai 2011. (6) Jean-Luc Mélenchon, Le Choix de linsoumission, Seuil, Paris, 2016. (7) La Repubblica, Rome, 21 juillet 2024. (8) Cette perspective est développée dans son livre Reichtum ohne Gier. Wie wir uns vor dem Kapitalismus retten ( « La Richesse sans la cupidité. Comment nous sauver du capitalisme » ), Campus Verlag, 2016. (9) Sahra Wagenknecht, « Condition of Germany », New Left Review, n° 146, Londres, mars-avril 2024. (10) BSW, « Unser Parteiprogramm » (PDF), Berlin, 2024. (11) BSW, « Programm für die Europawahl 2024 » (PDF), Berlin, 2024. (12) Lire Pierre Rimbert, « Gauche antimigrants, une fable médiatique », Le Monde diplomatique, octobre 2018. (13) Patrick Moreau, « Lémergence dune gauche conservatrice en Allemagne : lAlliance Sahra Wagenknecht pour la raison et la justice (BSW) », Fondation pour linnovation politique, Paris, janvier 2024 ; et Thorsten Holzhauser, « Ni à gauche ni à droite, mais les deux à la fois ? LAlliance Sahra Wagenknecht (BSW) au lendemain des élections européennes », Note du Comité détudes des relations franco-allemandes, n° 178, Institut français des relations internationales (IFRI), Paris, juillet 2024. (14) Helge Emmeler et Daniel Seikel, « Wer wählt Bündnis Sahra Wagenknecht ? » (PDF), WSI Report, n° 94, juin 2024 ; Cf. aussi Albrecht Meier, « BSW im Umfrage-Hoch : Wagenknecht-Partei punktet vor allem bei Deutsch-Türken », Tagesspiegel, Berlin, 31 juillet 2024. (15) Lire Sonia Combe, «
-------------------- contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit |
| | marquetalia | | Grand classique (ou très bavard) | | 9697 messages postés |
| Posté le 24-02-2025 à 14:39:34
| Le fait que l AFD ait fait carton en Allemagne Orientale lors des élections de hier va encore plus contribuer à faire l amalgame entre l ex RDA et le Troisième Reich
Edité le 24-02-2025 e 15:04:40 par marquetalia
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