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Finimore
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   Posté le 06-09-2012 à 07:56:54   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Plusieurs textes autour du sujet d’une nouvelle internationale
http://www.skyrock.com/search/inblog/?pseudo=Marx405&q=la+question+d%27une+nouvelle+internationale

CONTRIBUTION À LA QUESTION D'UNE NOUVELLE INTERNATIONALE
http://marx405.skyrock.com/2428290149-PROLETAIRES-DE-TOUS-LES-PAYS-UNISSEZ-VOUS.html
Ce texte d’une soixantaine de pages provient du Bulletin International Nouvelle série n°4-5 (86-87) –Premier trimestre 1997-
Le BI est édité par le CEMOPI (que dirige alors Patrick Kessel, décédé le 10 octobre 2008) voir bio sur :
http://www.philosophie-chauvigny.org/spip.php?article92
Et aussi sur :
http://constel07.u-bourgogne.fr:8080/sdx/pl/doc-tdm.xsp?id=FRMSH021_0012_d0e39&fmt=tab&base=fa

CONTRIBUTION À LA QUESTION D'UNE NOUVELLE INTERNATIONALE

Patrick Kessel

TABLE DES MATIÈRES

Éditorial :
CHOISIR SON CAMP
___

CONTRIBUTION À LA QUESTION D'UNE NOUVELLE INTERNATIONALE

I
RÊVE MARXISTE-LÉNINISTE OU UTOPIE RÉALISTE RÉVISIONNISTE ?


II
LUTTE ANTAGONIQUE OU UNITÉ ENTRE RÉVISIONNISME, MAOÏSME ET MARXISME-LÉNINISME ?


1. La situation internationale.
2. Le mouvement marxiste-léniniste.
3. Anti-impérialisme avant tout ?
4.. Nouveaux partis ou partis anciens sous un nouveau nom ?
5. Il n'y a plus de base arrière.
6. La Déclaration de Pyongyang (1992).
7. La prétention de Bruxelles à constituer un nouveau centre.
A. Bruxelles et la question de l'unité.
B. Divergences « graves » ou antagoniques ?

III
LUDO MARTENS, LE PARTI DU TRAVAIL DE BELGIQUE (P.T.B.) ET LA PENSÉE DE MAO TSÉ-TOUNG

1. Définitions chinoises de la pensée de Mao Tsé-toung.
2. Sur quelques textes de Ludo Martens.


A. Quand la pensée de Mao Tsé-toung montre la voie universelle.
B. Sur le mérite historique de Mao Tsé-toung et du Parti Communiste Chinois dans la lutte contre le révisionnisme.
C. L'unité des contraires : relative ou absolue ?
D. De quatre thèses de Ludo Martens.
E. La question du Parti.


a) La lutte entre les deux lignes.
b) L'indépendance des partis.


F. Lutte et compromis ou Lutte sans compris.
G. Un mauvais exemple : Lénine et la IIe Internationale


3. Enver Hoxha, cible des révisionnistes.


A. Horizon maoïste.
B. Horizon indéfinissable.
C. Horizon révisionniste.

IV
BRUXELLES UNE POLITIQUE DE CONCILIATION

___


Annexe I

Enver Hoxha

THÈSES SUR L'UNITÉ DU MOUVEMENT MARXISTE-LÉNINISTE INTERNATIONAL
(10 octobre 1966)


___


Annexe II

Ludo Martens
Propositions pour l'unification du mouvement communiste international

(Séminaire de Bruxelles, 4 mai 1995)


Ernest Leroux
Quelques commentaires sur les « Propositions »
__________
http://marx405.skyrock.com/2428290149-PROLETAIRES-DE-TOUS-LES-PAYS-UNISSEZ-VOUS.html


Edité le 06-09-2012 à 07:58:52 par Finimore




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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
Xuan
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   Posté le 21-09-2012 à 14:56:04   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

j’avais publié ici les notes de lecture sur l'article de Samir Amin : Vers la Cinquième Internationale ?
Article qu’on peut lire ici.


Edité le 30-09-2013 à 12:56:16 par Xuan




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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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   Posté le 21-09-2012 à 15:15:44   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Le texte intégral de CONTRIBUTION À LA QUESTION D'UNE NOUVELLE INTERNATIONALE est en ligne ?

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Finimore
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Finimore
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   Posté le 22-09-2012 à 07:05:49   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

Xuan a écrit :

Le texte intégral de CONTRIBUTION À LA QUESTION D'UNE NOUVELLE INTERNATIONALE est en ligne ?


Le texte est complet il n'y a que les renvoies nmérotés de bas de pages qui ne sont mis. Il y a une soixantaine de pages.

http://marx405.skyrock.com/2428290149-PROLETAIRES-DE-TOUS-LES-PAYS-UNISSEZ-VOUS.html

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
CMC
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   Posté le 22-09-2012 à 22:56:56   Voir le profil de CMC (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à CMC   

le lien donné pointe sur le sommaire mais comment consulter le texte en entier ?
Finimore
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   Posté le 23-09-2012 à 07:37:27   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

CMC a écrit :

le lien donné pointe sur le sommaire mais comment consulter le texte en entier ?


C'est du page à page il suffit de cliquer sur article précédent et tu tombes sur la page http://marx405.skyrock.com/2428290149-PROLETAIRES-DE-TOUS-LES-PAYS-UNISSEZ-VOUS.html et après tu fais de même et tu as la page http://marx405.skyrock.com/2428285857-PROLETAIRES-DE-TOUS-LES-PAYS-UNISSEZ-VOUS-1.html

Mais le mieux serait peut-être que nous mettions le texte complet (sur le FML ou le site des EP).
Précisions : Il manque quand même tous les renvois de bas de page sur cette version numérique. Alors peut-être (je vais voir) que je mettrai les annotations de la version papier.

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
CMC
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   Posté le 23-09-2012 à 14:12:01   Voir le profil de CMC (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à CMC   

merci, mais c'est bizarre comme logique, cliquer sur article précédent pour avoir la page suivante !
le mieux effectivement serait de le compiler en une seule fois et le proposer en téléchargement .
Finimore
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Finimore
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   Posté le 23-09-2012 à 16:37:37   Voir le profil de Finimore (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Finimore   

CMC a écrit :

merci, mais c'est bizarre comme logique, cliquer sur article précédent pour avoir la page suivante !
le mieux effectivement serait de le compiler en une seule fois et le proposer en téléchargement .


Ben ça faut voir avec les responsables du site.

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Ni révisionnisme, Ni gauchisme UNE SEULE VOIE:celle du MARXISME-LENINISME (François MARTY) Pratiquer le marxisme, non le révisionnisme; travailler à l'unité, non à la scission; faire preuve de franchise de droiture ne tramer ni intrigues ni complots (MAO)
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   Posté le 25-09-2012 à 20:48:51   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

Je publie ce texte petit à petit et chapitre par chapitre.
C'est un peu indigeste mais ce sera toujours plus pratique que de chercher les pages.


CONTRIBUTION À LA QUESTION D'UNE NOUVELLE INTERNATIONALE


Patrick Kessel


Éditorial - CHOISIR SON CAMP



Avec ce numéro spécial, le Bulletin International intervient dans le cadre d'un débat qui s'aiguise au niveau international, débat qui a pour sujet majeur la tentative de création d'une nouvelle Internationale. De fait plusieurs initiatives s'opposent. On ne prendra en compte ici que deux d'entre elles 1.


La première est conduite par Ludo Martens, président du Parti du Travail de Belgique. La deuxième réunit des partis et organisations qui s'opposent aux conceptions et pratiques de Bruxelles, et qui se sont réunis en décembre 1995 à Ischia (Italie).


Invité une première fois à participer au Séminaire international de Bruxelles de mai 1995 par Ludo Martens, le Bulletin International a refusé, et motivé par écrit son refus. Nouvelle invitation pour le Séminaire de 1996, nouveau refus. Enfin, dans une lettre d'octobre 1996 Ludo Martens a proposé à Patrick Kessel de présenter le Rapport introductif au Séminaire qui doit se tenir en mai 1997. Et Ludo Martens a même fait l'annonce de cette proposition. Nous avons opposé un nouveau refus à cette nouvelle invitation.


Politiquement, le temps était donc venu d'exposer les raisons de notre divergence avec plus de précision et cette fois-ci publiquement, puisqu'aussi bien Ludo Martens n'avait pas attendu notre réponse pour rendre publique sa proposition 2. Et c'est l'objet de ce numéro spécial du Bulletin International.


Nous devions participer à la Conférence de décembre 1995 qui s'est tenue à Ischia (Italie). Le Bulletin International n'a pas été en mesure de s'y faire représenter étant donné l'implication des membres de son Collectif dans le mouvement de grèves qui secouait la France, et dans la préparation du Congrès du syndicat CGT.


L'objet d'Ischia était double : la mise en perspective du rôle joué par Friedrich Engels et la création d'une revue internationale comme préalable au projet de construction d'une nouvelle Internationale. Par la suite nous avons approuvé les critiques exposées par certains partis et organisations, initiateurs de la Conférence, à l'égard du Séminaire de Bruxelles et des conceptions de Ludo Martens.


Le Bulletin International publie dans un Supplément l'Appel élaboré suite à la Conférence d'Ischia annonçant la parution de la revue International Struggle, Marxist-Leninist et les principes mis en avant concernant cette revue 3. Initiative que nous Soutenons. Principes que nous partageons.


Dans ce numéro spécial du Bulletin International, il ne s'agit que d'une première approche des problèmes soulevés par la création d'une nouvelle Internationale, problèmes qui concernent des questions théoriques, historiques, politiques. La lutte antagonique qui oppose le marxisme-léninisme au révisionnisme, quel que soit son masque, est au cœur du débat et fonde notre rejet des initiatives de Bruxelles qui tendent, au nom d'une unité qui ne peut alors être que factice, à refouler les divergences. Or il est bien clair que telle ou telle position idéologique sous-tend une conception du parti, de la stratégie internationale dont nous devons être partie prenante, de la tactique à mettre en œuvre quotidiennement dans nos pays respectifs.


L'ampleur du sujet, la complexité du contexte international dans lequel il se situe, appelera d'autres contributions de notre part, soit dans les prochains numéros du Bulletin International, soit dans la nouvelle revue internationale.


Prendre position est une chose, fonder une position, une ligne, est tout autre chose et qui demande aujourd'hui un travail collectif continu. Il s'agit d'étayer la théorie dont nous nous réclamons dans les conditions actuelles, c'est-à-dire de donner des bases matérielles à notre doctrine. En un mot il s'agit de dépasser le descriptif pour en arriver au stade de l'analyse. Une analyse qui doit mettre en œuvre la méthode du matérialisme dialectique et du matérialisme historique. Et ceci, là où nous sommes placés, là où nous participons à l'action révolutionnaire, sous quelque forme que ce soit.


La contribution présentée aujourd'hui par le Bulletin International a pour cible principale la résurgence théorique et pratique du maoïsme, telle qu'elle s'exprime dans les écrits de Ludo Martens, et dans sa manifestation la plus criante : la conception même d'une nouvelle Internationale telle que l'envisage le Séminaire international de Bruxelles, avec sa déification de l'Unité.


Le Bulletin International poursuit ainsi une lutte qu'il avait engagée en 1977 lors de la parution de son premier numéro, ainsi que dans certains livres publiés au Nouveau Bureau d'Édition (NBE), partageant notamment sur cette question du maoïsme, de la pensée de Mao Tsé-toung, du révisionnisme moderne, les mêmes analyses que le Parti du Travail d'Albanie, les mêmes conclusions pratiques qui découlaient — qui découlent toujours — de ces analyses.


Certains critères nous paraissent indispensables pour bien mener cette lutte. Tout d'abord la nécessité de la polémique, au sens où l'entendait Lénine. Mais la critique des conceptions qui sont antagoniques aux nôtres, que cela soit celles de la bourgeoisie proprement dite, des réformistes, des révisionnistes ne se réduit pas à une confrontation. Comme l'écrivait Lénine lors de sa lutte contre les populistes, ce serait s'écarter de la méthode matérialiste si l'on se bornait à confronter les idées anti-marxistes et les idées marxistes. Il faut encore expliquer les idées qui nous sont opposées, « en montrer la base matérielle », dans les rapports économiques et sociaux d'aujourd'hui. Il y a unité de l'idéologie dans son ensemble avec la pratique qui la fonde. Une fois décelée « l'essence et la source » de l'idéologie adverse, il faut apprécier sa fonction sociale objective dans le mouvement de la pratique sociale dont elle est issue.


Ce travail nous paraît également indispensable pour expliquer pourquoi, en Europe, ce que l'on appelait le « mouvement marxiste-léniniste » a été incapable de se développer à partir des années 60, pourquoi il en est resté à un stade embryonnaire, avant de s'émietter. Et pourquoi également la résurgence du maoïsme, aujourd'hui, avec une base de classe identique à celle des années 60-70, est un obstacle non négligeable dans le processus de construction de partis marxistes-léninistes dans chaque pays.


On mettra en avant quelques unes des positions de Ludo Martens, du Parti du Travail de Belgique, de certains autres. C'est un premier stade de travail.


Comme l'écrivait Lénine :


« En politique l'important n'est pas tant de savoir qui se fait le défenseur direct de certaines opinions. L'important est de savoir à qui profitent ces opinions, ces propositions et ces mesures. » 4
Bulletin International


Edité le 25-09-2012 à 21:11:03 par Xuan




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   Posté le 25-09-2012 à 20:52:06   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

I - « RÊVE » MARXISTE-LÉNINISTE OU UTOPIE RÉALISTE RÉVISIONNISTE ?


De nombreux partis ou organisations dans le monde qui se réfèrent au communisme, ou au socialisme, ont cédé à la tentation du repliement dans leurs frontières nationales. Cependant, comme l'écrivait Marx :


« Il va absolument de soi que, ne fût-ce que pour être en mesure de lutter, la classe ouvrière doit s'organiser chez elle en tant que classe et que les pays respectifs sont le théâtre immédiat de sa lutte. C'est en cela que sa lutte de classe est nationale, non pas quant à son contenu, mais, comme le dit le Manifeste communiste, « quant à sa forme » l.


Au mieux, à l'internationalisme prolétarien s'est substitué une solidarité vague et sans contenu de classe.


C'est manifeste, par exemple, dans un pays comme la France, avec le Parti Communiste Français tel qu'il est, tel qu'il a été depuis des décennies. Encore faut-il pour que l'internationalisme prolétarien ne se réduise pas à une invocation idéaliste qu'il soit fondé sur une organisation effectivement internationale.


Il ne s'agit pas d'entretenir, de caresser une quelconque nostalgie par rapport au temps où le monde était divisé en deux, où face à l'impérialisme et au mode de production capitaliste, existait un camp socialiste. Les temps ont changé, et il ne s'agit pas non plus de vouloir revenir en arrière, de reprendre le cours de notre Histoire à la veille de ces années 1989-1991 où s'est effondré de l'intérieur (pas uniquement de l'intérieur) ce qui n'était plus un « camp », du moins les vestiges de ce que d'aucuns nomment une « illusion ». Dans sa dimension mondiale le conflit idéologique qui opposait capitalisme et communisme n'était certes plus qu'un leurre : là était l'illusion.


Si la référence historique n'avait plus de matérialité, ce qui demeurait était une conception du monde qui se nourrissait d'une perspective historique continue dans le temps, obscurcie certes par toutes les déviations révisionnistes qui l'ont déviée, qui la déviaient de son parcours.


Le révisionnisme au niveau mondial, principalement incarné par l'U.R.S.S. et la Chine, était aussi un ennemi facile à désigner. Son existence même freinait la « mondialisation » du mode de production de type capitaliste classique, il y avait des interstices de liberté d'action entre les deux blocs, qui se réduisaient certes dans la mesure de leurs convergences toujours plus poussées. Cet équilibre entre capitalisme et révisionnisme a été rompu. Et les années 1989-1991 n'ont été que l'aboutissement d'un long processus.


Le révisionnisme n'étant plus identifiable dans des États et des partis au pouvoir, la lutte idéologique a changé de niveau. Mais elle ne doit pas changer d'objet.


Reprendre le fil de notre Histoire, mais en tant que marxistes-léninistes, telle est notre tâche aujourd'hui. Et c'est cette tâche qui permettra non pas la reconstruction d'une Internationale, mais sa construction. De fait cette Histoire n'est pas écrite même si nous prétendons à sa continuité. Ce serait un contre-sens de dire que nous sommes les héritiers de ses victoires, de ses échecs, de toutes les déviations qui ont traversé le mouvement communiste international avant que ne triomphe le révisionnisme qui portait en lui les éléments de sa propre mort. Ce que nous revendiquons c'est d'être les continuateurs de cette Histoire, parce qu'elle est la nôtre. Et elle l'est dans sa totalité. Il ne peut être question de la reconstruire de manière linéaire, d'oblitérer ce que nous pouvons analyser comme des erreurs, des déviations, des trahisons. Mais de comprendre et ensuite seulement de dénoncer très clairement ce qui doit être dénoncé, rejeté, condamné.


La référence incantatoire au marxisme, au léninisme (ne parlons pas de ceux qui agitent le drapeau du maoïsme) ne servirait que de paravent à notre impuissance. Ce qu'il nous faut aujourd'hui c'est se réapproprier l'essence même du marxisme et du léninisme. Non pas appliquer mécaniquement les éléments de la doctrine à laquelle nous faisons référence mais, à partir de cette doctrine, analyser les problèmes qui nous sont posés et, à partir de cette analyse, justifier notre doctrine, ce qui fonde notre action 2.


Ceci implique un travail considérable qui n'est pas, aujourd'hui, à la mesure d'un seul parti, d'un seul individu. Seul un travail collectif peut nous permettre de résoudre les problèmes qui se posent aujourd'hui et qui, s'ils ne sont pas fondamentalement nouveaux, ont des différences avec ceux qui se posaient au début de ce siècle. Non pas de nature, mais de forme.


L'accumulation des expériences ne suffit pas. Faut-il encore dégager de toutes ces expériences, passées, présentes, la stratégie et la tactique nécessaires au niveau international, au niveau de chaque pays ou ensemble de pays. Ce qui implique une unité de pensée pour une unité d'action.


Dans cette mesure, et sur cette base, il est évident que s'impose un regroupement international de toutes les forces qui refusent la fatalité du capitalisme, pour qui le mot communisme est synonyme de destruction du monde capitaliste et non pas aménagement ou dépassement du capitalisme. L'alternative posée par Marx nous semble toujours juste : Socialisme ou barbarie. Et nous refusons de nous soumettre à une perspective que l'on pourrait résumer en cette autre formule : Capitalisme et barbarie.


La nécessité de l'unité idéologique ne s'impose pas en fonction des événements récents. Elle a été posée dans les années qui ont suivi le XXe Congrès du P.C.U.S. en 1956, principalement après la Conférence internationale de Moscou en novembre 1960. À cette Conférence les divergences idéopolitiques entre le Parti du Travail d'Albanie et le P.C.U.S. ont été posées. Ainsi que celles entre le Parti Communiste Chinois et le P.C.U.S.. Et Moscou a cessé d'être au niveau international la référence légitime et absolue.


Contre les thèses avancées par Khrouchtchev et les dirigeants soviétiques qui le soutenaient, sur la voie pacifique du passage au socialisme, la coexistence pacifique sans principes, la mise en avant d'un affrontement à un niveau principalement économique, un regroupement international s'imposait. Au niveau des pays capitalistes où les partis communistes suivaient la ligne de Moscou, une telle organisation internationale était également primordiale pour appuyer l'émergence puis la consolidation de nouveaux partis. De fait, la tentative amorcée par le Parti du Travail d'Albanie dans les années 1965-1966 fut repoussée par le Parti Communiste Chinois 3. Les analyses des deux partis ne concordaient pas, et ils ne se situaient pas dans la même perspective : internationaliste pour le Parti du Travail d'Albanie, tiers mondiste pour le Parti Communiste Chinois.


C'est ainsi que se constituèrent dans le début des années 60 deux pôles dont les principes pouvaient paraître communs, sinon identiques. En 1978, la rupture entre le P.T.A. et le P.C.C. provoqua l'éclatement de cette unité de façade, de fait une collaboration contre des ennemis communs, plus ou moins communs après la visite de Nixon à Pékin en 1972. Partis et organisations furent ainsi aimantés, non sans crises, entre les deux nouveaux centres : Pékin et Tirana, en même temps que Moscou demeurait, pour de nombreux partis, une référence obligée.


Les possibilités concrètes de la mise en place d'une nouvelle Internationale — de nom ou de fait — s'estompaient encore plus. L'époque qui s'ouvrait fut celle de regroupements antagoniques et d'un affrontement sur la « théorie des trois mondes » mise en avant par le Parti Communiste Chinois. Affrontement qui devint antagonique avec la mise en cause de Mao Tsé-toung comme marxiste-léniniste par le Parti du Travail d'Albanie.


Du moins en Europe, c'est sans élans révolutionnaires et sans fureurs contre-révolutionnaires que le simple discours communiste s'est dissous et que les partis qui portaient encore ces discours — ce qu'il en restait — se sont empressés de mettre une dernière touche à leur reniement. Au dépérissement de la quasi totalité des partis au pouvoir s'est parallèlement effectué le dépérissement révolutionnaire des partis communistes des pays capitalistes « avancés ». Du marxisme-léninisme on est passé à un « composé » de marxisme-léninisme et de révisionnisme, puis à un révisionnisme « pur », et de là au réformisme. Et c'est cette trajectoire descendante qu'il faudra bien analyser, cas par cas, pour ne pas en rester aux généralités.


Les éléments constitutifs de la doctrine marxiste-léniniste ont un préalable, et leur négation implique une négation fondamentale, celle de la « mission historique du prolétariat », telle qu'elle a été mise en avant par Marx. Doit-on comptabiliser ce prolétariat pays par pays et dégager une doctrine, une stratégie et une tactique en fonction de la dimension éventuelle en nombre du prolétariat et de la classe ouvrière ? ou bien doit-on adopter un point de vue en relation avec le prolétariat international ? Ce qu'il faut noter, c'est qu'avant même cette diminution relative dans certains pays industrialisés, les partis révisionnistes s'étaient engagés dans des stratégies nationales et populistes. Le seul internationalisme se réduisant alors au soutien — plus ou moins nuancé — de l'U.R.S.S.


Ce que cette réduction relative ou non impose, c est un examen mieux approfondi de nos rapports avec les partis marxistes-léninistes des pays où le prolétariat et la classe ouvrière sont en augmentation, les nouveaux pays capitalistes. Ce qu'elle impose également c'est de définir notre tactique dans les conditions actuelles. Il est bien évident, par exemple, dans des pays européens comme la France, que l'alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie ne se pose plus dans les mêmes termes qu'il y a un demi-siècle 4. Mais qui se soucie aujourd'hui du prolétariat rural ?


La thèse révisionniste sur les « lois générales du socialisme » a fort bien été exprimée en novembre 1977 par un des dirigeants du Parti Communiste Français, Jean Kanapa, lors d'une Conférence sur « le mouvement communiste international hier et aujourd'hui »:


« Le caractère de ces lois est très général. Leur universalité tient à leur abstraction. Elles ne précèdent pas l'expérience, elles généralisent une expérience multiforme. À ce titre, elles sont historiquement relatives. C'est-à-dire, d'une part, qu'elles n'ont pas d'existence indépendante hors de la réalité concrète des luttes ouvrières, démocratiques, révolutionnaires ; d'autre part, que plus l'expérience se diversifie et s'enrichit, plus le contenu de ces lois se relativise et plus de nouvelles lois s'ajoutent et se substituent à d'anciennes 5. »


On verra que cette interprétation est proche des positions du Parti Communiste Chinois et de Mao Tsé-toung. Elle se pare du rejet du « dogmatisme » pour ouvrir toutes les portes au révisionnisme.


Il n'y a certes pas que l'Europe 6. Des hommes et des femmes luttent autrement que dans des formes légales et sont volontairement affrontés aux fureurs contre-révolutionnaires. Mais tout est brouillé : pour quelles raisons luttent-ils ? Nationalisme, chauvinisme, conflits ethniques, extrémismes religieux, certains peut-être pour instaurer un régime socialiste, mais encore quel type de socialisme ? Et ces luttes sont lointaines, isolées les unes des autres. Au mieux va-t-on les soutenir, les populariser, mais comme un phénomène étranger, un substitut à notre propre cause en tant que communistes marxistes-léninistes.


Ces luttes affaiblissent-elles en effet « notre » propre impérialisme ? Mais cet affaiblissement aurait comme corollaire la mise à mal du capitalisme qui nous exploite, au risque d'une situation encore plus difficile si elle était sans perspectives. On parle certes, en tout état de cause, d'un risque « d'explosion sociale ». Mais qui en tirerait profit, qui se serait préparé à cette explosion ? Et certains peuvent même la craindre. Et si elle profitait à l'extrême droite ? Qui, aujourd'hui, de ceux-là, prendrait le risque d'aiguiser la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat, la classe ouvrière. La mise sous le boisseau de la lutte de classe témoigne bien du profil bas adopté. On se garde d'affronter, sur l'essentiel, les représentants de l'État bourgeois, pour ne pas parler de l'État lui-même ! Comme si l'État capitaliste était un quelconque rempart contre la montée de l'extrême droite. Or on sait bien que de tels États, sous le couvert de la défense de la démocratie bourgeoise, peuvent ouvertement montrer leur visage de dictature. Pas besoin pour cela d'une prise de pouvoir fasciste.


Même s'ils ne les partagent pas consciemment, ces idées toutes faites (elles ne tombent pas du ciel, elles sont le produit de l'idéologie dominante) influencent à la longue nombre d'hommes et de femmes isolés dans leurs luttes, aussi dures soient-elles. La propagande anti-communiste ne désarme pas, elle tend à s'accentuer, même si, dans de nombreux pays, l'ennemi n'est pas matérialisé. C'est à l'idée même du communisme que cette propagande s'attaque. Il faut extirper cette idée de toutes les têtes. Et cette nouvelle Inquisition a pour objet de tuer tout espoir : un seul monde, celui du capitalisme, un seul système, celui du capitalisme. Un destin auquel on ne peut échapper.


Des hommes et des femmes rêvent à un monde autre. De franchir cette frontière invisible, mais tout à fait matérielle, qui les tient dans une servitude dont on voudrait qu'elle soit acceptée. Le fait est que, pour détruire ces barbelés, le rêve individuel est de peu de poids. L'un ou l'autre franchira la ligne, sera rejeté ou non, un jour ou l'autre. Des millions resteront parqués.. Ce qu'il faut c'est retrouver le chemin d'un rêve collectif et non pas se cantonner dans le peffectionnement de soi-même.


Ce n'est qu'un « rêve » ? Dans Que faire ? en 1902 Lénine cite un article de Pissarev où il relève, entre autres, ce passage :


« Le désaccord entre le rêve et la réalité n'a rien de nocif, si toutefois l'homme qui rêve croit sérieusement à son rêve, s'il observe attentivement la vie, compare ses observations à ses châteaux en Espagne, et, d'une façon générale, travaille en conscience à la réalisation de son rêve. Lorsqu'il y a contact entre le rêve et la vie, tout est pour le mieux. »


« Des rêves de cette sorte, ajoute Lénine, il y en a malheureusement trop peu dans notre mouvement 7. »


Travailler à la réalisation de son « rêve » n'est pas une tâche solitaire. Elle implique de se grouper et chaque individu a son rôle à jouer dans cette conjonction des forces, qu'elle soit au niveau de chaque pays ou au niveau international.


Deux tactiques pourraient s'opposer : attendre que ne se développent des partis et organisations marxistes-léninistes avant de fonder une nouvelle Internationale, ou bien estimer que cette nouvelle Internationale aiderait à la création, à la consolidation de partis et organisations marxistes-léninistes là où ils ne sont qu'embryonnaires, sinon inexistants comme_tels. Et pour ce choix il est clair que l'expérience de la Première, de la Deuxième et de la Troisième Internationale ne nous sont d'aucun secours tant les conditions historiques sont différentes.


La Première Internationale avait comme drapeau un brûlot, le Manifeste Communiste de Marx et Engels — dont un siècle et demi nous séparent, et comme dirigeants, physiquement, les mêmes Marx et Engels.


Ce qui caractérise la période de création de la Deuxième Internationale, c'est l'existence de partis importants implantés en Europe. Quant à la Troisième, elle avait une base arrière, la Russie nouvelle, l'U.R.S.S., et Lénine comme théoricien et dirigeant avant que Staline ne prenne le relais.


D'un point de vue européen — géographiquement s'entend —, il nous semblait erroné et euro-centriste de vouloir poser comme condition préalable le développement significatif, en Europe même, de partis et organisations. Mais il nous semblait tout aussi erroné de s'engager dans la construction d'une Internationale en réunissant sans conditions partis et organisations marxistes-léninistes, révisionnistes, maoïstes, anti-impérialistes de toute nature.


C'est ainsi que nous avons refusé de participer au Séminaire International organisé par Ludo Martens, président du Parti du Travail de Belgique, qui met en avant une plate-forme minimum tendant justement à réconcilier des positions antagoniques.


Il nous semble toujours préférable d'établir des réunions de travail plus réduites pour, au-delà des apparences d'unité idéologique et politique, confirmer cette unité en partant d'une analyse du contexte international dans lequel se mène notre lutte, en établissant le bilan sans fard des errances révisionnistes de toute nature qui ont conduit, là où il en est, le mouvement communiste international, et ce dans la perspective d'une nouvelle offensive.


Allant dans ce sens la réunion qui s'est déroulée à Ischia (Italie) en décembre 1995 offre une perspective positive et nous nous y associons. La décision prise de créer préalablement une revue internationale s'impose, face à celle qui existe déjà sous l'égide du Parti communiste des Ouvriers de France et d'autres partis (Unité et Lutte), et celle que prévoit de faire Ludo Martens sous le couvert du « Séminaire International de Bruxelles ».


La tentative belge de créer dès maintenant une Internationale, les moyens dont le Parti du Travail Belge dispose pour faire sa « publicité », nécessitaient une riposte, et une riposte également organisée au niveau international.


Du moins les partis et organisations qui prétendent lutter contre le révisionnisme moderne, contre l'impérialisme, avoir comme raison d'être la préparation de la révolution prolétarienne dans leur propre pays, seront-ils obligées de s'avancer le visage découvert. On arrivera à débusquer de leurs terriers les révisionnistes honteux et masqués.


Il faut que les divergences se réaffirment ou s'affirment. Si elles sont inconciliables, les camps doivent être délimités. Et qu'il n'y ait aucune coexistence pacifique entre eux sur le plan idéologique et politique. Et c'est justement l'analyse de notre Histoire, et celle de la situation actuelle qui permettront de mettre en évidence les divergences et leur caractère.


La lutte engagée contre le révisionnisme moderne (et ancien), sous tous ses aspects, ne peut être une conversation de salon, se mener selon les principes de la politesse confucéenne. Il faut nommer l'ennemi et le combattre comme tel. Au niveau idéologique la confusion aujourd'hui est d'autant plus grande que le combat s'était estompé, que les nouvelles générations dans les pays capitalistes ignorent l'enjeu des luttes passées, que cet enjeu leur est caché ou travesti. Qu'elles n'en voient pas l'importance capitale dans la mesure même où il y a eu effondrement. Non pas, et c'est ce qu'elles ne savent pas, effondrement du communisme, du marxisme-léninisme, mais agonie et mort du révisionnisme d'État, des partis « historiques ».


Ce que nous réfutons, par exemple, c'est la thèse ouvertement proclamée, ou dissimulée, selon laquelle la révolution est aujourd'hui (et demain) impossible dans les pays impérialistes, si elle est possible encore dans le « Tiers Monde ». Cette thèse peut bien entendu être dissimulée sous des discours, des déclarations ultra-révolutionnaires. Ce qui permet de la démasquer c'est le légalisme qui accompagne ces proclamations 8.
Se réclamer du marxisme-léninisme 9 implique de mener le combat sur tous les fronts, en mettant sur le même plan la lutte politique, la lutte économique et la lutte théorique. Sinon il ne s'agirait encore une fois que d'une formule vide, mystificatrice, de la mise en avant d'un contre-feu.


Les durs échecs éprouvés par les communistes marxistes-léninistes dans le monde, la fm sans gloire du Parti Communiste d'Union Soviétique — éclaté aujourd'hui en plusieurs fractions opposées —, l'arrogance de la bourgeoisie mondiale qui croit avoir échappé à son grand cauchemar, et qui prétend nous enterrer, rien de tout cela ne peut abolir le « rêve » que nous poursuivons, même si l'écart entre ce « rêve » et la réalité telle que nous pouvons l'analyser s'est agrandi. L'insuccès ne démontre pas l'erreur, comme le prétendent bourgeois et révisionnistes confondus. Des principes justes — ceux du marxisme-léninisme — peuvent ne pas aboutir à une réalisation concrète. Ce n'est pas l'échec qui doit permettre de les remettre en cause. Ils répondent à une nécessité toujours vivante, impérieuse 10.


Il y a une phrase qui a fait les beaux jours du maoïsme dans le monde : La pratique est le critère de la vérité. Et les communistes marxistes-léninistes pourraient certes être désespérés de s'être battus, d'avoir vu mourir tant et tant de leurs camarades, sous l'étendard d'une « illusion » si la vérité en question était absolue. Or, si la vérité est absolue, elle est aussi relative. C'est ce que nous apprennent le matérialisme dialectique et le matérialisme historique.


La bourgeoisie, bien entendu, prétend par mille canaux de propagande (le révisionnisme, le réformisme ne sont pas les moindres) enchaîner à sa vérité les millions et les millions d'hommes et de femmes qu'elle exploite dans le monde, qu'elle rejette tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ses frontières. La vérité, dit-elle, la vérité absolue comme l'a démontré l'échec du conununisme, notre vérité, c'est le capitalisme. La guerre entre le capitalisme et le communisme (celui des précurseurs Marx et Engels, de leurs continuateurs Lénine et Staline), cette guerre, disent-ils, nous l'avons gagnée définitivement.


Dans ce cas non plus, il n'y a pas de vérité absolue. Comme est relatif notre échec, leur victoire est également relative. Et c'est de cela bien entendu dont nous sommes convaincus, fermement attachés à notre conception du monde. C'est ce qui fonde notre lutte actuelle, toutes les luttes futures, où qu'elles se déroulent dans le monde. Et c'est ce qui permettra à notre « rêve » de devenir réalité. Comme l'ont montré les échecs successifs des révisionnistes modernes, la modification du point de vue politique n'entraîne pas immédiatement la refonte radicale de la conception du monde philosophique. Il y a décalage plus ou moins long, c'est ce qui a permis la transition pacifique d'un communisme vidé de son contenu en un révisionnisme, un réformisme déclaré.


En quelques décennies, le rapport de forces entre communisme et capitalisme s'est inversé. Ce dont il s'agit c'est de redonner à nos idées la force matérielle qui permettra de retourner en notre faveur les termes de l'antagonisme entre bourgeoisie et prolétariat, et qui permettra que notre défaite se transforme en victoire.
Notre échec a suivi des voies sinueuses, des étapes plus ou moins perceptibles. Dans cette lutte où s'affrontent des contraires antagoniques — le prolétariat et la bourgeoisie —, il y a des hauts et des bas, des périodes de relatif équilibre (qui paraissent telles) où chacun attend de l'autre qu'il commette l'erreur qui lui donnera la victoire, partielle ou non, où chacun pousse l'autre à l'erreur. Et c'est dans ce contexte que joue l'allié indispensable de la bourgeoisie, sous ses multiples visages de l'opportunisme au réformisme, de la trahison avérée au révisionnisme. Et ce sont là toute une série de relâchements, d'hésitations, de manque de vigilance qui contribuent à l'inversion des rapports de force.


C'est pourquoi la lutte contre le révisionnisme ne peut et ne doit à aucun moment s'assoupir, être tolérée, mise de côté, sous quelque prétexte que ce soit, celui de la faiblesse actuelle du mouvement communiste international, ou d'une prétendue force qui, dans l'avenir, verrait se séparer d'eux-mêmes vrais et faux communistes.


Au vu de notre faiblesse, de la force réelle de notre adversaire (et aujourd'hui son effondrement même pourrait nous entraîner avec lui) il est bien clair que nous devons être d'autant plus vigilants.


Le danger d'une initiative comme celle du Parti du Travail de Belgique et de son Président Ludo Martens peut paraître dérisoire, qui mêle révisionnistes de tout genre et marxistes-léninistes. Ce serait commettre une erreur aux conséquences dommageables. En effet, ce qui est en cause c'est la stratégie et la tactique même que nous devons adopter. Et les conséquences ne sont pas abstraites.


L'urgence, c'est de préserver et développer l'arme du marxisme, du léninisme, de ne pas laisser cette arme se rouiller, simple objet d'histoire, vénérée de quelques sectes impuissantes tandis que s'instaureraient de nouvelles doctrines hybrides, consensuelles.

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Xuan
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II - LUTTE ANTAGONIQUE OU UNITÉ ENTRE RÉVISIONNISME, MAOÏSME ET MARXISME-LÉNINISME ?


De 1991 à 1997 ont eu lieu un certain nombre de rencontres internationales entre partis et organisations se réclamant du marxisme-léninisme, du socialisme 11.


Il n'y a plus de référence à des États de dictature du prolétariat (ou qui se présentaient comme tels). Il est bien évident qu'il y a donc une différence fondamentale entre ces rencontres, et celles qui ont eu lieu dans le cours du conflit idéologique et politique entre le P.T.A. et le P.C.C. Il s'agissait de Rencontres internationales à l'occasion principalement du Congrès de tel ou tel parti, ayant pour objet de défendre le P.T.A., d'attaquer les positions du P.C.C., notamment sur la question de la « théorie des trois mondes », de dénoncer Mao Tsé-toung comme non marxiste-léniniste, ou bien de Rencontres destinées à défendre la « pensée de Mao Tsé-toung » et attaquer le P.T.A. Tout n'était pas toujours aussi tranché : des partis et organisations qui prétendaient approuver les positions du P.T.A. se livraient en même temps à de vives critiques contre lui et cherchaient à l'isoler. Elles réunissaient néanmoins des partis et organisations unis apparemment sur un même point de vue.

1. La situation internationale.

L'implosion du « système socialiste » 12 ayant à sa tête l'U.R.S.S. révisionniste, puis l'implosion de l'U.R.S..S. et le démantèlement de la Fédération yougoslave continuent à provoquer des réactions en chaîne, des bouleversements, quelle qu'ait été la transformation de la nature de l'U.R.S.S. et des Démocraties Populaires, pour ne pas parler de la Yougoslavie et du « titisme » dénoncés depuis 1948. On peut sommairement en distinguer cinq pour caractériser déjà la situation actuelle :


A. Les États-Unis d'Amérique prétendent matériellement (militairement, économiquement) et idéologiquement à la domination mondiale. La Guerre du Golfe a été une démonstration concrète de cette ambition. Il n'est même plus question du modèle mis en avant après la Deuxième Guerre mondiale dans le contexte de la Guerre froide, l'American way of life.


B. Même si l'U.R.S.S. avait depuis longtemps cessé d'être la base arrière du mouvement révolutionnaire mondial, son existence fonctionnait encore : en tant que frein aux prétentions impérialistes des pays de l'Ouest, comme référence par rapport à son passé, comme obstacle au marché mondial triomphant et absolu.


C. De très nombreux partis communistes, mais le processus était largement engagé, ont encore plus ouvertement rompu avec leur passé et celui du mouvement communiste et ouvrier international, pour se placer sur l'idéologie de la social-démocratie, ne prétendant plus, au mieux, qu'à en être l'aile gauche.


D. Dans le contexte européen, le Parti du Travail d'Albanie et la République Populaire Socialiste d'Albanie se sont désagrégés sous la poussée de multiples facteurs objectifs (la pression idéologique, l'effondrement de son commerce extérieur, la position géographique de l'Albanie, etc.) et subjectifs : l'abandon progressif par Ramiz Alia 13 (le nouveau secrétaire général du Parti après la mort d'Enver Hoxha en 1985) et par d'autres dirigeants du Parti des principes marxistes-léninistes qui fondaient le Parti et la R.P.S.A., etc.


E. Il n'y a plus qu'un seul marché mondial, qu'il y ait ou non des survivances de « socialisme » dans un certain nombre de pays, la Chine, le Vietnam, la Corée du Nord, Cuba. Le capitalisme atteint les confins de la planète et instaure sans réelle opposition organisée son mode de production. Depuis longtemps déjà s'est éteinte la réalité des « Deux Mondes ».

2. Le mouvement marxiste-léniniste .

Cette situation nouvelle n'a pas été le seul élément désagrégateur au niveau international — et principalement au niveau européen — des partis et organisations se réclamant du marxisme-léninisme ou du maoïsme. Le déclin s'était amorcé bien avant. Les membres de ces partis et organisations, pour la plus grande part issus de la petite-bourgeoisie, étaient revenus à leur classe d'origine pour se fondre au mieux si l'on peut dire dans les rangs du révisionnisme ou de la social-démocratie, sinon dans la mouvance de la droite classique.


C'est d'évidence en France depuis 1981 : les ex-révolutionnaires de tout acabit ont pu trouver refuge, avec bonne conscience, dans ce « peuple de gauche » qui n'était qu'un leurre mais qui leur permettait de situer leur action dans le cadre de la démocratie bourgeoise.


Si l'on peut constater une lente remontée depuis quelques années dans ce qu'il était convenu d'appeler le Mouvement marxiste-léniniste international, elle s'effectue en général dans des sens différents, contradictoires : soumise de fait aux événements internationaux et non pas encore dans un travail d'enrichissement du marxisme, du léninisme, fondé justement sur l'analyse de ces événements. Et il faut bien reconnaître que la lutte ouverte entreprise depuis le milieu des années 70 contre le révisionnisme du Parti Communiste Chinois et la « pensée de Mao Tsé-toung » s'est en grande partie assoupie, dans le contexte d'un assoupissement théorique et politique général. On ne parle ici que d'un mouvement général, sans mettre en avant les exceptions notables qui font que le marxisme, le léninisme sont aujourd'hui toujours vivaces, même s'ils n'ont comme points d'appuis que des partis et des organisations encore isolés qui luttent à contre-courant, contre de multiples courants.


On doit se demander pourquoi le maoïsme, sous ses formes différentes, semble dans les années 90, sinon se développer, du moins retrouver les forces qu'il avait perdues et donner justement l'impression de son développement face à la relative absence de partis et d'organisations marxistes-léninistes. En ce qui concerne les pays industrialisés, on peut déjà envisager un début de réponse.. De fait le « maoïsme » accueille les bras ouverts la « révolte » des classes moyennes non-dépendantes, pour reprendre une terminologie des années 30 ; c'est-à-dire les couches exerçant des professions libérales : enseignants, médecins, artistes, pour ne citer que les grandes catégories. Le « maoïsme » donne une valeur à cette « révolte », la légitime, la coordonne dans un objectif commun, le changement de société. Ce qui n'est pas la révolution prolétarienne. Être par exemple « au service » de la classe ouvrière (ou des travailleurs), « servir le peuple » , ne signifie pas être sur la position de classe du prolétariat et de la classe ouvrière. Il s'agit d'une morale individuelle de vie, la lutte contre toutes les injustices. C'est la défense, pour simplifier, des Droits de l'Homme. Le retour à la Révolution bourgeoise de 1789 14.


Dans cette mesure également l'anti-impérialisme est fédérateur de cette « révolte » , comme la lutte contre toutes les mesures discriminatoires, xénophobes, racistes, contre toute forme d' « exclusion » , mesures qui touchent à la fois les réfugiés politiques et économiques de tous les pays, et, par le chômage, les « nationaux » .


Peut-on qualifier de nouveau tiers-mondisme cette position ? Sans doute. Il y a très nettement deux fronts de lutte : contre l'impérialisme, pris dans son sens réduit de domination coloniale ou néocoloniale, et, au niveau de chaque pays — impérialiste ou non —, contre les formes antidémocratiques que prend le rejet des étrangers, des immigrés, des naturalisés. Au-delà de toute position politique, position qui mettrait au premier plan le soutien aux organisations ou partis des pays d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine ayant pour objet la libération politique, sociale et économique de ces pays. Ce qui est par contre mis en avant c'est l'aspect non-démocratique de ces pays, comme si la solution était de les ramener au niveau démocratique d'un pays, par exemple, comme la France, avec l'objectif de leur intégration dans le marché mondial. La nécessité de la Révolution est ainsi reléguée au deuxième plan, sinon totalement oblitérée, qu'elle passe ou non par une phase démocratique, ce qui est une autre question.


Quant à la réalité de la simple lutte de classes, lutte de classes qui n'est pas une « invention » de Marx, mais qui a été bel et bien décrite par des historiens bourgeois du XIXe siècle, elle est également contrebattue. En France, ce qui est mis en avant, c'est le « parti » de tous les citoyens, c'est le « tous ensemble », « tous solidaires » ... De fait, la recherche, toujours et encore, du plus petit dénominateur commun pour se donner l'illusion de lutter contre les mesures ponctuelles avancées par le régime en place. De fait, un mouvement qui ne fait que retarder les mesures annoncées, programmées par la classe dirigeante, dont la stratégie est elle-même temporisatrice. Celle-ci peut donc se dédire si elle y trouve son intérêt à plus ou moins long terme. Apprécier ces reculs éventuels comme des victoires c'est se bercer d'illusions et entretenir ces illusions. Il ne s'agit que d'escarmouches dans la lutte économique.


Ces embryons de luttes, ces différents mouvements, ne sont certes pas inutiles. Mais ils peuvent se révéler dangereux parce qu'illusoires. Et dangereux parce qu'ils se posent au-dessus des classes. C'est une position de résistance 15, et aussi honnêtes et utiles au jour le jour que soient ses motivations, elle tend à se substituer à la lutte de classe et à son issue obligée — d'un point de vue marxiste et léniniste : la dictature du prolétariat.
Des colères, des indignations, des révoltes, soit. Dans des limites « tolérables » par la fraction au gouvernement de la bourgeoisie. Mais les bons sentiments n'ont jamais changé la face du monde. De ces flux et reflux de mouvements qui parfois se superposent, le plus souvent s'enflent isolément, rien de durable, d'irréversible ne peut se constituer en tant que force réelle 16.


L'existence d'un parti révolutionnaire capable, à partir de cette situation, de donner l'impulsion politique décisive pour préparer la destruction du système capitaliste en place, accroché à sa place, n'a pas perdu de sa nécessité. Bien au contraire.


Et la menace très présente d'un néo-fascisme ultra-conservateur qui, en France, se nourrit du conservatisme de la droite « classique » (amplifié à d'autres couches sociales par une propagande permanente), que ce conservatisme prenne des formes modernes — c'est-à-dire s'appuie sur les technologies dont il a besoin économiquement — ne peut que souligner l'urgence d'une telle nécessité.


Or le point d'appui de la résistance à cette menace est délimité par un thème qui est celui de l'ennemi, celui de la « préférence nationale » .


Un mot sur ce slogan qui, en France, n'est pas nouveau. Et qui n'est pas nouveau au niveau européen. On a déjà conjugué le mot « national » dès la fin des années 20, qu'il s'agisse de « travail national » , de « production nationale » , de « consommation nationale » , de « culture nationale » . C'est aussi une vision de l'Europe, le vieux slogan de l'Europe blanche et, au niveau mondial, celui de la défense du Blanc.


Telle qu'elle est exprimée, revendiquée, la « préférence nationale » mobilise les forces les plus réactionnaires, chauvines et sert à camoufler de fait le racisme et la xénophobie, ce qui est les justifier. Non exprimé, non dit, il caractérise la politique menée par les gouvernements démocratiques bourgeois, de gauche et de droite. Convergence dans les faits qui sert à la banalisation de l'extrême droite. En effet on ne peut caractériser de réactionnaires et de fascistes tous ceux qui vivent intimement cet ensemble de préjugés, ensemble qui concrétise une forme d'espoir — une solution immédiate — face à des conditions de vie, de survie, immédiates. En France, à la propagande de l'extrême droite, la seule réponse est idéologique.


Il est cependant clair qu'aucun rappel aux droits de l'homme, à la démocratie, à la république, à ces valeurs que la vie elle-même dévalorise quotidiennement ne saurait venir à bout d'une telle question, dont les bases sont concrètes. Ce sont les luttes internes au capitalisme, comme système économique mondial, qui rendent plus ou moins aiguë la question de l'extrême droite. Et l'incapacité des forces politiques conventionnelles (dont le Parti Communiste Français), engluées dans leurs scandales, à mettre en avant une alternative. Pour ne parler que du chômage, il est évident qu'aucune solution capitaliste, plus ou moins capitaliste, ne peut y remédier. Dans le cadre du système capitaliste, le chômage n'est pas seulement conjoncturel, il est bel et bien organique. C'est donc au capitalisme, de front, qu'il faut s'attaquer. Il a certes une « solution », le déclenchement de la guerre.


Et, pour répondre à cette menace, l'internationalisme prolétarien se transforme en humanitarisme, en solidarité de cœur et d'esprit, dont les sources chrétiennes ne sont pas loin. Et ce « solidarisme » « oublie » une des luttes essentielles, dans le cadre même de son action, qui est la destruction (mais elle ne s'opérera pas par l'opération du Saint-Esprit !) de la xénophobie et du racisme au sein même du prolétariat et de la classe ouvrière, pour ne pas parler du chauvinisme de petite ou grande puissance, xénophobie et racisme que nourrissent la situation économique, et le chômage.


La solidarité ne peut se substituer à l'internationalisme prolétarien. Elle n'a pas le même objet : elle est globalisante, au-dessus des classes. Mais par sa nature de classe justement, elle est amenée à choisir ses cibles, et principalement à « soigner » les effets plutôt que de s'attaquer aux causes elles-mêmes. Ce n'est pas son rôle, et elle n'a pas les armes adaptées. Ses solutions ne peuvent être qu'idéalistes. D'une certaine façon rassurantes parce que la solidarité se contente d'opposer une « nature humaine » bonne à une « nature humaine » qui n'est plus humaine, à une contre-nature, la figure du diable. Sans oublier que l'extrême droite peut également mettre en avant la solidarité, cette fois-ci confinée aux frontières nationales, la solidarité du sang.

3. Anti-impérialisme avant tout ?

Les luttes contre l'impérialisme, qu'elles soient le fait de pays ou non, de mouvements qui s'opposent les armes à la main aux dictatures militaires, ouvertes ou non, n'ont par contre jamais cessé. Si le devoir internationaliste est de les soutenir, quand elles ne nuisent pas aux intérêts du prolétariat mondial — mais ce sont des analyses qui restent à faire — il y aurait un risque idéologique certain à qualifier indistinctement ceux qui les mènent de communistes ou de marxistes-léninistes, de confondre ces luttes avec celles du prolétariat mondial, de leur soumettre ces dernières.


De fait, la référence à Mao Tsé-toung ou à Che Guevara qui souvent anime ces révolutionnaires a des raisons objectives qu'il ne faut pas sous-estimer : l'expérience de la prise du pouvoir en Chine, des guerres menées sous la direction entre autres de Mao Tsé-toung et concrétisées dans nombre de ses écrits, tous ces facteurs ne peuvent qu'inciter ces révolutionnaires à se réclamer effectivement de sa doctrine et de ses succès sur le terrain. De même le « guévarisme », qui a enflammé l'Amérique latine, fondé sur la prise du pouvoir à Cuba, et sur le manuel même du Che sur la guerre de guérilla 17.


De là à remettre comme thèse généralisable la thèse de l'encerclement des villes par les campagnes, il y a certes un pas que nous n'avons pas l'intention de franchir. Pas plus aujourd'hui qu'hier, alors que la Chine s'était intégrée dans le « Tiers Monde » 18 lors de la Conférence de Bandung (1955) et se présentait comme une base arrière des mouvements de libération nationale 19. Cela équivaudrait à ne pas tenir compte de l'augmentation du prolétariat et de la classe ouvrière dans de nombreux pays du dit Tiers Monde, à ce déplacement géographique qui s'opère quant aux luttes, des campagnes dans les villes elles-mêmes, ce qui peut tendre à l'affaiblissement progressif du rôle historique qu'ont joué les partis du prolétariat dans leur matrice européenne. Et ce rôle, il reste à l'analyser, tant dans le contexte européen que dans celui de la décolonisation, du néo-colonialisme issus de la Deuxième Guerre mondiale.


Dans quelle mesure la référence militaire à Mao Tsé-toung a-t-elle entraîné l'adoption de ses thèses en général, c'est une question que l'on doit se poser : cette adoption ne doit pas conditionner notre absence de soutien (ce qui détermine ce soutien est l'affaiblissement que ces luttes peuvent causer aux différents impérialismes), elle pose le problème des relations que les partis et organisations marxistes-léninistes — qui refusent de voir en Mao un marxiste-léniniste — doivent entretenir avec ces mouvements révolutionnaires et les autres organisations et partis qui mènent leurs luttes, soit en référence à Mao soit sans références. Elle pose donc la question de la nature de ces relations.


Il est évident que ces relations ne peuvent avoir une base idéologique commune.
Si la question doit être posée, c'est qu'elle se situe dans le contexte de différentes tentatives actuelles de créer ou recréer un centre au niveau mondial, qu'on présente ce centre, dans un premier temps, comme un simple regroupement ou déjà comme une nouvelle Internationale.


Pour anticiper on peut déjà dire que l'initiative prise par le Parti du Travail de Belgique de convoquer en 1996 à une réunion internationale censée regrouper des partis se réclamant du marxisme-léninisme (quelle que soit la réalité de cette « réclamation »), des partis révisionnistes déclarés ou non, de convoquer donc à ce type de réunion destinée à constituer une nouvelle Internationale, des partis et organisations anti-impérialistes qui n'ont rien de marxistes-léninistes, sous quelque référence que ce soit, est une initiative pour le moins curieuse, pour ne pas dire douteuse. Ce n'est de fait que la reprise d'initiatives chinoises tendant à former, sous sa direction de fait, un Front Uni anti-impérialiste indistinctement composé 20, avant même que n'existe une Internationale capable de diriger d'un point de vue communiste un tel Front dans le cadre des intérêts mondiaux du prolétariat. C'est déplacer la responsabilité des marxistes-léninistes quant à leur lutte contre leur propre impérialisme. C'est faire une confusion manifeste entre ce que doit être une Internationale communiste stricto sensu, et une organisation anti-impérialiste sous sa direction.


Quitte à rabâcher, faut-il redire encore une fois que le meilleur soutien à la lutte des peuples soumis aux impérialismes est de faire la révolution dans son propre pays impérialiste 21. Et là se pose bien entendu la question de la lutte contre l'opportunisme, qui est indissolublement liée à la lutte contre les impérialismes. Ce qui induit déjà une autre question : comment pourrait-on allier marxistes-léninistes et révisionnistes dans ce même combat !


De fait, Ludo Martens et le Parti du Travail de Belgique reprennent à leur compte ce qu'écrivait Mao Tsé-toung en janvier 1940 dans La Démocratie nouvelle :


« Peu importe, chez les peuples opprimés, quelles classes, quels partis ou individus participent à la révolution, et peu importe qu'ils soient conscients ou non de ce que nous venons d'exposer, qu'ils le comprennent ou non, il suffit qu'ils s'opposent à l'impérialisme pour que leur révolution devienne une partie de la révolution mondiale socialiste prolétarienne et qu'ils en soient les alliés 22. »


De quel type de « révolution » peut-il s'agir pour ces différentes classes, partis et individus ! De ce point de vue on comprend bien entendu les positions du Parti Communiste Chinois et de la Chine quant au soutien de l'Unita en Angola, de Pol Pott et des Khmers rouges au Cambodge 23, etc.


Comme le disait déjà Staline :


« Il est des cas où les mouvements nationaux de certains pays opprimés entrent en conflit avec les intérêts du développement du mouvement prolétarien. Il va de soi que dans ces cas-là, on ne saurait parler de soutien 24.»


Ni admettre que ces mouvements indistinctement révolutionnaires deviennent « partie de la révolution mondiale » . Quant aux alliances possibles, elles ne sont envisageables que si la « révolution » triomphante dans ces pays accède, après l'indépendance politique, à une indépendance économique vis-à-vis de l'impérialisme. Ce qui n'était envisageable qu'avec le soutien de tel ou tel pays socialiste dans le cadre d'un marché mondial socialiste opposé au marché mondial capitaliste. Non pas au nom des intérêts politiques ou économiques de ces pays socialistes, mais dans la perspective de la révolution prolétarienne mondiale.
La lutte pour l'hégémonie entre l'U.R.S.S. et la Chine, manifeste depuis Bandung en 1955, a été désastreuse. Tandis que l'impérialisme américain tirait les marrons du feu.


Alors que Brejnev mettait en avant sa « théorie » de la souveraineté limitée, la Chine appliquait ce précepte de Mencius selon lequel les petits pays doivent obéir aux grands pays !

4. Nouveaux partis ou partis anciens sous un nouveau nom ?

Un autre problème est posé par ce que la presse bourgeoise appelle la « renaissance » du communisme en Russie et dans les autres pays que l'on désignait autrefois comme de l'Est 25. De quel communisme s'agit-il ? les nouveaux partis qui apparaissent, par exemple ceux qui ont signé la Déclaration de Pyongyang (1992), sont-ils la continuation des anciens partis révisionnistes, ou bien de nouveaux partis, dont les dirigeants et les membres étaient alors minoritaires dans les partis auxquels ils appartenaient ou bien qui, avant leur disparition, avaient rompu idéologiquement avec eux ? Si la lutte contre le capitalisme mondial et les différents impérialismes occidentaux implique, quoi qu'il en soit, de populariser leur existence et leurs actions contre la restauration du capitalisme classique dans leurs pays respectifs, la question de l'unité organisationnelle, politique avec ces partis ne peut être une question réglée qu'en connaissance de cause, sans préjugés : ni favorables, ni défavorables 26.


Il serait bien sûr extravagant de penser que dans ces partis au pouvoir il n'existait aucun marxiste, aucun léniniste, pourrait-on dire de « culture ». Quant à leur fonction au sein même des partis révisionnistes, elle est ambiguë pour ceux qui n'ont pas été purement et simplement écartés de toute intervention théorique et politique publique. En effet la connaissance du marxisme, du léninisme pouvait servir d'habillage au discours révisionniste, à légitimer ce dernier. Opération à usage interne et, plus important peut-être, à usage externe. Pour ne parler que de l'U.R.S.S., le P.C.U.S. avait besoin tout à la fois, après 1956, de lutter contre le polycentrisme et contre les revendications théoriques des partis qui défendaient ou prétendaient défendre le marxisme-léninisme contre le révisionnisme. C'est ainsi que la question de l'interprétation du marxisme, du léninisme devait être confiée entre des mains « compétentes », en même temps que l'expression de positions correctes et erronées pouvait se trouver en juxtaposition dans nombre de textes.


Fils noirs et fils rouges se trouvaient ainsi mêlés, par exemple dans les Déclarations internationales de Moscou en 1957 et 1960, qui donnaient deux fronts de lutte : celui contre le dogmatisme, celui contre le révisionnisme.


Par dogmatisme, bien entendu, il fallait entendre la référence figée au marxisme et au léninisme, ce qui impliquait la nécessité d'un développement créateur sans références, opposé à toutes références. Selon les besoins du moment. Un « moment » qui exigeait une véritable reécriture de la doctrine sur des points essentiels, d'abord concernant le niveau international — mise en avant du passage pacifique au socialisme (négation des leçons d'Octobre 1917) et une conception de la coexistence pacifique excluant l'inéluctabilité de la guerre entre les « deux mondes ». Fallait-il encore que l'existence de ces « deux mondes » soit toujours réelle !


Quant à la lutte contre le révisionnisme, elle avait pour cible immédiate la parodie yougoslave du socialisme. Mais elle ouvrait, pour les partis qui avaient une conception plus large de cette lutte, la possibilité d'une action effectivement multiple, et, en même temps, pouvait permettre de mettre en cause les « contours » du dogmatisme tel que l'entendait le parti soviétique, de mettre à nu ses thèses et ses actions révisionnistes.


La question se pose également des scissions dans les partis des pays capitalistes, ou des regroupements à l'intérieur ou à l'extérieur de ces partis.


Contre l'alignement de ces partis sur des positions social-démocrates une « résistance » s'est mise en place. En France, la tentative de « redresser » de l'intérieur le Parti Communiste Français est principalement le fait de Coordination Communiste. Il lui faut à la fois s'en prendre aux positions officielles du Parti et à des fractions qui tendent à le conduire plus ouvertement dans la voie de la collaboration de classe ouverte. Cette Coordination ne présente cependant pas encore, de notre point de vue, une ligne idéologique bien définie : on y trouve quant à l'analyse de l'histoire du P.C.F., de la IIIe Internationale, du rôle de Staline, etc., des divergences marquées, sous une référence de principe à Lénine et à la Révolution d'Octobre, référence qui fonctionne, pourrait-on dire, comme drapeau. Son objet : « Pour la renaissance léniniste et la continuité révolutionnaire du P.C.F. ».

5. Il n'y a plus de base arrière.

Du temps de la IIIe Internationale qui, faut-il le rappeler, était le Parti mondial du prolétariat, le mouvement communiste international avait une base arrière, l'U.R.S.S. Le Bureau d'Information, créé en 1947, ne réunissait plus que quelques partis communistes européens. Il était quasiment mort avant que sa revue ne soit purement et simplement supprimée par Khrouchtchev en 1956.


Moscou étant devenu après le XXe Congrès du P.C.U.S. la base arrière du révisionnisme mondial 27, ceux qui refusaient tout au moins le révisionnisme de l'Union Soviétique se replièrent dans un premier temps vers Pékin et Tirana (dont la lutte semblait commune) puis à partir de 1978 vers Pékin ou Tirana, après la dénonciation par le P.T.A. de l'idéologie et de la ligne politique du P.C.C. incarnée par Mao Tsé-toung 28.


Cette organisation internationale doit se construire sans base arrière, elle ne peut bénéficier d'aucun soutien qui soit à la fois idéologique et matériel.

6. La Déclaration de Pyongyang (1992).

Le danger, aujourd'hui, serait de chercher à tout prix — c'est-à-dire à n'importe quel prix — une nouvelle base arrière pour le développement d'une nouvelle Internationale. Et ce n'est pas par pur hasard que la première réunion internationale importante, en avril 1992, s'est tenue en Corée du Nord, qui réunira, sur sa Déclaration de Pyongyang — Défendons et faisons progresser le socialisme, plus de 197 signatures de groupes, organisations et partis 29.


La réunion d'un certain nombre de partis pouvait bien entendu se comprendre, qu'il s'agisse soit de ceux qui étaient touchés par l'implosion de l'U.R.S.S., soit de ceux qui devaient se concerter pour analyser la situation nouvelle créée au niveau international et rompre enfm l'isolement où ils s'étaient relativement tenus.


De fait la Déclaration de Pyongyang ne tend qu'à faire perdurer un révisionnisme, que l'on ne peut même pas qualifier de gauche, qui peut apparaître de « gauche » face au réformisme.


On ne retiendra ici de cette Déclaration qu'un passage qui — en un raccourci saisissant — est en opposition totale avec la conception léniniste du Parti, qui n'est qu'une profession de foi identique à celles mises en avant par la social-démocratie contre le Parti bolchévik et ce, pour la France, depuis 1920 :


« Chaque parti est invité à élaborer sa politique en fonction de la réalité de son pays et des aspirations de son peuple, et à l'appliquer en prenant appui sur les masses populaires 30. »


Quant à cette « invitation », elle suggère une sérieuse ingérence dans la vie même des partis. On remarquera également que, dans cette Déclaration, le mot communisme n'est pas utilisé une seule fois. La seule recommandation qui y est incluse, c'est de ne pas « abandonner les principes révolutionnaires » .
Faudrait-il encore savoir lesquels. De fait c'est laissé à l'appréciation de chacun !


Signer un tel texte — d'où le mot « classe » est également exclu, au profit de ces « masses populaires » indistinctes et aux intérêts opposés, chères aux différentes espèces de maoïstes 31 (et aux autres révisionnistes modernes), de ce « peuple » étendu jusqu'à quelles couches sociales à chacun de le délimiter ou non — est un compromis peu compréhensible. Quant au socialisme dont il est question à tout propos dans cette Déclaration, qui ressemble plus à une incantation qu'à un texte politique, de quel socialisme s'agit-il ?


Friedrich Engels avait certes raison de s'irriter quand il écrivait il y a plus de cent ans :


« Socialisme de toutes nuances, socialisme conscient et inconscient, socialisme en vers ou en prose, socialisme de la classe ouvrière et de la classe moyenne, vraiment cette abomination de toutes les abominations, le socialisme n'est pas seulement devenu respectable mais a déjà revêtu sa toilette de société, et traîne comme affalé sur un divan, dans tous les salons 32. »

7. La prétention de Bruxelles à constituer un nouveau centre .

D'autres réunions internationales et déclarations se sont succédées après celle de Pyongyang, après l'échec en 1991 de la « multilatérale » réunie en marge du Congrès du Parti Communiste du Brésil (P.C. do B.) : Séminaire International de Bruxelles (P.T.B.), mai 1992 et mai 1993 (Sept propositions pour l'unité du mouvement communiste international) ; Meeting européen de novembre 1993 ; Proclamation communiste de Quito, août 1994 33 ; Déclaration du Parti du Travail de Belgique, Bruxelles, mai 1994 (Propositions pour l'unité du mouvement communiste international), Séminaire international sur la Question Nationale, Delhi, février 1995 34 ; Résolutions du Séminaire Staline, Moscou, novembre 1994 ; Séminaire international de Bruxelles organisé par le P.T.B. — Propositions pour l'unification du Mouvement communiste international, Bruxelles, mai 1995 (P.T.B.) 35 ; Réunion de Sofia, 1995 36 ; Réunion internationale d'Ischia (Italie), décembre 1995, avec certains partis ayant critiqué, entre autres, les positions maoïstes et révisionnistes du P.T.B. et de son Président, Ludo Martens 37 ; Séminaire international de Bruxelles, mai 1996, organisé par le P.T.B., Réunion de Moscou, novembre 1996 38, etc.

A. Bruxelles et la question de l'unité.

Comme on peut s'en rendre compte après cette énumération de rencontres le Parti du Travail de Belgique de Ludo Martens (présent à Pyonyang en avril 1992), entend jouer un rôle dirigeant et moteur dans la perspective de la création d'une nouvelle Internationale, comme en témoigne l'appel du 2 mai 1993, Pour l'unité du mouvement communiste international 39. Depuis 1992 il poursuit un travail tenace à cet effet. En 1995 le Séminaire a décidé qu'il devait rester sous la responsabilité du P.T.B., la issant au P..T.B. la faculté d'organiser des « réunions de consultation » qui, sans être « un organe formel du séminaire » doivent permettre « de réunir des idées et des propositions et de les discuter 40 ». C'est laisser au P.T.B. et à Ludo Martens une marge d'initiative qui renforce sa position dominante. Elle est d'ailleurs évidente quand on constate l'exercice de censures et les admonestations publiques que Ludo Martens se permet d'adresser à certains partis au nom de la conception de l'unité qui prévaut à Bruxelles 40bis.


Cette conception de l'unité a été bien définie en 1995 dans une Lettre du P.T.B. :


« Comme l'écrit Kurt Grossweiler [professeur d'histoire, ex-S.E..D., R.D.A.], « unité » veut dire essentiellement « accord pour des échanges d'expériences et des activités communes entre des partis appartenant auparavant [!] à des tendances différentes et opposées, accord basé sur une plate-forme anti-révisionniste minimale » . Il est évident que les circonstances actuelles ne sont pas celles des années vingt et trente lorsque l'expérience soviétique [la Révolution d'Octobre ?] et la grande autorité de Lénine et de Staline rendaient possible une unité idéologique, politique et organisationnelle au sein de l'Internationale Communiste. Nous nous trouvons aujourd'hui face à un mouvement marxiste-léniniste effrité et il faut définir un cadre commun qui permet d'entamer un processus d'unification idéologique et politique par l'échange d'expériences et d'analyses, par la critique et la contre-critique et par des actions communes.


« Les principes définis par Lénine pour réaliser l'unité du Parti Bolchévik ne peuvent pas être transposés mécaniquement au processus d'unification qui s'impose aujourd'hui à tous les marxistes-léninistes authentiques du monde 41. »


De ce texte et d'autres textes de Ludo Martens il apparaît que la question du Parti est essentielle — ce qui est parfaitement juste dans la mesure où, comme le disait Lénine :


« Toute institution a sa structure naturellement et inévitablement déterminée par le contenu de son action 42. »


Que cette structure soit celle d'un Parti ou d'une quelconque organisation internationale. Si le Parti est le parti de l'époque de la pensée de Mao Tsé-toung, il est bien évident que l'unité du mouvement marxiste-léniniste (sic) international va suivre d'autres critères que les critères léninistes et que la nouvelle Internationale n'aura aucune chance de devenir un jour le Parti mondial du prolétariat.


Comme l'écrivait Karl Kautsky, encore marxiste en 1904 :


« Dans aucune question peut-être, le révisionnisme international, en dépit de toutes ses diversités et nuances, ne signale pas autant d'homogénéité que dans la question d'organisation. »


Au Séminaire de Bruxelles de mai 1996 Ludo Martens se félicite de la diversité idéologique des participants :


« Au séminaiie ont participé des partis qui ont suivi la tendance dite soviétique (le Parti Communiste Syrien, le Parti Communiste des Bolchéviks de Toute l'Union, la Coordination Communiste au sein du Parti Communiste Français), d'autres qui étaient de la tendance dite albanaise (le Parti Communiste du Brésil, le Parti Communiste de Colombie — Marxiste-Léniniste) et d'autres encore qui appartenaient à la tendance dite chinoise (le Parti Communiste des Philippines, le journal El Diario, proche du Parti Communiste Péruvien — Sendero Luminoso). Des représentants du Parti Communiste Cubain et du Parti du Travail de Corée ont également participé au séminaire 43. »


On remarquera en passant que « maoïste » est traduit ici par « chinois ». Mais comment Ludo Martens qualifie-t-il ces différents partis ? Ils « ont appartenu à des tendances historiques différentes » . C'est ainsi que marxisme-léninisme et révisionnisme se réduisent à des « tendances historiques » !


Dans un autre texte de Ludo Martens, il s'agit d'« écoles » : les partis qui ont été
« à l'école de Mao Tsé-toung au cours des années 1963-1976 partagent un certain nombre de positions politiques qui ont été âprement contestées par des communistes d'autres écoles 44. »

Ici le pluriel ne manque pas d'intérêt: quelles sont ces « autres écoles » mises, entre elles, sur le même pied ?

B. Divergences « graves » ou « antagoniques ».

Certes Ludo Martens ne nie pas l'existence de « divergences graves ». . Certes, écrit-il,
« les anciennes divisions se font encore fortement sentir. À l'époque elles ont introduit un tas de préjugés et d'opinions toutes faites qui continuent à alimenter et consolider les divisions 45. »


« Préjugés » ! « opinions toutes faites » ! Mais de quoi s'agit-il ?! Sur quoi étaient fondées ces « divisions » ? Elles étaient fondées sur des divergences fondamentales. C'est annuler d'un trait de plume la lutte entreprise dans ces années-là par de nombreux partis et organisations marxistes-léninistes contre toutes les formes de révisionnisme moderne 46. Faut-il atténuer ces divergences ? Est-ce du choc des opinions que jailliront les idées justes ? Il faudrait, selon lui, que ces divergences soient résolues de « façon positive ». Il suffirait sans doute de reconnaître les « mérites » de Staline, Mao Tsé-toung, Enver Hohxa, Castro, Kim Il Sung, etc., et de débattre quant aux « divergences importantes » qui « subsisteront longtemps ». Le seul problème c'est que ces divergences sont plus qu'« importantes » ou « graves » : elles sont antagoniques. Et la résolution « positive » de ces divergences c'est le refus de cohabiter avec elles, d'attendre « longtemps » pour trancher entre elles et choisir son camp.


Ce que sous-entend la position de Ludo Martens, c'est qu'il s'agit de contradictions au sein du peuple, selon la thèse de Mao Tsé-toung telle qu'il l'a exprimée en 1957, après le retour de Gomulka à la tête du Parti polonais et l'échec de la contre-révolution hongroise 47.


Le retour de Deng Xiao-ping après la mort de Mao Tsé-toung montre de toute évidence la faiblesse de la thèse de ce dernier. C'est hors de tout contexte historique et politique que Ludo Martens peut encore affirmer que Mao Tsé-toung « a enrichi la théorie de la continuation de la lutte de classe sous la dictature du prolétariat » . Et puis, peut-on parler de « dictature du prolétariat » en Chine ?

Dans son éventail de partis — toutes « écoles » confondues — Ludo Martens ne situe pas le Parti du Travail de Belgique. Il est vrai que c'est inutile : la référence du P.T.B., comme aux plus belles époques de confusion idéologique, ce sont Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Tsé-toung 48. Pour ce dernier la référence n'est pas formelle.


« Le Parti du Travail de Belgique prend le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Tsé-toung pour guide idéologique 49. »

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contrairement à une opinion répandue, le soleil brille aussi la nuit
Xuan
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III - LUDO MARTENS, LE P.T.B. ET LA PENSÉE DE MAO TSÉ-TOUNG


« L'œuvre de Mao, c'est comme la Bible, on y trouve tout. »
Han Suyin 50

1. Définitions chinoises de la pensée de Mao Tsé-toung.

Il n'est pas inutile de donner ici quelques précisions sur la naissance du concept pensée Mao Tsé-toung, et le contenu qui lui a été attribué. On le découvre dans le Rapport de Liou Chao-chi au VIIe Congrès du Parti Communiste Chinois de mai 1945 :


« La Pensée de Mao Tsé-toung, c'est la pensée qui unit la théorie marxiste-léniniste à la pratique de la révolution chinoise ; c'est le communisme chinois, le marxisme chinois.


« La Pensée de Mao Tsé-toung, c'est un nouveau développement du marxisme dans la révolution nationale-démocratique de l'époque actuelle dans les pays coloniaux, semi-coloniaux et semiféodaux. C'est un modèle admirable de la nationalisation du marxisme... Elle est chinoise, et en même temps elle est entièrement marxiste. (...).


« La Pensée de Mao Tsé-toung, de sa conception de l'univers jusqu'à son style de travail, c'est le marxisme sinisé en voie de développement et de perfectionnement... Toutes ces théories et ces politiques sont entièrement marxistes et en même temps entièrement chinoises. Elles sont la plus haute expression et le niveau théorique le plus élevé de la sagesse nationale chinoise 51. »



Pour certains le léninisme est asiatique, et ne convient donc pas à l'Europe. Pour Liou Chao-chi, dans un interview accordé à Anna-Louise Strong en 1946 :


« La grande contribution de Mao Tsé-toung a été de transformer le marxisme d'une forme européenne en une forme asiatique. Marx et Lénine furent des Européens ; ils écrivirent dans des langues européennes sur l'histoire des pays d'Europe et les problèmes européens, parlant rarement de l'Asie ou de la Chine. Les principes fondamentaux du marxisme sont incontestablement adaptés à tous les pays, mais ce n'est pas chose facile que d'appliquer cette vérité générale à la pratique révolutionnaire concrète de la Chine 52. »


Mao Tsé-toung « a créé une forme chinoise ou asiatique du marxisme ». « Les conditions dans d'autres pays de l'Asie du Sud-est sont semblables. La voie chinoise choisie par la Chine les influencera tous 53. »


Les déboires de Liou Cliao-chi lors de la Révolution culturelle, puis sa réhabilitation, ont-ils remis en cause ses définitions de 1945 et 1946 ? Il n'en a rien été sur le fond, comme le montre la Résolution sur l'histoire du Parti Communiste Chinois (1949-1981), adoptée à l'unanimité le 27 juin 1981 à la sixième session plénière du Comité Central issu du XIe Congrès du Parti Communiste Chinois 54.


« Se fondant sur les principes fondamentaux du marxisme-léninisme, les communistes chinois, avec le camarade Mao Tsé-toung comme principal représentant, ont fait une synthèse théorique de notre expérience unique acquise au cours d'une longue pratique révolutionnaire, ce qui a abouti à la formation d'une pensée directrice scientifique adaptée aux conditions du pays. Cette synthèse, c'est la pensée de Mao Tsé-toung, née de l'union des principes généraux du marxisme-léninisme à la pratique concrète de la révolution chinoise. (...)


« La pensée de Mao Tsé-toung, c'est le marxisme-léninisme développé et appliqué en Chine ; elle constitue un ensemble de principes théoriques et le bilan de l'expérience de la révolution chinoise dont la pratique a prouvé la justesse (....). »



La « sinisation du marxisme » n'est pas une extrapolation de la pensée de Mao Tsé-toung. Il suffit de se reporter au Rapport présenté par Mao Tsé-toung au VIe Plénum du C.C. du Parti Communiste Chinois en 1938.


« Un communiste est un marxiste internationaliste, mais il faut que le marxisme prenne une forme nationale avant qu'il ne puisse être appliqué dans la pratique. Il n'existe point de marxisme abstrait, mais seulement du marxisme concret. Ce que nous appelons marxisme concret est le marxisme qui a pris une forme nationale, le marxisme appliqué à la lutte concrète dans les conditions concrètes de la Chine, et non pas utilisé de façon abstraite. Si les communistes chinois, qui sont une partie intégrante du grand peuple chinois, liés à ce peuple par la chair et le sang, parlent du marxisme en dehors des particularités de la Chine, il ne s'agit que d'un marxisme abstrait et vide. Par conséquent, la sinisation du marxisme — le fait de lui faire porter dans toutes ses manifestations la marque des particularités de la Chine, c'est-à-dire de l'utiliser conformément aux particularités de la Chine — devient un problème que tout le Parti doit comprendre et résoudre sans délai. Il faut en finir avec les formules toutes faites de l'étranger, il faut chanter un peu moins de refrains vides et abstraits. il faut cesser notre dogmatisme et le remplacer par quelque chose de neuf et de vivant, par un style chinois et une manière chinoise, agréables à l'oreille et à la vue des simples gens de Chine 55. »


Que disait donc l'« européen » Lénine en novembre 1919, dans son Rapport au IIe Congrès National Russe des Organisations communistes des Peuples d'Orient ?


« Une tâche ici se pose pour vous qui ne s'était pas encore posée aux communistes du monde entier : sur la base de la théorie et de la pratique générale du communisme, il vous faut, en vous adaptant aux conditions spécifiques inexistantes dans les pays d'Europe, apprendre à appliquer cette théorie et cette pratique là où la paysannerie forme la masse principale, où il s'agit de lutter non contre le capital, mais contre les vestiges du moyen âge 56. »


Dans les années 50, la pensée de Mao Tsé-toung va être principalement décrite comme l'application des vérités universelles du marxisme-léninisme à la pratique concrète de la révolution chinoise. On évite alors de parler de « sinisation du marxisme ». En 1966 apparaît une nouvelle formulation, qui sera reprise et chantée durant la Révolution Culturelle : la pensée de Mao Tsé-toung n'est plus une application du marxisme-léninisme aux conditions concrètes de la Chine, elle est le marxisme-léninisme. C'est le sens du concept « le marxisme-léninisme, la pensée de Mao Tsé-toung » .


« Le camarade Mao Tsé-toung est le plus grand marxiste-léniniste de notre époque. Il a continué, sauvegardé et développé le marxisme-léninisme de façon géniale, créatrice et intégrale ; il a porté le marxisme-léninisme à une phase toute nouvelle. La pensée de Mao Tsé-toung est le marxisme-léninisme de l'époque où l'impérialisme va à son effondrement total et où le socialisme marche vers la victoire dans le monde entier 57. »


La « voie chinoise » n'a plus seulement vocation à influencer les autres pays de l'Asie du Sud-est, puis ceux du Tiers Monde, comme l'impliquait l'engagement de la Chine à Bandung en 1955. Elle a vocation universelle. C'est ce qui est clairement affirmé en novembre 1967 :


« Tout comme la Révolution d'Octobre qui ne peut être considérée uniquement comme une révolution « dans le cadre national », la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne est, elle aussi, une révolution qui ne se limite pas au « cadre national » ; elle est également une révolution d'ordre international. »


« La Révolution d'Octobre d'il y a 50 ans avait donné une immense impulsion à la diffusion du marxisme-léninisme, offrant ainsi un aspect tout nouveau à la révolution mondiale. La victoire de la révolution chinoise en 1949 sous la direction du camarade Mao Tsé-toung a changé encore davantage et considérablement la physionomie du monde 58. »



C'est cette vocation universelle qui disparaît dans la Chine de 1981, mais qui survit dans les partis et organisations maoïstes hors de Chine, étrangement jusqu'en Europe.

2. Sur quelques textes de Ludo Martens.

Goûtons à cette étrange littérature ensemble,


Et, ensemble, analysons ses obscurités.


Distique chinois



Le Rapport présenté au Séminaire international organisé par le P.C. Indien marxiste-léniniste en mars 1995 59 par Ludo Martens, Président du Parti du Travail de Belgique (P.T.B.), peut être considéré comme l'expression la plus fidèle de sa pensée 60, bien qu'il paraisse parfois contradictoire avec certaines positions de Ludo Martens défendues dans d'autres textes. Il faut souligner que ce texte critique « certaines positions du Parti Communiste Chinois que le Parti du Travail de Belgique a partagées dans le passé », et il ne s'agit pas de positions sans importance, bien qu'elles ne touchent pas directement à des problèmes théoriques majeurs. Et puis, comme l'écrira Ludo Martens un peu plus tard : « Nous avons publié ces critiques, entre autre pour rendre la discussion avec les autres courants communistes plus facile 61. »

A. Quand la pensée de Mao Tsé-toung montre la « voie » universelle.

« Face aux gouffres de chômage, de misère, d'exploitation et de violence qui s'ouvrent devant les masses travailleuses du monde entier, seul le marxisme-léninisme-pensée de Mao Tsé-toung pourra montrer la voie de la libération nationale et sociale 62. »


Le marxisme-léninisme-pensée de Mao Tsé-toung est ici présenté comme la panacée universelle, alors qu'il ne s'est agi selon le Parti Communiste Chinois — sauf pendant la Révolution Culturelle — que d'une adaptation du marxisme-léninisme aux spécificités de la Chine, et ceci en réaction et au refus du « modèle soviétique », « stalinien ». Quant à l'adaptation de la pensée de Mao Tsé-toung (le marxisme-léninisme sinisé à la situation européenne, elle nécessiterait pour le moins une reconversion ! Il n'en est pas question dans le texte de Ludo Martens.


On aura remarqué d'autre part la prééminence donnée à la « libération nationale » par rapport à la « libération sociale ». Or on sait bien qu'indépendance politique ne signifie pas indépendance économique. Elle ne peut qu'être relative, conditionnée 63. Que peut signifier, en Europe, aujourd'hui, la seule « libération nationale », et quelle que soit la forme politique de l'Europe.

C. L'Unité des contraires : relative ou absolue ?

Ludo Martens met en valeur la citation suivante de Mao Tsé-toung dans son Rapport :


« Mao Tsé-toung déclara en 1957 : « Le but de la lutte, c'est de maintenir les principes du marxisme, ce qui signifie fermeté sur les principes ; c'est là un aspect du problème. L'autre aspect, c'est de faire l'unité. L'unité a pour but d'offrir une issue à l'autre, de réaliser un compromis avec lui ; c'est ce qu'on appelle souplesse. L'union entre principe et souplesse est un principe marxiste-léniniste, elle constitue une unité des contraires 73. »


Ce texte de Mao Tsé-toung (Ludo Martens fait une citation fausse 74) mêle de fait deux types de situations : au sein du P.C.C. et dans le contexte de la Conférence de Moscou de 1957. On n'envisagera ici que son aspect philosophique, sans entrer pour autant dans le détail des conceptions de Mao Tsé-toung et de leur écart par rapport à Marx et à Lénine 75.


Ce qui compte, c'est que Ludo Martens, reprend à son compte cette citation. Mais quand il met en avant comme un principe « l'union entre principe et souplesse », et qu'il définit la « souplesse » comme un « compromis » face « aux principes du marxisme », on n'est guère avancés. Puisqu'il y a compromis, il s'agit d'un compromis sur les principes du marxisme. On défend certains de ces principes, et on est souples quant aux autres. Mais lesquels ? Ceux du marxisme-léninisme, ceux de Mao Tsé-toung, du révisionnisme ancien et de son enrichissement par les révisionnistes modernes ? Ces principes sont-ils des lois ? une doctrine ? De fait l'unité proposée est une unité entre des termes que l'on ne peut mettre sur le même plan (à moins qu'il ne s'agisse de compromis sur les principes), alors que compromis et principes constituent selon Mao Tsé-toung une unité des contraires. Ces contraires vont-ils fusionner ou bien se diviser 76. De fait il s'agit de laisser certains principes au bord de la route.


Laisser entendre que cette unité des contraires n'aboutira pas à la destruction de l'un des deux termes (révisionnisme ou marxisme-léninisme), c'est défendre le point de vue selon lequel il n'y a pas urgence à détruire le révisionnisme, c'est se placer hors du monde réel de la guerre entre le prolétariat et la bourgeoisie. C'est éterniser la contradiction qui alors tourne sur elle-même et se répète indéfiniment avec ses hauts et ses bas, la victoire alternée de l'un ou de l'autre sans que jamais l'un l'emporte sur l'autre..


Pour Marx et pour Lénine le concept d'unité des contraires est diamétralement opposé à la conception mise en avant par ceux qui se réclament du « marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Tsé-toung » , une autre unité des contraires 77.


Pour Lénine, « l'esprit humain ne doit pas prendre ces contraires pour morts, figés, mais pour vivants, conditionnés, mobiles, se changeant l'un en l'autre 78 » . Et bien sûr c'est sur cette note marginale de Lénine que Mao Tsé-toung s'appuie. Mais Lénine écrit d'autre part :


« L'identité des contraires (leur « unité » dirait-on peut-être plus exactement, bien que la distinction des termes identité et unité ne soit pas ici particulièrement essentielle. En un certain sens, les deux sont justes.) est la reconnaissance (la découverte) des tendances contradictoires, s'excluant mutuellement, opposées, dans tous les phénomènes et processus de la nature (dont ceux de l'esprit et de la société). La condition pour connaître tous les processus de l'univers dans leur « automouvement », dans leur développement spontané, dans leur vie vivante, est de les connaître comme unité de contraires. Le développement est « lutte » des contraires. Les deux conceptions fondamentales (ou les deux possibles ? ou les deux observées dans l'histoire) du développement (de l'évolution) sont : le développement comme diminution ou augmentation, comme répétition, et le développement comme unité des contraires (dédoublement de l'un en contraires s'excluant mutuellement et rapports réciproques entre eux).


« La première conception du mouvement laisse dans l'ombre l'automouvement, sa force motrice, sa source, son motif (ou bien transporte cette source en dehors : dieu, sujet, etc.). La deuxième conception dirige l'attention principale précisément sur la connaissance de la source de l'« auto »-mouvement.


« La première conception est morne, terne, desséchée. La deuxième est pleine de vie. Seule la deuxième donne la clef de l'« automouvement » de tout ce qui est ; seule elle donne la clef des « sauts », de l'« interruption dans la gradation », du « changement des contraires », de l'abolition de l'ancien et de la naissance du nouveau.


« L'unité (coïncidence, identité, équivalence) des contraires est conditionnelle, temporaire, transitoire, relative. La lutte entre contraires s'excluant mutuellement est absolue, comme sont absolus le développement et le mouvement 79. »



Pour Karl Marx la lutte antagonique entre le prolétariat et la bourgeoisie se situe dans une unité des contraires :


« Le prolétariat et la richesse sont des contraires. Comme tels ils constituent une totalité, ils sont tous deux des formations du monde de la propriété privée. La question est de savoir quelle place déterminée chacun d'eux occupe dans cette contradiction. Dire que ce sont deux faces d'un tout ne suffit pas.


« La propriété privée en tant que propriété privée, en tant que richesse est forcée de perpétuer sa propre existence ; et par là même celle de son contraire, le prolétariat. La propriété privée qui a trouvé sa satisfaction en soi-même est le côté positif de la contradiction.


« Inversement, le prolétariat est forcé, en tant que prolétariat, de s'abolir lui-même et du coup d'abolir son contraire dont il dépend, qui fait de lui le prolétariat : la propriété privée. Il est le côté négatif de la contradiction, l'inquiétude au cœur de la contradiction, la propriété privée dissoute et se dissolvant.


« La classe possédante et la classe prolétaire représentent la même aliénation humaine. Mais la première se sent à son aise dans cette aliénation ; elle y trouve une confirmation, elle reconnaît dans cette aliénation de soi sa propre puissance, et possède en elle l'apparence d'une existence humaine ; la seconde se sent anéantie dans cette aliénation, y voit son impuissance et la réalité d'une existence inhumaine. Elle est, pour employer une expression de Hegel, dans l'avilissement, la révolte contre cet avilissement, révolte à laquelle la pousse nécessairement la contradiction qui oppose sa nature humaine à sa situation dans la vie, qui constitue la négation franche, catégorique, totale de cette nature.


« Au sein de cette contradiction, le propriétaire privé est donc le parti conservateur, le prolétaire le parti destructeur. Du premier émane l'action qui maintient la contradiction, du second l'action qui l'anéantit 80. »


D. De quatre thèses de Ludo Martens.


Ludo Martens poursuit ainsi sa mise en situation de Mao Tsé-toung :

« La plupart des partis qui se réclament de la pensée de Mao Tsé-toung ont adopté un certain nombre de thèses, la lutte entre deux lignes comme principe conducteur de la construction du parti, la valeur universelle de la révolution culturelle, l'émergence du social-impérialisme à partir de 1968, la pensée de Mao Tsé-toung comme phase supérieure du développement du marxisme-léninisme, etc. 81 »


Voilà donc quatre thèses essentielles auxquelles se réfèrent Ludo Martens et le Parti du Travail de Belgique. Sans oublier celles énoncées plus haut quant au rôle attribué à Mao Tsé-toung dans la lutte contre le révisionnisme moderne.


a) On a vu ce qu'était pour le Parti Communiste Chinois lui-même, avant et après la mort de Mao Tsé-toung, la portée de la pensée de Mao Tsé-toung : non pas un modèle universel, mais une adaptation, par ajouts et retraits, des principes marxistes-léninistes à la Chine et à l'Asie. L'universalisation de cette pensée n'a été qu'un avatar de la Révolution Culturelle.


b) Pour la Révolution Culturelle, également universalisée par Ludo Martens, on ne rentrera pas ici dans le détail des appréciations que nous portons : tant sur son déroulement et ses effets en République Populaire de Chine que sur ses conséquences particulièrement négatives telle qu'elle a été reprise notamment en Europe par de nombreux partis et organisations se réclamant du marxisme-léninisme 82. Ce que l'on peut déjà indiquer c'est que la politique extérieure de la Chine, dès 1965, a été source en France de déviations graves, notamment à propos de la grande faveur accordée par Pékin à la politique extérieure de De Gaulle 83.


c) Quant à l'émergence du concept de social-impérialisme en 1968 pour caractériser l'Union Soviétique, à propos de l'intervention militaire en Tchécoslovaquie, il nous parait réducteur. Ce n'est considérer le social-impérialisme que sous son aspect armé — un des aspects de l'impérialisme — et non pas tel qu'il avait été défini par Lénine en son temps dans le contexte de la Première Guerre mondiale 84. C'est une réduction qui peut permettre d'« ignorer », donc d'excuser de fait, d'autres aspects certes moins visibles d'une politique de grande puissance et qui ne permet pas de distinguer les principaux aspects de tel ou tel impérialisme. C'est surtout définir encore, en 1968, l'Union Soviétique comme socialiste.

E. La question du Parti.

a) La lutte entre deux lignes


Ludo Martens met en avant une thèse maoïste très particulière quant au Parti :


« Organiser la lutte entre deux lignes de façon consciente et permanente 85. »


De fait, c'est cette conception que Ludo Martens entend mettre en œuvre dans « son » Internationale. On doit souligner que cette « lutte entre deux lignes » qui doit être organisée et permanente (éternelle ?) n'a été mise en avant, pour le Parti Communiste Chinois, que lors du déclenchement de la Révolution Culturelle. Et la presse chinoise, alors, en comptabilise onze dans l'histoire du Parti ! La lutte entre deux lignes c'est l'existence à plus ou moins long terme de deux conceptions au sein du Parti — celle qui est « juste » (Mao Tsé-toung par exemple) — contre d'autres qui la contredisent. Mais qui aurait l'idée de décrire le conflit entre Lénine et Trotsky, entre Staline et Boukharine, comme une lutte entre deux lignes, de placer ces « lignes » en situation de coexistence. Les erreurs de Trotsky quant au Parti, celles de Boukharine quant à l'intégration du capitalisme dans le socialisme, se cristalliseraient-elles dans des fractions, ce ne sont que des déviations opportunistes, non pas face à un dirigeant, mais à la politique du Parti dans tel ou tel domaine. Dans un parti léniniste il n'y a qu'une seule ligne. Et c'est le Congrès du Parti qui tranche en cas de besoin.


Revenons un peu à Lénine et à Staline — non pas pour appuyer nos propres positions — mais bien parce que nous sommes fondamentalement en accord avec la conception léniniste du Parti telle qu'elle est exposée par Staline en 1924 86 :


« Le Parti se fortifie en s'épurant des éléments opportunistes. Les éléments opportunistes du Parti, voilà la source du fractionnisme. Le prolétariat n'est pas une classe fermée. Sans cesse, on voit affluer vers lui des éléments d'origine paysanne, petite-bourgeoise, des intellectuels prolétatisés par le développement du capitalisme. En même temps, s'opère un processus de décomposition des couches supérieures du prolétariat, principalement parmi les dirigeants syndicaux et les parlementaires que la bourgeoisie entretient avec le surprofit 87 tiré des colonies.


« Cette couche d'ouvriers embourgeoisés, dit Lénine, ou de l'« aristocratie ouvrière », entièrement petits-bourgeois par leur mode de vie, par leurs salaires, par toute leur conception du monde, est le principal soutien de la IIe Internationale, et de nos jours le principal soutien social (pas militaire) de la bourgeoisie. Car ce sont de véritables agents de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier, des commis ouvriers de la classe des capitalistes, de véritables propagateurs du réformisme et du chauvinisme 88. »


« Tous ces groupes petits-bourgeois pénètrent d'une façon ou de l'autre dans le Parti ; ils y apportent l'esprit d'hésitation et d'opportunisme, l'esprit de démoralisation et d'incertitude. Ce sont eux principalement qui représentent la source du fractionnisme et de la désagrégation, la source de désorganisation du Parti qu'ils sapent du dedans. Faire la guerre à l'impérialisme en ayant de tels « alliés » à l'arrière, c'est s'exposer à essuyer le feu de deux côtés, du côté du front et de l'arrière. Aussi, la lutte sans merci contre de tels éléments et leur expulsion du Parti sont-elles la condition préalable du succès de la lutte contre l'impérialisme.


« La théorie selon laquelle on « peut venir à bout » des éléments opportunistes par une lutte idéologique au sein du Parti, selon laquelle on doit « surmonter » ces éléments dans le cadre d'un parti unique, est une théorie pourrie et dangereuse, qui menace de vouer le Parti à la paralysie et à un malaise chronique ; elle menace de donner le Parti en pâture à l'opportunisme ; elle menace de laisser le prolétariat sans parti révolutionnaire, elle menace de priver le prolétariat de son arme principale dans la lutte contre l'impérialisme. »



Mais encore que faut-il entendre par « lutte entre les deux lignes » ? En 1938, Mao Tsé-toung parle encore de « lutte sur deux fronts » :


« En dix-sept ans notre Parti a appris, d'une manière générale, à se servir de l'arme marxiste-léniniste de la lutte idéologique pour combattre les conceptions erronées à l'intérieur du Parti, sur les deux fronts — l'opportunisme de droite et l'opportunisme « de gauche » 89. »


La « thèse » serait apparue dans le Rapport présenté par Mao Tsé-toung le 5 mars 1949 à la deuxième session plénière du Comité Central issu du VIIe Congrès du Parti Communiste Chinois, et a été remise en avant lors de la Révolution Culturelle fin 1968. De fait le texte de Mao Tsé-toung tel qu'il a été publié dans les Œuvres choisies ne comporte pas la formule en question 90. On la trouve par contre fin 1968, dans un texte qui annonce la republication du Rapport de Mao Tsé-toung et publié sous le titre suivant : Étudions consciencieusement l'histoire de la lutte entre les deux lignes 91 :


« La lutte entre les deux lignes au sein du Parti reflète la lutte des classes qui se déroule dans la société. L'histoire de notre parti est en fait une histoire de lutte entre les deux lignes. La ligne révolutionnaire prolétarienne correcte, incarnée par le président Mao, s'est développée dans la lutte contre la ligne réactionnaire bourgeoise erronée représentée sous diverses formes. (...). On peut affirmer que dans le cours du développement de la révolution chinoise, une lutte exacerbée a invariablement mis aux prises à chaque moment crucial et sur chaque problème important, la ligne révolutionnaire prolétarienne incarnée par le président Mao et la ligne réactionnaire bourgeoise représentée par Liou Chao-chi. »


On peut dater l'apparition de la « ligne Liou Chao-chi » : 1949.. C'est ce qui ressort d'un article publié dans Renmin Ribao et traduit en anglais, avec d'autres textes, sous le titre général de Three major Struggles on China's Philosophical Front (1949-64) 92. On lit en effet dans cet article que durant cette période il y a eu
« lutte entre les deux classes (le prolétariat et la bourgeoisie) » , entre « les deux voies (socialisme et capitalisme) » et entre les « deux lignes (la ligne révolutionnaire prolétarienne du Président Mao Tsé-toung et la ligne contre-révolutionaire révisionniste de Liu Shao-chi) » 93.


C'est ainsi que pendant quinze ans il y aurait eu coexistence de deux lignes au sein du P.C.C. ! De la proclamation de la République en 1949 à la Révolution Culturelle !


Sur cette question de la lutte de lignes également s'opposent les conceptions idéologiques du P.C.C. et du P.T.A.


« La lutte de classes au sein du parti marxiste-léniniste ne peut donc être qualifiée de lutte de lignes contraires, et encore moins cette « lutte de lignes » ne peut être qualifiée de phénomène objectif. La lutte de classes dans le parti est effectivement un phénomène objectif tout comme la lutte de classes en général, mais cette lutte n'est pas obligatoirement une lutte entre des lignes opposées. (...).


« Il ne faut pas confondre la lutte entre deux voies avec la lutte entre deux lignes. La lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste de développement, qui englobe aussi la lutte entre l'idéologie prolétarienne et l'idéologie révisionniste, est une loi objective, alors que la lutte entre des lignes politiques opposées est un phénomène subjectif, qui se manifeste et se développe dans des conditions déterminées, quand le parti permet que se créent des courants fractionnels, une ligne anti-marxiste, en son sein. De tels courants et de telles lignes, opposées, révisionnistes, réussissent généralement à se cristalliser quand le parti de la classe ouvrière ne mène pas une lutte de classe, juste, décidée et conséquente en son propre sein 94. »


b) L'indépendance des partis .

« Chaque parti définit sa position en toute indépendance. Mais ce n'est pas en contradiction avec son devoir de maintenir l'unité du mouvement communiste international, puisque cette unité est, elle aussi, une question de principe 95. »


Que signifie pour Ludo Martens « position » ? S'agit-il d'une position par rapport aux principes ? « En toute indépendance » : effectivement, un parti peut se référer à tel ou tel principe, extrait du corpus bigarré que lui a légué le passé et se singulariser ainsi par un éclectisme soit-disant éclairé par les nouvelles conditions de la nouvelle époque 96. On pourrait alors parler d'une adaptation à la situation nouvelle. S'il n'est pas question de s'accrocher comme des tiques à l'invariance des principes marxistes-léninistes en général, c'est-à-dire indéfinis, du moins, puisque l'on parle de principes, certains doivent pour le moins nous sembler justes, c'est-à-dire capables de nous diriger dans nos analyses et notre action dans le stade de développement du capitalisme, l'impérialisme, qui caractérise toujours notre époque. L'indépendance en question, mise en avant par Ludo Martens, consiste donc soit à réfuter — sans explication — certains de ces principes, soit à les enrichir de nouveaux, soit réfuter et enrichir. Soit encore pratiquer, comme le notait Enver Hoxha en 1957, l'extension dans un sens révisionniste de thèses justes 97.


Ce qu'il faut souligner c'est que la pratique de tel ou tel parti, dans ses luttes quotidiennes, dans sa tactique sinon dans sa stratégie sont le résultat des principes auxquels il se réfère. Encore faut-il examiner la mise en œuvre de ces principes : tel parti qui dénonce la thèse du passage pacifique au socialisme peut en même temps s'accommoder de la légalité et ne pas préparer la rupture violente qu'il défend « théoriquement ».


Si la « définition » d'un parti s'oppose à la « définition » d'un autre parti, chacun doit-il rester sur son interprétation ? sur les principes qu'il reconnaît ? Quant au mouvement communiste international en gestations multiples et contradictoires, est-il fondé sur des principes communs, donc impératifs, ou bien son existence même, son unité en dehors de tout principe, est-elle un principe en soi ? Mais alors au nom de quels principes ?


Cette indépendance que Ludo Martens met en avant n'est pas une idée qui tombe du ciel. Elle est induite par les analyses de Mao Tsé-toung quant à la IIIe Internationale et qu'il a exprimées lors de sa dissolution en 1943 :


« Les mouvements révolutionnaires ne peuvent ni être exportés ni être importés. Malgré le concours de l'Internationale Communiste, la naissance et le développement du Parti Communiste Chinois sont plutôt dus à l'existence en Chine même d'une classe ouvrière chinoise dont la conscience s'était éveillée, et c'est la classe ouvrière chinoise qui a fondé son propre parti, le Parti Communiste Chinois. (...). Actuellement, l'Internationale Communiste est une forme d'organisation révolutionnaire qui n'est plus adaptée aux exigences de la lutte. Si l'on continuait à conserver cette forme d'organisation, cela reviendrait à entraver le développement de la lutte révolutionnaire dans chaque pays, tout au contraire. Actuellement l'impératif est de renforcer les partis communistes nationaux dans chaque pays ; on n'a donc plus besoin de ce noyau dirigeant international. (...).

L'Internationale Communiste, très éloignée des luttes réelles de chaque pays, convenait à une époque révolue où la situation était relativement simple et où les changements survenaient à un rythme relativement peu accéléré, mais maintenant elle n'est plus adaptée. (...).


« Depuis 1935, date du VIIe Congrès mondial de l'Internationale Communiste, celle-ci ne s'est plus ingérée dans les affaires intérieures du Parti Communiste 98 et pourtant le Parti Communiste Chinois durant toute la guerre de libération nationale anti-japonaise [a très bien fait son travail] 99. »



Beaucoup de questions se posent à propos du VIIe Congrès de l'Internationale Communiste, notamment en ce qui concerne le rôle de Dimitrov quant à sa conception du Front Unique « nouvelle manière », dont l'application demandera de la part des communistes un redoublement de vigilance, car « le danger de droite ira croissant » 100.


Une autre question est d'actualité notamment en Europe. Dans la Résolution sur le rapport de Dimitrov on lit en effet :


« Le congrès met en garde contre toute attitude dédaigneuse à l'égard de la question de l'indépendance nationale et des sentiments nationaux des grandes masses populaires, attitude qui facilite le développement des campagnes chauvines du fascisme (...) 101. »


Certes, le Congrès « insiste sur la nécessité d'une application juste et concrète de la politique nationale léniniste-staliniste » . On connaît les déviations de trop nombreux partis sur la question du Front Unique et celle de l'indépendance nationale. Y a-t'il deux lectures possibles du VIIe Congrès de l'I.C., ou bien une lecture unique, marxiste-léniniste 102 ? Doit-il être complètement détaché de l'histoire antérieure de la IIIe Internationale, ou bien est-il une continuité légitime de cette histoire ? Et puis, quel a été le rôle de Dimitrov comme dirigeant de l'Internationale ?


Quand Ludo Martens reprend, après Mao Tsé-toung, la thèse de l'indépendance des partis, en référence implicite au VIIe Congrès de l'I.C., en dehors du contexte de la bolchévisation des partis menée sur de nombreuses années par l'Internationale (avec plus ou moins de succès il faut le dire), on doit certes se demander quel serait le sens d'une nouvelle Internationale !


Certes Mao Tsé-toung a dirigé la pensée de nombreux partis dans le monde, mais est-ce contre le révisionnisme ou en substituant à l'« école » du révisionnisme khrouchtchévien (et de ses successeurs) l'« école » du révisionnisme maoïste ?

F. Lutte et compromis ou Lutte sans compromis.

Dans son intervention de conclusion au Séminaire de mai 1996 Ludo Martens écrit :


« Nous savons que la lutte politique et idéologique est le moteur du progrès, mais la lutte n'est pas le seul aspect, il y a lutte et unité, lutte et compromis. Bien sûr, il faut une unité sur un certain nombre de principes, il faut une ligne de démarcation. Le point est que dans chaque situation historique il faut savoir où tracer cette ligne de démarcation. »


À quoi on doit répondre : Il faut lutte pour l'unité idéologique sans compromis. Et non pas unité « sur un certain nombre de principes » , mais sur les principes qui fondent le marxisme, le léninisme et à partir desquels doivent se développer nos analyses et notre action.


Si des « principes » sont remis en cause, il faut le dire clairement, et bien sûr le justifier. Ce n'est pas être révisionniste que de développer le marxisme, le léninisme, si l'on s'en tient à la stratégie et aux objectifs des communistes marxistes-léninistes dans le monde, c'est-à-dire la destruction du mode de production capitaliste. Faut-il encore que l'unité se fasse sur cette stratégie et ces objectifs, et qu'elle ait une base commune, les principes du marxisme et du léninisme que nous estimons toujours fondés aujourd'hui. On connaît depuis fort longtemps la pratique qui consiste à brandir Staline contre Staline, à se réclamer de Lénine contre Lénine. Et on peut jouer le même jeu avec Mao Tsé-toung, avec Enver Hoxha, etc. Le manque d'éducation théorique et historique permet effectivement de racoler autour d'icônes.


Quant à cette « ligne de démarcation » flottante au gré du vent de l'histoire elle ne peut conduire qu'à l'opportunisme. Ce qui ne signifie pas qu'on ne peut accepter — ou provoquer, des compromis tactiques, quand ils ne mettent pas en cause les principes. Il ne s'agit pas alors d'unité, mais d'alliances dont le destin est d'être temporaires dans la mesure même où les protagonistes qui participent à ces alliances se réfèrent à des principes différents, antagoniques.


Dans son texte de présentation pour le Séminaire de mai 1997 à Bruxelles, Ludo Martens exclut toute discussion qui ne serait que théorique : dans ces conditions, puisqu'il met en avant l'unité « sur un certain nombre de principes », comment va s'établir la « ligne de démarcation » ? Qui va poser les bornes, et où ? qui va choisir les « bons » et les « mauvais » principes ? Est-ce la pratique (et ses succès) qui détermine la validité de la théorie ? La discussion (ne parlons pas de débat !) va-t-elle consister à ne retenir que les principes acceptables par le plus grand nombre ? De même, puisque c'est un « cadre minimum contre le révisionnisme » qui est proposé à Bruxelles, y aura-t-il une discussion sur ce que la majorité, révisionnistes y compris, considérera comme révisionniste ?


Lutte entre les deux lignes, qui ne peut être que permanente, ou Lutte sur les deux fronts qui doit être ininterrompue, sur la base de l'unité idéologique et politique du Parti. On peut résumer ainsi sommairement la divergence antagonique qui sépare, sur cette question du Parti, révisionnistes et marxistes-léninistes.
Sans oublier, bien entendu, la question, dans un État de dictature du prolétariat, du parti unique. On peut certes discuter de la nécessité ou non, dans la Chine de 1949, de l'existence d'une multiplicité de partis représentant des forces sociales opposées, « du contrôle mutuel » exercé en principe par ces partis, dans cette étape particulière de la Révolution chinoise où au prolétariat et à la classe paysanne on adjoignait la bourgeoisie nationale et la petite-bourgeoisie des villes comme parties constitutives du nouveau pouvoir 103. Est-ce l'exemple chinois que l'on tend à appliquer en Europe ? Si on parle de l'Europe c'est que le Parti du Travail de Belgique se trouve en Europe. Et nous aussi, affrontés à des thèses semblables, véhiculées en France par le Parti Communiste Français 104. On rappelera simplement que, pour Lénine, le véritable point de départ de la Révolution bolchévique, plus encore qu'Octobre 17, a été, en 1918, la liquidation de l'Assemblée Constituante, c'est-à-dire la liquidation de la pluralité des partis.


Entre l'État capitaliste et l'État de dictature du prolétariat, Mao Tsé-toung instaure un État « conjoint ». On qualifie parfois ce type d'État comme étant issu et porté par un Front Populaire. La question se pose bien entendu de savoir si ce type d'État est encore valable aujourd'hui, dans quelles conditions, etc., selon l'analyse de telle ou telle situation donnée, dans un pays ou un autre.

G. Un mauvais exemple : Lénine et la IIe Internationale.

Dans le même texte Ludo Martens, pour justifier sa position, tente de prendre appui sur l'expérience de la Première, de la Deuxième et de la Troisième Internationales. On ne s'arrêtera ici que sur le passage concernant la Deuxième (ce qui n'est pas approuver son interprétation quant à la Première et la Troisième) :


« (...) au sein de la Deuxième Internationale, de 1900 à 1914, il [Léninel a fermement défendu l'essence révolutionnaire du marxisme, tout en maintenant l'unité du mouvement. Pourtant, de forts courants, ouvertement bourgeois, comme celui de Bernstein, minaient déjà le parti social-démocrate allemand, le principal parti de la Deuxième Internationale. En maintenant l'unité, Lénine a œuvré au mieux pour aider au développement de l'aile gauche de la Deuxième Internationale 105. »


Dans un texte plus récent, Ludo Martens est encore plus explicite :


« Au sein de la Deuxième Internationale, jusqu'en 1914, Lénine a appliqué le principe de la lutte et du compromis afin de renforcer l'aile gauche de cette Internationale déjà fortement atteinte par le révisionnisme 106. »


Il s'agit là d'un détournement de la position de Lénine et des bolchéviks durant cette période, d'un amalgame entre deux séries de faits : le rôle des bolchéviks au sein de la IIe Internationale et leur jugement sur sa dite « aile gauche », dont la représentante la plus connue aujourd'hui demeure Rosa Luxemburg. Et c'est justement sur cette soi-disant position centriste de Lénine (lutte et compromis) que se sont appuyés trotskystes et semi-trotskystes pour affirmer que Lénine sous-estimait alors le danger de la conciliation avec l'opportunisme, qu'il n'était pas un véritable bolchévik, qu'il n'aidait pas l'aile gauche de la social-démocratie allemande. C'est contre cette thèse que Staline s'était élevé en 1931 dans sa lettre à la rédaction de la revue soviétique La Révolution prolétarienne 107. Qu'écrit Staline ?


« Tout bolchévik sait, s'il est réellement un bolchévik, que Lénine, bien avant la guerre, depuis à peu près 1903-1904, lorsque se cristallisa en Russie le groupe bolchévik et que se firent connaître pour la première fois les gauches au sein de la sociale-démocratie allemande, s'était orienté vers une rupture, vers la scission avec les opportunistes chez nous, dans le Parti social-démocrate de Russie, et là-bas, dans la IIe Internationale, notamment dans la social-démocratie allemande. Tout bolchévik sait que précisément pour cette raison les bolchéviks, dès cette époque (1903-1905), s'étaient acquis dans les rangs des opportunistes de la IIe Internationale, le titre glorieux de « scissionnistes » et de « désorganisateurs ». Mais que pouvait faire Lénine, que pouvaient faire les bolchéviks, si les social-démocrates de gauche au sein de la IIe Internationale, et d'abord au sein de la social-démocratie allemande, représentaient un groupe faible, débile, encore informe au point de vue de l'organisation, un groupe peu ferré idéologiquement, craignant même d'articuler le mot « rupture », « scission » ! »


Dans cette mesure, le soutien de Lénine et des bolchéviks à la gauche de la IIe Internationale ne pouvait être « sans de sérieuses réserves, sans une sérieuse critique de leurs fautes, à moins de trahir les intérêts de la classe ouvrière, à moins de trahir les intérêts de la révolution, à moins de trahir le communisme » . Même si les « gauches d'Allemagne », comme le rappelle Stalitte, avaient « à leur actif de grandes et sérieuses actions révolutionnaires » .


Ces fautes de la gauche de la IIe Internationale ne sont pas mineures, qu'il s'agisse de la conception du Parti, de la révolution, de l'alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie, du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, etc.


C'est un exemple flagrant de la révision de notre Histoire dans des buts déterminés : ici la justification du compromis opposée à la nécessité de la scission. Scission à laquelle les bolchéviks poussaient les « gauches » mais qu'ils ne pouvaient faire à leur place ! Mais qu'ils firent au sein même de leur parti.


Notamment sur la question du Parti, qui est fondamentale si ce Parti est révolutionnaire, Lénine n'a jamais été conciliant. Et il s'est opposé tout à la fois à Rosa Luxemburg, Léon Trotsky et Karl Kautsky qui défendaient de fait la conception menchéviste sur l'ouverture du Parti. Le développement « en largeur » ne peut qu'entraîner un abaissement du niveau révolutionnaire, un renforcement de l'opportunisme.


Ouvrir la porte ou Fermer la porte. La réponse de Lénine a été tout aussi tranchée avant 1914 quant au Parti Ouvrier social-démocrate de Russie et en 1920 quant à la IIIe Internationale, avec les 21 conditions d'admission.

3. Enver Hoxha, cible des révisionnistes.

« Notre Parti estime que la polémique ouverte est indispensable, qu'elle est une école pour tous les communistes car elle les aide à distinguer la vérité du mensonge. Les révisionnismes s'estimeraient très satisfaits si l'on ne parlait d'eux qu'en termes généraux, à condition de ne pas les attaquer publiquement et de ne pas appeler les choses par leur vrai nom. » (Enver Hoxha, 1966.)108

Il n'est pas du tout étonnant, mais par contre très significatif, qu'Enver Hoxha, Premier secrétaire du Parti du Travail d'Albanie, soit en butte aujourd'hui encore à de multiples attaques, venant d'horizons soi-disant opposés. Il serait puéril d'ignorer le Parti du Travail d'Albanie et celui qui en fut le dirigeant, au nom de la superficie de l'Albanie et de son nombre d'habitants, du niveau de son développement économique.


Comme l'écrivait Engels :


« En tant que domaine déterminé de la division du travail, la philosophie de chaque époque suppose une documentation intellectuelle déterminée qui lui a été transmise par celles qui l'ont précédées et dont elle part. Et c'est pourquoi il arrive que des pays économiquement retardataires peuvent pourtant tenir le premier violon en philosophie 109. »


Le rôle de premier violon, le Parti du Travail d'Albanie l'a occupé au niveau idéologique et politique après la mort de Staline en 1953..


Tout d'abord dans ses rapports de parti à parti avec le P.C.U.S., puis au sein du mouvement communiste international, et enfin ouvertement, publiquement. Ce qui est un processus correct.


C'est seulement après les attaques publiques d'abord menées par des « partis frères », puis par Khrouchtchev au XXIIe Congrès du P.C.U.S. (fin 1961) que le Parti du Travail d'Albanie s'est engagé dans une lutte publique contre le révisionnisme moderne, de Tito à G. Marchais, de Togliatti à Carrillo, de Khrouchtchev à Brejnev et autres. Quant aux désaccords avec le Parti Communiste Chinois et Mao Tsé-toung, aux interrogations que le Parti du Travail d'Albanie soulevait par rapport aux hésitations et retournements chinois, aux conseils de la Chine, ils ne commencèrent à se laisser deviner qu'après la visite de Nixon à Pékin en février 1972.


Des attaques récentes on distinguera trois origines :

A. Horizon maoïste.

Ludo Martens, Président du Parti du Travail de Belgique, dans son livre intitulé De Tien An Men à Timisoara, publié en 1994 110, consacre 12 pages à la défense du Parti Communiste Chinois contre les critiques qui lui sont portées par Enver Hoxha 111. C'est un peu court !


On trouve deux mots-clefs dans ce texte : au gauchisme d'Enver Hoxha (parfois extrémiste) Ludo Martens oppose la souplesse en général, et en particulier celle du Parti Communiste Chinois. On peut même « faire des compromis avec des traîtres pour être en mesure de maintenir les liens avec les communistes authentiques » 112. Et effectivement le Parti Communiste Chinois a fait de nombreux compromis, plus ou moins passagers, fluctuants ou durables, avec Tito, Khrouchtchev, Brejnev, Ceaucescu, Carrillo, etc. pour ne pas parler des relations avec nombre de dirigeants réactionnaires du « Tiers Monde ». Compromis qui n'avaient pas en vue la « découverte » d'authentiques communistes, mais des alliances diplomatiques, des renversements d'alliances. Compromis qui furent théorisés, voilà la faute majeure, et mis en avant comme ligne générale pour de multiples partis et organisations dans le monde.


C'est au sujet de la visite de Nixon à Pékin, vertement commentée par Enver Hoxha dans ses « Notes » — visite qui concrétise les échecs du Parti Communiste Chinois dans ses tentatives de compromis avec Moscou —, que Ludo Martens, citant Enver Hoxha, écrit qu'avec de telles positions il « frôle le trotskysme ». Qu'avait noté Enver Hoxha ?


« Recevoir le président Nixon et s'entretenir avec lui, ce n'est pas juste et ce ne sera accepté ni par les peuples, ni par les révolutionnaires, ni par les communistes authentiques. »


« Par cet acte politique, les Chinois désorientent le mouvement révolutionnaire mondial et éteignent l'ardeur révolutionnaire 113. »



Ludo Martens amalgame ensuite deux citations d'Enver Hoxha pour conclure : « On croirait entendre un trotskyste à propos du pacte germano-soviétique. » Et là Ludo Martens ne frôle pas le ridicule ! Toute sa démonstration historique pour mettre sur le même plan les compromis de Lénine et de Staline et celui de Mao Tsé-toung est en dehors de tout contexte. Il ne distingue pas compromis tactique et compromis sur les principes. Ludo Martens « oublie » que les pourparlers sino-américains sur l'invitation faite par Mao Tsé-toung à Nixon de se rendre à Pékin, engagés en 1971, se situent au plus fort moment des bombardements américains sur le Vietnam du Nord.


Bien sûr Ludo Martens ne peut s'empêcher d'accorder çà et là des satisfecit à Enver Hoxha. Mais pour qualifier de « critiques exagérées » et d' « accusations gratuites » les divergences rendues publiques dès 1977, puis en 1978, année de la rupture.


Pour défendre Mao Tsé-toung dont Enver Hoxha dit qu'il n'a jamais été marxiste, la réponse de Ludo Martens ne s'appuie que sur un seul des aspects soulevés par Enver Hoxha : le rôle primordial accordé à la paysannerie par Mao Tsé-toung et son concept de l'encerclement des villes par les campagnes. Déjà, sur ces points, la critique d'Enver Hoxha est juste. Elle ne se limite pas à cela. Pour finir ici, par un tour de passe-passe, Ludo Martens engage ses lecteurs à critiquer une formulation de Teng Xiao-ping sur la théorie des trois mondes, sans la citer en tant que telle, et bien sûr sans dire qu'elle est issue de la pensée de Mao Tsé-toung 114 !


On doit souligner le fait que Ludo Martens dans son livre Le Parti de la révolution, dans sa liste des œuvres des « classiques », ne signale comme œuvre d'Enver Hoxha que la première édition de l'Histoire du Parti du Travail d'Albanie (1929-1965) 115. Or il y a eu (après un complément pour la période 1966-1980) une seconde édition refondue, publiée en français en 1982 116. Il va de soi que dans cette nouvelle édition il est largement question de la Chine. Et Ludo Martens préfère faire l'impasse sur les critiques et accusations portées par le P.T.A.


La ligne de Ludo Martens est très claire. Certes, c'est le révisionnisme khrouchtchévien qui « a commencé par briser l'unité du mouvement en rompant avec les partis qui défendaient le marxisme-léninisme » .


« Mais ensuite, le sectarisme et le gauchisme ont conduit à d'innombrables scissions injustifiées. Des divergences d'analyse et d'appréciation, réelles, ont été exacerbées jusqu'à l'antagonisme et la rupture 117. »
Encore une fois il s'agit de minimiser les divergences, soi-disant limitées à l'analyse et l'appréciation.

Comme si analyses et appréciations n'avaient aucune portée, ne débouchaient pas sur des prises de position tactiques, sinon même stratégiques !


Dans sa défense de Mao Tsé-toung, le Président du P.T.B. Ludo Martens vient de trouver une voie inédite pour attaquer le P.T.A. et Enver Hoxha, en comparant le Parti du Travail d'Albanie et le Parti communiste de Cuba :


« Les prévisions étaient qu'un parti petit-bourgeois comme le Parti Cubain ne pouvait pas tenir le coup face à la contre-révolution internationale. Or, le Parti du Travail Albanais, qui était apparemment (souligné par nous) plus ferme sur les principes marxistes-léninistes, a quasi disparu, mais le Parti Communiste Cubain garde la confiance des masses en réaffirmant son orientation anti-impérialiste et socialiste 118. »


C'est une comparaison qui n'a pas de sens, sinon de basse polémique, vu l'histoire des deux partis et leur position de classe au niveau international. Et on peut bien entendu être « socialiste », « révolutionnaire » sans être marxiste-léniniste, un « socialisme » qui, comme en Chine, allie le capitalisme au socialisme d'État, après avoir prétendu intégrer le capitalisme dans le cadre du système économique du socialisme, revenant ainsi aux thèses de Boukharine..


Il y a cependant plus important dans la petite comparaison faite par Ludo Martens entre le Parti du Travail d'Albanie et le Parti Communiste de Cuba 119 : c'est la mise en avant du critère du succès comme preuve de la vérité du marxisme-léninisme. Mais que dire, si l'on accepte cette aune, de la situation actuelle en Chine. Qu'en est-il de ce sommet que constitue toujours aujourd'hui la pensée de Mao Tsé-toung ?

B. Horizon indéfinissable.

Raul Marco, ex-dirigeant du P.C.E. (m-l) qui a implosé, responsable aujourd'hui de l'Organisation Communiste « Octobre » et partie prenante dans le regroupement de Quito, s'est récemment livré à une attaque renouvelée contre Enver Hoxha.


Le mouvement marxiste-léniniste était déjà très affaibli avant 1989, écrit Raul Marco. Pour cause de « suivisme », par effet de trahisons, frappé par la réaction. Certains partis « nageaient entre deux eaux ».


« L'attitude de la direction du P.T.A., empreinte d'une certaine prépotence et d'un nationalisme étroit, a pour une part de responsabilité dans cet état de fait pas très ragoûtant.. Cette attitude a commencé à se manifester, du moins me semble-t-il, à partir de l'élimination de Mehmet Shehu et du pénible déclin intellectuel et physique d'Enver Hoxha 120. »


Plus loin Raul Marco cite le Parti du Travail d'Albanie comme le Parti d'Enver Hoxha et de Mehmet Shehu, en parallèle au parti de Lénine et de Staline.


Sans entrer dans la question de la « prépotence » et du « nationalisme étroit » (thème largement utilisé par les ennemis de la République Populaire Socialiste d'Albanie, révisionnistes, trotskystes entre autres), qu'il faut bien sûr examiner sérieusement, quoi que l'on pense de ces accusations à l'emporte-pièce, l'accent mis sur Mehmet Shehu doit être remarqué 121.

C. Horizon révisionniste.

Le Cercle Henri Barbusse attaque classiquement, pourrait-on dire, à la fois Mao Tsé-toung et Enver Hoxha, reprenant en cela les positions de Moscou après 1956, puis celles du P.C.F. 122.


Si les maoïstes s'en vont reprochant au P.T.A. d'avoir été « gauchiste », « scissionniste », « sectaire », etc., d'autres

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IV - BRUXELLES : UNE POLITIQUE DE CONCILIATION


Si par principe on ne souhaite pas la scission en tant qu'exercice abstrait, elle ne peut bien entendu pas être évitée par simple décision, par bonne volonté. Elle est même inévitable et nécessaire en cas de divergences fondamentales.


Après un survol rapide de la situation qui a suivi le XXe Congrès du P.C.U.S. en 1956, et de la division du mouvement communiste international (entre « tendances » qui s'en est suivi, Ludo Martens écrit :


« Quelle que soit l'opinion qu'on peut exprimer quant au bien-fondé, voire à la nécessité de ces scissions à un certain moment de l'histoire, la nécessité et la possibilité de les surmonter existe aujourd'hui 126. »


L'ombre de Mao Tsé-toung plane encore ici. Si Ludo Martens pense effectivement que la contradiction entre révisionnisme et marxisme-léninisme est une « contradiction au sein du peuple » , et doit être réglée comme telle, il n'y a certes rien à ajouter..


Faut-il encore qu'il le dise clairement. S'il s'agit d'antagonisme, il est évident pour nous qu'il doit y avoir destruction de l'un des deux termes, le révisionnisme. Il y a encore une troisième position, celle de Mao Tsé-toung telle qu'il l'a exprimée dans la dernière version d'un texte revendiqué par les maoïstes, De la contradiction :


« Suivant le développement concret des choses et des phénomènes, certaines contradictions primitivement non antagonistes se développent en contradictions antagonistes, alors que d'autres, primitivement antagonistes, se développent en contradictions non antagonistes 127. »


Sur cette question Lénine a écrit en marge d'un livre de Boukharine :


« Antagonisme et contradiction ne sont pas du tout une seule et même chose. Sous le socialisme le premier disparaîtra, la seconde subsistera 128. »


Mao Tsé-toung s'appuie sur cette phrase pour conclure :


« Cela signifie que l'antagonisme n'est qu'une des formes, et non l'unique forme, de la lutte des contraires, et qu'il ne faut pas employer ce terme partout sans discernement 129. »


Il faut tout de suite remarquer que l'observation de Lénine ne s'applique que « sous le socialisme ». Il ne s'agit même pas de la période de « construction du socialisme ». Ce n'est pas notre objet ici de savoir de quel socialisme il s'agit pour Mao Tsé-toung, de quel moment d'une Chine où vont coexister prolétariat, classe ouvrière et bourgeoisie nationale. C'est-à-dire exploitation, plus-value, lutte de classes.


De fait Mao Tsé-toung met en avant la possibilité de la transformation de contradictions non antagoniques en contradictions antagoniques dans l'histoire des partis communistes. Ce qui est clair. Que certaines contradictions antagoniques avant la Révolution deviennent non antagoniques après celle-ci, implique cependant que l'un des termes de la contradiction ait détruit l'autre, ce qui amène à une nouvelle contradiction qui elle, effectivement, si elle peut devenir antagonique, ne l'est pas ouvertement au départ.


Dans la dialectique mise en avant par Mao Tsé-toung il y a des interstices. Et des nouveautés. Mao Tsé-toung paraphrase Lénine quand il écrit :


« L'identité conditionnée et relative unie à la lutte inconditionnelle et absolue forme le mouvement contradictoire dans toute chose et phénomène 130. »


Mais il s'en éloigne en ajoutant immédiatement :


« Nous autres, Chinois, nous disons souvent : « Les choses s'opposent l'une à l'autre et se complètent l'une l'autre ». Cela veut dire qu'il y a identité entre les choses qui s'opposent. Ces paroles contiennent la dialectique ; elles contredisent la métaphysique. « Les choses s'opposent l'une à l'autre », cela signifie que les deux aspects contradictoires s'excluent l'un l'autre ou qu'ils luttent l'un contre l'autre ; elles « se complètent l'une l'autre », cela signifie que dans des conditions déterminées les deux aspects contradictoires s'unissent et réalisent l'identité. Et il y a lutte dans l'identité ; sans lutte, il n'y a pas d'identité 131. »


Cette fusion de l'un et l'autre, ce « deux fusionnent en un », cela débouche sur la conciliation, le compromis. Vers la fin des années 50 des économistes communistes hongrois s'attachaient à prôner l'intégration du marché socialiste dans le marché capitaliste au nom de cette thèse. Sans nier la lutte au sein du marché mondial, mais en transformant l'antagonisme entre communisme et capitalisme en une contradiction non antagonique en vertu de la coexistence pacifique. Elle ne l'était qu'à leurs yeux de révisionnistes : le marché socialiste a été détruit, comme l'ont été les partis communistes.


Dans le texte de Ludo Martens, à propos du révisionnisme, il y a cette constatation fort surprenante :


« Après la destruction du socialisme en Union Soviétique et l'éclatement du pays de Lénine, tous les communistes doivent comprendre que le révisionnisme est l'ennemi idéologique le plus dangereux du marxisme-léninisme 132. »


Si communistes il y a, le danger du révisionnisme ils le connaissent depuis Lénine, et la lutte que ce dernier a menée dès le début de ce siècle. Et après 1956, contre le révisionnisme moderne. c'est le Parti du Travail d'Albanie ayant à sa tête Enver Hoxha qui l'a engagée, menée et poursuivie de manière ininterrompue avec le soutien d'autres partis et organisations. Quant à Mao Tsé-toung et au P.C.C., leur dénonciation du révisionnisme s'est faite tardivement, par à coups, en fonction de préoccupations particulières.


Dans le cadre d'un regroupement tel qu'il est conçu et organisé par Ludo Martens et le Parti du Travail de Belgique, conglomérat de partis et d'organisations qui n'auront pas de positions politiques communes sinon circonstancielles et qui, de par leurs divergences idéologiqœs, auront des pratiques et des analyses également divergentes, ce qui plane bien entendu c'est l'ombre d'une scission. Ou bien, l'Internationale de Bruxelles ne sera qu'une Internationale 2 ½. Et comment pourrait survivre une telle entreprise qui prétend réunir et unifier, même dans un « cadre minimal », révisionnistes de Pékin, Moscou et autres lieux, et marxistes-léninistes ! De fait, l'audience de Bruxelles étant principalement révisionniste, et nombre de ses participants maoïstes, révisionnistes, il s'agit d'isoler les marxistes-léninistes.


Les mots « unifier » et « unité » ont peut-être perdu le sens qu'on croyait leur connaître. Peut-être le mot « unité » est-il devenu synonyme d'« équilibre ».


On serait tenté de le croire quand on lit Ludo Martens :


« Le séminaire dans son ensemble s'efforce de réaliser une balance de positions différentes 133. »
Ludo Martens s'en flatte. Pour nous, cette déclaration illustre notre analyse. Tout est dit dans cette simple phrase. C'est la politique du juste milieu, la mise en place d'une politique de conciliation.


Le texte qui suit de Lénine s'applique au Parti. Il est aisé de se rendre compte qu'il est également valable dans la démarche de création d'une Internationale.


« Deux manières de voir sont possibles quant à la signification et aux conditions d'une unification du Parti quelle qu'elle soit. Comprendre la différence qui sépare ces deux points de vue est fort important, parce qu'ils s'entrecroisent et se confondent à mesure que se développe notre « crise » d'unification, et que si on les délimite pas exactement, la crise devient impossible à débrouiller.


« L'un de ces deux points de vue sur l'unification place au premier plan la « conciliation » de « personnes, groupes et institutions déterminés ». Leur unité de vue sur le travail du Parti, sur la ligne de ce travail devient alors secondaire. Il faut s'efforcer de passer les désaccords sous silence au lieu de mettre en lumière leurs racines, leur portée, les conditions objectives qui les suscitent. « Concilier » personnes et groupes, voilà l'essentiel. S'ils n'arrivent pas à s'entendre pour appliquer une ligne commune, il convient de l'interpréter de telle manière qu'elle devienne acceptable pour tous. Vivez et laissez vivre les autres. Cela, c'est l'« esprit de conciliation » petit bourgeois, celui qui conduit tout droit à la diplomatie de cénacles. Étouffer les causes de désaccord, les passer sous silence, « apaiser » coûte que coûte les « conflits », neutraliser les tendances antagonistes, voilà quel est l'objectif essentiel de l'« esprit de conciliation » en question 134. »



Dans la Lettre d'explication sur la « Proposition d'unification du mouvement communiste international » il est écrit :


« Notre approche est de mettre de côté les divergences du passé, de ne pas braquer l'attention sur ces questions et de ne pas pousser à l'antagonisme sur ces points. »


Mais de quelles questions s'agit-il ?


« Y avait-il du révisionnisme en U.R.S.S. avant 1956 ? Est-ce qu'en U.R.S.S. la bourgeoisie a instauré sa dictature à partir de 1956 ? Est-ce que l'U.R.S.S. est devenue une superpuissance social-impérialiste en 1968 ? Quelle attitude fallait-il prendre lors de l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, puis en Afghanistan ? Fallait-il s'opposer à l'intervention militaire vietnamienne au Kampuchea Démocratique ? La Théorie des Trois Mondes fut-elle la base théorique d'une stratégie contre-révolutionnaire ? Mao Tsé-toung peut-il être considéré comme le « cinquième » classique ? Enver Hoxha avait-il raison dans sa polémique contre Mao et le P.C.C. ?, etc. »


Ou bien ces questions, et beaucoup d'autres, seront réglées d'un point de vue marxiste-léniniste, un développement « en profondeur », ou bien la coexistence pacifique entre révisionnistes, marxistes-léninistes, maoïstes et pseudo marxistes-léninistes de toutes sortes, avancée comme principe d'unité, en arrivera à une amnistie réciproque, c'est-à-dire à la légitimation de l'opportunisme.

Patrick KESSEL
& le COLLECTIF du
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THÈSES SUR L'UNITÉ DU MOUVEMENT MARXISTE-LÉNINISTE INTERNATIONAL

10 octobre 1966 1.


Après la division, il faut l'unité.

La lutte contre le révisionnisme moderne ne peut être menée sans l'unité marxiste-léniniste.

La Ie et la IIIe Internationale.



Il y a deux conceptions de l'unité :

1. L'unité révisionniste (avec ses variantes) ;

2. L'unité marxiste-léniniste.

Nous devons démasquer la première et consolider la seconde.

Existe-t-il une unité complète de pensée et d'action marxiste-léniniste dans le mouvement marxiste-léniniste international ?


Oui, peut-être, mais pas autant ni comme il faut, en raison de la croissance de ce mouvement et du manque d'expérience, en raison des positions isolées de chaque parti marxiste-léniniste ou groupe révolutionnaire, de l'absence d'une identité complète de vues sur beaucoup de questions capitales communes, et aussi à cause de la lutte organisée et combinée que le révisionnisme et l'impérialisme livrent au marxisme-léninisme.

Il est donc indispensable de trouver les formes et les méthodes requises pour surmonter ces obstacles.

Le mouvement communiste international doit être guidé par le marxisme-léninisme, interprété et appliqué correctement dans les conditions générales actuelles et selon les positions particulières de chaque parti ou groupe marxiste-léniniste. Il est donc exigé une analyse de la situation actuelle, mais cette analyse ne peut pas être faite par un seul parti, dont le point de vue servirait de phare aux autres. Il est également nécessaire que les partis et les groupes marxistes-léninistes procèdent entre eux à des consultations dont émergeraient de justes orientations pour la lutte à mener dans les conditions générales ou particulières.

Problèmes fondamentaux qui doivent avoir une définition commune, laquelle cimente l'unité et renforce la lutte contre le révisionnisme moderne :


1. La séparation définitive d'avec les révisionnistes exige une réunion particulière.

2. L'apparition du révisionnisme, ses causes, etc.

3. La question de Staline.

4. L'attitude envers l'Union Soviétique, en premier lieu, et envers les autres pays où les révisionnistes sont au pouvoir.

5. Une attitude mieux étudiée relative à une aide politique, idéologique, ainsi que technique et matérielle, mieux organisée à prêter aux nouveaux partis, aux groupes marxistes-léninistes, à la lutte de libération nationale, aux alliances avec la bourgeoisie progressiste anti-impérialiste ; et de nombreux autres problèmes de ce genre d'une grande portée pour notre lutte commune.

Tous ces problèmes et d'autres encore sont connus, et dans l'ensemble on s'attache à les résoudre, mais de manière non coordonnée.

Sur la question de Staline et sur les causes de l'apparition du révisionnisme en Union Soviétique et ailleurs, beaucoup d'appréciations concordent, mais il y en a aussi qui ne concordent pas. Si ces problèmes ne sont pas éclaircis et si l'on n'arrive pas à une appréciation plus ou moins identique, des contradictions peuvent surgir, car des prémisses de contradictions existent, ce qui entrave le renforcement de l'unité.


La stratégie et les tactiques de notre lutte. La première doit être identique pour tous, les tactiques peuvent être différentes, mais elles doivent servir la première et se développer à travers la juste application du marxisme-léninisme.

— Pourquoi le Parti Communiste Chinois a-t-il publié ses 25 points 2 et quel est leur sort ?

— Les tactiques de la République Populaire de Chine et de la République Populaire d'Albanie.


Les tactiques de tous les partis et groupes marxistes-léninistes qui opèrent dans l'opposition ou dans la clandestinité.

a) La question des frontières avec l'Union Soviétique.

b) La question indienne.

c) La question de la Corée et du Japon.

d) La question du Parti Communiste de Pologne (marxiste-léniniste) 3.

e) L'aide à prêter aux groupes marxistes-léninistes.

Le Parti Communiste Chinois se dérobe aux conférences générales.

a) Il a proposé une réunion de nos 9 partis. Lorsque nous avons accepté, il l'a annulée.

b) Il a proposé, sans une réunion préalable, la création d'un « front uni anti-impérialiste incluant les révisionnistes », puis il a reculé.

c) Il tient des réunions bilatérales avec d'autres partis, ce qui est au demeurant admissible, et à l'issue de ce genre de réunions, ces partis publient des déclarations et des articles qui soutiennent tout ce que fait et dit la Chine.

d) Actuellement, toute la préoccupation du Parti Communiste Chinois est que le mouvement communiste marxiste-léniniste reconnaisse que la pensée de Mao Tsé-toung guide le monde, qu'il accepte le culte de Mao, la Révolution Culturelle Prolétarienne et toute la ligne du Parti Communiste Chinois avec ses mérites et ses erreurs.

Tout cela comporte de grands dangers pour l'unité.

Nous devons avoir une claire vision de tous ces problèmes et ne pas craindre de regarder la vérité en face. Entre nous aussi et les camarades chinois des divergences ont commencé à poindre, en sourdine, intérieurement, mais ces divergences risquent de grossir. Aussi devons-nous agir de façon à ne pas être pris au dépourvu. Cela, nous l'avons fait et nous continuerons de le faire. Mais comment nos deux partis peuvent-ils s'expliquer franchement ? Si ces discussions sont menées dans une voie entièrement marxiste, les questions seront réglées. Sinon, elles grossiront ; c'est ce qui nous est arrivé avec les Soviétiques et nous n'avons rien résolu. Les questions ont alors été réglées à la Rencontre de Bucarest et à la Conférence de Moscou. Avec les Chinois on ne doit pas en arriver là, mais il se peut aussi que l'on y arrive contre notre gré.

Pas plus qu'on ne peut accepter en bloc les idées d'un parti, on ne peut accepter celles de deux partis. Tous doivent exprimer leur opinion. C'est pourquoi il est important de tenir une réunion commune et d'arrêter des décisions communes. Une telle réunion prendrait également connaissance des formes de travail et d'organisation, elle les étudierait et elle définirait des tâches pour chaque parti en particulier.

La Chine jusqu'à présent s'est dérobée à ce genre de réunion. Pourquoi ?

a) Dans la crainte d'être accusée d'hégémonisme, ce qui n'est pas fondé.

b) Dans la crainte que nous, les autres, ne considérions d'un mauvais œil son attitude sur ces réunions. (Pour notre part, nous avons démontré notre internationalisme.)

c) Parce qu'elle ne veut pas avoir de partenaires dans la prise des décisions. Une telle manière de juger et une telle attitude sont nocives.

d) Parce qu'il n'y a pas encore d'unité chez elle. Alors qu'elle nous le dise.

Au vu de tout ce qui précède :


Est-il juste et nécessaire que nous avancions cette idée dans ses grandes lignes à notre Congrès ? Je pense que oui. Cela est normal, c'est une des formes de notre lutte.

Personne ne peut contredire cette idée sur le plan des principes, tout au plus peut-on la laisser fondre dans l'eau. Mais, ce sont eux qui se trompent et non pas nous. Dans cette situation, sans la Chine nous ne pouvons tenir de telles réunions. La Chine peut continuer à s'y opposer. Alors elle en portera la responsabilité. Mais, même si elle ne trouve pas cette idée opportune, du moment que nous-mêmes la considérons juste à tous égards, nous devons la lancer. Que la réunion se tienne lorsque les conditions à cette fin auront mûri ; quant aux formes d'organisation et autres, qu'elles émergent de la lutte elle-même. Sur cette question nous nous sommes acquittés envers la Chine en la mettant en garde plus d'une fois. C'est elle qui a retardé la mise en œuvre de cette idée.


J'estime que les problèmes que je viens de poser et d'autres du même genre sont très actuels pour le renforcement de l'unité marxiste-léniniste du mouvement communiste international, et qu'ils ne peuvent être résolus que par des réunions communes des partis. La Chine, apparemment, n'en juge pas ainsi et elle pense qu'il suffit que tous soient unanimes à approuver ce qui se passe aujourd'hui chez elle pour que par là même notre unité soit cimentée. Aux controverses déjà existantes vient s'en ajouter une nouvelle, et à en juger par la manière de procéder des Chinois qui ne parlent qu'à l'oreille des gens, nous devons envisager qu'un beau jour nous nous trouverons isolés par rapport à eux, bien que nous soyons dans la juste voie. C'est pourquoi nous devons prévenir le danger. Les formes d'action que je propose sont des formes légitimes, justes..

Sur la question de la Corée et du Japon c'est ainsi qu'il fut procédé, de bouche à oreille, et c'est pourquoi les choses en sont arrivées au point que l'on sait.


Des membres de nouveaux groupes et de nouveaux partis ont parlé avec exaltation dans leurs organes de ce qui se passe en Chine, mais lorsqu'ils viennent ici, ils nous disent qu'ils ne souscrivent pas à telle ou telle idée du Parti Communiste Chinois. Et nous, que devons-nous leur dire ?

Ces marxistes-léninistes viendront demain au Congrès de notre Parti et ils y prendront la parole. Qui nous assure que, parmi eux, il n'y aura pas de ceux qui, avec ou sans intention, parleront en termes exaltés de certains aspects de la ligne chinoise et de l'évolution actuelle en Chine, sur lesquels nos points de vue sont opposés ? Alors émergeront deux attitudes. Mais si, dans une bonne ou dans une mauvaise intention, ils nous interrogent et sollicitent notre avis, que devrons-nous leur dire ? Leur répondre ? C'est mal. Ne pas leur répondre ? C'est encore mal. C'est pourquoi la thèse que nous insérons dans le rapport est la réponse la plus juste, la plus marxiste-léniniste que nous pouvons donner aux camarades étrangers.



* * *




Quelques jours plus tard, le 26 octobre, le P.T.A. reçoit à Tirana la délégation du P.C.C. venue participer aux travaux du Ve Congrès du P.T.A. Dans son Journal, daté du même jour, Enver Hoxha résume son intervention lors des discussions qui viennent d'avoir lieu avec les représentants du P.C.C. 4 :


Les camarades des partis frères et des groupes marxistes-léninistes nous feront surement part, à vous comme à nous, de leurs idées et de leurs propositions sur les problèmes communs du mouvement, mais peut-être aussi sur des problèmes intérieurs qui leur sont propres.


Nous serons profondément touchés de la confiance qu'ils témoignent à notre Parti, nous prêterons une oreille très attentive à leurs jugements et à leurs propositions et nous ferons tout notre possible pour les aider de nos modestes forces.


Mais nous considérons comme un devoir internationaliste et comme étant de l'intérêt du renforcement de notre unité internationaliste, de procéder avec vous à de fréquents échanges de vues afin de coordonner ces vues concernant les problèmes que poseront les camarades des partis frères et leurs sollicitations éventuelles. Nous espérons que vous n'aurez rien contre cela.


Nous estimons que c'est à votre grand Parti et à notre Parti qu'il incombe d'abord de faire les premiers pas afin d'établir des liens concrets, plus étroits, plus efficaces, au sein du mouvement marxiste-léniniste mondial pour cimenter encore plus notre unité marxiste-léniniste et renforcer nos actions communes contre nos ennemis communs.


Nous considérons, en particulier, que le moment est venu pour nos partis marxistes-léninistes de développer entre eux diverses formes de contacts de travail, des plus appropriées et des plus fructueuses. En posant cet important problème, nous ne nous attendons pas à le voir résolu maintenant, à l'occasion de notre Congrès. Non. Ce problème, nous l'avons soulevé aussi devant le camarade Chou En-laï, lors de sa visite chez nous 5, et nous le soulevons à nouveau devant vous. Nous serions heureux d'avoir avec vous un échange de vues à ce propos et, si votre Parti le juge nécessaire, nous sommes même prêts à envoyer, au moment où il le jugera opportun, une délégation de notre Parti à Pékin afin de discuter particulièrement de cette question.


Il nous semble important et nécessaire de discuter de ce problème et de le concrétiser, fût-ce dans des formes initiales et rudimentaires, car les révisionnistes modernes et leurs patrons capitalistes s'emploient de toutes leurs forces, démagogiques et économiques, en pratiquant toutes les pressions et tous les chantages, à frapper durement tout renforcement de notre unité marxiste-léniniste, à frapper notre mouvement de dedans par la diversion idéologique et de dehors en cherchant à l'isoler 6.



* * *




Le « Rapport d'activité du Comité Central du P.T.A. », présenté au Ve Congrès du Parti le 1er novembre 1966, va effectivement développer les thèses ébauchées par Enver Hoxha dans son Journal Politique (« Réflexions sur la Chine »).


Certains passages expriment une critique ouverte du Parti Communiste Chinois, notamment en ce qui concerne les tentatives de rapprochement avec l'U.R.S.S., cette « unité d'action » avec les révisionnistes qui s'est soldée par un échec lors du voyage de Chou En-laï à Moscou, cette « unité d'action » contre les impérialistes mise en avant par Moscou. Il est également largement question dans le « Rapport » de l'unité des marxistes-léninistes. On insistera ici principalement sur cette question :


Dans la lutte contre le révisionnisme moderne, comme du reste sur toutes les autres questions, l'unique attitude juste est l'attitude de principe. Il n'est pas permis de marchander avec les principes, on ne doit pas s'arrêter à mi-chemin, on ne doit jamais avoir une attitude vacillante et opportuniste dans la défense des principes. La lutte entre le marxisme-léninisme et le révisionnisme est une manifestation de la lutte de classes qui se livre entre le prolétariat et la bourgeoisie, entre le socialisme et le capitalisme. Il n'y a pas de milieu dans cette lutte. La ligne du « juste milieu », ainsi qu'il a été prouve par l'expérience historique de plusieurs années, est la ligne de la conciliation des contraires, de tout ce qui est irrémédiablement inconciliable, une attitude instable et provisoire. Cette ligne intermédiaire ne saurait non plus servir à camoufler les déviations des principes marxistes-léninistes, car la lutte contre le révisionnisme, si elle ne s'inspire pas de motifs idéologiques mais uniquement de quelques contradictions économiques et politiques, de bases nationalistes et chauvines, se réduit à un bluff qui n'ira pas loin. Quiconque s'en tient à cette ligne dans la lutte contre les renégats du marxisme-léninisme risque de glisser lui-même tôt ou tard sur les positions de ces derniers.


« Il n'existe pas, il ne peut exister de ligne « moyenne » dans les questions de principe — a souligné avec force J. V. Staline. — Tels principes ou tels autres doivent être mis à la base du travail du Parti. La ligne « moyenne » dans les questions de principe est la « ligne » qui consiste à encrasser le cerveau, la « ligne » qui tend à estomper les divergences, c'est la « ligne » de la dégénérescence idéologique du Parti, la « ligne » de la mort idéologique du Parti 7. »


Au jugement de notre Parti, le problème à l'ordre du jour qui se pose aujourd'hui avec force, comme un problème actuel de grande acuité, n'est pas la réconciliation et l'unité avec les révisionnistes, mais bien la rupture et la séparation définitive avec eux.


Lénine disait :


« L'unité est une grande chose et un grand mot d'ordre ! Mais ce qu'il faut à la cause ouvrière, c'est l'unité des marxistes, et non l'unité des marxistes avec les ennemis et les falsificateurs du marxisme 8. »

L'unité avec les opportunistes et les révisionnistes, souligne Lénine,

« c'est l'unité du prolétariat avec la bourgeoisie nationale et la scission du prolétariat international, l'unité des laquais et la scission des révolutionnaires 9. »


Le communisme mondial actuel doit être caractérisé par l'esprit révolutionnaire et combatif des temps héroïques de Lénine et de Staline, du Komintern [IIIe Internationale]. Non sans des desseins hostiles déterminés, N. Khrouchtchev et ses acolytes ont entrepris la lutte pour jeter le discrédit sur le Komintern et son œuvre immortelle. Les temps ont changé, certes, et il ne s'agit pas pour nous d'adopter ou de copier les formes et les méthodes de travail, d'organisation et de direction du Komintern, justifiées à l'époque, avec leurs bons et leurs mauvais côtés 10. Mais de l'avis de notre Parti, la création de liens de coopération et de coordination, conformes aux conditions nouvelles présentes, constitue une question indispensable et urgente. (Applaudissements.)


Ils [les marxistes-léninistes] doivent renforcer leur coopération et coordonner leurs activités, ils doivent élaborer une ligne commune et une attitude commune sur les questions les plus fondamentales, notamment au sujet de la lutte contre l'impérialisme et le révisionnisme moderne, au sujet des nouvelles alliances, une ligne et une attitude qui concrétisent les conditions réelles de la situation actuelle, mais fondées en toute occasion sur les principes marxistes-léninistes 11.



* * *




À côté de critiques implicites contre la politique étrangère du Parti Communiste Chinois, qui pouvaient être parfaitement comprises, on trouve également dans le Rapport du C.C. du P.T.A. un hommage appuyé à Mao Tsé-toung, à sa « pensée » et au rôle révolutionnaire du P.C.C. et de la R.P.C. Également un appel au soutien de la Révolution Culturelle. Et cette déclaration :


Le Parti du Travail d'Albanie estime que tous les partis et les forces marxistes-léninistes, sur un pied d'égalité et en toute indépendance (souligné par nous, B.I.), doivent s'unir étroitement au Parti Communiste Chinois et à la République Populaire de Chine et former avec ceux-ci un bloc d'acier sur lequel tous nos ennemis viendront se briser.


Cette unité mise en avant par le P.T.A. va de pair avec les objectifs qui sont les siens, c'est-à-dire la lutte « contre l'impérialisme, ayant à sa tête les États-Unis d'Amérique, et contre le révisionnisme moderne conduit par les dirigeants soviétiques » , le soutien « sans réserve » à la « juste lutte révolutionnaire des partis et des forces marxistes-léninistes » , et le P.T.A. se donne également comme tâche d'œuvrer « sans relâche à la consolidation et au resserrement de l'unité anti-révisionniste du mouvement marxiste-léniniste et de l'unité anti-impérialiste des peuples du monde » 12.


* * *



Dans le « Rapport du Comité central du Parti du Travail d'Albanie » qu'Enver Hoxha présente au VIIe Congrès le 1er novembre 1976 on peut lire :



La situation actuelle dans le mouvement communiste international ressemble à celle de la période héroïque où luttèrent et ouvrèrent Marx et Engels. Le prolétariat mondial, nous, les marxistes-léninistes, devons étudier sans cesse Marx et Engels, étudier leur doctrine, leur stratégie et leur tactique de lutte et de victoire. Aujourd'hui Marx et Engels ne vivent plus, mais leur doctrine, elle, est vivante, et elle doit nous guider. Ce sont nos guides irremplaçables.



La situation actuelle dans le mouvement communiste international s'apparente à la période de la lutte révolutionnaire de principe de Lénine, de Staline et du Parti bolchévik. (...)


L'étude et la correcte application du marxisme-léninisme par le prolétariat et les partis communistes révolutionnaires, sur la base de la situation de chaque pays et de la situation internationale, la lutte impitoyable contre le révisionnisme moderne sous quelque forme qu'il se manifeste, la dénonciation de l'idéologie bourgeoise, le combat contre les menées de scission, de répression et d'exploitation de la part des ennemis de la classe ouvrière, ce sont là autant d'aspects de la lutte pour la cohésion et pour l'union du prolétariat mondial. C'est la condition indispensable de la victoire dans la lutte contre l'impérialisme mondial, le social-impérialisme, la bourgeoisie capitaliste, la réaction mondiale. Dans cette lutte de grande ampleur et ardue, le prolétariat doit se battre en rangs compacts, mais il ne réalisera l'unité de ses rangs qu'en suivant et en appliquant fidèlement la doctrine marxiste-léniniste 13.

Enver Hoxha

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PROPOSITIONS POUR L'UNIFICATION DU MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL

(Séminaire de Bruxelles, 4 mai 1995) 1

Introduction

1. L'éclatement de l'Union Soviétique et l'introduction d'un capitalisme sauvage dans ce pays et en Europe de l'Est suite à la politique contre-révolutionnaire de Gorbatchev et d'Eltsine ont marqué un tournant dans la situation internationale. Il s'agit d'une victoire de l'impérialisme et de la réaction.


2. Ces événements contre-révolutionnaires ont exacerbé toutes les contradictions fondamentales dans le monde : la contradiction entre les pays socialistes et l'impérialisme, la contradiction entre les peuples opprimés d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine et l'impérialisme, les contradictions entre les monopoles et entre les puissances impérialistes et la contradiction entre la classe travailleuse et la bourgeoisie. Les forces de la réaction, le racisme, le fascisme et la guerre ont entamé une offensive à l'échelle mondiale.


3. Dans cette situation, les partis et organisations fidèles aux principes révolutionnaires du marxisme-léninisme s'efforcent de tirer les leçons des processus contre-révolutionnaires qui ont détruit le socialisme en Union Soviétique. Face à l'offensive déchaînée par la réaction, ils ressentent la nécessité de s'unir pour mener une contre-offensive en faveur des intérêts des masses exploitées et opprimées, pour continuer à brandir bien haut le drapeau du socialisme et du communisme et pour redonner à tous ceux qui se battent contre le capitalisme et l'impérialisme confiance dans l'avenir socialiste de l'humanité.


4. Nous avons tracé un cadre minimal commun qui permet à des organisations marxistes-léninistes de différentes tendances de se rencontrer, d'échanger des expériences et des analyses et de prendre des initiatives communes.


5. Ce cadre minimal commun, qui est formulé dans ce document, nous permettra de discuter de façon franche et avec un esprit ouvert les importantes divergences idéologiques et théoriques et d'aborder les questions actuelles de politique et de tactique. Ce cadre minimal commun permettra par conséquent d'entamer un processus d'unification théorique et politique.

Ludo Martens

Les anciennes divisions entre partis marxistes-léninistes peuvent être surmontées


1. Depuis 1956, le mouvement communiste international s'est divisé et a éclaté. La ligne révisionniste adoptée par Khrouchtchev est la cause première et principale de la division. Plus tard, le mouvement antirévisionniste s'est divisé à son tour sous l'influence d'attitudes d'ultra-gauche.


2. Aujourd'hui, résultat de la destruction complète du socialisme sous Gorbatchev, la tendance dite « pro-soviétique » a éclaté en d'innombrables tendances. Dans les années 60, une tendance dite « pro-chinoise » s'est manifestée, qui s'est elle- même scindée en plusieurs tendances après la mort de Mao Tsé-toung. Il y a eu le courant dit « pro-albanais », qui a aussi connu des divisions après la chute du socialisme en Albanie, et une tendance dite « pro-cubaine » est apparue, principalement en Amérique latine. Enfin, certains partis ont maintenu une position « indépendante » par rapport aux tendances mentionnées.


3. Quelle que soit l'opinion qu'on peut exprimer quant au bien-fondé ou à la nécessité de ces scissions à un certain moment de l'histoire, la possibilité existe aujourd'hui de surmonter ces divisions et d'unir les partis marxistes-léninistes divisés en différents courants.


4. Tous les partis qui sont restés fidèles au marxisme-léninisme sont conscients du fait que le révisionnisme a affaibli et divisé le mouvement communiste international et finalement dégénéré en une trahison ouverte.


5. Après la restauration complète du capitalisme en Union Soviétique, tous les communistes doivent admettre que le révisionnisme est l'ennemi idéologique le plus dangereux du marxisme-léninisme. La vie a prouvé que le révisionnisme représente la bourgeoisie au sein du mouvement communiste.


6. Dans le passé, des regroupements de partis et d'organisations se sont produits sur base d'une orientation politique et idéologique spécifique. Au sein de ces différents regroupements, certains partis ont réussi à s'enraciner profondément dans les masses ; ils ont acquis des expériences révolutionnaires qui leur sont propres ; ils ont réussi à intégrer le marxisme-léninisme à la réalité de leur propre pays. Dans chacun de ces regroupements, certaines organisations ont viré vers l'opportunisme de droite ou de gauche, et ont fini par vivoter sans emprise sur les luttes et par disparaître.


7. Dans la situation actuelle, tous les partis restés fidèles aux principes révolutionnaires du marxisme-léninisme ressentent la nécessité de surpasser leurs anciennes divisions et de s'unir.


8. Les communistes doivent s'unir sur base du marxisme-léninisme et de l'internationalisme prolétarien. Lorsqu'il s'agit d'unir au niveau international des partis et organisations marxistes-léninistes ayant des histoires fort différentes, on ne peut pas exiger une unité idéologique au préalable. Nous devons accepter que des divergences, même extrêmement graves, existent sur une longue période, accepter la critique et la contre-critique, tenir compte des intérêts d'ensemble du mouvement et maintenir l'unité. La défense du marxisme-léninisme et la défense de l'unité sont deux aspects d'une politique révolutionnaire conséquente.

Combattre le révisionnisme et défendre le marxisme-léninisme


1. Depuis sa création en 1919, l'Internationale Communiste a bouleversé l'histoire et changé la physionomie du monde. Le IIe Congrès de l'Internationale Communiste, en juillet 1920, a adopté des Statuts, les Conditions d'admission, le Manifeste et d'autres résolutions essentielles qui ont défini la spécificité du Mouvement Communiste International face à la social-démocratie. Jusqu'en 1956, il a maintenu son orientation révolutionnaire et son unité ; sa force et son influence dans le monde n'ont cessé de s'étendre.



2. Pour réapparaître sur la scène mondiale, le Mouvement Communiste International doit se revendiquer de son histoire commune.



3. Lénine a poursuivi l'œuvre révolutionnaire de Marx et d'Engels et l'a développée sous les nouvelles conditions de l'impérialisme. Il a énoncé les principes de l'édification du Parti Communiste, élaboré la stratégie et la tactique de la révolution socialiste et les a mises en pratique. Il a dénoncé la social-démocratie comme étant l'idéologie de la bourgeoisie et de l'impérialisme au sein du mouvement de la classe ouvrière. Il a formulé les lignes directrices de la construction socialiste sous la dictature du prolétariat. Il a fondé l'Internationale Communiste et défendu avec fermeté les principes de l'internationalisme prolétarien.



4. Staline a appliqué les principes léninistes et, sous sa direction, le Parti Bolchévik a transformé un pays arriéré et ruiné en un pays socialiste industrialisé. La collectivisation et la modernisation de l'agriculture soviétique, l'industrialisation socialiste, la révolution culturelle, l'édification de forces défensives puissantes, la victoire dans la guerre patriotique antifasciste, la reconstruction du pays et l'adoption d'une politique étrangère conséquente défendant la paix mondiale et soutenant les luttes anti-coloniales et anti-néocoloniales en Asie, en Afrique et en Amérique latine sont des réalisations d'une importance historique et mondiale.



5. Staline a maintenu l'idée que la lutte de classe continue sous le socialisme. Il a souligné que les anciennes forces féodales et bourgeoises ne cessent pas leur lutte pour la restauration et que les opportunistes au sein du Parti, les trotskistes, les boukhariniens, les nationalistes bourgeois et les éléments bureaucratiques aident les classes et les strates antisocialistes à regrouper leurs forces.



6. Khrouchtchev a imposé sa ligne révisionniste au Parti soviétique et à une partie du Mouvement Communiste International. Cette ligne a été formulée dans son rapport au XXe Congrès, dans son rapport secret sur Staline et dans son rapport au XXIIe Congrès.



7. En 1956, Khrouchtchev s'est attaqué à la politique intérieure et étrangère de Staline pour changer la ligne idéologique et politique fondamentale du Parti. Une dégénérescence progressive du système politique et économique s'en est suivie. Les théories de Krouchtchev sur l'« État du peuple tout entier » et le « Parti du peuple tout entier » ont conduit à la destruction de la dictature du prolétariat et à la cessation de la lutte de classe contre les forces et influences bourgeoises. La théorie sur « la coopération entre l'Union Soviétique et les États-Unis dans la lutte pour la paix et la sécurité des peuples » a porté des coups à la lutte anti-impérialiste. Sa théorie sur « la voie parlementaire et pacifique vers le socialisme » a renforcé les courants sociaux-démocrates au sein de plusieurs partis communistes.



8. Brejnev n'a jamais mis en cause le programme révisionniste des XXe et XXIIe Congrès et il a même « développé » les thèses sur « l'État et le Parti du peuple tout entier », en affirmant que la restauration du capitalisme en Union Soviétique était désormais impossible. Ainsi, il a détruit toute vigilance révolutionnaire et développé le bureaucratisme, le technocratisme, le carriérisme et la corruption. Vis à vis des autres partis communistes et des pays socialistes, il a souvent pratiqué une politique d'ingérence et de contrôle.



9. Sous Gorbatchev et Eltsine, le révisionnisme a été poussé jusqu'à ses conséquences ultimes, l'Union Soviétique a été démantelée et un capitalisme sauvage s'est instauré.



10. Dans le monde entier, la bourgeoisie célèbre la défaite du socialisme. En fait, nous avons été témoins de la défaite du révisionnisme initié par Khrouchtchev il y a 35 ans. Ce révisionnisme a débouché sur un échec économique complet, sur la capitulation face à l'impérialisme, sur la restauration capitaliste, sur une catastrophe sociale et sur des guerres civiles réactionnaires.


11. Khrouchtchev a entamé son travail destructeur en affirmant qu'il critiquait les erreurs de Staline dans le but de restaurer le léninisme dans sa pureté originelle. Gorbatchev a fait les mêmes promesses démagogiques pour désorienter les forces de gauche. Mais la critique du « stalinisme » n'était qu'un artifice pour camoufler les attaques contre tous les principes marxistes-léninistes. Après avoir complètement détruit le « stalinisme », Gorbatchev a déclaré ouvertement son hostilité au léninisme et son adhésion à la social-démocratie.



12. La discussion sur l'expérience du P.C.U.S. sous Staline doit être relancée au sein du Mouvement Communiste International. L'antistalinisme a été le cheval de Troie de l'anticommunisme, introduit au sein du Mouvement Communiste International.



13. Pendant une certaine période, des divergences continueront à exister quant à l'appréciation des différentes politiques mises en œuvre par le camarade Staline. Il s'agit de les discuter d'une façon scientifique et dans un esprit révolutionnaire et de classe.



14. En jetant un coup d'œil sur l'histoire, nous pouvons dire qu'après le XXe Congrès du P.C.U.S., la plupart des partis communistes ont gravement sous-estimé le danger que représentait le révisionnisme propagé par Khrouchtchev.


15. Dans les années 60, ce sont Mao Tsé-toung et Enver Hoxha qui ont le mieux compris le danger du révisionnisme. Ho Chi Minh, Kim Il Sung, Che Guevara et d'autres dirigeants communistes ont apporté leurs contributions à la lutte contre le révisionnisme.



16. À la lumière de la dégénérescence en Union Soviétique, il faut émettre une nouvelle appréciation de l'œuvre du camarade Mao Tsé-toung. En dirigeant la révolution nationale et démocratique et sa transformation en révolution socialiste, dans un grand pays du tiers monde, il a apporté une contribution d'importance mondiale. Mao Tsé-toung a résisté au révisionnisme de Khrouchtchev, puis de Brejnev. Il a dirigé la première tentative historique d'impliquer les masses dans la lutte contre les tendances de dégénérescence au sein du Parti.


17. Différentes opinions subsisteront pendant un certain temps au sein du Mouvement Communiste International sur les mérites de Mao. Il faut les traiter de manière scientifique, en cherchant la vérité dans les faits et dans un esprit révolutionnaire et de classe.


18. La lutte idéologique contre le révisionnisme est une tâche complexe et de longue haleine. Le révisionnisme, qui a détruit tant de partis, ne mourra pas de lui-même. Le révisionnisme de Tito a été critiqué par le Mouvement Communiste International dès 1948. Khrouchtchev, lorsqu'il a développé son orientation opportuniste, n'a fait que reprendre, pour l'essentiel, les thèses révisionnistes du titisme. Si les idées et les thèses révisionnistes ne sont pas critiquées et analysées en profondeur, elles continueront à survivre et le courant liquidateur frappera encore, faisant de nouvelles victimes. La relation entre les lignes de Khrouchtchev et de Brejnev et la politique de Gorbatchev doit être analysée en profondeur ainsi que le développement du processus de dégénérescence, depuis son origine jusqu'à son aboutissement.


19. L'influence néfaste du révisionnisme a provoqué un regain de vigueur de l'idéologie social-démocrate, courant bourgeois, et du trotskisme, courant anticommuniste. La lutte contre les idéologies social-démocrate et trotskistes est une condition pour le développement du mouvement marxiste-léniniste.

Lutter contre le scissionnisme et maintenir l'unité


1. Khrouchtchev a entamé son œuvre de destruction de l'unité du Mouvement Communiste International en rompant les relations avec les partis qui s'opposaient à son révisionnisme. Dans certains pays où la direction du Parti Communiste a suivi le révisionnisme de Khrouchtchev, les communistes ont eu raison de créer de nouveaux partis marxistes-léninistes.


2. Par la suite, le sectarisme et l'ultra-gauchisme ont conduit à d'innombrables scissions injustifiées. Des divergences d'analyse et d'appréciation, réelles, ont été exacerbées jusqu'à l'antagonisme et la rupture. Des conflits idéologiques et politiques importants se sont manifestés à propos de la Tchécoslovaquie en 1968, du Cambodge en 1979, de l'Afghanistan en 1980, de l'élimination de la tendance autour de Chiang Ching en 1976, de la théorie des Trois Mondes en 1977, de la ligne de Deng Xiaoping au début des années 80, etc.


3. Tous ces conflits étaient importants. Certes, les divergences de fond devaient être clarifiées, mais il fallait prendre son temps et faire des analyses matérialistes et dialectiques, tout en maintenant l'unité entre communistes. Chaque parti aurait dû étudier très sérieusement les différents points de vue en présence, formuler son propre point de vue tout en préservant l'unité du mouvement.


4. Chaque parti applique les principes marxistes-léninistes à la réalité présente selon sa propre conception. Personne ne peut lui demander de faire des concessions qu'il juge de principe. Chaque parti définit sa position en toute indépendance. Mais cela n'est pas en contradiction avec son devoir de maintenir l'unité du Mouvement Communiste International, puisque cette unité est, elle aussi, une question de principe primordiale.


5. Il existe une ample documentation sur l'habitude de la C.I.A. et d'autres services secrets d'utiliser systématiquement les divergences entre Partis Communistes. Parce qu'il connaît l'importance de l'unité du mouvement communiste, l'ennemi soutient toutes les tendances centrifuges, appuyant souvent aussi bien le révisionnisme de droite que les positions gauchistes pour précipiter l'éclatement.


6. Maintenir l'unité du mouvement permet à chaque parti d'apprendre plus et plus vite. Non seulement les partis avec lesquels on a un accord global peuvent nous apprendre beaucoup, mais aussi les partis avec lesquels on a des divergences importantes.


7. D'abord, nous pouvons nous tromper dans notre jugement.


Ensuite, l'expérience a montré que nous pouvons tirer profit de certains aspects du travail dans les masses, des expériences, des travaux théoriques, etc. de partis avec lesquels nous avons des divergences.


Troisièmement, des divergences fondamentales ne doivent pas empêcher certaines formes de coopération et de luttes communes dans les domaines du racisme, des droits syndicaux, du combat anti-impérialiste, etc.
Quatrièmement, nous devons tenir compte des évolutions possibles.


Certains partis dont nous ne partageons pas tous les points de vue, ou certaines fractions de ces partis, peuvent évoluer positivement.


Enfin, des partis peuvent dégénérer complètement et passer ouvertement du côté de l'ordre bourgeois. Le fait d'avoir gardé des rapports avec ces partis peut aussi nous apporter des leçons utiles par l'exemple négatif.

Propositions organisationnelles


1. Nous avons décidé d'organiser une initiative centrale, commune, qui soit réaliste, adaptée à la réalité et aux besoins actuels, pour rassembler chaque année, ou tous les deux ans, tous les partis communistes fidèles au marxisme-léninisme et à l'internationalisme prolétarien.


Une telle initiative peut garantir une efficacité optimale et des résultats maximaux moyennant un investissement rationnel en temps et en cadres supérieurs.


La plupart des partis communistes, surtout dans le tiers monde, n'ont ni les moyens financiers ni les cadres disponibles pour faire chaque année plusieurs séjours à l'étranger afin d'y rencontrer les différentes composantes du mouvement communiste international.


Les moyens de chacune de nos organisations sont limités. Nous ne pouvons pas réaliser des études en profondeur sur tous les sujets essentiels. Nous ne pouvons faire qu'un certain nombre d'expériences valables par an. Cela veut dire que chacun de nous, pour avancer plus vite dans son travail, doit s'efforcer d'assimiler les meilleurs travaux théoriques et les meilleures expériences pratiques des autres. Ceci aussi plaide en faveur d'une initiative centrale, commune.


2. Dans la situation actuelle, il n'est pas possible de construire une nouvelle organisation internationale sur le modèle de la Troisième Internationale, avec un organe dirigeant et une discipline commune pour tous les membres. L'objectif de base de l'initiative communiste commune est de stimuler les échanges et la coopération.


3. Pour le moment, la forme organisationnelle la plus adaptée de l'initiative commune est celle de séminaires dont le premier but est l'échange des informations, des documents et des analyses. Grâce à la présentation d'analyses politiques et théoriques et de rapports d'expériences pratiques, les différents partis apprendront à se connaître l'un l'autre et à partager leurs connaissances.


Ensuite, des débats sur des problèmes cruciaux ou d'intérêt commun seront organisés.


Troisièmement, la coordination d'actions et d'activités sera organisée sur une base volontaire. Des résolutions seront élaborées dans un esprit de large consensus. Chaque parti et organisation a le droit de signer ou de ne pas signer une résolution présentée et de participer ou ne pas participer aux actions ou activités proposées.


Les propositions de résolutions doivent être soumises avant le début du séminaire.

Décisions pratiques


1. Comme la lutte contre l'impérialisme et les agressions impérialistes a pris une importance particulière dans la situation présente, le séminaire de Bruxelles de mai 1996 sera consacré à ces questions.. Y seront soumis des rapports sur l'expérience révolutionnaire de certains partis, des analyses sur la stratégie actuelle de l'impérialisme, des résolutions et des propositions d'action. Un groupe de coordination sera mis sur pied pour la réalisation de ce séminaire et des autres tâches formulées d'un commun accord. Les camarades du P.T.B. sont chargés de l'exécution de cette décision.


2. Le séminaire de 1997 prendra la forme d'une conférence internationale du Mouvement Communiste tenue à l'occasion du 80e anniversaire de la Grande Révolution d'Octobre. Nous émettons le souhait que cette conférence puisse avoir lieu en ex-Union Soviétique et que les partis marxistes-léninistes de l'ex-U.R.S.S. puissent être associés à sa préparation.


3. L'ordre du jour de la conférence de 1997 comprendra, entre autres, les points suivants :

— L'histoire du Parti Communiste d'Union Soviétique sous Lénine, Staline, Khrouchtchev, Brejnev et Gorbatchev, le développement du révisionnisme et l'effondrement final.

— L'expérience spécifique de certains pays de l'Europe de l'Est.

— Lénine et la Révolution d'Octobre 2.


4. En guise de préparation à la Conférence, au cours de l'année 1995-1996, le groupe de coordination publiera un recueil contenant une série d'analyses, réalisées par différents partis, sur les deux premiers points indiqués.

5. La nécessité se fait sentir d'éditer une revue théorique qui permettra de maintenir le contact avec les différents partis, d'échanger régulièrement des expériences et analyses et d'en débattre. Le groupe de coordination étudiera les possibilités et les modalités d'une telle entreprise 3.

6. Des organisations révolutionnaires anti-impérialistes qui n'adoptent pas le marxisme-léninisme, pourront être invitées au séminaire de 1996 en tant qu' observateurs.

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   Posté le 25-09-2012 à 22:57:28   Voir le profil de Xuan (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à Xuan   

QUELQUES COMMENTAIRES SUR LES « PROPOSITIONS »



Les « Propositions » visent à unir les « partis et organisations fidèles aux principes révolutionnaires du marxisme-léninisme » . Il est évident qu'en l'état actuel des choses, ce qualificatif peut être attribué à telle ou telle organisation au mieux à titre d'hypothèse. Ensuite, la question est de savoir comment il faut concevoir l'évolution de la situation au sein d'un regroupement constitué sur ces bases.



Les « Proposiions » affirment que « Khrouchtchev a entamé son œuvre de destruction de l'unité du Mouvement Communiste International en rompant les relations avec les partis qui s'opposaient à son révisionnisme » . En toute logique cela signifie qu'il aurait été souhaitable d'éviter cette rupture, c'est-à-dire de maintenir l'appartenance du P.C.U.S. révisionniste au sein d'un prétendu « mouvement communiste international » . Cela est évidemment tout à fait absurde, à moins de traiter la relation entre partis communistes comme une formalité diplomatique, protocolaire. Fondamentalement, l'interprétation proposée par les « Propositions » se rapproche de la vision métaphysique de « l'unité des contraires » selon laquelle l'esclave aurait besoin du maître, le prolétaire du capitaliste, et le marxisme-léninisme du révisionnisme. Ainsi, en envisageant la possibilité que « des partis peuvent dégénérer complètement et passer ouvertement du côté de l'ordre bourgeois » , les « Propositions » avancent l'argument que « le fait d'avoir gardé des rapports avec ces partis peut aussi nous apporter des leçons utiles par l'exemple négatif » .



Certes, les « Propositions » camouflent cette position en parlant non pas de positions contradictoires, mais de « tendances », de « courants », de positions « indépendantes », d'orientations « spécifiques ». Cependant, quand par exemple elles citent, parmi les « conflits idéologiques et politiques importants » , ceux qui « se sont manifestés à propos de la Tchécoslovaquie en 1968 » , on ne peut que constater qu'il s'agit d'une question qui oppose révisionnistes et marxistes-léninistes... à moins d'avoir en vue les appréciations portées sur les événements par les révisionnistes, respectivement d'U.R.S.S. et de Tchécoslovaquie.



Que 1968 fasse partie d'un passé plus ou moins lointain n'y change rien. Aucun miracle ne peut permettre à des révisionnistes de se faire une virginité « marxiste-léniniste ». En 1915, Lénine dénonçait, à propos notamment de Kautsky, l'attitude s'efforçant d'accréditer l'idée qu'il puisse y avoir ce genre de revirements salutaires :



« Que faut-il entendre par internationalisme ? Peut-on, par exemple, considérer comme des internationalistes les partisans de la restauration de l'Internationale d'après le principe d'une « amnistie » réciproque ? (...) Nous estimons que les partisans de l'amnistie sont les adversaires les plus dangereux de l'internationalisme 4. »



Il faut constater que l'obsession unitaire en question détermine l'analyse de la réalité elle-même. Les « Propositions » énoncent, au sujet de l'« éclatement de l'Union Soviétique », que « ces événements contre-révolutionnaires ont exacerbé toutes les contradictions fondamentales dans le monde » . Cela voudrait dire que l'existence de l'U.R.S.S. correspondait à une situation moins contradictoire. Faudrait-il alors féliciter Khrouchtchev pour avoir en son temps apaisé le monde par le respect de la coexistence pacifique ? Les marxistes-léninistes savent en tout cas que la Révolution d'Octobre et la création de l'U.R.S.S., État de dictature du prolétariat, ont accentué de manière décisive l'antagonisme principal de l'époque actuelle, et qu'il n'y a là, bien entendu, absolument rien de regrettable.



Les « Propositions » se fixent certes, en paroles, l'objectif de combattre le révisionnisme. Or il ressort de ce qui précède que les « Propositions » préconisent une attitude purement négative au sujet des scissions. Il s'agirait de les éviter, de ne pas les provoquer, en un mot elles seraient prohibées. La position marxiste-léniniste, bien au contraire, exige de prendre partout et toujours l'initiative du combat contre l'ennemi, y compris contre les tentatives de détruire le mouvement communiste international de l'intérieur.



« L'une des principales lacunes de Zimmerwald et de Kienthal, l'une des causes fondamentales du fiasco possible de ces embryons d'une IIIe Internationale, tient justement au fait que la question de la lutte contre l'opportunisme n'y a même pas été posée ouvertement, encore moins l'a-t-on résolue dans le sens de la nécessité d'une rupture avec les opportunistes 5. »



À partir du moment où les « Propositions » prétendent baser ainsi l'unité sur la diversité, il leur faut forcément accorder à chaque composant du mouvement son autonomie : « Chaque parti définit sa position en toute indépendance. » À défaut d'être un principe marxiste-léniniste, cela découle du point de vue adopté. Mais les « Propositions » glissent vers l'incohérence pure et simple, lorsqu'elles abordent la question de l'unité du mouvement communiste international en tant que « question de principe », et exigent que le « devoir de maintenir l'unité du Mouvement Communiste International » s'impose a tous comme dogme préalable.


Les « Propositions » évoquent la « spécificité du Mouvement Communiste International face à la social-démocratie », ce qui est une façon de faire de la social-démocratie un « courant », une « tendance » à côté des autres. On pourrait alors se demander si le Congrès de Tours ne constituait pas aussi une « scission injustifiée », au même titre que celle survenue à partir de 1956, que les « Propositions » désignent par ce terme.


Pour couronner le mélange des genres, les « Propositions » envisagent finalement la mise en œuvre de « certaines formes de coopération et de luttes communes dans les domaines du racisme, des droits syndicaux, du combat anti-impérialiste » — ce qui vise certes des objectifs tout à fait louables, mais n'a absolument rien à voir avec un mouvement réunissant les « partis fidèles au marxisme-léninisme » .



Ernest LEROUX

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