| | | | | | | | Vassine | | Militant expérimenté |  | | 214 messages postés |
| Posté le 12-11-2007 à 12:07:34
| Suite à l'extrait de Badiou posté par Armenak: L'organisation politique Quest-ce que lOrganisation politique ? 2001 1. La situation de notre pays, la France, nest pas bonne du tout. La politique des gouvernements dans les dernières décennies, quelle soit de droite ou de gauche, de Giscard dEstaing ou de Mitterrand, de Jospin ou de Chirac a quatre caractéristiques. Premièrement, sous prétexte de "nécessité" et de "science économique", elle est au service de la Bourse, des circuits financiers et des profits des actionnaires et des propriétaires. Deuxièmement, elle est hostile aux ouvriers sous prétexte de restructuration, de 35 heures, et de menace du chômage. Troisièmement, sous prétexte de rentabilité, de "modernité" et de "mondialisation", elle est hostile à toute pensée critique, et demande que tous - intellectuels en tête - soient ou apolitiques, ou asservis à lEtat. Quatrièmement, sous prétexte de paix mondiale, dEurope et de "droits de lhomme", elle est complètement servile par rapports aux USA et à lOTAN. -------------------------------------------------------------------------------- 2. Notre pays, à raison de cette politique gouvernementale, peut se décrire ainsi : capitalisme déchaîné, persécution des ouvriers, en particulier des prolétaires les plus récents, souvent venus dAfrique, abaissement des intellectuels et de la pensée, absence dindépendance politique, non seulement nationale, mais aussi européenne et mondiale. -------------------------------------------------------------------------------- 3. Certains diront : "Vous dites cela, qui est très dur. Mais vous nêtes pas très nombreux à le dire. Il y a, autour de la politique gouvernementale que vous critiquez si violemment, une sorte de consensus. Les gens, dans lensemble, sont daccord, en tout cas, ils votent aux élections pour Jospin ou pour Chirac. Cest la démocratie. Et puis la situation est bien pire ailleurs." -------------------------------------------------------------------------------- 4. Nous disons tout dabord : que la situation soit pire ailleurs nest vraiment un argument que pour les imbéciles ou les paresseux. Car cela nempêche en rien quelle soit ici fort mauvaise, et quil faille absolument la changer. Et quailleurs il y ait des dictatures féroces ne prouve absolument pas quil y a ici la "démocratie". Nous démontrerons plus loin que ce nest pas le cas. Pour dire que la France aujourdhui est un pays démocratique, il faut une idée tout à fait faible et basse de la démocratie. Une idée qui tient pour rien la pensée politique des gens. -------------------------------------------------------------------------------- 5. Nous disons ensuite que le nombre ne fait rien à laffaire. Sur la plupart des problèmes les plus importants dans le passé, le petit nombre, voire le très petit nombre, avait raison contre le consensus du grand nombre. En 1940, une poignée de résistants avait raison contre la résignation pétainiste de la grande majorité. En 1956, une poignée de gens hostiles à la guerre dAlgérie avait raison contre le gouvernement de gauche qui venait dêtre largement élu en promettant la paix et déclenchant une guerre à outrance. En général, la majorité numérique a tort, tout simplement parce quelle est résignée à une politique qui nest pas la sienne. Parce quelle ne pense pas la politique de façon indépendante, mais suit le pouvoir en place. Toute idée juste, au moment où elle apparaît, est portée par un tout petit nombre de gens. Et pendant longtemps, surtout en politique, lidée juste, lidée libre, doit combattre contre les idées qui dominent. -------------------------------------------------------------------------------- 6. Ce nest pas une raison pour ne rien faire. La situation est toujours pire quand personne ne fait rien sous prétexte que la majorité est résignée. Nous le redisons : la situation de ce pays sous le gouvernement Jospin et sous la présidence Chirac va du médiocre au très mauvais. Pour linstant, un petit nombre dintellectuels militants et de prolétaires nouveaux venus portent, seuls, une autre politique et son avenir. Ils sont lunique liberté politique véritable de ce pays. La situation serait bien pire sils renonçaient. -------------------------------------------------------------------------------- 7. Nous vous invitons plutôt à augmenter ce petit nombre. Ce qui signifie : partager la pensée et la pratique politiques de ceux qui sont déjà engagés. Dans une distance absolue par rapport à la détestable politique Jospin/Chirac. Et pour mener des batailles politiques victorieuses. -------------------------------------------------------------------------------- 8. Nous pouvons, nous devons, donner de la puissance à notre politique, lui donner du pouvoir. Ce nest pas du pouvoir dEtat quil sagit. Il sagit cependant dune puissance tout à fait réelle, à la fois sur nous-mêmes, et sur certaines situations. Cest la puissance, qui est possible, de la pensée des gens sur le pouvoir de lEtat, qui est un pouvoir aveugle. Cest la puissance de la politique contre le pouvoir de lEtat. -------------------------------------------------------------------------------- 9. Il y a toujours plusieurs politiques. Mais en définitive, il y en a de deux sortes. Il y a les politiques qui se font à partir de lEtat, à partir du pouvoir gouvernemental. Et il y a les politiques qui se font, dans des situations réelles, à partir de la capacité des gens, de ce quil pensent, et de ce quils sont prêts à faire avec ce quils pensent. -------------------------------------------------------------------------------- 10. La politique de lOrganisation politique est de la deuxième sorte. Nous disons quelle est une politique "du point des gens", et non du point de lEtat. -------------------------------------------------------------------------------- 11. Les politiques qui se font à partir de lEtat sont obligatoirement organisées en partis, comme le Parti socialiste, le Parti communiste, le RPR, lUDF, les Verts, le Front national, la Ligue communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière, etc. Le parti est nécessaire pour mener des campagnes électorales, pour conquérir et négocier des places de pouvoir dans le gouvernement, ou dans lEtat, pour monter des alliances, y compris dans lopposition. -------------------------------------------------------------------------------- 12. Une politique qui se fait à partir des gens, à partir de lidée que les gens pensent, est organisée (la politique est toujours collective et organisée). Cest pourquoi il y a lOrganisation politique. Mais ce nest pas un parti. Nous ne cherchons en effet aucune place de pouvoir, ni une place dans lopposition qui attend de remplacer le pouvoir en place. Nous ne nous présentons jamais à aucune élection. Nous travaillons dans des situations réelles, comme les foyers ouvriers, ou les usines, ou certaines situations internationales, ou certains débats dopinion. Dans ce travail, chacun parle en son nom, et la politique est en partage. Ce qui veut dire que ce nest pas lOrganisation qui est la source de la politique. Dans chaque cas il y a des décisions collectives, qui ne sont pas les conséquences dun programme, dune stratégie électorale, mais qui sont créées par la discussion politique elle-même. Il sagit en effet de découvrir dans la situation des possibilités inconnues, et den faire le mot dordre politique du moment. Et ce travail (découverte dune possibilité, mise en forme de son contenu, action réfléchie pour sa réalisation) est le travail de tous ceux qui participent au processus, de tous ceux qui désirent se mêler de la situation. -------------------------------------------------------------------------------- 13. Au fond, toutes les politiques qui se font à partir de lEtat, et non à partir des gens, forment une seule et même idée de la politique, que nous appelons le parlementarisme. Cette idée est que le seul moment où les gens participent vraiment à la politique est lélection, du président, des députés, des maires, etc. Parce que le cur de la politique, ce sont les places de pouvoir. Les gens sont tout au plus consultés de ci de là, surtout au moment des élections, mais on leur refuse la décision, parce quon leur refuse la pensée politique, et donc la capacité politique. Cette capacité nest accordée quaux femmes et hommes des partis, aux politiciennes et politiciens. Le parlementarisme est ainsi une politique mutilée, une politique qui éloigne lécrasante majorité des gens de toute décision collective sur leur propre vie publique. -------------------------------------------------------------------------------- 14. Les militants de lOrganisation politique ne se présentent à aucune élection et ne votent pas, parce que cest une façon claire de montrer quils sont absolument en dehors de la distribution des places de pouvoir dans lEtat. En ce sens, notre politique est bien sûr opposée à celle du parlementarisme. Mais nous voulons surtout que dans des situations réelles, et autour des possibilités nouvelles et enthousiasmantes que le travail de pensée politique dégage dans ces situations, le plus de gens possible sassocient et agissent. Parce que notre politique nest pas une politique de parti, elle est extrêmement ouverte. Si quelquun partage notre politique sur un point, quil vienne, quil décide, comme tout autre. Pour être un militant de lOrganisation politique, la condition première, et finalement unique, est dêtre un militant de la politique de lOrganisation politique, là où cette politique existe. -------------------------------------------------------------------------------- 15. Certains, tout en pratiquant le parlementarisme (partis, programmes, élections, places de pouvoir etc.), tout en votant "à gauche" chaque fois quon le leur demande, estiment quil sont des "révolutionnaires", ou quils sont "la gauche de la gauche", parce quils sopposent à telle ou telle décision des gouvernements de la gauche plurielle, de Jospin, Hue, Chevènement et Voynet. Nous appelons cette attitude lattitude "oppositionnelle". Un oppositionnel proteste tous les jours contre la politique des partis parlementaires, tout en refusant absolument de rompre avec le parlementarisme. Dans lopinion, en particulier chez nombre dintellectuels, cette attitude oppositionnelle est très répandue. Elle permet dêtre très radical en paroles, tout en respectant les règles du jeu "démocratique", cest-à-dire la règle de distribution des places de pouvoir. -------------------------------------------------------------------------------- 16. LOrganisation politique nest pas une organisation oppositionnelle, elle nest pas à la gauche de la gauche, ni à lextrême gauche. Il est à notre avis impossible de sopposer à une politique de lintérieur de cette politique. On ne peut pas faire une politique à partir de la pensée des gens, tout en continuant à penser et à agir dans le cadre de la politique de parti, de la politique faite à partir du pouvoir et de lEtat. Si sur un point vous voulez vous opposer à la politique du gouvernement, il faut déployer sur ce même point une autre politique, et non pas être un oppositionnel. Si, par exemple, le gouvernement Jospin refuse de régulariser les ouvriers sans papiers, on ne va pas passer son temps, au nom dune "gauche" imaginaire, à le lui reprocher. On ne va pas le menacer de ne plus voter pour lui. On ne va pas sallier, dans les partis, aux manuvres des ennemis parlementaires de Jospin. On va directement organiser, à partir de la pensée des ouvriers sans papiers et de leurs amis, la politique qui dit "des papiers pour tous les ouvriers", ou "celui qui travaille ici est dici", ou "il faut une nouvelle régularisation sans conditions ni critères". Le but est de constituer en situation la puissance de cette politique. Une puissance politiquement libre, totalement indépendante, et dont tous les acteurs politiques, y compris le gouvernement, devront inévitablement tenir le plus grand compte. -------------------------------------------------------------------------------- 17. Un énoncé de notre politique, qui est la mise en forme dune possibilité nouvelle dans la situation, nous lappelons une prescription. Pourquoi ? Parce que cest une exigence que nous adressons à tout le monde. Aux gens pour quils la fassent leur, et entrent dans la politique qui agit en conséquence ; aux politiciens du pouvoir ou de lEtat pour quils changent leur façon de faire. Quand nous disons par exemple : "Il faut une nouvelle régularisation de tous 6 les ouvriers sans papiers", cest à la fois adressé à tous ceux qui peuvent partager cette exigence et en devenir des militants, et au gouvernement, aux partis, pour quils reviennent sur leurs positions réactionnaires. Nous disons ainsi ce quest pour nous un Etat démocratique ! : un Etat qui compte tout le monde, y compris les ouvriers, au lieu de les jeter dans le non-droit, le fichage et la rafle. Nous "prescrivons sur lEtat", ce qui signifie : ce que nous disons et organisons, puisquil sagit dune possibilité, pourrait être aussi une façon de faire de lEtat. Notre politique prescrit lEtat depuis la pensée des gens, depuis ce qui est extérieur à lEtat. Et cest la bonne façon de faire, celle qui permet à nimporte qui dexercer une capacité politique. Et aussi de partager, et donc de créer, non seulement une nouvelle idée de la politique, mais, à travers elle, à partir delle, et du dehors, une nouvelle idée de lEtat, sur tel ou tel point qui décide si lEtat est démocratique ou non. -------------------------------------------------------------------------------- 18. En général, il y a toujours un point principal qui décide si la politique du gouvernement est démocratique ou non. Par exemple, à lépoque de la guerre dAlgérie, le point était de savoir si on soutenait ou si on sopposait absolument à la guerre coloniale. Tous les autres points, comme les réformes sociales, étaient subordonnés. Après Mai 68, le point était de savoir si on militait ou non pour une liaison politique directe des jeunes intellectuels et des ouvriers et des gens du peuple, dans les usines et les quartiers. Tous les autres points, comme la liberté sexuelle ou la réforme de lUniversité, étaient absolument subordonnés. Aujourdhui, le nombre de femmes qui sont ministres ou le nombre de pistes cyclables dans le douzième arrondissement de Paris, cela peut être des revendications intéressantes. Mais ça ne fait pas avancer dun pouce la démocratie, si par ailleurs on ne fait rien pour que les ouvriers proscrits de tout droit aient leurs droits. Celui qui ne fait rien, ne dit rien, sur les centaines de milliers douvriers privés de tout droit est discrédité quant à la démocratie. Cest là le point central de toute détermination démocratique de lEtat. Cest comme ça. -------------------------------------------------------------------------------- 19. Par exemple, que la politique est une activité entièrement désintéressée, qui, comme toutes les formes de la pensée libre, a sa fin en elle-même ; quil ne faut jamais entrer dans la servilité à légard du pouvoir ; que la démocratie revient à ce que les pouvoirs comptent tout le monde, et singulièrement les derniers venus dans le pays, cest-à-dire les ouvriers dorigine étrangère ; que personne ne représente personne, et que donc chacun parle en son nom ; que le seul attribut commun reconnu à ceux qui sengagent dans la politique étant la possibilité de penser les situations, il ny a aucune détermination objective particulière de la volonté militante. Pas de détermination racialiste bien sûr, pas de détermination sexuelle bien sûr, mais pas non plus de détermination sociale. Lorsque nous disons quil faut reconstruire en politique une figure ouvrière, quand nous constatons que tous ceux qui ne le font pas, ou ne le font plus, contribuent à la réaction générale et à la servilité capitaliste et parlementaire, nous ne voulons pas du tout dire que les ouvriers sont un sujet politique prédestiné. Lépoque de la « classe ouvrière » et de son Parti comme sujet émancipateur est certainement révolue. Nous voulons seulement dire que si, dans le champ général de la politique, on absente le mot « ouvrier », les conséquences sont inévitablement, pour tout le monde, ouvrier ou pas, totalement néfastes. En ce sens, lidée de figure ouvrière est, elle aussi, un principe. -------------------------------------------------------------------------------- 20. Dire que lOrganisation politique a des principes ne veut pas dire quelle prétend pouvoir faire de la politique sur toutes choses. Bien au contraire. La politique existe dans des processus politiques, eux-mêmes articulés sur des situations dont on a tiré, par enquête militante organisée et actions expérimentales de toutes sortes, une nouvelle possibilité. Les conditions matérialistes de la politique sont donc, en termes dintervention et de pensée collective, très astreignantes. Cest une maladie oppositionnelle, au sens du paragraphe 15, que de simaginer que le bavardage hargneux sur tout ce qui se passe fait partie de la politique. La politique est une activité de pensée qui, le plus souvent, suppose des trajets, des déplacements, des ruptures mentales, tout à fait singuliers. Aujourdhui, lOrganisation politique a une politique déployée sur la question, absolument cruciale pour toute conception positive de la démocratie, des ouvriers sans papiers. Elle a eu, entre 85 et 95, une politique indiscutable sur le doublet ouvrier-usine, et elle en cherche actuellement les nouveaux termes. Elle intervient sur la scène mondiale, en bilan notamment des guerre dIrak et de Serbie, sur une ligne qui identifie les formes actuelles de limpérialisme, et propose la dissolution de lOTAN. Sur le Chiapas et la Palestine aussi. Tenir ces points est à soi seul une vaste entreprise. Nous essayons en ce moment de trouver la voie sur deux questions encore lécole, à partir du principe "un enfant, un élève", et le logement ouvrier et populaire, à partir du principe "la ville pour tous". -------------------------------------------------------------------------------- 21. Lorsquon a enfin trouvé, sur un point, la bonne voie politique, cela se voit concrètement, matériellement : apparaissent de nouveaux endroits où on discute, où on décide, où des gens que ne faisaient pas de politique se mettent à penser et à agir collectivement. Nous appelons cela des lieux politiques. Il y a des lieux politiques nouveaux à chaque fois quune politique faite à partir des gens se met à exister. Par exemple, notre politique concernant la régularisation des ouvriers sans papiers a été créatrice dun nouveau lieu : le Rassemblement des collectifs des ouvriers sans papiers des foyers et de lOrganisation politique. Dans des dizaines de foyers, il y a un collectif. Et ces collectifs se réunissent, selon le principe : "vient qui veut", dans le Rassemblement, qui décide, après de larges discussion méthodiques, les étapes de la politique et les actions à mener (manifestations, meetings, délégations, etc.). Ce lieu - comme tous les lieux politiques véritables - est démocratique au sens fort. Chacun peut parler, chacun est partie prenante de la décision. Il nest pour cela besoin ni de délégation ou représentation, puisque vient qui veut,(les collectifs nont pas de délégués), ni de vote. Au cours dune discussion, ou bien il y a une décision, qui est évidente pour tous, ou bien tous sont daccord quil faut encore chercher, pour être en mesure de décider. -------------------------------------------------------------------------------- 22. Cest en ce sens que nous avons animé le mot dordre ! : "faire de lusine un lieu politique". Et nous y sommes parvenus pendant quelques séquences, comme à la Steco à la fin des années quatre-vingt, ou au moment de la fermeture de lusine Renault de Billancourt, entre 1990 et 1993. Il y a eu à ce moment ce que nous appelions "les rendez-vous de Billancourt" : le lieu était constitué devant lusine, avec des ouvriers de lusine, des militants de lOrganisation politique, de gens de toutes sortes. -------------------------------------------------------------------------------- 23. Le lieu politique est la preuve matérielle de lexistence dune politique. Et quand il sagit dune politique du point des gens, ce lieu est totalement en dehors de lEtat, de ses appareils, de ses institutions. Cest un lieu libre et inventé. -------------------------------------------------------------------------------- 24. La politique a une sorte de rareté : elle existe toujours par séquences, qui ont un début et une fin. La fin, cest quand le lieu cesse dexister. LOrganisation politique assure le lien entre plusieurs séquences, et donc le lien entre plusieurs lieux, simultanés ou successifs. Cest pourquoi nous devons dire que toute politique libre connaît plusieurs lieux. Il y a multiplicité des lieux dans notre politique. Au fond, le lieu politique fait exister matériellement un possible de la situation. -------------------------------------------------------------------------------- 25. Mais quand la politique se fait du point de lEtat, elle mutile et supprime la multiplicité des lieux, au profit de lunicité du lieu de pouvoir. Dans la politique stalinienne, cet unique lieu était le Parti. Dans la politique parlementaire, cet unique lieu est lEtat lui-même. Les partis parlementaires, la gauche et la droite, cest un faux multiple, qui ne renvoie nullement à des choix politique véritables. Les partis sont des appendices de lEtat. Admettre la multiplicité des possibles non-étatiques, et construire les lieux appropriés,voilà la puissance de notre politique. Elle suppose une libre association dans une certaine idée de la politique, et le partage de ses lieux. Voilà la fonction de lOrganisation politique. -------------------------------------------------------------------------------- 26. Les partis sont organisés à partir de lEtat. Ils sont donc dirigés par ceux qui vont prétendre à des fonctions dans lEtat. Ils nont là-dessus aucune autonomie. Le dirigeant national, cest le futur candidat à lélection présidentielle. Le dirigeant local, cest le candidat à la mairie dune grande ville, ou à la députation. Les "grosses pointures" du parti, ce sont les ministres, ou encore ceux qui ont la langue bien pendue, et quon envoie aux débats publics et filmés. Ou alors ce sont les oppositionnels médiatiques, qui vitupèrent le gouvernement à la télévision. Même le plus petit groupuscule oppositionnel, trotskiste ou autre, sorganise autour des élections, des postes syndicaux, de la présence dans les media. Cest à dire autour des miettes laissées, aux marges des grosses machines parlementaires, par lEtat. -------------------------------------------------------------------------------- 27. LOrganisation politique est organisée à partir de sa politique, et donc à partir des situations où les gens pensent et déclarent, et à partir desquelles peut senvisager la démocratie dun lieu. Comme chacun parle en son nom, chacun mesure aussi ce quil fait, étant entendu que notre principe est quil faut assumer les conséquences de ce quon déclare faire. Autrement dit, un militant de lOrganisation politique est dans la discipline de sa pensée et de ses conséquences dans la situation, et non dans la discipline formelle de lOrganisation. Nous ne sommes pas un parti, ni parlementaire, ni stalinien. Si quelquun écrit un tract, cest quil est convaincu de la nécessité de ce tract. Il le discute et le distribue. Et sil prend la parole dans une réunion douvriers (il est du reste peut-être lui-même un ouvrier), cest quil pense que sans sa prise de parole, quelque chose aurait manqué quant au résultat politique de la réunion. -------------------------------------------------------------------------------- 28. Les tâches sont nombreuses, variées, flexibles. On peut accompagner un sans-papiers à la préfecture, on peut être partie prenante des réunions dun collectif de foyer, on peut écrire dans le journal, on peut intervenir dans les situations dusine, être actif dans lorganisation des manifestations, monter une rencontre internationale, écrire une affiche, protester devant une préfecture, expliquer une idée de la politique... Dans tous les cas, on doit penser pourquoi on le fait, le raccorder à quelques principes, et se dire quil faut faire avancer à la fois la politique en situation, et lidée quon se fait de la politique. -------------------------------------------------------------------------------- 29. Une réunion véritable est une intelligence en acte. On ne sait pas avant la réunion ce quelle sera capable de présenter et de décider. Dune réunion politique véritable, on sort grandi et habile. -------------------------------------------------------------------------------- 30. Dans tous les partis, il y a une organisation qui va de la "base" vers le "sommet". Il y a des sections, des fédérations, un comité national, un secrétariat, etc. Dans lOrganisation politique il y a des processus politiques singuliers, ceux dont nous avons parlé. Un militant de lOrganisation politique choisit librement le (ou les) processus dans lequel il mène des enquêtes, se lie aux gens, convoque des réunions, propose des objectifs, etc. Chacun peut aussi suggérer un processus nouveau, dans le cadre de lidée que nous nous faisons de la politique. -------------------------------------------------------------------------------- 31. Il y a aussi un journal, la Distance politique. "Distance" veut dire que nous construisons notre pensée à distance du pouvoir, à distance de lEtat. -------------------------------------------------------------------------------- 32. Notre liberté, peut-être la vôtre, est cette distance. -------------------------------------------------------------------------------- Note historique LOrganisation politique a été fondée publiquement en 1985, par un meeting à la Mutualité qui précisait sa nouveauté, à la fois en ce qui concerne lidée de la politique et les différents engagements militants. Ceux qui ont fondé lOrganisation politique avaient déjà une longue expérience. Ils avaient en effet dabord partagé lexpérience de lUCFML (Union des Communistes de France Marxiste-Léniniste), elle-même créée en 1970, au cur des "années rouges" qui virent, dans la décennie 1965-1975, et à échelle mondiale, se développer lidéologie révolutionnaire sous toutes ses formes. Dans cette généalogie, lUCFML faisait certes partie de la "mouvance" maoïste, qui reconnaissait limportance primordiale en politique du mouvement de masse, et singulièrement de la liaison directe entre intellectuels, ouvriers et gens du peuple, telle que depuis Mai 68 elle avait été largement expérimentée. Mais lUCFML suivait une ligne absolument originale, ce qui explique quelle ait pu, quand tous les autres abdiquaient et se ralliaient au capitalo-parlementarisme, poursuivre, fût-ce dans des inventions et des renouvellements de grande envergure, un processus politique indépendant. En effet, dès le début des années soixante-dix, lUCFML sest opposée aux deux organisations "maoïstes" les plus connues. Elle a pris ses distances tant par rapport à la ligne tapageuse, médiatique et opportuniste, de la Gauche prolétarienne, qui promettait le pouvoir tout de suite, quà la ligne conservatrice et mortifère du PCMLF, qui ne voulait que refaire le PCF des années trente. Aussi étions nous prêts à traverser, nous accrochant à la moindre aspérité, restant aux portes des usines, déployant une forte intellectualité, les sinistres années quatre-vingt, qui virent les intellectuels "révolutionnaires" de la décennie précédente saplatir devant Mitterrand. Aujourdhui toutefois, il ne sagit que dévaluer ce que nous sommes, ce que nous pensons, ce que nous faisons. Quand il sagit de juger une politique, son histoire est un élément important, mais jamais essentiel. Une politique se pense et se juge à partir delle-même. Ce qui compte est le présent de lOrganisation politique, et ce que, dans la situation, elle discerne de possibilités par tous les autres inaperçues. http://www.orgapoli.net/
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